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Schubert Debussy . Britten . Schumann

Gautier CapuÇon Frank Braley

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Franz Schubert (1797-1828) Arpeggione Sonata for arpeggione and piano D. 821 in A major . en la majeur . A-dur 1. I. Allegro moderato 2. II. Adagio 3. III. Allegretto

11.58 4.19 9.18

Robert Schumann (1810-1856) Fünf Stücke im Volkston Op. 102 Five Pieces in Folk Style. Cinq Pièces dans le ton populaire I. Vanitas vanitatum - Mit Humor II. Langsam 6. III. Nicht schnell, mit viel Ton zu spielen 7. IV. Nicht zu rasch 8. V. Stark und markiert 4. 5.

3.27 3.40 4.11 2.06 3.13

Claude Debussy (1862-1918) Sonata for cello and piano 9. I. Prologue: Lent, sostenuto e molto risoluto 10. II. Sérénade: Modérément animé, fantasque et léger 11. III. Finale: Animé, léger et nerveux

4.16 3.00 3.23

Benjamin Britten (1913-1976) Sonata in C Op. 65 for cello and piano 12. 13. 14. 15. 16.

Dialogo Scherzo - Pizzicato Elegia Marcia Moto perpetuo

7.23 2.30 6.38 2.18 2.41

Gautier Capuçon, cello Frank Braley, piano

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« Il y a une étincelle divine chez ce Schubert » aurait déclaré Beethoven. Écrite à Vienne en 1824, alors que Schubert souffrait déjà de syphilis et de troubles dépressifs de plus en plus fréquents, la Sonate pour arpeggione et piano, « l’Arpeggione » comme on l’appelle familièrement, est une œuvre qui m’a toujours profondément touché et ému par son immense sensibilité, qui se manifeste dans le dénuement le plus total. J’ai toutefois souhaité prendre mon temps avant de l’enregistrer, pour la considérer avec davantage de recul, mais aussi par humilité et par peur, sans doute, de ne pas être à la hauteur. Ces dix dernières années passées à jouer les trios et quatuors de Schubert m’ont, en quelque sorte, mûri pour me permettre aujourd’hui de franchir le pas et de graver cette œuvre majeure. Complice de longue date et schubertien dans l’âme, Frank s’est naturellement imposé comme le partenaire idéal pour m’accompagner tout au long de ce parcours ardu. Nous avons souhaité, avec cet album, rendre un hommage croisé à deux légendes musicales du XXe siècle : Mstislav Rostropovitch et Benjamin Britten. Leurs enregistrements au tournant des années 1970 de l’Arpeggione, des cinq Stücke im Volkston et de la Sonate de Debussy sont restés légendaires, tout comme leur gravure de la Sonate pour violoncelle et piano de Britten qu’ils ont créée au disque et au concert. C’est une œuvre magnifique, trop rarement jouée à mon goût encore aujourd’hui, alors même que 2013 marque le centenaire de la naissance de Benjamin Britten. Je dis « à mon goût » car, bercé dans mon enfance par le Petit Ramoneur, opéra pour enfant du compositeur anglais, son langage m’est depuis familier. Cet album a été enregistré l’hiver dernier, au cœur des Alpes autrichiennes, dans le Vorarlberg, dans la salle Markus-Sittikus Saal de Hohenems. Une salle que Frank et moi connaissons bien, pour y avoir notamment pris part aux Schubertiades de Hohenems et de Schwarzenberg. Gautier Capuçon Septembre 2013

