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N° 22 – août-septembre 2013 Mail : contact@hf-idf.org Site : www.hf-idf.org Facebook : https://www.facebook.com/pages/HF-Ile-de-France/254868631133 Twitter : @HF_idf Tumblr : http://culturedelegalite.tumblr.com/

Valentina Terechkova Le 16 juin 1963, Valentina Terechkova est devenue la première femme à effectuer un vol dans l'espace. Cinquante ans après, l'embarcation dans l'espace de Valentina Terechkova est toujours gravée dans l'histoire spatiale et elle symbolise l'égalité homme-femme en URSS.


Burka Avenger – page 51

Sommaire n°22 – août 2013 : Page 3 - Actualités H/F Ile-de-France et Mouvement H/F : le lancement de la Saison Egalité en IdF, le Mouvement H/F en Avignon, actus en région et pétitions… Page 6 – Galaxie paritaire : nouvelles des associations féministes Page 8 – Autrices : une histoire oubliée – interview d’Aurore Evain Page 13 – Sous les cieux culturels : inégalités dans les écoles d’art, résolutions égalitaires à France Télévision, les déboires du web magazine Zibeline Page 21 – Polémique autour des nominations CDN : l’intégrale des tribunes Le Monde et Libération parues cet été. Page 44 – Au gré du cosmos : « Il est impossible de deviner si un cerveau appartient à un homme ou une femme » – interview de Catherine Vidal « Où sont passés les hommes ? » : Le Figaro Magazine ose le masculinisme. « Plus que la confiance en soi, l'ambition est la clé du succès pour les femmes » par le Dr Peggy Drexler « Avoir des sœurs rendrait-il les hommes plus sexistes ? » – une enquête américaine La Belgique légifère pour punir le sexisme ordinaire – deux articles La super-héroïne Burka Avenger terrasse les islamistes radicaux – une vidéo à visionner.


la planète H/F

Prochaine réunion adhérents/es Mardi 17 septembre de 20h à 22h A la Maison des Associations du 18ème 15, passage Ramey - 75018 Accès métro : station Jules Joffrin ou Marcadet-Poissonniers - ligne 4 Accès bus : 60, 31 ou 85, arrêts Jules Joffrin ou Marcadet-Poissonniers

Appel et rappel à cotisation L’année 2013 a déjà vécu sa plus que moitié. Pour les adhérents/es qui ne se sont toujours pas acquittés de leur cotisation, il est grand temps d’y penser. Les sympathisants/es ont également jusqu’à fin décembre pour nous rejoindre. En vous remerciant pour votre soutien et pour votre fidélité… Télécharger le bulletin d’adhésion 2013 sur http://www.hf-idf.org/nous-re-joindre/

Le Mouvement H/F en Avignon Le Mouvement H/F et H/F IdF ont proposé pour la 5e année consécutive en Avignon un programme complet de rencontres et de réunions. De nombreux intervenants, un public toujours présent et des débats toujours vifs…


 Samedi 13 juillet : Les 4 Saisons - 100 structures culturelles s’engagent pour l’égalité en France - Tour d’horizon des différentes saisons Egalité hommefemme lancées à partir d’octobre 2013 partout en France : Île-de-France, Normandie, Nord-Pas-de-Calais et Rhône-Alpes - En partenariat avec la Région Rhône-Alpes - Péniche Rhône-Alpes, Quai de la Ligne

 Dimanche 14 juillet : réunion de la Fédération inter-régionale du Mouvement H/F  Lundi 15 juillet : Scénoscope #7 – nouvelle génération : le pari de la parité ! - Débat organisé par les étudiantes du Master 2 « Métiers de la Production théâtrale » de l’Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3 Avec : Aline César, Michel Cochet, Jean-Michel Gremillet, Frédéric Hocquard, Cécile Marie, Catherine Marnas Carole Thibaut - En partenariat avec le Forum Culturel du Blanc-Mesnil Théâtre de la Parenthèse.  Jeudi 18 juillet à 17h – Festival d’Avignon : Égalité hommes-femmes dans le secteur artistique : expériences européennes - Quelles sont les actions mises en place par les pouvoirs publics et les réseaux culturels pour promouvoir l’égalité femmeshommes dans le secteur artistique en Europe ? Comment faire de cet enjeu la bannière des politiques culturelles européennes ? Avec : Mariana Arraoz, Margarita Borja, Claire Gibault, Anne Papilloud, Nicole Pot et Blandine Pélissier - Modération : Marie-José Sirach En partenariat avec le Festival d’Avignon - Cour du Cloître Saint-Louis. Retrouvez l’intégralité du débat sur http://www.hf-idf.org/ 

Vendredi 19 juillet de 11h30 à 13h – Village du OFF : Quels outils construire sur le terrain pour une égalité concrète ? - Partage d’expériences et outils militants dans le cadre d’un workshop afin de décrypter les chiffres et bousculer les idées reçues sur les inégalités hommes-femmes dans la culture. Avec : HF Normandie : Rozenn Bartra, José Sagit, HF Île-de-France : May Bouhada, Aline César et HF Poitou-Charentes : Anne Morel. En partenariat avec Avignon Festival & Compagnies - Chapiteau du Village du Off

Retrouvez le Mouvement H/F dans l’émission En direct du OFF sur http://www.hf-idf.org/

Saison Egalité 1 hommes/femmes en Ile-de-France Soirée de lancement le 21 octobre 2013 à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Le 10 juin 2013, H/F Île-de-France a tenu sa conférence de presse annonçant le lancement en 2013/2014 du premier volet de notre Saison Egalité avec une vingtaine de théâtres franciliens. La manifestation a également été annoncée avec les trois autres saisons égalité en NordPas-de-Calais, Normandie et Rhône-Alpes le 13 juillet en Avignon.


La soirée officielle de lancement de la Saison Egalité aura lieu le lundi 21 octobre à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet (Paris 9e) : informations et programme à venir. Découvrez les captations de la conférence de presse sur http://www.hf-idf.org/conf-depresse-saison-egalite1-idf/ Téléchargez le dossier de presse sur http://www.hf-idf.org/wp-content/uploads/DP-SaisonEgalite-IDF-au-7-06-13.pdf

L’édition 13/14 de la plaquette « Où sont les femmes ? » La SACD a présenté à Avignon l'édition 2013-2014 de ce document consacré à la place réservée aux femmes dans le théâtre, la musique et la danse, réalisé en partenariat avec le Laboratoire de l'Egalité et l'association H/F. A télécharger sur : femmes.3480.0.html

http://www.sacd.fr/Nouvelle-edition-de-la-brochure-Ou-sont-les-

Actualité fédération et associations/collectifs en région : 

En Provence-Alpes-Côte d’Azur : HF PACA enfin créé à Marseille, naissance officialisée le 13 Juillet à Avignon

En Auvergne : lancement officiel du collectif HF Auvergne aura lieu au festival international de théâtre de rue d'Aurillac le 21 Août à 17H30, en présence de la SACD, de la Région et de la Drac auvergne, Federation des arts de la rue…

En Picardie : samedi 19 octobre, rencontre autour de la problématique HF dans le secteur culturel au Festival C’est comme ça ! à l’Échangeur - CDC Picardie, Château-Thierry

Lancements des saisons Egalité Nord-Pas-de-Calais, Normandie et Rhône-Alpes   

En Rhône-Alpes : du 16 au 26 octobre, « 30 » comédiennes, auteures, metteuses en scène autour du texte « Esquisse des hauteurs » d’Alicia Kozameh Tournée en région Rhône-Alpes En Nord-Pas-de-Calais : jeudi 17 octobre, Le Prato, Lille. En Normandie : lundi 21octobre, Théâtre de la Foudre, Rouen.


Galaxie paritaire La pétition du collectif pour des femmes au Panthéon Pour le prochain "grand homme" au Panthéon, nous voulons… des femmes ! Alors que le Panthéon a vocation à honorer les grands personnages qui ont fait l'Histoire de France, seules deux femmes y reposent pour 71 hommes : Marie Curie, deux fois prix Nobel, pionnière de la physique nucléaire, et Sophie Berthelot ... pour ne pas être séparée de son mari Marcellin Berthelot, chimiste et homme politique. L'histoire française a jeté dans l'oubli des milliers de femmes qui ont, par leur vie au service de la science, des arts, de la philosophie, de la politique ou encore par leur engagement politique ou militant, écrit l'histoire de notre pays et fait progresser l'humanité. Parmi elles Simone de Beauvoir, Louise Michel, Olympe de Gouges, Germaine Tillon, Solitude, Lucie Baud, Aimée Marie Eléonore Lallement, Lucie Aubrac… C'est justice que de leur rendre hommage. C'est essentiel de graver leurs parcours exceptionnels dans notre mémoire collective afin qu'elles puissent être source d'inspiration pour les femmes et les hommes d'aujourd'hui et de demain. François Hollande peut faire rentrer ces femmes dans l'Histoire : c'est lui qui décide de la panthéonisation. Il a le pouvoir de rompre le déséquilibre flagrant de la proportion des femmes et des hommes dans ce temple laïc et républicain. Il a chargé Philippe Belaval, président du Centre des monuments nationaux, de dresser d'ici fin septembre 2013 une liste de personnalités susceptibles d'entrer au Panthéon. C'est donc le moment de nous mobiliser pour obtenir que les grandes femmes de notre histoire figurent dans cette liste et soient panthéonisées. Dans quelques semaines, nous remettrons notre appel à Philippe Belaval. Pour donner du poids à nos propositions, chaque signature compte!

Il est temps d'opérer un grand rattrapage de l'Histoire. - Aidez-nous et engagez-vous pour l'égalité en signant et en relayant cette pétition. - Choisissez les femmes auxquelles vous souhaitez rendre particulièrement hommage en "likant" les biographies sur le réseau social Facebook ici : https://www.facebook.com/FemmesAuPantheon?fref=ts Le Collectif pour des femmes au Panthéon (Osez le féminisme !, la CLEF, Les Féministes en Mouvements, 40 ans de mouvement, Genre et ville, Féminisme et Géopolitique, réseau féministe Ruptures, ...)

Pétition à signer sur : http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/fran%C3%A7oishollande-panth%C3%A9onisez-des-femmes Votez également sur le site la consultation consultation.monuments-nationaux.fr/quizz

nationale :

http://pantheon-

A consulter enfin, le calendrier des lectures femmes écrivaines prévues dans les monuments nationaux : http://www.monuments-nationaux.fr/fr/actualites/a-laune/bdd/actu/1426/-motsnus-des-femmes-au-pantheon-//


Une pétition internationale pour l’égalité femmes / hommes dans les arts vivants Cette pétition mise en ligne par la Fondation Donne in Musica sera adressée au niveau européen ; elle est un appel à assumer la résolution du Parlement Européen du 10 mars 2009. A signer sur : http://www.gopetition.com/petitions/wimust-%E2%80%93-access-andequal-opportunities-for-women-in.html

« Les bons usages du genre et quelques autres » Conférence de Joan Wallach Scott (Institut for Advanced Study) organisée par l'Institut des Humanités de Paris et l'Institut Émilie du Châtelet – mercredi 25 septembre 2013 (17h30 - 20h) - Auditorium de l'INALCO, Pôle des langues et civilisations - 65 rue des Grands Moulins 75013 Paris - Entrée libre dans la limite des places disponibles Conférence suivie d'une discussion avec Éric Fassin (Univ. Paris/ IEC), Gabrielle Houbre (Univ. Paris Diderot / IHP), Laurie Laufer (Univ. Paris Diderot/ IEC) et Françoise Thébaud (Univ. d'Avignon)

Assises de l’Institut Emilie du Châtelet (IEC) « La culture, une arme contre le sexisme ? » Le jeudi 24 et le lundi 28 octobre 2013 de 14h à 20h à l’Université Paris Diderot, amphi Buffon - 15 rue Hélène Brion 75013 Paris Que peut la culture contre le sexisme, et comment ? Au-delà des constats, encore accablants, concernant les inégalités professionnelles ou la segmentation des pratiques culturelles entre les femmes et les hommes, les sixième Assises de l’IEC souhaitent mettre l'accent sur les dynamiques positives, qu'il s'agisse de stratégies individuelles d'intégration ou d'innovations visant à transformer les pratiques ou encore la réception culturelle. Programme et informations sur http://www.institutemilieduchatelet.org/assises?y=2013

Newsletter Le Deuxième Regard Pour la promotion des cinéastes femmes A lire sur http://us4.campaign-archive1.com/?u=2ba202c39e2552e90d7786e53&id=9e0be75671


Une planète oubliée : le matrimoine Femmes de théâtre : "l'histoire d'une disparition" Mis en ligne le 22/07/13 I Rédaction par Elise Lasry http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/plaisirs-articles-section/theatre/98-theatre/3009femmes-de-theatre-histoiredisparition?utm_source=Abonn%C3%A9s+Newsletter&utm_campaign=47a1c70b6bClub6_21_2013&utm_medium=email&utm_term=0_77e3d16605-47a1c70b6b-41044081

Chercheuse, dramaturge et comédienne, Aurore Evain s'est intéressée aux autrices [elle récuse le terme "auteure", NDLR] de théâtre sous l'Ancien Régime. Elle a découvert toute une histoire oubliée, et pourtant nécessaire aux femmes d'aujourd'hui. Entretien.

Pourquoi vous êtes vous intéressée aux autrices de théâtre de l'Ancien Régime ? Aurore Evain : Au cours de mon cursus de comédienne, j'ai rapidement pris conscience de la difficulté à passer de la position d'actrice à celui d'autrice ou même de metteuse en scène. Cela n'allait pas de soi. L'image du théâtre que nous renvoyaient les cours d'art dramatique était en soi délégimitante : les textes de femmes du répertoire classique étaient inexistants, et ceux du théâtre contemporain exceptionnels. J'ai alors cherché dans l'Histoire du théâtre les raisons de cette répartition culturelle des rôles entre hommes et femmes : j'ai commencé à travailler sur l'apparition des actrices en Europe aux XVIe et XVIIe siècles, puis je suis passée à l'histoire des autrices. Mes processus de création se sont nourris de cette généalogie littéraire au féminin, où j’ai constamment puisé ma légitimité à écrire et à mettre en scène. Il s’agissait de trouver chez mes lointaines devancières l’autorité qu’une histoire du théâtre entièrement masculine nous refuse encore : découvrir des modèles autres que ceux des comédiennes, inspiratrices, collaboratrices ou héroïnes de fiction qui saturent le paysage théâtral au féminin.

