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Le magazine des dirigeants africains Nº44

African

BUSINESS Édition française

ENTRETIENS Khemaïes Jhinaoui Jeffrey R. Immelt Étienne Giros

BURKINA FASO

L’autosuffisance alimentaire est en vue

MAROC

Les difficultés du dialogue social

LES NOUVEAUX COMPTOIRS DE LA CHINAFRIQUE

Supplément 52 pages

Les

premières entreprises africaines Classement annuel

Juin/Juillet 2016 France : 4,50 € • Zone euro : 4,90 € • Zone CFA : 2.900 F. CFA • Algérie 240 DA • Tunisie 4.000 DT • Maroc 40 Dh

Suisse SFr 8 • Royaume-Uni £3.90 • USA $5.50 • Canada $ 6,00

M 06509 - 44 - F: 4,50 E - RD

3’:HIKQPA=^UYZUX:?a@k@e@e@k"; ISSN : 1759-1945


African Business Le magazine des dirigeants africains FRANCE

Juin / juilet 2016

NUMÉRO 44 WWW.ICPUBLICATIONS.COM

IC PUBLICATIONS 609 BÂT. A 77, RUE BAYEN 75017 PARIS Tél:+33144308100 Fax:+33144308111 Courriel:info@icpublications.com SiteInternet:www.africasia.com

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ISSN: 1759-1945 N° DE COMMISSION PARITAIRE 0419K89806 Bimestriel Dépôtlégal:juin2016 ©2016-ICPublications

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Calendrier et nominations Brèves

DÉCIDEURS

16 KhemaïesJhinaoui Nousmenons unediplomatieéconomique activeenAfrique 20 ÉtienneGiros Osezl’Afrique! 28 JeffreyR.Immelt Sansélectricité, pasdeprospérité! 38 DESTINATION SÉNÉGAL 32 Portraits 46 TopCompagnies Classement2016 des250premièresentreprises africaines 62

DESTINATION CAMEROUN

ENTREPRISES ET MARCHÉS

66 Lesnouveauxcomptoirs delaChinafrique 68 Kigali,ATF2016 Unforumpourla transformationenAfrique CAMEROUN 70 LeMadeinItaly cherchesesmarques BURKINAFASO 72 L’autosuffisance alimentaireestenvue MALI 74 L’uniondesgreniers faitlaforce

76 78 80 83

TOGO Enfiniravecl’informel NIGER L’indispensable refontedesDouanes MAROC Dialoguesocialsurfond desurenchères AFRICANBANKERAWARDS2016 Lesbanquiers africainsàl’honneur

TUNISIE 84 Formerdesentrepreneurs, pasdesdiplômés ALGÉRIE 86 Lemarchédomestique soutientl’activité

OPINION

88 Pourquoil’orafricain seportemal 92 Lacartedenosdésirs


C A L E N D R I E R Par Laurent Soucaille

BUSINESS

Forum des affaires Afrique Singapour Les 24 et 25 août Singapour

Le Forum des affaires Afrique-Singapour se présente comme la première plateforme de rencontres entre investisseurs et entreprises africains et asiatiques. Il réunit, depuis 2010, quelque 2 000 chefs d’entreprise et chefs de gouvernements, issus d’une trentaine de pays. Sa prochaine édition se déroulera les 24 et 25 août. À travers des présentations et discussions de groupe, l’édition 2016 « traitera des questions critiques et identifiera les opportunités pour la croissance stratégique des deux régions », expliquent les organisateurs de l’événement. De son côté, Singapour se présente comme une porte d’entrée en Asie pour les hommes d’affaires africains ; le forum est organisé par l’agence gouvernementale International Enterprise qui dispose de deux représentations, l’une à Accra (Ghana) et l’autre à Johannesbourg (Afrique du Sud). Renseignements : www.iesingapore.gov.sg/asbf INNOVATIONS

Photovoltaïca 2016 Du 7 au 9 septembre Casablanca – Maroc

Initialement prévu mi-mai, le salon Photovoltaica 2016 se déroulera du 7 au 9 septembre à Casablanca. Les entreprises marocaines et internationales, qui ont demandé ce report, 4

auront tout le temps de préparer leur contribution à ce deuxième Salon ainsi qu’aux conférences organisées en marge de l’événement. Le Salon est essentiellement l’occasion de présenter les projets encouragés par le ministère marocain des Mines, de l’énergie, et de l’eau, ainsi que ses différentes structures. Après le succès de 2014, l’événement aura pour but de rassembler un large éventail de parties prenantes qui aura l’occasion de présenter les dernières technologies dans le secteur. Elles seront également en mesure de développer des discussions sur le nouveau cadre juridique créé par le gouvernement marocain qui favorise les investissements privés en matière d’énergies renouvelables. L’édition 2016 mettra particulièrement à l’honneur les pays d’Afrique subsaharienne visités ces derniers mois par le roi Mohammed VI dans le cadre des partenariats Maroc-Afrique. Tel : 212 (0) 528 23 64 90 ou 528 23 32 69 courriel : contact@gracommaroc. com www.photovoltaica.ma INVESTISSEMENTS

Global African Investment Summit 5 et 6 septembre Kigali - Rwanda

« Comment le secteur privé peut-il contribuer aux ambitions du plus grand marché commun de l’Afrique ? » Tel sera le thème inaugural du prochain Forum du Comesa (Marché commun de l’Afrique orientale et australe). Qui réunira les deux autres membres de la « Tripartite », à savoir la Communauté est-africaine (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Les trois principaux éléments à l’agenda 2016 de la réunion seront : Le développement du commerce et des investissements des corridors dans la région de la Tripartite.

La contribution du secteur privé dans les infrastructures dédiées au mouvement des biens et des personnes. La création d’un environnement propice, par l’harmonisation des politiques et de la régulation. www.tgaiscomesarwanda.com Contacts : 44 (0) 203 772 6049

CONCOURS

African Entrepreneurship Award Finale le 5 décembre

La BMCE Bank of Africa a clôturé les inscriptions pour l’édition 2016 de l’African Entrepreneurship Award. Quelque 8 800 entrepreneurs issus de 105 pays ont soumis 3 900 projets d’entreprise. Les gagnants de la phase 1, baptisée « Les idées les plus utiles pour ma région », participeront aussitôt à la phase 2, sur le thème « Les idées les plus significatives et les plus durables en Afrique », qui s’achèvera le 31 juillet. Les finalistes seront connus le 25 octobre et les gagnants seront désignés le 5 décembre.

INFRASTRUCTURES

SIA 2016 Du 24 au 26 novembre Abidjan – Côte d’Ivoire

L’ancien Routexpo devient le Salon des infrastructures d’Abidjan (SIA 2016). La prochaine édition se tiendra du 24 au 26 novembre 2016 dans la capitale ivoirienne. Il aura pour thème « Qualité et durabilité des infrastructures africaines », à l’initiative du Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics (GIBTP). Ce rendez-vous permet la rencontre des entreprises privées et des représentants de l’État, le premier client du GIBTP, dans le cadre du Plan national de développement 2016-2020. Pour le président du GIBTP, Philippe Eponon, ce salon sera l’occasion « d’informer les professionnels sur les raisons sous-jacentes des problèmes de qualité et de durabilité des infrastructures, situer les responsabilités et interpeller les maîtres d’ouvrage sur ces questions ». Il accueillera des professionnels de toute la filière, du financement de projet aux spécialistes des infrastructures d’économie durable. Pour la première fois, ce salon, qui attend 4 000 visiteurs, s’enrichira d’un Forum économique et d’une plateforme de discussion « B to B ».

Plus de renseignements sur : https ://africanentrepreneurshipaward.com/ CONCOURS

Prix Orange de l’entrepreneur social en Afrique et au Moyen-Orient L’appel à candidatures est lancé : Orange souhaite récompenser les start-up mettant l’innovation au service du développement de l’Afrique, par le Prix de l’entrepreneur social. Lequel s’enrichit cette année d’un Prix spécial « Contenu culturel ». Les candidatures sont à déposer jusqu’au 21 septembre sur le site dédié où les internautes peuvent également donner leur avis sur les projets en cours. Les projets respectifs de quatre start-up recevront respectivement des récompenses de 25 000, 15 000 et 10 000 euros et de 5 000 euros pour le lauréat du prix spécial. De plus, les dix finalistes et le « Coup de cœur Entrepreneur Club » bénéficieront d’un accompagnement privilégié par l’ONG Grow Movement, durant six mois. entrepreneurclub.orange.com

African Business | Juin - Juillet 2016


m o u vem ent s  &  n o minatio ns  C A RNE T Le patronat du Cameroun a renouvelé sa confiance à Christophe Eken, qui entame son troisième mandat de quatre ans à la tête de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat. La CCIMA a contribué, ces dernières années, à l’amélioration progressive du climat des affaires, à l’essor d’un entreprenariat privé et

cycle de coopération 2016-2020 est en cours d’élaboration.

Grégory Clemente

à-Pitre, puis au siège parisien de cette institution. En 2000, il intègre le département financier du groupe AFD en tant qu’opérateur de marché, avant de prendre la direction des activités de marché en 2005.

Christophe Eken

à la conclusion de nombreux partenariats public-privé. Le ministre des Mines, Ernest Gwaboubou, demande au « nouveau » responsable de consolider les acquis et de poursuivre les missions en cours, comme l’augmentation de la capacité du centre d’incubation pilote de la CCIMA – lequel sera relocalisé à Mboadibo –, la création d’autres unités de transformation agricole, la création de centres de formation professionnelle et d’écoles de métiers. Cristophe Eken devra également rendre opérationnel le Centre d’arbitrage et de médiation, et sécuriser le patrimoine immobilier de la Chambre de commerce, qui s’apprête à fête son centenaire.

Metsi Makhetha est la nouvelle représentante-résidente du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) au Burkina Faso. Elle remplace à ce poste Pascal Karorero (Burundi) qui était en service depuis 2010. D’origine sud-africaine, Metsi Makhetha a servi au niveau du Bureau régional d’Afrique basé à New York, de 2003 à 2008, et a continué dans le même Bureau, de 2008 à 2012, au Centre régional basé à Dakar, en Guinée et en RD Congo. Formée dans les universités sud-africaine, française et américaine, Metsi Makhetha avait travaillé dans le secteur privé avant de rejoindre le Système des Nations unies en 1995. Au Burkina Faso, le PNUD vient d’achever son cadre de coopération-pays 2011-2015, dans le domaine de la bonne gouvernance, la lutte contre la pauvreté, le VIH-sida et la préservation de l’environnement. Un nouveau

Grégory Clemente est depuis le 1er avril 2016 le directeur général de Proparco, la filiale de l’AFD (Agence française de développement) dédiée au soutien au secteur privé. Il remplace Claude Periou. Grégory Clémente a entamé sa carrière en 1996 aux Instituts d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM), à Pointe-

Metsi Makhetha

AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016

Le conseil d’administration du fonds Africa50, la plateforme d’investissement panafricaine dans les infrastructures, a nommé Alain Ebobissé au poste de directeur général. « C’est avec grand plaisir que j’accueille Alain Ebobissé à Africa50, a déclaré le président de la BAD, Akinwumi Adesina, qui préside à ce titre le conseil d’administration du fonds d’investissement. Sa grande expérience et son leadership mondial reconnu en matière de développement d’infrastructures seront essentiels, car nous voulons faire d’Africa50 une société

Le Groupe Ecobank a nommé

Amin Manekia en qualité

de directeur exécutif, chargé du pôle Banque de grandes entreprises et d’investissement. Il remplace Charles Kié, qui a pris la tête de la filiale nigériane du groupe bancaire panafricain. De nationalité pakistanaise, Amin Manekia a occupé divers postes de responsabilité aussi bien aux États-Unis, en Europe de l’Est, qu’au Moyen-Orient, notam-

Amin Manekia

ment pour Citibank et Sambial Financial. À noter que dans ses nouvelles fonctions, il supervisera la gestion des placements et matières premières, ainsi que la gestion des titres et actifs.

Rémy Rioux devient le Alain Ebobissé

d’investissement dans les infrastructures efficace et fructueuse, qui soit reconnue comme leader dans le développement et l’investissement dans les projets d’infrastructures en Afrique, et qui jouisse d’une réputation d’excellence et de crédibilité sur le continent et au-delà. » Ressortissant camerounais, Alain Ebobissé est un spécialiste reconnu du financement et du développement d’infrastructures, et un fin connaisseur du continent africain, deux champs d’expertise qu’il a conjugués tout le long de sa carrière à l’international et à de hautes fonctions. La nomination d’un homme d’expérience semblait s’imposer : créé en 2013, Africa50 peine à tenir toutes ses promesses. En cours, le second tour de table avec les États partenaires devrait apporter un surcroît de capitaux.

nouveau directeur général de l’AFD (Agence française de développement). Une maison qu’il connaît bien pour avoir mené une mission en vue d’un rapprochement avec la Caisse des Dépôts « qui doit doter la France d’un outil à même de relever les Objectifs du développement durable ». La France entend augmenter son aide au développement qui doit atteindre 12,5 milliards d’euros annuels d’ici 2020, dont 5 milliards en faveur du climat.

Rémy Rioux

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Par Gérard Choisnet

INTERNATIONAL Necotrans conclut deux nouveaux partenariats Les sociétés française Necotrans Holding

(Necotrans) et américaine JAS Worldwide (JAS) ont lancé une alliance logistique mondiale. JAS et Necotrans fourniront des services de fret et de logistique sur tous les continents. Les deux sociétés sont désormais représentantes exclusives l’une de l’autre sur leurs territoires respectifs. « En unissant leurs efforts, JAS et Necotrans auront la capacité et le réseau pour répondre aux besoins de leurs clients partout dans le monde. Le groupe Necotrans est fortement engagé à faire de cette alliance une véritable réussite et à relier le marché africain au reste du monde », commente Grégory Quérel, président de Necotrans. Les deux sociétés collaboreront pour fournir des services d’expédition de fret et de logistique vers 323 destinations dans 101 pays. L’objectif de l’alliance consistera à développer des services de fret et de logistique vers, depuis et à l’intérieur de l’Afrique. Les clients bénéficieront de l’alliance du réseau de fret mondial de JAS et de l’empreinte africaine de Necotrans. Par ailleurs, la filiale de Necotrans, la société ATS, spécialisée dans le service et

la distribution de poids lourds, d’équipements industriels et de marques premium en Afrique de l’Ouest et Centrale (Iveco, Astra, Michelin, Varta, Energizer, Petronas), a conclu un partenariat avec AD Poids Lourds, du groupe français Autodistribution, sur 28 pays d’Afrique subsaharienne. Implantée au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Cameroun, ATS poursuit ainsi son ambition de devenir l’acteur majeur du service autour du véhicule industriel sur le continent africain. « Ce partenariat va nous permettre d’enrichir notre gamme de pièces distribuées et de services rendus à notre clientèle. AD Poids Lourds nous apporte une expertise reconnue », explique Grégory Quérel. « Par cet accord avec ATS, qui apporte sa connaissance des marchés africains et le dynamisme de son réseau, AD Poids Lourds va ainsi pouvoir accélérer son développement en Afrique », estime son directeur Pascal Paret. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont les premiers pays choisis pour le démarrage de ce partenariat.

La Redoute s’ouvre à l’Afrique La Redoute poursuit son développement

international, qui représente 25 % de son chiffre d’affaires, en s’ouvrant vers l’Afrique. Elle propose l’intégralité de l’offre LaRedoute.com, soit plus de 17 500 produits en prêt à porter homme, femme, enfant, et linge de maison, à la clientèle de Côte d’Ivoire et du Sénégal. Suivra en 2017 l’ouverture vers les marchés du Congo, du Gabon, du Togo, du Bénin et du Burkina Faso, puis en 2018, du Nigeria, du Niger, du Ghana et du Mali. Le client accédera à l’offre à travers la plateforme AfricaShop, « e-mall » panafricain de CFAO, partenaire de La Redoute. Depuis la plateforme, le client entre sur LaRedoute.com, choisit les articles, les dépose dans son panier, règle en monnaie locale. Les commandes sont transmises chaque jour à Roubaix, préparées en colis individualisés et expédiées au Havre où CFAO prend en charge les formalités 6

d’importation, l’expédition, l’encaissement des paiements (applications des taxes locales…). En fonction du choix du client, l’expédition s’effectue par bateau ou avion. La livraison s’effectue dans des points relais AfricaShop. La Redoute est déjà présente dans plus de 26 pays à l’international, notamment à travers des partenariats en Tunisie et au Maroc. Nathalie Balla et Éric Courteille, co-présidents de La Redoute, commentent : « Nous sommes très heureux de pouvoir prolonger ce développement en Afrique tant on sait qu’elle est le continent d’avenir. Grâce à ce partenariat avec CFAO et le très bel outil qu’est la plateforme AfricaShop, nous avons la possibilité d’avancer vite tout en restant sur nos métiers, en nous appuyant sur CFAO, sa connaissance de l’Afrique, ses savoir-faire spécifiques et sa logistique ».

AXA et Chaucer s’associent dans l’assurance de spécialités L’assureur AXA a noué un partenariat avec le

britannique Chaucer, un acteur de premier plan de l’assurance de spécialités à Londres, afin de prendre pied sur le marché en plein essor de l’assurance de spécialités en Afrique. Ce partenariat prendra la forme d’une nouvelle entité, AXA Africa Specialty Risks, dédiée à cette activité. Elle couvrira par exemple les risques politiques, le secteur de l’énergie et des infrastructures. Selon Denis Duverne (photo), directeur général délégué d’AXA, « ce partenariat avec Chaucer et le Lloyd’s nous donne l’opportunité de nous développer sur le marché à la fois profitable et en croissance de l’assurance de spécialités en Afrique, en mettant en place une entité panafricaine dédiée à cette activité, qui sera complémentaire de notre présence actuelle en Afrique ». Le partenariat se traduira dans un premier temps par la création d’un syndicat d’assurance ad hoc, Syndicate 6130, qui partagera les contrats signés avec le syndicat d’assurance déjà existant appartenant à Chaucer, Syndicate 1084. AXA deviendra ensuite un membre à part entière du Lloyd’s en tant que syndicat d’assurance et agent, tout en continuant à collaborer avec Chaucer. Dans le cadre de sa stratégie de développement, AXA a multiplié depuis 2014 les acquisitions et les partenariats en Afrique. En février 2016, le groupe a conclu un partenariat avec Africa Internet Group (AIG), un leader du e-commerce en Afrique, lui permettant de devenir le fournisseur exclusif de produits et services d’assurance sur la plateforme Jumia ainsi que sur l’ensemble des autres plateformes en ligne et mobiles d’AIG. AXA a également investi 75 millions d’euros dans AIG pour en devenir actionnaire.

African Business | Juin - Juillet 2016


Thierno Bocar Tall, PDG de la SABER (Société

africaine des biocarburants et des énergies renouvelables), et Patrick Mestrallet, directeur général d’Oragroup, ont lancé une plateforme financière dédiée aux projets de centrales et de mini-centrales solaires, éoliennes, de biomasse et d’hydroélectriques en Afrique subsaharienne. Cette plateforme, d’un montant global de 200 millions d’euros, comprend deux compartiments : dette bancaire (100 millions d’euros) et fonds propres et quasi-fonds propres (100 millions d’euros). À travers ce partenariat avec la SABER, Oragroup a pour ambition de se positionner comme le leader du financement bancaire des projets dans les énergies renouvelables et dans la lutte contre le changement climatique en Afrique subsaharienne. La SABER, dont le siège est à Lomé, appartient à 15 États africains et à six institutions financières ouest-africaines. African Business | Juin - Juillet 2016

ROAM, premier groupe de petites annonces en Afrique Ringier Africa et One Africa Media ont fusionné leurs plateformes en ligne pour constituer le plus grand groupe africain de petites annonces. La nouvelle structure, Ringier One Africa Media (ROAM) a « l’ambition de continuer à investir dans ses marchés africains sur le long terme ». L’ancien directeur exécutif d’OAM, qui occupe le même poste dans la nouvelle structure, Justin Clarke, commente : «  Nous étions à la recherche d’un partenaire stratégique avec une vision similaire à la nôtre, une approche locale et une bonne compréhension des marchés. Nous sommes heureux de l’avoir trouvé avec Ringier Africa. » L’objectif de ROAM est de « servir les Africains avec des plateformes locales adaptées à leurs besoins. »

Photo © Ringier

Partenariat entre la Saber et Oragroup pour les énergies renouvelables

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AFRIQUE DU NORD RÉGIONAL

Appui du Japon aux entreprises privées L’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) a signé un accord pour une participation à l’IFC Middle East and North Africa Fund, qui cible des investissements dans les entreprises privées de la région MENA. Ce projet est le premier du Private Sector Investment Finance (PSIF) de la JICA ciblant la région MENA depuis sa relance en octobre 2012. La JICA investira jusqu’à 30 millions $ dans le fonds, en complément de la participation de l’IFC et d’autres institutions financières. Les principaux secteurs d’investissement concerneront les services financiers (banques, assurances…), les infrastructures (énergie, ports, hôpitaux…) et l’industrie (médicaments, alimentation…). ALGÉRIE

Contrat de Sonatrach au japonais JGC Sonatrach a signé un contrat EPC (Étude, four-

niture, construction et mise en service) avec la société japonaise JGC Corporation et sa filiale JGC Algeria. À l’issue d’un appel à pré-qualification, quatre candidats avaient été pré-sélectionnés : Tecnicas Reunidas ; le groupement JGC Corporation/JGC Algeria ; le groupement ABB/SARPI ; et Petrofac International. Après évaluation des offres techniques et financières, le marché a été attribué au consortium JGC Corporation et JGC Algeria, présentant l’offre la moins-disante pour un montant de 339 millions $ et 2 milliards DA (16 millions d’euros). Le contrat porte sur le revamping et la réalisation d’un nouveau système de production au niveau des unités satellites sud à Hassi Messaoud, trois unités satellites au Sud-Est, et quatre unités satellites au Sud-Ouest. Les délais de réalisation vont de 24 à 48 mois, en tenant compte des réceptions partielles. Ces travaux vont permettre de doter les installations d’une technologie récente qui répond aux normes et exigences de la sécurité 8

et de la protection de l’environnement, d’une part, et d’augmenter leur capacité de traitement, d’autre part ; lever les réserves émises par les assureurs sur l’état actuel des installations ; éviter le torchage de 2 millions m3/jour de gaz ; renforcer les capacités de récupération et de compression des gaz associés envoyés au centre de traitement Sud ; et apporter une augmentation progressive en brut de plus de 20 000 barils par jour.

Cital produira des trains Coradia Le français Alstom et les sociétés algériennes

EMA (Entreprise métro d’Alger), Ferrovial et SNTF (Société nationale des transports ferroviaires) ont signé un contrat-cadre en vue d’étendre les activités de la coentreprise Cital (Alstom 49 %, Ferrovial 41 % et EMA 10 %), actuellement centrées sur les tramways Citadis, et d’y inclure le montage et la maintenance de trains régionaux et intercités. Le nouvel accord comprend également l’entrée de la SNTF au capital de la coentreprise Cital. SNTF prend une participation de 10 % et Ferrovial détient dorénavant 31 %. SNTF a l’intention de commander à Cital 98 trains Coradia basés sur le train Coradia Polyvalent d’Alstom dans sa version bi-mode (électrique et diesel). Cette acquisition fait partie du plan de l’opérateur prévoyant l’extension de son réseau ferroviaire de 3 000 km à 12 500 km d’ici à 2025, et de posséder une flotte plus importante capable de circuler sur différents types de lignes. Le site de Cital à Annaba, qui se consacre actuellement au montage et à la maintenance de tramways Citadis, va être agrandi pour passer de 46 000 m2 à 190 000 m2. Il hébergera un service d’ingénierie, de nouvelles lignes de production ainsi qu’un centre de maintenance, et aura une capacité de production d’un train Coradia par mois. Le premier train sera livré à la SNTF fin 2019.

Partenariat dans la formation et l’ingénierie Dans le cadre d’un protocole général de coopé-

ration établi par les deux entreprises en septembre 2015, Florence Parly, directrice générale déléguée de SNCF, et Yacine Bendjaballah, directeur général de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF), ont signé un accord de partenariat dans le domaine de la formation. Le modèle du pacte d’actionnaires relatif à la création d’une coentreprise entre Systra (49 %) et la SNTF (51 %) complétant le volet ingénierie du protocole de 2015, a également été signé. SNCF et la SNTF avaient signé en septembre 2015 à Alger un protocole d’accord définissant un cadre général de coopération et de collaboration, prévoyant un partenariat dans les domaines de la formation, de l’ingénierie ferroviaire, du transport voyageurs et du transport fret et logistique. Deux volets du partenariat ont ainsi été réalisés à ce stade, avec l’accord formation et celui portant sur la création d’une coentreprise Systra-SNTF, relatif à l’ingénierie des systèmes ferroviaires. MAROC

Le programme de coopération avec les États-Unis se poursuit Le Maroc et la Millenium Challenge Corporation

(MCC) américaine ont signé le deuxième programme de coopération (Compact II). En vertu de cet accord, MCC accorde au Maroc un don de 450 millions $, auquel s’ajoutera une contribution du Maroc de 67,5 millions $ au minimum. Ce compact sera destiné au financement sur cinq ans de deux projets prioritaires : « Éducation et formation pour l’employabilité » et « Productivité du foncier ». Le premier projet (220 millions $) a pour objectif d’améliorer l’employabilité des jeunes à travers l’amélioration de la qualité, de la pertinence et de l’égalité d’accès à l’enseignement secondaire et à la formation professionnelle afin de répondre aux besoins du secteur privé. Le second projet (doté de 170,5 millions $) vise l’accroissement de la productivité du foncier, aussi bien rural qu’industriel, et de l’investissement privé. Ce deuxième programme intervient à la suite du succès enregistré dans la mise en œuvre du premier Compact d’un montant de 697,5 millions $ entre 2008 et 2013 et à la satisfaction, par le Maroc, des critères d’éligibilité exigés par MCC et qui sont liés à la bonne gouvernance, aux libertés économiques et à l’investissement dans le capital humain. African Business | Juin - Juillet 2016


AFRIQUE DU NORD TUNISIE

Un nouveau terminal à conteneurs pour Marsa Maroc

Préparation aux catastrophes naturelles

La Société d’exploitation des ports Marsa

tion d’un montant de 200 millions $ au titre du Programme pour les résultats qui va aider le Maroc à se préparer aux catastrophes naturelles. Exacerbées par le changement climatique, les catastrophes naturelles ont des répercussions sur l’économie marocaine, évaluées en moyenne à 800 millions $ par an et font de nombreuses victimes. Le Projet de gestion intégrée des risques de catastrophes naturelles et de la résilience approuvé vise à introduire une approche globale en combinant réformes institutionnelles, investissements dans la réduction des risques de catastrophe et couverture d’assurance contre ces risques. L’opération financera la mise en place d’un « Fonds national de résilience » destiné à promouvoir les investissements dans des projets, à l’échelon tant national que local, qui aideront le Maroc à anticiper les catastrophes naturelles et à en gérer les effets. Cette initiative sera complétée par la création d’un programme national d’assurance ayant pour but de protéger davantage les habitants, notamment les plus vulnérables, et les entreprises contre les catastrophes naturelles. L’opération réunit différents partenaires du développement, dont le gouvernement suisse, et couvrira des risques tels qu’inondations, sécheresse, tsunamis, glissements de terrain et tremblements de terre.

Maroc et Tanger Med Special Agency (TMSA) ont signé un avenant au contrat de concession de juin 2009, attribuant à Marsa Maroc la concession du terminal à conteneurs multiutilisateurs 3 (TC3) du port de Tanger Med II pour une durée de trente ans. Aux termes de cet avenant, Marsa Maroc s’engage à mettre en place l’ensemble des superstructures, des équipements et des moyens humains nécessaires au bon fonctionnement du TC3, pour un investissement de 200 millions d’euros. « La future présence de Marsa Maroc au complexe de Tanger Med, importante plateforme de transbordement de la Méditerranée, vient conforter son ambition de développement sur le plan régional », souligne l’entreprise. En mars 2016, Marsa Maroc avait mis à quai trois portiques du constructeur chinois ZPMC destinés à équiper le terminal à conteneurs 3 du port de Casablanca, dont la mise en service est prévue pour le quatrième trimestre de 2016. Concessionnaire du TC3, qui s’étend sur une longueur de 530 m à des profondeurs comprises entre 12,5 et 14 m et 30 ha de terrepleins, Marsa Maroc a investi 19 millions d’euros pour l’acquisition des trois portiques. Le TC3 de Casablanca, qui représente un investissement total de 2,25 milliards Dh (206 millions d’euros), disposera au total de quatre portiques de quai et dix portiques de parc.

La Banque mondiale a approuvé une opéra-

Doublement de la voie ferrée Settat-Marrakech La Banque africaine de développement (BAD) a signé un accord de prêt de 112,3 millions $ en faveur de l’Office national des chemins de fer (ONCF), qui permettra de financer le doublement complet de la voie entre Settat et Marrakech, sur 141 km, et les travaux de renforcement des infrastructures ferroviaires sur le même axe. Cofinancé par la BAD et l’ONCF, ce projet permettra d’améliorer le taux d’équipement en infrastructures ferroviaires du royaume dans les régions de Casablanca et Settat, et les environs de Marrakech et Safi en particulier.

African Business | Juin - Juillet 2016

Mission de six entreprises américaines

La Chambre nationale de commerce arabo-

américaine (Nusacc) a organisé mi-avril une mission d’hommes d’affaires en Tunisie. Présidée par David Hamod (photo), directeur de la Nusacc, cette délégation était composée de six représentants de grandes entreprises américaines : Advanced Technology Systems Company, General Atomics Aeronautical Systems, International Waste Industries, Lockheed Martin International, NxtVn Group, Solitaire IGT. La délégation américaine a visité l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA-Tunisia), un organisme public sous tutelle du ministère du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale, et rencontré son directeur général, Khalil Laabidi, dans l’objectif de renforcer davantage l’investissement américain en Tunisie. Selon la Nusacc, en 2015, les exportations de biens des États-Unis vers la Tunisie représentaient 560 millions $, en recul de 32,7 %, reflétant les défis économiques auxquels fait face la jeune démocratie tunisienne, alors que les importations américaines en provenance de Tunisie augmentaient légèrement (+4,4 %). 9


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AFRIQUE DU NORD

AFRIQUE DE L'OUEST RÉGIONAL

Dépollution des zones côtières La BEI (Banque européenne d’investissement)

envisage d’accorder un financement de 70 millions d’euros en faveur du projet Depolmed. Ce programme d’investissement comprend la réhabilitation et l’extension des installations de traitement des eaux usées ainsi que des réseaux d’assainissement situés dans les zones côtières. L’objet général de Depolmed est de contribuer à la dépollution de la Méditerranée. Plus précisément, le projet visera l’amélioration de l’environnement par un meilleur traitement des eaux usées, ainsi que l’augmentation de l’efficacité opérationnelle de l’Office national d’assainissement (ONAS). Selon la BEI, « le programme aura comme priorité l’environnement et l’infrastructure sociale, à savoir la gestion des eaux usées dans les régions côtières à travers la mise à niveau et la réhabilitation des infrastructures et des réseaux de soutien de l’ONAS, afin de fournir un service d’assainissement de haute qualité et fiable à ses clients existants. Cette infrastructure est essentielle pour soutenir la croissance économique et le développement social des municipalités bénéficiaires et est également un projet prioritaire qui contribue à la dépollution de la mer Méditerranée. L’évaluation de l’impact environnemental et social est en cours de préparation dans le cadre de l’étude de faisabilité, et sera analysée lors de l’instruction ». Le coût total du projet est évalué à 140 millions d’euros.

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Projet de développement agricole intégré à Sfax

Yassine Brahim, ministre tunisien du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale (à droite), avec Ahmed Mohamed Ali, président du Groupe de la BID (à gauche).

Yassine Brahim, ministre du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale, a signé avec Ahmed Mohamed Ali, président du Groupe de la BID (Banque islamique de développement), une convention de financement pour le projet de développement agricole intégré dans les délégations de Hancha, Menzel Chaker et Bir Ali Ben Khlifa, du gouvernorat de Sfax. Le montant de ce financement est de 27,7 millions $. Ce projet vise à améliorer les conditions de travail des agriculteurs dans les régions mentionnées, notamment les jeunes, les femmes et les jeunes chercheurs d’emploi, à travers l’amélioration de la production et la productivité du secteur et la facilité de l’accès au microfinancement.

Des meilleures données contre la pauvreté La Banque mondiale a approuvé en avril un don de l’IDA de 40,5 millions $ pour le Programme régional d’harmonisation et de modernisation des enquêtes sur les conditions de vie. Cette décision marque le début d’une ère nouvelle pour l’étude des conditions de vie en Afrique de l’Ouest, souligne la Banque mondiale. Des données de haute qualité, comparables et accessibles au public, pourront ainsi être collectées fréquemment pour améliorer la planification, le suivi et l’évaluation des politiques et programmes publics. Selon Rachid Benmessaoud, directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Nigeria et directeur de la coordination du Programme d’intégration régionale de l’Afrique de l’Ouest, « les efforts engagés pour lutter contre la pauvreté ont longtemps été freinés par les carences statistiques. Quand on ne sait pas précisément combien de personnes sont dans le besoin, ni où elles se trouvent et quels sont leurs moyens de subsistance, il est difficile de concevoir des politiques et d’apporter les ressources nécessaires à l’amélioration de leur bien-être ». La Banque mondiale travaillera en partenariat avec la Commission de l’Union économique et monétaire ouestafricaine (Uemoa) à la réalisation d’enquêtes comparables sur les conditions de vie dans huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Le premier cycle de collecte des données doit s’achever en 2017, un second étant prévu en 2020.

BURKINA FASO

Semafo finance ses mines d’or La société minière canadienne Semafo a bouclé un financement par émission de 26 450 000 actions ordinaires au prix unitaire de 4,35 $ CA, pour un produit brut global de 115 057 500 $ CA (78,8 millions d’euros). Le produit sera notamment utilisé pour financer les travaux d’exploration à Mana et Natougou, et pour accroître la flexibilité financière de la société à l’égard du projet Natougou. Semafo exploite la mine d’or de Mana au Burkina Faso, laquelle inclut les gisements satellites à haute teneur de Siou et Fofina, et développe le gisement Natougou. En mars dernier, la compagnie avait obtenu 120 millions $ de la Macquarie Bank australienne, en vue de lancer les travaux de construction de la mine d’or de Natougou avant fin 2016. Mana a produit 255 900 onces d’or en 2015 (+9 %).

AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016


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AFRIQUE DE L’OUEST CÔTE D’IVOIRE

L’État cède ses parts dans quatre sociétés Dans le cadre du programme de privatisation engagé par le gouvernement, un décret adopté fin avril autorise « la cession de la moitié de la participation, soit 5 % des parts détenues par l’État dans le capital de la Société ivoirienne de banque (SIB) », filiale de Attijariwafa bank. Le gouvernement a également autorisé « la cession de la totalité de la participation de 15 % détenue par l’État au capital de la holding Industrial Promotion Services West Africa (IPS WA), par une consultation restreinte ou par appel d’offres ouvert ». Membre du Réseau Aga Khan de développement (AKDN), IPS WA est implantée dans une douzaine d’entreprises réparties dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest : Côte d’Ivoire (Filtisac, Ivoire Coton, Chimtec, Azito Énergie et Casa), Burkina Faso (Faso Coton, Fasoplast et SN Sosuco), Sénégal (Fumoa et Cofisac) ; et Mali (Embalmali et EDM). Le gouvernement a en outre adopté une communication relative à la Nouvelle société sucrière de la Comoé (SN Sosuco), société de droit burkinabé. Il a « autorisé la cession de la totalité de la participation de 2,2 % détenue par l’État ivoirien dans la SN Sosuco à un investisseur privé, qui sera choisi au moyen d’une consultation restreinte ». L’entreprise dispose d’une distillerie, la Société de production d’alcool (SOPAL). De même, le gouvernement a adopté une communication relative à la privatisation de la société CI-Engineering. Il a « autorisé la cession de la totalité de la participation de 74 % détenue par l’État par appel d’offres ouvert, avec pour objectif, de sélectionner un repreneur disposant, seul ou en consortium, des compétences techniques et des capacités financières nécessaires pour exploiter cette société et développer ses activités ». 12

GUINÉE

Convention minière avec Newcrest pour l’or de Hiré

Relance de l’usine d’alumine de Friguia

La convention minière entre l’État ivoirien et

délégation guinéenne à la commission mixte guinéo-russe tenue quelques jours auparavant, à l’occasion de laquelle un accord a été trouvé avec la société Rusal sur un plan de relance de l’usine d’alumine de Friguia. Implantée à Fria (100 km environ de Conakry), Friguia est fermée depuis quatre ans, à la suite d’une grève des employés. Selon la présidence guinéenne, la relance de l’usine de Friguia se déroulera de manière progressive, en deux phases. La première phase a pour objectif d’atteindre une capacité entre 550 000 et 600 000 tonnes. La mise en route de l’usine est prévue au plus tard le 1er avril 2018, après un audit détaillé de l’état des installations, et la réalisation effective des travaux de réhabilitation à partir de début 2017. Une fois mise en route, l’usine ira progressivement vers la capacité nominale de cette première phase. Il est aussi prévu de réaliser une 2e phase d’extension dont la production commencera en 2024, pour porter la capacité totale de l’usine à 1,05 million de tonnes en 2026. Les études de faisabilité de l’extension seront engagées en 2019. Un accord a également été signé autorisant Rusal à différer son engagement de réaliser l’usine d’alumine à Dian-Dian en raison des contraintes du marché de l’alumine, mais aussi et surtout en contrepartie de l’engagement sans équivoque du lancement immédiat du processus de relance de l’usine de Friguia.

Newcrest Hiré Côte d’Ivoire a été signée en avril 2016 par le ministre de l’Industrie et des mines, Jean-Claude Brou, et Lawrence Manjengwa, directeur général de la société minière, filiale de la compagnie australienne Newcrest. Conclue pour une durée initiale de 12 ans à compter de la date de signature, cette convention minière est renouvelable pour des périodes de validité n’excédant pas dix ans, jusqu’à l’expiration du permis d’exploitation.Les réserves globales actuelles de la mine de Hiré sont évaluées à 10 tonnes d’or, pour une durée d’exploitation estimée à quatre ans. Ces réserves pourraient s’accroître avec les programmes complémentaires d’exploration sur les nouvelles ressources potentielles identifiées à Hiré Est et permettre ainsi de prolonger la durée de vie de la mine et de produire davantage. La signature de la convention va entraîner des investissements de l’ordre de 70,6 millions $ soit environ 40,9 milliards de F.CFA. Ces investissements vont permettre la production d’environ 10 tonnes d’or pour un chiffre d’affaires estimé à quelque 371 millions $ soit (215 milliards de F.CFA) et la création de 394 emplois permanents.

Le marocain Addoha construit sa deuxième cimenterie Anas Séfrioui, président des Ciments d’Afrique

Le président Alpha Condé a reçu fin avril la

(CIMAF), filiale du groupe marocain Addoha, a posé en avril la première pierre d’une nouvelle cimenterie à San Pedro, représentant un investissement de 35 milliards de F.CFA. « Nous avons installé, en 2011, une usine de ciment de 500 000 tonnes dans le quartier industriel d’Abidjan (Yopougon). Il y a quelques semaines, nous avons lancé l’extension de cette usine, dont la production passe désormais à 1 million de tonnes annuellement », pour un coût de 17 milliards de F.CFA, déclarait l’investisseur marocain. « Nous allons lancer à San Pedro une cimenterie de 1 million de tonnes, ce qui amènera le groupe à une capacité de production de ciment de 2 millions de tonnes dans 18 mois, soit au maximum fin 2017. » En outre, une sacherie « alimentera nos usines, l’ensemble de Côte d’Ivoire et des usines de la sous-région de 100 millions de sacs ». Les investissements de Addoha « tournent autour de 80 milliards de F.CFA, dont 15 % pour l’environnement ». African Business | Juin - Juillet 2016


AFRIQUE DE L'OUEST SÉNÉGAL

Achèvement du nouvel aéroport Blaise-Diagne

Création d’Air Sénégal SA

Les conventions pour la finalisation de la

Photo © buzzsenegal.com

construction et l’exploitation de l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) ont été signées fin avril à Dakar. Selon le ministre du Tourisme et des transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck, « cette convention nous garantit une livraison des travaux restants dans huit mois et une mise en service quatre mois plus tard, sans un coût supplémentaire par rapport à celui que nous aurions payé à Saudi Binladen Group ». Le groupe saoudien demandait 65 milliards de F.CFA pour achever les travaux entamés en 2007, et qui devaient finir en 2010. Le groupement turc Summa-Limak va terminer les 15 % de travaux restants de l’AIBD. La convention de concession, signée pour une période de 25 ans, prévoit une part de 34 % dans le capital de la société de gestion qui sera créée, a indiqué la ministre (la société allemande Fraport, qui gère l’aéroport de Francfort, s’est retirée du projet sénégalais). Il est également prévu une rétrocession de 20 % des revenus bruts, en plus de l’assistance technique, et la reprise de l’ensemble des travailleurs de la société de gestion actuelle, l’Agence des aéroports du Sénégal. Quasiment interrompus depuis la fin de l’année 2015, les travaux de l’AIBD vont « incessamment redémarrer », pour une ouverture de l’aéroport en avril 2017.

African Business | Juin - Juillet 2016

La ministre du Tourisme et des transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck (photo), a annoncé mi-avril à Dakar la création d’une nouvelle compagnie aérienne nationale, Air Sénégal SA, en remplacement de Sénégal Airlines. Mise en exploitation fin janvier 2011, celle-ci présente un déficit financier cumulé de plus de 65 milliards de F.CFA (non compris 2015). La compagnie avait déjà perdu la totalité de son capital social (16,5 milliards de F.CFA non totalement libérés) à la fin de son premier exercice clos au 31 décembre 2011, et « n’a jamais atteint les objectifs de développement qui lui étaient assignés ». Aussi, Air Sénégal SA vient d’être créée avec un capital initial de 40 milliards de F.CFA en numéraire. « Il est retenu d’assurer une capitalisation permettant un démarrage rapide des opérations de cette compagnie, en attendant la contractualisation avec un partenaire stratégique fort et une augmentation du capital à 100 milliards de F.CFA ». La compagnie devrait également être dotée de services d’assistance au sol et d’un centre de maintenance pour garantir un modèle économique robuste.

Une 3e usine d’eau potable pour Dakar La Banque européenne d’investissement (BEI) envisage d’accorder un financement de 100 millions d’euros (65,6 milliards de F.CFA) à la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) pour le projet KMS 3 d’approvisionnement en eau de Dakar. Le projet Keur Momar Sarr 3 concerne la construction d’une station de traitement d’eau potable d’une capacité de 100 000 m3/jour en 2019, extensible à 200 000 m3/jour à l’horizon 2025, et d’une conduite de refoulement et de transport d’environ 210 km entre le lac de Guiers et la ville de Dakar, dimensionnée pour 200 000 m3/jour. Outre la réalisation des ouvrages de production et de transfert, le projet s’accompagnera d’infrastructures complémentaires de distribution (stockage, réseau primaire, secondaire et tertiaire, branchements sociaux). À terme, le projet devrait permettre le raccordement de plus de 600 000 personnes supplémentaires. Il sera cofinancé avec l’Agence française de développement (80 millions d’euros soit 52 milliards de F.CFA) et fera l’objet d’un financement parallèle avec la Banque islamique de développement (133,5 millions d’euros soit 87,5 milliards de F.CFA), la Banque africaine de développement (60 millions d’euros, soit 40 milliards de F.CFA) et la Banque mondiale/IDA (6 millions d’euros, soit 4 milliards de F.CFA). Le coût total du projet est évalué par la BEI à 401 millions d’euros (263 milliards de F.CFA).

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AFRIQUE DE L'OUEST

AFRIQUE CENTRALE

TOGO

CAMEROUN

Inauguration de la nouvelle aérogare de Lomé

Boeing recommande pour Camair-Co une flotte de 14 avions

Selon un rapport du cabinet Boeing Consulting,

La nouvelle aérogare de l’Aéroport international Gnassingbé-Eyadema de Lomé a été inaugurée fin avril par le président Faure Essozimna Gnassingbé. Les travaux, démarrés en août 2012, avaient été achevés fin 2014, pour une réception préliminaire en janvier 2015, après laquelle des vérifications complémentaires ont été effectuées. Ce projet de 150 millions $ (87 milliards de F.CFA), réalisé par les sociétés chinoises Weihei International Economic Technical Cooperative (Wietc) et China Airport Construction Group Corporation (CACC) sur prêt de l’Exim Bank of China, prévoit aussi l’extension de la zone de fret qui passera d’une capacité de 15 000 à 50 000 tonnes traitées annuellement. La plateforme aéroportuaire togolaise connaît un accroissement du trafic depuis cinq ans. La création d’Asky et les multiples liaisons opérées depuis Lomé par Ethiopian Airlines ont stimulé les activités. 14

sollicité par le gouvernement camerounais, la compagnie nationale Camair-Co devrait se doter d’une flotte de 14 avions pour être compétitive, contre neuf appareils au total envisagés par les responsables de l’entreprise. Camair-Co, qui dispose actuellement de cinq avions (trois Boeing et deux MA 60 chinois) devra ainsi acquérir neuf appareils supplémentaires pour desservir les réseaux domestique, continental et international. Un consortium de banques locales conduit par Ecobank était prêt à soutenir Camair-Co à hauteur de 30 milliards de F.CFA, prioritairement destinés à l’acquisition d’avions et d’équipements de maintenance. Mais le déblocage des fonds a été différé par le gouvernement camerounais en août 2015, en attendant l’adoption d’un plan de relance de la compagnie. Cinq ans après son lancement, Camair-Co, née des cendres de la Camair, supporte un endettement évalué à plus de 30 milliards de F.CFA.

Le chinois ZTE ouvre une filiale Spécialisé dans les équipements de télécom-

munications, le groupe chinois ZTE a ouvert une filiale, ZTE Cameroun Sarl. Cette nouvelle société, enregistrée en décembre 2015, est dotée d’un capital de 480 millions de F.CFA, et gérera désormais les affaires locales de cette multinationale chinoise. ZTE avait signé en avril 2015 un partenariat avec Mitsumi Distribution, l’un des principaux distributeurs d’équipements de télécommunications en Afrique, pour attaquer le marché du continent. Outre le Cameroun, les pays ciblés étaient le Nigeria, le Kenya, la Zambie, l’Éthiopie, la Tanzanie, l’Ouganda, le Ghana, la RD Congo, le Rwanda, la Côte d’Ivoire, Maurice, la Namibie, la Tunisie, Madagascar, le Burundi, le Zimbabwe, le Botswana. En 2013, ZTE avait remporté au Cameroun un contrat pour la mise en place d’un plan national des télécommunications d’urgence raccordé aux administrations camerounaises chargées de la gestion des catastrophes naturelles.

Vérification des importations par SGS et Intertek Le contrôle de conformité avant embarquement

des marchandises importées au Cameroun a été confié aux entreprises suisse SGS et britannique Intertek International. La signature de ce contrat accélérera la mise en œuvre du Programme d’évaluation de la conformité avant embarquement (PECAE) des marchandises importées au Cameroun, créé en 2015. La SGS, déjà présente au port de Douala depuis une vingtaine d’années, et la société britannique Intertek International effectueront, au frais des exportateurs, des contrôles préalables de conformité avant l’embarquement des marchandises pour le Cameroun. African Business | Juin - Juillet 2016


AFRIQUE CENTRALE GABON

La BAD promet 1,2 milliard d’euros sur cinq ans

Marlène Kanga

Ali Lamine Zeine

La Banque africaine de développement a adopté une nouvelle Stratégie de partenariat avec le Gabon couvrant la période 2016-2020. Par son soutien, la Banque permettra au Gabon de maintenir un programme d’investissement public important en cette période où les recettes budgé-

taires sont affectées par un prix du baril de pétrole historiquement bas. Sur les cinq prochaines années, il est ainsi prévu un apport de la BAD équivalent à 811 milliards de F.CFA (1,2 milliard d’euros), à travers ses guichets publics et privés. « Cette nouvelle Stratégie de partenariat reflète l’engagement de la Banque à soutenir la mise en œuvre accélérée de la stratégie Gabon émergent à l’horizon 2020 », a déclaré Marlène Kanga, directrice régionale pour l’Afrique centrale. « La revitalisation du secteur agricole, la valorisation de la filière forêt-bois, l’amélioration du cadre des investissements publics et privés, une meilleure formation professionnelle et une plus forte inclusion sociale, ainsi que l’amélioration des infrastructures d’eau et d’assainissement, seront au centre des interventions de la Banque dans les prochaines années ». Pour Ali Lamine Zeine, représentant résident de la Banque au Gabon « l’approbation de cette stratégie marque la relance effective de la coopération entre la BAD et le Gabon, un de ses membres fondateurs. Les équipes de la Banque sont d’ores déjà à pied d’œuvre pour préparer les premiers projets de cette stratégie, notamment : une Opération d’appui budgétaire en soutien aux réformes macroéconomiques pour les investissements ; un Programme de renforcement des capacités pour l’employabilité des jeunes et la protection sociale ; un Programme d’eau et assainissement de Libreville ».

Une usine de caoutchouc à Bitam pour Olam Olam Rubber Gabon a pour objectif le développement de plantations d’hévéas et d’une usine de transformation dans la région de Bitam. La société emploie 1 406 personnes et a planté 7 800 hectares à ce jour. « Nous croyons aux atouts compétitifs, à la qualité de ses sols et des conditions climatiques du Gabon », souligne l’entreprise. Olam vise « une production de 40 000 tonnes de caoutchouc par an. En 2019, nous entamerons la construction d’une usine de production de 225 tonnes par jour. »

CONGO

Quatre candidats pour la concession des nationales N° 1 et 2 La coordonnatrice des marchés publics et de la réglementation à la Délégation générale aux grands travaux (DGGT), Lydia Jacqueline Mikolo, a présidé, mi-avril, la cérémonie d’ouverture des offres relatives à la mise en concession des routes nationales N° 1 Pointe-Noire-Brazzaville et N° 2 BrazzavilleOyo-Ouesso. Cette dorsale constitue un maillon essentiel de la modernisation des transports. Quatre candidats ont soumissionné à l’appel d’offres avec pré-qualification, lancé par la DGGT : Eiffage ; Vinci Concession ; le groupement CSCEC (Chine)-Egis (France) ; Sopeco.

Deux financements en négociation avec ICBC

RD CONGO

Le président Ali Bongo Ondimba a reçu le président du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois, Yu Zhengsheng. La Chine, qui soutient l’État gabonais dans le cadre de l’exécution du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), est le troisième fournisseur du Gabon avec un volume d’importation de 8,6 % et son premier client avec un volume d’exportation égal à 14,2 %. Une trentaine d’entreprises chinoises opèrent au Gabon dans l’exploitation pétrolière (Addax, Sino Gabon), l’exploitation minière (CICMHZ qui exploite le

Orange finalise l’acquisition de Tigo

AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016

gisement de manganèse de Ndjolé), le bois et l’industrie du bois, l’hôtellerie, la restauration, la pêche et le secteur du sport. Dans le cadre de la conception et la construction des stades de Port-Gentil et d’Oyem en vue de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football en 2017, deux offres de financement sont en cours de négociation avec la banque chinoise ICBC pour un montant global de plus de 157 millions $ (91 milliards de F.CFA). La filiale du FGIS, Façade maritime du champ triomphal (FMCT), est chargée de développer, à Libreville, un nouveau quartier d’affaires propice à l’investissement international.

À la suite de la signature d’un accord avec le groupe luxembourgeois Millicom, Orange a bouclé l’acquisition de 100 % de l’opérateur mobile Tigo, pour 160 millions $. Selon l’opérateur français, « en croissance significative, la RD Congo est actuellement le plus grand marché mobile d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, après le Nigeria. Avec plus de 80 millions d’habitants et un taux de pénétration mobile relativement faible (50 %), le pays représente un fort potentiel de croissance. La consolidation des activités d’Orange et Tigo permettra à Orange de renforcer sa présence dans le pays ». 15


DÉCIDEURS ENTRETIEN K H E M A Ï E S J H I N AO U I Ministre tunisien des Affaires étrangères

Nous menons une diplomatie économique active en Afrique La diplomatie économique de la Tunisie redevient une priorité de l’État, explique le ministre Khemaïes Jhinaoui. Le pays dispose d’atouts géographiques, politiques, et d’un savoir-faire économique susceptibles d’attirer les partenaires, notamment en Afrique subsaharienne. Entretien avec Hichem Ben Yaïche

La Tunisie célèbre les 60 ans de sa diplomatie. Comment rénover et moderniser une diplomatie qui a perdu de son influence et de sa dynamique ces dernières années ?

Effectivement, notre pays a célébré le 3 mai 2016 le 60e anniversaire de la création du ministère des Affaires étrangères. C’est une date phare dans l’histoire de la Tunisie indépendante, compte tenu de la contribution significative apportée par sa diplomatie à la promotion de la visibilité du pays dans le monde, à l’intensification et la diversification de ses relations internationales, et à la mobilisation de l’appui extérieur à ses efforts de développement du pays. Nous nous attelons, actuellement, à la tâche de rénover et de dynamiser l’action extérieure de notre pays à la lumière du processus démocratique en cours, des grands défis de développement à relever et des mutations qui se produisent à l’échelle régionale et internationale, dans le respect des principes et constantes de la diplomatie tunisienne. Lesquels ont permis à notre pays d’être une voix écoutée et respectée. Dès lors, notre objectif essentiel est de redéfinir les missions prioritaires assignées à

Nous allons insuffler un nouvel élan aux relations de coopération avec tous nos partenaires et de les hisser aux plus hauts niveaux. Le développement économique de la Tunisie est conditionné par un meilleur résultat à l’international. 16

notre appareil diplomatique, de le doter des moyens institutionnels et humains nécessaires à même de faire du ministère des Affaires étrangères un outil plus efficace : il doit être tourné vers l’action et orienté par une culture du résultat. De ce point de vue, comment vous êtes-vous préparé pour conduire une diplomatie économique ?

Depuis sa création, la diplomatie tunisienne a joué un rôle crucial dans le processus de développement du pays à travers la promotion et la diversification des relations de coopération bilatérales et multilatérales, et l’accroissement de l’attractivité économique de la Tunisie à l’international. Notre pays a tissé des relations de coopération économique denses et multiformes avec de nombreux pays appartenant aux quatre continents. Le gouvernement affiche clairement la diplomatie économique comme l’une de ses priorités. Nous allons insuffler un nouvel élan aux relations de coopération avec tous nos partenaires et les hisser aux plus hauts niveaux, comme en témoigne la visite du chef du gouvernement en Côte d’Ivoire, en avril. Sans nul doute, le développement économique de la Tunisie est conditionné par un meilleur résultat à l’international. Le ministère des Affaires étrangères, qui dispose d’un réseau diplomatique relativement important dans le monde, y contribue de façon décisive. C’est-à-dire, concrètement ?

Notre appareil diplomatique est constamment mobilisé pour répondre plus efficacement aux besoins prioritaires, pour préserver et renforcer notre position à l’international, que ce soit en termes de recherche de nouveaux marchés et d’accompagneAfrican Business | Juin - Juillet 2016


Photo ©Yosra Ben Hassine

ment des firmes tunisiennes en quête de nouveaux partenaires, ou d’attraction des investissements étrangers structurants et créateurs d’emplois. Il apporte, également, son concours à la préparation et la coordination des diverses manifestations économiques et commerciales (salons internationaux, forums spécialisés, missions sectorielles, roadshows…). Son action se déploie sur plusieurs plateformes géographiques et sectorielles visant à consolider le positionnement stratégique et compétitif du produit tunisien à l’étranger. Nous veillons à assurer une plus grande complémentarité et une meilleure synergie avec les différents acteurs publics et privés afin de définir et de mettre en œuvre, conjointement, la politique d’attractivité de notre pays. Nos représentations identifient les opportunités dans les pays partenaires, particulièrement celles liées aux secteurs porteurs tels que l’infrastructure, le bâtiment, l’industrie, le tourisme, les services et les TIC. Quelles sont les priorités de ces prochains mois, de ces prochaines années ?

Nous voulons raffermir davantage les relations de coopération et de partenariat avec les espaces auxquels appartient la Tunisie, à savoir le Maghreb arabe, le monde arabe et l’Afrique ainsi qu’avec l’Union européenne, les Amériques et l’Asie. Nous African Business | Juin - Juillet 2016

nous sommes, également, donné pour objectif de renforcer notre présence et notre contribution au sein des instances onusiennes et multilatérales. La relance de l’édification du Maghreb arabe constitue une priorité absolue pour notre pays. Aussi, nous sommes animés d’une ferme volonté d’œuvrer de concert avec les pays de la région pour la dynamisation de l’Union du Maghreb arabe (UMA). La tenue de la 34e session du conseil des ministres de l’UMA, le 5 mai à Tunis, s’inscrivait dans ce cadre. Sur le plan arabe, la Tunisie continuera à œuvrer pour la restauration de rapports sereins au sein de la famille et la relance de l’action arabe commune à la lumière des grands défis que connaît la région. S’agissant de l’Afrique, la Tunisie est déterminée à raffermir un peu plus les liens historiques profonds qui la rattachent à son espace vital en intensifiant les relations de coopération et de partenariat fructueuses et diversifiées. La Tunisie célèbre bien sûr tous les ans, le 25 mai, la Journée de l’Afrique. La Tunisie accorde, aussi, un intérêt particulier à son partenariat privilégié avec l’Union européenne, son principal partenaire économique. À cet effet, la Tunisie a appelé, lors du dernier Conseil d’association avec l’UE, à dépasser le cadre classique de la politique européenne de voisinage et à faire bénéficier notre pays d’un soutien exceptionnel à même de lui permettre de relever les défis actuels. 17


DÉCIDEURS ENTRETIEN K H E M A Ï E S J H I N AO U I

Partant de sa conviction des vertus de l’intégration africaine, la Tunisie compte promouvoir sa position géographique comme carrefour des continents et un portail pour l’Afrique, atout constituant un vecteur potentiel d’attractivité économique. Sur le plan multilatéral, notre pays est résolu à reprendre son rôle actif au sein des instances internationales et régionales, notamment dans le cadre des efforts visant à promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité dans le monde, et à intensifier la coopération internationale ou régionale pour atteindre des objectifs d’intégration et de développement inclusif et durable. Vous semblez vous orienter vers l’Afrique subsaharienne. Avez-vous une offre claire en direction de cette région ?

