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Progrès et Regrès UN AN !

Hildegarde

Fanzine Hildegarde / Numéro 10 / 28 mars 2017 Fanzine Hildegarde / Numéro 11 / 26 Avril 2017


Dessin de couverture : Aurélie Dubois

UN AN !

SOMMAIRE En page 3, vous trouverez l'éditorial de Populie, en page 4 commence un article sur la société cybernétique, c'est la deuxième partie du dossier "Science et pouvoir", Daniel Martin Diaz a prêté quelques unes de ses très belles illustrations pour l'occasion. Page 17, Marina Zvetaïa propose une solution à la société du contrôle avec une illustration d'Aurélie Dubois qui fait la couverture et dont on retrouve encore les travaux en page 20, 49 et 52. Vient ensuite une reproduction des gravures sur bois qui forment la bande dessinée d'Olivier Deprez, suivi d'un illustrateur inconnu qui utilise la même technique. En page 21, Jean René Lefebvre décrit son rapport intime à la pensée de Jacques Ellul. En page 26, on trouve les chroniques vidéo. Jérémy Platey présente une intervention de Lucien Cerise sur le neuropiratage, Page 30, Marina Zvetaïa partage un extrait du film Kaïro, et page 31, on présente le débat Laurent/Testart sur le transhumanisme auquel réagissent plus loin plusieurs auteurs : Valentin Kyndt se prononce en faveur du transhumanisme et il se sent seul, Nat Yot s'inquiète pour l'avenir en page 38, Stéphanie-Lucie Mathern défend le principe de mourir en page 40. Page 43, Ilia Consolo évoque la pensée de Peter Sloterdijk. Page 50, Yann Ricordel-Healy partage un souvenir (ou invente une histoire). A la page 53, on trouve nos adresses de contact. Page 54, Filipo Tetedevo donne une explication visuelle et textuelle des visions d'Hildegarde de Bingen et enfin page 56, Marc Sauveur Costa nous offre une composition sonore sur le thème de l'homme modifié. Bonne lecture.

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Editorial de Populie

Ainsi s'achève un cycle, ainsi commence un cycle. Ce qui devait être fait a été fait Ce qui doit se faire se fera. Nous recevrons ce que nous sommes prêts à recevoir, C'est à dire ce à quoi nous sommes prêts à renoncer.

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UN AN !

Science et  Pouvoir  (2)        La  société  cybernétique   llustrations par Daniel Martin Diaz

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La modélisation des comportements humains comme outil de gouvernance La cybernétique est la science du contrôle des "systèmes autogouvernés". Cette ancienne religion devenue science (comme dirait Tolstoï 1) s'appuie sur la technologie et fait déjà partie de notre réalité. Elle est utilisée à des degrés divers par des appareils publics ou privés comme outil d'organisation et de prédiction (dans le domaine de la finance, l'économie, la science, la politique, l'entreprise, etc.). Il semble que la cybernétique soit une sorte de prolongement voire de réalisation de l'idéal scientiste pour lequel il s'agit d'organiser scientifiquement l'humain, selon la formule d'Ernest Renan. Plus qu'un mode d'organisation, c'est un mode de gouvernance et de contrôle en tant qu'il est appliqué à l'humain.

L'humain statistique Dès l'étape du recours à la statistique, nous franchissons le pas qui consiste à réduire l'être à un ensemble de variables                                                                                                              

1 "(...)1°  La  religion,  c’est,  en  premier  lieu,  la  véritable  révélation  donnée  de  Dieu  aux  hommes  et  

un mode  d’adoration  de  la  divinité  qui  a  sa  source  dans  cette  révélation.  Telle  est  l’acception  dans   2°   La   religion,   c’est,   en   second   lieu,   un   ensemble   de   notions   superstitieuses   et   un   mode   d’adoration   superstitieuse   qui   en   découle.   Telle   est   l’acception   dans   laquelle   est   pris   le   terme   religion   par   ceux   qui   croient   à   aucune   religion   ou   qui   ne   croient   pas   à   celle   dont   ils   donnent   la   définition.   3°  C’est,  enfin,  un  ensemble  de  règles  et  de  lois  inventées  par  la  classe  intelligente,  règles  et  lois   indispensables  pour  le  peuple,  pris  dans  sa  masse  inculte,  soit  comme  calmant  à  lui  apporter,  soit   comme   frein   à   mettre   à   ses   passions,   soit   comme   moyen   de   le   gouverner.   Telle   est   l’acception   dans   laquelle   est   pris   le   mot   religion   par   ceux   qui   la   considèrent   avec   indifférence,   mais   qui   voient  en  elle  un  instrument  utile  aux  mains  de  l’État.(...)"   Lire  l'article  en  entier  :  https://fr.wikisource.org/wiki/Religion_et_morale   Léon   Tolstoï   Religion   A.  Davy,  1898  (pp.  3-­‐50).  

et

morale

Traduction

par

Charles

Salomon

.

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et d'invariants passé au crible de la grille d'analyse du système. Il faut donc définir, circonscrire ces variables, couper à la hache dans le nuage évanescent de la personnalité, pour classer les êtres humains en fonction de caractéristiques personnelles, susceptibles de se trouver en minorité dans une population, pour effectuer une sorte de "lissage". Il s'agit de rendre l'individu aussi prévisible ou prédictible que possible. Former, mouler, forcer le corps à épouser l'Industrie, c'est un mouvement dont on remonte habituellement les origines au fordisme et au taylorisme américains (morcellement des tâches) à l'aube de l'ère industrielle. Ainsi que nous l'évoquions, les nécessités pratiques d'un tel mode d'organisation demandent un processus identificatoire et classificatoire de l'humain assez poussé, à partir de caractères idéologiquement muets2 (sexe, couleur de peau, régime alimentaire, lectures, etc.) que l'Esprit de ce temps torture pour les faire parler, cristallisant sur eux les militantismes politiques "de communauté" dits progressistes dont nous évoquerons plus loin les tenants et les aboutissants. Au-delà du citoyen et de ses revendications, il y a le consommateur (et le consommateur de produits politiques, c'est à dire l'électeur). Il s'agit donc d'étudier à la loupe nos pratiques, nos envies, nos réactions,... et de nous proposer une offre de produits, y compris idéologiques et spirituels, adaptée à notre niveau de conscience3. Le consommateur, la ressource humaine et l'électeur doivent être recensés, mesurés, évalués et jaugés à partir des données recueillies sur le marché du Big Data. (Google4 et les réseaux sociaux sont une manne géante de données personnelles et un moyen de sonder en direct et 24h/24 les                                                                                                               2  Données  qui  ne  disent  rien  en  réalité  de  l'être  "scanné"  avant  de  passer  au  crible  du  biais   interprétatif.     3  Un  bon  exemple  :  Le  green  washing  (qu'on  pourrait  traduire  par  "ripolinage  écolo")  consiste   par  exemple  en  auto-­‐distribution  de  label  de  qualité  environnementale  fallacieux;  c'est  un   exemple  de  cette  imposture  qui  consiste  à  faire  consommer  davantage  ou  "mieux"  les  gens   critiques  de  la  "croissance"  en  offrant  une  prise  à  leur  bonne  conscience.     4  Google  est  n°1  sur  les  rangs  de  la  recherche  transhumaniste.    

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tendances, les humeurs, l'évolution des collectives, les avis les plus partagées, etc).

habitudes

Essentialisation de l'identité Il est en conséquences nécessaire au système de gouvernance cybernétique de faire fi du PFH ("putain de facteur humain") contre lequel se fâche Hubert Reeves5 dans une interview connue, car il fausse à peu près systématiquement les meilleures projections. Pour les besoins de l'algorithme, s'impose donc une fabrication industrielle de l'identité. On parlera ainsi d'identité sexuelle, culturelle, politique, etc. et on transforme un acte, un caractère physique ou une humeur passagère en définition de l'être : Si un jour je ne vote pas, je "deviens" abstentionniste, quand je ne mange pas de viande sur une période plus ou moins longue, je "deviens" végétarien, si je rapporte une information sujette à caution, je "deviens" complotiste, quand je n'ai plus d'emploi, je "deviens" chômeur, quand je traverse une période de troubles de l'humeur, je "deviens" bipolaire,...etc. Eludant le problème de la violence authentique liée à cette réduction de l'être à une suite de chiffres6 (déjà relevée par un Kafka contemporain des débuts de l'industrie 7 ), le système de gouvernance cyber-bureaucratique tend donc à nous encourager à rendre définitoires et définitifs nos "états de l'être" et les amène irrémédiablement (semble-t-il) à se percuter à des adversaires désignés, dans une forme de                                                                                                              

5 https://www.youtube.com/watch?v=bI-­‐y743v6ss  

6 Comme  l'usage  que  l'eugénisme  fait  de  la  génétique.     7  La  cybernétique,  c'est  la  bureaucratie  réduite  à  une  puce  RFID,  pourrait  on  lui  dire  aujourd'hui.    

