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spécial septembre-octobre 2013 – N° 13 – 5,95€

LES NOUVEAUX MYSTÈRES DE L'ÉGYPTE - découverte : Le palais royal de majorque

spécial

des révél atio étonnantens s

numéro 13 - septembre-octobre 2013

Les nouveaux

mystères   de l’égypte

M 08183 - 13 - F: 5,95 E - RD

DéCOUVERTE : le palais royal de majorque 3’:HIKSLI=XUZ^ZV:?k@k@b@d@a";

ALL 7.45 € / BEL 6.95 € / ESP 6.95 € / ITA 6.95 € / GR 6.95 € / PORT CONT 6.90 € / LUX 6.95 € / CH 11.80 FS / MAR 65 DH / TUN 6.90 TND / CAN 9.95 $ CAD / DOM/s 6.85 € / MAY 8.20 € / TOM/A 1650 xpf / TOM/S 900 xpf / MAY 8.25 € / CH 11.80FS


ava n t- p r o p o s Éric Pincas

Rédacteur en chef adjoint

Égypte, l’autre révolution

T

remblez, momies : l’heure du réveil a sonné ! Depuis ces dernières années, l’égyptologie bouscule les certitudes, rebâtit une autre histoire et apporte une vision nouvelle sur la religion, les mœurs et les us et coutumes du peuple des sables. C’en est fini des sujets réchauffés au soleil de Pharaon ! Car plus qu’un « don du Nil », comme aimait à la qualifier l’historien grec Hérodote, l’Égypte est une terre aux mille mystères qui ne cesse de titiller notre curiosité et notre imaginaire. Et s’il était désormais possible de redécouvrir la civilisation égyptienne autrement ? Le défi est de taille et a suscité l’enthousiasme des égyptologues qui ont accepté, avec nous, de le relever. À chaque page, son lot de surprises. Des sujets étonnants, qui n’ont que très rarement, voire jamais, été abordés dans la presse grand public. Du domaine du « sacré » à celui de la culture et des rituels, de thèmes de société comme l’excision à la question des femmes pharaons et des prophétesses, les textes que nous vous proposons sont tout aussi éclairants qu’audacieux, faisant tomber un certain nombre d’idées reçues. ­Esclavagistes les Égyptiens ? Pas si sûr… Adeptes des sacrifices humains ? À voir… La vie des épouses royales au harem, pur délassement ? Fantasme ! Une terre accueillant des juifs chrétiens parlant le grec ? Tout, sauf une hérésie ! Vous l’aurez compris, l’Égypte se dévoile comme jamais. Mais toujours aussi envoûtante et fascinante.

septembre-octobre 2013

les nouveaux mystères de l’Égypte

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sommaire n°13 septembre- octobre 2013 6 Les dates clés 8 repérage

I le sacré 12 moïse était-il ÉGYPTIEN ?

Peut-on retrouver la trace d’un homme portant un nom égyptien, entré au service de Pharaon et prophète juif ?  par Richard Lebeau

20 jésus a-t-il été en ÉGYPTE ?

Pour les Coptes, aucun doute : la Sainte Famille s’est réfugiée dans la vallée du Nil, qui a vu les premiers miracles du Messie,  par Richard Lebeau

24 comment l’ÉGYPTE est-elle devenue chrétienne ? Des acteurs, souvent inattendus, sèment les germes de la nouvelle religion : parmi eux, des juifs chrétiens qui parlent grec !  par Anne Boud’hors

28 avaient-ils peur de la mort ?

Les Égyptiens croient avant tout à une survie après leur décès. Il faut donc la préparer avec soin, pour éviter les tracas futurs,  par Isabelle Franco

30 que révèlent les textes apocryphes ?

Très répandus au début du christianisme, ils se conservent bien sous le climat égyptien. Et leur contenu sent rarement le soufre,  par Christian Cannuyer

I culture et rituels 34 pourquoi manque-t-il des sépultures dans la vallée des rois ?