L’Afrique représente un intérêt stratégique pour la Tunisie. Cela ressort clairement des orientations de la politique extérieure tunisienne qui place la coopération avec le continent africain au rang des priorités nationales. Après son indépendance, la Tunisie a apporté un appui indéfectible aux peuples africains dans leur combat contre le colonialisme et l’apartheid et offert une assistance constante et efficace aux mouvements de libération sur le continent. La coopération et la solidarité entre les peuples africains ont, ainsi, fortement imprégné la diplomatie tunisienne. La Tunisie s’est constamment illustrée par ses prises de position et ses initiatives visant à placer la question du développement du continent africain au centre des préoccupations de la communauté internationale. 18

Photo ©Yosra Ben Hassine

Ministre tunisien des Affaires étrangères

Aussi, l’actuel gouvernement s’est-il assigné comme objectif stratégique de réédifier les ponts d’amitié et de fraternité avec les pays du continent et d’imprégner une nouvelle dynamique à ces relations traditionnelles à travers la consolidation de la présence tunisienne en Afrique politiquement, économiquement et culturellement. Je rappelle que le premier voyage à l’étranger, très significatif, du président de la République, Béji Caïd Essebsi, juste après la prise de ses fonctions, fut de participer au 24e Sommet de l’Union africaine, en janvier 2015 à Addis-Abeba. D’autres visites sont attendues, dans le cadre d’échéances bilatérales. La Tunisie œuvrera inlassablement, au cours de la prochaine période, à renforcer la tradition de concertation et de coordination que nous souhaitons instaurer d’une manière régulière avec les autres pays africains. La Tunisie s’attachera, en outre, à intensifier les échanges et le soutien mutuel avec les pays africains au sein des instances régionales et internationales et à appuyer toute initiative constructive pouvant favoriser une intégration africaine accrue ou promouvant la paix, la sécurité et le développement en Afrique. Notre pays compte privilégier, dans ce cadre, les outils de sa diplomatie culturelle et activer, également, ceux de sa diplomatie économique favorables au développement. L’instrument de diplomatie culturelle nous permettra d’agir de concert avec les pays africains frères, auxquels nous sommes unis par des cultures croisées et des objectifs partagés, pour relever les défis de l’éducation, de la formation, de la recherche scientifique et de l’innovation en intensifiant les échanges et les partenariats dans ces domaines. African Business | Juin - Juillet 2016


Nous sommes aussi résolus à développer des partenariats solides et mutuellement bénéfiques dans le cadre de la diplomatie économique. Dans cette perspective, nous œuvrons à associer davantage les deux secteurs, privé et public, dans l’objectif d’accroître les échanges commerciaux et les flux d’investissement et de faire profiter davantage les pays africains frères dans le cadre de la coopération technique, tant bilatérale que tripartite, du savoirfaire tunisien dans des domaines pointus liés au développement. Quels sont les secteurs prioritaires dans lesquels la Tunisie peut avoir un « avantage comparatif » à proposer aux autres pays africains ?

La période à venir connaîtra un redéploiement tous azimuts en Afrique. Nous comptons multiplier les contacts à tous les niveaux avec nos partenaires africains, négocier des accords de partenariat, réactiver les commissions mixtes, ouvrir de nouvelles lignes aériennes d’ici à 2018, conclure des accords de promotion et de protection des investissements et de non double imposition ainsi que des accords commerciaux préférentiels bilatéraux ou avec des ensembles sous-régionaux africains, appuyer les opérations de partenariat permettant aux firmes tunisiennes de s’internationaliser en Afrique, multiplier la création de chambres de commerce mixtes…

La Tunisie dispose de potentialités indéniables pour devenir l’une des locomotives de la croissance et du développement du continent africain, ne serait-ce qu’en raison de son positionnement géostratégique à la pointe nord du continent, à proximité de l’Europe, de son dynamisme économique, du rôle joué par les entreprises tunisiennes opérant en Afrique subsaharienne dans des secteurs susceptibles de favoriser la croissance des partenaires africains tels l’infrastructure, le bâtiment, la haute finance, l’ingénierie ou les TIC, de l’expertise qu’elle apporte aux pays africains frères dans le cadre de programmes structurés de coopération technique, comme l’éducation, la formation, la santé, le tourisme, l’agriculture, l’industrie, l’énergie ou l’administration. Au-delà des relations bilatérales, notre pays ambitionne, également, de contribuer efficacement à la réalisation conjointe de projets structurants à vocation régionale. En effet, partant de sa conviction des vertus de l’intégration africaine, la Tunisie compte promouvoir sa position géographique comme carrefour des continents et un portail pour l’Afrique, atout constituant un vecteur potentiel d’attractivité économique. De tels objectifs stratégiques attestent la détermination de la Tunisie à développer et intensifier les relations multiformes avec l’Afrique. n


DÉCIDEURS ENTRETIEN É T I E N N E G I ROS Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique

Osez l’Afrique ! Grand connaisseur de l’Afrique, à l’écoute des entreprises françaises  et des besoins du continent, Étienne Giros, président délégué du CIAN,  ne cache pas son volontarisme : l’Afrique est, et sera demain,  une terre d’opportunités et d’investissements. Entretien avec Hichem Ben Yaïche

À tort ou à raison, le CIAN a pu avoir une image vieillie. Comment avez-vous mené votre action pour balayer ces clichés et dépoussiérer la maison ?

Je crois qu’aujourd’hui, le CIAN n’a plus cette image. D’ailleurs, celle-ci a commencé à s’améliorer bien avant mon arrivée. Mes prédécesseurs avaient largement œuvré pour ce mouvement. Je me suis contenté de chausser leurs bottes et d’aller dans la même voie. En effet, on a eu le sentiment que le CIAN pouvait être rapproché de la Françafrique ou des relations économiques du « temps des colonies ». Cette histoire est terminée. Aujourd’hui, les entreprises françaises doivent travailler dans un environnement mondialisé, internationalisé ; et pour gagner des marchés, il faut qu’elles offrent des prix attractifs et de bons produits. Ce n’est pas parce qu’elles sont françaises, ou parce qu’il y a des liens particuliers, historiques, ou des « petites affaires » qu’elles vont gagner des marchés. Il faut juste pouvoir battre commercialement les concurrents internationaux. Ensuite, le fait de parler la même langue, qu’on ait la même monnaie, etc., constitue certes un avantage… mais, cela ne prime pas sur tout.

L’explosion économique que l’Asie a connue pendant 30 ans, l’Afrique va la vivre. Le processus est déjà en marche. C’est aujourd’hui qu’il faut y aller. Il ne faudra pas venir pleurer demain ! 20

Justement, comment s’organise cette bataille de la concurrence, chez les entreprises membres du CIAN ?

Concrètement, nous mettons en avant la qualité de nos produits et de nos services. Ces derniers sont parmi les meilleurs du monde et la qualité des produits est également reconnue. Cependant, nous avons des concurrents nouveaux, faisant partie des pays émergents : des Chinois, des Indiens, des Turcs…, qui ont une forte vigueur commerciale. On peut apporter, nous autres entreprises françaises, un service de meilleure qualité. Il le faut, car nous avons quelquefois du mal à nous aligner sur le prix de vente des pays émergents. Quels sont les secteurs où la France excelle ?

Je vous citerai les BTP, les services, la construction des infrastructures… Diverses entreprises nouvelles – chinoises, indiennes, etc. – arrivent avec des prix de revient, et notamment des coûts de main-d’œuvre et des niveaux de rentabilité, nettement inférieurs aux nôtres ! Par conséquent, s’ils sont 15 % ou 20 % moins chers, on n’y peut rien ! Pour les battre, il faut simplement vendre des produits de qualité : construire une route qui va durer dix ou quinze ans et où la qualité sera au rendez-vous ! Quels autres atouts à faire valoir, dans ces conditions, pour les entreprises françaises ?

J’en vois deux autres : le premier tient justement aux liens historiques, modernisés, solides, mais qui n’ont plus rien à voir avec la Françafrique. On parle français dans 25 pays en Afrique, 14 pays ont le même droit commercial que le nôtre – l’Ohada. Le franc CFA rassemble 17 pays… African Business | Juin - Juillet 2016


Photo ŠLaurent Poinet


DÉCIDEURS ENTRETIEN É T I E N N E G I ROS Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique

Tout cela constitue des avantages. À nous de savoir en tirer parti, sans paternalisme, sans relations historiques surannées, sans non plus d’esprit de repentance… Tournons-nous, simplement, vers l’avenir, et essayons de travailler ensemble ! En second lieu, j’insiste sur la dimension RSE – Responsabilité sociétale des entreprises. En tant qu’entreprises, nous y sommes très attachés : respect des droits humains, protection des travailleurs, et respect de l’environnement. Nos concurrents n’ont pas tous cette philosophie. Pouvez-vous nous dresser la cartographie des investissements de la France en Afrique ?

Ils touchent plusieurs secteurs. Le premier, c’est tout ce qui a trait à la ville nouvelle et aux infrastructures. Il s’adresse tant à l’architecte qu’à l’urbaniste, pour la construction d’immeubles, les Travaux publics… Nos services en gestion des villes sont recherchés : nettoyage, ramassage des déchets, transports intelligents, énergie, solaire, etc. Dans ce domaine, la France a des champions ! À condition de « jouer collectif », nous pouvons apporter des solutions pour créer, demain en Afrique, la ville intelligente. Deuxième exemple : l’agriculture et l’agroalimentaire. L’Afrique pourrait être le grenier de la planète ! À condition qu’elle règle ses problèmes d’infrastructure, d’organisation de l’agriculture, de son déficit en termes de transformation. Dans ce secteur, nous avons beaucoup de sociétés très compétentes, notamment de PME ou d’entreprises de taille intermédiaire ; elles offrent de nouvelles techniques, et sont très ouvertes pour les développer en Afrique. Je pourrais vous citer d’autres exemples, notamment dans les services. En termes de chiffres, pourriez-vous être plus concret ?

Oui, je peux vous en donner un qui est très concret : les 160 entreprises membres du CIAN, qui sont des entreprises françaises pour la plupart, réalisent en Afrique un chiffre d’affaires de 60 milliards d’euros par an ! Ce qui est énorme ! C’est beaucoup plus que le commerce international de la France avec les plus grandes puissances du monde. Pourquoi il demeure cette impression que les parts de marché de la France se réduisent. Est-ce une idée reçue ?

Oui et non : c’est parce que, facialement, la France perd des parts de marché dans les importations africaines. Elle repré-

En tant qu’entreprises françaises, nous sommes très attachées à la RSE : respect des droits humains, protection des travailleurs, respect de l’environnement. Nos concurrents n’ont pas tous cette philosophie. 22

sente, aujourd’hui, près de 5 % des importations africaines. Il y a dix ans, elle en représentait plus de 10 % ! Pourtant, en valeur, elle est restée au même niveau. Gare à l’illusion statistique : les entreprises françaises sont très implantées en Afrique, elles ont des filiales et des succursales. Dont l’activité n’entre pas dans les statistiques du commerce extérieur. Quand on crée une cimenterie en Afrique, par exemple, eh bien, on va perdre des importations – ou des exportations de la France vers l’Afrique –, on dira : « La France perd pied… » Et bien, non, pas du tout ! On va gagner des parts de marché puisqu’on s’installe sur place ! Quand vous prenez tous les grands champions – Orange, Bolloré, Société générale, Lafarge… –, toutes ces entreprises sont installées en Afrique ! Et elles n’entrent pourtant pas dans le commerce extérieur de la France. Comment fonctionne le CIAN pour incarner ce pouvoir du monde des entreprises et pour accompagner les entreprises françaises travaillant en et sur l’Afrique ?

C’est très simple : au CIAN, nous cherchons, d’abord, à mettre tous ces acteurs français ensemble, à les faire parler et à développer « le Club France ». L’Afrique a suffisamment de potentiel pour que les entreprises françaises essaient plutôt de se parler et de faire des choses en commun, nouer des partenariats, ou partager des savoir-faire, plutôt que de se lancer dans une concurrence stérile. Mais pour être concret, comment ça se passe ?

Cela passe par des commissions de travail, qui se réunissent entre 30 et 35 fois par an. C’est le cas des DRH, les responsables des RSE, les responsables export ou les fiscalistes. Ils échangent sur tous les sujets ayant trait à l’Afrique. Il y a aussi la formule des déjeuners, des newsletters, des rencontres… Nous travaillons divers sujets transversaux qui sont utiles à nos membres et à nos adhérents. Nous nous occupons de la RSE, des problèmes sociaux… Nous développons un programme intitulé RH-Excellence Afrique, qui consiste à rapprocher le monde des entreprises de celui de la formation professionnelle en Afrique, pour améliorer l’employabilité des jeunes Africains. Ce sont là des choses concrètes qui nécessitent une expertise, et de bien connaître l’Afrique. Vous êtres président délégué du CIAN : de quoi est fait votre quotidien ?

Je ne suis pas seul : le CIAN compte cinq permanents, plus une vingtaine d’experts qui nous aident, et nous assistent. Nous sommes donc un groupe. Mon quotidien, néanmoins, c’est d’abord de rencontrer les pouvoirs publics, qu’ils soient africains ou français, des bailleurs de fonds, les officiels, et les entreprises. Nous essayons de jouer notre rôle de « mettre de l’huile », de rendre fluide les rapports entre tous ces acteurs. L’autre élément de mon quotidien est de représenter les entreprises françaises sur l’Afrique, aux yeux de l’opinion, des pouvoirs publics, des bailleurs de fonds… Faire ce que certains appellent du lobbying… African Business | Juin - Juillet 2016


Les importations françaises

Les exportations françaises

Les 20 premiers pays africains fournisseurs (en milliers d’euros)

Les 20 premiers pays africains clients (en milliers d’euros)

2013

2014

Algérie

4 241 671

4 390 355

Nigeria

3 795 828

4 115 691

Tunisie

3 744 869

4 049 819

Maroc

3 329 790

3 622 835

Libye

3 217 686

1 859 839

Angola

923 113

1 565 769

Égypte

1 196 797

1 035 876

Afrique du Sud

808 771

874 834

Ghana

859 934

761 842

Guinée équatoriale

1 141 849

748 605

Côte d'Ivoire

662 779

630 232

Niger

595 775

390 766

Madagascar

382 180

379 433

Maurice

272 717

280 113

Cameroun

227 638

230 758

Congo

424 610

201 241

Gabon

342 528

125 120

Namibie

128 812

118 685

Seychelles

120 428

103 939

Sénégal

90 278

82 124

27 174 361

26 284 222

Total Afrique

Êtes-vous dans les pas des politiques ou est-ce que les politiques sont dans vos pas ?

D’abord, le CIAN est totalement indépendant. Il vit de la cotisation de ses adhérents et ne doit donc rien aux pouvoirs publics. Ensuite, je ne sais pas, à vrai dire, qui est dans les pas de l’autre, mais, en tout cas, nous parlons avec les pouvoirs publics, car nous avons un état d’esprit ouvert ; nous essayons de faire valoir le point de vue de l’entreprise, tout en cherchant à comprendre celui des pouvoirs publics. Lesquels nous écoutent très sérieusement ; ils savent que, sans l’entreprise, il n’y aura pas de développement en Afrique. Êtes-vous suffisamment écoutés ?

Oui, je crois. L’entreprise n’est pas toujours bien vue dans l’opinion, dans certains médias. Pas tous heureusement ! Aujourd’hui, tout le monde se rend compte que la richesse vient de l’entreprise. Autrement dit, la richesse primaire, dans les pays, c’est l’entreprise qui la crée. L’État n’est qu’un arbitre. On a l’impression que coexistent de multiples instruments qui font la même chose ou presque : Business France, Expertise France et d’autres. N’y a-t-il pas là un problème de cohérence ?

Vous avez raison. C’est ce que certains appellent, en riant, le « millefeuille français ». Il existe beaucoup d’organismes. Je les fréquente tous. Chacun a son rôle et sa mission. Par exemple, ce que nous faisons au CIAN, personne ne le fait. Idem pour le MEDEF International, BPI France ou Business France. Au fond, nous avons tous le même objectif : réussir à African Business | Juin - Juillet 2016

Algérie

2013

2014

5 901 170

2014

Maroc

3 856 139

6 157 295

Tunisie

3 702 903

3 777 610

Afrique du Sud

1 785 529

3 354 292

Égypte

1 347 628

1 946 791

Nigeria

1 520 800

1 577 381

Côte d'Ivoire

1 024 748

1 516 042

Angola

461 101

1 064 769

Togo

397 891

769 685

Sénégal

706 038

730 021

Gabon

728 112

729 084

Cameroun

707 463

679 725

Congo

580 535

654 189

Mali

306 656

635 892

Maurice

334 890

349 535

Madagascar

296 328

332 820

Burkina Faso

332 036

290 961

Bénin

269 158

269 210

Libye

801 167

263 659

221 034

261 070

27 615 900

209 821

Mauritanie Total Afrique

Sources : Le Moci, CIAN, d’après les Douanes françaises

aider au développement de l’Afrique et réussir une meilleure implantation des entreprises françaises. Chacun a son approche. Mais nous essayons de travailler intelligemment ensemble. En termes d’efficacité, chacun joue-t-il pleinement son rôle sans se concurrencer ?

Je crois que oui. Si on était devant une page blanche, on aurait organisé autrement la place économique de la France vis-à-vis de l’Afrique. Autrement dit, nous ne ferions pas comme cela avait été fait ! C’est le fruit de l’histoire ! Un mouvement est engagé : Business France est le fruit de la fusion de deux – et maintenant trois – organismes anciens. BPI France a aussi été le fruit de la fusion de deux organismes qui ont existé. Le travail de concentration et de cohérence est bel et bien mené… Sans déperdition d’énergie ?

Il y en a encore, car il existe six ou sept structures. Mais la bonne volonté et le dialogue permettent d’aller tous dans le même sens. Quel est votre regard sur l’Afrique ? Peut-on encore parler d’afro-optimisme ? Ce sentiment semble en recul ces derniers temps…

Oui, il faut être afro-optimiste ! Les chiffres le prouvent. Ça n’est pas pour rien qu’elle affiche 5,5 % de croissance annuelle depuis dix ans. Ce qui est énorme ! 23


DÉCIDEURS ENTRETIEN É T I E N N E G I ROS Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique

Ne sommes-nous pas parfois dans l’autosuggestion ?

Non, non, non ! Nous sommes dans la réalité ! Ces dernières semaines, j’étais à Abidjan et à Dakar. Ces villes bougent, d’une manière folle ! Des quartiers entiers sont construits. La ville africaine se modernise. Et, surtout, l’Afrique s’ouvre à l’international ! La grande clé, pour comprendre l’Afrique depuis 15 ans, c’est que ce continent s’est totalement internationalisé et mondialisé. C’est une des raisons pour lesquelles, évidemment, il va se développer. Bien sûr, il ne faut pas se cacher les problèmes ; certains sont structurels. L’Afrique a encore des grands progrès à faire en termes de gouvernance. On le sait. Il faut aussi résoudre la question des infrastructures. Deux tiers des Africains n’ont pas accès à l’électricité et il n’y aura pas de développement si on ne résout pas cette question. La formation des hommes reste insuffisante À ses problèmes structurels bien connus, s’ajoute une autre difficulté, conjoncturelle, liée à la baisse des cours des matières premières. Elle affaiblit fortement les budgets publics et ralentit la croissance économique, qui revient à environ 4 %. Sans compter le ralentissement de la Chine. On peut s’attendre à des difficultés, certes conjoncturelles, mais qui peuvent durer deux ou trois ans… Quand on examine les modèles des pays développés, on observe que ceux-ci procèdent, d’abord, des forces endogènes qui déclenchent l’entrée dans le cercle vertueux du décollage économique. Pourquoi cette impression que l’Afrique est en train de retourner à la case départ ?

Je ne partage pas ce sentiment ; l’Afrique a d’autres éléments qui ont permis ce développement que nous évoquons. C’est la raison de mon afro-optimisme : l’émergence d’une classe moyenne. Certes, celle-ci n’est pas homogène en termes de revenus, mais quand la CFAO, avec Carrefour, a pour projet de créer des dizaines de malls, à l’occidentale, dans les pays d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et même d’Afrique de l’Est, cela montre bien quand même qu’il y a des gens qui ont le désir de consommer autrement. Et au sein de la classe moyenne, nous trouverons demain les entrepreneurs qui vont créer le tissu d’entreprises intermédiaires, futur socle de la croissance africaine. Comment la France regarde ou entre en résonance avec des pays émergents qui commencent à devenir en Afrique des acteurs qui comptent ?

D’abord, la France n’a pas attendu l’explosion positive de l’Afrique pour s’intéresser au continent. Beaucoup de nos membres y travaillent depuis plus d’un siècle. En revanche, les entreprises françaises doivent continuer à s’intéresser particulièrement à l’Afrique francophone. Il leur faut défendre des positions fortes. Mais il faut aussi s’intéresser à l’Afrique anglophone et lusophone. Pour le Maghreb, c’est déjà le cas. Il est absolument nécessaire de se concentrer sur les régions d’Afrique où il y a un potentiel de croissance très fort où il y a un état d’esprit très tourné vers le business. 24

Vous aviez bien souligné : il y a « des Afriques ». La France a-t-elle une stratégie claire et lisible vis-à-vis de cette diversité des aires culturelles et linguistiques du continent ?

D’abord, la France n’a pas à « avoir de stratégie » en ce sens. En revanche, elle peut donner un élan… Ce sont les entreprises qui, in fine, prennent elles-mêmes leur décision d’investir. Le rôle du CIAN est de convaincre – si tant est qu’il soit besoin de le faire – les entreprises d’investir en Afrique, et notamment de ne pas négliger la partie anglophone. À cet égard, nous sommes bien sûr aidés par le gouvernement, toujours aux côtés des entreprises françaises : pour les grands contrats, pour les contrats d’armement, d’équipement de villes nouvelles. Nous ne sommes pas gênés pour bénéficier d’un soutien des pouvoirs publics français quand il le faut. Quelle est la place des PME dans votre structure ? On vous reproche parfois d’être le cartel des intérêts des grands groupes…

Nous n’avons pas de spécificités là-dessus. Les deux tiers des entreprises du CAC 40 sont membres du CIAN. Pour les PME, nous en comptons évidemment un grand nombre. Le CIAN compte 160 membres, il n’y a pas 160 grands groupes ! Nous comptons beaucoup de sociétés dans les activités intellectuelles, des sociétés agroalimentaires, des sociétés qui sont importantes en Afrique, et qui font pour certaines 30 à 40 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous sommes ouverts et nous les accueillons. Plus nous serons « ensemble » au CIAN, plus le clubing et le networking marchera. Ainsi, nous serons plus forts pour défendre nos positions ! Qu’est-ce qui a fondamentalement changé en direction de l’Afrique ?

Cela fait 35 ans que je connais le continent. J’ai effectué l’essentiel de ma carrière chez Bolloré, où j’étais responsable de toute la zone Afrique. L’Afrique n’est plus le « continent perdu » : nous ne sommes plus dans cette perception de l’ère des dictateurs, des guerres, des maladies et d’une croissance négative… C’est exactement l’inverse qui se produit ! La seule chose qu’il faut surmonter, c’est que les marchés restent encore petits aux yeux des entreprises. Celles-ci ont confiance en l’Afrique. Elles savent bien que c’est là que ça va se passer. La tendance en faveur de ce continent est très positive. Cela n’empêche pas de convaincre les entreprises d’investir. Il faut leur dire : « Allez en Afrique maintenant, pas dans 15 ans ! Et n’allez pas ailleurs, là où

J’ai l’habitude de dire à mes interlocuteurs, pour les convaincre d’aller en Afrique, d’utiliser cette formule qui n’est pas très française : il faut « dérisquer » l’Afrique. Quand on ne connaît pas l’Afrique, elle fait peur… African Business | Juin - Juillet 2016


les marchés sont trois ou quatre fois plus grands. » Le marché chinois est plus grand que celui de l’Afrique. Mais il ne faut pas oublier que l’Afrique, ce sont 54 pays. Alors oui, quand vous regardez les marchés à la taille d’un pays – le Togo, le Rwanda, la Libye – ils semblent étroits. Mais il faut quand même y aller ! Et y aller maintenant. J’ai l’habitude de dire à mes interlocuteurs, pour les convaincre d’aller en Afrique, d’utiliser cette formule qui n’est pas très française : il faut « dérisquer » l’Afrique. Quand on ne connaît pas l’Afrique, elle fait peur… Cela veut d’abord dire qu’on ne craint pas davantage de coups d’État que par le passé. Ensuite, il n’y a pas plus de risque physique : on n’est pas davantage enlevé, on n’est pas davantage racketté, on n’est pas davantage volé en Afrique qu’ailleurs. Enfin, il est faux de dire que l’Afrique est le continent de la corruption. Bien sûr qu’elle existe ! Mais on doit l’affronter aussi ailleurs dans le monde ! De même, il n’y a pas plus de maladies graves, pas plus d’impayés, etc. Chaque année, le CIAN publie son rapport. Il examine la manière de faire des affaires dans tous les pays d’Afrique. Cela s’appelle le Doing Business à la française. Sa lecture montre bien qu’il ne faut pas avoir peur d’investir ou de commercer en Afrique ! Bien sûr, il faut prendre ses précautions : il faut connaître les pays, leurs us et coutumes… Par conséquent, il vaut mieux ne pas y aller seul. Et, par exemple… entrer au CIAN ! Afin de mieux comprendre l’environnement des affaires, nouer des partenariats avec des Africains. Les économistes débattent beaucoup au sujet de la Zone franc, beaucoup d’intellectuels africains demandent de casser la dépendance au Trésor français en supprimant ce lien avec cette monnaie. Quelle est votre position là-dessus ?

Pour les entreprises françaises, l’opinion qu’elles peuvent avoir de la Zone franc dépend si elles sont importatrices ou exportatrices. Quand on exporte vers l’Afrique, on est évidemment en faveur du franc CFA ! Et les entreprises françaises installées en Afrique, qui exportent des matières premières, du bois, du coton, etc., sont naturellement en faveur d’une dévaluation qui encouragerait les exportations. Ce que je retiens, c’est que la Zone franc assure la convertibilité de la monnaie. Regardez les pays qui n’offrent pas cette convertibilité, où la monnaie est purement locale : le naira au Nigeria, le kwanza en Angola… Quand les prix des matières premières baissent, il n’y a plus de devises disponibles, et il n’y a plus de convertibilité. Et cela bloque l’économie. Je dis simplement : la Zone franc a cet avantage essentiel de la convertibilité et du taux de change fixe. Il ne faut pas s’en passer ! Le sujet que vous soulevez est éminemment politique. Les intellectuels africains que vous évoquez se placent au niveau politique ; en donnant un argument… qui a sa valeur, je ne le African Business | Juin - Juillet 2016

Photo ©Laurent Poinet

Comment appréciez-vous le risque africain ?

conteste pas en tant que tel, qui est de dire : un pays qui n’a pas la maîtrise de sa monnaie, n’a pas la totalité de son autonomie. Et, donc, c’est un empêchement de liberté et un outil de domination. Je ne me place pas sur ce plan politique. Je vois seulement que les pays qui n’ont pas la convertibilité et le taux de change fixe souffrent plus que ceux qui l’ont. Voilà ! La France vit un paradoxe : ses jeunes diplômés sont au chômage ; ils pourraient entrer dans ces multiples structures qui travaillent sur l’Afrique. Leur manque d’intérêt signifie-t-il que l’Afrique est « un angle mort » ?

Non, je ne crois pas que cela soit l’angle mort. Il faudrait que vous viviez avec moi pendant 15 jours pour voir de vos propres yeux ce que je fais tous les jours et surtout les gens que je rencontre ! Ils sont tout à fait passionnés par l’Afrique. Je peux vous dire qu’il y a un mouvement très positif vis-à-vis de l’Afrique ! Pour avoir enquêté sur les diasporas africaines, j’observe que très souvent, elles ont du mal à s’ancrer dans leurs réalités africaines… elles souffrent de pas mal de handicaps.

Elles souffrent du premier handicap : les femmes et les hommes sont partis, et puis, brusquement, ils reviennent. Et ils ont du mal, quelquefois, soit à être accueillis, soit à être acceptés, soit à s’adapter aux nouvelles réalités. Là aussi, un mouvement positif s’amorce. Il rejoint ce que nous disions sur la vision des entreprises. Il leur faut, avant tout, oser ! Le savoir-faire, nous l’avons ; la technicité, nous l’avons ; les produits, nous les avons. Nous avons seulement besoin de la volonté de se dire : « Maintenant, je vais en Afrique parce qu’elle est le continent de demain. » Et l’explosion économique que l’Asie a connue pendant 30 ans, l’Afrique va la vivre. Le processus est déjà en marche. C’est aujourd’hui qu’il faut y aller. Il ne faudra pas venir pleurer demain ! n 25


ENTRETIEN EXLUSIF J E F F R E Y R . I M M E LT PDG de General Electric

Sans électricité, pas de prospérité ! JeffreyR.Immelt,puissantpatrondeGeneralElectric,réaffirmesonintérêt pourl’Afrique.Ilyconstatelemanquecriantd’infrastructures dansl’énergie,etregrettequelesgouvernementssedispersent aulieud’investiretdemeneràbiendegrandsprojets-phares. Propos recueillis par Osasu Obayiuwana

G

eneral Electric est la multinationale par excellence. Le conglomérat américain, dont tout le monde connaît le nom, est présent dans de multiples secteurs : de l’énergie aux appareils électroménagers, de l’équipement médical au matériel militaire, en passant par les services financiers. GE est présente dans 170 pays. Jeffrey Robert Immelt est à la tête de cet « empire », après avoir succédé au célèbre Jack Welch en septembre 2001. Depuis son arrivée, explique cet homme sympathique de 60 ans, originaire de Cincinnati dans l’Ohio, l’Afrique a joué un rôle important dans la stratégie du groupe. La présence de plus en plus marquée de GE en Afrique fait partie de son plan d’étendre son caractère multinational. « En tant que PDG, j’ai toujours été intrigué de voir ce que l’Afrique pourrait nous apporter… General Electric était à 70 % aux États-Unis en 2001. En 2016, nous serons à 70 % hors des États-Unis », explique Jeffrey Immelt qui affirme « avoir toujours

« Les gouvernements ne manquent pas de volonté mais les priorités sont trop nombreuses. Il ne s’agit pas d’entreprendre cinq ou dix grands projets… mais trois que l’industrie peut soutenir. Il est très difficile de gérer des priorités concurrentes. » 28

eu l’ambition, tout comme l’équipe de direction, que le groupe ait une dimension beaucoup plus internationale. C’est pour cette raison que nous avons moins hésité à nous implanter dans d’autres pays. » Les investissements de GE sur le continent ont bondi de 500 millions $ en 2001 à 6 milliards $ en 2016. Le groupe est désormais présent dans huit pays d’Afrique, sur les principaux marchés : l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Mozambique, la Tanzanie et le Nigeria. Plus vaste marché d’Afrique, le Nigeria illustre parfaitement la stratégie continentale de GE. En 2013, la société a annoncé son intention d’investir pas moins de 1 milliard $ dans le pays, en promettant de tripler sa production d’électricité en dix ans. Le Nigeria, qui souffre de graves pénuries d’électricité depuis des dizaines d’années, incarne le défi de la distribution d’énergie dans les économies africaines en plein essor. Le pays étant incapable de fournir 5 GW à une population de plus de 150 millions de personnes – à comparer aux 45 GW qu’offre l’Afrique du Sud à ses 53 millions d’habitants –, la gravité des problèmes d’énergie du Nigeria est un obstacle majeur au développement industriel et ne peut être sous-estimée. « Cette question est devenue une priorité pour le gouvernement et pour le secteur privé », indique Jeffrey Immelt. « Sans électricité, il n’y aura pas de prospérité. C’est aussi simple que cela. La distribution d’électricité doit évoluer au même rythme que la production et il est essentiel d’investir. Le pays a besoin de 40 GW et n’en produit que trois ou quatre actuellement. » AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016


L’indispensable soutien du secteur public Comme le Nigeria, la plupart des pays où opère GE semblent prêts à mener une révolution énergétique sur le continent. La Tanzanie et le Mozambique sont sur le point d’exploiter d’importantes réserves de pétrole et de gaz. L’Angola est déjà un producteur de pétrole majeur tandis que l’Éthiopie investit des sommes élevées pour développer son potentiel dans le domaine des énergies renouvelables. L’exploitation de ce potentiel permettrait non seulement de répondre aux besoins nationaux, mais aussi de satisfaire la demande régionale. Toutefois, cela exige des investissements à long terme du secteur privé. Tandis que la volatilité des marchés mondiaux, le ralentissement de l’économie chinoise et la chute du prix des matières premières détournent des entreprises de l’Afrique, Jeffrey Immelt reste déterminé : « Dans ce cycle de ralentissement, les investissements dans les infrastructures et l’énergie risquent de ne pas avoir lieu. Nous souhaitons investir en Afrique et contribuer au financement de grands projets énergétiques dans le continent. Je souhaite investir là où il y en a besoin. » Une telle volonté de la part d’une entreprise comme GE est de bon augure pour les gouvernements africains, qui comptent sur l’implication du secteur privé pour développer leur secteur énergétique. Beaucoup de sociétés transnationales intéressées par l’Afrique hésitent à investir massivement dans un pays sans garantie de stabilité politique et économique. « Nous sommes à une époque dans le monde, pas seulement en Afrique, où les entreprises et les gouvernements coopèrent peu. Ce n’est pas un phénomène spécifiquement africain. Cela est vrai aussi en Europe, aux États-Unis, partout où je vais… » Néanmoins, le patron de General Electric précise que les gouvernements devront investir à parts égales pour que la coopération sur les projets énergétiques à grande échelle puisse porter ses fruits. « Il est très important que les entreprises soient très claires dans leurs négociations avec les gouvernements. » L’industriel insiste sur la difficulté qu’ont les dirigeants politiques à prendre certaines décisions : « Les gouvernements ne manquent pas de volonté mais les priorités sont trop nombreuses. Il ne s’agit pas d’entreprendre cinq ou dix grands projets… mais trois que l’industrie peut soutenir. Il est très difficile de gérer des priorités concurrentes. »

De précieux conseils Le succès dépendra de la façon dont coopèrent les secteurs public et privé pour mener la révolution énergétique sur le continent. « Par exemple, le Président nigérian pourrait mener à bien trois projets… La question est de savoir comment choisir les plus importants et s’assurer de leur mise en œuvre. C’est là que l’on constate des échecs. Il y a tant de choses à faire et rien n’aboutit. Ces dirigeants ont une tâche difficile. » Reste aux gouvernements à suivre ces conseils… n


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ALGÉRIE

Abderrahmane Benhamadi Président du conseil d’administration de Condor

Rien n’arrête Condor L’homme d’affaires Abderrahmane Benhamadi règne en maître sur le marché de l’électronique et de l’électroménager en Algérie. Il entend à présent imposer ses produits sur les marchés africains et européens. Alger, Samia Lokmane-Khelil

R

ien ne l’arrête. Le président du groupe industriel Condor, Abderrahmane Benhamadi, est un homme d’affaires insatiable. Il a des projets plein la tête et surtout l’envie d’aller toujours plus loin, même si sa trajectoire est parfois semée d’embûches, l’exposant à des revers. En avril 2016, il s’apprêtait à apposer sa signature sur le contrat de création d’une usine de montage de voitures de marque Peugeot en Algérie. Mais ce projet dont il est l’un des actionnaires est repoussé sine die, faisant les frais de la brouille algéro-française autour des révélations du scandale d’évasion fiscale liées aux Panama Papers, où a été cité le nom du ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb. Les deux hommes sont pourtant très proches. Abderrahmane Benhamadi est un des vice-présidents du FCE (Forum des chefs d’entreprise), très lié aux autorités depuis le changement de sa direction en 2014. Sa réussite est à l’évidence facilitée par sa proximité avec les gens du pouvoir. Mais, pour l’industriel, son succès fulgurant est avant tout le fruit de son audace et de sa persévérance. En 2015, Condor Electronics a réalisé un chiffre d’affaires de 90 milliards de dinars (721 millions d’euros), dont 74 milliards pour la vente de smartphones et de tablettes. Ce qui

représente une hausse de 53 % par rapport à l’année précédente et permet au conglomérat de survoler le marché algérien de l’électronique et de l’électroménager. Sur le plan continental, Condor est également en passe de devenir un leader. Son complexe métallurgique de Bordj Bou Arreridj est le plus grand d’Afrique. Construit en 2014 pour un coût de 20 millions d’euros, il s’étend sur une surface de 100 000 m2. Des centaines d’emplois ont été créés pour faire tourner les unités de production, portant le nombre des effectifs du groupe à environ 10 000 personnes en 2016. Les personnels sont répartis entre des filiales aussi diversifiées que le BTP, les matériaux de construction, l’hôtellerie et l’électroniquemultimédia (Condors Electronics), qui constitue le moteur de développement du conglomérat et emploie un peu plus de la moitié des salariés.

Dans la cour des grands Voici pourtant 13 ans, peu de chose laissait présager que l’entreprise familiale créée par le père, El Hadj Mohamed Taher Benhamadi, allait connaître un tel essor. La petite affaire reposait sur la commercialisation des denrées alimentaires et le transport. Rien

de vraiment innovant jusqu’à l’accession du cadet du patriarche aux responsabilités. Fort de ses compétences – il est diplômé de l’École supérieure de commerce d’Alger – et de son ambition, Abderrahmane Benhamadi décide de franchir le pas et de se laisser emporter dans l’aventure folle de l’entrepreneuriat tous azimuts. Ce sens des affaires, il dit aujourd’hui l’avoir hérité de son père dont il loue l’esprit commercial et la créativité. Les Benhamadi savent aussi surfer sur la vague et coller à l’actualité. En février dernier, Condor Electronics prenait part au plus grand salon des professionnels de l’industrie de la téléphonie mobile, le Mobile World Congress de Barcelone, une première pour l’entreprise. En montant un stand aux couleurs de l’Algérie, dont la représentation est inédite, Abderrahmane Benhamadi a voulu montrer qu’il a toute sa place dans la cour des grands. « Cette année, nous avons tenu à être aux côtés des grands acteurs du secteur des nouvelles technologies », explique l’industriel avec fierté ; la participation de Condor Electronics au Salon permet de tester les produits et de trouver des partenaires à l’export. En deux ans, Condor Electronics a commercialisé une trentaine de modèles de téléphones dont sept lancés en 2015 et une quinzaine de modèles de tablettes. Chaque jour, entre 15 000 et 18 000 téléphones sont produits dans l’usine d’assemblage de Bordj Bou Arreridj. Après le marché algérien, Condor entend désormais mettre le cap sur l’international. « Nous avons mis en place une direction entière

Condor a une vision stratégique. Nous savons que le solaire a un grand avenir en Algérie et dans le monde entier. Notre pays a un avantage sur les autres avec son taux élevé d’ensoleillement par année. 32

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dédiée à l’exportation pour augmenter nos ventes à l’étranger en 2016. L’Algérie doit avoir de nouvelles ressources de devises en dehors des hydrocarbures. Nous finirons par exporter des produits sans prendre en considération la chute du baril du pétrole », précise l’homme d’affaires qui vient d’annoncer la commercialisation de ses produits high-tech en France. Condor a également des plans d’expansion en Afrique. En 2014, le groupe avait choisi le Soudan comme première destination internationale à l’export et à l’investissement. Il compte désormais élargir son offre à d’autres pays du continent.

Le potentiel du solaire Comme tous les chefs d’entreprises algériens, Abderrahmane Benhamadi déplore la persistance d’obstacles divers qui freinent l’initiative privée alors qu’elle est une source de richesse, face au déclin des revenus des hydrocarbures. « Des défis nous attendent. Nous devons trouver des solutions aux difficultés liées à la chute des prix du pétrole et à la dévaluation du dinar. » Toujours à l’affût de nouvelles niches, il ne cesse d’innover. Son nouveau credo : l’énergie solaire. Très engagé, il estime que l’Algérie n’a pas d’autres choix que d’exploiter cette source d’énergie. « Condor a une vision stratégique. Nous savons que le solaire a un grand avenir en Algérie et dans le monde entier. Notre pays a un avantage sur les autres avec son taux élevé d’ensoleillement annuel », explique l’industriel qui poursuit l’installation de panneaux photovoltaïques dans le pays. Quelques ombres figurent cependant à son tableau de chasse. Elles ne l’empêchent pas d’avancer. « Il sera difficile de réaliser un taux de croissance aussi élevé en 2016 et c’est tout à fait normal », explique l’industriel, déterminé à augmenter le taux d’intégration de ses produits pour réduire sa dépendance aux composants importés. Ainsi, l’ajournement du projet Peugeot Algérie ne change pas ses plans. Après l’électroménager et le High-Tech, Abderrahmane Benhamadi entend investir dans la production des pièces de rechange automobile comme les pare-chocs, les portières, les sièges, les pots d’échappement, les faisceaux électriques. « Nous essayerons de fabriquer tout en Algérie ! », s’engage-t-il. D’ailleurs, Condor Electronics vient d’annoncer la conduite de pourparlers avec une entreprise polonaise pour la fabrication de fibre optique. n African Business | Juin - Juillet 2016

Kristine Ngiriye Fondatrice d’Entreprenarium

Entreprenarium mise sur les femmes À la tête de la fondation Entreprenarium, Kristine Ngiriye accompagne et finance 100 femmes chefs d’entreprise. Présente dans trois pays, elle va étendre son champ d’action. Pour tenir le pari de la réussite des femmes entrepreneuses. Par Djamila Colleu

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e crois qu’on ne devient pas entrepreneur, je crois qu’on naît entrepreneur. Pour réaliser son rêve, il faut rêver. Et aujourd’hui j’y arrive parce qu’un jour on m’a tendu une main. L’histoire d’une entreprise c’est l’histoire d’un talent et de rencontres. » En créant la fondation Entreprenarium, en juillet 2014, Kristine Ngiriye réalise un rêve : accompagner une centaine de femmes créatrices d’entreprise et financer leurs projets. Issue du conseil en entreprise, Kristine Ngiriye est une serial entrepreneuse précoce. Recrutée par Canal Plus à 17 ans, elle innove en proposant un service de portage à domicile des programmes pour les abonnés à la chaîne câblée. Après une vingtaine d’années de conseil en stratégie auprès du cabinet panafricain Performances Group, elle décide de mettre son expertise au service de projets concrets. « Ma motivation est liée à mon expérience. Je viens du monde du conseil, un métier d’influence et d’aide à la décision. Mais j’ai compris que se limiter à effectuer des préconisations était frustrant car nous n’étions pas la main qui fait. J’avais besoin de passer de l’influence à

la transformation concrète. Je me suis demandé dans quelle mesure je pouvais impulser un projet, comment avec mon réseau et mon expertise offrir à des femmes la capacité de développer un projet. » Avec la Fondation Entreprenarium, l’enjeu est certes d’offrir de l’incubation, mais au-delà, de s’inscrire en amont pour identifier des projets qui seront financés à la fois sur les fonds propres de la fondation, mais également par des partenaires financiers. Ce qu’un incubateur classique n’offre pas. Par souci d’avancer pas à pas, la première action du label Entreprenarium a été consacrée à la formation d’environ 700 personnes. Une volonté de démontrer dans un premier temps que les actions sont probantes, pour acquérir légitimité et crédibilité.

Au Rwanda, au Sénégal, au Gabon

C’est à l’occasion de la Journée des Droits de la femme du 8 mars que le programme « Booster les femmes résilientes » a été lancé. La première édition, qui s’est déroulée au Rwanda, s’est terminée le 1er mai. Au total, 28 femmes font l’objet d’un accompagnement articulé autour des fondamentaux de la gestion d’entreprise. Chaque pays, Sénégal, Gabon, Rwanda déploiera son programme pendant six semaines avec pour enjeu de définir un business model à l’issue des cinq premières semaines. Un processus d’accompagnement qui permettra d’identifier 30 meilleurs projets à fort potentiel de croissance, dix par pays, qui non seulement bénéficieront de coaching et d’incubation, mais également de financement entre de La démarche d’Entreprenarium se base sur 10 millions à 70 millions de francs la méthodologie du Lean start-up. Chaque rwandais (11 000 à 76 000 euros). Nous connaîtrons début juillet entrepreneur teste son activité, son produit, les 30 projets finalistes au Sénégal et adapte le business model ; l’objectif est de et au Gabon. Les 70 femmes non réduire l’échec des jeunes entreprises. retenues ne seront pas pour autant laissées sur le bord de la route 33


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TCHAD

puisqu’elles bénéficieront d’un accompagnement personnalisé pendant un an intégrant sessions de formation et networking. Le repérage des projets est multiple. Si la formation a permis à la Fondation de se faire connaître, plus de 300 candidatures ont émergé des réseaux sociaux. La Fondation œuvre également comme conseil auprès d’entreprises, notamment Shell et Total, avec le programme « Graines de managers » de la Caisse des dépôts, destiné aux jeunes talents. C’est ainsi, au fil de l’analyse et de la sélection, que se constitue un réservoir de projets. Kristine Ngiriye insiste sur « la nécessité de mener une évaluation qui intègre la dimension sociale et surtout la capacité du porteur de projet à aller jusqu’au bout en dehors de la rentabilité ». Ce qui est primordial, au-delà même de l’impact sur la création d’emplois. « Dans le processus de sélection, nous sommes également attentifs à l’assiduité. » Suivant les pays, les parcours, les environnements culturels varient. « Au Gabon, par exemple, nous avons des start-up parmi les 28 femmes qui se caractérisent plutôt par l’envie, le désir de créer, les balbutiements de l’entrepreneuriat. Le Rwanda, quant à lui, est très ancré dans la promotion du genre. Au Sénégal, on se situe entre les deux. »

Au cœur des projets Entreprenarium mêle des profils divers, des niveaux d’éducation du plus bas au master, des start-up, de très petites entreprises dans des secteurs très divers : confection de vêtements, pharmacie et parapharmacie, hôtellerie et tourisme, agriculture et élevage, produits de beauté, magazines presse et TV, artisanat, import-export, décoration d’événements, fabrication de produits de menuiserie… Au Rwanda, une entreprise d’élevage de poulets présente depuis plusieurs années à Kigali a été repérée pour son impact socioéconomique et la qualité des produits. Dans sa stratégie de développement, la société a besoin d’une chambre froide pour stocker la viande et d’une camionnette frigorifique pour les livraisons dans de bonnes conditions sanitaires. L’investissement de l’ordre de 15 millions de francs (16 000 euros), permettra de répondre à la demande croissante des hôtels et restaurants de la capitale rwandaise. Dans un autre secteur, la production et la conservation de caviar d’Atanga, la Fondation apporte ses conseils à une chef d’entreprise gabonaise pour l’amélioration de la gestion et 34

l’élaboration de nouveaux packagings. En Casamance, Entreprenarium accompagne une entreprise de transformation de pâte d’arachide dirigée par une jeune femme autodidacte. Au-delà du possible financement de l’achat d’une décortiqueuse de 30 millions de F.CFA (45 700 euros), des conseils sont prodigués : par exemple, revoir la chaîne de valeur et ne pas produire de la pâte d’arachide qui génère des pertes.

De nécessaires appuis financiers Autre projet qui rayonne sur les pays de la sous-région, notamment le Mali : la culture du champignon comestible, très demandé par les consommateurs, mais dont la filière nécessite de se structurer. D’autres projets voient le jour, comme une société de lavage écologique de véhicules, récompensée récemment par le prix de l’entrepreneur du British Council ; sa vocation est l’économie d’eau et elle fédère également les laveurs ambulants ; par son action, l’entreprise participe à la formalisation de l’économie. À la rencontre du marché, la démarche d’Entreprenarium se base sur la méthodologie du Lean start-up. Chaque entrepreneur teste son activité, son produit sur le marché et adapte son business model, l’objectif étant de réduire l’échec des jeunes entreprises. Ainsi, une entreprise agricole de production de tomates noires et jaunes, au lieu de démarrer ses plantations sur un terrain de 1 hectare, a privilégié un test sur une surface réduite de 1 000 m2 pour estimer la bonne échelle. Le levier de financement des projets s’appuie sur la Fondation et les partenaires financiers. Les fonds propres de la Fondation sont issus du cabinet de conseil K & N Partners, fondé par Kristine Ngiriye. Les projets retenus sont pris en charge par les partenaires financiers, dont le spécialiste de la microfinance Cofina. Entre la philanthropie, le public et le privé, Entreprenarium séduit les gouvernements et les programmes de développement. Mais Kristine Ngiriye, très attachée à son indépendance, parie sur la proximité et sa présence sur le terrain. La prochaine étape, prévue pour la fin de l’année : le Women fund ; son objectif est de rassembler 1 milliard de F.CFA et de se déployer dans d’autres pays. n

Théophile Madjitoloum Yombombé Directeur général  de CIAT Ingénieurs Conseils

Un patron au grand cœur La Centrale d’ingénierie et d’assistance technique (CIAT Ingénieurs Conseils) est devenue une référence au Tchad. Membre du bureau du Parlement, Théophile Madjitoloum Yombombé est aussi très actif dans l’humanitaire. N’Djaména, Geoffroy Touroumbaye

A

ppelez-moi simplement Théophile ! », s’exclame-t-il, nous recevant dans les bureaux de son entreprise, situés à un jet de pierre de l’ambassade des ÉtatsUnis, en construction dans le quartier résidentiel de Chagoua, dans le VIIe arrondissement de la capitale tchadienne. Théophile Madjitoloum Yombombé ne veut pas s’encombrer de titre. Et pourtant, il n’en manque pas : « directeur général », « honorable député », « vice-président », etc. Sur le mur peint en vert, une grande photographie d’hommes sur un chantier, sur laquelle est écrit : « CIAT au service de l’environnement ». Deux distinctions posées sur un coin de la table : un Oscar de Leadership des Managers Africains, obtenu à Paris en 2013, et un Trophée Europe Internationale de la Qualité, remporté à Madrid, un an plus tôt. De sa voix calme et posée, et avec son habituel sourire, « Théophile » nous raconte son parcours. Après des études à l’École nationale d’ingénieurs de Bamako, il rentre au pays et crée, en 1997, une société d’ingénierie et de contrôle. Certifiée Qualité ISO9001/2008 dans les domaines du bâtiment, des travaux publics et de l’énergie, CIAT Ingénieurs Conseils emploie aujourd’hui une cinquantaine de cadres dans ses différentes opérations et une dizaine d’agents permanents à son siège. Ce sont des ingénieurs, des économistes, des informaticiens, etc. Parmi ses associés, on compte Egis, le groupe français d’ingénierie, de montage de projets et d’exploitation, ainsi que l’italien C. Lotti & Associés. CIAT est aussi en pourparlers avec une firme partenaire britannique pour le développement de jeux vidéo sur Internet à destination de l’Afrique. « Nous African Business | Juin - Juillet 2016


comptons lancer le jeu d’abord au Tchad si les opportunités s’améliorent (coût de connexion, débit réel, électricité, conditions fiscales). À défaut, nous irons vers les pays anglophones. »

Une expertise reconnue Le jeune entrepreneur (47 ans), qui a renforcé sa formation, en 2007, par un DEA à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, est devenu une référence dans les audits techniques et qualité ; dans les schémas directeurs ; dans les études structures, génie civil, BTP et hydraulique ; dans l’aménagement urbain et rural ; dans les études socioéconomiques et l’intermédiation sociale. Il est très sollicité par les institutions internationales : Banque mondiale, Fonds européen de développement, Agence française de développement, Nations unies, etc. Il est également expert auprès de la Cour d’appel de N’Djaména. Il codirige, depuis 2012, le Programme d’accès à l’eau potable et d’appui à la politique sectorielle au Tchad, financé par le 10e FED. Il est également chargé du Projet d’aménagement hydroagricole du Bahr Linia. Ce chantier, lancé en 2013, devrait notamment permettre une augmentation des superficies irrigables jusqu’à 2 000 hectares en hivernage et 1 000 hectares en contre-saison froide. Au menu de son combat d’ingénieur, Théophile Yombombé s’intéresse particulière-

ment à la question de l’eau potable. Au Tchad, le taux d’accès à l’eau potable est de 67 % ; le bond qualitatif est certain car ce taux n’était que de 21 % en 1990. Pour améliorer davantage la couverture, Théophile Yombombé est convaincu qu’il faut une bonne gouvernance des ressources, tant humaines que financières, surtout au niveau des coordinations des projets, un choix judicieux des opérateurs (bureaux d’études et entreprises des travaux). « Enfin, il faut que le gouvernement fasse automatiser le paiement des contreparties de l’État pour le financement des projets au niveau de la Banque centrale. »

« Culture du privé ne rime pas avec contingences politiques »

Il connaît bien le secteur, lui qui a notamment supervisé, en 2000, la situation actuelle de l’approvisionnement en eau potable en milieu urbain et industriel au Tchad des villes de plus de 2 000 habitants ; puis montré, en 2008, les contraintes de la desserte en eau potable dans la ville de N’Djaména et les stratégies d’amélioration du service. Une autre vocation va pourtant se greffer à son parcours professionnel. En visitant les chantiers à travers tout le pays, il s’aperçoit que les ressources ne sont pas efficacement utilisées pour agir sur les vulnérabilités. « Pire, s’il faut les employer, elles sont orientées vers un électorat dédié, explique-t-il. C’est le fait même de la politique ». Il se résout donc à faire de la politique, « car c’est en ce milieu qu’il faut agir », au sein du Rassemblement Il a également ouvert un Centre de sports national des démocrates tchadiens et de mise en forme pour encourager (RNDT-Le Réveil, troisième parti représenté au Parlement). En 2011, la pratique du sport qui contribue à la il est élu député, avec à la clé le poste prévention de certaines maladies telle que de 6e vice-président de l’Assemblée l’hypertension artérielle et les diabètes. nationale. Il a la responsabilité des investissements et des infrastruc-

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tures liés à l’institution parlementaire. Membre de l’Action mondiale des parlementaires (PGA, Parliamentarians for Global Action), il participe à la signature, par le Tchad, du Traité sur le commerce des armes, le 25 septembre 2013. Il œuvrera aussi activement pour la ratification par l’Assemblée nationale de l’ordonnance du 14 mars 2015 interdisant le mariage des enfants mineurs. En février 2016, le président du RNDT-Le Réveil, Pahimi Padacké Albert, lui aussi député, est nommé Premier ministre. Il amène avec lui au gouvernement quelques cadres de son parti, dont des élus, excepté Théophile Yombombé : l’ingénieur n’est pas tenté par une expérience gouvernementale. « J’ai une culture du secteur privé qui ne rime pas souvent avec les contingences politiques. » Le fondateur de CIAT est aussi un patron au grand cœur qui n’hésite pas à alléger les souffrances des populations de sa région natale de l’extrême sud-ouest du pays, frontalier avec le Cameroun et la Centrafrique. Dans cette zone qui « manque de toutes les infrastructures de base », la Fondation Théos pour l’équité, le développement et la paix, qu’il a créée en 2007 et qu’il préside, prend en charge des enseignants, donne des fournitures aux écoles et lycées, des médicaments aux centres de santé communautaires, réalise des forages d’eau potable, etc. « Je m’interdis de me substituer à l’État, précise-t-il. Mais j’essaie, au mieux, de soulager les souffrances de mes frères et sœurs. »

Au secours des enfants du Nord-Mali Théophile Yombombé a également ouvert un Centre de sports et de mise en forme pour encourager la pratique du sport. Il envisage, enfin, de créer des coopératives pour aider les jeunes à disposer de ressources à même de les aider à se prendre en charge. Il offre aux élèves de Gao, Tombouctou et Mopti, quelque 20 000 cahiers portant, en peul, en songhaï et en tamasheq, des messages de paix et d’amour, remet plus de 1 000 kits scolaires destinés aux enfants de Kidal. Aujourd’hui, Théophile Yombombé se dit satisfait de susciter un petit sourire par son acte ou son attitude. « Mon regret, c’est le manque de moyens adéquats à mes actions. Mais j’éprouve un réel plaisir à faire avec le peu que Dieu met à ma disposition », insiste-t-il. Il compte à terme travailler vraiment dans l’humanitaire, car « le monde est plein de vulnérabilités et cela va encore durer ». n 35


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Patient Ligodi Directeur général d’Univers FM

Le tournant du numérique Dans un marché congolais semé d’embûches, Patient Ligodi a su forger un groupe de médias respecté, Univers FM, en dépit d’une forte concurrence. Il tente l’aventure du développement Internet, misant sur l’essor du numérique. Par J.J Arthur Malu-Malu

L

’histoire de Patient Ligodi, c’est l’histoire d’un enfant rebelle qui, à 18 ans, prend ses cliques et ses claques pour aller explorer d’autres horizons, après une dispute avec son père. Un père un peu trop envahissant à son goût. Il est alors étudiant à l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA). Promis à une carrière d’ingénieur, il se rend néanmoins compte qu’à la bibliothèque, il est plus attiré par des ouvrages littéraires que scientifiques. Les mathématiques appliquées et la physique ne semblent pas l’emballer outre mesure. Cette passion qu’il se découvre pour la littérature le conduit à abandonner l’ISTA. Après cet épisode, qui lui laisse un arrièregoût d’inachevé, ce natif de Goma, dans l’Est de la RD Congo, réalise qu’il est peut-être fait pour le journalisme. Il s’inscrit alors à l’Institut facultaire des Sciences de l’information et de la communication (Ifasic) d’où sortent la plupart des journalistes congolais connus pour la qualité de leur travail. L’adaptation à son nouveau milieu universitaire se déroule sans encombre. Il tape dans l’œil des recruteurs d’une radio catholique qui n’hésitent pas à lui confier la présentation d’un journal. Le pari est risqué pour un « bleu » : le jeune homme n’est pas habitué aux contraintes du direct. Il n’a jamais vécu en studio ce moment magique où la régie envoie un signal au présentateur pour lui signifier qu’il est à l’antenne… à quelques secondes du début du journal. Cet instant, qui nécessite une forte concentration, peut être générateur d’une poussée d’adrénaline susceptible de tétaniser les novices. Malgré tout, Patient arrive à se maîtriser. Et se montre 36

à la hauteur des attentes. Baptême du feu réussi. Cet étudiant, qui a Si la stabilité politique est effective, que toujours voulu s’assurer une autonomie financière, aligne les petits les autorités s’attaquent à la corruption boulots journalistiques à temps et qu’elles réglementent le secteur… Les partiel et mal payés. Les lecteurs choses iront pour le mieux. Le boom du de l’hebdomadaire AfricaNews se familiarisent avec sa signature et les numérique ici est à notre portée. auditeurs de la radio Top Congo FM, l’une des plus écoutées à Kinshasa, s’habituent à sa voix. Patient ne tarde Beaucoup n’y croyaient pas. Ma femme et mes pas à découvrir le côté sombre de ce métier : amis savent tous que je suis un peu fou et ils le journalisme ne nourrit pas son homme en canalisent mes folies ! » Pour mener à bien son RD Congo ! En tout cas, peu de journalistes projet, il étoffe son cursus universitaire avec intègres gagnent décemment leur vie, dans ce un master en Management international des pays où beaucoup doivent faire face aux pres- médias, à l’École supérieure de journalisme sions s’ils se mettent en travers des intérêts des de Lille, en France. lobbies. D’où la difficulté d’opérer dans cet Après son retour au pays, le jeune homme environnement où foisonnent cependant des crée Univers FM Sarl, une société qui lui médias qui rivalisent de créativité pour appâter appartient à 100 %. La société compte la radio un public réputé versatile. Univers FM, l’hebdomadaire StarFoot, une agence de relations presse et une structure de Les médias, vaille que vaille formation en management des médias. Toutes Face à cette dure réalité, Patient est gagné ses économies y passent. Les débuts sont diffipar le découragement. Il se détourne du jour- ciles. « Je n’ai jamais reçu un quelconque soutien nalisme actif, pour travailler dans des orga- financier. Les banques et les entrepreneurs locaux nisations de la société civile. C’est ainsi qu’il sont plutôt frileux », se souvient-il, non sans est tour à tour coordonnateur de la recherche un soupçon d’amertume. Univers FM Sarl a en Afrique centrale de l’ONG Journalistes en décollé et gagné en respectabilité. Le groupe danger, responsable de la communication a su trouver sa place dans un paysage médiainterne de Médecins sans frontières-Belgique, tique encombré, où la concurrence est rude. coordonnateur des radios partenaires de Mais d’immenses défis restent à relever pour la Fondation Hirondelle, responsable de ce battant qui ne perd pas pied dans l’adversité. la communication d’un projet du Fonds Un site en forte croissance mondial de lutte contre le paludisme, etc. Patient change d’employeurs à un rythme « Nous faisons face à plusieurs contraintes. inhabituel, avec une seule idée en tête. La RD Congo est un mini-continent en termes « J’ai une passion, un rêve : les médias. J’ai de superficie. Nous ne pouvons pas desservir épargné un peu d’argent pour me lancer dans tout le pays sur la bande FM. Aucune station une aventure entrepreneuriale, explique-t-il. de radio n’en est capable », explique Patient African Business | Juin - Juillet 2016


Ligodi. « L’avenir est dans le numérique. Nous nous sommes lancés à fond sur ce terrain. Aujourd’hui, Univers FM, c’est aussi et surtout une présence sur Twitter, Facebook, Instagram et un site Internet qui n’a rien à envier à certains sites de médias étrangers », se félicite-t-il. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, le jeune entrepreneur a lancé un site d’information politique sur la RD Congo, politico.cd en avril dernier. Politico (politique du Congo en abrégé) n’est ni une franchise, ni une pâle copie tropicalisée des sites du même nom qui existent sous d’autres cieux. Le site attire en moyenne plus de 20 000 visiteurs par jour et totalise plus de 30 000 fans sur Facebook. Le jeune entrepreneur s’est donné six mois pour voir le nombre de visiteurs quotidiens atteindre la barre symbolique des 100 000 – avec à la clé des revenus publicitaires accrus versés par Google.

