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Lyonel SCHMIT, violon Lyonel Schmit s’éveille au violon à l’âge de 7 ans, grâce à l’enseignement de Patricia Reibaud. Dès sa jeune adolescence il participe à de nombreux concours qu’il remporte (Ufam, Lutèce, Nerini,…) et termine ainsi ses études au Conservatoire de Metz couronnées par une médaille d’or à l’unanimité avec félicitations du jury dans la classe d’André Pons. Récompense qui lui ouvre, à 14 ans, pour son premier grand récital, les portes du célèbre Arsenal de Metz. S’en suivent les concours d’entrée aux conservatoires de Paris et de Lyon. Le choix lui est offert : ce sera Paris dans la classe de Devy Erlih. Après y avoir obtenu les plus hautes récompenses, il se perfectionne en 3eme cycle dans la classe de Régis Pasquier. Il remporte alors le premier concours des Avants-scène et s’octroie l’honneur d’être entendu en soliste à la cité de la musique.  Il rencontre de grands maîtres tels que, Eduard Schmieder, Ida Haendel ou Shlomo Mintz. Mais des rencontres encore plus marquantes lui permettent d’accéder à une introspection nécessaire, celle de Michael Hentz et celle de Ivry Gitlis. Aujourd’hui encore, ils sont ses guides. Dès lors, plusieurs fondations le soutiennent (Cziffra, Charles Oulmont, DrouetBourgeois, Zilber, Fond instrumental Français,…) et grâce à ce soutien, ce jeune virtuose de 21 ans se distingue dans différents concours internationaux. Il est lauréat du concours R.Lipizer en Italie, obtient entre autre le prestigieux prix Bach à l’unanimité du concours Tibor Varga en Suisse, et remporte le concours européen pour jeunes solistes. Sa carrière prend alors un essor international qui le conduit dans des salles prestigieuses telles que le Concertgebouw d’Amsterdam, le Barbican Hall de Londres, le Suntory 2

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Lyonel SCHMIT, violon Lyonel Schmit s’éveille au violon à l’âge de 7 ans, grâce à l’enseignement de Patricia Reibaud. Dès sa jeune adolescence il participe à de nombreux concours qu’il remporte (Ufam, Lutèce, Nerini,…) et termine ainsi ses études au Conservatoire de Metz couronnées par une médaille d’or à l’unanimité avec félicitations du jury dans la classe d’André Pons. Récompense qui lui ouvre, à 14 ans, pour son premier grand récital, les portes du célèbre Arsenal de Metz. S’en suivent les concours d’entrée aux conservatoires de Paris et de Lyon. Le choix lui est offert : ce sera Paris dans la classe de Devy Erlih. Après y avoir obtenu les plus hautes récompenses, il se perfectionne en 3eme cycle dans la classe de Régis Pasquier. Il remporte alors le premier concours des Avants-scène et s’octroie l’honneur d’être entendu en soliste à la cité de la musique.  Il rencontre de grands maîtres tels que, Eduard Schmieder, Ida Haendel ou Shlomo Mintz. Mais des rencontres encore plus marquantes lui permettent d’accéder à une introspection nécessaire, celle de Michael Hentz et celle de Ivry Gitlis. Aujourd’hui encore, ils sont ses guides. Dès lors, plusieurs fondations le soutiennent (Cziffra, Charles Oulmont, DrouetBourgeois, Zilber, Fond instrumental Français,…) et grâce à ce soutien, ce jeune virtuose de 21 ans se distingue dans différents concours internationaux. Il est lauréat du concours R.Lipizer en Italie, obtient entre autre le prestigieux prix Bach à l’unanimité du concours Tibor Varga en Suisse, et remporte le concours européen pour jeunes solistes. Sa carrière prend alors un essor international qui le conduit dans des salles prestigieuses telles que le Concertgebouw d’Amsterdam, le Barbican Hall de Londres, le Suntory 2

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Hall de Tokyo, le théâtre Colon de Buenos Aires, mais aussi en France à l’Arsenal de Metz, salle Gaveau, théâtre du Chatelet, Cité de la musique... . Il apparaît également sur France-Musique, France-Culture, dans l’émission Musiques au Cœur sur France Télévision ainsi que sur Mezzo. Son esprit curieux et ses choix éclectiques lui permettent d’être invité comme violon solo au sein de l’orchestre de chambre d’Auvergne et de l’orchestre de l’Opéra de Marseille, mais également au sein du Nouvel Ensemble de Montréal et de l’ensemble Sillages, solides représentants de la musique d’aujourd’hui. Sous une autre facette, Lyonel Schmit compose un recueil de musique tzigane paru aux éditions Lemoine  et un conte musical commandé par le festival Musikalia. Une de ses aventures les plus originales est le programme Piazzolla Forever qu’il présente avec l’accordéoniste Richard Galliano au sein de son septet. Le disque « Piazzola for ever » est sorti en 2004 chez Dreyfus. Lyonel Schmit se produit le plus souvent dans un répertoire classique de musique de chambre aux côtés de grands artistes tels que Gérard Caussé, Augustin Dumay, Henry Demarquette, Michel Dalberto, Dmitri Makhtin, le quatuor Debussy, Vahan Mardirossian… mais la musique contemporaine occupe une place importante dans son épanouissement artistique. Il a enregistré un disque dédié à Jean-Luc Hervé, sorti en 2005. Il partage également une complicité de plus de 10 ans avec le compositeur Florentine Mulsant. Au printemps 2007, ce travail est couronné, avec la collaboration d’Henri Demarquette, par un enregistrement. Ce disque est édité chez AR Re-Se. En 2009, il fait la connaissance de Julien Guénebaut avec qui il forme désormais un duo.

Julien GUÉNEBAUT, piano Pianiste et chef d’orchestre, Julien Guénebaut, après avoir débuté ses études à l’ENMD d’Aulnay-sous-bois dans la classe de Dominique Lénert, obtient ensuite un premier prix de piano au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il reçoit l’enseignement de Bruno Rigutto. Ensuite, c’est le cheminement d’un musicien passionné et la rencontre de grands maîtres, Josef Pálenicek, Marie-Françoise Bucquet qui devint son principal professeur et, plus récemment, Alfred Brendelpour qui il a eu le privilège de jouer et dont il a reçu les précieux conseils. Il se produit en récital, et en musique de chambre avec des artistes comme Patrick Gallois, André Cazalet, Ophélie Gaillard… et forme un duo avec le violoniste Lyonel Schmit. Il est également invité en soliste avec orchestre. Il donne avec l’Orchestre National de Catalogne en juillet 2007, le concerto pour piano et orchestre « Ser » de José Luis Campana en création, dirigé par François-Xavier Roth. Par ailleurs, l’orchestre tient une part importante dans la vie artistique de Julien Guénebaut, il dirige régulièrement tous les répertoires, dont la musique d’aujourd’hui qu’il apprécie particulièrement en collaborant régulièrement avec des compositeurs et en assurant leurs créations, notamment avec l’ensemble Arcema. Avec différents orchestres, il accompagne des solistes prestigieux tels que Radovan Vlatkovic, Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, François-Frédéric Guy, Jorge Chaminé, Jean Geoffroy, Philippe Muller… Il a été récemment invité à diriger l’orchestre « Jyväskylä sinfonia» en Finlande. En musicien désireux de transmettre l’amour et la connaissance de la musique, il est régulièrement l’invité de Jean Pierre Derrien pour des programmes sur FranceMusique.

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Hall de Tokyo, le théâtre Colon de Buenos Aires, mais aussi en France à l’Arsenal de Metz, salle Gaveau, théâtre du Chatelet, Cité de la musique... . Il apparaît également sur France-Musique, France-Culture, dans l’émission Musiques au Cœur sur France Télévision ainsi que sur Mezzo. Son esprit curieux et ses choix éclectiques lui permettent d’être invité comme violon solo au sein de l’orchestre de chambre d’Auvergne et de l’orchestre de l’Opéra de Marseille, mais également au sein du Nouvel Ensemble de Montréal et de l’ensemble Sillages, solides représentants de la musique d’aujourd’hui. Sous une autre facette, Lyonel Schmit compose un recueil de musique tzigane paru aux éditions Lemoine  et un conte musical commandé par le festival Musikalia. Une de ses aventures les plus originales est le programme Piazzolla Forever qu’il présente avec l’accordéoniste Richard Galliano au sein de son septet. Le disque « Piazzola for ever » est sorti en 2004 chez Dreyfus. Lyonel Schmit se produit le plus souvent dans un répertoire classique de musique de chambre aux côtés de grands artistes tels que Gérard Caussé, Augustin Dumay, Henry Demarquette, Michel Dalberto, Dmitri Makhtin, le quatuor Debussy, Vahan Mardirossian… mais la musique contemporaine occupe une place importante dans son épanouissement artistique. Il a enregistré un disque dédié à Jean-Luc Hervé, sorti en 2005. Il partage également une complicité de plus de 10 ans avec le compositeur Florentine Mulsant. Au printemps 2007, ce travail est couronné, avec la collaboration d’Henri Demarquette, par un enregistrement. Ce disque est édité chez AR Re-Se. En 2009, il fait la connaissance de Julien Guénebaut avec qui il forme désormais un duo.

Julien GUÉNEBAUT, piano Pianiste et chef d’orchestre, Julien Guénebaut, après avoir débuté ses études à l’ENMD d’Aulnay-sous-bois dans la classe de Dominique Lénert, obtient ensuite un premier prix de piano au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il reçoit l’enseignement de Bruno Rigutto. Ensuite, c’est le cheminement d’un musicien passionné et la rencontre de grands maîtres, Josef Pálenicek, Marie-Françoise Bucquet qui devint son principal professeur et, plus récemment, Alfred Brendelpour qui il a eu le privilège de jouer et dont il a reçu les précieux conseils. Il se produit en récital, et en musique de chambre avec des artistes comme Patrick Gallois, André Cazalet, Ophélie Gaillard… et forme un duo avec le violoniste Lyonel Schmit. Il est également invité en soliste avec orchestre. Il donne avec l’Orchestre National de Catalogne en juillet 2007, le concerto pour piano et orchestre « Ser » de José Luis Campana en création, dirigé par François-Xavier Roth. Par ailleurs, l’orchestre tient une part importante dans la vie artistique de Julien Guénebaut, il dirige régulièrement tous les répertoires, dont la musique d’aujourd’hui qu’il apprécie particulièrement en collaborant régulièrement avec des compositeurs et en assurant leurs créations, notamment avec l’ensemble Arcema. Avec différents orchestres, il accompagne des solistes prestigieux tels que Radovan Vlatkovic, Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, François-Frédéric Guy, Jorge Chaminé, Jean Geoffroy, Philippe Muller… Il a été récemment invité à diriger l’orchestre « Jyväskylä sinfonia» en Finlande. En musicien désireux de transmettre l’amour et la connaissance de la musique, il est régulièrement l’invité de Jean Pierre Derrien pour des programmes sur FranceMusique.

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L’Histoire... « La nuit, il mettait son violon auprès de lui, sur son lit, et lorsque toutes sortes de balivernes lui passaient en tête, il en touchait les cordes. Le violon résonnait et Iakov se sentait mieux ». Comme Iakov égrène les cordes de son instrument, Lyonel Schmit rouvre son Tchekhov. La nuit, il relit l’histoire de cet homme, fabriquant de cercueil et passeur de rêves malgré lui. Le violon de Rothschild est une nouvelle courte, dense ; un précipité d’humanité à travers la vie simple d’un homme bourru. Lorsque Lyonel Schmit découvre ces pages, c’est un choc. Le violon, évidemment, parle à son cœur de musicien, mais la judéité malmenée et finalement le don, semblent dire à sa place son rapport à la musique. « Aimer, écrivait Jacques Lacan, c’est donner ce que l’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ». Iakov n’a pas de coeur… jusqu’au moment où, s’en rendant compte, il le retrouve, enfoui sous des années de peur, de railleries, de solitude. C’est cette capacité à aimer, qui jusque-là ne passait qu’à travers son violon, qui va lui faire accomplir l’impensable : donner son violon à Rothschild, le juif, le piteux joueur de flûte du village, le timide, le peureux. « La musique est un legs », répète Lyonel Schmit à l’envi, « et cette nouvelle le rappelle à chaque ligne. Les mélodies passent, de main en main, de bouche en bouche, et les instruments survivent aux propriétaires…  ». Une trace. Ce mot à la sonorité rugueuse veut pourtant représenter toute la richesse de l’Histoire. Ce mot, est l’origine même du projet de ce disque. « Tout a commencé un soir à Aulnay. Julien Guénebaut et moi-même, raconte Lyonel Schmit, donnions un programme avec Dmitri Chostakovitch et le trop rare Moisei Weinberg dont on exhumait alors la colossale Cinquième Sonate  ». A l’époque, 6

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L’Histoire... « La nuit, il mettait son violon auprès de lui, sur son lit, et lorsque toutes sortes de balivernes lui passaient en tête, il en touchait les cordes. Le violon résonnait et Iakov se sentait mieux ». Comme Iakov égrène les cordes de son instrument, Lyonel Schmit rouvre son Tchekhov. La nuit, il relit l’histoire de cet homme, fabriquant de cercueil et passeur de rêves malgré lui. Le violon de Rothschild est une nouvelle courte, dense ; un précipité d’humanité à travers la vie simple d’un homme bourru. Lorsque Lyonel Schmit découvre ces pages, c’est un choc. Le violon, évidemment, parle à son cœur de musicien, mais la judéité malmenée et finalement le don, semblent dire à sa place son rapport à la musique. « Aimer, écrivait Jacques Lacan, c’est donner ce que l’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ». Iakov n’a pas de coeur… jusqu’au moment où, s’en rendant compte, il le retrouve, enfoui sous des années de peur, de railleries, de solitude. C’est cette capacité à aimer, qui jusque-là ne passait qu’à travers son violon, qui va lui faire accomplir l’impensable : donner son violon à Rothschild, le juif, le piteux joueur de flûte du village, le timide, le peureux. « La musique est un legs », répète Lyonel Schmit à l’envi, « et cette nouvelle le rappelle à chaque ligne. Les mélodies passent, de main en main, de bouche en bouche, et les instruments survivent aux propriétaires…  ». Une trace. Ce mot à la sonorité rugueuse veut pourtant représenter toute la richesse de l’Histoire. Ce mot, est l’origine même du projet de ce disque. « Tout a commencé un soir à Aulnay. Julien Guénebaut et moi-même, raconte Lyonel Schmit, donnions un programme avec Dmitri Chostakovitch et le trop rare Moisei Weinberg dont on exhumait alors la colossale Cinquième Sonate  ». A l’époque, 6

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ces interprètes ne sont pas encore les fins connaisseurs qu’ils sont devenus et maitrisent mal cette période. C’est Emmanuel Utwiller, le directeur de la Fondation Chostakovitch, qui les y initie… Benjamin Fleischmann met en musique “ Le violon de Rothschild ” de Tchekhov, sur le conseil de son maître, Dmitri Chostakovitch, lors du siège de Leningrad, en 1941. Quelques jours plus tard, il est tué en héros anonyme. A la fin de la guerre, et malgré l’opposition des autorités, Chostakovitch réalise l’orchestration de l’opéra de son élève juif. Il ne sera joué qu’en 1968 à Leningrad et aussitôt interdit pour « propagande sioniste ». Cinquante ans plus tard, Edgardo Cozarinsky poursuit cette transmission en réalisant un film sur l’œuvre de Fleischmann. Ce film produit en France et tourné en langue russe par un cinéaste d’origine argentine, est alors un bel exemple de cosmopolitisme ! Ainsi naît cette trace, cette idée de legs qui va finalement faire sens, relier Chostakovitch et Weinberg, rivaux mais amis, Tchekhov, le poète et… Joseph Achron. Car la trace, l’empreinte, c’est lui. Violoniste et compositeur lithuanien mort à Hollywod en 1943, Achron fait partie du groupe qui fonde, aux premiers jours du XXe siècle, la Société pour la musique populaire juive à Saint-Pétersbourg. La plupart des membres étaient amis ou élèves de Rimski-Korsakov. En 1911, il compose une Mélodie Hébraïque dont le thème, entêtant, a bouleversé Lyonel Schmit. Une page de musique et une interprétation de légende, celle du trop méconnu Josef Hassid, auront suffi à notre violoniste pour comprendre qu’il tenait là le fil de son projet. Cette mélodie qui rythme le disque, d’abord au violon seul, plus loin au piano solo, et enfin, en duo, c’est celle que joue Iakov sur le pas de sa porte…  « Iakov sortit de son isba et s’assit sur le seuil, serrant son violon sur sa poitrine. En pensant à la vie passée en vain, il joua il ne savait quoi, mais cela fut triste et touchant, et des larmes coulèrent le long de ses joues. Et plus il songeait, plus tristement chantait son violon ». 8

