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Cahier thématique de Hochparterre, juin 2020

Un parc à la place du canal La renaturation de l’Aire près de Genève permet à la Suisse de remporter pour la première fois le Prix du paysage du Conseil de l’Europe. Une réussite pour la nature, l’homme et la politique du paysage.

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Sommaire

4 Tout est paysage La Convention européenne du paysage et la Conception Paysage Suisse constituent la base de la politique suisse du paysage.

6 Les prestations que fournit le paysage L’Office fédéral de l’environnement veut faire mieux connaître les prestations essentielles du paysage dans la politique et la société.

11 Le lauréat 12 Distinctions 14 Nominés

Éditorial

La procédure

Politique et communication

Le Prix du paysage du Conseil de l’Europe

Pour la première fois, la Suisse a participé au concours du Prix du paysage du Conseil de l’Europe – et l’a remporté. Le projet lauréat, la renaturation de l’Aire près de Genève, est considéré comme une grande réussite pour la nature et l’homme. Des mesures de gestion des crues ont permis de créer des biotopes propices à la faune et à la flore si bien que ce site délaissé est devenu à un parc apprécié comme le montrent les photos des rives de l’Aire de ce cahier qui ont été réalisées par Matthieu Gafsou. Sa planification et son exécution sont décrites en page 11. Le cahier présente ensuite brièvement des distinctions et des nominations dans le cadre du Prix. Que ce soit le parc urbain national de Finlande ou les modalités d’organisation de la propriété dans le delta du Pô: l’inclusion non seulement des aspects naturels mais encore culturels est sous-jacente à tous les projets récompensés. C’est cette approche globale que promeut la Convention européenne du paysage ; le premier article de ce cahier en raconte les vingt ans d’histoire. Mais le thème de ce cahier est également le travail actuel de l’Office fédéral de l’environnement: il souhaite faire mieux connaître les prestations paysagères dont nous bénéficions – nous en avons besoin plus que jamais.  Rahel Marti

Tous les 2 ans depuis 2008, le Conseil de l’Europe décerne le Prix du paysage sur la base de la Convention européenne du paysage ( CEP ). Les pays qui ont signé la CEP peuvent nominer un projet chacun. Le jury se compose de sept représentant( e )s de conférences et de commissions du Conseil de l’Europe ainsi que d’expert( e )s externes. Le projet nominé par la Suisse a été décerné par un jury national de représentant( e )s issu( e )s de la pratique, de la recherche et de l’administration. Cinq autres soumissions ont été débattues en plus de la renaturation de l’Aire:  – les efforts du Val Bregaglia pour la mise en valeur du patrimoine bâti et des paysages culturels ( prix Wakker 2015 )  – le paysage sacré fribourgeois ( paysage de l’année 2018 )  – les projets pour la promotion de la Vallée de Muggio ( paysage de l’année 2014 )  – le Murg-Auen-Park de Frauenfeld ( prix  S chulthess des jardins 2017 )  – les projets pour la mise en valeur des espaces verts et de détente d’Uster ( prix  S chulthess des jardins 2014 ) www.coe.int / landscape www.bafu.admin.ch / paysage

Impressum Édition  Hochparterre AG  Adresses  Ausstellungsstrasse 25, CH - 8005 Zürich, Téléphone + 41 44 444 28 88, www.hochparterre.ch, verlag @ hochparterre.ch, redaktion @ hochparterre.ch  Éditeur  Köbi Gantenbein  Direction  Lilia Glanzmann, Werner Huber, Agnes Schmid  Directrice des éditions  Susanne von Arx Conception et rédaction  Rahel Marti  Photo de couverture et photos grand format  Matthieu Gafsou, www.gafsou.ch  Conception graphique  Antje Reineck  Mise en pages  Barbara Schrag  Production  Linda Malzacher  Traduction française  Annie Jeamart  Lithographie  Team media, Gurtnellen  Impression  Stämpfli AG, Bern Directeur de la publication  Hochparterre en collaboration avec l’Office fédéral de l’environnement Commandes  shop.hochparterre.ch, Fr. 15.—, € 12.—. Ce cahier paraît en allemand, en français et en anglais.

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La renaturation de l’Aire a également créé un parc pour l’ouest de Genève, en pleine expansion.

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Tout est paysage Il y a vingt ans, avec la Convention européenne du paysage, le Conseil de l’Europe a jeté les bases d’une nouvelle politique paysagère. Ses objectifs sont plus d’actualité que jamais. Texte: Gabriela Neuhaus et Rahel Marti

« Au début, il y a eu la Charte urbaine européenne de 1992 – un immense succès, elle a été traduite dans de nombreuses langues », se rappelle Christiana Storelli. « C’est ainsi que l’idée est née d’élaborer un document similaire pour le paysage. » L’architecte tessinoise était alors membre du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux du Conseil de l’Europe et a joué un rôle déterminant, dans le cadre de cette fonction, dans la création de la Charte urbaine. Celle-ci était censée améliorer la qualité de vie et les possibilités d’aménagement pour les citadines et citadins et a ainsi pour la première fois attiré l’attention sur l’importance et les besoins des villes européennes. À l’instar de la Charte urbaine, le Congrès a également voulu valoriser le paysage et promouvoir sa protection et sa gestion. En raison de ses expériences avec la Charte urbaine, on fit appel à Christiana Storelli en 1993 pour intégrer la commission interdisciplinaire et internationale des experts dont la tâche fut d’élaborer un document pour la protection du paysage – une préoccupation qui était d’actualité au milieu des années 90 suite à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de Rio et de l’Agenda 21 qui y avait été adopté. Outre le Conseil de l’Europe, des acteurs comme l’Unesco ou la Fédération des parcs naturels européens se penchaient sur le thème du paysage. La Convention européenne du paysage ( CEP ) ne visait cependant pas les paysages remarquables mais au contraire les paysages du quotidien et à reconnaître « que la qualité et la diversité des paysages européens constituent une ressource commune pour la protection, la gestion et l’aménagement de laquelle il convient de coopérer ». Il a fallu près de sept ans pour que le document soit prêt. Au début, il fut difficile de trouver un langage commun, c’est en ces termes que Christiana Storelli décrit ce processus intensif. Mais finalement on est arrivé à formuler précisément les objectifs si bien que la Convention est de nos jours compréhensible et parfaitement lisible par tous.

