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Ensemble Le journal trimestriel de l’Hospitalité landaise de Notre-Dame-de-Lourdes

Hors-série n°1 - 02/14 Le handicapé, un frère si différent ?

À

l’occasion de la journée d’amitié du 1er décembre 2013 au Foyer André Lestang de Soustons nous avons eu à réfléchir à l’aide d’un questionnaire sur le monde du handicap. Voici les réponses recueillies, nous vous les rapportons telles quelles, dans un esprit de fidélité.

1. Pour moi qu’est-ce que le handicap ? « C’est une privation de liberté, une perte d’autonomie (intellectuelle et/ou physique), qui entraine une dépendance plus ou moins importante. » « L’impossibilité d’être comme tout le monde. » « C’est une blessure qui peut nous toucher à tout moment dans la vie sous toutes ses formes (tête, cœur ou corps). » « Le handicapé est celui qui ne peut agir seul et dont l’intelligence est intègre. » « État dont la personne n’est pas responsable. » « Personne hors-norme, inadaptable à la société actuelle. Mais qu’est-ce que la norme ? »

2. Quel regard est-ce que je porte sur celui que je crois différent de moi ? Suis-je à l’aise en face de son regard ? Ne suis-je pas moi aussi porteur de handicaps ? « Regard de compassion, ne pas avoir pitié, je suis un peu perdu ou désorienté en face d’eux, je suis intimidé, je me sens souvent ridicule, la crainte, la peur, l’acceptation de la différence et le partage, sentiment d’injustice, regard naturel, sentiment de culpabilité en face de lui, regard interrogatif (pourquoi lui ?), a priori vite dissipés à leur contact, de l’admiration. »

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« Je ne suis pas toujours à l’aise, mais leur sourire nous aide beaucoup, ainsi que leurs comportements. Ils font souvent le premier pas qui va nous aider. » « Voir la personne handicapée comme une personne normale. » « Il faut se préparer avant une telle rencontre. » « Je suis plus à l’aise en face d’un handicapé moteur que devant un handicapé cérébral. » « Ils sont des leçons de vie pour nous, nous avons beaucoup à apprendre d’eux car ils ont une richesse intérieure et beaucoup de ressources. » « Nous avons souvent tendance à juger sur les apparences. » « Nous avons tous nos handicaps, mais n’oublions pas que nous avons plus ou moins les armes pour les surmonter, alors que nos frères handicapés sont dépendants dans de nombreux domaines. »

3. Me

suis-je imaginé à sa place pour essayer d’adapter mon comportement dans une multitude de situations de sa vie ? En face de lui, suis-je dans « faire à sa place» plutôt que dans le « lui laisser faire » ? Pour quelle raison ? Quelles modifications dois-je apporter dans mes comportements ?

« J’ai déjà vécu cette situation difficile à accepter. » « Se mettre à leur place donne angoisses et vertiges. » « Ne pas s’imposer, être patient, écouter, être discret, oublier toute condescendance, prendre son temps, être humble, avoir de la mesure, préserver leur amour propre, ne pas materner, ne pas faire de transferts sur eux, savoir s’adapter. » « Étant parents d’un enfant handicapé, notre comportement est différent de celui des professionnels. Notre enfant est-il capable ? Avons-nous exploré toutes ses capacités ? » « Nous devons nous comporter le plus normalement possible avec eux. » « Croyant bien faire et pour les aider « au maximum », nous sommes dans le faire plutôt que dans le laisser faire. Ne pas donner la priorité à la rapidité, l’efficacité ou la rentabilité. » « Si je devais me trouver dans cette situation (suite à un accident de la circulation), j’aimerais que l’on m’aide juste pour ce que je n’arrive pas à faire seule. » « J’ai empiété sur ses capacités à réaliser. » « Se mettre à la même hauteur qu’eux pour équilibrer l’échange. »

