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spécial

spécial

numéro 14 - novembre-décembre 2013

novembre-décembre 2013 – N° 14 – 5,95€

de QUAnd ça date ? - découverte : le palais idéal du facteur cheval

De

quand

ça date ?

L’étonnante histoire de… la télévision, Internet, le livre, le réfrigérateur, le pinceau, la trottinette, le ballon de rugby, la voiture, les instruments de musique…

M 08183 - 14 - F: 5,95 E - RD

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sommaire

  06  b

  18  b

le saviez-vous ?

audiovisuel

  08  b Électroménager 10 Le réfrigérateur 11 La machine à laver 12 Le fer à repasser 13 La poêle en Teflon 14 Le micro-ondes 15 La cafetière 16 Le batteur 17 L’aspirateur 4

de quand ça date ?

20 La télévision 21 La radio 22 Internet 24 La tablette numérique 25 L’appareil photo 26 Le magnétoscope 27 La caméra 28 L’iPod 29 Le microphone 30 Le film 3D 31 La téléphonie vidéo

historia spécial


  32  b

  66  b

transports

savoir

Interfoto / La Collection – Keystone-France/Gamma-Rapho – The Art Archive/Gift of Delancy Thorn Grant and Clarence E. Wright/Museum of the City of New York – Ken Tannenbaum/age fotostock

34 La voiture 35 Le train 36 Le bateau 37 L’avion 38 Le scooter 39 Le vélo 40 La trottinette 41 Le pneu

  42  b petite enfance 44 Les couches 45 Le biberon 46 Le lait en poudre 47 Le berceau 48 La boîte à musique 50 L’ours en peluche 51 Le livre de contes 52 Le hochet 53 La lanterne magique

  54  b

68 Le tableau noir 69 Le boulier 70 L’abécédaire 71 Le stylo 72 Le livre 74 Le dictionnaire 75 L’encyclopédie 76 La mappemonde 77 Le microscope

  78  b art 80 Le piano 81 La flûte 82 La guitare 83 La partition musicale 84 Le violon 86 Le tutu 87 Le pinceau 88 Le pastel 89 Le phylactère

sport 56 La chaussure de jogging 57 Le ballon de foot 58 La raquette de tennis 59 Le tatami de judo 60 Le fleuret 62 Le ballon de rugby 63 Les étriers 64 Le ski 65 Le volant de badminton

novembre-décembre 2013

I découverte 92 la drôme, entre nature et histoire

par Victor Battaggion, Joëlle Chevé, Véronique Dumas et Robert Kassous

de quand ça date ?

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petite enfance

une machine à tubes

La boîte à musique En bois, en fer-blanc, puis en plastique, elle réjouit les mélomanes en herbe depuis le milieu du XIXe siècle. C’est un horloger genevois qui donne le la, en 1796, en élaborant un « carillon sans timbre ni marteau ».

S

on histoire commence en 1796 lorsqu’un horloger genevois, Antoine Favre (17671828), a l’idée d’intégrer un mécanisme musical dans une montre. Mais l’ingénieux artisan ne trouve pas les fonds nécessaires à l’exploitation de ce système. Lequel est repris et perfectionné dès 1802 par un autre horloger, Isaac Piguet (1775-1841), qui est le premier à en fabriquer une, miniaturisée, sous la forme d’une bague. Les premières boîtes à musique, de véritables œuvres d’art, pour la plupart fabriquées en Suisse, sont réservées aux adultes. Les modèles à destination des enfants n’apparaissent qu’au milieu du XIXe siècle.

En 1857, Auguste l’Épée (1798-1875), à la tête d’une fabrique franc-comtoise réputée, à Sainte-Suzanne, met au point une petite boîte à musique avec cylindre et manivelle, qui trouvera sa place parmi les jouets.

Le succès de ce modèle pour enfants, amélioré au fil des ans 48

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– des cartels à plusieurs cylindres, capables de jouer plusieurs airs, sont introduits –, est tel que la manufacture connaît un développement fulgurant : en 1859, l’usine emploie 150 ouvriers et fournit 25 000 boîtes. En 1870, ils sont le double à fabriquer 40 000 unités. L’Épée exporte dans le monde entier, mais la guerre interrompt la production. L’usine, occupée et pillée par les Prussiens, renoue avec la réussite après 1875. Mais les boîtes à musique laissent la place au tournant du siècle au phonographe. Des établissements sont également spécialisés dans la conception et la fabrication de jouets sonores, comme les maisons Camelin, Vilac et Haricot, qui seront à pied d’œuvre des années 1910 aux années 1960. À partir de 1920, le moulin à musique en fer-blanc lithographié fait fureur. Archétype du jouet populaire et bon marché,

il est familièrement désigné comme « jouet de bazar ». En tournant la manivelle, l’enfant fait de la musique. Souvent décorés de scènes des Fables de La Fontaine ou des Contes de Perrault, ils reflètent aussi les modes et les goûts du moment. Le monde des loisirs, des transports, de la musique ou du cirque inspirent les illustrateurs, qui réalisent historia spécial


