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#82 Edition du 25 Avril 2014

Tom Tom àà la la ferme ferme Suneung Suneung Nebraska Nebraska Gravity Gravity Phantom Phantom of of the the Paradise Paradise Les Les Trente-Neuf Trente-Neuf Marches Marches Impitoyable Impitoyable 1984 1984 Les Les Corrections Corrections Magnum Magnum Music Music for for aa While: While: Improvisations Improvisations on on Henry Henry Purcell Purcell Evil Evil Dead Dead Killing Killing Season Season (Face (Face àà face) face) Dark Dark Skies Skies Évasion Évasion (Escape (Escape Plan) Plan) The The Guild Guild (Snapphanar) (Snapphanar)


Edition du 25 Avril 2014 Numéro 82 REDAC' CHEF Fabi

REDACTEURS Djee Eloch Guyness Gothic JMV Le Loup Céleste Ze Big Nowhere

CONCEPTION ET MISE EN PAGE Fabi Laric

Syntaxeror

SOUTIEN ET PUBLICATION Syntaxeror Pixelounge

CORRECTIONS Frahlt

Edité par l’association HomeCinema FRancophone (HCFR) association loi 1901 (JO 13/04/2002) siège social : 21, rue de Fécamp 75012 PARIS SIREN : 444 601 892 00029

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Et oui, c’est ( déjà ! ) le 2eme anniversaire de l’hebdo... Une idée folle qui devient une réalité hebdomadaire, qui l’eût cru ?;) Plus de 80 numéros ( « Comment ça pas 104 !? », « Et oui, on n’est pas des sauvages, on leur laisse prendre des vacances de temps en temps » ) de passion, d’art et de fun parce qu’on est quand même là avant tout pour se faire plaisir, ne l’oublions pas. A noter, cette année, un autre événement majeur pour l’hebdo, le temps d’un numéro spécial, il est sorti du virtuel pour devenir bien réel : Évidement, on ne peut pas ne pas remercier tous les contributeurs et le temps qu’ils y passent, à la rédaction, la mise en page, et la mise en ligne pour que vous puissiez, vous lecteurs, avoir votre numéro à portée de souris ;) Il faut reconnaître que les bonnes volontés restent une denrée rare qu’on va chercher partout ou on peut en trouver, mais je n’ai pas de regret de ce point, que l’Hebdo soit ouvert comme il l’est aujourd’hui le rend plus fort, c’est donc un bien. Il ne me reste qu’à vous dire « bonne lecture, et à l’année prochaine » !

ogobert


SOMMAIRE A l’affiche Eloch - Xavier Dolan - Tom à la ferme Gothic - Shin Su-Won - Suneung Guyness - Alexander Payne - Nebraska

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Une Rencontre - 96 Heures - Dans la cour Girafada - L’Eté des poissons volants - Je m’appelle Hmmm... States of Grace - Brick Mansions - Un voyage Après la nuit - Marbie star de Couillu les 2 Églises - Night Moves

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7ème ART Djee - Alfonso Cuarón - Gravity Gothic - Brian De Palma - Phantom of the Paradise JMV - Alfred Hitchcock - Les Trente-Neuf Marches Djee - Clint Eastwood - Impitoyable

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A LIRE JMV - George Orwell - 1984 Guyness - Jonathan Franzen - Les Corrections

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MUSIQUE Ze Big Nowhere - Katerine - Magnum

JMV - L’Arpeggiata - Music for a While: Improvisations on Henry Purcell

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BLU-RAY Le Loup céleste - le Windfighters - Evil Dead Le Loup céleste - Killing Season (Face à face) Le Loup céleste - Dark Skies Le Loup céleste - Évasion (Escape Plan) Le Loup céleste - The Guild (Snapphanar)

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A l’affiche Eloch

Tom à la ferme Xavier Dolan

U

n jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences. Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie : 16 avril 2014 Durée : 1h42min Réalisé par Xavier Dolan Avec : Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy plus Genre : Thriller Nationalité : Canadien , français

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” Avant que de tout perdre “ Voilà que le prolifique Xavier Dolan (déjà 5 films en 5 ans, dont le dernier “Mommy”, sélectionné à Cannes) revient sur nos écrans pour nous déstabiliser. Finis les plans colorés, joyeux et amoureux. C’est la fin de quelque chose qui se lit dès le premier plan, où l’on écrit l’impossibilité de pleurer, la perte sur du sopalin, comme dans l’urgence. Pour absorber aussi la tristesse et l’échec à lui trouver des synonymes. Et voilà que, cette perte achevée, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à Tom. La magnifique séquence d’ouverture, aérienne et portée par la voix a cappella de Kathleen Fortin reprenant “Les moulins de mon cœur” de Michel Legrand, nous ouvre les portes de ce nouveau monde. Tom va à la ferme et ce n’est pas pour y rencontrer Martine et son chien patapouf mais une mère et son fils, dans un lieu étrange, comme inhabité et effrayant, où personne ne veut plus se rendre. Et d’où il semble difficile de partir (pour Tom avant tout, mais aussi pour Francis, qui, à 30 ans, se refuse encore à partir tout en le souhaitant chaque jour). Que s’est-il passé ? Xavier Dolan a opéré un défrichage complet, et c’est vers le thriller voire le huis clos qu’il se tourne. Mais son obsession première est toujours là: parler d’un amour impossible. Ici, c’est taire l’amour passé et tué par la mort, le transformer, le vider de sa substance et tomber dans une autre relation. Une relation étrange, énigmatique, dérangeante. Elle commence dans le noir, comme un viol. Francis (Pierre-Yves Cardinal, génial dans ce rôle de brute sourde) se place au dessus de Tom et l’empêche de dire son amour. Sa voix alors s’éteint en ce qui concerne son amour mort. Plus rien sur eux, plus rien de cérémonieux, juste les souvenirs qui restent dans la tête. Et le secret qui pèse entre Tom et Francis. Mais c’est plus que ça qui se joue entre eux, dans les blés transformés en couteaux, dans les coups que reçoit Tom. Et dans ce film qui balance sans cesse entre angoisse et fascination.

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Tout se joue dans l’ambiguïté. Quand Francis serre la gorge de Tom, il est aussi tout prêt à l’embrasser, c’est, du moins, ce que la caméra suggère par ses plans rapprochés. Tout cela s’enlise, c’est une course infernale où tout étouffe, où les révélations effraient tout en aimantant Tom à ce lieu où rôde la mort (dès qu’un veau naît et porte un nom qui lui rend “hommage” de manière perverse, il meurt). Et la vie aussi, qui s’entend dans la musique d’abord, véritable déclencheur des scènes, accompagnateur salvateur (Dolan dit lui-même écrire à partir d’une musique) mais aussi dans des plans qui réunissent les personnages. Parce que ce sont, comme toujours, des postures, des objets, des regards, des parcelles du corps que capte Dolan. Il construit ses plans, s’envole avec sa caméra, écoute cette vérité que Tom voit dans la campagne (le réel opposé à son mensonge) s’infiltre dans la plus grande obscurité. Et il donne toujours dans l’art du conflit car c’est le moteur de ses films. Mettre deux corps en présence, et les laisser s’apprivoiser, se dominer, se rejeter, se pleurer. Récemment, Édouard Louis racontait la fuite d’un milieu qui l’étouffait. Voilà qu’avec Tom, Dolan y reste, s’y complaît presque, comme en plein syndrome de Stockholm, c’est dans un tango (magnifiquement mis en scène), que les regards comprennent toute la puissance du lien qui les unit, même s’il est factice et brutal. Tout l’enjeu de cette mère surtout pour laquelle on entretient la violence, une mère pas si naïve qu’il n’y parait. Aussi ambiguë que le reste. Dans ce tango tout se joue: la présence fantomatique du frère, l’ambiguïté permanente qui lie les deux personnages, et la beauté de cet impossible dialogue, parce que, comme le dit si bien Dolan “l’intolérance mène à la violence”, même alors que ce que l’on rejette nous attire. Une descente aux enfers qui devient grâce sous la caméra d’un Dolan toujours aussi créatif, passionnant et entêtant. Parce qu’il crée presque tout, et sait maintenir une ambiance par quelques images, une musique et des personnages qui nous entraînent avec eux toujours plus loin...