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standardisation des conflits et des luttes. Chaque niche identitaire se voit attribué un adversaire moral identifié, dans une structure relationnelle vaguement fondée sur la dialectique (le clash) de la victime et du bourreau (les femmes contre les hommes, les végétariens contre les omnivores, etc.). La toile de fond de ces conflits, c'est une opposition entre progressisme et traditionalisme8. Le progressisme politique (pris au sens international du terme) apparaît de fait comme une mise en conflit des variations humaines sur fond d'égalitarisme, associé à une technophilie, et rejoignant parfaitement le processus cybernétique et ses besoins de cases pour alimenter ses algorithmes organisationnels et prédictifs9. Dans sa tendance à instituer des victimes et des bourreaux par essence, la moralisation du conflit standardisé de ces catégories de population inspire indéniablement quelques inquiétudes pour l'autonomie de la pensée et la liberté individuelle. Dans le contexte d'une croissance technologique sacralisée et d'un formatage autoritaire des identités, se voit notamment rouverte la porte inquiétante de l'eugénisme10 de sinistre mémoire. Nous avons affaire à un système à la logique fallacieuse depuis ses prémisses (la statistique appliquée à la réduction de l'humain) jusqu'à son aboutissement logique : le terrorisme, le totalitarisme. Logique systématique depuis le début (statistique) et jusque la fin (terrorisme, totalitarisme). Logique de l'anti-liberté Logique réductrice de l'humain à la performance et la productivité, Logique dénuée de conscience,                                                                                                              

8 Théodore  Kaczynski  dont  nous  parlons  plus  loin  relève  avec  délice  le  goût  des  "progressistes"   pour  la  tradition  "chez  les  autres"  (améridiens,  tibétains,  etc.)  et  jamais  chez  eux.     9  Nous  pouvons  nous  demander  avec  Edwin  Black  si  c'est  le  Reich  hitlérien  qui  a  nécessité  les   cartes  perforées  d'IBM  ou  si  c'est  IBM  qui  avait  besoin  du  Reich  pour  développer  ses  recherches.     (A  lire  :  IBM  et  l'Holocauste  d'Edwin  Black)     10  Sélection  des  embryons  et  manipulation  génétique  de  l'humain.  

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de coeur, de souplesse, de compassion, etc. Donc logique identificatrice de l'humain à la machine.

L'homme nouveau, le surhomme Une gestion idéale de la population dans le cadre d'une organisation scientifique de l'humanité réclame des humains programmés ou programmables. Des équipes de recherche sont mises au travail dans les années 40-50 autour des conférences Macy aux Etats Unis, sorte de Think Tank qui regroupe des membres influents de la communauté scientifique, voire artistique11. Il s'agissait d'élaborer une science permettant de prévoir et de contrôler le comportement humain à travers la programmation d'un homme nouveau, un homme antiautoritaire.12 Plusieurs concepts formés à l'époque sont aujourd'hui complètement intégrés à notre imaginaire quotidien. Le préfixe "cyber" date cette époque, ainsi que le concept (forcément!) nouveau selon lequel "cerveau égale 13 ordinateur" , suggérant une fusion de la conscience et de la machine, et identifiant l'organe à la pièce détachée (l'organe rendu échangeable, réparable, assurable, remboursable ? Voire candidat à l'obsolescence programmée, pour faire marcher le commerce.).

                                                                                                              11  "Les  conférences  Macy,  organisées  à  New  York  par  la  fondation  Macy  à  l'initiative  du   neurologue  Warren  McCulloch,  réunirent  à  intervalles  réguliers,  de  1942  à  1953,  un  groupe   interdisciplinaire  de  mathématiciens,  logiciens,  anthropologues,  psychologues  et  économistes  qui   s'étaient  donné  pour  objectif  d'édifier  une  science  générale  du  fonctionnement  de  l'esprit.   Elles  furent  notamment  à  l'origine  du  courant  cybernétique,  des  sciences  cognitives  et  des   sciences  de  l'information."  (lire  la  suite  sur  wikipedia)   12  L'étude  intitulée  "La  personnalité  autoritaire"  est  le  résultat  d'une  recherche  élaborée  par   l'école  de  Francfort,  associée  aux  penseurs  Max  Horkheimer  et  Theodor  Adorno."  L'échelle  F  "  est   élaborée  pour  détecter  le  potentiel  autoritaire,  fasciste  et  antisémite  d'un  individu  par  l'expert   américain  des  tests  de  recrutement,  Henry  Murray.  Pour  éradiquer  à  jamais  le  fascisme  et   l'antisémitisme,  il  fallait  pénétrer  sans  opération,  au  moyen  des  sciences  cognitives,  dans  la   personnalité  et  la  conscience  des  hommes.   13  Analogie  forgée  par  Norbert  Wiener,  dit  le  pape  de  la  cybernétique.  

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La chosification des êtres humains est palpable partout aujourd'hui, depuis l'humiliant vocabulaire professionnel (ressource humaine, employé, n+1, etc.) jusqu'à la réalité la plus sordide de la traite humaine : enfants travailleurs des mines pour l'extraction de métaux rares utiles à nos censément indispensables smartphones ; achat et vente de nourrissons issus du ventre de "travailleuses de l'utérus"14, sans parler du trafic d'organes. Pardon de rappeler cela, mais nous ne sommes plus des innocents. Tout ceci se produit dans une indifférence quasi générale : le Marché ne peut être immoral puisqu'il est amoral. L'indifférence apparente (car la conscience soufre quand même) à la souffrance d'autrui, détectée par le psychologue Stanley Milgram 15 semble le résultat d'un processus de soumission à l'autorité, et pas n'importe laquelle : l'autorité scientifique (ou pseudo-scientifique, peu importe ce qui compte c'est d'avoir l'apparence de la science). Milgram montre donc par une série d'expériences de psychologie déclinées en plusieurs variantes que l'autorité intellectuelle peut se faire expertise morale ("Allez-y, vous pouvez y aller, c'est pour la science" dit le bourreau-en-chef en blouse blanche                                                                                                               14  "Défendues"  il  y  a  peu  par  un  féminisme  assez  suspect.   15  "L'expérience  de  Milgram  est  une  expérience  de  psychologie  réalisée  entre  1960  et  1963  par  

le psychologue   américain   Stanley   Milgram.   Cette   expérience   cherchait   à   évaluer   le   degré   d'obéissance   d'un   individu   devant   une   autorité   qu'il   juge   légitime   et   à   analyser   le   processus   de   soumission   à   l'autorité,   notamment   quand   elle   induit   des   actions   qui   posent   des   problèmes   de   conscience   au   sujet.   La   date   de   l'expérience   est   importante,   car   quelques   années   plus   tard,   1967-­‐ 1968,   s'installeront   au   contraire   des   formes   de   méfiance   envers   l'autorité."(wikipedia)   On   s'est   offusqués  de  la  réactions  des  "cobayes"  mais  pas  de  la  mise  en  place  de  cette  expérience,  ni  de  ses   intentions,  l'usage  qui  en  a  été  fait.  

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au cobaye qui inflige des décharges électriques à une tierce personne). Dans son protocole expérimental qui teste les conditions de la soumission à l'autorité, le moyen de pression utilisé pour provoquer l'obéissance n'est pas la force contraignante, la menace physique, mais une pression d'ordre psychologique, intellectuel : Il s'agit d'un discours ayant les habits de la raison pour amener les sujets à obéir à des injonctions et des ordres qui entrent en conflit avec leur morale. Le totalitarisme de la cybernétique, c'est précisément le fait de prendre en charge la totalité des caractères humains, y compris l'éthique personnelle, la conscience. Aux yeux de la population, l'autorité scientifique est donc peu à peu devenue prescriptive en matière de morale16 (comme la plus vulgaire des superstitions, si j'ose ironiser). Une religion a pris les habits de la science, nous verrons plus tard pourquoi.

Le transhumanisme ™ est une anthropophobie Gentil robot Au-delà du conditionnement de l'esprit, et pour faire accepter cette chosification assez suspecte de l'humain, il faut qu'elle nous semble désirable. Il s'agit donc d'imprégner l'inconscient collectif de cette idée qu'il est souhaitable, bon pour nous, de nous robotiser dans nos pratiques quotidiennes, jusque dans notre corps qui dans sa maison "connectée" pourra échanger directement des données avec le frigo et ouvrir les portes sans avoir à toucher les poignées grâce à la puce RFID glissée sous la peau de main. Un progrès avant tout financier Des intérêts énormes se trouvent en collusion autour des projets des entreprises de la Silicon Valley (Google en                                                                                                               16  Il  suffit  de  claironner  "une  étude  scientifique  a  démontré  que..."  dans  le  plus  nul  des  organes   de  presse  pour  que  s'installe  l'apparence  de  la  vérité.    

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particulier), qui sont à la fois championnes de la collecte de données personnelles et à la pointe dans le domaine d'une "médecine" technologique, dont le matraquage publicitaire vise à présenter l'immortalité humaine comme horizon inéluctable (ou comme carotte à consommateur). Vieille histoire faustienne mise au goût du jour. Le règne de la quantité Auprès de l'opinion publique, il faut donc faire passer la prothèse ou l'implantation de nanotechnologie non comme un handicap, ou un piratage de notre nature, mais comme une amélioration ou une augmentation de nos capacités. Comme d'habitude -la façade de l'enfer doit être ravalée régulièrement- on nous présente des situations limites, tirelarmes à souhait, pour nous faire avaler une abomination. "Pauvre hère, tu as perdu ta jambe à la guerre, n'aie crainte ! Grâce à cette prothèse bionique, tu te transformeras en superhéros. Grâce à cette puce cervicale, ta mémoire sera multipliée par un million ! Lève toi et cours ! Cours, plus vite que les valides ! Te voilà maintenant parachevé !"

Imperfection institutionnalisée En tant que développement de la cybernétique appliquée au corps humain, le transhumanisme considère ce dernier comme une machine imparfaite à rectifier à l'aune de la technologie. Rien n'étant plus machinique qu'une machine, l'humain serait donc toujours une machine imparfaite aux yeux (si elle en avait) d'une machine (si elle était consciente).

