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Franz Liszt Lectures Nicolas Stavy piano


Franz Liszt Lectures

(1811-1886)

Liszt d’inspiration littéraire

Nicolas Stavy piano

durée totale : 77'08

1 Bénédiction de Dieu dans la solitude [Harmonies poétiques et religieuses, 1849] 2 Sonnet de Pétrarque n° 104 [Deuxième année des Années de Pèlerinage, 1838 - 39] 3 - 8

Six Consolations S. 172 [1850] Consolation 1 Consolation 2 Consolation 3 Consolation 4 Consolation 5 Consolation 6

9 Après une lecture du Dante, « fantasia quasi sonata » [Deuxième année des Années de Pèlerinage, 1837] 10

Du berceau jusqu’à la tombe [1881] Le berceau Le combat pour la vie La tombe : berceau de la vie future

18'48 7'27

1'20 3'26 4'33 3'00 2'26 3'36 17'59

4'40 3'06 6'40


Lectures Liszt d’inspiration littéraire

« Cher Liszt, à travers les brumes, par-delà les fleuves, par-dessus les villes où les pianos chantent votre gloire, où l’imprimerie traduit votre sagesse, en quelque lieu que vous soyez, dans les splendeurs de la Ville éternelle ou dans les brumes des pays rêveurs, improvisant des chants de délectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos méditations abstruses, chantre de la volupté et de l’angoisse éternelles, philosophe, poète et artiste, je vous salue en l’immortalité… » (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869).

Dès sa prime enfance, Franz Liszt fut un lecteur boulimique, assoiffé de savoir. En 1832 (il a 21 ans), il écrit à son ami Pierre Wolff : « Voici quinze jours que mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damnés : Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber sont à l’entour de moi. Je les étudie, les médite, les dévore avec fureur ». En fait, cette curiosité dé3


vorante ne le quittera plus jusqu’à sa mort à Bayreuth fin juillet 1886. Comme le soulignent Pierre-Antoine Huré et Christophe Hardy dans leur monographie (Fayard/Mirare) : « En 1836, il demande à sa mère de lui envoyer en Suisse les ouvrages de Bernardin de Saint-Pierre, Fénelon, Bossuet, saint Augustin, saint Bernard, Ballanche, Shakespeare et Byron (en anglais), Massillon, Bourdaloue, Plutarque, Montesquieu, un volume des moralistes français, Montaigne, Rabelais, La Fontaine, quatre volumes du Théâtre français, Chénier ; sans oublier “ses bons amis” : Lélia de George Sand, Volupté de Sainte-Beuve, Werther et Le Nouveau Christianisme de Saint-Simon… ». Soucieux de s’approprier une culture que sa précocité de pianiste ne lui avait pas permis d’acquérir, Liszt recherche la fréquentation des écrivains qui deviennent ses amis. Il n’est donc pas surprenant que leur influence ait pu générer des œuvres musicales marquées du sceau de la littérature. Il en va ainsi du cycle des Années de Pèlerinage (1833-1839), des Harmonies poétiques et religieuses (1847-1849), des Consolations (1850) et de son dernier poème symphonique Du berceau jusqu’à la tombe (1881) d’abord confié au piano seul, au soir d’une vie bien remplie. Vieillard résigné mais indomptable, Liszt, au faîte de son art et de la reconnaissance, se retrouve en définitive seul face à lui-même. Répondant aux aspirations du musicien-poète, le programme choisi, inspiré par des textes variés (poésies, textes traitant de la liturgie, de la Divine comédie de Dante…) représente pour Nicolas Stavy « un voyage contrasté à travers cette musique tellement riche, réunie ici en une association originale. » 4

Bénédiction de Dieu dans la solitude Les Harmonies poétiques et religieuses constituent une magistrale fresque dont six pièces se réfèrent à Lamartine. Bénédiction de Dieu dans la solitude (1849), troisième du recueil, traduit l’expression des sentiments religieux les plus profonds, mais aussi de l’effusion enflammée à l’adresse du monde. « D’où me vient, ô mon Dieu, cette paix qui m’inonde ? / D’où me vient cette foi dont mon cœur surabonde ? ». La flamboyance romantique fait ici la part entre le trop-plein d’émotions et l’impression d’éternité. Un thème cyclique (cantabile) puis pastoral, un chant arpégé entretiennent un sentiment d’extase avec une liberté qui dépasse la versification du poète pour laisser parler le chant du prophète « aspirant à se faire entendre de l’univers entier » (Guy Sacre).