Musée de la Musique mécanique, Les Gets

petite enfance

des motifs pleins de charme. Dans sa précieuse collection de jouets sonores, le musée des Arts décoratifs de Paris abrite un étonnant moulin à musique Camelin avec scène de chasse (1920-1940) ou encore, autre création Camelin, une boîte carrée à manivelle surmontée d’un plateau tournant portant deux ours polaires (1935). novembre-décembre 2013

Au cours des Trente Glorieuses, la boîte à musique en bois ou en métal est détrônée par d’autres jouets conçus dans de nouvelles matières. Les carillons à suspendre ou les tableaux d’éveil musicaux vont plus ou moins les remplacer auprès des tout-petits. Pourtant, la boîte à musique continue de séduire parents et grands-parents, et des

L’air de la montagne Ce chalet à musique de l’établissement suisse Mermod Frères égayait le va-et-vient tumultueux des halls de gare où il était disposé vers 1900.

fabricants proposent encore de superbes modèles animés pour enfants, avec poissons ou clowns dansants. Sans oublier les boîtes à musique magnétiques surmontées de petits personnages, les coffrets musicaux, les cubes manivelles et autres manèges et poupées « musicoles ». De quoi faire craquer petits et grands, au son de mille mélodies… b

de quand ça date ?

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Coll. Christophel – Coll. privée/Marc Charmet/The Art Archive – Jean-Gilles Berizzi/RMN/Grand Palais – Coll. IM/Kharbine-Tapabor – Gil Lefauconnier


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Apprendre et se cultiver : deux éternelles ambitions humaines. Entre objets pédagogiques et outils scolaires (oh, la peur du tableau noir !), le choix des moyens ne manque guère. Au service d’une transmission des connaissances, qui figure parmi les plus belles pages de l’Histoire.

 l’auteur b

a

Pascal MARCHETTI-LECA Professeur de lettres à l’université de Corse, il a notamment écrit un roman, Innominata (DCL éditions, 2001), et est coauteur de Voleurs de feu. Moments de grâce dans la littérature française (Flammarion, 2007).


art

Le pinceau Venu d’Extrême-Orient, où il sert depuis au moins trois mille ans à la calligraphie, il est introduit en Occident tardivement. Le peintre italien Cennino Cennini le décrit à la fin du XIVe siècle dans son Livre de l’art.

Ken Tannenbaum/age fotostock

L

es Chinois, maîtres en calligraphie, désignent le pinceau comme un crayon à poils ! En Occident, il se distingue au cours du Moyen Âge de la plume à encre, de la mine de plomb et de la plume d’oiseau pour devenir l’outil privilégié des peintres. Le mot, dérivé du latin penicillus, « petite queue », apparaît au XVe siècle, en même temps que s’affirme la suprématie de la peinture à l’huile dans le sillage des primitifs flamands. Prolongement de la main du maître, il doit en traduire les vibrations les plus infimes comme les plus larges envolées et s’adapter à tous les types de pigments, ce qui explique, dès les origines, une très grande variété de formes, de longueurs et de types de poils pour obtenir une touffe conforme au geste requis. Le manche est en bois fuselé et la virole, enserrant les poils d’un fil de lin puis de laiton, est cylindrique. Au XIXe siècle apparaissent les premiers pinceaux plats à virole métallique modelée sous une presse. Les poils d’origine animale offrent un répertoire extraordinaire d’animaux à fourrure de toutes les latitudes. Chaque espèce a ses particularités. La soie de porc, très courante, naturellement cambrée, et dont la fleur – l’extrémité – fourchue retient bien la peinture, a de multiples usages, de même que le poil d’oreille de bœuf. Les longs poils de blaireau font de belles pointes, ceux de putois, plus courts, sont résistants mais plus raides, ceux de poney ou de cheval conviennent mieux à l’aquarelle, ceux de chèvre sont idéals pour le vernis. Quant à ceux de l’ours d’Alaska, ils novembre-décembre 2013

servent à poser la laque… Mais aucun, et surtout pas le poil synthétique, n’a détrôné la fourrure de la martre, douce, fine et très souple. Celle de kolinsky, originaire de Sibérie, est la plus cotée, talonnée de près par celle du petit-gris, un écureuil nordique, très appréciée pour l’aquarelle, pour ne rien dire de la mangouste aux poils fins et nerveux… On l’aura compris, le choix d’un pinceau est affaire de technicien. De quoi s’emmêler

les pinceaux… Notons que cette expression n’a rien à voir avec le sujet, « pinceaux » étant un terme d’argot qui désigne les pieds !