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comme au piano. Deux grands accords et un point d’orgue mènent à un Adagio tendrement mélancolique, puis vient un Allegretto, qui conclut en un rondo teinté d’accents populaires. Depuis qu’en 1830, après avoir hésité entre la littérature et la musique, Schumann avait pris la décision d’embrasser une carrière musicale, l’idée de la musique de chambre n’avait cessé de le hanter. L’année 1849, l’année « féconde » selon sa propre expression, allait se révéler riche dans ce domaine. Schumann avait avoué à son ami, le compositeur et chef d’orchestre Ferdinand Hiller, que le travail acharné dans lequel il s’était alors lancé représentait une consolation aux terribles événements vécus. En effet, quoique torturé par d’insupportables troubles nerveux, par des hallucinations, des tremblements, suivis d’effrayantes crises de nerf ou de mélancolie, il écrivait sans relâche, tout en supportant de plus en plus difficilement cet équilibre nerveux fragile qui le poussera cinq ans plus tard à la tentative de suicide, puis le mènera à la mort, le 29 juillet 1856. Longtemps considérées comme des œuvres mineures, les Cinq Pièces dans le ton populaire pour violoncelle et piano op. 102 ont été composées à Dresde entre le 15 et le 17 avril 1849. Le 8 juin 1850, pour le quarantième anniversaire de Schumann, son épouse Clara et le violoncelliste Andreas Grabau en donnèrent une exécution privée à Leipzig. Avec ces pièces, dont Clara appréciait la fraîcheur et l’originalité, Schumann revient à l’esprit de la miniature, même si leur dimension sonore paraît ample et puissante. La première pièce, Vanitas vanitatum se joue « avec humour » et non sans virtuosité, alors que la deuxième Langsam (« lentement ») adopte le rythme tendrement naïf de la berceuse. Ces deux pièces sont suivies par une sorte de ballade que Schumann souhaitait entendre avec beaucoup de sonorité, puis une marche pleine de gaieté précède un fougueux finale. Dans ces œuvres, violoncelle et piano dialoguent dans l’univers poétique et populaire du

C’est à Franz Schubert que l’arpeggione, compromis entre la guitare, le violoncelle et la basse de viole, doit d’avoir connu son éphémère heure de gloire. Imaginé en 1823 par le facteur viennois Johann Georg Stauffer (1778-1853), cet instrument hybride à frettes et à six cordes, joué entre les genoux comme la viole de gambe, était quelquefois appelé « guitare à archet », « guitare d’amour » ou « guitare violoncelle », mais son nom d’ «arpeggione» lui viendrait de la facilité avec laquelle on pouvait l’accorder (mi, la, ré, sol, si, mi, comme la guitare), et arpéger. Pour répondre au souhait de Stauffer, désireux de promouvoir son invention, Schubert composa en novembre 1824 une unique Sonate pour arpeggione et piano en la mineur D.821. Quoique déjà atteint par le mal qui devait l’emporter quatre ans plus tard, et miné par l’angoisse et la dépression, il venait d’achever deux chefs-d’œuvre, ses treizième et quatorzième quatuors à cordes, Rosamunde et La Jeune Fille et la Mort. Amateur enthousiaste du nouvel instrument, le guitariste et compositeur Vincenz Schuster assura la première audition de la Sonate la même année, avec Schubert au piano, mais l’œuvre ne sera finalement publiée qu’en 1871. De nos jours, elle est le plus souvent exécutée au violoncelle, plus rarement à l’alto. En dépit de son charme et de son élégance de salon, cette composition aimable est marquée çà et là de quelques sombres accents. Elle réunit trois mouvements dans lesquels, selon Henri de Curzon, Schubert, « chantre incomparable de l’âme et de la nature, prodigue ses inspirations mélodiques, sa tendresse et sa poésie ». La complicité est parfaite entre l’arpeggione (ou le violoncelle) et le piano qui enrubannent chaque thème avec un lyrisme gracieux évoquant la romance sans paroles ou la sérénade pré-romantique. Le piano lance le thème nostalgique et émouvant de l’Allegro moderato dont s’empare dès la dixième mesure l’instrument à cordes pour l’ornementer sobrement. En dehors du second thème, vif, le mouvement est parcouru de petits dessins joyeux au violoncelle