Sonnet de Pétrarque n° 104 Le cycle des Années de pèlerinage tient du genre du poème symphonique pour piano inspiré de paysages, d’œuvres d’art ou d’impressions littéraires. Le triptyque des Sonnets de Pétrarque imprégné de belcanto, fut, à l’origine, écrit pour la voix. En 1838-1839, Liszt décide de l’adapter pour le clavier et l’intègre dans la Deuxième année des Années de Pèlerinage (Italie). Le poète latin Pétrarque (1304-1374) dont l’œuvre, le « Canzoniere », est devenue confidentielle au XIXe siècle, lui permet de s’identifier aux élans du poète à l’égard de Laure, dame provençale. « Si vous voulez écrire l’histoire de deux amants heureux, placez-les sur les bords du lac 5


de Côme », suggère Liszt au summum de l’extase amoureuse avec Marie d’Agoult. Le Sonnet 104, le plus souvent joué, est interrogatif, bref et intense. Les sentiments les plus variés, de l’enthousiasme à la passion, de la tristesse à la méditation, s’y font jour avant l’achèvement dans un total dépouillement.

Six Consolations S. 172 Ensemble de six pensées poétiques d’après Lamartine, les Consolations datées des années 1850 constituent des transcriptions musicales de poèmes de Charles Sainte-Beuve dédiés vingt ans plus tôt à Victor Hugo. D’une simplicité à fleur de peau, ces pièces brèves et charmeuses sont influencées par Chopin qui vient de mourir. Au rêve de la première (Andante con moto), à la délicatesse souriante de la seconde (Poco più moso), succède la tendresse de la troisième (Lento placido), la plus connue, qui évoque « la sonorité Chopin » (Serge Gut) avec ce frémissement mélodique et l’accompagnement sans cesse ondoyant et modulant. La quatrième (Cantabile con devozione), sur un rythme de marche, rejoint le mysticisme, tandis que l’Andante con grazia de la cinquième est embué de mystère religieux. La dernière pièce (inspirée du poème La Harpe éolienne de Sainte-Beuve) retrouve la virtuosité passionnée si chère au compositeur hongrois, mais contient en réalité le secret chagrin qui s’éveille à l’automne de sa liaison avec Carolyne von Sayn-Wittgenstein.

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Après une lecture du Dante, « fantasia quasi sonata » Quelque temps après la naissance de Cosima, le 25 décembre 1836, Liszt compose sa « fantasia quasi sonata » qu’il intitule comme l’avait fait Victor Hugo « Après une lecture du Dante ». A l’instar du Faust de Goethe, la Divine comédie occupa son esprit tout au long de sa vie créatrice. Dans cette dernière pièce de la Seconde Année de Pèlerinage – la plus longue aussi – il met en scène l’Enfer dans une sonate de forme libre en cinq sections. Le Presto agitato initial, impétueux, évocateur des tourments des damnés et de leurs souffrances atroces dans les flammes est suivi d’un épisode « precipitato » qui met en jeu toutes les ressources de l’instrument. La fantasia se conclut par un Andante qui peut donner l’impression d’un espoir et d’un salut après la fulgurance et la violence des éléments. Liszt, en créant une unité entre les trois thèmes exposés dans l’Andante maestoso initial et les trois cellules secondaires, réussit à donner la proportion d’une sonate tout en abandonnant le schéma traditionnel. Véritable épopée où le clavier devient un orchestre, ce maelström sonore préfigure les contrastes d’ombre et de lumière, les conflits impétueux de la Dante Symphonie terminée en 1856.

Du berceau jusqu’à la tombe En 1881, Liszt compose pour piano seul un treizième et dernier poème symphonique intitulé Du berceau jusqu’à la tombe dont on connaît surtout la version orchestrale ultérieure. Cette partition exprime la dualité du 7


combat pour l’existence et la vie future. S’inspirant d’un dessin à la plume du peintre hongrois néo-gothique Mihály Zichy, Liszt divise son œuvre sous la forme d’un triptyque. Débarrassée de ses oripeaux symphoniques, cette page de grande dimension prend, sous les doigts du pianiste, une lisibilité et un sentiment d’ascèse plus prégnant. La première partie, très fluide, décrit l’enfance avec son innocence, puis le combat pour l’existence rappelle l’âge adulte avec une ardeur non dénuée d’enthousiasme. Enfin, la marche de l’Homme « Vers la tombe, berceau de la vie future », exprime l’âge du recueillement, de la nostalgie qui s’empare de l’Homme et se termine en catimini avec un retour des mesures initiales ouvrant ainsi la voie à la vie nouvelle par des notes de douceur et de recueillement. « Il faut vouloir vivre les grands problèmes par le corps et par l’âme », écrira Nietzsche en 1882. De manière prémonitoire, Liszt préfigure ici la philosophie énoncée dans Ainsi parlait Zarathoustra. Michel Le Naour