Le premier auteur à l'origine du théâtre médiéval en Europe est une autrice : Hroswitha de Gandersheim, une abbesse germanique du Xe siècle.


En remontant le fil de l'histoire, j'ai réalisé, pour reprendre la formule de Virginia Woolf, que les sœurs de Shakespeare, et surtout de Corneille, Molière, Racine ou Beaumarchais ont bel et bien existé... Et pourtant, qui sait aujourd'hui que le premier auteur à l'origine du théâtre médiéval en Europe est une autrice : Hroswitha de Gandersheim, une abbesse germanique du Xe siècle ? Que s'est-il passé pour qu'on n'en parle plus aujourd'hui ? Si l'histoire des actrices se présente comme celle d'une apparition (longtemps, les rôles de femmes ont été tenus par des hommes), celle des autrices s'est écrite comme l'histoire d'une disparition, d'un effacement progressif. Au XVIIIe siècle, l'historiographie (l'écriture de l'histoire) s'est mise en place, avec les premiers dictionnaires de théâtre. Ils visaient à célébrer la puissance culturelle de la France ; ils étaient donc exhaustifs, et les autrices y figuraient. Mais si certains les célébraient, d'autres les dépréciaient en les critiquant ou en insinuant qu'elles n'avaient pas écrit leurs œuvres – qu'elles n'étaient que des prête-noms. D'un dictionnaire à l'autre, c'était le jeu du copier-coller, mais plus le temps passait, plus il y avait d'auteurs et d’œuvres à indexer... Alors, on a coupé. Les pièces de femmes sur l'authenticité desquelles on avait jeté le doute ont commencé à disparaître, puis les autrices elles-mêmes. Sur le terrain, le nombre d'autrices de théâtre n'a pas cessé d'augmenter : elles furent 150 sous l'Ancien Régime, 350 au "Ce sont les XIXe siècle, 1 500 au XXe. Pourtant, le nombre de celles qui mécanismes habituels sont rentrées au répertoire de la Comédie-Française a lui de cooptation qui aussi décliné. Dans la première partie du XXe siècle, on en entrent en action." compte seulement 5, et aucune entre 1959 et 2002, qui est pourtant la grande époque de l'émancipation des femmes. Est-ce une question de talent ? Si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'il s'agit en fait des mécanismes habituels de cooptation qui entrent en action. J'ai réalisé récemment que 4 des 5 femmes entrées au répertoire au XXe avaient été programmées sous le mandat du même administrateur, Émile Fabre. Il était loin d'être féministe, mais c'est celui qui est resté le plus longtemps à ce poste, une vingtaine d'années. Il a sans doute eu tout le temps nécessaire pour programmer les auteurs masculins qu'il connaissait, et faire preuve d'audace en y présentant quelques femmes. C'est cette même logique qui a conduit à l'effacement des femmes des anthologies et dictionnaires. Les places aussi y sont chères et recherchées... Quel écho a rencontré votre travail ? Quand j'ai commencé à travailler sur les autrices il y a 15 ans, personne en France ne s'y intéressait – seule Nadeige Bonnifet avait recensé toutes les autrices de l'Ancien Régime en 1988. Paradoxalement, c'est aux États-Unis qu'elles étaient les plus connues : plus avancés que les Français sur la question du genre, ils ont le goût de défricher et une grande curiosité pour l'Ancien Régime. Et ils ont hérité d'une histoire du théâtre de l’Ancien Régime qui n'oubliait pas ses autrices, grâce aux travaux de Henry Lancaster dans les années 30. Dès le début des années 1990, ces pièces ont été étudiées et publiées entre autres par Perry Gethner et Henriette Goldwyn, avec qui je co-dirige l'anthologie française. En France, il a fallu attendre 2006 pour qu'elle voit le jour, grâce à Eliane Viennot et à sa collection « La cité des dames », créée aux Publications de l'Université de Saint Etienne, afin de faire connaître les œuvres de femmes de l’Ancien Régime. Aujourd’hui, cette anthologie réintègre un corpus mixte, avec une réédition chez Garnier Classiques. Mais le chemin a été long…


J'ai été très émue de constater qu'en 2009, le volume de l'anthologie Le Théâtre français du XVIIe siècle, dirigé par Christian Biet et publié chez l'Avant-Scène théâtre, comprenait 4 autrices de l'époque. Une première en France ! On nous a parfois reproché de publier une anthologie spécifique aux pièces de femmes, sans s'étonner du nombre d'anthologies entièrement constituées de textes d'hommes... C'était pourtant nécessaire afin de les rendre visibles. Les faire figurer dans une anthologie mixte, comme celle de Christian Biet, constituait l'étape suivante.

"C'est seulement depuis 2009 que cette histoire commence à rencontrer un vrai écho dans la 'société civile', c'est-àdire en dehors du milieu universitaire".

C'est seulement depuis cette année que cette histoire commence à rencontrer un vrai écho dans la « société civile » c'est-à-dire en dehors du milieu universitaire : chez les autrices d'aujourd'hui, parmi les spectateurs et spectatrices. Le public est en demande : découvrir le théâtre des femmes du passé offre un nouveau souffle au répertoire classique. A l'inverse, le théâtre masculin a été « surpanthéonisé » ; le public est enseveli sous ces monuments que sont devenus les grands auteurs classiques, ces « Pères du théâtre ». Les textes des autrices n'ont pas été institutionnalisés, ils sont moins intimidants : le public peut recréer un lien ludique avec ces œuvres, de façon plus libre et personnelle. Ils sont donc également riches d'intérêt pédagogique, notamment auprès des jeunes générations. Pourquoi est-il important de redécouvrir les autrices de théâtre ? Cacher aux femmes leur histoire, c’est leur refuser des modèles d’identification et de légitimation. Le statut des femmes au théâtre s’est longtemps limité à celui de « créatures » : rendre visible le statut de créatrice m’apparaît primordial pour former des jeunes générations à d’autres rôles sociaux et permettre l’émergence d’une scène théâtrale plus égalitaire. Les autrices d'aujourd'hui me répondent parfois : « on doit déjà se battre pour nous-même, on ne va pas en plus se "Il faut être forte de son battre pour réhabiliter nos aïeules! », mais tout est lié. Histoire pour se sentir L'histoire des autrices porte des enjeux contemporains forts légitime d’écrire, de : elle offre des modèles à qui s’identifier, et permet de créer..." jouer avec ce fameux rapport d’imitation différentielle (avoir un modèle à la fois à suivre et à contourner). Les hommes n’ont pas à justifier leur légitimité à écrire, ils n’ont pas à prouver qu’avant eux, il y a eu Corneille, Molière, Racine, Hugo, etc... et qu’ils sont capables d’écrire pour le théâtre. Pour les femmes, que l’on en ait ou non conscience, ce débat sur leur capacité à écrire pour le théâtre traverse 4 siècles, et reste un héritage lourd à porter, handicapant symboliquement. Le théâtre est un milieu difficile et très concurrentiel. Si les femmes arrivent avec un déficit de légitimité, et donc de confiance, elles abandonnent très vite, ou elles se réfugient dans des rôles d’assistance, de collaboratrice, de muse, dont il sera très difficile pour elles de s’échapper. Certaines, au contraire, trouvent dans cette situation, un regain de force et de motivation, pour s’ériger parmi les quelques exceptions féminines, et c’est tant mieux : ce sont souvent les pionnières. Mais si elles ne travaillent pas à changer les choses, l’histoire sera un perpétuel recommencement : on croit toujours être les premières, on s’en réjouit, et comme cela ne s’accompagne d’aucune construction mémorielle susceptible de faire trace, on disparaît à nouveau. Il faut être forte de son Histoire pour se sentir légitime d’écrire, de créer... et devenir à son tour passeuse d'histoire(s).


Les travaux d'Aurore Evain :  Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, anthologie en 5 volumes, Paris, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2006-2013  L’Apparition des actrices professionnelles en Europe, Paris, L’Harmattan, coll. « Univers Théâtral », 2001, 243 p  Son site : http://auroreevain.wordpress.com

Les autrices de théâtre oubliées de l'Ancien Régime Mis en ligne le 22/07/13 I Rédaction par Elise Lasry http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/plaisirs-articles-section/theatre/98-theatre/3010autrices-de-theatre-oubliees-ancienregime?utm_source=Abonn%C3%A9s+Newsletter&utm_campaign=47a1c70b6bClub6_21_2013&utm_medium=email&utm_term=0_77e3d16605-47a1c70b6b-41044081

Aurore Evain a travaillé sur les autrices de théâtre de l'Ancien Régime, que l'Histoire officielle a peu à peu oubliées. Voici les principales.

La première femme dramaturge connue à ce jour en France n'est autre qu'une grande reine de la Renaissance, Marguerite de Navarre, qui a écrit des pièces subversives et satiriques, sans épargner l'Eglise, pourtant toute-puissante en ces temps d'Inquisition. Quant aux premières autrices du théâtre professionnel, elles font leur apparition dès le XVIIe siècle, dans les années 1650-1660 : ce sont Françoise Pascal, qui a fait jouer ses pièces par des troupes professionnelles à Lyon, et Mme de Villedieu, dont la tragicomédie du Favori a été représentée à Paris par Molière, et même à Versailles devant Louis XIV. Quelques années plus tard, Catherine Bernard a également marqué une étape importante, puisqu'elle a été la première femme à être jouée à la Comédie-Française (en 1689, après la fusion des différentes troupes parisiennes), avec sa tragédie Laodamie : la pièce met en scène une reine dont le peuple conteste la légitimité à gouverner seule et réclame qu'elle se marie pour avoir un roi. Marie-Anne Barbier a été la première à vouloir mener une carrière professionnelle comme autrice de théâtre – celles qui l'ont précédée ont utilisé le théâtre pour se faire connaître, et se sont ensuite tournées vers le roman, plus rentable économiquement et moins scandaleux pour leur réputation. C'est la première à avoir, comme Corneille, publié son théâtre complet. Elle a été traduite en plusieurs langues et a connu une renommée internationale. Dans les années 1720, il y eut également la comédienne italienne Elena Virginia Riccoboni, une femme extrêmement lettrée, aux multiples activités, qui donna Le Naufrage, une comédie inspirée du Latin Plaute : elle et son mari, Luigi Riccoboni, furent appelés par le roi pour diriger la troupe du Nouveau Théâtre Italien. Malheureusement l'histoire n'a retenu que Luigi Ricconibi, en tant qu'auteur et théoricien du théâtre, reléguant Elena dans la classe des comédiennes, muses et autres femmes d'acteur. La période qui a suivi a été marquée par l'essentialisation des genres littéraires : les femmes peuvent écrire du théâtre, mais sous conditions, et dans la logique de la complémentarité des sexes. Finie donc la tragédie... Elles se spécialisent désormais dans le théâtre d’éducation et le théâtre de société, qui relèvent de la sphère privée, et pour celles qui s’aventurent du côté de la scène professionnelle, dans les comédies larmoyantes, morales, et sensibles… Sortir de ces frontières de genre revenait à trahir


son sexe. Cela n'empêcha pas Mme Dubocage de faire scandale en 1749 en portant sur la scène de la Comédie-Française une tragédie intitulée Les Amazones, qui lui valut des attaques d'une rare misogynie. A la fin du XVIIIe siècle, dans la France pré-révolutionnaire, des femmes de la noblesse comme Mme de Montesson ou Fanny de Beauharnais tentent encore de faire jouer leurs pièces à la Comédie-Française, mais elles subissent de violentes cabales. Tout comme Olympe de Gouges ; avec cette dernière on revient à un théâtre politique et subversif : elle écrivait sur l'esclavage, le divorce, mais finit guillotinée pour ses prises de position. D'une reine engagée – Marguerite de Navarre – à une femme révolutionnaire, la boucle est ainsi bouclée pour l'histoire des autrices de théâtre de l'Ancien Régime.

Pourquoi dire "autrice" ? Mis en ligne le 23/07/13 I Rédaction par Elise Lasry http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/plaisirs-articles-section/theatre/98-theatre/3011pourquoi-dire-autrice

Aurore Evain a travaillé sur les autrices de théâtre de l'Ancien Régime. « Autrice », le mot est important à ses yeux : elle a aussi travaillé sur son histoire.

« Auteure, c'est le féminin discret – parce que les femmes doivent être discrètes. C'est un féminin de compromis », déplore Aurore Evain, comédienne, dramaturge, chercheuse et fervente partisane de la forme autrice ; Pour elle, « symboliquement, il y a une violence » dans la suppression de cette forme ancienne, vue aujourd'hui à tort comme un néologisme. Autrice dérive de auctrix, féminin latin de auctor - auteur. Déjà, à l'époque, le terme est contesté : lorsque les premiers grammairiens latins codifient la langue, ils mentionnent l'existence du féminin mais le déclarent peu utilisé, voire incorrect. Maurus Servius Honoratus explique par exemple que auctrix est toléré lorsqu'il dérive du verbe augeo (au sens de « celui ou celle qui accroît ») ; lorsque auctor dérive de auctoritas (au sens de « auteur de quelque chose » et qui a également donné « autorité »), il est par contre générique et l'emploi d'auctrix est interdit. Au XVIIe siècle, l'« auteur » va devenir un métier et gagner en prestige ; dans le même temps son féminin va disparaître. On observe le chemin inverse pour « acteur » : tant qu'il recouvrait un sens large, avec un rôle social et des fonctions, « actrice » n'est pas acceptée ; lorsque l'acteur devient simplement celui qui joue la comédie, son féminin entre enfin dans les dictionnaires. Mais si autrice est banni officiellement, certains et surtout certaines continuent à l'utiliser. « Les historiens de la langue savent que autrice est légitime, mais lorsqu'on a commencé à féminiser les noms de métiers il était trop dérangeant. Auteure est une demi-mesure », explique Aurore Evain. « Le féminin ne s'entend pas dans auteure et il y a un manque d'équivalence. On a directeur, directrice, acteur, actrice... mais auteur, auteure ? » Le guide de la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, édité par le gouvernement en 1999, fait état de trois exceptions au féminin en -trice (ou en -


oresse) : auteur, docteur et pasteur. Tout en relevant qu'il s'agit de « formes morphologiquement régulières et attestées », le guide indique qu'elles « ne sont plus acceptées aujourd’hui ». Sans plus d'explication. Autrice n'est pas reconnu par l'Académie Française, qui n'accepte pas non plus auteure, et pour cause : les Académiciens restent réfractaires à toute féminisation de la langue. Mais ce féminin reste utilisé en Suisse et dans certains pays d'Afrique francophone ; il a sa place dans le Petit Robert depuis 2003, est accepté dans le Scrabble depuis 2004... et utilisé par certain-e-s féministes, donc, comme le collectif H/F dont fait partie Aurore Evain. A consulter sur le site d’H/F IdF, la liste des commémorations possibles en 2014 : http://www.hf-idf.org/?s=comm%C3%A9morations

