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--DIAGNOSTIC D’USAGES URBAINS --- Quartier Sud de L’Île-Saint-Denis - décembre 2017 -

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PRÉAMBULE Ce document de synthèse écrit par l’association ICI! est composé de deux parties distinctes : • une réflexion générale sur le processus de coconstruction dans le cadre du projet de rénovation urbaine qui repose sur le retour d’expérience de l’association et le constat effectué par d’autres associations au niveau national. • une étude précise des lieux pouvant intégrer le processus de co-construction sur le quartier Sud de L’Ile-SaintDenis et des possibilités d’actions envisagées. Chacun est libre d’orienter sa lecture en fonction des éléments recherchés. Les deux parties pouvant se lire à la suite l’une de l’autre ou séparément. Ce document a plusieurs facettes. Il est à la fois un outil référentiel à l’usage des techniciens et des concepteurs, un support de réflexion et de débat pour les instances citoyennes et les élus mais aussi l’illustration de la démarche, des questionnement et de la production de l’association ICI!


SOMMAIRE 1. LA COCONSTRUCTION URBAINE Le grand chantier de la co-construction

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Emergence d’un « nouvel esprit de la démocratie » ? 

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Etude de cas : le pont simone veil à bordeaux et l’écoquartier de l’union sur la métropole lilloise

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Les objectifs et la pratique : observations 18

L’expérience de la co-construction:  réflexion méthodologique

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Associer des individualités

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Définir des zones d’interventions

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Adapter la réalité à la temporalité

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Provoquer la réalité 

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Les parties prenantes

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2. LES LIEUX DE LA CO-CONSTRUCTION Outils 

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Prisme d’analyse

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Le grand paysage urbain (GPU)

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L’occupation des berges  La mobilité quotidienne Le sport

67 77 85

Les espaces indéfinis et les lieux de quartier  93 01. 02. 03. 04. 05. 06. 07. 08. 09. 10.

Les berges de marques-avenue La chute d’espace triangulaire Le rez de chaussée de la tour 16 Place marcel cachin Square et entrée de l’école Le skatepark Le pavillon de bourgogne L’entrée du boulevard Cul de sac pagel L’entrée de l’île des vannes

Conclusion

93 103 113 123 135 145 157 161 175 187

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Attentes spatiales / attentes sociales

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Observation du processus en cours

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Propositions202 Répondre aux necessités : vecteur d’expérimentation

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Bibliographie

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1 LA CO-CONSTRUCTION URBAINE


1 LA CO-CONSTRUCTION URBAINE


LE GRAND CHANTIER DE LA CO-CONSTRUCTION EMERGENCE D’UN « NOUVEL ESPRIT DE LA DÉMOCRATIE » ? ( blondiaux, 2008) Depuis les dernières lois relatives à la politique de la ville, la participation des habitants à la définition des projets urbains est incitée par les pouvoirs publics. De nombreux malentendus résident quant au juste terme à apporter aux différents modes d’implication des usagers. (ADEME, 2016). Le manque de précision des définitions réglementaires laisse la place à diverses interprétations qui amènent à un écart entre les volontés de renouvellement démocratique et la réalité pratique de ce genre de démarche.

La co-construction est le nouveau mot d’ordre du Nouveau Programme de Rénovation Urbaine (NPNRU). Elle née d’une remise en cause de la gestion des projets urbains par les pouvoirs publics jugée trop descendante et restreinte à un corps d’experts. Co-construire un projet urbain redistribue les rôles et la légitimité de chacun des différents acteurs de la ville. Définir et mettre en œuvre la coconstruction s’avère être un véritable chantier à mener. Que se cache-t-il derrière cette notion ? Comment s’y prendre ? Co-construire quoi ? Avec qui ? Il n’existe pas de bonne méthode prête à mettre en oeuvre. Plusieurs co-constructions sont possibles. La nouveauté de cette pratique implique avant tout de l’expérimenter. Nous proposons une mise en perspective des différentes formes que peuvent prendre la co-construction et des grandes questions sous-jacentes à ce mécanisme. Cette analyse repose sur l’expérience développée au cours des deux ans de permanence dans le quartier Sud de L’Île-Saint-Denis.

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En règle générale, la co-construction sert à mettre en valeur l’implication d’une pluralité d’acteurs dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet ou d’une action (AKRICH, 2013). Vu sous le prisme de la participation, la co-construction relève d’un haut degré d’implication des habitants (ARNSTEIN, 1969) apportant « les conditions d’une démocratie délibérative dépassant la démocratie d’opinions » (HABERMAS, 1998). Contrairement à la concertation qui peut être associé à un instrument ponctuel, la co-construction relève plutôt d’une intégration de chacun au processus lui-même : depuis l’élaboration de la démarche de travail jusqu’à la formulation de préconisations et une évaluation du projet urbain. C’est une démarche de travail qui redistribue les rôles et décloisonne Ainsi la co-construction les compétences de chaque intervenant. – si bien fondés soient Elle mobilise l’avis d’acteurs aux profils ses principes – demeure et aux langages hétérogènes. un processus très peu lisible et inquiétant. Le bouleversement qu’impose un tel processus n’est pas encore complètement intégré, les différents acteurs n’y étant pas ou peu formés. Se saisir du mécanisme général reste donc difficile. Il n’apparaît pas encore comme une opportunité pour les différents acteurs concernés, habitants comme institutions.

Toutefois, plusieurs expériences en France prouvent que de nouvelles pratiques émergent, expérimentant de nouveaux outils et de nouveaux modes de faire. Ces processus de coconstruction aux méthodes distinctes sont plutôt encourageant.

Cependant, convier autour de la table différentes expertises, notamment celle des usagers, demande aux professionnels de l’urbain une remise en question de leur savoir-faire et de leur propre statut d’expert. Ce changement de posture est l’un des principaux freins de la co-construction. L’implication réelle de tous les acteurs dépend également des rapports de forces préexistants entre eux, ce qui peut limiter l’impact de la coconstruction sur un projet (PESTRE, 2011). Pour les pouvoirs publics, la coconstruction peut s’accompagner de la crainte de s’éloigner d’une approche rationaliste et élitiste menant à des débordements de budget et de délais. Pour les habitants elle peut représenter une mobilisation de temps jugée inutile, de la lassitude notamment vis-à-vis des temporalités de mise en place et une incompréhension générale de l’objectif de la co-construction et surtout de sa portée. 14


ETUDE DE CAS : LE PONT SIMONE VEIL À BORDEAUX ET L’ÉCOQUARTIER DE L’UNION SUR LA MÉTROPOLE LILLOISE PONT SIMONE VEIL : UNE CO-CONSTRUCTION PORTÉE PAR LES POUVOIRS PUBLICS Contexte : Réalisation d’un franchissement de la Garonne au sud de Bordeaux. Projet initié en 2007 et devant se terminer en 2020. Faisant suite à des critiques de la part d’association concernant le peu de place laissée aux usagers dans les précédents projets urbains, la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) décide de mener un processus de co-construction pour la définition du futur pont. La première action menée par la CUB est de débattre des modalités de co-construction. Elle élabore alors une charte qu’elle soumet à l’avis des habitants et qui définit son engagement dans une démarche de travail devant permettre l’information des participants, l’identification de leurs besoins, la mise en débat afin de produire des propositions. Cette charte s’accompagne de la Le comité permanent de création de deux instances centrales concertation regroupe les dans le processus de co-construction acteurs du projet depuis : un comité de garants et un comité les institutions publiques permanent de concertation. jusqu’au représentants Les garants sont des personnalités associatifs. extérieures (chercheurs) dont le rôle Plusieurs outils sont mis est de maintenir « « l’impartialité de en place permettant la concertation, la transparence de l’information, la délibération l’information, l’expression de tous et et la production auprès du l’écoute mutuelle ». grand public (site internet, forum, registre en mairie, réunions publiques et atelier de travail). Les ateliers sont menés par étape de façon à affiner la réflexion sur trois grandes thématiques. Les garants, de part leur neutralité ont pour mission de hiérarchiser le débat en mettant en avant les points de consensus et de dissensus. Sur la base de ces ateliers, le comité permanent rédige alors le préprogramme avec les services techniques. Il contribue au programme définitif et assiste au jury de concours d’architecture. Pour la suite, la Cub décide de missionner des animateurs qui assurent le lien entre tous les participants à la concertation jusqu’à la livraison du pont. 16


L’ÉCOQUARTIER DE L’UNION : UNE CO-CONSTRUCTION CONTESTATAIRE APPUYÉE PAR LES COLLECTIFS HABITANTS Contexte : Aménagement d’un éco-quartier sur 80h sur les communes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos sur un ancien territoire industrialisé. Projet initié en 2004 et devant se terminer en 2022.

A la fin de la première étape, les acteurs étaient globalement satisfaits des échanges menés tout au long du processus, correspondant à la volonté d’engager un travail de coconstruction du projet (BEUROIS, 2012). Des limites ont néanmoins été signifiées concernant le temps engagé par les associations et les habitants, la difficulté de débattre sur des points techniques pour les moins experts et les doutes concernant la suite du travail engagé. Ce premier cas, plutôt classique dans sa mise en œuvre et dans ses outils, est intéressant car il montre l’importance d’un travail de coconstruction en amont du projet qui permet la définition du travail à mener et de la place de chacun. Le rôle des garants extérieurs, chercheurs en participation, donne lieu à une tenue du processus et à un réajustement de celui-ci afin que les objectifs initiaux ne soient pas perdus de vue.

Depuis les années 70, cet ancien espace industriel a été le théâtre de plusieurs luttes citoyennes. Cet espace est habité par une forte mémoire collective. La mobilisation citoyenne n’a cessé d’intégrer cette culture commune aux différents de projets urbains successifs. C’est sur ce terreau qu’est né le Collectif de L’Union rassemblant acteurs locaux, comités de quartier, association d’anciens salariés, demandeurs d’emploi… afin de défendre le territoire et être force de propositions dans les différents projets urbains. En 2004, au lancement du projet d’écoquartier de l’Union : le collectif se dote d’un organe de formation et d’expertise : l’Université Populaire et Citoyenne de Roubaix (UPC), association d’éducation populaire, dont la mission est de former les citoyens et d’accompagner l’action 17


collective autour des questions de politiques publiques. Le mouvement associatif s’inscrit alors en dehors du cadre participatif institutionnel (LEJEUNE, 2011) et impose une vision démocratique et sociale du projet d’écoquartier. Par légitimité, une convention de partenariat entre le Collectif, l’UPC et l’aménageur est signée, l’UPC devenant le partenaire d’expertise technique au service du collectif de l’Union. Afin de mener un dialogue constructif avec l’aménageur, le collectif décide de proposer un contre-projet formulé avec l’aide de Sylvain Coquerel, urbaniste. Cette proposition de projet permet alors d’établir un dialogue participatif au sein du collectif associatif et de mettre en place un dialogue d’égal à égal avec la Maîtrise d’ouvrage. Le contre-projet est intégré au schéma directeur de l’écoquartier et l’UPC devient un interlocuteur direct pour le suivi du projet. Ce second cas montre que la professionnalisation des pratiques associatives (OLLITRAULT, 2008) modifie les rapports entre structures et amène au fléchissement des décisions politiques qui réorientent les projets en intégrant la volonté des habitants.

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LES OBJECTIFS ET LA PRATIQUE : OBSERVATIONS Au cours des deux années passées en permanence sur le quartier Sud de L’Ile-Saint-Denis, nous avons pu observer les mécanismes de mise en place du projet de rénovation urbaine. Contraint à la fois par des ambitions politiques certaines et par une réalité de terrain complexe, le projet s’amorce, mais n’atteint pas encore les objectifs énoncés en terme de co-construction avec les habitants. Plusieurs limites sont à noter sur le terrain. Ces observations sont également partagées par un ensemble d’associations agissant sur plusieurs quartiers dans toute la France au travers du réseau APPUII (Alternatives Pour des Projets Urbains Ici et à l’International).

LE PROTOCOLE DE PRÉFIGURATION : UN RENDEZ VOUS MANQUÉ L’association des habitants à des phases amont du projet a été négligée comme pour l’élaboration du protocole de préfiguration qui définit les grandes orientations du projet de rénovation urbaine et les modalités de coproduction. Dans bon nombre des cas, ce qui vaut pour L’Ile-Saint-Denis, elle est due à une inadéquation entre le calendrier « technique » et le calendrier citoyen : les instances de participation comme le Conseil citoyen ou la maison de projet ont été mis en place après ces phases primordiales.

DES MODES D’IMPLICATION DES HABITANTS INADÉQUATS Généralement, les habitants sont mobilisés lors de réunions (comité de quartiers, réunion publique…) ou des ateliers où sont présents des personnes déjà impliquées, ce qui engendre une représentation biaisée du quartier. Les thématiques et médiums d’expression relevant d’un langage technique sont peu accessibles et peu attractifs pour la plupart des habitants. Ces modes d’implication classiques constituent une récolte d’informations, voir de plaintes, plutôt que des débats décisionnels.

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UNE STRUCTURATION OPÉRATIONNELLE

CITOYENNE

COMPLEXE

ET

NON

Plusieurs organes existent sur le territoire et se superposent rendant illisible pour les habitants la place et le rôle de chaque organe dans le projet de rénovation urbaine. Le conseil citoyen est censé rassembler la parole de chacun et être l’interlocuteur direct dans le cadre du projet. Seulement plusieurs limites sont notées par les institutionnels, comme la non-représentativité de ce groupe (représentants non-élus). Pour cela, Plaine Commune a choisi de créer une nouvelle instance, les acteurs-habitants, rassemblant le conseil citoyen complété de 7 habitants par quartier. Il se trouve que pour le quartier Sud, une seule personne s’est portée volontaire, étant déjà membre du conseil citoyen, renforçant la confusion entre les instances.

Le conseil citoyen n’a pas pour vocation à être représentatif : il n’est pas un second conseil municipal composé d’élus. Organe neutre, il doit porter l’expression des habitants et faire remonter leur expertise d’usage. C’est un outil plutôt qu’une instance décisionnelle. Son pouvoir réside néanmoins dans la définition du processus de co-construction conjointement avec les pouvoirs publics et de sa tenue. Mener à bien cette mission nécessite d’être formé et d’acquérir des outils, ce qui n’est pas le cas actuellement pour le conseil citoyen de L’Ile-Saint-Denis. L’accompagnement réalisé s’est plutôt attardé à la constitution de l’organe même plutôt qu’à son opérabilité. Le conseil citoyen commence à s’organiser et gagnera en légitimité au travers des actions menées. Subsiste cependant la question des moyens alloués à cet organe qui restent faibles au vus des missions à développer (formations, rémunération du temps…).

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Ces premières observations impliquent un travail sur deux enjeux primordiaux : • La définition claire des enjeux en termes de processus : rôle de chacun, espace de manœuvre, planning. Ce travail nécessite d’être engagé en amont par les pouvoirs publics, à l’instar de la co-construction menée par la communauté urbaine de Bordeaux (cf. cas d’étude n°1). Il importe d’identifier les problématiques structurantes et de détailler pour chacune le mécanisme de co-construction adapté.

• Une véritable réflexion sur la question d’information et de formation des habitants et des outils à mettre en place pour rendre lisible le projet. Cet exercice peut être mené par la société civile comme par exemple par l’Université Populaire de Roubaix dans le cadre de l’écoquartier L’Union (cf. cas d’étude n°2). L’appropriation de l’information réside dans la nature des médiums utilisés, du langage et de la fréquence des interventions. Ce travail permet de construire peu à peu les bases d’un langage et de références communes et de constituer des supports et des groupes de réflexion adaptés précisément à chaque aspect du projet.

C’est principalement sur ce deuxième enjeu que l’association ICI ! a initié sa démarche. Les outils d’informations et d’analyse expérimentés par ICI ! ont permis dans un premier temps de tester différents procédés d’informations et dans un deuxième temps d’effectuer une première récolte d’usage retranscrite dans la deuxième partie de ce document. Ce travail nécessite un ajustement constant de la démarche pour accrocher le plus à la réalité du quartier et impliquer les habitants.

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L’EXPÉRIENCE DE LA CO-CONSTRUCTION: RÉFLEXION MÉTHODOLOGIQUE ASSOCIER DES INDIVIDUALITÉS

Le rôle de l’association ICI ! en tant qu’acteur de la co-construction est également de faire remonter ses réflexions au vu de l’expérience de terrain, en particulier sur le processus de co-construction et d’ouvrir le débat avec les techniciens et les institutionnels sur certains points d’attentions.

L’identification de ses différents objets montre bien l’étendue et l’intérêt de la coconstruction. Toutefois, il semble évident qu’elle ne puisse totalement supplanter le diagnostic général d’experts de l’urbain. En effet, elle ne peut pas être la seule source de conception d’un projet global. De sorte que, pour garantir son efficacité et pour qu’elle puisse mettre en lumière l’expertise de chacun, il semble essentiel de l’adapter selon des problématiques et des espaces précis. Fort heureusement, et c’est ce qui fait toute la richesse de ce type de processus, la masse habitante qui doit participer est constituée d’individualités aux intérêts et aux expertises d’usages bien distincts. Si certains s’impliquent dans la fluidité des rapports de voisinage, d’autre s’intéressent au coût des charges, alors que d’autres encore observent les taux de pollution ou les mobilités quotidiennes. S’appuyer sur ces expertises particulières, et donc ne plus adresser la co-construction à un ensemble homogène, est pour nous la clé d’un processus bénéfique au projet.

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DÉFINIR DES ZONES D’INTERVENTIONS

ADAPTER LA RÉALITÉ À LA TEMPORALITÉ

La problématique de la zone d’intervention est également capitale. En effet, la définition même du terrain qui va être l’espace en co-construction fait directement partie du processus. Souvent, des acteurs qui ne sont pas fédérés vont réfléchir sur le projet urbain de façon cloisonnée. Les objets pratiques ou les espaces matériels favorisent l’émergence de relations de collaboration. Ils permettent également de s’appuyer sur un vocabulaire commun partant de l’expérience commune du lieu, augmentant la capacité des acteurs à se projeter ensemble dans le projet.

L’adhésion des acteurs au processus de coconstruction et la production qui en découle dépend avant tout de la définition de temporalités claires. Au delà de délimiter un terrain de réflexion, il est important de délimiter un espace temps. En effet, un manque de visibilité du calendrier peut provoquer des gênes dans la conception du projet déjà lancé, comme nous avons pu le voir au quartier Sud de L’Ile-Saint-Denis par la mise en place tardive des instances citoyennes. Également, une vision sur la durée du projet permet à toutes les parties prenantes d’assurer la stabilité du groupe de réflexion jusqu’à sa fin. On peut identifier quatre grandes temporalités de co-construction associées à quatre mises en œuvre : DÉFINIR CE QUE L’ON CHERCHE

La co-construction peut prendre différents aspects. Il est important de cibler dès le départ l’enjeu de chaque dialogue. Mais, bien que le sujet soit cerné, pour que la démarche engagée ne désoriente pas les acteurs, il semble parfois qu’une question essentielle manque à l’élaboration de la démarche. A savoir : que doit-elle nourrir? A quelle question doit répondre la sollicitation commune de ces différents acteurs ? Qu’a-t-on besoin de savoir ? L’un des écueils de ces démarches réside dans l’interpellation des acteurs sur des sujets dont les experts ont déjà les réponses. Pour beaucoup de professionnels, l’intégration de l’expertise d’usage 26


est un élément nouveau dans la conception de l’urbain. La plupart des processus de conception, et par conséquent de concertation, ont donc une réelle difficulté à pointer dans leur méthodologie les points qui requiert une expertise collective et donc la nécessité d’y répondre avec les usagers. Mairie : Porter la démarcheur – Définir les orientations – Décider les champs de réflexion en coconstruction Techniciens : Définir les champs de réflexion ouverts – Définir la manière dont les acteurs travaillent entre eux AMO co-construction : Reformulation des grandes orientations pour les adapter aux démarches co-construction Conseil citoyen : Force de proposition par rapport aux problématiques à traiter conjointement. Être associé à l’écriture du cahier des charges de l’étude urbaine (définition de la méthodologie de coconstruction). ICI ! : Former les habitants aux enjeux urbains et alimenter le conseil citoyen au travers d’un pré-diagnostic.