nelle que le paysage est ce qui est rural et « vert », fait partie des acquis les plus importants de la CEP. L’article 1 de la CEP définit le paysage comme « une partie de territoire telle que perçue par les populations dont le caractère résulte de l’action et de facteurs naturels et / ou humains et de leurs interrelations ». Il doit être protégé, soigné et façonné par la « politique du paysage ». L’article 2 stipule que le terme de ‹ paysage › comprend les « espaces naturels, ruraux, urbains et périurbains ». Les clauses étaient étroitement apparentées à celles de la première Conception Paysage Suisse ( CPS ) qui avaient été appliquées à partir de 1997 – nous y reviendrons toutefois plus loin. Raimund Rodewald, le directeur de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage, avait à l’origine plaidé en faveur d’une notion plus étroite du paysage, axée sur la protection des paysages culturels menacés. Il se félicite aujourd’hui que l’approche globale soit parvenue à s’imposer: « Il était juste de ne pas trop restreindre la Convention et de choisir une définition qui spécifie que le paysage est partout. La dichotomie entre zones dignes de protection et zones de moindre valeur devient ainsi caduque. » La conséquence logique: il n’y a pas de non-lieux – l’interaction entre l’homme et la nature se doit d’être perçue dans tous les espaces et d’être gérée de la meilleure manière possible. Ilke Marschall, professeure d’aménagement du paysage à l’université d’Erfurt, est une grande spécialiste de la CEP et de son action historique. En relation avec l’article 1 de la Convention, elle parle même d’une « définition géniale du paysage » qui a entraîné des échanges intenses sur le paysage et la politique du paysage dans toute l’Europe.

Des initiatives régionales et locales Les espérances d’un impact rapide et global furent grandes lorsque le document fut présenté à Florence et signé par 19 états en l’an 2000 – parmi lesquels la Suisse. La Convention devait toutefois être ensuite soumise à la ratification des parlements nationaux. Ce processus fut long à se mettre en route. « La réaction en cascade à laquelle on s’était attendu ne s’est pas produite », regrette Ilke Marschall. Avec l’Islande qui vient d’y adhérer, ce sont désormais 40 pays qui ont ratifié la Convention. Par contre, l’Allemagne et l’Autriche se tiennent, aujourd’hui encore, L’approche globale s’impose Alors que les pays du nord de l’Europe cultivaient une à l’écart. En Allemagne, la protection de la nature impoconception plus étroite et axée sur la nature, les pays mé- sée d’en haut repose sur une longue tradition, explique ridionaux, de même que la Suisse, veillaient également à Ilke Marschall. C’est l’une des raisons pour lesquelles la inclure les aspects culturels et liés à l’homme. C’est cette politique allemande refuse la Convention à caractère parposition qui s’imposa ; c’est ainsi que le terme général et ticipatif, suppose-t-elle. « Dans les pays qui ont signé cette global de paysage, qui surmonta la perception tradition- convention de droit international public, elle a eu des ef-

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La base de la politique du paysage La Convention européenne du paysage ( CEP ) est considérée comme le premier accord international sur la protection du paysage. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux qui représente plus de 200 000 collectivités régionales et locales des 47 pays membres du Conseil de l’Europe en avait fait la demande au milieu des années 90. Une commission spécialisée élabora le document dans un processus participatif. En l’an 2000, la Conven-

fets positifs, même s’ils sont difficilement quantifiables. La sensibilisation au paysage a gagné du terrain en politique et dans la population », reconnaît Ilke Marschall. Les notions de politique du paysage, de qualité paysagère ou d’aménagement des paysages sont aujourd’hui devenues incontournables dans son travail. Dans toute l’Europe, de nouvelles formations ont été créées dans le domaine du paysage et on a assisté à la création d’initiatives régionales et locales comme des jardins communautaires initiés par de femmes dans de petites communes de la République tchèque, ou des aménagements paysagers interdisciplinaires lancés par des groupes régionaux, par exemple en Italie à San Miniato. Ilke Marschall est cependant de l’avis que, bien que le paysage soit de nos jours reconnu dans toute l’Europe comme étant un patrimoine à protéger, la CEP manque de capacité à s’imposer: « J’aurais apprécié que l’UE ait créé une directive propre pour la politique du paysage qui aurait permis de réclamer des mesures des pays membres et de procéder à un monitoring sur les progrès. » La Convention et la Suisse En Suisse, il y a eu deux développements. Avec la première Conception Paysage Suisse, l’avancée s’est faite parallèlement au processus européen. Le Conseil fédéral a ainsi exigé des offices fédéraux d’intégrer, dès 1997, le facteur du paysage dans leur travail et l’a ancré dans toutes les politiques sectorielles concernées. Ceci attira l’attention de toute l’Europe: « Avec la CPS, la Suisse a joué un rôle de pionnier », affirme Gilles Rudaz de l’Office fédéral de l’environnement ( OFEV ) qui est en charge du dossier de la CEP. Aucun autre pays n’a intégré le thème du paysage de manière aussi cohérente que la Suisse dans l’ensemble des domaines de la politique. Ainsi, l’un des objectifs formulés dans la ‹ Stratégie Santé 2030 › du Conseil fédéral est consacré au lien entre paysage et bien-être. Cette intégration politique est également devenue l’épine dorsale de la CEP et a été fixée dans son article 5. Par contre, ce n’est qu’en 2013 qu’a eu lieu la ratification de la CEP grâce à une intervention parlementaire lancée par la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage. D’une part, un dossier similaire avait déjà été débattu avec les protocoles de la Convention alpine – et la majorité bourgeoise au Conseil national avait refusé la ratification en 2010. « D’autre part, le réflexe fédéraliste s’opposait à des documents venant d’en haut », se rappelle Andreas Stalder qui encadrait alors le processus de ratification à l’OFEV. « Il a été utile que la Convention ait misé dès le début sur la subsidiarité. Elle devait certes