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l’avertissement de Debussy à ses interprètes. Écrite en quelques jours de l’été 1915 à Pourville, non loin de Dieppe, où Debussy était parti se reposer, et dédiée à sa femme Emma, la Sonate pour violoncelle et piano, qu’il pensait d’abord appeler Pierrot fâché avec la Lune, a été créée à Londres le 4 mars 1916. Debussy au piano et Joseph Salmon au violoncelle en donneront la première audition à Paris, le 24 mars 1917. Mstislav Rostropovitch a été l’ami des dernières années de Benjamin Britten, années au cours desquelles le compositeur britannique a pu témoigner de l’admiration qu’il portait au grand violoncelliste russe, en lui écrivant trois Suites pour violoncelle seul, une ambitieuse Symphonie pour violoncelle et orchestre op. 68 et la Sonate en ut majeur pour violoncelle et piano op. 65. Composée en janvier 1961, celle-ci a été créée par son auteur et le dédicataire le 7 juillet de la même année à Aldeburgh, dans le comté du Suffolk, lieu de résidence de Britten qui y avait fondé en 1948 un festival fameux. C’est d’ailleurs à Albeburgh que le compositeur s’éteint, en 1976 après avoir été anobli par la reine Elisabeth. Dans cette sonate en cinq mouvements brefs, Britten exploite la voix grave et expressive du violoncelle qui s’épanche en timbres variés, en moments d’émotion (Elegia), en accents de lyrisme ou de gaieté (Marcia), mêlés à ces parfums baroques que l’auteur aimait particulièrement.

conte de fées, sur des rythmes de danses stylisées. La vie de Claude Debussy a représenté pour le compositeur et écrivain Robert Caby, défenseur d’Erik Satie, « une belle aventure aux pays merveilleux de la musique, agaçante pour les imbéciles et les retardataires, et même déroutante pour les premiers suiveurs ». Dans les derniers mois de sa vie, Debussy confiait à un ami : « Je dois humblement avouer que je sens la mort sourdre en moi. C’est pourquoi j’écris comme un forcené ». Affaibli par la maladie et accablé par le « terrible cataclysme » de la Grande Guerre, il revint alors à la musique de chambre, symbole de recueillement, de méditation et de réflexion, envisageant la composition de six sonates pour différents instruments, mais sa mort survenue le 25 mars 1918 mit prématurément un terme à ce projet. Virent néanmoins le jour une Sonate pour violon et piano, une Sonate pour flûte, alto et harpe et la Sonate pour violoncelle et piano. Portant la marque du malheur et de la maladie, bien qu’empreintes de sérénité, ces trois sonates ont été publiées à Paris par l’éditeur Durand sous le titre de « Six Sonates pour divers instruments, composées par Debussy, musicien français ». Elles ont été conçues dans une sorte de sublimation du baroque français dont le compositeur, grand admirateur de Rameau et de Couperin, admirait l’élégance, la clarté et la « déclamation simple et naturelle ». Œuvre « de proportions et d’une forme presque classiques », disait Debussy, la Sonate pour violoncelle et piano s’ouvre sur un Prologue rigoureux et d’une majesté toute française malgré la liberté d’allure. S’y opposent deux idées principales, l’une rêveuse, l’autre troublée. Le deuxième mouvement « modérément animé » est une Sérénade « fantasque et légère », s’égayant autour du violoncelle qui se plaît à imiter des sonorités de mandoline ou de guitare. Quelques accents espagnols traversent le Finale couronné par une brève cadence de l’instrument à cordes. « Que le pianiste n’oublie jamais qu’il ne faut pas lutter contre le violoncelle mais l’accompagner », tel avait été