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De l'"homme nouveau" des nazis et les cartes perforées d'IBM, à l'homme "augmenté" d'implants des transhumanistes, on reconnaîtra que c'est d'abord dans le choix de ses moyens que l'utopie tourne assez rapidement au cauchemar. Critique radicale Des penseurs et des artistes se sont alertés de ces attaques à l'intégrité humaine. Humain amputé dès lors qu'on le simplifie. Cette offensive idéologique qui fait régresser la nature au rang de "technique inachevée" est souvent qualifiée par ses adversaires d'anthropophobe dès les débuts de la cybernétique. Si les esprits sont nombreux pour percevoir la menace qui pointe derrière la promesse d'une sécurité et d'un confort toujours plus accrus grâce à une surveillance/gestion généralisée, tous n'expriment pas les mêmes recommandations pour échapper à ce foetus de société totalitaire qui cherche à croître.

Parfois, même, ils s'opposent radicalement sur les solutions.

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Puissance et non-puissance : la question du librearbitre, des fins et des moyens Unabomber, le terrorisme technophobe Théodore Kaczynski connaissait les conférences Macy. Il avait lui-même participé à son insu à de sordides expériences de psychologie 17 pendant ses très brillantes années d'études à l'université de Harvard, dans les années 50. Devenu enseignant en mathématiques, il perçoit les dangers de la cybernétique et de la société sur-technicienne, démissionne, se retire pour une vie solitaire dans la forêt... et finit par sombrer dans l'action terroriste en envoyant des colis piégés à ses anciens collègues. Surnommé "Unabomber" par les enquêteurs, il se rend coupable de 3 morts et de 23 blessés (sur plusieurs dizaines d'années où la police ne parvient pas à l'identifier) et finit par obtenir la publication de son "manifeste"18 dans la presse. Le texte de Kaczynski décrit une société du confort et de la facilité, orientée idéologiquement par des personnes d'autorité qualifiées de "sursocialisées". Il décrit une idéologie politique à tendance totalitaire, le progressisme, qui tend à prendre en charge nos moindres besoins ou désirs pour les détourner vers ce qu'il appelle les "activités de substitution", dans lesquelles on peut par exemple ranger le fait d'avoir un emploi ou des loisirs. Tout ce qui ne répond pas à des besoins essentiels se voit ainsi qualifié d'activité de substitution, c'est à dire instrument de distraction, de divertissement, de détournement de notre                                                                                                               17  "Pendant son séjour à Harvard, Ted Kaczynski figura parmi les vingt-deux étudiants utilisés à leur insu comme sujets de recherche dans les expériences éthiquement douteuses menées par Henry Murray, professeur de psychologie. Ces expériences ont été réalisées dans le cadre du programme controversé top-secret de la CIA, le Projet MK-Ultra. (...)Les élèves de Murray pensaient débattre de philosophie personnelle avec un condisciple. Au lieu de cela, ils étaient soumis à une expérience psychologique brutalisante, reliés à des électrodes qui surveillaient leurs réactions physiologiques, tout en faisant face à des lumières vives et un miroir sans tain. Chaque élève avait écrit un essai détaillant ses croyances et aspirations personnelles : les essais étaient remis à un avocat anonyme, qui entrait dans la salle et soumettait chaque élève à un déluge de critiques blessantes. Les films montrent les expressions de rage impuissante des étudiants." On peut penser que ce trauma ait joué un rôle dans le choix qu'il fera du chantage terroriste. Lire toute l'histoire de Kaczynski aka unabomber : http://www.greffiernoir.com/ted-kaczynski-l-unabomber-1 18 La société industrielle et son avenir. https://dissibooks.files.wordpress.com/2013/09/avenirsocieteindustrielle.pdf  

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nature véritable. Toujours selon Kaczynski, l'humain serait mû avant toute chose par la recherche d'un "autoaccomplissement", détourné par la société cyber-marchande et cyber-politique à ses propres fins : "Les gens n'ont pas la possibilité de mener à bien de façon normale leur auto-accomplissement ; voilà selon nous la raison primordiale des problèmes sociaux et psychologiques. (...) Le processus d'auto-accomplissement est donc perturbé dans nos sociétés faute d'objectifs réels et d'autonomie. Mais il est aussi perturbé à cause des aspirations (...) qu'il est impossible de satisfaire réellement, quels que soient les efforts fournis. Ainsi le besoin de sécurité. " Ce besoin de sécurité / de confort apparaît donc comme l'aliment principal de la société du contrôle. Sans doute Kaczynski l'a-t-il lu chez Jacques Ellul, qui malgré un diagnostic assez proche propose au contraire des solutions cohérentes et valables. Car vous noterez au passage que le terrorisme s'autoannule en utilisant le moyen des actes totalitaires pour dénoncer le totalitarisme. Il s'auto-annule par ailleurs en dénonçant la société du contrôle tout en renforçant sa raison d'être. On peut donc légitimement se demander dans quel camp se trouvait Kacsynski, aujourd'hui en prison. Ellul, le choix de la non-puissance Jacques Ellul, ce pionnier de l'écologie politique, spécialiste de Marx et critique de la société technicienne choisit les moyens contre la fin, confiant sans doute la Fin à la Providence. Il est exclu qu'Ellul le chrétien puisse choisir la sécurité contre la liberté, car la liberté, c'est l'intuition, l'endroit où se loge l'inaccessible confiance, l'intouchable, le sacré en l'Homme. Chez Ellul, la liberté, c'est le risque de la foi, mais c'est aussi le refus d'accomplir tout ce que notre puissance permettrait. Liberté ne rime qu'avec responsabilité. C'est alors le choix de la non-puissance qui s'impose à lui, la maîtrise de la puissance surpassant la puissance ellemême.

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La force qui se sait, qui se connait elle-même et n'a plus besoin de se manifester : Ellul, c'est la morale de celui qui peut, mais ne veut pas. L'opposé, et sans doute le remède au terrorisme. Petite, je trouvais une expression du mot perfection dans l'émerveillement que je ressentais vis à vis de la cohérence, la beauté, l'efficacité, l'autonomie, les capacités régénératives du corps humain, animal ou végétal. Plus j'en apprenais sur leur fonctionnement, plus je les observais, plus ce sentiment était fort. Il y a encore peu de temps, il se disait davantage que la plupart des "innovations" technologiques n'étaient que d'imparfaites imitations de la toile d'araignée ou du vol du bourdon. Aujourd'hui on ne nous présente plus le corps humain et la Nature que comme des êtres souffrant et pâtissant, que nous devrions (que nous pourrions) réparer ou améliorer. Mais au-delà des médiations publicitaires, le réel est bien là. La Nature est résiliente, elle reprend ses droits à la fin de chaque hiver. Quand en nous sa puissance se revigorera au-delà du masque des identités artificielles, quand s'exprimera la spontanéité, que nous deviendrons imprédictibles, la Machine se verra piratée par notre intime liberté./. A.P (A suivre dans un prochain numéro : le scientisme, religion de la société cyber)

Critiques radicales de la technologie Pieces et Min d'oeuvre (collectif grenoblois) Mise à disposition d'articles critiques et textes gratuits sur la société technicienne et le transhumanisme http://www.piecesetmaindoeuvre.com Les chimpanzés du futur Activisme dénonçant le techno-totalitarisme (photo ci dessus)