LA PHASE DE RÈGLEMENTAIRE

CONCERTATION

Il s’agit de l’association de toutes les parties prenantes. Elle peut faire office de « prise de température ». Elle peut aussi permettre de définir les axes stratégiques et de récolter les opinions de chaque acteur sur l’existant. Ainsi, la concertation peut aboutir à une meilleure définition des programmes à mettre en place, à la connaissance des différents acteurs et à la reconstitution du « sens » du lieu, issus de l’interprétation des différentes parties concertées. Elle permet la définition d’un cadre ou d’une stratégie d’action, mais en aucun cas être utilisée pour définir des formes ou des objets (noms de lieux, formes du bâti, couleurs…). Mairie : Décider de la finalité des ateliers et de l’intégration au projet Informer des ateliers publics Techniciens : Collecter les informations auprès de l’ensemble des acteurs – Transmission des informations – Coordination entre acteurs AMO co-construction : Mise en place des outils de collectes d’opinions – Animer les ateliers publics Etudes urbaines : Intégration des éléments soulevés au travers des ateliers Conseil citoyen : Aide à la réalisation du diagnostic d’usage – Récolte d’information auprès des habitants ICI ! : Réalisation d’un diagnostic d’usage par retour d’expérience sur le terrain 28


LA PHASE CONCEPTION Le temps de la conception s’appuie sur des diagnostics d’usages, l’identification des potentiels des situations, la confrontation des différentes transformations possibles, la mise en avant de références (documentation pour argumentation des choix), la préfiguration et les tests d’usages. Ainsi elle peut aboutir à une décision de gestion du futur lieu, l’appropriation des intentions d’usages et prise de conscience des contraintes de conception (financements, normes, etc). Mairie : Orientation et décision des différents scénarios Techniciens : Transmission des différents éléments techniques – Garants de la conformité des prestations par rapport au cahier des charges AMO co-construction : Mise en place des outils de collectes d’opinions – Animer les ateliers publics Concepteurs : Intégration des différents éléments – adoption de la démarche de test – synthèse de conception Conseil citoyen : Participation à la mise en place de la préfiguration et des tests d’usage. ICI ! : Préfiguration et test d’usage en lien avec le concepteur et le conseil citoyen – évaluation et synthèse

LA RÉALISATION

La co-construction peut aussi trouver son sens dans la phase de réalisation. En effet, elle peut également passer par l’auto-réparation, l’auto-réhabilitation, l’emploi des habitants par les entreprises et prestataires, des formations. Ainsi la réalisation peut mener à la valorisation des ressources locales sur le long terme, permettre une diminution des coûts et être à l’origine de la création de compétences et d’accroissement de l’économie locale. Le chantier peut être à vocation pédagogique en s’ouvrant aux différents publics. Donnant à voir la transformation en temps réel et les savoirs-faire mis en oeuvre, il peut permettre de créer un échange entre les artisans et les habitants. 29


Mairie : Porteur du projet d’ouverture du chantier (pédagogie, insertion professionnelle, visites…) Techniciens : Ecriture des conventions permettant le chantier ouvert AMO co-construction : Animation pédagogique autour du chantier ouvert Concepteurs : Anticipation de l’ouverture du chantier dans le dessin et le planning Entreprises : Adoption de la démarche de chantier ouvert et insertion profressionnelle Conseil citoyen : Mobilise le public en lien avec le chantier ouvert ICI ! : Mise en place d’ateliers d’autoréhabilitation en partenariat avec les Compagnons Bâtisseurs – Valorisation du chantier (aide à la rédaction des clauses, aide à l’organisation du planning…)

LA GESTION Cette phase de la coconstruction correspond à un regroupement des acteurs et peut aussi renvoyer à une convention inter-partenariales, à une gestion partagée voir à de l’autogestion. La gestion en co-construction repose aussi sur une évaluation régulière afin de confronter les intentions d’usages avec les usages réels. Mairie : Accompagnement par les techniciens autour des questions de gestion Techniciens : Faire remonter les évaluations d’usages Gestionnaire : Se rendre disponible à la réflexion sur les modes de gestion Conseil citoyen : Etre force de propositions sur les modes de gestion ICI ! : Evaluation des usages vis-à-vis des nouveaux espaces construits

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PROVOQUER LA RÉALITÉ Compte tenu de cette temporalité, la nécessité d’agir en amont de l’acte de construire ou même de celui de co-construire nous est apparue comme incontournable. En effet, préfigurer les intentions ou les prétentions d’usages en amont du projet permet d’entrer activement dans le processus. Cette approche, de part son format, a toujours trouvé son public, et a permis de lever de nombreuses ambiguïtés, incompréhensions et non-dits. Elle peut prendre des formes différentes : photomontage de futurs, 3D, dessins de possibles, activités communes, préfiguration sur site, constructions temporaires... C’est avant tout un moyen d’intégrer les acteurs de la co-construction, non pas dans un processus classique de concertation, où les participants sont dépendants du format que propose celui qui fait participer, mais de les impliquer en étant dès le départ parti prenante des questions d’usages et donc dans la capacité d’évaluer par euxmêmes les impacts réels des hypothèses formulées. Faire exister avant l’heure les modifications ou les nouveaux usages permet de les rendre palpables plutôt que de les supposer. Ainsi le dessin en co-conception peut contribuer à l’efficacité d’un projet urbain, par l’adéquation qu’il peut provoquer entre prétentions d’usages et interventions réelles, et ce pour tous les acteurs y ayant participé (habitants, élus, personnels de services, administratifs, techniciens locaux). 31


LES PARTIES PRENANTES

Pour rendre lisible la co-construction et ses enjeux, il est essentiel de percevoir qui sont les parties prenantes du processus de coconstruction mais aussi du projet urbain dans son ensemble. Ainsi le dévoilement de la mécanique des acteurs doit se faire en amont de la coconstruction. Nous nous proposons de mettre en lumière cette mécanique en s’appuyant sur le cas du projet de rénovation urbaine de l’ÎleSaint-Denis et du Vieux Saint-Ouen. L’écriture de cette mécanique et notamment le cycle des prises de décisions est essentielle pour garantir l’adhésion des acteurs sollicités.

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L’ANRU

AGENCE NATIONAL DE LA RÉNOVATION URBAINE ---------------------------------------Mission: financer les collectivités qui mettent en oeuvre le projet de rénovation urbaine. (Ici Plaine Commune)

MAIRIE

ETAT

REPRÉSENTÉ PAR LA DÉLÉGUÉE DE LA SOUS-PRÉFÈTE -------------------Mission: faire le lien entre l’ANRU et les collectivités. S’assurer que les dispositifs et orientations définies par l’État dans le cadre de loi sont appliquées sur le terrain.

DE L’ÎLE-SAINT-DENIS ET SAINTOUEN -----------------------------------Mission: porte politiquement le projet de rénovation, définit les orientations locales, négocie auprès de l’ANRU. Ici, nous sommes dans un cas particulier car le projet s’étend conjointement sur deux communes.

CONSEIL DÉPARTEMENTAL

---------------------------------------Mission: propriétaire et gestionnaire des départementales traversant le quartier (Boulevard Marcel Paul et Quai du Chatelier).


BAILLEUR

PLAINE COMMUNE

PROPRIÉTAIRE ET GESTIONNAIRE DU PARC LOCATIF DE MARCEL CACHIN ET MARCEL PAUL ----------------------------------Mission: finance une partie du projet concernant le bâti et espace résidentiel.

Communauté d’agglomérations de neuf communes du 93 dont L’Ile-Saint-Denis qui possède les compétences liées à l’aménagement du territoire et entre autre la rénovation urbaine. ------------------------------------------Mission: pilote en première ligne le projet de rénovation et coordonne les différents acteurs. Plaine Commune peut réaliser en interne certaines missions d’ingénierie qui dépendent de leur domaine de compétence. Détenteur de la cohérence générale du projet.

HABITANTS ET ASSOCIATIONS

--------------------------------Mission: participer à la définition, mise en oeuvre et évaluation du projet. Leur statut et mode d’action est encore à définir.


2 LES LIEUX DE LA CO-CONSTRUCTION


O U T I L S

Afin d’illustrer les possibles mises en œuvre de la co-construction, nous proposons ici un catalogue, non exhaustif, des outils que nous avons pu observé ou mettre en place. Les hypothèses formulées plus loin sur les différents espaces du quartier sud y feront en partie référence. Vous les retrouverez rangés sous 4 familles : • • • •

Les Les Les Les

pratiques moments actions postures

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L’INFORMATION Elle est le minimum requis pour la mise en place d’un projet urbain aujourd’hui. L’intégration des informations du projet permettant sa lisibilité et son éventuelle appropriation réside dans le médium. Ainsi, les supports classiques (journaux, affiches, présentations publiques) ne suffisent pas à l’intégration des enjeux. Une bonne appréhension réside essentiellement dans la création de supports plus attractifs et accessibles. Ils permettent à chacun de se projeter dans un référentiel commun où chacun possède l’espace de s’exprimer naturellement, sans contrôle d’efficacité. Cette approche a pour objectif de construire peu à peu les bases d’un langage et de références communes.

OUTILS PRATIQUES

Exemple : le Fanzine – Mis en place à l’hiver 2016, le fanzine est un courrier distribué dans toutes les boîtes aux lettres du quartier chaque saison de l’année. Il permet de transmettre des clés de compréhension de la rénovation urbaine, de solliciter des manifestations d’intérêts, d’annoncer des événements ou d’en faire le bilan.

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nts

LA TRANSMISSION DES RÈGLES DU JEU Via des supports d’éducation populaire (jeux de cartes, maquettes, fanzine…), la transmission s’attache à vulgariser les clés et les enjeux du projet sans pour autant les simplifier. Sa tâche essentielle se concentre donc à créer les supports et le vocabulaire adaptés à la situation précise. Il arrive fréquemment que cette étape soit minorée, ce qui amène à des prises de positions citoyennes non fondées et une incompréhension générale des enjeux et intérêts de chaque acteur.

OUTILS PRATIQUES

Exemple : Il était ANRUne fois - Ce jeu de cartes est utilisé lors de rencontres publiques, d’entretiens de quartier ou d’interventions extérieures au quartier. Chaque joueur est amené à raconter une histoire de rénovation, depuis la problématique d’un lieu, jusqu’à sa résolution. Le jeu comprend 4 types de cartes différentes: les cartes lieux dessinés du quartier, les cartes modifications, les cartes résolutions et les cartes acteurs intervenant dans les différentes actions.

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LA CARTOGRAPHIE S E N S I B L E Cette approche permet de tracer les contours de l’imaginaire commun porté sur un territoire. Elle vise à retracer des lieux en se focalisant sur un de ses aspects et en s’appuyant sur le discours d’un ou plusieurs usagers. La confrontation de ces cartographies permet souvent de mettre en évidence les convergences et les divergences de points de vue des usagers, ce qui est plus difficilement possible en atelier ou en réunion publique.

OUTILS PRATIQUES

Exemple : RDC TOUR 16 - Dans le cadre du projet de préfiguration du RDC de la Tour 16, une étude approfondie est menée sur les usages et les représentations des habitants sur cet espace. Le médium de la cartographie sensible a été choisie pour permettre une expression simplifiée et libérée du langage technique. L’étude a mis en exergue des questionnements sur les dysfonctionnements de ce rez-dechaussée, sa visibilité publique et l’optimisation de l’espace qu’il offre. Ce travail a permis de structurer le diagnostic mais surtout de connaître les perceptions habitantes vis à vis des activités menées dans le rez-dechaussée. Il a également permis de révéler des activités potentielles déjà structurées.

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LA RÉFÉRENCE Elle permet de confronter sa situation à une autre situation : au même titre que le voyage, la référence est une prise de recul souvent nécessaire. Elle est plus souvent efficiente dans la comparaison situationnelle ou programmatique que dans les formes. Son recours doit être vigilant à ne pas provoquer un effet “pinterest” dans la conception (patchwork d’idées issues de références).

OUTILS PRATIQUES 43


LA

VEILLE

Même si le groupe d’usagers n’est pas actif ou directement interpellé, il est important de mener une veille permanente sur l’avancée du projet. Elle nécessite également de définir un interlocuteur. La veille peut également servir de référencement sur les projets similaires en cours (notamment dans le cas de la rénovation urbaine) permettant de mieux saisir les impacts et les possibilités qu’offrent les règles du jeu d’un même programme.

OUTILS PRATIQUES 44


ociation / interpellation

événements

L’ATELIER DE CONCEPTION L’atelier permet de confronter le concepteur à la maîtrise d’usage tout en spatialisant l’expertise des personnes interrogées. Ces ateliers permettent également au delà des intentions orales, de concrétiser les aspirations en une forme. Il permet généralement à chacun d‘obtenir une image plus claire des intérêts et intentions des uns et des autres, se concrétisant dans la prise de décision sur les formes d’un sujet précis. Il est avant tout un support de dialogue et de négociation efficient. Une attention particulière est à porter sur un point précis: bien que l’atelier ait pour objectif de prendre des décisions collectives, l’usager ne doit en aucun cas être confondu avec le concepteur.

OUTILS MOMENTS

Exemple : Rénove ton école à Jean Lurçat - Tout au long de l’année scolaire 2016/2017, un projet de co-conception et de coréalisation a été mené avec les élèves de Jean Lurçat afin de construire du mobilier de jeu dans la cour de récréation. Les objectifs étaient de permettre aux élèves de comprendre l’univers de la conception architecturale et du chantier, mais également de construire un projet à leur échelle sur des espaces non traités par le projet global de rénovation de l’école. Partagés en quatre groupes: les enquêteurs, les géomètres, les architectes et les constructeurs, les enfants ont pu analyser leurs usages actuels et désirés, s’approprier l’espace d’action et matérialiser leurs envies par le dessin et la réalisation construite. Dans ce cadre, l’association ICI! a encadré le processus créatif et formalisé la conception et la réalisation.

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L’ÉVÉNEMENT Au travers de différents événements festifs, les usages sur l’espace public sont détournés et amènent à repenser différemment leur utilisation et les modifications possibles. Ils permettent de matérialiser et rendre lisible des problématiques abstraites et de se les approprier.

OUTILS MOMENTS

Exemple : Fête des Lumières - Au vu du constat général des habitants sur le manque d’événements de quartier, une fête des lumières a été organisée en janvier 2016. A cette occasion, la place Marcel Cachin s’est transformée en salon, en cuisine collective, en salle de jeux sur la rénovation urbaine et espace de danse. L’imagination collective a été stimulée par la mise en scène: des abats jours, fabriqué en ateliers avec le Club Junior, sont posés sur les lampadaires de la place. Des dessins de transformation des façades des tours ont été projetées directement sur celles-ci …Une grande balade aux lampions, fabriqués par les élèves de Jean Lurçat, a permis à chacun de découvrir ou redécouvrir le quartier. En plus de donner un nouveau regard sur l’espace, cet événement a contribué à expérimenter une nouvelle organisation de la place et donc d’évaluer des nouvelles pratiques. Ces observations pourraient permettre d’alimenter le schéma urbain et le futur cahier des charges.

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L’ACCOMPAGNEMENT D ’ I N I T I A T I V E S Des projets à l’état d’ébauche ou d’idées peuvent être présents sur le territoire. Accompagner les porteurs de ces initiatives permet de les intégrer depuis leurs intérêts dans une dynamique générale urbaine. Une évaluation de leur répercussion est nécessaire afin de les valoriser dans la programmation urbaine et auprès de la maîtrise d’ouvrage. Cela peut mener à terme à une prise en charge de la mise en œuvre d’une partie du projet opérationnel par ses initiateurs.

OUTILS ACTIONS

Exemple : Chantier de rénovation du Club Junior avec les adolescents en février 2016. Les animateurs du club, porteurs du projet sont entrés en contact avec l’association ICI! pour concrétiser leurs envies de rénovation. Sur deux semaines, l’association a mené avec les jeunes du club la conception et la réalisation d’une fresque, de mobilier de rangement et d’une paroi de séparation des espaces. Une première définition de leur besoins a permis d’établir des priorités, puis le dessin a été réalisé conjointement de façon à ce que tous les jeunes constructeurs puissent prendre confiance sur le chantier et que le mobilier construit résiste dans le temps à l’énergie adolescente.

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LA PERMANENCE La permanence (architecturale ou urbanistique notamment) permet à l’observateur extérieur de s’immiscer au cœur du quotidien d’un lieu (bâtiment ou territoire). Elle permet de lier une confiance avec les usagers et d’habiter les lieux donnant un visage totalement différent au projet envisagé. En plaçant le professionnel parmi les usagers, elle permet également de mobiliser autrement les habitants d’égal à égal plutôt que dans un rapport expertnon expert. Cette méthode peut servir aussi bien l’analyse que l’action. L’une des difficultés de la permanence est la transmission de ces fruits. Celui qui la mène devient parfois le seul médiateur et garant des informations collectées.

OUTILS ACTIONS 48


LA PRÉFIGURATION Elle peut être un intermédiaire intéressant entre l’atelier de conception et la prise de décision. Les parties prenantes identifient souvent des aspects incertains du projet, qui demandent une vérification ou bien une mise en situation. Elle peut prendre différentes formes: mobilier, signalétique, plantation, évènement... La préfiguration est parfois détournée pour servir de moyen de diffusion du futur projet, ou bien de gestion d’attente. Il est important que son recours soit totalement intégré au processus d’étude du projet global. Elle sert bel et bien d’observation dans le but de produire un diagnostic et de pérenniser ses réussites.

OUTILS ACTIONS

Exemple : Chantier RDC Tour 16 - Ce chantier a été mené durant l’année 2016. Il a mené à la construction de mobilier urbains, d’une signalétique dans le quartier et de valorisation des locaux associatifs du rez-de-chaussée de la Tour 16 de la cité Marcel Cachin. L’objectif de cette action était de structurer une programmation commune aux usagers du rez-dechaussé et de réadapter les espaces aux usages émergents en préfigurant un type d’organisation spatiale par le chantier. A la suite de ce chantier, une évaluation des réalisations a été réalisée et formalisée par un diagnostic d’usage. Ce dernier pourraient alimenter l’étude urbaine.

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LA PROGRAMMATION A C T I V E Elle peut être une continuité de la préfiguration. La programmation d’un espace, notamment dans le cas d’une infrastructure, peut émaner d’hypothèses, de souhaits de futurs usagers, qui parfois peuvent échouer dans la concrétisation ultérieure du projet et la gestion quotidienne de l’espace. Face à cette observation, une des approches tentant de pallier cet écart est de faire appel à la programmation active. Cela consiste à apporter peu à peu les programmes dans un lieu. L’espace s’ouvre à l’occupation progressive des acteurs intéressés ou appelés. Cette première occupation demande aux participants d’habiter peu à peu l’espace, permettant de dessiner progressivement le futur projet. A la différence de la préfiguration qui prend place à un instant T et concerne un temps déterminé, la programmation active se fait progressivement sur un temps long en vue d’une pérennisation.

OUTILS ACTIONS

Exemple : Le Pavillon de Bourgogne - Cet espace non occupé a été récupéré par un collectif d’associations locales pour en faire un lieu de quartier. L’objectif est de constituer un outil permettant aux habitants du quartier Sud d’avoir une prise sur le projet de rénovation de leur quartier, par la réunion de l’information en un lieu, par des activités mêlant vie de quartier et discussions projetées sur le quartier, et par la mise en œuvre de chantiers communs : faire ensemble mais aussi préfigurer ensemble les futurs usages. Un processus de programmation active est en cour. Les activités du Pavillon de Bourgogne se mettent en place par une expérimentation des usages face à une demande ou à une proposition, qui permet grâce à la mise à disposition d’un espace et du temps, d’être confirmée ou infirmée, et de trouver en fonction sa place dans le quartier.

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L’AUTOPRODUCTION L’un des constats de la coconstruction montre que la majeure partie des potentiels usagers ne se sentent pas concernés, ou pas capable de participer à la démarche. L’autoproduction est une manière d’inclure l’usager de façon active en lui proposant de décider par la mise en œuvre directe du projet. Elle permet notamment de légitimer le projet construit aux yeux de tous les usagers. Elle favorise également une meilleure gestion future, les usagers étant plus attentifs à son utilisation.

OUTILS ACTIONS

Exemple : Granby Four Streets Granby est un quartier de la banlieue de Liverpool en désuétude depuis 30 ans et qui a repris vis grâce à l’action de ces habitants qui ont lutté contre sa démolition. Accompagné du collectif d’architecte Assemble, ils ont autoréhabilité les maisons en briques grâce à la mise en place d’un atelier d’artisanat Granby Workshop d’où sorte les objets du quotidien: poignées de portes, encadrement de cheminée à partir de déchets et de débris laissés par les maisons démolies. L’artisanat est vu alors comme un moyen de régénération spatiale et économique d’un quartier. Cette approche a mené à la création d’une entreprise sociale et a permis d’impliquer l’ensemble de la communauté.

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L’INSERTION PROFESSIONELLE La production d’espaces ou d’objets par l’insertion au projet d’habitants du territoire éloigné du monde du travail donne tout d’abord une légitimité directe à l’intervention. La valorisation des compétences habitantes assure la pérennité du projet urbain par sa contribution directe à une problématique locale. Les chantiers d’insertion et la valorisation de l’emploi local sont régis par des clauses avec les entreprises dans les projets urbains. La difficulté d’application de ces clauses et d’accompagnement du public bénéficiaire par les entreprises est pointée actuellement par les acteurs de l’insertion.

OUTILS ACTIONS

Exemple: Rénovation de 60 maisons locatives sociales avec les habitants à Boulognes. Dans le cadre de ce projet, une partie des travaux ont été réalisés par les habitants, mais la plus grosse partie par des entreprises. En accord avec le plan local d’insertion des personnes du quartier éligible à l’insertion professionnelle ont été embauchés par ces entreprises. L’architecte en permanence sur le quartier a fait le lien entre les personnes concernés, les acteurs sociaux et les entreprises, les aidant à rédiger leur CV, en informant du dispositif etc....

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LA PRISE DE DÉCISION L’un des moteurs de la mobilisation des usagers réside dans leur marge de décision. Bien que cela ne soit pas toujours possible dans les différents formats de rencontre entre les parties prenantes d’un projet, la prise de décision collective est un élément incontournable. Il est important d’identifier quelles décisions doivent être prises conjointement aux usagers. Une rencontre motivée par un choix collectif à effectuer met en avant une co-construction effective, où l’usager n’est pas simplement informé ou minoré, mais où il fait se fait une place aux côtés de la maîtrise d’ouvrage. Un atelier débutant par l’annonce de l’enjeu décisionnel de la rencontre est un atelier qui s’engage bien ! Ouvrir cette marge de décision, créer cet interstice demande évidemment un travail conséquent de coordination en amont auprès des acteurs du projet.

OUTILS POSTURES

Exemple : Budget participatif de Porto Alegre Initié à la fin des années 1980 par l’union des associations de résidants de Porto Alegre (regroupement d’associations de quartier), le budget participatif avait pour but de permettre le contrôle populaire du budget municipal. Il s’est structuré de façon pyramidale, la base étant le quartier. Les citoyens se rassemblaient en assemblée et définissaient les prorités d’investissement. Ils élisaient également leurs mandataires pour défendre leurs propositions aux échelons supérieurs. La participation populaire à ce dispositif n’a fait qu’accroître, donnant plus de légitimité aux décisions habitantes. Les dépenses et les investissements municipaux ont alors été attribués selon les priorités décidées par la population. En l’espace de seize ans, le budget dédié au social a été multiplié par cinq (RAOUL, 2007). A la suite du renversement politique municipal, ce dispositif s’est partiellement délité, à l’encontre de la volonté des habitants.

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LA NÉGOCIATION La prise de décision est nécessairement accompagnée par une négociation. Celleci pour ne pas tourner à l’affrontement stérile de positions peut être illustrée par des scénarii. Le rôle de l’AMO (parfois endossé par le concepteur) prend alors tout son sens. C’est en effet en créant des supports de négociation (maquette modulable, budget interactif…), permettant de simuler les différents scénarii énoncés par chacun, que la confrontation d’opinions peut devenir constructive. La négociation peut être l’objet d’un atelier au même titre que la conception.

OUTILS POSTURES

Exemple : 6B - Le lieu culturel dionysien devait à la base être un espace éphémère, le temps que le projet d’éco-quartier porté par le promoteur Brémond se concrétise. Par ses actions d’ouverture du lieu au public et aux habitants locaux, le lieu a gagné en visibilité et est devenu un véritable atout commercial pour le promoteur qui a décidé d’accepter son maintien. Il a ainsi modifié le plan de l’écoquartier pour intégrer le bâtiment qui devait être détruit. Le 6B a pu poursuivre son développement d’espace culturel de référence pour le quartier.

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llation

LE CONTRE P R O J E T Le contre-projet est une arme. Lorsque que l’information est opaque, lorsque les échanges entre les différentes parties prenantes se nouent d’incompréhensions, lorsque la phase de concertation amène à un scénario qui ne reflètent pas la position des usagers, le contre-projet, bien que chronophage et énergivore est un bélier, ultime recours pour tenter d’enfoncer les portes qui se sont fermées au fur et à mesure du processus. Il déplace le groupe d’usagers d’une position réactive à une position pro-active, ne répondant plus aux projets proposés mais en étant force de proposition.

OUTILS POSTURES

Exemple : L’Union à Roubaix - Dans le cadre du projet d’écoquartier l’Union, le collectif L’Union (habitants, anciens salariés, structures sociales) appuyé par l’expertise de l’Université Populaire et Citoyenne de Roubaix a proposé dès les phases amonts un contre-projet formulé avec l’aide de Sylvain Coquerel, urbaniste. Ceci a permis d’établir un dialogue participatif au sein du collectif associatif et de mettre en place un dialogue d’égal à égal avec la Maîtrise d’ouvrage. Le contre-projet est intégré au schéma directeur de l’écoquartier et l’UPC devient un interlocuteur direct pour le suivi du projet.