Le développement de la peinture à l’huile, aux techniques complexes, requiert des outils performants, adaptés aux exigences particulières de chaque artiste. Jusqu’au XVIIe siècle, les apprentis des grands ateliers sont chargés, outre de la préparation des supports et du broie-

ment des couleurs, de la fabrication des pinceaux. De quelques poils seulement pour les miniaturistes, taillé en pointe, en éventail ou carré selon l’effet désiré, doté de noms évocateurs, tel le traînard, de 8 cm de longueur, qui retient une grande réserve de peinture, le chiqueteur, qui permet d’appliquer plusieurs couleurs à la fois, ou l’ébouriffoir, pour peindre éventails ou décors de rocaille… la liste est infinie. Classés autrefois par couleurs, ils le sont aujourd’hui par numéros – du triple 0 au 20 – et, selon leurs formes, ils se nomment Vinci, Isabey ou Rembrandt… De très grands pinceaux ! b

un coup de maître

Pile-poil ! Chaque touffe d’origine animale possède ses propriétés, qui offrent à l’artiste une palette infinie de choix en fonction du support sur lequel il crée et de la matière qu’il choisit.

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art

le pastel Cette « manière de colorier à sec », mentionnée dans le Codex atlanticus, Léonard de Vinci la tient du peintre français Jean Perréal, qui se trouve à Milan en 1499. Son secret ? Le liant qui entre dans sa composition…

ZoonarCarlos Romero / age fotostock

Nuancier Il fait florès au XVIIIe siècle dans l’art du portrait. Au XIXe, le paysage gagne à son tour les faveurs des pastellistes, notamment des impressionnistes, en quête de lumière et d’atmosphère (Monet, Renoir…), et des symbolistes, aux images visionnaires ou oniriques (Redon…).

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J

usqu’à la fin du Moyen Âge, les artistes n’utilisent guère comme crayons de couleur que la sanguine pour rehausser leurs dessins en noir et blanc. En 1499, Léonard de Vinci évoque un nouveau mode de coloriage à sec que lui aurait révélé Jean Perréal, artiste venu à Milan avec Louis XII. Peu à peu, les crayons de multiples couleurs se répandent. Leur nom de « pastels » contient les douces sonorités de la plante homonyme, dont était extrait le fameux bleu charrette qui recouvrait huisseries et instruments agricoles dans les campagnes d’autrefois. Une étymologie semblable – du latin pastillus, « petite galette de pâte » – mais une palette au-delà du bleu, les pastels ayant précisément pour atout d’offrir, prêts à l’emploi et sans mélange préalable, toutes les couleurs, des plus violentes aux plus délicates. La fabrication de la pâte, à partir de pigments colorés assemblés avec une matière liante, est différente selon les artistes. Les premières recettes remontent au XVIe siècle. Pierre Grégoire, dans le Syntaxes Artis Mirabilis, mentionne en 1575 le rôle du liant sur la qualité des bâtonnets : « Les peintres façonnent ces crayons de couleur en forme de cylindre et les roulent avec un mélange de colle de poisson, de gomme arabique, de miel de figue, ou ce qui vaut à mon sens, de petit-lait. Par là les crayons deviennent plus tendres, les autres sont plus durs et grattent le papier. » À partir du XVIIe siècle, le pastel devient une technique – sèche – autonome, ni dessin ni peinture, dont certains

artistes se font une spécialité. N’exigeant pas de longues séances de pose, il s’impose dans l’art du portrait, où son velouté sublime les tons de la peau et les chatoiements des étoffes. Après le séjour à Paris en 1721 de Rosalba Carriera, grande pastelliste italienne, Maurice Quentin de La Tour (1704-1788) donne ses lettres de noblesse au pastel français. Ses magnifiques portraits de Mme de Pompadour et de nombreux membres de la famille royale et de l’aristocratie conjuguent élégance et finesse psychologique. Ce remarquable physionomiste ne révélera jamais la recette du fixatif qui a donné à ses œuvres un soyeux et une résistance exceptionnels. Jaloux de son succès, des peintres moins talentueux dénigrent ces œuvres, les donnant pour « poussière farineuse ». Vien, Perronneau, Boucher, Fragonard, Vigée-Lebrun, Greuze ou Chardin, puis Delacroix, Millet, Toulouse-Lautrec ou Renoir, et, plus tard, Gauguin, Picasso ou Balthus s’essaient au pastel avec bonheur, mais c’est Edgar