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AN ! N U

Marina Zvetaïa Le rituel Imprévu

Il y a quelques jours je me suis assise au bord de la rivière dans la colline, sous la cascade. Figure-toi que les plantes me parlaient ! Elles ont l’habitude, quand les moines viennent méditer ici, ils leurs envoient beaucoup d’amour. Après elles en discutent entre elles, ça amplifie la vibration. Cela explique probablement les échanges amicaux - non verbaux mais changés en mots par moi, mon canal d’humain limité par le verbe - que j’ai eus avec certaines espèces. L’autre nuit le singe sur les rives du Mékong était comme habité par un démon, je l'ai senti, il faisait des mouvements syncopés - avant- arrière - en rentrant et sortant de mon ombre projetée sur sa cage. Cela provoquait dans ma vision des flashs, comme électriques, que je sentais curieux, joueurs et presque malveillants. Flake n'a pas vraiment aimé que je parle de ça, il préférait penser que c'était un animal agité par notre présence. Il est vrai que je parle souvent d'esprit ces temps-ci. Hier nous sommes allés au restaurant, nous avons mangé un steak pour la première fois depuis un mois et demi et bu une bouteille de vin rouge. Ingérer un cadavre était ce qui me manquait le plus. Mon rapport au sacrifice. Toujours est-il que la discussion a pris cette tournure, il me disait que pour lui il y a des zones de non-retour dans une relation, des endroits où on ne doit pas aller, des choses qu'on ne doit pas se dire, des pensées à ne pas avoir, sinon même si on tente de revenir en arrière, c'est voué à l'échec. Je crois moi qu'il y a un troisième personnage, au delà de nos caractères respectifs, de nos propensions à la médiocrité, à fouiller, fouiner les zones peu recommandables. Une troisième personne invisible, changeante, parfois un ange, parfois un démon, qui décide que cette histoire est trop belle et qu'il la protège ou que pour les mêmes raisons elle l'agace et il se fait un malin plaisir à tirer tous les fils du lien un par un de manière anarchique jusqu'à dissolution du tricot. Ainsi je passe plus mon temps à invoquer protection qu'à regarder où je marche. Il me dit, amusé, qu'habituellement, au son du mot Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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ange il tente de réprimer le mépris, mais pas là, là il s'est arrêté de parler. Peut-être parce qu'il a senti que j'ai employé ces mots bien qu'ils ne soient pas adaptés. J'ai employé ces mots pour englober une force, une force que l'on sent, plus ou moins bienveillante et qui perd son essence dans le verbe. Le verbe diminue notre compréhension de ces choses là ou les rend ridicules. L’autre jour les plantes me parlaient, dire cela devient immédiatement ridicule, car elles ne me parlaient pas, elles m'entouraient, me réconfortaient, me donnaient de la force et elles le faisaient vraiment, mais je ne pouvais pas en tant qu'humain m'en contenter. Le transformer en mots était le seul moyen de le faire accéder à ma conscience et en même temps le rendre risible. « Les plantes m'ont dit que tout irait bien »... Pour en revenir au singe possédé sur les bords de Luang Prabang et bien c'était vrai, j'ai lu à l'instant que tout comme les Nāts de Birmanie, ici existent les Phis ; des génies bienfaisants, malfaisants, qui se nichent dans un arbre, un animal, une maison ou une personne. Leur apparition est généralement nocturne et il ne faut surtout pas fuir, mais avancer vers l'animal, le regarder droit dans les yeux, puis se retourner et partir en lui présentant ses fesses en signe de mépris ! Sans ça on peut mourir et seul l'appel à un bonze spécialiste de magie peut vous sauver, en sacrifiant la plupart du temps un porc dont le sang sert à arroser des amulettes. Pour Giordano Bruno la magie est partout, par le simple principe qu'il y a de l'intelligence en tout et que les éléments - le feu, la pierre, l’eau réagissent, interagissent, absorbent ou rejettent différemment les uns au contact des autres. Ainsi on peut influencer certaines choses, de certaines manières. Notamment par la répétition. « Quoi qu'on en dise, la méthode, le système, c'est une grande chose ! Tu sais, parfois, je me dis que si chaque jour, exactement à la même heure, on faisait la même chose comme un rituel, inaltérable, systématique, chaque jour, toujours à la même heure, le monde serait changé. Quelque chose changerait, il Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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ne pourrait en être autrement. Supposons que tu te réveilles : Tu te lèves à 7 h précises, tu vas dans la salle de bains, tu remplis un verre d'eau au robinet, et tu le verses dans les toilettes. C'est tout. » A. Tarkovski, Le Sacrifice Nous pouvons être imprévisibles. Soyons sûrs que nous pouvons agir, nous ne sommes pas impuissants. Chaque jour, à la même heure, faire une chose. Ce serait enfin peutêtre l’accès à la discipline, la rigueur qui manque tant ; y accéder par la porte magique. Pour le rituel je ne sais pas encore quel acte choisir. Mais je crois que ce sera dire bonjour à ma plante ou bonne nuit, je ne sais pas à quelle heure non plus, mais la nuit concernant les effets, semble plus imprévisible. Le matin, plus difficile à tenir. Parfois le matin on est très pressés, parfois on dort jusqu'à midi. Y at-il un intérêt à tenir un journal de la facilité ou difficulté à effectuer ce rituel ? Y a-t-il un intérêt à continuer à t'écrire des lettres de retour en France ? Dois-je faire quelque chose d'absurde ? Jeter un verre d'eau dans les toilettes chaque matin ? Qu'en penses-tu ? Quel rituel choisirais-tu ? La cybernéquoi ? Enrayer la machine ? Doit-on faire un appel au rituel ? Doit-on être nombreux à faire le même rituel en même temps ? Tout cela à la fois. Oui. Il est quasi certain que nous voyons le monde à travers le logiciel qui nous a été fourni et qu'avec lui il y a des choses que nous ne voyons pas. La science sait qu'il y a des milliers de petits êtres vivants sur notre peau, nous, nous ne les voyons pas. Notre logiciel aurait donc des limites. Si nos yeux sont ainsi alors notre nez, nos oreilles et surtout notre langue, pareil. Ces plantes qui communiquaient avec moi n'avaient pas besoin de mots pour échanger des choses très précises. La mise à jour de notre logiciel passerait certainement par là : conscience que tout vit et vibre, et humilité liée au filtre de nos sens./.

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UN AN !

D’entre les morts.

Il m’avait été demandé quelque chose sur Jacques Ellul, quelque chose d’impossible, il y avait bien une impossibilité Ellul, Ellul ou l’impossible. En France on le connaissait moins bien qu’aux Etats-Unis, en France on ne connaît pas l’impossible, en France il y a la Raison, cette vieille maîtresse, et ne demandez pas l’impossible à la Raison, trop occupée à récurer ses vieilles casseroles. « Anarchie et Christianisme », ce petit ouvrage d’Ellul, petit mais tellement important, quelque chose d’impossible mais en même temps tellement vrai, à tel point qu’on se demande pourquoi on n’y avait pas pensé plus tôt. Jésus un anarchiste avant la lettre ? On pourrait poser la question aux premiers concernés, les camarades vitaminés au « ni Dieu ni Maître », je l’ai fait en mon temps et ça ne m’a pas valu que des amis, à la Fac de Lettres on me taxait de « mystique », même que j’ai appris qu’il existait des anarchistes mystiques, Tolstoï par exemple, et peut-être aussi Gandhi, la non- violence, Martin Luther King biensûr, morts pour la fraternité, finalement sacralisés comme le fut en son temps Jésus venu pour les pauvres d’entre les pauvres, pour leur annoncer le Royaume. Mais c’est quoi le Royaume pour les pauvres ? Devenir riches ? C’est quoi le Royaume pour les frustrés ? Jouir sans entraves ? Jésus ne disait pas « demain on rase gratis », il parlait pour après, après la mort qui n’existait pas parce qu’il l’avait vaincue, la vie la mort, un même sac de nœuds que lui seul parvenait à démêler. Quant aux autres, tous les autres, ils étaient aliénés, dans les liens, un bouddhiste parlerait de Samsara, la roue qui ne tournerait pas si le hamster n’y était pas. Que fait-on sur cette terre, peut-être que sans nous elle ne tournerait pas. Tout serait tellement bien si nous n’y étions pas, mais y sommes-nous vraiment ? N’a-t-on pas quelque chose de Dieu en nous ? Et Dieu il est où, « dedansdehors », est-ce que ça existe cette affaire ? L’Anarchie estelle nulle part ? « Pas un sur cent » disait Léo Ferré, « news from nowhere » disait William Morris, ils ont tous parlé de ça les Anars, de l’introuvable, de l’impossible. Marx a voulu le possible, on a vu ce que ça a donné « le possible », ça a Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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donné « le socialisme réel », autant dire beaucoup de morts, beaucoup de prisons et puis au final « Nada ». Rideau. Abolir le pouvoir ? Impossible. La méthode pour y parvenir ? Introuvable. L’essentiel étant d’y croire, Les Anars y croient, c’est leur force mais aussi leur faiblesse, si on retire la croyance – que l’homme est bon par exemple – que reste-t-il sinon « un peu de vase au fond du vase » ? Adolescent révolté j’avais le sentiment d’être face à un mur, quelque chose d’inerte, de gris uniformément, « L’Anarchisme » de Daniel Guérin a mis des couleurs à mon désespoir, la guerre d’Espagne, Durutti surtout que j’aurais suivi aveuglément, un aveuglement dangereux sans doute. Je lisais beaucoup, Boris Vian, Baudelaire, j’étais « romantique », mais ça c’était avant d’être « mystique », on me regardait d’un drôle d’air, « un poète » disait-on aussi, des mots que je percevais comme des insultes, j’étais une insulte à la raison, un fou peut-être. Si d’aventure on sent quelque chose d’anarchiste en soi, il ne faut pas prendre cela pour de la folie, pourtant il faut être un peu fou pour être anarchiste, c’est ce que les autres disent, c’est ce qu’ils disent d’Artaud, de Van Gogh, de Strinberg. Il m’a fallu longtemps pour sortir de l’insulte que j’avais intériorisée, pour ne plus avoir honte de dire comme Ellul que Jésus était un anar et que moi aussi je l’étais, que j’avais un côté Jésus bouc émissaire vraie tête de massacre, que je n’étais pas le Dieu des Chrétiens mais celui des Upanishads. J’ai lu Ellul tardivement, après « les amis de la terre » et Creys-Malville, après Murray Boockchin et Lanza Del Vasto, j’ai tout de suite aimé Ellul, grâce à lui j’ai pu me payer une belle synthèse, soit « le plaisir d’être soi », ni Jésus, ni Dieu, ni maître, vraiment libre, poétisé, faire de sa vie une œuvre d’art, la poésie en avant et tirant, anarchiste dans son être. Quand tous nos désirs seront morts restera le Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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Désir que l’on adorera comme on adore Dieu parce que, comme dit Ellul, on aura transféré le Sacré dans la Technique (« le bluff technologique »). Aujourd’hui le Sacré il est dans le Nucléaire, restent des religions désacralisées qu’au nom de la Raison on a – relativement - neutralisées, des fantômes de religions bons pour des anthropologues d’un genre nouveau, « règne de la quantité, signe des temps » (René Guénon), fin de la métaphysique, avènement des passions tristes dans les chaumières et dans la rue quelques anars hallucinés, bras en croix, assassinés par la Police et pourtant toujours vivants, ressuscités d’entre les morts.