Nicolas Stavy piano « Nicolas Stavy est un musicien d’une sensibilité, d’une imagination, d’un lyrisme rares ! Il impose un ton éminemment personnel, subjectif, dense et intimidant : une interprétation de l’extrême ». Concertonet. Magnifique interprète du répertoire romantique, son disque Chopin gravé chez Paraty a été très chaleureusement salué par la presse. « Nicolas Stavy possède un talent purement vocal, qui est la clé indispensable pour ouvrir la porte du cœur de Chopin » (Le Monde de la musique). Il est également un artiste reconnu dans le répertoire classique suite à son enregistrement d'une version raririssime pour piano des Sept dernières paroles du Christ de Haydn (Mandala). « …Nicolas Stavy montre là aussi une belle compréhension de l’univers du compositeur, digne de celles d’un Luisada ou Brendel. » (Diapason). Ce musicien en perpétuelle soif de découverte se produit en musique de chambre avec des personnalités musicales telles que Patrick Messina, Ra-

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phaël Pidoux, le quintette à vents de Paris, Cédric Tiberghien, Marc Coppey, Tedi Papavrami, Nicolas Dautricourt, Françoise Masset, le Quatuor Atrium, le Quatuor Ébène, le Quatuor Psophos, le Quatuor Stamic… Par ailleurs, il a joué avec grand succès dans la pièce Le pianiste de Wladyslaw Szpilman en alternance avec Mikhaïl Rudy aux cotés de Robin Renucci et participe également à des projets en compagnie de comédiens tels que Didier Sandre, Brigitte Fossey, François Castang. Tant en France qu’à l’étranger, le public est très sensible au jeu de cet artiste qui « fait chanter le piano magnifiquement » (La lettre du Musicien). Nicolas Stavy se produit sur de prestigieuses scènes internationales telles que le Festival de la Roque d’Anthéron, les Festivals Chopin à Nohant et à Bagatelle, Festival de l’Orangerie de Sceaux, Piano(s) Festival à Lille, Festival Berlioz, Festival International de Musique de Wissembourg, Musée d’Orsay, Salle Cortot, Théâtre des Bouffes du Nord de Paris, Opéra de Vichy, EuroArt Praha Festival, « Fex » de Grenade, Klavier Ruhr Festival, New Ross Festival, Eté musical d’Horrues, Casals Hall de Tokyo, Athenaeum de Bucarest, Victoria Hall de Genève, Hong-Kong Academy for Performing Arts, 92nd Street Y of New York… Et en soliste avec de grandes formations telles que l’Orchestre de la Suisse Romande, l’Orchestre Symphonique de l’Utah à Salt Lake City, l’Orchestre Sinfonietta de Lausanne, l'Orchestre Philharmonique de Bucarest, l’Orchestre Philharmonique de Belgorod… 10

Régulièrement, il est l’invité d’émissions de radio et télévisions françaises ou étrangères : Arte, Mezzo, Planète, France Musique, Radio Classique, Suisse Romande… Formé auprès de Gérard Frémy et de Christian Ivaldi au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il a reçu les Premiers Prix de Piano et de Musique de Chambre, il s’est perfectionné auprès de Dominique Merlet au Conservatoire de Genève où un 1er Prix avec distinction lui a été décerné ainsi qu’avec le maître György Sebök lors de master-classes. Nicolas Stavy qui a profité des conseils d’Alfred Brendel est lauréat de plusieurs concours internationaux : Prix Spécial au Concours Chopin à Varsovie en 2000, Deuxième Prix au Concours International de Genève en 2001, Quatrième Prix au Concours Gina Bachauer aux États-Unis en 2002, Deuxième Prix du Young Concert Artists de New York en 2003… En 2007, il a présenté au public un disque consacré à la compositrice française Hélène de Montgeroult (1764-1836) – À la source du piano romantique pour le label Hortus (Hortus 058) ; en 2009, revenant aux compositeurs romantiques qu'il apprécie tant, il a gravé Brahms, une jeunesse intrépide, disque récompensé par ffff de Télérama (Hortus068). En 2010, il a reçu le prix Maurice Ravel de l'Académie du disque lyrique pour sa collaboration avec la soprano Françoise Masset. 11


