Page 20

La chute du rêveur

par Ariane Thibault-Vanasse

La température devenait de plus en plus mauvaise. J’accélère le pas afin de rentrer à la maison le plus vite possible. À mon âge, attraper une pneumonie n’est pas la meilleure chose au monde. Quelle idée aussi d’avoir voulu tout de même faire mes courses alors que mon arthrite m’avait informée de la pluie imminente qui allait me surprendre! J’accélère le pas. Je suis la seule girouette à être dehors par ce temps. La rue est déserte et je n’entends que les grosses gouttes de pluie qui attaquent sauvagement le sol, aidées par le vent frais qui, de surcroît, me glace les os. J’accélère le pas. Je suis presque arrivée. Les quelques fenêtres ouvertes laissent s’enfuir des pans de rideaux, leur donnant ainsi une allure fantomatique. Les bords mouillés de ma jupe me collent aux mollets. Les quelques lampadaires font le guet en tentant en vain d’éclairer de leur mieux la rue assombrie par le mauvais temps. Ils laissent échapper une timide lueur dans cet après-midi de novembre. Quel temps de chien! J’accélère le pas pour finalement apercevoir l’entrée de mon immeuble. Je ne crois pas que je vais attendre Ralph

17

dehors aujourd’hui. Il comprendra. Le vent augmente sa cadence. J’accélère le pas. Je sors péniblement mes clés de mes poches, mes mains étant engourdies par le froid. J’ouvre la porte et me fais surprendre par un «crac» sonore. C’est bien ma chance, une panne d’électricité par dessus le marché! Mes yeux cherchent dans la pénombre l’escalier qui me mènera saine et sauve à mon appartement. À tâtons, je trouve la rampe d’escalier, mais je n’en ai pas monté la moitié que je trébuche sur quelque chose de mou et de tiède. Je commence à me fâcher de ma poisse et fouille dans mon petit sac à main à la recherche de mon paquet d’allumettes. Je veux voir qu’est-ce qui a été l’objet de ma chute. Je frotte l’allumette et la flamme qu’elle libère me permet d’avoir une vision d’horreur. AHHHHHHHHHHH! *** J’attends ma vieille voisine Mathilda dans mon fauteuil. D’une main je tiens mon recueil Les fleurs du mal et de l’autre je gratte Le Matou derrière les oreilles. C’est qu’il a pris du poids ce

Profile for Suzanne Roy

Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

Profile for idmuse
Advertisement