tion fut adoptée à Florence ; depuis, elle a été ratifiée par 40 États. La Suisse y a adhéré en 2013. Son impact est cependant limité étant donné que la CEP ne prévoit aucune sanction s’il y a manquement aux obligations. Sur la base de la CEP, le Conseil de l’Europe décerne tous les deux ans un Prix du paysage voir page 2. La Conception Paysage Suisse ( CPS ) constitue la base de la politique suisse du paysage. Elle définit les objectifs des autorités pour la protection du paysage et

de la nature et pour son développement durable. Adoptée par le Conseil fédéral en 1997, elle a continué à être développée depuis 2012 et a été actualisée de manière ciblée à partir de 2018. La nouvelle CPS a été soumise à l’approbation du Conseil fédéral au printemps 2020. www.bafu.admin.ch / paysage

imposer la préoccupation commune du paysage mais la mettre en œuvre dans le cadre de l’aménagement du territoire avec des instruments existants dans les cantons et les communes. » C’est pourquoi, explique Stalder, il est difficile de nommer des projets concrets suite à la Convention. Il évalue son impact de manière similaire à Ilke Marschall: ce sont précisément les controverses qui attirent davantage l’attention et augmentent la sensibilisation au paysage, même dans le cas des cantons et des communes. Raimund Rodewald de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage le confirme: « Le thème du paysage acquiert plus de poids lorsqu’on peut l’appréhender de manière professionnelle et justifier des mesures. C’est la grande avancée de la CEP et son impact en Suisse. » Avec l’article 5, les pays s’engagent à prendre des mesures et à mettre en œuvre des instruments qui permettent une politique axée sur « la protection, la gestion et l’aménagement des paysages ». C’est sur ces bases que la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage a établi un ‹ catalogue des paysages culturels caractéristiques de Suisse › qui a été entretemps adopté par l’OFEV. On s’est inspiré du ‹ Landscape and seascape character assessment › que la Grande-Bretagne applique sur tout son territoire. En Suisse, des cantons comme Lucerne, Schwyz ou le Valais ont lancé une conception du paysage correspondante, les autres doivent suivre jusqu’en 2024. Au niveau fédéral, la CEP de 1997 a été complètement remaniée au cours des deux dernières années. Gilles Rudaz résume ainsi les principales nouveautés: « L e paysage comprend également dorénavant les aspects spatiaux de la culture du bâti et de la biodiversité. Le but est son développement qualitatif. La conception est par ailleurs mieux ancrée dans l’aménagement du territoire de manière beaucoup plus précise et plus opérationnelle. » Raimund Rodewald se félicite de la poursuite du développement: « Le paysage est la clé de l’avenir – et la CPS est un pas dans cette direction. » 

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Les prestations que fournit le paysage Le paysage n’est pas un ‹ nice to have ›, c’est un ‹ must have ›. L’approche des prestations paysagères doit aider à mettre en évidence la valeur du paysage pour la politique et la société. Texte: Rahel Marti