Pétrarque (1304-1374), Canzoniere sonnet N°104 [Le Chansonnier]

Pace non trovo, et non ò da far guerra; e temo, et spero; et ardo, et son un ghiaccio; et volo sopra 'l cielo, et giaccio in terra; et nulla stringo, et tutto 'l mondo abbraccio. Tal m'à in pregion, che non m'apre né serra, né per suo mi riten né scioglie il laccio; et non m'ancide Amore, et non mi sferra, né mi vuol vivo, né mi trae d'impaccio. Veggio senza occhi, et non ò lingua et grido; et bramo di perir, et cheggio aita; et ò in odio me stesso, et amo altrui. Pascomi di dolor, piangendo rido; egualmente mi spiace morte et vita: in questo stato son, donna, per voi. Nulle paix je ne trouve, et je n'ai pas de guerre à faire : Je crains et j'espère; je brûle et je suis de glace. Et je vole au plus haut des cieux, et je gis à terre; Et je n'étreins nulle chose, et j'embrasse le monde entier. Qui me garde en prison la porte ne m'ouvre ni ne ferme, Ni ne me tient pour sien, ni ne défait les liens; Amour ne me tue pas et ne m'ôte pas mes fers, Ne me veut pas vivant, et ne vient pas à mon secours. Je vois et n'ai point d'yeux, et sans langue je crie; Et je désire périr, et demande de l'aide; Et pour moi je n'ai que haine et pour autrui qu'amour Je me repais de ma douleur, et en pleurant je ris; Également m'insupportent vie et mort : En cet état je suis, Madame, pour vous.

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Victor Hugo (1802-1885)

Les Voix intérieures (1837) « Après une lecture de Dante » [n° xxvii]

Quand le poète peint l’enfer, il peint sa vie : Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie ; Forêt mystérieuse où ses pas effrayés S’égarent à tâtons hors des chemins frayés ; Noir voyage obstrué de rencontres difformes ; Spirale aux bords douteux, aux profondeurs énormes, Dont les cercles hideux vont toujours plus avant Dans une ombre où se meut l’enfer vague et vivant ! Cette rampe se perd dans la brume indécise ; Au bas de chaque marche une plainte est assise, Et l’on y voit passer avec un faible bruit Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit. Là sont les visions, les rêves, les chimères ; Les yeux que la douleur change en sources amères, L’amour, couple enlacé, triste, et toujours brûlant, Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ; Dans un coin la vengeance et la faim, sœurs impies, Sur un crâne rongé côte à côte accroupies ; Puis la pâle misère, au sourire appauvri ; L’ambition, l’orgueil, de soi-même nourri, Et la luxure immonde, et l’avarice infâme, Tous les manteaux de plomb dont peut se charger l’âme ! Plus loin, la lâcheté, la peur, la trahison Offrant des clefs à vendre et goûtant du poison ; Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre, Le masque grimaçant de la Haine qui souffre !   Oui, c’est bien là la vie, ô poète inspiré, Et son chemin brumeux d’obstacles encombré. Mais, pour que rien n’y manque, en cette route étroite Vous nous montrez toujours debout à votre droite Le génie au front calme, aux yeux pleins de rayons, Le Virgile serein qui dit : Continuons ! 6 août 1836

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Le choix d’un instrument Le choix d’un instrument faisait, jusqu’aux années 1950 environ, et plus encore au XIXe siècle, partie intégrante de la démarche de l’interprète. Aujourd’hui, le quasi-monopole de Steinway, réduit souvent les pianistes à ne plus se poser de question à ce sujet. Si l’instrument doit rester au service de l’interprète et non l’inverse, il me parait néanmoins précieux de disposer de pianos adaptés au répertoire joué. C’est pourquoi je suis toujours très attentif, en particulier pour mes enregistrements, au choix de l’instrument. J’avais été conquis par le Steingraeber de concert pour mon dernier disque consacré à Brahms (Hortus068). J’ai eu l’immense bonheur de jouer en concert le piano que Liszt posséda de 1873 à la fin de sa vie : un Steingraeber rayonnant et lumineux. Il était à première vue tentant d’enregistrer le présent programme sur cet instrument singulier. Mais j’ai préféré réserver cette belle aventure au concert, où il surprend par ses qualités sans que ses « limites » ne brouillent l’écoute.