Jean-René Lefebvre, 17.04.2017. Photographies Pascal Servera

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Extrait de la Bande dessinée d'Olivier Deprez Le chateau, Kafka Gravure sur bois, Fremok Editions

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Bande dessinée, gravure sur bois http://grigou.canalblog.com/archives/2006/12/21/34831 33.html Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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CHRONIQUES VIDEO Conférence en deux parties de Lucien Cerise et Paolo Cioni intitulée « Neuro pirates, neuro esclaves » Il s’agit d’étudier les mécaniques de l’ingénierie sociale, c'est-à-dire la science de la planification et la modification du comportement humain à des fins politiques et prométhéennes. Il faut reconnaître que les conditionnements sociaux ne sont plus le fruit du hasard et de l’adaptation mais de l’application scientifique et orwellienne du conditionnement des masses. Cette magie sociale, au sens occulte, se donne comme projet de modifier l’humanité afin de la remplacer et d’établir un monde abstrait, ésotérique, déshumanisé et dénué de toute limite et de toute mesure. C’est une apocalypse programmée, anxiogène mais réelle si l’on consulte les faits et les analyses des conférenciers de cette vidéo. Paolo Cioni est neuro psychiatre et enseignant à l’Université de Florence. Lucien Cerise est sociologue concentré sur les questions philosophiques et linguistiques du conditionnement des masses. Ce conditionnement est une science appelée ingénierie sociale. L’ingénierie sociale consiste à modifier les cerveaux dans leur plasticité afin de modifier les comportements, les opinions, voire détruire toute forme d’indépendance cognitive du sujet. (Voire détruire le sujet lui-même) Comment pirater un cerveau ? La condition primordiale étant que le sujet ne se rende pas compte de son piratage. Ce piratage neuronal se traduit par deux formes : la première est la modification chimique et électrique du cerveau par perturbation endocrinienne. La seconde est épigénétique. Il s’agit de pirater les signaux neuronaux par l’influence socio-culturelle. Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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Cerise se concentre sur cette forme épigénétique du cerveau en prenant l’exemple de la théorie du genre comme virus cognitif puissant C’est par un viol furtif du cerveau que s’installe le virus du pirate. Le pirate pour rester invisible (en impunité) doit établir un conflit triangulé : bourreau, victime et sauveur. Dans un fonctionnement optimal, le pirate devient victime et le piraté lui offre sa confiance, donc baisse sa vigilance et devient réceptif au piratage. Cette ingénierie sociale commence dès le plus jeune âge, période cruciale dans le développement neuronal et dans la formation « définitive » des fondamentaux anthropologiques de l’être social. Ce conditionnement se déroule sur toute la vie, peut être à l’exception de la vieillesse, le sujet vieilli étant devenu secondaire car n’étant plus productif et isolé des normes sociales. Tout au long de la vie humaine le sujet sera émotionnellement tenu dans des conflits triangulés : il prendra position en faveur d’opinions qui ont l’apparence d’être bon pour lui en ignorant qu’il est la victime et sans pouvoir critiquer ni remarquer l’absurdité de ce qui lui est imposé.

Paolo Cioni est également l’auteur de l’ouvrage intitulé « neuro esclaves techniques et psychopathologie dont voici le résumé :

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L'exploitation de l'homme à travers la domination d'une élite se joue essentiellement sur des instruments juridiques, psychophysiologiques et économiques. Reconnaître leur musique est l'unique solution pour échapper à ceux-ci, garder ou recouvrer notre liberté. La société ne s'autogouverne pas, elle est manœuvrée de l'extérieur à l'aide d'instruments de plus en plus sophistiqués. Dès le début du XXIème siècle, frappé d'une récession structurelle et d'une pauvreté croissante, les États se sont munis d'outils psychologiques et électroniques de contrôle et répression pour gérer le mécontentement. Le clivage entre la base et le sommet de la pyramide sociale s'accentue, les dernières avancées technologiques offrant un bel éventail de moyens pour un contrôle, centralisé au sommet, de l'opinion publique. Dans un décor où liberté et conscience sont de plus en plus menacées, il est indispensable de bien connaître les instruments qui les agressent. C'est l'objectif de "Neuro-Esclaves". Ce livre décrit les mécanismes du conditionnement utilisés au cours de l'histoire. Dans le souci de comprendre et contrecarrer ces mécanismes, le point de vue psychologique a été intégré dans l'étude neurophysiologique et sociologique./. Jeremy Platey Voici les liens vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=EKcbYikD364 https://www.youtube.com/watch?v=PzZp8Qm0YB4

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Entretien avec Christian Kamtchueng Pour Le manifeste de la raison objective Christian Kamtchatka a un parcours atypique de la banlieue parisienne ou il a grandi, il travaillera après de longues études à la City lui faisant découvrir l'envers du décor et la structure néfaste de notre système financier. Il propose un modèle de société alternatif fondé sur des localités autonomes construites à partir de quelques besoins essentiels. https://meta.tv/christian-kamtchueng-le-manifeste-dela-raison-objective

               

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Extrait tiré de Kaïro, Kiyoshi Kurosawa, 2001

     

J’ai toujours été seule. Je me disais qu’après la mort, on vivait enfin heureux et entourés. Mais au lycée j’ai pris conscience qu’on pouvait aussi être seuls après la mort. J’étais terrifiée. Je ne pouvais pas supporter l’idée qu’après la mort rien ne changerait, et que je serai seule pour l’éternité. C’est peut-être ça être un fantôme. - Mais tu vois bien qu’on est vivants ?

- Et ça, c’est quoi ? - Tout ce que je sais c’est que je suis vivant. J’ai pas envie de

considérer la mort comme une fatalité. Dans 10 ans, ou tant qu’on est encore en vie, ils vont trouver un vaccin contre la mort et on pourra vivre éternellement. - Tu crois que c’est bien ? Tu veux vivre pour l’éternité ? Il va se passer exactement ce que tu as dit. Les fantômes ne tuent pas les hommes. Sinon il y aurait encore plus de fantômes, pas vrai ? Au contraire, ils feront tout pour rendre les hommes immortels. Sournoisement, ils les enfermeront dans leur solitude. Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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Débat entre Jacques Testart et Alexandre Laurent, émission d'Arte Future du 13 Février 2017 :   "Quel avenir pour l'humain ?" Ainsi présenté par la chaîne : "Améliorer nos performances, vivre 150 ans et, un jour, éternellement... La promesse d’une humanité 2.0, dopée à la technologie exponentielle, est-elle scientifiquement crédible ? Le transhumanisme est-il notre destin collectif, celui de quelques-uns ou un dangereux mirage ? Pour débattre de ces questions, ARTE Future et We Demain ont organisé en janvier 2016 une rencontre entre Jacques Testart, biologiste à l'origine du premier bébé éprouvette en 1982, et Laurent Alexandre, chirurgien urologue, fondateur du site Doctissimo et président de DNAvision, une société spécialisée dans le séquençage génétique. Deux personnalités qui incarnent deux visions de l'avenir, radicalement différentes." Lien : alexandre

http://future.arte.tv/fr/face-a-lavenir-testart-

Certains auteurs de ce numéro ont réagi à ce débat. Leurs textes suivent ci après.

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N ! UN A

CALENDRIER LUNAIRE Activités à prévoir selon les favorables et défavorables de Mai

dates

Pascal Servera Jours où éviter de faire des choses trop importantes (prévoir du repos ou une activité méditative, rencontre en petit comité, ne pas jardiner, éviter les grosses réunions, rendez vous importants si fatigue) : 4,19, 26, 31 Mai. Récolte des plantes médicinales : 5, 6,7,8,26,27 Mai (sur arbre) ; du 4 au 8 Mai (racines des plantes) ; du 14 au 18 , 24, 25 Mai (sommités) Coupe des cheveux pour plus de vitalité, Meilleurs jours : 12 et 13 Mai Jour pour la première coupe de cheveux d’un bébé : Le 3 après 15h Coupe des ongles, meilleurs jours : 14 au 18, 23 au 25 Mai Epilation, meilleurs jours pour ralentir la pousse : Première quinzaine de mai avec un pic d'eficacité du 11 au 14 Rendez vous chez le dentiste, arrachage dévitalisation de dent : 4 au 8, 15 au 18, 23 et 24 Mai.

Plus de détails (quand jardiner, quand récolter, etc. dans le calendrier lunaire annuel de Michel Gros (calendrier lunaire diffusion) Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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N ! UN A