Ce chant ne doit jamais se rompre. Si cela devait arriver, c’est l’humanité toute entière qui serait orpheline. Et même le plus brut des hommes, Iakov, le comprend. « Cela ne lui faisait aucune peine de mourir, écrit Tchekhov, mais lorsqu’en rentrant il aperçut son violon, son cœur se serra, et il souffrit. On ne peut pas emporter son violon dans la tombe ». C’est alors qu’il le lègue à Rothschild. Si lui meurt, sa musique au moins perdure. « Un instrument est chargé d’histoire, il faut l’apprivoiser ; petit à petit, on saisit ce qu’il a dans le cœur, confie Lyonel Schmit. » Rothschild ne sera jamais Iakov, et pourtant, lorsqu’il gratte les cordes de son violon, ses auditeurs se mettent à pleurer. « Sous son archet filent des sons aussi plaintifs qu’en sortaient jadis de sa flûte ; mais, quand il tâche de répéter ce que jouait Iakov, assis sur le seuil de son isba, il s’envole quelque chose de si triste que lui-même, à la fin, roule des yeux et s’écrie : « Vakh » ! Aujourd’hui, c’est Lyonel Schmit, accompagné de Julien Guénebaut, qui chante la Mélodie d’Achron. Il semble dire à Rothschild, après avoir joué les tumultueuses sonates de Chostakovitch et Weinberg, mais aussi Hébraïsch de George Perlman (1897-2000), mélodie juive où dialogue à la fois la violence et la mélancolie, que lui aussi n’abandonnera pas sa mission, celle de transmettre, celle de partager, celle, enfin, qui permet d’unir le cœur des hommes autour d’une simple berceuse comme celle ensoleillée d’Abraham Goldfaden, Raisins secs et amandes. « Le soir, et pendant la nuit, Iakov se levait dans son lit (…), il se leva cinq ou six fois pour jouer du violon ».  Judith Chaine

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ces interprètes ne sont pas encore les fins connaisseurs qu’ils sont devenus et maitrisent mal cette période. C’est Emmanuel Utwiller, le directeur de la Fondation Chostakovitch, qui les y initie… Benjamin Fleischmann met en musique “ Le violon de Rothschild ” de Tchekhov, sur le conseil de son maître, Dmitri Chostakovitch, lors du siège de Leningrad, en 1941. Quelques jours plus tard, il est tué en héros anonyme. A la fin de la guerre, et malgré l’opposition des autorités, Chostakovitch réalise l’orchestration de l’opéra de son élève juif. Il ne sera joué qu’en 1968 à Leningrad et aussitôt interdit pour « propagande sioniste ». Cinquante ans plus tard, Edgardo Cozarinsky poursuit cette transmission en réalisant un film sur l’œuvre de Fleischmann. Ce film produit en France et tourné en langue russe par un cinéaste d’origine argentine, est alors un bel exemple de cosmopolitisme ! Ainsi naît cette trace, cette idée de legs qui va finalement faire sens, relier Chostakovitch et Weinberg, rivaux mais amis, Tchekhov, le poète et… Joseph Achron. Car la trace, l’empreinte, c’est lui. Violoniste et compositeur lithuanien mort à Hollywod en 1943, Achron fait partie du groupe qui fonde, aux premiers jours du XXe siècle, la Société pour la musique populaire juive à Saint-Pétersbourg. La plupart des membres étaient amis ou élèves de Rimski-Korsakov. En 1911, il compose une Mélodie Hébraïque dont le thème, entêtant, a bouleversé Lyonel Schmit. Une page de musique et une interprétation de légende, celle du trop méconnu Josef Hassid, auront suffi à notre violoniste pour comprendre qu’il tenait là le fil de son projet. Cette mélodie qui rythme le disque, d’abord au violon seul, plus loin au piano solo, et enfin, en duo, c’est celle que joue Iakov sur le pas de sa porte…  « Iakov sortit de son isba et s’assit sur le seuil, serrant son violon sur sa poitrine. En pensant à la vie passée en vain, il joua il ne savait quoi, mais cela fut triste et touchant, et des larmes coulèrent le long de ses joues. Et plus il songeait, plus tristement chantait son violon ». 8

Ce chant ne doit jamais se rompre. Si cela devait arriver, c’est l’humanité toute entière qui serait orpheline. Et même le plus brut des hommes, Iakov, le comprend. « Cela ne lui faisait aucune peine de mourir, écrit Tchekhov, mais lorsqu’en rentrant il aperçut son violon, son cœur se serra, et il souffrit. On ne peut pas emporter son violon dans la tombe ». C’est alors qu’il le lègue à Rothschild. Si lui meurt, sa musique au moins perdure. « Un instrument est chargé d’histoire, il faut l’apprivoiser ; petit à petit, on saisit ce qu’il a dans le cœur, confie Lyonel Schmit. » Rothschild ne sera jamais Iakov, et pourtant, lorsqu’il gratte les cordes de son violon, ses auditeurs se mettent à pleurer. « Sous son archet filent des sons aussi plaintifs qu’en sortaient jadis de sa flûte ; mais, quand il tâche de répéter ce que jouait Iakov, assis sur le seuil de son isba, il s’envole quelque chose de si triste que lui-même, à la fin, roule des yeux et s’écrie : « Vakh » ! Aujourd’hui, c’est Lyonel Schmit, accompagné de Julien Guénebaut, qui chante la Mélodie d’Achron. Il semble dire à Rothschild, après avoir joué les tumultueuses sonates de Chostakovitch et Weinberg, mais aussi Hébraïsch de George Perlman (1897-2000), mélodie juive où dialogue à la fois la violence et la mélancolie, que lui aussi n’abandonnera pas sa mission, celle de transmettre, celle de partager, celle, enfin, qui permet d’unir le cœur des hommes autour d’une simple berceuse comme celle ensoleillée d’Abraham Goldfaden, Raisins secs et amandes. « Le soir, et pendant la nuit, Iakov se levait dans son lit (…), il se leva cinq ou six fois pour jouer du violon ».  Judith Chaine

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Le Violon de Rothschild - Anton Tchekhov. La ville était petite, à peine un village. Elle n’était presque habitée que par des vieillards qui mouraient si rarement que c’en était pitié. Il y fallait parfois quelques cercueils pour l’hôpital ou la prison ; en un mot, les affaires ne marchaient pas. Si Iakov Ivanov avait fait des cercueils dans un chef-lieu, il eût certainement possédé une maison, et on lui aurait donné du « Iakov Matvéitch ». Mais, dans cette mauvaise petite ville, on ne l’appelait que Iakov ; dans la rue on l’avait même, on ne sait pourquoi, surnommé Bronza, et il y vivait, pauvre comme un moujik, dans une vieille isba d’une seule pièce où s’entassaient de compagnie, lui, Marfa, le poêle, un lit à deux places, les cercueils, l’établi et tous les ustensiles du ménage. Iakov fabriquait de bons cercueils solides. Pour les moujiks et les artisans, il les faisait à sa taille, sans se tromper jamais, car il n’y avait nulle part, même à la prison, de gens plus grands et plus forts que lui, bien qu’il eût déjà soixante-dix ans. Pour les nobles et pour les femmes, Iakov exécutait ses cercueils sur mesure et en prenait les dimensions avec un mètre de fer. Il acceptait sans empressement les commandes de cercueils d’enfants et les confectionnait sans se déranger, à vue d’œil, avec dédain. En touchant l’argent, il disait chaque fois : – J’avoue que je n’aime pas à m’occuper de niaiseries. En dehors de son métier, Iakov gagnait quelques sous à jouer du violon. Pour les mariages, on louait d’ordinaire, dans la petite ville, un orchestre juif que dirigeait l’étameur Moïssey Ilytch Chakhès, qui prélevait, pour sa part, plus de la moitié de la recette. Comme Iakov connaissait surtout des chansons russes, Chakhès l’invitait de temps à autre à jouer dans son orchestre ; il le payait cinquante kopecks par jour, sans parler des cadeaux des invités. Quand Bronza s’asseyait dans l’orchestre, il se mettait tout d’abord à suer et à rougir : il faisait chaud et cela sentait l’ail à étouffer. Son violon miaulait et près de son oreille droite, la contrebasse s’enrouait ; près de la gauche, la flûte pleurait. Celui qui en jouait était un maigre juif roux, le visage couvert 10

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Le Violon de Rothschild - Anton Tchekhov. La ville était petite, à peine un village. Elle n’était presque habitée que par des vieillards qui mouraient si rarement que c’en était pitié. Il y fallait parfois quelques cercueils pour l’hôpital ou la prison ; en un mot, les affaires ne marchaient pas. Si Iakov Ivanov avait fait des cercueils dans un chef-lieu, il eût certainement possédé une maison, et on lui aurait donné du « Iakov Matvéitch ». Mais, dans cette mauvaise petite ville, on ne l’appelait que Iakov ; dans la rue on l’avait même, on ne sait pourquoi, surnommé Bronza, et il y vivait, pauvre comme un moujik, dans une vieille isba d’une seule pièce où s’entassaient de compagnie, lui, Marfa, le poêle, un lit à deux places, les cercueils, l’établi et tous les ustensiles du ménage. Iakov fabriquait de bons cercueils solides. Pour les moujiks et les artisans, il les faisait à sa taille, sans se tromper jamais, car il n’y avait nulle part, même à la prison, de gens plus grands et plus forts que lui, bien qu’il eût déjà soixante-dix ans. Pour les nobles et pour les femmes, Iakov exécutait ses cercueils sur mesure et en prenait les dimensions avec un mètre de fer. Il acceptait sans empressement les commandes de cercueils d’enfants et les confectionnait sans se déranger, à vue d’œil, avec dédain. En touchant l’argent, il disait chaque fois : – J’avoue que je n’aime pas à m’occuper de niaiseries. En dehors de son métier, Iakov gagnait quelques sous à jouer du violon. Pour les mariages, on louait d’ordinaire, dans la petite ville, un orchestre juif que dirigeait l’étameur Moïssey Ilytch Chakhès, qui prélevait, pour sa part, plus de la moitié de la recette. Comme Iakov connaissait surtout des chansons russes, Chakhès l’invitait de temps à autre à jouer dans son orchestre ; il le payait cinquante kopecks par jour, sans parler des cadeaux des invités. Quand Bronza s’asseyait dans l’orchestre, il se mettait tout d’abord à suer et à rougir : il faisait chaud et cela sentait l’ail à étouffer. Son violon miaulait et près de son oreille droite, la contrebasse s’enrouait ; près de la gauche, la flûte pleurait. Celui qui en jouait était un maigre juif roux, le visage couvert 10

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d’un réseau de veines rouges et bleues. Il portait le nom de Rothschild, comme le fameux richard. Et ce maudit juif parvenait à jouer les choses les plus gaies sur un ton plaintif… Iakov, sans raison plausible, ressentait de la haine et du mépris pour les juifs, et surtout pour Rothschild. Il se mettait à le taquiner, l’injuriait  ; une fois même il voulut le battre. Rothschild s’en irrita et lui dit farouchement : – Si je n’estimais pas votre talent, il y a longtemps que je vous aurais fait passer par la fenêtre. Et il se mit à pleurer. En raison de cela, on n’invitait que rarement Bronza. On ne le faisait que dans les cas d’extrême urgence, quand un des juifs manquait. Iakov n’était jamais de bonne humeur parce qu’il subissait continuellement des pertes effrayantes. C’était péché, par exemple, de travailler les dimanches et fêtes ; le lundi est un mauvais jour ; on arrivait ainsi à un total de près de deux cents jours pendant lesquels il fallait, malgré soi, se croiser les bras. Et quelles pertes cela représentait !… Si l’on faisait, en ville, un mariage sans musique, ou si Chakhès n’invitait pas Iakov, c’était aussi une perte… Le commissaire de police fut malade et languit deux années ; Iakov attendait sa mort avec impatience, mais le commissaire partit pour se soigner au chef-lieu de district et y mourut. Encore une perte, d’au moins dix roubles ! Il aurait fallu en effet, au commissaire, un cercueil coûteux, recouvert de brocart glacé… La pensée de ses pertes obsédait Iakov, surtout la nuit. Il mettait son violon auprès de lui, sur son lit et, lorsque toutes sortes de balivernes lui passaient en tête, il en touchait les cordes. Le violon résonnait et Iakov se sentait mieux. Le 6 mai de l’an dernier, sa femme, soudainement, se sentit mal. La vieille respirait avec peine, buvait beaucoup d’eau et chancelait. Le matin, elle alluma malgré tout le poêle et alla même chercher de l’eau. Mais le soir venu elle dut s’aliter. Iakov, toute la journée, joua du violon. Quand il fit entièrement nuit, il prit le livre dans lequel il inscrivait chaque jour les pertes qu’il subissait et, par ennui, se mit à en 12

faire le compte pour l’année. Le total monta à plus de mille roubles ! Cela troubla tellement le vieillard qu’il jeta son boulier par terre et se mit à trépigner. Puis il releva l’instrument, le fit encore longuement claquer et soupira profondément. Son visage était cramoisi, trempé de sueur. Il pensa que, s’il avait mis à la banque ce millier de roubles perdus, le revenu annuel en aurait atteint au moins quarante roubles ; ces quarante roubles-là étaient aussi une perte. Bref, où que l’on se tournât, il n’y avait que pertes, et rien d’autre. – Iakov ! appela tout à coup la vieille, je meurs ! Bronza regarda sa femme. Sa figure était rose de fièvre, extraordinairement sereine et joyeuse. Il était habitué à lui voir un visage pâle, timide et malheureux, et il se troubla. Il lui sembla que sa femme se mourait en effet et qu’elle était contente de quitter enfin, pour toujours, cette isba, ces cercueils, et Iakov lui-même… Marfa regardait le plafond et remuait les lèvres. Elle avait l’air heureux comme si elle voyait la mort, sa libératrice, et si elles chuchotaient ensemble. C’était déjà le point du jour. À la fenêtre apparaissait le flamboiement de l’aurore. En regardant la vieille, Iakov se rappela soudain qu’il ne lui avait pas, de toute sa vie, lui semblait-il, fait une seule caresse, qu’il ne l’avait jamais plainte, n’avait jamais songé à lui acheter le moindre fichu, à lui rapporter d’une noce la moindre friandise. Il n’avait fait que crier après elle et lui reprocher ses pertes, se jetant sur elle les poings serrés. À la vérité, il ne l’avait jamais battue, mais il en avait fait le geste, et Marfa en avait été chaque fois terrifiée. Il ne lui permettait pas de boire du thé, parce qu’ils dépensaient déjà beaucoup en dehors de cela, et Marfa ne buvait que de l’eau chaude. Iakov comprenait pourquoi elle avait maintenant un air si étrange, si joyeux ; et l’angoisse l’étreignit. Le matin venu, il emprunta le cheval de son voisin et emmena Marfa à l’hôpital. Il n’y avait que peu de monde : il n’eut à attendre que trois heures. À sa grande satisfaction, ce n’était pas, ce jour-là, le docteur qui faisait la consultation, il était lui-même malade : c’était l’officier de santé, Maxime Nicolaïtch – vieillard dont tout le monde disait en 13