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L’INTERPELLATION Action coup de poing pouvant venir de la maîtrise d’ouvrage, de l’AMO ou bien de la maîtrise d’usage. L’interpellation est un un cri pour attirer l’attention. Il est efficace à condition de ne pas être utilisé trop fréquemment, au risque de voir ces utilisateurs mis de côté dans le processus du projet.

OUTILS POSTURES

Exemple : Les Groux à Fresnes Les habitants de la cité Les Groux à Fresnes se sont rassemblés en une association “Renaissance des Groux” pour s’immiscer dans le projet de démolition de bâtiment du quartier du quel la maîtrise d’ouvrage les tenait éloignés. Accompagné par APPUI, ils ont mis en place une démarche d’interpellation des pouvoirs publics sur la base de communiqué de presse, courriers auprès du bailleur, fête et débat en plein air. Une exposition sur la mémoire de la cité ainsi que des ateliers de réalisation de maquette ont été organisé. A force de patience et de persévérance, l’association a finalement pu rencontrer la nouvelle équipe municipale et faire remonter leurs préoccupations. La mairie s’est portée garante des propositions faites par l’association. Les locataires restent bien sûr vigilants quant à la mise en place pratique de ces promesses.

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L’ÉVALUATION L’une des phases souvent écartée une fois le projet livré est celle de l’évaluation. L’évaluation à la fois du processus et de l’objet mis en oeuvre permet de repositionner les acteurs face à leurs choix. Cette phase est mise en place dans certains cas en amont d’un futur projet. Un processus de programmation active ou de préfiguration accompagné d’une évaluation est peu souvent mis en place par manque de temps, et donc pour des raisons souvent budgétaires. De nombreuses études sur les processus de concertation dans les projets urbains et architecturaux montrent que ce type de démarche complète permet non seulement de produire un objet plus proche des usages réels mais également, par conséquent, de réduire les coûts de maintenance, de gestion, de rénovation ou de réadaptation.

OUTILS POSTURES

Exemple : Plusieurs outils d’évaluation existent, en particulier portant sur la qualité d’usage des équipements ou aménagement réalisé. A la fin des années 90, un groupe de chercheurs du CSTB à élaborer une méthode reposant sur le principe général que “si l’on connaît les erreurs et expériences positives du passé, on peut mieux réfléchir aux situations futures” (LACOMBE, ZETLAOUI, 2000). Cette méthode est utilisée par les équipes du Cerema (Centre d’études et d’expertises sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) pour les études programmatiques ou l’optimisation de l’utilisation des bâtiments. Des fiches méthodologiques existent sur leur site.

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nterpellation

événements

L’UTOPIE Elle permet de se lancer sans crainte. Elle a des limites certaines : celles de ne pas savoir où l’on va, de lasser par des discours qui ne mènent pas à des actions concrètes, de créer des espérances, ou encore de creuser un fossé entre les souhaits et la réalité.

OUTILS POSTURES

Exemple : ANPU (agence nationale de psychanalyse urbaine) - L’ANPU, n’est pas une blague, c’est un véritable outil d’étude de la ville sous un aspect des plus original: l’analyse psychologique. La méthode est simple, on personnifie la ville, diagnostiquant ses névroses pour définir des solutions thérapeutiques. Usant allègrement de l’humour et de la dérision, l’ANPU permet une prise de recul et une dédramatisation des problématiques urbaines.

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Après avoir décrit les différentes natures de la co-construction depuis notre angle de vue et les moyens possibles de sa mise en oeuvre, nous cherchons ici à identifier quels sont les lieux de co-construction possibles dans le quartier Sud de l’ÎleSaint-Denis : où sont-ils, que contiennent-ils, comment leurs caractéristiques peuvent façonner les choix méthodologiques de co-construction. Ainsi il s’agit désormais de faire un état des lieux du potentiel de la coconstruction sur le quartier Sud de l’Île-Saint-Denis.

NOTRE PRISME D’ANALYSE

LA DÉTERMINATION DE PROBLÉMATIQUES DE CO-CONSTRUCTION POUR CHAQUE ESPACE

Une permanence urbaine permet de mener une observation en immersion, de comprendre les rythmes d’un quartier, d’outre-passer les non-dits. Nous avons observé des pratiques, recueillis des ressentis, entendu des discours sur l’espace. Après ces deux années, il était temps de problématiser ces observations pêlemêle. Ce travail nous a permis de formuler des hypothèses de co-construction adaptées à ce contexte très local. Au cours de l’expérimentation menée, nous nous sommes liés avec de nombreux habitants éloignés des enjeux et des mécaniques institutionnels. Au delà de cet éloignement, les nombreux ateliers menés ont montré une expertise certaine sur les questions du cadre de vie, mais depuis un point de vue individuel. Nous avons pu voir un intérêt certain à débattre ou collaborer mais aucun engouement à participer à des instances. Après en avoir fait la proposition et simuler son fonctionnement, il semble que la majorité des habitants du quartier Sud ne sollicitent pas une place décisionnelle dans les instances de la rénovation urbaine, s’en remettant aux experts et aux élus. Cependant cela n’est pas synonyme 61


d’une confiance aveugle en l’organe décisionnel. Bien au contraire. Un sentiment d’exclusion est né peu à peu dans ce quartier, où les habitants ne croient plus au bienfait de la mobilisation collective. Sollicitant auparavant le processus participatif institutionnel, ils n’y trouvent plus leur intérêt. Cependant, nous avons constaté un regain d’attention et d’implication lorsque nous traitons des questions quotidiennes, de proximité, sur lesquelles il est possible d’agir dans l’immédiat ou dans un futur proche. Au vu de ce constat, nous avons pris le parti d’imaginer les processus de co-construction par lieux, regroupés sous le terme “d’espaces indéfinis et lieux de quartier”. Des groupes d’usagers et d’experts distincts se dégagent en effet selon les différents espaces du quartier, ainsi que IDENTIFICATION DES des enjeux propres à chaque lieu. Nous RESSOURCES UTILES À avons constaté qu’une approche de LA CO-CONSTRUCTION proximité, focalisée sur des espaces de la sphère intime ont une portée bien plus L’identification des lieux inclusive pour des habitants habituellement de co-construction éloignés des processus institutionnels, pour déterminer des urbains ou démocratiques. Trois grandes problématiques de problématiques urbaines, regroupées travail en co-construction sous le terme de “grand paysage urbain”, s’accompagne d’une permettent d’aborder des axes généraux, identification des et introduisent à ses focus par espace. ressources présentes sur ces lieux (ces Les hypothèses méthodologiques ressources sont par dégagées n’ont pas pour objectif de se ailleurs identifiables superposer aux diagnostics de l’étude grâce à l’analyse de urbaine ou au travail des techniciens lieux précis). Ces mais bien de les compléter. En effet, ressources pourront être nous souhaitons enrichir ce diagnostic mobilisées dans la co- d’un point de vue complémentaire : construction (à travers celui issu de la présence permanente sur ses différentes phases et place durant un temps assez long (deux ses différents degrés). ans). Ainsi, le regard porté sur chaque Les ressources pouvant espace se compose d’une description des être utiles à la co- usages observés, d’une problématique en construction renvoient découlant, des ressources mobilisables, tout d’abord au « déjà- d’une hypothèse d’usages futurs à là », c’est-à-dire les expérimenter, d’une note méthodologique ressources matérielles, sur la mise en place d’une co-construction figurant un symbole et enfin la relation que l’espace entretien important sur place ou avec le projet urbain général. 62


encore ayant un potentiel foncier. Ces ressources peuvent aussi renvoyer aux différentes expertises que l’on peut recueillir sur place : un lieu est en mesure de disposer d’une « communauté d’experts », techniques ou d’usages. Or ceux-ci peuvent être convoqués dans différentes phases de la co-construction. On peut aussi identifier des « communautés de projets » qui sont capables de porter des projets ou faire émerger des programmes et qui peuvent en cela participer à la co-construction (notamment dans les phases de co-conception et de co-réalisation). On peut aussi penser à des « communautés de gestion », qui arriveraient dans la dernière phase de co-construction (la gestion) dont la fréquence d’action (quotidienne, périodique, ponctuelle, annuelle) est notamment à interroger pour encadrer cette phase de co-construction. L’anticipation des usages et les premières phases de co-construction permettront aussi d’identifier des ressources non évaluées dans un premier temps (par exemple, des habitants initialement opposés à un projet initial, en participant à sa modification peuvent potentiellement devenir gestionnaire de cet espace). Il s’agira donc de questionner – après un inventaire précis et prospectif des ressources par espace – quels peuvent être les ressources mobilisables vis-à-vis du type de co-construction qui correspond au lieu en question. De même, la prise en compte de ces ressources peut aussi influencer la méthodologie de co-construction. 63


3 PROBLéMATIQUES DU GRAND PAYSAGE URBAIN + 10 LIEUX DE QUARTIER

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GRAND PAYSAGE URBAIN GPU

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La nature géographique propre à ce territoire nous amène à poser un regard différent sur ses qualités urbaines. Cette frange insulaire, en plus d’être séparée du reste du continent, est également isolée du reste de l’île par une tranche anciennement industrielle, reconvertie en futur éco-quartier, qui entrave son affiliation naturelle au centre ville. Au delà de cet isolement qui requiert une attention particulière, la nature insulaire provoque un cadre de vie et de vue qui influe sur les relations au cadre bâti. Si l’on connaît bien l’île de la Cité, il est peu commun de trouver une cité sur une île. La dureté du béton et la verticalité des tours affronte donc la nature extravertie des bords de seine. Cette description lyrique est-elle la même dans l’imaginaire commun des habitants ? Quelles relations quotidiennes entretient la population locale avec ce paysage ? Comment cette faune, cette flore à portée de main sont elles explorées? Enfin, ce paysage métropolitain qui se déploie à l’horizon permet-il de se sentir plus “grand parisien” ou renforce-t-il le sentiment d’isolement ? Il est en effet essentiel de se pencher sur les rythmes qu’imposent la métropole au quartier Sud et sur les symboles qu’elle génère. Si depuis la berge, on s’oriente grâce à la pointe rotative de la tour Pleyel au loin ou au dôme de Montmartre, les éléments constituant du quartier Sud créent également des symboles pour les étrangers au quartier qui circulent sur les berges ou voyagent via le rer C. Ces derniers voient chaque jour se dresser les trois tours de Pagel ou la Nef, se demandant s’il s’agit d’une usine désaffectée ou d’un ancien siège du parti communiste. L’Île est contemplée, et ces formes bâties constituent déjà des icônes quotidiennes pour les métropolitains, sans la nécessité de créer de nouvelles tours, aussi vertes soient elles. Nous retracerons ce rapport au grand paysage urbain, depuis la localité au travers de trois axes: l’occupation des berges, la mobilité quotidienne, et les sports urbains.


GPU PRATIQUES OBERVÉES ESPACE SAUVAGE : LIBERTÉ OU MARGINALITÉ ? Dans l’imaginaire commun, les berges de Seine constituent un espace bucolique. Cependant, si plus au nord quelques habitants peuvent apprécier et parcourir son caractère sauvage, ici cet aspect est peu perçu comme une qualité. En effet, les berges sont mal entretenues. Le responsable du rowing club à un projet qui lui tient à cœur à ce sujet: monter une équipe avec des jeunes du quartier pour apprendre l’aviron tout en nettoyant les berges. Cependant, le fait que l’acteur principal (VNF) soit déterritorialisé rend l’appropriation des berges et les initiatives émergentes plus difficiles à mettre en place. Une intervention éventuelle semble être associée à l’obligation d’entrer dans un mille-feuille administratif.

L’OCCUPATION DES BERGES Les points d’accès au fleuve sont rares et ne constituent pas un parcours continu, expliquant le rapport distant qu’entretiennent les habitants à la Seine. Cependant le caractère varié des franges accessibles permet d’y accueillir de faibles activités de différentes natures, les plus sauvages, permettant une certaine appropriation. Côté quai du Châtelier, il existe quelques mètres carrés labourés par certains habitants afin de cultiver des comestibles. Nous avons pu également observer en contre bas, à la hauteur du parking de Marques Avenue, là où l’accès n’est pas limité pas des barrières, une occupation près de la berge: deux chaises et une corde permettant de descendre jusqu’au bord de l’eau. Nous savons que certains enfants y vont très occasionnellement pour se 69


cacher, lancer des cailloux dans l’eau..., nous y avons été emmenés une fois. Les berges constituent alors un espace de liberté.

L’IDENTITÉ FLUVIALE: ANECDOTE OU APPARTENANCE ?

UNE ZONE ASSOCIÉE AU DANGER Pourtant de nombreux parents voient dans l’accès aux berges un grand danger pour les enfants. Les ballons perdus sur les berges forcent les enfants à descendre. Il est fréquent que les enfants dans ce “petit” quartier jouent seuls. Certains adultes sont préoccupés par cette proximité de l’eau sans surveillance. De plus, peu d’enfants du quartier savent nager. Les usages individuels qui peuvent y prendre place sont souvent directement associés à des usages marginaux ou à des pratiques illégales, bien qu’ils ne soient la plupart du temps que des pratiques oisives. Les usages qui y prennent place pâtissent d’une image négative due au statut incertain des berges. Ces usages individuels rebutent de nombreux habitants à fréquenter la berge aménagée du quai du Châtelier. Ces occupations sont également observables, depuis le quartier, sur la berge faisant face au quai de l’Aéroplane, côté Gennevilliers. Bien qu’il s’agisse uniquement de regroupement amicaux, de jardinage, de pêche et de barbecue, cette occupation a immédiatement préoccupé une partie des habitants, due à la méconnaissance de ces espaces par les habitants.

Bien que de nombreuses propositions culturelles ou scolaires s’appuient sur la thématique insulaire, au quartier Sud cette caractéristique est bien plus associée à une anecdote territoriale. La plupart des habitants ne connaissent pas l’histoire liée au fleuve, ne développent pas une activité ou des usages liés à la Seine, ne connaissent pas les enjeux régissant l’occupation et la gestion du fleuve, ni les contraintes appliquées à un territoire inondable. L’utilisation de l’image du fleuve comme une icône locale a créé une référence anecdotique mais pas une culture commune. Un enjeu réel existe sur la transmission de ces informations relatives à la géographie du lieu. En explorant un peu plus les imaginaires individuels au cours des différents entretiens et ateliers, on découvre un certain attachement émotionnel plus inconscient, associé à une qualité visuelle, notamment depuis le logement, plus qu’à un atout en terme d’espace public ou de paysage vécu.

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GPU ALLER VERS L’ESPACE PUBLIC

L’OCCUPATION DES BERGES

La pointe Sud constitue un réel patrimoine de proximité sous-exploité. Rien n’est fait pour accueillir les curieux. Elle répond uniquement aux besoins des sportifs fréquentant déjà l’une des infrastructures du complexe de L’Île des Vannes. Bien que la vue soit imprenable depuis le bout de l’île, aucun aménagement n’invite à la ballade. Les habitants utilisant cet espace sont donc soit des promeneurs accompagnant leurs chiens, soit des groupes d’amis allant y faire des activités qui ne souhaitent pas être vus dans le quartier (barbecues, shisha....). L’espace reste cependant peu fréquenté, les habitants le justifiant par son éloignement des flux quotidiens : les amis ne passent pas devant en rentrant du travail, la sous-occupation crée un sentiment d’insécurité. Cette faible fréquentation peut également s’expliquer plus généralement par la faible fréquentation des espaces verts déconnectés du quartier. En effet, une grande partie des habitants ne fréquentent pas non plus le parc des Docks. Ils partent soit loin du quartier, soit surveillent les enfants depuis les logements. Le parc des Docs n’est donc pas considéré comme un équipement du quotidien. Cependant bon nombre d’habitants expriment un sentiment d’injustice vis à vis de l’inaccessibilité à la pointe Sud. Pourtant le fait que l’espace public soit ouvert, qu’il offre des percées visuelles et que le regard ne se heurte pas à des murs offre un réel atout renforçant le sentiment de sécurité. 71


PROBLÉMATIQUE Comment laisser place aux initiatives individuelles malgré le statut administratif et juridique particulier des berges ? Comment valoriser l’espace de liberté que propose les berges sans en faire un lieu de marginalité ? Comment intégrer le caractère paysager insulaire au parcours quotidien ? Comment recréer un lien amical entre l’Île des Vannes et les habitants du quartier Sud ?


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RESSOURCES

• Responsable du rowing club (Christophe), usagers du rowing club • • Gardien de l’île des vannes • • Usagers du complexe sportif • Association baignades urbaines • • Habitants du quai de l’aéroplane • • Pêcheurs • • Adjé Wilson • • Marie Ondée : habitante du quartier et adhérente du rowing club • • VNF • • Jacques Paris (élu patrimoine, spécialiste des berges) •

L’OCCUPATION DES BERGES

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HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER Redonner aux berges un caractère de paysage vécu ne semble pouvoir se faire uniquement par un réaménagement ou une sensibilisation à la balade urbaine. L’une des hypothèse récurrente exprimée est celle de la nécessité d’en proposer une animation, une attractivité spectaculaire, exceptionnelle, permettant de braquer à nouveaux les yeux sur cet espace. Cette hypothèse se voit nuancée par deux enjeux : celui de ne pas uniquement créer une attraction événementielle ne recréant aucune conscience commune liée à l’espace, et celui de préserver l’aspect bucolique et sauvage de cette zone. Bien que l’organisation de balades urbaines soit un outil indéniable vers la redécouverte des territoires, il semble nécessaire d’y apporter un aspect attractif supplémentaire afin qu’elles trouvent son public. L’organisation de visites touristiques théâtralisées, accompagnées par une troupe itinérante, est une piste. Celle de l’audio-guide également : la mise à disposition d’un audio-guide conçu par et pour les habitants, à l’image de celui existant dans le centre de l’Île, crée par l’association les Voix d’Ici est un exemple pertinent et efficace de transmission populaire de l’histoire commune.

La programmation de loisirs accompagnant les futurs aménagement : sensibilisation à la pratique de la pêche, de la natation, de la navigation, des barbecues... Implanter ces nouvelles pratiques peut paraître déconnecté des préoccupations locales. Il est essentiel pour comprendre le cadre régissant ces nouvelles propositions qu’elles soient portées par des structures territorialisées : centre social, club junior, centre de loisir, école...


• Redécouverte des berges par la navigation et le nettoyage de celle-ci : un projet porté par le club d’aviron. • Loisirs spontanés offrant un prétexte à la ballade : aménagement créant une interface ou suscitant une interactivité avec le fleuve ( ex : jumelle / moulin d’eau / jeux d’eau depuis la berge / pompes... ) et promotion des initiatives habitantes naissantes. • Activation temporaire de la berge par une structure extérieure apportant un nouvel usage : (ex : un bateau ou une guinguette) afin de recréer une histoire commune en accélérant le processus. De nombreux bateaux en recherche d’un emplacement (notamment les péniches délogées du canal de l’Ourcq) pourraient être intéressés par l’animation d’une partie de la berge.

GPU ACCOMPAGNEMENT • Cours de piscine à l’école primaire et au collège • • Promotion des pratiques liés à l’eau dans les activités jeunesse Promotion de l’aviron • • Nécessité d’un interlocuteur fleuve (pour les initiatives et pour l’équipe UTRU) • • Nécessité d’intégrer pleinement le club d’aviron et les usagers de l’Île des Vannes à la réflexion (déjà approché pour les olympiades) • • Activer la mailing liste des sportifs de l’Île des Vannes •

L’OCCUPATION DES BERGES

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MÉTHODO ADAPTÉE La redécouverte de cet espace demande avant tout d’intégrer les principaux acteurs des berges et de l’Île des Vannes et de redonner goût aux habitants à cet espace. Une première phase d’interpellation semble nécessaire. Les « visites touristiques » peuvent dans un premier temps apporter un nouveau regard et une nouvelle curiosité. Il semble nécessaire de les associer à des événements déjà existant : Fête des lumières, Terrasses d’été, Olympiades, match de foot, fête du rowing club... afin qu’elles trouvent leur public. S’agissant d’un espace à fort caractère paysager et émotionnel, la cartographie sensible est une approche tout à fait pertinente pour synthétiser cette redécouverte. Cependant, s’agissant d’un espace extrêmement vaste, et propre à la balade, il nous semble pertinent de proposer un audio-guide racontant ce paysage, à disposition des visites touristiques organisées, mais également en libre accès pour des balades individuelles. En s’inscrivant dans des événements annuels, ces balades permettent de créer non pas une courte et intensive redécouverte des berges, qui ne trouveraient peut être pas son public, mais de proposer un rituel annuel ou bi-annuel au sein du quartier. En lançant ces balades en amont de la convention, cela permet de structurer peu à peu des groupes en mesure d’accompagner de nouvelles pratiques en phase opérationnelle. La préfiguration de ces nouvelles pratiques peut voir le jour dans un premier temps sur le quai du Châtelier, déjà en mesure d’accueillir des usages. L’enjeu des ces accompagnements est bien plus la sensibilisation et la compréhension de nouvelles pratiques que l’aménagement spatiale permettant de les accueillir. Les acteurs à solliciter sont donc les services jeunesses, le centre social, l’école et les usagers de l’Île des Vannes.


Ainsi, plusieurs activités tel que la pêche, les barbecues, la navigation ou la natation pourraient être mis en place au début de la phase opérationnelle. Sur un espace aussi complexe que celui des berges, il ne s’agit pas d’associer les usagers à la co-conception, mais de promouvoir l’utilisation de l’espace.

GPU L’OCCUPATION DES BERGES

Par la suite, l’occupation temporaire de la berge par une structure extérieure pourrait permettre de mettre en place une programmation active et recréer une culture commune propre à ce lieu. La berge offre un cadre unique pour l’amarrage, par exemple, d’un bateau qui proposerait des activités à direction du quartier, en lien avec la question du fleuve. Cette occupation temporaire prendrait place au début de la phase de réaménagement des berges, et notamment du quai de l’Aéroplane, pour ensuite l’accompagner en créant peu à peu une histoire commune permettant de mieux accueillir ce nouvel espace.