et plein. La rencontre avec cet instrument m’a convaincu que Yamaha rejoignait désormais le cercle des facteurs d’instruments de concert de première catégorie. Cet instrument, si différent de ceux de la marque que j’ai joués jusqu’à présent, m’a avant tout convaincu par sa capacité à modeler le son que le pianiste sculpte. Les oeuvres proposées ici témoignent d’une grande variété d’écriture : virtuosité, orchestration, écriture vocale, polyphonie,… Ce nouveau piano me semble avoir la palette permettant de rendre ces différents univers tels que je désire les faire sonner. Le choix d’un nouvel instrument rend également hommage à la personnalité de Liszt, musicien à l’affût des nouveautés instrumentales jusqu’à la fin de ses jours, et passionné par l’évolution de leur facture. Nicolas Stavy

Pour Liszt comme pour Brahms, j’ai donc décidé de rester sur piano moderne, et c’est un piano Yamaha que j’ai choisi : le tout nouveau modèle de concert CFX dont ce disque constituera le premier enregistrement hors du Japon, riche en harmoniques et au médium chaleureux 14

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Lectures Liszt in his literary inspiration

‘Dear Liszt, through the mists, beyond the rivers, above the towns and wherever pianos sing your glory, wherever your wisdom is conveyed in print, in whatever place you may be, in the splendours of the Eternal City or in the fog of dreamy lands, improvising songs of delight or of ineffable pain, or setting to paper your abstruse meditations, bard of eternal sensuality and anguish, philosopher, poet and artist, I greet you in immortality…’ (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869).

From his earliest childhood Franz Liszt was an insatiable reader thirsting for knowledge. In 1832 (at the age of 21) he wrote to his friend Pierre Wolff: ‘For two weeks now my mind and fingers have been working as if accursed: Homer, the Bible, Plato, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber are wrapped all around me. I study them, meditate on them, devour them eagerly.’ In fact this devouring curiosity would never forsake him up to his death in 16

Berceau : manuscrit autographe de la première page

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Bayreuth at the end of July 1886. As Pierre-Antoine Huré and Christophe Hardy have emphasized in their study (Fayard/Mirare): ‘In 1836 he asked his mother to send to him in Switzerland works by Bernardin de SaintPierre, Fénelon, Bossuet, Saint Augustine, Saint Bernard, Ballanche, Shakespeare and Byron (in English), Massillon, Bourdaloue, Plutarch, Montesquieu, a volume of the French Moralists, Montaigne, Rabelais, La Fontaine, four volumes of French theatre, Chénier; not to mention “his good friends”: Lélia by George Sand, Volupté by Sainte-Beuve, Werther and Le Nouveau Christianisme by Saint-Simon…’ Responding to the aspirations of the poet-musician, Nicolas Stavy has chosen a programme inspired by varied texts (poetry, texts pertaining to liturgy, Dante’s Divine Comedy…) representing ‘a journey full of contrasts through this wonderfully rich music brought together here in novel association.’

Bénédiction de Dieu dans la solitude The Harmonies poétiques et religieuses form a resplendent fresco, six pieces of which refer to Lamartine. Bénédiction de Dieu dans la solitude (1849), third in the collection, translates the expression of the deepest religious feelings, but also fiery effusiveness with the world as audience. ‘Whence comes, O my God, this peace that engulfs me / Whence this faith with which my heart overflows?’ Here Romantic flamboyance gives equal reign to overbrimming emotions and the impression of eternity. A cyclical 18

(cantabile), then pastoral theme, an arpeggiated melody uphold a feeling of extasy with a freedom that goes beyond the poet’s versifying to enable the prophet’s song to speak, ‘aspiring to make himself heard by the entire universe’ (Guy Sacre).

Sonnet de Pétrarque n° 104 The cycle of the Années de pèlerinage is tied to the genre of the symphonic poem for piano inspired by landscapes, works of art or literary impressions. The triptych of Sonnets de Pétrarque, drenched in bel canto, was originally written for voice. In 1838-1839 Liszt decided to adapt it for keyboard and included it in the Second Year of the Années de Pèlerinage (Italie). The Latin poet Petrarch (1304-1374), whose work the ‘Canzoniere’ became a household word in the 19th century, enabled him to identify with the poet’s outpourings towards Laura, Provençal lady: ‘If you wish to write the story of two happy lovers, set them on the shores of Lake Como,’ Liszt suggested at the peak of his amourous exstasy with Marie d’Agoult. Sonnet 104, the most often-played, is interrogatory, intense and to-the-point. The most diverse feelings, from enthusiasm to passion, from sadness to meditation, come to light therein prior to the stark conclusion.