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4. Quelles richesses est-ce que je découvre en lui, qu’est-ce que cela m’apporte ? « Leurs sourires, leurs mercis, leur gaieté, leur force, leur patience, leur générosité, leurs désirs d’avancer et de progresser, ils sont patients avec nous ! » « Ils nous donnent une leçon de courage qui nous aide à surmonter nos inhibitions et nos blocages. Ils nous donnent à voir ce qu’il y a d’essentiel dans nos vies. » « Nous n’avons plus le droit de nous plaindre de nos propres maux. » « Souvent ils nous font comprendre que nous sommes, nous aussi, porteurs de handicaps multiples et variés. » « Ils font tomber nos préjugés. » « Nous recevons beaucoup plus que ce que nous avons pu donner. » « Ils nous donnent le sentiment d’aimer la vie malgré leurs handicaps. » « J’ai découvert qu’il était comme moi avec les mêmes envies, les mêmes chagrins, les mêmes doutes, la même foi et, en plus, il fait avec son handicap. Est-ce que moi j’en serais capable ? » « La personne handicapée donne une autre dimension au temps, à la durée, à la relation humaine. »

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Du service à Lourdes à la vision chrétienne de l’homme Intervention de Monseigneur Hervé Gaschignard à l’occasion de la 4ème rencontre internationale des hospitaliers à Lourdes le 6 décembre 2013.

A

u cours de votre congrès, vous voulez aujourd’hui approfondir l’engagement à professer la foi catholique et vous me demandez de vous exposer la vision chrétienne de l’homme. Ma première réflexion souligne que, dans notre Credo, il n’y a pas une doctrine sur l’homme. Tout cela semble découler de cet article de la foi « il s’est fait homme ». On peut aussi préciser qu’on ne parle que de deux êtres humains, sans rien en dire : la Vierge Marie, et Ponce Pilate… Leur mention dit quelque chose de l’homme. Le sens de l’homme s’expliquera donc non seulement comme une identité grâce au Verbe qui s’est fait chair, mais aussi dans une histoire dont Marie et Ponce Pilate sont les témoins actifs et significatifs. ‘‘ À Lourdes, par le service, chacun tant hospitalier que malade, devient plus humain et plus chrétien. ’’ On pense un peu spontanément que le service effectué va ouvrir nos yeux à la vision chrétienne de l’homme, grâce à l’approfondissement de notre regard sur les personnes que nous servons. Et c’est vrai, les personnes servies par nos soins nous révèlent le vrai sens de l’homme au cœur même de leur pauvreté et de leur fragilité. Mais je voudrais souligner aussi que le service rendu transforme aussi celui qui rend le service. Ainsi, par ce service, c’est l’hospitalier qui découvre sa véritable humanité chrétienne, qui devient le témoin crédible et aimable d’une humanité chrétienne, d’une plus grande humanité. À Lourdes, par le service, chacun tant hospitalier que malade, devient plus humain et plus chrétien. Nous pressentons ainsi que le service à Lourdes nous place à la fois devant le mystère de Dieu, du Père et Créateur de tous les hommes, du Fils qui a pris chair pour nous sauver, de l’Esprit Saint qui sanctifie à la fois les malades et les bien-portants. Alors, nous découvrons que l’homme est aussi un mystère. Un mystère, dans le langage chrétien, n’est pas une réalité inexplicable et inatteignable, mais une réalité qui n’en finit pas de se dévoiler à la raison éclairée par la Foi. Tout être humain ne peut se déchiffrer totalement qu’à la lumière du mystère du Christ, de sa nature humaine et de sa nature divine. De même que le Verbe éternel est entré dans l’histoire pour s’y révéler, tout homme se déchiffre dans la lumière de sa propre histoire sainte, des étapes de sa vie. Lorsque deux personnes se rencontrent le temps d’un bref service à Lourdes, ce sont deux mystères qui se rejoignent pour mieux se dire l’un par l’autre : celui de deux êtres humains éclairés par le mystère de Dieu.

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« QU’EST-CE QUE L’HOMME POUR QUE TU PENSES À LUI ? » (PS. 8, 5) Dans notre expérience lourdaise, nous faisons une expérience de notre condition de créature et de l’étonnante dignité de chacun. Nous portons un regard contemplatif sur l’être humain. Le respect des personnes et des relations nouées, les regards des uns sur les autres, sont, au quotidien, une manière d’entrer dans la réalité et la dignité de notre condition de créature de Dieu. Dans notre expérience lourdaise, nous faisons l’expérience d’une merveilleuse proximité avec une créature comblée de grâce, l’Immaculée Conception. La Vierge Marie a été rachetée dès sa conception par une grâce et une faveur singulière, en vue des mérites de Jésus Christ, Sauveur du genre humain. Elle fut préservée intacte de toute souillure du péché originel. De plus, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie. Elle est la « toute Sainte » vers qui nous nous tournons ici tous ensemble.

