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octobre

䉴 02.10

● Nicolas Sarkozy donne le coup d’envoi des États généraux de la presse. Il demande à la profession de « prendre ses responsabilités » et de « dégager des solutions » pour répondre rapidement à la crise du secteur. Le président énumère les grands maux de la presse : « coûts d’impression et de diffusion élevés », « faiblesse du réseau de distribution », « perte de confiance des lecteurs ». 4 groupes de travail sont constitués : métiers du journalisme, aspects économiques et industriels, papier, numérique et internet, presse et société. Leur composition suscite la polémique, car si les patrons de presse sont bien représentés, les sociétés de rédacteurs, les syndicats, les ONG qui réclament une meilleure protection du secret des sources et les lecteurs ont été tenus à l’écart. ● Le site Internet d’information généraliste Rue89 lance Eco89. Centré sur l’économie grand public et la finance, ce site vise les 400 000 visiteurs uniques d’ici à la fin de l’année. Signe d’évolution du secteur, ce lancement intervient quelques jours avant l’ouverture d’un autre site d’information économique, E24, à l’initiative de Schibsted, l’éditeur du quotidien gratuit 20 Minutes.

䉴 03.10

● Parution d’Ennemis Publics de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy en coédition chez Flammarion et Grasset. Cet échange épistolaire entre le romancier dépressif et l’intellectuel médiatique a bénéficié d’un lancement commercial exceptionnel. Une mise en place de 120 000 exemplaires chez les libraires, un accompagnement journalistique intense et bienveillant dans la presse écrite et audiovisuelle. Au total, les ventes de l’ouvrage n’auraient pas dépassé les 30 000 exemplaires pour un à-valoir de 600 000 € pour les deux auteurs.

DISPARU

DOMINIQUE FRÉMY, encyclopédiste de 77 ans à Paris. Le créateur du Quid en 1963 avait pris pour slogan « tout sur tout… tout de suite » avant d’être contraint d’abandonner l’édition papier pour l’Internet.

䉴 04.10

● La maison d’édition Les Arènes perd son procès contre les héritiers d’Antoine de Saint-Exupéry. La famille d’Agay lui reproche d’avoir publié des textes de l’écrivain sans avoir sollicité son autorisation et réclame 100 000 euros. Les œuvres en question sont inédites et intitulées Antoine et Consuelo de Saint-Exupéry, un amour de légende, paru en 2005. L’ouvrage a été corédigé par Alain Vircondelet et José Martinez Fructuoso, ancien secrétaire particulier de Consuelo de Saint-Exupéry, qui en avait fait son légataire universel. Celui-ci a hérité des malles et des affaires de la veuve de l’écrivain, et donc de celles de Saint-Exupéry lui-même. ● Célébration du 50e anniversaire de la Constitution de la Ve République.

䉴 06.10

● Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, les découvreurs du virus du sida, reçoivent le prix Nobel de médecine. Les biologistes français partagent cette distinction avec un autre virologue, l’Allemand Harald zur Hausen.

45

Octobre


䉴 09.10

● Jean-Marie Gustave Le Clézio reçoit le prix Nobel de littérature. Une telle distinction n’était pas revenue à un Français depuis Claude Simon, écrivain associé au Nouveau roman, en 1985.

䉴 10.10

● Pour sa 12e édition, le festival les « Rendez-vous de l’histoire » de Blois a choisi le thème « les Européens ». C’est surtout l’occasion d’un appel lancé par l’association « Liberté pour l’Histoire » présidée par Pierre Nora, destiné à lutter en France et dans les pays de l’Union européenne contre la tendance du pouvoir législatif à criminaliser le passé.

䉴 11.10

● Le CENTQUATRE, nouvel établissement artistique de la ville de Paris installé sur l’emplacement des anciennes pompes funèbres municipales, ouvre ses portes, accueillant près de 60 000 visiteurs au cours d’une journée événement couronnée par un concert gratuit de Tricky. Cet espace de 39 000 m² se veut ouvert à tous les arts et ambitionne d’offrir une visibilité nouvelle à la création pour que le public puisse y participer.