« Nous voulons en faire un site de référence sur l’actualité politique en RDC. Il est la rencontre des geeks et des journalistes pour donner à ce pays un média capable de rivaliser sur Internet avec des grands groupes sur l’actualité congolaise », indique-t-il.

Partenaires bienvenus Reste que de multiples obstacles jalonnent le parcours des aspirants entrepreneurs dans ce pays atypique. Nombreux sont, en effet, les ambitieux qui s’y sont cassé les dents après avoir connu des débuts prometteurs. Patient, qui se veut confiant, ne minimise pas ces difficultés, sans pour autant se laisser abattre. « Ailleurs, on parle par exemple de “business angels”, des gens ou des sociétés qui acceptent d’accompagner de jeunes entreprises. Ce n’est pas encore le cas ici », indique-t-il.

Le groupe est ouvert à un éventuel partenariat avec des investisseurs étrangers dans le domaine du numérique, à condition qu’il s’accompagne d’un transfert de compétences vers la RD Congo. Cet incorrigible optimiste, qui a soufflé ses 32 bougies en février, voit l’avenir en rose, malgré les soubresauts politiques qui agitent le pays depuis plusieurs années. « Il suffit que la stabilité politique soit effective, que les autorités s’attaquent à bras-le-corps à la corruption et qu’elles réglementent le secteur… Les choses iront pour le mieux. Le boom du numérique ici est à notre portée. » Ce passionné de nouvelles technologies et de voyages a dévoilé son arme secrète : sa femme, qui est à la fois journaliste et de bon conseil, et qui nourrit ses réflexions. « J’ai la chance d’avoir une femme qui me donne des ailes ! » n


DESTINATION SÉNÉGAL

LE PARI DU SOLAIRE

Très dépendant du pétrole, qu’il continue d’importer avant la mise en exploitation des gisements de pétrole et de gaz découverts récemment, le Sénégal veut favoriser les énergies renouvelables dans son mix énergétique. Par Christine Holzbauer

L

e Sénégal désire porter la part du renouvelable à 20 % de sa production énergétique d’ici à 2017. Grâce à un dispositif législatif favorisant le développement des énergies renouvelables, une offre supplémentaire apparaît ; elle provient de producteurs indépendants qui puisent dans un fonds libellé en francs CFA, abondé localement. La construction d’une première centrale solaire de 20 MW (megawatts), financée selon ces nouvelles modalités, vient de débuter, au nord du pays, à Bokhol. « Si la centrale de Bokhol prouve son efficacité, elle en engendrera d’autres, non seulement au Sénégal, mais partout dans la région », considère Charlotte Aubin-Kalaidjian, présidente de GreenWish Partners, une société d’investissement spécialisée dans l’énergie solaire en Afrique ; laquelle œuvre en faveur du développement des

outils financiers nécessaires au développement d’une révolution énergétique propre. Avec les gisements de pétrole et de gaz découverts récemment de part et d’autre de la frontière avec la Mauritanie – découvertes récemment confirmées – « l’accélération du processus de développement de notre pays s’inscrit dans de nouvelles et heureuses perspectives », avait rappelé, lors des manifestations du 4 avril, le président Macky Sall. Concernant le secteur de l’énergie, « les nouvelles centrales de Taïba Ndiaye et du Cap des Biches seront mises en service en 2016. De même, qu’un projet de 200 MW en énergie solaire est en cours de finalisation », avait annoncé le chef de l’État dans son discours de fin d’année donnant le signal du départ à une série de réalisations visant à réduire la facture énergétique du pays, en augmentant l’offre.

Centrale solaire GreenWish Partners est en train de lever l’équivalent de plus de 20 millions d’euros. Un fonds en francs CFA lancé par Amethis Finance et basé à Abidjan est parvenu à lever 40 millions d’euros, dont 20 millions d’euros localement. « Ces capitaux nationaux sont la garantie d’une allocation vertueuse et respectueuse des enjeux de développement local », estime la patronne de GreenWish Partners qui a ouvert un bureau à Dakar en 2015 et ambitionne de développer un portefeuille de 600 MW en Afrique subsaharienne d’ici à 2020. Le 17 mars à Bokhol, GreenWish Partners a lancé, en collaboration avec la Senelec (Société nationale d’électricité du Sénégal), les travaux pour la construction de Senergy 2, la première centrale photovoltaïque d’Afrique subsaharienne,


LE CHARBON RESTE DOMINANT Le Sénégal veut modifier son mix énergétique composé de diesel (37 %), HFO (Heavy Fuel Oil) ou fiouls lourds (34 %), gaz (9 %), hydraulique à (12 %) et « source isolée » (8 %) en un mix plus orienté vers l’énergie solaire et éolienne. La présence dans le mix 2030 de trois centrales à charbon et de gaz pourrait, toutefois, entrer en contradiction avec les engagements pris en matière de réductions de CO2 lors de la COP 21 de Paris.

À travers sa Caisse des dépôts et consignations, le Sénégal participe au financement de la centrale solaire de Bokhol, à hauteur de 33 % et bénéficiera des retombées d’une production d’électricité pour 180 000 habitants. d’une puissance de 20 MW. Senergy 2, qui produira 34 GWh (gigawhattheures) par an, devrait entrer en production en octobre 2016. À cette date, la centrale photovoltaïque sera raccordée au réseau de la Senelec. Par comparaison, la nouvelle centrale marocaine Noor 1, inaugurée en février par Mohammed VI, a une puissance de 160 MW. C’est le groupe français Vinci Énergies qui en assurera la construction et la gestion. La BAD a organisé le montage financier du projet. « À travers sa Caisse des dépôts et consignations, le Sénégal participe au financement de la centrale solaire

de Bokhol à hauteur de 33 %, et bénéficiera des retombées d’une production d’électricité pour 180 000 habitants », précise Mamadou Lamine Sylla, le directeur des études, de la stratégie et des financements de la Caisse. De son côté, le directeur des investissements de GreenWish, Gilles Parmentier, considère que la centrale générera pour le Sénégal 3 milliards de F.CFA (4,5 millions d’euros) d’économies par an, soit pas moins de « 58 milliards de F.CFA sur la durée contractuelle d’achat d’électricité de 20 ans ». Gilles Parmentier se déclare « heureux » de démarrer les travaux de cette centrale qui sera « la première unité de production solaire de cette envergure à entrer en service en Afrique de l’Ouest et centrale. Les populations doivent venir travailler sur la centrale, nous sommes là pour bâtir un partenariat dans le domaine de l’agriculture, de la santé et de l’éducation. Les besoins ont été recensés lors de l’étude d’impact et on y répondra ». Pour l’économiste et vétérinaire Oumou Kalsoum Ly, l’option résolue d’avoir de plus en plus recours à des énergies propres, renouvelables, est la seule solution politique et stratégique à même de répondre aux conséquences désastreuses du réchauffement climatique pour un pays côtier comme le Sénégal. « À l’instar des autres pays du Groupe africain, le Sénégal

doit pouvoir compter sur le Fonds Climat Vert (FCV) où pays développés et pays en développement sont représentés de manière équitable, pour soutenir les efforts consentis au niveau domestique (financement propre). Lequel affiche actuellement un objectif de 100 milliards $ », rappelait-elle à la veille de la COP 21 à Paris. Elle faisait écho aux déclarations du représentant du

Énergie supplémentaire en planification ou en voie de génération par le Sénégal Type

Nombre d’installations

HFO

1

MW 96

Énergie éolienne

1

150

Énergie solaire

12

310

Centrales à charbon

3

1 150

Énergie hydroélectrique

1

80

Gaz importé

1

80

Total

19

1 866

Source : Think Tank Ipode, novembre 2015


DESTINATION SÉNÉGAL DE NOUVELLES DÉCOUVERTES DE PÉTROLE ET DE GAZ Les travaux d’exploration pour la découverte d’autres gisements d’hydrocarbures se poursuivent. Le 9 mai, les autorités sénégalaises ont annoncé la découverte, dans l’ouest du pays, de gisements de gaz naturel d’une capacité estimée à « 1 400 milliards m3 ». Une nouvelle découverte de gaz naturel « a été faite au large de Cayar (région de Thiès), avec le puits Téranga-1. Il atteint une profondeur de 4 485 mètres, pour une épaisseur d’eau de 1 800 mètres », précise le ministère de l’Énergie. Les gisements de gaz naturel ont été découverts « à environ 65 kilomètres au nord-ouest de Dakar et à près de 100 kilomètres au sud de la précédente découverte de Gueumbeul. Les premières estimations sur les réserves de cette découverte sont de l’ordre de 1 400 milliards m3 », précise un communiqué. Cette découverte est la deuxième effectuée par les sociétés Kosmos Energy, Timis Corporation et la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen), après celle de Guembeul-1, dans la région de SaintLouis (Nord). La première découverte, en janvier dernier, avait « confirmé l’existence de ressources communes d’hydrocarbures dans la zone frontalière entre le Sénégal et la Mauritanie ». En 2014, deux découvertes de pétrole et de gaz naturel ont été faites successivement en eaux profondes, au large de Sangomar (Ouest), à l’issue du forage de deux puits d’exploration par l’association constituée par les compagnies pétrolières Cairn Energy, ConocoPhillips, First Australian Resources et Petrosen. Très conscient des enjeux mais aussi des risques que représentent ces découvertes, « le gouvernement poursuit résolument

Groupe africain, Seyni Nafo, pour qui « il s’agit pour l’Afrique de profiter de la dynamique de la diplomatie du climat et de celle de la finance climat pour accélérer son développement via l’accès aux énergies propres et intégrer le changement climatique dans la planification de son agriculture et de ses infrastructures ». Économies d’énergie Le 23 avril, à Thiès, le ministre de l’Énergie et du développement des énergies renouvelables, Thierno Alassane Sall, a ainsi pu annoncer le lancement d’un programme d’installation de 50 000 lampadaires solaires sur l’ensemble du territoire. « Ce premier lot de 1 835 lampadaires a été

la mise en place d’un environnement propice pour le développement, à terme, de ces hydrocarbures, de façon à impacter favorablement l’ensemble de l’économie dans la plus grande transparence », affirme le ministère de l’Énergie. Les prochaines étapes vont, donc, consister à travailler avec la Mauritanie « à la mise en place d’un cadre pour la délimitation, l’évaluation, le développement et l’exploitation des ressources communes d’hydrocarbures, dans la zone frontalière entre les deux pays ». Concernant les découvertes de pétrole au large de Sangomar et de gaz naturel de Cayar, les travaux d’évaluation sont en cours et seront poursuivis en étroite collaboration avec les partenaires.

mis à la disposition du Sénégal par l’organisation sous régionale de l’Uemoa pour l’accompagner dans la mise en œuvre d’un programme-test dans les villes et zones rurales du Sénégal. » Le ministre appelle les autorités municipales de Thiès à faire un bon usage de ces installations : « Les collectivités locales, au même titre que les populations bénéficiaires, ont la responsabilité de veiller à leur préservation et à leur utilisation rationnelle, évitant le gaspillage énergétique. » D’autant que « la ville de Thiès doit être pionnière pour la réussite de l’opération et la promotion du solaire au Sénégal ». Enfin, le ministre a également annoncé l’installation de centrales solaires pour quatre hôpitaux du pays « afin

de réduire les factures d’électricité de ces structures hospitalières ». Parmi les autres projets conduits par l’Agence nationale des énergies renouvelables (ANER) figurent également l’amélioration de la performance du secteur de la santé en milieu rural dans le Bassin arachidier avec un financement de la coopération néerlandaise, le projet d’une centrale solaire à Niakhar de 15 MW dans le département de Fatick, grâce à l’appui des Emirats arabes unis, ainsi que l’électrification par voie solaire des cases pour tout-petits, d’établissements scolaires, d’établissements de santé, d’établissement religieux et de postes de garde du parc NiokoloKoba ou la diffusion de chauffe-eau solaires.


DESTINATION SÉNÉGAL

“ ” Mar Thiam PDG de Getran

Je suis fier de construire à Diamniadio !

Le groupe Getran n’a pas l’intention de se reposer sur ses lauriers et souhaite obtenir des positions fortes dans l’ensemble du BTP, des matériaux de construction à la conception de villes nouvelles respectueuses de l’environnement. Propos recueillis par Christine Holzbauer

Avez-vous créé Getran en 1998 pour pouvoir revenir au Sénégal ?

Oui, Getran SA est une société anonyme que j’ai créée en 1998 avec mon épouse, qui est juriste, après de nombreuses années passées hors du Sénégal. Son domaine d’activité regroupe l’ingénierie, la construction, le bâtiment, les travaux publics, le transport et le négoce. Ayant débuté comme conducteur de travaux dans le BTP après des études d’ingénieur, à chaque fois, les circonstances ont fait que je me suis retrouvé à conduire de très grands travaux, mais toujours à l’étranger. Ce fut le cas quand j’ai commencé à travailler au CDE (Consortium d’entreprises, leader dans le secteur du bâtiment et des travaux publics classé en 2000 parmi les 20 meilleures entreprises sénégalaises). Puis, ensuite, comme directeur général à la société Gamsen construction dont je suis actionnaire et avec laquelle j’ai bâti l’aéroport international de Banjul considéré comme l’un des dix meilleurs aéroports au monde. C’est là où j’ai fait la connaissance de Pierre Goudiaby Atépa qui en était le concepteur et l’architecte et nous ne nous sommes plus quittés depuis…

Notre ambition est de satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante sur la qualité et le coût proposés par nos entreprises industrielles. J’ai l’intention d’investir davantage dans ce secteur en créant une filiale Getran Environnement.

Quelles sont les principales réalisations du groupe Getran ?

Dans le BTP, Getran compte à son actif plusieurs réalisations d’envergure comme l’Agence nationale de la BCEAO en GuinéeBissau, le monument du Cinquantenaire et l’hôpital central de Ndjamena au Tchad, les bâtiments du ministère de l’Environnement à Dakar, l’hôpital régional de Fatick, les gares routières de Daroukhane et Lat-Dior, l’École de formation en économie familiale et sociale, l’agence Bicis prestige, la caserne des sapeurs-pompiers de Tivaouane, les bassins de rétention de Thiès, le centre polyvalent agricole de Bambey pour n’en citer que quelques-uns. Lorsque nous sommes rentrés au Sénégal, ma femme et moi, nous sommes partis de zéro. Il a fallu que je mette ma maison de Yoff en gage pour réaliser mon premier gros chantier en GuinéeBissau. Mais, ensuite, les clients ont afflué !


Vous construisez plus au Sénégal ou dans les autres pays de la sous-région ?

Le siège de Getran Industries sera-t-il au Sénégal ?

Getran a des activités dans quatre pays africains que sont le Tchad, le Congo Brazzaville et la Côte d’Ivoire en plus du Sénégal. En termes de chiffre d’affaires (20 milliards de F.CFA sur le dernier exercice), ce n’est que récemment que la part du Sénégal a augmenté, passant de 10 % à 30 %. Jusqu’en 2014, le groupe réalisait près de 60 % de son activité au Tchad. Évidemment, le Sénégal comme la Côte d’Ivoire, où les taux de croissance sont très élevés, sont sur la pente ascendante. Alors qu’avec la chute du prix du pétrole, l’activité au Tchad stagne. Est-il vrai que vous vous êtes endettés à hauteur de 15 milliards de F.CFA pour démarrer les travaux à Diamniadio. Pourquoi avoir pris un tel risque ?

Non, comme c’est mon fils aîné, Falla Thiam, qui a pris la direction générale de la société industrielle, il a préféré l’implanter à Abidjan d’où nous allons produire des matériaux de construction et notamment des maisons préfabriquées pour la Côte d’Ivoire, bien sûr, mais aussi pour toute la sous-région. Vous n’avez pas mentionné le volet environnemental…

Il est important, car on ne peut pas envisager la construction de villes nouvelles, aujourd’hui, sans prendre en compte la durabilité des matériaux et les mix énergétiques adéquats. Toute la nouvelle cité artisanale sera d’ailleurs construite en conséquence, avec l’éclairage solaire, notamment. Notre ambition est de satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante sur la qualité et le coût proposés par nos entreprises industrielles. J’ai l’intention d’investir davantage dans ce secteur en créant une filiale Getran Environnement. De même que j’ai prévu de me diversifier dans les transports pour mettre à disposition des bus afin de relier la Cité de l’émergence.

Ce vaste programme du Pôle urbain s’inscrit dans le cadre du PSE (Plan Sénégal émergent) dont l’une des composantes majeures consiste à permettre aux populations d’avoir un accès facile à un logement de qualité. Étant Sénégalais, c’est un défi que j’avais envie de relever. Et étant de surcroît un développeur en plus d’être un bâtisseur, j’avais là une À ce jour, de quoi êtes-vous le plus fier ? fabuleuse opportunité de faire sortir de terre une cité de Sans doute de la réputation de Getran dont j’ai fait mon l’émergence qui puisse offrir des appartements de grand credo, et qui est « Produire dans les meilleurs délais ». En standing, des villas avec cuisines équipées, des plateaux décembre 2003, l’entreprise a été primée par la Fondation pour de bureaux modulables, des salles de sport, des centres de l’excellence dans les affaires qui est basée à Genève. J’ai égaleloisirs, des lieux de culte, etc., à côté de logements économent reçu plusieurs distinctions parmi lesquelles le trophée du miques disposant de commodités qui les mettent à un niveau Millenium Award, le trophée du Forum des opérateurs pour la de confort supérieur ainsi que des locaux commerciaux garantie de l’émergence économique en Afrique, et le SEDAR du conformes aux standards internationaux. magazine Nouvel Horizon. Mais, le jour de mes 65 ans, le 27 mars Lorsque le président Macky Sall a décidé d’offrir 20 appar2026, je veux avoir franchi la barre des 100 milliards de F.CFA de tements dans l’une de mes « Résidences de l’espoir » aux chiffre d’affaires ! n Lionnes du basket, j’ai su que j’avais fait le bon choix et que l’engouement pour cette ville du futur serait au rendez-vous. Je ne me suis pas trompé. Alors que je ne voulais pas commencer à commercialiser la deuxième phase avant d’avoir fini de construire la première, j’y ai été contraint puisque tout a été vendu sur plan en un temps record. Les premiers acomptes entrent bien grâce à des prêts immobiliers facilités Ce Rufisquois, diplômé de l’école Polytechnique de Thiès en par la BHS, je fonce. conception en Génie civil, a réalisé plusieurs ouvrages de

Profil

Envisagez-vous de déménager à Diamniadio ?

J’ai décidé d’installer toutes mes entreprises à Diamniadio car c’est le futur grand centre urbain de Dakar. Donc les trois sièges que j’ai aux Almadies, à Mermoz et à la cité SICA (Foire) seront regroupés à Diamniadio, y compris le service commercial de Getran Immo. J’ai aussi investi dans une usine avec une grande capacité de production de béton, afin d’amener une offre de qualité sur place et diminuer ainsi les coûts de construction. Il en va de même pour les deux unités que je suis en train d’implanter dont l’une va fabriquer des éléments pour la voirie (pavés, agglos et bordures de route) et l’autre produira des plaques de béton préfabriquées permettant d’accélérer les délais de livraison.

prestige (siège de la Cedeao à Lomé, centre universitaire de Dschang au Cameroun et ambassade du Japon au Sénégal) pour le compte du CDE. En Gambie, il construit ensuite l’aéroport international de Banjul et le pont de Njabakunda pour Gamsen. Avant de rentrer au bercail ; il prend alors la direction de Getran SA., une société qu’il a fondée avec son épouse Yvette, originaire de Côte d’Ivoire. Celle-ci détient 25 % des parts du capital et est étroitement associée aux décisions. Il devient PDG du groupe en 2010. Père de trois fils dont l’aîné dirige, aujourd’hui, Getran Industries, il construit pierre par pierre un empire industriel qui va lui permettre de se hisser dans la cour des grands.


DESTINATION SÉNÉGAL

Art de vivre

GROUPE LA FOURCHETTE UNE SI FULGURANTE ASCENSION Amoudé Sharara, le propriétaire de La Fourchette depuis 1993.

Au départ, La Fourchette était un modeste restaurant familial situé à côté du marché Kermel en plein cœur du Plateau, le quartier des colons blancs. Fraîchement retourné à Dakar après un apprentissage en cuisine à Monaco, Amoudé Sharara, un jeune entrepreneur sénégalo-libanais, le reprend en mai 1993. D’emblée, il propose une cuisine plus raffinée. « Les débuts ont été difficiles, confie-t-il. Je n’avais pas d’autre choix que de réussir afin de répondre aux besoins de mon staff qui m’a soutenu et fait confiance », se souvient-il. Sa détermination, le soutien de sa famille, – son épouse et sa sœur travaillent à ses côtés, ainsi qu’une équipe très mobilisée et très bien formée –, lui ont permis de rapidement fidéliser une clientèle cosmopolite. En janvier 1996, il décide de rénover l’établissement et lance le premier Tex Mex de Dakar. Il agrandira ensuite encore la salle pour en faire le restaurant cosmopolite et chic que La Fourchette est restée depuis. « Mon succès repose sans doute sur le fait que j'ai su répondre aux besoins et anticiper les attentes de nos

clients tout en innovant régulièrement. » En 1997, il se lance dans un service de traiteur qui prendra rapidement de l’ampleur. « Le secret est de savoir à chaque fois se réinventer afin de proposer à chaque client une formule adaptée à ses besoins. » À la suite d’une première réception réussie dans une ambassade de la place, le bouche-àoreille aidant, cette activité se met alors à décoller, lui ouvrant les portes des grandes manifestations officielles et des événements privés. « J’ai commencé par le Paris Dakar au lac Rose et ne me suis plus jamais arrêté. » Jusqu’au sommet de la Francophonie de décembre 2014 dans le tout nouveau centre de conférence Abdou-Diouf de Diamniadio, organisant la restauration de « tous les grands événements de plus de 1 000 personnes qui s’y déroulent régulièrement ». En 20 ans, l’établissement La Fourchette a su répondre aux goûts des Sénégalais, épousant, au final, l’aspect d’un Restaurant Bar Lounge. Avec sa zone non-fumeur, une carte revisitée pour intégrer la « Fusion Food » – un mix de cuisine et de saveurs venant

du monde entier –, La Fourchette est devenue « The place to be ». Mais l’endroit où il faut « être vu », aujourd’hui à Dakar, est situé exactement à l’opposé, dans le nouveau quartier huppé des Almadies. Là, encore, le directeur général du groupe La Fourchette a été visionnaire. En 2010, sentant que le quartier était en train de prendre de la valeur, il rachète à un Espagnol le restaurant Alkimia. Il en garde le nom d’origine mais refait toute la déco et, surtout, offre une carte de prestige à ses clients qui, au fi l des ans, se mélangent de plus en plus. Parmi les projets à court terme d’Amoudé Sharara, figurent la rénovation du Niani, un établissement en cours de réhabilitation sur la petite corniche de Dakar, ainsi que la réfection du King’s club, une boîte de nuit mythique du centre-ville. « Dans ce secteur, nous profitons pleinement du nouvel engouement pour l’Afrique. Et, bien sûr, la ville de Dakar est au centre de ce mouvement ascendant », estime cet entrepreneur. Christine Holzbauer


En couverture

Top Compagnies La baisse des taux de change et les difficultés du secteur minier ont fait chuter la valeur globale des 20 premières sociétés africaines. Pour autant, des changements positifs dans d’autres secteurs laissent entrevoir un avenir plus prometteur. Par Neil Ford

Une année difficile,

des notes d’optimisme

Les

premières entreprises africaines La deuxième partie, consacrée à l’Afrique francophone, paraîtra dans le prochain numéro.

D

ans notre classement de cette année, la valeur boursière totale des 250 premières entreprises africaines a enregistré un recul de 20 %, passant de 948 milliards de dollars à 764 milliards $. Ce déclin est dû en grande partie à la contraction des prix des matières premières, en particulier du pétrole et des minerais, ainsi qu’à ses répercussions sur l’économie du continent. La faiblesse des prix des matières premières a des conséquences diverses sur les nations exportatrices. Bien sûr, elle affecte en premier lieu l’activité, et donc la valeur boursière des entreprises spécialisées dans les secteurs concernés. Elle touche également les fournisseurs, les banques et les autres sociétés de services financiers en affaires avec ces industries, ainsi que les détaillants qui exercent des activités dans les pays exportateurs. Enfin, les finances des États souffrent du fléchissement des recettes. Tous ces éléments font que ces

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pays deviennent moins attrayants pour les investisseurs et ont plus de difficultés à obtenir des prêts des sociétés et banques étrangères. Bref, la diminution du prix des matières premières influe quasiment sur l’ensemble de l’économie. Les entreprises les plus exposées sont celles qui sont implantées dans les pays grands exportateurs de pétrole, tels que le Nigeria et l’Angola. Pour autant, les exportations gazières du Nigeria, d’Algérie et de Guinée équatoriale ont été beaucoup moins affectées, même si les prix du gaz sont corrélés à ceux du pétrole, la majeure partie de leur production faisant l’objet de contrats d’approvisionnement à long terme. La Zambie et la RD Congo subissent les effets du déclin du prix du cuivre ; le Mozambique d’un prix du charbon peu attractif ; la Guinée de mauvais retours sur ses investissements dans le minerai de fer et la bauxite. AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016


Le seuil d’entrée dans notre palmarès était de 295 m $ cette année. En 2015, ce chiffre était de 319 m $.

L’Afrique du Sud souffre des conséquences du faible prix du charbon et du fer, mais aussi de performances économiques en berne depuis cinq ans ; le climat est à la méfiance des investisseurs internationaux et des entreprises locales, tandis que le rand sud-africain recule par rapport au dollar. À contre tendance, 15 à 20 pays profitent du fléchissement des prix du carburant, mais il s’agit souvent des pays qui sont peu présents, voire absents, dans notre palmarès, comme le Malawi, le Lesotho, ainsi que le Burkina Faso et le Niger. SABMiller est en tête de notre classement, avec une capitalisation boursière de 98,8 milliards $, loin devant BHP Billiton, à 65,2 milliards $. C’est la première fois que le géant de la brasserie s’octroie la première place, devant les plus grandes sociétés minières du continent. SABMiller pourrait bien disparaître de notre palmarès l’an prochain si son acquisition par Anheuser-Busch InBev aboutit. Créée en Afrique du Sud, SABMiller est bien une société africaine, même si elle est aujourd’hui cotée à la Bourse de Londres et génère la plus grande partie de ses revenus à l’étranger. D’ailleurs, c’est bien le potentiel de croissance en Afrique qui a incité Anheuser-Busch InBev à s’intéresser à son rival. Les recettes nettes des activités africaines de SABMiller ont progressé de 12 % au 4e trimestre 2015 et de 11 % au 1er trimestre 2016, bien plus que ses résultats ailleurs dans le monde. La transaction devrait être conclue une fois toutes les autorisations nécessaires obtenues, vraisemblablement au 2e semestre 2016.

Les sociétés minières La valeur de BHP Billiton a fortement diminué en un an, passant de 122 milliards $ à 98,8 milliards $ ; la production continue de diminuer. Le minier a annoncé en avril qu’il avait, de nouveau, revu à la baisse ses prévisions de production de fer et comptait produire 260 millions de tonnes en 2016, et non 270 millions. Le minerai de fer est sa plus importante source de revenus. Le déclin de la demande, en particulier de la Chine, a affecté les producteurs bien établis, comme l’Afrique du Sud, ainsi que les producteurs réémergents, tels que la Sierra Leone, et les futures mines en Centrafrique, au Gabon et au Cameroun. Anglo American a perdu encore davantage de places dans notre palmarès. Classée à la troisième place il y a deux ans, la société avait reculé au 10e rang l’an dernier pour finir à la 13e place cette année, avec une valeur de 10,1 milliards $. Néanmoins, les sociétés minières ont l’habitude de fluctuations importantes dans les prix des matières premières et savent diminuer leur volume de production en conséquence. En période de repli, il est difficile de prévoir d’où viendra la reprise mais, au vu de African Business | Juin - Juillet 2016

295 m$ Top 10 des secteurs

% en valeur du Top 250

Services financiers Boissons

16 % 15 %

Métaux et mines Télécoms

14 % 9 %

Médias

8 %

Assurances Vêtements et articles de luxe

5 % 5 %

Commerce de détail Pétrole et gaz Matériaux de construction

4 % 4 % 3 %

l’histoire de cette industrie, un redressement finira par se produire. Il serait surprenant que les sociétés minières ne retrouvent pas leur position dominante un jour. Les résultats de Naspers, le conglomérat sud-africain spécialisé dans les médias et l’Internet, ont de quoi surprendre. Marque peu connue, Naspers, propriétaire de DStv ainsi que d’autres sociétés de médias internationales, se maintient dans le trio de tête, avec une capitalisation boursière qui se chiffre à 61,4 milliards $. La société a perdu 3,2 milliards $ depuis l’an dernier, en grande partie en raison des changes. Elle a récemment décidé de publier ses résultats en dollars – signe d’une prochaine cotation aux États-Unis ? Depuis son implantation sur de nouveaux marchés, Naspers génère une part plus importante de ses revenus hors d’Afrique du Sud. En février 2016, la société a investi 250 millions $ dans le groupe Ibibo, le plus grand voyagiste en ligne d’Inde, afin d’exploiter le marché des achats en ligne, en plein essor dans le pays. « Le marché du commerce électronique indien, et le segment des voyages en ligne en particulier, présente des perspectives de croissance intéressantes. Doté d’une équipe de direction compétente et d’une technologie exceptionnelle, Ibibo est bien placé pour tirer profit de l’augmentation du nombre de personnes qui utilisent les services de voyage en ligne », affirme le directeur général de Naspers, Bob van Dijk. Peu de sociétés africaines hors de l’Afrique du Sud tentent d’exploiter le potentiel des ventes au détail au-delà du continent africain, mais les entreprises sud-africaines ont été contraintes de se tourner vers l’extérieur en raison de la croissance lente de leur marché intérieur. En dépit des difficultés économiques, sociales et politiques auxquelles est confrontée l’Afrique du Sud, son économie relativement diversifiée et développée lui a permis de mieux résister à l’effondrement des prix des matières premières. Les sociétés sud-africaines dominent toujours autant le classement, occupant les neuf premiers rangs et 17 des 20 premiers rangs. Elles représentent en 47


En couverture

Top Compagnies

Principaux pays du Top 250

Valeur (millions $)

Pourcentage

593 363 45 059

77,62 % 5,89 %

Nigeria Égypte

37 739 34 819

4,94 % 4,55 %

Kenya

17 729

2,32 %

Afrique du Sud Maroc

outre 78 % de la valeur des 250 premières entreprises africaines. Ainsi, bien que l’économie sud-africaine soit à présent plus petite que l’économie nigériane, les sociétés sud-africaines ont toujours beaucoup plus de poids. Les seules entreprises non sud-africaines de notre Top 20 sont les trois mêmes que l’an dernier : la nigériane Dangote Cement au 10e rang avec 14,3 milliards $, Maroc Telecom au 12e rang avec 10,9 milliards $, et Attijariwafa bank, également marocaine, classée 20e et affichant une valeur de 7,1 milliards $. Ces trois sociétés avaient perdu plusieurs places l’an dernier mais elles ont regagné du terrain depuis, bien qu’il soit difficile d’en expliquer les raisons. Il semblerait simplement qu’elles aient bien résisté, alors que l’Afrique du Sud a été frappée plus tardivement que le reste du continent par le ralentissement économique.

Répartition par secteurs L’un des rares segments du secteur minier qui prospère est celui de l’or, valeur refuge des investisseurs en période d’incertitude. AngloGold Ashanti s’est hissée à la 30e place, avec une capitalisation boursière de 5,6 milliards $, tandis que Sibanye Gold, au 77e rang l’an dernier, bondit au 40e rang, avec 3,5 milliards $. La nigériane Forte Oil, évaluée à 1,9 milliard $, a créé la surprise en passant de la 108e à la 63e place, bénéficiant de bons résultats annuels 2015. Sa valorisation boursière a reculé depuis. Plusieurs sociétés ont fait leur entrée dans le haut de notre classement : le producteur de papier sud-africain Mondi, qui occupe le 48

Ci-dessus : Mine de charbon de BHP Billiton, N° 1 de notre classement, à Klipspruit, en Afrique du Sud.

16e rang avec 9,3 milliards $, tandis que Tullow Oil figure au 24e rang, suite à sa cotation secondaire à la Bourse du Ghana, pays où il produit du pétrole et du gaz. Le secteur des métaux et des minerais ne domine plus le classement. La valeur totale de cette industrie se chiffre à présent à 110 milliards $, moins que les services financiers à 123 milliards $ et les boissons à 115 milliards $. Le secteur des services financiers pèserait davantage encore s’il incluait les sociétés d’assurance, évaluées à 39 milliards $. Toutefois, si les prix des matières premières augmentaient à nouveau, l’industrie minière aurait toutes les chances de retrouver rapidement la première place. Bien que les sociétés d’informatique en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigeria et au Ghana, réalisent de belles performances, la plupart d’entre elles sont encore trop petites pour figurer dans notre classement. L’industrie informatique représente 1,3 milliard $, loin derrière les télécoms avec 65 milliards $ et les médias, à 62 milliards $. Il sera intéressant de voir si, comme dans le reste du monde, la convergence entre les secteurs de l’informatique, des médias et des télécoms, mène à la formation de conglomérats géants qui parviendront à figurer dans notre palmarès. Compte tenu de la baisse de la valeur totale des 250 premières sociétés africaines, il n’est pas étonnant que le seuil d’entrée dans notre tableau soit inférieur cette année à celui de l’an dernier. Alors qu’il a fallu 319 millions $ l’an dernier pour accéder à la 250e place, ENL Land n’a eu besoin que de 295 millions $ pour occuper la même place dans le palmarès 2016. Cependant, si la chute de 20 % s’était reflétée équitablement dans l’ensemble du tableau, 255 millions $ auraient suffi pour décrocher le 250e rang cette année, suggérant que le déclin de la valeur a touché davantage les géants miniers. Le chiffre brut du recul de la valeur totale des sociétés – 183 milliards $ – masque les grandes variations d’une région à l’autre. C’est bien sûr la région qui domine notre palmarès, l’Afrique australe, qui a le plus décliné. La capitalisation des sociétés d’Afrique australe a plongé de 164 milliards $, dont 161 milliards $ pour la seule Afrique du Sud. L’Afrique de l’Ouest s’est maintenue tandis que la valeur des sociétés nord-africaines a sensiblement reculé, passant de 93,8 milliards $ à 84,7 milliards $. Seuls trois pays ou zone ont une capitalisation boursière supérieure à celle de l’année dernière : il s’agit du Botswana, du Ghana et de l’Uemoa (bourse d’Abidjan en Côte d’Ivoire). C’est l’Afrique de l’Est qui a perdu la plus grande part de sa valeur cette année, sa capitalisation boursière étant passée de 32,3 milliards $ à 21,8 milliards $. Ce qui ne manque pas de surprendre, tant est forte la croissance des économies de la région, au Kenya, en Ouganda, en African Business | Juin - Juillet 2016


En couverture

Top Compagnies La valeur totale des 250 premières sociétés africaines se chiffre à 764 milliards $ cette année. L’an dernier, elle avait atteint 948 milliards $.

764 md$ tés est insuffisant pour remplacer celles de notre palmarès qui ont enregistré une perte importante de valeur, mais le dynamisme économique de la région est meilleur que ne le laissent supposer les chiffres.

Perspectives

Tanzanie, au Rwanda. C’est aussi la région qui dépend le moins des exportations de pétrole, de gaz et de minerais, et aurait donc dû être la moins affectée par le fléchissement de la demande mondiale. Tandis que la valeur totale des sociétés kényanes du Top 250 est passée de 22,4 milliards $ à 17,7 milliards $, celle des sociétés tanzaniennes a plongé de 9,3 milliards $ à 3,2 milliards, l’un des déclins nationaux les plus importants du continent, bien que le pays connaisse une croissance annuelle de 7 %. En revanche, l’Ouganda affiche de bons résultats. À 584 millions $ lors du précédent classement, sa capitalisation boursière a atteint 877 millions $. Comment l’expliquer ? Avec le ralentissement économique, les investisseurs internationaux ont limité leur exposition sur les marchés émergents. Mais l’Afrique de l’Est a toujours attiré moins de placements que les trois autres régions du continent et, de ce fait, a moins souffert du retrait des financiers. Cela peut également expliquer pourquoi la Tanzanie, moins dépendante des investisseurs, a été beaucoup plus touchée que le Kenya. Les régions d’Afrique considérées plus risquées encore, telles que les pays du Sahel, sont quasi-absentes de notre palmarès, qui ne nous renseigne donc pas sur les conséquences du déclin des investissements dans ces régions. La baisse de la valeur boursière des sociétés d’Afrique de l’Est ne reflète pas pour autant la situation économique de la région. Malgré ses difficultés à surmonter la crise, elle devient une destination d’investissement de plus en plus attrayante. La modernisation des infrastructures des ports, des chemins de fer, des routes, de l’énergie et des télécommunications ne devrait pas manquer de séduire les investisseurs. Hors du Kenya, le nombre de grandes socié50

Le classement reflète les répercussions du déclin des prix des matières premières sur l’industrie minière.

La crise actuelle est un test pour les économies de l’Afrique de l’Est, et plus généralement, du continent. On avait exagéré la réussite de l’Afrique : trop de gens sont encore exclus de la croissance économique, tandis que la croissance réalisée est généralement partie de très bas. Toutefois, des progrès ont été accomplis : les normes de gouvernance sont plus élevées, la sécurité s’est améliorée plus qu’elle ne s’est détériorée ; des infrastructures ont été modernisées. Il sera intéressant de voir combien ces progrès aident les économies africaines à surmonter la crise. De plus, la capitalisation boursière totale des 250 premières sociétés africaines reste supérieure de 4 % cette année à celle d’il y a deux ans. Le déclin cette année de 20 % est certes significatif, mais il aurait pu être pire encore, compte tenu de la chute des prix des matières premières. Il semble que le continent soit mieux placé aujourd’hui pour faire face à une période difficile qu’il ne l’était ces 40 dernières années mais cela ne signifie pas qu’il ne souffrira pas. Hormis le pétrole et les minerais, les industries ne sont pas suffisamment fortes, même en Afrique du Sud, pour prendre le relais. La Zambie et le Nigeria, par exemple, peuvent s’attendre à une période de turbulence. Un rebond important du cours des actions l’an prochain est peu probable, mais il devrait se produire dans les trois ou quatre ans à venir, et pourrait toucher tous les secteurs. La nature de la croissance devrait se modifier subtilement au cours des prochaines années, la consommation prenant de l’ampleur. Des investissements technologiques devraient accroître l’efficacité des travailleurs africains d’ici aux deux prochaines décennies, notamment dans l’agriculture, tandis qu’une proportion plus élevée de la population devrait faire partie de l’économie officielle. La grande question est de savoir si la hausse des salaires en Chine permettra à l’Afrique de développer le secteur de la fabrication et si, dans ce cas, les sociétés africaines en tireront profit. D’autre part, bien que l’accroissement démographique africain ralentisse, il demeure supérieur à ceux des autres régions du monde. La population africaine, qui se chiffre à 1 milliard d’habitants, représente 15 % de la population mondiale mais sa part devrait atteindre 21 % d’ici à 2035 – soit 1,8 milliard d’habitants. L’économie du continent va se développer, mais reste à savoir dans quelle mesure les sociétés africaines, plutôt que les entreprises étrangères, profitent de cette croissance. n African Business | Juin - Juillet 2016


En couverture

Top Compagnies Rang 2016

SABMiller BHP Billiton Naspers Richemont Sasol Firstrand MTN Group Vodacom Group Standard Bank Group Dangote Cement Old Mutual

Industrie

Pays

Capitalisation boursière (m$)

Résultat net (m$)

Boissons Mines et métaux Médias Luxe Pétrole & Gaz Services financiers Télécoms Télécoms Services financiers Construction Assurances

Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Nigeria Afrique du Sud

98 838 65 250 61 460 38 060 19 555 18 448 16 964 16 240 14 577 14 367 13 732

112 -385 953 75 2 020 1 491 1 374 862 1 615 930 24

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

2 1 3 4 8 6 5 12 7 15 11

12

17 Maroc Telecom

Télécoms

Maroc

10 972

581

13

10 Anglo American

Mines et métaux

Afrique du Sud

10 129

-177

14

14 Sanlam

Assurances

Afrique du Sud

10 089

638

15

13 Aspen Pharmacare

Santé

Afrique du Sud

9 934

354

Papiers Services financiers Services financiers Industrie Services financiers Distribution Services financiers Télécoms Pétrole & Gaz

Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Maroc Afrique du Sud Afrique du Sud Kenya Ghana

9 338 8 787 8 622 8 506 7 146 6 762 6 727 6 678 6 646

41 593 974 401 467 280 17 314 -252

Mines et métaux

Afrique du Sud

6 635

-824

Services financiers Distribution Sociétés d'investissements Services financiers Mines et métaux Assurances Services financiers Services financiers Boissons Télécoms Biens alimentaires Services financiers

Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Égypte Afrique du Sud Nigeria Sénégal (BRVM) Afrique du Sud Maroc

6 542 6 374 5 911 5 880 5 686 5 348 4 957 4 505 4 263 4 256 4 247 4 154

729 212 1 586 528 -6 377 532 219 191 336 117 261

16 17 18 19 20 21 22 23 24

new 18 16 20 24 23 25 26 new

Mondi Remgro Barclays Africa Bidvest Group Attijariwafa bank Shoprite Investec Safaricom Tullow Oil

25

10 Anglo American

26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37

19 29 44 22 41 28 27 34 32 40 35 39

38

36 Banque Marocaine du Comm. Extérieur Services financiers

39 40 41 42

33 77 50 31

43

55 PSG Group

44 45 46 47 48 49 50

52

Rang Société 2015

51 53 38 47 new 43 65

Nedbank Woolworths Brait RMB AngloGold Ashanti Discovery Commercial International Bank Capitec Bank Nigerian Breweries Sonatel Tiger Brands Banque Centrale Populaire (BCP) Network Healthcare Sibanye Gold Gold Fields Mr Price Group Lafarge-Ciments Truworths International Liberty Nestlé Nigeria MMI Holdings Life Healthcare Qatar National Bank

Maroc

3 848

203

Santé Mines et métaux Mines et métaux Distribution

Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud

3 587 3 530 3 265 3 223

167 49 -210 156

Services financiers

Afrique du Sud

3 146

106

Construction Distribution Assurances Biens alimentaires Assurances Santé Services financiers

Maroc Afrique du Sud Afrique du Sud Nigeria Afrique du Sud Afrique du Sud Égypte

3 111 2 900 2 813 2 788 2 663 2 543 2 474

145 167 273 119 194 127 359

African Business | Juin - Juillet 2016


© Ces données sont reproduites grâce à la courtoisie de Bloomberg (bloomberg.net). Toutes les données sont au 31/03/2016, sauf mention spécifique. Les doubles cotations sont incluses lorsque la société a une importante activité en Afrique. Certaines sociétés immobilières et fonds d’investissements ont été exclus de la liste.

Rang 2016 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63

Rang Société 2015 72 59 54 60 75 62 45 42 49 52 46

Sappi Distell Group Impala Platinum Spar Group Pick n Pay Stores East African Breweries Pioneer Foods Guaranty Trust Bank Imperial Foschini Telkom SA

68 AVI 108 Forte Oil

Industrie

Pays

Résultat net (m$)

Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Kenya Afrique du Sud Nigeria Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud

Capitalisation boursière (m$) 2 406 2 371 2 348 2 344 2 333 2 254 2 196 2 115 2 074 2 071 2 063

Papiers Boissons Mines et métaux Distribution Distribution Boissons Biens alimentaires Services financiers Distribution spécialisée Distribution Télécoms Biens alimentaires

Afrique du Sud

2 053

91

Pétrole & Gaz

Nigeria

1 919

23 95

11 98 -249 97 59 88 77 496 208 126 214

64

63 Tanzania Breweries

Boissons

Tanzanie

1 874

65

61 Massmart

Distribution

Afrique du Sud

1 872

76

66 67 68 69 70 71 72 73 74

71 70 78 74 56 57 37 86 48

Assurances Télécoms Construction Services financiers Pétrole & Gaz Sociétés d'investissements Mines et métaux Construction Services financiers

Afrique du Sud Égypte Nigeria Togo Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Maroc Nigeria

1 838 1 807 1 762 1 757 1 753 1 746 1 742 1 724 1 696

160 -16 144 206 20 123 32 112 530

75

67 Tsogo Sun

Santam Global Telecom Holding Lafarge Africa Ecobank Transnational Inc Exxaro Resources Coronation Fund Managers Kumba Iron Ore Ciments du Maroc Zenith Bank

Hôtels & Loisirs

Afrique du Sud

1 686

114

76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87

79 64 158 89 73 107 58 90 84 new new 80

Clicks Group Telecom Egypt Harmony Gold Mining Company Assore Equity Bank Kenya Taqa Morocco Talaat Moustafa Group Holding Northam Platinum Mobinil Edita Food Industries Emaar Misr African Rainbow Minerals

Distribution Télécoms Mines et métaux Mines et métaux Services financiers Services publics Immobilier Mines et métaux Télécoms Biens alimentaires Immobilier Mines et métaux

Afrique du Sud Égypte Afrique du Sud Afrique du Sud Kenya Maroc Égypte Afrique du Sud Égypte Égypte Égypte Afrique du Sud

1 626 1 582 1 575 1 528 1 498 1 494 1 478 1 458 1 430 1 428 1 415 1 408

65 338 -308 95 171 100 86 -70 1 41 0 7

88 89 90 91 92

101 85 104 76 94

MCB Group Enterprise Outsourcing SFBT Kenya Commercial Bank Wafa Assurance

Services financiers Services informatiques Boissons Services financiers Assurances

Maurice Afrique du Sud Tunisie Kenya Maroc

1 391 1 373 1 358 1 238 1 170

n/a 47 64 194 83

Biens alimentaires

Afrique du Sud

1 152

42

Mines et métaux Immobilier Electrical Equip. Biens alimentaires Chimie Tabac Distribution spécialisée

Afrique du Sud Maroc Égypte Maroc Égypte Égypte Afrique du Sud

1 142 1 139 1 121 1 105 1 102 1 098 1 093

-3 105 140 4 102 130 116

93 94 95 96 97 98 99 100

124 Oceana Group new 119 95 115 83 97 82

Oakbay Resources Douja Promotion Groupe Addoha Elsewedy Cables Centrale Danone (Centrale Laitière) Abu Kir Fertiliser and Chemical Eastern Tobacco Barloworld

African Business | Juin - Juillet 2016

53


En couverture

Top Compagnies Rang 2016

KAP Industrial Super Group Curro Pick n Pay Stores Holcim (Maroc) Co-operative Bank of Kenya Nampak Vodafone Egypt Tongaat Hulett

Industrie

Pays

Industrie Distribution Services Distribution Construction Services financiers Emballages Télécoms Biens alimentaires

Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Maroc Kenya Afrique du Sud Égypte Afrique du Sud

Capitalisation boursière (m$)

Résultat net (m$)

1 070 1 065 1 054 1 020 1 014 1 013 997 961 959

60 55 7 31 53 115 71 281 67

101 102 103 104 105 106 107 108 109

117 140 131 75 111 110 69 new 91

110

170 Alexandria Containers and Goods

Services aux entreprises

Égypte

944

97

111

137 Madinet Nasr for Housing

Immobilier

Égypte

942

27

112

145 JSE

Services financiers

Afrique du Sud

880

61

Biens alimentaires

Afrique du Sud

874

51

114

Banque Maroc. de Comm. et 139 d’Industrie

Services financiers

Maroc

869

38

115

138 Reunert

Industrie

Afrique du Sud

866

68

116 117 118 119 120 121 122 123 124

220 114 127 new 206 147 156 183 103

Télécoms Pétrole & Gaz Services financiers Distribution Services financiers Tabac Services financiers Services financiers industrie

Burkina Faso (BRVM) Nigeria Botswana Afrique du Sud Côte d’Ivoire (BRVM) Kenya Égypte Namibia Afrique du Sud

856 849 847 843 838 837 826 820 801

34 0 55 48 48 49 117 67 243

125

133 Famous Brands

Hôtels et Loisirs

Afrique du Sud

793

32

126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137

144 122 159 112 161 151 102 92 118 135 163 new

Hôtels et Loisirs Boissons Biens alimentaires Biens alimentaires Pétrole & Gaz Services financiers Chimie Services financiers Chimie Services financiers Services financiers Immobilier

Égypte Nigeria Maroc Égypte Maroc Tunisie Afrique du Sud Nigeria Égypte Maroc Tunisie Égypte

792 791 788 783 767 767 757 754 748 732 731 709

125 39 66 32 44 44 69 147 112 54 58 116

138

109 Standard Chartered Bank (Kenya)

Services financiers

Kenya

704

103

139 140 141 142

105 100 209 179

Sociétés d'investissements Boissons Services à l'entreprise Construction

Égypte Zimbabwe Afrique du Sud Kenya

704 703 699 694

52 92 39 58

143

162 Pioneers Holding

Sociétés d'investissement

Égypte

655

61

144 145 146 147 148 149 150

121 130 141 126 113 142 157

Équipements électriques Immobilier Biens alimentaires Chimie Services financiers Mines et métaux Services financiers

Afrique du Sud Égypte Afrique du Sud Afrique du Sud Afrique du Sud Maroc Afrique du Sud

655 647 647 634 611 609 607

5 23 56 64 17 21 23

113

54

Rang Société 2015

99 Rainbow Chicken

Onatel (Burkina Faso) Seplat Petroleum First National Bank of Botswana Italtile Société Générale Banque Côte d’Ivoire British American Tobacco Kenya Crédit Agricole Egypt FNB Namibia Hosken Consolidated Investments Golden Pyramids Plaza Guinness Nigeria Compagnie Sucrière Maroc. Raffinage Juhayna Food Industries Afriquia Gaz Banque de Tunisie AECI Stanbic IBTC Sidi Kerir Petrochemicals Crédit Immobilier et Hôtelier Banque Internationale Arabe Tunisie Palm Hills EFG Hermes Delta Corp Blue Label Télécoms Bamburi Cement Datatec Heliopolis Housing Illovo Sugar Omnia Holdings Alexander Forbes Group Managem PSG Konsult

African Business | Juin - Juillet 2016


Rang 2016

Rang Société 2015 ArcelorMittal South Africa Barclays Bank Kenya Grindrod Total Maroc SBM Holdings Soc. de Limonaderies et Bras. d’Afrique Zambia Consolidated Copper Mines Mpact Bank Windhoek United Bank for Africa (UBA) First Bank Nigeria

Industrie

Pays

Capitalisation boursière (m$)

Résultat net (m$)

Mines et métaux Services financiers Industrie Pétrole & Gaz Services financiers Boissons Mines et métaux Emballages Services financiers Services financiers Services financiers

Afrique du Sud Kenya Afrique du Sud Maroc Maurice Côte d’Ivoire (BRVM) Zambia Afrique du Sud Namibia Nigeria Nigeria

604 600 597 595 586 586 585 584 583 572 568

-587 83 -93 4 46 20 25 41 51 294 417

151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161

165 128 116 new new new new 187 175 167 93

162

132 El Ezz Steel Rebars

Mines et métaux

Égypte

568

-47

163

195 Attijari bank

Services financiers

Tunisie

563

37

164

new Bolloré Africa Logistics

Fret aérien & logistique

Côte d’Ivoire (BRVM)

558

11

165

143 Trencor

Industrie

Afrique du Sud

554

65

166 167 168 169 170 171 172 173 174

129 155 164 207 120 169 149 185 168

Tabac Biens de consommation Services financiers Distribution Mines et métaux Sociétés d'investissement Santé Services financiers Boissons

Tanzanie Nigeria Nigeria Afrique du Sud Afrique du Sud Égypte Égypte Ghana Afrique du Sud

552 551 551 550 539 537 536 536 531

31 6 328 24 -108 -99 42 84 26

175

189 Société des Brasseries du Maroc

Boissons

Maroc

530

26

176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187

228 160 180 173 219 106 198 152 134 201 new new

Télécoms Santé Ingénierie Services financiers Distribution spécialisée Hôtels et Loisirs Services financiers Mines et métaux Construction Boissons Services Distribution spécialisée

Égypte Afrique du Sud Afrique du Sud Kenya Maroc Afrique du Sud Botswana Afrique du Sud Afrique du Sud Nigeria Afrique du Sud Côte d’Ivoire (BRVM)

527 526 511 511 510 510 505 504 502 499 496 492

92 13 39 50 23 61 65 -207 47 36 15 7

188

216 Choppies Enterprises

Distribution

Botswana

487

19

189 190 191 192

181 148 new new

Services financiers Services financiers Télécoms Ingénierie

Ghana Nigeria Égypte Égypte

487 477 461 460

17 70 -7 0

193

new 6th of October

Immobilier

Égypte

459

35

194 195 196 197 198 199 200

188 125 193 192 202 214 186

Sociétés d'investissements Services financiers Biens d'équipement Services financiers Services financiers Mines et métaux Services financiers

Égypte Tanzanie Nigeria Maroc Tunisie Maroc Ouganda

459 457 453 452 447 444 440

36 71 20 8 36 25 40

Tanzania Cigarette Company Unilever Nigeria Access Bank Cashbuild Lonmin Citadel Capital Egyptian International Santé Ecobank Ghana Capevin Egyptian Satellite Co. – NileSat Adcock Ingram Wilson Bayly Holmes–Ovcon Diamond Trust Bank Kenya Auto Hall Sun International Letshego Royal Bafokeng Platinum PPC 7UP Bottling Company Advtech CFAO Motors Standard Chartered Bank Ghana Union Bank Nigeria Orascom Telecom Samcrete Misr Egyptian Kuwaiti Holding National Microfinance Bank PZ Cussons Nigeria Crédit du Maroc Poulina Group Société Metallurgique d'Imiter Stanbic Bank Uganda

African Business | Juin - Juillet 2016

55


En couverture

Top Compagnies Rang 2016

56

Rang Société 2015 British American Tobacco City Lodge Hotels El Ezz Aldekhela Compagnie Ivoirienne d’Electricité Ascendis Health Residences Dar Saada Peregrine African Oxygen Botswana Assurances Saham Assurance Caxton & CTP Publishers and Printers Faisal Islamic Bank

Industrie

Pays

Tabac Hôtels & Loisirs Mines et métaux Services publics Santé Immobilier Société d'investissements Chimie Assurances Assurances Médias Services financiers

Ouganda Afrique du Sud Égypte Côte d’Ivoire (BRVM) Afrique du Sud Maroc Afrique du Sud Afrique du Sud Botswana Maroc Afrique du Sud Égypte

Capitalisation boursière (m$) 437 434 429 428 423 423 419 416 415 415 406 404

Résultat net (m$)

201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212

new 204 146 250 248 213 215 236 245 212 194 new

213

196 I&M Bank

Services financiers

Kenya

402

70

214

153 Econet Wireless

Télécoms

Zimbabwe

402

70

215

new Total Côte d’Ivoire

Pétrole & Gaz

Côte d’Ivoire (BRVM)

396

12

216 217 218 219 220 221 222 223 224

244 203 172 166 200 226 new new 176

Services publics Services financiers Distribution Matériaux de construction Ingénierie Biens alimentaires Services financiers Services financiers Biens de consommation

Maroc Tanzanie Afrique du Sud Zambia Afrique du Sud Nigeria Tunisie Bénin (BRVM) Égypte

395 388 386 382 381 370 370 368 367

29 44 44 29 60 58 -13 21 40

225

197 CFC Stanbic

Services financiers

Kenya

366

48

226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237

227 247 237 new new 205 new 199 174 233 246 234

Mines et métaux Services financiers Boissons Biens alimentaires Boissons Assurances Matériaux de construction Médias Biens alimentaires Boissons Boissons Biens alimentaires

Égypte Botswana Botswana Maroc Nigeria Afrique du Sud Égypte Kenya Afrique du Sud Mozambique Namibia Afrique du Sud

366 362 350 345 339 326 325 324 323 320 319 318

-63 31 17 20 10 25 31 22 53 34 18 12

238

150 GB Auto

Automobiles

Égypte

317

26

239 240 241 242

178 218 231 new

Distribution Télécoms Assurances Services financiers

Afrique du Sud Zambia Maroc Tunisie

313 312 309 308

57 6 14 27

243

new New Mauritius Hotels

Hôtels & Loisirs

Maurice

308

5

244 245 246 247 248 249 250

222 new 243 new new new new

Boissons Biens alimentaires Assurances Ingénierie Services financiers Ingénierie Biens alimentaires

Zambia Tunisie Kenya Afrique du Sud Kenya Nigeria Maurice

308 308 307 306 302 297 295

12 19 28 22 69 12 15

Lydec CRDB Bank Invicta Lafarge Cement (formerly Chilanga) Murray & Roberts Dangote Sugar Refinery STB (Société Tunisienne de Banque) Bank of Africa Benin Oriental Weavers Egyptian Iron & Steel Company Barclays Bank of Botswana Sechaba Breweries Lesieur Cristal International Breweries Clientèle Arabian Cement Nation Médias Group Astral Foods Cervejas de Moçambique Namibia Breweries Rhodes Food Group Lewis Group Airtel Networks Atlanta UIB Zambian Breweries Delice Holding Jubilee Holdings Consolidated Infrastructure Group Centum Investment Julius Berger ENL Land