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It was Beethoven who declared that “in Schubert there dwells a divine spark”. The Sonata for Arpeggione and Piano, or “The Arpeggione” as it is commonly known, was written in Vienna in 1824 when Schubert was already suffering from syphilis and increasingly frequent problems with depression. It is a work whose enormous delicacy, which comes through in its absolute starkness, has always touched and moved me deeply. Nevertheless I didn’t want to rush into making a recording of it, partly to allow myself time to develop greater detachment, but also because I thought it would be arrogant and, no doubt, because I was afraid of not being up to the task. The past ten years of playing Schubert trios and quartets have, in a way, helped me to develop so that I now feel I have made the breakthrough and can record this great work. I have worked with Frank for years and Schubert runs through his veins so he seemed to be the natural choice as a perfect partner to “accompany” me in this tough project. In making this recording we wanted to pay combined tribute to two 20th century musical legends: Mstislav Rostropovich and Benjamin Britten. The recordings they made in the late 1960s and early 1970s of the Arpeggione, the Fünf Stücke im Volkston and the Debussy Sonata are legendary, as is their recording of Britten’s Sonata for cello and piano which they also performed together in concert. It is a magnificent work and one which is not played often enough for my liking even today, despite the fact that 2013 marks the 100th anniversary of the birth of Benjamin Britten. I say “for my liking” since I was brought up on The Little Sweep, an opera for children by the English composer, and so his language has always been second nature to me. The album was recorded last winter in the heart of the Austrian Alps, at the Markus Sittikus Hall in Hohenems, Vorarlberg. It’s a venue which Frank and I know well, not least because we took part in the Hohenems and Schwarzenberg Schubertiades. Gautier Capuçon September 2013

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The arpeggione, a cross between the guitar, cello and bass viol, owes its moment of glory to Franz Schubert. Something of a hybrid, this fretted six-stringed instrument, devised by the Viennese instrument maker Johann Georg Stauffer (1778-1853) in 1823, was held between the knees like the viola da gamba. It has sometimes been described as a “bowed guitar”, “guitar d’amore” or “guitar cello”, but the name “arpeggione” had its origins in the ease with which the instrument could be tuned (E, A, D, G, B, E, like the guitar), and played in arpeggios. At the behest of Stauffer, who was keen to promote his new instrument, Schubert composed a one-off Sonata for Arpeggione and Piano in A minor D 821 in November 1824. Despite the fact that he was suffering from anxiety attacks and depression and already affected by the illness which was to kill him four years later, he had just completed two masterpieces - the string quartets Nos. 13 and 14, Rosamunde and Death and the Maiden. The guitarist and composer Vincenz Schuster, an enthusiastic admirer of the new instrument, performed the sonata for the first time that same year with Schubert at the piano but the work was finally published only in 1871. Nowadays, it is usually played on the cello and occasionally on the viola. Despite all its charm and salon elegance, this pleasant sonata has its darker moments in places. It consists of three movements in which, as Henri de Curzon put it, Schubert, “a peerless poet of the soul and of nature pours out his melodic inspirations along with all his tenderness and artistry”. There is a perfect rapport between the arpeggione (or cello) and the piano which bestow on each phrase a graceful lyricism reminiscent of the romance without words or serenade of the preRomantic era. The wistful and emotional Allegro moderato theme is introduced on the piano before the string instrument takes it up in bar 10 and embellishes it judiciously. Apart from the lively second theme, the movement is scattered with joyful little motifs on both cello and piano. Two big chords and a pause mark lead into an Adagio filled with

melancholy yearning before the final Allegretto, a rondo with an earthy feel to it. After 1830, when Schumann decided to embrace a career in music, having previously wavered between that and literature, the whole idea of chamber music became a constant obsession for him. The year 1849 was, as he himself said, a “fertile” one and turned out to be particularly rich in this sphere. Schumann confessed to his friend, the composer and conductor Ferdinand Hiller, that the frenzy of work into which he had hurled himself provided some consolation for the terrible events he had been through. In fact, despite being tormented by unbearable nervous disorders, hallucinations and shaking fits followed by dreadful mental breakdowns and bouts of melancholy, he continued to write without rest, all the while finding it increasingly difficult to live with this fragile mental state which five years later led him to attempt suicide and from which he never managed to recover before his death on 29th July 1856. Regarded for many years as minor works, his Five Pieces in Folk Style for cello and piano Op. 102 were written in Dresden between 15th and 17th April 1849. His wife Clara and the cellist Andreas Grabau gave a private performance of the pieces on 8th June 1850 in Leipzig to celebrate Schumann’s fortieth birthday. The work, which Clara admired for its freshness and originality, sees Schumann return to the sphere of the miniature although the sound world here is full and powerful. The first piece, Vanitas vanitatum is marked “humorously” and calls for virtuosity at times, while the rhythm in the second which is marked Langsam (“slowly”) has the gentle innocence of a lullaby. In the third piece, a sort of ballad, Schumann calls for fullness of sound. This is followed by a cheerful march before the spirited finale. These are works in which the exchanges between cello and piano take place in the folksy lyrical world of the fairy tale using the stylized rhythms of dance.