䉴 13.10

● Milan Kundera a-t-il été un délateur du temps de la Tchécoslovaquie communiste ? Sur la foi d’un procès-verbal de 1950, retrouvé dans les archives du ministère de l’Intérieur à Prague, l’hebdomadaire tchèque Respekt écrit que Milan Kundera, alors étudiant, aurait dénoncé à la police et fait condamner à 22 ans de prison un autre étudiant, Miroslav Dvorácek. L’auteur de L’Insoutenable Légèreté de l’être, régulièrement cité parmi les écrivains nobélisables, fut considéré comme subversif par le régime communiste tchèque. Il vit en France depuis 1975 et a été naturalisé en 1979. En novembre, onze écrivains de réputation internationale, parmi lesquels John M. Coetzee, Gabriel Garcia Marquez, Nadine Gordimer, Orhan Pamuk ou Philip Roth, ont apporté leur soutien à Kundera.

䉴 15.10

● Le parquet de Bobigny ouvre une enquête préliminaire après que la Marseillaise ait été sifflée lors d’un match amical opposant la France à la Tunisie. S’achemine-t-on vers une sacralisation de l’hymne national ?

䉴 16.10

● La paléontologue Brigitte Senut reçoit le prix Irène Joliot-Curie qui la consacre « femme scientifique de l’année ». Formée à l’école d’Yves Coppens, elle focalise ses recherches sur l’Afrique et sur l’évolution des hominoïdes. On lui doit – avec son collègue du Collège de France Martin Pickford en 2000 au Kenya – la mise au jour des restes de l’un des premiers hominidés bipèdes datant de 6 millions d’années : Orrorin tugenensis. (Lire Figures • p. 171)

䉴 20.10

● Mise aux enchères à l’hôtel Drouot (Paris) d’un tronçon de l’escalier hélicoïdal d’origine de la tour Eiffel. Ce tronçon de 3,50 mètres, comporte 18 marches et pèse près de 700 kg. Son prix est estimé entre 60 000 et 80 000 euros.

DISPARUE

CHRONOLOGIE

Madeleine Cinquin, dite SŒUR EMMANUELLE, 99 ans, à Callian. Elle allait avoir 100 ans le 16 novembre. Durant plus de vingt ans, elle a consacré et partagé sa vie avec les chiffonniers du Caire. Son engagement, son franc-parler et sa personnalité en ont fait une authentique icône médiatique.

46


䉴 24.10

● Danièle Hervieu-Léger, présidente de l’École des hautes études en sciences humaines et sociales, et dont le mandat s’achève en février 2009, signe le nouvel organigramme de l’établissement. L’EHESS s’apprête à déménager, fin 2009, pour cause de désamiantage de ses locaux historiques. L’institution sera logée, temporairement, dans un ancien immeuble de la Poste, rue du Pré (Paris 18e), à la porte des Poissonniers. Ce transfert met un terme à une polémique qui prévoyait l’aménagement dans des Algeco et bâtiments rudimentaires près du futur chantier de l’EHESS, entre la Porte de la Chapelle et Aubervilliers (93). D’ici à 2012, l’EHESS regroupera tous ses laboratoires éparpillés dans un lieu unique en 2012 dans un campus, promis comme étant de prestige.

䉴 30.10

FOCUS

● 2 000 prix littéraires sont décernés chaque année en France. Le Prix de l’Académie Française (Grand Prix du Roman) ouvre le bal des grands, avec Marc Bressant, La Dernière Conférence, (De Fallois). Le 5 octobre, Jean-Marie de Roblès, contre toute attente, rafle le Médicis pour Là où les tigres sont chez eux (Zulma). Le prix Goncourt est attribué à Atiq Rahimi Syngué sabour, Pierre de patience POL. Prix Interallié : Serge Bramly, Le premier principe Le second principe, (JC Lattès). Prix Renaudot : Tierno Monénembo Le roi de Kahel, (Seuil). Prix Renaudot (Essai) : Boris Cyrulnik, Autobiographie d’un épouvantail, (Odile Jacob). Prix Médicis (Essai) : Cécile Guilbert, Warhol Spirit, (Grasset). Prix Femina (Roman français) : Jean-Louis Fournier, Où on va papa ?, Stock. Prix Femina (Essai) : Denis Podalydès, Voix off, (Mercure de France). Prix France Télévisions : Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit (Julliard).