African Business | Juin - Juillet 2016

11 22 -41 14 14 42 46 28 55 39 29 88


En couverture

Top Compagnies Afrique du Nord

Le Maroc affirme sa suprématie Le Maroc et l’Égypte continuent de dominer notre palmarès des plus grandes entreprises d’Afrique du Nord. La Tunisie ne possède qu’une seule société au classement, le fabricant de boissons SFBT. Le Maroc compte dix places dans le tableau et l’Égypte neuf, mais les sociétés marocaines occupent cinq des six premiers rangs. Les résultats étaient jadis beaucoup plus équilibrés entre ces deux pays, mais l’économie égyptienne n’a toujours pas retrouvé le niveau qu’elle avait atteint avant les années de tourmente politique, et ses plus grandes entreprises continuent d’enregistrer des résultats plus médiocres. Maroc Telecom demeure la première société de la région, avec une capitalisation boursière de 10,9 milliards $, talonnée par Attijariwafa bank. S’ensuivent trois autres sociétés marocaines, où vient s’immiscer seulement la Commercial International Bank égyptienne. Maroc Telecom poursuit sa stratégie d’expansion en Afrique de l’Ouest. En janvier, elle a déboursé 100 milliards de F.CFA (165 millions $), pour s’acquitter de la moitié du coût de sa licence d’exploitation mobile en Côte d’Ivoire pour le compte de sa nouvelle acquisition, Moov, qu’elle a rachetée avec six autres avoirs africains d’Etisalat, des Émirats arabes unis. Maroc Telecom compte à présent développer des réseaux 3G, fibres optiques, et 4G dans son pays. La société a affiché l’an dernier une augmentation de 17,1 % de ses revenus, qui ont atteint 34,1 milliards de dirhams (3,5 milliards $), à la faveur de ses activités Rang régional 2016

58

Rang Société /250

L’expansion régionale de Maroc Telecom lui a permis d’accroître de 62,3 % ses revenus issus de ses activités internationales.

internationales (+62,3 %), alors que ses revenus domestiques fléchissent de 0,6 %. Les entreprises marocaines et égyptiennes n’ont pas été affectées par la chute du prix des matières premières comme leurs rivales d’autres régions d’Afrique. Ces pays possèdent des économies plus diversifiées et ont davantage de liens économiques avec l’Union européenne. Bien que les économies européennes soient plutôt moroses – en particulier celles des pays méditerranéens –, elles achètent toujours un grand nombre de produits manufacturés en Afrique du Nord. Commercial International Bank cherche à vendre sa branche spécialisée dans les investissements, CI Capital, à Beltone Financial, qui appartient à Orascom Telecom Media and Technology Holding, pour la somme de 924 millions de livres égyptiennes (104 millions $). La transaction a été refusée par l’Autorité de réglementation financière égyptienne mais, depuis, les tribunaux égyptiens ont annulé cette décision. Quelques sociétés ont gagné plusieurs places dans notre tableau cette année : Qatar National Bank, en Égypte, apparue dans le palmarès en 2014 et au 65e rang l’an dernier, s’est hissée au 50e rang cette année dans le classement continental, suffisamment haut pour occuper le septième rang dans notre tableau régional. De même, Lafarge-Ciments, du Maroc, classée 51e l’an dernier, a bondi à la 44e place dans le classement continental, ce qui lui donne accès ici à la sixième place, avec une capitalisation boursière de 3,1 milliards $. n

1 2 3 4 5 6 7

12 20 32 37 38 44 50

Maroc Telecom Attijariwafa bank Commercial International Bank Banque Centrale Populaire (BCP) Banque Marocaine du Com. Ext. Lafarge-Ciments Qatar National Bank

Maroc Maroc Égypte Maroc Maroc Maroc Égypte

Télécoms Services financiers Services financiers Services financiers Services financiers Matériaux de construction Services financiers

Capitalisation boursière (millions $) 10 972 7 146 4 957 4 154 3 848 3 111 2 474

8 9 10 11 12

67 73 77 81 82

Global Telecom Holding Ciments du Maroc Telecom Egypt Taqa Morocco Talaat Moustafa Group Holding

Égypte Maroc Égypte Maroc Égypte

Télécoms Matériaux de construction Télécoms Services publics Immobilier

1 807 1 724 1 582 1 494 1 478

13

84 Mobinil

Égypte

Télécoms

1 430

14

85 Edita Food Industries

Égypte

Biens de consommation

1 428

15

86 Emaar Misr

16 17 18 19 20

89 91 94 95 96

SFBT Wafa Assurance Douja Promotion Groupe Addoha Elsewedy Cables Centrale Danone

Pays

Industrie

Égypte

Immobilier

1 415

Tunisie Maroc Maroc Égypte Maroc

Produits alimentaires et boisson Assurances Immobilier Industrie Biens de consommation

1 358 1 170 1 139 1 121 1 105

African Business | Juin - Juillet 2016


Afrique de l’Ouest

Dangote, loin devant les autres Dangote Cement est en tête du palmarès d’Afrique de l’Ouest, loin devant les autres sociétés. À 22,7 milliards $ lors de notre précédent classement, sa capitalisation boursière ne ressort plus qu’à 14,3 milliards $, reflétant la chute du prix du baril nigérian, le retrait d’investisseurs internationaux et la faiblesse du taux de change. Mais la société a diversifié sa clientèle ces quatre dernières années en créant de nouvelles usines dans d’autres pays, moins dépendants des revenus pétroliers. Elle est aujourd’hui présente dans huit grandes économies africaines, notamment l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Ghana. Dangote Cement semble rester imperturbable face à la récession. « La diversification est au cœur de notre stratégie et c’est pour cela que nous avons mis l’accent sur notre expansion… On pourrait penser que nous avons trop investi dans l’expansion de la capacité au Nigeria, avec 29 millions de tonnes par an. Nous avons une autre usine en construction dont la capacité s’élèvera à 12 millions de tonnes par an. À vrai dire, on n’investit jamais suffisamment au Nigeria. Le pays en a réellement besoin », affirme un dirigeant. Le Ghana occupe le deuxième rang de notre tableau, avec Tullow Oil. Producteur pétrolier bien établi en Afrique de l’Ouest, l’entreprise anglo-irlandaise bénéficie d’une cotation secondaire au Ghana. Nigerian Breweries figure troisième au classement, malgré le recul de sa valeur boursière. Toutefois, la société, dans laquelle le Rang régional Rang Société 2016 /250

À vrai dire, on n’investit jamais suffisamment au Nigeria. Le pays en a réellement besoin.

néerlandais Heineken possède des parts, a enregistré une croissance de 11 % de ses ventes au 1er trimestre 2016 par rapport à la même période l’an dernier. Comme partout en Afrique, les consommateurs préfèrent aujourd’hui des marques de bière moins chères mais Nigerian Breweries semble avoir relativement bien résisté, grâce à ses marques meilleur marché Goldberg, Life et 33 export. La domination du Nigeria s’érode peu à peu, avec la montée du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Le tableau régional compte désormais trois sociétés ghanéennes et six sociétés ivoiriennes, alors que ces deux pays n’avaient que deux entrées il y a deux ans. La Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan comprend des sociétés ivoiriennes ainsi que deux sociétés d’autres pays – Sonatel, du Sénégal, et Onatel, du Burkina Faso – signe du poids des sociétés de télécommunications en Afrique. Les banques perdent du terrain dans notre palmarès régional. Outre l’industrie des boissons, une plus grande variété de secteurs est aujourd’hui représentée, y compris celui de la logistique. Toutefois, on ne connaît pas encore l’impact que les plans de Bolloré de regrouper Bolloré Africa Logistics et ses filiales au sein de la société mère, auront sur sa cotation à la BRVM. L’entreprise a obtenu des concessions pour exploiter un grand nombre de ports en Afrique de l’Ouest, mais les autorités françaises enquêtent actuellement sur l’obtention de deux de ces concessions. n

Pays

Industrie

Dangote Cement Tullow Oil Nigerian Breweries Sonatel Nestlé Nigeria Guaranty Trust Bank Forte Oil

Nigeria Ghana Nigeria Sénégal (BRVM) Nigeria Nigeria Nigeria

Matériaux de construction Pétrole et gaz Produits alimentaires et boisson Télécoms Biens de consommation Services financiers Pétrole et gaz Matériaux de construction Services financiers Services financiers Télécoms Pétrole et gaz

1 2 3 4 5 6 7

10 24 34 35 47 58 63

8 9 10 11 12

68 69 74 115 116

Lafarge Africa Ecobank Transnational Inc Zenith Bank Onatel Seplat Petroleum

Nigeria Nigeria Nigeria Burkina Faso (BRVM) Nigeria

Capitalisation boursière (millions $) 14 367 6 646 4 263 4 256 2 788 2 115 1 919 1 762 1 757 1 696 856 849

13

119 Soc Gén Banques Côte d’Ivoire

Côte d’Ivoire (BRVM)

Services financiers

838

14

126 Guinness Nigeria

Nigeria

Biens alimentaires et boisson

791

15

132 Stanbic IBTC

Nigeria

Services financiers

754

16 17 18 19 20

155 159 160 163 166

Côte d’Ivoire (BRVM) Nigeria Nigeria Côte d’Ivoire (BRVM) Nigeria

Produits alimentaires et boisson Services financiers Services financiers Fret aérien et logistique Biens de consommation

586 572 568 558 551

Soc. de Limonaderies et Brass. United Bank for Africa (UBA) First Bank Nigeria Bolloré Africa Logistics Unilever Nigeria

African Business | Juin - Juillet 2016

59


En couverture

Top Compagnies Afrique de l’Est

Affaiblie mais pas vaincue Safaricom conserve sa première place au classement d’Afrique de l’Est, bien que sa capitalisation boursière soit à 7,3 milliards $ contre 6,6 milliards $ l’an dernier. La société kényane a gagné trois places au palmarès des 250 premières entreprises africaines et se situe à présent au 23e rang. Grâce à ses services bancaires mobiles novateurs, elle compte aujourd’hui 25 millions de clients et entend créer six sièges régionaux bénéficiant de davantage de souplesse pour différencier les services selon les régions. Le classement régional d’Afrique de l’Est est similaire à celui de l’an dernier. East African Breweries, par exemple, qui détient une participation majoritaire de 51 % dans Serengeti Breweries en Tanzanie, se maintient au deuxième rang, avec une capitalisation boursière de 6,6 milliards $. La société craint que l’augmentation des droits d’accise au Kenya fasse diminuer les ventes et incite des consommateurs à préférer des bières fabriquées maison, pouvant mettre en danger le consommateur et plus fortes. Toutefois, elle s’en plaint depuis plusieurs années déjà sans que cela ait empêché son résultat net consolidé de progresser de 16 % sur l’exercice 2015-2016. La hausse des droits devrait donc ralentir la croissance des ventes plutôt que l’inverser. Au nombre de 19 dans le Top 250 en 2014 puis de 26 l’année suivante, les sociétés est-africaines ne sont plus que 21 cette année. Bien que l’économie régionale affiche une croissance plus rapide qu’ailleurs en Afrique, l’Afrique Rang régional 2016

60

Rang Société /250

Safaricom a profité de ses services bancaires mobiles novateurs.

de l’Est est largement sous-représentée dans le palmarès continental par rapport à sa population. Il semble que les sociétés étrangères, les entreprises bien établies de notre Top 250, ainsi que les PME soient à l’origine de l’augmentation des investissements et de l’essor de la croissance économique. Si la région conserve le même rythme de croissance, il est probable que d’autres sociétés est-africaines apparaissent dans notre classement dans les prochaines années. Ainsi, il a fallu seulement 125 millions $ à British American Tobacco Ouganda pour figurer dans notre palmarès régional en 2014, tandis que Jubilee Holdings a eu besoin de 307 millions $ pour accéder à la 20e place cette année. Le nombre de grandes sociétés est-africaines est donc en augmentation, même si celles qui figurent en tête du classement ont vu leur valeur décliner fortement. Un rapport récent de PricewaterhouseCoopers place le Kenya et la Tanzanie parmi les dix pays africains ayant le plus fort potentiel d’expansion dans les secteurs des ventes au détail, et prévoit que les dépenses de détail y doubleront en à peine plus de trois ans – un rythme de croissance beaucoup plus soutenu que dans les marchés plus matures. Les supermarchés, ainsi que les fabricants et distributeurs de boissons, devraient largement en profiter. Cela dépendra beaucoup de la rapidité à laquelle les détaillants parviendront à tisser des liens avec les fournisseurs locaux, au lieu d’importer leurs produits, comme ils le font actuellement. n

Pays

Industrie

1 2 3 4 5 6 7

23 56 64 80 90 105 120

Safaricom East African Breweries Tanzania Breweries Equity Bank Kenya Kenya Commercial Bank Co-operative Bank of Kenya British American Tobacco Kenya

Kenya Kenya Tanzanie Kenya Kenya Kenya Kenya

Télécoms Produitss alimentaires et boisson Produits alimentaires et boisson Services financiers Services financiers Services financiers Tabac

8 9 10 11 12

137 141 151 165 178

Standard Chartered Bank (Kenya) Bamburi Cement Barclays Bank Kenya Tanzania Cigarette Company Diamond Trust Bank Kenya

Kenya Kenya Kenya Tanzanie Kenya

Services financiers Matériaux de construction Services financiers Tabac Services financiers

Capitalisation boursière (millions $) 6 678 2 254 1 874 1 498 1 238 1 013 837 704 694 600 552 511

13

194 National Microfinance Bank

Tanzania

Services financiers

457

14

199 Stanbic Bank Uganda

Ouganda

Services financiers

440

15

200 British American Tobacco

Ouganda

Tabac

437

16 17 18 19 20

212 216 224 232 245

I&M Bank CRDB Bank CFC Stanbic Nation Media Group Jubilee Holdings

Kenya Tanzanie Kenya Kenya Kenya

Services financiers Services financiers Services financiers Médias Assurances

402 388 366 324 307

African Business | Juin - Juillet 2016


Afrique australe

Le Botswana s’impose Les 20 premières sociétés d’Afrique australe étant toutes sud-africaines, nous avons réalisé un classement des plus grandes sociétés des autres pays de la région. C’est le groupe MCB, la société mère de Mauritius Commercial Bank, qui se classe en tête du palmarès. Les actions du groupe MCB ont remplacé celles de sa filiale à la Bourse de Maurice en 2014. MCB est, de loin, la société la plus valorisée sur cette place boursière. Le Botswana, dont la population ne dépasse pas 2 millions – moins encore que le Lesotho –, crée quelque peu la surprise. Il est le pays le mieux représenté dans notre tableau régional, avec six entrées sur les 15 plus grandes sociétés non sud-africaines en Afrique australe. Son gouvernement, réputé pour avoir une gestion économique saine, a su tirer le meilleur parti de ses exportations de diamants pour stimuler le reste de l’économie. Quatre des six sociétés du palmarès appartiennent au secteur des services financiers. Les deux autres sont Sechaba Breweries et Choppies Enterprises, l’une des chaînes de supermarché qui se développent le plus rapidement en Afrique. Choppies a fait son entrée à la Bourse de Johannesburg (cotation secondaire) en mai dernier dans le cadre de ses plans d’expansion ambitieux, y compris en Afrique du Sud. Alors qu’il possédait 125 supermarchés fin 2015 dans trois pays, Choppies compte atteindre les 200 supermarchés dans cinq pays d’ici à la fin 2016. Cette expansion doit se réussir en partie au moyen d’une croissance organique, mais aussi d’acquisitions : l’enseigne Rang régional 2016

Rang Société /250

Les services financiers dominent le palmarès mais les sociétés de boissons sont également très présentes.

a racheté Jwayelani Retail, implanté dans les provinces du KwaZulu-Natal et du Cap Oriental en Afrique du Sud. Bien qu’elle possède une part de marché de 36 % au Botswana, elle est peu présente en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Son objectif est de s’installer en Namibie, en Tanzanie et au Mozambique pour s’imposer dans la région. Le PDG, Ramachandran Ottapathu, explique ce qui le distingue de ses concurrents : « Nous ne sommes pas comparables. Nous avons un business plan auquel nous avons mûrement réfléchi. Nous nous y tenons et nous voyons à présent les résultats. Nous n’avons pas une vision à court terme ; nous nous destinons à devenir une enseigne importante en Afrique australe ». Troisième économie d’Afrique subsaharienne, on s’attendrait à ce que l’Angola ait davantage de poids dans notre tableau. Mais son économie est fondée sur l’exportation de pétrole brut et d’autres matières premières. En outre, les principales entreprises du pays sont des multinationales et des sociétés d’État, comme la société pétrolière Sonangol. Jadis pays le mieux représenté dans notre tableau après l’Afrique du Sud, le Zimbabwe ne compte à présent que deux entrées : la société de boissons Delta Corporation et Econet Wireless. L’instabilité politique et économique continue d’entraver l’expansion des entreprises du pays. Les biens produits localement sont toujours plus chers que les marchandises importées si bien que la production locale reste limitée. Quelques exceptions : la bière de Delta est meilleur marché que la bière importée en raison du coût élevé du transport des boissons. n

Pays

Industrie

1 2 3 4 5 6 7

88 118 123 140 155 157 159

MCB Group First National Bank of Botswana FNB Namibia Delta Corp SBM Holdings Zambia Consolidated Copper Mines Bank Windhoek

Maurice Botswana Namibie Zimbabwe Maurice Zambie Namibie

Services financiers Services financiers Services financiers Produits alimentaires et boisson Services financiers Métaux & Mines Services financiers

8 9 10 11 12

182 188 209 214 219

Letshego Choppies Enterprises Botswana Insurance Econet Wireless Lafarge Cement (formerly Chilanga)

Botswana Botswana Botswana Zimbabwe Zambie

Services financiers Biens de consommation Assurances Télécoms Matériaux de construction

Capitalisation boursière (millions $) 1 391 847 820 703 586 585 583 505 487 415 402 382

13

227 Barclays Bank of Botswana

Botswana

Services financiers

362

14

228 Sechaba Breweries

Botswana

Produits alimentaires et boisson

350

15

235 Cervejas de Moçambique

Mozambique

Produits alimentaires et boisson

320

16 17 18 19 20

236 240 243 244 250

Namibie Zambie Maurice Zambie Maurice

Produits alimentaires et boisson Télécoms Hôtels Restaurants & Loisirs Produits alimentaires et boisson Biens de consommation

319 312 308 308 295

Namibia Breweries Airtel Networks New Mauritius Hotels Zambian Breweries ENL Land

African Business | Juin - Juillet 2016

61


DESTINATION CAMEROUN

HUB DE L’AFRIQUE CENTRALE Des ressources importantes, l’économie la plus diversifiée de la région, des Infrastructures modernisées… Le Cameroun est la première économie de la zone Cemac, le pays le plus attractif en termes d’investissement de la région également. Cap sur la destination Cameroun.

L

e Cameroun a été classé premier pays de la zone Cemac en termes de résilience de son économie aux chocs extérieurs, dans le classement 2016 du cabinet américain Frontier Strategy Group. À l’échelle du continent, le pays se classe 21e, se démarquant de ses voisins régionaux à l'économie encore trop dépendante de la rente pétrolière. Le Cameroun, pays pétrolier, et par conséquent inévitablement affecté par la chute des cours sur les marchés mondiaux, démontre une fois de plus la résilience de son

Dounia Ben Mohamed envoyée spéciale

économie. Ce qui avait été souligné par Christine Lagarde, au cours de sa première visite au Cameroun en janvier 2016. La directrice générale du FMI s’était alors félicitée des « très bons résultats » affichés par l’économie camerounaise, obtenus notamment grâce à « une bonne résilience face au double choc » que constitue, d’un côté, la lutte contre la secte islamiste nigériane Boko Haram, qui sévit à l’Extrême-Nord du pays ; et d’un autre côté, la baisse des cours mondiaux du pétrole, dont les recettes représentent 25 % de l’enveloppe budgétaire nationale.

le Cameroun, pays pétrolier, et par conséquent inévitablement affecté par la chute des cours sur les marchés mondiaux, démontre une fois de plus la résilience de son économie.

De fait, les chiffres confirment cette reprise. La croissance du Cameroun se situe « à presque 6 % au cours de ces deux dernières années », poursuit la directrice générale du FMI. Plus précisément, la croissance s’est établie à 5,6 % en 2015 et devrait se maintenir à 5,3 % en 2016, contre une moyenne à 3 % pour la zone Cemac. Et l’agence Standard & Poor’s, qui a maintenu la notation B du Cameroun, parie sur « une croissance du PIB réel de +5,7 % par an en moyenne sur 2015-2018, car le Plan d’urgence triennal, lancé par le gouvernement


Yaoundé, connue comme la « ville des sept collines », est la capitale politique du Cameroun.

en décembre 2014, pourrait contribuer à l’amélioration des chaînes de valeur agricoles, au développement de l’approvisionnement énergétique et au dynamisme du secteur de la construction ». En dépit de la chute des cours du baril et de la baisse potentielle de la production de pétrole, S & P estime que d’autres secteurs prendront le relais pour maintenir la croissance. Parmi eux, les investissements dans les transports, les routes, les ports et l’agriculture, ainsi que la hausse attendue de la production gazière.

Tout cela explique l'intérêt que suscite le Cameroun, classé dans le Top 10 des pays africains les plus attractifs pour les investissements par le Nielsen’s Africa Prospects Indicators (API). À la sixième place du classement continental, au-delà de l’aspect macroéconomique, le pays doit son positionnement aux nombreuses opportunités d’affaires qu’il recèle, ainsi qu’au potentiel de son réseau de distribution. La loi portant sur les incitations à l’investissement privé au Cameroun, appliquée depuis avril 2013, notamment, a produit son effet. Le Cameroun, qui a bénéficié d’une réduction de sa dette obtenue en 2006 dans le cadre de l’Initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés et de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale, a pu s’engager dans un programme de développement socio-économique ambitieux. Il a pour objectif l’émergence en 2035, marqué par la hausse des investissements publics et la valorisation de ses ressources abondantes (agricoles, pétrolières et minières) tandis que la modernisation de son parc d’infrastructures se poursuit et s’accélère (phase 2 du port en eau profonde de Kribi, construction de trois barrages et du deuxième pont sur le Wouri). Enfin, le Cameroun se révèle champion de la création d’emplois. Il occupe la première place dans le classement Global Entrepreneurship 2016 en ce qui concerne la création d'entreprises. Avec un taux de créateurs d’entreprises estimé à 37,4 %, il passe devant l’Ouganda qui totalise 35,5 %, le Botswana 32,8 %. Selon les données du ministère des Petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat, entre 2010 et mars 2015, 42 720 entreprises ont été créées au Cameroun. Une dynamique qui doit être favorisée par les mesures visant l’amélioration du climat des affaires en cours.

Top 10 Le Cameroun a été classé dans le Top 10 des pays africains les plus attractifs en termes d'investissement par le Nielsen African Prospects Indicators.

INVESTIR AU CAMEROUN, TERRE D’ATTRACTIVITÉS : Le Cameroun organisait une conférence économique internationale sur le thème « Investir au Cameroun, terre d’attractivités ». Cette conférence placée sous le Haut patronage de S.E.M. Paul Biya, président de la République, s’est tenu à Yaoundé les 17 et 18 mai 2016. Industriels, entrepreneurs, institutionnels et financiers venus de l’Afrique et du monde entier, ayant un intérêt pour le Cameroun, se sont réunis à Yaoundé pour approfondir les opportunités considérables d’investissement du pays. Cet événement représente en effet une occasion unique d’échanges constructifs entre des acteurs politiques, économiques et financiers de premier rang, nationaux et internationaux, autour de la réalisation de grands projets structurants pour l’avenir du pays. S’exprimaient notamment, outre les ministres camerounais concernés, Manuel Barroso, président de la Commission européenne (2004-2014), Chung Un-Chan, Premier ministre de République de Corée (2009-2010) et Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (2005-2015), Pascal Lamy, directeur général de l’OMC (Organisation mondiale du commerce, 2005-2013). Cette conférence économique s’inscrivait plus largement dans la Vision 2035, feuille de route à suivre pour que le Cameroun génère une croissance économique durable et atteigne l’émergence. Pour plus d'informations, visitez www.investiraucameroun.com


DESTINATION CAMEROUN

OBJECTIF ÉMERGENCE 2035 Le Cameroun, sous la houlette du président Paul Biya, s’est engagé dans un ambitieux programme de développement socio-économique avec pour objectif l’émergence à l’horizon 2035.

T

ransformer le Cameroun « en un pays qui crée des richesses et les redistribue de manière équitable ; en un pays qui offre à tous des opportunités égales d’épanouissement ; en un pays à la croissance forte et durable ; en un pays à la sécurité alimentaire renforcée, bref en un pays du bonheur de tous et de chacun ». Par ses mots, le chef de l’État, Paul Biya, fixe les grandes lignes de sa feuille de route « Cameroun Émergence 2035 ». Si les défis sont immenses, le potentiel du pays l’est tout autant. En matière de ressources

naturelles, de compétences humaines, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, de niches de croissance (agrobusiness ; hydrocarbures ; BTP ; télécoms et nouvelles technologies ; etc.) C’est ainsi que la stratégie « Émergence » cible quatre pôles d’activités économiques : le pôle agricole et environnemental qui comprend la protection de l’environnement, la préservation des écosystèmes, la révolution agricole avec l’avènement de l’agriculture de deuxième génération ; le pôle industriel de production et de transformation

Si les défis sont immenses, le potentiel du pays l’est tout autant. En matière de ressources naturelles, de compétences humaines, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, de niches de croissance

qui prévoit la construction de centrales thermiques, la construction de barrages hydroélectriques, la centrale à gaz de Kribi en vue de la génération d’une quantité suffisante d’électricité pour l’économie du pays, la création et la gestion des PME-PMI ; le pôle de services et des nouvelles technologies qui se traduit par la mise à niveau des infrastructures de transport (routières, ferroviaires, maritimes etc.), l’amélioration des structures sanitaires et hospitalières, le développement de l’éducation de base, la densification de la


carte scolaire et des institutions d’enseignement maternel, primaire et secondaire, technique et professionnel, l’amélioration de l’offre de formation académique, universitaire et professionnelle, l’augmentation de l’offre de communication sociale et téléphonique (fixe et mobile), la connexion à internet haut débit et aux réseaux sociaux ; le pôle de la gouvernance avec une gestion saine et rigoureuse des

finances publiques, la poursuite de la lutte sans merci contre la corruption et les détournements des deniers publics, ainsi que la mise à contribution de toutes les institutions chargées de la lutte contre ces fléaux.

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, en compagnie du président camerounais Paul Biya.

UN HUB PORTUAIRE LE PORT EN EAU PROFONDE DE KRIBI Le programme de développement du terminal à conteneurs du port en eau profonde de Kribi, dans la région du Sud, dont la concession a été accordée au consortium composé de Bolloré Africa Logistics, de l’armateur CMA CGM et du groupe d’ingénierie et de BTP China Harbour Engineering Company (CHEC). « La réouverture du port de Kribi au trafic interviendrait entre mai et juin de cette année. » Cette déclaration, du ministre camerounais de l’Économie, Louis Paul Motazé, le 18 janvier, est destinée à répondre à l’impatience suscitée par le port de Kribi. Unique port en eau profonde de la région, il a vocation à devenir un véritable pôle commercial. Kribi se positionne comme « un hub de transbordement portuaire », promet l’armateur français. « Il irriguera la région de nouveaux corridors logistiques grâce à des connexions directes entre le port, le rail et la route, véritables locomotives du développement ». Le port de Kribi, avec une profondeur de 15 m et un accès direct à la mer, permet au Cameroun d’accueillir de grands navires,

contenant jusqu’à 8 000 conteneurs. Situé au cœur du golfe de Guinée, centre névralgique du trafic maritime, Kribi suscite beaucoup d'intérêt. Pour y répondre, le gouvernement camerounais a entrepris la mise en place du cadre réglementaire et législatif pour encadrer les activités au sein du port, et a signé des protocoles d’accord pour mobiliser un grand nombre d’entreprises. Un complexe industriel autour du port est également prévu.

Produit en collaboration avec Stratline Communication


ENTREPRISES & MARCHÉS C O M M E RC E

Les nouveaux comptoirs de la Chinafrique La Chine est le nouvel eldorado de quelques dizaines de milliers de petits commerçants africains. Ils s’approvisionnent à bas prix dans l’usine du monde pour revendre en Afrique leurs marchandises Made in China. Hong-Kong, Sébastien Le Belzic

Y

iwu, c’est ma maison chinoise », confie tout sourire Sourakhata Tireira. Cet homme d’affaires sénégalais réside depuis 12 ans dans cette ville située à deux heures de route à peine de Shanghai. C’est là qu’il a créé Crestone Group, une entreprise d’import-export qui a fait sa fortune et sa renommée. C’est là également qu’il a eu l’idée de lancer le Forum des investisseurs privés chinois, dont la première édition vient de se tenir à Dakar. « Les Sénégalais doivent saisir les opportunités qu’offre la coopération sino-africaine », lance celui qui se voit comme un symbole positif de la Chinafrique. « Yiwu m’a donné la chance d’être une autre personne. Voilà l’une des causes qui m’ont poussé à organiser ce forum pour rendre à la Chine ce qu’elle m’a donné. Je veux jouer un rôle de patriote pour la Chine et pour le Sénégal »,

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répète-t-il à longueur d’interviews à une presse officielle chinoise qui se passionne pour ces entrepreneurs venus de très loin. Comme lui, ils sont plus de 3 000 Africains à avoir fait de Yiwu leur « maison chinoise ». Essentiellement dans le domaine de l’import-export et du petit commerce. Ils sont le cordon ombilical de cette Chinafrique loin des gros contrats d’infrastructures et des matières premières. Depuis 2009, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique. Peu de gens savent que cette relation n’est pas à sens unique. Difficile de dresser un portrait unique de ces investisseurs africains en Chine, à peine peut-on dire que la plupart d’entre eux sont de jeunes commerçants épris d’aventure et sinophones pour la plupart. Ensemble, ils pèsent près de 1,5 milliard $. Les dernières statistiques datent

de 2012. À l’époque, l’Afrique avait investi un total de 14,2 milliards $ en Chine. Une hausse de 43 % par rapport à 2009 où les investissements plafonnaient sous la barre des 10 milliards $. Les investissements directs africains se concentrent dans les secteurs pétrochimique et industriel. Mais ce sont surtout les domaines de la vente en gros et au détail qui représentent la partie la plus visible de ce commerce. Selon les statistiques officielles chinoises, les principaux investisseurs viennent de l’île Maurice, des Seychelles, d’Afrique du Sud et du Nigeria.

Un contrôle permanent « Les centrales d’achats africaines n’hésitent plus à se fournir directement en Chine, sans passer par l’Europe », explique Isabelle Hannouche. Cette Sénégalaise à la tête de Teranga Trade African Business | Juin - Juillet 2016


Projet pharaonique Il y a 2 000 ans, les caravanes partaient de Xian, en Chine, pour le Proche-Orient. Aujourd’hui, ce sont des conteneurs remplis d’électronique bon marché et de sandales en plastique qui prennent la mer au départ de Yiwu. Direction l’Afrique. La ville est devenue le point de départ de la « nouvelle route de la soie » qui relie la Chine au reste du monde. Un projet pharaonique voulu par le président Xi Jinping et qui devrait engloutir près de 100 milliards $ d’investissements en infrastructures. La dernière pierre de

fait partie de cette nouvelle diaspora africaine qui surfe sur le miracle économique chinois. Pour ses clients africains, elle chasse les bonnes affaires, à Yiwu comme ailleurs. « Il faut sans cesse contrôler la qualité et le suivi des commandes », poursuit la jeune femme. « Yiwu plaît beaucoup car les prix y sont souvent très bas. Mais il faut continuellement s’assurer de l’état des produits. Les grossistes ont besoin de nous pour négocier en direct avec les usines et obtenir les meilleurs prix. » Yiwu constitue un bon thermomètre de la Chinafrique. Malgré le coup de froid de ces derniers mois, et la baisse de 40 % des exportations chinoises vers l’Afrique, Yiwu connaît une poussée de fièvre : les échanges entre la Chine et le continent y ont été multipliés par 20 depuis 2010, selon les chiffres officiels des Douanes chinoises. À elle seule, Yiwu repréAfrican Business | Juin - Juillet 2016

cet édifice a été posée le 16 février 2016, lorsqu’un train parti le 28 janvier de Yiwu est arrivé à Téhéran. Chargé de 32 conteneurs de marchandises, cette caravane moderne a accompli en 14 jours, soit trois fois plus vite que la voie maritime par Shanghai, les quelque 10 000 km du voyage à travers l’Asie centrale par le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan, jusqu’au port stratégique de Bandar Abbas sur le rivage nord du détroit d’Ormuz, à un millier de kilomètres au sud de Téhéran.

sente déjà 2,7 % des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique, soit 7,7 milliards $ en 2015 ! « L’Afrique, en tant que continent, est le deuxième partenaire commercial de Yiwu après l’Asie », explique le maire adjoint de la ville, Xiong Tao. Avec ses restaurants halal, ses cafés où l’on sert du thé à la menthe en fumant la chicha et sa grande Mosquée, on pourrait presque se croire en Égypte ou en Jordanie. Yiwu est bien plus que cela : c’est une ville commerçante ouverte depuis plus de 15 ans sur l’Afrique et le MoyenOrient. Plus de 200 000 commerçants arabes et 80 000 Africains s’y rendent chaque année pour faire leurs emplettes dans ce gigantesque supermarché composé de 30 000 magasins étendus sur plus de 2 millions m2. L’équivalent de 800 terrains de football recouverts de boutiques multicolores où l’on trouve presque tout : montres, guirlandes, fleurs en plastique, vêtements bon marché, perruques, sandales, meubles et luminaires… Plus intéressant encore, la ville est devenue un carrefour pour les marchandises africaines. Depuis 2010, les importations chinoises en provenance d’Afrique ont été multipliées par 30. Un commerce dont profitent également les entreprises chinoises : 16 % d’entre elles ont déjà pris pied sur le continent, investissant un total de 39 millions $ dans sept pays africains, via une série de représentations.

Un comptoir africain en Chine On trouve ainsi à Yiwu plus de 5 000 produits africains différents : des boubous, des djembés, des savons et des cosmétiques traditionnels importés de 29 pays d’Afrique. Pourtant, l’essentiel du commerce se fait dans l’autre sens : de la Chine vers l’Afrique. Chaque jour près de 1 500 conteneurs quittent ainsi Yiwu pour le port de Ningbo, près de Shanghai. Direction Dubaï, pour 20 % d’entre eux, et de là les principaux ports d’Afrique de l’Est. Commandé, payé, livré. Au total, il ne s’écoule pas plus de cinq ou six semaines entre

la commande passée à Yiwu et la livraison sur un marché de Nouakchott ou de Mombasa. Mais Yiwu n’est pas le seul comptoir de cette Chinafrique du petit commerce. Plus au sud, la ville de Canton voit transiter chaque année en moyenne plus de 200 000 Africains – le double les bonnes années. Plus de 20 000 y vivent de façon permanente, « dont 80 % d’hommes, essentiellement des Nigérians de l’ethnie Igbos », explique l’anthropologue américain Gordon Mathews, auteur d’un ouvrage de référence sur le sujet, Ghetto at the Center of the World. Les Chinois surnomment l’endroit « Chocolate City ». Un labyrinthe de ruelles lugubres et défoncées, où les têtes de moutons ensanglantées jonchent le sol, côtoyant des contrefaçons vendues à ciel ouvert dans les quartiers de Sanyuanli et Xiaobei. Ici les diasporas africaines se regroupent en villages, par communauté et par religion. Dans les marchés, on vend des perruques pour les belles africaines, des boubous rapidement tissés dans les usines du coin et, surtout, des produits contrefaits. On vient de toute l’Afrique s’approvisionner à Canton, ouvrir un petit restaurant pour les immigrés ou une auberge pour les voyageurs de commerce. La ville est certainement la plus cosmopolite de Chine continentale. « Il n’y a pas, derrière l’arrivée de ces populations africaines, un amour profond de la Chine, souligne l’anthropologue. Ils sont là uniquement pour faire des affaires et certains ont même gagné beaucoup d’argent. Mais leur vie n’est pas facile. La police chinoise fait la chasse aux sanspapiers. Ils sont contrôlés plusieurs fois par jour par des agents souvent agressifs. La vie, là-bas, est dure et de plus en plus chère. Et si jamais leurs affaires devaient péricliter, ils iront s’installer dans un autre pays, comme l’Inde ou le Bangladesh. » En Asie du Sud, certains produits, comme le textile et les chaussures, ne coûtent quasiment rien. Et, pour eux, la Chine ne restera qu’une simple étape de la mondialisation. n 67


ENTREPRISES & MARCHÉS DÉVELOPPEMENT

Africa Transformation Forum 2016

Un forum pour la transformation en Afrique Kigali a accueilli en mars 2016 le premier Forum de la transformation en Afrique. L’occasion de montrer que le continent se saisit d’un sujet fondamental pour son avenir, afin de créer davantage de valeurs et d’emplois. Par Djamila Colleu

L

e challenge de la transformation en Afrique n’est pas technique, il est politique et social, parce qu’il concerne avant tout l’humain. Ce sont les citoyens qui en assument le plus grand risque. Nous avons besoin de mécanismes qui intègrent tout le monde. » S’exprimant devant 300 participants, experts, hommes politiques, chercheurs, le président du Rwanda, Paul Kagame, a souhaité montrer comment son petit pays s’est engagé sur la voie de la croissance et du développement et comment les Rwandais s’impliquent dans le renforcement de l’économie. L’urgence de la transformation économique de l’Afrique a été soulignée par le président du Centre africain pour la transformation économique (ACET), K.Y. Amoako : « Les événements récents, comme le ralentissement de l’économie chinoise ou la chute brutale des prix de certaines marchandises, imposent de définir des stratégies de transformation car la plupart des économies africaines restent encore très sensibles aux chocs externes. La transformation a le pouvoir de changer cette dynamique. » Mais quelle ingénierie actionner pour transformer l’Afrique ? Comment transformer structurellement le continent ? Car si l’Afrique connaît aujourd’hui une croissance sans précédent, le continent reste marqué par le plus fort taux de pauvreté. Carlos Lopes rappelle : « La croissance africaine n’a pas créé d’emplois. C’est une croissance qui n’est pas inclusive. Or, la transition démographique impose d’innover, de se donner un élan vers la transformation. » La clé résiderait-elle dans 68

l’industrialisation ? Tel est l’avis du secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (Nations unies) qui insiste sur la nécessité de tirer parti des expériences des politiques industrielles menées, notamment, au Brésil entre 1950 et 1990 ou en Chine, où politiques agricoles et manufacturières ont été combinées. « La transformation structurelle est un processus continu où le rôle de l’État doit être central, et le leadership des dirigeants africains jouer son rôle. Aujourd’hui, l’agriculture africaine a la productivité la plus basse au monde. »

Changer de paradigme Carlos Lopes poursuit : « Le seul moyen de rattraper les gains de productivité est de lier prouver leur efficacité. Il faut passer un contrat l’agriculture à l’industrie agroalimentaire pour social, prendre en compte le tissu social. » développer des chaînes de valeur. L’Afrique Transformer l’agriculture est une importe 83 % de ses aliments transformés, du orientation stratégique partagée tant par la yaourt au fromage, au bœuf et au poulet. Tout ce Banque mondiale que par la BAD. Pour son qui est transformé est importé en grande quantité. président, Akinwumi Adesina, « l’agriculture Si nous industrialisons une partie de nos produits est un business ». Si plus de 63 % de la agricoles, nous satisfaisons notre marché intérieur population au sud du Sahara vit dans le monde et nous créons des possibilités pour augmenter la productivité. Voilà le lien avec la transformation structurelle. » Le ralentissement économique mondial et Makhtar Diop, vice-président la baisse des prix des matières premières de la Banque mondiale en charge de la région Afrique, insiste sur la imposent un changement de stratégie à nécessité de changer de paradigme. l’Afrique, qui doit se tourner davantage vers « Je ne crois pas à un modèle la transformation et l’industrialisation. transposable. Le débat de demain repose sur la capacité des États à African Business | Juin - Juillet 2016


Un outil pour le long terme Créé en 2008, le Centre africain pour la transformation économique (ACET) est un institut de politique économique travaillant sur la problématique de la transformation économique de l’Afrique comme source d’une croissance durable à long terme. Centre de recherche, de conseil stratégique et d’appui au développement des pays africains, l’organisation, basée au Ghana, appelle à une nouvelle approche, portée par les Africains pour s’engager sur la voie de la transformation économique, lever les barrières institutionnelles et apporter des solutions africaines pour le développement du continent. ACET est soutenue par des fondations privées, des agences de coopération internationale et la Banque mondiale.

Le président rwandais Paul Kagame.

rural, l’agriculture ne participe que pour un quart à la croissance en Afrique. Alors que, selon le dernier rapport de l’Institut McKinsey publié en 2012, l’agriculture pourrait créer huit millions d’emplois stables en Afrique d’ici à 2020 et 6 millions de plus avec une phase de développement accélérée du secteur. Une transformation agricole qui pourrait attirer la jeunesse sur un continent où environ 600 millions d’habitants ont moins de 25 ans.

Naissance d’une coalition « On a longtemps abordé l’agriculture sous un mauvais angle », considère Alemayehu Konde Koira, responsable des programmes relatifs aux « Opportunités économiques pour la jeunesse » à la Fondation MasterCard. « On l’a considérée comme un secteur social où l’objectif était d’améliorer la vie de gens pauvres dans des AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016

zones rurales. Mais l’agriculture est une activité commerciale. Les semences représentent une industrie, de même que les engrais, le stockage, la valeur ajoutée, la logistique et les transports. Et elle est une opportunité pour la jeunesse. » Cette transformation structurelle impose de mobiliser des ressources pour la transformation, de développer une ingénierie financière, ajoute Antoinette Sayeh, directrice du département Afrique au FMI : « Il faut appuyer l’agriculture, construire des infrastructures, soutenir le marché, voire comment exempter certains produits de taxes comme cela s’est fait au Ghana. Les clés pour la transformation résident dans des mécanismes innovants en matière d’ingénierie financière. Mais les gouvernements, notamment le ministère des Finances, n’ont pas toujours les moyens. »

François Kanimba, ministre du Commerce et de l’industrie du Rwanda, ancien gouverneur de la Banque centrale, précise : « Le financement de l’industrialisation est difficile. Dans le monde entier, les économies qui ont achevé leur industrialisation l’ont fait par étapes, selon des stratégies différentes. Par exemple, l’Éthiopie, une des plus grandes réussites industrielles à l’heure actuelle, s’est appuyée sur le financement bancaire. Mais au Rwanda, notre système bancaire n’est pas organisé pour accompagner les PME et les start-up. C’est pourquoi il nous faut un mécanisme de refinancement pour les start-up et un fonds de garantie pour les petites entreprises. » Avec la naissance de la coalition pour la transformation de l’Afrique, un réseau d’experts du secteur privé et public, force de propositions pour engager des réformes politiques et institutionnelles, le défi est lancé de passer de la parole aux actes. n 69


ENTREPRISES & MARCHÉS C O M M E RC E

Cameroun

Le Made in Italy cherche ses marques Si les entreprises sont présentes au Cameroun, les produits et services venant d’Italie pêchent encore par l’absence de promotion. Pourtant, les opportunités sont grandes à la fois pour les entreprises italiennes et camerounaises. Yaoundé, Beaugas-Orain Djoyum

L

es Camerounais apprécient le vin à leur table. En 2013, le Cameroun était d’ailleurs classé comme premier importateur africain des vins de Bordeaux. En revanche, sur ces mêmes tables, le vin italien figure rarement. « Vous ne trouvez pas de vins italiens au Cameroun. Vous trouvez pourtant des vins français et sud-africains dans les rayons. Or, nous avons les meilleurs vins d’Europe et même du monde ! », commente Mauro Battistella, le consul d’Italie à Douala. Ceci faute de communication sur la qualité des vins italiens. « Pour un commerçant camerounais, quand il faut choisir entre un container de vin italien qu’il vend en six mois et un container de vin français qu’il vend en deux semaines, vous comprenez que le choix est très vite fait », explique le consul. Pour lui, la raison est toute simple. Aucune entreprise n’a l’exclusivité de vins italiens et par conséquent, aucune promotion n’est faite pour vanter le produit : « Nous avons donc besoin d’entreprises qui font des actions et du marketing pour faire connaître nos produits. » Dans la même veine, la mode italienne n’est pas assez vantée au Cameroun ; si les chemises de marques Giorgio Armani, Versace, sont bien appréciées des Camerounais, aucune entreprise n’en fait la promotion. « Discrète, mais efficace. » C’est ainsi que l’ambassadeur d’Italie au Cameroun, Samuela Isopi, qualifie les relations économiques entre le Cameroun et l’Italie. Quelque 70 entreprises italiennes actives dans les domaines de l’exploitation forestière et de la transformation du bois – Alpicam Industries est le plus grand investisseur italien – ; des bâtiments et travaux publics ; de l’agro-industrie, de la logistique 70

et des transports et du télé-consulting sont établies au Cameroun. Pour la plupart, rappelle Mauro Battistella, ce sont des PME qui n’ont pas de très grandes ressources et investissent généralement sur leurs seuls fonds propres. « Ces PME italiennes sont très laborieuses, évoluent en toute discrétion, mais sont présentes dans tous les secteurs. »

L’année du lait

italiennes à explorer ce segment de marché. Mauro Battistella nous confie que le marché est porteur pour les entreprises italiennes : « Je sais qu’au Cameroun, il y a un grand cheptel. Mais on ne trouve pas de lait. Avez-vous déjà bu du lait frais produit au Cameroun ? Ceux qui produisent du yaourt le font avec du lait en poudre qui vient de l’Europe. Ce n’est pas du lait camerounais. C’est un secteur où il faut investir. » Dans le domaine de l’agro-industrie, Ferrero a déjà implanté ses racines au Cameroun. Contrairement aux autres produits italiens, Kinder Joy et les autres produits du groupe sont disponibles dans les supermarchés et sont très recherchés, notamment par les enfants. L’entreprise, qui produit les chocolats Ferrero ou encore la pâte Nutella et les petites confiseries Tic Tac, fabrique les Kinder Joy dans son usine de Yaoundé. Depuis dix ans, l’usine transforme 800 tonnes de cacao par an et emploie 200 personnes.

Grands chantiers À leur sujet, Claudio Olivero, le responsable Afrique et Moyen-Orient du groupe, indique que « la majorité sont des femmes qui font des travaux manuels, notamment la partie de l’assemblage des jouets insérés dans Kinder Joy. Cette politique d’emploi des équipes locales s’inscrit dans le cadre de l’entreprise sociale voulue par le fondateur Michele Ferrero. Cela dans le but de combattre le chômage. La même expérience, on l’a en Afrique du Sud, en Inde avec des acteurs locaux ». Certaines entreprises italiennes sont au cœur des grands chantiers en cours. Notamment des infrastructures sportives et des logements sociaux. Ainsi, les préparatifs pour l’organisation des compétitions continentales de football, la CAN féminine en 2016 et la CAN masculine de 2019, préoccupe les autorités publiques. Notamment en termes d’infrastructures sportives. Et, dans ce domaine, l’Italie se positionne. Le groupe italien Piccini a remporté en décembre 2015 le marché de construction du prochain stade d’Olembé baptisé « Stade Paul-Biya » qui accueillera 60 000 spectateurs. Montant du marché : 165 milliards de

Pourtant, il existe de nombreuses opportunités d’investissement pour les produits et services italiens au Cameroun. Comme le secteur de l’hôtellerie : « Le business est tellement rentable que je ne comprends pas pourquoi même les entreprises camerounaises n’ont pas d’hôtels 3 étoiles à Bafoussam ! Les touristes qui s’y rendent, les gens qui y vont pour les deuils et funérailles ont besoin de cadre d’hébergement et de restauration. C’est un secteur qui peut intéresser les entreprises italiennes », indique le consul d’Italie. Dans le domaine de l’agro-industrie, les opportunités sont également nombreuses. Alamine Ousmane Mey, ministre des Finances, rappelle que le Cameroun a décrété 2016 l’« année du lait ». L’occasion de souligner qu’il est important d’augmenter la production du lait de vache et également d’assurer sa transformation pour sa mise sur le marché national et même international. Ceci afin de garantir au Cameroun davantage de ressources financières. Alamine Ousmane Mey, qui Il existe de nombreuses opportunités modérait le forum économique d’investissement pour les produits et Italie-Cameroun tenu du 17 au services italiens au Cameroun. 20 mars 2016 à Yaoundé, n’a pas manqué d’inciter les entreprises

African Business | Juin - Juillet 2016


L’usine Ferrero d’Alba, dans le Piémont en Italie.

Trois questions à…

Claudio Olivero

Responsable Afrique et Moyen-Orient de Ferrero

F.CFA (251,5 millions d’euros). Le chantier sera livré dans 30 mois, promettent les Italiens. De son côté, l’entreprise Iveco a proposé de fournir des véhicules de transport urbain de masse. Ceci en vue de transporter les supporters durant les compétitions. Le pays connaît déjà des difficultés en matière de transport urbain. Des responsables de cette société ont rencontré le ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o, en mars. En matière d’habitat, les Camerounais attendent avec impatience l’aboutissement du projet de construction des 10 000 logements sociaux. Ici encore, c’est un groupe italien, Pizzarotti, qui est à la manœuvre avec Basics International, son partenaire stratégique au Cameroun. Les négociations se tiennent depuis 2012 et un accord commercial a été signé en mars entre le groupe et l’État du Cameroun pour la construction et la livraison de 1 000 logements sociaux, comme phase-pilote du programme gouvernemental de construction de logements sociaux. Montant de l’investissement : AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016

Comment évaluez-vous l’expérience camerounaise, près de dix après vos premiers pas ? L’expérience se déroule bien ; elle avait commencé il y a dix ans sur la base d’un projet d’entreprise sociale décidé par le fondateur du groupe, Michele Ferrero. Premièrement, il était question de développer des activités industrielles avec la production des produits finis. Kinder Joy est produit, vendu et exporté à partir de Yaoundé. Ces produits sont fabriqués au Cameroun pour le marché local et pour l’export dans les pays de la zone Cemac, et au Nigeria. La moitié des produits est faite pour être commercialisée au Cameroun et l’autre moitié est destinée à l’export. Deuxièmement, nous conduisons le volet transformation du cacao qui est par la suite exporté en Europe en direction des autres usines de Ferrero qui l’utilisent pour la fabrication de nos produits. Vous achetez directement le cacao auprès des coopératives de producteurs camerounais que vous aidez à former. Comment l’achat s’effectue-t-il ? Nous avons des experts agronomes qui

610,3 millions $. Le projet inclut la construction de 61 équipements socio-collectifs, parmi lesquelles les écoles, les hôpitaux ou encore les infrastructures sportives. Paul Biya, lui, veut voir davantage les entreprises italiennes investir dans le secteur

viennent d’Italie. Nous avons regroupé les coopératives. Nous aidons 500 producteurs afin qu’ils obtiennent des productions de qualité. À long terme, notre action rendra la production des fèves de cacao plus viable. Notre défi, c’est de démontrer que si on travaille bien avec les coopératives, on peut parvenir à des productions rentables et de qualité supérieure. Ce projet peut se réaliser. Nos experts nous disent que la qualité de la production au Ghana et en Côte d’Ivoire est meilleure. Mais le projet au Cameroun est d’aider les agriculteurs à avoir un produit de meilleure qualité ! Dans le projet de relance de la filière cacao au Cameroun, quel est l’aspect qui vous intéresse le plus ? La qualité ! Les coûts d’achats ou d’export des fèves de cacao sont très importants. Mais la première chose à prendre en compte, c’est la qualité. Cela ne sert à rien d’avoir des coûts bas avec une qualité moindre. Le groupe Ferrero est mondialement réputé pour ses produits de haute qualité. Et on fabrique des produits de qualité avec des matières premières de qualité !

de l’agriculture, au fort potentiel, qui « doit faire l’objet d’une exploitation plus judicieuse, et d’une plus grande transformation locale », a indiqué le Président à son homologue italien Sergio Mattarella, en visite au Cameroun du 17 au 20 mars 2016. n 71


ENTREPRISES & MARCHÉS AG ROA L I M E N TA I R E

Burkina Faso

L’autosuffisance alimentaire est en vue Sur une superficie à vocation agricole du Burkina Faso estimée à 11,8 millions d’hectares, seule la moitié est cultivée. Le gouvernement mise sur l’aménagement des terres agricoles, en vue de soutenir la production. Ouagadougou, Tiego Tiemtoré

L

e Burkina Faso dispose d’un fort potentiel de terres aménageables à ce jour insuffisamment exploité. Le secteur agricole représente 40 % du PIB et emploie environ 86 % de la population active. Bien qu’occupant une position économique centrale, il reste confronté à plusieurs défis qui limitent ses capacités à tirer pleinement profit de son potentiel. Certes, le Burkina Faso fait partie, depuis quelques années, des rares pays africains respectant « l’engagement de Maputo » d’allouer au moins 10 % de ses ressources budgétaires au secteur agricole, mais l’insécurité alimentaire persiste ; elle est même aggravée par le changement climatique. Seuls des investissements massifs dans la productivité agricole et les systèmes de production vivrière devraient permettre d’atteindre, enfin, l’autosuffisance alimentaire. « Dans un pays sahélien comme le nôtre, où l’eau constitue le principal facteur limitant la production, les aménagements hydroagricoles des terres sont la pièce maîtresse du développement agricole et rural. Car ils offrent des possibilités de diversification, d’intensification des cultures, d’accroissement des productions et des revenus des populations », explique le ministre de l’Agriculture et des aménagements hydrauliques, Jacob Ouédraogo. Aussi, le gouvernement a-t-il lancé, en mars 2016, une campagne nationale d’aménagements hydro-agricoles de 20 000 hectares pour la période 2016-2017, couvrant 12 000 ha de bas-fonds, 5 000 ha de petits périmètres irrigués, 2 500 ha de grands périmètres irrigués et 500 ha de périmètres irrigués réhabilités. La réalisation de ce programme inédit permettra 72

de renforcer la sécurité alimentaire à travers une production additionnelle de plus de 100 000 tonnes de riz (pour une couverture d’au moins 60 % de la demande nationale) et d’accroître considérablement l’offre en fruits et légumes. Et, dans le même temps, de créer plus de 36 000 emplois directs et indirects, et de générer des revenus supplémentaires de plus de 9 milliards de F.CFA (près de 14 millions d’euros). « On pourra réaliser une performance de 100 000 hectares de bas-fonds irrigués sur le quinquennat 2015-2020. La volonté politique du président Roch Marc Christian Kaboré est d’investir massivement dans l’agriculture », explique le ministre. L’engagement du gouvernement va se traduire également par la dotation des producteurs en semences et intrants de qualité, et en l’équipement agricole (100 000 charrues) ; le tout pour un montant de 5,3 milliards de F.CFA (8 millions d’euros).

Cap sur l’agrobusiness Par appel aux investisseurs du secteur privé, l’État vise le développement de l’agrobusiness, tremplin pour des aménagements qualitatifs et quantitatifs. Premier pôle de croissance du genre encouragé par la Banque mondiale (à hauteur de 57 milliards de F.CFA, 87 millions d’euros) en Afrique subsaharienne, le pôle de croissance de Bagré (Est) offre plus de 500 000 ha de terres irrigables. Dans le cadre de l’appel d’offres international pour l’allocation des terres agricoles aménagées dans cette zone – l’accès se fait par baux emphytéotiques d’une durée de 99 ans –, 108 agro-investisseurs nationaux et internationaux ont été sélectionnés en 2014, pour plus de 114 milliards de F.CFA (174 millions d’eu-

ros) d’investissements attendus. La BAD s’est engagée à appuyer à hauteur de 14,8 milliards de F.CFA, soit 22,6 millions d’euros (sur la période 2015-2020), le développement prochain des zones irrigables. En plus de Bagré, le pays prépare la création de deux pôles agricoles à Samandéni (Ouest) et au Sourou (Centre ouest). La mise en eau du barrage de Samandéni (le troisième du pays), d’un coût d’environ 182 milliards de F.CFA (277 millions d’euros), prévue pour 2017, contribuera à 2 % au PIB et à 3 % de la production agricole nationale. Le gouvernement y envisage une zone agro-industrielle, composée d’unités de transformation et de conservation. La vallée du Sourou fait partie des zones identifiées en vue de promouvoir l’agrobusiness ; elle présente un potentiel aménageable estimé à 30 000 hectares et un réservoir d’eau de 600 millions m3. Sur ce potentiel, la superficie déjà aménagée n’est que de 4 000 ha. Le gouvernement a élaboré, avec le soutien des États-Unis, un Plan stratégique pour le développement agricole durable de la vallée du Sourou. D’un coût évalué à 240 milliards de F.CFA (366 millions d’euros), ce plan, qui court jusqu’en 2025, prévoit entre autres un accroissement des superficies aménagées de 12 000 ha et une réhabilitation d’anciens périmètres. African Business | Juin - Juillet 2016


Le Japon et Taïwan en première ligne

Des mesures incitatives de l’État

rieure sur les acquisitions de biens et travaux, l’exonération totale (pendant les sept premières années) des droits et taxes de douane sur les exportations des biens produits ou transformés dans les zones de production, etc. Un Code d’investissement agricole devrait être adopté au cours de l’année 2016, afin d’assurer l’investissement dans ce secteur. De même, la création de la Centrale d’achat d’intrants et de matériels agricoles (CAIMA) et l’allégement des conditions d’octroi de crédits au monde agricole sont à l’étude, en vue d’inciter à l’investissement dans le secteur. En outre, le gouvernement travaille sur la création d’une banque des paysans, afin d’accompagner les différentes initiatives. Le Burkina Faso peut maintenant produire en toute saison, accroissant ainsi la disponibilité des produits sur les marchés locaux, malgré ses contraintes climatiques. L’Institut de l’environnement et recherches agricoles Premier pôle de croissance du genre en (Inera) a, au cours de ces dernières Afrique subsaharienne, encouragé par années, mis au point un « paquet technologique », pour améliorer la la Banque mondiale le pôle de croissance productivité du secteur, à travers de Bagré, dans l’Est, offre plus de la création d’une vingtaine de 500 000 hectares de terres irrigables. variétés adaptées aux différentes spéculations agricoles. n

La prochaine restauration du lac Bam (Centre nord) qui s’étend sur 35 km avec une potentialité agricole de 2 000 hectares, permettra également de développer un minipôle agricole dans une région productive. La BOAD y contribuera pour 10 milliards de F.CFA, sur le coût total de 12,1 milliards de F.CFA (18,5 millions d’euros). À terme, cette restauration permettra d’aménager 1 000 ha de nouveaux périmètres en vue d’une production annuelle de 14 400 tonnes. Parmi les mesures incitatives prises par le gouvernement pour promouvoir l’agrobusiness, figurent, en bonne place, le Guichet unique afin d’accompagner les investisseurs dans leur installation, l’acquittement des droits et taxes de douane au taux cumulé de 7,5 % sur tous les biens importés, l’exonération de la fiscalité inté-

African Business | Juin - Juillet 2016

Sur la période 2016-2020, Taïwan participera à l’exécution du programme présidentiel à travers l’aménagement et la mise en valeur de 6 000 ha, la dynamisation d’anciens basfonds, l’appui à la mécanisation des opérations culturales et l’accroissement de l’irrigation à partir de l’énergie solaire. Partenaire de référence dans le secteur agricole depuis une dizaine d’années, Taïwan envisage de promouvoir les chaînes de valeurs du riz, par la transformation et la commercialisation du produit fini, avec installation de mini-usines de décorticage du riz. Déjà le Projet riz pluvial qu’il a soutenu, à hauteur de 12 milliards de F.CFA (18,3 millions d’euros), a permis l’aménagement de 19 000 ha de bas-fonds dans les 13 régions du pays et l’encadrement de 100 000 producteurs, avec un apport dans la production nationale d’environ 19,6 %. Le Japon s’est engagé à apporter un important soutien à l’agriculture burkinabé, en investissant très bientôt dans le domaine de l’aménagement des bas-fonds rizicoles. Déjà très actif dans l’amélioration de la production de sésame et des semences, le Japon va lancer un projet spécialement dédié l’aménagement des basfonds rizicoles, afin de réduire l’importation. L’objectif de cet appui, est d’impulser une autre dynamique agricole allant dans le sens de l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Burkina Faso. En plus, la coopération nipponne appuiera les producteurs burkinabè, pour « une agriculture orientée vers les marchés ». 73


ENTREPRISES & MARCHÉS FINANCE

Mali

L’union des greniers fait la force L’union des caisses mutuelles d’épargne et de crédit du Mali, Kafo Jiginew, propose des services bancaires adaptés aux petits revenus, notamment dans le secteur agricole. Rencontre avec son directeur général adjoint, Ibrahima Keïta. Bamako, David Baché

K

afo Jiginew, « l’union des greniers » en bambara, est la première institution de microfinance du Mali. Née dans un petit village à plus de 400 kilomètres de Bamako en 1987, dans une région productrice de coton, Kafo Jiginew était initialement un projet porté par plusieurs ONG européennes pour offrir des services financiers de proximité aux paysans. « C’était une nouvelle manière de faire du développement », témoigne Ibrahima Keïta, son directeur général adjoint. « Il s’agissait d’apprendre aux agriculteurs locaux à mettre en commun leur épargne pour la redistribuer en crédit, poursuit-il. Une façon d’apporter un service bancaire aux familles de paysans pour qu’ils prennent leur destinée en main. Au départ, les paysans faisaient des petites marques sur leurs billets, et quand ils venaient retirer, ils voulaient récupérer leurs propres billets, avec les marques ! » Trente ans plus tard, les paysans se sont habitués et le modèle a essaimé dans tout le pays : Kafo Jiginew est devenue une fédération de mutuelles, présente à travers près de 200 bureaux dans tout le Mali. Cette institution financière continue de s’adresser en priorité aux revenus les plus modestes qui peinent à accéder aux services des banques traditionnelles. Kafo Jiginew revendique près de 400 000 membres, des paysans pour la plupart, mais également des artisans ou des petits commerçants, en milieu rural et, depuis plusieurs années, en ville. La structure disposerait de plus de 6 milliards de F.CFA de fonds propres, et d’un total d’actif de plus de 40 milliards. « Aujourd’hui encore, nos clients sont en majorité des agriculteurs, 74

explique le directeur général adjoint. Ils ont besoin de financements pour les intrants, les semences, la production, la transformation et la commercialisation de leurs produits. Notamment dans le coton, les céréales, mais aussi dans l’élevage, qui est un pilier de l’activité agricole du Mali. » En clair, là où une banque traditionnelle fermerait ses portes, l’institution mutualiste permet à un paysan ou à une coopérative de paysans d’acheter des bœufs de labour, un tracteur (plus de 400 tracteurs financés depuis 2011)… ou tout simplement un sac de semences. « Après la récolte, il faut conserver la production : nous les aidons aussi à construire des magasins, ou à acheter des décortiqueuses pour le riz », souligne Ibrahima Keïta.

