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MAI 2013 - N° 797

DOSSIER : LA PRESSE, UNE AVENTURE MILLÉNAIRE À LA UNE - SPÉCIAL VILLE : BELFORT, L’ÂME D’UNE SENTINELLE MAI 2013 – N° 797 – 5,50 €

ALL 6,90 €/BEL 6,30 €/CAN 9,99 $CAN/DOM 6,50 €/ESP 6,50 €/GR 6,50€/ITA 6,50 €/PORT-CONT 6,50 €/LUX 6,50 €/MAR 58,00 DH/MAY 7,90 €/CH 11 FS/TOM AVION 1550,00 XPF/TOM SURFACE 880 XPF/TUN 6,50 TND

CE JOUR-LÀ 14 mai 1610, l’assassinat d’Henri IV

UNE AVENTURE MILLÉNAIRE À LA UNE

LA PRESSE • Ceux qui ont tout inventé • L’âge d’or des grandes agences d’information • La révolution du numérique

PORTRAITLES … LeDESSOUS masseurDE… de Himmler, bienfaiteur l’humanité Bla bla bla bla bla bladebla NOS RENDEZ-VOUS INÉDITS : PRÉHISTOIRE, ARCHÉOLOGIE, LES ROUTES DE L’HISTOIRE, L’ORIGINE D’UNE EXPRESSION…

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Mai 2013

6 ACTUALITÉS

Notre-Dame fête ses 850 ans !

31 DOSSIER

Les heures de gloire de la presse Des Acta Diurna de la Rome antique aux grandes agen-

10 À LA PRÉHISTOIRE

ces photo du XXe siècle, en passant par les « canards san-

Les premiers agriculteurs

13 ARCHÉOLOGIE

Le couvent des Jacobins de Rennes

glants » et la Gazette de Théophraste Renaudot.

62 LES DESSOUS DE…

Le procès de Jeanne d’Arc Même captive, elle représente un danger. Les ennemis de

15 LE MUSÉE INSOLITE

la Pucelle d’Orléans organisent une parodie de justice

Le musée de la Médecine

16 L’ART DE L’HISTOIRE

Caspar Friedrich, un peintre face à l’écrasante nature

pour faire de l’« envoyée de Dieu » un suppôt de Satan.

68 SPÉCIAL VILLE

Belfort : l’âme d’une sentinelle Située à la charnière de la France et du monde germanique, la cité sait que son salut tient à ses fortifications.

18 LES ROUTES DE L’HISTOIRE

Remaniée par Vauban, elle doit aussi à sa bravoure de

La route des favorites royales

20 L’INÉDIT DU MOIS

Lorsqu’un archiviste s’inquiète du devenir de Marc Bloch

demeurer française après la défaite de 1870…

78 À l’affiche 84 LIVRES 91 MOTS CROISÉS

21 UN ILLUSTRE INCONNU Les Pereire

92 PORTRAIT

23 UN MOT, UNE EXPRESSION

Felix Kersten, le masseur de Himmler

Sombrer dans les bras de Morphée

Ses mains sont les seules à pouvoir soulager le Reichs­ führer. Un privilège qu’il va mettre à profit, en plein

25 L’AIR DU TEMPS

règne nazi, pour sauver des milliers de prisonniers.

Je n’suis pas bien portant

26 CE JOUR-LÀ

14 mai 1610 : l’assassinat d’Henri IV

98 IDÉE REçUE

La tyrannie des seigneurs provoque les jacqueries

Gil Lefauconnier (x2) DR – JGraf/2012

contributeurs

Laurent Vissière

Pierre Albert

Patrick Éveno

Gilles Feyel

Membre du comité éditorial d’Historia, maître de conférences à Paris-Sorbonne, il va sortir un ouvrage sur le grand siège de Rhodes par les Ottomans en 1480.

Professeur émérite, il a publié quantité d’œuvres sur l’information écrite. Il prépare actuellement la 8e édition de La Presse française (La Documentation française).

Professeur en histoire contemporaine à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Dernier livre paru : Histoire de la presse française (Flammarion, 2012).

Professeur émérite des universités (Institut français de presse, Paris-II), historien des médias et du journalisme français, il est l’auteur de nombreux ouvrages.

4 historia mai 2013

Jean-Pierre Verney/akg images – Roger Viollet – Caspar Benson/fstop/ Corbis

sommaire


Bringard Denis/hemis.fr Gil Lefauconnier Éric Fougère/VIP Images/Corbis – DR x 2

Dossier : Les heures de gloire de la presse, p. 31

Spécial ville : Belfort, p. 68 L’âme d’une sentinelle

marie-Ève thérenty

Jean-Christian Petitfils

Philippe Contamine

François Kersaudy

Professeur des universités et directrice du centre RIRRA21 de Montpellier III. Elle a notamment codirigé La Civilisation du journal (Nouveau Monde, 2011).