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Marina et Carlita Nicolas Sarkozy renonce à extrader Marina Petrella, ancien membre du groupe d’extrême gauche des Brigades rouges, condamnée pour crimes de sang en Italie. Rome avait demandé leur extradition à la France en octobre 2006. Ces attentats avaient plongé le pays dans une période communément appelée les « années de plomb » Elles se sont échelonnées entre 1970 et 1980 et auraient entraîné la mort de plus de 400 personnes. En 1992, la cour d’assises de Rome avait ainsi condamné Marina Petrella à la prison à perpétuité, notamment pour l’assassinat d’un commissaire de police et la séquestration d’un magistrat. Après sa condamnation définitive, elle s’était enfuie en France, en vertu de la « doctrine Mitterrand ». Arrêtée à Argenteuil, le 21 août 2007, elle tente de s’opposer à son extradition vers Rome, mais la procédure a suivi son cours. Le 9 juin 2008, le Premier ministre français François Fillon signe le décret d’extradition, confirmé le 8 juillet par Nicolas Sarkozy. En raison d’un état de santé précaire dû à une dépression et à une grève de la faim et de la soif, Marina Petrella est remise en liberté sous contrôle judiciaire. Les interventions de l’épouse du président Sarkozy et de sa sœur Valeria BruniTedeschi dans cette affaire ont été critiquées, notamment parce que c’est Carla Bruni-Sarkozy qui aurait annoncé à l’ex-brigadiste qu’elle ne serait pas extradée quatre jours avant l’annonce officielle. Plusieurs anciens activistes d’extrême gauche italiens sont réfugiés en France, où ils ont longtemps bénéficié d’une immunité de fait, en raison d’une position exprimée par l’ancien président François Mitterrand. Ce dernier avait annoncé qu’il refuserait d’extrader les Italiens ayant « rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s’étaient engagés », position ensuite suivie par neuf gouvernements de droite et de gauche. En 2002, le gouvernement Raffarin a pourtant rompu avec cette politique. Ainsi, Paolo Persichetti, condamné à 22 ans de prison pour complicité dans l’assassinat du général Ligio Giorgieri en 1987, était extradé. C’est ensuite Cesare Battisti, exmembre du groupe Prolétaires armés pour le communisme, qui a été visé en 2004. Alors que la justice française venait d’approuver son extradition, il a pris la fuite à l’étranger. Il a été arrêté le 18 mars dernier au Brésil, sur renseignement de la police française. ❂ L.U.

Octobre


novembre

䉴 06.11

● Le philosophe Jean-Luc Marion est élu à l’Académie française au fauteuil du cardinal Jean-Marie Lustiger. Ce penseur catholique, spécialiste de Descartes, enseigne à la Sorbonne et à l’université de Chicago. (Lire Figures • p. 167)

䉴 10.11 DISPARUE

MIRIAM MAKEBA, 76 ans, Italie. Voix légendaire du continent africain et mondialement connue comme « Mama Africa », la chanteuse a été victime d’une crise cardiaque. Commandeur des Arts et des Lettres en 1985, elle avait obtenu la nationalité française en 1990.

䉴 12.11

● Remise du rapport de la « Commission de réflexion sur la modernisation des commémorations politiques » présidée par l’historien André Kaspi. Dans ce document de 47 pages, la Commission estime que les commémorations publiques nationales sont trop nombreuses et préconise de les ramener à trois dates : le 11 novembre pour les morts du passé et du présent, le 8 mai pour rappeler la victoire sur le nazisme et la barbarie et le 14 juillet qui exalte les valeurs de la Révolution française. Avant même sa remise officielle au secrétaire d’État aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel considérait qu’il fallait « garder toutes les commémorations telles qu’elles sont, qu’elles soient nationales ou pas. »

䉴 13.11

DISPARU

FRANÇOIS CARADEC, écrivain, 84 ans, à Paris. Cet historien de la littérature était l’un des derniers oulipiens. Il était entré à l’Oulipo – Ouvroir de littérature potentielle créé par Raymond Queneau – en 1983 et s’enorgueillissait du titre de Régent du Collège de « pataphysique ». Grand érudit de la littérature de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, cet ouvrier typographe en appréciait surtout les marges et les marginaux. Spécialiste d’Alphonse Allais, il laisse des études sur Alfred Jarry et Raymond Roussel qui font autorité.

DISPARU

CHARLES LE QUINTREC, poète et romancier, 82 ans. Pendant quinze ans, cet écrivain catholique et breton, auteur notamment des Chemins de Kergrist (1959) et du Christ aux orties (1982), fut un critique littéraire redouté à Ouest-France.