Success story à la malienne Cette clientèle agricole est composée de petites exploitations familiales, de structures plus importantes ou encore de coopératives de petits exploitants. « Parfois, les paysans se mettent ensemble pour acheter un magasin commun, explique Ibrahima Keïta, mais le plus souvent ce sont des crédits individuels, sous la caution de la coopérative. » Les échéances de remboursement sont alors calquées sur le calendrier agricole : « Dix à douze mois pour les crédits de fonctionnement et de production, qui concernent l’exploitation. S’il s’agit de crédits d’investissement, le délai peut aller jusqu’à cinq ans, avec des échéances uniques et annuelles, qui sont fonction du cycle de production et de commercialisation. » Quant aux montants des financements, ils démarrent à 10 000 F.CFA (15,24 euros), e t p e u v e n t a t t e i n d r e 1 0 0  m i l l i o n s (152 400  euros). « Les plus petits finan-

cements sont surtout destinés aux femmes rurales qui montent des petites activités commerciales pendant la période de soudure. Elles viennent prendre 10 000 ou 20 000 francs pour faire des galettes et les revendre, par exemple. Elles ont besoin d’acheter le mil, l’huile, le charbon… » Dans le meilleur des cas, ces femmes parviendront à gagner suffisamment pour ensuite acheter un petit mouton : « Elles l’engraissent et le vendent au moment propice, pendant les fêtes… À partir d’un petit financement de 10 000 F.CFA, certaines parviennent à gagner jusqu’à 50 000 ou 75 000 francs », explique Ibrahima Keïta. Il cite en exemple une femme qui a débuté ainsi et possède aujourd’hui une petite unité de fabrication de savon : « Elle nous emprunte parfois jusqu’à 80 millions et embauche aujourd’hui dix pères de famille ! » Une success story plus malienne qu’américaine, qui ne doit cependant pas cacher les risques liés à la clientèle de Kafo Jiginew : African Business | Juin - Juillet 2016


sements mensuels, trimestriels, annuels : ils dépendent toujours du cycle des activités, pose Ibrahima Keïta. Si un client vient prendre un crédit pour faire du jardinage, par exemple, nous devons comprendre le cycle du jardinage ! Voir combien de temps sera nécessaire pour produire puis commercialiser. Si on donne un an à notre client pour rembourser, alors que le cycle est de six mois, c’est inadapté ! Au bout de six mois notre client aura tout vendu, gagné assez d’argent pour rembourser, mais il aura ensuite tout dépensé ! »

Répondre à chaque cas

« Nos bénéficiaires se trouvent majoritairement dans le secteur informel, pointe Ibrahima Keïta, c’est déjà un premier risque. Pour la plupart, ils ne tiennent pas de comptabilité, ils ne savent pas tenir de compte d’exploitation, ils n’ont pas de conseiller économique, ils manquent de repères… c’est la raison qui fait que notre coût d’exploitation est élevé : il faut encadrer tous ces petits

crédits. » Un accompagnement qui passe par des conseils ciblés, en amont du projet, pour l’élaboration de l’activité et la mise au point de la demande de financement, qu’il s’agit souvent de recadrer. « Nous avons des agents de crédits qui sont formés pour ça, et c’est ce qui nous différencie des banques : il faut comprendre le secteur informel. Nous aidons nos clients à évaluer leurs besoins réels de financements, et nous les aidons en fonction de leurs rentrées d’argent et de la compréhension Éviter les prêts surdimensionnés, caler du cycle de leur activité. » Éviter les prêts surdimenles échéances de remboursement sionnés, caler les échéances de sur le calendrier des récoltes ou la remboursement sur le calendrier fin attendue d’un marché, autant de des récoltes ou la fin attendue d’un marché, autant de précautions précautions indispensables pour assurer indispensables pour assurer le le remboursement des prêts et éviter les remboursement des prêts et éviter situations de surendettement. les situations de surendettement. « Nous proposons des rembour-

African Business | Juin - Juillet 2016

Outre l’accompagnement, avant et après le financement, Kafo Jiginew a installé un comité de crédit, qui permet à tous les agents en charge des crédits, dans les différentes agences de l’institution, d’échanger leurs informations afin de s’assurer qu’une même personne ne multiplie pas les demandes à différents guichets… « Certains clients n’arrivent pas à rembourser des prêts en cours, alors ils vont s’endetter ailleurs ! C’est pourquoi nous demandons aussi à nos clients s’ils sont déjà engagés avec d’autres banques ou d’autres systèmes financiers décentralisés. Et nous vérifions ces informations auprès de nos confrères. » « Il y a aussi des risques exogènes, rappelle le directeur général adjoint de Kafo Jiginew, par exemple un agriculteur dont l’activité serait perturbée par un manque ou une surabondance de pluie. Ou un artisan que nous avons aidé à acheter une machine à coudre ou des matériaux de base, mais qui n’aurait finalement pas de marché, pas de client. » Des risques que même le meilleur superviseur de crédits ne saurait anticiper… Selon la direction de Kafo Jiginew, seuls 5 % des bénéficiaires, en moyenne, ne parviennent pas à rembourser leurs dettes. Enfin les taux d’intérêt pratiqués par Kafo Jiginew sont variables : « De façon générale ils sont de 1,5 % par mois, ce qui fait 19,5 % l’an. Mais nous finançons les gros équipements agricoles à 15 % et les intrants à 12 %. » Bien sûr, un producteur propre cultivant selon des méthodes agro-écologiques n’aurait pas besoin d’intrants, ni de financements pour sa fosse à compost. Mais en attendant que les pratiques évoluent, et pour tous les autres besoins des agriculteurs, Kafo Jiginew est un outil précieux dont le modèle a clairement fait ses preuves. n 75


ENTREPRISES & MARCHÉS ÉC O N O M I E

Togo

En finir avec l’informel Le Togo doit poursuivre ses efforts pour réduire drastiquement la part du secteur informel dans l’économie.  Il entend faciliter la fiscalité et les démarches en faveur des PME. Certes timides, les premiers résultats sont au rendez-vous. Lomé, Edem Gadegbeku

S

i le Togo figure parmi les pays les plus réformateurs au sein de l’Uemoa, sur le terrain, la bataille à mener pour inverser le taux d’informalité dans l’économie reste rude : « 90 % de l’économie demeure informelle », diagnostique l’ANPE du Togo qui indique, à titre d’exemple, que « seuls 13 % des personnes formées par le système éducatif togolais se tournent vers le formel, en entamant leur carrière professionnelle ». L’éducation, au sens général du terme, occupe ainsi une place cardinale dans la croisade nationale engagée contre l’informel. Selon d’autres statistiques officielles, 70 000 demandeurs d’emploi sont déversés annuellement sur le marché du travail, où moins de 10 000 postes par an sont offerts par l’État. Il faut « maintenir le rythme des formations à la carte enclenchées pour correspondre aux profils les plus recherchés sur le marché de l’emploi », considère Octave Nicoué Broohm, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche. « Le problème d’adéquation formation-emploi est toujours à l’étape de la recherche de solutions durables. Il faut restructurer le système national de formation professionnelle en général », propose Edmond Amoussou, directeur de l’ANPE. En dehors des marchés, l’informalité était jusqu’à présent perceptible dans le fonctionnement des PME-PMI. « Beaucoup d’entreprises échappent au fisc ; elles ne tiennent pas de comptabilité et se considèrent comme de petites ou très petites entreprises », constate Meyekiya Kambia, formatrice en gestion auprès des entrepreneurs. 76

« Les entreprises n’ont pas encore compris que pour aller sur le marché financier régional ou international, il faut avoir des états financiers certifiés », lâche Ignace Clomegah, du cabinet Afrique Audit & Consulting. « D’où l’importance et la nécessité de renforcer les compétences des managers et des gestionnaires de ces entreprises. Dans plusieurs régions du Togo, il existe des Centres de gestion agréés (CGA) qui tiennent, presque gratuitement, la comptabilité des PME-PMI, mais ces CGA restent généralement oisifs, à cause de l’ignorance de leur existence par les patrons. »

des opérations et des assurances de l’Union. Des mutations qui ont un soutien franc de l’État. Le gouvernement met en avant le cadre réglementaire qui devrait davantage encourager cette dynamique de formalisation.

Financement, débouchés, accès aux matières premières

« L’heure n’est plus à effrayer les opérateurs économiques locaux, mais à les convaincre sur la nécessité de se conformer au fisc », rassure Aharh Kpessou, en charge des réformes au ministère des Finances. Une nouvelle approche fiscale Améliorer la bancarisation qui découle des « Dix priorités nationales » de Cette suspicion à l’égard des dirigeants 2015 du président Faure Gnassingbé, pour de PME a eu des incidences fâcheuses sur relancer l’économie du pays. Outre la création le financement bancaire, reconnaissent les du Guichet unique et la réduction des coûts de membres de l’Association professionnelle des création d’entreprise, le gouvernement entend banques et établissements financiers du Togo. mieux organiser le secteur informel ; ce qui passe L’APBEF estime le taux de bancarisation à par la redynamisation de la DOSI (Délégation 52 %, en incluant les banques et institutions de à l’organisation du secteur informel) et la créamicrofinance. Un chiffre perfectible à condi- tion de mutuelles pour les conducteurs de taxition que « le financement à l’économie par les moto, les artistes et journalistes, par exemple. banques monte en puissance », reconnaît Kayi Selon des statistiques de l’Uemoa datant Mivedor, directrice de Diamond Bank Togo, de 2015, les banques financent l’économie qui distingue « des avancées non négligeables à à hauteur de 29 %, contre une moyenne saluer en la matière, car des lignes sont en train régionale de 18 %. « En accompagnant les de bouger dans le bon sens ». Pour autant, il faut PME-PMI pour sortir de l’informel, en tant « continuer les efforts pour accélérer le taux de qu’acteurs du monde bancaire, nous accélérons pénétration des TIC à l’intérieur du pays », un la croissance de l’économie nationale, vu que ce des meilleurs moyens pour amener les ménages secteur est un immense vivier et un fort potentiel et les entreprises à recourir au système financier. de création de richesses. Pour encourager le début Cette lutte ouverte contre l’informel de mue de ces PME-PMI vers le formel, l’État est également menée activement par l’U35 pourrait instaurer en la matière une incitation (Union des petites et moyennes entreprises et fiscale particulière », suggère Kayi Mivedor. industries du Togo). Depuis le début de l’année 2016, la Chambre Depuis octobre 2015, des efforts intensifiés de commerce et d’industrie du Togo (CCIT) de sensibilisation sont « en train de payer », dispose, pour la première fois, du nombre relève l’U35, qui souligne une augmentation exact d’entreprises opérant sur le territoire. croissante de PME-PMI bénéficiant d’un Elle a identifié trois principaux besoins des financement auprès de la principale banque entreprises, « financement, débouchés, accès aux partenaire de cette faîtière, l’UTB, après matières premières », à la faveur d’une enquête une formalisation de leurs activités. « Une nationale que vient de boucler le cabinet Deal donne inimaginable deux ans plus tôt », se Consulting. Le Togo compte à l’heure actuelle félicite Hoss Dadja, chargé du département 3 700 entreprises dont 70,4 % sont dans le secteur commercial, 22,6 % dans les services, 5,8 % dans les mines, industrie et les BTP, et seulement 1,2 % dans le secteur agricole. Des Le Togo compte à l’heure actuelle 3 700 informations nécessaires pour tout entreprises dont 70,4 % dans le secteur potentiel investisseur ou décideur politique et économique dans ce commercial, 22,6 % dans les services, pays où l’agriculture contribue, 5,8 % dans les mines, industrie et les BTP, selon les statistiques officielles, à et seulement 1,2 % dans l’agriculture. plus de 40 % au PIB, et occupe plus de 75 % de sa population active ! n African Business | Juin - Juillet 2016


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Niger

L’indispensable refonte des Douanes Afin de remplir sa mission de mise en œuvre de la politique économique du Niger, la Douane accélère sa modernisation pour accroître son rendement en matière de mobilisation des recettes. Non sans réticences, non sans soutiens. Niamey, Sani Aboubacar

L

e programme de Renaissance « acte II » du président du Niger a besoin pour sa concrétisation d’un peu plus de 82 milliards de F.CFA (125 millions d’euros) sur cinq ans. Plus de 60 % de ce financement doit provenir des ressources internes mobilisées essentiellement par la direction générale des Impôts, la direction générale des Douanes et la direction générale du Trésor et de la comptabilité publique. « La Douane va mobiliser sa part des ressources internes en prélevant un impôt sur toutes les marchandises qui franchissent la frontière, tant à l’importation qu’à l’exportation », explique le directeur général de l’institution, Issaka Assoumane. Dans un pays enclavé comme le Niger, la douane constitue la principale source de revenus de l’État. L’exploitation des ressources uranifères a quelque peu amoindri le rang de l’administration douanière dans les années 1970. Cette position de pourvoyeuse en ressources financières, la Douane l’a récupérée en raison de la baisse de la rente de l’uranium et du manque de rentabilité de l’activité pétrolière. Ainsi, entre 2011 et 2015, les recettes douanières sont passées de 248 milliards à 411 milliards de F.CFA (378 à 627 millions d’euros). Elles représentent plus de 40 % des ressources internes du budget national et restent au cœur de la politique économique et financière de l’État. Cette évolution croissante des recettes autorise la sérénité quant à la mise en œuvre du programme Renaissance II : « L’heure est à l’optimisme. Mais nous avons d’un autre côté l’évolution de la population nigérienne. Tous les ans la population croît et les besoins augmentent. La construction du pays aussi ! », fait observer le directeur général des Douanes. 78

Sortir de l’archaïsme Renoncer à l’immobilisme et à l’attentisme « qui font dire à beaucoup d’observateurs que la Douane nigérienne fonctionne encore sur un modèle du XIXe siècle », telle est l’ambition nourrie désormais par l’administration douanière. L’institution doit s’adapter aux évolutions du commerce mondial, « sinon elle va demeurer dans l’archaïsme qui équivaut à l’enlisement », prévient Issaka Assoumane. Son administration veut supprimer « les lenteurs, les coûts supplémentaires pour les entreprises et un dysfonctionnement pour l’État. Voilà les raisons qui nous poussent à aller vers la modernisation pour la rendre rentable », explique-t-il. Dans ce cadre, le choix a porté d’abord sur la migration vers Sydonia World. Ce logiciel de la Cedeao permet les saisies de déclaration, les traitements de la déclaration et la dématérialisation des opérations de dédouanement. « Nous avons commencé par cette migration ; elle va constituer un boulevard qui nous permettra de procéder à d’autres modernisations », explique le directeur général des Douanes. Un choix contesté par le secrétaire général du syndicat des commissionnaires en Douane : « Lorsqu’on décide de converger directement vers ce système, l’État se doit d’investir d’abord dans l’Internet pour nous permettre d’avoir une bonne connexion, car un tel outil doit faciliter et non compliquer le travail ! » La Douane rétorque que ce projet permettra l’informatisation des services, notamment l’interconnexion des bureaux de Douane à l’intérieur du pays, et avec ses homologues du Bénin et du Togo où le Niger reçoit ses marchandises dans les ports. L’administration doit faire face à de nombreuses falsifications de documents.

En termes de PPP, l’administration vise la concession des magasins sous Douane, via une structure chargée du gardiennage des marchandises ; une plateforme de géolocalisation et de suivi des véhicules ; le Guichet unique automobile. « Par exemple, une déclaration de transit du Bénin vers le Niger qui porte sur 20 millions de valeurs, est falsifiée, et on présente à la douane une déclaration de 5 millions », explique Issaka Assoumane. À son sens, l’interconnexion des systèmes informatiques va permettre à l’administration de suivre l’ensemble des opérations des unités douanières, dans le cadre du contrôle des opérations de dédouanement.

Recours au partenariat public privé Bien entendu, il reste à convaincre l’ensemble des partenaires d’accompagner le mouvement. Beaucoup de commerçants nigériens évoluent dans l’informel et n’ont pas la connaissance des nouveaux outils, quand ils ne sont pas simplement illettrés. Bien sûr, les choses évoluent positivement, au Niger, mais cette perception caricaturale demeure. African Business | Juin - Juillet 2016


En matière de partenariat public-privé, l’administration des douanes vise trois objectifs : la concession des magasins sous douane, via une structure chargée du gardiennage des marchandises en attente de dédouanement ; une plateforme de géolocalisation et de suivi des véhicules transportant des marchandises sous douane ; la création et l’exploitation du Guichet unique automobile. « Une réforme dans le domaine de la Douane est une bonne chose », apprécie Tchiombiano Chaïbou, secrétaire général du syndicat des commerçants importateurs, exportateurs et grossistes. « Nos difficultés ne résident pas dans la réforme. Ce que nous voudrions, c’est que cette réforme soit dans le sens de l’intérêt général. Il ne faut pas réformer pour favoriser ceux qui n’opèrent pas au Niger », poursuit le représentant professionnel, faisant allusion à la concession des African Business | Juin - Juillet 2016

magasins sous douane à Bolloré. Au syndicat des commissionnaires en Douane, on craint surtout la disparition du métier de transitaire, « puisque Bolloré fait également le transit ». De son côté, le syndicat des agents de Douane ne perd pas de vue « son rôle dans la mobilisation des ressources internes », mais « exige un minimum de moyens et la sécurité de nos militants », explique un représentant syndical. L’enjeu n’est pas mince : le Niger compte 1 200 agents des Douanes, dont 500 d’entre eux qui assurent la mission de surveillance du territoire d’un vaste pays, dont la seule frontière avec le Nigeria est longue de 2 000 km. Le directeur général des Douanes rassure : « Pour chaque mesure, nous menons des campagnes de sensibilisation. » Même si la plupart des partenaires affir-

ment être mal informés sur les réformes, l’administration douanière compte sur un soutien de taille. « Ces mesures prises vont permettre de dynamiser les recettes douanières, et nous avons bon espoir, dans la mesure où nous avons le soutien de nos plus hautes autorités », se félicite Issaka Assoumane. Si le logiciel devant permettre la migration vers Sydonia World a été fourni par la Banque mondiale pour un montant de 580 000 $, le matériel qui a servi à faire cette migration a coûté plus de 1 milliard de F.CFA, entièrement pris en charge par l’État. Tout comme l’interconnexion de toutes les unités douanières et les moyens logistiques pour soutenir la géolocalisation, qui vise à placer 5 000 balises à travers le pays. De quoi convaincre les sceptiques qui craignent pour leur profession. n 79


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Maroc

Dialogue social sur fond de surenchères

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Le dialogue social entre le gouvernement marocain et les centrales syndicales piétine, sur fond d’enjeux sociaux et de surenchères politiques. Les deux partenaires doivent pourtant s’accorder tandis que le Maroc prépare de nouvelles réformes. Casablanca, Yacouba Barma Aboubacar

U

n air de déjà-vu. C’est sur cette note que s’est achevé le dernier round du dialogue social entre le gouvernement marocain et les principales centrales syndicales, sous le regard impuissant du patronat, la Confédération générales des entreprises du Maroc (CGEM). Voilà cinq ans que les deux parties se regardent en chien de faïence, passant de négociations en monologues et de déclarations de bonnes intentions en guerre de tranchées, sans jamais parvenir à s’accorder sur l’essentiel des points de discussion. Cette année pourtant, un brin d’espoir avait soufflé à la reprise des pourparlers, le 12 avril, entre le gouvernement et les cinq centrales syndicales : l’Union marocaine du travail (UMT), l’Union générale des travailleurs marocains (UGTM), la Confédération démocratique du travail (CDT), la Fédération démocratique du travail (FDT) et l’Union nationale des travailleurs marocains (UNTM). La dernière rencontre du genre remontait au 17 juin 2015 et avait, une fois encore, suscité des levées de boucliers des deux côtés de la table des négociations. Le gouvernement a dû prendre ses responsabilités en réponse aux multiples appels à la grève des centrales syndicales, surtout celles proches de l’opposition politique, notamment l’UGTM de Hamid Chabat (Istiqlal) et la coalition UMT-FDT-CDT proche de la gauche. Après avoir qualifié de « méprisante et d’approche unilatérale » la méthode employée par le chef du gouvernement, Abdelilal Benkirane, les syndicats se sont résolus à revoir leurs prétentions à la baisse, en grande partie en raison du modeste impact des différents mouvements sociaux qu’ils ont lancés. Bien que revigoré par la faible ampleur des grèves, le gouvernement a dû également se résoudre à quelques concessions, devant African Business | Juin - Juillet 2016


son incapacité à faire passer certaines réformes urgentes. Dont la plus cruciale, celle des retraites, constitue une priorité depuis plusieurs années déjà. « Le déséquilibre des régimes des retraites constitue un grand danger pour les Finances publiques ; il menace la pérennité du système et sa capacité à honorer ses engagements envers les actuels et les futurs retraités », alerte l’ancien Premier ministre Driss Jettou, actuel président de la Cour des comptes. Malgré les incessantes relances du FMI et les engagements sans cesse renouvelés de l’exécutif, la réforme reste bloquée à la seconde chambre du Parlement où la majorité est minoritaire et les syndicats en force. « Le dialogue social est un outil indispensable pour développer la coopération entre le gouvernement et ses partenaires économiques et sociaux, de

manière à consolider la paix sociale et à promouvoir le développement socio-économique », admet pourtant le chef du gouvernement.

Statu quo interdit

À quelques mois de la fin de son mandat, Abdelilah Benkirane n’a eu d’autres solutions que de renouer les fils du contact avec les centrales syndicales, lesquelles avaient répondu présentes, conscientes d’avoir de nouvelles cartes dans leur jeu. Ce d’autant que, malmené par une opposition plus en phase avec les syndicalistes, le chef du gouvernement a encore besoin de ces derniers pour faire adopter la loi organique sur la grève et celles relatives aux libertés syndicales avant la fin de son mandat, conformément aux dispositions de la Constitution de 2011. L’adoption de cette loi organique est inscrite dans la loi fondaDe part et d’autre, on estime que les mentale depuis les années 1960 négociations en cours peuvent déboucher sans jamais voir le jour ; cette fois, sur un compromis. Pourtant, les syndicats les dispositions constitutionnelles sont plus contraignantes en termes menacent déjà de recourir à la pression de d’échéance, d’autant plus qu’il la rue si leurs revendications ne sont pas s’agit d’une revendication priosatisfaites. ritaire du patronat et aussi d’une nécessité pour l’amélioration du

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climat des affaires du pays. L’absence d’une législation en la matière est l’un des critères qui font stagner, depuis quelque temps, le Maroc dans les différents classements en matière d’attractivité ou de compétitivité des marchés internationaux.

Dialogue sans le sou L’optimisme était donc de mise pour ces dernières négociations avant que, finalement, le dialogue achoppe de nouveau entre les deux parties, qui campent sur leurs positions. « C’est la première fois que des négociations s’étendent jusqu’à tardivement dans la nuit au cours d’une session du dialogue social », observe un leader syndical. Au lendemain du 1er mai, les maigres concessions du gouvernement ont été rejetées par la majorité des centrales syndicales qui les ont jugées insuffisantes. Peut-il en être autrement quand on sait l’ampleur des revendications sociales et la portée de la main tendue par le gouvernement ? Assurément non, estime-t-on auprès de la CGEM, où l’on n’est pas trop surpris de ce nouvel échec, en dépit des enjeux de l’heure. Dès le départ, le chef du gouvernement a été très clair sur le sens véritable de sa main tendue pour le dialogue. « Le gouvernement 81


ENTREPRISES & MARCHÉS

Le douloureux précédent de 2011 Le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a quelques motifs de ne pas s’engager à trop de concessions. En cause non seulement la situation économique du Maroc, dont la croissance ne devrait guère dépasser 1 % cette année, mais également la douloureuse expérience de 2011. Le 4 avril de cette année-là, en pleines turbulences régionales du « Printemps arabe », le gouvernement de l’époque, qui était en train de vivre ses derniers mois, avait conclu un accord avec les principales centrales syndicales. Le pacte prévoyait, entre autres éléments, une hausse des salaires et la revalorisation progressive du SMIG, ainsi qu’une diminution de la pression fiscale pour les travailleurs. Un moyen pour le Premier ministre Abass El Fassi d’« acheter la paix sociale ». Cet accord a constitué un lourd héritage pour le gouvernement suivant qui a traîné des pieds pour l’exécuter, avant de commencer à le mettre en vigueur partiellement, s’attirant la colère des

demeure ouvert à examiner les revendications réalistes qui tiennent compte des équilibres financiers de l’État et de compétitivité de l’économie nationale », avait-il prévenu. Les Marocains constatent un dialogue sans argent, alors que c’est justement autour de cette équation financière que tournent les principales revendications des organisations syndicales ; lesquelles se plaignent de la détérioration accentuée du pouvoir d’achat depuis 2011.

Gare à la hausse des coûts salariaux La version de la réforme du régime des retraites des fonctionnaires demeure la principale pomme de discorde entre les deux parties ; le gouvernement a déjà soumis son texte à l’approbation des deux chambres du Parlement, sans avoir recueilli le consensus nécessaire auprès des centrales syndicales amies, mais après avoir reçu un avis favorable du CESE (Conseil économique, social et environnemental). Le gouvernement n’a pas encore cédé sur la question de la revalorisation des salaires, une autre revendication des centrales syndicales que le patronat verrait d’un mauvais œil, lui qui a déjà mal accepté, en 2015, une

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syndicats. L’actuel chef du gouvernement, qui se verrait bien reconduit à son poste à l’issue des prochaines législatives — son parti, le PJD, a obtenu des résultats encourageants lors du scrutin local du 4 septembre 2015 —, considère qu’il ne peut se permettre de rééditer ces promesses. De leur côté, les syndicats considèrent que la mauvaise santé économique du pays n’est qu’un prétexte. À leur sens, le gouvernement a pu se constituer une plus grande marge de manœuvre grâce aux premières réformes structurelles, notamment celles touchant aux subventions publiques. Et la baisse des prix des matières première a fait drastiquement baisser la facture énergétique du pays. Des économies qui ont permis un redressement des comptes publics, au regard de la situation de 2011. En revanche, le coût de la vie pour les Marocains a continué d’augmenter, aussi les syndicats jugent-ils possible une revalorisation salariale.

double hausse de 5 % du SMIG et l’adoption de l’indemnité pour perte d’emploi. Deux mesures que le patronat estime de nature à alourdir les charges salariales pour les employeurs et qui viendront, en l’absence de contreparties, « éroder davantage la compétitivité de l’industrie marocaine et impacter l’emploi industriel ». Pour cette raison, le gouvernement s’est refusé à toute hausse des salaires dans la Fonction publique et les collectivités locales mettant en avant le poids déjà assez important de la masse salariale, qui atteint les 105 milliards de dirhams (9,57 milliards d’euros), soit près du tiers du budget de l’État. Grâce au dialogue social, le SMIG pour les fonctionnaires a été significativement amélioré, passant à près de 3 000 dirhams (273 euros). De son côté, la coalition UMT-CDT-FDT exige une revalorisation des salaires des fonctionnaires de 600 dirhams et une amélioration du SMIG dans le secteur privé.

L’hypothèque électorale Entre le marteau et l’enclume, le gouvernement a dû se résoudre à quelques concessions concernant la proposition d’augmenter les allocations familiales, de 100 à 300 dirhams par

enfant pour les trois premiers, et à 136 dirhams à partir du quatrième, alors que les centrales syndicales exigeaient une augmentation de 300 dirhams sans distinction. De même, le gouvernement promet la hausse de l’allocation de retraite entre 1 000 et 1 500 dirhams, tout en laissant la porte ouverte à un réaménagement sans grande incidence financière des différentes tranches d’imposition à l’impôt sur le revenu, de manière à ne pas induire de baisse significative des recettes fiscales. « Le gouvernement se focalise simplement sur les allocations familiales » ont dénoncé d’une même voix les centrales syndicales, qui ont rejeté les concessions gouvernementales, faisant capoter par la même occasion le dialogue social. De part et d’autre, on estime que les négociations, qui se poursuivent, ont des chances de déboucher sur un compromis. Pourtant, les syndicats, qui ont fini par répondre à l’invitation du chef du gouvernement de reformuler leurs revendications avec « des prétentions réalistes », menacent déjà de recourir à la pression de la rue si leurs demandes ne sont pas satisfaites. Et cela, dès ce mois de juin, tandis qu’approchent les élections législatives du 7 octobre. n

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LAURÉATS DES TROPHÉES AFRICAN BANKER 2016

Trophées African Banker

Les banquiers africains à l’honneur Les Trophées African Banker 2016 ont, une nouvelle fois, récompensé l’excellence en matière bancaire, en Afrique.

Banque de l’année Attijariwafa bank (Maroc) Banquier de l’année Segun Agbaje – GTBank (Nigeria) Ministre des Finances de l’année Alamine Ousmane Mey (Cameroun) Gouverneur de l’année Patrick Ngugi Njoroge (Kenya) African Banker Icon Daniel Matjila, PDG de PIC (Afrique du Sud) Carrière exemplaire Paul Fokam, fondateur d’Afriland First Bank (Cameroun) Banque d’investissement de l’année Rand Merchant Bank (Afrique du Sud) Trophée de l’inclusion financière Ecobank (Togo) Banque de détail BCI (Mozambique) Banque socialement responsable de l’année Commercial International Bank (Égypte) Innovation dans la banque Guaranty Trust Bank (Nigeria) Deal de l’année – Acquisitions Offre de titres accélérée d’une valeur de 2,5 milliards $ - Naspers (Citi) Deal de l’année – Obligations Swap de devises au Cameroun (Lazard) Deal de l’année – Infrastructures

L

e prestigieux prix de la Banque de l’année est revenu à Attijariwafa bank. Le groupe marocain a réussi « une vaste expansion régionale tandis que d’autres connaissaient des difficultés », a souligné le jury. Deux grands professionnels camerounais sont récompensés : Alamine Ousmane Mey obtient le Trophée de ministre des Finances de l’année, tandis que Paul Fokam, président de l’Afriland First Group remporte le Trophées de la Carrière exemplaire. Ecobank reçoit leTrophée de l’inclusion financière. Du côté des banques régionales, la Banque Atlantique a été distinguée : l’établissement de Côte d’Ivoire décroche le Trophée de la Banque régionale d’Afrique de l’Ouest. Tandis que la gabonaise BGFI est récompensée dans la région Afrique centrale et que MCB (île Maurice) remporte le Trophée de la Banque régionale d’Afrique australe. De son côté, Daniel Matjila, directeur exécutif du fonds sud-africain Public Investment Corporation, qui gère un portefeuille de 139 milliards $, a reçu le African Business | Juin - Juillet 2016

Centrale électrique indépendante d’Azura-Edo au Nigeria (Fieldstone, Rand Merchant Bank, Standard Bank, IFC)

convoité Trophée African Banker Icon (Banquier africain modèle), « pour les investissements importants réalisés par le fonds dans des entreprises africaines et le rôle qu’il a joué dans l’augmentation des investissements sud-africains dans les autres pays du continent ». Le prix du Gouverneur de l’année a été remis à Patrick Ngugi Njoroge, gouverneur de la Banque centrale du Kenya. « Le secteur bancaire africain s’est transformé ces dix dernières années », a rappelé Omar Ben Yedder, l’éditeur d’African Banker. Devant plus de 400 banquiers et personnalités influentes du monde des affaires, il a précisé que les Trophées ont récompensé « des leaders qui jouent un rôle essentiel » dans le développement économique de l’Afrique. « La finance demeure un pilier du développement, que l’on parle du financement des PME ou des ambitieux projets d’infrastructures, entièrement financés aujourd’hui par des consortiums de banques africaines. L’Afrique change et cela grâce à des leaders audacieux et visionnaires. »

Banque régionale d’Afrique du Nord Commercial International Bank (Égypte) Banque régionale d’Afrique de l’Ouest Banque Atlantique (Côte d’Ivoire) Banque régionale d’Afrique centrale BGFI (Gabon) Banque régionale d’Afrique de l’Est CRDB Bank (Tanzanie) Banque régionale d’Afrique australe MCB (Maurice)

« C’est un grand privilège de rendre hommage à des personnalités exceptionnelles qui laissent une empreinte indélébile dans le monde de la banque et de la finance », a conclu Omar Ben Yedder qui a « vivement remercié » les sponsors de l’événement, placé sous le haut patronage de la BAD : MasterCard, Ecobank, Nedbank, African Guarantee Fund, PTA Bank, CRDB Bank, Arton Capital et Qatar Airways qui « nous ont permis de récompenser des réalisations remarquables, de mettre en avant les bonnes pratiques et l’excellence dans la banque africaine ». n 83


ENTREPRISES & MARCHÉS ENSEIGNEMENT

Tunisie

Former des entrepreneurs, pas des diplômés L’IHEC, la doyenne des écoles de commerce en Tunisie, a su adapter son programme aux défis du XXIe siècle. En misant sur l’ouverture et la pratique autant que sur le savoir, elle apporte une solution originale à la formation dans le supérieur. Tunis, Mathieu Galtier

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epuis ce printemps, un olivier trône au milieu de la place du campus de l’IHEC (Institut des hautes études commerciales) de Tunis. Un décor certes attendu dans un pays qui a fondé sa prospérité sur ce fruit depuis l’Antiquité. En revanche, sa plantation tardive intrigue : l’arbre signifie que le Printemps tunisien a pénétré une citadelle jusque-là imprenable : l’Éducation supérieure. Le 22 avril, l’olivier était planté pour marquer la Journée de la Terre et la création du club HEC AEGIS. « Le but de cette association est de sensibiliser les futurs entrepreneurs à l’environnement et de favoriser le secteur du développement durable », explique Hager Zeribi, présidente de l’association et étudiante en première année en master de Management et stratégie.

« Nous déplorions un manque de maîtrise de certains savoirs fondamentaux comme le français ou l’arabe », se désole Slim Khalbous, directeur de l’IHEC depuis 2011. Qui dénonce aussi le népotisme de l’ancien régime : « L’interventionnisme politique était aussi très présent pour faire entrer tel ou tel “ fils de ”. Les responsables étaient alors nommés par le ministère de l’Enseignement supérieur, ce qui favorisait les passe-droits. » Ahmed Brahim, décédé en avril 2016, en charge du portefeuille de

l’Enseignement supérieur après la révolution, instaure l’élection des responsables. C’est grâce à cette décision que Slim Khalbous est élu à la tête de la doyenne des écoles de commerce, située à quelques centaines de mètres de la mer et de la Présidence, au cœur du très huppé site de Carthage. À son arrivée, le directeur, quadragénaire, veut redonner ses lettres de noblesse à l’institution, créée en 1942, qui périclitait. La première devise de l’IHEC à son arrivée : « Vers le retour à l’excellence »

IHEC prépa : la crème de la crème Entrepreneuriat, environnement, vie associative : c’est sur le terreau de ces nouvelles valeurs que l’olivier est amené à se développer. Le sol tunisien a longtemps été impropre à l’essor de l’éducation supérieure. En 2016, l’institut Times Higher Education n’a jugé aucune université du pays digne de figurer dans son classement des meilleures du supérieur. Principal accusé : les « 25 % » de Ben Ali. Sous l’ancien régime, la moyenne annuelle comptait pour un quart de la note au Bac. Une mesure qui a permis l’explosion de bacheliers, mais qui a contribué à l’abaissement du niveau moyen des étudiants. Une chute de niveau qui atteint même les meilleurs établissements, comme l’IHEC, dont l’accès n’est pourtant ouvert qu’aux bacheliers ayant obtenu les meilleures notes. 84

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mesure bien le déclin. « Aujourd’hui, le diplôme du supérieur est un passage obligé mais n’est plus suffisant pour une élite qui se replie sur son capital économique et culturel pour continuer à asseoir sa domination », résume Adel Ayari, sociologue à l’université de Tunis. Conscient que la Tunisie a changé et que les établissements du supérieur ne peuvent plus être de simples distributeurs de certificats dans un pays où 30 % des diplômés sont au chômage, Slim Khalbous change en 2014 son slogan en « L’excellence entrepreneuriale ». Historiquement, la formation publique ne proposait que deux diplômes : un diplôme de Hautes études commerciales et un diplôme en expertise comptable. L’école propose aujourd’hui cinq doctorats et 14 masters de recherche et professionnels. En outre, l’école dispense une formation bien spécifique au sein de IHEC prépa, une filière d’élite chargée de former la crème de la crème. Seuls les 50 meilleurs étudiants sont sélectionnés pour un cursus de deux ans. « À mon arrivée, j’ai lancé une enquête auprès des entreprises. Elles regrettaient que les jeunes diplômés méconnaissent la vie en

entreprise et manquent d’ouverture d’esprit. Ces lacunes ont servi de fil rouge à notre stratégie », explique Slim Khalbous. L’IHEC a signé des conventions avec une cinquantaine d’entreprises pour répondre au mieux aux besoins du marché. Parmi elles, une dizaine d’entreprises étrangères qui permettent d’attirer des étudiants européens qui ont du mal à trouver un stage chez eux. L’IHEC le leur apporte, et en échange, l’Institut s’enorgueillit d’accueillir ces étudiants estampillés d’écoles réputées comme l’École de management de Normandie, par exemple, régulièrement classée parmi les 20 meilleures écoles de commerce en France.

Savoir être plus que savoir-faire

Surtout, Slim Khalbous a décidé de mettre l’accent sur le savoir être (soft skills) autant que sur le savoir-faire (hard skills). L’école qui ne comptait que deux associations en 2011 en possède dix fois plus. L’année scolaire est rythmée par des activités extrascolaires comme des conférences, des ateliers, des tables rondes, des concours, etc., qui permettent aux étudiants de se confronter à la vie réelle. Ainsi, suite à un événement autour de l’environnement, Hager Zeribi, Selma Chaabouni et Firas Beltaief ont décidé de créer HEC AEGIS, parfait exemple de ce que veut L’IHEC a su tirer profit du vent de liberté développer la direction de l’IHEC. apporté par la Révolution pour sortir Prenant appui sur les problématiques environnementales, la formation des élites hors du carcan les trois étudiants en première universitaire traditionnel. Une aubaine pour année de master Management et les étudiants, mais aussi pour les anciens. Stratégie veulent que leur structure débouche sur une création

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d’entreprise. Ils ont le projet de planter un champ d’oliviers pour commercialiser une huile d’olive Made in IHEC.

Think-tank politique « J’ai 18 heures de cours sur le campus par semaine, mais j’en passe peut-être cinq de plus pour les activités non scolaires », estime Firas Beltaief. À écouter les trois amis parler de leur école, il apparaît évident que la greffe tentée par Slim Khalbous prend corps. Ils évoquent « l’esprit de famille, la dynamique entrepreneuriale, l’ouverture sur le monde ». Le mot « emploi » est absent car comme les étudiants de l’école le savent, un diplôme de l’IHEC, hier comme aujourd’hui, est quasi synonyme de travail. L’IHEC a su tirer profit du vent de liberté apporté par la Révolution pour sortir la formation des élites hors du carcan universitaire traditionnel. Une aubaine pour les étudiants, mais aussi pour les anciens. Avril 2016 marque également le renouveau de l’association des anciens élèves : « Il existait une structure mais elle n’était qu’une coquille vide », explique Khamed Fourati, président de Alumni IHEC et directeur général de la société de téléphonie Telmagh. Son objectif est de « redonner à l’IHEC ce que nous avons reçu en expliquant aux étudiants les exigences du secteur privé ». L’association a également créé un think-tank pour peser dans les politiques économiques du pays. Éducation modernisée, nouvelle culture entrepreneuriale et bientôt force de proposition politique, l’IHEC a décidé de s’implanter encore plus profondément. Comme les racines de l’olivier tunisien qui s’enfoncent dans le sol pour faire face à la sécheresse. n 85


ENTREPRISES & MARCHÉS TOURISME

Algérie

Le marché domestique soutient l’activité Tandis que s’achève la saison saharienne et que les stations balnéaires entament leur lifting estival, les voyants du secteur tourisme sont au vert. Davantage d’Algériens prennent leurs vacances dans le pays. Alger, Soraya Mehdi

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l y a dix ans, quand je racontais à mes amies que j’avais passé les vacances au Sahara, elles étaient choquées, maintenant, elles me demandent si j’irais dans le Sud cette année », raconte, amusée, Tinhinane. « Le Sahara est devenu une destination très à la mode », commente cette Algéroise de 23 ans qui revient d’un séjour à Taghit, une petite oasis de la wilaya de Béchar à 1 200 km au sud-ouest d’Alger, surnommée « L’enchanteresse » tant la beauté de ses paysages dunaires a séduit plus d’un touriste. « Lorsque j’ai vu ces milliers d’étoiles au-dessus des dunes, cela a été un moment extrêmement fort », confirme Fatima qui, à 51 ans, expérimentait, au mois de mars, son premier bivouac… et sa première découverte du désert algérien. Originaire d’Alger, cette gérante d’une société d’importation, maman d’une petite fille, ne prend ses vacances en Algérie que depuis peu : « Même si je me déplace souvent dans le pays dans le cadre professionnel, je n’y avais jamais voyagé comme touriste avant 2013. Mes premières vacances, je les ai passées à Oran, puis à l’Est, à Batna, et au Balcon du Khoufi,

mais l’hôtellerie reste très chère dans le nord du pays, donc je suis descendue au Sud, à Ghardaïa d’abord, puis un peu plus bas, à Taghit. » Comme Fatima, de plus en plus d’Algériens choisissent désormais de rester à l’intérieur des frontières pour leurs congés annuels. De 2012 à 2015, le nombre d’estivants est ainsi passé de quelque 60 millions à plus de 111 millions, selon les chiffres du ministère du Tourisme. Une aubaine pour les agences de voyages qui multiplient les offres de séjours au niveau national. « Cette année, nous avons doublé le nombre de nos sessions et de nos clients sur Taghit », déclare Amel Maiouf, directrice de l’agence Happy Tour à Alger. À l’heure des bilans de la saison saharienne, la responsable estime que 2015-2016 a été « une très bonne saison ». Plusieurs facteurs expliquent ces résultats à la hausse, selon elle : « Nous récoltons les fruits de notre intense promotion de la destination nationale et de plusieurs années de bouche-à-oreille, mais nous avons aussi bénéficié de la chute du dinar par rapport à l’euro qui a rendu la Tunisie moins attractive pour les bourses algériennes. »

Le tourisme domestique, priorité du ministère En moyenne, l’agence Happy Tour propose un séjour à Taghit avec transport, hébergement, pension complète et excursions autour de 30 000 dinars (240 euros). Pour maintenir cette fourchette basse, l’opérateur peut compter sur son partenariat privilégié avec la maison d’hôtes Dar Terrehut. « Une fois sur place, elle assume tout à 100 % et ça fonctionne très bien : les clients sont contents et nous aussi ! », s’exclame la jeune directrice. Outre la professionnalisation du métier, le

Lourd impact de la chute du dinar Depuis la chute du baril de pétrole, en juin 2014, le dinar algérien a perdu près de 18 % de sa valeur face à l’euro. Tandis qu’à l’été 2014, le taux de change officiel de la monnaie nationale s’établissait à 108 dinars (DA) pour un euro, désormais un euro s’échange contre 125 DA. Cette dépréciation est liée au système de change mis en place par la Banque centrale, qui ajuste le mécanisme de fixation du taux de change 86

automatiquement à chaque fois que les recettes en devises baissent, afin d’avoir une plus grande quantité de dinars à offrir au budget de l’État. Comme les revenus en devises liés aux hydrocarbures, dont dépendent 97 % des recettes de l’État, ont chuté de moitié depuis l’effondrement des prix du pétrole, le dinar n’a cessé de baisser face à l’euro. Et la perte devrait se poursuive à défaut d’embellie prévue sur les marchés pétroliers. African Business | Juin - Juillet 2016


Facebook s’empare aussi des voyages Sous l’influence de l’Internet mais surtout de la téléphonie mobile de troisième génération (3G) à laquelle 16 millions d’Algériens sont abonnés, l’organisation d’excursions n’est plus l’apanage des agences. Sur le réseau social préféré des Algériens, Facebook, qui rassemble près d’un Algérien sur quatre, les pages toujours plus nombreuses proposant des activités touristiques, rivalisent d’ingéniosité pour capter cette jeune génération connectée. Le groupe « Sortie

tourisme domestique bénéficie du soutien de l’État à travers le ministère du Tourisme qui lui consacre une grande partie de son budget. Une enveloppe de 70 milliards de dinars (560 millions d’euros) est destinée aux infrastructures d’hébergement afin d’augmenter les capacités d’accueil et les mettre aux standards internationaux. Selon les objectifs du ministère, d’ici à fin 2017, 66 hôtels publics et huit stations thermales auront été réhabilités, portant ainsi le parc à 180 000 lits contre 100 000 actuellement. Plusieurs infrastructures de transports, aéroports et gares ferroviaires à l’intérieur du pays, ont aussi été rénovées. Outre des aménagements d’ordre matériel, le ministère du Tourisme travaille, à travers l’Office national algérien du tourisme

photographique » qui a été un des premiers à proposer des séjours alliant découverte du pays et photographie, connaît un écho grandissant avec plus de 900 Algérien(ne)s ayant participé à ses séjours depuis le mois d’octobre. La quête d’aventure et d’activités inédites gagne aussi en popularité comme en atteste le succès du groupe « Seddouk nature et aventure » proposant des vols en parapente, des balades en canoë-kayak et du camping en pleine nature.

(ONAT), à la mise en réseau des différents acteurs touristiques afin d’améliorer les conditions de voyage.

Le Grand Sud toujours en mal de touristes

« Des conventions avec les hôtels publics et privés pour des tarifs préférentiels et une convention avec Air Algérie pour les tarifs groupes ont été signées et un réseau de logements chez l’habitant est en train de se mettre en place pour la saison estivale », détaille Amel Ramla, chargée de communication du ministère de l’Aménagement du territoire, du tourisme et de l’artisanat. Cependant, à plus de 1 500 km au Sud de la capitale, à Djanet et Tamanrasset, les effets de cette politique volontariste demeurent invisibles. « Depuis des années, l’État promet de baisser les prix des billets vers le Grand Sud et de simplifier les Outre la professionnalisation du métier, le procédures de visas pour les étrangers, mais sur le terrain rien ne tourisme domestique bénéficie du soutien de s’est encore amélioré », témoigne l’État à travers le ministère du Tourisme qui Abdou Borgi, gérant de l’agence lui consacre une grande partie de son budget. de voyage Essentilene à Djanet, dans la wilaya d’Adrar. Si bien

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que « depuis huit ans, avec la dégradation de la situation sécuritaire dans la région du Sahel, le tourisme est mort », conclut ce Tergui qui, fort de ses 25 ans d’ancienneté, a connu « les années fastes du Sahara » (2003-2010). Et qui nuance : « On fait du bricolage. » Et cette année, Abdou a un peu mieux « bricolé » que l’an dernier. Il s’est associé avec une agence algéroise spécialisée dans l’organisation de séjours pour le personnel médical et a revu sa stratégie clientèle. « Je me concentre désormais sur les binationaux ; ils représentent un fort potentiel tout en présentant plusieurs avantages : ils n’ont pas besoin de visas et paient en euros. » Pour gagner des parts de ce vaste marché, Abdou Borgi s’appuie sur le bouche-à-oreille. Ainsi que sur quelques fidèles « rabatteurs », comme il surnomme avec humour ses ami(e)s qui lui prêtent main-forte pour le faire connaître, à travers un ingénieux système de petites réunions élaboré au fil des années. Ces « rabatteurs » réunissent plusieurs personnes intéressées par le désert algérien, puis le guide de Djanet anime la soirée autour d’un thé à la menthe et de récits aux odeurs de sable… n 87


EXPERTS OPINION

Pourquoi l’or africain se porte mal Lafortedemandeasiatiquenesuffitplusàmaintenirles coursdel’oràunniveaugarantissantlarentabilitédesmines africaines.Cellesdontlaproductionestinférieureàlataille critiquedoiventsemettreensommeil. Par Christian d’Alayer

O

uverte en 2000, la mine d’or de Morila, située à necté du dollar, n’arrivait pas à décoller de 150 $ l’once (environ 280 km au sud-est de Bamako et détenue par Rangold 30 grammes). De nouvelles techniques d’extraction permirent Resources, AngloGold Ashanti et le gouvernement de descendre le prix de revient à 100 $ l’once, relançant ainsi malien, fermerait ses portes courant 2017. » L’inforl’extraction dans bon nombre de mines. Aujourd’hui, le coût mation est d’autant plus surprenante qu’en 2014, les d’extraction est en moyenne proche de 1 200 $ l’once ! « La responsables maliens tablaient sur une nouvelle augmentation baisse des coûts de production des mines d’or signe une reprise de la production de la mine phare qui a fait du pays le troisième possible. Les coûts de production de l’or ont été multipliés par producteur d’or d’Afrique derrière l’Afrique du Sud et le Ghana. quatre en 14 ans. Cette mauvaise gestion des mines aurifères a Et ce, alors que les données mondiales sur l’or font apparaître fait valser leurs PDG. La nouvelle rigueur qui est de mise pourraun net et durable surplus de la demande sur l’offre : selon le t-elle redorer le blason de ce secteur ? » Cette interrogation de la site spécialisé Planétoscope, la demande mondiale annuelle est revue Or & Matières premières explique ce qui s’est passé : avec constamment égale ou supérieure à 4 500 tonnes. Tandis que la hausse générale des prix des matières premières ayant suivi la production n’est que de l’envolée de ceux de l’or noir, l’ordre de 2 300 à 2 800 tonnes, les prix du métal jaune ont selon les années. Le marché grimpé. Jusqu’à 1 900 $ l’once Les compagnies minières cherchent avant tout étant donc structurellement en 2011, plus de 10 fois son déficitaire, tant les prix que les prix des années 1980. Et les à retrouver le chemin des bénéfices en taillant, projets d’extraction devraient producteurs ne se sont plus certes, dans les coûts, mais en fermant aussi celles être tirés vers le haut… retenus. On parle de chauffeurs Dans les années 1980, le de camions payés 70 000 $ par de leurs mines les moins rentables. prix de l’or, bien que déconan, de PDG payés plus cher

Le mystère de l’or allemand À l’époque de la guerre froide, l’Allemagne confia jusqu’à 60 % de ses réserves d’or aux Banques centrales américaines et françaises. Lingots que, sous la pression de l’opinion publique, elle veut rapatrier le plus vite possible : 3 384 tonnes en tout, la deuxième réserve d’or du monde derrière celle des États-Unis. Ce qui engendra une certaine panique du côté des débiteurs qui, de leur côté, avaient plutôt vendu de l’or, pour faire tomber les cours d’une

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part et relancer l’intérêt des investissements en actions, d’autre part. Et pour avoir des liquidités au moment de la crise de 2008 afin de pouvoir renflouer les banques et le secteur automobile de leurs pays respectifs. Toujours est-il que le rapatriement ne peut se faire qu’au compte-gouttes, 120 tonnes par-ci, 120 tonnes par-là, et que l’Allemagne n’est pas près de récupérer rapidement tout son or.

AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016


2 – Production d’or en Afrique (en tonnes d’or pur -24 carats) Pays Afrique du Sud

2015 180

Ghana

90

Tanzanie

50

Mali

50

Guinée

15

Zimbabwe

15

28 autres pays

90

Total Afrique

1- Production d’or dans le monde en 2014 (en tonnes d’or pur

490

Estimations African Business, d’après diverses sources

-24 carats)

3- Les vingt plus grosses mines d’or dans le monde (en tonnes d’or

Pays Chine

2014 462

Australie

272,4

Mine

Russie

266,2

Muruntau

Ouzbékistan

Navoi

États-Unis

210,8

Grasberg

Indonésie

Freeport

35,2

Rep. dominicaine

Barrick

34,5

Pérou

171

pur -24 carats)

Pueblo Viejo

Pays

Opérateur

Production en 2014 61

Afrique du Sud

167,9

Yanacocha

Pérou

Newmont

30,2

Canada

151,3

Carlin Ops

États-Unis

Newmont

28,2

Mexique

110,4

Cortez

États-Unis

Barrick

28,1

Ghana

104,1

Goldstrike

États-Unis

Barrick

28,1

Brésil

90,5

Olympiada

Russie

Polyus

22,6

Indonésie

89,5

Veladero

Argentine

Barrick

22,5

Boddington

Australie

Newmont

21,6 21,3

Ouzbékistan

85

Papouasie

67,2

Kupol

Russie

Kinross

Argentine

60

Lihir

Papouasie

Newcrest

21,3

50,8

Kalgoorlie Super Pit

Australie

Barrick/Newmont

20,3

Kazakhstan

49,2

Cadia Valley

Australie

Newcrest

18,8

Mali

48,6

Oyu Tolgoi

Mongolie

Turquoise Hill (Rio)

18,3

Chili

44,5

Lagunas Norte

Pérou

Barrick

18,1

Colombie

43,6

Driefontein

Afrique du Sud

Sibanye

17,7

Philippines

40,4

Penasquito

Mexique

Goldcorp

17,7

Reste du monde

547,7

Kumtor

Kirghizstan

Centerra

17,7

Total

3 133

Tarkwa

Ghana

Gold fields

17,4

Tanzanie

Source : Or-Argent.eu

African Business | Juin - Juillet 2016

Source : Or-Argent. EU

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EXPERTS OPINION

À quoi sert l’or ? Comme réserve de change (12 % du total), bien sûr et on vient de voir que les Allemands en étaient abondamment pourvus… sur le papier. Ces lourds lingots de réserve (plus de 10 kg) ne se retrouvent pas sur le marché consacré d’abord et surtout à la joaillerie (43 %). Les lingots d’un kilo ne sont plus vendus aux particuliers que dans certains pays, au contraire des pièces et médailles que l’on trouve partout.

