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octobre 2013 - N° 802

Dossier : le crépuscule de Rome - SPÉCIAL VILLE : LYON, la belle romaine OCTOBRE 2013 – N° 802 – 5,70 €

ALL 7,20 €/BEL 6,50 €/CAN 9,99 $CAN/DOM/S 6,70 €/ESP 6,70 €/GR 6,70€/ITA 6,70 €/PORT-CONT 6,70 €/LUX 6,70 €/MAR 60 DH/MAY 8,10 €/CH 11 FS/TOM/A 1570 XPF/TOM/S 880 XPF/TUN 6,80 TND

ce jour-là

15 octobre 1894, l’arrestation du capitaine Dreyfus

L’empire d’occident sur le déclin

Le crépuscule de Rome • Les Barbares font la loi • Une crise religieuse majeure • Les ravages de l’incivisme

les dessous de… Les relations France-Libye nos rendez-vous inédits : préhistoire, À TABLE, les COUACS de l’histoire, l’origine d’une expression…

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Octobre 2013

6 ACTUALITÉS

La construction du mythe gaulois

10 les hauts lieux de LA PRÉHISTOIRE Lascaux

31 Dossier

Le crépuscule de Rome Si Rome ne s’est pas faite en un jour, elle n’a pas non plus disparu le 24 août 410, lorsque Alaric a forcé ses murs. Crises morales, religieuses, économiques et démographiques ont peu à peu sapé le puissant empire.

13 pas si bête !

60 les dessous de…

La chienne Laïka

Les relations France-Libye

15 À table

Avions de chasse, pétrole et gros contrats. Le président

L’arlequin des bistrots de Paris

Pompidou pense gros sous et reçoit, en 1973 à l’Élysée, un (pas encore) turbulent trublion : le colonel Kadhafi.

16 L’ART DE L’HISTOIRE

François André Vincent, dans l’ombre de David

19 les couacs de l’histoire Le lit de la discorde

66 spécial ville

Lyon : la belle Romaine Fondée par les armées de César, devenue capitale des Gaules, la cité, lovée entre Saône et Rhône, ne cesse de nous émerveiller par ses trésors antiques.

20 L’INÉDIT DU MOIS

La pétition de Chateaubriand

23 un illustre INconnu

76 à l’affiche 84 livres 91 mots croisés

Brazza

24 UN MOT, UNE EXPRESSION

Regagner ses pénates

92 portrait

Pierre Victor de Besenval, le fidèle libertin Aristocrate et séducteur, il prend les plus grands risques

25 l’air du temps

sur les champs de bataille. Et c’est bien involontaire-

La chanson de Craonne

26 ce jour-là

15 octobre 1894 : l’arrestation de Dreyfus

ment qu’il fera chuter la monarchie en juillet 1789.

98 Idée reçue

Les Portugais sont tous seuls au Brésil

DR/Ulf Andersen DR/Nils Warolin

contributeurs

Maurice Vaïsse

Bruno Dumézil

Philippe Richardot

Catherine Salles

Professeur émérite d’histoire des relations internationales à l’Institut d’études politiques de Paris, il vient de signer Les Relations internationales depuis 1945 (A. Colin, 2013).

Agrégé, maître de conférences en histoire médiévale à Paris X-Nanterre, son dernier ouvrage est un « Que sais-je », Les Royaumes barbares en Occident (PUF, 2010).

Agrégé, docteur en histoire, il a publié des ouvrages sur l’armée romaine et la pensée militaire au cours des âges. En 2013 est paru Hitler face à Staline : le front de l’Est (Belin).

Spécialiste de l’antiquité, elle a enseigné à l’université de Paris X-Nanterre. On lui doit Les Grands Sites archéologiques de Rome (Archéologie nouvelle, 2013).

4 historia octobre 2013

Musée Paul Valéry, Sète – Claude Devigne

sommaire


Spécial ville : Lyon, p. 66 La belle Romaine

Jacques Graf/DR Jacques Graf/Gil Lefauconnier

Dossier : Le crépuscule de Rome, p. 31

Alexandre Grandazzi

Anne Logeay

Frédéric Guelton

Joëlle Chevé

Professeur à l’université ParisSorbonne, c’est un spécialiste de l’histoire romaine, auteur d’Alba Longa, histoire d’une légende (De Boccard, 2008).