䉴 15.11

䉴 18.11

● Une pétition signée par 534 magistrats est remise à la ministre de la Justice, Rachida Dati, lui demandant des « excuses publiques » pour avoir envoyé en urgence une inspection judiciaire au tribunal de Metz, après le suicide d’un mineur dans la prison de Metz-Queleu.

CHRONOLOGIE

48


䉴 20.11

● Simone Veil est élue à l’Académie française au fauteuil de l’ancien Premier ministre Pierre Messmer. À 81 ans, l’ancien ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac (1974) retrouve ainsi l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, élu en 2003, qui fut en partie à l’origine de sa carrière politique. Elle avait publié chez Stock en 2007 son autobiographie, Une vie, un gros succès de librairie avec plus de 500 000 exemplaires vendus. Elle est désormais une des cinq femmes de l’Académie française aux côtés d’Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle, de l’helléniste Jacqueline de Romilly et des écrivaines Florence Delay et Assia Djebar.

䉴 21.11 DISPARU

ÉMILE TÉMIME, historien, 82 ans, à Marseille. Ce grand historien des migrations et du monde méditerranéen avait notamment dirigé Immigrances, Histoire des migrations en France au XXe siècle.

DISPARU

JEAN MARKALE, écrivain, 80 ans. De son vrai nom Jacques Bertrand, ce spécialiste des civilisations celtiques et de leur mythologie, auteur d’une centaine d’ouvrages, dont La Femme celte (1979) avait contribué à faire connaître à un large public la légende arthurienne.

DISPARU

ELIE COHEN, économiste, 62 ans, à Paris. Il fut président de l’Université Paris-Dauphine.

䉴 23.11

䉴 26.11

● Présentation en Conseil des ministres, par la ministre de la Santé, d’un décret instituant un comité de pilotage des États généraux de la bioéthique. Le député Jean Léonetti est choisi pour en assurer la présidence. Les lois de bioéthique fixent une série de principes cardinaux tels que la gratuité et l’anonymat du don ou encore la non commercialisation du vivant, le don d’organe ou encore l’assistance médicale à la procréation. Jean Léonetti a, par ailleurs, présidé en 2004 la « Mission parlementaire sur l’accompagnement de la fin de vie » qui a conduit à la « Loi relative aux droits des malades et à la fin de vie » du 22 mars 2005 dont il était le rapporteur au Parlement. Cette mission lui avait été confiée dans le cadre de l’affaire Vincent Humbert de 2003.

DISPARU

CHRISTIAN FECHNER, 64 ans, à Paris. Producteur de cinéma, il a notamment produit Papy fait de la résistance, Camille Claudel et Les Enfants du marais.

䉴 27.11

● L’Institut national de l’audiovisuel (INA) propose désormais des DVD, dont les acheteurs pourront composer eux-mêmes le menu à partir des archives de l’Institut. Soit en demandant l’intégrale d’une émission ou d’une œuvre, soit en compilant leurs séquences préférées.

䉴 29.11 DISPARUE

49

BÉATRIX BECK, romancière française d’origine belge, 94 ans. Prix Goncourt 1952 pour Léon Morin prêtre (Gallimard), elle laisse une trentaine d’œuvres (romans, contes, poèmes et pièces radiophoniques) et le souvenir d’un attachement indéfectible à l’idéal communiste.

