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1972 Henri 2012 Lefebvre c o n v e r s a t i o n s p a r a l l e l e s

le.sas

64 rue du Capitaine Dreyfus 46 avenue PrĂŠsident Wilson 93100 Montreuil

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1972 Henri 2012 Lefebvre conversations parallèles le 20 décembre 3

en partenariat avecHQB conseil

64 rue du Capitaine Dreyfus 46 avenue Président Wilson 93100 Montreuil


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Sommaire 7 9 14 16 18 20 22 24

5 sommaire

invitation intention introduction contexte choux aventure deterritorialisation film


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invitation  

le.sas, agence d’1 jour conversations

parallèles

Jeudi 20 décembre – à partir de 19h – inscription demandée En prélude à l’exposition de Cyrus Cornut Le ville se fait d’abord avec un langage, agençant les concepts du moment selon la logique du moment. L’urbanisme n’a rien d’une science, il est une pratique sans origine, toujours en quête de méthode. L’imaginaire y joue une part mais c’est dans l’observation de la société que réside l’essentiel de cet art toujours collectif. Et plus l’observation devient fine, plus l’observateur doit prendre parti. Rapidement, les résultats déduits scientifiquement des enquêtes, ne suffisent plus pour appréhender les enjeux ; les mots ne décrivent plus des réalités mais des intentions. Entre en scène le pouvoir et le débat politique. Aménager l’espace, construire la ville, c’est aussi façonner la société. Mais à quelle image ?   En prolongement de l’agence immobilière qu’accueillait le.sas, nous vous proposons d’intégrer notre agence d’urbanisme d’1 jour, à l’occasion d’une discussion partant d’un entretien avec Henri Lefebvre.

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intention Pour sa deuxième saison, le.sas vous propose en partenariat avec HQB conseil une nouvelle série d’événements sur l’urbanisme, à l’intention notamment des jeunes professionnels. A l’université ou dans les écoles d’architectures, d’ingénieurs, on cherche à identifier les principes directeurs de l’aménagement à partir de l’analyse des projets historiques, de quelques textes théoriques et la pratique «  de laboratoire  » lors des ateliers et des stages. Après quelques temps, l’enchaînement des missions faisant, l’état d’esprit de l’agence intégrée, cette interrogation si intense sur la nature et les responsabilités de notre métier s’estompe. Parce qu’il semble en fin de compte très technique au sein de l’action publique, en s’exprimant essentiellement à travers la déclinaison des dernières innovations autour du développement durable - performances énergétiques, concertation, mixité, transports en commun - la modestie de nos réponses serait devenue un indicateur de qualité. La figure du chef d’orchestre qu’accompagnait l’utopie fonctionnaliste est dépassée, les discours des plus médiatiques des architectes-urbanistes trouvent leur inspiration dans le goût pour la vie métropolitaine et la mobilité planétaire qui ne recouvre pas l’étendue du mouvement d’urbanisation des modes de vies. L’urbanisme cultive sa distance avec les acteurs politiques et prône la ville sur la ville et la lutte contre l’étalement urbain. N’y-a-t-il pas là une forme de repli inavoué sur la ville d’avant et l’échelle mythifiée du quartier? N’y a-t-il pas là une forme de renoncement confortable dans l’engagement quotidien? Alors que c’est à notre tour de parler, qu’avons-nous à dire?

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Ecrire l’organisation spatiale de la société ne se limite pas à un geste technique! Chaque « rendu  » traduit d’abord une lecture de la société tout entière: son imaginaire commun, les mécanismes de son économie, les relations entre ses composantes, son inspiration et sa différence dans le proche et le lointain, l’ordre de ses valeurs. Il s’agit d’avoir bien conscience de tout cela pour l’orienter, le choisir. Par exemple, lorsqu’on évoque spontanément la «  ville durable  », notion répandue qui fait consensus, à quoi cela renvoie-t-il? Le gabarit des trente mille habitants rassemblés au grès des particularités géographiques, que l’on retrouve souvent dans les textes classiques, paraît dépassé. La mégapole multimillionnaire sature, crée de nouvelles difficultés mais fascine tout autant. Malgré son étendue, elle ne façonne plus un territoire avec ses centralités mais organise des réseaux avec leurs polarités. Le village quant à lui n’est plus une ville en réduction, les services publics disparaissent, l’abandonnent à un avenir sans horizon. La ville se concentre sur elle-même et marque sa différence. Entre le deux, un tiers-espace incertain, «  péri-urbain  » terne regardant la ville prudemment. La ville durable se développe concrètement par écoquartiers, redorant l’image des îlots rénovés ou insufflant l’attractivité d’un nouveau programme immobilier. Elle favorise les déplacements sur elle-même et entre métropoles, de même rang, draine les travailleurs alentours, en concédant l’éloignement de leur résidence par pure rationalité économique, interdite devant l’attrait pavillonnaire. La ville durable donne un nom à la culture aménagiste globale, qui se concentre à moderniser les cités avec application. Fustigeant la « gentrification », qui embourgeoise les quartiers populaires en faisant disparaître un certain caractère authentique, elle se délecte des friches urbaines. Les usines ferment au bonheur des urbanistes. La ville durable sert à faire durer les villes. Mais les villes de qui?