d’un réseau de veines rouges et bleues. Il portait le nom de Rothschild, comme le fameux richard. Et ce maudit juif parvenait à jouer les choses les plus gaies sur un ton plaintif… Iakov, sans raison plausible, ressentait de la haine et du mépris pour les juifs, et surtout pour Rothschild. Il se mettait à le taquiner, l’injuriait  ; une fois même il voulut le battre. Rothschild s’en irrita et lui dit farouchement : – Si je n’estimais pas votre talent, il y a longtemps que je vous aurais fait passer par la fenêtre. Et il se mit à pleurer. En raison de cela, on n’invitait que rarement Bronza. On ne le faisait que dans les cas d’extrême urgence, quand un des juifs manquait. Iakov n’était jamais de bonne humeur parce qu’il subissait continuellement des pertes effrayantes. C’était péché, par exemple, de travailler les dimanches et fêtes ; le lundi est un mauvais jour ; on arrivait ainsi à un total de près de deux cents jours pendant lesquels il fallait, malgré soi, se croiser les bras. Et quelles pertes cela représentait !… Si l’on faisait, en ville, un mariage sans musique, ou si Chakhès n’invitait pas Iakov, c’était aussi une perte… Le commissaire de police fut malade et languit deux années ; Iakov attendait sa mort avec impatience, mais le commissaire partit pour se soigner au chef-lieu de district et y mourut. Encore une perte, d’au moins dix roubles ! Il aurait fallu en effet, au commissaire, un cercueil coûteux, recouvert de brocart glacé… La pensée de ses pertes obsédait Iakov, surtout la nuit. Il mettait son violon auprès de lui, sur son lit et, lorsque toutes sortes de balivernes lui passaient en tête, il en touchait les cordes. Le violon résonnait et Iakov se sentait mieux. Le 6 mai de l’an dernier, sa femme, soudainement, se sentit mal. La vieille respirait avec peine, buvait beaucoup d’eau et chancelait. Le matin, elle alluma malgré tout le poêle et alla même chercher de l’eau. Mais le soir venu elle dut s’aliter. Iakov, toute la journée, joua du violon. Quand il fit entièrement nuit, il prit le livre dans lequel il inscrivait chaque jour les pertes qu’il subissait et, par ennui, se mit à en 12

faire le compte pour l’année. Le total monta à plus de mille roubles ! Cela troubla tellement le vieillard qu’il jeta son boulier par terre et se mit à trépigner. Puis il releva l’instrument, le fit encore longuement claquer et soupira profondément. Son visage était cramoisi, trempé de sueur. Il pensa que, s’il avait mis à la banque ce millier de roubles perdus, le revenu annuel en aurait atteint au moins quarante roubles ; ces quarante roubles-là étaient aussi une perte. Bref, où que l’on se tournât, il n’y avait que pertes, et rien d’autre. – Iakov ! appela tout à coup la vieille, je meurs ! Bronza regarda sa femme. Sa figure était rose de fièvre, extraordinairement sereine et joyeuse. Il était habitué à lui voir un visage pâle, timide et malheureux, et il se troubla. Il lui sembla que sa femme se mourait en effet et qu’elle était contente de quitter enfin, pour toujours, cette isba, ces cercueils, et Iakov lui-même… Marfa regardait le plafond et remuait les lèvres. Elle avait l’air heureux comme si elle voyait la mort, sa libératrice, et si elles chuchotaient ensemble. C’était déjà le point du jour. À la fenêtre apparaissait le flamboiement de l’aurore. En regardant la vieille, Iakov se rappela soudain qu’il ne lui avait pas, de toute sa vie, lui semblait-il, fait une seule caresse, qu’il ne l’avait jamais plainte, n’avait jamais songé à lui acheter le moindre fichu, à lui rapporter d’une noce la moindre friandise. Il n’avait fait que crier après elle et lui reprocher ses pertes, se jetant sur elle les poings serrés. À la vérité, il ne l’avait jamais battue, mais il en avait fait le geste, et Marfa en avait été chaque fois terrifiée. Il ne lui permettait pas de boire du thé, parce qu’ils dépensaient déjà beaucoup en dehors de cela, et Marfa ne buvait que de l’eau chaude. Iakov comprenait pourquoi elle avait maintenant un air si étrange, si joyeux ; et l’angoisse l’étreignit. Le matin venu, il emprunta le cheval de son voisin et emmena Marfa à l’hôpital. Il n’y avait que peu de monde : il n’eut à attendre que trois heures. À sa grande satisfaction, ce n’était pas, ce jour-là, le docteur qui faisait la consultation, il était lui-même malade : c’était l’officier de santé, Maxime Nicolaïtch – vieillard dont tout le monde disait en 13


ville que, tout ivrogne et querelleur qu’il était, il en savait plus long que le docteur. – Bonne santé à vous, lui dit Iakov, introduisant la vieille dans la salle de consultation. Excusez-nous, Maxime Nicolaïtch, de venir toujours vous déranger avec nos petites affaires… Tenez, veuillez regarder ; ma moitié est bien malade… la compagne de ma vie, comme on dit… passez-moi l’expression. Fronçant ses sourcils gris et lissant ses favoris, l’officier de santé considéra la vieille, assise sur un tabouret, voûtée et maigre, le nez pointu, la bouche ouverte, ressemblant, de profil, à un oiseau qui veut boire. – Oui… C’est ça… dit lentement l’officier de santé en soupirant ; l’influenza ou peutêtre même la fièvre… Il y a du typhus en ville actuellement. Et puis quoi ? La vieille a fait son temps, que Dieu en soit remercié !… Quel âge a-t-elle ? – Soixante-dix ans dans un an. – Eh bien, elle a fait son temps !… Il faut en prendre son parti. –  Vous avez certainement raison, Maxime Nicolaïtch, dit Iakov en souriant par politesse, et je vous suis bien reconnaissant de votre obligeance ; mais permettez-moi de le dire : le moindre insecte veut vivre. – Il y a tant de choses que l’on désire ! dit l’officier, comme s’il dépendait de lui que la vieille vécût ou mourût. Alors, écoute, l’ami : tu lui mettras sur la tête une compresse froide et lui feras prendre ces poudres deux fois par jour. Maintenant, salutations, et oust ! À son expression, Iakov vit que l’affaire était mauvaise et qu’aucune poudre ne servirait à rien. Il était clair maintenant pour lui que Marfa mourrait très vite – le jour même ou le lendemain. Il poussa légèrement du coude l’officier de santé, cligna de l’œil et lui dit à mi-voix : – Maxime Nicolaïtch, et si on lui mettait des ventouses ? – Pas le temps, pas le temps, l’ami !… Prends la vieille, et que Dieu vous garde ! Au revoir. –  Faites-moi cette grâce, supplia Iakov. Vous savez vous-même que si elle avait, 14

supposons, mal au ventre, ou quelque chose à l’intérieur, ce serait des poudres et des gouttes qu’il faudrait ; mais elle a un refroidissement. Dans un refroidissement, la première chose, Maxime Nicolaïtch, c’est de chasser le sang. Mais l’officier avait déjà appelé un autre malade. Une femme entrait dans la salle, avec un enfant. – Va-t’en, va-t’en !… dit-il à Iakov en fronçant les sourcils. Pas d’histoires ! – Alors, du moins, mettez-lui des sangsues ? Faites que l’on ait éternellement à prier Dieu pour vous ! L’officier s’irrita et cria : – Parle encore un peu ! Tête de bois !… Iakov s’emporta lui aussi ; il devint pourpre, mais ne souffla mot. Il prit Marfa par la main et l’emmena. Ce ne fut qu’une fois assis dans leur charrette qu’il regarda avec un air dur et ironique du côté de l’hôpital : – On en a mis des artistes là-dedans !… À un riche, il aurait certainement posé des ventouses, et à un pauvre, il regrette même une sangsue ! Bourreaux ! Quand ils furent revenus chez eux, Marfa entra dans l’isba et resta dix minutes debout, appuyée contre le poêle. Il lui semblait que, si elle se couchait, Iakov parlerait de ses pertes et la tancerait de rester toujours couchée sans vouloir travailler. Iakov la regardait avec ennui et se rappelait que le lendemain était la fête de saint Jean le Théologien, le surlendemain, celle de saint Nicolas le Thaumaturge, ensuite, dimanche, puis lundi, mauvais jour ; quatre jours de suite on ne pourrait pas travailler. Marfa mourrait probablement un de ces jours-là. Il fallait donc faire sa bière le jour même. Il saisit son mètre de fer, s’approcha de la vieille et prit ses mesures. Ensuite Marfa se coucha et, s’étant signé, Iakov se mit à faire son cercueil. Quand l’ouvrage fut terminé, Bronza ajusta ses lunettes et inscrivit sur son livre  : « Cercueil pour Marfa Ivanovna, 2 roubles, 40 kopecks. » 15


ville que, tout ivrogne et querelleur qu’il était, il en savait plus long que le docteur. – Bonne santé à vous, lui dit Iakov, introduisant la vieille dans la salle de consultation. Excusez-nous, Maxime Nicolaïtch, de venir toujours vous déranger avec nos petites affaires… Tenez, veuillez regarder ; ma moitié est bien malade… la compagne de ma vie, comme on dit… passez-moi l’expression. Fronçant ses sourcils gris et lissant ses favoris, l’officier de santé considéra la vieille, assise sur un tabouret, voûtée et maigre, le nez pointu, la bouche ouverte, ressemblant, de profil, à un oiseau qui veut boire. – Oui… C’est ça… dit lentement l’officier de santé en soupirant ; l’influenza ou peutêtre même la fièvre… Il y a du typhus en ville actuellement. Et puis quoi ? La vieille a fait son temps, que Dieu en soit remercié !… Quel âge a-t-elle ? – Soixante-dix ans dans un an. – Eh bien, elle a fait son temps !… Il faut en prendre son parti. –  Vous avez certainement raison, Maxime Nicolaïtch, dit Iakov en souriant par politesse, et je vous suis bien reconnaissant de votre obligeance ; mais permettez-moi de le dire : le moindre insecte veut vivre. – Il y a tant de choses que l’on désire ! dit l’officier, comme s’il dépendait de lui que la vieille vécût ou mourût. Alors, écoute, l’ami : tu lui mettras sur la tête une compresse froide et lui feras prendre ces poudres deux fois par jour. Maintenant, salutations, et oust ! À son expression, Iakov vit que l’affaire était mauvaise et qu’aucune poudre ne servirait à rien. Il était clair maintenant pour lui que Marfa mourrait très vite – le jour même ou le lendemain. Il poussa légèrement du coude l’officier de santé, cligna de l’œil et lui dit à mi-voix : – Maxime Nicolaïtch, et si on lui mettait des ventouses ? – Pas le temps, pas le temps, l’ami !… Prends la vieille, et que Dieu vous garde ! Au revoir. –  Faites-moi cette grâce, supplia Iakov. Vous savez vous-même que si elle avait, 14

supposons, mal au ventre, ou quelque chose à l’intérieur, ce serait des poudres et des gouttes qu’il faudrait ; mais elle a un refroidissement. Dans un refroidissement, la première chose, Maxime Nicolaïtch, c’est de chasser le sang. Mais l’officier avait déjà appelé un autre malade. Une femme entrait dans la salle, avec un enfant. – Va-t’en, va-t’en !… dit-il à Iakov en fronçant les sourcils. Pas d’histoires ! – Alors, du moins, mettez-lui des sangsues ? Faites que l’on ait éternellement à prier Dieu pour vous ! L’officier s’irrita et cria : – Parle encore un peu ! Tête de bois !… Iakov s’emporta lui aussi ; il devint pourpre, mais ne souffla mot. Il prit Marfa par la main et l’emmena. Ce ne fut qu’une fois assis dans leur charrette qu’il regarda avec un air dur et ironique du côté de l’hôpital : – On en a mis des artistes là-dedans !… À un riche, il aurait certainement posé des ventouses, et à un pauvre, il regrette même une sangsue ! Bourreaux ! Quand ils furent revenus chez eux, Marfa entra dans l’isba et resta dix minutes debout, appuyée contre le poêle. Il lui semblait que, si elle se couchait, Iakov parlerait de ses pertes et la tancerait de rester toujours couchée sans vouloir travailler. Iakov la regardait avec ennui et se rappelait que le lendemain était la fête de saint Jean le Théologien, le surlendemain, celle de saint Nicolas le Thaumaturge, ensuite, dimanche, puis lundi, mauvais jour ; quatre jours de suite on ne pourrait pas travailler. Marfa mourrait probablement un de ces jours-là. Il fallait donc faire sa bière le jour même. Il saisit son mètre de fer, s’approcha de la vieille et prit ses mesures. Ensuite Marfa se coucha et, s’étant signé, Iakov se mit à faire son cercueil. Quand l’ouvrage fut terminé, Bronza ajusta ses lunettes et inscrivit sur son livre  : « Cercueil pour Marfa Ivanovna, 2 roubles, 40 kopecks. » 15


Et il soupira. La vieille restait couchée, silencieuse, les yeux clos. Le soir, quand il fit sombre, elle appela tout à coup le vieillard. – Te souviens-tu, Iakov ? lui dit-elle en le regardant joyeusement. Te souviens-tu, il y a cinquante ans, Dieu nous donna une enfant qui avait de jolis cheveux blonds ?… Nous nous asseyions toujours près de la rivière et chantions des chansons… sous le saule… Avec un sourire amer, elle ajouta : – La petite est morte. Iakov fit effort pour se souvenir mais ne put se rappeler ni l’enfant, ni le saule. – Tu rêves, dit-il. Le prêtre vint, fit communier la vieille et lui donna l’extrême-onction. Puis Marfa se mit à marmonner quelque chose d’inintelligible et, au matin, elle mourut. De vieilles femmes du voisinage la lavèrent, l’habillèrent, la mirent en bière. Pour ne pas payer inutilement un sacristain, Iakov lut les psaumes lui-même. La fosse ne lui coûta rien parce que le gardien du cimetière était son compère. Quatre moujiks portèrent le cercueil au cimetière, non à prix d’argent, mais par considération. Derrière la bière venaient des vieilles, des mendiants, deux illuminés. Les gens qui les rencontraient se signaient pieusement. Et Iakov était bien aise que tout se passât de façon si décente, si convenable, coûtât si peu et ne fît de peine à personne. En disant le dernier adieu à Marfa, Iakov tâta la bière du doigt et pensa : « C’est de la belle ouvrage. » Mais quand il revint du cimetière, une grande tristesse le prit. Il se sentait mal à l’aise, son haleine était brûlante et rude, ses jambes faiblissaient  ; il avait soif. Et toutes sortes d’idées se mirent à lui passer par la tête. Il se souvint que, de toute sa vie, il n’avait pas plaint sa femme une seule fois et n’avait jamais eu pour elle un geste tendre. Les cinquante-deux années qu’ils avaient vécues ensemble dans la même isba avaient été longues, très longues, et il n’y avait pas pensé une seule fois, ni fait plus 16

attention à elle que si elle eût été un chat ou un chien. Pourtant elle chauffait le poêle chaque jour ; elle préparait et rôtissait les aliments ; elle portait l’eau ; elle cassait le bois ; elle dormait sur le même lit que lui et, lorsqu’il rentrait saoul d’une noce, elle suspendait religieusement son violon au mur et mettait son mari au lit, tout cela en silence, avec une expression soumise, affectueuse. Rothschild, souriant et saluant, vint trouver Iakov. – Je vous cherche, petit oncle, lui dit-il. Moïssey Ilytch vous salue et vous fait dire de venir chez lui au plus tôt. Iakov songeait bien à cela !… Il avait envie de pleurer. – Laisse-moi ! dit-il, et il s’écarta. – Est-ce possible ? dit Rothschild, effrayé, se précipitant au-devant de lui ; Moïssey Ilytch sera fâché ! Et il a ordonné que vous veniez tout de suite… Il parut dégoûtant à Iakov que le juif fût essoufflé, qu’il clignât des paupières, qu’il eût, sur la figure, tant de taches de rousseur ; il regardait avec répugnance sa redingote verte, avec des rapiéçages sombres, et toute sa silhouette frêle et falote. – Qu’as-tu à te coller à moi, gousse d’ail ? lui cria-t-il ; ne t’approche pas ! Laisse-moi ! Le juif se fâcha et se mit à crier à son tour : – Plus de calme, je vous prie, sans quoi je vous fais passer par-dessus la palissade ! – Disparais de ma vue ! hurla Iakov en levant les poings sur lui. Il n’y a plus moyen de vivre, avec ces galeux ! Rothschild, mort de peur, s’accroupit et agita les mains au-dessus de sa tête, comme pour parer des coups, puis il se releva et s’enfuit à perdre haleine. En courant il bondissait, remuait les bras, et on voyait tressaillir sa longue et maigre échine. Les gamins, heureux de l’aubaine, coururent derrière lui en criant  : «  Juif  ! Juif  !  » Les chiens, eux aussi, se mirent à courir après lui en aboyant. Quelqu’un se prit à rire et siffla ; les chiens hurlèrent plus fort et avec plus d’ensemble… Puis sans doute un chien mordit le juif, car un cri désespéré, douloureux, retentit. Iakov flâna sur le pâtis communal, puis il erra aux abords de la ville, marchant droit 17