Valentin Kyndt Logo Cassis

Bonjour, je me présente, Valentin. Vous avez deux solutions : 1 Me considérer comme un "idiot utile" au service d'une secte internationale du transhumanisme. 2 Me considérer comme un gars intelligent qui utilise froidement sa réflexion pour être payé grassement par un lobby transhumain siliconien anarcho-turbo-capitaliste. Bon, sinon ma bouture de cassissier de l'automne passé est en feuille et même en fleur. Trop content ! Oui, vous allez me dire que c'est hors sujet. L'objectif était de démontrer que je suis humain et que des trucs bateau et aussi rebattus que la bouture me procurent les plus grandes joies de mon existence. L'objectif était aussi d'aborder le sujet de l'écologie, comme Jacques le souligne à juste titre dans le débat vidéo en question. Alors, en France on est un des pays, si ce n'est le pays le plus critique envers ce qu'on désigne par convention de communication transhumanisme. Paradoxalement c'est aussi un des pays qui s'investit le plus dans la création d'entreprise innovantes. Ce qui en soit est intéressant. Cela traduit la richesse de diversité des individus, des idées, des méthodes, etc. Un élément central de la science écologique (et non l'écologISME) est la diversité. Je crois en effet que la culture humaine n'est pas séparée de ce qu'on nomme par convention la "nature". Nous humains sommes pleinement la nature. Si on considère que ce n'est pas le cas, on ne peut pas aller plus loin dans l'échange ici. On peut aussi avoir beaucoup d'interprétation différents, de jugements différents sur notre culture humaine, notre espèce, sa "place" dans le tout perceptible de nos existences. Mais on ne peut pas dire que nous ne sommes pas partie intégrante de la "nature". Je crois qu'une richesse en diversité de pensée est aussi importante qu'une biodiversité des Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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écosystèmes locaux, comme est aussi importante une diversité alimentaire. Voilà pour une sorte d'holisme humain/environnement. Je suis très enthousiaste pour le progrès déjà accompli, mais aussi pour tous les progrès à venir, qui arrivent vite ces derniers temps. J'utilise un laptop de + de 10 ans, étonné qu'il n'ai pas été programmé pour l'obsolescence. Un smartphone se balade aussi entre ma main, la table et ma poche. celui-ci remplace un autre smartphone, qui était clairement programmé pour l'obsolescence. Autant dire que j'étais furieux car j'en prenais grand soin. Cette frustration de donner son attention pour faire durer un bien, investissement et puis tout est balayé d'un coup. De ce côté je me rabats sur les plantes. Elles n'envoient pas encore de notifications. Mais elles peuvent aussi planter ou buger, envahies par un insecte, un champignon, ou détruites par un être rangé dans la catégorie animal. Mes pauvres petites plantes, je ne peux pas les protéger de tout. J'essaie qu'elles soient les plus heureuses possibles. Oui, je prête des sortes de sentiments à des êtres végétaux. Il n'empêche qu'à un moment donné je vais séparer les organes reproducteurs du pied de tomates pour les manger et qu'à l'automne je vais tout arracher ou laisser mourir cette plante sur elle-même. D'ailleurs, pour avoir essayé et continué mon apprentissage des cultures nourricières, je suis devenu très humble envers les gens qui nous nourrissent toute l'année. Quand je vois que mes patates produisent, sur le petit terrain dont je m'occupe, après des mois d'attentes à peine de quoi faire une partie d'un repas, je me fais tout petit dans mes prétentions de philosophe, ou d'homme d'idées et de réflexions. Le monde des idées est prétendument infini et le monde des éléments nourriciers fini. Moué... L'agrosystème, surtout par la monoculture est un système de table rase. On défriche, on aplani, et on sème. Tralala. En gros, les cycles ne sont pas des catastrophes successives. On laisse une biodiversité et une biomasse se développer, puis on casse une partie des insectes et des champignons et des "mauvaises" herbes. Enfin, on récolte, on abat toutes les plantes qui n'ont le droit à aucune divergence. Autrement

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dit, on détruit tout l'écosystème. Ensuite on fait des amendements par les déjections des animaux afin qu'il y ait peu de vie dans le sol et qu'il ne soit pas qu'un support pour les individus des espèces céréalières. Est-ce que je souhaite tuer les insectes et les champignons et les espèces "sauvages" de plantes en mangeant mon pain ? Non. Est-ce que je veux vider les sols de leur richesse ? Tout le contraire ! D'ailleurs je ne mange plus de pain pour l'anecdote. Pas parce que j'ai une éthique écologique, mais d'abord parce que mon corps ne supporte plus ces aliments. Vu que je pense être un des seuls "techno-enthousiastes" de ce numéro, je me sens obligé de défendre le progrès et le transhumanisme. Mais je n'aime pas cet enfermement dans un rôle, car j'ai la prétention d'être un individu singulier qui dépasse les cadres ordinaires dans lesquels on voudrait me ranger, même si c'est fait de façon non-intentionnelle par défaut. Effectivement, je ne peux pas me réjouir qu'une personne ait décidé de jeter une pile dans un potager ou dans un lac. Je ne peux pas non plus applaudir Fukushima, ni le papy dans son jardin ouvrier qui fait le concours du jardin le plus "propre" (sic) et de la carotte la plus grosse à grand renfort d'antibiotiques du sol et de compléments alimentaires issus en grande partie du pétrole. En gros ce n'est pas parce que je suis globalement pour en principe le transhumanisme et le progrès que je cautionne toutes les atrocités liées de près ou de loin à la technique au sens abstrait. On ne peut pas considérer la pollution aérienne ou fluviales comme un progrès. Faudrait être un zigoto mazoooo, dingo punaise ! Sans aller plus loin, on peut être content d'avoir autant accès à la nourriture, autant accès à des vêtements, des toits, d'avoir la possibilité à l'échelle mondial de vivre dans un environnement plus safe et surtout de vivre plus longtemps ! Des dizaines d'années en plus c'est jamais de refus. Et on devrait tous se battre pour la connaissance sur le terrain de la santé et de la longévité. Alors certains technophobes refusent de faire une espèce de calcul gain/cout et envoient tout balader. C'est leur plaisir. Bon, pourquoi pas incarner la figure du "je suis contre"... Mais peut-on seulement être contre le progrès ? On en parle Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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parfois comme si ce n'était qu'un choix superficiel de l'humain dans son artificialité. Comme si on pouvait changer de crèmerie, comme si on changeait de marque de paquet de pâtes. Bien entendu, on ne peut pas tout accepter, comme si on recevait l'ostie à chaque nouvelle innovation majeure ou mineure. Augmenter le bruit d'un modèle d'aspirateur pour donner l'impression aux clients d'avoir un produit plus puissant que les concurrents ça n'est pas du progrès. De même, rajouter du sucre et de l'huile végétale oxydée dans tous les plats, c'est pas du progrès. Tu peux mettre des néons en dessous de ta voiture si ça te chante, mais ce n'est pas du progrès, c'est ton délire, c'est ton identité, ta quête de sens, ou ce que tu veux. Chacun a sa relation particulière avec le progrès. Pour un passionné de pêche, le progrès c'est peut être de pouvoir disposer d'un hameçon plus performant ou qui correspond mieux à son type/style de pêche, etc. Bref, je vais pas faire un inventaire. Puisque la technocritique est à la mode et vend plus de livres que ceux qui en sont enthousiastes, Okay, réfléchissons 2 minutes. Si le progrès c'est nul et pas souhaitable à quoi pourrait ressembler la vie humaine sans ce qu'on appelle progrès ? Si on fait la comparaison schizo avec la "nature" (tout ce qui est vivant terrestre et non humain) alors on a un phénomène de changement perpétuel. Le matérialisme en philosophie c'est reconnaitre que toute matière est changement. On pourrait dire aussi qu'il y a évolution. L'évolution ne doit pas être comprise comme étant l'équivalent du progrès. L'évolution ce n'est pas un processus qui fait diriger tous les individus et toutes les espèces vers un but précis, ni vers un mieux ou une amélioration quelconque. Par contre, le progrès c'est avant tout le progrès de nos conditions qui en retour nous façonnent. C'est aussi ouvrir la porte à des progrès sociaux, émotionnels, intellectuels, culturels, artistiques, médicaux, etc. Condition nécessaire donc, mais pas toujours suffisante./.

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N ! UN A

Nat Yot Les Avancées ça ne va pas aller sereinement les avancées ça va couler quelque part on va retrouver de la rouille à l’intérieur il y a une chaleur exceptionnelle qui va brûler nos cheveux on n’est pas habitué on ne s’habituera pas tous ceux qui vont naitre se mettront à plat ventre n’importe où avec les mains sur les yeux dans des placards sous des chaises à la campagne en attendant qu’on les empêche de mourir longtemps les spécialistes disent que c’est possible pas tous ils gardent les mots terribles dans le creux de leurs dents celui qui ressemble à Lino Ventura a les joues de plus en plus rouges les mots lui font mal dans les mâchoires il se débat il voudrait tellement avoir raison la pensée se balance elle fait des mouvements qui donnent la nausée des hommes vont dire non (ou bien ils avaleront leur mémoire) Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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Ici et pages suivantes : Walter Crane (1845-1915)

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UN AN !

Stéphanie-Lucie Mathern Vive la mort

Le transhumanisme veut faire mourir la mort : vive la mort ! Dieu est mort, il a été incorporé dans le destin de l'homme. La mort doit être là. Elle crée l'intensité. La conscience de cette mort créera toujours la puissance de vie. Il faut intégrer le poison pour créer l'instant éternel. Et je ne suis pas seule à le dire : 1 - Faites le plein Il n'y a qu'une préparation à la mort : elle est d'être rassasié. D'âme. De cœur. D'esprit. De chair. A ras bord. Montherlant, Mors et Vita L'amour, c'est la mise à mort. Matzneff, Délivrance 2 - Parfois un beau rien vaut mieux qu'un médiocre quelque chose. Que brise la mort, sinon l'obstacle. Wagner, Tristan et Iseult Une vie inutile est une mort anticipée. Goethe, Iphigénie en Tauride L'homme qui arrive à trouver que tout est bien est un demimort. Leautaud

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3 – La mort c'est beaucoup plus que la mort Ceux qui sont morts ne sont pas partis. Proverbe africain Même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts, ils ne seront pas convaincus. Luc, XVI, 31 Chaque risque de mort est une renaissance. Saint-Exupery 4 – Vivre de nouvelles choses Tout phénomène de répétition s'apparente à une pulsion de mort. Freud La vie c'est des répétitions jusqu'à la mort. Celine 5 – Traquer jusqu'au bout Le lièvre doit être poursuivi jusqu'à ce que mort s'ensuive. Boyard de Mersan, Nouveau manuel complet du chasseur ; 1862 Les morts gouvernent les vivants. Auguste Comte 6 – Seule la poésie peut nous sauver 2 et 2 font 4 n'est déjà plus la vie, messieurs, c'est le commencement de la mort. Dostoïevski Quand on a envie de crever, le chocolat a encore meilleur goût que d'habitude. Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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Romain Gary, la vie devant soi 6 – Un détail de l'histoire La mort ce n'est qu'un vêtement qui tombe. Gabriel Marcel La mort est le tournant de la route Mourir, c'est seulement ne plus être vu Pessoa, Poème sans titre 7 – Avoir une adresse fixe Après la mort, l'âme ne va que là où elle se trouve déjà. Jacob Boehme Où je ne suis pas c'est la mort, j'accompagne partout la vie. Barrès, le jardin de Bérénice 8 – Changer de maquillage Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles. Valery, la crise de l'esprit Ma lassitude me dit que je suis mortelle, et mon miroir me dit que je suis morte. Madame de Maintenon

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UN AN !