Spécialiste de la France classique, il a rédigé des biographies de Louis XIII, Louis XIV… et dernièrement Le Frémissement de la grâce (Fayard, 2012).

Professeur émérite à ParisSorbonne et membre de l’Institut, ce grand médiéviste a récemment cosigné Jeanne d’Arc, histoire et dictionnaire (Robert Laffont, 2012).

Historien, spécialiste de l’œuvre de Churchill et professeur, il a enseigné à Oxford et à Paris-I. Il a publié en mars 2013 Les Secrets du IIIe Reich (Perrin).

mai 2013 historia 5


l’art de l’histoire

Caspar Friedrich Kunsthalle, Hambourg/Selva/Leemage

Un peintre face à l’écrasante nature «

C

Ce tableau de l’artiste allemand est l’un des plus sombres et des plus inquiétants de l’exposition « L’ange du bizarre, le romantisme noir de Goya à Max Ernst », organisée au Musée d’Orsay, jusqu’au 9 juin.

royez-vous aux fantômes ? – Non, mais j’en ai peur ». C’est la réponse de M me Du Deffand, qui règne sur l’un des salons les plus courus de Paris, à Horace Walpole, auteur du premier roman noir, Le Château d’Otrante. Un trait d’esprit qui montre combien la superstition et la raison, le plaisir et l’effroi font encore bon ménage au XVIIIe siècle. Même chez les plus éclairés, le goût pour les brillantes démonstrations n’a pas totalement supplanté l’attachement aux vieilles croyances. Il semble, au contraire, que la part d’ombre du genre humain trouve un exutoire dans la violence aveugle, tant dans la Terreur révolutionnaire que dans les guerres qui suivirent. Ce déchaînement sauvage ébranle la foi dans les idées progressistes. Et se traduit en littérature et dans l’art, au XIXe siècle, par un goût prononcé pour l’imaginaire cruel, sombre et fantastique. On

16 historia mai 2013

parle­de romantisme noir. Félix Krämer, commissaire de l’exposition « L’ange du bizarre », en donne cette définition : « L’effroyable, le merveilleux et le grotesque contestèrent au beau et à l’immaculée leur suprématie. Face à l’idéal antique s’affirma l’attrait des contes et légendes, de même que la fascination pour le Moyen Âge. On trouva de plus en plus de charme à la nature environnante. On opposa à la lumière du jour le brouillard et la mystérieuse nuit noire. » En littérature, Lord Byron, Edgard Allan Poe ou Charles Baudelaire investissent les contrées démoniaques du désir et de la peur. En peinture, Goya et sa série fantasmagorique Les Désastres de la guerre, s’inspirant de l’invasion de l’Espagne par les troupes napoléoniennes, Füssli et ses représentations de sorcières qu’on dirait tirées des tragédies shakespeariennes, ou bien Blake et ses monstres apocalyptiques, dominent le genre.

L’Allemand Caspar David Friedrich (1774-1840) participe, lui aussi, à cet état d’esprit dépressif orienté vers l’étrange. Cimetières, tombes ouvertes, ruines, navires en perdition, forêts, gorges et eaux étales où règne un inquiétant silence, apparaissent de manière récurrente dans son œuvre. Son ami, le dramaturge Heinrich von Kleist est effrayé devant son œuvre phare Le Moine au bord de la mer dans laquelle, la nuit, un ecclésiastique minuscule fait face à l’étendue illimitée de l’océan : « Il n’est rien de plus triste et de plus pénible qu’une pareille situation dans le monde : être la seule étincelle de vie dans l’immense empire de la mort, le centre solitaire d’un cercle solitaire. » Même réaction d’épouvante face à l’Abbaye dans une forêt de chênes, représentant un paysage hivernal et désolé, une église gothique en ruine et une procession de moines entre des pierres tombales, le tout noyé dans la brume. La toile fut

pourtant acquise par le futur roi de Prusse lors de son exposition en 1810. Originaire de Greifswald en Poméranie, sur la Baltique, Friedrich commence ses études d’art à Copenhague avant de s’établir à Dresde. La disparition de son frère cadet, mort noyé sous ses yeux à 13 ans, est probablement à l’origine de sa tentative de suicide en 1801, à 27 ans. Ses paysages romantiques déroutent. Et ses personnages vus de dos invitent à l’humilité face à une nature toute-puissante, plus forte que la raison. « Mais il n’y a rien à voir ! », se serait écrié un visiteur bouleversé par le sentiment de vertige… Le romantisme exacerbé de Friedrich finit par lasser ses défenseurs, au point qu’à partir de 1820 son œuvre tombe peu à peu dans l’oubli… Avant d’être redécouverte en 1906 à Berlin, quelques années avant la Première Guerre mondiale et son cortège d’horreurs, d’angoisses et de terreurs. L Élisabeth Couturier