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A l’affiche Gothic

Suneung

Shin Su-Won

Y

ujin, élève de terminale promis à un avenir brillant, est retrouvé assassiné. Très rapidement, les soupçons se portent sur June, l’un de ses camarades de classe. Mais en remontant le fil des événements, c’est un univers d’ultra-compétition et de cruauté qui se fait jour au sein de ce lycée d’élite, où la réussite au «Suneung», l’examen final qui conditionne l’entrée des élèves dans les meilleures universités, est une obsession. Pour obtenir la première place, certains sont prêts à tout, et même au pire…

Date de sortie : 9 avril 2014 Durée : 1h47min Réalisé par : Shin Su-won Avec : David Lee, Sung June, Kim Kkob-bi plus Genre : Policier Nationalité : Sud-Coréen

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“Careful With That Bat, Yoo-Jin” * Joon est un nouvel arrivant à la Se Yeong High School. Il devient le colocataire de Yoo-Jin, élève modèle en apparence, charismatique et accessoirement premier de la classe. Ce dernier est assassiné, et Joon se retrouve naturellement suspecté du meurtre de son rival. C’est sûr qu’à sa place, on se dirait sans doute: « avec un tel “roomie”, je n’ai d’air » et serait donc tenté de voir son coloc à terre… ASTRONOMY DOMINE Passionné de sciences et notamment d’astronomie, il se trouve que Joon partage un certain nombre de points communs avec Pluton (“Pluto” est le titre original du film). Très vite, il montre de grandes capacités. Dans son ancien lycée, c’était un cador. Pourtant, dans la jungle scolaire aisée dans laquelle il débarque, cela semble insuffisant tant le niveau est élevé au sein de l’établissement. Sans compter l’ambiance malsaine voire dangereuse qui s’en dégage. Pour notre héros fraîchement débarqué avec des étoiles plein les yeux, ce sera au choix, des astres ou désastre. Car sur les bancs de l’école, “la bataille des pas nets” fait rage. Quels secrets cette institution peut-elle donc bien renfermer ? L’ultra-compétition est constante dans ce système s(c)olaire. Les chances sont inégales. Les plus riches ont droit à des tuteurs privés payés des sommes astronomiques, parmi nombre d’alternatives. Les plus pauvres les regardent grandir, leur passer devant, tricher même. Parfois une alliance est nécessaire. Le nouvel arrivant, de lignée modeste, a la chance de côtoyer le plus parfait des élèves. Et si les deux jeunes se télescopent dans un premier temps, Yoo-Jin finit par être disposé à discuter. Béni est Joon. Il veut s’élever dans le rang lui aussi. Il le mérite. Le riche et le pauvre. Le pot de fer face au pot d’terre. Les colocataires conspirent alors dans leur chambre des secrets. Ereintés moralement et physiquement dans cet univers où l’excellence est le maître-mot, le système les broie tandis que l’école les sort sciés. Et tout du long, ils reluquent de la mort. La leur, parfois.

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A SAUCERFUL OF SECRETS Shin Su-Won, réalisatrice et ancienne enseignante de son état, tient à dénoncer les dérives du système d’éducation sud-coréen. La concurrence y est telle que certains élèves sont prêts à tout pour réussir. Il faut dire que l’enjeu est de taille: le Suneung, examen de passage vers les études supérieures. Sa réussite conditionne la vie de chacun des participants. Les 10 meilleurs sont prioritaires quant à l’accès aux meilleures universités. Ensuite le classement importe également. Tout n’est que compétition. Tous les moyens sont bons pour gagner, objectif final: un bon travail, une situation confortable. Le taux de suicides dans cette tranche d’âge est par ailleurs très élevé, ce qui tend à montrer l’exigence, l’excès, et surtout, les limites d’un tel système. A travers le point de vue du jeune “jaune” Joon, la réalisatrice nous montre que l’ascension au top peut être synonyme de descente aux enfers pour les plus motivés, et même pour leur entourage. L’image peut choquer, mais la débauche de violence est avant tout psychologique. A ce titre, le jeune Lee Da-Wit excelle, encore que son côté léthargique lunaire peut être agaçant à la longue. Sung Jun campe solidement Yoo-Jin, élève d’une grande classe, d’une grande éloquence, que d’aucuns trouveront rapidement “trop poli pour être honnête”. Il a le mérite de paraître infiniment plus éveillé que son coloc. Un Yoo-Jin tonique, en somme. Jo Sung-Ha, qui avait déjà brillé de mille feux dans l’excellent “The Murderer”, apporte ici son expérience et une partition solaire en tant que flic senior. Sous ses atours de thriller coréen, “Suneung” est également un drame social porté par de jeunes acteurs talentueux. Dommage qu’un rythme mal maîtrisé - la faute à de nombreux va-et-vient temporels ainsi que certains plans, bien trop longs - ne noircisse quelque peu le tableau. Le thème choisi est fort. Il est traité sans hors-sujet, et Shin Su-Won rend une copie honorable pour son deuxième long métrage, nous incitant à la suivre de près. L’épreuve est donc réussie avec mention ! * http://www.youtube.com/watch?v=VQH8LcAsEvA

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A l’affiche Guyness

Nebraska

Alexander Payne

U

n jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences. Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie : 16 avril 2014 Durée : 1h42min Réalisé par Xavier Dolan Avec : Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy plus Genre : Thriller Nationalité : Canadien , français

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“Quizz “in” intégré” Vous connaissez les règles: pas de téléphone portable pendant l’examen, vous avez quatre heures. Chaque question est notée sur 5 points. 1) Si vous habitez dans le Montana et devez vous rendre dans le Nebraska, devez-vous monter (vers le nord) ou descendre ? Mes connaissances géographiques approximatives m’ont encore joué un tour. Si je situais les deux états à peu près dans leurs zones respectives, j’avais tendance à inverser leurs positions. Il faut donc descendre. Un trompe-l’œil dans lequel l’amateur distant (ou distrait) des Etats-Unis tombera souvent, si l’on considère l’œuvre de Payne. 2) Bruce Dern a-t-il un lien de parenté avec la Laura du même nom, que les plus jeunes d’entre vous auront remarqué dans Sailor et Lula ou Jurassic Park ? Parfaitement ! Il s’agit du père et de la fille. Un grand plaisir, à l’occasion, de retrouver Bruce après ses nombreuses et remarquées apparitions dans les années 60, dans des productions Corman, par exemple, aux côtés de son jeune pote Jack Nicholson. 3) Film après film, Alexandre Payne devient l’un des réalisateurs les plus importants de sa génération. Saurez-vous discerner en quoi ? Il y a, dans sa façon de détourner les codes convenus pour les transformer en vrai, en fin, et en beau, quelque chose d’admirable. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que ce principe (proposer un discours, une vision sous la surface des choses) est celui-là même que mettent en avant les fanatiques de réalisateurs en vue (Trier ? Spielberg ? Del Toro ?) pour

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justifier leur amour d’œuvres parfois discutables, parfois complètement ratées. Loin de cet exercice de mauvaise foi industrielle, Payne tire la quintessence de son cinéma dans la description du voisin, de l’oncle, du collègue de travail, de l’ami, autour duquel une description minutieuse de l’époque va s’articuler. Ensuite parce que cette façon de faire laissera les moins attentifs des spectateurs sur le côté, persuadés d’avoir eu à faire à quelque chose de joli mais un peu creux. Voire marqué géographiquement (“c’est un peu trop américain”). Alors qu’il n’y a rien de plus universel que ses films. Alors attention, je ne dis pas que si vous n’appréciez pas un de ses films, c’est parce que vous manquez de finesse et de discernement. On peut passer à côté de “The descendants”, “Mr Schmidt” ou ce “Nebraska” pour de très bonnes raisons. Toujours est-il qu’un premier tri s’opère, indiscutablement. 4) Qu’est-ce qui dans ce Nebraska, concourt à l’excellence habituelle du réalisateur ? Le prétexte, d’abord. Le coup du ticket gagnant qui pousse le vieux papa à vouloir franchir la frontière de deux états pourrait sembler sympathique mais léger. De fait, cette future fortune supposée (au faux suspens excellemment bien entretenu) donne lieu à une cascade savoureuse de chutes de masques. La famille, les amis jouent tour à tour la pantomime du plaisir retrouvé, de l’affection spontanée, avant d’en venir à l’essentiel. Inutile de s’embarrasser d’une once de vérité sur la passé pour réclamer un possible gain immédiat: quel outil merveilleux pour comprendre le monde qui nous entoure. Si le portrait de péquenots taiseux ivres de télé peut nous sembler appuyé, il n’est pas aussi caricatural qu’il y parait. Il entre en formidable résonance avec d’autres très grands films du moment (Killer Joe ?) qui tentent de dresser un portrait saisissant de l’époque. Les rôles principaux comme secondaires sont formidablement écrits et interprétés. Bruce Dern, bien entendu, sur lequel je ne vais pas revenir, mais aussi June Squibb, sa femme, mère intraitable qui dis-

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tribue les sentences implacables comme un homme politique les poignées de mains avant de révéler sa facette profondément aimable mais lucide. Stacey Keach en vieux collègue chaleureux mais âpre au gain. Bob Odenkirk, le grand frère Ross, distant mais présent quand cela semble nécessaire. Mention spéciale, enfin, aux deux cousins, parfaits spécimens du ****** de proximité. Peut-être est-ce le personnage central, interprété par un Will Forte parfois un poil transparent, le moins fort. Mais ça ne sert qu’à mieux mettre en valeur son entourage, et renforce cette idée, superbement mise en scène par un “Inside Llewyn Davis”, qu’un bon film ne s’appuie pas forcément sur un “héros” hors-norme. Le traitement de l’intrigue, enfin. Alors qu’on attend un rabibochage inévitable entre le père et le fils au bout de cette quête en forme de road-movie tranquille, celui-ci n’interviendra que de manière imparfaite, bancale, fragile, pour un peu plus faire ressembler ce film délicat à une tranche de vie subtile et indolente, camouflant sa puissance sous les apparats de la banalité. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Résultat du QCM: un 14/20, élève Guyness, eu égard à vos connaissances géographiques pour le moins imparfaites, et une tendance récurrente à l’épanchement interminable lors de vos réponses, qui pouvaient se condenser en un quart de leur taille. Mais une affection sincère pour le cinéaste transpire, d’où la magnanimité de la note.