Sous les cieux culturels

La place des femmes dans l'art et la culture : le temps est venu de passer aux actes Extrait du rapport d'information n° 704 (2012-2013) de Mme Brigitte Gonthier-Maurin, fait au nom de la délégation aux droits des femmes, déposé le 27 juin 2013 http://www.senat.fr/rap/r12-704/r12-7046.html

Les auditions ont mis au jour une pratique scandaleuse apparemment généralisée : la banalisation des comportements sexistes dans les écoles d'art Reine Prat, entendue par la délégation dès le début des travaux du présent rapport, nous avait alertés en ces termes : « dans les écoles d'art, pour le dire schématiquement, des générations de « Lolitas » travaillent sous l'égide de mentors qui sont le plus souvent des hommes, le plus souvent d'un certain âge ». Elle avait donc estimé légitime de se demander quel rapport cela engendre et quelles dérives portent ce genre de déséquilibres. Les auditions ultérieures ont confirmé l'existence d'un véritable fléau, commun à l'ensemble des écoles d'art, et révélé un phénomène d'une ampleur apparemment


généralisée et, ce qui apparaît plus grave aux yeux de la délégation, relativement banalisé dans le milieu. Giovanna Zapperi15(*) précisait que l'éventail des comportements sexistes est large, allant de l'insulte sexiste ou homophobe jusqu'au harcèlement sexuel, véritable fléau qui sévit dans l'enseignement artistique. Si, à l'heure actuelle, 60 % des étudiants en écoles d'art sont des femmes, la grande majorité des directeurs et des professeurs sont des hommes. Ainsi, sur les 74 directeurs d'écoles supérieures d'art, de design, d'art dramatique, de cinéma et du patrimoine signataires de la tribune publiée dans Libération, intitulée « Les écoles d'art doivent garder leur singularité »16(*), on compte moins de 10 femmes... Or, la proximité entre l'enseignant et l'étudiant peut déboucher sur une relation asymétrique dans laquelle l'étudiant est confronté à l'arbitraire de la part de l'enseignant. Les étudiantes témoignent ainsi devoir constamment se battre contre des propos déplacés, des sous-entendus sexuels ou des comportements ambigus, tel celui d'un enseignant qui ferme la porte à clef pendant un entretien. Quant aux relations sexuelles entre professeurs et étudiantes, elles sont banalisées et tolérées par l'institution quelle que soit la nature de cette relation, a précisé Giovanna Zapperi : recours au sexe comme monnaie d'échange, relation occasionnelle consentie ou relations d'ordre sentimental, celles-ci existant aussi... Mais le plus grave aux yeux de la délégation est que le sujet reste tabou au sein de l'institution, rendant impossible toute discussion sereine sur ces comportements. Pour Giovanna Zapperi, l'omerta sur le sujet résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : la sous-représentation des femmes dans le corps enseignant et aux postes de direction des établissements d'enseignement artistique ainsi que l'absence d'une réflexion approfondie sur la pédagogie. Il ne reste donc aux étudiants d'autre alternative que de procéder à des interventions d'action directe pour « donner l'alerte » et faire cesser les agissements. C'est ainsi qu'à l'École nationale supérieure d'Art de Bourges, les étudiants ont recouvert les couloirs de l'école de confettis roses comportant des insultes à caractère sexuel puis ont fait retentir l'alarme anti-incendie obligeant l'ensemble des personnes présentes dans l'établissement à rejoindre la cour pour y entendre une voix ambivalente proférer, par le truchement d'un haut-parleur, les mêmes insultes que celles qui étaient inscrites sur les confettis. Il s'agissait, bien sûr, d'une intervention artistique et symbolique forte : dénoncer, donner l'alerte. Par la suite, les étudiants s'en sont expliqué dans une lettre ouverte signifiant qu'ils voulaient réagir à une série de propos sexistes tenus par des enseignants à l'encontre de certains élèves et rendre public un malaise jusqu'alors caché. Ils ajoutaient qu'un problème latent existe dans les écoles d'art en France : la normalisation d'attitudes, remarques et propos sexistes et homophobes de la part de personnes auxquelles leur statut d'enseignant confère le pouvoir de briser ou de promouvoir la carrière de leurs étudiants. Il a donc fallu ce choc salutaire au sein de l'établissement pour qu'émerge une véritable prise de conscience de l'existence de ces comportements sexistes et que les enseignants et la direction en débattent. A l'École d'art d'Avignon, un an de conflit entre une partie des étudiants et le directeur a finalement abouti à la suspension de ce dernier le 18 septembre 2012, après qu'un syndicat ait relayé les accusations de harcèlement sexuel et moral portées contre lui.


Mais à côté de ces quelques cas, pour lesquels les étudiants ont trouvé le courage de sortir du silence et de procéder au blocage des enseignements, combien d'étudiants et d'étudiantes n'osent pas parler ? Une simple recherche sur les documents officiels et les sites internet des écoles d'art montre une volonté farouche d'ignorer le sujet. La délégation estime cette situation inacceptable et considère qu'il est urgent d'agir pour faire cesser ces agissements. Premièrement, la délégation demande aux services compétents du ministère d'engager une réflexion approfondie, avec l'ensemble des professionnels du secteur (directeurs des écoles, enseignants et représentants des étudiants) qui permette de faire remonter les problèmes, sans attendre une multiplication d'actions directes venant d'étudiants exaspérés et de proposer une charte de déontologie professionnelle sur ce sujet qui serait distribuée à tous les étudiants dès le début de leur scolarité. Parallèlement, il est urgent de promouvoir une meilleure représentation des femmes au sein de la direction et du corps enseignant de ces établissements. Comme pour l'ensemble des autres institutions, la délégation demande de respecter l'objectif du tiers du sexe le moins représenté pour les nominations de directeurs et le recrutement des enseignants. Pour faire cesser l'omerta, la délégation demande de généraliser dans toutes les écoles de formation (écoles de journalisme, écoles d'interprètes, écoles d'arts) des modules dédiés à la question du genre qui incluront une sensibilisation à la question du harcèlement sexuel et des comportements sexistes. Enfin, à l'occasion de l'examen du projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, la délégation a déjà formulé un certain nombre de recommandations visant à lutter contre les comportements et les pratiques de harcèlement dans l'enseignement supérieur en général, et dans les écoles supérieur d'art en particulier, tendant notamment à demander le « dépaysement » de l'examen en section disciplinaire des cas de harcèlement sexuel. Nous les reprendrons ici, pour renforcer notre volonté de combattre efficacement ces comportements que nous jugeons inacceptables. * 15 Giovanna Zapperi, professeure d'histoire et de théorie de l'art à l'École nationale supérieure d'Art de Bourges, chercheur associé au Centre d'histoire et de théorie des arts de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), auditionnée par la délégation le 11 avril 2013. * 16 Publiée le 24 janvier 2013.

Le statut des femmes dans la création chorégraphique actuelle – Audition au Sénat de Karine Saporta Publié le 18 août 2013 - http://lefestivalduna.wordpress.com/2013/08/18/le-statut-des-femmesdans-la-creation-choregraphique-actuelle-audition-au-senat-de-karine-saporta/

Intervention de Karine Saporta le 16 mai 2013, dans le cadre des auditions du Sénat. Longtemps considérées comme des prostituées et ce dans toutes les cultures ayant développé un art de la danse savant en Europe, en Inde en Asie, au moyen-orient,les femmes ayant fait le choix de s’exprimer à travers leur corps ont eu à subir des traitements portant atteinte à leur dignité voire à leur intégrité physique.


Plus prés de nous en France au XIXème siècle , les ballerines même de l’opéra de Paris étaient toutes dépendantes d’un "protecteur" pour la simple et bonne raison qu’elles n’étaient pas payées pour le métier qu’elles faisaient souvent dans des conditions de souffrance et de danger extrêmes. Tout était organisé par la direction de l’opéra pour que les bourgeois de l’époque puissent accéder avant les spectacles à une certaine proximité avec les danseuses qui s’échauffaient dans le foyer des abonnés. Ce système que l’on pourrait taxer sans exagérément forcer le trait d’"esclavagiste" pouvait donc se perpétuer d’autant plus facilement que les "protecteurs" continuaient de se déclarer prêts à installer les "protégées" dans leurs meubles souvent non loin de l’opéra . Il y avait bien de temps en temps des soulèvements dans les rangs du corps de ballet lorsqu’une ou plusieurs danseuses par exemple de l’ensemble périssaient brûlées vives : le tulle des tutus étant particulièrement inflammable au contact de la flamme des bougies qui éclairaient les plateaux de l’époque. Ces rébellions étaient réprimées de la manière la plus simple qui soit: les artistes frondeuses devaient quitter l’établissement sur le champ et l’on raconte que l’opéra se trouvant à l’époque rue Le Peletier il arrivait au directeur de remplacer les ballerines au pied levé si je puis dire en descendant dans la rue chercher de très jolies péripatéticiennes jusqu’à la rue Godot de Mauroy pour renflouer les rangs du corps de ballet. Je souhaiterais montrer ici la manière dont au début du XXème siècle sous l’impulsion émancipatrice des premiers courants féministes intellectuels parfois lesbiens l’idée d’une révolution possible du statut du corps des femmes se fait jour favorisant l’émergence d’une forme totalement moderne d’expression dansée. Ce sont majoritairement des femmes qui, en marge des courants classiques puis néo-classiques du siècle passé opèrent une mutation des fondements-mêmes de l’art chorégraphique: Isadora Duncan, bien sûr, Loïe Fuller, Martha Graham, Doris Humphrey, Agnès B de Mille, pour citer quelques unes des très célèbres pionnières américaines , Mary Wigman en Allemagne etc suivies plus tard dans le siècle par bien d’autres dont plus près de nous des Jennifer Muller, Carolyn Carlson, Pina Baush… Jusqu’à cette fameuse génération de chorégraphes françaises et belges des années 80 déterminées très jeunes à opposer pour la première fois en France au style néoclassique dominant incarnée par des chorégraphes masculins une danse moderne toute autre. Pour mieux comprendre la redoutable régression dont nous sommes aujourd’hui victimes, nous femmes chorégraphes en Europe et en France en particulier: il me semble intéressant d’évoquer brièvement ce que la création chorégraphique des pionnières de la danse moderne apporte de révolutionnaire à un art dit "classique" .Lequel en réalité est un art romantique et post-romantique héritier des styles baroques, des danses de cour, des danses populaires etc. Les pionnières Isadora Duncan en tête prônent la libération du corps et du désir, la révélation des tréfonds de l’inconscient dans le mouvement dansé, le lyrisme et l’affleurement des émotions au détriment de la forme rigide. Martha Graham ose deux formules devenues célèbres "on danse avec son vagin" et " le mouvement ne ment pas". La danse part du centre du corps, du bassin, du ventre, des entrailles… Elle est plus dionysiaque qu’appollinienne. Elle séduit une société ouverte à des transformations artistiques et esthétiques profondes en peinture, en littérature, en musique. Elle est porteuse d’énergie, de vitalité, d’aspiration à la liberté: elle ouvre l’imaginaire. Elle est parfaitement en phase avec ces pages de l’histoire du vingtième siècle où les artistes sont à l’honneur pour ce qu’ils communiquent à l’ensemble de la société de sensibilité, de fragilité, de déraison, de … féminin peut-être. La dernière page de l’histoire du siècle passé propice à l’évolution des mentalités comme aux mutations dans les domaines de l’art et de la culture remonte aux années 80-90 (ce qui correspond en France à la période Mitterand-Lang) . C’est à ce moment-là que se produit ce que l’on a très vite nommé l’explosion de la danse contemporaine française. Les chorégraphes emblématiques de ce phénomène en France sont tous extrêmement jeunes lorsqu’ils se font connaître. Les femmes sont particulièrement nombreuses et remarquables au sein de ce qui s’impose comme un mouvement artistique dont l’importance semble comparable à celle de la nouvelle vague cinématographique des


années 60.Les pionnières Carolyn Carlson et Maguy Marin sont des femmes, suivies de près par deux chorégraphes masculins Dominique Bagouet et Jean-Claude Galotta. Puis de nouvelles élues ( dont je fais partie,avec Régine Chopinot, Odile Duboc, Catherine Diverrès, Mathilde Monnier pour ne citer que les plus célèbres) apparaissent sur la scène chorégraphique française. Notre image est très valorisée sur la scène médiatique. Nous faisons la couverture des plus grands journaux, participons aux émissions de télévision et de radio les plus en vue.nous sommes régulièrement consultées quant aux questions de société qui font débat Bref nous devenons enfin de véritables références intellectuelles et artistiques.Et ce infiniment plus que nos homologues masculins. Le phénomène se produit à un moindre degré ailleurs en Europe. La danse belge en particulier flamande voit aussi émerger ses propres stars. La création chorégraphique allemande est aussi incarnée exclusivement par des femmes : émergent aux côtés de Pina Baush qui devient un monstre sacré des chorégraphes telles que Susanna Linke, Reinhild Hoffman etc… Le phénomène commence à s’inverser au milieu des années 90. Issus des compagnies fondées par des femmes, les chorégraphes qui deviennent les valeurs montantes sont non pas majoritairement mais exclusivement des hommes et depuis plus aucune femme en Europe (à l’exception de Sacha Waltz très rapidement maltraitée par l’institution: elle ne fait qu’un bref passage à la Shobühne à Berlin) n’accède à un niveau de visibilité honorable. A l’inverse des chorégraphes femmes, les chorégraphes masculins affichent une démarche plutôt cynique ou distanciée. Conceptuelle à l’extrême chez certains, elle marque très nettement un retour aux codes chez les autres: codes du néoclassique ou encore du hip-hop! Quoiqu’il en soit, l’érotisme qui émane de leur danse est très nettement masculin : avec des danseurs dont la désinvolture ou la technicité selon les cas est bien moulée dans un corps musclé ou plus rarement mais parfois fluide. Cette invasion subite par les chorégraphes masculins va progressivement de pair avec l’éviction brutale des femmes. Le milieu, structuré par des programmateurs et des représentants de l’état ( délégation à la danse, conseillers danse dans les DRAC ) ou de certaines collectivités globalement masculins se déchaîne contre certaines. La sortie de l’institution se produit en un temps record: elle peut prendre des formes d’une violence inouïe. C’est le cas à Marseille pour Marie-Claude Pietragalla, à Roubaix pour Maryse Delente et plus récemment à La Rochelle pour Régine Chopinot. Pour les autres, la sortie se négocie plus discrètement: mais la souffrance s’installe d’autant plus lancinante que le discrédit jeté sur les " sorcières" semble irréversible. Catherine Diverrès, Emmanuelle Huyn récemment: toutes sont anéanties. Les décideurs en place au plus haut majoritairement des hommes plus sensibles au charme et à la sensibilité qui émane de l"écriture des hommes et cela se sent gravement. Au point que l’on en arrive même à se demander si les compromissions demandées un temps aux danseuses n’en arrivent pas à concerner les hommes. Qu’il s’agisse d’un effet à retardement de la bombe et des déflagrateurs du sida n’est pas à exclure. La maladie aurait-elle eu pour effet de resserrer les liens entre les rescapés ? Quoiqu’il en soit le champ de bataille est aujourd’hui jonché de victimes féminines et il s’agit des les relever. De cesser aussi l’hécatombe, de permettre au milieu de se prémunir contre l’échec prévisible de toutes celles, plus jeunes, qui tentent aujourd’hui de construire une démarche singulière. Nous le savons, des arrivants des années 80 et 90 sont seulement maintenus à la tête des institutions les chorégraphes masculins. Quant à ceux qui n’ont pas souhaité dans ce parcours institutionnel leur subvention n’a pas été entamée par les problèmes budgétaires dont les femmes ont fait gravement les frais. Nombreuses celles qui, ayant subi un traitement injuste et humiliant, ne se remettront pas de la violence qui leur a été faite. Elles aspirent peut-être même à disparaître absolument de la scène chorégraphique. Mais s’il il n’est pas trop tard … pour réagir: cela semble en revanche urgent.