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puis, la politique paysagère essaie de concilier les objectifs contradictoires de cette société à deux vitesses. Le point fort de la Convention européenne du paysage ( CEP ) de 2000 était l’approche globale qui était également déjà Seulement ce qui coûte a une valeur – c’est ce que dit une ancrée dans la Conception Paysage Suisse de 1997 voir théorie économique. Or, justement pour le paysage, ce n’est page 5. Maintenant, l’OFEV passe à la notion de prestation. pas valable. On ne peut pas installer un rideau de scène La valeur est une qualité, la prestation par contre c’est du en velours et ensuite ne le soulever que contre paiement. travail et le travail a un prix. À l’avenir, l’OFEV va égaleL’accès à la nature et aux milieux naturels est gratuit. Le ment aborder ces notions avec la politique et la société, paysage est gratuit – bien qu’il ait soi-disant une si grande car apparemment celle de valeur ne suffit pas à préserver valeur pour nous. C’est ici que le bât blesse, il y a une er- le paysage de manière adéquate. reur dans le système. L’Office fédéral de l’environnement Question d’argent ( OFEV ) souhaite la corriger par une nouvelle approche: « Comment motiver, par exemple, des acteurs du doavec le concept des prestations paysagères. Cette approche est bien illustrée par l’exemple de la renaturation de maine de la santé et de l’activité physique », se demande l’Aire près de Genève: Un canal délaissé s’est transformé en Matthias Stremlow, « à investir dans des espaces verts de un parc fluvial plein de poésie, primé à plusieurs reprises et qualité dans une zone urbanisée si la prestation du payrécompensé par le Prix du paysage du Conseil de l’Europe sage pour la détente de la population est ainsi renforcée ? voir page 11. Le parc offre une protection contre les crues, des Comment inculquer aux entreprises qui ont comme arbiotopes d’une grande valeur écologique pour les plantes et gument publicitaire l’ancrage local de s’engager pour la les animaux, des sentiers de jogging, des pelouses pour la beauté régionale d’un paysage et donc pour l’identificadétente, des bancs pour discuter et des vues pour le plaisir tion paysagère ? » Bien évidemment, il y a longtemps que des yeux. L’Aire et ses berges rendent le site plus agréable de telles prestations sont monétisées d’une manière ou à vivre et plus beau. Toutes ces prestations, c’est le paysage d’une autre. Une étude de la Banque Cantonale Zurichoise qui nous les procure. En sommes-nous conscients ? Pour ce cite la vue imprenable sur un lac comme facteur essentiel qui est des ressources fondamentales, oui: il est question pour le prix du foncier et l’étude sur la qualité du paysage de l’écologie dont nous tirons l’énergie, la nourriture et les comme facteur d’implantation, réalisée en 2012 sur manmatériaux et qui régule l’air, l’eau potable, le climat et les dat de l’OFEV, indique: « L’attrait du paysage augmente les risques naturels. Mais le paysage est également une base prix des logements. » Il est fondamentalement possible de de notre ressenti. Il nous inspire, nous calme et il nous aide quantifier la valeur de la qualité d’un paysage et d’établir quelle incidence certains paramètres du paysage ont sur à nous sentir à l’aise chez nous, ici ou là. les prix des terrains constructibles. Ces données peuvent montrer dans le processus politique quel est l’impact des De la valeur à la prestation Le paysage n’est plus tout simplement un sous-produit décisions de politique territoriale. « D es péréquations fiou un produit subsidiaire de l’exploitation du sol, comme nancières intercantonales pourraient être complétées  par le résuma Marc Chardonnens, l’ancien directeur de l’OFEV. l’indemnisation pour des prestations paysagères: elles « C’est un bien public de plus en plus demandé par la so- devraient alors assurer que les communes qui perçoivent ciété ; il doit être compris et traité en tant que tel. » La pré- des impôts plus élevés, par exemple grâce à l’implantaservation et l’aménagement de ce bien commun ne peut tion d’entreprises ou de zones résidentielles, versent des pas être laissée uniquement au marché et aux exploitants contributions financières aux communes qui protègent des sols, il importe d’avoir une vision globale coordonnée. le paysage et qui fournissent des prestations corresponMatthias Stremlow dirige, à l’OFEV, la section Politique du dantes en faveur du paysage », indique l’étude sur la qualiPaysage au sein de la division Biodiversité et Paysage. Il té du paysage comme facteur d’implantation. ajoute: « Les prestations du paysage ne sont pas un ‹ nice to De la fragilité des débuts et des influences have › mais au contraire un ‹ must to good life ›. Les sauveNon monétisé, le thème occupe depuis peu une place garder ne réussit que lorsque nous en améliorons la visibilité dans la politique et la société. » Identification et senti- prépondérante dans la politique de santé. L’environnement d’appartenance, détente et santé, plaisir esthétique ment et le monde du travail ont un fort impact sur la sanet attrait du cadre de vie et de travail sont les prestations té, c’est ce que relève la ‹ Stratégie Santé 2030 › du Conseil essentielles que l’OFEV souhaite faire mieux connaître. fédéral qui souhaite, dans la continuité de l’Agenda 2030 Dès 1967, la Loi fédérale suisse sur la protection de de développement durable de l’ONU, « réduire les risques la nature et du paysage exigeait « de ménager et de pro- environnementaux et préserver la nature et le paysage ». téger l’aspect caractéristique du paysage et des locali- La recherche hospitalière prouve que la vue sur un coin tés, les sites évocateurs du passé ainsi que les curiosités de verdure favorise la guérison. De manière générale, les naturelles et les monuments du pays et de promouvoir espaces verts dans les zones résidentielles gagnent en leur conservation et leur entretien. » Ce texte initial visait importance. Plus il y a densification, plus ils deviennent inla protection et ouvrit une brèche: désormais il y avait dispensables comme endroits de détente, comme biotopes quelques endroits considérés comme beaux – et les autres. pour les plantes et les animaux et pour le climat urbain ‹ La belle Suisse › et ‹ la Suisse consommée ›, c’est ainsi car les plantes font évaporer de l’eau, donnent de l’ombre qu’en parle le randonneur urbain Benedikt Loderer. De- et favorisent la ventilation. À leur tour, les prestations →

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L’approche des prestations paysagères Perspective écocentrique

Structures et processus géophysiques et biophysiques

Perspective anthropocentrique

Fonctions écosystémiques

Prospérité et bien-être

Services écosystémiques

Contributions de régulation

Contributions matérielles

Contributions non matérielles

– formation et préservation des habitats –p  ollinisation et distribution des graines – r égulation de la qualité de l’air – r égulation du climat – r égulation de la qualité et de la quantité de l’eau – f ormation des sols –p  révention des risques naturels – r égulation des organismes nuisibles etc.

– énergie – alimentation pour l’homme et l’animal –m  atériaux pour l’habillement, la construction etc. – animaux d’élevage et domestiques – matières premières – ressources médicales, biochimiques, génétiques etc. – prestations de support d’infrastructures – attrait du cadre de vie et de travail

–a  pprentissage et inspiration –e  xpériences physiques et psychiques – plaisir esthétique – identification et sentiment d’appartenance – détente et santé

Prestations paysagères essentielles

Plaisir esthétique

Identification et sentiment d’appartenance

Détente et santé

Attrait du cadre de vie et de travail

Nouvelle construction au Chäserrugg

Lotissement en bordure du Schlipfbach renaturé, Wald ZH

Renaturation de l’Aire, canton de Genève

Prestataires: Préservation et promotion de la qualité

Prestation paysagère des investisseurs et des spécialistes du tourisme – attrait du cadre de vie et de travail –d  étente et santé – plaisir esthétique Tenir compte des prestations paysa­ gères en vaut la peine car le plaisir esthétique attire un nouveau public et un aménagement de qualité offre des expériences authentiques.

Prestation paysagère des architectes – identification et sentiment d’appartenance – attrait du cadre de vie et de travail Tenir compte des prestations pay­ sagères en vaut la peine car la réalisa­ tion d’un environnement global fait partie de la responsabilité sociale et crée une bonne réputation.

Prestation paysagère du canton et des communes –d  étente et santé – identification et sentiment d’appartenance Tenir compte des prestations pay­ sagères en vaut la peine car un beau parc ou des espaces verts bien aménagés dans les agglomérations renforcent l’attrait des communes.

Bénéficiaires : Perception de la qualité

Prestation paysagère pour les randonneurs et les sportifs amateurs – détente et santé – plaisir esthétique Ils apprécient cette réalisation car la qualité du paysage n’est pas affectée par la construction des installations si bien que le plaisir et la valeur récréa­ tive sont préservés. Photo: Katalin Deér

Prestation paysagère pour les investisseurs –d  étente et santé – attrait du cadre de vie et de travail Ils apprécient cette réalisation car des paysages de grande qualité dans l’environnement de proximité augmen­ tent la valeur des biens immobiliers. Photo: Markus Forte / Ex-Press / OFEV

Prestation paysagère pour les habitants –d  étente et santé –p  laisir esthétique Ils apprécient cette évolution car des espaces verts et ouverts rapide­ ment accessibles ont un impact positif sur la santé. Photo: Canton de Genève

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L’Aire se crée librement un chemin dans son nouveau lit. Avec l’eau, le paysage est aussi en mouvement.