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GPU PRATIQUES OBERVÉES

LA MOBILITÉ QUOTIDIENNE

LA NÉCESSITÉ D’ÊTRE CONNECTÉ À D’AUTRES TERRITOIRES Les caractéristiques du territoire de l’Île-Saint-Denis impliquent des déplacements à l’extérieur de l’île. En effet, pour travailler, consommer, se divertir, se soigner, aller à l’université, il faut sortir du quartier sud et le plus souvent quitter l’île. Ainsi la connexion à d’autres territoires est vitale. Or le quartier sud ne dispose pas de station de métro et le trafic par autobus est assez « incertain ». Ainsi le recours à la voiture est très répandu et à l’origine de nombreuses congestions routières, qui ralentissent encore davantage le trafic des bus. Au-delà de sa nécessité pratique, la voiture représente une fierté et s’apparente à un certain statut

social qui explique également son omniprésence. Ainsi, le stationnement à un rôle spatial et social central dans ce quartier. Bien qu’il constitue un non-lieu, sans qualité d’aménagement, il héberge certaines pratiques liés à la voiture. Dans la pratique actuelle qu’ont les habitants du quartier, le parking est un lieu de rencontre, au même titre que certains espaces publics. C’est également un lieu où l’on répare sa voiture et depuis lequel on interpelle les voisins aux balcons et vice versa. Bien qu’ils cristallisent de nombreuses mésententes entre habitants, il est également un lieu de passage, où l’on se gare 79


à proximité des habitants avec lesquels on entretient des affinités. La voiture représente alors l’extension de chaque ménage dans l’espace public. Cependant, les stationnements du bailleur ne sont pas loués par toutes les familles. En effet, les plus prisés sont ceux visibles depuis les immeubles, ceux que l’on peut surveiller. Ainsi, le parking derrière le square de l’école est sous-occupé. Il y a également une tendance à rechercher la gratuité du stationnement. Ainsi, les rues du quartier sont saturées le soirs, entraînant du stationnement gênant. Bien que certains habitants d’Entre-Deux-Rives aient mis à louer leur place de parking, elle ne trouve pas non plus de preneurs. Il y a quelques années, certains jeunes du quartier se garaient pour la nuit à L’Île des Vannes, en accord avec le gardien de l’entrée qu’ils connaissaient bien. L’accroissement des chauffeurs Uber dans le quartier a renforcé la problématique du stationnement : la rue piétonne Jean Lurçat est maintenant régulièrement investie le soir par les voitures.

DES AXES DE MOBILITÉS QUI SE RÉVÈLENT ÊTRE DES FREINS

Le quartier est traversé par des axes de mobilités importants, dont deux routes départementales : le boulevard Marcel Paul et le quai du Châtelier. Si, au premier abord, cela peut représenter un avantage, il faut noter qu’il s’agit d’aménagements très lourds pour un si petit quartier. Ainsi cela vient déséquilibrer ses circulations. Ces axes sont fortement empruntés et font de la circulation une réelle nuisance. Ces axes peuvent donc être des freins, des frontières plutôt que des éléments de mobilité inclusive. Le pont de Saint-Ouen, qui relie le quartier à la ville de Saint-Ouen, donc aux commerces et autres services de proximité (borne de retrait, pharmacie, station essence…), est également un point de congestion. Même si ce pont est vital pour les habitants du quartier Sud, il symbolise la dépendance du quartier aux autres territoires et marque une réelle frontière. Il est bien établi qu’il ne s’agit pas du même quartier. Cette lien fragile au continent renforce les affrontements de clans entre quartiers voisins. Ce pont est particulièrement emprunté : en voiture comme en bus il faut plusieurs minutes pour le parcourir. Les piéton et les vélos peuvent le traverser mais le trajet s’avère dangereux : proximité des voitures, vitesse, discontinuité des espaces piétons. Ainsi à travers la dimension symbolique et l’engorgement du pont, cet axe peut également se révéler comme un frein à la mobilité. Les autres axes du quartier, moins empruntés, comme la rue Rosa Park,


ou l’allée qui sépare Marques Avenue du reste du quartier peuvent aussi être considérés comme des freins. En effet, ces axes sous-tendent un certain nombre de nuisances comme le stationnement sauvage et marquent aussi une séparation du quartier. Le quartier Sud est en effet composé de trois « micro-quartiers » distincts : la résidence d’Entre-Deux-Rives, la cité Marcel Cachin et la cité Marcel Paul. Les différences d’identité paysagère et sociale sont signifiées directement par les axes Rosa Park et Marcel Paul. La porosité du quartier est donc paradoxalement mise en cause par les axes de circulation.

LES AUTRES MOBILITÉS

Le premier diagnostic urbain effectué sur le quartier posait la question des mobilités douces. Il s’agit quasiment d’un invariant des projets de rénovation urbaine. Il s’agit donc de voir comment cette question s’inscrit dans la réalité des pratiques du quartier sud. En dehors, des circulations internes au quartier, les habitants se déplacent assez peu à pied ou à vélo. Cela peut notamment s’expliquer par l’omniprésence de la voiture (vitesse, stationnement sauvage) qui cause de nombreux désagréments à ces modes de déplacement. De plus, le quartier ne dispose pas de pistes cyclables et la continuité spatiale des déplacements dits « doux » n’est pas assurée. Il n’existe pas non plus d’aménagement, type borne de stationnement, dédié au vélo. À ces freins spatiaux s’ajoutent des freins culturels : le vélo ou la pratique de la marche (déplacements quotidiens au-delà du quartier, balades) ne font pas partie des habitudes des habitants. Ainsi, le thème de la « voie douce » ne fait pas particulièrement sens pour les habitants et ne suscite pas d’image particulière. La question est donc comment dépasser ces habitudes pour développer d’autres mobilités. Au regard des contraintes que posent la voiture et le bus (coût, engorgement, temps…), l’utilisation du vélo pourrait être promue non pas à travers l’aspiration à des pratiques éco-responsables mais à travers la nécessité et l’opportunité pratique qu’elle représente. Le vélo peut en effet être un moyen d’échapper à la sédentarité imposée par le caractère insulaire du quartier, en étant à la fois économique (peu cher par rapport à la voiture, gain de temps…) et pratique (éviter embouteillages ou passages incertains du bus…). 81


LA SIGNALÉTIQUE La signalétique permet de marquer les lieux, de les signifier et de les relier entre eux. De ce fait, elle est primordiale pour les usagers extérieurs au quartier mais aussi pour ses habitants. C’est grâce à la signalétique que les personnes extérieures sont incitées (ou non) à traverser un quartier, s’y balader, le comprendre. Pour ses habitants, la signalétique est à l’origine d’un langage, d’un discours sur le quartier. Elle permet également de donner une cohérence et façonne des cheminements par les liens qu’elle instaure entre les lieux. Or sur le quartier Sud de l’île, l’ensemble de la signalétique est obsolète. Les panneaux n’ont pas de charte graphique commune. Il est très difficile de se repérer dans le quartier, ou de se retrouver à un point de rendez-vous lorsqu’on est étranger au quartier. En effet, le quartier n’a pas l’habitude d’accueillir des « étrangers », à l’exception du centre commercial de Marques Avenue. Ce n’est donc pas un territoire parcouru, mais uniquement enjambé par le grands axes de communication. Beaucoup d’éléments du quartier ne sont pas réellement nommés par les habitants, et s’ils le sont, les habitants ne s’accordent pas forcément dessus. Ainsi les lieux n’ont pas toujours de nom ou en ont plusieurs, ce qui complique la possibilité de parler un langage spatial commun et rend le repérage pour les personnes extérieures encore plus difficile. Cela crée des micro-espaces isolés les uns des autres et une dissolution de l’espace public. Par ailleurs, on relève un autre problème de signalétique : les infos de Google maps ne sont pas à jour, et ce même pour les infrastructures publiques (la médiathèque est par exemple localisée sur le quartier sud alors qu’elle est désormais au centre de l’île).


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RESSOURCES

• Cyclol’île / Bicyclo / l’atelier solidaire • • Mohammed (garagiste du quartier) • • chauffeurs Uber (Rachid, Issa...) • • Parking Marques Avenue • • Parking île des Vannes • Centrale de mobilité éco-quartier • • Département • • Stif •

LA MOBILITÉ QUOTIDIENNE PROBLÉMATIQUE On a pu souvent entendre : “L’objectif: c’est de partir d’ici”. Il s’agit donc de se demander s’il n’y a vraiment qu’un seul besoin : celui de partir de l’île et d’y rentrer. Si c’est le cas, faut-il donc se concentrer sur ces axes ? Ou le besoin de circuler en interne est-il aussi incontournable ? Il faut aussi se poser la question de la dépendance du quartier à d’autres territoires – car elle est consubstantielle à la question des mobilités – l’accepte-t-on en développant les possibilités de déplacement ou devons-nous repenser la programmation des infrastructures pour réduire la nécessité de quitter le territoire ? Comment veut-on développer la mobilité douce sur la quartier ? Peut-

on profiter de l’opportunité que représente le vélo (économiquement et en gain de temps) ? Comment s’appuyer sur la nécessité de se déplacer et de contrer les difficultés issues de la voiture pour développer la pratique du vélo ? 83


HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER La question de la mobilité au sein du quartier est évidemment liée à la congestion que provoque l’utilisation de la voiture : autant sur les axes routiers que sur les stationnements. Cependant, bien que la centrale de mobilité puisse être une réponse au stationnement, il est important de prendre conscience de la réticence qu’éprouve les habitants envers cette idée et de ne pas omettre la part sociale que remplit la voiture et le stationnement pour les habitants. Si la voiture est un patrimoine et parfois même une continuité du logement en tant qu’espace personnel ou familial, le stationnement reproduit également des échanges et rencontres, accueille des usages passagers et reflète les affinités que les habitants peuvent avoir les uns avec les autres. Il est donc important qu’un remaniement de l’organisation du stationnement ne supprime par ces rapports sociaux fondamentaux pour les habitants.

Les pratiques à expérimenter sont donc : • Recréer un espace social de mobilité au même titre que celui endossé par les aires de stationnement • Profiter des parkings existants pour imaginer une offre locale de stationnement (Marques Avenue / Île des Vannes) • Recréer des circulations piétonnes et transversales aux axes « frontières » • Habiter le pont • Conforter l’utilisation du vélo • Permettre une orientation facile pour les personnes extérieures au quartier • Nommer communément les points quotidiens et principaux du quartier


MÉTHODO ADAPTÉE

GPU ACCOMPAGNEMENT • Vélo école • • Promotion du vélo et pédibus : club junior et centre de loisir (notamment pendant les vacances scolaires où les passages des bus sont plus espacés) / école • • Présence sur le marché / relais au Franprix / au Qwartz … • • Information •

Pour ne pas se confronter à un simple avis négatif et arrêté sur la création d’un parking central, il est important d’aborder la question sous un autre angle. Les habitants doivent être pleinement associés à cette réflexion, non pas sur le stationnement en tant que tel, mais sur le rôle social qu’il incarne. Accompagné par une négociation auprès des propriétaires des principales zones de stationnements (Marques Avenue, Île des Vannes et bailleur), il semble nécessaire de mener une enquête de proximité, de porte en porte de voiture, pour comprendre les attentes, les aspirations et les craintes des habitants, en amont de la convention. Une journée « voiture fixe » permettrait d’ouvrir le débat au plus réfractaires et d’aborder le cœur du sujet. Certains axes peuvent être bloqués à la circulation voiture, des déambulations vélos et piétonnes peuvent s’organiser, et surtout des micro-espaces sociaux peuvent être mis en place dans les zones de stationnement, en continuité des voitures (ref Parking day). Cette démarche doit s’accompagner obligatoirement d’une information complète et répétitive sur la place du stationnement en ville et sur la réflexion autour de son évolution localement.

LA MOBILITÉ QUOTIDIENNE

Ensuite ces enquêtes permettent d’alimenter des ateliers de coconception sur l’aménagement précis des axes piétons. Il apparaît essentiel de mener également ce travail de co-conception et coproduction avec les habitants sur une nouvelle signalétique : quels lieux, quels noms, quels emplacement pour les signalisations. Ce travail, s’ill est engagé en amont des travaux peut se poursuivre pendant le début de la phase chantier, afin de prendre en compte les lieux actuels se pérennisant dans la rénovation mais aussi de s’adapter aux cheminements temporaires provoqués par le chantier. Ce même temps de production d’une nouvelle signalétique peut voir émerger en parallèle la mise en place de sessions vélos-école régulières aboutissant éventuellement à la pérennisation d’un local d’auto-réparation et de formation aux cycles. 85


GPU PRATIQUES OBERVÉES

LE

SPORT

L’IMPORTANCE D’USAGERS SPORTIFS EXTÉRIEURS AU QUARTIER Le quartier sud de l’Île-SaintDenis est un quartier où l’on pratique le sport et où l’on vient pour faire du sport. En effet, une des raisons pour lesquelles on se rend sur l’île est le sport. Cela s’explique notamment par son cadre naturellement accueillant pour les joggeurs ou les sports d’eau. On notera également l’existence d’une infrastructure incontournable : le complexe de l’Île des Vannes. La pratique du sport est donc réelle mais dans des lieux délimités qui sont avant tout connus par les initiés, notamment causé par les confusions de signalétique. Ainsi, la pratique du sport est ancrée mais elle reste inférieure à la capacité d’accueil du

complexe sportif et du quartier, en nombre de sportifs comme en diversité de sports. Un potentiel réel existe donc.

UNE PRATIQUE INDISCUTÉE MAIS ENCORE DÉLIMITÉE Le sport est une pratique qui fait consensus auprès des habitants, à la différence d’autres usages qui peuvent être à l’origine de conflits, où les générations ou les cultures créent des clivages. C’est un terrain qui parle à tout le monde, qui fait « commun ». Nous avons pu observer différents types de sport au sein du quartier: 87


la trottinette, le roller, le vélo... Pour le moment, la pratique du vélo est donc plutôt un sport ou un divertissement et elle s’exerce plutôt à l’intérieur du quartier que comme mode de transport pour en sortir. On relève aussi l’émergence du street work out (exercice de musculation en extérieur). Les habitants pratiquent le sport sur l’île, mais majoritairement dans les infrastructures dédiées. Ce format crée des usages par affinité, entre des groupes déjà formés, dans lesquels les liens existent préalablement. Actuellement donc, le sport ne favorise pas les rencontres entre les habitants du quartier. Le fait que le sport soit moins pratiqué dans l’espace public exclue cette pratique de la vie de quartier. Cela exclut également la mixité générationnelle et de genre. Pourtant l’espace public dispose d’un vrai potentiel pour le sport. Si des espaces spécifiquement délimités existent, on peut aussi constater que d’autres espaces ne sont pas marqués : pas de circuit pour le roller ou la trottinette alors qu’ils sont très pratiqués. Les règles fixées par les parents sont aussi vectrices de délimitations spatiales du sport : l’enfant a une zone de jeu délimitée par ses parents. Ainsi le jeu doit se faire dans une zone proche de l’habitation (donc en bas des immeubles) quand l’enfant ou dans une zone capable d’accueillir les parents (assises ou autre activité attractive). La question de la sécurité des espaces de sport et de jeu est donc incontournable.

LA SUPRÉMATIE DU BALLON ROND On constate l’omniprésence du foot. On dénombre un grand nombre d’infrastructures réservées au foot pour un si petit quartier : le terrain limitrophe à la cour de l’école, le terrain de Pagel et le stade de l’Île des Vannes. Si le foot est une obsession locale, aucun équipement du quartier n’est pour autant aux normes ni véritablement entretenu. Cela restreint fortement la possibilité d’accueillir différents publics donc de permettre une certaine mixité.


GPU LE

SPORT

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PROBLÉMATIQUE La question du sport est liée à celle des moyens d’accueil des personnes extérieures. Comment aménager et encadrer l’usage du sport pour déployer l’attractivité publique du quartier ? Comment faire en sorte que les habitants utilisent le potentiel sportif de l’espace public existant ? Comment créer des parcours et des zones qui laissent place à l’imagination et garantissent une certaine liberté d’usage tout en les délimitant et les sécurisant ? Peut-on s’appuyer sur le caractère paysager qui, par sa qualité indéniable, invite aux pratiques sportives, pour permettre son réinvestissement par les habitants ? Le sport peut-il être le levier de création d’une nouvelle identité du territoire ?


GPU

RESSOURCES

• Rowing club • • Club de foot • • Club de boxe • • Abdellah : prof de judo • • Cyclo’lîle • • Bassy N’bodje • • Idris / Jordan (club junior)... • Derek • • Issa • • Djemal • • Alphonse •

LE

SPORT

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HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER Accompagner la pratique du sport dans le cadre de la rénovation urbaine a pour enjeu de faire de cet intérêt partagé par le plus grand nombre, sans distinction de sexes, ni d’âge, ni de classes, un support de rencontres et de dissipation des rôles que chacun s’attribue. L’autre enjeu est bien sûr d’en faire un activateur d’espace public: s’il est déjà inscrit dans le quotidien de bon nombre d’habitant, il s’agit de réussir à l’inscrire dans la proximité. • S’appuyer sur la pratique du foot pour étendre son usage et son public : générations et genre grâce à des infrastructures de quartier plus adaptées / assurer le lien de cette infrastructure avec l’île des Vannes • Promouvoir les équipements de l’île des Vannes notamment l’aviron • Street work out / détournement de mobilier urbain pour créer un parcours sportif au sein du quartier • Créer des temps de synergies entre les différents sports et les différents usagers (événements notamment dans la continuité des Olympiades) • Monter des équipes sportives de quartier


GPU ACCOMPAGNEMENT

MÉTHODO ADAPTÉE Le premier pas vers la valorisation des usages liés au sport est la prise de connaissance et l’association de tous les partenaires sportifs aux acteurs de la rénovation urbaine. Cette association se concrétise par la mise en place d’une programmation commune, et l’organisation de rencontres intersportives régulières (type Olympiades). En amont de la convention, l’accompagnement de cette synergie doit se faire avec les acteurs locaux : ainsi des activités pâtissant d’une méconnaissance, et d’un effet de représentation (notamment l’aviron), peuvent être initiées via l’école ou le club junior.

• création d’un club sportif de quartier • • mise en place de partenariat aviron école / aviron club junior • • intégration de tous les acteurs de l’Île des Vannes et municipaux •

LE

SPORT

Des ateliers de co-conception autour de la question du football, sa répercussion sociale et spatiale dans le quartier, trouvera de fait son public et permettrait à des habitants éloignés des processus de co-construction de s’inscrire dans la réflexion et la prise de décision. En parallèle de ces ateliers, des ateliers de co-conception et d’autoproduction peuvent se mettre en place afin d’inscrire un parcours sportif (ou workout) dans le quartier.

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LES BERGES DE MARQUES-AVENUE

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PRATIQUES OBERVÉES ESPACE SAUVAGE : LIBERTÉ OU MARGINALITÉ ? Les pratiques sur cet espace sont multiples et on peut les dissocier en fonction des âges ou des catégories d’usagers . Les enfants s’y retrouvent, y jouent, se cachent. Cet espace est intéressant pour eux car il est à l’abri des regards et éloigné des habitations, il n’est pas sous les fenêtres des bâtiments ce qui autorise davantage de bruits. Cela constitue un gage de liberté sans pour autant en faire un lieu trop isolé. Il se trouve en effet aussi à proximité du square du Temps des Cerises, très fréquenté, et dans lequel on trouve des adultes garantissant une sécurité relative. Les jeunes de 16 à 20 ans s’y retrouvent pour faire des barbecues ou fumer la chicha. Pour eux aussi le fait d’être à l’abri des regards est un avantage indéniable, les conversations tardives sont possibles. On a également pu repérer le passage régulier de scooters le long de la berge. Des adultes extérieurs quartier utilisent aussi

au cet

01 espace pour pêcher. Des microaménagements (chaises, cordes) ont même été mis en place, témoignant d’une certaine appropriation. Sur cette berge l’accès à l’eau est plus aisé, la pente est moins raide qu’ailleurs ce qui rend le terrain plus praticable pour des activités comme la pêche. Les employés de Marques Avenue se retrouvent aussi sur cet espace au cours de leur pause pour boire un café ou fumer une cigarette. Pendant les jours de beau temps ils viennent aussi y déjeuner. Les propriétaires de la résidence d’Entre-deux-rives sont aussi concernés par cet espace. Certains d’entre eux ont tenté d’y faire du jardinage mais ont toujours eu peur de la dégradation potentielle. Ils ont cependant géré un compost sur le site pendant deux ans, avant d’y mettre fin en raison de conflits avec d’autres habitants réticents (nuisibles, odeur, incendie...). 97


PROBLÉMATIQUE Le terrain est partagé entre Marques Avenue (propriétaire de l’espace jusqu’au chemin de halage) et la VNF (propriétaire des berges, chemin de halage compris). Cette copropriété rend l’aménagement plus difficile et cette complexité de gestion peut décourager certains usagers intéressés à faire émerger de réelles initiatives. Ainsi comment se saisir de cet espace ?

Les usages sont multiples, tout comme le type d’usagers correspondants. Doit-on pérenniser la mixité d’usages au risque de cristalliser des conflits d’usages ou favoriser dans la programmation un type d’usage en particulier, au risque d’en exclure les autres ?