Et il soupira. La vieille restait couchée, silencieuse, les yeux clos. Le soir, quand il fit sombre, elle appela tout à coup le vieillard. – Te souviens-tu, Iakov ? lui dit-elle en le regardant joyeusement. Te souviens-tu, il y a cinquante ans, Dieu nous donna une enfant qui avait de jolis cheveux blonds ?… Nous nous asseyions toujours près de la rivière et chantions des chansons… sous le saule… Avec un sourire amer, elle ajouta : – La petite est morte. Iakov fit effort pour se souvenir mais ne put se rappeler ni l’enfant, ni le saule. – Tu rêves, dit-il. Le prêtre vint, fit communier la vieille et lui donna l’extrême-onction. Puis Marfa se mit à marmonner quelque chose d’inintelligible et, au matin, elle mourut. De vieilles femmes du voisinage la lavèrent, l’habillèrent, la mirent en bière. Pour ne pas payer inutilement un sacristain, Iakov lut les psaumes lui-même. La fosse ne lui coûta rien parce que le gardien du cimetière était son compère. Quatre moujiks portèrent le cercueil au cimetière, non à prix d’argent, mais par considération. Derrière la bière venaient des vieilles, des mendiants, deux illuminés. Les gens qui les rencontraient se signaient pieusement. Et Iakov était bien aise que tout se passât de façon si décente, si convenable, coûtât si peu et ne fît de peine à personne. En disant le dernier adieu à Marfa, Iakov tâta la bière du doigt et pensa : « C’est de la belle ouvrage. » Mais quand il revint du cimetière, une grande tristesse le prit. Il se sentait mal à l’aise, son haleine était brûlante et rude, ses jambes faiblissaient  ; il avait soif. Et toutes sortes d’idées se mirent à lui passer par la tête. Il se souvint que, de toute sa vie, il n’avait pas plaint sa femme une seule fois et n’avait jamais eu pour elle un geste tendre. Les cinquante-deux années qu’ils avaient vécues ensemble dans la même isba avaient été longues, très longues, et il n’y avait pas pensé une seule fois, ni fait plus 16

attention à elle que si elle eût été un chat ou un chien. Pourtant elle chauffait le poêle chaque jour ; elle préparait et rôtissait les aliments ; elle portait l’eau ; elle cassait le bois ; elle dormait sur le même lit que lui et, lorsqu’il rentrait saoul d’une noce, elle suspendait religieusement son violon au mur et mettait son mari au lit, tout cela en silence, avec une expression soumise, affectueuse. Rothschild, souriant et saluant, vint trouver Iakov. – Je vous cherche, petit oncle, lui dit-il. Moïssey Ilytch vous salue et vous fait dire de venir chez lui au plus tôt. Iakov songeait bien à cela !… Il avait envie de pleurer. – Laisse-moi ! dit-il, et il s’écarta. – Est-ce possible ? dit Rothschild, effrayé, se précipitant au-devant de lui ; Moïssey Ilytch sera fâché ! Et il a ordonné que vous veniez tout de suite… Il parut dégoûtant à Iakov que le juif fût essoufflé, qu’il clignât des paupières, qu’il eût, sur la figure, tant de taches de rousseur ; il regardait avec répugnance sa redingote verte, avec des rapiéçages sombres, et toute sa silhouette frêle et falote. – Qu’as-tu à te coller à moi, gousse d’ail ? lui cria-t-il ; ne t’approche pas ! Laisse-moi ! Le juif se fâcha et se mit à crier à son tour : – Plus de calme, je vous prie, sans quoi je vous fais passer par-dessus la palissade ! – Disparais de ma vue ! hurla Iakov en levant les poings sur lui. Il n’y a plus moyen de vivre, avec ces galeux ! Rothschild, mort de peur, s’accroupit et agita les mains au-dessus de sa tête, comme pour parer des coups, puis il se releva et s’enfuit à perdre haleine. En courant il bondissait, remuait les bras, et on voyait tressaillir sa longue et maigre échine. Les gamins, heureux de l’aubaine, coururent derrière lui en criant  : «  Juif  ! Juif  !  » Les chiens, eux aussi, se mirent à courir après lui en aboyant. Quelqu’un se prit à rire et siffla ; les chiens hurlèrent plus fort et avec plus d’ensemble… Puis sans doute un chien mordit le juif, car un cri désespéré, douloureux, retentit. Iakov flâna sur le pâtis communal, puis il erra aux abords de la ville, marchant droit 17


devant lui, et les gamins criaient : – Bronza arrive ! Bronza vient ! Il s’en fut à la rivière. Des courlis volaient avec des cris aigus ; des canards nasillaient. Le soleil brûlait et il y avait sur l’eau une telle réverbération qu’on en avait mal aux yeux. Iakov prit le sentier le long de la rivière et vit une dame forte, aux joues rouges, qui sortait d’une cabine : « Hein ! pensa-t-il, quelle loutre ! » Non loin du bain, des gamins pêchaient des écrevisses. Apercevant le vieillard, ils se mirent à crier avec frénésie : « Bronza ! Bronza ! » Voici un vieux saule caverneux sur lequel il y a des nids de corneilles… Et soudain, dans la mémoire de Iakov, surgit comme vivante la petite fille aux cheveux blonds. C’était justement le saule dont Marfa lui avait parlé. Oui, c’était ce même saule, vert, tranquille, triste… Comme il avait vieilli, le pauvre saule ! Iakov s’assit sous l’arbre et commença de se souvenir. Sur l’autre rive, là où se trouvait désormais un pré que la rivière inondait au printemps, il y avait jadis un grand bois de bouleaux, et là-bas, sur la colline nue que l’on voyait à l’horizon, bleuissait une vieille forêt de pins. Des barques glissaient sur la rivière. Tout était nu et triste à présent ! Sur l’autre rive, il ne restait qu’un seul petit bouleau, jeune et svelte comme une demoiselle ; il n’y avait sur la rivière que des canards et des oies ; on n’aurait jamais deviné qu’il y passait des barques autrefois. Il lui sembla même qu’on voyait moins d’oies qu’auparavant. Iakov ferma les yeux et, dans son imagination, d’immenses vols d’oies blanches se pressèrent au-devant les uns des autres. Il ne comprenait pas pourquoi il n’était pas venu une seule fois à la rivière durant ces quarante ou cinquante dernières années et, s’il y était venu, pourquoi il n’y avait pas prêté attention. C’est que c’était une grande rivière, pas un ruisseau de rien du tout ! On aurait pu y organiser des pêcheries et vendre les poissons aux marchands, aux fonctionnaires, au buffetier de la gare. On aurait pu se rendre en canot d’une 18

propriété à une autre et jouer du violon ; des gens de toutes conditions auraient payé pour cela. On aurait pu continuer de faire du transport par péniches ; cela eût été plus avantageux que de fabriquer des cercueils. Enfin on aurait pu élever des oies, les tuer et les envoyer à Moscou en hiver. Rien que le duvet aurait rapporté plus de dix roubles par an. Iakov avait laissé passer ces occasions, n’avait rien fait… Quelles pertes ! ah ! quelles pertes ! Et s’il avait à la fois pêché du poisson, joué du violon, eu des péniches et tué des oies, quel capital cela eût produit !… Mais rien de cela n’avait eu lieu, même en rêve. La vie avait passé sans profit, sans plaisir ; en vain, pour moins qu’une prise de tabac. Devant lui, il n’y avait rien et, si loin qu’il regardât en arrière, il n’y avait eu que des pertes… si effrayantes qu’on en avait le frisson. Pourquoi l’homme ne peut-il pas vivre de manière à éviter pertes et dommages  ? Pourquoi avait-on rasé le bois de bouleaux et la forêt de pins  ? Pourquoi le pâtis communal restait-t-il un terrain vague  ? Pourquoi les gens font-ils précisément toujours ce qu’il ne faut pas ? Pourquoi Iakov s’était-il toute sa vie jeté sur sa femme, les poings serrés, et pourquoi avait-il effrayé et insulté le juif tout à l’heure ? Pourquoi les gens, en général, s’empêchent-ils de vivre les uns les autres ? Quelles effroyables pertes ! S’il n’y avait pas de haine et de malice, les gens tireraient les uns des autres un énorme profit. Le soir, et pendant la nuit, Iakov vit en rêve la petite enfant, le saule, des oies tuées, Marfa avec son profil d’oiseau qui veut boire, la figure pâle et pitoyable de Rothschild et des têtes patibulaires qui s’approchaient de lui, venant de toutes les directions, marmonnant quelque chose au sujet de pertes. Il se retournait dans son lit et se leva cinq ou six fois pour jouer du violon. Le matin, il se leva avec peine et se rendit à l’hôpital. Le même Maxime Nicolaïtch lui ordonna de se mettre sur la tête des compresses froides, lui remit des poudres et, à l’expression de son visage et à son ton, Iakov comprit que son affaire était mauvaise et qu’aucune poudre ne servirait de rien. 19


devant lui, et les gamins criaient : – Bronza arrive ! Bronza vient ! Il s’en fut à la rivière. Des courlis volaient avec des cris aigus ; des canards nasillaient. Le soleil brûlait et il y avait sur l’eau une telle réverbération qu’on en avait mal aux yeux. Iakov prit le sentier le long de la rivière et vit une dame forte, aux joues rouges, qui sortait d’une cabine : « Hein ! pensa-t-il, quelle loutre ! » Non loin du bain, des gamins pêchaient des écrevisses. Apercevant le vieillard, ils se mirent à crier avec frénésie : « Bronza ! Bronza ! » Voici un vieux saule caverneux sur lequel il y a des nids de corneilles… Et soudain, dans la mémoire de Iakov, surgit comme vivante la petite fille aux cheveux blonds. C’était justement le saule dont Marfa lui avait parlé. Oui, c’était ce même saule, vert, tranquille, triste… Comme il avait vieilli, le pauvre saule ! Iakov s’assit sous l’arbre et commença de se souvenir. Sur l’autre rive, là où se trouvait désormais un pré que la rivière inondait au printemps, il y avait jadis un grand bois de bouleaux, et là-bas, sur la colline nue que l’on voyait à l’horizon, bleuissait une vieille forêt de pins. Des barques glissaient sur la rivière. Tout était nu et triste à présent ! Sur l’autre rive, il ne restait qu’un seul petit bouleau, jeune et svelte comme une demoiselle ; il n’y avait sur la rivière que des canards et des oies ; on n’aurait jamais deviné qu’il y passait des barques autrefois. Il lui sembla même qu’on voyait moins d’oies qu’auparavant. Iakov ferma les yeux et, dans son imagination, d’immenses vols d’oies blanches se pressèrent au-devant les uns des autres. Il ne comprenait pas pourquoi il n’était pas venu une seule fois à la rivière durant ces quarante ou cinquante dernières années et, s’il y était venu, pourquoi il n’y avait pas prêté attention. C’est que c’était une grande rivière, pas un ruisseau de rien du tout ! On aurait pu y organiser des pêcheries et vendre les poissons aux marchands, aux fonctionnaires, au buffetier de la gare. On aurait pu se rendre en canot d’une 18

propriété à une autre et jouer du violon ; des gens de toutes conditions auraient payé pour cela. On aurait pu continuer de faire du transport par péniches ; cela eût été plus avantageux que de fabriquer des cercueils. Enfin on aurait pu élever des oies, les tuer et les envoyer à Moscou en hiver. Rien que le duvet aurait rapporté plus de dix roubles par an. Iakov avait laissé passer ces occasions, n’avait rien fait… Quelles pertes ! ah ! quelles pertes ! Et s’il avait à la fois pêché du poisson, joué du violon, eu des péniches et tué des oies, quel capital cela eût produit !… Mais rien de cela n’avait eu lieu, même en rêve. La vie avait passé sans profit, sans plaisir ; en vain, pour moins qu’une prise de tabac. Devant lui, il n’y avait rien et, si loin qu’il regardât en arrière, il n’y avait eu que des pertes… si effrayantes qu’on en avait le frisson. Pourquoi l’homme ne peut-il pas vivre de manière à éviter pertes et dommages  ? Pourquoi avait-on rasé le bois de bouleaux et la forêt de pins  ? Pourquoi le pâtis communal restait-t-il un terrain vague  ? Pourquoi les gens font-ils précisément toujours ce qu’il ne faut pas ? Pourquoi Iakov s’était-il toute sa vie jeté sur sa femme, les poings serrés, et pourquoi avait-il effrayé et insulté le juif tout à l’heure ? Pourquoi les gens, en général, s’empêchent-ils de vivre les uns les autres ? Quelles effroyables pertes ! S’il n’y avait pas de haine et de malice, les gens tireraient les uns des autres un énorme profit. Le soir, et pendant la nuit, Iakov vit en rêve la petite enfant, le saule, des oies tuées, Marfa avec son profil d’oiseau qui veut boire, la figure pâle et pitoyable de Rothschild et des têtes patibulaires qui s’approchaient de lui, venant de toutes les directions, marmonnant quelque chose au sujet de pertes. Il se retournait dans son lit et se leva cinq ou six fois pour jouer du violon. Le matin, il se leva avec peine et se rendit à l’hôpital. Le même Maxime Nicolaïtch lui ordonna de se mettre sur la tête des compresses froides, lui remit des poudres et, à l’expression de son visage et à son ton, Iakov comprit que son affaire était mauvaise et qu’aucune poudre ne servirait de rien. 19


En rentrant chez lui, il réfléchit qu’il n’aurait que profit à mourir. Il n’aurait plus alors ni à manger ni à boire, ni à payer d’impôts, ni à offenser les gens. Et, puisque l’homme reste dans la tombe non pas un an, mais des centaines, des milliers d’années, il y a, à cela, si l’on compte bien, un énorme profit. La vie, pour l’homme, est une dépense, et sa mort est un gain. Cette considération, assurément, est juste, mais elle est tout de même amère et triste ! Pourquoi y a-t-il sur la terre un ordre si étrange que la vie, qui n’est donnée à l’homme qu’une fois, passe cependant sans profit ?… Cela ne lui faisait aucune peine de mourir, mais lorsqu’en rentrant il aperçut son violon, son cœur se serra, et il souffrit. On ne peut pas emporter son violon dans la tombe ; il restera délaissé, orphelin ; il lui arrivera la même chose qu’au bois de bouleaux et à la forêt de pins ; tout, dans ce monde, s’en est allé et se perdra… Iakov sortit de son isba et s’assit sur le seuil, serrant son violon sur sa poitrine. En pensant à la vie passée en vain, il joua il ne savait quoi, mais cela fut triste et touchant, et des larmes coulèrent le long de ses joues. Et plus il songeait, plus tristement chantait son violon. Le loquet de la porte de la cour claqua une fois ou deux et Rothschild apparut sur le seuil. Il traversa hardiment la moitié de la cour, mais, apercevant Iakov, il s’arrêta tout à coup, se ratatina et, probablement craintif, se mit à gesticuler, comme s’il voulait indiquer avec les doigts quelle heure il était. – Approche, ne crains rien, lui dit Iakov aimablement, lui faisant signe d’avancer. Le regardant d’un air soupçonneux, Rothschild s’approcha lentement  ; il s’arrêta à quelques pas. – Faites-moi la grâce, lui dit-il en s’inclinant, de ne pas me battre !… Moïssey Ilytch m’envoie ici une seconde fois. «  N’aie pas peur, me dit-il, retourne chez Iakov, et dis-lui qu’on ne peut pas se passer de lui  ! Mercredi il y a une noce…  » Oui, M.  Chapovalov marie sa fille à un brave homme… Et la noce sera riche, ouh  !… ajouta le juif en clignant de l’œil. – Je ne peux pas… prononça Iakov, la respiration coupée ; je suis malade, frère. 20