Urgent de ne pas laisser se perdre des œuvres et des démarches encore vivantes et importantes aux yeux de l’histoire. Urgent de permettre aux jeunes femmes qui ont beaucoup à faire et à dire à travers l’expression du corps d’influer par leur création sur. Le corps social dans son ensemble. La régression est d’autant plus affligeante que le progrès avait été symboliquement éclatant et idéologiquement important. Ce qui est en jeu, c’est la représentation du corps des femme, la représentation du corps par les femmes, la représentation du monde à travers le geste créateur … féminin. Il est urgent de dénoncer, d’affirmer que nous ne voulons pas retourner à l’époque où nous pouvions être brûlées vives, prostituées et enfin réduites à la pauvreté extrême à l’âge où la séduction des hommes devenait un gagne-pain impossible. Les femmes chorégraphes sont des auteurs à part entière, leur créativité ne peut se mesurer à l’aune de la tendresse de leur âge. A l’instar des grands écrivains, des grand plasticiens, des grands chorégraphes masculins dont personne ne conteste la légitimité lorsque leur propre corps change ou vieillit. le talent des femmes chorégraphes ne peut s’évaluer en fonction de leur aptitude à être sexuellement consommables. Je pense pour ma part que des signes avant-coureurs de la régression d’une société à l’égard de ces questions traversent depuis une vingtaine d’années notre art que les interdits et les rigidités des sociétés précédentes avaient déjà gravement stigmatisés. Les solutions : - Le Na - L’observatoire par une ou des femmes chorégraphes - Fonds d’aide émanant du droit des femmes ( aux victimes!) Subventions spécifiques au sein d’un dispositif permettant à certaines de se reconstruire à d’autres d’émerger De même par la danse l’on peut agir très profondément sur la tendance dominante d’une époque: et si révolution culturelle visant à l’intégration des femmes dans la culture il y a en France: ce que nous appelons de nos vœux la réparation doit se faire vite dans la danse. Au croisement des mutations dans la réflexion sur le Temps, le Corps, la Médecine comme la Génétique, le Rite, et le Genre d’ailleurs sans parler de l’Espace: bref des dimensions physiques et métaphysiques de l’existence à l’état pur comme disait Kant: notre art est un art utopique par excellence. Il importe que’ il reste possible d’y tester les idées nouvelles et libératrices. La place des femmes si elle se perd dans notre profession laisse augurer d’une mauvaise situation du statut des créatrices dans leur ensemble à l’extérieur de notre art. Il me semble urgent aujourd’hui de nommer une ou plusieurs femmes chorégraphes conscientes d’un tel enjeu à un poste d’observation permettant de dénoncer tout ce qui n’irait pas dans le sens de favoriser la visibilité des œ œuvres des femmes chorégraphes. Aussi bien celles actuellement émergeant avec leur singularité que celles inscrites puis indûment écartées dans paysage (elles sont nombreuses) chorégraphique. Cela implique implique une politique volontariste mais dont les retombées peuvent être déterminantes pour l’ensemble de la sphère culturelle. Car le risque que nous connaissons bien est que l’histoire ne tienne pas même compte des années exemplaires que j’évoquais plus haut. Retrouver l’ensemble des débats commissions/20130513/femmes.html

sur :

http://www.senat.fr/compte-rendu-


Bientôt (vraiment) plus de parité dans les programmes de France Télévisions ? Le 09/07/2013 à 16h04- François Ekchajzer http://television.telerama.fr/television/bientot-vraiment-plus-de-parite-dans-les-programmes-defrance-televisions,100098.php

Lundi 8 juillet, se tenait à France Télévisions un colloque « En avant toutes ! », autour des questions de parité au sein du groupe et de représentation des femmes sur ses antennes. L'occasion, pour son PDG Rémy Pflimlin, d'annoncer des mesures en faveur d'une plus grande égalité et d'une lutte contre les stéréotypes sexistes. Une vigilance particulière s'exercera dorénavant sur les programmes d'animation jeunesse, qui font encore la part belle aux héros masculins et sacrifient à des clichés qu'il s'agira de repérer dans les projets proposés à la chaîne. « Nous allons être attentifs au nombre de personnages masculins et féminins, ainsi qu'au poids des personnages principaux et secondaires masculins et féminins. Les personnages féminins proposés sont-ils actifs ou passifs, comment sont-ils traités du point de vue de l'apparence et de l'intellect, de l'intériorité et de l'extériorité, c'est-à-dire dans le rapport vie privée / vie publique ? » Cet « indicateur de binarité » sera appliqué aux autres types de fictions. Mise en évidence en décembre 2011 par le rapport de la Commission sur l'image des femmes dans les médias, la forte sous-représentation des femmes parmi les experts invités dans les magazines du groupe continuera d'être corrigée, pour passer de 18 à 30% à la fin de l'année 2014. De là à imaginer une télévision publique tout aussi mixte que la population française, il y a un pas qu'un jour ou l'autre, il faudra bien franchir. Retrouvez l’allocution de Rémy Pflimlin sur http://www.francetelevisions.fr/actualite_spip/spip.php?article2434

Assez du féminisme ? Les mésaventures du web magazine Zibeline http://www.journalzibeline.fr/assez-du-feminisme/

La mise en place du label «pas de femmes» depuis deux mois dans Zibeline a suscité des

réactions que nous n’attendions pas… Pensant ce milieu a priori cultivé, donc courtois, nous imaginions qu’ouvrir les yeux de ces gens policés suffirait à les convaincre qu’une telle inégalité n’est pas acceptable. Nous avons donc apposé notre logo en expliquant dans quelles conditions, soit 

sans réclamer une parité difficile à mettre en place

en soulignant les qualités esthétiques ou intellectuelles de manifestations sans femmes

en décidant de ne pas épingler les très nombreux solos masculins qui emplissent pourtant la plupart de nos pages conférences, livres et expos…


Nous pensions que notre démarche était claire et mesurée, notre logo ne s’apposant qu’à partir de moins de 20% de femmes sur scène et/ou dans l’équipe créatrice. Tout en nous étonnant que personne n’y ait pensé avant nous, nous ne pensions pas susciter de déluge de reproches (des remerciements aussi, de la part de femmes et d’hommes). Pour préciser : nous avons reçu des posts, des mails et mêmes des lettres anonymes nommant nos journalistEs par leur prénom et nous reprochant un «copinage» relevant du «féminissisme» ; on nous a écrit qu’on se «trompait de combat» parce qu’une manifestation ne pouvait pas à la fois représenter les minorités sociales et les femmes, et qu’aujourd’hui l’important était le social (Ah bon ? et quid des femmes des minorités sociales ?) ; on nous a écrit «il y en a assez, des femmes incompétentes sont nommées partout parce qu’il faut des femmes» (Ah bon ? il ya un réservoir d’hommes compétents mais pas de femmes, parce que… elles sont plus bêtes ? moins diplômées ? tourmentées par leurs ovaires ? ). On nous a reproché d’être féministes, comme si l’égalité était acquise ! De poursuivre un combat «essentialiste» comme si nous avions jamais parlé d’un art féminin, ou de la spécificité d’une gouvernance féminine (nous pensons que les femmes ont tort de mettre en avant des qualités spécifiquement féminines, qui à notre sens n’existent pas). Le reproche le plus fréquent remporte la palme du paternalisme bienveillant. On en veut trop et tout de suite, «parce que quand même pour les femmes ça a bien avancé». Ce qui est non seulement contestable dans les faits durant le dernier quart de siècle, mais de plus complètement insatisfaisant : la loi garantit l’égalité, et on ne peut pas dire à nos filles qui ont 8 fois moins de chances que nos garçons de devenir metteur en scène ou musiciennes qu’elles ont déjà plus de liberté que leurs grand-mères : c’est de leurs frères qu’il faut qu’elles soient les égales. En termes d’accès aux programmations, et de rémunération. Pourquoi l’égalité dans la culture ? Une autre question, moins agressive, revient : on nous demande pourquoi nous focalisons notre «combat pour la cause féminine» («féministe» est décidément tabou…) dans le secteur du spectacle et de la culture. En dehors d’une réponse pragmatique (nous sommes un journal culturel…), et d’une autre moins drôle (dans ce secteur-là les inégalités sont encore plus criantes qu’ailleurs), nous renvoyons au raisonnement du Parlement européen, puis 4 ans après jour pour jour du ministère de la Culture français (voir ci-dessous) : les inégalités des chances et des salaires dans ces secteurs se doublent d’une grande influence en terme d’image et de représentation de soi. Ne pas voir de femmes créatrices, sur les scènes et les écrans, à la tête des labos ou possédant une parole d’experte, empêche nos petites filles de se projeter dans ces rôles. Comme en politique ou dans le sport, la revendication d’égalité dans le spectacle et les médias est aussi un combat pour que change l’image des femmes… C’est pourquoi il nous semble urgent de montrer qu’un certain sexisme s’est installé dans les manifestations culturelles, et combien la mixité reste impossible, les genres étant de plus en plus séparés : nous avons reçu parmi les remerciements des mails de femmes musiciennes qui rêvent de mixité mais ont fini par créer des groupes de femmes… parce que les hommes ne veulent pas d’elles. Et des mails de comédiennes qui en ont assez de voir que les rares rôles de femmes du répertoire sont de plus en plus souvent tenus par des hommes sous prétexte de renouer avec le théâtre élisabéthain. À quand des femmes jouant des rôles d’hommes ? Mais c’est malheureusement dans le secteur des musiques actuelles, là où la revendication d’égalité devrait être la plus forte, que les femmes sont le moins nombreuses… et que notre logo, qui constate des faits, doit s’assortir souvent de commentaires agacés ! Là, c’est trop…


Pour exemple, le site et le dossier de presse de This is [not] music, manifestation labellisée MP2013, jeune et branchée, où nombre de filles vont chercher une identité… Le dossier comporte deux images de musiciennes et 64 photos d’hommes musiciens. Une de ces deux images, publicitaire, fait partie de la campagne du Mouv’ «Non tout n’était pas mieux avant» : la femme y joue de l’accordéon, et représente le comble du ringard. Une autre image de femme, issue d’une œuvre plastique, est assortie de ce commentaire : «de belles créatures frottant langoureusement leur corps sur des capots brûlants ornés des flammes de l’enfer». La femme infernale, le retour ! Quant aux skateuses, elles sont absentes de la programmation, mais présentes par une exposition des moulages de leurs «bustes». En dehors de cette partie primordiale de l’anatomie des sportives de la glisse, les 14 images de sportifs sont des hommes sauf… une qui illustre une programmation qui «décrit la capacité inépuisable de l’être humain à se rendre ridicule lors de performances sportives» ! Vous avez dit sexiste ? AGNÈS FRESCHEL - Mai 2013

Spécial feuilleton de l’été Nominations CDN : la guerre des étoiles A quoi ont servi Le Monde et Libération cet été (pour les gens de culture) ? A s’invectiver par tribunes interposées sur la question des nominations. Voici la collection quasi complète de ces échanges mouchetés… dans l’ordre chronologique.