Parking Marques Avenue

Prop ri

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es A venu

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Marques Avenue

passage de scooters


• Christophe : directeur technique rowing club • • Pêcheurs • • Enfants du quartier • • Marques Avenues (trouver un interlocuteur qui adhère au projet) Employés de Marques Avenue VNF (trouver un interlocuteur qui adhère au projet) • • Plaine commune - gestion des espaces verts • • Philippe Monges élu à l’urbanisme • Résidence Entre Deux Rives

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RESSOURCES

• Phillipe (transport de palette de marque avenue à Gennevilliers) • • Cabanon d’en face (gennevilliers) • • collectif d’habitant mobilisé pour le square du temps des cerises (yugh, marie…) • • garde de l’environnement ISD • • prévention spécialisée / éducateurs • Square du Temps des Cerises

Propriété VNF

test compost espace pêche

espace jeux et cabanes

ce qu’on y amène pause cigarette 99


HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER De part l’observation qui a pu en être fait, cet espace est propice aux initiatives. C’est un espace qui bénéficie d’un cadre paysager fort dans le quartier. Ainsi les usages émergents ainsi que les intentions urbaines permettent d’imaginer qu’un futur espace public ici ferait le lien entre le quartier sud et l’écoquartier. Pourtant le risque qu’il soit reçu comme une liaison uniquement entre Entre-Deux-Rives et l’éco-quartier est réel. Cela entraînerait un sentiment d’illégitimité pour les habitants de Marcel Cachin et Marcel Paul vis-àvis de cet espace et de la résidence la résidence Entre-Deux-Rives. Cette hypothèse est renforcée par la difficile acceptation de la nouvelle résidence par le reste du quartier et l’impatience des habitants d’Entre-deux-rives à voir arriver les habitants de l’écoquartier, pour lesquels l’affinité semble plus naturelle. La réalisation de cette hypothèse serait le symbole de l’échec d’une mixité tant voulu au sein

du quartier sud. Pour que cette mixité soit effective, les flux d’habitants doivent impérativement aller d’un bout à l’autre du quartier, que les habitants de Marcel Paul dépassent Marques Avenue, que les habitants d’entre deux rives et de l’éco-quartier traversent le boulevard Marcel Paul. • Le déjeuner sur l’herbe • Un espace d’aventure / de liberté • Le rapport au fleuve / notamment la pêche • La mobilité douce : marche, balade

SIGNATURE DE LA CONVENTION étude urbaine

SIGNATURE DE LA CONVENTION


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ACCOMPAGNEMENT MÉTHODO ADAPTÉE

• Rendre impossible l’accès au scooter • • Organisation de marches thématiques / visites touristiques • • Médiateur de rue (travail avec garde de l’environnement) : possibilité pour le garde de l’environnement de proposer une activité sur le lieu • • Incitation / pratique de la pêche : activité à proposer au sein du centre de loisir / de l’école : convier les usagers également d’en face (berge de Gennevilliers) • • Arrêt des avirons / nettoyage des berges proposé par le club • • Pique nique •

L’aménagement de cet espace doit donc permettre de pérenniser cette sensation de bulle de liberté propre au lieu, tout en permettant de sécuriser et de réguler les pratiques. Réguler cette liberté, en dessiner les contours sans exclure un type de public semble fondamental, et n’est pas un point qui se traite uniquement par le dessin de l’espace. Sur cet espace en particulier, pour ne pas subir les mêmes dualités qu’aux temps des cerises, il doit être mis en place un processus d’accompagnement des pratiques. De plus tout comme le temps des cerises, cet espace est l’un des rares qui ne dépend pas de la gestion du bailleur. Il est important que cela constitue l’opportunité de proposer et de montrer une gestion possible d’espace public riches d’usages et de qualités paysagères. Cependant, contrairement à certains espaces du quartier, il ne semble pas pertinent de promouvoir le chantier participatif, ou l’auto-construction, ni même la préfiguration, au risque d’étiqueter MOE

MOE

accessibilité observation / évaluation pérennisation accompagnement des usages médiation

LIVRAISON DE L’ESPACE 101


cet espace de “marginal”. Il doit être normalisé, tout en permettant son appropriation progressive. Il s’agit donc de phaser le chantier, impliquant un travail extrêmement précis avec la maîtrise d’œuvre afin de ne pas livrer l’espace d’un seul tenant. La multiplicité des acteurs sur cet espace rend difficile un processus clair de concertation où les habitants puissent avoir de l’emprise sur le projet. C’est pourquoi la concertation ne peut pas être pensée ici comme un moteur de conception du projet. Il semble plus pertinent d’établir les bases d’un aménagement (sécurisation, point d’accès) d’après les usages déjà recensés, d’observer l’appropriation de cette première phase, puis de réaliser un dessin plus abouti d’après cette seconde phase d’observation. Entre les deux phases d’aménagement, un dispositif de médiation semble primordial afin d’instaurer dès sa praticabilité le bon usage de cet espace. Afin de permettre un tel processus, l’enjeu auprès des habitants est avant tout une bonne communication plutôt que la mobilisation ou l’observation. La prise de décision doit rester entre les mains des différents acteurs gestionnaires de l’espace. En revanche, afin de faire adhérer toutes les parties prenantes au projet, il semble pertinent de nouer au plus vite un dialogue horizontal et des ateliers de travail entre ces différents acteurs afin d’identifier les interlocuteurs précis et les intérêts de chacun. La co-construction est donc à mettre en place au sein des acteurs propriétaires et gestionnaires de l’espace.


RELATION AU SCHEMA URBAIN Si la mixité au sein de l’espace public est un idéal, dans les faits elle ne dépend évidemment pas uniquement de l’aménagement. Si certains espaces publics peuvent tendre ou inciter à une pratique collective et intergénérationnelle, d’autres doivent pouvoir accueillir les pratiques individuelles, de petits groupes, sans pour autant les marginaliser. Ce bout de terre semble propice (tout comme les berges) à une appropriation par un groupe qui ne trouverait pas sa place dans d’autres endroits. Il s’agit de reconnaître et d’identifier certains usages existants, propres à certains habitants, et notamment à certaines tranches d’âges, pour éviter de les nier, en leur attribuant un cadre “libre”, un ou des espaces dédiés, aux caractéristiques, localisation et aménagements adaptés. Dans cette idée, les berges du Marques Avenue peuvent se révéler être un lieu propice à l’installation des adolescents et jeunes adultes en soirée.


LA CHUTE D’ESPACE TRIANGULAIRE

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PRATIQUES OBERVÉES UNE INTERFACE Il s’agit avant tout d’un espace de passage. C’est un espace qui se situe entre deux « micro-quartiers » : celui de la résidence d’Entre-deux-rives et la cité Marcel Cachin. Il est donc formé par la rencontre de deux trames urbaines aux orientations différentes (Marcel Cachin et Marcel Paul sont sur un axe Nord-Sud alors qu’Entre-deux-Rives est sur un axe Est-Ouest). Les habitants d’Entre-deux-rives y passent par exemple pour se rendre à l’école, dans laquelle sont rassemblés les enfants des trois micro-quartiers, et les habitants de Marcel Cachin et de Marcel Paul le traversent notamment pour se rendre au square du Temps des Cerises. C’est donc un lieu peu contournable,

02 par lequel les habitants passent forcément. Ainsi malgré la discrétion paysagère du site, il ne peut être négligé. Aujourd’hui, ce “lieu-carrefour” n’est pas valorisé ni même signifié; il est exclu de la trame paysagère. Alors qu’il a valeur de place au vu de la fréquence de passage, cet espace n’est qu’une forme géométrique en deux dimensions. Elle ne s’affirme pas comme un espace de rotation ni de croisement. Dans l’inconscient des habitants du quartier, la place n’existe pas comme un lieu. Pourtant, c’est là que se concrétise la rencontre entre Marcel Cachin et Entre-deuxRives. Cette mise de côté engage de nombreux automobilistes à y stationner ce qui entrave davantage les possibiltés.

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LA VOITURE Cet espace est en permanence entouré de voitures qui stationnent ou qui passent. Cette sensation de vitesse et cette proximité directe avec les voitures rend cet espace dangereux et désagréable à traverser, ce qui l’éloigne de toute perspective conviviale. L’absence de signalétique sur cet espace accompagné du vide de sens qu’il recouvre créent une certaine légitimité à y stationner pour les automobilistes


UN LIEU SANS USAGE DÉFINI ET DES TENTATIVES DE SOLUTIONS

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Ce lieu n’a pas d’usage défini, or la gestion d’un espace émane directement de la fonction qu’on lui associe. Ainsi dépourvu de sens spatial, c’est donc le problème du stationnement qui permet de l’identifier. C’est ainsi le service de la Voirie qui traite cet espace, avec ses propres outils, cherchant à réguler le stationnement. D’abord avec des petits plots, par la suite des bornes ont été implantées. Ces tentatives étaient par ailleurs contraintes par un budget très limité. Pour la ville, il s’agissait d’agir au moindre coût. En effet, le NPNRU arrivant, il s’agit plutôt de trouver une solution rapide à un problème urgent sans pour autant repenser l’espace. Ces potelets et ces barrières anti-stationnement constituent autant d’obstacles au plaisir de la déambulation et et suscitent irritation et énervement. Notons que d’autres tentatives avec le groupe des Incroyables Comestibles ont été menées en complément pour favoriser l’aspect convivial de ce carrefour. Des jardinières ont été mise en place, puis elles se sont dégradés. Des nichoirs à oiseaux ont également été accrochés rue Rosa Parks.

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PROBLÉMATIQUE Comment réguler l’usage de la voiture dans cet espace tout en affirmant son rôle croisement des mobilités piétonnes ?

Quai du Châtelier

Jardinières Stationnements sauvages

Potelets

Résidence Entre Deux Rives

Al

S


02

RESSOURCES

Marcel Paul Ecole Jean Lurçat

• Les incroyables comestibles • • Les enfants fréquentant le temps des cerises • • Sophie bosquillon / nadja oudjammaa / Julien et isabelle... mobilisés pour la plantation des jardinières • • Jacques Paris : élu au patrimoine • Travail d’observation dans le cadre du TD de sociologie des étudiants de l’école nationale d’architecture de Versailles • • Les chauffeurs Uber du quartier • • Le collectif coloco : projet cui-cui (nichoirs à oiseaux) •

s Résidence Marcel Cachin

llée piétonne Entre Deux Rives

Square du Temps des Cerises 111


HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER Il est important de comprendre que les mesures sécuritaires sur cet espace seront toujours contournées. D’un côté des réponses doivent être apportées à la situation du stationnement dans le quartier, d’autre part cet espace en particulier doit être identifié comme partie intégrante de l’espace public et identifié à des usages précis, même s’il n’est que de l’ordre du croisement et de la rencontre ponctuelle. Il faut donc pouvoir y pérenniser un usage apportant une valeur attractive et apaisée.

MÉTHODO ADAPTÉE

Une préfiguration a déjà eu lieu, mobilisant des habitants. Cette préfiguration a fait le choix d’entrer dans la problématique par le jardinage. D’autres espaces dans le quartier ont ainsi progressivement fait l’espace d’expérimentation paysagère portée par les habitants. Non seulement cette entrée a permis de rejoindre • réappropriation piétonne différents public par des • point vert / espèces comestibles / ateliers fédérateurs, mais à plantes non normatives SIGNATURE DEde LAtester également permis • arrêt : mobilier en conception CONVENTION un usage à moindre frais, collaborative étude urbaine tout en permettant que des personnes aux avis divergeant sur la question de la voiture et du stationnement puissent travailler dans la même direction. Cette action a permis de créer un groupe et par la suite de produire un diagnostic avec des étudiants invités. Préfiguration et évaluation ont donc eu lieu. SIGNATURE DE LA CONVENTION

préfiguration : transmission étude urbaine

co-conception co-p mobilier m

acco + co préfiguration

SIGNATURE DE LA


02

A cette étape de la réflexion, des pistes d’aménagement concret naissent donc: mobiliers intégrants les • ateliers jardinage : mise en plantes et l’arrêt, signalétique relation avec l’espace RDC tour 16 incitant la traversée ainsi qu’un également • traitement du sol. • pédi-bus à la sortie de l’école • Un groupe d’habitant s’est • renforcement de la signalétique constitué autour de la question au sein du quartier • de la conception urbaine et de l’auto-construction, portant également l’activité de jardinage sur l’espace public. Il semble pertinent de proposer une conception adaptée à ce groupe. La sollicitation d’un groupe de paysagistes-designers au service des habitants pourrait permettre de structurer davantage le groupe et de produire un mobilier coconçu, tout à fait adapté aux attentes. Cette co-conception assurerait la gestion postérieure. Elle pourrait intégrer la question de l’autoproduction des mobiliers, encadré par les équipes de concepteurs. Les dimensions de l’espace ainsi que le sujet de conception, un objetmobilier public à reproduire, correspond parfaitement à l’échelle (temps + compétence nécessaire) de mise en œuvre possible avec un groupe habitants. Cette action devra être accompagnée par la direction de la citoyenneté afin de permettre à ce groupe référent de se structurer et d’écrire la convention décrivant la gestion postérieure MOE MOE de l’espace. Ce même groupe référent, après la réalisation de ce micro-projet sera à même de porter une parole légitime et aura un intérêt direct pour la réflexion autour de l’aménagement de la rue Marcel Cachin et de son éventuelle piétonnisation. Il pourra donc accompagner ou se constituer interlocuteur de l’équipe de maîtriseLIVRAISON d’œuvre travaillant DEl’ensemble de sur ce dessin et suivre la pérennisation des usages sur L’ESPACE l’axe.

ACCOMPAGNEMENT

accessibilité observation / évaluation pérennisation accompagnement des usages médiation

MOE production IMPACT CONCEPTION pérennisation mobilier axe Marcel Cachin

ompagnement structuration du groupe onvention de gestion

LIVRAISON DE L’ESPACE 113


LE REZ DE CHAUSSÉE DE LA TOUR 16

03 04 05 06 07 08 09 10


PRATIQUES OBERVÉES

03

voir livret RDC tour 16

117


PROBLÉMATIQUE Une nouvelle gestion des locaux auraient elle pour effet le gommage des pratiques existantes ou bien favoriserait elle l’organisation de ces pratiques ? Comment anticiper l’évolution programmatique sur le long terme de locaux mis à disposition ?

Peut-on imaginer une gestion partagée du « jardin » du rez-de-chaussée entre les habitants et le bailleur, offrant un espace public planté atypique dans le quartier ? Cela permettraitil un meilleur respect de l’espace ?

Place ?

pelo

use

Éducateurs

base vie bureaux pelo

use

Club Junior Radio

Local commun

ba


• club junior • • fondation Jeunesse Feu Vert • • Bachir : gardien • • agent d’entretien (ayant sa loge au rdc) • • radio sound island • • direction de la citoyenneté (gestion des locaux) • • bailleur • • habitants de la tour 16 • • groupe d’enfants du 12, 13 et 14ème étage • • Françoise, voisine du premier étage à la main verte • • groupe de jardiniers : Kona

03

RESSOURCES

(Marcel Paul) Isabelle, entre deux rives, Maëlys (professeur de Jean Lurçat), Sophie (Marcel Cachin)... • • serre de Plaine Commune • • serre du parc des docks • • parc départemental de l’île Saint-Denis • • réseau terre d’avenir • • réseau imaginaire et jardins •

ce qu’on y amène

alcons menuiserie plantation atelier pelo

use

cuisine 119


d’accompagnement social proposant un service du quotidien paraît pertinente (coopérative sociale / ressourcerie (exemples : la fripouille) / boutique Emmaüs/ laverie solidaire La vocation de mise à disposition / échanges de services des locaux du rez de chaussée de entre voisins …). Il s’agit la tour 16 implique une évolution de trouver le juste équilibre progressive des occupations selon entre une activité à vocation les besoins et les demandes du sociale, de proximité et une quartier, les volontés politiques, les offre de service permettant habitants ressources… Cette volonté d’attirer un public large et doit aboutir à un nécessaire dessin de de stabiliser l’économie SIGNATURE DE LA de l’espace permettant cette flexibilité. la structure. CONVENTION Le rez de chaussée doit retrouver Il semble pertinent étude urbaine une cohérence programmatique afin également que les d’être identifié comme un tout et non éducateurs soit porteurs comme un méandre de locaux. de cette dynamique. Il Il faut donc expérimenter la mise semble évident que les en commun de l’ensemble du plan, gardiens soient associés à basé sur un plan libre avec des ce pôle et ré-affecter leur fractionnements de l’espace mobile et loge à l’intérieur du rez de SIGNATURE DE LA beaucoup plus flexible. La structure chaussée. CONVENTION sur piliers porteurs rend d’autant plus L’occupation des seuils et plausible cette proposition. la situation d’immobilité transmission étude16 urbaine Le rez de chaussée de la tour dont ils pâtissent pourrait doit trouver sa juste valeur au être amenées à évoluer sein de l’ensemble des locaux et avec l’ouverture de ce rez infrastructures futures du quartier. de chaussée sur l’extérieur, Sa connexion à la place lui confère entraînant plus de porosité une relation toute particulière au et de mouvement. quartier. L’émergence d’une structure

HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER

co-conception co mobilier

préfiguration :

préfiguration jardin

ac +

SIGNATURE DE LA CONVENTION

interpellation évaluation information

ac +


MÉTHODO ADAPTÉE Un travail de concertation et de préfiguration a été mis en place sur le RDC tour 16. Il s’agit maintenant de trouver un cadre propice à l’émergence d’une programmation. Un travail doit tout d’abord être mené deMOE front par la DCDL et l’UTRU (service GUP notamment) afin de mettre en place une convention de gestion de l’espace claire, appuyant également la participation financière du bailleur à une rénovation exemplaire de ce RDC. Ceci avant le conventionnement ANRU. Après la signature de la convention (gestion RDC et ANRU), une AMO programmation devrait axe Marcel Cachin être mise en place avec les usagers. Dans le cas ou le bailleur ne serait pas partie prenante de

03

ACCOMPAGNEMENT • coopérer pour entreprendre • • journal du RDC / affichage / programmation culturelle (RDC + place Cachin) trimestrielle • • jeunesse feu vert : accompagnement des jeunes (aux usages / au chantier d’insertion) • • études et chantier •

MOE

pérennisation accessibilité observation / évaluation cette démarche, il serait toujours possible de faire appel au contre-

projet, notamment en transformant la démarche en projet-école, permettant deLIVRAISON recueillir les propositions étudiantes. C’est DE avec ce contre-projet que pourrait L’ESPACE s’engager une négociation avec le bailleur. Qu’il s’agisse d’un accompagnement parMOE une AMO mandatée ou bien du montage d’un contre-projet, les usagers devrait être pleinement associés aux prises de décisions sur cet espace. En effet, pour assurer leur adhésion etLIVRAISON la compréhension

accompagnement des usages médiation

o-production IMPACT CONCEPTION pérennisation mobilier

ccompagnement structuration du groupe convention de gestion

ccompagnement structuration du groupe convention de gestion

DE L’ESPACE

TIME LINE JARDIN 121


SIGNATURE DE LA du futur espace, mais également CONVENTION pour permettre à l’AMO étude urbaine d’appréhender pleinement tous les détails, et anticiper les conflits d’usages. Un projet d’insertion à l’emploi pourrait être mis en place afin d’assurer une partie des lots de rénovation du rez de chaussée. SIGNATURE DE LA Ce programme pourrait être CONVENTION directement à direction des jeunes occupants les seuils, transmission étude urbaine ou être élargis à un cercle plus Le deal est une pratique large. Les premiers lots (fluides structurante du quartier. Aux / second œuvres…) permettrait abords du rez de chaussée de une première installation la tour 16, il ne s’agit pas d’une des usagers pour une phase vente pour des consommateurs d’expérimentation. Cette phase extérieurs mais de petites reventes servirait d’évaluation des pour la consommations interne hypothèses d’usages. Après au quartier, principalement de cette phase, la rénovation DE occupant LA cannabis. SIGNATURE Les personnes pourrait donc se clore par la CONVENTION le bas du rez de chaussée sont réalisation de l’aménagement directement assimilées au trafic. intérieur (cloisons, mobiliers, De nombreuses confusions sont accès, ouvertures…). faites et la logique tend à exclure ces conduites de l’espace public, préférant voir peu à peu des espaces se stériliser plutôt que de voir naître des pratiques inquiétantes. Ainsi, l’aménagement de mobilier, le plus minime soit-il, est source d’inquiétude. Cette vision envahit la ville et y réduit les lieux propices à l’immobilité.

RELATION AU SCHÉMA URBAIN

co-conception co-p mobilier m

préfiguration :

accom + co

préfiguration jardin

interpellation évaluation information

préfiguration / co-conception aménagement intérieur remaniement convention DCDL - bailleur

accom + co

SIGNATURE DE LA CONVENTION

atelier pri


MOE Car ces pratiques sont souvent perçues comme inquiétante dès lors qu’elles créent de l’immobilité. Au delà des pratiques illégales, il existe une crainte sous jacente de l’oisiveté, une peur de la stagnation, et l’inquiétude de ne pas pouvoir déloger des usagers qui s’installent. Pour ne pas se retrouver avec une stérilisation des espaces axe Marcel Cachin et un urbanisme sécuritaire, il est important que la collectivité hiérarchise les niveaux de risques en fonction de leur acceptabilité , car toutes les conduites ne peuvent pas être gommées. La résidentialisation n’est pas toujours une solution. Elle peut en effet dans certains cas être une garantie de tranquillité pour les revendeurs. Dans ce type d’occupations, rien ne peut être définitif. Il est parfois préférable de ne pas faire d’investissements trop importants pour prévoir un fond de gestion.

03 MOE

accessibilité observation / évaluation pérennisation accompagnement des usages médiation

LIVRAISON DE L’ESPACE

MOE production IMPACT CONCEPTION pérennisation mobilier

mpagnement structuration du groupe onvention de gestion

LIVRAISON DE L’ESPACE

mpagnement structuration du groupe onvention de gestion AMO programmation (ou contre projet étudiant)

de conception : ise de décision

1ère phase rénovation :

chantier d’insertion

MOE aménagement intérieur

réajustement

installation évaluation

LIVRAISON DE L’ESPACE

TIME LINE INTÉRIEUR REZ DE CHAUSSÉE 123


PLACE MARCEL CACHIN

04 05 06 07 08 09 10


PRATIQUES OBERVÉES

04

Voir livret diagnostic RDC tour 16 pour plus de détails.

PLACE OU PASSAGE OBLIGATOIRE ? Beaucoup d’habitants passent par cette place. Elle accueille plus de flux que d’occupations fixes. Pour beaucoup elle permet de rejoindre l’arrêt de bus, l’épicerie ou bien le pont de Saint Ouen. Elle est sur le chemin de la tour 16 à l’école. D’autres y passent avant de rejoindre le square du temps des cerises... (voir livret diagnostic tour 16) Les habitants considèrent que son rôle est d’accueillir ces circulations, et que les améliorations de la place doivent aller dans ce sens (traitement du sol, marches...) De fait, ses flux quotidiens ne s’opposent pas à sa valeur potentielle de place de quartier. Elle est de fait un endroit où l’on croise plus de monde, et où

les croisements peuvent amener à vouloir profiter du lieu un instant.

OCCUPATION C’est une place intergénérationnelle, bien que les groupes ne se mélangent pas et ne prennent pas place dans les mêmes zones (voir livret diagnostic tour 16), ils cohabitent autour et sur cette place. Certaines mamans et assistantes maternelles la fréquente quotidiennement, conscientes de l’occuper pour éviter que d’autres usages prennent place. Il a été vu à plusieurs reprises qu’occuper cette place potentialise les événements qui y prennent place (voir livret diagnostic rdc tour 16), les habitants sans distinction de micro quartier (Marcel Paul, Marcel Cachin, Entre-deux-rives) rejoignant la mobilisation. 127


SQUARE OU PLACE ? Bien que sa typologie lui confère une valeur spécifique vis-àvis des autres espaces publics du quartier, l’aménagement de cet espace possède plusieurs éléments propre au langage des squares et des aires de jeux (voir livret diagnostic rdc tour 16). Cette dualité ne rend pas clair les usages, et provoque un inconfort pour les enfants, et leurs parents, utilisant le lieu notamment. Cet entre-deux ne permet pas de laisser s’épanouir les usages qui y prennent place (que ce soit la discussion, le jeu...).

DES AMÉNAGEMENTS INADAPTÉS Au delà des aménagements propres au square, le mobilier original à peu à peu été remplacé par des éléments de moindre qualité, et parfois n’a pas été remplacé. Cette place a donc peu à peu été dessaisie de ces biens, et de ses qualités. Un autre dysfonctionnement de cet espace renforce sa non fréquentation. Les lampadaires n’éclairent que peu la place. Ils projettent l’ombre des arbres au sol, créant des recoins obscures, ils éclairent donc plus les logements des résidence attenantes, que la place elle même. L’intérêt d’un éclairage au sol se pose.


PROMISCUITÉ

04

Les usages prenant place ici sont soumis à un certain contrôle social. En effet, le bâtiment 12/14 et la tour 16 donnent sur cette place. Cela influe directement sur les occupations (voir livret diagnostic rdc tour 16).