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→ du paysage profitent directement au tourisme. Les installations de transport, les logements, les divertissements et l’enneigement promettent d’intensifier ou tout au moins de maintenir la valeur ajoutée d’une prestation paysagère comme la détente et la santé – mais le monde est une balance qui peut se renverser. Si l’on construit toujours plus d’installations pour profiter du plaisir esthétique de la nature, on va, un jour ou l’autre, le ruiner. Il importe de maintenir un équilibre. Le projet ‹ Cause we care › de la Fondation My Climate est une amorce de démarche dans cet état d’esprit. Des milieux du tourisme s’engagent « à préserver la nature dans toute sa splendeur, à réduire continuellement l’empreinte carbone, à compenser les émissions inévitables, à avoir une économie durable et à vivre de manière respectueuse de la nature, à veiller à la consommation énergétique et à préserver les ressources naturelles  ». Parmi les 48 partenaires actuels, on trouve de nombreux hôtels et quelques destinations mais encore peu de remontées mécaniques comme, par exemple, le funiculaire du Niesen dans l’Oberland bernois: en le prenant, on peut payer volontairement en plus un pour-cent du prix du ticket. L’exploitant promet d’investir le double de cette contribution dans la protection du climat. La politique du tourisme du Conseil fédéral offre un terreau pour une telle approche. En effet, on peut y lire que des paysages naturels et culturels intacts contribueraient de manière significative à l’attractivité de la Suisse, raison pour laquelle, entre autres, on vise le « découplage entre croissance touristique et consommation des ressources ». Or, la réalité est toute autre. Lorsqu’il s’agit de construire pour un acteur du tourisme, c’est plutôt l’économie qui est en position de force politique par rapport au paysage. Les associations de protection de la nature, quant à elles, ne s’occupent pas d’élaborer avec les milieux du tourisme des projets compatibles avec le climat et le paysage, mais s’opposent à des projets, qui sont souvent orchestrés unilatéralement, afin de les améliorer. Une communication plus ciblée Nous semblons avoir pris conscience de la valeur du paysage – mais sur le plan de l’action, nous ne la réalisons pas. L’OFEV en voit une raison dans le fait que le paysage est un bien tout à fait différent pour la politique, la société et l’individu ainsi que pour le secteur du tourisme, du bâtiment et de la santé. Tous y voient quelque chose d’autre. C’est pourquoi, l’OFEV envisage une communication plus ciblée. « Qui est le groupe cible, qu’est-ce-qui compte pour lui et comment pouvons-nous le convaincre des prestations paysagères ? », se demande Christoph Grosjean qui a élaboré la nouvelle approche. Il fait la distinction entre fournisseurs et bénéficiaires de prestations. « C’est à ceux qui possèdent, gèrent et planifient le foncier et les sols qu’incombent le développement et l’aménagement. Ils sont responsables directement ou indirectement des interventions et influent sur le potentiel de prestations. » Par contre pour les bénéficiaires, c’est le droit au bien commun qui est au premier plan. Les personnes âgées qui cherchent un banc dans le parc près de leur logement, l’étang aux abords du périmètre urbanisé pour le jardin d’enfants, le parcours vélo, la baignade dans le lac: « Il est de l’intérêt de tous de se préoccuper de ce bien public et de le préserver. » La clé de la persuasion n’est pas le paysage mais au contraire la prestation que chacun et chacune en attend: identification et sentiment d’appartenance, détente et santé, plaisir esthétique ou attrait du cadre de vie et de travail. Chacun d’entre nous est bel et bien réceptif pour au moins l’une de ces prestations. « Si nous parvenons à identifier sa perspective, nous avons un point de départ

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pour instaurer le dialogue », précise Christoph Grosjean. Des arguments qui se réfèrent à l’éthicienne de l’environnement Uta Eser sont censés donner davantage de poids à cette approche: par exemple la raison, l’équité ou le bonheur. On peut s’en soucier par raison: « Parce que nous en tirons un profit. » Par équité et responsabilité par rapport à la nature et aux générations futures: « Parce que c’est notre devoir . » Ou pour des raisons spirituelles: « Parce que le paysage nous rend heureux. » Christoph Grosjean a combiné les prestations et les motifs en messages de persuasion. Car ce ne sont pas les connaissances qui manquent, les bases concernant l’état du paysage sont disponibles. « Nous faisons un travail approfondi d’information mais le contenu ne passe pas toujours et il ne reste pas toujours grand-chose du message passé. » Des histoires d’arbres Et que pensent de l’approche des prestations ceux qui travaillent dans les cantons et les communes, dans les organisations ou comme paysagistes ? Pour l’association Pro Natura, elle ne joue aucun rôle, dit Elena Strozzi, responsable des dossiers relatifs à l’aménagement du territoire. « Nous connaissons encore à peine l’argumentation sur les prestations. À première vue, ce concept est trop fortement axé sur l’être humain et l’aspect de la nature reste en arrière-plan. » C’est justement cette focalisation que la Fédération suisse des architectes paysagistes apprécie, selon son Secrétaire général Peter Wullschleger. Considérer les prestations en référence à l’être humain aide à voir le paysage non seulement comme un refuge de la biodiversité mais aussi comme un espace social et un bien culturel. Les architectes paysagistes ont vocation à assurer et à améliorer de telles qualités. L’approche pourrait donc avoir un impact positif sur leurs carnets de commandes, pense Wullschleger. Roger Wehrli, responsable de la politique de développement territorial auprès d’Economiesuisse, voit l’impact tout d’abord sur le plan indirect et au sein de l’administration. Selon lui, une entreprise touristique décide d’un projet de construction, d’un investissement dans un cadre local. À ce niveau, l’approche est trop abstraite pour aider à la décision. « Mais les cantons et les communes acceptent ces projets ou les refusent et ce travail peut tout à fait les influencer en sensibilisant au paysage. » Dans le canton de Zoug, le paysage a une grande importance, c’est ce que Martina Brennecke, directrice du département cantonal Nature et Paysage, constate sans cesse. Elle ne souhaite toutefois pas parler de prestations: «Ce terme me paraît trop économique. Le paysage, en fait, n’exerce pas d’activité. » Il a une connotation trop lourde et complexe. «Le dialogue avec la population devient laborieux lorsque l’on doit commencer par d’abord expliquer quelque chose. » Martina Brennecke mise, elle, sur les histoires et a récemment lancé deux projets de médiation paysagère. L’un concerne la rive occidentale du lac de Zoug où s’alignent de magnifiques parcs en partie privés. Pour que la population en sache plus à ce sujet, Martina Brennecke a actuellement lancé des recherches sur des histoires concernant leurs créations et leurs fondateurs. ‹ Nos arbres de Zoug › va dans le même sens. Des arboriculteurs informent sur des exemplaires rares et précieux tandis que leurs propriétaires racontent d’où viennent ces arbres et présentent leurs arbres préférés aux personnes intéressées. Ces histoires sont censées toucher les gens et approfondir les connaissances et la perception de la prestation paysagère. Les projets de Zoug n’en sont encore qu’au début mais ils pourraient réaliser l’objectif poursuivi par l’OFEV avec l’approche des prestations: renforcer la valeur du paysage du point de vue politique et social. 