Maître de conférences, elle enseigne la littérature latine et l’histoire des idées à l’université de Rouen.

Longtemps responsable du Service historique de la Défense, il est l’auteur de Pourquoi le renseignement ? De l’espionnage à l’information globale (Larousse, 2004).

Fidèle collaboratrice d’Historia, spécialiste de la société d’Ancien Régime, elle a signé en 2012 aux éditions First Les Grandes Courtisanes.

octobre 2013 historia 5


l’art de l’histoire

François André Vincent Photo Josse/Leemage

Dans l’ombre de David

C

Le musée des Beaux-Arts de Tours, jusqu’au 19 janvier, puis le musée Fabre de Montpellier, à partir du 8 février 2014, mettent à l’honneur ce précurseur du romantisme, éclipsé à l’orée du XIXe siècle par son célèbre rival.

ertains artistes passent à travers les mailles du filet de l’histoire de l’art. Pour une raison ou pour une autre, ils n’atteignent pas la gloire posthume à laquelle ils auraient pu prétendre. C’est le cas par exemple de François André Vincent, considéré, dans les années 1780, comme le grand rival de Louis David. Au point que ce dernier lui fait encore de l’ombre. Mais, grâce aux recherches de quelques passionnés, dont Jean-Pierre Cuzin, ancien conservateur général du département des peintures du Louvre, commissaire de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Tours et auteur d’une monographie sur le peintre, il accède à la notoriété qui lui est due. Son itinéraire, tout comme celui de David, fait écho à une époque épique traversée par la Révolution, l’Empire, les guerres napoléoniennes et l’exil de l’Empereur sur l’île d’Elbe en 1814. D’abord proche de Fragonard, Vincent

16 historia octobre 2013

fut l’un des premiers néoclassiques. Il renouvelle la peinture d’Histoire en traitant précocement des sujets inspirés par l’Antiquité, mais aussi par l’histoire de France. Il s’attelle par exemple au thème du général byzantin Bélisaire – artisan de la reconquête sur les Vandales au VIe siècle –, dans un style gréco-romain dès 1776, alors que David n’achèvera sa propre version que six ans plus tard. Il est également considéré comme un précurseur du romantisme. Dessinateur brillant, il est à l’aise dans toutes les techniques. Son sens des physionomies individuelles en fait le créateur d’un genre, la caricature, qui verra son plein développement au siècle suivant. Pour preuve, les portraits mordants de ses amis de l’Académie de France à Rome, où il séjourne entre 1771 et 1775, et, plus tard, ceux de ses collègues de l’Institut. Vincent suit l’itinéraire balisé réservé alors aux plus doués. Né

en 1746 d’un père miniaturiste, protestant d’origine genevoise établi à Paris, il devient élève à l’académie de Joseph Marie Vien – qui sera également le maître de David – et obtient en 1768 le Grand Prix avec Germanicus apaisant la sédition dans son camp. À son retour de Rome, il acquiert une grande notoriété. Nouvellement agréé par l’Institut, il veut surprendre et éblouir. En 1779, il remporte un énorme succès au Salon avec Molé et les factieux (ci-contre), aujourd’hui accroché à l’Assemblée nationale. Trois ans plus tard, il est reçu comme membre de l’Académie avec L’Enlèvement d’Orythie par Borée (conservé au musée des Beaux-Arts de Rennes). Il reçoit le premier prix, avec François Gérard, au concours de l’an II, dont le projet est d’exalter la Révolution. Il se soumettra sans conviction excessive à des « travaux d’encouragement » ordonnés en 1791, avec notamment son curieux Guillaume Tell

renversant la barque sur laquelle le sénateur Gessler traversait le lac de Lucerne, ou avec son étonnante toile intitulée L’Agriculture. À la fois scène de genre, paysage, portrait de groupe et étude animalière, cette composition, qui mêle références à l’antique et à Michel-Ange et descriptions réalistes, montre avec quelle virtuosité Vincent domine le genre pictural consacré à l’Histoire. Et avec quelle liberté il la décline ! Une anecdote significative : le comte d’Angivillier passe commande à Vincent et à David de deux grandes compositions historiques monumentales, du sujet de leur choix. Elles seront prêtes pour le Salon de 1789. David livre opportunément un sujet politique, Les licteurs apportant à Brutus les corps de ses fils, et Vincent une toile bien moins tragique : Zeuxis choisissant pour modèles les plus belles filles de Crotone. Deux immenses talents, deux ambitions différentes. L Élisabeth Couturier


