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Richard Pro∞tt

Le travail de Richard Pro≠itt s’inspire et fait référence aux westerns spaghetti, aux villes fantômes, à la sous-culture •• Jenny Porter, américaine, à l’anthropologie, aux civilisations anciennes, aux voyageurs, Responsable des projets à la contruction d’abris, au folklore et au mythe urbain. Ces inspirations à Metal, Liverpool s’entrelacent et leurs origines sont ré-imaginées sous forme de sculptures, de tentures murales et d’installations, parfois accompagnées de musique, qui créent des lieux absurdes, amusants, noirs et mystérieux. Ces créations magiques et fictives et les reliques cérémoniales bricolées ressemblent au désordre laissé par une assemblée mystique, un feu de joie d’adolescents ou la danse primale d’une tribu inconnue. “Hash Knife Outfit / Sunset Spirit (Wild Code Revisited)” est un regard allégorique sur le passé et la manière dont il se heurte à notre futur. Un ensemble de détritus d’une Babylone consumériste avec des objets tels que bidons d’essence, memorabilia de motards et ephemera, rituels de feu, icono‑ graphie cubaine, française, britannique et américaine, agglutinés comme sur une plage après une vague de surproduction. Ce travail explore les coins et recoins de notre paysage culturel de production de masse, un ensemble de références mêlées et d’auras mystiques qu’on ne peut pas vraiment expliquer. Une attirance vers ces objets nous donne le sentiment d’être désirés ; ils sont assez laids pour que nous nous sentions à l’aise et su≠isamment familiers pour établir des liens. Nous sommes charmés par un sentiment obsessionnel de l’étrange et du sublime. Comme la frontière entre le Wild West et les indiens, les installations de Richard Pro≠itt semblent découler du terrain du « hors-laloi » dans des endroits comme les autels de bord de route ou les poubelles des grandes villes. La musique qui les accompagne, jouée avec des instruments « ethniques » achetés sur des marchés aux puces suggère la vie des conteurs nomades, des orchestres ambulants, des troubadours ou des ménestrels itinérants, atteignant un territoire vierge, racontant des histoires de leur civili‑ sation unique à partir d’un futur qui n’a pas encore été imaginé. Le travail crée une symphonie à partir du bruit d’une production culturelle accélérée d’iden‑ tité nationale, de spiritualité, d’urbanisme et de choix. L’ancien rencontre le contemporain dans le travail de Richard Pro≠itt et le fait main rencontre les produits manufacturés. La qualité hors du temps et lo-fi fait penser à un fanzine pour adolescents, rassemblant une masse globale mue par une identité et qui transcende valeur marchande, temps et distance. L’aura générée par ces scènes appelle des souvenirs d’un rêve apocalyptique ou d’un objet de musée anthropologique exposé négligemment. La destruction sacrificielle des objets par le feu ou par déchirement suggère un rituel noir qui nous donne conscience des natures destructrices. Cette conscience du lent e≠acement de notre mémoire collective est reflétée encore une fois par la façon dont les installations sont créées une seule fois et revisitées et ré-imaginées à chaque nouvelle présentation. Le travail de Richard Pro≠itt opère comme une sorte de lumière électrique clignotante qui éclaire brièvement les braises consommées de nos propres passions, identités et possessions chéries qui lentement mais sûrement se transforment en poussière.

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Rendez-vous 11  

Catalogue de l'exposition à l'Institut d'art contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes

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Catalogue de l'exposition à l'Institut d'art contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes

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