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bPK, berlin/Hamburger Kunsthalle/elke Walford/dist. rmn- grand Palais

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« Rivage avec la lune cachée paR des nuages (claiR de lune suR la meR) », 1836 . Huile sur toile (134 x 169,2 cm). • Hambourg, Hamburger KunsthalleSource

Paysage de mer nocturne. Il distille un sublime plus inquiétant qu’effrayant car il s’appuie sur des lieux réels et non pas sur des mythes. L’orage menace, l’obscurité gagne. Face à l’infini, le spectateur perd ses repères. À l’époque de Friedrich, l’artiste devait prendre ses distances avec la réalité. D’où le malaise que peut procurer sa peinture.

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Les voiLiers. Ces

vaisseaux fantômes ressemblent aux portiques d’un château en ruine. Friedrich accentue ainsi l’ambiance mélancolique de son paysage. Il cherche à se démarquer de l’académisme et prône un « art allemand ». En 1816, en réaction aux conquêtes napoléoniennes, il refuse de venir étudier en France et se rapproche de l’écrivain nationaliste Ernst Moritz Arndt. Un an plus tard, Goethe, adepte du néoclassicisme porteur de valeurs universelles, condamne « l’art néoallemand patriotico-religieux », défendu par Friedrich.

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La faibLe Lumière de La Lune. En 1815,

avant la défaite de Waterloo, les troupes napoléoniennes entrent dans Dresde. En 1836, lorsque Friedrich réalise cette toile, les récits des exactions commises par les troupes françaises circulent encore. Ce paysage nocturne, dans lequel la lueur lunaire effectue une mince percée, peut se lire comme le symbole des forces du Mal dominant les lumières de la Raison.

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Les sombres nuages. Cette masse

occupe presque la moitié de la composition. Et ce ciel menaçant forme un rideau d’obscurité. Autre symbole générant inquiétude et déstabilisation : l’artiste traduit aussi bien ses propres tourments intérieurs que ceux d’une génération désenchantée par les révolutions avortées.

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Grégory Proch

CE JOUR-LÀ

14 mai 1610

L’ASSASSINAT D’HENRI IV 26 historia mai 2013


Dossier 32 Les canards sanglants de la Renai­s­ sance C’est sur les places des villes et villages que l’on se tient informé. Par Laurent Vissière

41 Renaudot, le grand précurseur En 1631, ce médecin de formation obtient un privilège royal pour publier le premier hebdomadaire français. Par Pierre Albert

44 Le Mercure galant, pre­ mier journal people Au sommaire : la mode, des critiques de livres, les potins de la Cour… Par Patrick Éveno

50 L’aventure du Journal de Paris

55 L’âge d’or des grandes agences

Avec sa mise en pages claire, ses 50 rubriques, ce titre, lancé à la veille de la Révolution, compte 11 000 abonnés. Par Gilles Feyel

En 1832, Charles Havas fonde un bureau d’information, devenu, en 1944, l’AFP. Par Marie-Ève Thérenty

Les heures de gloire de la presse Vers 1670, la Gazette diffuse à 4 000 exemplaires. Dans les années 1960, jusqu’à 2 millions sortent certains jours des rotatives de France-Soir. Les journaux ont, pendant quatre siècles, été la principale source d’information – depuis, il y a eu la radio, la télévision et, aujourd’hui, Internet… Ce sont ces premiers temps que nous faisons revivre. Avec, en mémoire, cette formule d’Albert Camus, parue dans Combat, en 1945 : « Le journaliste est l’historien de l’instant », à laquelle Historia, magazine plus que centenaire, ne peut que souscrire.


en un clin d’œil la presse clandestine, hier et aujourd’hui Les populations pourchassées utilisent-elles Internet aujourd’hui comme les diasporas huguenotes se servaient de la presse clandestine au XVIIe siècle ? Louis XIV enrageait contre les gazettes écrites en français par des réfugiés protestants en Hollande. Ce pays était une vaste officine de rébellion contre l’absolutisme du roi de France. On y tressait

des railleries dans des « lardons », petits journaux racoleurs, ou on faisait des analyses plus sérieuses dans les gazettes d’Amsterdam, de Leyde, de Rotterdam sans oublier les Nouvelles de la République des lettres de Pierre Bayle. Les persécutés avaient trouvé dans la Hollande libérale et protestante la base arrière idéale pour développer cette industrie « libre »

de l’information alimentant tous les pays d’Europe. Les souverains du Vieux Continent portaient d’ailleurs régulièrement plainte. Ce n’est pas le cas des dissidents chinois, russes, nord-coréens ou cubains d’aujourd’hui qui doivent lutter de l’intérieur contre les tyrannies. Si Facebook et Twitter ont joué un rôle majeur dans les révolutions arabes,