united of colors s crayon

Degas qui « mène la danse » et le libère de son statut d’art mineur pour jeunes filles. Comme les peintres se font plus exigeants, les fabricants perfectionnent leurs bâtonnets, qui gagnent en souplesse et en résistance. Ils les déclinent jusqu’à plus de deux mille nuances différentes. Portraits mais aussi paysages, natures mortes ou scènes de genre sont saisis avec vivacité grâce à ces médiums privilégiés de la fugacité de l’instant, de l’impression du moment, de la grâce du mouvement… b historia spécial


art

le phylactère Morceau de parchemin dans la religion juive, il inspire la forme du rouleau dont les artistes se servent pour faire parler leurs personnages au Moyen Âge, et sans lequel les bédéistes n’auraient pas voix au chapitre.

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Bpk/Hamburger Kunsthalle/Elke Walford/Distr. RMN

errière ce mot « barbare » aux origines grecques – de phulaktêrion, « talisman » et de phulassein, « garder » – se cache un morceau de parchemin ou de papier que les juifs anciens portaient au bras ou au front et sur lequel étaient inscrits des passages des Écritures. Des amulettes qui ne sont pas dissimulées dans les vêtements mais exhibées, manifestant ainsi la foi de celui qui les porte. Celle du front symbolise l’élaboration

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de l’idée de Dieu dans le cerveau ; et celle du bras, la réalisation des devoirs qu’Il commande. Les artistes du Moyen Âge reprennent la forme de ces petites banderoles pour expliciter par écrit ce que leur pinceau peine à rendre. Ce dont la Grande Encyclopédie du XIXe siècle, dite « Berthelot », s’étonne : « C’est le moyen désespéré pour faire parler leurs œuvres […], un phylactère sort de la bouche des personnages pour indiquer le plus clairement du monde ce que l’ar-

ÇA VA MIEUX EN LE DISANT

tiste eût été impuissant à exprimer. » Les sculpteurs gothi-

Le verbe haut L’ancêtre de la bulle peut, comme elle, être relié aux figurants – comme sur ce panneau de retable de Maître Francke, « La Nativité » (1424) – ou disposé sur le fond de la scène.

ques y ont souvent recours pour identifier notamment les prophètes, qui ne sont pas dotés comme les évangélistes d’attributs animaliers. Dans cette fonction d’information, le phylactère se confond presque avec le cartouche – très présent dans les fresques de l’Égypte ancienne –, ornement sculpté sous forme de cadre, portant le nom d’un bâtiment ou d’un personnage, un blason, une devise ou tout autre texte. Mais, contrairement aux cartouches, les phylactères sont peints, ce qui explique leur quasi-disparition sur les monuments. Certains ont été effacés récemment, tel celui du tympan de Notre-Dame-dela-Garde, à Marseille, dont le message inspiré des Rose-Croix et des francs-maçons n’était plus à l’ordre du jour… C’est donc par l’art graphique que le phylactère se maintient jusqu’à devenir le mode de transcription de la parole dans ce qui est aujourd’hui considéré comme le neuvième art : la bande dessinée. Illustrateurs et satiristes ont recouru très tôt à la « bulle », de forme ronde, ovale ou rectangulaire, désignant par une pointe le personnage qui parle. Les journaux du XIXe siècle publient les premières bandes dessinées. Les formes des bulles s’y codifient afin de rendre immédiatement visibles les paroles prononcées. D’autre contiennent aussi des cases, détachées des personnages et commentant le récit en « voix off ». L’usage généralisé du mot « bulle » a presque fait oublier son ancêtre, le phylactère. La reprise du terme comme enseigne de librairies en Belgique ou au Québec exprime cependant l’institutionnalisation de la bulle dans le champ culturel. En revanche, le Phylactère Cola, groupe de vidéastes québécois, revendique son appartenance à une avant-garde brandissant les étendards d’un renouveau humoristique… b

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De quand ça date ?  

Des appareils électro-ménagers et audiovisuels aux objets de la petite enfance, des moyens de transports aux instruments du savoir, voici l'...

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