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Completed within just a few days in summer 1915 at Pourville near Dieppe, where Debussy had gone for a holiday, and dedicated to his wife Emma, the Sonata for Cello and Piano, which he initially considered calling Pierrot angry with the moon, had its first performance in London on 4th March 1916. Debussy was the pianist and Joseph Salmon the cellist when it was heard in public for the first time in Paris on 24th March 1917. In the later part of his life Benjamin Britten became friends with Mstislav Rostropovich. These were years during which the British composer made clear his admiration for the great Russian cellist for whom he wrote three Suites for solo cello, an ambitious Symphony for cello and orchestra Op. 68 and the Sonata in C major for cello and piano Op. 65. The sonata was written in January 1961 and performed for the first time on 7th July of that same year by Britten and Rostropovich at Aldeburgh in the county of Suffolk where Britten lived and where he had founded a famous festival in 1948 . He died at Albeburgh in 1976 after receiving a life peerage from Queen Elizabeth. In this sonata with its five short movements, Britten uses the expressively sombre voice of the cello to full advantage as it pours its heart out across a range of sounds. There are moments of great emotion (Elegia) as well as lyrical and joyful passages (Marcia) mixed in with the baroque flavours of which the composer was particularly fond.

The composer and writer Robert Caby, champion of Erik Satie, saw the life of Claude Debussy as “a beautiful adventure in the wonderful world of music but one which irritated idiots and imbeciles alike and could be disconcerting even for his early admirers”. In the last few months of his life, Debussy confided to a friend: “I must admit in all humility that I sense death stirring within me. That is why I am writing like a madman.” In poor health and devastated at the “appalling disaster” of the Great War, he returned to writing chamber music, which he associated with contemplation, meditation and reflexion, planning to compose six sonatas for a variety of instruments, but his death on 25th March 1918 put an untimely end to the project. However, sonatas for violin and piano, for flute, viola and harp and for cello and piano did see the light of day. These three sonatas bear the hallmarks of tragedy and illness, yet at the same time convey a feeling of serenity. Published in Paris by Durand with the title “Six sonatas for various instruments, composed by French musician Debussy”, their fundamental concept stems from a kind of sublimation of French baroque whose elegance, clarity and “simple, natural eloquence” attracted the composer, himself a great admirer of Rameau and Couperin. Debussy described the Sonata for Cello and Piano as a work of “almost classical proportion and form”. It begins with a demanding Prologue which has a very French grandeur about it despite all the flexibility of tempo. Two main conflicting ideas run through it, one dreamlike, the other turbulent. The second movement marked “moderately lively” is a “fantastically light” Serenade in which the cello lightens the mood and has fun imitating the sound of the mandolin and guitar. The Finale has something of a Spanish feel running through it and reaches a climax with a brief cadenza on the string instrument. “The pianist should always bear in mind that the piano must not compete with the cello but accompany it,” Debussy cautioned performers.