Ilia Consolo Réflexion sur les anthropotechniques

Au tout début des années 2000, allumant la radio à tout hasard à une heure fort avancée de la nuit, je suis tombée sur une voix d’homme avec un léger accent dont les propos m’ont littéralement saisie. Trois phrases liminaires explosives Enoncés d’une voix tranquille, ils disaient à peu près ceci (selon mon souvenir) : « Aujourd’hui, la question est de savoir si le corps social peut accepter l’introduction du clone. Or l’humanisme est incapable de répondre à cette question, puisqu’il est à l’origine de l’ingénieur dont la fonction est, justement, d’inventer des machines pour le bien du corps social. Des machines que l’on pourrait dire introduites sadiquement dans le corps social pour son bien, et acceptées masochiquement par le corps social, pour son bien…. » Le tollé de la domestication de l’Homme…. Cette voix était celle du philosophe Peter Sloterdijk, dont la conférence « Règles pour le parc humain » venait de soulever un tollé idéologico-émotionnel en Allemagne. Pourquoi ? Parce que, dans ce texte, Peter Sloterdijk emploie au sujet de l’Homme des termes comme « domestication » ou « élevage » afin de bien donner à voir l’impensé des humanismes et des métaphysiques occidentales classiques : à savoir que loin d’être « donné », d’être défini d’emblée (comme animal rationnel par exemple), l’Homme doit être pensé comme le produit d’une longue succession d’auto-domestications rétroactives. Autrement dit que « l’être humain » n’existe pas en soi, qu’on ne peut pas penser une « nature » humaine indépendante de la technique, ou plutôt des techniques qui ont permis à l’animal homme de devenir – et de demeurer -

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l’homme sapiens, techniques que Peter Sloterdijk nomme « anthropotechniques » (règles de parenté et de mariage, langages, rites, techniques éducatives, dressages érotiques, disciplines intellectuelles, armes, outils, …). De quoi nous jeter au cœur du débat qui oppose aujourd’hui les tenants d’une humanité scientifiquement améliorée (courants transhumanistes) à ceux qui s’en inquiètent (pour faire court les courants bio et néoconservateurs) ! Co-généalogie de l’Homme et du « monde » Pour nous faire aller du pré-humain à l’humain et de l’environnement de l’animal au monde de l’Homme, Peter Sloterdijk déploie un « roman généalogique » que l’on peut résumer comme suit. L’Homme a réussi, au fil d’une longue succession de proto-techniques spontanées (comme mettre les femelles et leurs petits à l’abri au centre des troupeaux) à effets bioculturels rétroactifs, à se payer le luxe d’une progéniture immature à la naissance (contrairement à celle de tous les autres mammifères), mais viable grâce à un ensemble de techniques culturelles externalisant le rôle protecteur, nourricier et formateur de l’utérus. D’où que, maintenant, les humains adultes soient des enfants gâtés (logés, nourris, soignés….), qui ne font pas juste, comme tout animal, partie d’un environnement, mais ont un monde, sont ouverts au monde, ont à la fois le recul (la sécurité) et l’ouverture (des enfants inachevés) leur permettant d’être sensibles à sa totalité toute d’évidences, de mystères et de changements. L’enjeu de leur rapport au monde, n’est plus le succès vital que l’animal cherche dans son rapport à l’environnement (inégalités mises à part, l’humanité a globalement sa survie assurée), mais leur capacité à faire face à la vérité, leur compétence en matière de connaissance.

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Le Transhumanisme dévoile la production de l’Homme par l’Homme Si l’Homme est un produit, on ne peut, pour comprendre la condition humaine, que s’intéresser pragmatiquement à ses modes de production et à leurs conséquences, ainsi qu’à ses producteurs (sans se laisser intimider par des réponses hors sol de nature théologique, métaphysique, etc). Or, aborder cette question c’est aborder le point aveugle des civilisations avancées(i) : « l’inégalité des êtres humains (…) devant le savoir qui donne le pouvoir » (ii). Et c’est ce double secret de la production de l’Homme par l’Homme et de l’inégalité des êtres humains face au savoir qui donne le pouvoir que, tant les courants transhumanistes que les technologies sur lesquelles ils s’appuient, sont, justement, en train de dévoiler quelque peu brutalement. Peter Sloterdijk écrit dans La domestication de l’être ( ii) : « une partie du genre humain actuel, sous la direction de la fraction euro-américaine, a intenté avec son entrée dans l’ère hautement technologique une procédure sur elle-même et contre elle-même, dont l’enjeu est une nouvelle définition de l’être humain ». Apocalypses Ce double dévoilement s’inscrit dans ce que Peter Sloterdijk nomme le « dévoilement du monstrueux » où le dévoilement de données du réel jusque-là voilées par l’évidence s’articulent au dévoilement des usages que l’Homme en fait ou peut en faire. Par exemple, jusqu’à la guerre 14, « l’air » (au sens d’air ambiant) était une évidence, un donné non interrogé. Depuis, ce n’est plus le cas : avec son utilisation inédite des gaz toxiques, la guerre 14 a révélé que l’Homme pouvait utiliser l’air pour tuer massivement à distance, et l’exploiter comme tout le reste (air conditionné). A l’aune de ce «dévoilement du monstrueux », on peut considérer avec Peter Sloterdijk que nous sommes entrés dans l’époque de l’apocalypse de l’Homme, dont l’apocalypse physique opérée par le largage des bombes atomiques sur le Japon en 1945, Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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ou l’apocalypse génétique qu’a constitué le dévoilement, en 1997, du mouton cloné Dolly, sont deux exemples clefs. Du clivage nature-culture à l’ère de l’information Cela dit, Peter Sloterdijk, nous oblige à aller plus loin. En effet, la métaphysique occidentale s’est constituée sur une dualité sujet-objet, esprit-matière, culture-nature, dont la supériorité supposée du premier terme justifiait que l’Homme se rendît maître de la nature. Dans l’ère métaphysique, outils et techniques « classiques » génèrent une relation homme-nature de type maître-valet où la matière et les choses sont traitées comme des sortes d’esclaves. Les récentes avancées des technosciences montrent ce que peut avoir de simpliste le clivage métaphysique classique entre nature et culture, au profit du constat opératif qu’il y a de l’information partout et que le réel n’est pas binaire (si, « évidemment », un ordinateur recèle et met en œuvre de la pensée, tout bien observé n’en est-il pas de même pour tout artefact ? Substances chimiques, gènes ou impulsions électriques ne peuvent-ils modifier l’humeur, la psychologie et les pensées humaines ?). Homéo-techniques et culture de la coopération Il émerge de ces avancées des « homéo-techniques » qui, ayant affaire à l’information réelle, se déploient sous des formes inédites d’opérativité : il ne s’agit plus pour l’opérateur de plier la matière ou la nature à sa volonté – de les dominer donc - mais de coopérer avec elles et leurs qualités propres. Ces technologies intelligentes ne traitent pas les matières comme de simples matières premières. Elles les intègrent « dans des opérations à partir de leurs aptitudes maximales » et misent sur des « stratégies coopératives, co-intelligentes, co-informatives ». Et traitant ainsi « l’intelligence avec intelligence, elles produisent de nouveaux états d’intelligence » (ii), y inclus collectifs. Ce nouveau mode de pensée et d’action, disons « connecté », a en effet un fort potentiel civilisateur, vu que c’est à Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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proportion de ses capacités coopératives, encourageantes et enrichissantes – et non pas de dominer et d’imposer - que chacun peut y multiplier les connexions épanouissantes… L’Homme bioculturel Mais reprenons le fil de la possible amélioration scientifique de l’être humain. Vu que l’être humain n’existe que grâce aux anthropotechniques qui l’ont arraché à son animalité, qu’il est, en fait, profondément bioculturel, les Hommes ne font rien de mal en utilisant ces nouvelles technologies intelligentes pour se transformer eux-mêmes, puisque ce genre de procédé ne leur est en rien étranger… C’est au contraire ce qui leur a permis de s’élever ! Le problème c’est qu’en abordant ces nouveaux « pouvoirs » sous le vieil angle sujet/maître – valet/objet, nous hystérisons le débat entre des « pour » et des « contre »… les « pour » visant un surcroît de domination, et les « contre » cherchant à s’y opposer, suivant l’ancien schéma dominantdominé de l’ère métaphysique… Rien d’étonnant à ce que, dans un tel contexte, la course pour l’exploitation des biotechnologies, de l’intelligence artificielle, des nanotechnologies, etc, s’apparente à à une compétition pour la domination, notamment cognitive. Ce alors que les vertigineuses possibilités d’autotransformation délibérée que les nouvelles technologies offrent aux humains, leur posent des questions autrement vertigineuses, notamment de finalité. Jusqu’ici, ils pouvaient plus ou moins ignorer le fait qu’ils étaient le produit de leurs propres auto-manipulations. Désormais ce n’est plus possible : ils doivent prendre leur responsabilité quant à l’usage qu’ils vont faire de leur intelligence en sachant que tout ce qu’ils mettront en œuvre aura sur eux un effet rétroactif… pour le meilleur ou pour le pire. Autant l’usage des pesticides a, dans un premier temps, amélioré leur productivité agricole, autant il s’est, dans un deuxième Fanzine Hildegarde - Numéro 11 - 26 Avril 2017