L’homme est une créature de Dieu Les deux questions de notre origine et de notre fin sont inséparables. D’où venons-nous et où allons-nous ? Ces deux questions sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de nos actes. Dieu révèle à Israël qu’il est le créateur de toute chose et de tout être. C’est la première étape de la réalisation d’une alliance qu’il veut établir avec son peuple. Il a tout créé par sagesse et par amour, à partir de rien, pour faire entrer l’homme dans cette Alliance. Il a tout créé dans et par le Verbe éternel, « premier-né de toute créature » et « image du Dieu invisible » (Col. 1, 15). Il maintient et porte encore la création, et donc tout homme, dans son existence. ‘‘ Là réside le véritable fondement de la dignité humaine : « Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur » (Ps. 8, 6) ’’ L’homme existe parce que Dieu l’a appelé par son nom, d’une manière tout à fait unique et personnelle : « je veux que tu sois ». L’attitude fondamentale doit donc être pour lui l’action de grâce et la confiance. Sainte Claire disait au soir de sa vie : « Béni sois-tu Seigneur de m’avoir créée » (voir aussi le psaume 139, 14-18). Tout homme est le fruit d’une pensée particulière de Dieu Créateur et la réponse personnifiée à cet appel personnel de Dieu. Là réside le véritable fondement de la dignité humaine : « Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur » (Ps. 8, 6). À Lourdes, par le service rendu et reçu, hospitaliers et malades redécouvrent ensemble leur condition de créature et leur éminente dignité. Il n’y a pas de différence entre les personnes, entre celui qui sert et celui qui est servi. Nous faisons l’expérience de la véritable égalité des créatures.

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« L’homme est à l’image de Dieu » (Gen. 1, 26). L’homme est la seule créature capable de connaître et d’aimer son créateur. Il est appelé à partager par la connaissance et l’amour, la vie même de Dieu. À l’image de Dieu il est alors une personne, quelqu’un capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner, pour entrer en communion avec d’autres personnes. C’est un être de relations multiples : avec Dieu pour le louer, avec ses frères pour les aimer, avec le monde créé pour en être l’intendant, avec lui-même pour se respecter. Dieu a tout créé pour l’homme, et l’homme a été créé pour servir et aimer Dieu en lui offrant toute la création. Cette communauté d’origine et d’image établit l’unité du genre humain, et des hommes entre eux. ‘‘ l’homme n’a pas un corps, mais il est corps et il est âme et esprit ; l’homme est «corps et âme, vraiment un» ’’ Cette image concerne l’homme tout entier. La personne humaine est un être à la fois corporel et spirituel, dans une parfaite unité. La Bible a toujours en vue l’être humain dans sa totalité. Elle l’évoque en faisant référence à des réalités corporelles déterminées, comme le souffle, la chair, le cœur, les reins, l’âme. Mais c’est toujours dans une perspective unifiée. En ce sens, l’homme n’a pas un corps, mais il est corps et il est âme et esprit ; l’homme est «corps et âme, vraiment un» (Gaudium et Spes, 14, 1). Lorsque nous touchons une personne dans son corps, nous touchons toujours le cœur et l’esprit. Les gestes de la main et les mots soignent l’âme.

« Homme et femme il les créa. » (Gen. 1, 27) Les créatures sont parfaitement égales, parfaitement uniques dans leur ressemblance et pourtant elles demeurent distinctes. L’altérité sexuelle est une réalité voulue par Dieu, fondamentale pour comprendre l’être humain. Être homme et être femme est une réalité bonne et voulue par Dieu. Dans une parfaite égalité, une même dignité, à l’image de Dieu, l’homme et la femme reflètent la sagesse et la bonté du Créateur. Ils sont voulus par Dieu l’un pour l’autre, non qu’ils ne seraient que des moitiés d’êtres humains, mais qu’ils sont faits pour la communion, c’est-à-dire une complémentarité dans l’égalité. Et cette communion est le lieu du surgissement de la vie. L’altérité sexuelle est féconde à tous les points de vue. Il est donc bon que notre service en tienne compte.