Adélaïde de Place Translation: Elaine Guy

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‚Wahrlich, in dem Schubert wohnt ein göttlicher Funke!‘, hatte Beethoven gesagt. Die Sonate für Arpeggione und Klavier, kurz ‚die Arpeggione‘ genannt, entstand 1824 in Wien, als Schubert bereits an Syphilis erkrankt und immer häufiger depressiven Verstimmungen ausgesetzt war. Sie ist ein Werk, das mich immer berührt und durch seine unendliche Empfindsamkeit, die in dieser absoluten Kargheit zum Ausdruck kommt, tief bewegt hat. Ich hatte mir immer gewünscht, bevor ich diese Sonate einspiele, ein bisschen mehr Zeit zu haben, sie aus ein bisschen mehr Abstand betrachten zu können, aber auch aus Demut und Furcht, ihr nicht gewachsen zu sein. Die letzten zehn Jahre, in denen ich mich mit Schuberts Trios und Quartetten befasste, haben mich in gewisser Weise reif gemacht, so dass ich mich heute an dieses große Werk wagen kann. Frank Braley, langjähriger Mitstreiter und in seiner Seele Schubertianer, bot sich natürlich als idealer Partner an, um mich auf dieser schwierigen Reise zu ‚begleiten‘. Mit diesem Album wollten wir gleichzeitig zwei musikalischen Legenden des 20. Jahrhunderts unsere Huldigung erweisen: Mstislaw Rostropowitsch und Benjamin Britten. Ihre aus der Zeit um 1970 stammenden Einspielungen der Arpeggione, der Fünf Stücke im Volkston und der Sonate von Debussy sind ebenso legendär geblieben wie ihre Aufnahme der Sonate für Violoncello und Klavier von Britten, die sie auf Schallplatte und im Konzert uraufgeführt haben. Diese Sonate ist ein wunderbares Werk, das nach meinem Geschmack auch heute noch viel zu selten gespielt wird, obwohl sich 2013 Benjamin Brittens Geburtstag zum 100. Mal jährt. Ich sage ‚nach meinem Geschmack‘, denn von klein an bin ich dank der Kinderoper The Little Sweep mit der Sprache des englischen Komponisten vertraut. Dieses Album wurde im vergangenen Winter aufgenommen, mitten in den österreichischen Alben, in Vorarlberg, im Markus-Sittikus-Saal in Hohenems – einem Saal, den Frank und ich besonders deshalb gut kennen, weil wir an den Schubertiaden in Hohenems und Schwarzenberg teilgenommen haben. Gautier Capuçon September 2013

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lebhaften zweiten Thema, kleine fröhliche Muster auf dem Cello oder Klavier. Zwei große Akkorde und ein Orgelpunkt führen zu einem zart melancholischen Adagio, und ein Allegretto in Rondoform beschließt das Werk mit volkstümlichen Klängen. Schumann, der lange zwischen Literatur und Musik geschwankt hatte, entschied sich schließlich 1830 für eine musikalische Laufbahn. Die Kammermusik hatte ihn immer wieder gereizt. Das Jahr 1849 sollte sich in dieser Hinsicht, wie er selbst sagte, als sehr ‚fruchtbar’ erweisen. Schumann hatte seinem Freund, dem Komponisten und Dirigenten Ferdinand Hiller anvertraut, die Verbissenheit, mit der er sich in die Arbeit stürze, tröste ihn über die schrecklichen Dinge hinweg, die er erlebt hatte. Tatsächlich komponierte er ohne Unterlass, wenngleich ihn unerträgliche nervöse Störungen, Halluzinationen, Zittern und beängstigende Anfälle von Verzweiflung und Melancholie beeinträchtigten und es ihm immer schwerer fiel, das fragile Gleichgewicht seines Zustands aufrechtzuerhalten, der fünf Jahre später zu einem Selbstmordversuch und schließlich zu seinem Tod am 29. Juli 1856 führen würde. Die Fünf Stücke im Volkston für Violoncello und Klavier op. 102, die lange als zweitklassige Werke galten, entstanden zwischen dem 15. und 17. April 1849 in Dresden. Seine Frau Clara und der Cellist Andreas Grabau führten sie zu seinem vierzigsten Geburtstag am 8. Juni 1850 in privatem Rahmen in Leipzig auf. Mit diesen Stücken, deren Frische und Originalität Clara schätzte, kehrt Schumann zum Geist der Miniatur zurück, auch wenn ihre klangliche Dimension ausgreifend und mächtig erscheint. Das erste Stück, Vanitas vanitatum, soll ‚mit Humor’ gespielt werden und weist durchaus eine gewisse Virtuosität auf, während das zweite, Langsam, in den zärtlich-naiven Rhythmus eines Wiegenliedes verfällt. Auf diese beiden Stücke folgt eine Art Ballade, ‚mit viel Ton zu spielen’, und dem ungestümen Finale geht ein Marsch voller Fröhlichkeit voraus. In diesen Werken dialogisieren Violoncello und Klavier über