Limites La place pâti d’une multiplication de barrières pour l’atteindre. En effet, elle est entourée d’espaces de plantation où il ne pousse plus grand chose (croissance des arbres : ombre), protégés eux même par des barrières. Pour éviter la circulation des scooters sur la place, des portiques ont également été placé à chaque entrée. Un espace contraint peut être un atout pour l’émergence d’usages, mais la multiplication des limites visuelles rend l’espace quelque peu anxiogène. Les haies, qui constituent également une limite infranchissable, ajoute à ce sentiment et de plus servent de recoins pour cacher certains « colis ». 129


PROBLÉMATIQUE Est-ce l’espace central du quartier qui doit accueillir différentes pratiques ou est-ce un square à améliorer avec un public cible ? Peut on en faire un espace de mixité, accueillant également les adultes, sans exclure les usages existants dédiés à la petite enfance ?


04

RESSOURCES

• assistantes maternelles • • Bachir, gardien • • Thomas, gardien • • prestataire espace vert (bailleur) • • bailleur • • groupe de séniors (anciennement pratiquant la pétanque) •

131


HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER • mixité d’usages : enfants en bas âge / place cœur de quartier • cuisine de rue • réactivation du terrain de pétanque ou mutation • réagencement des limites et des zones plantées

MÉTHODO ADAPTÉE

Un travail de cartographie sensible à déjà été mené entre juin et août 2016. Cela à donc permis de retranscrire les usages propres à cet espace mais surtout les non-dits impactant certains usages, mais pas forcément remarquable par simple observation. Des premières préfigurations ont eu lieu pendant la fête des lumières 2016 mais également pendant deux repas populaires à l’été 2016 et 2017. A partir de ces premières observations et premiers essais, des ateliers de conception pourraient être menés avec les usagers actuels, les usagers potentiels recensés pendant la démarche de cartographie sensible et les usagers ponctuels présents lors des événements organisés. Les conclusions de ces ateliers ont pour objet, au delà de dessiner la future place, de comprendre quelle valeur

préfiguration carthographie sensible atelier de conception

SIGNATURE DE LA CONVENTION

évaluation

transmission à l’étude urbaine

répondre à la question : place de quartier ? SIGNATURE DE LA

négocia


04

d’usage elle apporte au quartier et donc sa place dans le projet urbain vis-à-vis des autres espaces publics. Ces ateliers • Compagnons bâtisseurs (chantidoivent être mis en place en er co-production) • parallèle de l’étude urbaine. • ICI ! (chantier co-production et Ils mènent directement à une préfiguration) • co-production d’aménagement • événements sur place (fête des avec le groupe d’usagers lumières, repas populaires, terréférent déjà mobilisé. Ce rasses d’été...) • groupe a déjà pris une première • redéfinition de la convention forme lors des interventions avec le prestataire espace vert • de 2016. Cette co-production d’aménagement permettrait d’expérimenter une nouvelle organisation de la place et donc d’évaluer ces nouvelles pratiques afin d’alimenter le schéma urbain et le futur cahier des charges. Ce groupe déjà constitué, ayant réalisé la conception et le premier test d’aménagement de la place serait donc en mesure de mobiliser des habitants afin de porter un appel d’offre et d’intégrer le comité d’instruction permettant de choisir l’équipe de maîtrise d’œuvre retenue pour la réalisation de la place. L’aboutissement à la sélection d’une équipe aura été précédée d’une suite de prise de décision avec le groupe d’habitants référents. Si c’est le choix des habitants, l’équipe de maîtrise d’œuvre retenue pourra également ouvrir une partie du chantier afin de co-produire certains éléments pérennes avec des habitants formés ou mettre en place des chantier éducatifs.

ACCOMPAGNEMENT

MOE

pérennisation chantier ouvert

ation

prise de décision appel d’offre avec certains lots en jury habitants co-production MOE

LIVRAISON DE L’ESPACE 133

évaluation

MOE


RELATION AU SCHÉMA URBAIN En parallèle de la réflexion sur l’aménagement de la place, des ateliers sur la valeur de l’ensemble des espaces publics récréatifs du quartier et leur distinction pourraient avoir lieu, auxquels des habitants du groupe référent de la place Cachin peuvent être associés. En effet, lors d’un atelier, une habitante a soulevé une question reprise par de nombreux habitants : le Quartier Sud possède beaucoup d’espace public, peut être trop, sans savoir lequel est destiné à quoi. Les groupes s’éparpillent ou sursollicitent des espaces neufs qui ne peuvent accueillir tout le quartier (square du temps des cerises). Il était pointé, donc, que la valeur de chaque espace l’un par rapport à l’autre, et la multiplication d’installations se ressemblant (notamment les petites aires de jeux), sorte de pansement d’espace public, ne conférent pas une réelle qualité d’espace en un point précis.


04 135


SQUARE ET ENTRÉE DE L’ÉCOLE

05 06 07 08 09 10


PRATIQUES OBERVÉES

05

UN PROLONGEMENT DE L’ÉCOLE ? Cet espace est directement lié à l’école. La rue, adjacente au portail de l’école primaire est piétonne. Ainsi à midi et à 16h, elle devient un prolongement de la cour de récréation à l’extérieur de l’établissement. Cela s’explique par différents agréments : au-delà de son statut piéton, la rue dispose d’autres éléments d’attrait, comme les jardinières se transforment en espaces d’attentes ou d’assises spontanées. Visibles par tous, les inévitables conflits entre enfants peuvent être réglés rapidement par les usagers présents ce qui consacre tacitement ce rôle d’extension de cour de récréation. Toutefois l’interaction entre professeurs et parents d’élèves ne dépasse que rarement le niveau de la

grille de l’école et on peut pointer le manque d’assises en dehors des bancs du square. Ainsi beaucoup d’usagers finissent par s’asseoir sur le bord des jardinières ou sur le rebord du trottoir, témoignant d’un manque de confort. Par ailleurs, les agents d’entretien de la SEMISO ont tendance à quelque peu délaissé cet espace. Pour beaucoup, il n’est pas évident qu’il fasse parti du patrimoine du bailleur. 139


LE SQUARE Ce square est très utilisé au moment de la sortie d’école. Mais son intérêt semble reposer sur sa localisation. En effet, les jeux sont très peu qualitatifs et a priori conçus pour les tous petits alors que ce sont les 6-12 ans qui l’utilisent en majorité. Le square s’est dégradé au fil des usages : en effet le site est mal entretenu, certains mobiliers ne sont plus aux normes (comme le sol mou). Le bailleur ne cherche pas à transformer l’espace en renouvelant les éléments endommagés mais il se limite à les remplacer et à faire des micro-réparations (reboucher les fissures…). De plus, il s’agit d’un espace très contraint. L’espace de jeu est restreint par un grand nombre de barrières très épaisses : des haies délimitent l’espace et sont elles-mêmes entourées de grilles de métal. L’espace est donc encerclé par trois limites superposées. Une telle délimitation adjacente à deux espaces de pelouse libre montre le manque de cohérence de l’aménagement. La surface du parc pourrait être agrandit par l’usage de ces pelouses. Or celles-ci, par LIEU POREUX ? manque d’usage, sont devenues des « parcs à chiens ». En outre, Qui voit cet espace ? Qui voitces barrières semblent caduques on de cet espace ? On l’a dit, dans la mesure où le square donne sa caractéristique d’être à sur un espace piéton, ce qui a priori l’abri des regards attire les permettrait de réduire les éléments jeunes et représente un certain de sécurisation à l’intérieur du gage de tranquillité. Il est à parc. Notons toutefois que le l’abri des regards grâce à aux caractère contraint du square est délimitations physiques du aussi à l’origine d’une certaine square mais également par son intimité spatiale. Or cela attire éloignement des habitations. un public jeune, notamment en Ce positionnement est très soirée. Ainsi si le square présente spécifique pour le quartier, qui de nombreuses contraintes et a la majorité de ses espaces quelques incohérences spatiales, de jeux publics en dessous des il dispose toutefois d’une certaine habitations. Comme vu plus popularité ce qui montre le haut, ce lien étroit entre certains potentiel que cet espace recouvre. logements et jeux publics présente le risque de créer un sentiment d’appartenance fort, les espaces de jeu conférant un sentiment de propriété aux habitants des immeubles adjacents. On remarque cela sur la place Marcel Cachin


05 ou le square du Temps des Cerises. Ces sentiments d’appartenance peuvent être à l’origine de tensions d’usage. Concernant l’espace devant l’école, à l’inverse, les habitants s’accordent pour dire qu’il appartient à tout le monde. Ce sentiment est renforcé par le rapport étroit de ce site avec l’unique infrastructure publique du quartier que constitue l’école. En outre, il s’agit d’un des rares endroits du quartier qui dispose de panoramas sur une grande variété de paysages : le pavillonnaire, la cité, l’école, la Seine en arrière-plan. Ainsi le potentiel de cet espace repose aussi sur sa capacité à fédérer et à rassembler différentes catégories d’habitants de façon apaisée. 141


PROBLÉMATIQUE Au regard de la localisation et des usages du lieu, les parents et les professeurs devraient-ils être davantage intégrés à la gestion du site ? Dans la mesure où ce lieu concerne tous les habitants du quartier sud, et non pas seulement les locataires des logements de la SEMISO (et cela va s’amplifier avec l’arrivée de

l’éco-quartier), on peut se demander si la propriété du bailleur est réellement légitime ou s’il serait plus souhaitable qu’il soit transféré, par exemple, à Plaine Commune. Doit-on réfléchir à une toute autre gestion du site ?

pr cou

Square

triple frontière


rolongement ur de récré

05

RESSOURCES

Ecole Jean Lurçat

• UPIL (association des parents d’élèves) • • parents d’élèves • • Lurçat debout (association des professeurs) • • bailleur • • Bachir, gardien • • enfants • • propriétaire du garage à taxi (bâtiment à la porte de garage bleu, mur pignon sur l’espace) •

jardinières assises spontanées

e

entrée principale zone d’attente parents d’élèves 143


HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER L’enjeu du square est avant tout d’offrir un espace moins cloisonné et des jeux plus adapté aux enfants jusqu’à 12 ans. Il s’agit de renforcer son caractère à la fois public et complémentaire de l’école Jean Lurçat, tout en créant une continuité directe avec la rue piétonne. Le bibliobus des médiathèques de Plaine Commune souhaite également Bien que le square soit y proposer une permanence. Cela intégré à la réflexion que renforcerait ce complément à l’école mène l’étude urbaine, dans l’espace public. notamment sur la valeur des Etant donné les difficultés de gestion différents espaces publics qu’il subit, il s’agit bien plus de récréatifs, sa destination tester un autre mode et notamment n’est pas à remettre en la possibilité d’être en partie géré SIGNATURE DE LA cause. par les parents d’élèves. L’une des CONVENTION Aucune action de coquestions soulevée par les habitants construction ne semble sur cet espace concerne notamment pertinente à engagée en la gestion de l’espace et son entretien. amont de la réception du Si bon nombre d’habitant se sentent schéma urbain. Il semble profondément concerné par le devenir pertinent de lancer une transmission à l’étude urbaine de ce square, ils se divisent entre la première co-production volonté d’en proposer une gestion d’aménagement sur l’espace, citoyenne et celle de s’en remettre à pouvant se concrétiser par une institution afin d’éviter les conflits entre usagers.

MÉTHODO ADAPTÉE

préfiguration carthographie sensible

atelier de conception

étude urbaine

évaluation

négociat

répondre à la question : place de quartier ?

SIGNATURE DE LA CONVENTION

interpellat co-production

préfiguration

SIGNATURE DE LA

program


05

exemple par le retrait des barrière et buissons encerclant l’aire de jeux afin d’interpeller les usagers et mobiliser un • classe ouverte / classe hors les groupe référent. Cette comurs • production ne sert pas de • constitution du groupe référent • préfiguration mais uniquement • révision de la convention de gesd’interpellation, et notamment tion et de maintenance de l’espace de prise de température avec fresque au sol / fresque au mur : le bailleur. Il s’agira ensuite projet pédagogique • d’intégrer une équipe d’aide • médiathèque de plaine commune à la conception à même de : bibliobus • mettre en place des ateliers in situ, avec le groupe référent. Ce groupe référent à également un rôle de veilleur. Une partie des enseignants, engagé dans la relation qu’entretient le quartier avec l’école pourrait intégrer se groupe référent. Suite à ce temps de conception, un temps doit permettre à Cet espace est également à la l’ensemble des usagers et des réflexion sur la valeur de l’ensemble décisionnaires d’évaluer le MOE des espaces publics récréatifs du scénario proposer et de rédiger quartier et leurs spécificités. ensemble le cahier des charges Cet espace, piétonnier, présente permettant de choisir l’équipe beaucoup d’atout pour cette de maîtrise d’œuvre en charge entrée d’école mais aussi plus de l’aménagement définitif. largement pour le quartier. Une partie de l’aménagement Aujourd’hui pourtant, l’attractivité LIVRAISON peut également être endossé et la réelle fréquentation du lieu se DE par l’association Murals afin concentrent essentiellement sur le L’ESPACE d’intervenir sur le mur adjacent temps de l’entrée ou de la sortie à l’espace. des classes.

ACCOMPAGNEMENT

RELATION AU SCHÉMA URBAIN

tion

pérennisation chantier ouvert

prise de décision appel d’offre avec certains lots en jury habitants co-production

MOE

MOE évaluation atelier de tion co-conception cahier des charges pérennisation

constitution d’un groupe veilleur

mmation active

LIVRAISON DE L’ESPACE 145


LE SKATEPARK

06 07 08 09 10


PRATIQUES OBERVÉES

06

UN ESPACE AVANTAGEUX A PRIORI La localisation du skatepark est assez avantageuse : à proximité de l’école et adjacente au citystade. En outre l’entrée du skatepark donne sur la rue Marcel Cachin, rue très empruntée à l’intérieur du quartier. Cette rue passante fait l’objet d’une réflexion dans le cadre de la rénovation concernant sa reconversion en rue piétonne. On peut donc considérer que cet équipement se situe dans un cœur de quartier dont la localisation dispose d’un réel potentiel. En outre l’intention de créer cet équipement était tout à fait louable. Il s’agissait de créer une infrastructure pour les adolescents, une tranche d’âge qui ne possédait pas d’espace dédié. Ainsi, c’est un espace qui présente a priori de nombreuses qualités.

VIDE D’USAGE Si, sur le papier, le lieu comporte beaucoup d’avantages il se caractérise en réalité par un vide d’usage. Cet espace n’a jamais été utilisé pour sa fonction de skatepark et progressivement a été complètement délaissé au point de constituer une véritable friche en cœur de quartier. Il ne dispose pas de bancs, mais des “rampes” de skate. Personne ne faisant de skate dans le quartier, cet équipement n’a pas généré cette pratique. Cet espace fait l’objet d’une véritable incompréhension dans le quartier. 149


De plus, l’entrée du skatepark est la même que pour le city-stade. La limitation d’accès au skatepark limite également l’accès du citystade. Ce qui nous permet dès lors de saisir les difficultés de gestion posées par l’unique entrée pour les deux équipements. Sa localisation le rend très visible au sein du quartier, le vide d’usage l’est aussi. Cela a pu être à la fois à l’origine d’un sentiment de découragement pour les habitants du quartier et contribuer à donner une image négative, celle d’un quartier déserté. Cependant, cette absence d’usage a aussi pu apparaître comme une opportunité spatiale. On a ainsi pu identifier plusieurs tentatives d’occupation de cet espace vide

UN LIEU D’EXPÉRIMENTATION Le vide d’usage a donné lieu à des occupations inattendues, ou du moins non-prévues dans la programmation. L’association locale Murals a ainsi réalisé une grande fresque murale sur l’espace. La réalisation de cette fresque s’est faite dans une logique participative, ce qui – au moins le temps du chantier – a créé de nouveaux usages sur place. Une autre tentative d’occupation a également eu lieu. Un groupe de jeunes adultes a progressivement mis en place une « cabane » à partir de l’été 2016. D’abord censée abriter leurs rassemblements entre amis, la cabane s’est progressivement organisée et les membres du groupe ont commencé à vendre des boissons et de la nourriture, préparée sur place, réinstaurant une certaine activité commerciale dans le quartier.


06 La cabane a d’ailleurs accueilli plusieurs fêtes dans le quartier. Toutefois, il s’agissait d’une occupation informelle et a entretenu à ce titre un rapport assez ambigu avec les pouvoirs publics. Inactive depuis quelques mois, la cabane a progressivement été démontée. Cependant le groupe est resté actif et projette actuellement de formaliser leur activité à travers le statut associatif, en s’installant dans une partie des locaux du pavillon de Bourgogne. Actuellement cet espace a été temporairement reconverti en cour de récréation pour les maternels, le temps des travaux d’extension de l’école Jean Lurçat. Son avenir proche reste donc incertain.

151


PROBLÉMATIQUE Peut-on envisager une programmation active sur l’espace public? Ce vide d’usage ne constitue-t-il pas une opportunité de programmation dans la mesure où il laisse un espace de liberté central ? Est-il envisageable de mettre en place une période de test d’usages pour aboutir à une programmation adaptée, permettant d’éviter les suppositions d’usages affectés à une tranche d’âge (skatepark) ? rue Marcel Cachin

accès city-stade accès Stationnements sauvages


• Lurçat debout (association des professeurs de l’école) • • Associations intervenants dans le cadre du décloisonnement (école Jean Lurçat) • • Elisabeth Bourgain (élu locale) • • Direction de la citoyenneté • • Association Murals (fresque) • • Association ICI ! (construction) • • Csm Judo (Abdellah Gerribi, inscrit dans les démarche de quartier) •

06

RESSOURCES

• Incroyables comestibles • • Groupe de jardiniers RDC tour 16 • • Centre de loisirs •

fresque cabane rampes

City stade

Ecole Jean Lurçat

153


HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER

de judo, murals, le centre de loisirs... sorte de jardin public partagé par ces différentes associations. Cette hypothèse n’est pas contradictoire avec la première, celle d’agrandir la cour de récréation, si une gestion différencié selon le temps de la journée est mise en place, comme l’était le city-stade adjacent. Le lien direct avec le city-stade peut également SIGNATURE permettre DEde LA renforcer l’orientation sportive CONVENTION de l’espace en proposant d’autres types d’activités physiques déjà pratiquées.

Deux tendances d’usages peuvent être distinguées. D’un côté l’agrandissement de la cour de récréation est envisageable et permettrait à l’école de bénéficier d’un espace plus important, correspondant à l’arrivée de nouveaux élèves. D’un autre côté, on observe la concentration d’activités créant un îlot d’activités entre le pavillon de Bourgogne, l’école Jean Lurçat, et ce terrain. La continuité de cet transmission à l’étude urbaine espace donne dans l’ancienne cour des maternels, accès direct au boulevard Marcel Paul. Il est tout à fait envisageable de recréer une continuité piétonne-verte Les différentes actions permettant de relier directement SIGNATURE DE LA ayant eu lieu sur cet espace la place Cachin à l’arrêt de bus du CONVENTION constituent une base de boulevard Marcel Paul passant par étude urbaine données ayant préfigurer ce terrain. Cet espace, en recréant des usages et en mesure une continuité peut également d’être évaluée. La fresque permettre d’être investi par toutes exécutée par Murals, la cabane les dynamiques constituant l’îlot : construite par les Voisins et les les enseignants, les élèves, le club

préfiguration carthographie sensible

atelier de conception

évaluation

négocia

répondre à la question : MÉTHODO place de quartier ? ADAPTÉE

interpella

co-production

préfiguration

(olympiades / cabanes / fresque)

information transmission des règles du jeu

SIGNATURE DE LA

utopie CONVENTION projet pédagogique

program

à partir

projet pédagogique SIGNATURE DE LA


ation

Olympiades de quartier ont permis de poser activement plusieurs questions sur cet espace. Après ces successions d’occupation, et aujourd’hui l’occupation de l’espace par la cour des maternels, il est important de transmettre les règles du jeu à l’ensemble de futurs acteurs du lieu. Étant donné la connexion directe avec l’école, cet espace doit faire l’objet d’un accompagnement par un projet pédagogique. Les enfants et l’équipe enseignante doivent être intégrés à la conception de ce lieu. Cette intégration à la co-conception peut permettre d’ouvrir les possibilités de l’espace et de proposer des projets utopiques, notamment en encadrant les MOEsur ce thème. enfants

06

ACCOMPAGNEMENT • Direction de la citoyenneté : écriture de la convention d’occupation / structuration du groupe gestionnaire •

MOE

pérennisation chantier ouvert

Ces projets permettent de statuer sur le devenir de cet espace, et donc être intégrés au projet urbain. LIVRAISON Après la signature de la convention, DE une phase de programmation active L’ESPACE est nécessaire afin de faire émerger des usages publics et portés par les associations présentes dans ce cœur d’îlot. La constitution d’un MOEde gestion sera alors groupement nécessaire. Une équipe d’assistants à la conception-réalisation serait en mesure par la suite d’aider les associations à produire des aménagementsLIVRAISON et pérenniser des usages. DE L’ESPACE

prise de décision appel d’offre avec certains lots en jury habitants co-production

évaluation atelier de ation co-conception cahier des charges pérennisation constitution d’un groupe veilleur

mmation active

r du plan urbain

AMO

autogestion

autogestion

constitution groupement d’acteurs 155


RELATION AU SCHÉMA URBAIN

Si la cohabitation avec le city-stade dans l’esprit d’un équipemen partagé est particulièremen intéressante, la cohabitation n’es pas effective dans la gestion. Ces équipements de cohabitation son de vrais espaces partagés, mais leur gestion n’est pas assurée. Il es fréquent que les enfants de l’école primaire se retrouve à ramasser les déchets et débris de verre le matin autour et dans le city-stade, avan de pouvoir l’utiliser. Beaucoup d’enfants jouent aujourd’hui dans la rue Lurçat et autour de la place Cachin. La fermeture du City-stade n’a pas pour autant provoqué un transfert d’usage sur le terrain de foot de Marcel Paul.Les enfants e le familles de Marcel Paul utilisen les infrastructures de Marce Cachin, l’inverse non. La traversée du boulevard ainsi que l’occupation des seuils par les guetteurs en son les raisons principales. La fragmentation des espaces publics du quartier crée donc une


e, nt nt st s nt s st e s n nt p s e e n e et nt el e n nt

s e

06 nouvelle fois des traversées et des occupations moins faciles. Des grilles cloisonnent l’espace alors qu’une enfilade d’espace pourrait créer un cheminement piéton jusqu’au boulevard Marcel Paul, en débouchant sur l’arrêt de bus, créant ainsi une échappée du boulevard, un creux, une porosité.

157


LE PAVILLON DE BOURGOGNE

07 08 09 10


PRATIQUES OBERVÉES

07

EN ATTENTE

161


L’ENTRÉE DU BOULEVARD

08 09 10


PRATIQUES OBERVÉES LA COHABITATION DES MOBILITÉS Ce boulevard draine beaucoup de monde, et surtout beaucoup de mobilités qui ont du mal à cohabiter. Les piétons de Marcel Paul traversent le boulevard pour se rendre à Marcel Cachin (école, bus ou temps des cerises). Les vélos tournent vers le centre de l’île. Un fort trafic de camions rejoint la zone industrielle de Villeneuve ainsi que le centre de l’île.