Le tirage des grands quotidiens européens

Amsterdam, PAYS-BAS 560 000 ex. - 1893

Oslo, NORVÈGE 270 000 ex. - 1860

Reykjavik, ISLANDE 50 000 ex. - 1913 (francophone) Bruxelles, BELGIQUE 88 000 ex. - 1887 Dublin, IRLANDE 180 000 ex. - 1905

(néerlandophone) Bruxelles, BELGIQUE 370 000 ex. - 1888

Luxembourg, LUX. 80 000 ex. - 1848 (germanophone + édition francophone La Voix du Luxembourg)

Madrid, ESPAGNE 380 000 ex. - 1976

Porto, PORTUGAL 100 000 ex. - 1888

34 historia mai 2013

Aarhus, DANEMARK 125 000 ex. - 1871

Hambourg, ALLEMAGNE 3,5 millions ex. - 1952

Londres, ROYAUME-UNI 3,2 millions ex. - 1984

Paris, FRANCE 323 000 ex. - 1826

Stockholm, SUÈDE 450 000 ex. - 1830

Rennes, FRANCE 770 000 ex. - 1944 Neue Zücher Zeitung (germanophone) Zurich, SUISSE 100 000 ex. - 1780

Milan, ITALIE 610 000 ex. - 1876

(francophone) Genève, SUISSE 59 000 ex. - 1879 (of Malta) La Valette, MALTE 20 000 ex. - 1935


leur efficacité n’est pas totale car les régimes autoritaires s’adaptent aussi à Internet. Contrairement aux dictateurs actuels, Louis XIV n’a pas su trouver les « armes » pour lutter contre la presse insoumise, et ce malgré Vauban qui prévoyait de créer un « escadron anti-gazetiers » avec les meilleures plumes du royaume. Dans ces gazettes très lues dans toute

l’Europe, et diffusées sans agence Reuters, télégraphe ou réseau ferré, on pouvait lire des extraits du Traité du gouvernement civil de John Locke (1690), traduit par le huguenot Pierre Coste, premier ouvrage autorisant le peuple à se révolter en cas d’abus. Aujourd’hui, Fidel Castro a bien une page Twitter, mais pendant longtemps le régime a restreint l’achat

d’ordinateurs tandis qu’en Chine, Internet ne semble pas du tout ébranler le régime : censure et propagande d’État sont parfaitement maîtrisées. Pourtant, c’est bien un même désir de liberté qui pousse les huguenots d’hier et les dissidents d’aujourd’hui à critiquer leurs « tyrans ». Les moyens diffèrent, mais l’esprit de révolte est le même. L Simon Veille

Helsinki, FINLANDE 400 000 ex. - 1889

Varsovie, POLOGNE 400 000 ex. - 1989

Prague, RÉP. TCHÈQUE 520 000 ex. - 1992

Tallinn, ESTONIE 70 000 ex. - 1857

Riga, LETTONIE 55 000 ex. - 1988

Bratislava, SLOVAQUIE 70 000 ex. - 1990 Budapest, HONGRIE 87 000 ex. - 1938

Vilnius, LITUANIE 70 000 ex. - 1989

Vienne, AUTRICHE 250 000 ex. - 1954

Bucarest, ROUMANIE 110 000 ex. - 1992 O Phileleftheros (grec) Nicosie, CHYPRE 26 000 ex. - 1955

Ljubljana, SLOVÉNIE 80 000 ex. - 1959

Cette sélection des titres ne repose pas sur la notoriété ou le sérieux des journaux, mais sur les chiffres de tirage (exemplaires).

à égalité avec : (Standart), créé en 1992

Ville d’origine

Illustration Hugues Piolet

Sofia, BULGARIE Nb d'exemplaires - 1936

(Troud) Sofia, BULGARIE 100 000 ex. - 1936

Pays d’origine Date de création

Tirage actuel Pays de l’Union européenne

(Eleftherotypía) Athènes, GRÈCE 74 500 ex. - 1974

(turc) Nicosie, CHYPRE 15 000 ex. - 1989 (anglophone) Nicosie, CHYPRE 3 000 ex. - 1945

Pays hors Union européenne

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Photo12/Hachedè

Portrait

felix kersten le masseur de himmler

92 historia mai 2013

La presse : une aventure millénaire à la une  

Du XVIe au XXe siècle, les journaux ont été la principale source d'information, mais les premières publications quotidiennes datent de l'épo...

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