Novembre


FOCUS

Les versets sataniques de la Camorra

FOCUS

« J’ai rencontré Roberto Saviano à New York au mois d’avril. C’est un homme extrêmement agréable, très intelligent, mais il court un danger terrible. En avril à New York, le FBI estimait qu’il était déjà en danger, justement parce qu’il y a la mafia aux États-Unis aussi », explique un expert du genre, l’écrivain Salman Rushdie qui a été condamné à mort par une fatwa de l’ayatollah Khomeyni, en 1989, pour son roman Les Versets sataniques. Rushdie qui a vécu l’enfer de la clandestinité, comme protection des balles, plaint sincèrement le jeune écrivain et journaliste italien Roberto Saviano, auteur à succès de Gomorra, enquête dévastatrice sur la Camorra qui s’est vendu à plus de un million d’exemplaires depuis 2006 : « La mafia pose un problème bien plus grave que celui que j’ai rencontré moi-même. » À Paris à l’occasion de la promotion de son nouveau roman, L’Enchanteresse de Florence (Plon), Salman Rushdie a estimé que si Saviano quittait l’Italie, comme il l’a évoqué le 15 octobre lors de la Foire internationale du livre de Francfort, « il court un danger terrible et devra choisir très prudemment son lieu de destination ». Les deux hommes se sont rencontrés par l’intermédiaire de Mario Calabresi, correspondant de La Republicca à New York, et par ailleurs fils d’un commissaire assassiné durant les « années de plomb » italiennes. Roberto Saviano a nuancé cette comparaison avec l’écrivain britannique : « Salman a été menacé pour le seul fait d’avoir écrit, la fatwa est arrivée au moment où il venait de publier. Pour moi cela a été différent : ce qui ne m’a pas été pardonné, ce n’est pas le livre, mais son succès. » 2008 a amplifié le succès de ce livre hors normes, à la langue magnifique (107 000 exemplaires vendus en France en 2008). L’adaptation cinématographique de Gomorra, « un film sans espérance », par Matteo Garrone, a remporté le Grand prix du jury du Festival de Cannes. La Repubblica a également publié un texte de soutien à l’auteur. En deux jours, la pétition, rappelant à l’État italien son devoir de protection, a recueilli 111 000 signatures, et le soutien de nombreux intellectuels tels Martin Amis, Jonathan Franzen, Javier Marias ou José Saramago. Des prix Nobel comme l’écrivain turc Orham Pamuk, le dramaturge italien Dario Fo, le romancier allemand ont également publié leur texte solennel dans le même quotidien. Vivant caché depuis deux ans et sous haute protection, Roberto Saviano, 28 ans, a avoué sa fatigue, mais ne se démobilise pas pour autant. Le 21 novembre, il participait au colloque sur le thème «Argent de la drogue, économie souterraine et saisie des avoirs criminels en Europe », organisé au Centre de conférences internationales de Paris. Littérature toujours, il publie en France en 2009, Le Contraire de la mort (Robert Laffont), deux nouvelles inspirées, toujours et encore de la pieuvre maffieuse. Gomorra le film a révélé la prégnance cammoriste, par l’arrestation tout le long de l’année de trois figurants et acteurs qui étaient aussi liés à la Camorra. La mafia qui veut retrouver son honneur en tuant un écrivain n’a pas perdu le sens du business : les DVD pirates de Gommora, qu’elle fabrique, se vendent très bien. ❂ E.L.

L’invisible Julien Coupat Le « prix du pamphlet », le seul du genre, doté d’une somme de 10 000 euros, a été décerné hier soir au philosophe Jean-Luc Nancy pour Vérité de la démocratie (Galilée). Créé en 2006 à l’initiative des éditions Anabet, ce prix avait été décerné en 2007, aux Mots du pouvoir, sous la direction de Pascal Durand (Aden). Une mention spéciale avait été attribuée à L’Insurrection qui vient (La Fabrique), signé du Comité Invisible. Lisant l’opuscule, Alain Bauer, conseiller à la sécurité de Nicolas Sarkozy, a détecté un retour flagrant du terrorisme d’ultra-gauche, et fait activer la veille au ministère de l’Intérieur. L’un des auteurs, Julien Coupat, né en 1974, ex fondateur de la revue philosophique Tiqqun, est incarcéré depuis le 15 novembre, suspecté d’être le leader et le maître à penser d’une cellule invisible d’activistes à laquelle est imputée le sabotage de caténaires de TGV. Une mobilisation d’universitaires, d’intellectuels, et de juristes condamne l’inconsistance des accusations, et la versatilité des autorités. ❂ E.L.

CHRONOLOGIE

50


décembre

䉴 01.12

● La loi sur le RSA (Revenu de solidarité active) est promulguée. (Lire Décryptage • p. 97)

䉴 03.12

● Le rapport Varinard sur la réforme de la justice propose d’abaisser de 13 à 12 ans l’âge de la responsabilité pénale. Celle-ci ouvrirait la possibilité d’une incarcération. ● Après cinq années de gestation, d’opposition et de travaux, la Mosquée de Créteil (Val-de-Marne) ouvre ses portes aux fidèles.

䉴 04.12

● Le président de la République annonce un plan de relance de l’économie de l’ordre de 26 milliards d’euros. D’aucun jugent la mesure nettement insuffisante, et parie sur un deuxième plan de relance.