Six Consolations S. 172 A set of six poetic thoughts inspired by Lamartine, the Consolations dating from the 1850s, comprise the transcription into music of poems by 19


Charles Sainte-Beuve dedicated twenty years earlier to Victor Hugo. Of imminent simplicity, these pithy, delightful pieces are influenced by Chopin, who had just died. Upon the dream of the first (Andante con moto), upon the smiling airiness of the second (Poco più mosso) there follows the tenderness of the third (Lento placido), the best-known, calling forth ‘the Chopin sound’ (Serge Gut) with its melodic vibrancy and the unceasingly rippling, modulating accompaniment. The fourth (Cantabile con devozione), on a march rhythm, partakes of mysticism, while the Andante con grazia of the fifth is imbued with religious mystery. The last piece (inspired by Sainte-Beuve’s La Harpe Éolienne) returns to the impassioned virtuosity so dear to the Hungarian composer, but actually contains a secret chagrin arising from the waning of his liaison with Carolyne von Sayn-Wittgenstein.

Après une lecture de Dante, « fantasia quasi sonata » Some time after the birth of Cosima, on 25 December 1836, Liszt composed his ‘fantasia quasi sonata’ which, like Victor Hugo, he entitled ‘After a Reading of Dante.’ In the same way as with Goethe’s Faust, the Divine Comedy occupied his mind throughout his creative life. As the last piece of the Seconde Année de Pèlerinage–and the longest as well–it brings into play the Inferno in a free-form sonata in five sections. The initial, headlong Presto agitato evoking the torments of the damned and 20

their atrocious sufferings in the flames is followed by a ‘precipitato’ episode that brings all the resources of the instrument into play. The fantasia concludes with an Andante which gives an impression of hope and salvation after the churning violence of the elements. By creating unity among the three themes exposed in the initial Andante maestoso and the three secondary cells, Liszt manages to impart the proportion of a sonata while relinquishing the traditional pattern. As a veritable saga in which the keyboard becomes an orchestra, this sonic maelstrom foreshadows the contrasts of shadow and light, the impetuous conflicts of the Dante Symphony completed in 1856.

Du berceau jusqu’à la tombe In 1881 Liszt composed for solo piano a thirteenth and last symphonic poem entitled Du berceau jusqu’à la tombe, known above all in a later orchestral version. This score expresses the duality of the combat for existence and future life. Inspired by a tryptych painting by the Neogothic Hungarian painter Mihály Zichy, Liszt, too, divides his work in the form of a triptych. Having shed its symphonic trappings, this large-scale essay, under the pianist’s fingers, takes on enhanced transparency and ascetic feeling. The first, highly flowing part describes childhood in its innocence; then combat for existence recalls adulthood with an ardour not lacking in enthusiasm. Finally, man’s passage ‘towards the tomb, cradle of the future life,’ expresses the age of contemplation, of the nostalgia 21


that takes hold of Man and winds up with a surreptitious return to the initial measures, thus opening the path to the new life with gentle notes of contemplation. As Nietzsche was to write in 1882, ‘The great problems must be lived out by the body and the soul.’ Prophetically, Liszt here foreshadows the philosophy set forth in Thus Spake Zarathustra.

Nicolas Stavy piano

Michel Le Naour ‘… Nicolas Stavy shows a deep understanding of the composer’s universe, on a level comparable to Luisada or Brendel.’ Diapason. ‘a dense personal subjective tone which is highly compelling: he goes to the limit.’ Concertonet. Nicolas Stavy studied at the Conservatoire National Supérieur de Musique in Paris with Gérard Frémy and Christian Ivaldi, graduating with First Prizes in piano and chamber music. He went on to pursue his studies at the Geneva Conservatory in the class of Dominique Merlet where he received a First Prize with distinction. His other mentors include Alfred Brendel and György Sebök. His prizes at three prestigious and very different international competitions attest to his diversity and virtuosity as a pianist. Special Prize winner at the Chopin International Competition in Warsaw in 2000, he also 22