L’homme, une créature appelée à la vie divine. L’homme n’est pas seulement créé bon, mais aussi appelé à l’amitié avec son créateur. Cette vie divine est appelée la béatitude, et la meilleure approche que nous en avons, c’est la réalité décrite par le récit des Béatitudes de saint Matthieu dans son Évangile au chapitre 5, 1-11. Jésus révèle dans ce discours sur la montagne à la fois le chemin et le

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but de notre vie. Nous sommes appelés à la béatitude éternelle. Le but de toute notre existence durant notre pèlerinage ici-bas sur la terre, tout comme dans le Ciel, est une vie éternelle dans l’amitié avec Dieu, la vie de l’homme dans l’amitié avec Dieu. Tout cela bien sûr éduque au plus profond notre regard, et nous laissons la Vierge Marie éduquer et ouvrir nos cœurs pour contempler la merveille de notre origine dans la grâce et la beauté de notre destinée dans la Rédemption, autour d’elle, la Vierge couronnée.

L’HOMME SAUVÉ PAR LE CHRIST Lorsque nous servons nos frères malades, nous découvrons les limites de la création blessée, la fragilité de l’homme dans sa nature physique et psychique, mais aussi le mal moral qui ronge les cœurs. Nous sommes replacés nous-mêmes devant toutes nos faiblesses humaines et spirituelles. Nous cheminons alors avec les pèlerins dans ces lieux si précieux où se manifestent la guérison, la purification et la réconciliation, de l’homme avec lui-même, avec ses frères, et avec son Dieu. Qu’il suffise d’évoquer ici, en premier lieu la grotte bien sûr, mais aussi les piscines et les points d’eau, la chapelle et les célébrations du sacrement de la Réconciliation.

Devant le Christ en croix Dieu est infiniment bon dans toutes ses œuvres. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la souffrance, des maux de la nature, mais surtout du mal moral. Mais d’où vient le mal ? « Je cherchais d’où vient le mal et je ne trouvais pas de solution » dit saint Augustin (Confessions VII, 7, 11). Cette quête ne trouve une issue que dans la conversion au Dieu vivant, c’est-à-dire au Christ, premier-né de toute créature et premier-né d’entre les morts (Col. 1, 15). C’est en le contemplant que nous voyons à la fois l’étendue du mal et la surabondance de la grâce qui nous sauve. Celui qui connaît Jésus peut savoir qui est vraiment l’homme. Il est le premier à révéler totalement et à porter à sa perfection, la ressemblance de l’homme avec Dieu, car il s’est fait semblable à nous en toute chose excepté le péché. Le péché originel est la rupture de l’amitié originelle et une privation de la grâce. L’homme tenté a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur, et en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de Dieu. Tout péché, par la suite, est une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté. Mais Dieu n’abandonne pas l’homme au pouvoir de la mort, et ne se résigne pas à nos ruptures d’Alliance. Le péché nous a privés de la grâce, mais dans son amour le Christ vient nous y rétablir. Les prières eucharistiques formulent ce cœur de la Foi d’une belle manière : « Comme il avait perdu Ton amitié en se détournant de Toi, Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort. Dans Ta miséricorde, Tu es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils Te cherchent

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et puissent Te trouver [...] Tu as tellement aimé le monde, Père très Saint, que Tu nous as envoyé Ton propre Fils […] pour qu’il soit notre Sauveur […] Pour accomplir le dessein de Ton amour, il s’est livré à la mort, et, par sa résurrection, il a détruit la mort et renouvelé la vie. » (P. E. IV).