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Une Rencontre Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 21mn Réalisé par Lisa Azuelos Avec Sophie Marceau, François Cluzet, Lisa Azuelos, Alexandre Astier, Arthur Benzaquen Film français - Romance

Elsa écrivain, et Pierre, avocat, se croisent lors de la soirée de clôture d’un salon du livre : un regard, un briquet qui change de mains, des rires un peu trop nerveux, le frémissement d’une histoire possible… Une rencontre ? Sauf que la vie de Pierre, c’est d’abord sa famille : ses enfants et Anne, sa femme depuis quinze ans, celle qui l’aimera toujours, et qu’il aimera toujours, en dépit de la routine et du temps qui passe, il le sait. Elsa, de son côté, se reconstruit peu à peu suite à un divorce compliqué, se partageant entre l’écriture, ses ados qui grandissent trop vite, ses amies et une histoire légère comme l’air avec Hugo, son jeune amant. marié est un tabou et même pire : une erreur. Pourtant…

96 Heures Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 36mn Réalisé par Frédéric Schoendoerffer Avec Gérard Lanvin, Niels Arestrup, Sylvie Testud, Anne Consigny, Laura Smet Film français Carré est le patron de la BRB (Brigade de Répression du Banditisme). 3 ans plus tôt, il a fait tomber un grand truand, Kancel. Aujourd’hui, à la faveur d’une extraction, Kancel kidnappe le flic. Il a 96 heures pour lui soutirer une seule information : savoir qui l’a balancé.

Dans la cour Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 37mn Réalisé par Pierre Salvadori Avec Catherine Deneuve, Gustave Kervern, Féodor Atkine, Pio Marmai, Michèle Moretti Film français - Comédie dramatique Antoine est musicien. A quarante ans, il décide brusquement de mettre fin à sa carrière. Après quelques jours d’errance, il se fait embaucher comme gardien d’immeuble. Jeune retraitée, Mathilde découvre une inquiétante fissure sur le mur de son salon. Peu à peu, son angoisse grandit pour se transformer en panique : et si l’immeuble s’effondrait... Tout doucement, Antoine se prend d’amitié pour cette femme qu’il craint de voir sombrer vers la folie. Entre dérapages et inquiétudes, tous deux forment un tandem maladroit, drolatique et solidaire qui les aidera, peut-être, à traverser cette mauvaise passe.

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Girafada Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 25mn Réalisé par Rani Massalha Avec Saleh Bakri, Laure De Clermont-Tonnerre, Ahmad Bayatra, Mohammed Bakri, Loutof Nuweiser Film français Genre Drame Yacine est vétérinaire dans le dernier zoo de Palestine. Son fils Ziad, 10 ans, passe beaucoup de temps avec les animaux et a un lien particulier avec les deux girafes. Une nuit, après un raid aérien sur la ville, le mâle meurt. La femelle ne peut pas vivre seule et se laisse doucement mourir. Yacine doit de toute urgence lui trouver un nouveau compagnon. Mais le seul zoo qui pourrait l’aider se trouve à Tel-Aviv…

L’Eté des poissons volants Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 35mn Réalisé par Marcela Said Avec Gregory Cohen, Francisca Walker, María Izquierdo, Emilia Lara, Bastián Bodenhofer Film chilien - Drame Manena est une adolescente déterminée et la fille adorée de Pancho. Ce riche Chilien, grand propriétaire foncier, ne consacre ses vacances qu’à une seule obsession : l’invasion de sa lagune artificielle par des carpes. Alors qu’il recourt à des méthodes de plus en plus extrêmes, Manena connaît cet été ses premiers émois et déboires amoureux – et découvre un monde qui existe silencieusement dans l’ombre du sien : celui des travailleurs indiens Mapuche qui revendiquent l’accès aux terres, et s’opposent à son père.

Je m’appelle Hmmm... Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 2h 1mn Réalisé par Agnès Troublé Avec Lou-Lélia Demerliac, Sylvie Testud, Jacques Bonnaffé, Douglas Gordon, Noémie Ducourau Film français - Drame Une fiction, la fugue d’une fillette de 11 ans, aînée de 3 enfants, la mère absente, le père prédateur, la grand-mère trop pure pour imaginer ce qui se passe. Classe de nature la fillette disparait… Elle est montée dans un camion ; un road movie merveilleux et tragique en compagnie d’un routier écossais, un voyage initiatique, une rencontre, des rencontres «où l’amour se pose». Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

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States of Grace Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 36mn Réalisé par Destin Cretton Avec Brie Larson, John Gallagher Jr., Kaitlyn Dever, Rami Malek, Keith Stanfield Film américain Genre Drame Sensible et déterminée, Grace est à la tête d’un foyer pour adolescents en difficulté. Parmi les jeunes membres de son équipe, diversement expérimentés, la solidarité et le bon esprit sont de mise. Jusqu’à l’arrivée soudaine d’une fille tourmentée qui ignore les règles du centre et renvoie Grace à sa propre adolescence… pas si lointaine.

Brick Mansions Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 38mn Réalisé par Camille Delamarre Avec Paul Walker, David Belle, Gouchy Boy, Catalina Denis, RZA Film français Genre Action Détroit, 2018. Damien, policier expert en arts martiaux, est chargé d’infiltrer le dangereux ghetto de Brick Mansions. Sa mission : neutraliser une arme de destruction massive détenue par le gang de Tremaine, qui règne sur les lieux. Pour ce faire, Damien devra faire équipe avec Lino, un habitant du quartier qui connaît la banlieue comme sa poche… mais qui a surtout une affaire très personnelle à régler avec Tremaine.

Un voyage Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 27mn Réalisé par Samuel Benchetrit Avec Anna Mouglalis, Yann Goven, Céline Sallette Film français Genre Drama Un couple dépose leur enfant à la maternelle un vendredi matin. C’est la grand-mère qui viendra le chercher le soir et qui le gardera pour le week-end. Eux partent en voyage, dans un autre pays...

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Après la nuit Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 35mn Réalisé par Basil Da Cunha Avec Pedro Ferreira, Joao Veiga, Nelson da Cruz Duarte Rodrigues, Paulo Ribeiro, Ruben Dias Film suisse Genre Drame Tout juste sorti de prison, Sombra reprend sa vie de dealer dans le bidon ville créole de Lisbonne. Entre l’argent prêté qu’il ne parvient pas à se faire rembourser et celui qu’il doit, un iguane fantasque, une petite voisine envahissante et un chef de bande qui se met à douter de lui, il se dit que, vraiment, il aurait peut-être mieux fait de rester à l’ombre...

Marbie star de Couillu les 2 Églises Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 35mn Réalisé par Dominique Smeets Avec Dominique Smeets, Johnny Cadillac, Michel Angely, Claudine Mahy, Chantal Ladesou Genre Comédie Jean Tube (la quarantaine) est l’unique boucher du village de Couillu les 2 Eglises. Un soir, lors d’une séance de médium, une femme fait irruption dans sa vie. Marbie, la quarantaine avouée, est une artiste locale, avec un tempérament débordant d’authenticité et de naïveté. Bref, celle-ci a tapé dans l’œil du producteur de bovin, persuadé de pouvoir remplir le rôle de découvreur de talent en propulsant sa «pouliche» dans le showbiz. Bien évidemment, l’homme est conscient qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs et promet à Marbie de l’emporter bientôt dans son carrosse, sous le ciel étoilé du Festival de Cannes.