Cet or qu’on peut appeler d’investissement représente tout de même le second poste des achats d’or dans le monde avec 36 % du total. L’industrie ferme le cortège des utilisateurs avec un petit 10 %. À noter que la joaillerie a commencé à produire des bijoux en or moins pur, 18 carats au lieu de 24 carats, afin de pouvoir vendre des bijoux à une clientèle plus large.

de 1 100 tonnes. Ajoutés aux achats indiens, notamment de joaillerie (dans les 800 tonnes annuelles), on voit que ces deux seuls pays génèrent près de la moitié des achats d’or mondiaux. L’Occident mène d’autant moins le jeu dans ce domaine que la Chine s’est retirée du système occidental de cotation et a créé son propre système. Comme l’Asie est aussi la première région productrice du monde devant l’Afrique, on voit que ce Les mines d'or de Koflatie, dans marché a aujourd’hui totalement échappé à ceux qui, le sud du Mali, bénéficient d'un naguère, se ruaient sur le métal jaune. regain d'activité depuis 2012. Les prévisions des courtiers occidentaux sont donc fatalement absentes de ce court tableau. Il y a bien ceux que les patrons de multinationales américaines. Et tout est allé qui prévoient un éclatement de la bulle des actions, autrement à vau-l’eau, de la moindre fourniture de bureau au plus sophisdit de la surfinanciarisation des économies occidentales, et qui tiqué des matériels de laboratoire. escomptent fatalement une ruée des investisseurs sur l’or. Mais Si bien que lorsque le coût d'extraction de l’once est retombé l’achat d’or est devenu plus que difficile pour les particuliers de à 1 200 $, les compagnies ont perdu de l’argent. D’autant que l’Union européenne : les lingots sont interdits, et les pièces terriplusieurs d’entre elles ne tenaient même pas compte, dans leurs blement réglementées. La décote des bijoux par rapport au prix prévisions, des coûts indirects tels que les redevances aux États ! du carat net décourage par ailleurs ceux qui voudraient reporter En 2014 et sur la lancée de 2011, les mines du monde entier ont leur frénésie sur l’or travaillé… encore fait des merveilles : pour la première fois, le plafond de Des mines loin de la taille critique production a été pulvérisé avec un total mondial de 3 300 tonnes. C’est donc dans les travées des banques chinoises D’où les prévisions euphoriques des responsables nationaux. qu’on peut éventuellement chercher des prévisions. Pour Climat d’incertitudes s’apercevoir que le marché est surveillé comme le lait sur le feu La mine de Morila est donc victime du resserrement des coûts par un gouvernement chinois qui veut aujourd’hui imposer le de production et sera condamnée si les cours ne remontent pas yuan comme monnaie mondiale de réserve et, de ce fait, achète très au-dessus de l’actuelle moyenne de 1 100/1 200 $ l’once. Bien de l’or à foison avec les dollars qui lui brûlent de plus en plus sûr, les exploitants promettent des compensations aux populations les doigts. Et qui dit acheteur dit pression à la baisse sur les locales, un grand projet agro-industriel notamment. Mais si des prix de la part d’un État lui-même gros producteur : le marché professionnels aussi compétents que ceux de l’Anglo-American n’est pas libre et non faussé, c’est le moins qu’on puisse dire, ou de Randgold lancent de tels projets de substitution, c’est qu’ils sachant en outre que les Chinois, eux, réfléchissent toujours à n’envisagent pas une remontée de l’or à court ou moyen terme. long terme. L’avenir est de fait imprévisible. D’un côté, il faut tenir On comprend que, dans ces conditions, les compagnies compte de ce déficit structurel de l’offre qui sera accru par la minières cherchent avant tout à retrouver le chemin des bénéfices baisse des investissements dans le secteur : le monde extraira en taillant, certes, dans les coûts, mais en fermant aussi celles de moins d’or en 2016 qu’en 2015, c’est sûr, tandis qu’il y aura leurs mines les moins rentables. Le tableau 3 montre bien l’effet encore moins de découvertes de site dans les années à venir. On de seuil en matière d’extraction d’or. Et si l’Afrique du Sud, évoque un recul de 3 % en 2016 en matière de production et aujourd’hui le Mali, ont vu décroître le nombre de leurs sites d’une stagnation des réserves prouvées autour de dix années de en activité, c’est aussi parce que les sites fermés ne produisaient consommation (environ 40 000 tonnes). pas assez de métal pur pour dégager des économies d’échelle D’un autre côté, il faut tenir compte de la demande qui, pour suffisantes. Morila, dans sa meilleure année, ne dépassa pas les l’or, n’est pas occidentale mais essentiellement asiatique : depuis 16 tonnes, tandis que la meilleure mine d’Afrique du Sud ne 2014, la Chine a redépassé l’Inde avec une consommation globale dépasse pas les 18 tonnes par an. n 90

AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016


EXPERTS OPINION

La carte de nos désirs L’Afriquefaitrêver.Sesproduits,unpeumoins.Etsi leretarddesproductionsMadeinAfricatenaitdans ladifficultédumarketingàsusciterledésir,autravers demarquesidentifiéesetporteusesderêves? Par Désiré Mandilou

A

lors que l’on clame urbi et orbi que l’Afrique est l’avenir du monde, au moins au plan économique, on ne peut qu’être surpris par le peu de notoriété commerciale des produits Made in Africa. À l’échelle du continent comme à l’échelle mondiale. Chacun connaît Apple, Coca-Cola, Samsung ou Total sur tous les continents. Nul ne connaît la boisson chocolatée Matinal de Chococam, l’huile de palme Sangapalm, ou le sucre raffiné Saris, hors des frontières du Cameroun ou du Congo Brazzaville. On peut certes incriminer le peu d’ambition des firmes africaines – notamment dans l’aire francophone –, l’insuffisance des budgets marketing et autres stratégies de projection commerciale hors des frontières nationales. Il semble plus pertinent de nous interroger sur ce que les marques veulent dire, afin de comprendre l’absence de l’Afrique dans le champ de la notoriété internationale des produits.

Vrais ou faux besoins La critique du capitalisme affirme que nombre de nos besoins sont imaginaires. Nos esprits seraient sous le contrôle de campagnes marketing machiavéliques, qui nous forceraient la main à acquérir toutes sortes de biens et services souvent inutiles. En 92

clair, nous serions tous sous le contrôle des vendeurs. Pourtant, sur 100 produits lancés sur le marché chaque année, seulement 20 survivent. Le taux de réussite est à peine de 20 %. En dépit de coûteux plans marketing et de campagnes promotionnelles à répétition. Les nombreuses études de cas analysées dans les écoles de commerce démontrent qu’une campagne de marketing soutenue par un budget conséquent, une campagne conçue par un esprit suffisamment napoléonien, ne parvient pas à transformer n’importe quel bien en « star des têtes de gondoles ». Évidemment, là où échouent les campagnes publicitaires standards, les messages subliminaux prétendument insérés dans les films ou les CD, échouent également. Quoi qu’en disent les Églises de réveil, particulièrement remontées contre les messages subliminaux qui mettraient le péché à portée de tous, les enfants comme les adultes. Il ressort en fait des travaux des neurosciences que les besoins sont inscrits dans les replis de notre cerveau. Les besoins utiles comme les besoins futiles. Ceux Peu de choix est liberté. Trop de choix qui travaillent à déterminer les sources du désir dans le cerveau est agonie. En effet, très souvent, nous humain comme Kent Berridge et T.E paniquons lorsqu’il s’agit de choisir. Robinson Parsing, de l’université du Michigan, soutiennent que le AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016


plaisir que nous éprouvons à consommer de nouveaux gadgets, de nouveaux objets jetables, de nouvelles babioles, participe du développement de l’espèce humaine. Contrairement aux apparences, satisfaire les besoins primaires, ceux qui sont considérés comme vitaux, ne suffit pas à la dignité de l’homme. Se nourrir, se loger, se vêtir, se déplacer n’épuise pas l’idée que notre cerveau se fait de la dignité. Notre cerveau exige bien plus que cela. Ce qui signifie que le besoin d'élévation est intégré dans notre biologie. S’acheter une Rolex à 50 000 euros avant 50 ans est aussi vital à certains êtres humains que de se nourrir. Le plaisir ressenti est du même ordre. C’est un plaisir qui nous connecte au reste de la société, à ses valeurs, à ses futurs. La consommation de futilités est un instrument de transcendance, en ce sens qu’elle nous branche à une patrie imaginaire, une patrie où notre consommation prend sens, nous situe comme un maillon de l’élévation de l’espèce. La consommation de biens et services futiles participe de la quête de sens, du besoin d’élévation inscrit dans nos gènes. Certes, ce besoin d’élévation peut être satisfait par la violence, la compétition brutale, mais le plus souvent l’on s’élève au-dessus des autres par le commerce et la créativité.

Un coût prohibitif On comprend dès lors que la transparence des marques africaines n’est pas une question d’insuffisances de capitaux pour accroître leur visibilité internationale. Il faut des capitaux pour construire une notoriété commerciale, mais il faut avant tout parler à un imaginaire collectif, une sorte de quotient intellectuel de groupe. Les marques africaines relèvent pour l’essentiel de l’agriculture (ananas de Côte d’Ivoire, gombo du Kenya) ou de l’industrie agroalimentaire. C’est dire qu’elles s’adressent prioritairement au besoin de se nourrir. Or ce besoin primaire est fortement géolocalisé. On se nourrit différemment selon les aires culturelles auxquelles on appartient. En Norvège, on ne mange pas comme à Pékin ou à Kinshasa. Il faudrait mobiliser des capitaux hors normes, hors de portée des firmes africaines pour imposer à l’international une marque rattachée au besoin de se nourrir. N’est pas McDonald qui veut. Ce qui signifie que pour réussir comme ce géant du fast-food, il faudrait des capitaux pouvant excéder le budget national de nombre de pays africains ! Surtout, il faudrait véhiculer un style de vie à travers une offre de produits alimentaires. Le hamburger renvoie à l'image de l’American way of life. African Business | Juin - Juillet 2016

Ayant constaté l’engouement des Occidentaux pour la cuisine chinoise, la multiplication des Chinatown dans les grandes villes occidentales, le gouvernement sud-coréen vient par exemple de décider de faire aussi de la cuisine coréenne une cuisine globale. Des milliards de dollars ont été mis au service de la mondialisation des spécialités du pays. De grands chefs de cuisine française, espagnole, danoise, etc., ont été recrutés pour adapter la cuisine coréenne au goût occidental. Quand vous arrivez dans une petite ville de Californie ou d’Australie, et que vous entrez dans un restaurant coréen au coin de la rue, vous ne savez pas que vous êtes le chaland d’une stratégie gouvernementale déployée à l’échelle planétaire ! Le gouvernement coréen a fait de la cuisine coréenne une marque en soi, déclinée sur plusieurs continents avec les moyens de l’État. Tout cela… sans aucun succès. La cuisine coréenne reste anecdotique à l’échelle du monde. Pour les Korea-town, il faudra encore attendre. Il manque à la Corée le substrat culturel chinois, disséminé à travers le monde par un engouement occidental datant de Marco Polo, ainsi que de multiples vagues migratoires. Ce ne sont pas les capitaux sous-jacents qui sont les déterminants de la plus ou moins grande notoriété internationale d’une marque. C’est ce que cette marque réveille en nous comme sensations, comme plaisir, comme identité, comme vagabondage culturel, comme sens. Jamais Coca-Cola n’insiste sur le besoin de se désaltérer. Tous ses slogans parlent d’autre chose. De fraîcheur, de cascades, de style de vie, d’évasion, etc. En présence de corps repus de biens de consommation utiles, les marques qui s’adressent aux besoins futiles, à l’inutile, au fantasme, agissent comme de puissants révélateurs de sens. Contrairement à la vie qui nous est donnée gratuitement, sans que nous n’ayons à payer un centime et qui révèle sa quintessence à mesure que nous consommons de l’âge, les marques qui s’adressent aux besoins futiles nous coûtent cher, très cher, et nous révèlent instantanément la part de fatuité, d’irresponsabilité, de légèreté inscrite dans notre biologie. Savoir parler à cette part « légère » (et non pas superficielle) de nous-mêmes exige pour les produits africains d’oublier l’utile pour le futile. 93


EXPERTS OPINION

Il semble que le continent africain doive apprendre à produire des biens inutiles mais fortement chargés en signification culturelle.

Les marques façonnent nos choix Hisser le futile au rang d’objets de luxe, dans un environnement où perdurent plusieurs manques, n’est pas chose aisée. Mais l’Afrique ne devrait pas avoir trop de mal à prendre comme levier de la visibilité internationale de ses produits ses atouts culturels que sont la cuisine, la musique, l’artisanat, la bande dessinée, les jeux vidéo, la mode, etc. Les marques servent aussi à discriminer parmi nos désirs. Nos désirs sont infinis. Face à une offre de biens tout aussi infinie, choisir est une vraie agonie. Les Africains, touristes ou pas, qui résident en Europe connaissent cette agonie lorsqu’ils doivent repartir en Afrique. L’abondance de l’offre européenne les rend incapables de choisir quels biens laisser, et quels autres biens rapporter sur le continent. Les guichets d’embarquement des aéroports européens sont pleins d’Africains croulants sous des tonnes d’excédents de bagages. Là où les compagnies aériennes n’autorisent que deux bagages de 23 kg chacun, les Africains se retrouvent souvent Les marques façonnent nos choix avec des excédents. La situation vire au tragique quand il s’agit d’un touriste ayant épuisé son visa de trois semaines. Il ne peut pas défaire ses bagages à l’aéroport pour jeter un peu de lest. Peu de choix est liberté. Trop de choix est agonie. En effet, très souvent, nous paniquons lorsqu’il s’agit de choisir. Le choix d’une petite amie, d’un mari, d’une épouse, d’un emploi, d’une paire de chaussures, dira au monde ce que nous sommes, ou ce que nous voulons être. Nous paniquons quand nous devons faire un choix qui déterminera si les autres vont nous accepter ou nous rejeter. Nos choix peuvent déclencher le mépris ou l’admiration des autres. Il est même déjà arrivé qu’un choix produise une crise d’identité. Quand Michaël Jackson a remodelé son nez à coups d’opérations chirurgicales et éclairci sa peau pour soi-disant neutraliser son vitiligo, il a fait un choix qui exprimait une véritable crise d’identité. La communauté afro-américaine l’a rejeté. Michaël Jackson se voulait au-delà des races, il s’est retrouvé momifié avant que de mourir. Bref, les marques nous permettent de délimiter un champ restreint à nos désirs. En nous référant à certaines marques, nous essayons d’abolir l’incertitude sur la réaction des autres. Des marques comme Dior en parfumerie, Louis 94

Vuitton en maroquinerie, Mercedes dans l’automobile, ou Cartier en joaillerie ont déjà transcendé les opinions individuelles. Les autres n’en pensent que du bien. Elles ont assis leur notoriété dans le domaine du bon goût. Opter pour ces marques équivaut donc à acheter de la reconnaissance sociale. Les marques facilitent les choix individuels en restreignant la liberté de choisir à quelques références. On peut dire sans se tromper que les marques dessinent une carte, donnent une direction à nos désirs.

Lâchez la bride des créateurs En effet, chaque fois que nous opérons un choix, que nous avons pu dominer l’angoisse de nos prises de décision, nous nous précipitons invariablement vers les autres en quête d’interprétation. On demande aux autres de valider notre choix par des commentaires positifs. À l’épouse, aux collègues, on demande si la couleur de la chemise n’est pas trop criarde, etc. Avec les marques, cette étape est derrière le consommateur. Celui-ci a déjà obtenu le satisfecit populaire à travers la notoriété de la marque. S’il est difficile aux marques africaines d’atteindre la sérénité qu’inspirent les marques mondiales aux consommateurs, la tâche n’est pas hors de portée. Il suffit de ne point se contenter d’imiter les grandes marques. Vendre du MacCoffee par exemple, en lieu et place du Nescafé. Les firmes africaines doivent lâcher la bride à leurs créateurs ; libérer l’artiste, le designer, derrière chaque producteur. Après tout, Unkett, la marque du Sénégalais Booba, ou Vortex, celle du Congolais Maître Gims, dont la notoriété commerciale est ascendante, peuvent être considérées comme des marques africaines. Dans sa grande créativité, l’être humain a développé de grandes industries pour calmer l’angoisse de nos prises de décisions. L’astrologie babylonienne nous a légué l’horoscope. Une aide à la décision… Les Grecs ont inventé les oracles de Delphes, dont le métier consistait à aider les très riches et les puissants à prendre des décisions. En Afrique, aujourd’hui encore, il n’est pas de liste gouvernementale rendue publique sans qu’elle n’ait au préalable séjourné une ou deux nuits chez le féticheur. Nous restons néanmoins circonspects quant aux compétences des féticheurs en matière de réussite commerciale, ou d’affirmation d’une marque sur un marché quelconque. Les techniques de gestion ont essayé de formaliser un « arbre de décision » dont l’utilité reste aussi aléatoire que le recours au féticheur. L’homme est ainsi fait que, hors le confort des marques, rien ne semble en mesure d’apaiser l’angoisse de ses prises de décision. Et si, à ce jour, aucune marque africaine ne « crève l’écran », il n’est jamais trop tard pour entrer dans la compétition. Hier encore, la marque Huawei était parfaitement inconnue. Aujourd’hui, elle figure aux premières places mondiales sur le marché des télécoms. Alors tous à nos marques ! n AfricanBusiness|Juin - Juillet 2016


Le magazine des dirigeants africains Nº44

African

BUSINESS Édition française

ENTRETIENS Khemaïes Jhinaoui Jeffrey R. Immelt Étienne Giros

BURKINA FASO

L’autosuffisance alimentaire est en vue

MAROC

Les difficultés du dialogue social

LES NOUVEAUX COMPTOIRS DE LA CHINAFRIQUE

Supplément 52 pages

Les

premières entreprises africaines Classement annuel

Juin/Juillet 2016 France : 4,50 € • Zone euro : 4,90 € • Zone CFA : 2.900 F. CFA • Algérie 240 DA • Tunisie 4.000 DT • Maroc 40 Dh

Suisse SFr 8 • Royaume-Uni £3.90 • USA $5.50 • Canada $ 6,00

M 06509 - 44 - F: 4,50 E - RD

3’:HIKQPA=^UYZUX:?a@k@e@e@k"; ISSN : 1759-1945


Le magazine des dirigeants africains Nº44

African

BUSINESS G ro u p e I C P u b li c at i o n s

S U PPLÉ M E N T G R AT U IT

L’APIX, au cœur des grands chantiers Agriculture, une « révolution » en marche La pêche en quête de modernisation La renaissance du rail Dakar, « hub » financier de l’Uemoa

L E S B ÂT I S S E U R S DU NOUVEAU

SÉNÉGAL

Les Sénégalais qui gagnent

Faire redécoller le tourisme

Relance de la filière textile


African Business Le magazine des dirigeants africains Juin / Juillet 2016

NUMÉRO 44 | SUPPLÉMÉNT SÉNÉGAL WWW.ICPUBLICATIONS.COM

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Édito

IC PUBLICATIONS 609 BÂT. A 77, RUE BAYEN 75017 PARIS Tél : + 33 1 44 30 81 00 Fax : + 33 1 44 30 81 11 Courriel : info@icpublications.com Site Internet : www.africasia.com

GRANDE-BRETAGNE

Par Hichem Ben Yaïche

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C

es dernières années, la multiplication des plans émergents – Gabon, Côte d’Ivoire, Sénégal… – donnait l’impression de céder à un effet de mode que les grandes agences de communication ont su « vendre » aux États africains pour modifier leur image. S’il y a du vrai dans cette appréciation, le meilleur chemin est d’aller vérifier sur le terrain comment tordre le cou aux clichés.

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Afif Ben Yedder

ÉDITEUR

Omar Ben Yedder

DIRECTRICE GÉNÉRALE

Leila Ben Hassen l.benhassen@icpublications.com

RÉDACTEUR EN CHEF

Hichem Ben Yaïche h.benyaiche@icpublications.com

COORDONNATEUR DE LA RÉDACTION Junior Ouattara

L E S B ÂT I S S E U R S DU NOUVEAU

SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Laurent Soucaille

RÉDACTION

Christian d’Alayer, David Baché, Marie Bousquet, Estelle Brack, Djamila Colleu, Beaugas-Orain Djoyum, Dounia Ben Mohamed, Gérard Choisnet, Olivier Deau, Julien Evina, Mathieu Galtier, Christine Holzbauer, Ridha Kefi, Yasmina Lahlou, Carole Lambert, Samia LokmaneKhelil, Mélanie Matarese, Babacar Justin Ndiaye, Thiery Noungou, Tiego Tiemtore, Jocelyn-Francis Wabout, Geoffroy Touroumbaye, Guillaume Weill-Raynal, Antonin Tisseron

SÉNÉGAL

DIRECTION ARTISTIQUE Daniel Benharrosh

PRODUCTION

Richard Briggs r.briggs@icpublications.com

Supplément réalisé sous la direction de Leila Ben Hassen

DIFFUSION

Jean-Claude Bétard

ABONNEMENTS FRANCE

Françoise Peter peter@icpublications.com 1 an 6 numéros : 35€ (40€*) 2 ans 12 numéros : 65€ (72€*) 3 ans 18 numéros : 95€ (108€*) * Reste du monde www.icpublications.com

IMPRIMEUR

4 10 14

Headley Brother Ltd. Ashford, Kent TN24 8HH

CRÉDITS PHOTOS

AFP (sauf mention particulière)

ISSN : 1759-1945

19 22

N° DE COMMISSION PARITAIRE 0419 K 89806 Bimestriel Dépôt légal : juin 2016 © 2016 - IC Publications

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ÉCONOMIE L’APIX, au cœur des grands chantiers Ibrahima Cheikh Diong Le Sénégal a besoin de continuité dans l’action Dakar, 2e place financière de l’Uemoa Attractivité accrue AGRICULTURE Vers l’autosuffisance alimentaire Jean-Pierre Senghor Notre modèle peut faire école en Afrique RESSOURCES NATURELLES La pêche en quête de modernisation

30 32 38 41

42 45 48

TRANSPORTS La renaissance du rail URBANISME Diamniadio, l’ambition d’une ville moderne ENTREPRISES Groupes étrangers versus sociétés sénégalaises BANQUES Idrissa Nassa L’expansion de Coris Bank International TOURISME Rétablir la confiance INDUSTRIE Relance de la filière textile PORTRAITS Ils font le nouveau Sénégal

Dans le cas du Sénégal, l’impulsion de la politique des grands travaux datait de l’époque d’Abdoulaye Wade, mais le président Macky Sall est allé encore plus loin dans le volontarisme politique en se dotant du Plan Sénégal émergent, socle du développement du pays. Il traduit la vision stratégique et les axes majeurs par lesquels le Sénégal doit passer. Sans pour autant nier les conservatismes et lenteurs, remarqués ici et là, force est de reconnaître que le pays est en ordre de marche. Nous sommes allés à la rencontre de ces bâtisseurs du nouveau Sénégal dans tous les secteurs clés. Au cours de cette enquête, nous avons constaté la vitalité d’un pays aux multiples chantiers. Bien sûr, les défis sont nombreux. Parmi eux, l’emploi. Une course contre la montre est engagée pour conjurer les risques. Mais l’optimisme de l’action est préférable à l’incantation sous l’arbre à palabre. C’est notre parti pris. n Bonne lecture.


É C O N O M I E

Aider à créer des projets d’infrastructures catalyseurs de croissance économique et favoriser le développement d’un partenariat public-privé équitable relève des attributions de l’APIX. Reste à convaincre les investisseurs de l’attractivité du pays.

L’APIX, au cœur des grands chantiers Par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

L

’Agence nationale chargée de la promotion des investissements et des grands travaux (APIX) joue un rôle crucial au Sénégal. Sa mission est d’assister le chef de l’État dans la conception, la mise en œuvre et la réalisation de sa politique dans les domaines des grands travaux et de la réforme de l’environnement des affaires. De surcroît, comme le souligne avec humour Mountaga Sy, son directeur général, « le X de l’APIX signifie qu’il ne faut jamais oublier la promotion de l’investissement privé ». Le rôle de l’APIX est donc, aussi, de « proposer des programmes et des actions nécessaires au développement de l’investissement privé afin d’attirer, en priorité, les investissements étrangers », fait-il valoir. Jusqu’en 2012, l’accent avait été mis sur les grands travaux ; le déplacement des riverains de Pikine et Guédiawaye pour faire passer l’autoroute à péage dans ces banlieues surpeuplées afin de relier Dakar à Diamniadio et, bientôt, à l’aéroport international, a été un travail de Titan ! Sans oublier la création du Guichet unique. Aujourd’hui, la priorité est d’attirer les investissements, y compris ceux de la diaspora et des privés nationaux, pour qu’ils aident l’État à financer 4

les grands travaux voulus par le président Macky Sall dans le cadre du PSE (Plan Sénégal émergent) et tel qu’adoubés par les bailleurs de fonds en février 2014, à Paris. Mountaga Sy est un ingénieur bon teint, comme le président – lui-même un ingénieur – les aime. La spécialité de ce quinquagénaire, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans l’entreprise Crown (énergie), est le génie électrique. À l’APIX, il a eu la lourde tâche de continuer l’œuvre d’Aminata Niane, l’égérie d’Abdoulaye Wade. Dès l’avènement du Sopi et son arrivée au pouvoir en 2000, le Président lui avait expressément demandé de créer une Agence nationale chargée de la promotion des investissements et des grands travaux pour l’accompagner dans sa volonté de projeter le Sénégal sur la scène internationale. Ce qu’elle a fait avec maestria, dirigeant l’APIX ju s qu’en ma i 2 01 2 . E l le-même ingénieur, Aminata Niane venait du privé, de l ’agroa limentaire. Aujourd’hui « conseiller spécial » du Président Macky Sall, elle préside le conseil d’administration de l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) qu’elle a contribué à créer ainsi que l’autoroute à péage, en plus d ’ être membre du consei l

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Mountaga Sy, directeur général de l’APIX.

d’administration de la société Atos. Après son départ – symbolique dans l’euphorie de la victoire à la présidentielle de Macky Sall en mars 2012 – elle avait été remplacée par Diène Farba Sarr qui, au bout de 18 mois à la tête de l’APIX, avait été propulsé ministre de la Promotion des investissements et des partenariats avant de devenir ministre du Renouveau urbain, de l’habitat et du cadre de vie lors des derniers remaniements.


Le

Attirer les investisseurs étrangers On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi Mountaga Sy et son staff sont sur tous les fronts. « C h a q u e f o i s q u’u n i nve s t i sseur étranger arrive à Dakar, on lui demande d’ intervenir et c’est non-stop », confie l’une de ses collaboratrices. Une vie de voyages qui n’est pas pour déplaire à cet ex-manager du privé, habitué à travailler dans des environnements multiculturels. L’Europe du Nord et du Sud, l’Afrique francophone et anglophone, l’Amérique du Nord avec les États-Unis qui, après la France, représentent le plus gros investisseur potentiel pour le Sénégal. Interrogé lors de la semaine américaine de Dakar, Mountaga Sy a révélé que les investisseurs américains étaient plutôt intéressés par le domaine agricole, la zone économique spéciale intégrée, le projet de pôle urbain de Diamniadio et le tourisme. La démarche de l’APIX, dans ce cas, est de leur obtenir des rendez-vous dans les ministères sectoriels après leur avoir présenté les projets du PSE qui pourraient les intéresser, tels que la plateforme sénégalaise en termes d’aménagements hydro-agricoles, les projets existants au niveau du corridor céréalier, les opportunités d’investissement dans le pôle urbain de Diamniadio ou bien le site de Mbodiéne, la pointe de Sarène et Joal Fignon. Avec les investisseurs français, le DG de l’APIX préfère, en plus du tourisme, privilégier l’agriculture, les infrastructures routières, ferroviaires et aéroportuaires. Dans tous ces secteurs, la France a une expertise reconnue et des expériences réussies. « Voilà des secteurs où les investisseurs français pourront démontrer leurs talents et avancer avec des partenaires sénégalais ! » Le PSE porte sur six moteurs de croissance. Deux ont tiré toute l’économie sénégalaise : le BTP et les services. Les quatre autres sont l’agriculture, le tourisme et l’habitat social, l’énergie avec les projets miniers et les infrastructures… Tout cela a été réuni en 27 projets phares qui offrent une plateforme d’attractivité pour les investisseurs en général et les Français en parti-

culier. La méthode de Mountaga Sy consiste donc à présenter à chaque profil d’investisseur, un package de promotions spécifiques. À chacun de ces déplacements à l’étranger ou bien lorsqu’il reçoit à Dakar des délégations, notamment de la diaspora, il expose inlassablement « les atouts du Sénégal » ainsi que les « réformes majeures et courageuses » engagées pour rendre l’environnement des affaires beaucoup plus attrayant. Une façon, pour lui, de démontrer à ses interlocuteurs que « la plateforme d’investissement sur laquelle s’adossent les projets sénégalais est de classe mondiale ».

18 forums à l’étranger

et 44 autres au Sénégal.

t e m p s

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b â t i s s e u r s

Réformer en profondeur L’APIX n’est pas la seule entité institutionnelle impliquée dans le cadrage du Sénégal sur la voie de l’émergence. Le Conseil présidentiel de l’investissement, le ministère de l’Économie, des finances et du plan ainsi que le ministère chargé de la Promotion des investissements et des partenariats sont également en première ligne. Commentant les décisions prises lors de la 11e session du Conseil présidentiel de l’investissement, Khoudia Mbaye, ministre de la Promotion des investissements, s’est réjoui que le président Macky Sall ait adopté le Programme des

900

contacts utiles (dont 105 du 1er janvier 2015 au 30 juin 2015)

Résultats de l’APIX

125 milliards

de F.CFA de montant d’investissements agréés

(au 30 juin 2015)

Progression de l’IDE en 2014 :

20 compagnies

342,6 millions $,

record historique depuis 2009 mais qui ne représentent encore que 2,19 % du PIB

internationales En 2015, les IDE sont passés de 145 milliards de F.CFA à 182 milliards soit un bond de

prêtes à investir au Sénégal.

25,5 % en un an. African Business | Supplément Sénégal | 

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Dans le Doing Business 2016,

27 projets phares de l’APIX qui s’appuient sur 17 réformes nécessaires pour créer un environnement des affaires sain et attractif.

le Sénégal a fait un bond de dix places.

Le PSE et l’APIX

De mai 2014 à janvier 2015,

24 projets phares ont déjà vu le jour.

Standard & Poors a attibué la note B + au Sénégal dans son appréciation de crédit, reflétant « une très bonne planification économique ».

réformes pour l’amélioration de l’environnement des affaires et de la compétitivité (PREAC) afin de faciliter la mise en œuvre et le suivi des réformes du climat des affaires au Sénégal. « C’est dans ce cadre que l’année 2015 a permis d’amorcer ces réformes structurelles dans les domaines du foncier, de l’emploi, de l’énergie, du tourisme, de la fiscalité, du commerce transfrontalier et de la dématérialisation des procédures », a-t-elle précisé. La nouvelle loi sur le partenariat public-privé ainsi que les dispositions pour assurer, d’ici à 2018, une compétitivité de l’électricité au Sénégal sont également 6

signe d’« une très bonne gouvernance démocratique ».

Aux Sommets de Davos, les gains de compétitivité ont été notés trois années de suite

Moody’s attribue la notation B1 reflétant « la très bonne tenue des comptes publics ».

à mettre dans la liste des réformes prioritaires conduites par le gouvernement pour faire émerger le pays. Pour Mountaga Sy, le seul moyen « d’accroître les revenus et les opportunités de création de richesses dans tout le territoire national », c’est de permettre au secteur privé de se déployer. Or, le relèvement de la compétitivité des entreprises et du taux de croissance du Sénégal passe « par une amélioration de la qualité des prestations de notre administration, conformément aux exigences de l’économie mondiale. C’est ce qui explique les nombreuses réformes engagées dans l’optique de l’assainissement de l’envi-

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L’indice Mo Ibrahim a placé le Sénégal en 9e position pour l’année 2014,

Le Sénégal entend rester parmi les pays les plus réformateurs en Afrique. Déjà, ses progrès en termes de climat des affaires sont salués par les agences de notation et la Banque mondiale.


É C O N O M I E

La croissance du PIB est passée de 1,8 % en 2011

à

Le Sénégal est une porte d’entrée en Afrique ou la stabilité politique doublée d’une bonne gouvernance, ont permis trois alternances démocratiques.

Initialement prévue à 5,4 % en 2015,

la croissance a atteint 6,5 % et devrait se maintenir

à 6,6 % en 2016, selon FMI.

Taux de croissance et attractivité

L’inclusion sociale à l’horizon 2035 passe par la création de 200 000 à 250 000 emplois, la réduction de la pauvreté, l’accès à une couverture médicale universelle à 75 % pour les foyers à faible revenu et la compensation du besoin en logements sociaux.

Le Sénégal est 4e en termes de taux de croissance et il enregistre le plus faible taux d’inflation qui s’établissait à 0,9 % en 2014.

Son PIB du Sénégal est le 2e dans la zone de l’Uemoa, ce qui lui confère la position de 3e récepteur d’Investissements directs étrangers. Pays peuplé de 13 millions d’habitants, le Sénégal ouvre la voie sur l’énorme marché de l’Uemoa chiffré à 300 millions de consommateurs.

ronnement des affaires », insiste-t-il. Par exemple, la nouvelle vision du gouvernement prônant le renforcement du partenariat entre les acteurs publics et privés à travers l’établissement de zones attractives et compétitives mettant à profit les potentialités dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, du tourisme, des mines, de l’industrie, de la santé, de l’éducation et des services. « C’est ce qui justifie, selon le directeur général de l’APIX, la mise en place des zones économiques comme la Plateforme de Diamniadio et le projet de Zone économique spéciale de Diass, lesquels offrent des aires de production, de 8

services intégrés administratifs de classe mondiale et des garanties pérennes au développement de l’ investissement privé. » Il y a donc, aujourd’hui, matière à se réjouir, car si on en croit Mountaga Sy, « le Sénégal est devenu une plateforme d’affaires attractive, permettant au privé national et international de mieux saisir les opportunités d’affaires et d’investissement ». En d’autres termes, la maison est prête. Reste maintenant à recevoir les convives pour qu’ils libèrent le flot d’investissements privés et notamment étrangers, puisque le Sénégal est encore très en deçà de la moyenne, en Afrique subsaharienne.

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Source : APIX et FMI World Development Indicators

L’objectif d’atteindre 8,4 % de croissance en 2018 va demander une exécution rigoureuse et un suivi détaillé des réformes prévues dans le PSE.

4,5 % en 2014.

Doing Business 2017 : l’APIX vise le Top ten Une série de réformes devraient améliorer le rang du Sénégal dans le prochain Doing Business 2017. C’est ce qu’a assuré Mountaga Sy, directeur général de l’APIX, lors d ’u n atel ier orga nisé à Da k a r, le 25 avril, visant à mieux faire comprendre ce classement composite publ ié , chaque a n né e , en octobre par la Banque mondiale. Il en a profité pour rappeler le rôle de l’APIX dans l’amélioration du climat des affaires et l ’attractivité du Sénégal pour les investisseurs étrangers « qui suppose que nous restions dans le Top ten » des pays les plus réformateurs dans le monde. Cinq ou six indicateurs du Doing Business seront affectés par ces réformes ; et, en premier lieu, celui qui pointe la création d ’une entreprise en six heures ; « ce qui est, aujourd’ hui possible au Sénégal ». Deuxièmement : les émoluments des notaires lors de la constitution de SARL. Ils sont désormais plafonnés à 20 000 F C FA p ou r u n c a pi t a l d e 0 à 500 000 F.CFA et à 70 000 F.CFA pour un capital entre 500 000 et 5 mi l lions de F.CFA. « D’où un bond de 40 % en ce qui concerne les créations d’entreprise au Sénégal l’an dernier ». Pour ce qui est de l’exécution des contrats, les délais d e ju ge me nt d e s c ont e nt i e u x et d ’exécution des décisions de justice « ont été réduits du fait des impacts de la nouvelle réorganisation judiciaire (création des tribunaux d’ instance) et des réformes précédentes du Code de procédure civile ». Le délai moyen se situe désormais autour de 500 jours. Dans le domaine des transferts de propriété, les délais ont également été encadrés et réduits. « Grâce à la fusion de la procédure de publicité et d’enregistrement pour toute opération d’achat ou de vente d’un bien immobilier via le notaire, le délai médian est de 36 jours au lieu de 71 jours auparavant pour disposer d’un certificat de droit réel au nom de l’acquéreur ». Enfin, concernant l’insolvabilité des entreprises, des facilités devraient être accordées aux chefs d’entreprise en cas de faillite ou de difficultés. n


É C O N O M I E

Cet expert est devenu la coqueluche de tous les forums internationaux consacrés au continent. Il a créé en 2012 le cabinet Africa Consulting & Trading, et vient de lancer un think tank panafricain, Dakar Business Hub, qu’il préside.

Le Sénégal a besoin de continuité dans l’action Ibrahima Cheikh Diong, président du Dakar Business Hub Propos recueillis par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

L’Afrique fait-elle suffisamment entendre sa voix aujourd’hui ?

Non, car la plupart des forums internationaux sur l’Afrique qui comptent se déroulent hors du continent. Pour être moi-même souvent invité à modérer nombre de grands débats sur l’Afrique, je constate que la plupart des experts sollicités ne sont pas africains. Alors que, dans tous les secteurs stratégiques, l’expertise africaine existe. C’est encore plus vrai pour l’accompagnement des investisseurs étrangers qui s’intéressent au continent. D’où la nécessité que j’ai éprouvée de porter davantage la voix de l’Afrique et de créer mon propre cabinet, à Dakar, pour montrer qu’il est possible de combiner l’expertise internationale et la connaissance locale. Que ce soit pour le conseil en stratégie et en affaires ou bien l’intermédiation financière et commerciale, l’expertise sur le terrain peut faire la différence, y compris sur les aspects administratifs. L’Afrique ne se fera entendre par le reste du monde que si les Africains travaillent ensemble en privilégiant l’excellence, le sérieux et l’expertise pour inverser la tendance. Comment expliquez-vous la faible capacité de lobbying des États africains ?

Sans doute parce que les prises de décision restent encore à un niveau très politique. La politique prime sur tout en Afrique, y compris l’économie. Le lobbying, qui est une façon très anglo-saxonne de pratiquer les affaires ou d’influer sur les décisions dans les instances internationales, n’est pas très répandu sur le continent. Même dans les pays africains anglophones, on préfère mettre l’accent sur le branding ou l’image des dirigeants au détriment de celle du pays. Il y a là, incontestablement, un vide de compétences qu’il faudra 10

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combler… Cela dit, nous avons de plus en plus de décideurs francophones, du secteur public comme du privé, qui sont tout à fait à l’aise a l’international grâce à leur bilinguisme. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être exposé, durant mon cursus académique et professionnel, à nombre de cultures différentes qui me permettent de naviguer aisément entre différents univers, surtout dans un contexte mondial de plus en plus globalisé. Aujourd’hui, l’Afrique est arrivée à la croisée des chemins : nos populations attendent des dirigeants qu’ils soient capables de résoudre les vraies problématiques comme l’accès à l’eau potable, la santé, l’électricité, des bonnes routes, la sécurité alimentaire, etc. et qu’ils prennent toutes les dispositions, y compris de bien s’entourer pour capitaliser sur les atouts de leurs pays respectifs. Est-ce parce qu’il y a plus d’administrateurs que d’ingénieurs au Sénégal que le pays n’a toujours pas émergé ?

Pour parvenir à l’émergence, trois conditions doivent être remplies et, notamment, la transformation structurelle de l’économie. Un pays a besoin de continuité pour se développer. Il faudrait arrêter, en Afrique, de changer de cap sur les projets structurants en cours dès que l’on change de régime. Prenons le tourisme ; tout le monde est d’accord pour dire que le Sénégal est doté d’atouts naturels extraordinaires, à commencer par sa position géographique. Or, notre pays a connu quatre ministres du Tourisme en quatre ans, alors qu’on devrait mettre l’accent sur une stratégie de tourisme dirigée par des spécialistes. A contrario, au Maroc, la gestion de ce secteur, considéré comme stratégique pour le développement du pays, a été confiée à des professionnels venant du


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privé et du monde du tourisme qui en assurent, avec force, la promotion. Toutes les mesures d’incitation ont été prises par les pouvoirs publics et la mise en place des infrastructures a suivi. Au Kenya, c’est l’investissement dans la qualité du service qui a prévalu et la multiplication des réceptifs. Bref, on ne peut pas changer fondamentalement nos économies sans développer des stratégies structurantes qui s’exécutent dans la durée et la continuité. Quelles sont les deux autres conditions ?

D’abord, apporter un véritable mieux-être aux populations grâce des initiatives qui permettent de libérer les énergies. Je pense, notamment, à des mesures pour encourager l’entrepreneuriat ou l’innovation en ciblant particulièrement les jeunes et les femmes, permettant ainsi a ceux qui ont des idées et du talent de se lancer dans des initiatives génératrices de revenus, innovatrices et naturellement créatives d’emplois. Vous le savez, en Afrique, une famille moyenne compte au moins dix personnes, donc si vous créez dix emplois, c’est la vie de 100 personnes qui s’améliorent ! Enfin, le troisième pilier vers l’émergence exige que nous nous mettions d’accord sur les fondamentaux de nos économies et que nous nous donnions les moyens des politiques que nous élaborons. Si les routes sont bonnes, elles le sont pour l’ensemble du pays, quel que soit le régime ! Et les efforts qui ont été entrepris pour améliorer la production et la distribution d’électricité profitent à tous, à condition d’entretenir les réseaux et les infrastructures. Justement, vous êtes arrivés aux affaires sous le régime des Wade (père et fils) dont on se souvient que, vers la fin, il a surtout été marqué par des délestages.

Certes, mais il faut distinguer entre la perception et la réalité car tout ce qui a été fait par Karim Wade n’est pas forcément mauvais. J’ai été appelé par le président Abdoulaye Wade en raison de ma compétence technique, comme tant d’autres experts sénégalais de l’époque. J’ai ainsi occupé plusieurs postes de responsabilité et, entre autres, celui de secrétaire permanent à l’énergie en charge de la mise œuvre du plan d’urgence dénommé Plan Takaal. Je suis fier rétrospectivement de la méthode que nous avons élaborée avec l’appui de McKinsey pour remédier au sous-investissement chronique en matière de production d’électricité, améliorer la gestion de la demande et permettre à la Senelec de mieux gérer le système d’approvisionnement en combustibles. À mon avis, nous avons ouvert la voie au futur mix énergétique du Sénégal qui devrait contribuer à mettre fin aux manques à gagner, qui sont de l’ordre de 2 à 3 points perdus pour le PIB. Quels sont les autres domaines dans lesquels vous êtes intervenus ?

J’ai contribué – aux côtés du ministre d’État Karim Wade et dans le cadre d’un comité de pilotage que je dirigeais – à mettre en place Sénégal Airlines, même si je n’étais pas d’accord, déjà à l’époque, de la façon dont le pavillon national était géré. Je tire de cette expérience que le Sénégal a tous les atouts pour avoir une compagnie aérienne performante : un trafic important, – le deuxième après le Nigeria –, d’excellents pilotes, techniciens et commerciaux, une destination prisée dans la sous-région. Ce qui a toujours manqué, c’est l’ambition. Par exemple, Air Sénégal International (ASI – la première compagnie nationale

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La valeur ajoutée de l’homme d’affaires africain d’aujourd’hui, c’est qu’il sait ne pouvoir compter que sur ses propres forces… à être créée) est le fruit d’un partenariat avec Royal Air Maroc, mais était partie pour être un échec. Aucun des actionnaires n’ayant accepté de mettre les moyens requis pour son envol : l’État du Sénégal avait survalorisé ses droits de trafic qui constituaient sa participation de 49 % dans le capital d’ASI ; la RAM avait mis un vieil avion pour ses 51 %. Lequel a d’ailleurs été retiré après trois ans d’exploitation… Quant à Sénégal Airlines, dont le secteur privé local détenait 66 % et l’État 34 %, la libération du capital n’a jamais suivi et ceci jusqu’à la décision de sa liquidation, créant ainsi dès le démarrage de sérieux problèmes de trésorerie et un lourd passif financier. Une compagnie aérienne est une affaire sérieuse qui demande de la rigueur, une stratégie intégrée au plan de développement du pays, une capitalisation adéquate, une flotte appropriée et une absence totale d’interférence politique dans sa gestion et ses décisions commerciales. Et en ce qui concerne l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) ?

Je trouve, pour ma part, exemplaire le montage de AIBD consistant à faire financer la construction du nouvel aéroport sur la base d’une redevance sur les billets d’avion et non pas sur nos finances publiques ! Mon rôle dans ce projet a été d’apporter, modestement, ce que je trouve absent dans beaucoup d’administrations africaines, à savoir la capacité de promotion à l’international et auprès des investisseurs des grands projets structurants, en vue de faciliter la mobilisation de ressources à travers des road shows conduits de manière professionnelle. Certes, il y a des retards par rapport à la fin des travaux, initialement prévue pour 2012, à cause de divergences de surcoût avec le constructeur et la décision de l’exploitant de se retirer de la concession de gestion de l’AIBD. Pourtant, ces grands projets structurants que sont l’aéroport et l’autoroute à péage vont durablement marquer le paysage et l’économie du Sénégal. Au même titre que la mobilité dans Dakar qui a été complètement transformée grâce à la construction de la Voie de dégagement Nord (VDN), les agrandissements des routes de la corniche, de Ouakam et tant d’autres, mais aussi grâce à l’expansion du réseau routier à travers le territoire national, avec un programme routier ambitieux que j’avais aidé à conceptualiser. Le nouveau pôle urbain de Diamniadio, l’extension de l’autoroute à péage prolongent d’ailleurs cette dynamique. Un État doit être toujours dans la continuité, sinon on perd du temps et des ressources. Que pensez-vous de l’attractivité de Dakar comme 2e place financière de l’Uemoa ?

Pendant longtemps, Dakar s’est développée « par défaut » du fait de la crise en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, grâce à notre

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stabilité politique, nos ressources humaines compétentes et aussi notre avancée dans les TIC, nous sommes devenus complémentaires de la Côte d’Ivoire. Je pense que Dakar est très en dessous de son potentiel. Jusqu’à ce que nous découvrions du pétrole et du gaz aux larges de nos côtes – dont l’exploitation va prendre du temps avant d’avoir des retombées sur notre pays – le Sénégal a toujours été très limité en ressources naturelles, contrairement à la Côte d’Ivoire. Dès lors, il m’a toujours semblé important pour notre pays de se positionner sur d’autres volets comme : être une place financière incontournable avec une cité d’affaires attrayante, une destination touristique prisée, un pôle universitaire sous-régional, une destination de soins de santés de grande qualité, une référence en matière d’industrie culturelle et cinématographique. Une ville ou un pays doit être connu pour quelque chose ! Dakar attire de plus en plus les grandes banques africaines, notamment marocaines, nigérianes et autres alors que la Côte d’Ivoire détient un atout majeur avec la présence à Abidjan de la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières) pour attirer les épargnants et les PME qui cherchent à mobiliser des ressources à travers les marchés de capitaux africains. Je ne parle même pas du potentiel de coopération entre Dakar et Abidjan qui n’a jamais été exploité pleinement. L’excellence à l’africaine qui est, aujourd’hui, plutôt internationale, peut-elle ignorer les traits culturels qui fondent l’homo africanus ?

Absolument pas. Je dis d’ailleurs toujours qu’être global ne signifie pas que l’on a oublié ses racines, sa culture, ses valeurs. Si j’ai créé le cabinet panafricain ACT à Dakar en regroupant des jeunes talents africains, c’est aussi pour contribuer à développer l’Afrique et le Sénégal en particulier en aidant à transformer les entreprises afin de les rendre plus compétitives, en accompagnant nos pays dans la préservation de leurs intérêts, en soutenant les jeunes entrepreneurs pour qu’ils vivent de leurs talents et idées, et en mobilisant des ressources à l’international ou localement. La valeur ajoutée de l’homme d’affaires africain d’aujourd’hui, c’est qu’il sait ne pouvoir compter que sur ses propres forces, même s’il reste très ouvert à tous les transferts de technologie ou aux autres apports de l’extérieur comme la R & D. Les qualités qui m’ont le plus marqué lors de mon séjour en Chine durant les années 1980, sont la simplicité, l’humilité et la modestie. Ce modèle culturel – en tant qu’il met en avant l’intérêt global plutôt que personnel – me paraît plus indiqué pour l’Afrique car il favorise un comportement d’équipe et d’intérêt national. À qui est destinée la plateforme du Dakar Business Hub que vous venez de lancer ?

Aux jeunes, évidemment, parce qu’ils sont très en demande de débats économiques qui puissent les inspirer ou leur permettre de trouver des mentors. Dakar Business Hub est une association à but non lucratif, lancée en janvier 2016 par quatre membres actifs du secteur privé et de la société civile du Sénégal. Notre ambition est de poser les bases d’une plateforme de référence internationale grâce à une structure d’échanges d’idées sur diverses problématiques liées au développement de l’Afrique. Nous sommes issus de divers secteurs (éducation, 12

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droit, conseil, finance et agrobusiness) et voulons faire de cette plateforme une association ouverte à tous les acteurs afin de générer et de fédérer toutes les bonnes idées et énergies au profit du continent. Les sujets qui y seront débattus seront d’ordre stratégique, contribuant ainsi au développement du continent (croissance, emploi, participation du secteur privé, investissement, etc.). Qui plus est, DBH se veut une plateforme d’échanges apolitique, structurée, conviviale et professionnelle visant à produire des idées innovantes couvrant les questions socio-économiques. À charge, ensuite, aux intéressés, mais aussi aux pouvoirs publics et aux organisations patronales, de s’en saisir et de les mettre en application, y compris les réformes nécessaires en vue d’une meilleure participation et d’un développement du secteur privé africain. Les membres fondateurs m’ont fait l’honneur de me confier la présidence de DBH et notre objectif est de faire évoluer la plateforme vers un think tank de renommée internationale, doté d’un segment audiovisuel permettant de célébrer les réussites individuelles des Africains, mais aussi une référence au niveau académique à travers la participation des institutions éducatives. n

Parcours Ce natif de Thiès (deuxième ville du Sénégal) est diplômé en  génie civil, en finances et en relations internationales. Il a  développé, très tôt, une double compétence de technicien,  de financier et d’analyste. Il fut le conseiller principal  pour l’Afrique de BNP-Paribas pendant plus de trois ans.  Il a aussi occupé des postes de haute responsabilité au  Sénégal comme ministre, conseiller spécial du président  Wade, ambassadeur itinérant, président du conseil  d’administration de Sénégal Airlines, directeur général  de la Coopération internationale et secrétaire permanent  de l’Énergie. Il a également été directeur à la Banque  mondiale et la SFI (Société financière  internationale) basé aux ÉtatsUnis, au Kenya et en Afrique du  Sud, et associé au département  international de la firme  américaine de conseil BoozAllen & Hamilton. Ibrahima  Cheikh Diong a aussi fait office  de consultant indépendant  pour plusieurs organisations  internationales, ONG,  grands groupes privés,  gouvernements  africains et  américains. 


É C O N O M I E

Après avoir bénéficié de l’apport d’affaires que la crise en Côte d’Ivoire a déplacé à Dakar, l’État comme le secteur privé doivent maintenant approfondir leur offre et profiter des nouvelles opportunités de financement dans la zone Uemoa.

Dakar, 2e place financière de l’Uemoa

Attractivité accrue Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

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n matière de services bancaires et financiers, l’Uemoa (Union é c onom ique e t moné t a i re ouest-africaine) peut s’enorgueillir de deux capitales historiques. Dakar, qui abrite le siège de la Bceao (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) et, surtout, Abidjan, où la BAD (Banque africaine de développement) a repris officiellement ses quartiers l’an dernier et qui héberge la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) ainsi que les sièges régionaux de la Banque mondiale et de l’Agence française de développement. En troisième position, Lomé, qui abrite la BOAD (Banque ouest-africaine de développement) et la Banque d’investissement et de développement de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (BIDC, le bras financier de la Cedeao) et a réussi à attirer, ces dernières années, des institutions et des groupes financiers de premier plan ou bien à vocation panafricaine comme Ecobank et, plus récemment, Orabank. Chaque mét ropole a spi re à devenir un hub financier en Afrique de l’Ouest, parfois au détriment des autres. Ainsi, dès 2012, Atlantic Financial Group (AFG), la holding de Banque Atlantique, quittait son quartier général de Lomé pour emménager à Abidjan. Et, après la visite en mars du vice-président de la Banque européenne d’investissement, Ambroise Fayolle, il est maintenant 14

question que le bras financier de l’Union européenne qui a fêté, l’an dernier, ses 15 ans de présence au Sénégal, déménage pour s’installer sur la lagune d’Eboué. Selon Patrice Gomis, chargé d ’investissement au fonds I & P, qui va prendre des responsabilités au niveau sous-régional après avoir dirigé le bureau de Dakar pendant plusieurs années, cette compétition est saine : « La demande pour des opérations financières sophistiquées, accompagnées de levées de fonds pour des montants de plus en plus conséquents, provient des nombreux chantiers et grands travaux, en cours ou en projet, partout dans la zone Uemoa. C’est donc une bonne nouvelle. » Une clientèle sophistiquée Quant au positionnement de Dakar comme deuxième place financière de l’Uemoa, il doit encore être approfondi. « Pendant longtemps, Dakar s’est développée par défaut du fait de la crise en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, grâce à notre stabilité politique, nos ressources humaines compétentes et aussi notre avancée dans les TIC, nous sommes devenus complémentaires », affirme Ibrahima Cheikh Diong, fondateur d’Africa Consulting and Trading (ACT). Le GIM-Uemoa (Groupement interbancaire monétique de l ’Union économique et monétaire ouest-africaine) qui regroupe plus d ’une centaine de banques des huit pays

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de l’Uemoa, a choisi Dakar en 2003 pour y établir son siège. Et, avec ses 21 groupes bancaires (contre plus du double pour la Côte d’Ivoire) et ses nombreuses sociétés de conseil en gestion du patrimoine et placements boursiers – dont CGF Bourse, créé par Gabriel Fal à Dakar il y a 20 ans, est sans doute l’un des plus beaux f leurons –, la vocation de la capitale sénégalaise n’a jamais été aussi affirmée. Avec, en prime, l’accueil d’une clientèle des affaires sophistiquée dans les somptueux hôtels et centres commerciaux du bord de mer qui ont pullulé depuis 2008, date de la percée d’une quatrevoies sur la Corniche à l’occasion du sommet de l’OCI. Il a fallu attendre, néanmoins, que la locomotive ivoirienne sorte de dix années de crise politique, et renoue avec la croissance, pour voir enfin le marché financier régional progresser. Idem pour la promotion de l’épargne locale et, dans une moindre mesure, le recours aux marchés financiers internationaux qui sont des conditions préalables pour pouvoir financer l’expansion économique de la zone. « L’économie ivoirienne reste la première de la région et offre plus d’opportunités que l’économie sénégalaise. En tant qu’accompagnateur d’entreprises dans les deux pays, nous avons le sentiment que les délais de concrétisation des projets sont plus rapides en Côte d’Ivoire. Donc, fatalement,


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les choses se passent plus à Abidjan qu’ à Dakar… », note Abdou Diop, associé chez Mazars Maroc. L’essor de la finance islamique Malgré ses liens historiques avérés avec le Sénégal – le roi Mohammed VI effectue plusieurs séjours à Dakar –, le Maroc privilégie les relations avec la

La première émission de sukuk dans l’Uemoa, réalisée à Dakar en 2014, a permis de lever 100 milliards de F.CFA. Ce franc succès ouvre la voie à d’autres opérations dans la zone.

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Côte d’Ivoire. En 2014, le Souverain chérifien avait délivré son discours fondateur sur les nouvelles ambitions économiques du Maroc à partir… d’Abidjan ! La même année, le quart des investissements marocains à l’étranger ont été réalisés en Côte d’Ivoire. Une tendance qui ne s’est pas démentie depuis avec la signature, en 2015, – de façon concomitante avec Dakar, toutefois, où le Roi s’est rendu en premier lieu –, d’une vingtaine d’accords de partenariat signés à Marrakech, s’ajoutant à la vingtaine d’autres signés à Abidjan. Ils ont permis aux champions marocains déjà connus des Ivoiriens, comme des Sénégalais (Addoha, Alliances, Attijariwafa bank, BMCE ou BCP) de s’imposer. Et à de nouveaux acteurs de faire leur entrée à Abidjan, mais pas encore à Dakar comme pour les groupes Anouar Invest, Label Vie (Distribution), Fenie Brossette (Distribution), Palmeraie (Immobilier), Zalagh (Aviculture), Plat iniu m Power (Énerg ie) ou

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Holmarcom (Immobilier). Il demeure un domaine, toutefois, dans lequel Dakar a pris une longueur d’avance. C’est celui de la finance islamique en Afrique de l’Ouest. En janvier 2010, à l’issue du premier forum international dans l’Uemoa organisé par l’Institut africain de la finance islamique (AIIF), en partenariat avec le ministère de l’Économie et des finances, le Sénégal s’était engagé à procéder à l’émission d’un sukuk. Initialement prévue en 2012, l’opération avait été retardée à cause de l’élection présidentielle, mais s’est finalement déroulée en 2014, pour un montant de 100 milliards de F.CFA (152 millions d’euros). Elle a été un franc succès, ouvrant la voie à de nombreuses autres émissions dans l’Uemoa, s’est félicité Mamadou Lamine Mbacké fondateur et président de l’AIIF. Qui regrette néanmoins « la mise à l’écart, volontaire ou non, de l’expertise locale comme l’AIIF, pourtant très respecté sur l’international et pionnier de cette industrie financière en Afrique de l’Ouest ». n


Le Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac) a démarré dans la vallée de la Séfa à l’hivernage 2014. Depuis, de nombreux jeunes ont répondu à l’appel, acceptant de retourner vivre en milieu rural. Reportage de Christine Holzbauer

À Sédhiou, le domaine agricole communautaire de Séfa fait renaître la région

Jean Pierre senghor, coordonnateur national du Prodac

Les 42 techniciens du domaine agricole communautaire (DAC) de Séfa sont, tous, des jeunes diplômés sortis d’écoles de formation aux métiers de l’agriculture de Bignona, Cambérène ou Kaolack, voire des universités Cheikh-AntaDiop de Dakar (UCAD) et Gaston-Berger de Saint-Louis (UGB). Revêtus d’une blouse verte avec Prodac écrit en gros dans le dos, ils se retrouvent chaque jour à la station de semences, inaugurée en février 2015 par le président Macky Sall. Là, ils procèdent à des plantations expérimentales sélectionnant les meilleures espèces de céréales (maïs, sorgho) ou de produits vivriers (tomates, salades, aubergines) après avoir reçu des formations théoriques sur les techniques modernes d’agriculture. Avec une population à 80 % rurale, un taux de chômage de 38 %, soit le plus élevé du pays, 95 % de personnes sans formation professionnelle, le Prodac fait revivre une région qui avait connu un fort exode rural après la fermeture de la Compagnie générale des oléagineux tropicaux (CGOT). Jadis considéré comme la « septième ville blanche » du Sénégal, le domaine de Séfa, sur 2 000 hectares, est aujourd’hui défriché d’une grande partie de sa forêt dense et giboyeuse. Situés à la lisière du fleuve, d’immenses champs s’étendent à l’infini, prêts à nouveau à être cultivés, après avoir été épuisés par la culture intensive de l’arachide et une trop grande mécanisation sur des sols tropicaux rendus


fragiles. Au milieu des ruines des maisons coloniales abandonnées par leurs propriétaires, le relais de Banta Bantou (« sous le grand fromager » en diola) semble donner le top départ de cette renaissance, accueillant des visiteurs dans des cases pimpantes avec une vue imprenable, en contrebas, sur les appontements fluviaux d’antan pour l’arachide.

