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J’ignorais pourquoi Robert, le propriétaire, la gardait. Surtout qu’il avait des problèmes d’argent présentement avec la pharmacie. Il était inquiet et ça se voyait bien. À cinquante ans, il avait l’air de soixante avec cette barre d’inquiétude qui traversait son front et rejoignait ses immenses sourcils. Et que Robert garde Laurette, c’était un mystère. Maxime, lui, c’était tout le contraire. Toujours à sourire, à complimenter. Tout aurait été parfait si seulement il avait réussi à garder un emploi pour qu’on puisse payer le loyer. Mais il s’en sortait, avec les petits services qu’il rendait, comme repeindre des murs ou réparer des ordinateurs.

Je pris l’argent dans le tiroir-caisse et ne laissai qu’une quarantaine de dollars pour le lendemain. Le reste allait dans le coffre-fort. J’allai dans le bureau de Robert, à l’arrière du magasin et ouvrit le coffre-fort. Il devenait urgent de faire un dépôt. À cinq mille dollars, un holdup aurait été désastreux. Seulement, avec un nombre restreint d’employés, on devait tout faire et les dépôts, ça prenait du temps qu’on n’avait pas. Je refermai le coffre-fort, vérifiai qu’il était barré et quittai la pharmacie en verrouillant la porte avec ma clé. Je la rangeai en évidence dans mon sac à main pour ne pas avoir à la chercher demain, lorsque j’ouvrirais.

Je rentrai chez moi et parlai à peine - Marie, tu rentres tard ce soir? à Maxime qui était, comme toujours - Oui. Sûrement. Je ferme à 9 heures, ces derniers temps, plutôt apathique. donc pas avant neuf heures et de- La nuit fut courte et, quand, je me rémie. veillai, Maxime dormait, comme d’ha- D’accord. À plus tard. bitude. Il se dirigea vers la sortie. Encore un après-midi de travail avant d’aller le Arrivée à la pharmacie, je cherchai retrouver. ma clé. Ah, elle était là, dans mon sac, comme toujours. *** Neuf heures. Pas question de rester une minute de plus. Tout ce dont j’avais J’ouvris et quelques minutes plus tard envie, c’était de rentrer dormir et de Robert m’appela pour me demander m’évader dans un rêve où ma journée d’aller faire un dépôt dès que Laurette ne constituait pas une suite de barres- serait arrivée. code que je démagnétisais et de facJ’allai dans son bureau, ouvrit le coftures que je tendais. fre-fort et m’arrêtai, stupéfiée. Non, je

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Profile for Suzanne Roy

Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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