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La ville durable, c’est uniquement la ville des urbanistes ? Frôlons un instant la théorie du complot… La ville durable se présente comme une référence universelle, qui donne des leçons de goût: sur l’automobile (principal outil industriel du pays), le pavillonnaire (l’attrait pour la maison semble un constante française) la centralité (sans tgv ni opéra, seconde zone assurée) les activités (la classe créative avant les usines) les vacances (trois semaines à Berlin, Londres et New York, oui, trois semaines en camping à Oléron, non)… Les urbanistes, formés dans les très grandes villes et si attachés à la capitale (ses innombrables endroits branchés, son grand paris) auraient ainsi moins vocation à dessiner les villes du territoire national qu’à embellir ses quelques joyaux urbains. L’aménagement du territoire, la République qui planifie, sont vus comme des épisodes en noir et blanc, touchants par leur cartésianisme archaïque. La décentralisation aurait ainsi donné d’abord le pouvoir à ceux qui n’en ont pas - l’essentiel en surface - pour mieux libérer le potentiel des grandes locomotives du développement. Au lieu de se gargariser de grandes notions, imaginons un instant l’inverse… en repartant du terrain. Souvent on aime s’interroger sur les limites de la ville, en cherchant à identifier où elle s’arrête. Mais il est beaucoup plus passionnant de regarder où elle commence! On repère une ville quand on y trouve les équipements absents alentours. Un lycée, un théâtre, un tribunal, une médiathèque, un musée, un hypermarché… Au départ, la ville d’aujourd’hui propose une multiplicité d’équipements uniques. C’est pourquoi ils en sont d’autant plus importants. Les habitants ne comparent pas, ne jugent pas: ils fréquentent, trouvent ce qu’il y a à trouver. Et font grandir leur univers par eux même, dans le silence des paysages. En forçant le trait, la ville des urbanistes, boursouflée d’urbanité, n’est-elle pas la cage trop animée des gens perdus?

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introduction Si les questionnements qui précèdent et les prises de positions associées sur l’actualité de notre métier ne suffisent pas à lancer une discussion, l’entretien filmé en 1972 par le centre de cinématographie canadien ne manquera pas, quant à lui, de faire réagir! Dans le langage clair du penseur rompu aux cours universitaires, Henri Lefebvre évoque de nombreux sujets prégnants alors. Des questions sont-elles aujourd’hui résolues? Des intuitions de futurologues sont-elles avérées? Des suggestions peuvent sembler désormais farfelues, pouvons-nous identifier dans nos idées lesquelles portent en germe la même destinée: plus tard le trait d’humour un peu moqueur de ceux dont le seul mérite revient d’arriver après? Où se situait le cœur du sujet, où se situe-t-il désormais? Par quelle chemin s’est opérée cette transformation? Quelle analogie peut on faire avec le contexte présent? Le discours s’organisait par un langage construit largement autour d’une prise de position politique en pleine guerre froide, où se situe le positionnement politique en nos mots, au moment où celui-ci paraît secondaire; en d’autre termes, quelles sont les traces du pouvoir dans nos thèses? Aujourd’hui, il semble impossible de passer à côté du concept d’habiter, qu’avait introduit en France Henri Lefebvre quelques années avant cette interview, pourquoi n’a-t-on pas retenu plutôt celui de vie quotidienne, auquel il a pourtant consacré trois livres? Quels sont les penseurs français contemporains de cette trempe? Et nous petits urbanistes en devenir, quels sont nos convictions et que pouvons-nous apporter, puisque personne ne le fera à notre place?

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contexte . 1972 Confrontons-nous au débat lorsqu’il se posait radicalement, écoutons l’un de ses animateurs faire valoir sont point de vue sur chaque idée; tout remettre en question jusqu’au langage même. C’est tout autant se plonger dans une période intensément politique, pleine d’idéal et de contradictions, où l’activité et l’activisme battaient leur plein. En 1972, « personne ne peut nier que la France est à l’heure actuelle le pays au monde qui fait le plus gros effort en faveur du logement. » remarquait Georges Pompidou. L’année suivante, la politique des grands ensembles était abandonnée dans la circulaire du 21 mars 1973: « Après les efforts considérables accomplis pour augmenter la production massive de logements neufs, il est aujourd'hui indispensable de répondre plus efficacement aux aspirations à une meilleure qualité de l'habitat et de l'urbanisme, et de lutter contre le développement de la ségrégation sociale par l'habitat ». Le politique avait mis l’accent sur l’aménagement du territoire à grands traits, l’urbanisme expérimentait l’industrialisation au béton armé. En 2012, personne ne peut nier que la France traverse à l’heure actuelle et depuis plusieurs années la plus grosse crise du logement depuis celle des années cinquante. les Rencontres Nationales du Logement et de l’Habitat (sic) lançaient le 9 novembre à Aubagne «  le coup d’envoi des 5 ans pour résoudre la crise du logement » avec le plein soutien de la Ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement de l’époque, Cécile Duflot. Mais les acteurs du secteur restaient réservés devant la capacité du pays à obtenir un tel résultat dans le temps imparti… Pourtant, contrairement à dix-neuf cent soixante-douze, nous disposons de micro-ordinateurs, du guidage par satellite, de lignes à grandes vitesses et de produits biologiques.