2

C2RMF/Thomas Clot/Service presse/MBA Tours

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1 « Le Président Molé, saisi par les factieux, au temps des guerres de la Fronde », 1779 . Huile sur toile de François André Vincent (1746-1816), 3,25 x 3,25 m. Paris, dépôt du musée du Louvre à l’Assemblée nationale.



Le lieu. La scène se passe à Paris, le 17 août 1648, devant la barricade de la Croixdu-Trahoir (au coin de la rue Saint-Honoré et de celle des Vieilles-Étuves, actuelle rue Sauval). Il s’agit d’un épisode de la Fronde (1648-1653). La toile est considérée, selon un critique de l’époque, comme un chef-d’œuvre : « L’œuvre prouve que notre histoire de France peut, ainsi que celle des Grecs et des Romains, nous offrir les plus beaux exemples de vertu, de courage, de bravoure. »

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L’insurrection. Ici, tout n’est que bruit et fureur : une foule houleuse entoure les deux protagonistes, les épées et les armes brandies témoignent de la violence des affrontements, de même que les personnages à terre au premier plan ou les fumées qui sortent des maisons.

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Le président Molé.

Vêtu du costume d’homme de loi, ce personnage à la stature massive nous fait face. Il représente l’autorité royale. En le plaçant au centre de la toile, l’artiste le met en valeur et prend ainsi son parti. À l’inverse des autres conseillers du parlement qui ont fui, le premier président tient tête, demeure ferme et inébranlable face aux menaces.

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L’agresseur. L’homme qui l’invective est tout en muscles. Cet artisan – un garçon rôtisseur – se penche en avant et lui agrippe le col, le menaçant d’une hallebarde pointée sur le ventre. Tout dans sa silhouette suggère la tension extrême de la situation.

octobre 2013 historia 17


CE JOUR-LÀ

l’arrestation de dreyfus 26 historia octobre 2013


Dossier 32 Les Barbares imposent leur loi

39 42 L’incivisme Une crise des Romains religieuse majeure

Le Wisigoth Alaric prend Rome en 410. Un non-événement ? Par Bruno Dumézil

Les élites grugent, les citoyens délaissent les armes, les chrétiens ne songent qu’à l’audelà… Difficile alors de sauver l’empire ! Par Philippe Richardot

Déclin des anciens cultes, exigences de la nouvelle foi, l’époque vit un bouleversement spirituel capital. Par Catherine Salles

48 53 Le refus du La démo­ changement graphie s’affaiblit… Au sénat romain, l’immobilisme est de mise. Chacun profite des circonstances pour préserver au mieux son patrimoine. Par Alexandre Grandazzi

Un empire moins peuplé conduit à la ruine et aux invasions. Mais comment relancer la natalité ? Par Anne Logeay-Vial

Le

crépuscule de

Rome

« Alors que je méditais dans les ruines du Capitole et que les moines chantaient vêpres, pieds nus dans le temple de Jupiter, l’idée d’écrire l’histoire du déclin et de la chute de la Ville éternelle se fit jour en moi. » L’historien Gibbon a, dès le XVIIIe siècle, popularisé le thème de la décadence antique. Mais pour quelles raisons en est-on arrivé à la prise de Rome par les Barbares ? Et cet événement a-t-il réellement marqué la fin de la culture romaine ? Rien n’est moins sûr…


Michel Laurent/Gamma-Rapho

Les dessous de…

24 novembre 1973 : le président Georges Pompidou reçoit le chef d’État libyen Mouammar Kadhafi.