Nécropole royale du Nouvel Empire, seule une minorité de ses souverains et hauts personnages a été retrouvée,  par Claudine Le Tourneur d’Ison

42 comment est née l’écriture égyptienne ?

3000 ans avant notre ère, les premiers signes écrits d’une langue, qui perdura jusqu’au IVe siècle après J.-C., se mettent en place,  par Pascal Vernus

48 existait-il des sacrifices humains ?

Lors de funérailles, cette pratique est fréquente dans les cultures archaïques. Mais en Égypte, les faits sont ténus,  par Claudine Le Tourneur d’Ison

I société 52 y-a-t-il eu des esclaves en égypte ?

Quelle était la vie de la population locale et des étrangers au service de Pharaon : un enfer ou une opportunité à saisir ?  par Aude Gros de Beler

60 les Égyptiens ont-ils pratiqué l’excision ?

Sur les momies, il est délicat de reconnaître ces mutilations, mentionnées tardivement par des auteurs grecs,  par Claudine Le Tourneur d’Ison

62 comment l’âge d’or des pyramides a pris fin ? L’Ancien Empire s’effondre-t-il à la suite d’une crise morale, religieuse ou écologique ?  par Catherine Berger-el Naggar

I les reines et prophétesses 68 qui fut la première femme pharaon ?

Sûrement pas Cléopâtre ! Bien avant elle, des souveraines sont montées sur le trône, au hasard de successions ou par envie de pouvoir… par Pierre Tallet

76 comment vivent les épouses royales dans les harems ?

Dans ces centres, elles y gèrent d’abord d’immenses domaines, et s’adonnent à l’éducation de la noblesse… et à ses plaisirs,  par Aude Gros de Beler

82 qui se cache derrière la « momie » d’antinoé ?

Un corps naturellement conservé. Celui d’une musicienne ? D’une chrétienne ? D’une prophétesse ? Peut-être les trois à la fois,  par Francis Janot

86 éclairage

Comment une civilisation aussi riche a-t-elle pu disparaître et sombrer dans l’oubli pendant des siècles ?  par Christian Cannuyer et Pascal Vernus

I découverte 90 Majorque, la grande île aux trésors

par Victor Battaggion, Joëlle Chevé, Véronique Dumas et Robert Kassous


r e p é r ag e

Loïc Derien

Comment l’Égypte A conquis la Méditerranée

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Puissance militaire, plaque tournante économique et culturelle…  pendant plus de 3000 ans, le pays des Pharaons a été un acteur majeur de la région. Autre berceau de notre civilisation, il recèle encore bien des secrets à découvrir.

Titre

historia spécial


mois-mois 2012

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société

Y a-t-il eu des escl Devant les grands monuments, comme les pyramides, on ne peut qu’imaginer des masses d’individus ployant sous des fardeaux trop lourds et aux ordres de contremaîtres sadiques. Et si travailler pour Pharaon constituait en fait une forme de récompense ?

Guildhall Art Gallery, City of London; English/Bridgeman-Giraudon

Par Aude Gros de Beler

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Lions, dompteurs et domptés. Des peintres pompiers jusqu’aux films de Cecil B. DeMille, pas de travaux pharaoniques sans fouets ni travailleurs forcés. La réalité est bien plus complexe, et les Égyptiens savent faire de leurs captifs des collaborateurs plutôt que des bêtes de somme. Israël en Égypte, par E. Poynter (1867), Guidhall Art Gallery, Londres.

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historia spécial


aves en Égypte ?

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é c l a i r ag e

Comment la civilisation

Une lente perte de substance. La royauté succombe la première sous vivante et des croyances propres aux « fils du Nil » survivent… jusqu’aux

DR

« En 392, sous l’empereur romain Théodose, la religion égyptienne ancestrale se trouve privée de son espace vital, et avec elle tout ce qu’il restait d’une civilisation qu’elle avait portée. »

Christian Cannuyer, professeur à la faculté de Lille et président de la Société belge d’études orientales.