Et il se remit à jouer ; des larmes coulèrent tout à coup sur son violon. Rothschild écoutait attentivement, placé de biais, les mains croisées sur la poitrine. L’expression effarée, incompréhensible de son visage se changea peu à peu en une expression triste et douloureuse. Il leva les yeux au ciel comme s’il ressentait une extase poignante, et fit : « Vakh ! » Des larmes coulèrent lentement sur ses joues et dégouttèrent sur sa redingote verte. Toute la journée, Iakov resta couché, le cœur serré. Quand le prêtre vint le confesser, au soir, et lui demanda s’il ne se rappelait pas quelque péché particulier, il chercha à se souvenir malgré sa faiblesse et se remémora le visage malheureux de Marfa, le cri désespéré du juif que le chien mordait. Il dit d’une voix à peine perceptible : – Vous donnerez mon violon à Rothschild. – Bien, répondit le prêtre. À présent tout le monde se demande en ville où Rothschild a pris un si bon violon. L’a-t-il acheté ou volé ? Peut-être le lui a-t-on remis en gage pour de l’argent prêté ? Il a depuis longtemps abandonné la flûte ; il ne joue plus que du violon. Sous son archet filent des sons aussi plaintifs qu’il en sortait jadis de sa flûte ; mais, quand il tâche de répéter ce que jouait Iakov, assis sur le seuil de son isba, il s’en envole quelque chose de si triste, de si douloureux que ses auditeurs se mettent à pleurer, et lui-même, à la fin, roulant des yeux, s’écrie : « Vakh !… » Et cette nouvelle chanson a tellement plu en ville que marchands et fonctionnaires invitent Rothschild à qui mieux mieux et la lui font répéter jusqu’à dix fois.

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En rentrant chez lui, il réfléchit qu’il n’aurait que profit à mourir. Il n’aurait plus alors ni à manger ni à boire, ni à payer d’impôts, ni à offenser les gens. Et, puisque l’homme reste dans la tombe non pas un an, mais des centaines, des milliers d’années, il y a, à cela, si l’on compte bien, un énorme profit. La vie, pour l’homme, est une dépense, et sa mort est un gain. Cette considération, assurément, est juste, mais elle est tout de même amère et triste ! Pourquoi y a-t-il sur la terre un ordre si étrange que la vie, qui n’est donnée à l’homme qu’une fois, passe cependant sans profit ?… Cela ne lui faisait aucune peine de mourir, mais lorsqu’en rentrant il aperçut son violon, son cœur se serra, et il souffrit. On ne peut pas emporter son violon dans la tombe ; il restera délaissé, orphelin ; il lui arrivera la même chose qu’au bois de bouleaux et à la forêt de pins ; tout, dans ce monde, s’en est allé et se perdra… Iakov sortit de son isba et s’assit sur le seuil, serrant son violon sur sa poitrine. En pensant à la vie passée en vain, il joua il ne savait quoi, mais cela fut triste et touchant, et des larmes coulèrent le long de ses joues. Et plus il songeait, plus tristement chantait son violon. Le loquet de la porte de la cour claqua une fois ou deux et Rothschild apparut sur le seuil. Il traversa hardiment la moitié de la cour, mais, apercevant Iakov, il s’arrêta tout à coup, se ratatina et, probablement craintif, se mit à gesticuler, comme s’il voulait indiquer avec les doigts quelle heure il était. – Approche, ne crains rien, lui dit Iakov aimablement, lui faisant signe d’avancer. Le regardant d’un air soupçonneux, Rothschild s’approcha lentement  ; il s’arrêta à quelques pas. – Faites-moi la grâce, lui dit-il en s’inclinant, de ne pas me battre !… Moïssey Ilytch m’envoie ici une seconde fois. «  N’aie pas peur, me dit-il, retourne chez Iakov, et dis-lui qu’on ne peut pas se passer de lui  ! Mercredi il y a une noce…  » Oui, M.  Chapovalov marie sa fille à un brave homme… Et la noce sera riche, ouh  !… ajouta le juif en clignant de l’œil. – Je ne peux pas… prononça Iakov, la respiration coupée ; je suis malade, frère. 20

Et il se remit à jouer ; des larmes coulèrent tout à coup sur son violon. Rothschild écoutait attentivement, placé de biais, les mains croisées sur la poitrine. L’expression effarée, incompréhensible de son visage se changea peu à peu en une expression triste et douloureuse. Il leva les yeux au ciel comme s’il ressentait une extase poignante, et fit : « Vakh ! » Des larmes coulèrent lentement sur ses joues et dégouttèrent sur sa redingote verte. Toute la journée, Iakov resta couché, le cœur serré. Quand le prêtre vint le confesser, au soir, et lui demanda s’il ne se rappelait pas quelque péché particulier, il chercha à se souvenir malgré sa faiblesse et se remémora le visage malheureux de Marfa, le cri désespéré du juif que le chien mordait. Il dit d’une voix à peine perceptible : – Vous donnerez mon violon à Rothschild. – Bien, répondit le prêtre. À présent tout le monde se demande en ville où Rothschild a pris un si bon violon. L’a-t-il acheté ou volé ? Peut-être le lui a-t-on remis en gage pour de l’argent prêté ? Il a depuis longtemps abandonné la flûte ; il ne joue plus que du violon. Sous son archet filent des sons aussi plaintifs qu’il en sortait jadis de sa flûte ; mais, quand il tâche de répéter ce que jouait Iakov, assis sur le seuil de son isba, il s’en envole quelque chose de si triste, de si douloureux que ses auditeurs se mettent à pleurer, et lui-même, à la fin, roulant des yeux, s’écrie : « Vakh !… » Et cette nouvelle chanson a tellement plu en ville que marchands et fonctionnaires invitent Rothschild à qui mieux mieux et la lui font répéter jusqu’à dix fois.

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Lyonel SCHMIT, violin Lyonel Schmit started to learn the violin at the age of 7 with Patricia Reibaud. As a young teenager, he successfully entered numerous music competitions: Ufam, Lutèce, Nerini… His further studying with André Pons at the Conservatoire in Metz led him, aged 14, to a unanimous First Prize with congratulations from the jury, and to a special invitation to give his very first violin recital in the renowned Arsenal in Metz. Then came the entrance exams to the Conservatoires in Paris and Lyon. He had to decide between the two prestigious schools and finally opted for Paris and Devy Erlih’s class. Having obtained the highest awards, he pursued postgraduate studies with Regis Pasquier. He then won the first Avant-scènes competition and gave a violin recital in the Paris concert hall “Cité de la Musique”. He became acquainted with famous masters such as Eduard Schmieder, Ida Haendel or Shlomo Mintz. Moreover, his meeting with Michael Hentz and Ivry Gitlis, who still guide him today, led him to a necessary introspection. Since then, he has received support from several foundations (Cziffra, Charles Oulmont, Drouet-Bourgeois, Zilber, French Instrumental Foundation…) and thanks to their precious help, the young 21-year-old virtuoso has distinguished himself in several international competitions. He was awarded first prize in the R. Lipizier competition in Italy and won the prestigious Bach prize unanimously in the Tibor Varga competition in Switzerland; he also was successful in the European competition for young soloists.

also in France where he played in the Arsenal in Metz and in Paris in the Gaveau Auditorium, the Châtelet Theatre, the “Cité de la Musique”… He also performed on France-Musique, France-Culture, and appeared in the TV shows Musiques au Coeur on France Télévision and Mezzo. His inquiring mind and his eclectic taste in music have brought him to perform as lead soloist for the Opéra de Marseille orchestra; he also enjoys playing in the “Nouvel Ensemble de Montréal” and the “Sillages Ensemble”, both ardent defenders of contemporary music. A sideline interest in composition led him to compose a collection of Tzigane music for the “Editions Lemoine”, whilst the Musikalia Festival commisioned him a musical tale. Another notable venture was the Piazzolla Forever programme he performed and recorded in 2004 for the Dreyfus label with accordionist Richard Galliano and his septet. Lyonel Schmit mostly performs in a classical chamber music repertoire with great artists such as Gérard Caussé, Augustin Dumay, Henry Demarquette, Michel Dalberto, Dmitri Makhtin, the Debussy Quatuor, Vahan Mardirossian… Nevertheless, contemporary music plays an important part in his artistic life. He has performed with the Sillages Ensemble in a record dedicated to the music of Jean-Luc Hervé (2005). His 10-year friendship and collaboration with composer Florentine Mulsant found a notable achievement in 2007 with a record for the AR-RESE label in association with cellist Henri Demarquette. In 2009, he met Julien Guénebaut with whom he now forms a duet.

From then on, his career spread out at international level and led him to perform in prominent auditoriums such as the Concertgebouw in Amsterdam, the Barbican Hall in London, the Suntory Hall in Tokyo, the Colon Theatre in Buenos Aires, and 22

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Lyonel SCHMIT, violin Lyonel Schmit started to learn the violin at the age of 7 with Patricia Reibaud. As a young teenager, he successfully entered numerous music competitions: Ufam, Lutèce, Nerini… His further studying with André Pons at the Conservatoire in Metz led him, aged 14, to a unanimous First Prize with congratulations from the jury, and to a special invitation to give his very first violin recital in the renowned Arsenal in Metz. Then came the entrance exams to the Conservatoires in Paris and Lyon. He had to decide between the two prestigious schools and finally opted for Paris and Devy Erlih’s class. Having obtained the highest awards, he pursued postgraduate studies with Regis Pasquier. He then won the first Avant-scènes competition and gave a violin recital in the Paris concert hall “Cité de la Musique”. He became acquainted with famous masters such as Eduard Schmieder, Ida Haendel or Shlomo Mintz. Moreover, his meeting with Michael Hentz and Ivry Gitlis, who still guide him today, led him to a necessary introspection. Since then, he has received support from several foundations (Cziffra, Charles Oulmont, Drouet-Bourgeois, Zilber, French Instrumental Foundation…) and thanks to their precious help, the young 21-year-old virtuoso has distinguished himself in several international competitions. He was awarded first prize in the R. Lipizier competition in Italy and won the prestigious Bach prize unanimously in the Tibor Varga competition in Switzerland; he also was successful in the European competition for young soloists.

also in France where he played in the Arsenal in Metz and in Paris in the Gaveau Auditorium, the Châtelet Theatre, the “Cité de la Musique”… He also performed on France-Musique, France-Culture, and appeared in the TV shows Musiques au Coeur on France Télévision and Mezzo. His inquiring mind and his eclectic taste in music have brought him to perform as lead soloist for the Opéra de Marseille orchestra; he also enjoys playing in the “Nouvel Ensemble de Montréal” and the “Sillages Ensemble”, both ardent defenders of contemporary music. A sideline interest in composition led him to compose a collection of Tzigane music for the “Editions Lemoine”, whilst the Musikalia Festival commisioned him a musical tale. Another notable venture was the Piazzolla Forever programme he performed and recorded in 2004 for the Dreyfus label with accordionist Richard Galliano and his septet. Lyonel Schmit mostly performs in a classical chamber music repertoire with great artists such as Gérard Caussé, Augustin Dumay, Henry Demarquette, Michel Dalberto, Dmitri Makhtin, the Debussy Quatuor, Vahan Mardirossian… Nevertheless, contemporary music plays an important part in his artistic life. He has performed with the Sillages Ensemble in a record dedicated to the music of Jean-Luc Hervé (2005). His 10-year friendship and collaboration with composer Florentine Mulsant found a notable achievement in 2007 with a record for the AR-RESE label in association with cellist Henri Demarquette. In 2009, he met Julien Guénebaut with whom he now forms a duet.

From then on, his career spread out at international level and led him to perform in prominent auditoriums such as the Concertgebouw in Amsterdam, the Barbican Hall in London, the Suntory Hall in Tokyo, the Colon Theatre in Buenos Aires, and 22

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Julien GUÉNEBAUT, piano Pianist and conductor Julien Guénebaut began his musical studies in Aulnay-sous-Bois where his piano teacher was Dominique Lenert; he then was awarded a Premier Prix for piano at the Paris Conservatoire (CNSM) with teacher Bruno Rigutto. He carried on with great masters like Josef Pálenicek, Marie-Françoise Bucquet who became his main teacher. His musical studies reached a peak when he met Alfred Brendel, for he had the good fortune to take private lessons with the maestro, thus capitalizing much invaluable advice. He regularly gives recitals and plays chamber music, notably with Patrick Gallois, André Cazalet, Ophélie Gaillard... and plays in duet with the violonist Lyonel Schmit. He is also invited to play as a soloist by orchestras. He played in 2007 Jose-Luis Campana’s concerto “Ser” in first performance with the national Catalonia orchestra conducted by François-Xavier Roth. Conducting is equally prominent for Julien Guénebaut. He regulary conducts works from a variety of repertoires including music of the present day which he particulary appreciates; he likes to work in close collaboration with composers, often with ARCEMA ensemble. With various orchestras, he has also accompanied famous soloists Radovan Vlatkovic, Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, François-Frédéric Guy, Jorge Chaminé, Jean Geoffroy, Philippe Muller... He was recently invited to conduct the “Jyväskylä Sinfonia” in Finland. A passionate musician, very much involved in transmitting his love for music, he is often a special guest in Jean-Pierre Derrien’s radio programs on France-Musique.

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Julien GUÉNEBAUT, piano Pianist and conductor Julien Guénebaut began his musical studies in Aulnay-sous-Bois where his piano teacher was Dominique Lenert; he then was awarded a Premier Prix for piano at the Paris Conservatoire (CNSM) with teacher Bruno Rigutto. He carried on with great masters like Josef Pálenicek, Marie-Françoise Bucquet who became his main teacher. His musical studies reached a peak when he met Alfred Brendel, for he had the good fortune to take private lessons with the maestro, thus capitalizing much invaluable advice. He regularly gives recitals and plays chamber music, notably with Patrick Gallois, André Cazalet, Ophélie Gaillard... and plays in duet with the violonist Lyonel Schmit. He is also invited to play as a soloist by orchestras. He played in 2007 Jose-Luis Campana’s concerto “Ser” in first performance with the national Catalonia orchestra conducted by François-Xavier Roth. Conducting is equally prominent for Julien Guénebaut. He regulary conducts works from a variety of repertoires including music of the present day which he particulary appreciates; he likes to work in close collaboration with composers, often with ARCEMA ensemble. With various orchestras, he has also accompanied famous soloists Radovan Vlatkovic, Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, François-Frédéric Guy, Jorge Chaminé, Jean Geoffroy, Philippe Muller... He was recently invited to conduct the “Jyväskylä Sinfonia” in Finland. A passionate musician, very much involved in transmitting his love for music, he is often a special guest in Jean-Pierre Derrien’s radio programs on France-Musique.