Night Moves Date de sortie : Mercredi 23 Avril 2014 Durée : 1h 47mn Réalisé par Kelly Reichardt Avec Jesse Eisenberg, Dakota Fanning, Peter Sarsgaard, Alia Shawkat, Kai Lennox Film américain Genre Drame Josh travaille dans une ferme biologique en Oregon. Au contact des activistes qu’il fréquente, ses convictions écologiques se radicalisent. Déterminé à agir, il s’associe à Dena, une jeune militante, et à Harmon, un homme au passé trouble. Ensemble, ils décident d’exécuter l’opération la plus spectaculaire de leur vie... Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

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7eme Art Djee

Gravity

Alfonso Cuarón

P

our sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’immensité terrifiante de l’espace... Année : 2013 Durée : 91 min Réalisateur : Alfonso Cuarón Acteurs : Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris (voix)

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“La 3Djieke” Je n’aime pas les manèges. Ça me rend malade. Je n’aime pas non plus monter en voiture quand ce n’est pas moi qui conduis. Et en moto non plus. Ça marche aussi avec les bus, les trains, les bateaux, les avions, les hélicoptères... bref, avec un peu tout. J’ai dû passer tout plein de permis, d’habilitations. Et puis aussi, je marche beaucoup. De plus, tu vas rire, j’ai un problème avec le vide. Les vide-ordures, les vide-greniers et le vide de l’espace. Qu’est-ce tu veux ? On ne se refait pas. Là, le film du Alfonso fait tout pour que les mecs comme moi se sentent mal à l’aise. Et il réussit son coup, le mangeur de fayots. La première fois que j’ai vu ce film, c’était en 3D. Parce que je suis un mec tendance, totalement hype, un raclo qui vit avec son temps. Et surtout parce que c’était une sorte de guet-apens, un putain de traquenard. Je me souviens comme si c’était hier. Et les copains aussi. Même la salle se souvient de moi. J’y ai laissé des bouts... un geyser... Bon appétit ! Ainsi m’étreignent des sentiments contradictoires quand il m’arrive de passer devant cette salle qui a, depuis, un peu à la manière de ces lieux de crimes scellés par la police pour les préserver, été condamnée. De la honte et de la fierté. Honte de ne pas avoir réussi à garder mon KFC au chaud dans mon estomac (avec le prix que ça coûte!) et une fierté, diffuse parce que je m’en tape des autres, d’avoir fait vivre à mes copains spectateurs des deux rangées devant moi, un spectacle encore plus immersif, encore plus “troisième millénaire” que cette fameuse 3D. La 3Djieke. En Odorama et avec morceaux à trier. C’est pas une arnaque, c’est sans supplément! Alors, le revoir à la maison, à jeun, c’est bien. C’est moins salissant. Mais toujours les mêmes questions. Pourquoi ils essaient pas de nager dans l’espace au lieu de rester comme des cons à s’abîmer dans la contemplation d’un lever de soleil ? Est-ce qu’en pétant, tu peux avancer dans l’espace ? Je n’arrive pas à comprendre comment des mexicains n’ont pas pensé à ça... Pourquoi Clooney a l’air toujours aussi cool, propre, alors que n’importe qui chialerait comme un môme à la perspective de rester là, morceau de barbaque dérivant à jamais dans le rien stellaire? Et surtout, avec tout les malheurs qui lui arrivent, j’aime pas la fin. La faire atterrir dans un volcan en activité. Ça aurait eu plus de gueule. Je ne vais pas jacter sur la technique, les effets spéciaux qui sont bluffants. Carrément gerbants donc. Sinon, je ne sais pas si t’as vu, mais d’en haut, on ne voit pas de frontières. Bref, faut aimer les manèges.

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7eme Art Gothic

Phantom of the Paradise (1975)

Brian De Palma

W

inslow Leach, jeune compositeur inconnu, tente désespérément de faire connaître l’opéra qu’il a composé. Swan, producteur et patron du label Death Records, est à la recherche de nouveaux talents pour l’inauguration du Paradise, le palais du rock qu’il veut lancer. Il vole la partition de Leach, et le fait enfermer pour trafic de drogue. Brisé, défiguré, ayant perdu sa voix, le malheureux compositeur parvient à s’évader. Il revient hanter le Paradise...

Date de reprise : 26 février 2014 (Version restaurée) Date de sortie : 25 février 1975 (1h32min) Réalisé par : Brian De Palma Avec : Paul Williams, William Finley, Jessica Harper plus Genre : Comédie , Epouvante-horreur , Comédie musicale Nationalité : Américain

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«Le chant du Swan» J’ai un poil de sourcil blanc. Déconne pas, c’est sérieux. J’ai peur. Dans peu de temps, j’aurai sûrement un sourcil tout blanc. Un tout blanc et un autre tout noir. Oui je t’ai pas dit, j’ai deux sourcils en fait. Les gens vont commencer à me regarder comme une bête de foire, à me plaindre, en prenant une expression de tristesse normale comme quand on fronce ses deux sourcils

(de même couleur). J’en viens presque à regretter de ne pas souffrir de synophridie. Au moins la blancheur se propagerait uniformément sur mon seul sourcil. Je crois. A partir de là, je ne vois que deux solutions. La première, me raser intégralement le sourcil infecté de blanc. Mais je pense qu’avoir un mono-sourcil unilatéral ne fera qu’accentuer la compassion ou le dégoût des gens. L’autre solution, c’est de me trouver un masque comme celui de Winslow Leach. Il est classe ce masque, quand même. J’ai remarqué que les piafs

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sans sourcils on les faisait jamais chier avec ça. Enfin bon, arrêtons d’envisager le pire. Merci pour ton soutien, toi qui me lis encore sans sourciller. «Phantom of the Paradise», c’est l’histoire d’un type, Winslow Leach, musicien très talentueux et moche, à la recherche de la consécration, qui va jouer devant Swan, grand ponte de la musique depuis plusieurs décennies. Suite à sa rencontre avec Jessica, il souhaitera que cette dernière soit l’interprète de son opéra (ba)rock. Swan va tomber sous le charme des compositions du jeune homme, et en profiter pour les lui piquer afin de faire l’ouverture de son Paradise, sa salle de concert ultime. Laissé pour mort après moult péripéties, Leach revient se venger et hanter les lieux. Voilà les grandes lignes de ce drame extravagant

Where is Brian ? Eh bien Brian was in the kitchen, et on est bien content d’avoir eu un tel chef à l’oeuvre vu le festin qu’il nous a préparé. L’audace de De Palma est telle que malgré une légère appréhension sur le côté potentiellement «too much» de la chose, je me suis tout de même mangé une belle baffe. Au point de voir le film deux fois en une semaine, après avoir pris soin d’acheter le Blu Ray pour la redécouverte. «Phantom of the Paradise» revêt d’ailleurs une tout autre dimension sur ce support, l’optimisation se montrant très réussie sur les plans visuel et sonore. Vue subjective, splitscreen, poursuite caméra au poing, idées en pagaille comme le vocodeur qui inspira Lucas pour Dark Vador, le géniteur de «Scarface» et «Carrie au bal du diable» nous sort le grand jeu pour masquer le budget très serré de son oeuvre (à peine plus d’un million de dollars selon estimation !). Le film a beau être criblé de défauts (ombres de caméraman par ci, effets cheap par là...), le charme opère, grâce notamment à cette bande originale prodigieusement intégrée. La puissance de certaines scènes s’en voit décuplée, et «Phantom of the Paradise» propose d’ailleurs l’une des plus belles séquences qu’il inspiré du «Fantôme de l’opéra», de «Franm’ait été donné de voir dans une oeuvre kenstein» ou encore du «Portrait de Dorian Gray». Difficile d’en dire plus sans gâcher la surprise, le plus dur étant de parvenir à distinguer le vrai du Faust. Swan, c’est le mec qui ressemble à Jack Bauer avec une perruque de face et à Dave de dos. Paul Williams interprète ce demi-Dieu de la musique. Il signe également la bande originale du film (De Palma était sur la route...), mais j’y reviendrai, si mon sourcil blanc en devenir ne me fait pas trop déprimer d’ici là. Winslow Leach est campé par le regretté William Finley. Il apporte la touche toucinématographique, j’en ai encore la chair chante à ce personnage touche-à-tout de poule. touché par la malchance qui plutôt que de Une tragédie barrée et baroque qui donne botter en touche, touchera le spectateur la pêche et fait pleurer une heure trente de tout son être. Touché-coulé ! durant, c’est rare. La performance est telle Et puis il y a Phoenix. Jessica Harper toute que Brian De Palma me pousse à mettre choupinette, aussi à l’aise en jouant la cola note parfaite à une oeuvre pourtant médie qu’en chantant, le charme intemposi imparfaite. J’espère qu’il saura en tenir rel et discret en même temps. Sans oublier compte le jour où il m’interpellera d’un Gerrit Graham ainsi que George Memmoli, simple «Hi, Bro’ !» qui ne déméritent pas. Seventies obligent, le visuel est kitsch.

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7eme Art JMV

Les Trente-Neuf Marches (1935)

Alfred Hitchcock

U

n homme recherche pour le meurtre d’une Mata-Hari est poursuivi par un groupe d’espions nazis, mais aussi par la police britannique...