L

a civilisation égyptienne est à ce point liée à la religion pharaonique que la disparition de l’une coïncide avec celle de l’autre, qu’on peut situer au tournant des IIIe et IVe siècles de notre ère. Comment a pu s’éteindre cette religion qui, durant près de trois millénaires et demi, avait comblé l’imaginaire de tant de générations et nourri une éthique d’une remarquable qualité ? Sans doute la disparition de la royauté pharaonique, consommée avec la conquête d’Alexandre (332 avant notre ère), avait-elle déjà porté un rude coup à la cohérence d’une culture où le souverain assurait un lien quasi organique entre le monde des dieux et la société humaine. L’insertion de l’Égypte dans le monde gréco-romain ébranle certaines de ses assises culturelles. Les Égyptiens durent recomposer leurs croyances et traditions religieuses à l’aune de ce qui fut une première mondialisation.

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La vie religieuse dans l’Égypte ptolémaïque et romaine a néanmoins été caractérisée par une cohabitation constructive entre les cultes anciens et les nouveaux, faite d’adaptations mutuelles. Le « rhabillage » hellénistique et universaliste de la déesse mère Isis, si enracinée dans la glèbe du Nil et devenue pourtant si méditerranéenne, est un exemple non moins éclairant que celui de son compère Sarapis, métamorphose alexandrine d’Osiris. Certes, quelques cultes s’essoufflèrent et virent leur antique gloire s’évanouir, comme celui d’Amon à Thèbes. Mais de nombreux sanctuaires en pleine activité jusqu’aux IIIe et IVe siècles de notre ère, tant à Alexandrie que dans l’arrièrepays, prouvent que la religion traditionnelle restait bien vivante. Quant au rôle essentiel de la royauté sacrée, les prêtres avaient trouvé la parade à sa disparition : les rois grecs et les empereurs romains furent travestis en pharaons pour que la mécanique d’une Égypte gouvernée par le fils de Rê se perpétuât. Ce n’était qu’une fiction, et à la longue, elle révéla ses limites lorsque Constantin fit le choix du monothéisme chrétien en 313. Le christianisme s’était tôt acclimaté dans le pays, et d’abord à Alexandrie, sans doute dès le Ier siècle, dans le sillage d’une diaspora

les nouveaux mystères de l’égypte

juive importante et déjà ancienne. La progression de la foi nouvelle venue de Palestine fut lente. À peine 1 % de la population dans la seconde moitié du IIe siècle, si l’on en croit des estimations récentes. Entre 5 et 10 % à la fin du IIIe, malgré le dynamisme de l’école catéc h é t i q u e d ’A l e x a n d r i e e t l’expansion de l’épiscopat dans la vallée. Mais dès que le christianisme se trouva favorisé par le pouvoir impérial, après avoir été persécuté, l’illusion de la permanence d’une société « pharaonique » présidée par un souverain en lien permanent avec le monde du divin s’en trouva irrémédiablement ruinée. L’ancienne religion ne mourut pas sans douleur. Le coup de grâce fut violent, porté par les édits de Théodose (391-392) imposant la foi nicéenne à tout l’empire et prohibant les anciens cultes. Lorsque les mesures de fermeture de temples devinrent effectives, le dernier carré des fidèles résista comme il put. Mais c’en était fini. La religion ancestrale se trouva privée de son espace vital, et avec elle tout ce qu’il restait de la civilisation qu’elle avait portée. Les ultimes hiéroglyphes attestés ont été gravés sur un mur du temple d’Isis à Philae le 24 août 394, soit quasiment au lendemain des fatals édits théodosiens. L

historia spécial


égyptienne a disparu

les coups de conquérants venus de Perse et de Grèce. Mais une culture empereurs chrétiens qui, au IVe siècle, tranchent ces liens plurimillénaires.

akg-images / François Guenet

« On passe de l’agonie à la mort, avec la fermeture en 537, par l’empereur Justinien, du temple d’Isis. L’Égypte sombre alors dans l’oubli. »

Pascal Vernus, directeur d’études en linguistique égyptienne et en philologie à l’École pratique des hautes études.