Der Arpeggione, ein Kompromiss zwischen Gitarre, Violoncello und Bassgambe, hat seinen kurzen Ruhm Schubert zu verdanken. Das hybride Instrument mit Bünden und sechs Saiten, 1823 von dem Wiener Geigenbauer Johann Georg Stauffer (1778–1853) erfunden und zuweilen ‚Bogengitarre’, ‚Gitarre d’amore’ oder ‚Violoncello-Gitarre’ genannt, wurde wie die Bassgambe zwischen den Knien gespielt und verdankte seinen Namen ‚Arpeggione’ der Leichtigkeit, mit der man es stimmen (E–A–d–g–h–e, wie bei der Gitarre) und ‚Arpeggien’ spielen konnte. Um Stauffers Erfindung bekannter zu machen, komponierte Schubert für ihn im November 1824 eine einzelne Sonate für Arpeggione und Klavier in a-moll D 821. Obwohl ihm sein Leiden, dem er vier Jahre später erliegen würde, bereits zusetzte, Angst und Depression ihn zermürbten, hatte er gerade zwei Meisterwerke, seine Streichquartette Nr. 13 und 14, sowie Rosamunde und Der Tod und das Mädchen vollendet. Der Gitarrist und Komponist Vincenz Schuster übernahm als begeisterter Anhänger des neuen Instruments noch im selben Jahr die Uraufführung der Sonate, mit Schubert am Klavier, aber erst 1871 wurde das Werk veröffentlicht. Heute wird es meist mit dem Cello gespielt, seltener mit der Bratsche. Trotz ihres Zaubers und ihrer salonhaften Eleganz weist die gefällige Komposition hier und dort einige düstere Akzente auf. Sie besteht aus drei Sätzen, in denen, wie Henri de Curzon sagte, Schubert, ‚ein unvergleichlicher Sänger der Seele und der Natur, seine melodischen Inspirationen, seine Zärtlichkeit und Poesie verströmt’. Meisterhaft ist das Miteinander zwischen dem Arpeggione (oder Violoncello) und dem Klavier, die jedes Thema mit graziöser Lyrik umschmeicheln und an die ‚Lieder ohne Worte’ oder die vorromantische Serenade denken lassen. Das Klavier stimmt im Allegro moderato das nostalgische und bewegende Thema an, das bereits im zehnten Takt von dem Streichinstrument übernommen und mit düsteren Klängen umspielt wird. Den Satz durchqueren, neben dem

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kurzen Kadenz der Streichinstrumente gekrönt wird. ‚Dass der Pianist nur nie vergisst, dass er nicht gegen das Cello kämpfen, sondern es begleiten soll’, hatte Debussy seinen Interpreten eingeschärft. Die Sonate für Violoncello und Klavier, die Debussy im Sommer 1915 innerhalb von wenigen Tagen in Pourville, in der Nähe von Dieppe, schrieb, wo er sich erholen wollte, und die seiner Frau Emma gewidmet ist, sollte ursprünglich den Titel Pierrot fâché avec la Lune (‚Pierrot verärgert über den Mond’) tragen. Das Werk wurde am 4. März 1916 in London uraufgeführt, in Paris war es zum ersten Mal am 24. März 1917 mit Debussy am Klavier und Joseph Salmon am Cello zu hören. Mstislaw Rostropowitsch war der Freund der letzten Jahre Benjamin Brittens, Jahre, in denen der britische Komponist seine Bewunderung für den großen russischen Cellisten bekundete. Britten schrieb für ihn drei Suiten für Violoncello solo, eine anspruchsvolle Symphonie für Violoncello und Orchester op. 68 und die Sonate in C-dur für Violoncello und Klavier op. 65. Das im Januar 1961 komponierte Werk wurde von Britten und Rostropowitsch noch im selben Jahr am 7. Juli in Aldeburgh, in der Grafschaft Suffolk, uraufgeführt, wo Britten lebte und 1948 das berühmte Festival ins Leben gerufen hatte. Er starb 1976 in Aldeburgh, kurz nachdem er von Königin Elisabeth geadelt worden war. In dieser aus fünf kurzen Sätzen bestehenden Sonate macht sich Britten die tiefe und ausdrucksvolle Stimme des Cellos zunutze, das sich in barocker Atmosphäre, die der Komponist besonders liebte, in den verschiedensten Klangfarben ergeht, emotionsreiche Augenblicke liefert (Elegia) und lyrische oder fröhliche Akzente setzt (Marcia).