䉴 06.12

DISPARU

GÉRARD LAUZIER, auteur de bande dessinée, 76 ans, à Paris. Parti un dimanche, le plus féroce des dessinateurs de BD des années 70 a laissé derrière lui des albums particulièrement en verve, notamment sa série Tranches de vie. Son trait, pareil à une écriture à la hussarde, était aussi vif qu’un « rough » de pub, dont il avait fait profession avant de devenir une star de Pilote et des éditions Dargaud. Sa peinture des cadres, des minorités gauchistes et des féministes, de la liberté sexuelle et des mœurs post-soixante-huitardes lui ont valu une réputation de « Michel Sardou de la bande dessinée ». La ville d’Angoulême lui a décerné son Grand prix en 1993. Cinéaste à l’occasion, il avait aussi participé à l’écriture des dialogues de Astérix et Obélix contre César en 1999.

䉴 07.12

● « Agir c’est ce que l’écrivain voudrait par dessus tout. » dit en substance l’écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio, à son discours de réception du prix Nobel de littérature à Stockholm. Son discours porte haut les valeurs défendues par le prix, comme l’altérité, la curiosité pour la diversité et l’écologie.

䉴 11.12

● « La crucifixion peut-elle être considérée comme un accident du travail ? » Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, documentaristes du monumental Corpus Christi et de L’Apocalypse, sur les débuts du christianisme, diffusé sur Arte, se livrent en librairie, chez l’éditeur Démopolis, à une interrogation sur les circonstances et le statut social de Jésus. Au Seuil, ils ont publié une étude plus révérencieuse, troisième opus de leur recherche, intitulée Jésus sans Jésus.

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Décembre


䉴 14.12 DISPARU

CLAUDE OLIEVENSTEIN, psychiatre, 75 ans, à Paris. Après une thèse sur le LSD, il avait fondé en 1971 le Centre Marmottan pour le traitement des toxicomanes non alcooliques. Il avait publié chez Odile Jacob Le Non-dit des émotions (1988) et L’Homme parano (1992).

䉴 15.12

● Le ministre de l’Éducation, Xavier Darcos, annonce le report à 2010 de la loi sur la réforme du lycée. ● Les députés votent pour une taxe de 0,9 % du chiffre d’affaires sur les fournisseurs d’accès à l’Internet, afin de compenser la suppression progressive de la publicité sur les chaînes publiques. Le PDG de France Télévisions, Patrick de Carolis, anticipe la loi, alors qu’elle n’est pas encore examinée par le Sénat, et acte la suppression de la publicité pour le 5 janvier 2009. ● Jean Weissenbach, 62 ans, généticien et pionnier de l’exploration et de l’analyse des génomes, se voit remettre des mains de Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, la médaille d’or du CNRS, la plus haute distinction de l’institution.

䉴 17.12

● Yazid Sabeg, PDG de Communication et systèmes, rapporteur, avec Laurence Méhaignerie, d’un rapport sur la discrimination positive pour l’Institut Montaigne, est nommé au poste de Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances par Nicolas Sarkozy.

䉴 18.12

● Alors qu’il décrochait une œuvre de Léonard de Vinci, peinte sur bois, un conservateur du Louvre a discerné au revers, deux dessins peu visibles représentant une tête de cheval et un début de crâne humain. Des examens très poussés, au moyen des technologies les plus récentes de scanner, ont confirmé la présence de ces deux dessins, mais également celui supplémentaire, d’une représentation d’un Enfant Jésus à l’agneau.

䉴 24.12

● La revue PLoS One est claire et nette dans ses conclusions : une équipe multidisciplinaire franco-américaine d’archéologues, modélisateurs du climat, paléoclimatologues et écologues, affirme que la détérioration climatique n’est pas responsable des extinctions il y a 40 000 ans des populations néanderthaliennes vivant en Europe avant l’arrivée d’Homo Sapiens. Excluant cette hypothèse, les chercheurs remarquent que les deux populations ont vécu sur le même territoire, une même chronologie. La compétition entre les deux Homo est privilégiée.

䉴 26.12

● Nouvelle provocation de Dieudonné M’Bala M’Bala, : lors de son spectacle, il a invité sur scène l’historien négationniste Robert Faurisson et lui a fait remettre un « prix de l’Infréquentabilité et de l’Insolence » par un comparse habillé en déporté juif.