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Le lauréat Un parc à la place du canal La renaturation de l’Aire près de Genève est une réussite. Elle a déjà été primée plusieurs fois et vient maintenant de recevoir comme consécration le Prix du paysage du Conseil de l’Europe – une belle surprise étant donné que la Suisse participait pour la première fois à ce concours. En quoi consiste cet attrait pour l’Aire ? En premier lieu, c’est un parc magnifique. On a fait sortir le petit cours d’eau du canal pour lui offrir un lit naturel plus large où il se creuse son propre chemin. Des pelles mécaniques avaient creusé un maillage initial de sillons en forme de losanges en relief pour que l’eau puisse s’écouler par une multitude de rainures. Déjà un an plus tard, l’action de l’eau avait repoussé le gravier, le sable et la boue, façonné et comblé le motif géométrique. Le terrain fascinant qui fait penser au Land Art est comme un laboratoire à ciel ouvert auquel l’homme prend part et qui impressionne sur les processus naturels. En outre, cette revitalisation protège les communes limitrophes en cas de crue et la reconversion écologique a créé de nouveaux écosystèmes propices à la faune et la flore. A l’origine, le canal devait être remblayé et disparaître. Cependant, le projet réalisé, qui a remporté l’ap-

pel d’offres, ne nie pas l’intervention de l’homme dans l’histoire du paysage mais, au contraire, en fait ressortir ses traces pour en tirer de nouvelles ressources. Le canal est devenu un lieu de flânerie. Des marches conduisent au bord de l’eau, des bancs et des pergolas invitent au repos, des aires de barbecue à la convivalité et le large chemin se prête à la promenade et au jogging. La population aime le parc qui s’étire en longueur aux abords de la métropole. Au lieu de se limiter à une démarche de technologie écologique, les planificateurs et maîtres d’ouvrage ont eu recours à un geste de gestion paysagère et ont créé un espace ouvert dans l’agglomération qui constitue un atout majeur pour l’homme et la nature. Le site offre de plus belles vues qu’auparavant et davantage de place pour la détente et l’activité physique. Mais le parc enrichit également l’environnement du point de vue de l’attrait du cadre de vie et de travail et de l’urbanisme: la construction d’un nouveau quartier pour plusieurs milliers d’habitants est déjà projetée. Si la renaturation de l’Aire a obtenu cette distinction européenne, c’est aussi parce que sa planification pluridisciplinaire et transfrontalière a été absolument exemplaire. Y étaient associés des spécialistes des domaines de l’architecture

du paysage, de la biologie, de l’ingénierie et de l’architecture ainsi que bon nombre de responsables des deux pays, du canton de Genève et des communes concernées. Le jury espère que la coopération se poursuive au-delà de la phase de planification et d’aménagement.  Rahel Marti Renaturation de l’Aire, 2001 – 2015 Maître d’ouvrage:  république et canton de Genève Partenaires du projet:  communes de Bernex, Confignon, Perly-Certoux, Onex ; canton de Genève ; communauté de communes du Genevois, Archamps ( F ) ; association pour la protection de l’Aire et de ses affluents, Confi­ gnon ; Pro Natura Genève ; Fonds mondial pour la nature, Genève ; association d’habitants ‹ Vivre à Lully › ; association d’agriculteurs AgriGenève, Satigny ; union maraîchère de Genève, Perly Groupe de planification ‹ Groupement Superpositions ›:  Architecture et architecture paysagiste:  Georges Descombes, Genève ; Atelier Descombes Rampini, Genève Ingénieurs:  B + C Ingénieurs, Onex ; ZS Ingénieurs Civils, Onex Biologie:  Biotec biologie appliquée, Delémont Coûts de la construction:  65 Mio. EUR 1 F  rontière Suisse – France 2 Pont de Lully 3 L  e nouveau lit de la rivière avec le motif de losanges 4 A 1 , échangeur Perly

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Distinctions   Italie: Agriculture sociale dans le delta du Pô

3 Finlande: Le parc urbain national

Depuis des siècles, le Consortium des hommes de Massenzatica, en tant que propriété collec­ tive, pratique une agriculture extensive à carac­ tère social dans le delta du Pô. Ce sont actuelle­ ment 600 familles qui possèdent 353 hectares, les exploitent et les afferment sans maximiser les gains. Le consortium cultive des fraises, des fruits, du maïs, du soja, des tomates, des pommes de terre ainsi que des asperges vertes et emploie toute l’année des salariés de la région. La Massenzatica se situe à l’est de Ferrara et jouxte les parcs naturels du delta du Pô. Cette communauté agricole surveille le niveau de l’eau en assurant ainsi les bases de sa production, protège et préserve le paysage. Depuis 2010, le consortium promeut également la sensibilisation, la recherche appliquée et les nouvelles pratiques agricoles pour préserver le patrimoine culturel et paysager. En adhérant à un nouveau pacte pour le paysage, il s’engage pour la durabilité, l’équité et la communauté. Le jury salue le lien qui unit depuis longtemps paysage et engagement social.