Il n’y a pas de «valse» dans les centres dramatiques nationaux 7 juillet 2013 http://www.liberation.fr/culture/2013/07/07/il-n-y-a-pas-de-valse-dans-les-centresdramatiques-nationaux_916611 Par Des Professionnels du Théâtre (1) Libération


Depuis quelque temps, la politique de renouvellement dans les directions des centres dramatiques nationaux impulsée par la ministre de la Culture fait l’objet de critiques répétées. Cette politique affiche pourtant un objectif clair : celui de faire évoluer notre paysage théâtral, en favorisant notamment l’accès des femmes et des jeunes générations à la direction des théâtres publics. Face à l’incompréhension, voire la polémique qui en découle, il nous semble important de rappeler quelques principes alors que vient de s’ouvrir le Festival d’Avignon. La France dispose d’un réseau d’établissements dédiés à la création théâtrale que bon nombre de pays nous envie. C’est le fruit d’une histoire riche et complexe. Elle s’est construite à partir des artistes, des compagnies ou de troupes travaillant en région, qui sont devenus les premiers centres dramatiques nationaux. Aujourd’hui, trente-huit théâtres bénéficient de ce label et des moyens qui lui sont assortis. Dans le même temps, le théâtre a changé ; il évolue dans un monde plus dur. Plus dur pour les gens, il est aussi plus dur pour les artistes et tous ceux qui cherchent par les voies de la création à en comprendre le sens. Dans ce nouveau contexte, les théâtres labellisés par le ministère de la Culture ont besoin de perspectives. Parce qu’ils doivent rester les instruments d’une démocratie qui revendique de placer les artistes au cœur de son action politique, parce qu’ils doivent rester les fers de lance d’une véritable politique de création théâtrale à l’échelle de notre pays. Cela passe d’abord par la reconstitution des moyens consacrés à la création, qui n’ont fait que fondre dans les douze dernières années. C’est une urgence et une nécessité, c’est la première priorité qui doit nous mobiliser. Mais cela passe aussi par le partage de ces outils au profit de tous. Comme en politique, il faut du temps pour bâtir un projet et, comme en politique, la durée des mandats a un sens. Les limiter dans le temps, comme dans les cumuls, contribue au renouvellement des générations et des esthétiques, à la prise en compte de la jeunesse, de la diversité des nouveaux talents. Cela contribue aussi à l’inscription urgente des femmes dans la direction des lieux comme dans l’accès aux plateaux. Ce souci très légitime de parité génère encore bien des controverses, alors même que tout le monde s’accorde à trouver scandaleuse la situation actuelle. Bien sûr, tout ceci est neuf et ne va pas de soi. Quitter un lieu pour lequel on s’est battu, dans lequel on a mené une aventure artistique, au cœur d’une relation avec des publics, est souvent douloureux. On peut l’entendre. La transmission est pourtant une urgente nécessité. D’abord, parce que nul n’est propriétaire des théâtres dont la collectivité nous confie la responsabilité. Ensuite, parce que cette aventure se fonde sur la notion de partage, sur une prise de risque porteuse d’utopie collective. Enfin, parce qu’elle s’adresse aux publics les plus larges dans un monde qui a considérablement changé. Le théâtre public porte cette ambition en son cœur, elle est son essence même. Au moment même où quatre générations sont au travail, une carrière d’artiste ne saurait se résumer au pilotage d’une institution. Elle se construit d’expériences, de travail, collectif ou solitaire, dans des temporalités différentes. Elle se construit dans la confrontation à la diversité des parcours des uns et des autres. Le retour en compagnie n’est pas une punition. Les compagnies sont la base de notre métier, le creuset de notre énergie. C’est la raison pour laquelle nous devons nous battre pour qu’elles bénéficient d’une vraie reconnaissance et de vrais moyens, pour que l’Etat assortisse la sortie des établissements d’une subvention adaptée, afin que cette circulation devienne un acte naturel qui permette à nos institutions d’être en phase avec nos désirs d’artistes, désirs de questionner le monde comme d’interroger la tradition héritée de nos pères.


Rien ne saurait être parfait dans une politique. Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur le champ théâtral sont nombreuses et très préoccupantes. Le contexte budgétaire ou les questions sur l’avenir du régime spécifique d’assurance chômage peuvent nous donner de bonnes raisons d’être inquiets et vigilants. En revanche, nous comprenons mal les critiques qui entourent la politique de renouvellement engagée par la ministre de la Culture. Bien au contraire, nous voulons saluer comme un espoir de changement le mouvement d’ensemble qui vient d’être engagé. Se faire l’écho complaisant de ceux qui refusent le renouvellement, c’est les conforter dans le sentiment qu’il s’agit d’une sanction et non de l’application de règles valables pour tous. C’est aussi nier l’élégance de ceux, nombreux, qui acceptent de respecter ces règles. C’est enfin délégitimer les artistes qui accèdent aujourd’hui, qui accèderont demain, à la direction des centres dramatiques nationaux. Le théâtre public est un bien commun : il doit impérativement le rester. (1) Anne Alvaro, Catherine Anne, Marion Aubert, Cécile Backès, Matthieu Bauer, Véronique Bellegarde, Julie Bérès, Pauline Bureau, Michel Corvin, Guy-Pierre Couleau, Paul Desveaux, Marion Guerrero, Vincent Goethals, Laurent Hatat, Benoît Lambert, Jean Lambert-Wild, Marie-José Malis, Catherine Marnas, Babette Masson, Bruno Meyssat, Anna Nozière, Célie Pauthe, François Rancillac, Mirabelle Rousseau, Hélène Soulié, Anne Théron, Bérangère Vantusso, Jacques Vincey, Nadia Vonderheyden.

La parité comme masque hypocrite de la diminution des crédits de la Culture 14 juillet 2013 à 19:06 http://www.liberation.fr/culture/2013/07/14/la-parite-comme-masque-hypocrite-de-ladiminution-des-credits-de-la-culture_918217 Par PHILIPPE CAUBERE Comédien, metteur en scène - Libération Un texte signé de «professionnels du spectacle» essaie de noyer dans l’eau tiède d’un moralisme consternant la polémique - réelle - surgie à l’occasion de la destitution de Jean-Marie Besset de la direction du Centre dramatique national de Montpellier. Il est affligeant de voir des gens de théâtre accourir au secours d’une «politique» culturelle aussi désastreuse. Les leçons de morales des socialistes, qu’elles concernent la vie privée et sexuelle, la question de la prostitution par exemple, ou l’art et la culture maintenant, commencent à me gaver. La réalité que cette espèce de stratégie tente de masquer est autrement déplorable. Ici et là, on vire tout simplement et sans autre forme de procès, celles et ceux qui n’ont pas le profil. Besset, par exemple, accusé d’être un produit du théâtre privé, alors qu’il est d’abord poète - et pas seulement metteur en scène- , programmateur de ceci plutôt que de cela, homme et pas femme. On lui reproche à la fois ses opinions politiques, son talent d’artiste, son sexe, pourquoi pas son orientation, bientôt sa race. D’autres sont dans la charrette, que je ne vais pas énumérer, Benoin ou Martinelli, pour ne citer que les plus célèbres. Les théâtres «ne leur appartiennent pas», ils ne savent pas «se corriger» (reproche adressé à Besset par «l’inspecteur» chargé de le liquider), ils ne répondent plus aux critères de «la parité» et tous ont été mis là par «le fait du Prince».


Autant d’arguments démagogiques, creux, atroces, utilisés pour justifier devant l’opinion publique qui n’aime que ça, voire humilier les intellectuels ou dégrader les hommes politiques pour des raisons sexuelles, un comportement dictatorial, partial et immoral. Pour essayer surtout de faire passer cette pilule amère : la diminution tragique et irresponsable des crédits dévolus à la Culture. Dire d’un théâtre qu’il n’appartient pas à celui ou à celle qui lui a consacré trois, six ou douze ans de sa vie est une infamie. Diriger un théâtre n’est pas occuper un poste ministériel ou de fonctionnaire. C’est une vie de combat, de fraternité et d’amour. Ne pas se plier aux modes que les journaux «branchés» essaient d’imposer aux programmations, et même les repousser de toutes ses forces, est une preuve de courage et d’indépendance. En faire le reproche à Besset pour justifier son éviction est un acte stalinien. La parité, si elle a un sens en effet pour ce qui concerne la direction administrative, n’en a plus aucun dès qu’il s’agit d’art. Ariane Mnouchkine, ardente défenseure de Ségolène Royal et de François Hollande, n’a pas attendu de loi pour s’imposer comme l’une des plus grands metteurs en scènes du monde. Pas plus que la vague des écrivaines qui a submergé et bouleversé le territoire de la littérature, jusque-là occupé presque exclusivement par des hommes. Quand au «fait du Prince», tout dépend du Prince. Quand Louis XIV défend Molière contre l’Hôtel de Bourgogne ou les dévots, il a raison. Quand Jeanne Laurent, au ministère d’André Malraux, impose Jean Vilar au TNP du Palais de Chaillot, elle a raison. Quand Frédéric Mitterrand impose Olivier Py, au mépris des querelles de clochers et malgré les peaux de bananes jetées par les socialistes pour faire déraper et échouer le projet, il a raison. La vraie morale, le vrai courage, c’est ça : savoir imposer aux ignares et aux intrigants l’évidence du choix de l’art. Depuis que ce gouvernement socialiste est en place, le ministère de la Culture n’a communiqué que pour annoncer l’abandon des projets de son prédécesseur, et faire la morale à tout le monde. Tout en réveillant le pire ennemi de notre métier : la division. Aiguiser le conflit jeunes-vieux, hommes-femmes, «conservateurs»-«novateurs», est une vilaine action. Jamais un gouvernement de droite n’aurait osé faire ça. Jamais le milieu théâtral n’en aurait accepté le dixième d’un tel gouvernement. Là, au contraire, dans un esprit effroyable de courtisanerie et d’arrivisme, des hommes et des femmes de théâtre prennent parti contre leurs frères pour cautionner cette saloperie. Honte.

Non au cumul des mandats ! LE MONDE | 18.07.2013 à 12h46 | Thibaud Croisy (Metteur en scène) http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/18/non-au-cumul-desmandats_3449108_3232.html

Nul ne s'y attendait vraiment mais ce 67e Festival d'Avignon s'est ouvert sur fond de crise autour de la question des nominations des directeurs de théâtre. Il est vrai que les hasards du calendrier ont voulu qu'une douzaine de directeurs de centres dramatiques nationaux (CDN) arrivent au terme de leur contrat cette année et que certains d'entre eux s'apprêtent à être remerciés. L'épisode est connu : il suscite toujours son lot de polémiques et de petites vexations.


Pourtant, ces derniers mois, plusieurs directeurs sur le départ ont fait entendre leur voix en critiquant vertement les arbitrages du ministère. C'est le cas de Jean-Louis Martinelli (Théâtre des Amandiers de Nanterre), de Daniel Benoin (Théâtre national de Nice) ou encore de Jean-Marie Besset (Théâtre des Treize-Vents de Montpellier), qui n'a pas hésité à contester son non-renouvellement devant le Conseil d'Etat et qui a même menacé de saisir la Commission européenne... avant de se rétracter et de déclarer forfait. Devant le caractère arbitraire de certaines nominations, certaines des frondes menées ont parfois été légitimes. En revanche, lorsqu'elles sont mises en route par des directeurs orgueilleux qui tentent de conserver leur place par tous les moyens, elles s'avèrent beaucoup plus problématiques. Or le phénomène n'est pas rare. Depuis peu, les directeurs menacés ont recours à une nouvelle stratégie : vanter les mérites de la codirection, celle-là même qui leur permettra de se maintenir encore quelques années. C'est ce qu'a fait Jean-Louis Martinelli. L'idée peut paraître saugrenue car, depuis son arrivée au Théâtre des Amandiers, en 2002, il n'a jamais institué ce mode de gouvernance, mais à l'heure où sa reconduction s'annonce difficile, voilà qu'il s'impose naturellement à lui. EN PHASE AVEC L'AIR DU TEMPS En réalité, tout l'enjeu est de trouver une formule bien en phase avec l'air du temps – et les pouvoirs publics. Dès lors, la codirection devient, toujours selon Jean-Louis Martinelli, une formidable occasion de transmettre son savoir-faire "à un (ou une) plus jeune directeur" et même une "application concrète" du contrat de génération cher à François Hollande... A Nice, c'est exactement le même projet qui a retenu les faveurs de Daniel Benoin. Au terme de quatre mandats à la tête du centre dramatique de la région PACA – et alors qu'il dirige aussi le Théâtre d'Antibes –, il n'est pas du tout assuré d'être reconduit. Heureusement, la codirection vient lui fournir un excellent prétexte pour démontrer la pertinence d'une cinquième candidature et satisfaire aux exigences du ministère de la culture, désireux de féminiser les postes de direction. Cette fois, Daniel Benoin se présentera en compagnie d'une femme : la comédienne Zabou Breitman, qu'il a également mise en scène. Devant la presse, les rôles sont bien distribués : d'un côté, Zabou s'enthousiasme pour les joies de la programmation mais reconnaît que "pour la gestion, (elle aura) besoin de l'aide de Daniel" ; de l'autre, "Daniel", un brin paternaliste, explique que "diriger le Théâtre de Nice n'est pas une chose facile" mais lui promet de lui apprendre "tout ce qu'(il sait)" pour qu'un jour, "elle soit seule aux commandes". Dans la foulée, c'est un comité de soutien people qui a volé au secours de Daniel Benoin et le député et maire de Nice, Christian Estrosi, s'est directement rendu à l'Elysée afin de plaider une "transition en douceur". Au-delà des problèmes d'ego et des caprices de star, ce refus de quitter les lieux témoigne d'une sorte de fonctionnarisation du métier de directeur qui n'est plus tant une responsabilité que l'on confie temporairement à un artiste qu'une voie dans laquelle faire carrière, en espérant souvent obtenir des établissements mieux dotés et plus prestigieux. PERSONNIFIER L'INSTITUTION


A cet égard, Daniel Benoin ou Jean-Louis Martinelli sont emblématiques de cette vague de metteurs en scène que les précédentes politiques culturelles ont systématiquement maintenus dans l'institution jusqu'à ce qu'ils finissent par la personnifier. Par exemple, depuis 1987, Jean-Louis Martinelli a dirigé presque sans discontinuer (Théâtre de Lyon, Théâtre national de Strasbourg, Théâtre des Amandiers) et il peut donc affirmer sans problème que son dernier mandat de douze ans pourrait être à nouveau prolongé. Dans un contexte où un artiste quitte un théâtre pour un "meilleur" selon un jeu de chaises musicales, on comprend aisément que l'accomplissement d'un seul et unique mandat soit vécu par Jean-Marie Besset comme un échec retentissant. Pourtant, il reste encore possible de ne confier qu'un seul contrat à un artiste, n'en déplaise à Frédéric Mitterrand. Il y aurait encore beaucoup à dire sur l'épineuse question des nominations, sur l'opacité qui les entoure parfois, les jeux de pouvoir entre les collectivités locales et l'Etat, et la disparité des mandats à l'échelle nationale (trois ans pour certains quand d'autres restent vingt ou trente ans à la tête d'une maison). Quoi qu'il en soit, il est urgent d'appliquer à la culture deux principes que l'on s'efforce tant bien que mal de faire respecter – ou d'introduire – dans la sphère politique : la règle de la transparence dans les nominations et la limitation du cumul des mandats, sur laquelle Aurélie Filippetti s'est récemment engagée. D'une part, le public doit pouvoir être informé de ce qui détermine les tutelles dans la nomination d'un artiste, et ce, par des comptes rendus plus fournis que les lapidaires communiqués du ministère. D'autre part, il est impératif que les moyens de production ne restent pas entre les mains d'un petit nombre, qu'ils puissent régulièrement être remis en jeu et que la fonction de direction soit ainsi désacralisée, voire complètement bouleversée par des modes de gouvernance plus expérimentaux que la codirection. Peu d'artistes osent s'exprimer sur ce sujet par peur de se compromettre aux yeux des directeurs qui les emploient, mais il est important de dire qu'un très grand nombre ne se reconnaissent pas dans ce système de baronnie qui fait de la culture un secteur à part, où les soi-disant lumières de l'esprit viendraient justifier une somme infinie de petits arrangements. Thibaud Croisy (Metteur en scène)