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temps, révélé des plus nuisibles pour leur santé. Alors que les tout récents GPS semblent leur faciliter la vie, leur utilisation leur fait déjà perdre certaines facultés intellectuelles…Etc. Tu dois changer ta vie (et non la vie) ! Le surcroît de responsabilité que le développement des technosciences d’aujourd’hui impose aux êtres humains visà-vis de leur propre destinée, exigerait qu’ils fassent preuve de retenue. Malheureusement, du fait de l’actuel primat du divertissement (télé)visuel sur la lecture, et du glissement des médias informatifs vers la production d’émotions, l’époque ne s’y prête pas, qui donne l’avantage à la désinhibition (tendance culturelle bestialisante) sur l’inhibition (tendance culturelle humanisante). D’où la « disproportion entre les monstruosités qui sont dans l’air » depuis la guerre quarante « et la banalité paralysante des discours », ainsi que l’intuition croissance que les choses ne peuvent pas continuer ainsi, constatées par Peter Sloterdijk dans Tu dois changer ta vie (Libella, Paris, 2011). De ce constat découle la nécessité de se tourner à nouveau vers les anthropotechniques, cette fois sous l’angle de la discipline ascétique (ou vie dans l’exercice), dans la perspective de l’impératif catégorique de Hans Jonas : « Agis en sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie humaine authentique sur la terre. » Car, face à l’horizontalité délétère du système actuel, il nous faut à nouveau affronter les exigences de la verticalité si l’on veut éviter la fin de notre idée de l’Homme et la lente destruction de cette terre qui nous permet de vivre. Ilia Consolo 1 Malgré  l’approche  politique  pastorale  du  dirigeant  comme  gardien/éleveur  de  troupeau  exposé  

dans Le  Politique  de  Platon,  et  les  attaques  de  Nietzche  contre  le  monopole  de  l’élevage  exercé  (à   son  époque)  par  les  prêtres  et  les  enseignants…   1  Règles  pour  le  parc  humain,  suivi  de  La  Domestication  de  l’Etre,  Peter  Sloterdijk,  éditions  Mille  et   une  nuits  (A.Fayard),  novembre  2010.  

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Ci dessus et page 50 : dessin d'Aurélie Dubois

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UN AN !

Yann Ricordel-Healy Le vide Je créais du vide. Oui, c’est bien ça : une partie de mon métier consistait à m’assurer que les ions lourds soumis à l’action de deux cyclotrons du GANIL à Caen, grand accélérateur national d’ions lourds, étaient entourés d’un vide suffisant pour éviter les collisions parasites.

Je devais m’assurer que les

expériences étaient menées dans les meilleures conditions possibles. Tout devait être absolument efficace, et nous n’avions pas une seconde à perdre. Les résultats de nos expériences était d’une nécessité vitale pour la communauté scientifique. Mais je ne le sais que parce qu’on me l’a raconté, d’anciens collègues de travail qui pour moi étaient devenus des inconnus ; tout comme on m’a décrit d’autres aspects de ma vie, remontant jusqu‘à ma petite enfance. Ma mère, celle qui en tout cas se présentait comme ma mère, pleurait à chaudes larmes en me racontant tout cela, me tenant la main dans le parc du CHU ; elle m’a raconté comment tous les matins en vacances chez ma grand-mère à Nantes, j’allais chercher les œufs ; m’a raconté qu’un jour je m’étais fait gentiment gronder

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parce que l’un d’eux m’avait échappé des mains et s’était cassé sur la terre battue ; qu’un soir d’orage et de forte grêle ma grand-mère avait eu très peur que j’attrape du mal car j’étais sorti nu pour courir dans le jardin ; que c'est mon père qui m'avait appris à rouler en bicyclette ; que j'étais né prématuré avec une jaunisse et qu'on avait eu très peur pour moi ; que j'avais dû m'y prendre à trois fois avant d'obtenir mon permis de conduire ; que par contre, en tant qu'élève brillant, j'avais eu mon bac du premier coup. Le menu détail d'une vie passée qui m'est désormais tout à fait étrangère s'agglomère dans mon esprit à mesure qu'il m'est conté, pour une courte durée. Très vite le tissu s'éffiloche, s'use pour ne plus laisser apparaître que le néant dans lequel je me trouve en réalité. Après mon accident vasculaire cérébral, j’ai voulu réapprendre ce qu’était une particule élémentaire, j’ai voulu réapprendre à connaître mon fils que je n’avais pas reconnu lorsqu’il était venu me voir à l’hôpital après mon opération ̶ tout comme je n’avais pas reconnu ma fille, ni mon épouse ̶ , mais rien n'y fit. J’avais paraît-il une très grande responsabilité dans le cadre d’expérience

pouvant

avoir

une

incidence

sur

le

développement du monde. Aujourd’hui pour moi le monde, c’est cette maison où nous habitons à Ouistreham, cette chambre, cette cuisine, ce salon, cet arbre dans le jardinet. Lorsque je regarde la télévision, jamais très longtemps car c’est très éprouvant pour moi, je ne comprends rien. On y parle de conflits entre nations, de crises économiques, de luttes de pouvoir, du passé, du futur, de la peur. Je ne

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comprends plus rien à tout cela et je ne veux pas comprendre, cela me paraît tout à fait vain. Je promène notre chien, parfois je vais jusqu’à la plage, le soir, et je ne veux pas aller plus loin. Je ne prendrai pas même l’un de ces ferrys que je vois s’éloigner, en partance pour l’Angleterre. Je regarde l’horizon incertain, et ce spectacle quotidien me suffirait. Ici je suis bien. Je ne veux surtout rien faire de fatiguant physiquement ou intellectuellement. J’aime marcher, simplement. Regarder ce qui m’entoure, d’un regard égal envers toutes chose. Sans joie ni peine. Je ne parle presque plus, juste quand c’est nécessaire. Et je trouve qu’on parle trop. On parle beaucoup pour ne dire que presque rien. Toute parole est en trop.

Et le silence est si juste.

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CONTACT

Hildegarde est un fanzine gratuit créé en Mai 2016. Bon Anniversaire ! Il sort chaque mois à la nouvelle lune pour des raisons de coquetterie. Tous les contributeurs mettent leur travail gratuitement à votre disposition. Nous avons fait le choix de ne recevoir aucune subvention ni pub. Voici où nous contacter pour propositions de textes (lecture des textes reçus : à partir du dernier quart de la lune) Abonnement à l'impression papier noir et blanc (PAF : 3 euros le numéro) / Remarques diverses : hildegardezine@gmail.com Un des prochains thèmes du Hildegarde de Mai : Le progrès Tout le monde (contributeurs, lecteurs) peut imprimer Hildegarde et le distribuer ou le vendre au prix qui lui semble bon. (Mode impression : livret + recto/verso) Voici où télécharger le pdf pour lecture ou impression : hildegarde.iva.la Voici où feuilleter Hildegarde en ligne : issuu.hildegardefanzine.com

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Filipo Tetedevo

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HILDEGARDE Hildegarde de Bingen est une religieuse bénédictine mystique, compositrice et femme de lettres franconienne, sainte de l'Église catholique du xiie siècle. Hildegarde affirmera avoir reçu les premières grâces dès trois ans : « Dans la troisième année de mon âge j'ai vu une telle lumière que mon âme en a été ébranlée, mais à cause de mon enfance je n'ai rien pu en dire ». Elle commence à 43 ans à consigner les visions qu'elle a depuis l'enfance. Vision numéro 1 : LA TERRE. Hildegarde a vu que la terre était un chien dont la taille défiait celle de tous les chiens, un chien gigantesque dont le corps était surmonté d'une piscine souple remplie d'eau salée. Ce que les humains de peu de foi prenaient pour la croûte terrestre sur laquelle ils circulaient était en réalité le dos du chien qui émergeait des océans de cette piscine. En outre, le chien-terre marcherait sur les étoiles dans une quête perpétuelle de Dieu qui doit lui remplir sa gamelle. Vision numéro 2 : L'HOMME. Hildegarde a vu que l'homme était un char à une seule roue cerclée d'un pneumatique. Le char était auto-propulsé et constamment en mouvement. Sur l'enjoliveur de la roue était représenté un homme aux bras étendus dans un cercle (recevant toutes les influences cosmiques), dont le dessin sera par la suite modernisé par Léonard de Vinci dans l'Homme de Vitruve. Dans sa vision, Hildegarde avait une taille 50 fois moins importante que le char-homme. Elle y était accroché par une petite remorque qui se trouvait à hauteur du pot d'échappement dont elle reçevait les gaz comme pour expier les pêchés de l'homme. Les éxégètes ont réussis à déterminer que, d'après l'angle de vision donné par sa très petite taille, Hildegarde n'aurait en fait vu qu'une partie de l'ensemble d'un char à quatre roues et que d'après la description qu'elle fait de la carrosserie il s'agirait d'une Ford Pinto Sedan modèle 1972, moteur 4 cylindres de 98cid développant 54cv à 4600t/mn avec une compression de 8.0:1 et un carburateur monocorps. Par ailleurs, la description d'une tablette noire portant inscriptions semble correspondre à une plaque dont l'immatriculation commençerait par "A23V". Filipo TETEDEVO

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Marc Sauveur  Costa   Johnny  Cosmos       Composition  sonore  pour  l'anniversaire  d'Hildegarde    :     https://soundcloud.com/celestialmagnitude/geno-­‐for-­‐hildegarde              

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Fanzine Hildegarde n°11 Mai 2017  

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