Des techniciens entrepreneurs Depuis son lancement en 2014, le DAC de Séfa a permis de créer 6 134 emplois ; 4 000 tonnes de maïs ont été récoltées la première année et plus du double à l’hivernage 2015, période marquée par un début de diversification de la production (pastèques). Du coup, le phénomène de la soudure, dans les zones d’intervention constituées de plusieurs Unités autonomes d’exploitations de 15 hectares chacune, a disparu. Des entités économiques ou Groupements d’entrepreneurs agricoles (GEA) ont été créées. Elles sont composées en moyenne de 15 exploitants que les jeunes techniciens du Prodac encadrent tout en se formant. Ababacar Samb, 30 ans, est licencié en biologie-chimie-géosciences ainsi qu’en agro ressources végétales et entrepreneuriat. Avec Mamadou Sarr, 32 ans, détenteur d’un Master 2 en économie rurale et politiques agricoles, ils se sont retrouvés dans le même village de Djidima après leur cursus à l’UCAD. Ils encadrent l’un neuf et l’autre 13 producteurs locaux. Les deux Dakarois, comme leur jeune frère venu de Saint-Louis, Ibrahima Gueye, 24 ans, qui a un DUT en agro-écologie de l’UGB et encadre 25 producteurs dans le village de Koussi 3, sont intarissables quand il s’agit de parler de leur expérience sur le terrain. « J’ai beaucoup appris aussi bien dans la maîtrise des techniques culturales du maïs, l’utilisation des intrants, l’identification des insectes nuisibles, l’installation des systèmes d’irrigation que dans l’organisation des exploitants », relate Mamadou Sarr, qui a reçu 1 hectare en propre à cultiver comme tous les autres techniciens et « incubés » du DAC. Ces derniers sont des jeunes des alentours qui ont accepté d’être placés directement dans les villages du DAC auprès d’un exploitant qui les accueille entre 18 mois et deux ans. Certains, comme Moussa Dashba, qui vient de Bambaly à 18 kilomètres de Sédhiou, souhaitent créer une ferme satellite sur ses 5 hectares de terres familiales ; ou bien Euphrasie Assine, originaire de Ziguinchor, mariée et deux enfants, qui rêve de cultiver le riz grâce à l’aide du Prodac… Bintou Cissé Malick Fall, 24 ans, titulaire d’une licence en Sciences de la vie de l’UCAD, a suivi la même spécialisation professionnelle qu’Ababacar Samb. Elle encadre neuf producteurs au village de Koussy 2 et insiste, quant à elle, sur les bienfaits de l’apprentissage mutuel : « Dans le DAC de Séfa, je me suis imprégnée du monde rural et j’ai beaucoup appris aussi des producteurs locaux. » À l’instar de Fatoumata Bintou Diouf, 26 ans, elle aussi titulaire d’une licence professionnelle en agro-ressources végétales et entrepreneuriat, qui encadre 11 producteurs au village de Koussy 2, elle est consciente des avancées qu’une agriculture moderne et bien organisée représente pour le pays. « L’agriculture étant la principale ressource des Sénégalais, j’entrevois un Sénégal émergent et prospère », confie Fatoumata, qui voudrait se diversifier dans l’aviculture en plus du maraîchage. COMMUNIQUÉ


© PROMOPLAN

Retour à la terre Technicienne agricole diplômée du Centre de formation professionnel horticole de Cambérène, Sophie Gueye, 31 ans, encadre 24 producteurs du village de Koussy 1. Pour elle, si le Sénégal continue sur cette lancée, « non seulement le chômage des jeunes sera en grande partie éradiqué grâce à l’ émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs agricoles, mais le pays parviendra à produire ce qu’ il consomme ». Ce qui permettrait d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en un temps record. Car ces premières recrues aspirent toutes – filles et garçons sans distinction – à devenir des producteurs entrepreneurs. Ce statut permettra d’avoir accès à des terres aménagées ainsi qu’à des aides pour s’installer. À moins qu’à l’instar d’Amadou Mané, originaire du village de Nimaya, qui travaille actuellement comme gardien sur la station de semences de Séfa, jouxtant les bassins encore en construction du futur pôle d’aquaculture du DAC de Séfa, ils ne créent à leur tour un GEA pour mettre en exploitation « la moitié des dix hectares que je possède et qui ne sont pas, pour l’ instant, exploitables faute d’ intrants et de moyens financiers ». L’autre moitié des terres étant « cédée » au DAC qui, après aménagement, remettra des jeunes à l’exploitation. L’idée étant que, très vite, ce soit les GEA qui puissent s’autofinancer, grâce à l’augmentation des rendements et à la diversification des productions permettant de cultiver hors saison des pluies les 12 mois de l’année. Lors de son démarrage en 2014, le DAC de Séfa comptait 674 producteurs et plus de 1 500 jeunes mobilisés autour de 2 000 hectares de maïs. « Il fallait montrer à tout le monde qu’ il est possible de rester dans son terroir tout en développant des activités rentables », se souvient Ismaïla Diallo, le directeur du DAC de Séfa, originaire d’Oussouye. Au début, il y a eu quelques résistances liées à la barrière linguistique et au scepticisme des producteurs à se faire encadrer par des jeunes techniciens venus de la ville. « Tout est très vite rentré dans l’ordre », observe cet environnementaliste spécialisé dans la gestion des projets, qui garde un œil attentif sur l’utilisation des pesticides dans les exploitations. Le Prodac a pris grand soin d’impliquer dans sa zone d’intervention les exploitations satellites des marabouts producteurs de la Séfa qui, dès le départ, ont accepté de sensibiliser les jeunes et les femmes. Mamadou Diallo, un notable local, gère le comité de gestion entre le DAC et les GEA. Assis sous un grand fromager au centre de son village de Koussy, il se réjouit que les femmes se soient autant mobilisées. Sur les 222 GEA identifiés dans le DAC de Séfa, 117 sont « actifs » dont 83 « mixtes », 30 composés d’hommes exclusivement et quatre de femmes. « Le plus remarquable, c’est que les

jeunes, garçons comme filles, quittent aujourd’ hui les bancs de l’ école pour venir travailler dans ces GEA », affirme-t-il. Producteur dans le village de Bloc, Richard Ntab, 37 ans, est aujourd’hui « sociétaire » d’un GEA qui compte 14 membres, appelé « Venez, on va récolter ! ». Après avoir émigré à la ville, Richard est rentré pour aider son père vieillissant à cultiver leurs 20 hectares. « Nos rendements étaient très faibles et nous n’avions pas les moyens d’acheter des intrants pour bien travailler nos terres », se souvient-il. Depuis qu’il a cédé 10 hectares au DAC, ses rendements se sont considérablement améliorés. « Même mes frères restés à la ville veulent maintenant revenir travailler dans l’exploitation familiale ! », confiet-il. Également « sociétaire » de son GEA, Fatou Mané est l’épouse de l’instituteur du village, originaire de Bignona. Depuis dix ans qu’ils sont installés à Bloc, elle cultive ardemment la terre pour arrondir leurs fins de mois. L’arrivé du DAC a été une aubaine pour cette femme timide, même si ses rendements l’an dernier n’ont pas été très performants à cause d’un emblavement tardif. Mais si on lui demande de quelle carrière elle rêve pour ses enfants, entre instituteur ou cultivateur, sa réponse est sans ambiguïté : exploitants agricoles après leurs études ! Tel: +221338242913 Prodac@prodac.sn www.prodac.sn COMMUNIQUÉ


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Cruciale pour renforcer la sécurité alimentaire et remettre une population jeune au travail, la révolution agricole actuellement en marche va aussi révéler les potentialités agro-écologiques des différentes zones du pays.

Vers l’autosuffisance alimentaire Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

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e président Macky Sall l’a dit et redit : le Sénégal s’est engagé sur la voie d’une révolution agricole permettant d’envisager l’autosuffisance alimentaire dans un futur proche. « Une véritable révolution agricole qui va changer le visage de l’agriculture », promet-il à chacune de ses interventions. Le renouvellement du capital semencier en arachide, la fertilisation des sols – surtout ceux qui ont souffert de la monoculture arachidière –, la mise à disposition d ’engrais pour les agriculteurs ainsi que de

communautaires et des fermes Naatangué, que nous avons financé à hauteur de 33,3 milliards de F.CFA. À ce jour, ce programme a généré près de 29 000 emplois sur un objectif de 60 000 d’ici à 2018 », a déclaré le chef de l’État dans son discours à la Nation du 4 avril, fête de l’Indépendance. Créée en 2008, l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida) a réalisé 79 fermes v i l la ge oise s et fa m i l ia le s ( le s fermes Naatangué) dans lesquelles travaillent 10 000 jeunes agriculteurs dont 35 % de femmes, sur une bonne

matériel agricole subventionné pour les paysans aux faibles revenus, comme pour les plus nantis, sont les ferments pour dynamiser la production, notamment céréalière et assurer l’autosuffisance alimentaire à moyen terme. C’est ainsi que 1 400 tracteurs ont fait leur apparition, subventionnés à hauteur de 60 % par l’État qui a consenti d’importants efforts financiers, pour favoriser également l’emploi des jeunes. « Je me réjouis particulièrement du succès du programme des Domaines agricoles

Le boom du « consommer local » Avec l’arrivée des grandes enseignes internationales, le consommer local a la cote au Sénégal. La grande distribution a bien compris ce nouvel engouement et offre partout un assortiment de produits locaux en linéaire, une offre clairement identifiée en magasin ou bien un espace spécifique pour d’éventuelles animations par des producteurs. Créateur d’emplois à long terme, le consommer local permet de recréer de la biodiversité en relançant la production.

De surcroît, la santé et la démarche éco–responsable sont des arguments de vente auxquels les consommateurs sont très sensibles. De nouveaux modes de distribution, plus accessibles aux micros et petites entreprises évoluant dans les domaines de l’agriculture et de la transformation agricole, tels que plateformes e-commerce, points de vente collectifs, etc., font leur apparition. Les TIC jouent un rôle majeur en apportant aux acteurs de la distribution des réponses

à forte valeur ajoutée. En facilitant l’échange d’informations dans les chaînes de valeur, elles participant également à la réduction du cercle vicieux de la pauvreté rurale. La Sonatel, par exemple, a créé plateforme mAGRI pour le développement des activités agricoles génératrices de revenus. mLouma, une application mobile accessible au #112# du portail des offres prévues dans le programme de RSE de la Sonatel a, ainsi, pu être lancée. mLouma met

à disposition les prix des denrées et des produits sur les marchés hebdomadaires (loumas), et permet aux producteurs et aux acheteurs potentiels de se rencontrer. Via un menu simple et convivial, un client d’Orange obtient en un clic toutes les informations pratiques pour acheter fruits et légumes, connaître leur disponibilité et leurs prix. Il est également possible d’entrer directement en contact avec les producteurs locaux pour concrétiser son achat.

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Doona, la star de l’export Dans la région de SaintLouis, au nord du Sénégal, 100 hectares de plants de tomates poussent sous serre. La culture est « hors-sol » pour s’adapter au contexte agronomique local, l’irrigation au goutteà-goutte, la pollinisation s’effectue par des bourdons, sous la protection de filets anti-insectes. Autant de « bonnes pratiques » d’une agriculture qui se veut respectueuse de

l’environnement, selon la société des Grands domaines du Sénégal (GDS). Juteuses et croquantes, les 9 000 tonnes annuelles de « tomates cerise », « tomates olivette » ou « tomates grappe cocktail » ainsi produites sont exportées sous la marque Doona après avoir mûri naturellement. Créés en 2003 par la Compagnie fruitière, les GDS sont aujourd’hui le leader de l’horticulture exportatrice

partie du territoire national. Tandis que le Programme des domaines agricoles intégrés (Prodac), créé en juillet 2014, a été rattaché au ministère de la Jeunesse et de l’éducation civique. Autosuffisance en riz En 2015, grâce aussi à un hivernage pluvieux, la production agricole a décollé, ramenant un peu d’espoir dans les campagnes, tandis que plus de 65 % de la population dépend de l ’agriculture pour sa survie. Les récoltes céréalières ont atteint 2 271 000 tonnes, soit une hausse de 82 % par rapport à 2014. La production d ’arachides s’est chiffrée à 1 121 474 tonnes, soit 68 % de hausse. Celle du riz paddy a augmenté de 64 %, à 917 371 tonnes. La production

La place du secteur agricole dans la croissance économique durable est capitale. La preuve, c’est le secteur agricole qui a permis d’atteindre un taux de croissance de 6,5 % en 2015. 20

dans le pays. Installés en bordure du fleuve Sénégal, ils développent des cultures sous serre sur 100 hectares, des cultures en plein champs sur 160 hectares et des cultures arboricoles sur 40 hectares. Une station de conditionnement avec calibrage électronique permet de préparer, dans les meilleures conditions, la commercialisation des tomates vendues en contresaison de l’offre européenne.

horticole, en hausse de 14 %, a atteint 1 133 430 tonnes. Le soutien public aux producteurs, par le maintien à 200 F.CFA le prix du kilogramme d’arachides a, bien sûr, beaucoup aidé. Ainsi que les mesures prises pour faciliter la commercialisation des denrées agricoles produites localement afin de permettre au Sénégal « de s’ émanciper au plus vite des importations coûteuses », comme l’a rappelé le chef de l’État. Le riz en est le meilleur exemple dans la mesure où le pays dépend largement des importations pour couvrir ses besoins de consommation. Le riz est l’une des céréales les plus prisées au Sénégal et il faudrait parvenir à une production moyenne de 1,8 million de tonnes par an d’ici à 2018 pour arriver à l’autosuffisance. Or, les récoltes de riz paddy, qui couvrent 32,14 % des besoins du pays, ont déjà atteint un record de 900 000 tonnes entre la zone nord où s’active la SAED et la zone sud avec la Sodagri, dont la production dépasse les 500 000 tonnes. Rien qu’au Nord, les surfaces cultivées sont passées de 130 377 hectares en 2015 à 136 777 hectares en 2016. Si on y ajoute les investissements d’environ 176 milliards de F.CFA consentis par l’État, l’objectif de production de 745 000 tonnes en 2016 devrait être atteint. « Ces choix stratégiques sont importants en ce qui concerne le programme d’autosuffisance en riz en 2017 pour lequel 2016 est une année

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Reconnues pour leur qualité exceptionnelle, les Doona sont livrées chaque semaine dans un parfait état de fraîcheur grâce à la rotation régulière des navires de la Fruitière. Les GDS cultivent également plus de 150 hectares de maïs doux en plein champ à destination des marchés européens. Une plantation de manguiers, installée sur 40 hectares, entrera en production prochainement.

charnière », a déclaré Seyni Ndao, le directeur général adjoint de la SAED. Implication du secteur privé Des investissements qui restent colossaux si l’on considère que le riz n’est que l’une des trois grandes cultures céréalières avec le mil et le maïs devant faire l’objet d’aménagement dans le cadre du développement et de l ’ i ntensi f icat ion de « bassins agricoles irrigués », tels que prévus par le PSE (Plan Sénégal émergent). « La place du secteur agricole dans la croissance économique durable est capitale. La preuve, c’est le secteur agricole qui a permis d’atteindre un taux de croissance de 6,5 % en 2015 », clame Moustapha Lo Diatta, le secrétaire d’État à l’Accompagnement et à la mutualisation des organisations paysannes. Conformément au x dispositions de l’Uemoa, le Sénégal dépasse les 10 % du budget national alloués au développement agricole. En volume, l’investissement agricole se chiffre à 15 milliards de F.CFA. « L’objectif est de tirer le taux d’investissement à 20 % pour permettre de transformer l’agriculture. Et ce, grâce au concours du secteur privé », commente Moustapha Lo Diatta. « L’agriculture fait partie des six moteurs de croissance du PSE et l’ investissement dans le domaine agricole fait partie des priorités de tous nos programmes d’amélioration d’investissements de capitaux


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Bannir l’oignon importé La succession de récoltes exceptionnelles ayant permis de passer d’une production de 90 000 tonnes d’oignons, en 2001, à 290 000 tonnes, en 2014, a encore été dépassée en 2015. Avec une récolte de plus de 350 000 tonnes du précieux bulbe, qui entre dans tous les plats cuisinés au Sénégal, l’objectif d’atteindre l’autosuffisance en 2016 est en bonne voie. « Cette performance a été possible grâce à un emblavement des terres supérieur de 60 % à 80 % », selon le président de l’Interprofessionnelle des producteurs d’oignon du Sénégal (IPOS), Mamadou Bâ. Pour qui le Sénégal ne doit plus importer de légumes de grande consommation dont l’oignon, mais « relever le défi de l’autosuffisance, tout en favorisant la création de pôles d’activités économiques autour du maraîchage ». Or, selon Alioune Fall, administrateur du Fonds d’appui au développement du secteur rural (FADSR), il faut au préalable une bonne

maîtrise des itinéraires techniques de production afin de « disposer des légumes de qualité à l’image des oignons importés ». Les producteurs sénégalais n’ont eu de cesse, à cette fin, de réclamer un plan d’accompagnement ainsi que le bannissement de l’oignon venant des Pays-Bas, qui est d’une qualité supérieure. Pour qu’il n’y ait pas de rupture d’approvisionnement, le gouvernement a autorisé le renouvellement des stocks avec des oignons importés après la levée des restrictions saisonnières allant d’avril à août. Depuis 2013, la construction d’infrastructures de stockage et de conservation s’est accélérée ainsi que la promotion de l’assurance indicielle ou la mise en place d’une charte de prix bénéfique, aussi bien pour les producteurs locaux que pour les consommateurs. Ce qui a permis à la filière de se développer en consolidant ses acquis.

privés », renchérit Mountaga Sy, directeur général de l’Agence nationale de la promotion des investissements et des grands travaux (APIX). Qui décline les mesures prises par l’État pour faciliter l’investissement du secteur privé dans l’agriculture : « Aujourd’hui, des mesures fortes ont été opérées notamment la suspension de la TVA, l’exonération sur le matériel agricole et la suppression sur la prime fixe pendant les heures longues de production pour plus de compétitivité dans la production agricole. » Étant entendu que cet effort doit, maintenant, s’appuyer sur les deux piliers du « consommer local » afin de relancer l’agriculture familiale, tout en attirant les investisseurs étrangers en levant l’un des principaux obstacles à l’agriculture commerciale à grande échelle, à savoir le coût de l’énergie. n

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Le promoteur du Prodac en est convaincu : le Sénégal va enfin tirer profit de ses ressources humaines et agricoles, à la faveur de capitaux substantiels et de transfert de savoir-faire.

Notre modèle peut faire école en Afrique Jean-Pierre Senghor Coordonnateur national du Prodac Propos recueillis par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

Qu’est-ce qui a motivé la création du Programme des domaines agricoles communautaires ?

C’est sous l’impulsion du chef de l’État, dont la volonté politique de faire (très vite) du Sénégal un pays émergent a fini par marquer les esprits les plus sceptiques, et convaincre nos partenaires techniques et financiers, que le Programme des domaines agricoles communautaires, le Prodac, a été créé, par décret, le 10 avril 2014. La principale mission assignée est claire et précise : mettre en place au moins dix pôles de compétitivité que sont les DAC (Domaines agricoles communautaires) à travers le pays, en vue d’apporter des réponses rapides et concrètes à la problématique de l’emploi, celui des jeunes en particulier, par la promotion de l’entrepreneuriat rural. Car des DAC, sortiront de véritables entrepreneurs agricoles, des champions à la tête d’entreprises agricoles capables de créer, à leur tour, des emplois agricoles et non agricoles. Qu’ils soient diplômés ou non, les jeunes en incubation dans les DAC doivent, de par leur formation, après 18 ou 24 mois, présenter une garantie suffisante aux institutions de financement (banques, institutions de microfinances ou ONG, etc.). C’est donc l’économie qui va financer l’entreprise, mais c’est à l’État, dans son rôle de stratège, d’organisateur et de régulateur, d’allumer le moteur… C’est ce qu’il s’est décidé à faire résolument en démarrant, sur fonds propres, ce grand programme de promotion de l’emploi en milieu rural. 22

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Y a-t-il eu des exemples de grands espaces agricoles aménagés visant à satisfaire la demande alimentaire locale et développer une région ?

Parfaitement ! L’histoire récente nous enseigne, en effet, que l’Ouest américain a connu sa seconde véritable révolution agricole au XIXe siècle grâce à un modèle similaire : le Dry Farming. Sous l’impulsion forte de l’État, ce modèle a permis de bâtir des grands pôles de compétitivité économique autour de ceintures de production : les célèbres Belts (Corn Belt, Cotton Belt, Dairy Belts, etc.) qui ont abouti à un palmarès éblouissant de productions, tant végétales qu’animales. Après 1945, les États-Unis sont passés au premier rang mondial pour le maïs, les agrumes, le coton brut, au second rang mondial pour la pomme de terre, les bovins, les porcins. Plus proches de nous, en Afrique, les exemples du Kenya et de l’Éthiopie méritent également d’être cités ; ces modèles ont, en effet, consacré la promotion d’entrepreneurs agricoles prospères qui se sont peu à peu professionnalisés au sein de domaines agricoles partagés. La Zambie, elle aussi, offre l’un des modèles les plus achevés et les plus proches des DAC : la Future Farm. Le modèle du DAC ne se limite pas à la seule production végétale. Tous les systèmes de production sont concernés : végétale, animale, aquacole. La particularité tient, ici, au fait que, dans chacun de ces systèmes de production, une démarche « chaînes de valeur » intervient. Chaque segment d’une chaîne donnée représente une niche d’emplois qu’il


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s’agit de valoriser : de la production à la mise en marché, en passant par la transformation et le conditionnement ! Il devient, alors, tout à fait possible de mettre sur le marché des articles estampillés « Produits du terroir ». De plus, la formation in situ (15 % de théorie et 85 % de pratique), reste l’un des piliers essentiels des DAC. Vous avez prévu la création de dix DAC en cinq ans. Est-ce suffisant ?

En fait, nous avons déjà reçu les attributions pour… 12 DAC ! Aujourd’hui, presque tous les 45 départements du Sénégal veulent avoir leur DAC à eux. Il faut, toutefois, noter que deux paramètres président au choix des sites devant abriter un DAC : il faut d’abord s’assurer d’avoir de l’eau propre à l’irrigation (eau de surface ou souterraine) et disposer ensuite de vastes étendues de terres arables afin de pouvoir favoriser l’installation du maximum de personnes possibles. Avec un financement exclusivement public, l’État ne risque-t-il pas d’être très vite à court d’argent ?

Le programme a pu démarrer en août 2014 avec un budget de départ de 2,3 milliards de F.CFA dégagé sur loi de Finances rectificative. Bien sûr, la seule BCI (Banque pour le commerce et l’industrie) est loin de suffire pour financer ce grand programme d’investissements dans le monde rural ; un seul DAC nécessite entre 5 milliards et 7 milliards de F.CFA, dont 93 % sont consacrés aux infrastructures de mobilisation et de maîtrise de l’eau, aux équipements de modernisation des productions, etc. L’État, sous l’impulsion personnelle du président Macky Sall, a accepté d’allumer le moteur au titre de premier bailleur. Toutefois, des partenaires financiers, bilatéraux comme multilatéraux, ont été sollicités dans le cadre de la mobilisation des 100 milliards de F.CFA nécessaires à la mise en œuvre du Prodac. Déjà, deux grands bailleurs se sont annoncés, parmi lesquels la BID (Banque islamique de développement). Les quatre premiers DAC (Sefa, Keur Momar Sarr, Keur Samba Kane et Itato) sont en train d’être financés par une compagnie sénégalaise de crédit-bail sous la houlette de Locafrique. Ils seront livrés d’ici au tout début de l’année prochaine.

Pourquoi ne pas avoir lancé d’appels d’offres pour exécuter ce premier marché ?

J’ai fait le pari, dès ma nomination à la tête du Prodac, de livrer des résultats significatifs avant le 1er trimestre 2017. Un tel engagement exige de la célérité dans la réalisation des quatre premiers DAC, que le chef de l’État a expressément donné pour instruction de démarrer sous la houlette du ministre de la Jeunesse, de l’emploi et de la construction citoyenne. Au vu de cette urgence, et des attentes énormes suscitées par la mise en place du Prodac, il n’y avait pas une once de place pour de la tergiversation, encore moins du tâtonnement. Je me suis donc rapproché de la Direction centrale des marchés publics (DCMP) en vue de solliciter de cette structure publique rattachée au ministère de l’Économie, l’autorisation de passer une entente directe. Le DAC, parce qu’il sort des sentiers battus, exige un degré de sophistication élevé et un haut niveau de technicité. Il fallait une compagnie ayant développé et mis en place dans plusieurs pays (Vietnam, Thaïlande, Kenya, Nigeria) un modèle qui s’en rapproche. J’ai trouvé une compagnie

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Pour faciliter l’insertion des jeunes, diplômés ou non, lutter contre le sous-emploi et la précarité en milieu rural et urbain, il nous faut des formations qui répondent à des besoins spécifiques de notre économie. israélienne Green 2000, l’une des rares au monde qui soit capable de réaliser le travail en un temps record tout en garantissant un ouvrage aux standards internationaux. Après avoir été débouté par la DCMP, et parce que je suis convaincu de la pertinence de la démarche et de sa faisabilité, j’ai sollicité l’arbitrage de l’Autorité de régulation des marchés publics. Au terme d’un long processus, celle-ci a donné son autorisation pour que la compagnie israélienne réalise un travail d’aménagement qui soit de qualité supérieure, contribue de façon significative à la formation de nos jeunes agriculteurs, et livre tout cela en huit mois ! Ce recours à de l’expertise étrangère va-t-il s’accompagner d’un transfert de compétence au niveau local ?

En effet, c’est exactement ce qu’il nous faut. Le cœur de métier du Prodac est justement de faire éclore dans les DAC une génération nouvelle d’entrepreneurs agricoles, pionniers de l’émergence du pays. C’est aussi, en partie, ce qui justifie que la tutelle du Prodac soit assurée par le ministre Mame Mbaye Niang (Jeunesse, emploi et construction citoyenne) et non par le ministère de l’Agriculture. Pour faciliter l’insertion des jeunes, diplômés ou non, lutter contre le sous-emploi et la précarité en milieu rural et urbain, il nous faut des formations qui répondent à des besoins spécifiques de notre économie. Certes, nous avons une excellente école d’ingénieurs agronomes, à Thiès, et une autre à Bambey qui forme des cadres moyens dans les métiers de l’agriculture : mais il est fondamental que nous renforcions les dispositifs et espaces de formations pratiques de nos entrepreneurs agricoles d’aujourd’hui et de demain. La véritable masse critique sera atteinte quand la création de ces grands pôles de compétitivité économique que sont les DAC aura permis le développement d’une multitude de petites entreprises agricoles rentables, les GEA. Et cela exige un nécessaire transfert de compétences, car nous ne pourrons pas développer ce secteur si nous n’avons pas de professionnels dans ce domaine. De plus, il est prévu par la charte des Domaines agricoles communautaires (article 3) que dans chaque DAC, entre 10 % et 20 % des terres sont réservés aux privés nationaux comme internationaux désireux d’investir ou de s’investir dans des activités de production, mais surtout en aval de celle-ci, notamment dans la création de valeur : transformation,

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É C O N O M I E

conditionnement, mises en marché. Les DAC sont donc, aussi, un lieu d’expérimentation d’un partenariat public-privé dynamique. Justement, combien de création d’emplois prévoyez-vous ?

Au bas mot, 300 000 emplois en cinq ans, rien que dans les activités de production végétale. À condition, toutefois, que les prérequis de départ soient remplis : à savoir 100 milliards de F.CFA mobilisés avant fin 2017 et 30 000 hectares de terres aménagées sur au moins dix terroirs à travers le pays. Quand on sait, par exemple, que dans les activités de production piscicole, avec 80 bassins couvrant 1 hectare, ce sont plus de 350 emplois créés contre quatre pour les cultures végétales, on comprend mieux qu’il s’agit d’une hypothèse basse puisqu’elle ne tient pas compte des emplois dans l’élevage ni dans les autres activités prévues dans les DAC : la transformation, le conditionnement, les mises en marché ou les chaînes de valeurs. Quelle garantie avez-vous pour que les jeunes retournent à la terre ?

A priori, aucune ! Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que nous n’appelons pas nécessairement à un retour à la terre, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Le discours du retour à la terre est loin d’être suffisant, car les jeunes ont besoin de voir et de vivre sur le terrain des réalités qui les motivent. Ils peuvent ainsi mesurer toutes les difficultés à conduire une entreprise agricole mais aussi toutes les opportunités qu’offre ce secteur. Pour nous, ce qui est important, c’est que nous démarrions avec ceux qui sont engagés et souhaitent s’engager résolument dans le secteur. n 24

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Profil Ingénieur agronome de formation, Jean-Pierre Senghor, natif de Sédhiou (Haute Casamance), cumule une solide expérience de praticien — pour avoir fait ses premiers pas à la Société d’aménagement et d’exploitation des terres du delta (SAED) — avant d’embrasser une brève carrière de chercheur à l’Orstom. Il a aussi été chef d’entreprise et a, pendant 14 ans, conseillé, accompagné et suivi des jeunes et des femmes porteurs de projets communautaires ou privés. Après avoir dirigé, pendant plus d’une décennie, la Fondation d’appui aux initiatives de base (FAIB), il a été le conseiller n° 1 du ministre de l’Agriculture, Benoît Sambou, puis directeur de cabinet du ministre de la Jeunesse, de l’emploi et de la promotion des valeurs civiques. Il a également été le premier président du conseil de surveillance de l’Agence nationale d’insertion et développement agricole (ANIDA).


R E S S O U R C E S

N AT U R E L L E S

La mise aux normes de l’amont de la filière de la pêche, des infrastructures de débarquement, de stockage, de transport et de transformation devient une nécessité. Les autorités en ont – enfin – pris conscience et lancé une batterie de chantiers.

La pêche en quête de modernisation Par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

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e manque d’organisation est « le plus grand problème » du secteur de la pêche au Sénégal. Ibrahima Wade, secrétaire permanent de la Stratégie de croissance accélérée (SCA) a lancé ce cri du cœur lors de la quatrième édition du forum des acteurs de la pêche sur « La transparence dans le secteur des pêches maritimes au Sénégal », organisé à l’initiative de l’Association pour la promotion et la responsabilisation des acteurs de la pêche artisanale de Mbour. Il a fini par être entendu. Renvoyant dos à dos l’État, les acteurs de la pêche artisanale comme industrielle, les chercheurs, les mareyeurs, les transformateurs, mais aussi tous ceux qui viennent pêcher dans les eaux territoriales du Sénégal, Ibrahima Wade les a exhortés à plus de responsabilité. « Malheureusement, le Sénégal, en tant que nation, n’a pas été organisé et

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cela a beaucoup contribué à accentuer la pression sur la ressource halieutique, en commençant par la pêche artisanale avec, comme conséquence, la raréfaction. Nous partageons, avec tous les acteurs, l’obligation d’aller vers une transparence dans la gestion du secteur de la pêche. » Au Sénégal, pays maritime par excellence avec ses 718 kilomètres de côte Atlantique, qui a fait du tibou diène (riz au poisson) son plat national, la pêche représente la principale source de protéine animale. « Un Sénégalais mange en moyenne 29 kg de poisson par an et par personne contre 16,9 kg pour le reste du monde », souligne Oumar Gueye, le nouveau ministre de la Pêche et de l’économie maritime. Cet ingénieur, qui avait commencé comme ministre de l’Hydraulique dans le premier gouvernement de la présidence de Macky Sall, avant d’être nommé ministre du Tourisme et des

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transports aériens dans le gouvernement de Mimi Touré, a gagné haut la main lors des dernières locales dans sa municipalité de Sangalcam, qui jouxte le lac Rose, faisant triompher l’APR (le parti présidentiel) après avoir quitté Rewmi (le parti d’Idrissa Seck). Av e c 2 0 0 0 0 p i r o g u e s e t 125 chalutiers immatriculés, la pêche contribue à hauteur de 3,2 % au PIB du Sénégal ; avec près de 43 % des captures destinées à l’étranger, le secteur est le premier poste d ’exportation du pays. Environ 600 000 personnes travaillent dans le secteur de la pêche, dont 60 % de femmes qui s’activent dans la transformation des produits issus de la mer. Autant de données qui justifient amplement, selon Oumar Gueye, l’option des autorités de donner à la pêche « un rôle moteur de croissance dans le Plan Sénégal émergent », afin de promouvoir le « renforcement de


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la sécurité alimentaire ainsi que la création de richesses et d’emplois ». Quais de pêche et aires aménagées Dans son Discours à la nation du 31 décembre, le président Macky Sall avait insisté sur la nécessité de poursuivre la modernisation de la pêche artisanale. « Les quais de pêche de Yoff, Soumbédioune, Fass Boye et Gokhou Mbath sont en construction », avait-il précisé. Et de poursuivre : « Pour l’année 2016, nos efforts porteront sur la réalisation des quais de Ngaparou, Pointe Sarène, Potou et Bargny ; l’aménagement des aires de transformation de SaintLouis, Potou, Kafountine, Mbao et Pencum-Sénégal à Thiaroye sur mer ; l’extension du port de commerce de Ziguinchor et la construction d’un port de pêche à Boudody. » Interrogé, le ministre a confirmé que toutes les mises en chantiers avaient bien eu lieu ou allaient l’être, conformément au calendrier fixé. « En ce qui concerne Dakar, un quai de pêche d’un montant de

1,2 milliard de F.CFA, entièrement financé par le Maroc, est en réalisation à Soumbédioune. Nous avons également presque achevé le quai de Yoff qui était une demande de longue date des populations pour un montant de 200 millions de F.CFA. Les quais de Ngaparou Pointe-Sarène à Mbour sont pris en charge par la JICA, l’Agence japonaise de coopération internationale. Quant aux quais de Potou et de Bargny, nous avons déjà procédé aux appels d’offres et devrions être en mesure de les inaugurer d’ici à 2017. » Au sein de la – longue – feuille de route qui lui a été remise au moment de sa prise de fonction, Oumar Guèye est particulièrement attentif à la réalisation d’infrastructures modernes sous forme d’aires aménagées devant permettre aux femmes de transformer des produits issus de la mer. En novembre dernier, celles-ci lui avaient rendu hommage pour leur avoir livré 700 claies de séchage destinées à des groupements de femmes de Dakar, Thiès, Louga, Fatick, Ziguinchor et Saint-Louis. « Avec ce matériel de

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Grâce à l’aménagement d’aires de transformation à Saint-Louis, Potou, Kafountine, Mbao et Pencum-Sénégal, les conditions de travail des femmes vont considérablement s’améliorer. séchage, les femmes transformatrices vont renforcer l’hygiène et la qualité des produits. Nous allons faire des produits que nous pourrons exporter vers l’Europe et l’Afrique », a déclaré la secrétaire générale du Réseau des femmes transformatrices de la pêche artisanale, Adja Ndiaba Diop. Parmi les autres demandes figuraient

Des accords sous-régionaux pour lutter contre la pêche sauvage Les pays d’Afrique de l’Ouest perdraient, annuellement, l’équivalent de 1,3 milliard $ du fait de la pêche illicite. Un montant en dessous de la réalité, selon le président Macky Sall, qui estime plus grave le niveau de pillage des ressources halieutiques africaines. Selon la Commission sous-régionale des pêches (CSRP) incluant le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée-Bissau, la Guinée, la Sierra-Léone, la Gambie et le Cap-Vert, cette pratique coûterait annuellement près de 170 milliards de F.CFA (296 millions $). Seuls Dakar, Nouakchott et à un degré moindre Praia, ont les moyens de surveillance et de protection de leur zone économique exclusive. L’organe sous-régional de gestion des pêches a donc conclu un partenariat avec l’Union européenne pour financer des opérations de surveillance maritime, mais la conjugaison des efforts de ses sept pays membres n’est pas de trop.   Le 5 janvier 2014, les autorités sénégalaises arraisonnaient un chalutier russe, l’Oleg Naydenov, comptant à son bord 62 Russes et 20 Bissau-Guinéens. Ce bateau de 120 mètres de long, avec une puissance de capture et de destruction très élevée, est l’un des nombreux navires étrangers qui pêchent frauduleusement

dans les eaux territoriales sénégalaises. Depuis, le Sénégal a considérablement durci son Code de la pêche et quatre autres gros chalutiers ont été arraisonnés. La rareté des espèces migratrices comme la sardinelle (yaboye, en wolof) a également poussé la CSRP à intégrer les activités de la pêche artisanale dans le champ d’application de la convention de Praia de 1993. Cette convention, relative à la pêche durable, était réservée, jusque-là, à la lutte contre certains pillages organisés de la pêche industrielle. Le 3 février 2016, à Nouakchott, la Mauritanie, le Sénégal et l’Indonésie ont marqué leur volonté affichée de s’engager dans une gestion transparente de ce secteur en lançant la « Fishies Transparency Initiative » (FITI). Calquée sur le modèle de l’Initiative de transparence des industries extractives (ITIE), cette initiative mondiale multipartite vise « à augmenter la responsabilité et la durabilité des pêches, par la transparence et la participation de tous » en produisant des informations fiables, publiquement accessibles et généralement acceptées, sous forme de rapports nationaux, à l’issue d’un processus consultatif.

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R E S S O U R C E S

la « protection du label Sénégal » et un appui afin de faciliter l’accès au crédit à des taux préférentiels pour ces transformatrices qui sont, souvent, victimes d’usuriers. Promotion de l’aquaculture Grâce à l’aménagement d’aires de transformation à Saint-Louis, Po t o u , K a f o u nt i n e , M b a o e t Pencum-Sénégal, les conditions de travail de ces femmes vont considérablement s’améliorer. « Après l’ inauguration de l’aire de Bargny et le démarrage des travaux du complexe de transformation de Goxu Mbathie, l’aire de transformation de Fass Boye sera entièrement prise en charge par l’État. Il en sera de même pour les autres », a affirmé le ministre. Grâce à ces infrastructures, les femmes travaillant dans la transformation des produits 28

N AT U R E L L E S

Au titre de la diversification des produits de pêche, Oumar Guèye souhaite que le Sénégal ne rate pas le démarrage de l’aquaculture.

halieutiques ont des vestiaires pour se changer ; elles peuvent confier leurs enfants à une garderie, trier les déchets pour rendre le site propre, mais aussi avoir des débouchés à l’export, notamment dans la fabrication de farine de poisson et de produits pour les industries pharmaceutiques et cosmétiques, ainsi que dans l’agriculture. Enfin, au titre de la diversification des produits de pêche, Oumar Guèye souhaite que le Sénégal ne rate pas le démarrage de l’aquac u lt u re « qu i s e d é ve l o p p e d e maniè re e x ponentiell e d an s l e monde », a-t-il rappelé. L’Agence nationale de l’aquaculture (ANA) a investi 1 milliard de F.CFA, en 2015, pour dy na miser ce secteur. Le potentiel aquacole est très important en raison de la présence de trois f leuves (Sénéga l, Gambie,

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C a s a m a n c e) , d ’e s t u a i r e s a u Sine-Saloum, d ’un lac à Guiers (280 km 2) et de nombreux bassins de rétention en plus de la façade maritime. Chaque année, le Sénégal récolte 30 000 tonnes de crevettes dans les régions de Casamance et de Saint-Louis, mais pourrait faire plus. « Nou s voudr ion s que les Sénégalais s’intéressent davantage à l’aquaculture qui va régler le déficit de production au niveau maritime », a soutenu Oumar Guèye, rappelant que l’aquaculture avait un taux de croissance très élevé, supérieur à celui de l’élevage et de l’agriculture. D’où d’ailleurs l’intérêt manifesté par les bailleurs étrangers (BID, BOAD et Banque mondiale), ou encore la construction d’un centre de recherche et de formation sur les espèces marines, financé par la Corée du Sud à travers la KOICA. n


T R A N S P O R TS

Enjeu stratégique d’un positionnement du Sénégal comme hub sous-régional, la relance du chemin de fer est en marche. De la réhabilitation des infrastructures existantes à la construction d’un TER, des chantiers incontournables pour moderniser le pays.

La renaissance du rail Djamila Colleu, envoyée spéciale à Dakar

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e veux entrer dans l’histoire par le rail. » Ainsi s’exprime le secrétaire d’État chargé du réseau ferroviaire, Abdou Ndéné Sall, qui s’attelle depuis 2012 à la relance du chemin de fer au Sénégal. À l’indépendance, le pays possédait 1 034 kilomètres de voies ferrées. Il n’en reste plus que 930,6 km, dont seulement 691 km sont en exploitation. Outil stratégique d’intégration régionale, débouché clé pour le port de Dakar et son hinterland vers le Mali et les pays limitrophes, le rail a connu depuis les années 2000 un déclin progressif. Vétusté du matériel roulant, insécurité pour les voyageurs, concurrence de la route, tous les facteurs ont été réunis pour lui barrer la voie du développement. Pourtant, le rail présente un avantage compétitif indéniable sur la route. La réforme ferroviaire ambitionne de lancer sept projets majeurs pour doter le pays d’un maillage équilibré : réhabilitation du chemin de fer entre le Sénégal et le Mali, lancement du TER, construction de cinq lignes du nord au sud du Sénégal. Chemin de fer my t hique, trait d ’union entre le Mali et le Sénéga l depuis 1924, le Da karBama ko n’assure plus le transport de voyageurs. Seule subsiste une liaison hebdomadaire de fret. Pourtant, le corridor entre les deux capitales draine plus de 3 millions de tonnes de ma rcha ndises en 2015, la moitié du trafic international du Mali, transporté à 90 % par la route. Ce niveau de circulation a engendré une dégradation rapide des infrastructures routières et des contraintes multiples liées aux taxes et prélèvements officiels 30

et occultes. De 250 à 300 camions circulent chaque jour entre Dakar et Bamako ; non sans des problèmes de distorsion avec la fraude, la surcharge, l’insécurité. L’enjeu est de relancer le transport ferroviaire national et international, de fret et de voyageurs, entre le Sénégal, le Mali et la sous-région, pour passer à un trafic de 6 millions de tonnes à moyen terme, en augmentant la part de marché du secteur ferroviaire dans le transport de fret à destination ou en prove-

À l’image de l’Afrique du Sud avec le Gautrain qui relie Pretoria à Johannesburg, le Sénégal pourrait devenir un modèle dans le domaine du transport durable en Afrique subsaharienne. 

nance de l’hinterland, en réduisant le coût du transport, facteur de compétitivité du port de Dakar, et en désenclavant les territoires. La réhabilitation du chemin de fer Dakar à Bamako se structure progressivement. Abdou Ndné Sall est satisfait de l’avancée du dossier : « Nous avons retiré la concession à la société Transrail depuis le 7 mars 2015 et créé dans la foulée une société transitoire pour gérer la concession : Dakar Bamako Ferroviaire (DBF), détenue à parité par le Mali et le

Dans un contexte de concurrence accrue avec les ports de la sous-région, la relance du chemin de fer est un gage de regain de compétitivité pour le port de Dakar.

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Le Train express régional est bien engagé À l’horizon 2019, le Train express régional, un des projets phare du PSE, reliera Dakar à l’aéroport international Blaise-Diagne de Diass, dont l’ouverture est annoncée pour avril 2017. La première liaison rapide ferroviaire du Sénégal couvrira 58 kilomètres en 45 minutes. En révolutionnant la mobilité urbaine de la métropole dakaroise, aujourd’hui chaotique et saturée, le TER desservira 14 gares du centre-ville de Dakar à la nouvelle ville de Diamniadio dans une première phase de 36 km, puis jusqu’au nouvel aéroport dans un second temps. Un transport de masse essentiel pour une agglomération de plus de 3,5 millions d’habitants. Le trafic attendu s’élève à 115 000 voyageurs par jour qui devront débourser entre 350 et 500 F.CFA. Avec l’arrivée du TER, six nouvelles gares seront construites (Dakar, Diamniadio, Colobane, Thiaroye, Bargny, Rufisque) et de nombreux ouvrages ferroviaires seront aménagés. En rénovant l’emprise existante, celle du petit train de banlieue qui va de Dakar jusqu’à Rufisque et Thiès, le TER s’inscrit dans une nouvelle génération de trains régionaux hybrides (ou bimodes) lancée depuis dix ans. Capables de rouler sous un mode électrique ou thermique (diesel), un choix important car il permet une autonomie énergétique dans le contexte d’un pays comme le Sénégal qui n’a toujours pas atteint son autonomie énergétique, un enjeu pour que le transport des passagers se déroule sans difficulté. Le coût du projet est évalué à 451 milliards de F.CFA pour la première phase, un montant aussi lourd que celui de l’aéroport. Le gouvernement du Sénégal, pour marquer la priorité d’un projet de cette envergure, a annoncé un financement

Sénégal. Un administrateur provisoire a été nommé. Nous recherchons actuellement un opérateur privé. » La société Transrail et son actionnaire majoritaire Advens, représentée par l’homme d’affaires Abbas Jaber, a été évincée ; le gouvernement souhaitant cesser rapidement le contrat de concession qui devait se poursuivre jusqu’en 2028. Sorti de cette situation, l’État a récupéré la maîtrise du chemin de fer, charge à lui de verser des indemnités à Transrail. Négociations en série L’étape est également nouvelle pour les cheminots ; 1 700 salariés (dont 900 Sénégalais) sont rassurés sur leur avenir. Le schéma de gouvernance sera bouclé lorsque le nouvel exploitant aura été choisi. La procédure de désignation d’un opérateur définitif remplaçant Dakar Bamako

sur le budget national à hauteur de 100 milliards de F.CFA et un appui financier de la BAD, la BID et l’AFD. Les pouvoirs publics ont contracté une assistance à maîtrise d’ouvrage avec Systra, une entreprise française de conseil et d’ingénierie. Jean-Christophe Rouja, directeur régional en charge de l’Afrique subsaharienne, commente : « Peu de villes africaines font émerger des transports de masse. Seule l’Afrique du Sud est un peu spéciale avec le Gautrain qui relie Pretoria à Johannesburg, un des trains les plus rapides et modernes. Le Sénégal pourrait devenir un modèle dans le domaine du transport durable en Afrique subsaharienne. » À l’issue des premiers appels d’offres, le marché du matériel roulant a été attribué à Alstom pour 149 milliards de F.CFA. Les appels d’offres pour la construction des gares ont été lancés en avril 2016 pour une attribution des marchés fin juin. Le démarrage des travaux est prévu pour la fin de l’année. Une soixantaine d’entreprises ont soumissionné : françaises, espagnoles, turcs, canadiennes, sud-africaines. Au-delà de l’impact sur le transport, la réalisation du TER permettra de créer plus de 500 emplois pendant la construction et 250 en phase d’exploitation. Dans un secteur encore dominé par l’informel, les cars rapides et les « Ndiaga Ndiaye », un autre projet sort des limbes : le Bus Rapide Transit (BRT), sorte d’épine dorsale du TER, un projet soutenu par la Banque mondiale, qui compléterait ainsi l’architecture de transport urbain. Après l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio qui a déjà produit des effets positifs sur la métropole de Dakar, le premier TER en Afrique subsaharienne constitue une offre de transport collectif adaptée aux besoins futurs des populations. L’enjeu est celui d’un transport plus abordable, plus sécurisé et plus écologique !

Ferroviaire devrait être lancée dans les mois qui suivent. L’intérêt s’aiguise, côté investisseurs : Dangote, Bolloré, un groupe indien, manifesteraient leur intérêt pour la reprise de l’exploitation de la ligne de chemin de fer. Côté cha nt ier, l ’État est au milieu du gué. Les travaux conséquents intégreraient, notamment, la réhabilitation de la plateforme et la reconstruction des ouvrages d’art nombreux au Mali -, la rénovation des voies ferrées, l’acquisition de matériels roulants et équipements ferroviaires, et l’aménagement de 14 gares. Désireux d’avancer rapidement, le gouvernement a signé en avril 2016 un contrat commercial avec China Railway Corporation Construction pour un projet de 754 milliards de F.CFA. Le contrat est subordonné à l’obtention par CRCC d’un prêt auprès de China Eximbank, sur la

base d’un taux concessionnel de 2 %, ce qui ne semblerait pas aisé dans la conjoncture actuelle. Le chantier permettra de créer 20 000 emplois, dont 70 % locaux. C’est l’engagement inscrit dans le contrat actuel. Sollicitée en 2014, La Banque mondiale a lancé une étude qui devrait aboutir à des préconisations d’ici à la fin de l’année. Les négociations se poursuivent avec le gouvernement sénégalais. Dans un contexte de concurrence accrue avec les ports de la sous-région, la relance du chemin de fer est un gage de regain de compétitivité pour le port de Dakar. L’interconnexion avec le rail est en cours de discussion avec le gestionnaire privé Dakar Dubai Port World. En dépit de la complexité de la relance ferroviaire, c’est un pari ambitieux pour l’intégration régionale et les débouchés commerciaux qui se dessine. n

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U R BA N I S M E

Impulser un second souffle à la capitale sénégalaise, tel est le pari de la création de la ville nouvelle de Diamniadio, une ville durable et connectée. Le calendrier de construction des infrastructures est particulièrement serré.

Diamniadio, l’ambition d’une ville moderne

Djamila Colleu, envoyée spéciale à Dakar

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ur l’autoroute de l’Avenir, à environ 40 minutes du centre de Dakar, la ville nouvelle de Diamniadio affiche ses constructions. Repérable par le nombre de grues qui s’y déploient, la ville s’étend sur plus de 2 000 hectares. Désengorger la presqu’île du Cap-Vert où se concentrent près de 3 millions d’habitants, tel est l’enjeu prioritaire de la ville du futur. Pensée dans un second temps, après le lancement de l’aéroport et de l’autoroute, la ville nouvelle s’intègre a posteriori dans ce triangle précurseur d’une nouvelle donne pour l’aménagement du territoire. Pour Alioune Badiane, directeur des programmes d’ONU Habitat, « avec Diamniadio, le front de l’habitat se déplace vers ce pôle urbain, ce qui 32

permettra de desserrer Dakar pour développer une métropole plus respirable qui pourra abriter 10 millions d’habitants à l’horizon 2030 ». Bâtie sur un terrain appartenant à la communauté Leboue, qui l’a délaissé car le sol n’était pas adapté à des constructions de petite taille, le pôle urbain se décline en hauteur avec des habitations de plusieurs étages. Lancé off iciellement en mai 2014, il se structure autour d’un « germe de ville », le Centre international de conférence Abdou-Diouf, premier bâtiment sorti de terre en un temps record pour abriter le 15e Sommet de la Francophonie, en novembre 2014. Depuis la pose de la première pierre, en mai 2014, des promoteurs immobiliers, qualif iés de

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Le centre international de conférences Abdou-Diouf à Diamniadio.

« développeurs », se sont vus octroyer des centaines d ’hectares à titre gracieux en l’échange de la réalisation de logements de standing divers (du logement social au haut de gamme), de la viabilisation des terrains et de leur commercialisation. Les premiers groupes immobiliers retenus, le sénégalais Teyliom dirigé par Yerim Sow et le marocain Alliances, ont été rejoints par l’entreprise sénégalaise Getran (Générale de travaux publics et de négoce), la société indienne SenegIndia, puis Madina Invest et l ’émirati Doozy Gulf Group. Le programme d’ensemble intègre deux phases dont la première, d’une durée de trois ans, vise à aménager 700 hectares sur lesquels seront construits 15 000 logements sociaux. À l’horizon d’une quinzaine


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d’années, 40 000 logements devraient voir le jour. Si le gros œuvre est aujourd’hui bien engagé, la livraison des habitations accuse un certain retard, plus ou moins conséquent selon les promoteurs immobiliers. Un parc industriel tourné vers la Chine Les équipements publics émergent prog ressivement. La deu x ième u n iversité de Da k a r, bapt isée Amadou-Makhtar-M’Bow, du nom de l’ancien directeur général de l’Unesco, programmée pour ouvrir ses portes en octobre 2016, pourrait accueillir 30 000 étudiants sur un campus de 50 hectares. Le coût du chantier est estimé à 75 milliards de F.CFA. Dispensant des enseignements scientifiques, économiques, c’est un souffle d’air pour l’université Cheikh-Anta- Diop dont les amphithéâtres sont saturés. Dans le domaine de la santé, l’Institut Pasteur de Dakar disposera d’une nouvelle unité de fabrication de vaccins contre la fièvre jaune, installée sur un terrain de 2 hectares ; les travaux devraient démarrer fin 2016 pour s’achever en 2018. Un pa rc i ndust r iel doté de deux hangars - dont le premier est quasiment achevé - est en cours de construction par l’entreprise chinoise CGCOP sur plus de 50 hectares.

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L’ambition est d’accueillir, à terme, des entreprises manufacturières délocalisées au Sénégal. Le groupe chinois C & H Garment Company, déjà présent au Rwanda, devrait construire une usine de confection de vêtements et créer 1 000 emplois. Un projet qui devait s’enclencher en juin 2016 mais qui a pris du retard. Une Smart City Au cœur de la ville nouvelle, le projet de parc technique numérique suscite l ’ intérêt de plus d ’u ne v ing ta ine d ’ent reprises, pa rmi lesquelles le français Atos (services

Une dynamique tournée vers une « Smart City », concept dans l’air du temps, se dessine avec pour ambition de mieux vivre la ville, la rendre plus agréable et attractive, optimiser la gestion urbaine…

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b â t i s s e u r s

nu mér iques) et l ’opérateu r de téléphonie mobile Tigo Sénégal. I n s t a l lé lo c a le me nt d e pu i s plus d ’un an avec une centaine d’employés, Atos envisage de créer un millier d’emplois au Sénégal. Des projets de format ion sont engagés avec les écoles d’ingénieurs pour former des professionnels sur le continent. Le Parc des technologies, financé par la BAD (Banque africaine de développement) à hauteur de plus de 45 milliards de F.CFA, ambitionne de développer sur 25 hectares la plus grande plateforme régionale numérique, avec pour objectif la création de 35 000 emplois directs et 105 000 emplois indirects. Une dynamique tournée vers une Smart City, concept dans l’air du temps, se dessine avec pour ambition de mieux vivre la ville, la rendre plus agréable et attractive, optimiser la gestion urbaine… autant de promesses véhiculées derrière le concept de « ville intelligente ». À ce stade, Diamniadio prévoit des écoquartiers, 15 % d’espaces verts, des bassins… Les prémices d’une ville durable mêlant le futur de l’innovation et du collaboratif. La future métropole se construit pas à pas. Néanmoins des inconnues demeurent. Les habitations commencent à être livrées, mais la mobilité n’est pas encore à la hauteur d’une métropole d’avenir. Aujourd’hui, l’accès à Diamniadio n’est possible que par l’autoroute. L’aéroport ne devrait pas ouvrir ava nt av r i l 2017. L e t r a nspor t collectif, concrétisé par l’aménagement du Train express régional, n’est prévu que pour 2019. Dans cette phase charnière de près de deux ans, une solution de mobilité urbaine durable, du type transport urbain public ou privé, devra être trouvée. À terme, le coût du péage autoroutier, aujourd’hui de l’ordre de 2 euros, un des plus chers du continent, devrait baisser. La planification des activités de la ville nouvelle en est au stade embryonnaire et interroge sur le modèle économique de Diamniadio. Avec la création de cette zone c’est l’ensemble du paysage urbain du sud-est de Dakar qui opère une reconfiguration, un défi ambitieux pour réinventer la ville de demain. n

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Le premier à avoir cru à l’édification d’un centre de services et d’activités industrielles et artisanales à Diamniadio, le Groupe Getran a pris une longueur d’avance sur ses concurrents y compris dans le nouveau pôle urbain. Reportage de Christine Holzbauer

Getran, un groupe sénégalais au cœur de Diamniadio


Les premiers immeubles en finition que l’on aperçoit à la sortie de l’autoroute à péage conduisant à Diamniadio, la ville nouvelle destinée à désengorger Dakar, ont été construits par le groupe sénégalais Générale de travaux publics et de négoce (Getran). Sur les 60 hectares que Getran a reçus de l’État pour exécuter les programmes de la première phase de développement de la zone industrielle de Diamniadio, 38 hectares se trouvent dans le nouveau pôle urbain. Le reste sera consacré à l’édification de la future cité artisanale dont les nouveaux plans, après adoption, devraient permettre de commencer les travaux prévus pour une durée de deux ans. Pour Ndéné Ndiaye, le secrétaire général de Getran, ce futur centre de services et d’activités industrielles et artisanales « contribuera sans nul doute à l’attractivité et à la durabilité du nouveau pôle urbain de Diamniadio » et, donc, permettra à Getran de marquer durablement de son empreinte le nouveau paysage industriel du pays. Pour l’instant, la priorité est à la livraison de la première tranche du parc immobilier qui devait être achevée en décembre 2016, mais qui a été retardée en raison de la difficulté d’accéder aux chantiers pendant la saison des pluies. Pointant les terrains vides de l’autre côté de l’autoroute, l’administrateur de Getran explique que quatre autres groupes ont été retenus pour la réalisation des programmes résidentiels de Diamniadio. Or, « seul SénégIndia sera en mesure de livrer quelques logements d’ ici à l’ été », affirme-t-il. Teyliom (présidé par Yerim Sow) a juste commencé à terrasser. Quant aux groupes marocains Alliances et Médina Invest et émirati Doozy Gulf Group, ils « n’ont à ce jour réalisé aucun investissement pour viabiliser leurs quelque 100 hectares de parcelle » et pourraient, donc, se les voir retirer par la Direction des Pôles urbains de Diamniadio et du lac Rose (DGPE).

Le président Macky Sall (à droite) en compagnie de Mar Thiam, directeur général de Getran.

s’échelonnant entre 15/20 millions de F.CFA pour les bâtiments les plus économiques à 50/60 millions de F.CFA dans la catégorie intermédiaire – très prisée de la diaspora – pour atteindre 400 millions de F.CFA pour les très grandes surfaces (plus de 800 m2) avec vue au loin sur le lac Rose ou bien la porte de Bargny. Les immeubles de très grand standing, qui bordent l’autoroute, sont plutôt destinés à une clientèle de bureau, aux banques ou bien aux services administratifs, y compris de l’État. Sur le chantier, c’est une autre femme qui officie. Ingénieur en génie civil spécialisée dans le BTP, Delphine Gnancadja, originaire du Bénin, est mariée à un Béninois, lui aussi ingénieur. Pour elle, la prouesse technique était de parvenir à stabiliser le sol argileux avant même de construire car, sans cela, les fondations auraient été fragilisées. « Sur des bâtiments R+8, c’est indispensable si on ne veut pas avoir de mauvaises surprises. Du coup, tout a été surdimensionné ! », dit-elle. Partout, les grues

Fort engouement de la diaspora Manuela Diop est la responsable commerciale de Getran Immo. Cette Sénégalaise, née à Bordeaux, est rentrée au pays « parce que c’est là que ça passe ! », dit-elle fièrement. La jeune femme explique le succès remporté par la phase 1 du projet de Getran – déjà quasiment vendu avant même d’être fini de construire – par le fait que son promoteur, Mar Thiam, s’est engagé à fond dès le départ. « Pendant longtemps, nous avons été les seuls à vouloir courir le risque de venir à Diamniadio mais, au final, ça paye ! », ajoute-t-elle. Appelé « Cité de l’émergence », ce programme offre à la vente en copropriété plus de 1 000 appartements dont 374 seront livrés « clés en main » d’ici à juillet 2016. Ces « Résidences de l’espoir » vont du F3 au F7 avec des prix COMMUNIQUÉ


géantes de Getran s’activent pour tenir les délais. Pour l’instant, 33 immeubles de quatre à huit étages sont sortis de terre (134 de prévus en deux ans), dont 22 réservés aux logements sociaux. Ils sont tous équipés d’un ascenseur. Les appartements, sobres mais spacieux, sont complètement aménagés avec une salle d’eau et des toilettes séparées. La disposition est conçue pour favoriser la vie à la sénégalaise. « Ici, les immeubles portent les noms d’anciens rois : Almamy, Buur, Cherif ou Damel. C’est dire l’ importance que nous accordons à la convivialité des lieux et au fait que l’on se sente tout de suite chez soi », souligne la chef de projet.