AUTOMOBILISTES Pour les habitants du quartier qui utilisent leur voiture, cet espace est souvent synonyme d’attente ou d’engorgement. En effet deux routes départementales se retrouvent

08

et convergent vers le pont qui dispose d’une seule voie. A cela s’ajoute, une forte fréquentation de camion-bétonneuses sur le quai du Châtelier, qui roulent plus vite que les autres poids lourds (en raison de la vitesse de séchage du béton qui exige une livraison rapide). L’entrée du boulevard est donc particulièrement engorgée et source d’exaspération pour les habitants, même si certains d’entre eux se sont résignés et considèrent cette situation comme un état de fait. La période des soldes entrave violemment la vie quotidienne des habitants du quartier. Des files de voitures se créent depuis Marques Avenue jusqu’à Saint-Ouen. L’arrêt du fonctionnement classique des feux de signalisation à cette période, clignotant perpétuellement au orange, est perçu comme un réel affront par la population locale. Visuellement, les voitures saturent l’espace. Les tours de Pagel sont très imposantes à l’entrée du boulevard et la présence de guetteurs renforce le sentiment de cloisonnement. 165


USAGERS EXTÉRIEURS PIÉTONS

HABITANTS PIÉTONS

L’arrivée à pied sur le boulevard est aussi problématique en raison des voitures. Le cheminement piéton est totalement entrecoupé par les circulations automobiles. Le passage des piétons est rendu désagréable par la vitesse des voitures et des contraintes qu’elles causent (pollution sonore et visuelle, dangerosité…). Cet entrée marque au premier regard la coupure entre Marcel Paul et le reste du quartier, en raison de la volumétrie des bâtiments comme des axes routiers. La signalétique de l’espace ne permet pas de compenser les difficultés posées par la voiture ni le caractère imposant des tours. A cet endroit, la sensation n’est pas de franchir le pas de la porte du quartier mais bien d’entrer dans un espace fermé, où l’on passe seulement. La présence des jeunes hommes à l’entrée de Marcel Paul ou au café ajoute au ressenti général de « ne pas être à sa place » ou au « bon endroit ».

Les habitants qui se déplacent à pied passent obligatoirement par ce carrefour mais ne s’y arrêtent pas (même le panorama exceptionnel ne constitue pas une raison suffisante pour s’y arrêter ou s’y balader). Il s’agit d’un lieu monofonctionnel (on y passe pour rentrer ou sortir du quartier), d’un passage nécessaire mais ça n’est pas un lieu convivial. Toutefois, la présence de l’épicerie a quelque peu changé cela. Le commerce occupant l’angle du carrefour a longtemps été un local abandonné. Il n’est pas possible d’y stationner. Tout le monde y vient à pied, depuis Entre-Deux-Rives à Marcel Paul. En effet, la nouvelle épicerie est l’unique commerce du quartier et est fréquentée par l’ensemble des habitants du quartier sud, qui rejoignent l’entrée du boulevard spécialement pour se rendre à l’épicerie. C’est le seul lieu actuellement qui permet ces rencontres dans le quartier Sud. L’espace mitoyen de l’épicerie n’est pas pour autant valorisé alors que le potentiel est réel : on y voit des familles prendre le temps d’échanger quelques nouvelles et également énormément de rencontres intergénérationnelles. Si ce carrefour constituait non pas une entrée de quartier mais un lieu à contourner, l’épicerie contribue clairement à un changement de perception. L’immeuble à l’angle du carrefour possède un statut particulier dans le quartier. Pourtant, les habitants locataires du parc privé ainsi que les propriétaires sont extrêmement peu associés aux démarches locales, aux réunions, questionnements et événements. Les espaces publics


sont extrêmement associés aux résidences (temps des cerises = entre deux rives / place cachin / square pagel) et ne sont donc pas fréquenté par ces habitants là. C’est une tranche de la population qui n’est que très peu représentée dans les réflexions sur le quartier.

LES TRAVAILLEURS Si cet espace est majoritairement traversé, certains usagers y restent et y pratiquent une activité au quotidien. C’est le cas du gérant de l’épicerie. Or pour exercer une activité commerciale sur cet espace, il est nécessaire de se faire accepter. Ce commerce bénéficie d’une bienveillance de la part des habitants du quartier et a contribué à améliorer la perception de cet espace. Toutefois la présence des guetteurs continue à assimiler cet espace comme étant « à risque ». Les guetteurs font également parti de ces « travailleurs » quotidiens. Notons qu’ils disposent auprès des plus jeunes d’un certain statut prestigieux et d’une certaine position ascendante. Dans ce petit quartier, ce qui se passe dehors se reproduit à l’intérieur de l’école. Les petits frères « de », les enfants qui restent dans l’espace public avec les plus grands deviennent les stars de l’école. Ce schéma accentue la stigmatisation de l’espace public: ceux qui sont dehors, ce

08 sont ceux qui ne doivent pas être fréquentés. Les histoires avec la police remplisse les conversations d’anecdotes. L’histoire commune se crée autour de cette culture du quartier. Cette activité est ancrée dans les pratiques. Bien que leur présence conditionne directement la perception négative qu’un usager puisse avoir des lieux, ils agissent aussi comme relais auprès de beaucoup de familles de Marcel Paul. En revanche, cette occupation génère des contrôles réguliers de police et des affrontements parfois violents, incitant les familles à déserter les lieux. Il existe notamment une réelle dualité entre l’arrêt de bus et l’entrée du terrain de foot sur le boulevard, créant des regards entre usagers et un fort sentiment de mal-être lors de l’attente du bus. 167


Des arrêts inexpliqués de voitures, des mouvements de personnes sur cet axe crée et alimente la suspicion générale, entre désir de comprendre pour éviter le danger et peur d’interférer involontairement dans des situations à risque. La représentation des jeunes enfants, des adolescents et surtout des jeunes femmes est extrêmement mise à mal par cette occupation. Fréquenter ou saluer les garants de l’entrée aux tours est alimenté d’un ensemble de représentations. De plus, l’entrée de ce boulevard, et notamment pour les jeunes femmes est un passage obligé et constitue également un observatoire. Le sentiment donc que ces mouvements soient connus de tous constitue un vrai poids au quotidien influant énormément sur la volonté d’entrer ou sortir du quartier. Si la volonté de créer une porosité entre quartiers prend l’école comme support, la traversée jusqu’au boulevard et jusqu’à la pointe n’est pas résolue. Autrement dit, Marcel Paul reste enclavé tend qu’il n’existe pas de raison pour des personnes extérieures à la résidence d’y aller. Et le quartier reste enclavé tend qu’il n’y a pas de raisons pour des personnes extérieures de s’y rendre. La fréquentation du boulevard doit pouvoir constituer une questions solidaire, une question de quartier.


08 169


PROBLÉMATIQUE Comment en faire un véritable espace d’entrée de quartier tout en garantissant une certaine tranquillité. Comment implanter des relais locaux à la fois bienveillants et conscients des problématiques du quartier ?

Comment créer une solidarité entre ces relais permettant de faire face à des pressions extérieures ?

Marcel Paul

guetteurs

embouteillages

pont de Saint-Ouen

Direction

Saint-Ouen


• L’épicier de l’angle • • Les guetteurs • • Les conducteurs de bus • • Le gérant du café • • Unibéton • • Le département (voies départementales) •

08

RESSOURCES

• Les habitants de l’édifice à l’angle du boulevard et du quai du Châtelier • • Cyclol’île • • Marques Avenue •

Direction

Gennevilliers

Marcel Cachin

épicerie quai du Châtelier

Centre de L’Ile-SaintDenis

171


solution à un renouveau SIGNATURE DE LA de fréquentation locale. CONVENTION La signalisation claire de l’entrée dans le quartier a été formulée par plusieurs habitants comme une demande permettant Bien que ce carrefour soit emprunté l’identification les transmission à l’étude urbaine par par l’ensemble des habitants, il ne automobilistes et les semble pas que la question de ces personnes extérieures usages soit une question collective. Il d’une zone habitée. De est important pour donner un nouveau manière plus large, le retour visage à cette entrée de quartier de à un axe plus habité rejoint parvenir à en faire une préoccupation l’ambition DEde SIGNATURE LA retrouver commune, et donc de faire converger des parcours piétons CONVENTION les différents intérêts. Cette entrée quotidiens dans le quartier, étude urbaine conditionne la perception du quartier et la reconnexion avec les par le public extérieur mais également berges notamment. la qualité de vie quotidienne des Enfin, réimplanter des habitants. C’est l’un des rares activités sur le boulevard espaces du quartier qui affecte la vie permettrait non seulement de chaque famille et qui cristallise de manière évidente de bon nombres de dysfonctionnement recréer un axe de rencontre, que l’on retrouve dans l’ensemble du mais égalementDEdeLAcréer SIGNATURE quartier. des relais locaux grâce à à partir d CONVENTION Cet axe a peu/ cabanes à peu/ vu ces usages (olympiades fresque) la présence quotidienne de être détournés, principalement à travailleurs. Cependant, il cause de son affectation routière. La est important de prendre circulation y est dense et le piéton, en compte l’échec de donc principalement l’habitant, n’y plusieurs commerces ayant a pas sa place. Le renforcement des voulu voir le jour sur ce mobilités douces, accompagné d’une boulevard, ainsi que la signalétique adaptée peut être une non-attractivité pour des

préfiguration HYPOTHÈSE carthographie DEsensible PRATIQUES À EXPÉRIMENTER atelier de conception

évaluation

négociat

répondre à la question : place de quartier ?

interpellati

co-production

préfiguration

programm

utopie projet pédagogique

projet pédagogique

information transmission des règles du jeu préfiguration / utopie

événements

SIGNATURE DE LA CONVENTION

carto sensible

association à la prise de décision

veille


08

structures commerçantes, due à l’image du quartier MOE mais également à la faible zone de chalandise. Ces relais • Théâtre de rue / intervention d’activités locales doivent donc scénographique dans l’espace pubarriver à proposer une offre lic • différente, et complémentaire, • Médiateur de nuit / éducateur de de ce qui peut se trouver à LIVRAISON rue • proximité du côté de SaintDE commercial / • Accompagnement Ouen ou de Gennevilliers. L’ESPACE coopérative jeunesse • Cette proposition assurerait • Service ESS plaine commune • la pérennité des activités • URSCOP • implantées mais également, et MOE permettrait l’affluence surtout, MOE de consommateurs ou usagers extérieurs au quartier, clé de son désenclavement. Compte tenu de la situation locale et de la réception de « nouveaux LIVRAISON arrivants » dans le quartier Dans un premier temps, afin de DEde l’entrée du face à un commerce illégal faire de la question L’ESPACEde quartier, déjà implanté, il est nécessaire boulevard une question que ces activités fassent le il est important de proposer des pari de la solidarité et le travail manifestations prenant place sur d’un ancrage local. AMO les lieux. Afin de mobiliser le plus du plan urbain grand nombre, et d’interpeller, il est également pertinent de proposer des événements théâtralisés et ludiques, faisant appel notamment à l’utopie et l’imaginaire de chacun, proposant une nouvelle perception de cette entrée, la sortant de son quotidien pesant et menaçant.

ACCOMPAGNEMENT

pérennisation chantier ouvert

tion

prise de décision appel d’offre avec certains lots en jury habitants co-production

évaluation atelier de ion co-conception cahier des charges pérennisation MÉTHODO constitution d’un groupe veilleur

mation active

autogestion

ADAPTÉE

autogestion

constitution groupement d’acteurs

prise de décision

MOE

évaluation

MOE

évaluation

constitution coopérative commercants et services

MOE

LIVRAISON DE L’ESPACE 173


En parallèle de ces performances sur l’espace, une cartographie sensible permettrait de comprendre les relations socio-culturelles et les codes d’usages qu’ont créé les lieux. Une décision collective pourrait être prise, avec l’ensemble des personnes mobilisés, sur l’orientation générale que devrait suivre l’aménagement de l’espace. L’enjeu de cette prise de décision est d’offrir aux personnes mobilisées une petite marge de manœuvre décisionnelle, afin de stimuler la formation d’un groupe. Ce groupe serait ensuite l’organe de veille sur l’impact des événements, des usages et des aménagements réalisés. Dans la situation du boulevard, il est extrêmement difficile de prévoir la bonne réception des aménagements prévus. Il est essentiel de phaser le processus d’aménagement, afin d’en percevoir les répercussions, étape par étape, et de pouvoir l’accompagner d’une médiation nécessaire. Les phases de réalisations devront donc s’échelonner dans le temps et chacune être suivie d’une évaluation de leur impact par le groupe mobilisé. En parallèle, à partir de la signature de la convention, et d’après les demandes et les besoins habitants, il s’agirait d’accompagner la constitution d’une coopérative commerciale et de service pour créer une solidarité entre activités et un soutien habitant auprès des coopérateurs.


08 175


CUL DE SAC PAGEL

09 10


PRATIQUES OBERVÉES LIMITES SPATIALES Si les espaces publics du côté de Marcel Paul sont désertés, c’est avant tout parce qu’ils ne constituent pas un point d’étape : ils ne sont pas traversant, donc évités. Le mur longeant l’ensemble de la zone de stationnement de Marcel Paul crée un cul de sac pour la résidence comme pour le quartier. Ce mur est perçu comme une frontière injustifiée et donc injuste. Il ne fait l’objet d’aucun aménagement ou détournement lui permettant tout de même d’apporter une qualité ou un usage propre. Le regard n’y est pas traversant ce qui renforce le sentiment de mal être. Cette frontière procure un fort sentiment d’illégitimité chez les habitants des tours. Le trajet quotidien d’un habitant

09 de Marcel Paul est confronté à une série infinie de limites à franchir pour accéder à son logement : murs à l’entrée du square pagel, entrée depuis le boulevard permis uniquement par de petites ouvertures, barrière du parking fréquemment cassée, stationnement sauvage devant les entrées, contrôle visuel à l’entrée de la tour, ascenseurs fréquemment en panne... Bien que l’aménagement amené par les nouvelles résidences crée un espace plus propice à la rencontre, il pose de nouvelles contradictions. Il enferme la cité sans créer de réel espace de qualité. Il réduit également l’espace public et limite la fréquentation d’habitants extérieurs à la résidence. Il rend également l’intervention de la police plus difficile. L’ensemble de ces limites rend l’accès aux habitants des tours difficile, mais n’incite surtout pas 179


les autres habitants à fréquenter ces espaces pour les qualités qu’il pourrait apporté. Pourtant le square Pagel offre un cadre paysager exceptionnel, qui pourrait constituer une entrée végétale au complexe de l’Île des Vannes. Seulement, il est clos par une grille à la limite avec l’Île des Vannes, et son entrée est entouré de deux grands murs. Seuls les propriétaires canins et quelques personnes âgées le fréquentent. Les habitants passent aujourd’hui par l’entré du terrain de foot pour rejoindre leur logement. La loge des gardiens tourne également le dos aux tours, l’entrée faisant face au mur séparant la résidence de l’Île des Vannes. Cette typologie interfère avec la veille visuelle quotidienne du gardien, et n’apporte pas un sentiment de sécurité aux usagers de l’espace public.

CONTRÔLE SOCIAL

Le passage vers les résidences de Marcel Paul exige de passer le contrôle visuel des guetteurs. Bien que ce sentiment puisse constituer une anxiété quotidienne, les commentaires se cristallisent plutôt autour de la qualité et l’entretien des parties communes ou des espaces publics. Ce contrôle quotidien est renforcé par la qualité de mirador des tours. En effet, les logements offrent une vue plongeante sur l’espace public et sur les balcons voisins, et une vue complète sur le quartier et les ponts. Bien que cette vue soit soulevée par les habitants comme un apport considérable à la sensation de bien être dans le logement, elle crée également une promiscuité gênante. En effet, il est fréquent que les jeunes « snapent » les activités se déroulant en pied de tour, les rencontres proches, amicales ou amoureuses, commentant ainsi la vie privée des uns et des autres et permettant leurs diffusions dans le réseau local. Cette promiscuité influe sur la fréquentation des seuils, des balcons, mais également sur celle du square et du terrain de sport. Les usagers de l’aire de jeu pour enfant sont en effet souvent directement interpellés depuis les logements, quand les usagers du terrain sont victimes de projectiles.

CHEZ SOI La condition de ce quartier contraint beaucoup de famille à ne plus inviter de proches chez elles. Cette remarque revient régulièrement. Elle semble extrêmement urgente à prendre en compte. Que peut offrir le quartier qui permettent à ces habitants de vouloir en faire venir d’autres? Il semble que pour les habitants ce soit seulement en résolvant cette question que l’on peut imaginer une possible mixité


et une possible récupération des espaces publics. La monofonctionnalité de l’ensemble de cette zone crée la désertion, qui entraîne les pratiques à risques. Il semble parfois plus judicieux à Marcel Paul de rester chez soi plutôt que d’occuper l’espace public. Lorsque l’on interroge les habitants ils se plaignent avant tout de la saleté, des graffitis, de la voirie en mauvais état, les espaces verts mal entretenus, les ascenseurs en panne, du bruit, des odeurs… La véritable délinquance, les trafics sont rarement cités en premier. Derrière la question de la sécurité, on trouve celle de la qualité de vie.

COORDINATION DES ÉQUIPES ET DES INTERVENTIONS

Les équipes locales et les prestataires intervenant sur les questions d’entretien et de gestion de proximité sont confrontés à une situation complexe, décourageante et sont souvent isolés dans leurs actions. Ces travailleurs intervenants sur l’espace public sont les premiers confrontés aux comportements qui en découle. Le stationnement est une source de conflits et de gênes dont les gardiens doivent assumés en direct les mécontentements. La configuration des stationnements empêche notamment fréquemment le service de poubelles de passer et laisse deux options aux gardiens: soit laisser les poubelles se remplir en attendant que le stationnement se régule, soit déplacer les poubelles jusqu’à l’entrée de Marcel Paul côté quai de l’aéroplane. Les éducateurs de rue de la fondation Jeunesse Feu Vert ont proposés il y a quelques années des ateliers permettant l’embellissement des mobiliers du square Pagel. Ces mosaïques ont été partiellement détruites deux jours plus tard. L’isolation de l’action, le manque de médiation et de coordination des acteurs locaux sont des facteurs de cette mauvaise réception. Des éducateurs d’un côté qui ne sont pas si mobiles que les gardiens, qui de l’autre côté ne veulent plus assurer l’entretien et ne veulent pas jouer le rôle de pédagogue. A cela s’ajoute des prestataires des espaces verts qui se multiplient entre les équipe de Plaine Commune et les intervenants missionnés par le bailleur, ne permettant pas une reconnaissance et une confiance auprès des habitants. Un grand nombre de personnes interviennent sur les espaces publics : agents de propreté, gardes de l’environnement, policiers, gardiens, éducateurs... Mais leurs actions sont souvent mis à mal rapidement, et le sentiment d’inefficacité ou d’inutilité de leur travail constitue une lassitude et une fatigue dont l’usage de l’espace public pâtit. Chacun intervient pour sa mission propre sans formation sur le sens de son travail par rapport au bien qu’est l’espace public. 181


FANTASMES Cette enclave où certains usagers ont mis la main sur les pratiques du quartier constitue une réalité fantasmée par des groupes de jeunes localement. Plusieurs clip de rap ont été tournés par des groupes du centre et de Saint-Ouen sur les espaces de la cité Marcel Paul. Ile des Vannes

PROBLÉMATIQUE Doit on laisser place à un urbanisme sécuritaire ou bien la solidarité des équipes locales peut elle permettre une réappropriation des lieux ? Est il possible d’affecter à cet espace d’autres usages, permettant de multiplier l’attrait et la fréquentation? La création de porosité avec l’Île des Vannes pourrait-elle permettre un désenclavement ou renforcerait-elle le sentiment d’insécurité?

espace public délaissé impasse

berges inaccessibles Seine

mur-frontière jeux loge


09

RESSOURCES

• Gardiens Marcel Paul • • Prestataires espace vert • • Complexe sportif de l’Île des Vannes • • Éducateurs de rue (jeunesse feu vert) • • Groupe de séniors (Marcelle notamment) • • Block’out : escalade à SaintOuen •

Marcel Paul

terrain de foot

guetteurs

pont de Saint-Ouen

183


HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER Intégrer les exigences de la sécurité en amont pour favoriser le bon usage des équipements et aménagements semble une démarche incontournable. Cette approche ne correspond pas aux compétences des collectivités : la lutte contre la délinquance, le trafic de drogue, le banditisme ne relèvent pas d’elles. Il leur revient, en revanche, de créer un cadre propice à la prévention. Cela s’obtient par une attention au confort d’usage, la propreté, l’entretien des espaces verts et des équipements, une bonne accessibilité, une réduction des nuisances sonores et olfactives, le maintien d’une vie sociale, mais aussi l’action sociale, éducative… Elle permet aussi à des intervenants qui s’ignorent de se rencontrer enfin : services de l’urbanisme et de la prévention, de l’environnement et de l’action sociale, de l’éducation et de l’entretien, mais aussi police, architectes, urbanistes et paysagistes.

La présence d’une population diversifiée empêche la prise de possession d’un territoire par une bande. Elle assure aussi une surveillance sociale dissuasive pour les incivilités, la petite délinquance, aidée en cela par des intervenants qui ne doivent pas toujours être la police : les agents des espaces verts ou d’entretien, par exemple, peuvent être formés à ce type d’intervention, comme au parc de La Villette. Le regard doit pouvoir se projeter, et non se heurter contre des murs. L’organisation de l’espace doit être lisible, compréhensible. La qualité de l’espace public dépend aussi de son entretien. Il faut donc en prévoir la gestion.

SIGNATURE DE LA CONVENTION

information négociation transmission des règles du jeu

contre projet


• Détournement du mur en une autre activité ( mur d’escalade : bloc de saint ouen...) / en faire une interface, une connexion / infrastructure intermédiaire ( sur le terrain ile des vannes faisant connexion avec le complexe sportif) • redonner sens à la notion d’espace public pour faire monter en conscience les habitants comme les intervenants dans l’espace public • activités aux horaires complémentaires • ouvrir le square pagel sur l’Île de Vannes devenant ainsi le square de l’Île des vannes

MÉTHODO ADAPTÉE L’un des principaux acteurs de cette reconversion de l’espace public, en dehors du propriétaire qu’est la SEMISO, est le complexe sportif de l’Île des Vannes. L’intégration de cet acteur dans le débat reste aujourd’hui complexe,

09

ACCOMPAGNEMENT • Mise en place d’un comité de sécurité à Pagel se réunissant toutes les deux semaines • • Coordination des intervenants dans l’espace public : même équipe et redonner du sens à leur travail • • Formation des intervenants à la médiation •

et la rénovation urbaine agissant surtout sur le patrimoine du bailleur, l’Île des Vannes est en retrait des futures négociations. Pourtant sa fréquentation et ses usages impactent directement le plan urbain. Comme la tentative d’entrer dans le jeu d’acteurs d’un nouvel aménagement ne semble pas si facile, il semble important pour la maîtrise d’ouvrage donc, afin d’éviter de créer un conflit avec les habitants, de transmettre les règles du jeu constituant cet espace, et les intérêts en jeu. Une phase de négociation semble inévitable afin de faire prendre part au projet l’Île des Vannes au

interpellation négociation

185


côté du bailleur. Cette phase doit permettre également la création d’un comité de sûreté, force de proposition, réunissant les acteurs de la tranquillité publique, les intervenants quotidiens sur l’espace public et les urbanistes. Il est important que les préoccupations en terme de sécurité soit écoutées directement par le concepteur. La création de ce comité a pour but également de redonner du sens aux missions des intervenants sur l’espace public en constituant une équipe agissant de concert, et consciente de l’impact de son action dans le développement de la notion d’espace public. Si cette phase de négociation ne voyait pas aboutir une situation de dialogue, il est envisageable de passer par le contre-projet, en faisant une proposition depuis les habitants et en portant ensuite cette proposition auprès des autres acteurs. S’en suivrait alors une phase d’interpellation puis à nouveau de négociation.