Habituellement, un parc national nous fait pen­ ser à des paysages naturels. Mais dans la ville de Kotka en Finlande, il y a officiellement un parc ur­ bain national d’une superficie de 2675 hectares – une combinaison de parcs, de zones bâties, de territoires dans le Golfe de Finlande et de rivages du fleuve Kymijoki. Les sites sont reliés les uns aux autres ainsi qu’à la nature environnante et forment un réseau écologique. Le parc comprend donc aussi bien des paysages naturels que cultu­ rels. Certaines parties négligées de la ville ont ainsi été rénovées. La population participa à la planification et profite désormais d’un vaste ré­ seau de sentiers et d’espaces pour les activités physiques et de détente. L’avis du jury: Le parc urbain national est un instrument de planification durable dont d’autres pourraient s’inspirer.  Photo:

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Photo: Consortium des hommes de Massenzatica

Airi Kattelus Parc urbain national de Kotka, 2004 – 2014 Organisme responsable:  Ville de Kotka

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  Estonie: Action de nettoyage

En 2008, 50 000 bénévoles ont nettoyé toute l’Estonie de ses déchets sauvages en cinq heures. L’action ‹ Faisons le ! › est entretemps devenue une journée d’action collective de nettoyage. Le premier samedi de mai est consacré à des thèmes comme les déchets, l’espace public et 2  France: Reconquête l’éducation environnementale et des actions sont des quais à Rouen À Rouen, les berges des deux côtés de la Seine conduites par la population pour nettoyer les étaient en jachère. Longtemps utilisées pour les villes et paysages de leurs déchets sauvages. activités industrielles et portuaires, leur déclin a L’initiative a donné le jour en 2018 à la ‹ Journée laissé des sols pollués et des sites à l’abandon. mondiale du nettoyage › au cours de laquelle les Leur emplacement central les prédestinait ce­ déchets sauvages ont été ramassés sur l’en­ pendant à une reconversion. Un vaste espace de semble de la planète pendant 36 heures. En Es­ nature et de détente est né dans le cadre d’une tonie, la journée d’action est parvenue à susciter planification agricole d’envergure. Les berges et à renforcer une prise de conscience du public de la Seine constituent aujourd’hui une prome­ par rapport au paysage et au développement du­ nade fluviale de valeur paysagère et sociale de rable. Le jury y voit une précieuse contribution à près de 25 hectares qui s’étend sur plus de trois l’information de la population sur les valeurs du kilomètres. La reconquête par la population de paysage et à en poursuivre la sensibilisation à ces espaces urbains renforce la densification long terme.  Photo: Vete Hainsoo du milieu bâti en luttant contre l’étalement ur­ Journée d’action ‹ Faisons le ! ›, bain. Deux quartiers à usage mixte qui profitent depuis 2008 Organisme responsable:  Fonds estonien de la promenade comme espace vert sont en pour la nature, Tartu train de voir le jour. Le jury est d’avis que ce pro­ jet valorise le patrimoine culturel et paysager de Rouen en l’utilisant pour de nouveaux espaces publics diversifiés et montre que les approches du paysage et des espaces ouverts sont perti­ nentes pour promouvoir le développement de la ville.  Photo: Karolina Samborka Entre terre et eau – une autre manière de posséder Organisme responsable: Consortium des hommes de Massenzatica

Reconquête des quais et de la promenade fluviale de la rive gauche de la Seine, Rouen, 2010 – 2022 Organisme responsable:  Ville et Métropole Rouen Normandie, Rouen

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Nominés 1

  Açores, Portugal

Une politique paysagère novatrice qui repose sur les atouts naturels et culturels de l’île de Pico a favorisé la revitalisation de la viticulture tradi­ tionnelle dans cette région volcanique qui se dé­ peuplait progressivement. La commercialisation du vin se fait aujourd’hui à l’échelle régionale et internationale. La population qui était auparavant en déclin croît de nouveau et l’agriculture typique attire de nombreux visiteurs.  Photo: José Feliciano Paysage de la culture du vignoble de l’île de Pico, depuis 1996 Organisme responsable:  Gouvernement régional des Açores, Horta

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La ville historique de Sremski Karlovci se situe entre Novi Sad et Belgrade sur le Danube. Pen­ dant les dernières décennies, l’étalement urbain eut un effet négatif sur son important paysage culturel. La nouvelle stratégie d’aménagement du territoire souhaite rétablir l’aspect caractéris­ tique du paysage et de la ville de Sremski Karlov­ ci. C’est le premier document serbe d’aménage­ ment du territoire sur la base de la Convention européenne du paysage. Avec Novi Sad et deux autres communes, Sremski Karlovci sera, en 2021, capitale européenne de la culture. Plan d’aménagement du territoire à vocation spécifique ‹ Le paysage culturel de Sremski Karlovci ›, 2015 Organisme responsable:  Institut de planification urbaine et spatiale de Voïvodine, secrétaire provincial à la planification urbaine et à la protection de l’environnement, gouvernement de la province autonome de Voïvodine, Novi Sad

 Lituanie

Plus de vingt projets paysagers ont été réalisés avec des moyens de l’Union Européenne et du gouvernement sur le territoire urbanisé de la mu­ nicipalité de district de Telšiai et le lien entre la ville et le lac Mastis a été rétabli. Le relief de la ville aux sept collines a été souligné, la rive nord du lac nettoyée et des infrastructures de loisirs ont été créées. La planification durable et globale améliore la qualité de vie et favorise le dévelop­ pement de la ville.  Photo: Algirdas Žebraukas Planification paysagère à et autour de Telšiai, 2008 Organisme responsable:  Ville et région de Telšiai 4