N

ous devons impérativement disting uer l’« État pharaonique » de la « civ ilisation égyptienne ». L’État pharaonique est le régime propre à un territoire fondamentalement constitué de la Haute-Égypte et de la Basse Égypte, la région où le Nil se divisait en plusieurs branches pour se jeter dans la mer Méditerranée. C’est un régime politico-religieux dont Pharaon est la clef de voûte. Il exerce sa souveraineté en tant que vicaire terrestre du dieu créateur et exécuteur de ses volontés. En gouvernant l’Égypte, il gouverne de jure le reste du monde, dont elle est le centre. Cet État, né vers 3000 avant notre ère, va disparaître quand le dernier pharaon de la XXXe dynastie, Nectanébo II, est défait par le roi de Perse Artaxerxès en -341. Puis, Alexandre le Grand s’en empare (-332). Désormais, même si les souverains grecs ou romains, maîtres de l’Égypte, sont affublés

septembre-octobre 2013

des attributs du pharaon traditionnel, soit par calcul politique, soit « à l’insu de leur plein gré », il n’y aura plus jamais de pouvoir pharaonique authentique. L’État pharaonique est bel est bien mort. En revanche, la civilisation égyptienne lui a longtemps survécu, c’est-à-dire la vision du monde si particulière que les Égyptiens avaient construite pour rendre compte de l’organisation de leur pays, de sa place éminente dans le monde, et de la manière dont le pharaon, son chef, était censé gérer le temps et l’espace. Alors que l’Égypte était définitivement assujettie aux pouvoirs étrangers, un zèle identitaire poussait nombre d’Égyptiens à perpétuer la civilisation égyptienne à l’intérieur des temples des divinités traditionnelles, comme ceux de Dendara, d’Esna, d’Edfou, de Philae, etc. On s’affairait à la transmission, à l’archivage, mais aussi à l’exégèse du savoir traditionnel. Cette activité, loin de se scléroser dans un fondamentalisme conservateur, était animée par une véritable créativité. Si on recopiait les textes anciens, on les glosait en langue contemporaine, on les réutilisait dans des compositions originales. On s’efforçait de réactualiser les conceptions canoniques en tenant compte des réalités du moment. Des recherches

s’acharnaient à développer les possibilités de l’écriture hiéroglyphiques. À travers elles, une « philologie sacrée » s’affirmait comme irréductible manifestation de l’identité pharaonique. La civilisation égyptienne était encore culturellement vivace à l’époque romaine. Ce qui lui porta un coup fatal, ce fut l’édit de Théodose. À vrai dire, il ne la visait pas particulièrement, mais en décrétant la fermeture de tous les lieux de culte païens, il condamnait les derniers temples égyptiens où quelques prêtres s’efforçaient encore de perpétuer l’antique religion, la vision du monde qu’elle mettait en œuvre, et son moyen d’expression le plus sophistiqué, l’écriture hiéroglyphique. Quelques lambeaux de la tradition survécurent à Philae, malgré l’édit. Dérisoire chant du cygne. On passa de l’agonie à la mort, quand en 537, sur ordre de Justinien, le temple d’Isis fut fermé. La civilisation égyptienne allait sombrer dans un oubli d’autant plus profond qu’elle avait particulièrement utilisé les ressources de l’image. Or, l’Égypte subit successivement le pouvoir de l’Empire byzantin, où soufflait un très fort courant iconoclaste, et celui de l’Islam, où l’absence de représentation figurativeavait fini par triompher. L

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découverte

Gonzalo Azumendi/age fotostock

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