Les relations France-Libye 60 historia octobre 2013


Par Maurice Vaïsse

une manne d’un milliard de francs par an Le scénario de l’enlèvement des vedettes est tellement invraisemblable que la presse britannique, comme le Financial Times, soupçonne le gouvernement français de duplicité dans cette affaire qui survient au moment où la France fait des efforts pour développer ses ventes d’armes aux nations arabes. Le Times laisse entendre que Paris a agi de propos délibéré, de manière à justifier ses négociations commerciales avec la Libye. De fait, l’histoire des vedettes de Cherbourg cache un autre scandale autrement plus grave : celui de la fameuse vente d’avions Mirage à la Libye du colonel Kadhafi, dans un contexte qui est loin d’être apaisé. Depuis la stupéfiante vic­ toire d’Israël en 1967, la situation n’a cessé d’empirer, faisant craindre à tout moment la reprise d’un conflit au Proche-Orient. Malgré la résolution 242 du 22 novembre 1967

octobre 2013 historia 61

les relations france-libye

émise par le Conseil de sécurité de l’ONU, énumérant les principes d’une paix juste et durable, c’est l’impasse, aggravée par l’émergence du problème palestinien. Aussi le coup d’État du colonel Kadhafi, le 1er septembre 1969, apparaît-il comme une nouvelle préoccupante, et contraire aux intérêts des Occidentaux. Mais, dès avant la prise du pouvoir de la junte militaire, la Libye apparaît comme un partenaire commercial de plus en plus intéressant pour la France. L’augmentation massive de la production de pétrole, la volonté d’ouverture au monde de ce pays font que les investisseurs français s’y intéressent : il s’agit de diversifier les sources d’approvisionnement pétrolier, dans la mesure où l’Algérie a décidé une révision unilatérale des accords qui la liaient à la France. Des permis de recherche sont accordés en Libye à des entreprises françaises, et la France devient le quatrième importateur d’hydrocarbures. Du coup, on perçoit l’avantage d’y développer les exportations françaises, et comme les Libyens manifestent de l’intérêt pour l’achat d’armements français, cette ouverture est clairement bien­ venue. Certes, il existe des freins : traditionnellement, les Libyens achètent du matériel militaire américain et britannique, et ils ne parlent pas français. Mais il y a aussi des arguments en faveur de la France : elle a adopté une attitude franchement favorable aux pays arabes et applique rigoureusement l’embargo qui frappe les nations engagées dans le conflit – dont la Libye ne fait pas partie. D’ailleurs le nouvel ambassadeur français, Guy Georgy, est très favorable aux demandes libyennes. Quand il rencontre le colonel Kadhafi, celui-ci lui déclare que la France est « le seul pays » en qui il ait confiance en raison de sa compréhension du problème arabe et « semble le pays le mieux placé pour lui fournir de l’armement ». Et l’ambassadeur de plaider sa cause auprès d’un Quai d’Orsay d’abord hésitant, expliquant l’importance du changement d’attitude de la

les dessous de…

1969 : La france n’a pas de pétrole, mais elle a des avions de chasse. À l’inverse de la libye de MOuammar kadhafi… cet échange de bons procédés n’est pas du goût des étatsunis ni d’israËl – un autre client, frappé d’embargo celui-là, et encore sous le choc de la guerre des six-jours… un imbroglio qui sent la poudre !

D

ans la nuit de Noël 1969, cinq vedettes quittent en secret le port de Cherbourg. C’est ainsi que commence la plus rocambolesque des affaires qui ont opposé la France à Israël à la suite de la guerre des Six-Jours. Tout concourt à en faire un incident spectaculaire. Le moment : la nuit de Noël. L’objet du délit : des vedettes, qui sont en fait des canonnières rapides et de redoutables lance-missiles. Le mystère : comment ces bateaux, vendus à Israël mais retenus à quai par décision présidentielle, ont-elles disparu sans éveiller les soupçons ? On sait que, à la suite du déclenchement de la guerre des Six-Jours par Israël, le général de Gaulle avait imposé, le 5 juin 1967, un embargo à destination des pays du champ de bataille, mesure qui frappait surtout Israël, principal client de la France, en particulier pour les ventes d’avions. Cette interdiction est encore renforcée le 3 janvier 1969 en raison du raid opéré par l’État hébreu sur l’aéroport de Beyrouth et conduit par des hélicoptères de fabrication française.


PORTRAIt

Schloss Waldegg, Solothurn, Suisse

Huile sur toile de Jean-Marc Nattier (1685-1766).

PIERRE VICTOR

DEleBESENVAL fidèle libertin 92 historia octobre 2013


Le Crépuscule de Rome