"Ce qui jette le trouble, c'est l'arrivée des femmes aux affaires" LE MONDE | 18.07.2013 à 12h46 • Mis à jour le 18.07.2013 à 16h51 | Ariane Mnouchkine, Metteur en scène - Propos recueillis par Nicolas Truong http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/18/ce-qui-jette-le-trouble-c-est-l-arriveedes-femmes-aux-affaires_3449106_3232.html?xtmc=mnouchkine&xtcr=9


Pour Ariane Mnouchkine, metteur en scène, fondatrice du Théâtre du Soleil, il faut ouvrir les perspectives du théâtre et faire valoir sa richesse. De plus, il faut que le gouvernement agisse pour mettre l'éducation artistique au cœur de l'école. La polémique récurrente tous les trois ans autour des nouvelles nominations à la tête des centres dramatiques nationaux ou d'autres prestigieuses maisons, m'indifférerait si elle ne m'étonnait pas quand même un tout petit peu. En effet, on peut regretter, être attristé de voir partir d'excellents directeurs d'institutions théâtrales. On peut se réjouir, s'inquiéter ou même s'affliger d'en voir d'autres accéder à ces responsabilités, mais, que voulez-vous, c'est la règle du jeu, et lorsque l'on signe un contrat avec l'Etat, ou avec quiconque, on sait, dès le début, que les deux parties auront le droit de ne pas renouveler ce contrat. Lire le débat : "Le théâtre face à la querelle des nominations", avec les contributions de Christophe Triau, Georges Banu, Ariane Mnouchkine, Thibaud Croisy et Jean-Pierre Vincent Oui, c'est la règle du jeu. Comment se fait-il qu'elle soit si souvent oubliée ? On peut rouspéter, pleurer, se faire plaindre et consoler par ses amis, mais en faire un litige, et le judiciariser est ridicule. On est nommé, souvent on est renommé, renommé encore une fois, et puis un jour on ne l'est plus, c'est quelqu'un d'autre. On est élu. On ne l'est plus. On est ministre. On ne l'est plus. Mais, cette fois-ci, par-dessus le marché, et en vérité c'est cela qui jette le grand trouble, des femmes arrivent aux affaires. Déjà ? ! Trop tôt s'écrient certains, et même certaines. C'est toujours trop tôt pour les femmes. Elles ne sont pas prêtes. Elles ne sont jamais assez prêtes. On risque de nommer des incompétentes. Oui. C'est vrai. C'est même ça, l'égalité. Depuis des siècles, d'innombrables fois, on a nommé à d'innombrables postes, d'innombrables hommes incompétents. Alors, même si, aujourd'hui, parmi toutes celles qui vont diriger ces entreprises avec humanité, courage, force et talent, le respect de la parité laisse accéder à la direction d'une institution théâtrale une femme qui se révèle sans vocation réelle, cela ne me paraîtra pas justifier ce remue-ménage ni ces cris d'orfraie. DES INSTITUTIONS SI CONVOITÉES Peut-on maintenant parler d'autre chose que de ces institutions si convoitées ? A-t-on le droit, s'il vous plaît, de désirer autre chose ? A-t-on le droit, quand on a 20 ans, d'espérer autre chose que diriger ces paquebots, ces monuments, fort honorables et nécessaires par ailleurs, mais où s'exercent si puissamment les règles de la société telle qu'elle est, avec ses corporatismes, ses rigidités, ses hiérarchies, ses schémas, ses lourdeurs, ses résignations, ses impossibilités. A-t-on le droit, quand on a 20 ans (ou 75), de penser que faire du théâtre ce n'est pas seulement inventer, produire de beaux spectacles, mais c'est aussi inventer une nouvelle façon de les produire, ensemble, et pour cela chercher, chercher encore et toujours une nouvelle et vraie façon de vivre, ensemble. Avec confiance. Ensemble. A la recherche de l'égalité. Ensemble. A la recherche du théâtre. Ensemble. A la recherche du progrès. Ensemble. A la recherche de l'humanité. Parce que, sachons-le, c'est cela que veulent nos enfants.


Or, pour cette grande quête artistique et humaine, il faut de tout. De grands paquebots bien sûr, pour veiller au grain, mais aussi toute une nombreuse flotte de petits voiliers versatiles et téméraires avec à leur bord des équipages infatigables, aventureux et passionnés par l'art du théâtre et le service du public. QUESTIONS À POSER À LA GAUCHE De jeunes artistes, insensibles au poison de la résignation économiste, mais déterminés à changer le monde avec le meilleur outil qui soit pour cela, l'art en général, et le théâtre, en particulier. Donc, voilà, j'avoue que je me contrefiche des nominations. Mais parmi tant de questions à poser à la gauche, j'en poserai déjà deux. Aujourd'hui, sous la gauche, quand on a 28 ans et qu'on commence à avoir fait ses preuves, va-t-on enfin avoir le droit ne pas devoir choisir entre la disette et un centre dramatique national (CDN) ? L'autre, je la répète souvent, car elle est primordiale à mes yeux. Aujourd'hui, sous la gauche, nos deux ministres de la culture et de l'éducation nationale vont-ils, de concert, mettre l'éducation artistique au coeur de l'école et, pour ce faire, vont-ils avoir, ensemble, le courage politique et la force d'âme de définir les vraies hiérarchies, sans se plier à celles que leur recommandent les entreprises ? Moi, je l'espère encore, mais...

Patrice Chéreau: "Il faut en finir avec les rentes de situation" LE MONDE | 18.07.2013 à 11h51 | Patrice Chéreau, Metteur en scène - Propos recueillis par Sandrine Blanchard http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/07/18/patrice-chereau-il-faut-en-finir-avecles-rentes-de-situation_3449263_3246.html?xtmc=chereau&xtcr=7 La polémique enfle sur le renouvellement de certains directeurs de centres dramatiques nationaux (CDN), décidé par la ministre de la culture. En particulier à Nice, où le maire, Christian Estrosi, soutient Daniel Benoin, qui achève son quatrième mandat et propose un duo avec l'actrice Zabou Breitman. Le metteur en scène Patrice Chéreau, qui triomphe avec l'opéra Elektra, de Richard Strauss, au Festival d'Aix-en-Provence, revient sur le sujet. Il a luimême dirigé, de 1982 à 1990, le CDN de Nanterre-Amandiers. Quel regard portez-vous sur les polémiques qui surgissent à l'occasion du renouvellement de certains directeurs de CDN ? Personne n'est propriétaire de son poste, surtout lorsqu'il l'occupe depuis longtemps. Il faut savoir céder sa place, éviter de s'incruster. Il y a un exemple magistral, c'est Henri Loyrette, qui a choisi de quitter la direction du Musée du Louvre en disant qu'il fallait "partir avant de lasser et de se lasser" et que, "douze ans, c'était déjà beaucoup". Chacun peut poursuivre son oeuvre ailleurs. Faut-il, comme le souhaite le ministère, renouveler, féminiser, rajeunir ?


Il faut rajeunir, cela paraît évident. Féminiser aussi ; mais encore faut-il trouver des femmes metteur en scène, moins nombreuses que les hommes. Renouveler, c'est la première chose à faire, le premier critère. Forcément, au-delà de dix ans, on est sclérosé dans un lieu, quel que soit le metteur en scène. J'étais très heureux de partir après huit ans au Théâtre Nanterre-Amandiers. Mais ces critères sont-ils les seuls à retenir ? C'est le talent et le bilan qui comptent. La capacité, que l'on suppose chez quelqu'un, d'avoir une vraie relation avec le public, de renouveler l'énergie et le travail. Au Théâtre national de Nice, Daniel Benoin a, semble-t-il, un bon bilan, avec, notamment, une fréquentation en hausse... Les chiffres ne suffisent pas. Il y a aussi l'exigence du répertoire et du travail avec le public.* Faut-il en finir avec une certaine génération ? Il ne faut pas en finir avec une certaine génération, il faut en finir avec des rentes de situation. Mais Daniel Benoin propose une candidature en duo avec Zabou Breitman... Ça, c'est un truc pour prolonger à peu de frais, pour maquiller le fait de rester. On propose une femme un peu connue en disant : "C'est mon dernier mandat." Jean-Louis Martinelli à Nanterre a fait la même chose en proposant un dernier mandat avec un jeune metteur en scène. Compte tenu du passé de Daniel Benoin, il ne voudra jamais partir. Il était déjà resté plus de vingt ans à la Comédie de Saint-Etienne, c'est absolument anormal. Au CDN de Montpellier, c'est une tout autre histoire. Jean-Marie Besset est remercié après un seul mandat... Premièrement, l'Etat et les collectivités locales peuvent toujours remercier quelqu'un à la fin d'un mandat. Deuxièmement, M. Besset n'était absolument pas fait pour être directeur de théâtre public. Je suis un vieux machin du théâtre public, moi. Je ne vois pas pourquoi on demande à des gens du théâtre privé de venir pour faire un travail qui ressemble à du théâtre privé. Ce n'était pas un bon choix. Aurélie Filippetti menace de sanctions financières ceux qui se plaignent d'être remerciés : supprimer la subvention de "sortie de CDN" pour Jean-Marie Besset, remettre en cause le label de CDN avec la subvention de l'Etat à Nice. L'argent est-il un bon moyen de défense pour un ministre ? Il faut bien qu'il y en ait un. L'Etat est payeur. Il est comptable des subventions qu'il donne. Ça ne me choque pas. De plus, à Nice, ce n'est pas très brillant : la programmation n'est pas très sérieuse. Là aussi ce sont des gens qui flirtent avec le public du privé, qui ne vont pas chercher ailleurs. Nice n'est pas un terrier dans lequel on s'installe pour la vie. Il faut savoir partir, c'est tout. Trois mandats, c'est largement suffisant. Il y a d'autres choses à faire dans la vie, des mises en scène ailleurs, en indépendant. Les gens devraient partir avant qu'on leur demande ; c'est une question de fierté. Il ne faut pas proposer un cache-sexe à travers un duo avec quelqu'un qui, en plus, ne vient de nulle part.


Zabou Breitman ne vient de nulle part ? Vous êtes dur... Qu'est-ce qui prouve qu'elle saurait diriger un théâtre plus qu'une autre ? A ce momentlà, qu'elle se présente seule. Le duo Benoin-Breitman met en avant la notion de "transmission" pour éviter une rupture. Est-ce une si mauvaise idée ? Il n'y a pas besoin de trois ans pour cela. Et il peut être intéressant, au contraire, que la nouvelle direction soit en rupture totale avec ce qui s'est fait pendant des années. Il ne faut pas choisir des gens qui vont continuer votre oeuvre. Si on change de directeur, c'est justement pour changer de politique culturelle dans un CDN. C'est comme cela qu'on avance. Sandrine Blanchard

L'esthétique doit revenir au cœur des décisions LE MONDE | 18.07.2013 à 12h45 • Mis à jour le 18.07.2013 à 16h50 | Christophe Triau (Maître de conférences en études théâtrales à l'université Paris-Ouest-Nanterre et dramaturge) http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/18/l-esthetique-doit-revenir-au-c-ur-desdecisions_3449103_3232.html?xtmc=triau&xtcr=10 Récemment le grand nombrede nominations à la tête des centres dramatiques nationaux (CDN) et le choix du ministère de privilégier sur un mode volontariste un renouvellement ont provoqué de nombreux débats dans le monde théâtral. Il faut dire que l'enjeu est de taille en temps de crise. On regrettera cependant qu'à ces questions légitimes de renouvellement des directions d'institution ne s'articulent pas les questions qui doivent en être la raison d'être : celles de choix esthétiques, et celles des conditions, des moyens et du temps de création. Car l'institution théâtrale se trouve confrontée au problème qui est celui de toute institution : construite pour développer un mouvement, elle risque de se figer en système fermé. Et le risque est toujours grand qu'une fois établie, la raison d'être de l'institution devienne non plus de remplir sa mission, mais de faire tourner la machine. Or ce système est devenu, en toute logique, le cadre naturel dans lequel beaucoup envisagent l'évolution de leur parcours artistique. Lors d'un débat, un jeune collectif pouvait répondre, en toute naïveté, à la question "Qu'est-ce que vous souhaiteriez faire par la suite ?" (qui impliquait des désirs de sujets abordés, de formes esthétiques) : "On prendrait bien un CDN en collectif." UNE NÉCESSITÉ MATÉRIELLE L'horizon de création était devenu un désir interne à la logique institutionnelle. Et il ne s'agit pas que d'intériorisation du système, mais aussi de nécessité matérielle, tant la survie rend nécessaire à beaucoup, pour poursuivre leur travail, les moyens de production que la direction d'une institution procure.