Date de reprise : 14 avril 2010 Date de sortie : 30 octobre 1935 (1h25min) Réalisé par : Alfred Hitchcock Avec : Robert Donat, Madeleine Carroll, Lucie Mannheim plus Genre : Policier , Comédie , Espionnage , Thriller Nationalité : Britannique

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“Le rabbin écorchait l’hébreu et sa femme l’écossais”. “Les 39 marches” répondent aux trois critères qui font à mes yeux un bon film : _le scénario doit conserver un caractère naïf et enfantin. _l’action doit se passer en Ecosse. _le personnage principal doit y déguster un grand single Malt, genre Ardbeg Ten (en fait ce dernier critère est facultatif). Ce film est la préfiguration de “North by Northwest” (“La Mort aux trousses”). Le thème est identique : un homme “sans qualités” est accusé à tort d’un meurtre, au terme de sa fuite rocambolesque pour échapper à la police et aux espions, il parviendra à résoudre l’énigme, à se construire et à trouver l’amour. Mais le traitement du sujet est parfaitement opposé : le film de 1935 est anglais et se fonde sur l’understatement, quand celui de 1959 est étatsunien et se fonde sur l’overstatement. L’understatement : on sait que cette qualité, typiquement british, ne peut se traduire de façon précise en français. Il s’agit (les spécialistes me corrigeront) d’un art de la litote, de ne pas en rajouter, de réagir aux pires catastrophes avec une distance et une légèreté apparentes. Il s’agit, en somme, d’humour : “The 39 Steps” est un film délibérément drôle, quand “North by Northwest” est sans doute drôle au second degré. Robert Donat possède la classe et le flegme britanniques qui lui permettent de résister à tout (même à la lubricité féminine), quand Cary Grant est le grand dadais américain couvé par sa mère, obligé d’en rajouter sur tout. Ce film a tout pour plaire : les brumes écossaises et le personnage de Mister Memory, forcément cher à un passionné de music-hall et de cirque comme moi. Et en plus ça finit bien : au moment où Donat peut enfin saisir la main de sa bien aimée, il oublie qu’il a toujours les menottes au poignet... Dernier point : on pourrait croire que le génial Edgar P. Jacobs s’est inspiré de Robert Donat pour créer le personnage de Francis Blake, tant la ressemblance est frappante. Il n’en est rien, mais il n’est pas surprenant que Van Hamme se soit inspiré du film pour écrire le scenario de “L’Affaire Francis Blake”, à mon goût le seul lisible parmi les albums “Blake et Mortimer” nouvelle mouture.

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7eme Art Djee

Impitoyable

Clint Eastwood

K

ansas 1880. William Munny, redoutable hors-la-loi reconverti dans l’élevage va, à la demande d’un jeune tueur, reprendre du service pour venger une prostituée défigurée par un cow-boy sadique.

Date de sortie : 12 septembre 1992 Réalisé par : Clint Eastwood Durée : 2h11min Avec : Clint Eastwood, Gene Hackman, Morgan Freeman plus Genre : Western , Drame Nationalité : Américain

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“Je n’ai pas de putain de titre” Un western-testament, au goût âcre, comme un nuage de poussière qui t’assèche la gorge. Il y a du John Ford dans ce film. Peut-être son plus Fordien. Et puis du Leone. Peut-être son plus Léonien. Ce que Clint a cru bon d’en prendre. Et puis beaucoup de lui. Comme s’il devait au genre un dernier cadeau, comme pour boucler la boucle en prenant le temps de démythifier ce personnage qui devait un jour sentir le poids des années. Il s’y prend bien, avec intelligence, pour enlacer le drôle au pathétique et faire danser les deux, quand dans une scène de duel avec une boîte de conserve qui ne compte pas se rendre sans combattre, sous les yeux de son fils, de sa fille, il semble rendre les armes et se terrer. Alors qu’il va chercher un plus gros calibre. Quand il doit s’y reprendre à vingt fois pour essayer de poser son cul sur son cheval. Il en met du temps, mais il y arrive. C’est un peu pareil entre lui et moi. J’ai pris du temps avant de l’aimer, le Clint, mais j’y suis arrivé. Lui, vestiges d’un autre temps, revenant à sa vie d’avant pour que ses enfants ne croupissent pas plus longtemps dans la fosse à purin. Un vieux fils de pute qui refait un tour dans son passé. Fallait pas taillader Delilah. Les putes à un Dollar n’oublient jamais. Elles réclament vengeance et qu’on soit impitoyable. Dans ce film, si les paysages sont magnifiques, il y a plus de reliefs à contempler sur les visages de Eastwood, Freeman, Hackman ou Harris qu’à l’horizon. C’est beau. Et quelques scènes où le temps s’arrête. Où Hackman arrive à tout écraser de son poids, superbement servi par un rôle de géant. Où Clint devient presque un spectre, nous laissant deviner, flattant presque notre intelligence, nous laissant combler un contrechamp absent ou chercher les pièces du puzzle sur son visage mangé par l’ombre. Un film avec qui j’ai un lien. Je suis sûr que tu en as des comme ça, aussi. Tu ne me feras pas croire que ce lien, cet élastique qui te lie au cinéma, a un algorithme. Qu’il est mathématique, que tu dois prendre un compas, une règle, ça n’a rien de géométrique. Qu’on pourrait nous ranger dans des putains de cases. Tu ne me feras jamais croire une ineptie pareille. Et pourtant je suis prêt à en avaler, des couleuvres. Moi, sans doute blessé par tous ces chiffres, tous ces traits et toutes ces courbes, je n’y crois pas. Peut-être encore traumatisé oui, par Monsieur Depaix (valent mieux qu’un) mon prof de maths de sixième. À qui j’avais démontré que ce carré était un triangle. Depuis gamin, parce que j’avais pas les codes et les cartes et encore aujourd’hui, que j’ai toujours pas les codes et encore moins les cartes, ce que j’aime, je ne l’analyse pas. Je me laisse porter par la vague et ça me va comme ça. Moi je dois être branché, être sous perfusion pour comprendre, tu peux me l’expliquer en long et en large, je ne comprends pas. Il faut que ça me traverse. Et le cinéma, ces films qui me font vibrer, ils coulent de source, grossissant le flot de mon sang dans mes veines. Et souvent, s’il n’y a pas chair de poule, comme un souffle qui te traverse, il n’y a rien. Le cinéma, c’est fait pour couler en toi, inonder chaque cellule. Ça te fait réfléchir, vibrer, souffler, pleurer et rire. Ça imprègne la moindre parcelle de ton corps. Ça t’accompagne, ça te protège presque. Enfin, ça me fait ça, à moi. Des fois. Si c’est pas ton cas, vieux, dommage car, crois-moi, c’est mieux que le sexe. Et des fois, aussi, quand je revoie des films, il y a mes potes qui sont encore à côté de moi. Même ceux qui ne sont plus là. On pourrait presque encore se chatouiller.

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A LIRE JMV

1984

George Orwell

«Ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule». Pour écrire une critique du livre d’Orwell «1984», encore faudrait-il que je l’aie lu en entier. Or je souffre d’une allergie au genre romanesque qui, sauf exceptions, m’a toujours interdit d’en finir le moindre : adepte de la concision, je trouve toujours ça trop long. A la place de cet interminable pensum qu’est «1984», je rêve d’une nouvelle ou d’un essai qui dirait la même chose mais de façon incisive. Ces considérations vraiment très subjectives n’enlèvent bien sûr rien au respect et à l’admiration que je porte à Orwell, à l’homme d’action et à l’essayiste politique, à son honnêteté, à son courage surtout. Je vais donc me borner à quelques remarques, non sur le livre lui-même, mais sur les interprétations qui en sont proposées en ce qui concerne le monde contemporain. Big Brother : on prétend qu’il n’aurait pas de visage. Je n’en crois rien : BB est simplement protéiforme, pouvant

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prendre l’apparence de Valls, d’Obama, de Soros, de Bergé, de tant d’autres... On aimerait tous BB, dans une sorte de servitude volontaire. Il me semble que non : on a peur de lui, ça suffit bien. Comme le dit en privé notre vénéré président : «je ne cherche pas à être aimé, je cherche à être craint.» Pourquoi a-t-on peur de BB ? Parce qu’on ne comprend pas ce qu’il dit. Et pourquoi BB reste-t-il incompréhensible ? Parce qu’il fait tout pour ne pas fournir le décodeur. Le décodeur : j’espère modestement en avoir mis un au point, grâce aux analyses d’internautes passionnés. De nos discussions ressort une idée : dans la Novlangue, «il s’agirait d’une économie du signe, et non plus du langage, du signifiant.» (la citation est du psychanalyste Charles Melman). Idée qui me semble donner une clef, à condition bien sûr d’arriver à définir ce qu’est le «signe» par rapport au «signifiant», ce qui n’est pas commode, ces notions ayant été largement obscurcies par les linguistes et pseudo-philosophes contemporains.