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The Story... “At night, he used to lay his fiddle at his side, on the bed, and when those worries came trooping into his brain he would touch the strings. The fiddle would give out a sound and Yakov’s heart would feel lighter.” Lyonel Schmit opens his Chekhov the same way Yakov used to touch the strings of his instrument. At night, he reads again the story of this man, a coffin maker and dream communicator without his knowing it. Rothschild’s Fiddle is a dense short story; a story of humanity through a gruff man’s simple life. Lyonel Schmit was stunned when he discovered these pages. The fiddle obviously said something to his musician’s heart; moreover, the bullied Jew and the unexpected gift and talent seemed to tell his own story and relation to music. Jacques Lacan’s definition of love is “giving something one doesn’t have to someone who doesn’t want it.” Yakov is a hard man until the moment he goes deep inside himself and listens to the heart he has ignored during his scared, mocked and lonely years. The gift for love which until now he only felt when playing his fiddle will make him achieve the unthinkable: lying on his deathbed, he asks that his fiddle be given to Rothschild, the village’s pitiful flute player. Lyonel Schmit comments: “Music is a legacy and this short story echoes the idea from start to finish. Melodies are handed on, from mouth to mouth and the instruments survive their owners...”. Something like a trace: this rough sounding word is yet here meant to depict all the treasures of history and is ultimately the true origin of this record. Lyonel Schmit recalls: “It all started one evening in Aulnay when Julien Guénebaut and I were performing with Dmitry Shostakovich and the seldom played Moisey Weinberg. At that time, the two performers were not the connoisseurs they have become 26

and they were not very familiar with music by Weinberg. Emmanuel Utwiller, the director of the Shostakovich Foundation, would later initiate them into it. Benjamin Fleischmann began to write a one-act opera based on Chekhov’s “Rothschild’s Fiddle” during the siege of Leningrad in 1941, acting on Dmitry Shostakovich’s advice. Unfortunately he was killed before he could complete the work. Towards the end of the war, Shostakovich completed the orchestration of his Jewish pupil. The opera was first staged in 1968 in Leningrad and immediately banned as “zionistic propaganda.” Fifty years later, Edgardo Cozarinsky passed on this legacy by directing a film on Fleischmann’s work. The film was produced in France and shot in Russian by a film director originating from Argentina, being thus a fine model of internationalism! This is how the trace originated, the legacy idea which eventually became meaningful and linked together the rivals yet friends Shostakovich and Weinberg, Chekhov the poet and... Joseph Achron. Because Achron really is the trace and the mark all in one. A Lithuanian violinist and composer who died in Hollywood in 1943, Joseph Achron belonged to the group which started the St. Petersburg Society for Jewish Folk Music in 1908. Most members of the group were Rimsky-Korsakov’s friends or pupils. In 1911, Achron composed the Hebrew Melody whose heady theme has moved Lyonel Schmit so deeply. This sole music sheet and its legendary interpretation by the too obscure Joseph Hassid, were sufficient for him to realise that he had found the thread he needed for his project. The melody with the first violin, later the solo piano and at last a duet, is definitely very much like the one played by Yakov on his threshold. “Yakov went out and sat on the threshold of his hut, clasping his fiddle to his breast. And as he thought of his life so full of waste and losses he began to play without knowing how piteous and touching his music was, and the tears streamed down his cheeks. And the more he thought the more sorrowfully sang his violin.” This song must never end. Should this happen, mankind would feel orphaned. Even a rough, uneducated man like Yakov can see that. 27


The Story... “At night, he used to lay his fiddle at his side, on the bed, and when those worries came trooping into his brain he would touch the strings. The fiddle would give out a sound and Yakov’s heart would feel lighter.” Lyonel Schmit opens his Chekhov the same way Yakov used to touch the strings of his instrument. At night, he reads again the story of this man, a coffin maker and dream communicator without his knowing it. Rothschild’s Fiddle is a dense short story; a story of humanity through a gruff man’s simple life. Lyonel Schmit was stunned when he discovered these pages. The fiddle obviously said something to his musician’s heart; moreover, the bullied Jew and the unexpected gift and talent seemed to tell his own story and relation to music. Jacques Lacan’s definition of love is “giving something one doesn’t have to someone who doesn’t want it.” Yakov is a hard man until the moment he goes deep inside himself and listens to the heart he has ignored during his scared, mocked and lonely years. The gift for love which until now he only felt when playing his fiddle will make him achieve the unthinkable: lying on his deathbed, he asks that his fiddle be given to Rothschild, the village’s pitiful flute player. Lyonel Schmit comments: “Music is a legacy and this short story echoes the idea from start to finish. Melodies are handed on, from mouth to mouth and the instruments survive their owners...”. Something like a trace: this rough sounding word is yet here meant to depict all the treasures of history and is ultimately the true origin of this record. Lyonel Schmit recalls: “It all started one evening in Aulnay when Julien Guénebaut and I were performing with Dmitry Shostakovich and the seldom played Moisey Weinberg. At that time, the two performers were not the connoisseurs they have become 26

and they were not very familiar with music by Weinberg. Emmanuel Utwiller, the director of the Shostakovich Foundation, would later initiate them into it. Benjamin Fleischmann began to write a one-act opera based on Chekhov’s “Rothschild’s Fiddle” during the siege of Leningrad in 1941, acting on Dmitry Shostakovich’s advice. Unfortunately he was killed before he could complete the work. Towards the end of the war, Shostakovich completed the orchestration of his Jewish pupil. The opera was first staged in 1968 in Leningrad and immediately banned as “zionistic propaganda.” Fifty years later, Edgardo Cozarinsky passed on this legacy by directing a film on Fleischmann’s work. The film was produced in France and shot in Russian by a film director originating from Argentina, being thus a fine model of internationalism! This is how the trace originated, the legacy idea which eventually became meaningful and linked together the rivals yet friends Shostakovich and Weinberg, Chekhov the poet and... Joseph Achron. Because Achron really is the trace and the mark all in one. A Lithuanian violinist and composer who died in Hollywood in 1943, Joseph Achron belonged to the group which started the St. Petersburg Society for Jewish Folk Music in 1908. Most members of the group were Rimsky-Korsakov’s friends or pupils. In 1911, Achron composed the Hebrew Melody whose heady theme has moved Lyonel Schmit so deeply. This sole music sheet and its legendary interpretation by the too obscure Joseph Hassid, were sufficient for him to realise that he had found the thread he needed for his project. The melody with the first violin, later the solo piano and at last a duet, is definitely very much like the one played by Yakov on his threshold. “Yakov went out and sat on the threshold of his hut, clasping his fiddle to his breast. And as he thought of his life so full of waste and losses he began to play without knowing how piteous and touching his music was, and the tears streamed down his cheeks. And the more he thought the more sorrowfully sang his violin.” This song must never end. Should this happen, mankind would feel orphaned. Even a rough, uneducated man like Yakov can see that. 27


Chekhov writes: “He was not sorry then that he was going to die, but when he reached home and saw his fiddle, his heart ached, and he regretted it deeply. He would not be able to take his fiddle with him into the grave.” And so Yakov leaves it to Rothschild the flautist. If he dies, his music at least will survive. Lyonel Schmit confides: “Any instrument has its own story and history, you have to tame it and gradually understand what is inside its heart.” Rothschild will never be Yakov; yet the audience starts weeping whenever he rattles the strings of his fiddle. “As plaintive sounds flow now from his bow, as came once from his flute, but when he tries to repeat what Yakov played, sitting in the doorway, the effect is something so sad and sorrowful that his audience weep, and he himself rolls his eyes and articulates “Vachhh!” Today, it is Lyonel Schmit’s turn to play Achron’s Hebrew Melody with Julien Guénebaut at the piano. After performing Shostakovitch’s and Weinberg’s tumultuous sonatas, and Hebraisch by George Perlman (1897-2000), a Jewish melody where violence and melancholy intertwine, Lyonel Schmit is somehow telling Rothschild that he also will never give up his passing on and sharing mission, the one that unites mankind with a simple lullaby such as Abraham Goldfaden’s sundrenched Raisins and Almonds. “In the evening and at night, Yakov used to get up from his bed [...], he got up five or six times to play his fiddle”. Judith Chaine. Translated by Florence Conrard and Nellie Cooper

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Chekhov writes: “He was not sorry then that he was going to die, but when he reached home and saw his fiddle, his heart ached, and he regretted it deeply. He would not be able to take his fiddle with him into the grave.” And so Yakov leaves it to Rothschild the flautist. If he dies, his music at least will survive. Lyonel Schmit confides: “Any instrument has its own story and history, you have to tame it and gradually understand what is inside its heart.” Rothschild will never be Yakov; yet the audience starts weeping whenever he rattles the strings of his fiddle. “As plaintive sounds flow now from his bow, as came once from his flute, but when he tries to repeat what Yakov played, sitting in the doorway, the effect is something so sad and sorrowful that his audience weep, and he himself rolls his eyes and articulates “Vachhh!” Today, it is Lyonel Schmit’s turn to play Achron’s Hebrew Melody with Julien Guénebaut at the piano. After performing Shostakovitch’s and Weinberg’s tumultuous sonatas, and Hebraisch by George Perlman (1897-2000), a Jewish melody where violence and melancholy intertwine, Lyonel Schmit is somehow telling Rothschild that he also will never give up his passing on and sharing mission, the one that unites mankind with a simple lullaby such as Abraham Goldfaden’s sundrenched Raisins and Almonds. “In the evening and at night, Yakov used to get up from his bed [...], he got up five or six times to play his fiddle”. Judith Chaine. Translated by Florence Conrard and Nellie Cooper

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Rothschild’s Fiddle - Anton Chekhov. The town was a little one, worse than a village, and it was inhabited by scarcely any but old people who died with an infrequency that was really annoying. In the hospital and in the prison fortress very few coffins were needed. In fact business was bad. If Yakov Ivanov had been an undertaker in the chief town of the province he would certainly have had a house of his own, and people would have addressed him as Yakov Matveyitch; here in this wretched little town people called him simply Yakov; his nickname in the street was for some reason Bronze, and he lived in a poor way like a humble peasant, in a little old hut in which there was only one room, and in this room he and Marfa, the stove, a double bed, the coffins, his bench, and all their belongings were crowded together. Yakov made good, solid coffins. For peasants and working people he made them to fit himself, and this was never unsuccessful, for there were none taller and stronger than he, even in the prison, though he was seventy. For gentry and for women he made them to measure, and used an iron foot-rule for the purpose. He was very unwilling to take orders for children’s coffins, and made them straight off without measurements, contemptuously, and when he was paid for the work he always said: “I must confess I don’t like trumpery jobs.” Apart from his trade, playing the fiddle brought him in a small income. The Jews’ orchestra conducted by Moisey Ilyitch Shahkes, the tinsmith, who took more than half their receipts for himself, played as a rule at weddings in the town. As Yakov played very well on the fiddle, especially Russian songs, Shahkes sometimes invited him to join the orchestra at a fee of half a rouble a day, in addition to tips from the visitors. When Bronze sat in the orchestra first of all his face became crimson and perspiring; it was hot, there was a suffocating smell of garlic, the fiddle squeaked, the double bass wheezed close to his right ear, while the flute wailed at his left, played by a gaunt, red-haired Jew who had a perfect network of red and blue veins all over his 30

face, and who bore the name of the famous millionaire Rothschild. And this accursed Jew contrived to play even the liveliest things plaintively. For no apparent reason Yakov little by little became possessed by hatred and contempt for the Jews, and especially for Rothschild; he began to pick quarrels with him, rail at him in unseemly language and once even tried to strike him, and Rothschild was offended and said, looking at him ferociously: “If it were not that I respect you for your talent, I would have sent you flying out of the window.” Then he began to weep. And because of this Yakov was not often asked to play in the orchestra; he was only sent for in case of extreme necessity in the absence of one of the Jews. Yakov was never in a good temper, as he was continually having to put up with terrible losses. For instance, it was a sin to work on Sundays or Saints’ days, and Monday was an unlucky day, so that in the course of the year there were some two hundred days on which, whether he liked it or not, he had to sit with his hands folded. And only think, what a loss that meant. If anyone in the town had a wedding without music, or if Shahkes did not send for Yakov, that was a loss, too. The superintendent of the prison was ill for two years and was wasting away, and Yakov was impatiently waiting for him to die, but the superintendent went away to the chief town of the province to be doctored, and there took and died. There’s a loss for you, ten roubles at least, as there would have been an expensive coffin to make, lined with brocade. The thought of his losses haunted Yakov, especially at night; he laid his fiddle on the bed beside him, and when all sorts of nonsensical ideas came into his mind he touched a string; the fiddle gave out a sound in the darkness, and he felt better. On the sixth of May of the previous year Marfa had suddenly been taken ill. The old woman’s breathing was laboured, she drank a great deal of water, and she staggered as she walked, yet she lighted the stove in the morning and even went herself to get water. Towards evening she lay down. Yakov played his fiddle all day; when it was 31


Rothschild’s Fiddle - Anton Chekhov. The town was a little one, worse than a village, and it was inhabited by scarcely any but old people who died with an infrequency that was really annoying. In the hospital and in the prison fortress very few coffins were needed. In fact business was bad. If Yakov Ivanov had been an undertaker in the chief town of the province he would certainly have had a house of his own, and people would have addressed him as Yakov Matveyitch; here in this wretched little town people called him simply Yakov; his nickname in the street was for some reason Bronze, and he lived in a poor way like a humble peasant, in a little old hut in which there was only one room, and in this room he and Marfa, the stove, a double bed, the coffins, his bench, and all their belongings were crowded together. Yakov made good, solid coffins. For peasants and working people he made them to fit himself, and this was never unsuccessful, for there were none taller and stronger than he, even in the prison, though he was seventy. For gentry and for women he made them to measure, and used an iron foot-rule for the purpose. He was very unwilling to take orders for children’s coffins, and made them straight off without measurements, contemptuously, and when he was paid for the work he always said: “I must confess I don’t like trumpery jobs.” Apart from his trade, playing the fiddle brought him in a small income. The Jews’ orchestra conducted by Moisey Ilyitch Shahkes, the tinsmith, who took more than half their receipts for himself, played as a rule at weddings in the town. As Yakov played very well on the fiddle, especially Russian songs, Shahkes sometimes invited him to join the orchestra at a fee of half a rouble a day, in addition to tips from the visitors. When Bronze sat in the orchestra first of all his face became crimson and perspiring; it was hot, there was a suffocating smell of garlic, the fiddle squeaked, the double bass wheezed close to his right ear, while the flute wailed at his left, played by a gaunt, red-haired Jew who had a perfect network of red and blue veins all over his 30

face, and who bore the name of the famous millionaire Rothschild. And this accursed Jew contrived to play even the liveliest things plaintively. For no apparent reason Yakov little by little became possessed by hatred and contempt for the Jews, and especially for Rothschild; he began to pick quarrels with him, rail at him in unseemly language and once even tried to strike him, and Rothschild was offended and said, looking at him ferociously: “If it were not that I respect you for your talent, I would have sent you flying out of the window.” Then he began to weep. And because of this Yakov was not often asked to play in the orchestra; he was only sent for in case of extreme necessity in the absence of one of the Jews. Yakov was never in a good temper, as he was continually having to put up with terrible losses. For instance, it was a sin to work on Sundays or Saints’ days, and Monday was an unlucky day, so that in the course of the year there were some two hundred days on which, whether he liked it or not, he had to sit with his hands folded. And only think, what a loss that meant. If anyone in the town had a wedding without music, or if Shahkes did not send for Yakov, that was a loss, too. The superintendent of the prison was ill for two years and was wasting away, and Yakov was impatiently waiting for him to die, but the superintendent went away to the chief town of the province to be doctored, and there took and died. There’s a loss for you, ten roubles at least, as there would have been an expensive coffin to make, lined with brocade. The thought of his losses haunted Yakov, especially at night; he laid his fiddle on the bed beside him, and when all sorts of nonsensical ideas came into his mind he touched a string; the fiddle gave out a sound in the darkness, and he felt better. On the sixth of May of the previous year Marfa had suddenly been taken ill. The old woman’s breathing was laboured, she drank a great deal of water, and she staggered as she walked, yet she lighted the stove in the morning and even went herself to get water. Towards evening she lay down. Yakov played his fiddle all day; when it was 31


quite dark he took the book in which he used every day to put down his losses, and, feeling dull, he began adding up the total for the year. It came to more than a thousand roubles. This so agitated him that he flung the reckoning beads down, and trampled them under his feet. Then he picked up the reckoning beads, and again spent a long time clicking with them and heaving deep, strained sighs. His face was crimson and wet with perspiration. He thought that if he had put that lost thousand roubles in the bank, the interest for a year would have been at least forty roubles, so that forty roubles was a loss too. In fact, wherever one turned there were losses and nothing else. “Yakov!” Marfa called unexpectedly. “I am dying.” He looked round at his wife. Her face was rosy with fever, unusually bright and joyfullooking. Bronze, accustomed to seeing her face always pale, timid, and unhappylooking, was bewildered. It looked as if she really were dying and were glad that she was going away for ever from that hut, from the coffins, and from Yakov. . . . And she gazed at the ceiling and moved her lips, and her expression was one of happiness, as though she saw death as her deliverer and were whispering with him. It was daybreak; from the windows one could see the flush of dawn. Looking at the old woman, Yakov for some reason reflected that he had not once in his life been affectionate to her, had had no feeling for her, had never once thought to buy her a kerchief, or to bring her home some dainty from a wedding, but had done nothing but shout at her, scold her for his losses, shake his fists at her; it is true he had never actually beaten her, but he had frightened her, and at such times she had always been numb with terror. Why, he had forbidden her to drink tea because they spent too much without that, and she drank only hot water. And he understood why she had such a strange, joyful face now, and he was overcome with dread. As soon as it was morning he borrowed a horse from a neighbour and took Marfa to the hospital. There were not many patients there, and so he had not long to wait, only three hours. To his great satisfaction the patients were not being received by 32