09 187


L’ENTRÉE DE L’ÎLE DES VANNES

10


PRATIQUES OBERVÉES USAGES OFFICIELS Cet espace sous-tend un certain nombre d’usages « évidents », il dispose d’une fonction « officielle » : il s’agit du passage pour se rendre à la résidence de Pagel (cité Marcel Paul) ainsi qu’aux nouveaux immeubles livrés en janvier 2017, le long du boulevard Marcel Paul. C’est aussi l’espace de passage pour arriver à l’Île des Vannes. Beaucoup de jeunes du quartier et familles passent par cette entrée. De plus, le gardien a longtemps été un usager et un voisin à part entière, ainsi une certaine relation de confiance avait pu s’instaurer : les jeunes lui demandaient certains services notamment liés au stationnement automobile. Ainsi cet espace est nécessairement traversé par des habitants et des sportifs.

10

Toutefois il renvoie aussi à un certain nombre de stratégies pour le contourner. On y passe par nécessité (peu d’autres entrées) mais il est évité si possible.

ÉLÉMENTS QUI NOURRISSENT LA PEUR Cet espace peut faire « peur », particulièrement aux passants étrangers au quartier. En effet, quand on arrive du pont de Gennevilliers, des guetteurs sont visibles (laissant entrevoir l’existence du trafic), et on distingue aussi un bâtiment muré (la chiffonnerie) ce qui laisse penser que le lieu est potentiellement squatté. Ainsi l’entrée du quartier s’affirme comme un espace accueillant des pratiques marginales. D’autant que c’est aussi un espace dans lequel on repère de la mécanique sauvage. L’ensemble de ces éléments nourrissent une certaine peur et génère des stratégies d’évitement, pour les passants extérieurs au quartier mais aussi pour les habitants du quartier sud. 191


PRATIQUES BLOQUÉES PAR CET ESPACE DE CRISPATION Les stratégies d’évitement autour de cet espace contribuent à bloquer un certain nombre de pratiques. Il tend à freiner certaines mobilités ou des déambulations du quotidien. C’est aussi l’Île des Vannes qui pâtit de ces contournements : la faiblesse du passage en fait un espace sous-utilisé et renforce son enclavement. Cela participe aussi de la stigmatisation de cet espace (cul-de-sac et complexe sportif), or cet étiquetage est à l’origine d’un cercle vicieux puisque si le lieu est évité, donc vidé, il risque d’être occupé par le trafic ce qui renforcerait le sentiment d’insécurité... Plus largement cela génère un filtre négatif dans la vision du quartier pour les usagers extérieures mais tout aussi pour les habitants du quartier Sud.


10 193


PROBLÉMATIQUE Plutôt que de chercher à agir directement sur ces pratiques sources de nuisances (qui renaîtront d’elles-mêmes si elles sont attaquées frontalement), ne serait-il pas davantage efficace de se demander comment désenclaver l’Île des Vannes afin de favoriser la fréquentation de cet espace de passage ?

guetteurs

Marcel Paul

entrée de ville ancienne chiffonnerie

ruine


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RESSOURCES 

• L’Île des Vannes • • Sportifs du complexe • • Chauffeurs Uber • • Mécanicien (Mohammed notamment) •

Ile des Vannes

entrée île des Vannes loge

Seine

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HYPOTHÈSE DE PRATIQUES À EXPÉRIMENTER  • Favoriser le passage, la fréquentation • Favoriser la fréquentation de l’île des vannes par les habitants du quartier • Profiter des JO pour implanter une pratique à plus long terme

MÉTHODO ADAPTÉE

L’influence des Jeux Olympiques peut permettre d’accompagner une campagne d’interpellation autour de l’utilisation de l’Île des Vannes. Cela permettrait également de créer un effet levier pour la rénovation urbaine et d’ouvrir ces problématiques à celles du territoire plus largement. Après la signature de la convention, il semble important de créer des événements (balades, olympiades...) permettant d’associer les acteurs de l’Île des Vannes. Il est nécessaire de développer une programmation commune, en lien avec les acteurs municipaux, afin d’attirer les usagers sportifs, mais également les promeneurs, SIGNATURE DE LA afin que l’Île des Vannes puissent être considérée comme un parc CONVENTION paysager d’usage public.

information négociation transmission des règles du jeu

contre projet

SIGNATURE DE LA CONVENTION

négociation / interpellation

événemen


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ACCOMPAGNEMENT • Relation avec les structures sportives et jeunesse locales • • Création d’équipes sportives de quartier •

interpellation négociation

programmation culturelle et sportive

nts 197


CONCLUSION

Ce diagnostic est l’aboutissement de deux années de permanence sur le quartier Sud de L’Île Saint-Denis. Il clôt une étape par un état des lieux des fruits de la co-construction et surtout des perspectives qu’elle offre, si l’on s’en saisit avec conviction. Cette période de recherche-action se concrétise aujourd’hui dans la mise en œuvre d’une maison de quartier par les habitants, atypique et constructive. Le choix a été fait ici de regarder la co-construction depuis une expérience locale, les conclusions de cette étude seront donc fidèles à ce regard. L’observation a été décomposée par espaces clés, non pas dans une volonté exhaustive mais dans le soucis d’inviter la complexité, comme richesse, à ce processus urbain. Conscient que la synthèse en est difficile, nous restructureront ici les questions qui nous ont semblé récurrentes et structurantes dans ces analyses individualisées. Nous aborderons donc les attentes spatiales au regard des attentes sociales les plus fondamentales. Ensuite, nous proposons une observation du processus de co-construction en cours ainsi que des propositions transversales aux problématiques locales. Il nous a paru important également de mettre en avant la possibilité d’expérimentation qu’offre la gestion d’attente et la gestion de proximité, en conciliant la réponse aux besoins habitants et l’alimentation de l’étude urbaine. Enfin, nous concluons ce travail par ce qui nous a animé pendant ces deux années : la nécessité de mettre en œuvre un processus joyeux et poétique. 199


ATTENTES SPATIALES / ATTENTES SOCIALES CIRCULER LIBREMENT Que ce soit conditionné par la situation insulaire, comme les pratiques propres au quartier concernant le contrôle social et le stationnement, nous avons pu voir de manière récurrente, sur les différents espaces qu’entrer et sortir de chez soi n’est pas un acte aussi anodin dans le quartier Sud. A l’intérieur du quartier, bien que son échelle permettent de le parcourir facilement à pied, le cheminement piéton n’est pas pour autant instauré. Une véritable ambiguïté persiste entre une rassurante échelle de quartier propice à laisser les enfants plus libres de leur mouvement, et le danger des circulations non-sécurisées.

PROXIMITÉ VS PROMISCUITÉ

Le fort sentiment d’être observé s’explique par le fait que presque toutes les familles se connaissent dans le quartier. Si cela génère beaucoup de solidarité, c’est également le vecteur de certaines exclusions. L’arrivée d’autres populations pourrait diluer ce sentiment d’entre soi. Pourtant, l’arrivée des habitants d’Entre-Deux-Rives n’a pas été facile. Beaucoup d’habitants revendiquent cette envie de « rester un petit quartier », à « échelle humaine ». Une méfiance instinctive existe vis à vis des personnes extérieures ou des nouveaux arrivants. Malgré les conditions dures

Le sport est à considérer comme un réel levier de mobilité. Si la voiture est un sujet sensible et personnel, les déplacements doux amenés par leur caractère sportif sont alors perçus différemment. Les pratiques sportives en effet constituent un intérêt qui mobilise massivement les habitants, véritable moteur de cohésion et d’échanges. Pourtant l’un des freins à la mobilité dans et hors du quartier reste l’oppression du contrôle visuel, dans un quartier où tous se connaissent, où il est difficile de grandir et s’épanouir dans l’anonymat, et où les regards sont toujours présents, qu’il s’agisse de celui des personnes stagnants dans l’espace public, comme celui provenant des logements, le boulevard concentrant le plus de tensions. Lever ses regards, semble être un enjeu majeur du bienêtre au sein du quartier, notamment pour les jeunes filles. 200


ACCUEILLIR L’AUTRE

qu’offrent ce quartier, les habitants ont tout de même le sentiment d’être privilégiés sur ce bout de territoire atypique, et ils craignent qu’on leur prenne la seule chose qui leur appartient : cette identité de petit quartier sur un lopin de terre entre deux eaux. Cette proximité a fait place il y a plusieurs décennies à une solidarité réelle, à des fêtes intergénérationnelles, à un comité de locataires actif. Cet engouement s’est aujourd’hui dissipé. Pour beaucoup d’habitants la proximité a laissé place à la promiscuité. Les bruits courent très vite. Chacun se connaît et connaît l’autre. Pourtant ces dernières années un nouvel élan a vu le jour, ressenti notamment pendant les grands moments de rencontres, montrant que cette proximité pouvait être vecteur d’actions très positives et très solidaires, là ou dans d’autres quartiers, générer cette solidarité est moins instinctif.

Si la mixité semble être l’enjeu des quartiers en rénovation urbaine, nous voyons que dans le cas du quartier Sud, il n’est pas aussi simple d’intégrer de nouveaux arrivants. La doctrine des familles se consacre plutôt à permettre à leurs enfants de partir du quartier. C’est une idée également portée par les éducateurs du quartier. Pourtant pour désenclaver ce quartier, il semble que l’enjeu soit bien plus de savoir accueillir. Une vraie envie existe, bien qu’elle se confronte également à beaucoup de systèmes de représentation ancrés, de préjugés. L’hospitalité passe donc par la déconstruction du sentiment de cloisonnement et donc de « clans » dans lesquels se sont plongés les habitants, qui par habitude le revendiquent aujourd’hui comme partie de leur identité, particulièrement les adultes de 20 à 35 ans. Ce sentiment même, s’il est encore présent, se dissipe peu à peu notamment chez les plus jeunes avec l’arrivée de nouveaux habitants. L’hospitalité peut exister si l’on permet aux habitants d’avoir un « patrimoine commun » dont ils sont fiers, et donc quelque chose à partager.

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ÊTRE ACTIFS

RENFORCER LE POUVOIR CITOYEN Des initiatives, nous l’avons vu, naissent sur le territoire et ont le potentiel d’être fédérées. Il s’agit alors de donner au citoyen la chance de décider. En effet, une telle démarche demande une mise en œuvre subtile, pour permettre une autonomie citoyenne qui ne soit pas perçue comme une menace ou un contre pouvoir politique mais comme une opportunité à l’émergence de propositions intégrées, bien accueillies, et par la suite fréquentées. C’est également avec autant de subtilité qu’il faut veiller à ce qu’un tel mouvement ne soit pas une manière de pallier aux carences institutionnelles.

L’un des drames de ce quartier est d’avoir été déshérité peu à peu de ses activités et ses lieux de rassemblement. L’école reste le dernier pôle du quartier, et concentre toutes les attentions. L’épicerie en constitue un nouveau par défaut. Les habitants jugent que beaucoup d’activités proposées ne semblent pas à la « hauteur » de leurs attentes. Dispositifs de la ville ou de la politique de la ville offrent souvent des prestations pêle-mêle, qui ne réussissent pas à donner aux habitants l’envie de s’investir. Il y a donc une attente conséquente concernant des activités locales dignes du quartier et surtout en cohérence avec les intérêts des habitants (consommateurs également) et qui ne soit pas uniquement le reflet d’une politique sociale de quartier.

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OBSERVATION DU PROCESSUS EN COURS CONSTAT Nous avons pu faire le constat d’une vraie démobilisation habitante lorsqu’il était proposé la mise en débat collective ou la présentation du futur possible du quartier. Cette réalité, observée à plusieurs et à prendre en compte dans la manière d’intégrer les habitants à la réflexion. Cette mobilisation c’est par contre manifestée clairement dans des actions plus concrètes de mise en situation ou des entretiens individuels. Une ouverture existe, mais il n’existe pas une attente particulière concernant la concertation de la part des habitants. Cela peut être la cause d’une culture de la participation très ancrée sur L’Île Saint-Denis, dont les résultats ont laissé place à la lassitude. Nous avons pu constater dans les premières hypothèses urbaines formulées une carence en terme de projection d’usages. Il nous semble qu’il existe une compétence manquante dans le groupement d’études créé autour de l’équipe de coordination de la rénovation urbaine : celui d’une programmiste. Cela montre une tendance à entrer dans le projet urbain par la morphologie et non pas par les pratiques, ce qui à terme pourrait créer des décalages entre la réalité projetée et les utilisations réelles. Cette carence peut en effet renforcer les effets de locaux inoccupés, de détournement d’usages... Ce rôle peut assurer également dans certains cas le réel dialogue entre l’étude urbaine et les acteurs de la sûreté. C’est une situation malheureusement récurrente dans la conception urbaine aujourd’hui en France. 203


PROPOSITIONS LES ACTEURS LOCAUX : VECTEUR D’EXPÉRIMENTATIONS URBAINES Afin de permettre une cohérence entre les usages projetés et les usages réels, il semble important de permettre l’adhésion des acteurs locaux au processus de rénovation urbaine. Il est bien sur souvent difficile de les mobiliser étant déjà extrêmement pris par leur propre domaine d’activités. Il semble important de les solliciter via leur propre ASSOCIATION DE LA domaine d’activité, dans une logique SOCIÉTÉ CIVILE À de gagnant-gagnant. Ils sont à la fois L’ÉCRITURE DU CAHIER accompagnateurs de pratiques mais également force d’expérimentation de DES CHARGES ces nouveaux usages. Cela a été tenté ces deux dernières années au travers Il est parfois difficile de l’action de l’association, avec une de distinguer la place réponse plus que positive. Il s’agit des compétences de la également de placer la municipalité maîtrise d’usage lorsqu’on comme créatrice de cette synergie l’intègre à la réflexion sur afin que les acteurs, notamment de le projet urbain et la place la jeunesse, puisse s’appuyer sur des autres professionnels. une nouvelle proposition d’activité Si la maîtrise d’usage n’est ou de pratiques. Il est nécessaire pas là pour répondre aux pour transformer l’essai d’associer questions que pose le systématiquement ces acteurs aux quartier, ni même trouver démarches et d’instaurer un climat de les solutions adaptées, elle bienveillance et de pédagogie. est en revanche la mieux placée pour formuler ces besoins. Exprimer et structurer ces attentes, c’est donc pouvoir participer à l’écriture du cahier des charges des opérations. Cela incarne pour nous l’un des enjeux majeurs de l’inclusion des usagers au processus de conception urbaine. Les usagers sont les premiers à pouvoir juger de l’importance de certaines questions et surtout de la manière dont ils veulent que celui qui y répondra traite leur demande. Dans la continuité de cette volonté, il est important que dans la phase opérationnelle, sur certains points de conception, les usagers puissent 204


LA GESTION URBAINE DE PROXIMITÉ : ACTIVATEUR URBAIN

avoir à faire à des concepteurs et des maîtrises d’œuvres qui incarnent au côté de la maîtrise d’ouvrage un rôle pédagogique et de conseil envers les prises de position des usagers. Dans certains cas la maîtrise d’œuvre peut même être missionnée pour accompagner un groupe à la réalisation de ses initiatives.

Enfin, l’ensemble des préoccupations récurrentes des habitants concernent le domaine de la gestion urbaine de proximité voir la gestion d’attente. Ces deux démarches sont les clés d’une réflexion plus globale de l’urbain et du commun. Il est donc nécessaire de réunir les acteurs de la gestion urbaine de proximité afin de mettre en œuvre une action cohérente et en phase avec l’évolution du processus urbain, afin qu’elle devienne vecteur d’expérimentation. Il est également nécessaire de trouver comment les habitants peuvent avoir un rôle décisionnaire sur ces deux aspects qui les affectent directement, et dont ils sont experts, de part leur ancrage quotidien.

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REPONDRE AUX NECESSITES : VECTEUR D’EXPERIMENTATION MOBILISER PAR LA RÉPONSE AUX NÉCESSITÉS PRÉFIGURATION ET AUTOÉVALUATION : UNE ÉTUDE AU SERVICE DU PROJET C’est donc en répondant à ces nécessités qu’il est possible d’enclencher les préfigurations correspondant aux hypothèses formulées par les urbanistes. Enclencher ces préfigurations permet non seulement d’interpeller, mais de réduire le décalage possible entre une proposition et sa réception locale. Elle permet également souvent de faire émerger de nouvelles réactions, affinant le projet d’aménagement. Pour les habitants, elle rend palpable la phase d’étude de la rénovation urbaine. Elle permet surtout de créer une auto-évaluation des demandes formulées, de la solution réalisée, et de sa réception. Mettre les habitants dans cette situation d’évaluation permet par la suite de désamorcer les désillusions, les frustrations envers la maîtrise d’ouvrage, et de placer chacun face à son propre imaginaire.

Les propositions d’expression sur les enjeux globaux du quartier ne satisfont pas la majeure partie des habitants. En effet, beaucoup d’habitants s’expriment sur des nécessités quotidiennes et urgentes et il est plus difficile d’amener le débat sur des considérations à plus long terme ou sur un imaginaire du changement. Enfin ceux qui ne s’expriment pas sont souvent étouffés, soumis au poids du quotidien et des urgences, ne sont pas disponibles pour s’exprimer ou rejoindre des mobilisations collectives. Il semble important d’identifier quelles sont ces nécessités, d’en trouver les problématiques communes, afin d’y répondre non pas de manière clientéliste mais en prenant le temps de les observer, d’imaginer comment les résoudre avec les personnes formulant ces besoins, et d’établir un plan d’action. Cette approche est également le support à l’expérimentation de nouvelles manières d’aborder ces nécessités, nourrissant directement le projet urbain.

206


MOBILISER DEPUIS LE LOGEMENT POUR RÉ-ENCLENCHER LE DIALOGUE Bon nombre d’habitants se sont retranchés dans une position d’accusation des pouvoirs publics et des moyens locaux, parfois avec raison, parfois de manière injustifiée. Pour renouer ce dialogue, l’intervention dans l’espace public ne semble pas suffisante. Une réel attente existe et persiste sur la durée, concernant l’état des logements et des parties communes, notamment à Marcel Paul. Tant que cette bataille ne sera par amorcée, il semble difficile de retrouver un dialogue paisible avec une part représentative du quartier. Cette intervention ne peut pas attendre la rénovation. Elle doit être vue CLAUSES DES MARCHÉS également comme l’expérimentation de nouvelles adaptations du logement PUBLICS et de nouvelles prises de pouvoir sur son espace personnel. Pour cela, L’une des réponses l’auto-réhabilitation accompagnée que peut apporter la semble être une réponse extrêmement rénovation urbaine aux adaptée. nécessités du quartier est Mais il s’agit également de proposer celle de l’emploi. Il est aux locataires d’avoir une réflexion nécessaire dans les projets plus globale sur leur logement. Il est d’une telle envergure de notamment envisageable de développer valoriser les clauses qui une dynamique de fabrication de stipulent l’emploi de main maquette dans le logement, avec d’œuvre locale. En amont ses occupants, amorçant par la de ça, il est nécessaire suite l’accompagnement à l’autopour que cela puisse avoir réhabilitation. lieux d’accompagner la main d’œuvre locale : L’une des ambitions de l’activité du permettre une formation et Pavillon de Bourgogne, maison en enclencher des processus chantier, est de proposer un lieu de d’insertion. formation à l’auto-construction et Bien sur, il est plus rentable l’auto-réhabilitation, afin d’inscrire pour les entreprises du cette démarche dans le processus bâtiment de suivre les opérationnel de réhabilitation des procédures classiques et logements, et favoriser l’emploi de la de faire appel à de la main population locale. d’œuvre via les plateformes d’intérimaires, que de soigner l’intégration progressive de travailleurs en insertion ou en 207


formation. Il s’agit d’un vrai combat vers l’emploi à mener. L’étude du métabolisme urbain constitue, en dehors de l’identification de viviers de matières à réemployées, une chance de pouvoir réguler et exiger la création de ces emplois. Le métabolisme urbain englobe en effet deux choses : le réemploi de matière d’une part et les ressources humaines. Le réemploi et sa mise en œuvre n’est pas encore une compétence maîtrisée aujourd’hui par les entreprises du BTP ni même par tous les concepteurs. C’est pour cela qu’il est proposé un accompagnement à l’état d’expérimentation encore nationalement. Il y a là un vrai potentiel à former en amont une main d’œuvre qui est encore absente du marché. La formation à ces nouvelles compétences peut donc se faire localement, et permettre à des travailleurs locaux d’entrer dans le processus et de se former à des techniques innovantes. Mais le métabolisme urbain s’intéresse avant tout aux ressources présentes sur un territoire, il s’agit donc de porter également une attention particulière aux ressources humaines. On peut donc imaginer que cette étude soit le vecteur d’une expérimentation locale sur les savoir-faire présents afin de les valoriser dans le processus de rénovation urbaine et donc dans la mise en œuvre des opérations de construction.

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BIBLIOGRAPHIE

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REENCHANTER LE PROCESSUS : REENCHANTER L ‘IMAGINAIRE INDIVIDUEL Et si on ajoutait un peu de légèreté à tout cela? Pourrait-on parler de poésie sans que l’on nous rétorque que c’est être en décalage avec la dure réalité des habitants de quartier prioritaire? Est-ce vraiment secondaire? Non. La poésie des lieux participe de ce réenchantement du quotidien et du changement de regard sur les espaces. Nous le défendons. Il nous paraît important de renouer avec un imaginaire commun et de recréer des anecdotes joyeuses autour des lieux. Théâtraliser le quotidien et ré-interpréter les réalités surprend et interpelle. Cela peut être perçue comme une coquetterie. Pourtant ici, dans un quartier où la magie a quelque peu quitté les lieux, il semble primordial de réveiller cette poésie. Pour que l’imaginaire des habitants s’ouvre et qu’ils se remettent à raconter et à croire. N’est-ce pas une finalité?


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Diagnostic d'usages urbains  

Ce document de synthèse écrit par l’association ICI! est composé de deux parties distinctes : • une réflexion générale sur le processus de c...

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