Des êtres humains qui vivent dans un monde de «signes», c’est pas ça qui manque de nos jours. Prenons un exemple : le nommé Aymeric Caron, non que je lui en veuille particulièrement, mais ce garçon constitue à mes yeux la préfiguration la plus aboutie de l’Homme Nouveau tel que BB le rêve. L’Homme Nouveau est coupé de toute réalité, surtout si son métier est d’informer ses contemporains sur la dite réalité (autrefois, on appelait ça un journaliste). Mission accomplie pour Aymeric : du temps où il était «grand reporter» en Irak ou au Kosovo jamais ses reportages, garantis 0% de réel, n’ont permis à quiconque de comprendre quoi que ce soit à ces conflits atroces et www.homecinema-fr.com - Avril 2014


complexes. C’est que déjà, les signes avaient pris pour lui la place du réel. L’Homme nouveau ignore tout du passé, de l’Histoire (dont l’enseignement est purement et simplement supprimé dans les écoles de journalisme ou à Sciences Po). C’est précisément cette ignorance qui lui permet de ne rien comprendre au présent : par exemple des conflits comme celui du Kosovo hier, de l’Ukraine aujourd’hui restent totalement obscurs pour qui n’a pas un minimum d’intérêt pour le passé des peuples impliqués. Big Brother ne tarda pas à récompenser l’incompétence d’Aymeric en tous domaines, le nommant procureur général dans l’émission de Ruquier, celle qui fabrique l’opinion dans notre beau pays. Et là il sait donner la pleine mesure de son absence totale de talent et de culture. La vision moderne de l’être humain est entièrement comportementaliste, issue des théories aberrantes de Skinner et consorts : l’Homme serait une sorte d’animal-machine, réagissant à des «stimuli» venant de son environnement et donc très facile à conditionner intégralement. Voilà une première approche de la nature du «signe» : c’est un mot ou un syntagme isolé de son contexte qui fonctionne comme un stimulus, provoquant des réactions de plaisir, de colère etc. chez qui le perçoit. Le signe, c’est un signal, qui réduit le langage humain au langage animal : les fourmis sont capables de s’envoyer des signaux purement utilitaires (mais pas d’écrire l’Odyssée). Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

Caron n’est pas militant animaliste pour rien : il est végétarien (c’est bien son droit, mais je refuse qu’il m’interdise de bouffer des entrecôtes sur les sarments), réclame des sanctions exemplaires (rétablissement de la peine de mort ?) contre les amateurs de corrida et plus de droits pour les animaux que pour les humains. C’est que, pour ce mouvement extrémiste, l’humain vaut beaucoup moins que l’animal... L’économie du signe : la réduction du langage chez l’interlocuteur à un mot unique, en général un substantif (l’adjectif est éliminé car il apporte des nuances) qui suffit à déclencher la furie et les vitupérations du censeur. Exemple : Finkielkraut (pour qui je n’ai aucune sympathie, mais comparé à Caron c’est un modèle de culture et de tolérance) tente d’expliquer des choses assez complexes sur l’identité française, l’identité juive, leur conciliation possible etc. Caron (qui n’a du reste pas lu le livre de son invité) isole un seul signifiant, le mot» identité», détruisant la syntaxe du discours qui crée la pensée, pour en faire un» signe «. Identité=identitaire=FN=Fasciste. Ce réseau de connotations non-explicitées permet donc de traiter immédiatement l’interlocuteur (toujours considéré comme un ennemi) de nazi. Absence de syntaxe, réduction du langage à quelques mots qui renvoient soit au Mal absolu, soit au Bien absolu : on est dans la Novlangue telle que la décrit génialement Orwell. Une remarque : cette novlangue moderne est plus proche de celle du sta-

linisme, que de celle du nazisme : le nazisme isole l’adjectif (juif=Mal absolu), le stalinisme isole le substantif (Identité=Mal absolu). Ce qui est loin d’être rassurant : le procédé permet de tenir un discours antiraciste de façade tout en créant un bouc émissaire universel. N’importe qui peut se retrouver dans la charrette, et un juif plutôt sioniste (ce qui est son droit) comme Finkielkraut se faire traiter de nazi ! (à propos de bouc émissaire, il faudrait reprendre les analyses de René Girard, et voir en quoi des gens qui se réclame du Bien absolu ne peuvent continuer à exister qu’en créant de toutes pièces des représentants du Mal absolu). Pour en revenir à Orwell, je ne crois pas que nous ayons réellement basculé dans le monde qu’il décrit. Au niveau des contraintes extérieures (videosurveillance, censure potentielle d’Internet) c’est à peu près fait. Mais au niveau des contraintes intérieures (les plus importantes, l’URSS s’est effondrée le jour où tout le monde a cessé de croire au discours officiel, même les membres de l’oligarchie dominante), c’est loin d’être au point. La preuve : des commissaires politiques comme Caron ou Apathie en sont réduits à se produire dans des émissions grotesques, Ruquier, Yann Barthès et autres bouffons. Et comme le ridicule tue... Dernière chose : d’Orwell, lisez donc «Hommage à la Catalogne», c’est une merveille !

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A LIRE Guyness

Les Corrections (2001) Jonathan Franzen

«Chargés de famille» Une des bases de tout bon écrivain qui se respecte, on le sait, est sa capacité à se mettre dans la peau de son personnage. Une des bases de tout TRÈS bon écrivain qui se respecte, on le sait, est sa capacité à se mettre dans le peau de TOUS ses personnages.

d’objets inutiles et obsolètes, comme autant de regrets concernant le cours d’une vie contre laquelle elle n’a jamais pris position ? Comment ne pas sentir comme une part de soi un père qui ne montre son amour qu’en respectant absolument l’intimité des siens, et donc en se montrant froid et distant ? Comment ne pas se sentir proche de Gary, le fils ainé coincé par une femme, trois enfants et un boulot sans passion, lorsque la dépression le frappe de plein fouet et qu’il découvre les alliances qui se sont nouées dans son dos à la suite d’accès paranoïaques ? Comment ne pas se sentir frère de Chip, le cadet irrésolu et inconséquent qui ne parvient à satisfaire personne et qui cultive parfaitement la faculté d’échouer sans cesse à vivre ? Comment, enfin, ne pas suivre avec empathie la carrière en dents de scie de Denise, à la sexualité indécise et aux rythmes de travail terriblement cycliques ? A moins que Jonathan n’ait écrit ce roman que pour moi. Voyons, non, on est trop nombreux à

C’est le tour de force auquel parvient Jonathan Franzen avec ces corrections. Le portrait de famille est complet, reconnaissons-le, puisque ce ne sont pas moins de cinq membres d’une famille qui nous sont tour à tour dépecés, examinés, analysés, d’une manière si précise et juste qu’à chaque fois on se dit que le point de vue exprimé est le seul valable. Comment ne pas reconnaître sa propre mère en Enid, avec ses obsessions qui l’empêchent de voir la vie telle qu’elle est est réellement, au sous-sol empli

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l’avoir apprécié, c’est pas possible. Quelques citations pour terminer, pour donner une idée du style et de l’ambiance, vous savez que j’aime ça: «Elle avait toujours été jolie, mais, pour Chip, c’était à tel point un caractère et si peu autre chose que même en la regardant de face il n’avait aucune idée de ce à quoi elle ressemblait vraiment» (p29) «le seul résultat garanti d’une aventure serait d’ajouter une femme désapprobatrice de plus à sa vie.» (p273) «N’avoir rien ressenti, pas le moindre élan, dans la souris morte d’où sortait son urine depuis trois semaines, avoir cru qu’elle n’aurai jamais plus jamais besoin de lui et qu’il ne la désirerait jamais, plus jamais, et puis, subitement, être transporté par la désir: ça, c’était le mariage tel qu’il le connaissait.» (p278) «il avait perdu trace de ce qu’il voulait, et comme une personne était la somme de ce qu’elle voulait, on pouvait dire qu’il avait perdu la trace de luimême.» (p659) «Pour la deuxième fois en une heure, quelqu’un s’accrochait à lui, comme s’il était une personne solide, comme s’il y avait quelque chose en lui.» (p668)

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MUSIQUE Ze Big Nowhere

Magnum Katerine «Voilà l’été !» Tu le sens, hein ? Tu le sens caresser ton joli petit cul aussi blanc que les dents de Morandini ? Tu le sens venir chatouiller délicatement tes orteils prévoyants, dèjà affalés en éventail ? Tu sens ce souffle chaud venir se poser gentiment sur tes testicouilles, les berçant paisiblement ? Tu le sens s’immiscer par tous les pores de ta peau grasse. Tu sens ces gouttes de sueur perler sur ton front trop bas, tu les sens couler le long de tes joues et atterrir sur tes lèvres. Tu goûtes le sel de cette transpiration. Et tout à coup, comme une madeleine de