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quite dark he took the book in which he used every day to put down his losses, and, feeling dull, he began adding up the total for the year. It came to more than a thousand roubles. This so agitated him that he flung the reckoning beads down, and trampled them under his feet. Then he picked up the reckoning beads, and again spent a long time clicking with them and heaving deep, strained sighs. His face was crimson and wet with perspiration. He thought that if he had put that lost thousand roubles in the bank, the interest for a year would have been at least forty roubles, so that forty roubles was a loss too. In fact, wherever one turned there were losses and nothing else. “Yakov!” Marfa called unexpectedly. “I am dying.” He looked round at his wife. Her face was rosy with fever, unusually bright and joyfullooking. Bronze, accustomed to seeing her face always pale, timid, and unhappylooking, was bewildered. It looked as if she really were dying and were glad that she was going away for ever from that hut, from the coffins, and from Yakov. . . . And she gazed at the ceiling and moved her lips, and her expression was one of happiness, as though she saw death as her deliverer and were whispering with him. It was daybreak; from the windows one could see the flush of dawn. Looking at the old woman, Yakov for some reason reflected that he had not once in his life been affectionate to her, had had no feeling for her, had never once thought to buy her a kerchief, or to bring her home some dainty from a wedding, but had done nothing but shout at her, scold her for his losses, shake his fists at her; it is true he had never actually beaten her, but he had frightened her, and at such times she had always been numb with terror. Why, he had forbidden her to drink tea because they spent too much without that, and she drank only hot water. And he understood why she had such a strange, joyful face now, and he was overcome with dread. As soon as it was morning he borrowed a horse from a neighbour and took Marfa to the hospital. There were not many patients there, and so he had not long to wait, only three hours. To his great satisfaction the patients were not being received by 32

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the doctor, who was himself ill, but by the assistant, Maxim Nikolaitch, an old man of whom everyone in the town used to say that, though he drank and was quarrelsome, he knew more than the doctor. “I wish you good-day,” said Yakov, leading his old woman into the consulting room. “You must excuse us, Maxim Nikolaitch, we are always troubling you with our trumpery affairs. Here you see my better half is ailing, the partner of my life, as they say, excuse the expression...” Knitting his grizzled brows and stroking his whiskers the assistant began to examine the old woman, and she sat on a stool, a wasted, bent figure with a sharp nose and open mouth, looking like a bird that wants to drink. “Well... Ah!...” the assistant said slowly, and he heaved a sigh. “Influenza and possibly fever. There’s typhus in the town now. Well, the old woman has lived her life, thank God. How old is she?” “She’ll be seventy in another year, Maxim Nikolaitch.” “Well, the old woman has lived her life, it’s time to say good-bye.” “You are quite right in what you say, of course, Maxim Nikolaitch,” said Yakov, smiling from politeness, “and we thank you feelingly for your kindness, but allow me to say every insect wants to live.” “To be sure,” said the assistant, in a tone which suggested that it depended upon him whether the woman lived or died. “Well, then, my good fellow, put a cold compress on her head, and give her these powders twice a day, and so good-bye. Bonjour.” From the expression of his face Yakov saw that it was a bad case, and that no sort of powders would be any help; it was clear to him that Marfa would die very soon, if not to-day, to-morrow. He nudged the assistant’s elbow, winked at him, and said in a low voice: “If you would just cup her, Maxim Nikolaitch.” “I have no time, I have no time, my good fellow. Take your old woman and go in God’s name. Goodbye.” 34

“Be so gracious,” Yakov besought him. “You know yourself that if, let us say, it were her stomach or her inside that were bad, then powders or drops, but you see she had got a chill! In a chill the first thing is to let blood, Maxim Nikolaitch.” But the assistant had already sent for the next patient, and a peasant woman came into the consulting room with a boy. “Go along! go along,” he said to Yakov, frowning. “It’s no use to...” “In that case put on leeches, anyway! Make us pray for you for ever.” The assistant flew into a rage and shouted: “You speak to me again! You blockhead...” Yakov flew into a rage too, and he turned crimson all over, but he did not utter a word. He took Marfa on his arm and led her out of the room. Only when they were sitting in the cart he looked morosely and ironically at the hospital, and said: “A nice set of artists they have settled here! No fear, but he would have cupped a rich man, but even a leech he grudges to the poor. The Herods!” When they got home and went into the hut, Marfa stood for ten minutes holding on to the stove. It seemed to her that if she were to lie down Yakov would talk to her about his losses, and scold her for lying down and not wanting to work. Yakov looked at her drearily and thought that to-morrow was St. John the Divine’s, and next day St. Nikolay the Wonder-worker’s, and the day after that was Sunday, and then Monday, an unlucky day. For four days he would not be able to work, and most likely Marfa would die on one of those days; so he would have to make the coffin to-day. He picked up his iron rule, went up to the old woman and took her measure. Then she lay down, and he crossed himself and began making the coffin. When the coffin was finished Bronze put on his spectacles and wrote in his book: “Marfa Ivanov’s coffin, two roubles, forty kopecks.” And he heaved a sigh. The old woman lay all the time silent with her eyes closed. But in the evening, when it got dark, she suddenly called the old man.

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the doctor, who was himself ill, but by the assistant, Maxim Nikolaitch, an old man of whom everyone in the town used to say that, though he drank and was quarrelsome, he knew more than the doctor. “I wish you good-day,” said Yakov, leading his old woman into the consulting room. “You must excuse us, Maxim Nikolaitch, we are always troubling you with our trumpery affairs. Here you see my better half is ailing, the partner of my life, as they say, excuse the expression...” Knitting his grizzled brows and stroking his whiskers the assistant began to examine the old woman, and she sat on a stool, a wasted, bent figure with a sharp nose and open mouth, looking like a bird that wants to drink. “Well... Ah!...” the assistant said slowly, and he heaved a sigh. “Influenza and possibly fever. There’s typhus in the town now. Well, the old woman has lived her life, thank God. How old is she?” “She’ll be seventy in another year, Maxim Nikolaitch.” “Well, the old woman has lived her life, it’s time to say good-bye.” “You are quite right in what you say, of course, Maxim Nikolaitch,” said Yakov, smiling from politeness, “and we thank you feelingly for your kindness, but allow me to say every insect wants to live.” “To be sure,” said the assistant, in a tone which suggested that it depended upon him whether the woman lived or died. “Well, then, my good fellow, put a cold compress on her head, and give her these powders twice a day, and so good-bye. Bonjour.” From the expression of his face Yakov saw that it was a bad case, and that no sort of powders would be any help; it was clear to him that Marfa would die very soon, if not to-day, to-morrow. He nudged the assistant’s elbow, winked at him, and said in a low voice: “If you would just cup her, Maxim Nikolaitch.” “I have no time, I have no time, my good fellow. Take your old woman and go in God’s name. Goodbye.” 34

“Be so gracious,” Yakov besought him. “You know yourself that if, let us say, it were her stomach or her inside that were bad, then powders or drops, but you see she had got a chill! In a chill the first thing is to let blood, Maxim Nikolaitch.” But the assistant had already sent for the next patient, and a peasant woman came into the consulting room with a boy. “Go along! go along,” he said to Yakov, frowning. “It’s no use to...” “In that case put on leeches, anyway! Make us pray for you for ever.” The assistant flew into a rage and shouted: “You speak to me again! You blockhead...” Yakov flew into a rage too, and he turned crimson all over, but he did not utter a word. He took Marfa on his arm and led her out of the room. Only when they were sitting in the cart he looked morosely and ironically at the hospital, and said: “A nice set of artists they have settled here! No fear, but he would have cupped a rich man, but even a leech he grudges to the poor. The Herods!” When they got home and went into the hut, Marfa stood for ten minutes holding on to the stove. It seemed to her that if she were to lie down Yakov would talk to her about his losses, and scold her for lying down and not wanting to work. Yakov looked at her drearily and thought that to-morrow was St. John the Divine’s, and next day St. Nikolay the Wonder-worker’s, and the day after that was Sunday, and then Monday, an unlucky day. For four days he would not be able to work, and most likely Marfa would die on one of those days; so he would have to make the coffin to-day. He picked up his iron rule, went up to the old woman and took her measure. Then she lay down, and he crossed himself and began making the coffin. When the coffin was finished Bronze put on his spectacles and wrote in his book: “Marfa Ivanov’s coffin, two roubles, forty kopecks.” And he heaved a sigh. The old woman lay all the time silent with her eyes closed. But in the evening, when it got dark, she suddenly called the old man.

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“Do you remember, Yakov,” she asked, looking at him joyfully. “Do you remember fifty years ago God gave us a little baby with flaxen hair? We used always to be sitting by the river then, singing songs... under the willows,” and laughing bitterly, she added: “The baby girl died.” Yakov racked his memory, but could not remember the baby or the willows. “It’s your fancy.” he said. The priest arrived; he administered the sacrament and extreme unction. Then Marfa began muttering something unintelligible, and towards morning she died. Old women, neighbours, washed her, dressed her, and laid her in the coffin. To avoid paying the sacristan, Yakov read the psalms over the body himself, and they got nothing out of him for the grave, as the grave-digger was a crony of his. Four peasants carried the coffin to the graveyard, not for money, but from respect. The coffin was followed by old women, beggars, and a couple of crazy saints, and the people who met it crossed themselves piously... And Yakov was very much pleased that it was so creditable, so decorous, and so cheap, and no offence to anyone. As he took his last leave of Marfa he touched the coffin and thought: “A good piece of work!” But as he was going back from the cemetery he was overcome by acute depression. He didn’t feel quite well: his breathing was laboured and feverish, his legs felt weak, and he had a craving for drink. And thoughts of all sorts forced themselves on his mind. He remembered again that all his life he had never felt for Marfa, had never been affectionate to her. The fifty-two years they had lived in the same hut had dragged on a long, long time, but it had somehow happened that in all that time he had never once thought of her, had paid no attention to her, as though she had been a cat or a dog. And yet, every day, she had lighted the stove had cooked and baked, had gone for the water, had chopped the wood, had slept with him in the same bed, and when he came home drunk from the weddings always reverently hung his fiddle on the wall and put him to bed, and all this in silence, with a timid, anxious expression.

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Rothschild, smiling and bowing, came to meet Yakov. “I was looking for you, uncle,” he said. “Moisey Ilyitch sends you his greetings and bids you come to him at once.” Yakov felt in no mood for this. He wanted to cry. “Leave me alone.” he said, and walked on. “How can you?” Rothschild said, fluttered, running on in front. “Moisey Ilyitch will be offended! He bade you come at once!” Yakov was revolted at the Jew’s gasping for breath and blinking, and having so many red freckles on his face. And it was disgusting to look at his green coat with black patches on it, and all his fragile, refined figure. “Why are you pestering me, garlic?” shouted Yakov. “Don’t persist!” The Jew got angry and shouted too: “Not so noisy, please, or I’ll send you flying over the fence!” “Get out of my sight!” roared Yakov, and rushed at him with his fists. “One can’t live for you scabby Jews!” Rothschild, half dead with terror, crouched down and waved his hands over his head, as though to ward off a blow; then he leapt up and ran away as fast as his legs could carry him: as he ran he gave little skips and kept clasping his hands, and Yakov could see how his long thin spine wriggled. Some boys, delighted at the incident, ran after him shouting “Jew! Jew!” Some dogs joined in the chase barking. Someone burst into a roar of laughter, then gave a whistle; the dogs barked with even more noise and unanimity. Then a dog must have bitten Rothschild, as a desperate, sickly scream was heard. Yakov went for a walk on the grazing ground, then wandered on at random in the outskirts of the town, while the street boys shouted: “Here’s Bronze! Here’s Bronze!” He came to the river, where the curlews floated in the air uttering shrill cries and the ducks quacked. The sun was blazing hot, and there was a glitter from the water, 37


“Do you remember, Yakov,” she asked, looking at him joyfully. “Do you remember fifty years ago God gave us a little baby with flaxen hair? We used always to be sitting by the river then, singing songs... under the willows,” and laughing bitterly, she added: “The baby girl died.” Yakov racked his memory, but could not remember the baby or the willows. “It’s your fancy.” he said. The priest arrived; he administered the sacrament and extreme unction. Then Marfa began muttering something unintelligible, and towards morning she died. Old women, neighbours, washed her, dressed her, and laid her in the coffin. To avoid paying the sacristan, Yakov read the psalms over the body himself, and they got nothing out of him for the grave, as the grave-digger was a crony of his. Four peasants carried the coffin to the graveyard, not for money, but from respect. The coffin was followed by old women, beggars, and a couple of crazy saints, and the people who met it crossed themselves piously... And Yakov was very much pleased that it was so creditable, so decorous, and so cheap, and no offence to anyone. As he took his last leave of Marfa he touched the coffin and thought: “A good piece of work!” But as he was going back from the cemetery he was overcome by acute depression. He didn’t feel quite well: his breathing was laboured and feverish, his legs felt weak, and he had a craving for drink. And thoughts of all sorts forced themselves on his mind. He remembered again that all his life he had never felt for Marfa, had never been affectionate to her. The fifty-two years they had lived in the same hut had dragged on a long, long time, but it had somehow happened that in all that time he had never once thought of her, had paid no attention to her, as though she had been a cat or a dog. And yet, every day, she had lighted the stove had cooked and baked, had gone for the water, had chopped the wood, had slept with him in the same bed, and when he came home drunk from the weddings always reverently hung his fiddle on the wall and put him to bed, and all this in silence, with a timid, anxious expression.