Il faut donc bien évidemment remanier de l'intérieur la tête du système, et cela passe par le renouvellement générationnel et la parité dans les directions. Mais il faut également penser l'amont de cela : l'accès des compagnies à la production et à la diffusion, la possibilité de développer son geste théâtral avant de se charger en plus du projet artistique d'une institution. C'est toute la question de la maturation artistique (et elle ne s'arrête pas à 30 ans) – du "devenir artiste", pour reprendre une expression de Joël Pommerat, exemple par excellence d'un artiste qui, avant d'être reconnu comme la star qu'il est maintenant, s'est justement construit sur le choix du temps (en compagnie) et du droit à l'échec. Car la question importante dans la création théâtrale est bien celle du temps : celui qui permet l'essai, l'approfondissement, la remise en question et l'extension de l'esthétique de chaque artiste. Or le milieu théâtral actuel est pris dans le même rythme du libéralisme que les autres domaines : logique concurrentielle, modes et tendances à durée très brève, obligation de réussite immédiate, adulations et lâchages, logique du projet... Une compagnie théâtrale est tenue de fonctionner comme une petite entreprise, et l'artiste en entrepreneur – enchaînant, selon sa situation, de multiples projets ou, à l'inverse, passant des années à démarcher pour monter sa production. La réussite dans une telle logique de développement économique est d'ailleurs généralement vue comme l'antichambre de la direction d'une institution... Accélération et "managérisation" nuisibles qui sont celles de notre temps. DES DOXA FIGÉES Un metteur en scène et intellectuel de la génération précédente pouvait dire un jour : "Là où à mon époque le système épuisait un artiste en vingt, vingt-cinq ans, maintenant il peut le faire en moins de dix." Et on en a vu, ces dernières années, des metteurs en scène dont la démarche s'est répétée, voire perdue, du fait de l'enchaînement de la reconnaissance et des productions ; des démarches qui faisaient événement et bousculaient le paysage au moment de leur émergence et qui sont devenues des doxa figées ayant perdu ce qu'elles avaient de dynamique et de novateur. D'autres, à l'inverse, ont plus ou moins disparu du paysage devant les difficultés de production de leurs démarches fortes et singulières, mais jugées trop difficiles au nom du goût présupposé du public : alors qu'il s'agit au contraire de mettre en place les moyens de la rencontre de ce public avec des oeuvres artistiques ; non pas pour être élitiste, mais simplement artistique (sensible, chargé, pas forcément didactique) pour tous. Car c'est bien la question esthétique qui doit rester première. Et il faut également que ce renouvellement n'entraîne pas la reproduction d'une appropriation personnelle des moyens de production, comme certains ont pu précédemment le faire, mais le partage de cet outil – localement et nationalement. Par le choix d'artistes associés, entre autres, mais en prenant garde à ne pas s'y limiter, car cela peut aussi épuiser les ressources d'un lieu – quel espace, alors, pour les compagnies et les artistes qui n'ont pas été choisis comme associés ? Cette question du partage est fondamentale en temps de crise. Elle implique d'inventer comment faire avec peu ; de mutualiser, de fédérer – et ce hors d'une simple logique générationnelle, et dans la différence des propositions et des démarches. Un temps de crise n'est jamais bon en soi ; mais il peut le devenir s'il permet, non pas par une destruction mais dans une remise en mouvement et l'invention d'autres modalités, d'accoucher d'autres pratiques et d'autres moyens.


"Nommons des défricheurs de théâtre" LE MONDE | 18.07.2013 à 12h46 • Mis à jour le 18.07.2013 à 16h52 | Jean-Pierre Vincent, metteur en scène et directeur de la compagnie Studio Libre - Propos recueillis par Nicolas Truong http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/18/nommons-des-defricheurs-detheatre_3449107_3232.html?xtmc=mnouchkine&xtcr=7 Pour le metteur en scène, ce sont les artistes et les intendants à qui l'on doit donner les responsabilités de direction des CDN. Il pense que nos politiques ne saventpas à quel point le théâtre est prisé par un public nombreux, fidèle et demandeur. Que pensez-vous de la querelle des nominations qui s'est emparée du théâtre public français ? La situation est inédite et pleine d'embarras. Rarement le nombre de renouvellements de directeurs de centres dramatiques nationaux a été aussi concentré dans un temps court – et de directeurs étant déjà restés longtemps en place. L'heure est donc au renouvellement. Jolie aubaine, mais le ministère de la culture n'était pas préparé à cet événement – pas plus que le reste de la classe politique. Le péché originel consista à faire avaler le CDN de Grenoble par la Maison de la culture, ce qui créa une crispation dans la profession. Cela a mal commencé, et aujourd'hui le malaise est réel. Et on ne peut plus parler calmement du bien-fondé de faire diriger ces lieux du spectacle vivant par des artistes ou par des intendants ! Et la profession est divisée : c'est peut-être ce qu'on cherchait. C'est un très mauvais calcul. Préférez-vous que les CDN et les autres lieux du spectacle vivant soient tenus par des artistes ou par des intendants ? Bien sûr, il est essentiel que les artistes de théâtre aient des moyens réels de travailler, et qu'ils prennent ces responsabilités historiques ! Moi, j'ai toujours été très souple sur cette question. Comme dit Brecht : "La terre appartient à ceux qui la cultivent." François Le Pillouër et Patrick Sommier, qui continuent de le faire à la tête du Théâtre national de Bretagne et à la MC 93, et bien sûr Hortense Archambault et Vincent Baudriller au Festival d'Avignon ont montré que l'on peut faire avancer le théâtre, produire des spectacles inventifs et libres, parfois mieux que certains artistes-directeurs. Je ne dis surtout pas qu'il faille généraliser des intendants à la tête des CDN, mais qu'il faut y nommer des défricheurs de théâtre, qu'ils soient artistes ou non – et qu'il faut bien sûr leur en donner les moyens. Car, aujourd'hui, prendre un lieu, ce n'est pas la panacée. On est souvent candidat pour échapper à la misère des compagnies. Cela ne fait pas une politique. Voyez les auteurs et metteurs en scène comme Jean-François Sivadier et Joël Pommerat, qui sont sans doute les plus prisés aujourd'hui. Ils rechignent à diriger des institutions théâtrales parce qu'ils n'en ont pas besoin pour créer et qu'ils se méfient du poids de la gestion d'un bâtiment, d'un personnel, des négociations avec l'Etat, avec les collectivités locales. Chacun son tempérament aussi... Dans les nouveaux nommés, certains vont brillamment se sortir de ces difficultés et inventer une nouvelle étape de l'aventure théâtrale. C'est tout mon espoir. Et je suis aussi pour qu'on nomme des artistes à la tête de scènes nationales, et pas seulement des programmateurs !


D'où vient le fait que le discours politique peine encore à esquisser une grande vision et une orientation de la politique culturelle et du spectacle vivant ? La classe politique n'est pas consciente de la fonction sociale réelle du théâtre. Alors que cet art propose, là, devant vous, une autre façon de penser, un contrepoint vital au monde de la solitude mondialisée et de la médiocrité numérisée. Les femmes et les hommes politiques ne vont plus au théâtre d'ailleurs, à quelques exceptions près, de plus en plus rares. Loin du théâtre, ils n'en perçoivent qu'une valeur instrumentalisée, un renfort pédagogique, un confort sociologique. Mais le théâtre n'est pas une opération de maintien de l'ordre – même "soft" ! D'où l'absence de vision culturelle, notamment, car les politiques oublient que la politique culturelle est, avec Jean Vilar, partie d'abord du théâtre. Attendons tout de même la loi d'orientation et de programmation pour la culture et la création. Mais pour qu'il y ait une autre politique, il faut un ministère fort. L'importance déterminante prise par les collectivités territoriales dans le financement de la culture démultiplie les facteurs de décision, brouille les cartes. Notre ministre de la culture a beaucoup appris depuis quelques mois, sans doute entamerait-elle la question différemment aujourd'hui, mais il faut finir le travail et opérer de bonnes nominations, qui aient un vrai sens artistique. Or le budget risque de rogner les ambitions. Le théâtre français a besoin d'une solidification, sur tous les plans. La chose la plus solide, actuellement, c'est le public. Regardez l'extraordinaire miracle d'Avignon. Il y a là un peuple du théâtre qui veut échapper au monde de la séparation et de l'isolement généralisé. C'est pour lui qu'il faut travailler, inventer...

Osons collégialité et ouverture européenne LE MONDE | 18.07.2013 à 12h45 | Georges Banu (Professeur à Paris-III, essayiste et critique spécialiste du théâtre) http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/18/osons-collegialite-et-ouvertureeuropeenne_3449105_3232.html L'œuvre d'un metteur en scène ne se réduit pas aux spectacles, mais intègre aussi son aptitude à diriger une équipe, une institution : elle en définit certains, parmi les plus grands. Que serait Jacques Copeau sans le Vieux-Colombier, Peter Stein sans la réussite de la Schaubühne (Berlin), Mnouchkine sans la Cartoucherie ? Leur identité intègre cette pensée de l'institution et du collectif. Elle atteste une vocation de bâtisseurs qui s'ajoute à leurs vertus de créateurs. Tout artiste, loin de là, ne s'attelle pas vraiment à pareille entreprise et, aujourd'hui, il sera important de déceler les vrais dévoués à l'exercice du pouvoir théâtral comme complément au travail théâtral. Exercice difficile ! Se tromper de distribution procure de la confusion et, souvent, de la déception. Pour les décideurs comme pour les metteurs en scène. Un attentif examen préalable s'impose. Pour éviter des erreurs, la solution provient parfois de la constitution d'un double directorial à même d'entretenir une confiance complémentaire


DIVISER LES TÂCHES ET INSTAURER LE DIALOGUE L'époque de gloire de la MC 93 ne s'explique-t-elle pas par le bon fonctionnement d'un même partage, entre Ariel Goldenberg et Patrick Sommier ? Et Avignon, dirigé par Hortense Archambault et Vincent Baudriller, accompagnés par un artiste associé, ne confirme-t-il la pertinence d'un pareil dispositif ? Grâce à de tels mariages paritaires, la direction d'un organisme divise les tâches et instaure le dialogue. Elle n'a plus rien d'un monologue. Enfin, plus radical encore, comment ne pas évoquer le modèle de la direction du Théâtre de l'Aquarium, qui n'a jamais fonctionné aussi bien que du temps de l'alliance d'une équipe triangulaire de direction, Didier Bezace, Jacques Nichet, Jean-Louis Benoît ? Chacun de ses membres, une fois dispersé le collectif initial, a affirmé ses options sans retrouver l'originalité initiale. Nous pouvons apprendre des réussites passées. Aujourd'hui il me semble qu'il serait bon de procéder à la mise en place des directions collégiales. Lorsque, de nouveau, l'esprit d'équipe ressuscite, le conforter par des nominations "plurielles" pourrait être la réponse à l'inquiétude que suscite la perspective de directions trop personnalisées. De même, il n'est pas nécessaire d'attendre que les artistes concernés aient acquis l'autorité symbolique ou qu'ils aient exprimé un vrai désir de responsabilité institutionnelle. A l'heure des décisions, il est temps que l'imagination soit au pouvoir ! Une autre perspective se dégage ! Contraire, peut-être, mais, à mon sens, pertinente également. La perspective d'une ouverture à des candidatures européennes. Selon le modèle de l'opéra, pourquoi ne pas explorer au-delà des frontières et chercher des possibles animateurs à même de prendre en charge des institutions lourdes ? RENOUVELER LA PENSÉE DES INSTITUTIONS Dans les rues d'Avignon, on rencontre cette immense directrice de festival, Frie Leysen, ou Torsten Mass, connaisseur parfait de la scène européenne. Je pense également à Roberto Bacci, en Italie, inventeur de structures et animateur de projets hors du commun. Pourquoi Stéphane Lissner peut-il déambuler d'une structure à l'autre, avec le succès que l'on sait, tandis que le théâtre resterait sevré de pareils apports extérieurs, replié sur l'Hexagone ? On invite des artistes, c'est tout à l'honneur de la France, mais pourquoi ignorer les aventures de très grands directeurs d'institutions susceptibles d'ouvrir aussi bien que de renouveler la pensée de celles-ci ? A l'heure du défi, il n'est pas interdit de se résigner à cet acte, qui a l'air transgressif, d'introduire l'étranger dans la maison. Comment ne pas rester entre soi et s'ouvrir à l'autre en tant que chance de renouvellement ? Un tel courage me semble indispensable. Inventer et oser, voilà les deux consignes indispensables aujourd'hui lorsque se dessine le contour du futur paysage théâtral français pour les années à venir. Georges Banu (Professeur à Paris-III, essayiste et critique spécialiste du théâtre)


Nominations : piques et répliques 19 juillet 2013 à 20:46 http://www.liberation.fr/culture/2013/07/19/nominations-piques-et-repliques_919556

Théâtre. A Avignon, la ministre de la Culture a réaffirmé sa politique de renouvellement. Par René Solis, envoyé spécial à Avignon - Libération Dernier tour de piste hier à Avignon pour Aurélie Filippetti, très présente tout au long du Festival. Malgré les récentes polémiques entourant sa politique de nominations, le théâtre n’est pas le terrain le plus miné pour la ministre de la Culture. D’abord parce que la réaffirmation, aux côtés de Michel Sapin, son collègue ministre du Travail, de la volonté du gouvernement de défendre le statut des intermittents est plutôt bien perçue par le secteur. «Conservatisme». Ensuite parce que, dans un contexte de baisse conséquente du budget de son ministère, elle fait régulièrement état d’une «sanctuarisation» des crédits consacrés à la création. Vendredi, à la Maison Jean-Vilar, en présence notamment de Jack Ralite et de Catherine Tasca, elle a décoré de la légion d’honneur Lucien Attoun, directeur-fondateur de Théâtre Ouvert et ardent défenseur de la création contemporaine. Et elle s’est prêtée ensuite, moins de deux semaines après s’être exprimée pour l’ouverture du Festival, à un nouveau rendez-vous avec la presse. Sans beaucoup d’annonces, hormis la «labellisation» de deux nouveaux espaces de création pour les arts de la rue (Apsoar à Annonay et les Ateliers Frappaz à Villeurbanne). Mais c’est surtout sur l’affaire du centre dramatique national de Nice (Libération du 12 juillet) qu’elle était attendue. Dénonçant «le conservatisme vis-à-vis du nouveau souffle impulsé», elle a rappelé que la plupart des nominations récentes (Lille, Bordeaux, Aubervilliers, Dijon…) ont été effectuées en «concertation et transparence» avec les collectivités locales. Souligné que les centres dramatiques devaient être des «sentinelles de la création» tournées vers «des esthétiques nouvelles portées par des artistes nouveaux». Et plaidé pour le «respect de règles qui doivent être les mêmes pour tous», notamment la limitation du nombre de mandats. Réaffirmant sa fermeté face à la volonté du maire de Nice de maintenir le directeur actuel, Daniel Benoin, après quatre mandats et atteint par la limite d’âge, elle a redit que «la règle s’appliquera sur tout le territoire». «Trouble». Elle a reçu à ce sujet deux soutiens de poids, via le Monde daté de vendredi. Dans un entretien, le metteur en scène Patrice Chéreau y défend le principe du renouvellement à la direction des théâtres : «Il faut savoir laisser sa place et en finir avec les rentes de situation.» Cinglant à l’égard de Benoin, Chéreau défend aussi le nonrenouvellement à Montpellier du mandat de Jean-Marie Besset, qui «n’était absolument pas fait pour être directeur de théâtre public». Dans une tribune, Ariane Mnouchkine estime pour sa part que «ce qui jette le trouble, c’est l’arrivée des femmes aux affaires».