stilisierten Tanzrhythmen in der poetischen und vertrauten Welt der Märchen. Claude Debussys Leben war, laut Robert Caby, Komponist, Schriftsteller und Verteidiger Erik Saties, ‚ein schönes Abenteuer in den herrlichen Gefilden der Musik, ärgerlich für Schwachköpfe und Nachzügler und verwirrend sogar für seine Begleiter der ersten Stunde’. In den letzten Monaten seines Lebens vertraute sich Debussy einem Freund an: „Ich muss demütig gestehen, dass ich den Tod in mir hervorquellen spüre. Deswegen schreibe ich wie ein Besessener.’ Von der Krankheit geschwächt und durch die ‚schreckliche Katastrophe’ des Ersten Weltkriegs entmutigt, war er zur Kammermusik zurückgekehrt, dem Symbol für Einkehr, Meditation und Besinnlichkeit, und plante, sechs Sonaten für verschiedene Instrumente zu komponieren, aber sein Tod am 25. März 1918 setzte diesem Projekt vor der Zeit ein Ende. Immerhin entstanden eine Sonate für Violine und Klavier, eine Sonate für Flöte, Bratsche und Harfe und die Sonate für Violoncello und Klavier. Diese drei Sonaten, von Unglück und Krankheit geprägt, aber auch voller Abgeklärtheit, erschienen bei Durand in Paris unter dem Titel ‚Sechs Sonaten für verschiedene Instrumente, komponiert von Debussy, französischer Musiker’. Sie sind in einer Art Sublimation des französischen Barocks konzipiert, dessen Eleganz, Klarheit und ‚einfache und natürliche Deklamation’ der Komponist als großer Bewunderer Rameaus und Couperins besonders schätzte. Als ein Werk ‚fast klassischer Proportionen und Form’, wie Debussy sagte, beginnt die Sonate für Violoncello und Klavier trotz ihrer recht freien Gangart mit einem strengen Prolog von ganz und gar französischer Majestät. Ihm stellen sich zwei Hauptgedanken entgegen, der eine träumerisch, der andere erregt. Der zweite Satz, ‚mäßig bewegt’, ist eine ‚fantastische und leichte’ Serenade, die ihr Spiel mit dem Cello treibt, das die Klänge einer Mandoline oder Gitarre imitiert. Spanische Akzente durchqueren das Finale, das von einer

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Adélaïde de Place Übersetzung: Gudrun Meier


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Produced and edited by: Michael Fine Recording engineers: Jin Choi (Hohenems), Pierre-Antoine Signoret (Paris) Assistant Producer: Tamra Saylor Fine Executive Producer: Alain Lanceron Piano technician Hohenems: Pascal Monti, m-fréquence GmbH Steinway D-274 Nr. 566617 Recording: 1-3. XII.2012, Markus-Sittikus-Saal, Hohenems, Austria

XX.VII. 2013, Salle Colonne, Paris (4 - 8)

Publishers: 1-3 Bärenreiter Verlag, 4-8 Breitkopf, 9 -11 Durand, 12-16 Boosey & Hawkes

Je remercie chaleureusement Karl Lagerfeld pour son amitié et sa disponibilité. Gautier Capuçon Photos : KARL LAGERFELD Cover Design: Restez Vivants! P 2013 Erato/Warner Classics, Warner Music UK Ltd. A Warner Music Group Company C 2013 Erato/Warner Classics, Warner Music UK Ltd. A Warner Music Group Company www.erato.com www.gautiercapucon.com www.frankbraley.com

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Gautier Capuçon & Frank Braley - Gautier Capuçon plays Schubert, Schumann, Debussy, Britten_Booklet