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won the Second Prize at the Geneva International Competition in 2001 and Fourth Prize at the Gina Bachauer International Competition in the United States in 2002. In 2003, he won the second prize at the Young Concert Artist Competition in New York. Nicolas Stavy has peformed throughout Europe, Asia and the United States, including Casals Hall in Tokyo, the Auditorium du Musée d’Orsay in Paris, the Athenæum in Bucharest, Victoria Hall in Geneva, in Hong Kong, New York, at the Roque d’Anthéron, the Klavier Ruhr Festival, the EuroArt Praha Festival, Festival ‘Fex’ in Granada and as concertist with the Orchestre de la Suisse Romande, the Sinfoniette de Lausanne, the Utah Symphony, l'orchestre symphonique du théâtre National Claudio Santoro de Brasilia, Belogorod, Bucharest… An avid chamber musician, Nicolas Stavy has played with violinists Nemanja Radulovic, Tedi Papavrami, Nicolas Dautricourt, pianists Cédric Tiberghien and Dana Ciocarlie, cellists Raphaël Pidoux and Marc Coppey, as well as the Ebène, Stamic and Atrium Quartets…He also performs with the Paris Wind Quintet both in France and abroad.

In 2007, Nicolas Stavy recorded works by Chopin for the Paraty label, a disk very warmly received by the press: ‘Nicolas Stavy has a genuinely vocal talent, the key to opening the door to Chopin’s heart’ Le Monde de la Musique. This was followed by a CD featuring the works of the French composer Hélène de Montgeroult (À la source du piano romantique, Hortus058). Nicolas Stavy’s rare piano version of Haydn’s Seven Last Words of Christ received great critical acclaim (four stars in Le Monde de la Musique), In a return to the romantic composers he loves and intrepretes so well, Stavy’s latest recording features the early piano works of Brahms (Une Jeunesse intrépide, Hortus068); it received a top ffff rating from Télérama. In 2010, he received the Maurice Ravel Prize from the Académie du disque lyrique for his collaboration with French soprano Françoise Masset.

On stage, Nicolas Stavy performed the musical part of the title role in Wladyslaw Szpilman’s The Pianist with actor Robin Renucci. He has also worked with actors Didier Sandre, François Castang and Brigitte Fossey. 24

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Pétrarque (1304-1374)

Canzoniere sonnet N°104 — Text in Italian page 12

I find no peace, and need make no war: and fear, and hope; and burn, and am ice: and soar above the sky, and lie in the earth, and clutch at nothing, and embrace the whole world. I am in custody of one who neither frees nor jails me, neither keeps me nor slips the noose: and Love destroys me not, nor unbinds me, neither wants me alive nor removes my bars. I see without eyes, and have no tongue yet cry out; and long to perish, and I beg for aid; and hold myself in loathing, and love others. I feed on sadness, weeping laugh: I at once despise death and life: In this state I am, madam, for you.

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Victor Hugo (1802-1885)

Les Voix intérieures (1837), After Reading Dante [n° xxvii] — Text in French page 13

The poet, when he painted hell, was painting His life: a fleeing shade, ghosts at his back; An unknown forest where his timid footsteps Had lost their way, strayed from the beaten track; A somber journey clogged with strange encounters, A spiral – its depth vast, its boundaries blurredWhose hideous circles went forever onward Through the dark where hell's creatures dimly stirred. There were complaints perched upon every parapet: The steps vanished in vague obscurity, Within those dismal regions of grim darkness White teeth seemed to be gnashing plaintively Visions were there, reveries, and chimeras, Eyes turned by sorrow into bitter springs, Love, a yoked couple, ever burning, wounded, Whirling along in wretched spiralings; Revenge and famine, those rash sisters, squatting Together by a well-gnawed human head In one dark corner, next to them, ambition Pale smiling misery; pride, ever fed On its own flesh, vile lechery; foul avarice – All of the leaden cloaks that burden souls! Further along, fear, cowardice, and treachery, With keys for sale, and drink in poisoned bowls; Deeper still, at the bottom of the chasm, Was the tormented mask of suffering hate. Yes, poet, that is life indeed – we plod through Just such a foggy obstacle-clogged state! But to complete the scene, on this cramped way was Virgil; his brow was calm, and his eyes shone, He stood at your right hand, constantly visible, Serenely telling you: ‘Keep going on!’ August 6th 1836