L’homme est donc une personne sauvée dans le Christ Le Christ s’est fait chair, il est entré dans notre condition humaine, c’est-à-dire dans la nature humaine et l’histoire, pour nous apporter le Salut. Dans notre Foi, il faut toujours lier le mystère de l’Incarnation et celui de la Rédemption. Dans la nuit de Noël, l’Évangile de saint Luc ne nous annonce pas seulement la naissance d’un «homme-Dieu», mais bien celle d’un « Sauveur» (Luc, 2,11). Le Christ nous sauve du péché, en gardant l’amitié et la confiance à son père jusque dans la mort, en offrant sa vie pour nous par amour. Il ne veut pas seulement «sauver» sa vie en restant dans l’amour du Père, et nous montrer ainsi une divinité inatteignable. Mais il vient «sauver» la multitude avec lui en offrant sa vie pour tous.

Le serviteur du lavement des pieds Cet amour offert par le Christ s’est manifesté tout au long de sa vie publique, en particulier dans le geste du serviteur que rapporte l’Évangile de saint Jean au chapitre 13. Vous connaissez tous cet épisode du lavement des pieds. Cette attitude est tellement révélatrice du Christ, et donc de l’homme, qu’elle est le chemin de la miséricorde envers soi-même et envers les autres. Et c’est dans le service qui va jusqu’au bout, que l’homme révèle son véritable visage. L’amour du Christ se révèle bien sûr parfaitement dans le mystère de Pâques, c’est-à-dire à la fois le scandale de la croix, le silence et l’attente du tombeau, et la victoire du matin nouveau. Cet amour renouvelle la vie.

Le sacrement du Salut Le Fils de Dieu s’est donc incarné «pour nous, les hommes, et pour notre salut». Il est le vrai Dieu et le vrai homme. Ainsi, en Jésus Christ, l’Alliance entre Dieu et l’humanité se réalise de manière unique. Il nous y rend participant d’une telle manière que cette union avec Dieu n’enlève rien à l’homme, ne le diminue pas, ne lui fait pas violence, mais au contraire le libère. Notre salut est une communion intime entre Dieu et l’humanité, un « surprenant et admirable échange ». Saint Léon le Grand précise ainsi : «Le rédempteur est devenu le fils d’un être humain, afin que nous puissions devenir fils de Dieu». Cet admirable échange se célèbre, se réalise à chaque eucharistie. En Jésus Christ, au matin de Pâques, une ère nouvelle s’ouvre pour l’ensemble de l’humanité. Ce qui s’est produit de manière unique dans son incarnation, est offert en partage à tous

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les hommes. Par la communion avec Dieu, nous pouvons parvenir à l’accomplissement de notre existence humaine. Cet accomplissement n’est pas seulement une exaltation de nous-mêmes, mais un chemin pascal. Pour chacun personnellement, comme pour le peuple de Dieu collectivement, ce chemin passe par la croix et la mort pour s’ouvrir sur le don nouveau de la vie dans la résurrection, le don d’une filiation adoptive toute nouvelle. Le temps et l’histoire nous sont offerts pour que nous entrions progressivement dans cette condition nouvelle de fils adoptif, en Jésus Christ, et que nous vivions les prémices de la Résurrection « par lui, avec lui et en lui ». ‘‘ Je regrette parfois que les hospitaliers soient tellement pris par leurs tâches qu’ils en négligent parfois la participation sacramentelle pour leur service ’’ Ce mystère du Salut se déploie dans la vie sacramentelle de l’Église, en particulier par les trois sacrements que nous célébrons davantage dans notre service d’hospitalier. Voyez la place de l’eucharistie à Lourdes, tant dans la célébration de la messe que dans l’adoration ou la procession du Saint-Sacrement qui la prolonge et nous tient en compagnie du Sauveur. Voyez les deux sacrements de la guérison, le sacrement des malades et celui de la réconciliation. Dans ces moments-là, notre condition personnelle de fils adoptifs du Père, et l’humanité nouvelle réconciliée dans la Nouvelle Alliance, nous deviennent visibles. Je regrette parfois que les hospitaliers soient tellement pris par leurs tâches qu’ils en négligent parfois la participation sacramentelle pour leur service.