© PROMOPLAN

Des quartiers intégrés En plus des parkings souterrains et des kilomètres de voirie, les aménagements prévus à l’extérieur comprennent des équipements sanitaires, socioculturels et sportifs, dont plusieurs piscines, un hôtel cinq étoiles, des centres commerciaux, des lieux de culte et plus de 10 000 m2 d’espaces verts. En visite au début de l’année, le Syndicat des architectes du Sénégal (SYNAS) s’est réjoui que Getran joue la carte nationale et emploie pas moins de

11 architectes assermentés. Ces derniers sont chargés d’encadrer le programme avec neuf ingénieurs de structure, 100 cadres pour le personnel d’encadrement, 300 ouvriers spécialisés et 600 manœuvres. Reste maintenant à l’État à jouer sa partition en promulguant les cotes de niveaux afin que les travaux de raccordement puissent démarrer. « Tant que le réseau principal n’est pas raccordé à la station d’épuration, aucun logement ne pourra être livré. Cela vaut, aussi, pour l’électricité », a averti le président du SYNAS, Ousseynou Faye, qui en a profité pour réclamer la « préférence nationale » pour les privés sénégalais. Tanor Dieng est un architecte spécialisé dans les gares routières. Il a été choisi pour réaliser les plans de la future cité artisanale dont le groupe Getran sera le développeur. Située entre l’usine de production de béton de Getran industries, qui alimente les chantiers de Getran Immo et ceux de ses concurrents, et le parc industriel de Diamniadio, le futur centre de services et d’activités industrielles et artisanales s’étendra sur une superficie d’environ 100 hectares. Ceux-ci ont déjà été octroyés à Getran. Cette proximité avec le nouveau pôle urbain constitue une aubaine, selon Tanor Dieng. « Créer un nouveau lieu d’activités, c’est


l’opportunité de l’intégrer immédiatement aux enjeux de la ville, de ne pas l’isoler et ainsi de ne pas créer un nouveau secteur à part ! », insiste l’architecte. Destiné à devenir un quartier à part entière, ce nouveau lieu d’activité consacré à l’artisanat industriel aura aussi pour vocation d’être « un lieu de vie et d’échanges où les qualités architecturales et environnementales seront des facteurs d’attractivité ». Dès lors, l’ensemble des activités de production s’y regrouperont en un « quartier habillement esthétique » avec 11 activités artisanales ; un « quartier bois et bâtiment » avec 14 activités artisanales ; un « quartier agroalimentaire » incluant toute la chaîne de transformation agroalimentaire et halieutique ; et, enfin, un « quartier maintenance et électronique » pour les appareils informatiques susceptibles de tomber en panne. En plus de tous ces ateliers, il a également été prévu un centre d’usinage en menuiserie-bois équipé de machines modernes adaptées à la production en série et à la finition, une zone d’exposition permanente des produits d’élite sortis des unités de production du centre, et une centrale d’achat pour le bois et la quincaillerie. Enfin, ce centre de services et d’activités industrielles et artisanales sera doté d’une salle de conférences polyvalente pouvant abriter

des séminaires, des ateliers et des expositions, ainsi que d’un centre de recherche pour développer les nouvelles technologies et les nouvelles tendances dans le secteur de l’artisanat. Alassane Bâ, ingénieur en génie civil et conducteur de travaux chez Getran industries, aura la tâche de superviser la construction et la mise en fonction des nouvelles installations de la cité artisanale. « Le projet est ambitieux mais tout à fait réalisable, explique-t-il dans le vacarme des bétonnières. Le groupe fabrique déjà 60 m3 de béton par jour et avec les deux nouvelles unités que nous sommes en train de construire, nous serons en mesure de fournir – sur site – les matériaux de construction pour l’ édification du centre. Tout en continuant à approvisionner les groupes concurrents », ajoute-t-il. Située à la lisière du périmètre de la cité industrielle de Diamniadio, où seuls les hangars des Chinois, pour l’instant, sont sortis de terre, Getran industries est en train d’inventer une nouvelle forme de in-shoring puisque son emprise industrielle ne cesse de s’étendre. Alors que d’autres peinent encore à faire leur off-shoring ! http://groupegetran.com COMMUNIQUÉ


E N T R E P R I S E S

Dans la course au développement durable et citoyen que le PSE a suscité, les entreprises étrangères ont un rôle considérable à jouer pour l’émergence du pays. Sans que, pour autant, les nationaux soient écartés ou lésés.

Groupes étrangers versus sociétés sénégalaises Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

L

es liens historiques étroits entre le Sénégal et la France, ainsi que de nombreuses similitudes dans leurs environnements institutionnels, ont toujours favorisé les relations commerciales entre les deux pays. Avec, comme corollaire, une forte implantation des entreprises françaises qui sont, aussi, de gros pourvoyeurs d’emplois. Tous les secteurs de l ’économie sont concernés en commençant par le plus lucratif, les télécommunications : la Sonatel, filiale d’Orange, est dirigée depuis 2012 par un Sénégalais du sérail, Alioune Ndiaye. Nommé en septembre 2015 comme nouveau directeur généra l adjoint de la Sonatel par la direction Afrique d’Orange, Thierry Marigny partage la même vision sur la façon dont l’entreprise peut contribuer à l’émergence du Sénégal. La Sonatel publie depuis 2005 un rapport annuel sur sa RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) et finance, depuis 2002, des actions humanitaires en faveur des populations dans le cadre de sa Fondation. Au vu des bénéfices qu’elle engrange, chaque année, et qui défraient régulièrement la chronique, ce positionnement d’entreprise responsable et citoyenne aide à faire passer la pilule. « Une entreprise qui a adopté un plan RSE, ça se voit et ça s’affiche ! », clame Philippe Barry, ancien secrétaire permanent de l’association qui regroupe les indus38

tries et les mines au Sénégal et est devenu, aujourd’hui, une référence pour évaluer les programmes de RSE. Par l’intermédiaire de sa plateforme, il accompagne les entreprises privées, – sénégalaises comme étrangères –, pour qu’elles empruntent le chemin vertueux, bien que parfois ardu, de la RSE et les aide à canaliser leurs interventions en matière de développement durable et d’actions citoyennes. Forte présence française La filiale sénégalaise d’Eiffage est un mécène convaincu. Son PDG, Gérard Sénac, fait aujourd’hui partie du paysage avec l’autoroute à péage qu’il a construite et qu’il gère actuellement par l’intermédiaire de sa société d’exploitation. « Cela ne veut pas forcément dire qu’il a mis en place un plan de RSE qui soit contraignant et réglementé », observe Philippe Barry qui a, pourtant, accompagné l’entreprise dans nombre de ses « actions RSE ». Dans les transports maritimes et la logistique, où figurent en bonne place des groupes français comme Necotrans ou Bolloré, le problème, c’est que « le plan de RSE ne concerne pas la filiale locale, mais reste au niveau de la maison mère », avertit Philippe Barry. C’est vrai aussi dans la cimenterie avec Vicat, le tourisme avec le groupe Accor, le Club Méditerranée, qui va bientôt faire son retour à Cap Skirring, Air France ou encore Corsair. Les filiales au Sénégal des grandes banques et

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compagnies d’assurances françaises avec la SGBS, la BICIS, Axa Sénégal et Gras Savoye, ou la distribution avec Total pour les carburants et Casino, qui a repris l’enseigne Score, pour l’alimentation, ne dérogent pas à cette règle. Dans les mines, notamment, le zircon avec Eramet-Mineral Deposits (Grande Côte Opérations), auxquelles s’ajoutent nombre de sociétés canadiennes, souvent francophones, comme Teranga Gold mais aussi Iamgold ou Randgold Resources, la RSE a en revanche enregistré de belles avancées et permis de nombreuses réalisations sur le terrain. Ce qui n’a pas été le cas pour des groupes comme Arcelor Mittal, Petro Tine ou Dangote…

Le Sénégal attire de nombreuses entreprises étrangères. Sans que cela ne plaise, forcément, aux « nationaux », surtout dans les secteurs prioritaires de l’Émergence, pour lesquels ils réclament une préférence nationale.


www.eiffage.sn

La RSE d’EIFFAGE au Sénégal Christine Holzbauer

• Réhabilitation de la Voix du Nord. Lien culturel entre le Sénégal et la Mauritanie, la Radio Régionale de Saint-Louis a été inaugurée le 18 décembre 2014 après avoir été complètement réhabilitée par Eiffage Sénégal. La cérémonie, animée par les chanteurs Abdou Guité Seck et Baaba Maal, s’est déroulée devant un parterre de personnalités et de diplomates. Les ministres malien et mauritanien de la Communication étaient également présents. Leur homologue sénégalais en a profité pour demander qu’un Musée de la Communication soit érigé à Saint-Louis pour sauvegarder la mémoire des hommes qui ont marqué l’histoire de la radio au Sénégal. • L’inauguration du Musée Léopold-Sédar-Senghor. Le président Macky Sall y a convié son homologue François Hollande lors du Sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Dakar en décembre 2014. L’ancienne Maison du président Léopold Sédar Senghor a été entièrement réhabilitée par Eiffage Sénégal et rebaptisée le « Musée les dents de la mer ». Une soirée animée par le chanteur Ismaël Lô a fêté l’ouverture au public. • Le Marathon Eiffage de l’Autoroute de Dakar (Marathon International), dont la première édition s’est déroulée à Diamniadio du 13 au 14 février 2016, a été plébiscité par le public et les participants. « 65 pays ont répondu à l’appel […] Je suis convaincu que nous trouverons un accord pour faire mieux et devenir plus professionnel. C’est déjà une bonne opération avec près de 20 000 participants », a déclaré Gérard Sénac à l’issue

de la course. Pour préparer ce marathon, les « furets » d’Eiffage avaient effectué un stage sportif et éco-citoyen d’une semaine à Djilor. Un kid stadium pour les enfants et la construction d’un bâtiment en voûte nubienne pour le GIE des femmes de Nandoor ont complété cette action. À la fin du stage, les furets ont participé à la 20e édition du semi-marathon de la Somone organisée par le club « Les caïmans de Dakar ». • Journée d’échange et pose de la 1re pierre au Centre Aminata Mbaye. Dans le cadre des événements ponctuant les 90 ans d’Eiffage au Sénégal, une journée d’échange a été organisée le 23 avril 2016 avec les enfants du Centre Aminata Mbaye, spécialisé dans la prise en charge des jeunes déficients mentaux. Eiffage, en collaboration avec le Village Pilote (partenariat de longue date de l’Association Asedeme qui gère le Centre), a entamé la construction d’un bâtiment devant abriter une salle d’éveil et un centre de ressources. Mamadou Talla, ministre de la Formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’artisanat, a profité de l’occasion pour poser la première pierre de ce bâtiment en présence de Madame Aissatou Cissé, conseillère spéciale du Président. • Réhabilitation de la Maison des élus locaux du Sénégal. C’est sur demande expresse du président de l’Association des Maires du Sénégal, Aliou Sall, qu’Eiffage Sénégal a entrepris les travaux. Ils ont consisté en la réhabilitation du bâtiment, le réaménagement des pièces, la reconstruction de cloisons, du mur mitoyen, la reprise partielle de la charpente, de toute la serrurerie, quincaillerie, du faux plafond, de la peinture, la mise en conformité du réseau électrique, de la plomberie et des sanitaires ainsi que l’installation du système incendie. « Nos attentes ont été de loin dépassées » a déclaré Aliou Sall, lors de la cérémonie de réception qui a eu lieu le 6 mai 2016. • Le Concours des meilleurs Comités d’hygiène et de sécurité du travail (CHST), 2e édition, s’est tenu le 30 avril 2016 lors de la 20e édition des Journées africaines de la prévention des risques professionnels (JAP). Organisée par la caisse de Sécurité Sociale, la manifestation a sacré l’entreprise Eiffage Sénégal, pour la deuxième fois consécutive, comme lauréate du concours du meilleur CHST du Sénégal. COMMUNIQUÉ

© PROMOPLAN

Gérard Sénac PDG Eiffage Sénégal

Les actions de Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) de la société dirigée par Gérard Sénac, le patron d’Eiffage Sénégal, visent à réhabiliter et à préserver le patrimoine culturel sénégalais ou à intervenir dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’environnement, de l’hygiène, du sport, etc. Parmi les exemples récents figurent :


E N T R E P R I S E S

« Contraire ment à ce r taine s affirmations, il n’y a pas de faveurs accordées par le Sénégal aux entreprises françaises qui sont de plus en plus attirées par ce pays depuis la seconde alternance politique en mars 2012 et le lancement du PSE », commente le professeur Omar NDiaye, qui appartient la Convergence des cadres républicains en France où il codirige la section de l’APR (le parti de Macky Sall) à Tours. L’économiste de la diaspora rappelle que les grands g roup e s é t r a nger s supp or tent d’importants coûts pour s’adapter aux normes institutionnelles des pays où ils s’ implantent. A lors que ce coût est moindre lorsque l’environnement institutionnel est semblable à celui de leur pays d’origine. « L’augmentation de la distance institutionnelle augmente les coûts d’implémentation et réduit à la fois le nombre de firmes multinationales et le montant investi par ces firmes. Ce qui n’est pas le cas entre le Sénégal et la France. » Même si, en termes d’IDE (Investissements directs étrangers), le Sénégal est en dessous de la moyenne des 2,6 % du PIB des pays africains au sud du Sahara avec, en 2014, un flux d’IDE entré au Sénégal évalué à 2,2 % du PIB. Nouveaux arrivants D’autres grands groupes étrangers, déjà présents depuis un moment au Sénégal, représentent une source d’investissements considérables. Il s’agit de sociétés italiennes mais aussi espagnoles qui ont pris beaucoup d’importance ces dernières années en raison d’une forte émigration sénégalaise dans ces pays ; des ÉtatsUnis avec Mobil, Colgate-Palmolive, Parke-Davis, Citibank, Coca-Cola, GTI ; ou bien de la Suisse avec la Société générale de surveillance et le groupe Nestlé pour n’en citer que quelques-uns. Parmi les BRICS, l’Inde est très présente depuis le rachat de fleurons que sont les Industries chimiques du Sénégal (ICS) et Senbus Industries. Tandis que des « nouveaux arrivants » comme la Chine, le Maroc, la Turquie et la Malaisie tentent de ravir des marchés en devenant des partenaires « engagés » du Sénégal. Sans que cela ne plaise, forcé40

ment, aux « nationaux », surtout s’il s’agit de secteurs prioritaires du PSE pour lesquels ils réclament une préférence nationa le. C’est dans le BTP et l’immobilier que les tensions sont les plus exacerbées. Prenons l’exemple du marché de la « Cité de l’Émergence » sur le site de l’ex-gare routière Pompiers à Dakar. C e prog ra m me su r 3 hec t a res d ’un coût estimé à 21 milliards de F.CFA vise la construction de 650 logements sociaux. Au final, i l a été at t r ibué à u ne société marocaine, Addoha. Idem avec le projet de la « Cité de l’Avenir » c omp o s é d e 1 2 t ou r s of f r a nt 400  logements sociaux à la Patte d’Oie pour un coût de 12 milliards de F.CFA, qui a également échappé aux promoteurs sénégalais. Préférence nationale Babaca r Faye, président du Regroupement des promoteurs privés immobi liers du Sénéga l (R PIS), reconna ît qu’ i l y a eu « quelques avancées avec le lancement des pôles urbains du lac Rose et de Diamniadio ». Même si l’État semble avoir compris que sa vision d’un Sénégal émergent ne pourra pas se faire sans une forte implication des entreprises nationales, l’attente « confiante » suscitée par les programmes du PSE est toujours là. « Dans la promotion immobilière, il ne s’agit pas de produire mais de mettre sur le marché des maisons accessibles au pouvoir d’achat des Sénégalais », avertit le président du RPIS, qui insiste : « Nous ne voulons pas prendre le train en marche, mais être le train, car personne ne va construire notre pays à notre place ! » Pour Oumar Sow, président du Syndicat professionnel des entrepreneurs de BTP, rien n’a changé : « Les problèmes sont les mêmes et on ne voit pas un début de solution. » Il se plaint, ainsi, que l’image de la profession a été ternie. « On a été taxés de “secteur de cartel” avec des ententes entre les grosses boîtes et avec des surfacturations. Tout ceci n’est que justifications pour faire venir des entreprises étrangères, comme on le constate d’ailleurs depuis 2000. » Aujourd’hui, le principal obstacle pour les promoteurs immobiliers privés au Sénégal, selon lui, réside

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Le chantier de l’autoroute DakarDiamniadio.

dans l’accès au foncier à coût réduit. Une faveur qui semble être faite aux entreprises étrangères comme en attestent les 375 ha qui leur ont été accordés à Diamniadio. D’autant, s’insurge-t-il, qu’elle s’accompagne d ’u ne déf isc a l isat ion pa r t iel le quand il s’agit de la construction de logements sociaux : « Quand on les exonère de l’impôt sur les bénéfices, les promoteurs étrangers rapatrient tout l’argent et l’État n’y gagne rien. Il enregistre même une perte. Ce que nous ne pouvons pas avoir chez eux. Aussi, l’État doit-il revenir à la raison… » Depuis l’indépendance, hormis Patte d’Oie Builders, aucune société étrangère n’a jamais construit au Sénégal, fait-il valoir. « Les gens ont grandi dans les logements HLM, SICAP, Sipres, construits par des Sénégalais, et nous allons maintenant investir à Bambilor, à Yène et au lac Rose. Nous verrons bien, alors, si l’État nous mettra sur un pied d’égalité avec les étrangers ! » n


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BA N Q U E S

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Le groupe Coris Bank International burkinabè poursuit activement son expansion en Afrique. Il vient d’ouvrir une filiale au Sénégal et annonce de prochaines implantations, avec la vocation d’accompagner tous les segments de clientèle.

L’expansion de Coris Bank International Idrissa Nassa, PDG de Coris Bank International Propos recueillis par Yasmina Lahlou

Pourquoi ce choix par Coris Bank International de s’implanter au Sénégal ?

L’implantation au Sénégal s’inscrit dans le cadre de notre plan de développement à l’international. Elle est motivée par une ambition forte d’accompagner la mise en œuvre du PSE (Plan Sénégal émergent). En effet, nous sommes convaincus que le système bancaire aura un rôle majeur à jouer dans l’émergence du Sénégal en s’appuyant sur les atouts d’un pays qui est la quatrième économie de la sous-région et qui off re des perspectives de croissance favorables, en autres en matière de bancarisation de la population… Quels segments de clientèle y ciblez-vous en particulier ?

Coris Bank International s’appuie sur un modèle de banque universelle centré sur les PME-PMI qui constituent l’essentiel du tissu économique africain. Ainsi, nous accompagnons tous les segments de clientèle : les grandes entreprises, les institutionnels, les très petites, petites et moyennes entreprises ainsi que la clientèle de particuliers, en leur off rant une large palette de produits et services adaptés à leurs besoins. Nous plaçons la satisfaction des besoins et des attentes des clients au cœur de nos actions quotidiennes conformément à notre signature « La Banque autrement ». Quelle est votre stratégie de croissance en Afrique de l’Ouest ?

Coris Bank International est une banque à vision panafricaine. Nous avons une stratégie de développement à l’international par la création de fi liales et de succursales dans le cadre de l’agrément unique. Nous voulons être une banque performante et accessible avec un rythme de croissance continue. Notre priorité stratégique est la poursuite du dynamisme commercial en nous appuyant sur la satisfaction

du client, la qualité des services et l’innovation, avec une déclinaison spécifique pour chaque segment de clientèle et pour chaque pays d’implantation. Quels sont vos objectifs de développement dans la sous-région ?

Notre ambition est de devenir une banque de référence dans la sous-région à l’horizon 2020. Nous poursuivrons notre développement avec la vocation de promouvoir le secteur privé africain et en particulier les très petites, petites et moyennes entreprises en leur facilitant l’accès au financement. Coris Bank International a décidé de souscrire à l’emprunt obligataire de l’État sénégalais : participez-vous à cette émission en tant que chef de file ou bien à parts égales avec les autres partenaires financiers ?

Vous faites référence à l’emprunt obligataire lancé le 21 mars 2016 par l’État du Sénégal et qui portait sur 150 milliards de F.CFA. Il était exclusivement réservé aux SVT (Spécialistes en valeurs du Trésor) qui opèrent dans la zone de l’Uemoa. Nous y avons effectivement pris part avec d’autres banques. n

Le système bancaire aura un rôle majeur à jouer dans l’émergence du Sénégal en s’appuyant sur les atouts du pays… African Business | Supplément Sénégal |

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TO U R I S M E

Problème de leadership ou question d’efficacité dans la mise en œuvre des politiques de développement touristique ? Sinistré depuis de nombreuses années, ce secteur, pourtant prioritaire dans le PSE, veut redécoller.

Rétablir la confiance Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

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’est la plaisanterie favorite du microcosme polit ico-médiatique : qui veut être le prochain ministre du Tourisme au Sénégal ? Depuis mars 2012, pas moins de quatre ministres du Tourisme et des Transports aériens se sont succédé. La dernière en date, Maïmouna Ndoye Seck, décrite comme « une femme de rigueur, méthodique et travailleuse qui sait donner à ses collaborateurs le bon exemple », était, auparavant, ministre de… l’Énergie ! Son prédécesseur, l’ancien directeur général du Centre des œuvres universitaires de Dakar, Abdoulaye Diouf Sarr, a été nommé en juillet 2014 – dans la foulée des élections locales et du changement de Premier ministre – après sa victoire dans la commune d’arrondissement de Yoff.

En septembre 2013, Aminata Tou ré, a lors nouveau Prem ier ministre, a choisi Oumar Guèye, un ingénieur, pour prendre en charge le département du Tourisme, auparavant dévolu à Youssou N’Dour ! Or, malgré sa renommée internationale, le chanteur et homme d’affaires sénégalais, patron par ailleurs du groupe TFM, n’a pas su prendre la mesure des difficultés grandissantes de ce secteur, jadis florissant et encore aujourd’hui deuxième source de rentrées de devises pour le pays après les mines. Pas plus qu’il n’a su s’attirer les bonnes grâces des professionnels qui se plaignaient depuis longtemps d’un manque de dialogue. Son successeur, ancien ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, devenu ministre de la Pêche et de l’économie maritime,

s’est d’emblée heurté à sa décision d’imposer un visa biométrique aux étrangers à compter du 1er juillet 2013. Mise en œuvre sans préparation, ni véritable communication, cette mesure a contribué à faire fuir les touristes, français notamment, à cause de son coût (plus de 50 euros)

L’objectif est de faire du Sénégal un hub touristique incluant le tourisme d’affaires et le tourisme médical en plus du tourisme balnéaire.

Le dilemme du transport aérien Bien que le Sénégal bénéficie d’une position géographique avantageuse par rapport à de nombreux autres pays africains enclavés, son secteur aérien est resté très peu dynamique. En moyenne 9 000 vols par an contre plus de 55 000 vols annuels pour le Maroc. S’ajoute un panier de taxes qui rendent la destination pour le moins onéreuse, même si dernièrement des mesures encourageantes ont été prises : suppression du visa, réduction de taxes d’aéroport, avantages fiscaux, etc. Cependant, malgré cette nouvelle volonté politique, le Sénégal reste une destination peu compétitive face à ses voisins africains proches (Cap-Vert, Gambie) ou plus éloignés (Namibie, Maroc, Kenya, etc.). Divers blocages structurels mais aussi l’absence d’une compagnie nationale en sont les principales raisons. À la suite de la cessation des activités d’Air Sénégal International (créée sur la base d’un partenariat entre

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l’État et Royal Air Maroc), une nouvelle compagnie aérienne nationale, Sénégal Airlines, a été créée en début d’année ; elle rencontre des difficultés avant même de prendre son envol. Les autorités tentent tant bien que mal de lui redonner un second souffle. « L’ambition du gouvernement est d’assurer une capitalisation pour un démarrage rapide des opérations, en attendant la contractualisation avec un partenaire stratégique fort et une augmentation du capital à 100 milliards de F.CFA », selon la ministre du Tourisme et du transport aérien. Or, des actionnaires de la défunte Senegal Airlines veulent maintenant faire valoir leur droit. Parmi eux, Serigne Mboup, président du Groupe CCBM, par ailleurs président de l’Unccias, et Aimé Sène, patron de Hertz, qui ont déjà fait savoir que les petits actionnaires n’avaient pas l’intention de se laisser déposséder des 60 % qu’ils détenaient dans l’ancienne compagnie.

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et de la complexité des procédures. « La cacophonie gouvernementale au moment de l’entrée en vigueur de ce visa a donné une image d’amateurisme et d’ à-peu-près très dommageable pour la destination Sénégal », s’est amèrement plaint le patronat sénégalais qui compte dans ses rangs nombre d’acteurs clés du secteur. Réduire les coûts et améliorer les services Conscient de la grogne qu’il suscitait, en plus de l’impact négatif engendré par l’épidémie d’Ébola dans les pays voisins du Sénégal, le président Macky Sall a décidé de supprimer, purement et simplement, ce visa à compter du 1er mai 2015. Une bouffée d’oxygène pour l’ensemble des hôteliers et restaurateurs de Saint-Louis, du Cap Skirring ou de Saly, dont certains étaient déjà en train de fermer. D’autant que le Sénégal est considéré comme une destination chère : pour s’y rendre d’abord, à cause de taxes aéroportuaires particulièrement élevées

(destinées en partie à financer le nouvel aéroport international BlaiseDiagne de Diass), pourtant réduites de moitié ; et pour y séjourner, ensuite, à cause du coût des services, des difficultés de communication et de tous les frais annexes que les touristes doivent supporter, résume Moustapha Kane, secrétaire permanent du Syndicat patronal de l’industrie hôtelière (SPIH). Une communication officielle inadaptée ou inexistante, une image vieillotte, des supports (site internet, affiches et PLV institutionnelles) désuets et peu de démarchages ou bien pas adaptés pour débusquer de nouveaux marchés, ont fini par plomber les acquis. « Le Sénégal est aujourd’hui perçu comme une destination balnéaire, avec la Petite Côte et le Cap Skirring comme principaux pôles d’attraction. Pas de quoi, cependant, rivaliser avec la proche concurrence du bassin méditerranéen qui offre des séjours au moins aussi agréables à bien moindre coût », commente Mamadou Sow, secré-

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Parcours Longtemps directrice de cabinet du ministre de l’Énergie, et ancienne conseillère à la Primature, Maïmouna Ndoye Seck intègre le gouvernement de Mimi Touré en tant que ministre de l’Énergie, puis celui de Dionne avec la fonction de ministre de l’Énergie et du développement des énergies renouvelables, avant de prendre le portefeuille du Tourisme et des transports aérien. Elle doit relancer un secteur sinistré et conduire, notamment, le règlement du dossier de la compagnie Sénégal Airlines.

taire général du Syndicat des agences de voyages et de tourisme du Sénégal (SAVTS). La solution préconisée par les acteurs est, donc, d’offrir d’autres produits (patrimoine, nature, découvertes authentiques, éco-tourisme…) afin de diversifier et d’augmenter la clientèle. Avec un satisfecit, toutefois, à l’endroit de l’État : « Ces dix dernières années, le ministère du


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L’intrusion de la dimension sécuritaire

Tourisme a été jumelé à celui de l’Artisanat, aux Sénégalais de l’extérieur, à la Culture, aux Loisirs… Son rapprochement avec le Transport aérien est une très bonne chose, car il va permettre le développement de ces deux secteurs indissociables », selon le responsable de SAVTS. Les mesures de relance Convaincu que le Sénégal peut, rapidement retrouver son panache de première destination touristique d’Afrique de l’Ouest, l’APIX met les bouchées doubles pour vanter la destination auprès des tour-opérateurs et des investisseurs étrangers. « L’idée du président Macky Sall est de faire du Sénégal un hub touristique incluant le tourisme d’affaires et le tourisme médical en plus du tour i sme balnéaire , com mente le directeur généra l de l ’APIX, Mountaga Sy. La suppression de toutes les entraves administratives et la réduction des taxes aéroportuaires permettant d’offrir des tarifs intéressants sont, donc, bénéfiques. On en mesure d’ailleurs déjà la portée. » L’Agence des grands travaux veut aménager de « nouvelles zones » afin de répondre à la demande croissante 44

et diversifier au maximum l’offre du Sénégal. Sur la Petite Côte, les plages de Mbodiène, Pointe Sarène et l’île de Joal Finio ont ainsi été ciblées. Dans la zone nord, le site historique de l’île de Saint-Louis, Potou-sur-mer, avec ses kilomètres de sable fin et sa barrière de filaos reconstituée ainsi que le Parc du Djoudj, troisième parc ornithologique du monde, attendent les investisseurs. De même que, dans les îles du Saloum, Fatick et ses salins, l’ancien port de Kaolack, Ndolette et Foundiougne sur le fleuve Saloum, ou encore Sandicoly, Missirah et Simal ne demandent qu’à accueillir des touristes. Bien qu’unanimement salué par la profession, ce portefeuille de projets ambitieux reste conditionné par une mise en œuvre effective. « Le secteur du tourisme est très segmenté au Sénégal. Il va falloir le démocratiser par une réforme du cadre institutionnel », commente un administrateur. C’est la tâche qui incombe à la nouvelle ministre : redonner confiance aux entreprises locales pour qu’elles se lancent dans des initiatives responsables porteuses de valeur ajoutée. La remise à plat du secteur va conditionner son essor. n

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Depuis les attaques de Grand Bassam, en Côte d’Ivoire, la fouille au corps à l’aéroport LéopoldSedar-Senghor est devenue systématique. Ainsi que dans tous les grands hôtels de la capitale où se tiennent chaque jour des dizaines de manifestations rassemblant des participants venus du monde entier. Loin de dissuader les touristes de venir, ce renforcement des mesures de sécurité rassure. « Au début, les clients l’ont mal pris parce que le contrôle était un peu brutal. Maintenant, tout le monde s’est habitué à ouvrir son sac », commente Michèle, qui tient un salon de coiffure au Sea Plazza, le centre commercial huppé proche de l’hôtel Radisson Blu où logent la plupart des grandes personnalités. Si le degré de préparation du Sénégal pour faire face à toute éventualité en cas d’attaque terroriste ne fait peser aucun doute, en revanche, la situation du tourisme en Casamance, qui vient de bénéficier de mesures exceptionnelles, pose toujours problème. Pour les opérateurs sur place, les exemptions fiscales ne sont pas suffisantes, à elles seules, pour faire venir les clients. « Le tourisme en Casamance ne pourra être efficacement relancé que si l’État mène un plaidoyer actif et surtout réussi pour convaincre les pays émetteurs de sortir progressivement la région des zones déconseillées — sauf raison impérative — sur les sites dédiés aux conseils pour les voyageurs », commente un proche du maire de Ziguinchor. Le ministère français des Affaires étrangères déconseille sur son site la quasi-totalité de la région naturelle de Casamance à l’exception de l’axe Ziguinchor-Cap Skirring-fleuve Casamance. Les touristes français demeurant la première cible du Sénégal, les choix en matière de politique internationale et de communication, y compris sur les aspects sécuritaires, seront déterminants pour maintenir l’espoir suscité par la relance annoncée du tourisme en Casamance.


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Le Sénégal fait le pari de la transformation du coton, une filière en pleine renaissance. Il lui faut d’abord soutenir les filatures, puis les premières étapes vers un produit fini, organiser les partenariats et les financements.

Relance de la filière textile Par Djamila Colleu , envoyée spéciale à Dakar

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la plu s bel le époque de l’industrie textile au Sénégal, le pays comptait plus d’une dizaine d’usines de transformation ; filatures, tissages, tricotages et ennoblissement valorisaient le savoir-faire ancestral. Subissant de plein fouet la crise sectorielle mondiale, les filatures ont progressivement toutes fermé dès le milieu des années 1980, Sotiba, Sosefil, Sotexka, Cosetex… Dernière en date : la Cotonnière du Cap-Vert, spécialisée dans la transformation des déchets de coton brut pour en faire des serpillières. Les tentatives de reprise des filatures par différents opérateurs, français, libanais, sénégalais ou indiens, ont échoué en dépit des plans de moratoire, de suppressions d’emplois, de la renonciation de l’État à ses créances. Souvent, après un nouveau départ, au coup par coup, la succession d’arrêts et de reprises, les filatures ont fermé. Pour certains observateurs, le commerce de la friperie et l’importation des invendus a désorganisé le secteur du textile et de l’habillement, au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Un déclin historique constaté dans l’ensemble de l’espace Uemoa : sur 46 usines de filature fonctionnelles, une dizaine sont en état de marche aujourd’hui avec des phases de fermetures et de réouvertures. À peine 2 % de la fibre de coton produite est transformée localement.

Pourtant, « le Sénégal détient un avantage comparatif incontestable en ce qui concerne la confection », souligne Bachir Diop, directeur général de la Société de développement des fibres textiles. À la tête de la Sodefitex – l’entreprise a fêté ses 40 ans en 2014 – Bachir Diop est un maillon essentiel de relance de la filière textile, une industrie longue et complexe où le coton est en haut de la chaîne. La société, dans la sphère publique jusqu’en 2003, est devenue une entreprise à participation publique minoritaire (46,3 %), sous le contrôle du français Geocoton. À terme, l ’État devrait céder 20 % aux agriculteurs producteurs de coton et 10 % aux salariés, se maintenant au capital à hauteur de 10 %. « Le principe est toujours acquis, mais il n’est pas encore ef fectif. Toutes les filières cotonnières ont été en difficulté durant la décennie 2000. Nous sommes les fournisseurs de l’ industrie textile. Nous produisons le coton fibre à partir du coton graine, un coton de qualité mondialement réputé. Nous sommes en agriculture contractuelle avec des dizaines de milliers d’agriculteurs », explique Bachir Diop qui ne peut que constater cette réalité : « Nous sommes obligés d’exporter 100 % de la production sénégalaise de coton alors que dans le passé 7,5 % de la production était transformée localement. »

Une fibre de qualité supérieure Pourtant, plus de 40 ans après son introduction, la culture du coton au Sénégal est une réussite. Si la récolte cotonnière sénégalaise a toujours été modeste, de l’ordre de 35 000 tonnes, comparée à des pays comme le Mali ou le Burkina Faso, d’environ 540 000 tonnes, le Sénégal produit un coton reconnu de haute qualité, un coton pluvial, récolté à la main, ce qui lui conserve toute son authenticité et sa pureté. Sa fibre se situe dans la catégorie supérieure des fibres moyennes-longues. Sur les 35 000 tonnes de coton graine en 2014, le rendement de 42 % permet de parvenir à 14 000 tonnes de fibre, qui devenues matière première s’échangent sur les marchés mondiaux… ou sont transformées localement. Su r les ma rchés mond iau x, l ’Afrique ne se bat pas avec les mêmes armes et subit le jeu de fixation du prix mondial de la fibre. C’est tout le paradoxe du coton et l’enjeu de la transformation locale. Bachir Diop estime que les freins à l’industrie textile tiennent au coût de l’énergie au Sénégal. « Si l’on

Le Sénégal s’inscrit dans une dynamique qui vise à modifier structurellement son économie. African Business | Supplément Sénégal |  45


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parvient à baisser significativement le coût, grâce aux énergies renouvelables, les choses se posent différemment. » De plus, l’industrie doit faire face aux problèmes de formation et de ressources humaines. « Investir dans les machines et former le personnel est une nécessité, car le secteur fait face à une concurrence féroce », notamment celle venue de Chine. D’autre part, l’industrie, très capitalistique, nécessite un solide soutien financier. Lorsque la Sodefitex a été privatisée, l’État a inscrit dans le pacte d’actionnaires que la satisfaction des besoins de l’industrie textile nationale était une priorité. « Si elle n’a pas été suivie à l’époque, aujourd’hui c’est le cas avec la Nouvelle société textile sénégalaise (NSTS), installée à Thiès, avec laquelle un contrat est signé pour fournir 1 000 tonnes de fibre de coton. En 2015, 300 tonnes ont été livrées. » Engagée dans la dynamique du Plan Sénégal émergent, la Sodefitex développe une stratégie de diversification agro-industrielle, notamment céréalière et rizicole. De nouvelles opportunités économiques pour produire maïs, mil, riz qui s’appuient sur sa contractualisation avec les agriculteurs locaux. Renouveau de la NSTS En ju i n 2015, après plus de 14 années de fermeture, la réouverture de la NSTS représente un nouvel espoir de compléter la chaîne textile. Fleuron national dans les années 1970, la filature, dirigée par Ibrahima Macodou Fall, cristallise tous les espoirs pour la reprise de l’activité. Pendant longtemps, la NSTS a produit du voile de coton, de l’écru, de la toile à beurre exportée en Suisse. Avec une centaine d’employés, une modernisation de l’outil de production via l’acquisition de nouvelles machines, l’ambition est de pouvoir répondre à la demande nationale et à l’export, notamment en direction du Maroc et de l’Europe. À plus long terme, la direction envisage de créer 450 emplois, se fixant un objectif de 20 milliards de F.CFA de chiffre d’affaires. Une reprise soutenue f i na nc ièrement , à hauteu r de 600 millions de F.CFA, par la jeune banque des PME, la Banque nationale de développement économique (BNDE). L’institution serait sur le 46

point d’accompagner le redémarrage d’une autre filature. Car le pari de la relance de la NSTS, au-delà du seul impact direct sur l’entreprise, induit un cercle vertueux et crée des émules. L’initiative White Gold for Life Qua nd les intérêts des u ns rejoignent ceux des autres, l’industrie peut s’inscrire dans une stratégie gagnant-gagnant. C’est le pari de Teranga Gold Corp. qui exploite une mine d’or à Sabodola, au Sénégal oriental. En mars 2015, la filiale Sabodala Gold Operations (SGO) a signé une convention avec la Sodefitex pour promouvoir la relance de l’agriculture dans la région de Kédougou. Le minier soutient ainsi la campagne agricole 2015-2016 à travers le financement d’un fonds de garantie auprès de la Caisse nationale de Crédit Agricole du Sénégal (CNCAS), finançant l’acquisition de petit matériel agricole et l’attribution aux agriculteurs d’une prime par kilogramme de coton produit. Marième Diawara Thiaw, en charge de la coordination du projet en interne, précise la démarche de soutien à la chaîne de valeur textile : « Teranga Gold Corporation veut appuyer la chaîne de valeur textile, depuis la cotonculture, en passant par l’égrenage, la filature, la teinture, et la confection. Nous voulons mettre en synergie tous les acteurs réunis au sein du comité de pilotage de l’initiative White Gold for Life, une instance au sein de laquelle toutes les orien-

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Les créations du designer Colle Ardo Sow, durant la 15e édition de la Dakar Fashion Week. La mode est un secteur dynamique porté par les talents des créateurs africains.

tations sont définies de manières concertée et consensuelle. » Dans la région de Kédougou, la zone la plus propice à la culture du coton, et la seule où l’on produit du coton équitable, les rendements sont de près de 1 100 tonnes par hectares. « En aval, nous avons un secteur confection très développé. » Les responsables de l’usine textile Domitexka de Kahone travaillent à la remise en état des machines des sections filature et tissage de l’usine. Ce qui nécessite un financement bancaire que l’entreprise est en train de boucler avec la BNDE et le Fongip (Fonds de garantie des investissements prioritaires). Une fois le financement acquis et les machines en état de marche, la phase test conçue pour durer six mois permettra de produire des sacs de collecte de coton et toiles d’emballage des balles de coton pour la Sodefitex, et du fil écru et mercerisé pour Aïssa Dione Tissus. « Notre ambition est multiple. Il s’agit de motiver les cotonculteurs de la région de Kédougou à produire plus de coton et d’autres spéculations (mais, riz, sorgho, etc.) pour leur permettre non seulement d’accroître leurs revenus grâce à l’agriculture, mais également d’assurer leur sécurité alimentaire. » L’objectif est également d’offrir aux populations une alternative viable à l’orpaillage par une source durable et saine de revenus. « En contribuant à la création d’emplois et de richesses au Sénégal, nous espérons disposer à


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Portrait

Aïssa Dione, créatrice

Le choix de l’excellence À la croisée de deux cultures, Aïssa Dione propulse le tissage manjaque, technique ancestrale au Sénégal, au rang de tissu haut de gamme. Mêlant art, design et artisanat traditionnel, elle démontre que le continent est riche de matières et de savoir-faire. Dakar, Djamila Colleu

Quand les Ateliers d’Art de France réunissent en 2015, sous la nef du Grand Palais à Paris, le florilège des plus grands créateurs français et internationaux à l’occasion du salon Révélations, Aïssa Dione, commissaire de l’Archipel africain, met en scène les multiples facettes du savoirfaire sénégalais. Elle fait le choix de l’excellence par ses créations textiles, ses meubles et objets d’ameublement, dont ceux issus d’une collaboration avec le Togo, des ouvrages de marqueterie, assemblage d’essences de différents bois. Dans son plaidoyer pour un développement économique endogène, Aïssa Dione entraîne dans son sillage les figures de la création africaine comme Ousmane Mbaye, designer du métal, les chaises en bois et ébène de Babacar Niang, un tabouret en bois de dimb de Balla Sidibé, un siège en métal et fil tissé de Sébastien Herckner, fabriqué au Sénégal par le studio Moroso.

« Dernière survivante de l’industrie textile au Sénégal », comme elle aime se présenter, Aïssa Dione se consacre depuis plus d’une trentaine d’années à la promotion des savoir-faire traditionnels en Afrique de l’Ouest, dans les arts du textile. Engagée sur de nombreux fronts, le design, la création textile, la décoration d’intérieur, la promotion de l’art contemporain, elle démarre sa carrière de designer en révolutionnant la création textile à partir du savoir-faire ancestral. Passionnée par le tissage et les techniques ancestrales des manjaques, c’est auprès du tisserand de sa grandmère qu’elle se passionne pour une technique, une ingéniosité, un talent qui se transmettent de génération en génération d’artisans. Elle modifie la largeur des bandes pour passer de 15 cm à 90 cm puis à 140 cm ; l’idée paraît simple pour le profane, elle constitue en fait une innovation majeure.

l’avenir de tenues de travail pour nos 1 100 employés, confectionnées intégralement au Sénégal à partir du coton 100 % sénégalais. » Un enjeu fondamental Autre initiative qui pourrait porter ses fruits à plus long terme, la décision d’ouvrir 15 % de la commande publique de l’État à la production nationale, un Made in Sénégal que l’on retrouverait dans les administrations du pays, bureaux, une volonté de soutenir la fabrication locale et l’artisanat, un des

Laquelle va lui permettre de s’engager dans la création de textiles d’ameublement et de décoration. Un art du tissage qui mêle une multitude de formes, de matières et de techniques. Son habile réinterprétation des couleurs et des motifs traditionnels confère noblesse et opulence à ses créations de coton et de raphia. Viendront les meubles et une multitude d’accessoires… La signature Aïssa Dione est née. Et

plus grands pourvoyeurs d’emplois au Sénégal. Un projet ambitieux qui table sur le préalable de la formation, de l’accompagnement et du financement pour permettre à des entreprises de petite taille, souvent dans le secteur informel, d’accéder aux offres publiques. En redessinant la chaîne de valeur par des interventions en amont sur la production et la transformation, le Sénégal s’inscrit dans une dynamique d’autant plus importante qu’elle participe à l’ambition

l’aventure du Made in Africa est lancée ! Elle magnifie le coton, l’enrichit de raphia, travaille les couleurs, revisite les motifs, mêle bois et tissages. L’alliage du savoir faire traditionnel et de la dimension contemporaine crée une modernité africaine qui s’exporte dans le monde et séduit les plus grands noms du luxe et de la création : Saint Laurent, Hermès, Fendi Casa, Christian Lacroix, Grange, le Museum of Metropolitan Art. n

du pays de modifier structurellement son économie encore principalement exportatrice de produits bruts. Un enjeu fondamental dans un pays où le potentiel de la création textile revêt de multiples formes, matières, couleurs, techniques. Reste à s’engager sur le vaste chantier de la revalorisation des métiers d’artisanat et du savoir-faire, l’apprentissage des jeunes, la création de filières de formation. Le défi de recréer une filière pour s’ouvrir vers de nouvelles perspectives de développement. n

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P O R T R A I TS

Esprit d’entreprise, d’initiative, à l’écoute des besoins de leur pays et des réalités de l’Afrique et du monde. Ils réussissent au Sénégal, après, le plus souvent, être partis de rien.

Ils font le nouveau Sénégal ÉLEVAGE

Bagoré Bathily

Organisateur de la filière lait Vétérinaire de formation, « Baba », comme le nomment affectueusement ses proches, a créé la Laiterie du berger (LDB) à partir d’un constat amer : « Le Sénégal importe 90 % du lait consommé sous forme de lait en poudre, alors que 30 % de la population sénégalaise – soit 4 millions de personnes – vit exclusivement d’élevage. » Après des études de médecine vétérinaire en Belgique, il se spécialise à l’Institut vétérinaire tropical de l’université de Liège, en productions animales dans les tropiques, tout en travaillant comme

vétérinaire rural en France, puis en Mauritanie. Là, il observe les conditions de vie très difficiles des familles d’éleveurs peuls. Il prend alors le pari fou d’implanter une filière laitière au Sénégal en commençant par le nord du pays. En 2005, il crée la société qui entrera en production en 2007 ; il en assure depuis la direction générale. À la différence des autres laiteries, LDB base son approvisionnement sur le lait produit localement et non sur le lait en poudre importé, en se positionnant comme un social business. En plus de l’équipe familiale de

promoteurs de la LDB, les autres actionnaires sont des Investisseurs et Partenaires pour le Développement (actionnaire fondateur), deux fonds liés au groupe Danone (Danone Communities et Dan Investments), Grameen Crédit Agricole Microfinance Foundation, et PhiTrust Partenaires SAS. Véritable star de l’entrepreneuriat social, la LDB et son DG ont obtenu le prix Africa Awards for Entrepreneurship 2012 dans la catégorie de la meilleure des petites entreprises en croissance. C.H.

TOURISME

Aimé Sène

La franchise à la sénégalaise Patron catholique, très actif au sein du Conseil national du patronat sénégalais (CNP), dont il est vice-président, Aimé Sène a entamé sa longue carrière d’homme d’affaires dans les années 1960 en débutant à la société Sénégal Auto. Très vite, il gravit les échelons et se hisse parmi les cadres supérieurs. Quand l’opportunité de reprendre le réseau Hertz en franchise se présente, c’est lui qui est choisi. Dès lors, il va ensuite s’employer à créer de nouvelles sociétés

mais toujours dans l’industrie du tourisme, son secteur de prédilection. Avec l’un de ses fils rentré des États-Unis il y a cinq ans, il construit aux Almadies un hôtel de luxe appelé Fleur de Lys ; puis un autre plus grand, en plein centre-ville, inauguré il y a un an et qui est géré par sa fille. Réservé à une clientèle d’affaires, cet établissement de 80 chambres, dont cinq suites et quatre chambres VIP avec piscine en terrasse et vue panoramique sur Dakar, se veut

une alternative aux chaînes d’hôtels occidentales standardisées, les seules jusqu’à présent à occuper ce créneau. « Personne ne pourra reprendre ce nom dans 22 pays africains », dit-il très fier de son « bijou » qui représente un investissement de 4 milliards de F.CFA. Également actionnaire de l’ex-société Sénégal Airlines, ce commis au courrier devenu milliardaire est bien décidé à se battre pour le nouvel envol d’une compagnie aérienne nationale. C.H.

PÉTROLE ET GAZ

Safiya Wane Basse

Nettoyer les eaux de mer polluées Pas encore la trentaine, cette jeune manager, formée à la prestigieuse London School of Economics, n’a pas froid aux yeux. Dès sa jeunesse, elle s’est intéressée au pétrole et au gaz. « C’est donc tout naturellement que je me suis spécialisée dans ce secteur ». La découverte par Cairns de gisement fabuleux à Sangomar « fut comme une victoire personnelle, car j’ai toujours cru au potentiel minier du Sénégal ! », affirme-t-elle. En digne fille d’un papa militaire, ce monde, pourtant très masculin, de

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l’exploration pétrolière et gazière, ne lui faisait pas peur. En 2013, elle crée Global Services and Solutions Ltd dont le siège est à Dakar pour conseiller les compagnies qui veulent prospecter dans les eaux territoriales sénégalaises et les aider à obtenir des permis auprès de Petrosen, l’agence nationale. Cette activité de prestations de services, qui marche très bien – elle a réalisé plus de 40 millions de F.CFA de chiffres d’affaires sur le premier exercice ; lui a ouvert d’autres perspectives et projets

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sur le retraitement des déchets industriels. Elle souhaite, maintenant, développer un système très novateur de retraitement des eaux polluées par les déchets pétroliers des tankers et, notamment, en faire profiter le port de Dakar. Pour cette jeune maman qui a la fibre écologique, c’est le meilleur moyen de concilier une activité économique encore dépendante des hydrocarbures pour sa croissance, et son souci de développement durable respectueux de l’environnement. C.H.


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DÉVELOPPEMENT

MINOTERIE

Alioune Badiane

Ameth Amar

Aujourd’hui un des hauts fonctionnaires les plus respectés pour sa contribution à améliorer la ville africaine, Alioune Badiane aura consacré plus de 30 ans de sa carrière à l’ONU-Habitat, institution onusienne qu’il quittera en septembre. Améliorer l’habitat, éradiquer les bidonvilles, assainir les quartiers, lutter contre les inondations… un plaidoyer pour la ville qu’il a engagé en tant premier directeur de l’aménagement à la mairie de Dakar. Né à Meckhé dans la région du Cayor, Alioune Badiane revendique « ne jamais courber l’échine ». Sorti major, en 1978, de l’École nationale d’économie appliquée, il entame sa vie professionnelle à la direction de l’Aménagement du territoire où il contribuera à l’élaboration des premiers documents de planification de l’aménagement du territoire du Sénégal. Puis, la mairie de Dakar l’enrôle ; il accumule les réalisations : le parcours sportif sur la corniche qui longe l’océan, le marché central aux poissons, la dissémination d’espaces verts dans la ville… Il se trouve au cœur de l’émergence de la capitale sénégalaise, une cité membre dès 1985 de Metropolis, le carrefour des villes du monde. Alioune Badiane tisse le fil de nouvelles approches des stratégies de développement urbain et de gouvernance des villes africaines. « Aux Nations unies, par ma liberté de penser et d’agir, j’ai le sentiment d’avoir participé à une mobilisation sur tous les fronts : en Afrique, en Asie, en Amérique latine. C’est une bénédiction d’avoir pu faire ce que j’ai voulu. » En septembre, une nouvelle vie débutera pour ce chantre de l’urbain qui songe à s’engager dans de nouvelles aventures, pourquoi pas politiques, d’ici à 2019. D.C.

« Je suis un self made man » revendique le PDG de la Nouvelle minoterie africaine (NMA Sanders), l’un des géants de l’industrie agroalimentaire sénégalaise et sous-régionale. Son entreprise, qui emploie 350 personnes, affiche une capacité de production, toutes usines confondues (pâtes alimentaires, farines et provendes), de 2 900 tonnes par jour pour un marché de 1 400 tonnes. Il réalisait jusqu’à présent l’essentiel de son chiffre d’affaires (36 milliards de F.CFA en 2012) au Sénégal. NMA détient également la concession exclusive de distribution en Afrique de l’Ouest des produits du spécialiste français de la nutrition animale Sanders, filiale de Groupe Avril. Or, en 2015, l’ancien comptable devenu milliardaire a réalisé un joli coup en rachetant les Moulins Sentenac ; l’opération lui permet d’accélérer son expansion régionale. En prenant le contrôle d’un autre mastodonte de l’agro-industrie sénégalaise, ce proche de l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye cherche aussi à conforter ses bases dans un secteur où les parts de marché

Un directeur efficace pour ONU Habitat

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À la conquête des marchés de l’Uemoa sont âprement disputées entre les Grands moulins de Dakar (groupe Mimran), la société familiale Sedima, dirigée par Babacar Ngom, et le turc FKS (groupe Basturkler). Quant à l’autosuffisance alimentaire, il est à 100 % convaincu que le Sénégal en est tout à fait capable. Seul problème, à ses yeux, le prix du pain qui ne baisse pas. Ce prix a été fixé au moment où le sac de farine coûtait 20 600 F.CFA contre 15 000 F.CFA aujourd’hui « Nous pourrions faire comme le Brésil et exporter plus », propose-t-il avec les huit pays de l’Uemoa en ligne de mire. C.H.

TRANSFORMATION

Randa Filfili,

Fruits et légumes du terroir La directrice de Zena Exotic Fruits est la fille de Zéna, prénom de l’unique petite fille du fondateur de l’entreprise familiale de produits tropicaux locaux, Toufic Filfili, fondée en 1986. Zena était d’abord d’une marque qui, en 2008, a donné son nom à l’entreprise actuelle devenue, entre-temps, une grosse PME sénégalaise exportatrice de fruits et légumes tropicaux transformés et conditionnés à destination des marchés locaux, sous-régionaux et internationaux (Italie, France, États-Unis). « J’ai été nourrie avec les confitures, sirops, boissons, nectars, piment, miel, tahini, halwa, et autres infusions produites par ma famille quand j’étais petite.

L’exotisme, j’en connais un rayon », plaisante Randa Filfili, qui est très fière de diriger la première PME africaine à recevoir la visite du vice-président de la Chambre américaine de commerce et d’industrie, Scott Eisner. Implantée à proximité du port de Dakar, l’unité de production familiale a été complètement refaite pour répondre aux normes les plus modernes de transformation et de conditionnement. Chaque année, plus de 900 tonnes de fruits et légumes sont, ainsi, transformées puis vendus à près de 200 grossistes qui les commercialisent à travers le monde. Avec l’aide du Bureau de mise à niveau, dont elle a scrupuleusement suivi les

conseils, Randa, qui emploie aujourd’hui 70 personnes, a ainsi pu faire de Zena Exotic Fruits un modèle de réussite locale. En 2014, elle a remporté l’Oscar national de la qualité au Sénégal et l’Oscar de qualité en Europe, avec Global Trade Leaders. C.H.

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T R A N S P O R TS

COMMERCE

MARKETING/HÔTELLERIE/CONFECTION

Serigne Mboup

Ndèye Tabaski Diouck

Défenseur des privés Originaire de Kaolack, ce commerçant hyperdoué a étudié à l’école coranique sans jamais aller l’école publique. Ce qui ne l’a pas empêché de prospérer dans l’import-export de produits alimentaires, de matériels électroniques et d’appareils ménagers qui ont été franchisés sous diverses enseignes. Un empire commercial qu’il a construit pierre par pierre avec la création, en 1992, à la mort de son père, du Comptoir commercial Bara Mboup (CCBM) dont il est le PDG. La holding qui n’a cessé de se diversifier comprend six pôles alimentaires de supermarché. Élu président de l’Union nationale des Chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal, il défend inlassablement la cause des entrepreneurs privés sénégalais. Il participe ainsi à tous les conseils présidentiels de l’investissement où son avis est écouté, à défaut d’être toujours entendu. Aussi, dernièrement, a-t-il pris l’initiative de créer un fonds d’investissement de 20 milliards de F.CFA, ouvert à tous les hommes d’affaires du pays, afin de permettre au privé national de prendre sa place dans

l’économie. Lors du déjeuner inaugural, il a réuni pas moins de 60 hommes d’affaires, des « poids lourds » du privé national parmi lesquels Babacar Ngom (Sedima), Ameth Amar (NMA Sanders), Bougane Gueye Dani (D-Medias), Mbaye Gueye (EMG), Makhtar Diouf (Afrique Pesage), Ali Ndiaye (Maritalia et Cosama), Abdallah Sarre (PCCI), Baba Tandian (Imprimerie Tandian) et Rassene Chemali (CDE). « Le privé national n’est pas faible, il est désuni. Il est temps d’arrêter d’être devant le mur des lamentations et de nous organiser pour prendre la place qui nous revient de droit ! » C.H.

MÉDIAS

Cheikh Thiam

La renaissance du Soleil C’est un média d’État au bord de la faillite que Cheikh Thiam découvre lors de sa prise de fonction en septembre 2009. Le président Macky Sall lui renouvelle sa confiance en 2012 : « Il a encouragé mon travail et m’a soutenu. J’ai amené le regard du gestionnaire, le management dans une entreprise de 250 employés classée au rang de grande entreprise au Sénégal. » Économiste avant d’être journaliste, conseiller technique au ministère des Finances, précurseur de la communication à l’APIX, le parcours de Cheikh Thiam mêle monde de la presse et entreprise. Conscient de la concurrence des réseaux alternatifs, il s’attelle à diversifier l’offre éditoriale. « Sortir son épingle du jeu ? C’est avoir une information que nous sommes

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les seuls à publier, d’où l’intérêt d’insérer des cahiers dans Le Soleil ». Dak’art, à l’occasion de la Biennale des arts, ou Le Soleil diaspora. Avec Soleil Business, un magazine économique qu’il coédite avec le Financial Times, Cheikh Thiam soutient que « le débat n’est pas que politique, il est économique ». La nouvelle rotative, qui aura coûté plus de 1 milliard de F.CFA, permet de réaliser les publications en interne et offre un nouveau tournant à l’entreprise par l’impression de magazines, livres, journaux, comme le magazine de l’université de Dakar. Pour Cheikh Thiam, réinventer le modèle économique de la presse, c’est diversifier les sources de revenus et les sécuriser. Autre projet en cours : digitaliser les 46 années d’archives et propose un accès payant. La version numérique du journal est également sur les rails. Pour ce passionné de photographie et de dessin, le goût de la caricature a porté Cheikh Thiam vers l’image et le journalisme. Croquer pour s’aérer l’esprit ! D.C.

African Business | Supplément Sénégal | juin 2016

Des Racine(s) et des cravates « J’ai le virus du business », confie cette serial entrepreneuse. Après ses études en France et une expérience professionnelle de plus de dix ans, Ndèye Tabaski Diouck rentre au Sénégal en 1994 et crée l’entreprise Racine, spécialisée dans la communication par l’objet et les cadeaux d’affaires. « Nous avons fabriqué les supports de communication pour le lancement d’Alizé, devenu Orange ; le passage à sept chiffres des numéros de téléphone du fixe, la célébration du 200 000e abonné d’Alizé ; les supports de lancement des premières cartes bancaires de la BICIS… », se rappelle-t-elle. En 2000, dopée par le succès, elle lance sa propre marque. « Tabou Racine » est le label par lequel elle conçoit des accessoires de mode de luxe, y compris pour les chefs d’État africains : cravates, maroquinerie, bagagerie et autres objets de valeur, ont leur touche ethnique (cartable, conférencier, sacs de voyage). Le label a reçu, en 2014, le prix du Forum francophone des affaires, organisé par « Les Trésors vivants de l’Artisanat », au Louvre, à Paris. Citée parmi les 60 plus beaux boutiques-hôtel au monde, sa « Villa Racine », inaugurée en 2010, est au cœur de la ville. « C’est une niche dans l’hôtellerie. Le client est comme chez lui… », explique cette dame de fer qui a fait de la création son credo. Également propriétaire d’un duty-free-shop à l’aéroport de Bamako, elle doit faire face à une âpre concurrence. « Ce sont des boutiques hors taxe où sont vendus parfums, cosmétiques, bagageries, maroquineries et autres produits étrangers… ». Pour elle, ces free-shops doivent maintenant s’ouvrir aux produits africains. C.H.


African Business French, Issue 44 + Senegal Special