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The choice of an instrument Up until around the 1950s and even more so in the 19th century, the choice of an instrument was a significant endeavor for the performer. Today the near-monopoly of Steinway leads the performer no longer to ask himself any questions about the matter. While the instrument, in my view, ought to remain a tool at the service of the performer and not the other way around, it seems to me valuable to have available different pianos according to the repertory. I have always paid great attention, particularly for my recordings, to the choice of instrument. I was completely taken by the concert Steingraeber for my last record devoted to Brahms (Hortus 068). I enjoyed the immense pleasure of playing in concert the piano Liszt possessed from 1873 to the end of his life: a radiant and luminous Steingraeber. It was at first glance tempting to record the present programme on this singular instrument. But I preferred to save this fine adventure for the concert, where it comes across as a surprise thanks to its qualities, without its ‘shortcomings’ getting in the way of the listening experience. For Liszt just as for Brahms, I thus decided to remain with the modern piano, and it is a Yamaha piano I have chosen: the brand new CFX concert model, rich in harmonics and with its warm, full medium range. The encounter with this instrument convinced me that Yamaha was henceforth 28

joining the first-line concert instrument category. The present recording is the first made on the CFX. This instrument, so different from those by this company that I had played up until now, first convinced me by its ability to wrap around the sound that the pianist sculpts. ‘Readings’ by Liszt evince a considerable variety of sonic writing: virtuosity, orchestration, vocal texture, polyphony… This new piano seems to me to have the palette making it possible to render these various universes such as I wish to have them sound. The choice of a novel instrument also pays homage to the personality of Liszt, a musician who to his dying day remained on the lookout for instrumental novelty, engrossed as he was by the evolution of their building technology.

Nicolas Stavy

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Remerciements à Jean-Michel Lejeune, directeur du Théâtre d’Arras, pour la chaleur et la qualité de son accueil, et à Loïc Lafontaine de Yamaha Artist Services Europe pour toute son aide. Piano Yamaha CFX [Premier enregistrement européen du nouvel instrument] enregistrement du 13 au 15 janvier 2011 accord et préparation : Philippe Copin | prise de son : Roger Lenoir montage : Pierre de Champs | mixage : Michel Pierre – Hortus direction artistique : Guillaume Martigné texte de présentation : Michel Le Naour traduction : Kurt Lueders | graphisme : Brice Tourneux direction artistique du label : Vincent Genvrin site nicolas stavy : www.nicolasstavy.com catalogue téléchargeable en ligne : www.editionshortus.com boutique en ligne : shop.editionshortus.com crédits photographiques photo : Nicolas Stavy – Guy Vivien 30

© hortus 2011


HORTUS 088

Liszt d’inspiration littéraire / Liszt in his literary inspiration

« Cher Liszt, à travers les brumes, par-delà les fleuves, par-dessus les villes où les pianos chantent votre gloire, où l’imprimerie traduit votre sagesse, en quelque lieu que vous soyez, dans les splendeurs de la Ville éternelle ou dans les brumes des pays rêveurs, improvisant des chants de délectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos méditations abstruses, chantre de la volupté et de l’angoisse éternelles, philosophe, poète et artiste, je vous salue en l’immortalité…»

‘Dear Liszt, through the mists, beyond the rivers, above the towns and wherever pianos sing your glory, wherever your wisdom is conveyed in print, in whatever place you may be, in the splendours of the Eternal City or in the fog of dreamy lands, improvising songs of delight or of ineffable pain, or setting to paper your abstruse meditations, bard of eternal sensuality and anguish, philosopher, poet and artist, I greet you in immortality…’ Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869 ENGLISH TEXT INSIDE

Bénédiction de Dieu dans la solitude [Lamartine] Sonnet de Pétrarque n° 104 [Canzoniere] Six Consolations S. 172 [Charles Sainte-Beuve / Lamartine] Après une lecture du Dante [Victor Hugo, Les Voix intérieures] Du berceau jusqu’à la tombe poème symphonique

T.T. : 77'08 | © HORTUS 2011 | Réf. HORTUS 088

HORTUS 088

Texte de présentation : Michel Le Naour Photographie : Guy Vivien

piano

Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869

Nicolas Stavy

FRANZ Liszt LISZT VIA CRU CIS Nicolas Stavy Franz Lectures

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Lectures

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Nicolas Stavy

Franz Liszt

Franz Liszt (1811-1886) Lectures / Readings

Nicolas Stavy - Franz Liszt Lectures_Booklet  

Nicolas Stavy has peformed throughout Europe, Asia and the United States. A student of Gérard Frémy and Christian Ivaldi at the Paris Conser...