Proust trempée dans la serviette-éponge d’un Johnny sortant de 2 heures de scène, il te saute aux yeux, au nez, au slip : L’Eté !! Ce putain d’été qui arrive, qui se pose là, comme un charme. Qui s’assoit peinard aux terrasses des cafés, qui fait suer à ta bière de grosses gouttes de fraîcheur alcoolisées, qui s’installe confortablement dans les décolletés féminins et qui vient faire sa niche au fond de ton slip moite. L’ Eté et ses tubes. Ses chansons aux rythmes Latino fabriquées au fond d’un vieux studio miteux de Seine-Saint-Denis. Ses chanteurs brésiliens ramassés en bordure du bois de Boulogne, lancés à coups de pied au cul sur les plateaux de Foucault ou Drucker et rendus, avec deux biffetons dans le calbut, aux bacs à plonge des grands restaurants ou à la prostitution Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

transgenre, une fois l’été terminé. Ces chansons estivales qui faisaient danser petits et grands dans ces campings vieillots et bon enfant. Ces rythmes qui faisaient vibrer les murs en carton de ces boîtes de nuits de plein air. Ces lambada endiablées avec de jeunes nymphettes offertes au dieu Chaleur, ces genoux humides d’être restés trop longtemps plantés entre les cuisses brûlantes de ces déesses en débardeur fluo. Ces étés 80’s où «Intervilles» et «Jeux sans frontières» excitaient ces haines millénaires, régionales pour le premier et européennes pour le second, et incitaient de jeunes guerriers déguisés en saucisse de Morteau à détruire leur ennemi du village d’à côté, affublé d’un costume ressemblant étrangement à un énorme pot de rillettes. Ces étés heureux et insouciants sont de retour. Et c’est Philippe Katerine qui nous les ressuscitent. Après le très décevant album «Philippe Katerine» de 2010 et son foutage de gueule éhonté qu’il essayait de nous faire passer pour de l’avant-garde musicale ultra Hype, Katerine revient. Et c’est un grand cru ! Du très haut niveau. Katerine nous pond un album finalement très français. Un album entre Funk et variété comme les affectionnent nos Frenchies. De Daft Punk à Sebastien Tellier et son sublime «Sexuality». Mais là où Tellier sublimait et emportait les années 80 dans ces boîtes huppées de la capitale, dans ces soirées tropéziennes où le «Blanc de Barclay» était de mise, ce blanc aussi pur que les saladiers de coke trônant

fièrement sur ces buffets gargantuesques. Katerine, lui, nous offre ces merveilleuses soirées camping où les relents de merguez et de Ricard se mêlaient amoureusement, où celui qui ne savait pas faire «La danse des canards» au pot d’accueil, terminait habillé dans la piscine. Tellier nous donnait les bains de minuit érotiques avec Kim Basinger sur des plages de sable blanc. Katerine nous offre un pla-

teau-repas : Bolino et tang orange devant les «Jeux de 20 heures» de Jean-Pierre Descombes et maître Capello. Mais il offre ce plateau-repas avec sincérité et un grand sourire aux lèvres. Les compos sont bossées avec soin. La prod’ de SebastiAn est léchée et réactualise avec intelligence le son et l’ambiance de ces 80’s. Des 80’s réelles, tangibles, qui te sautent au souvenir comme ces odeurs venues d’un autre temps, comme cette lumière qui n’existe plus. Katerine ne réinvente pas les années 80 mais il nous les rend telles qu’elles étaient. Il nous les rend dans toutes leur folie, leur excentricité, leur naturel, leur insouciance. «Magnum» est un vieux polaroïd jauni retrouvé dans une boite en carton au fond du grenier, entre un Goldorak en plastoc et un paquet de vignettes Panini. Un trésor. https://www.youtube.com/watch?v=eWYWJL8Uhhw

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MUSIQUE JMV

Music for a While: Improvisations on Henry Purcell L’Arpeggiata

«De la musique considérée comme une tauromachie». Christina Pluhar est une artiste souvent géniale qui me fait penser à ces toreros frais émoulus de l’école taurine de Madrid : ils savent tout faire, ils sont capables d’égrener des passes toutes plus esthétiques

les unes que les autres, mais ils ne «transmettent» pas forcément au public. C’est que leur aisance technique leur fait parfois oublier l’émotion et le tragique, communs à la tauromachie et à la musique. Si vous ne connaissez pas Purcell, le dernier album de l’Arpeggiata peut vous amener à le découvrir de façon fort agréable. Après quoi vous pourrez passer aux interprétations vraiment grandes de cette musique, par exemple «O Solitude» par Alfred Deller... Christina Pluhar sait s’entourer : le contre ténor surdoué Philippe Jaroussky, le merveilleux «tenorino napoletano» Vincenzo Capezzuto (également danseur de grand talent), la soprano Raquel Andueza, des instrumentistes tous de haute tenue, tout

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est fait pour que ce Purcell soit d’anthologie. Or la mayonnaise ne prend pas vraiment, et à cela plusieurs raisons : - Chistina a tenté une fusion jazz/musique classique. Tentative louable, mais qui n’a jamais vraiment fonctionné. Gustav Leonhardt savait faire swinguer Bach au clavecin, John Lewis savait composer des thèmes de jazz à la manière d’une fugue du même Jean-Sébastien, mais jamais le mélange des deux styles n’a donné quelque chose de bien convaincant. Ici, les impros du formidable clarinettiste italien Gianluigi Trovesi semblent un peu déplacées, apparaissant comme des pièces rapportées. De même le piano et la guitare électrique... - Purcell a composé un seul opéra, «Didon et Enée», qui doit durer environ 50 minutes : pourquoi ne pas proposer une nouvelle interprétation novatrice de l’intégralité de cette œuvre, au lieu d’en extraire arbitrairement deux airs («Ah Belinda !» et la mort de Didon «When i am laid in Earth») qui, hors contexte, perdent toute émotion et tout tragique. Halte au saucissonnage (surtout sans pinard) ! - Christina Pluhar est aussi bonne musicologue qu’interprète : c’est elle qui rédige toujours avec brio la présentation de ses albums. Tout ce qu’elle dit de Purcell est passionnant, mais pourquoi avoir rajouté un chapitre final «Purcell au XX° siècle», citant les «interprétations» de Klaus Nomi et, horresco referens, d’Arielle Dombasle ?!? Mais trêve de méchancetés : je t’aime, Christina, et je sais que tu feras mieux la

prochaine fois. Pour me consoler de cet album en demi-teintes, je réécoute ton merveilleux Stefano Landi chez Alpha, ou ton exceptionnel «Los Parajos perdidos» avec Lucilla Galeazzi. De Gianluigi Trovesi, je tiens à signaler, hormis ses albums de jazz, le formidable «La Banda». En compagnie d’un orchestre de cuivres d’un village des Pouilles, il y interprète du Rossini, du Bizet, et surtout un incroyable medley des musiques de Nino Rota pour Fellini. Beau à pleurer...

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Blu-ray

Le Loup Celeste

Evil Dead

Fede Alvarez

E

n proie à des problèmes d’alcool, Mia se rend dans une cabane isolée dans les bois, en compagnie de son frère et d’un groupe d’amis. Sur place, la découverte d’un livre très ancien va les plonger dans l’horreur... Année : 2013 Durée : 92 min Réalisateur : Fede Alvarez Acteurs : Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci, Jessica Lucas, Elizabeth Blackmore

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Ce reboot approuvé par les créateurs originaux met de côté l’humour de son modèle pour plonger dans l’horreur pure à travers un déferlement de scènes gores insensées qui vont crescendo dans la cruauté et l’outrance graphique. Le résultat est hyper-sanglant, parfois effrayant et toujours dérangeant, et évoque le cinéma de genre des années 70 comme “La Colline a des yeux” ou encore “Massacre à la tronçonneuse”, surtout que les effets spéciaux sont réalisés à l’ancienne. Une pépite à la fois rouge comme le sang et noire comme l’âme des démons !

Le Blu-ray

Fiche technique

Image

Le film : Blu-ray :

Un excellent transfert HD dont l’aspect crasseux de la photographie est fidèlement reproduit par une définition somptueuse, un piqué tranchant, des couleurs sanglantes, des contrastes de haut niveau et des noirs abyssaux. Une merveille visuelle !

Audio

Des pistes sonores cauchemardesques riches en hurlements et autres chuchotements démoniaques qui délivrent des voix limpides, des ambiances immersives, un déluge d’effets surround et des infra-graves bien senties. Un délire acoustique de tous les instants ! Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

Format vidéo 1080p24 (AVC) / [2.40] Pistes sonores Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 Français (VFF) DTS-HD Master Audio 5.1 Français (Audio Description) Dolby Digital 2.0 Sous-titres Français - Français pour malentendants Région : B (France) Éditeur : Metropolitan Vidéo Date de sortie : 04 septembre 2013

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Blu-ray

Le Loup Celeste

Killing Season (Face à face)

Mark Steven Johnson

D

ans les Appalaches, un vétéran de la guerre de Bosnie vit tranquillement dans une cabane dans les bois jusqu’à ce qu’un étranger, en fait un ancien soldat serbe ivre de vengeance, débarque à proximité... Année : 2013 Durée : 90 min Réalisateur : Mark Steven Johnson Acteurs : Robert De Niro, John Travolta, Milo Ventimiglia

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Prévu au départ pour confronter John Travolta et Nicolas Cage (qui n’ont plus tourné ensemble depuis “Volte/Face”) sous la direction de John McTiernan, “Killing Season” est finalement l’occasion d’assister à un face à face bien emballé entre Robert De Niro et John Travolta dans une chasse à l’homme violente et salvatrice (ces deux hommes damnés suite à la guerre, qui vivent avec les lourds souvenirs du passé, vont ainsi expier leurs péchés) au cœur des Appalaches, chaîne de montagnes magnifique et immaculée, où les rebondissements comme les changements de rapports de force sont efficaces. Une bonne surprise.