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Rothschild, smiling and bowing, came to meet Yakov. “I was looking for you, uncle,” he said. “Moisey Ilyitch sends you his greetings and bids you come to him at once.” Yakov felt in no mood for this. He wanted to cry. “Leave me alone.” he said, and walked on. “How can you?” Rothschild said, fluttered, running on in front. “Moisey Ilyitch will be offended! He bade you come at once!” Yakov was revolted at the Jew’s gasping for breath and blinking, and having so many red freckles on his face. And it was disgusting to look at his green coat with black patches on it, and all his fragile, refined figure. “Why are you pestering me, garlic?” shouted Yakov. “Don’t persist!” The Jew got angry and shouted too: “Not so noisy, please, or I’ll send you flying over the fence!” “Get out of my sight!” roared Yakov, and rushed at him with his fists. “One can’t live for you scabby Jews!” Rothschild, half dead with terror, crouched down and waved his hands over his head, as though to ward off a blow; then he leapt up and ran away as fast as his legs could carry him: as he ran he gave little skips and kept clasping his hands, and Yakov could see how his long thin spine wriggled. Some boys, delighted at the incident, ran after him shouting “Jew! Jew!” Some dogs joined in the chase barking. Someone burst into a roar of laughter, then gave a whistle; the dogs barked with even more noise and unanimity. Then a dog must have bitten Rothschild, as a desperate, sickly scream was heard. Yakov went for a walk on the grazing ground, then wandered on at random in the outskirts of the town, while the street boys shouted: “Here’s Bronze! Here’s Bronze!” He came to the river, where the curlews floated in the air uttering shrill cries and the ducks quacked. The sun was blazing hot, and there was a glitter from the water, 37


so that it hurt the eyes to look at it. Yakov walked by a path along the bank and saw a plump, rosy-cheeked lady come out of the bathing-shed, and thought about her: “Ugh! you otter!” Not far from the bathing-shed boys were catching crayfish with bits of meat; seeing him, they began shouting spitefully, “Bronze! Bronze!” And then he saw an old spreading willow-tree with a big hollow in it, and a crow’s nest on it. ...And suddenly there rose up vividly in Yakov’s memory a baby with flaxen hair, and the willow-tree Marfa had spoken of. Why, that is it, the same willow-tree - green, still, and sorrowful. ...How old it has grown, poor thing! He sat down under it and began to recall the past. On the other bank, where now there was the water meadow, in those days there stood a big birchwood, and yonder on the bare hillside that could be seen on the horizon an old, old pine forest used to be a bluish patch in the distance. Big boats used to sail on the river. But now it was all smooth and unruffled, and on the other bank there stood now only one birch-tree, youthful and slender like a young lady, and there was nothing on the river but ducks and geese, and it didn’t look as though there had ever been boats on it. It seemed as though even the geese were fewer than of old. Yakov shut his eyes, and in his imagination huge flocks of white geese soared, meeting one another. He wondered how it had happened that for the last forty or fifty years of his life he had never once been to the river, or if he had been by it he had not paid attention to it. Why, it was a decent sized river, not a trumpery one; he might have gone in for fishing and sold the fish to merchants, officials, and the bar-keeper at the station, and then have put money in the bank; he might have sailed in a boat from one house to another, playing the fiddle, and people of all classes would have paid to hear him; he might have tried getting big boats afloat again - that would be better than making coffins; he might have bred geese, killed them and sent them in the winter to Moscow Why, the feathers alone would very likely mount up to ten roubles in the year. But he had wasted his time, he had done nothing of this. What losses! Ah! What losses! And 38

if he had gone in for all those things at once - catching fish and playing the fiddle, and running boats and killing geese - what a fortune he would have made! But nothing of this had happened, even in his dreams; life had passed uselessly without any pleasure, had been wasted for nothing, not even a pinch of snuff; there was nothing left in front, and if one looked back - there was nothing there but losses, and such terrible ones, it made one cold all over. And why was it a man could not live so as to avoid these losses and misfortunes? One wondered why they had cut down the birch copse and the pine forest. Why was he walking with no reason on the grazing ground? Why do people always do what isn’t needful? Why had Yakov all his life scolded, bellowed, shaken his fists, ill-treated his wife, and, one might ask, what necessity was there for him to frighten and insult the Jew that day? Why did people in general hinder each other from living? What losses were due to it! what terrible losses! If it were not for hatred and malice people would get immense benefit from one another. In the evening and the night he had visions of the baby, of the willow, of fish, of slaughtered geese, and Marfa looking in profile like a bird that wants to drink, and the pale, pitiful face of Rothschild, and faces moved down from all sides and muttered of losses. He tossed from side to side, and got out of bed five times to play the fiddle. In the morning he got up with an effort and went to the hospital. The same Maxim Nikolaitch told him to put a cold compress on his head, and gave him some powders, and from his tone and expression of face Yakov realized that it was a bad case and that no powders would be any use. As he went home afterwards, he reflected that death would be nothing but a benefit; he would not have to eat or drink, or pay taxes or offend people, and, as a man lies in his grave not for one year but for hundreds and thousands, if one reckoned it up the gain would be enormous. A man’s life meant loss: death meant gain. This reflection was, of course, a just one, but yet it was bitter and mortifying; why was the order of the world so strange, that life, which is given to man only once, passes away without benefit?

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so that it hurt the eyes to look at it. Yakov walked by a path along the bank and saw a plump, rosy-cheeked lady come out of the bathing-shed, and thought about her: “Ugh! you otter!” Not far from the bathing-shed boys were catching crayfish with bits of meat; seeing him, they began shouting spitefully, “Bronze! Bronze!” And then he saw an old spreading willow-tree with a big hollow in it, and a crow’s nest on it. ...And suddenly there rose up vividly in Yakov’s memory a baby with flaxen hair, and the willow-tree Marfa had spoken of. Why, that is it, the same willow-tree - green, still, and sorrowful. ...How old it has grown, poor thing! He sat down under it and began to recall the past. On the other bank, where now there was the water meadow, in those days there stood a big birchwood, and yonder on the bare hillside that could be seen on the horizon an old, old pine forest used to be a bluish patch in the distance. Big boats used to sail on the river. But now it was all smooth and unruffled, and on the other bank there stood now only one birch-tree, youthful and slender like a young lady, and there was nothing on the river but ducks and geese, and it didn’t look as though there had ever been boats on it. It seemed as though even the geese were fewer than of old. Yakov shut his eyes, and in his imagination huge flocks of white geese soared, meeting one another. He wondered how it had happened that for the last forty or fifty years of his life he had never once been to the river, or if he had been by it he had not paid attention to it. Why, it was a decent sized river, not a trumpery one; he might have gone in for fishing and sold the fish to merchants, officials, and the bar-keeper at the station, and then have put money in the bank; he might have sailed in a boat from one house to another, playing the fiddle, and people of all classes would have paid to hear him; he might have tried getting big boats afloat again - that would be better than making coffins; he might have bred geese, killed them and sent them in the winter to Moscow Why, the feathers alone would very likely mount up to ten roubles in the year. But he had wasted his time, he had done nothing of this. What losses! Ah! What losses! And 38

if he had gone in for all those things at once - catching fish and playing the fiddle, and running boats and killing geese - what a fortune he would have made! But nothing of this had happened, even in his dreams; life had passed uselessly without any pleasure, had been wasted for nothing, not even a pinch of snuff; there was nothing left in front, and if one looked back - there was nothing there but losses, and such terrible ones, it made one cold all over. And why was it a man could not live so as to avoid these losses and misfortunes? One wondered why they had cut down the birch copse and the pine forest. Why was he walking with no reason on the grazing ground? Why do people always do what isn’t needful? Why had Yakov all his life scolded, bellowed, shaken his fists, ill-treated his wife, and, one might ask, what necessity was there for him to frighten and insult the Jew that day? Why did people in general hinder each other from living? What losses were due to it! what terrible losses! If it were not for hatred and malice people would get immense benefit from one another. In the evening and the night he had visions of the baby, of the willow, of fish, of slaughtered geese, and Marfa looking in profile like a bird that wants to drink, and the pale, pitiful face of Rothschild, and faces moved down from all sides and muttered of losses. He tossed from side to side, and got out of bed five times to play the fiddle. In the morning he got up with an effort and went to the hospital. The same Maxim Nikolaitch told him to put a cold compress on his head, and gave him some powders, and from his tone and expression of face Yakov realized that it was a bad case and that no powders would be any use. As he went home afterwards, he reflected that death would be nothing but a benefit; he would not have to eat or drink, or pay taxes or offend people, and, as a man lies in his grave not for one year but for hundreds and thousands, if one reckoned it up the gain would be enormous. A man’s life meant loss: death meant gain. This reflection was, of course, a just one, but yet it was bitter and mortifying; why was the order of the world so strange, that life, which is given to man only once, passes away without benefit?

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He was not sorry to die, but at home, as soon as he saw his fiddle, it sent a pang to his heart and he felt sorry. He could not take the fiddle with him to the grave, and now it would be left forlorn, and the same thing would happen to it as to the birch copse and the pine forest. Everything in this world was wasted and would be wasted! Yakov went out of the hut and sat in the doorway, pressing the fiddle to his bosom. Thinking of his wasted, profitless life, he began to play, he did not know what, but it was plaintive and touching, and tears trickled down his cheeks. And the harder he thought, the more mournfully the fiddle wailed. The latch clicked once and again, and Rothschild appeared at the gate. He walked across half the yard boldly, but seeing Yakov he stopped short, and seemed to shrink together, and probably from terror, began making signs with his hands as though he wanted to show on his fingers what o’clock it was. “Come along, it’s all right,” said Yakov in a friendly tone, and he beckoned him to come up. “Come along!” Looking at him mistrustfully and apprehensively, Rothschild began to advance, and stopped seven feet off. “Be so good as not to beat me,” he said, ducking. “Moisey Ilyitch has sent me again. “Don’t be afraid” he said; “go to Yakov again and tell him” he said, “we can’t get on without him.” There is a wedding on Wednesday. ...Yes! Mr. Shapovalov is marrying his daughter to a good man. ...And it will be a grand wedding, oo-oo!” added the Jew, screwing up one eye. “I can’t come,” said Yakov, breathing hard. “I’m ill, brother.” And he began playing again, and the tears gushed from his eyes on to the fiddle. Rothschild listened attentively, standing sideways to him and folding his arms on his chest. The scared and perplexed expression on his face, little by little, changed to a look of woe and suffering; he rolled his eyes as though he were experiencing an agonizing ecstasy, and articulated, “Vachhh!” and tears slowly ran down his cheeks and trickled on his greenish coat. 40

And Yakov lay in bed all the rest of the day grieving. In the evening, when the priest confessing him asked, Did he remember any special sin he had committed? straining his failing memory he thought again of Marfa’s unhappy face, and the despairing shriek of the Jew when the dog bit him, and said, hardly audibly, “Give the fiddle to Rothschild.” “Very well.” answered the priest. And now everyone in the town asks where Rothschild got such a fine fiddle. Did he buy it or steal it? Or perhaps it had come to him as a pledge. He gave up the flute long ago, and now plays nothing but the fiddle. As plaintive sounds flow now from his bow, as came once from his flute, but when he tries to repeat what Yakov played, sitting in the doorway, the effect is something so sad and sorrowful that his audience weep, and he himself rolls his eyes and articulates “Vachhh!...” And this new air was so much liked in the town that the merchants and officials used to be continually sending for Rothschild and making him play it over and over again a dozen times. Anton Chekhov translated by Constance Garnett

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He was not sorry to die, but at home, as soon as he saw his fiddle, it sent a pang to his heart and he felt sorry. He could not take the fiddle with him to the grave, and now it would be left forlorn, and the same thing would happen to it as to the birch copse and the pine forest. Everything in this world was wasted and would be wasted! Yakov went out of the hut and sat in the doorway, pressing the fiddle to his bosom. Thinking of his wasted, profitless life, he began to play, he did not know what, but it was plaintive and touching, and tears trickled down his cheeks. And the harder he thought, the more mournfully the fiddle wailed. The latch clicked once and again, and Rothschild appeared at the gate. He walked across half the yard boldly, but seeing Yakov he stopped short, and seemed to shrink together, and probably from terror, began making signs with his hands as though he wanted to show on his fingers what o’clock it was. “Come along, it’s all right,” said Yakov in a friendly tone, and he beckoned him to come up. “Come along!” Looking at him mistrustfully and apprehensively, Rothschild began to advance, and stopped seven feet off. “Be so good as not to beat me,” he said, ducking. “Moisey Ilyitch has sent me again. “Don’t be afraid” he said; “go to Yakov again and tell him” he said, “we can’t get on without him.” There is a wedding on Wednesday. ...Yes! Mr. Shapovalov is marrying his daughter to a good man. ...And it will be a grand wedding, oo-oo!” added the Jew, screwing up one eye. “I can’t come,” said Yakov, breathing hard. “I’m ill, brother.” And he began playing again, and the tears gushed from his eyes on to the fiddle. Rothschild listened attentively, standing sideways to him and folding his arms on his chest. The scared and perplexed expression on his face, little by little, changed to a look of woe and suffering; he rolled his eyes as though he were experiencing an agonizing ecstasy, and articulated, “Vachhh!” and tears slowly ran down his cheeks and trickled on his greenish coat. 40

And Yakov lay in bed all the rest of the day grieving. In the evening, when the priest confessing him asked, Did he remember any special sin he had committed? straining his failing memory he thought again of Marfa’s unhappy face, and the despairing shriek of the Jew when the dog bit him, and said, hardly audibly, “Give the fiddle to Rothschild.” “Very well.” answered the priest. And now everyone in the town asks where Rothschild got such a fine fiddle. Did he buy it or steal it? Or perhaps it had come to him as a pledge. He gave up the flute long ago, and now plays nothing but the fiddle. As plaintive sounds flow now from his bow, as came once from his flute, but when he tries to repeat what Yakov played, sitting in the doorway, the effect is something so sad and sorrowful that his audience weep, and he himself rolls his eyes and articulates “Vachhh!...” And this new air was so much liked in the town that the merchants and officials used to be continually sending for Rothschild and making him play it over and over again a dozen times. Anton Chekhov translated by Constance Garnett

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Enregistrement à l’Arsenal de Metz en sept 2010 Prise de son, direction artistique et mastering : François Eckert Mobility Mastering : Nicolas Thelliez Réalisateur clip vidéo : Colin Laurent Préparation du piano : Daniel Muthig, pianosThiell Photographe : Jean-Philippe Raibaud Textes : Judith Chaine Traduction : Florence Conrard et Nellie Cooper Artwork : Pilvax Studio Lyonel Schmit a enregistré ce disque sur un violon Nicolo Amati de 1650 et un archet Eugène Sartory de 1900 monté or. © 2010 – FONDAMENTA – CONCERTS | HD MUSIC ONLINE | HD VIDEO www.fondamenta.fr Remerciements : Catherine et Pierre-Michel Roux, Philippe Arrii-Blachette, Arsenal de Metz (M. JeanFrançois Ramon, Mme Michèle Paradon, M. Joseph André), Emmanuel Utwiller, Editions Sillage, Cécile et Maxime Laurent, Richard Schmoukler, M. Christian Morel, M. Denis Janicot, Camille Conrard, Valentine Roux, René Brucker, Florence Conrard, Nellie Cooper, Mairie d’Hagondange, et bien sûr toutes les filles de l’association Clic’Art productions.

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Enregistrement à l’Arsenal de Metz en sept 2010 Prise de son, direction artistique et mastering : François Eckert Mobility Mastering : Nicolas Thelliez Réalisateur clip vidéo : Colin Laurent Préparation du piano : Daniel Muthig, pianosThiell Photographe : Jean-Philippe Raibaud Textes : Judith Chaine Traduction : Florence Conrard et Nellie Cooper Artwork : Pilvax Studio Lyonel Schmit a enregistré ce disque sur un violon Nicolo Amati de 1650 et un archet Eugène Sartory de 1900 monté or. © 2010 – FONDAMENTA – CONCERTS | HD MUSIC ONLINE | HD VIDEO www.fondamenta.fr Remerciements : Catherine et Pierre-Michel Roux, Philippe Arrii-Blachette, Arsenal de Metz (M. JeanFrançois Ramon, Mme Michèle Paradon, M. Joseph André), Emmanuel Utwiller, Editions Sillage, Cécile et Maxime Laurent, Richard Schmoukler, M. Christian Morel, M. Denis Janicot, Camille Conrard, Valentine Roux, René Brucker, Florence Conrard, Nellie Cooper, Mairie d’Hagondange, et bien sûr toutes les filles de l’association Clic’Art productions.

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Lyonel Schmit - Le Violon de Rothschild