L’HOMME DANS LA GRÂCE Dans notre service d’hospitalier, nous cherchons à donner le meilleur de nous–mêmes, malgré les fatigues et les contradictions. Mais n’oublions pas que les malades, dans leur abandon entre nos mains, donnent eux aussi le meilleur d’eux-mêmes. Les fruits de l’Esprit Saint sont recherchés et vécus par tous. Saint Paul les rappelle aux Galates : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Gal. 5, 22). Nous les recherchons et les recevons à chaque instant, pour accomplir la multitude des services, aussi ingrats soient-ils, comme un temps de grâce. Cette expérience brève du pèlerinage est une école, un apprentissage pour notre vie quotidienne.

La vie dans la grâce La vie dans l’Esprit Saint accomplit la vocation de l’homme. La grâce n’est pas une réalité matérielle. Elle n’est rien d’autre que Dieu lui-même qui se communique à nous par JésusChrist, dans l’Esprit Saint. Elle est donc une participation de l’être humain à la vie de Dieu. La grâce est une réalité dynamique qui tend à transformer la vie entière de l’homme, par

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les trois vertus théologales de la Foi, l’Espérance et la Charité, mais aussi par toutes les vertus qui sous-tendent tous les actes humains. Elle se rend visible dans la charité divine et la solidarité humaine. Elle est accordée gratuitement comme un Salut. Un bel article, le n° 1700 du Catéchisme de l’Église catholique, nous introduit dans cette réalité de la vie de la grâce : « La dignité de la personne humaine s’enracine dans sa création à l’image et à la ressemblance de Dieu ; elle s’accomplit dans sa vocation à la béatitude divine. Il appartient à l’être humain de se porter librement à cet achèvement. Par ses actes délibérés, la personne humaine se conforme, ou non, au bien promis par Dieu et attesté par la conscience morale. Les êtres humains s’édifient eux-mêmes et grandissent de l’intérieur : ils font de toute leur vie sensible et spirituelle un matériau de leur croissance. Avec l’aide de la grâce ils grandissent dans la vertu, évitent le péché et s’ils l’ont commis, s’en remettent comme l’enfant prodigue à la miséricorde de notre Père des cieux. Ils accèdent ainsi à la perfection de la charité. » ‘‘ Plus on fait le bien, plus on devient libre, et véritablement humain ’’

L’homme dans sa liberté Dieu nous a créés comme des hommes libres et raisonnables, doués de l’initiative et de la maîtrise de nos actes (par la raison et la volonté). La liberté est en nous une force de croissance et de maturation dans la vérité et la bonté. Elle atteint sa perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre béatitude. En attendant cette perfection, elle rend possible de choisir entre le bien et le mal, donc de grandir en perfection ou de défaillir et de pécher. La liberté reste toujours la caractéristique de nos actes proprement humains. Plus on fait le bien, plus on devient libre, et véritablement humain. Il n’y a de liberté vraie qu’au service de la justice et du bien. L’homme libre travaille toujours à la libération de ses frères, à l’abolition des injustices, des entraves individuelles et des esclavages de toutes sortes. Le choix de la désobéissance et du mal est un abus de la liberté et conduit à « l’esclavage du péché » (Rom. 6, 17).

L’Esprit Saint nous a été donné par le Ressuscité Nous connaissons bien les récits de cette remise de l’Esprit, en particulier celui de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres (2, 1-11). Ce don de l’Esprit rend possible notre pleine communion à Dieu et à nos frères, dans un don de nous–mêmes. Nous sommes des êtres personnels uniques, non seulement parce que nous sommes des êtres de relation, mais parce que, dans notre liberté, nous sommes des êtres qui se donnent par amour, au cœur de ces relations. L’Esprit Saint qui est l’amour même du Père et de Fils, c’est-à-dire

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le don par excellence, nous rends possible la participation à ce don. Il nous libère de nous-mêmes pour que nous vivions dans la liberté des enfants de Dieu qui se donnent à Dieu et à leurs frères. Il est le principe de notre réponse libre à l’appel divin. Il nous rend possible cette configuration avec le Christ, qui s’est lui-même accomplit en plénitude en se donnant jusqu’au bout.