Le Blu-ray

Fiche technique

Image

Le film : Blu-ray :

Malgré un piqué moins ciselé et des soucis de compression ponctuelles lors des scènes sombres, ce transfert HD ne démérite vraiment pas (la définition est excellente, la profondeur de champ est imposante, le colorimétrie froide est très bien rendue et les contrastes sont denses) et permet d’apprécier au mieux la beauté des paysages.

Audio Des pistes sonores confortablement calibrées et plutôt immersives qui peuvent compter sur la précision des effets distribués par chaque enceinte (les frontales sont un un plus actives que les surrounds même si elles délivrent de nombreux bruits et/ou ambiances, comme lors de l’orage ou de la séquence dans l’église), sur la spatialisation du très beau score de Christopher Young et sur les percussions du caisson de basses (lors des scènes d’action) pour procurer un véritable bien-être acoustique. Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

Format vidéo 1080p24 (AVC) / [2.40] Pistes sonores Anglais Dolby TrueHD 5.1 Anglais Dolby Digital 2.0 Français (VFQ) Dolby TrueHD 5.1 Français (VFQ) Dolby Digital 2.0 Sous-titres Anglais et Français Région : A, B, C (Canada) Éditeur : VVS Films Date de sortie : 20 août 2013

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Le Loup Celeste

Dark Skies

Scott Stewart

D

ans une banlieue paisible, la famille Barrett voit soudainement sa vie basculer suite à des évènements étranges qui, chaque nuit, viennent troubler la tranquillité de sa maison...

Année : 2013 Durée : 97 min Réalisateur : Scott Stewart Acteurs : Keri Russell, Josh Hamilton, Dakota Goyo, Kadan Rockett, J.K. Simmons

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Produite par Jason Blum («Paranormal Activity», «Insidious», «Sinister»), cette série B d’épouvante soignée et humble à l’ambiance pesante et au casting inspiré est un thriller fantastique au scénario pertinent, qui ne manque ni de références («Rencontres du troisième type», «Poltergeist» et «X-Files» pour ne citer que les plus évidentes) ni de clichés (la caractérisation des parents), où la menace extraterrestre distille des moments d’angoisse aussi bien amenés que le twist final.

Le Blu-ray

Fiche technique

Image

Le film : Blu-ray :

Malgré un fléchissement du piqué lors des passages dans l’obscurité, voilà un transfert HD agréable dont la finesse de la définition, la précision des détails, la restitution des couleurs chaleureuses (de jour) et/ou froides (de nuit), la solidité des contrastes et la profondeur des noirs sont un plaisir pour les yeux.

Audio

Des pistes sonores angoissantes où les effets horrifiques et les ambiances inquiétantes sont localisés avec beaupoup de précision, et où les basses particulièrement intenses font souvent monter la pression.

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Format vidéo 1080p24 (AVC) / [2.40] Pistes sonores Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 Français (VFF) DTS-HD Master Audio 5.1 Sous-titres Français imposés sur la VO Région : B (France) Éditeur : Wild Side Vidéo Date de sortie : 30 octobre 2013

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Blu-ray

Le Loup Celeste

Évasion (Escape Plan)

Mikael Håfström

R

ay Breslin est un ingénieur payé pour tester l’efficacité des prisons. Il se fait donc enfermer régulièrement puis trouve le moyen de s’évader. Contacté par une société privée souhaitant tester un concept révolutionnaire de prison hi-tech, il se retrouve pris au piège d’une prison dont la conception est basée sur ses propres plans... Année : 2013 Durée : 115 min Réalisateur : Mikael Håfström Acteurs : Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Jim Caviezel, Faran Tahir, Vinnie Jones, Sam Neill, Curtis ‘50 Cent’ Jackson

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Dans la droite lignée de “Haute Sécurité” et “Fortress”, “Évasion” est une bonne grosse série B à l’ancienne (façon 80’s) rondement menée, dont le scénario simpliste mais adroitement ficelé, les personnages caricaturaux mais charismatiques à souhait, les punchlines amusantes, l’attention apportée aux décors (l’architecture de la prison est inédite), les scènes d’action efficaces et surtout la (vraie) réunion des papys de l’action (Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger) dans des rôles taillés sur mesure, en font un thriller d’action très divertissant.

Le Blu-ray Image Elle est absolument superbe en tout point de vue avec un léger grain élégant, une luminosité royale, une définition remarquable, un piqué d’une précision mordante, une profondeur de champ plus qu’appréciable, une palette colorimétrique qui restitue parfaitement les magnifiques teintes grisâtres/bleutées de la photographie, des contrastes denses et des noirs d’une profondeur indiscutable. Le résultat est particulièrement chiadé. Audio Une fois le volume monté de plusieurs crans pour réveiller un encodage paresseux (une trop mauvaise habitude chez cet éditeur), ces pistes sonores à la dynamique convaincante, aux ambiances et effets bien distillés sur les enceintes, à la scène arrière ardente, au score bien spatialisé et aux basses puissantes, assurent le spectacle auditif avec beaucoup d’aplomb. Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

Fiche technique Le film : Blu-ray : Format vidéo 1080p24 (AVC) / [2.35] Pistes sonores Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 Français (VFF) DTS-HD Master Audio 5.1 Sous-titres Français imposés sur la VO Français pour malentendants Région : B (France) Éditeur : M6 Vidéo Date de sortie : 19 mars 2014

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Le Loup Celeste

The Guild (Snapphanar)

Måns Mårlind, Björn Stein

E

urope du Nord, 1678. Dans une province scandinave occupée par l’armée d’invasion suédoise, le jeune Nils assiste impuissant au massacre de toute sa famille. Désespéré, il rejoint une confrérie de rebelles qui mènent une guérilla sans merci contre l’Envahisseur... Année : 2006 Durée : 159 min Réalisateur : Måns Mårlind, Björn Stein Acteurs : André Sjöberg, Tuva Novotny, Anders Ekborg, Malin Morgan, Gustaf Skarsgård

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Cette mini-série suédoise à gros moyens ici présentée dans une version un peu remaniée (les trois épisodes d’une durée de 174 min sont regroupés en un long-métrage de 159 min), est une fresque historique à la réalisation soignée (la composition des cadres et la photographie sont superbes), à la reconstitution admirable, aux acteurs solides, aux personnages sombres entourés de mystères (dont le design n’est pas sans évoquer “Le Pacte des loups”), et au scénario passionnant (malgré des ellipses causées par le remontage), lequel nous transporte durant la guerre de Scanie (1675-1679) qui opposa la Suède au Danemark. Une belle découverte.

Le Blu-ray Image Elle souffle le chaud et le froid pour un rendu très inégal. Le master n’a pas entièrement été nettoyé (points blancs, lignes verticales), la définition est chancelante, le piqué plutôt poussé est parfois doux, et le grain abondant qui veloute agréablement l’image vire quelquefois en un fourmillement bien trop prononcé. Hormis ces constatations, la luminosité ambiante, les belles couleurs, les noir implacables et le joli travail accompli sur les contrastes flattent la rétine et l’emportent sur le reste. Audio Des pistes sonores équilibrées et efficaces qui sollicitent idéalement les canaux pour une écoute fort agréable. La dynamique est bonne (encore plus sur la VF au doublage soigné), les voix sont toujours audibles, la scène avant est robuste, les arrières sont judicieusement utilisées pour la retranscription des ambiances et de la musique, et le caisson de basses renforce le tout. Numèro 82 - HCFR l’Hebdo

Fiche technique Le film : Blu-ray : Format vidéo 1080i25 (VC-1) / [2.35] Pistes sonores Suédois DTS-HD Master Audio 5.1 Français (VFF) DTS-HD Master Audio 5.1 Sous-titres Français imposés sur la VO Région : B (France) Éditeur : Condor Entertainment Date de sortie : 24 avril 2012

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La Semaine Prochaine

L’actualité des sorties cinéma ...

De nouvelles critiques musicales, littéraires ou 7ème Art... Mais aussi des surprises, des coups de coeur et encore plus de tests Blu-ray (2D et 3D). Rendez-vous le vendredi 2 mai 2014 pour

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