DISPARU

CHRONOLOGIE

GEORGES BELMONT, 99 ans, traducteur d’Henry Miller et de Graham Greene, par ailleurs directeur de la célèbre collection « Pavillons », à Paris. Traducteur, journaliste et éditeur, Georges Belmont a animé la vie littéraire parisienne de la deuxième moitié du XXe siècle. Né à Paris en 1909, L’ancien normalien et

52


FOCUS

brillant étudiant à la Trinity College de Dublin était devenu l’ami de Samuel Beckett, de James Joyce, d’André Gide. A côté de son impressionnante carrière de traducteur, (Henry James, Henry Miller, Graham Greene, William Irish, Evelyn Waugh, Anthony Burgess et même Ryu Murakami), il exerça les métiers de journaliste (Paris Match, Marie Claire et Jours de France), de directeur de la collection de littérature étrangère Pavillons chez Laffont, et d’éditeur après avoir cofondé Acropole, avec Pierre Belfond et Jean-Paul Naddeo. Il avait raconté sa vie riche et mouvementée dans Souvenirs d’outre-monde (Calmann-Lévy), en 2001.

Le Canard enchaîné déclaré Journal officiel de la République C’est le match de cette fin d’année 2008 en librairie : êtes-vous pour le 50 ans de dessins du Canard Enchaîné (Les Arènes), ou bien pour Le vrai Canard (Stock) des journalistes Laurent Valdiguié et Karl Laske ? Le premier est un parallélépipède impressionnant de quelques kilos retraçant en 2000 dessins du Canard Enchaîné, les frasques de la Ve République. Pour la petite histoire : l’objet a été imprimé à Singapour et acheminé par voie maritime, le bateau dûment encadré par l’armée française pour dissuader toute tentative de piratage. C’est un beau-livre, supervisé par Jacques Lamalle, ancien rédacteur en chef du palmipède. Il renseigne sur la puissance de feu satirico-politique d’un hebdomadaire très particulier, qui aura pendant de longues années compensé les postures révérencieuses et très exception française des médias écrits et audiovisuels. Certes, Le Canard Enchaîné n’a pas la densité intellectuelle de The New Yorker, mais il a longtemps cultivé la réputation d’indépendance totale, qu’elle soit économique comme journalistique. Les années 70 l’ont consacré journal d’investigation. Le tableau de chasse s’avère en effet fourni. Reste aussi des « couacs » et des « pans sur le bec », un mode de fonctionnement collectif très discret, une mythologie bien entretenue : après tout, pourquoi ce canard qui est une institution, aurait-il les ailes bien lisses et ne se moucherait-il pas du bec ? Un jeune historien, Laurent Martin, avait largement soulevé le coin du voile pudique, ayant accès sans barguiner aux comptes du journal et à ses archives, aux confidences en demi-teintes des anciens. Son livre empathique, Le Canard Enchaîné, Histoire d’un journal satirique. 1915-2005 (Nouveau Monde) en fait un récit détaillé, mais certes qui n’a pas l’électricité médiatique de la dénonciation. En revanche, ce membre du Centre d’histoire culturelle de l’université de Versailles-saintQuentin-en-Yvelines recensait nombre des blocages inhérents au journal. Son travail a été largement cannibalisé par les deux enquêteurs, et leurs petites mains, du Vrai Canard. Le livre visite les cuisines peu ragoûtantes parfois du journal. De « La Mare aux canards » au « Journal de Carla B. », coproduit avec l’Élysée, en passant par la garden-party annuel du Canard et sa clientèle d’obligés, les dessous de l’affaire des diamants de Bokassa, l’indigence des pages littéraires ou les manœuvres d’intimidation d’une thésarde, les biographies de Michel Gaillard ou de Claude Angeli, tout passe à la moulinette. Contrairement au Monde en son temps, cette enquête là ne semble pas pourtant faire vaciller d’un iota l’institution de presse. Bien moins que l’usure du temps et la vague de l’Internet. Tout simplement parce que Le Canard Enchaîné est le vrai Journal officiel de la République. Finalement, au-delà des haussements d’épaules, et des énervements feints, le livre, théoriquement bancal, devrait faire, à la longue, usage de biographie officielle. Une bonne légende doit sentir un peu l’andouillette. ❂ E.L.

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Décembre


Quatrième trimestre