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« Personne ne peut nier… » Les vœux du Président de la République le 31 décembre 1972 http://www.dailymotion.com/video/xn5cun_voeux-du-president-georges-pompidou_news

17 photo: AFP sur le site du parisien


Les Choux de Créteil, par Gérard Grandval, 1969-1974 Classé Patrimoine du XXe siècle par le Ministère de la Culture

18 http://archipostcard.blogspot.fr/2010_03_06_archive.html


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l’aventure c’est l’aventure un film de Claude Lelouch avec Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Denner, Aldo Maccione, Charles Gérard La belle vie de malfaiteurs malins, qui sont bien loin d’être en proie aux tourments intérieurs qu’affectionne le cinéma à l’affiche aujourd’hui. De l’humour au premier degré plutôt masculin, une place réservée au féminisme aussi. Mais 68 continue de produire ses effets.

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déterritorialisation concept introduit dans l’Anti-Œdipe (Capitalisme et Schizophrénie) par Gilles Deleuze et Félix Guattari Quelques suppositions, parce qu’il faut bien aussi parler de ce qu’on n’a pas lu: Parmi les ouvrages publiés en 1972, l’Anti-Œdipe fait date. Référence souvent citée dans les sciences humaines mais rarement étudiée en détail dans les cours, tout comme Mille-Plateaux, les concepts développés par ces deux auteurs semblent de la même veine que la complexité d’Edgar Morin. Ils donnent l’impression de porter en eux quelque-chose de la révélation… on ouvre une nouvelle étape du décodage sophistiqué du monde et de la société. Au lieu de définir avec poésie des notions en forme de catégories naturelles (le travail, l’environnement, la démocratie…), on pourrait tout autant approcher le réel par l’abstraction, en identifiant des relations, décrivant des configurations originales, dessinant des figures historiques et ou transposables. Est-ce un peu de cela dont parle la déterritorialisation? La curiosité pour cette notion dans la discussion qui s’annonce vient aussi du fait qu’elle introduit le territoire, si cher aux géographes, peut-être trop secondaire pour les urbanistes. Essayons de formuler une question avec ce terme: n’aurait-on pas trop déterritorialisé le phénomène urbain? A force de parler de l’urbanisation de modes de vies, on aurait déconnecté le processus de son origine, la ville, réifié ce mouvement, le substituant à celui de progrès et de progrès social? Et contrairement au progrès qui est une fin en-soi, on aurait ruiné la fibre prométhéenne et ouvert toute grande la porte au désenchantement durable,?

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Urbanose 15. entretien avec Henri Lefèbvre

1972, 34 min 25 s Résumé

Henri Lefebvre, sociologue français célèbre, livre l'essentiel de ses idées sur la ville et sur la vie urbaine contemporaine, dont il est l'un des critiques les plus durs. Fustigeant le règne de l'automobile et la commercialisation de toute chose, dénonçant une certaine conception superficielle et facile du progrès, il signale que notre civilisation a dramatiquement raté le tournant de l'époque industrielle (révolue) à l'époque urbaine (actuelle) et préconise, après la réforme agraire, la réforme urbaine.

Réalisateur

Michel Régnier Montage

Michel Régnier Producteur

Normand Cloutier Maison de production

Office national du film du Canada Images

Pierre Mignot Son

Richard Besse Serge Beauchemin Montage sonore

Gilles Quintal Mixage

Michel Descombes Consultant

Luc Durand Musique

http://www.youtube.com/watch?v=0kyLooKv6mU

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Alain Clavier


Ce document a été réalisé sur la base de captures d’écrans du film « Urbanose », disponible en libre accès sur le site youtube, ainsi que d’images aisément accessibles sur internet.

le.sas Barbara Verlhac Jean Fabien François Rochon le.sas.contact@gmail.com https://www.facebook.com/lesas.montreuil

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Le ville se fait d’abord avec un langage, agençant les concepts du moment selon la logique du moment. L’urbanisme n’a rien d’une science, il est une pratique sans origine, toujours en quête de méthode. L’imaginaire y joue une part mais c’est dans l’observation de la société que réside l’essentiel de cet art toujours collectif. Et plus l’observation devient fine, plus l’observateur doit prendre parti. Rapidement, les résultats déduits scientifiquement des enquêtes, ne suffisent plus pour appréhender les enjeux ; les mots ne décrivent plus des réalités mais des intentions. Entre en scène le pouvoir et le débat politique. Aménager l’espace et construire la ville, c’est aussi façonner la société. Mais à quelle image  ?

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Henri Lefebvre, conversations prallèles  

le sas, 8 décembre 2012 Agence d'Urbanisme d'1 jour

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