Le don de la fraternité Nous découvrons alors que l’Esprit Saint rend possible la seule vraie fraternité entre les hommes. Nous sommes unis les uns aux autres, non pas par une communauté d’origine en Adam, mais par une communauté en Jésus Christ, le premier-né d’une multitude. C’est lui qui nous rapproche ensemble du même Père, dans la force de L’Esprit Saint. Le don du Saint-Esprit n’est donc pas fait seulement individuellement aux disciples de Jésus pour qu’ils soient sauvés, vivent entre eux dans la grâce, mais pour qu’ils vivent ensemble, avec tout le genre humain, une fraternité profonde. Nous comprenons mieux que cette vie dans la grâce ne peut s’épanouir que dans une dimension communautaire, dans le corps du Christ constitué de tant de membres, dans l’Église. Dans notre profession de foi, l’Église est professée dans la lumière de l’Esprit Saint, comme une communion des saints.

Le sacrement de l’Esprit L’homme dans la grâce vit des dons du Saint-Esprit, non pas d’abord pour atteindre une perfection morale, mais pour accomplir dans tous ses actes moraux sa vocation de fils de Dieu, d’homme libre et de frère universel. Pour reprendre l’article n°1700 cité précédemment : «Les êtres humains s’édifient eux-mêmes et grandissent de l’intérieur : ils font de leur vie sensible et spirituelle un matériau de leur croissance ». Dans le souffle de l’Esprit, ils édifient en même temps l’Église et le genre humain. L’Église est alors fidèle à son Seigneur et à elle-même dans la mesure où, en elle, se réalisent l’amour et la fraternité qui doivent être ouverts à tous nos semblables. L’Église est comme le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et l’union de tout le genre humain (Lumen Gentium, 1). Cette union est donnée par l’Esprit. L’Église est aussi appelée parfois, le sacrement de l’Esprit. ‘‘ Il nous faut apprendre à nous « laisser aller à l’Esprit » pour goûter la joie éternelle de l’Église, et retrouver la joie de la mission propre aux véritables disciples. ’’ Nous faisons particulièrement l’expérience de l’Église dans notre service d’hospitalier. L’Église est aussi appelée le « Temple de l’Esprit » (Lumen Gentium, 1). Son caractère universel apparaît bien dans notre expérience ici, dans la multitude des visages, des races

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et des cultures. La vie de grâce doit élargir nos cœurs à tous les chercheurs de Dieu qui attendent notre témoignage pour découvrir la puissance de l’Évangile. L’Esprit Saint nous précède toujours sur les chemins de la rencontre de ces frères (Redemptoris Missio). Il nous faut apprendre à nous « laisser aller à l’Esprit » pour goûter la joie éternelle de l’Église, et retrouver la joie de la mission propre aux véritables disciples. Nous nous mettons au service les uns des autres, avec nos bras, et nos mains. Notre charité se fait ici inventive, comme le souhaitait saint Vincent de Paul, né dans le diocèse d’Aire et Dax. Nous pouvons découvrir la profondeur de cette expérience du service dans ce qu’elle révèle de l’homme créé à l’image de Dieu, de l’homme sauvé par le Christ, et sanctifié par l’Esprit. Nous comprenons peut-être mieux alors comment l’Église peut être qualifiée d’«experte en humanité», pour notre joie personnelle et pour celle du monde. Mais nous comprenons alors mieux, dans la lumière de la Foi, que ce trésor reçu à Lourdes nous envoie toujours en mission vers les plus pauvres, les plus démunis et les plus malades de nos frères. Ce frère est aussi celui qui partage mon service dans l’hospitalité ou bien moi-même. Une belle expression de la tradition orientale parle du «sacrement du frère» pour décrire la richesse de tout service vécu à la lumière du Christ serviteur et du lavement des pieds. La Vierge Marie se présente dans son Magnificat comme « l’humble servante ». Elle peut nous conduire au-devant du mystère de Dieu et du mystère de l’homme, pour les louer, les respecter et les servir.

Directeur de la publication : Hugues de Lestapis - Rédacteur en chef : Vincent Guichenuy Commission du bulletin : Julie Perromat, Jean-Pierre Ducournau, Jacques Pons

Hospitalité landaise - 102, avenue Francis-Planté - 40100 DAX Permanence les lundis et vendredis : 14h30-16h30 Tél : 05 58 58 31 10 hospitalite@landes.cef.fr - www.hospitalite-landaise.fr

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