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 Espagne

Après une étude approfondie, une série d’inter­ ventions bien pensées ont été réalisées dans l’anse de Bolonia ; elles ont permis de mieux y réintégrer le patrimoine naturel et culturel. Des panneaux d’information et des propositions d’iti­ néraires racontent l’histoire du paysage en trans­ mettant la valeur du patrimoine culturel. L’anse a ainsi pu être préservée et valorisée dans le sens de la Convention européenne du paysage.  Photo: Jesús Granada

 Norvège

Lista possède l’une des avifaunes et des flores les plus abondantes de Norvège. Les précieux écosystèmes dépendent de la gestion durable du paysage côtier et agricole. Depuis 1976, la commune de Farsund s’engage systématique­ 5 Slovaquie La restauration minutieuse a commencé après ment pour la protection et le développement en l’inscription de la colline sur la liste des cent douceur de ce district côtier unique, avec des sites les plus menacés du patrimoine culturel de groupes de bénévoles, des associations et des l’UNESCO. Le Fonds du calvaire et son associa­ autorités régionales.  Photo: Berit Hessel tion ont contribué à rétablir l’aspect d’origine du Lista – un paysage et un partenariat uniques, mont Calvaire avec ses bâtiments sacrés et à re­ depuis 1976 Organisme responsable:  Commune de Farsund, donner vie au site en tant que paysage religieux proposée par le Conseil du comté de Vest-Agder et lieu d’événements et d’excursions.  Photo: Vladimír Ruppeldt

 Serbie

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Recherche, planification et interventions dans l’anse de Bolonia près de Tarifa, Cadix, 2000 Organisme responsable:  Institut du patrimoine historique andalou, département de la culture du gouvernement local de l’Andalousie, Sevilla

Restauration et sauvegarde du paysage baroque du Calvaire de Banská Štiavnica, 2008 Organisme responsable:  Fonds du Calvaire et Association civique, Banská Štiavnica

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 Slovénie

Dans le parc régional de Kozjansko, des mesures de protection de la nature ont permis de préser­ ver de vastes prés-vergers. Leur utilisation exten­ sive dans le paysage agricole traditionnel se poursuit, ce qui contribue de manière significative 6 Royaume-Uni Le Centre national de découverte du paysage sou­ à la préservation de la biodiversité. Le pré-verger haite améliorer l’accès, renforcer l’amour du pay­ et sa pomme sont devenus un symbole qui lie la sage des gens de tout âge avec un programme communauté locale, le gestionnaire de l’aire pro­ tout au long de l’année et contribuer à préser­ tégée, les organisations non gouvernementales ver le paysage sauvage avec ses écosystèmes et les résidents locaux.  Photo: Teo Hrvoje Oršanič dans le Parc national du Northumberland et dans Prés-vergers et paysage à Kozje, depuis 1999 le grand nord-est de l’Angleterre. Avec plus de Organisme responsable:  Municipalité de Kozje 150 000 visiteurs par an, le Sill est rapidement devenu une attraction qui a réussi à transformer Autres projets la façon dont les gens interagissent avec les pay­  – Wortel et la colonie de Merksplas: sages de leur région.  Photo: The Sill Un paysage culturel revalorisé, Vzw Kempens Landschap, Belgique Le Sill: Centre national de découverte du paysage, 2015 Organisme responsable: Administration  – D  ragodid.org: Préserver les techniques de du Parc national du Northumberland, Hexham maçonnerie en pierre sèche de l’Adriatique orientale, 4 Grada Dragodid, Croatie  – P  arc de bord de mer multifonctionnel à 7 Danemark Limassol, municipalité de Limassol, Chypre Ce projet de recherche avait pour objectif le re­  éveloppement durable du Canyon nouvellement de la planification danoise du pay­  – D de Martvili, municipalité de Martvili, Géorgie sage. À l’aide de douze projets dans l’espace ru­  ecréation du lac Karla, région ral qui portaient sur la protection, la gestion et  – R de Thessalie, Grèce la mise en valeur des différents paysages, on a tiré des conclusions sur la gestion du paysage au  – I nitiative de revitalisation du paysage dans l’esprit de la Charte du paysage de Pogányvár, niveau communal. Ils ont abouti à une stratégie gouvernements local de Zalaszentmárton, pluridisciplinaire et participative pour l’espace ru­ Dióskál, Egeraracsa, Esztergályhorváti, ral.  Photo: Jørgen Primdahl Kerecseny, Orosztony, Pacsa, Zalaszabar, Paysages du futur, 2013 – 2018 Organisme responsable:  Université de Copenhague Zalavár, Hongrie  – L  ’origine des traditions culturelles lettones; Dikļi, lieu de naissance du festival de la chanson lettone, municipalité de Kocēni, Lettonie  – U  n autre paysage pour Vianden, Syndicat pour l’Aménagement et la Gestion du Parc naturel de l’Our, Luxemburg  – Atlas de paysages du bassin Yeşilırmak, uni­ versité de Duzce, faculté de sylviculture, département d’architecture paysagère, Turquie Les textes des distinctions et des nominés se basent sur le rapport du jury du Prix du paysage du Conseil de l’Europe, 6e session, 2018 / 19.

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Un parc à la place du canal La renaturation de l’Aire près de Genève permet à la Suisse de remporter pour la première fois le Prix du paysage du Conseil de l’Europe. Le projet est une grande réussite pour la nature et l’homme: des mesures de gestion des crues ont abouti à la création de biotopes propices à la faune et à la flore si bien que ce site délaissé a donné naissance à un parc apprécié. Ce cahier présente ce projet et d’aut­ res distinctions dans le contexte de la Conven­ tion européenne du paysage qui assure la promotion, depuis vingt ans, d’une approche globale du paysage.  www.ofev.admin.ch

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Un parc à la place du canal  

La renaturation de l’Aire près de Genève permet à la Suisse de remporter pour la première fois le Prix du paysage du Conseil de l’Europe. Un...

Un parc à la place du canal  

La renaturation de l’Aire près de Genève permet à la Suisse de remporter pour la première fois le Prix du paysage du Conseil de l’Europe. Un...