Mme Filippetti prône à raison la transparence et le renouveau LE MONDE | 23.07.2013 à 11h18 | Par Catherine Tasca et Jacques Toubon (Anciens ministres de la culture (PS et RPR) ) http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/23/je-suis-une-femme-et-ne-vois-pas-qui-pourraitpretendre-le-contraire_3451434_3232.html?xtmc=caubere&xtcr=1


"Une vision dogmatique, sans réflexion, ni dialogue" : un an après la passation de pouvoir Rue de Valois, Frédéric Mitterrand s'est répandu dans la presse pour critiquer sa successeur, Aurélie Filippetti (ici à l'Assemblée nationale, le 14 mai 2013). La politique de nominations menée par la ministre de la culture a provoqué de bien vives et de bien tristes passions. Face à ce déferlement de violence, de remarques, souvent mensongères, nous tenions à dénoncer certaines contrevérités que nous ne pouvons laisser dire. Les nominations obéissent bien à certaines règles. Un directeur ou une directrice ne peuvent être renouvelés plus de trois fois, exceptionnellement quatre. Cette règle a été instaurée à l'issue des entretiens de Valois – donc par le précédent gouvernement. Elle a vocation à favoriser le renouvellement et l'ouverture à la tête de nos institutions culturelles. Il est temps qu'elle soit appliquée. On n'est pas directeur ou directrice de centre dramatique national (CDN) ou de scène nationale comme à une autre époque consul à vie. La direction d'un théâtre public ne vaut pas propriété ! C'est le rôle de l'Etat de favoriser le renouvellement des publics et de la création. En soutenant les CDN et les labels nationaux qui irriguent notre territoire, l'Etat se fait le garant de la diversité culturelle de notre pays. Il est aussi de sa responsabilité de s'assurer que ces structures soient accessibles au plus grand nombre et ouvertes à la jeune création. Cela passe par une véritable politique de nomination. Résumer une politique de renouvellement portée par une vision forte au dépit et aux ambitions déçues est désastreux. C'est méconnaître le besoin vital de renouvellement propre à tous les secteurs de la création. Vouloir plus de transparence dans les nominations, vouloir ouvrir grand les portes de la création aux nouvelles générations, vouloir plus de femmes à la tête de nos institutions culturelles, comme le fait Aurélie Filippetti, c'est affirmer des choix de politique culturelle qui font sens. Nous voulons une France audacieuse. Qui reconnaît et valorise le talent de chacun, qui donne une place à sa jeunesse afin qu'elle puisse croire en son destin. Une France qui, à l'image de la récente victoire au nom de l'exception culturelle, porte haut sa culture. Dans ce combat mené au nom des peuples européens, Aurélie Filippetti a su mobiliser autour d'elle tous les acteurs de la culture, les professionnels et les artistes mais aussi tous ceux qui, avant elle, se sont battus au nom des mêmes principes. Nous sommes de ceux-là. Nous ne pratiquons pas l'angélisme. Nous partageons les inquiétudes face à un budget de la culture contraint. Il faut être vigilant, mais il ne faut pas se tromper de débat ! Pour affirmer la place et le sens qu'a une politique culturelle ambitieuse, a fortiori en temps de crise, il faut faire des choix et donner des priorités à l'action de l'Etat.


C'est là que se situe le vrai enjeu d'une politique culturelle pour le XXIe siècle, pas dans les querelles d'ego et le spectacle des ambitions personnelles. Ici comme ailleurs le renoncement ne saurait être une politique d'avenir. C'est ce qu'Aurélie Filippetti a parfaitement compris. C'est pourquoi nous la soutenons.

Au théâtre, vaine querelle des nominations LE MONDE | 23.07.2013 à 11h34 • Mis à jour le 23.07.2013 à 13h40 | Par Jean-Louis Martinelli (Metteur en scène au Théâtre des Amandiers) http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/23/au-theatre-vaine-querelle-desnominations_3451480_3232.html

Dans l'édition du Monde du 19 juillet, un metteur en scène que je ne connais pas et qui, je crois, ne me connaît pas non plus, s'exprime à travers un article intitulé "Non au cumul des mandats ! Des sortants qui font preuve de mauvaise foi". Cet article est émaillé de propos erronés, mensongers et injurieux. Qu'un metteur en scène s'exprime de la sorte à propos d'un autre, d'un aîné, je suppose donc, est tout aussi stupide que le fait pour des anciens d'affirmer doctement qu'il n'est point de relève. L'ascension des plus jeunes n'a pas pour corollaire la disparition des plus âgés. Chacun peut apprendre et recevoir de l'autre. La transmission est au coeur de nos métiers et les querelles qui se font jour aujourd'hui doivent impérativement être dépassées. Quelle idée saugrenue, par exemple, d'opposer les "intendants" aux artistes. Aurait-on oublié que les uns ne peuvent exister sans les autres ? Que l'art du théâtre nécessite du collectif, de l'équipe, après avoir été celui d'une bande ? Pour ne pas fâcher mes contemporains, parlons des hommes du passé : qu'auraient été Giorgio Strehler sans Paolo Grassi, Roger Planchon sans Robert Gilbert... Ce dont nous avons besoin, ce sont des hommes et des femmes de passion qui consacrent leur vie à l'exercice du théâtre, soit en étant des intendants entrepreneurs d'art, soit des metteurs en scène oeuvrant chacun avec tous les artisans de nos métiers : auteurs, acteurs, scénographes, musiciens... c'est la question du désir, du talent et de la nécessité qui doit régir nos pratiques, pas le souci institutionnel et l'organisation des labels. Construisons autour des hommes et des femmes de nos métiers, et surtout pas à partir d'une modélisation administrative. Que des metteurs en scène s'en prennent à d'autres, les jeunes aux vieux, les supposés "artistes" à des "intendants" et vice versa, est le signe d'un profond malaise. La fraternité a été balayée par la mondanité et les jeux du pouvoir. Triste époque où nous en sommes réduits à converser par médias interposés à défaut de nous rencontrer et de nous parler. Dans cette cacophonie, les seuls perdants seront l'art du théâtre et la communauté des acteurs, pour qui il est de plus en plus difficile de penser leur art dans la durée. CONFORTER LA SITUATION DES COMPAGNIES Les nominations dans les institutions cristallisent en effet toutes les attentions, car elles apparaissent comme le refuge unique pour l'exercice du théâtre. C'est à cette situation qu'il convient de remédier, je le disais et l'écrivais il y a trente ans déjà, je pense la même chose aujourd'hui : il est indispensable de conforter la situation des compagnies,


voire de créer des compagnies nationales qui seront à même d'irriguer les différentes scènes. Mais revenons à l'article dont il fut question. Jamais, frère, puisque j'aimerais pouvoir te nommer ainsi, je n'ai eu le souci de m'accrocher à la direction du Théâtre NanterreAmandiers. En son temps, au mois de février de cette année, j'ai longuement conversé avec la ministre. Alors, il est vrai, j'ai proposé un mode de transmission de l'outil qui pouvait prendre la forme d'une codirection, pour permettre la passation avec un ou plusieurs jeunes metteurs en scène. J'avais en mémoire des expériences du passé qui me semblaient n'avoir pas si mal réussi telles que celle de Gaby Monnet et Georges Lavaudant par exemple. Peut-être est-ce une mauvaise idée ? Et peut-être vaut-il mieux de véritables ruptures, comme le suggère Patrice Chéreau, bien qu'il ait expérimenté le schéma d'une codirection avec Roger Planchon. Toujours est-il qu'Aurélie Filippetti n'a pas retenu cette solution, et, pour que tout soit clair, j'ai même décliné sa proposition d'aller oeuvrer dans un autre théâtre. Donc, je me suis tu cinq mois, prenant acte de la décision de la ministre. Je me suis contenté d'en faire part au public du Théâtre des Amandiers, le 13 mai, lors de la rituelle présentation de saison. Aujourd'hui le processus de recrutement d'un nouveau directeur (ou d'une nouvelle directrice) est en marche. J'espère que nous le ou la connaîtrons prochainement et que la passation sera harmonieuse. Je ne me reconnais pas dans ceux qui s'obstinent à vouloir rester en place. Seul le mouvement me porte. Je suis tourné vers l'avenir et la construction des futurs projets de ma compagnie en France, mais aussi en Afrique, en Egypte et ailleurs. Pas plus que d'autres – j'imagine – je ne supporte la calomnie et le mépris. Je comprends l'impatience à exister, à prendre place, simplement pour pouvoir dire et faire. Mais pour le meurtre des pères, s'il doit avoir lieu, il est préférable qu'il ait lieu sur scène à partir des formes proposées. Puisse l'impatience ne pas égarer... Je ne souhaitais pas participer aux débats de l'été que je ressens comme délétères, mais ces affirmations injurieuses m'ont fait sortir de mon silence. Je quitte Nanterre joyeux et sans rancune, avec la fierté du travail accompli. Méditons cette phrase du metteur en scène russe Anatoli Vassiliev : "Je ne peux parler que de moi, je ne connais pas suffisamment les autres."

"Je suis une femme", plaide le metteur en scène JeanMarie Besset Le Monde.fr | 23.07.2013 à 11h41 | Par Jean-Marie Besset (Auteur et metteur en scène de théâtre) http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/23/je-suis-une-femme-et-ne-vois-pas-qui-pourraitpretendre-le-contraire_3451434_3232.html?xtmc=caubere&xtcr=1


Dans un panthéon théâtral français de fantaisie, siègeraient tout en haut de l'arc, Dieu la mère, Ariane Mnouchkine, et son prophète, Patrice Chéreau. Tous les deux ont donné de la voix dans Le Monde, pour voler au secours non pas de leurs frères attaqués au moment où ils traversent des difficultés, mais bien pour enfoncer ces pelés, ces galeux d'où venait tout le mal. Dieu la mère et son prophète ont joué pour l'occasion les rôles très mortels de commissaires politiques défendant le pouvoir supérieur de cette étrange cosmogonie française, "l'exception culturelle". Elle le dit, la ministre, des gens comme ça, Mnouchkine, Chéreau, quand même, ça vous élève le niveau, c'est pas comme ces pignoufs de Besset ou Caubère. Lire : "Jean-Marie Besset entend plaider sa cause auprès de la Commission européenne" Que disent ces sommités de l'art théâtral français ? Elles se sont arrachées à leurs importantes occupations pour fulminer contre des anges, des archanges, voire de simples diablotins ("Besset, qu'il aille au diable !" avait maudit un metteur en scène anonyme dans une précédente interview au même Monde). En effet, ces créatures inférieures ont osé se plaindre, qui de ne pas être renouvelé pour un deuxième mandat, qui de devoir quitter la place au bout d'une décennie alors qu'il a fait du bon boulot et que son maire le soutient contre vents et marées. DIRECTEUR À VIE Nos éminences ont tonné : comment misérables ? Vous n'avez même pas la dignité élémentaire de partir avant qu'on ne vous chasse ? Vous usez du droit de tout citoyen à prendre un avocat et engager un recours devant le tribunal administratif ? Vous prétendez être propriétaires de vos théâtres ? Alors que vous n'êtes plus si jeunes ? que vous n'êtes pas des femmes ? Ne voyez vous pas qu'il y a de la vertu dans le renouvellement ? Le rajeunissement ? La féminisation ? Et vous là, Besset, qui êtes tout juste bon à faire du théâtre privé, vous voudriez continuer à souiller de votre présence un théâtre public ? Et vous, Zabou Breitman, vous prétendriez co-diriger un temple public de la vraie foi, alors "qu'en plus, vous venez de nulle part" ? "En plus" de quoi, on aimerait bien savoir... Qu'importe que Dieu la Mère, Ariane, soit directrice d'un théâtre public, semble-t-il, à vie. Qu'importe qu'elle ait 75 ans et soit à la tête de ce théâtre depuis cinquante ans l'an prochain. Qu'importe que son prophète, Patrice, ait fait du cinéma grâce à des producteurs privés, qu'il ait fait récemment deux spectacles dans le beau théâtre privé de l'Atelier, à Paris. Qu'importe qu'il puisse travailler où il veut, sur les scènes publiques de théâtre et d'opéra les plus prestigieuses du monde, avec les cachets y afférents (cent cinquante mille à l'Odéon, selon la revue Mouvements !). Moi je ne songe nullement à les critiquer, à les envier pour cela. J'ai pour ces deux artistes une admiration sans borne, un respect chaque fois renouvelé. Encore la semaine dernière à Aix, tenez. Elektra de Strauss (à 240 euros la place s'il vous plait) est un sublime spectacle de Patrice Chéreau. Vraiment toujours eu, de l'admiration, de l'affection, de la ferveur même. Et vous me flanquez un coup de pied dans le ventre, comme à un clébard trop collant ? Pardon de ne pas être aussi raréfié que vous l'êtes. UNE NOTE DISSONANTE Et puis je vais vous dire un truc. Moi vous savez, je ne suis pas un grand metteur en scène comme vous, je suis un auteur. J'écris mes petites histoires à moi. Et parfois les gens les trouvent curieuses, ou même intéressantes, et plus rarement simplement belles. Repassez dans cent ans. Peut-être serai-je oublié. Mais peut-être pas. Peut-être témoin de la France du tournant du millénaire dans laquelle nous aurons vécu ensemble. Peut-


être défricheur de sujets nouveaux (maternité pour autrui, bisexualité du père de famille, crise d'identité des bourgeois de gauche, homosexualité de l'hétérosexuel(le), etc.) Indépendamment de l'auteur que je suis, j'ai incarné à Montpellier ce renouvellement que la ministre appelle de ses vœux. J'ai fait entendre une note différente, dissonante. La preuve : on veut me liquider aussi sec. J'aurai quand même eu le temps de faire résonner au Théâtre des 13 vents les mots des poètes dramatiques vivants que sont pêle-mêle : Christophe Pellet, Régis de Martrin Donos, Aurélie Namur, Will Eno, Marion Aubert, Florian Parra, David Léon, Philippe Minyana, Simon Stephens, Guillaume Vincent, Wajdi Mouawad, Marceline Loridan-Ivens, Edward Albee, Marie-Aude Murail, Nathalie Fillon, Stéphane Guérin, Pierre Notte, Suzanne Lebeau, Pierrick Sorin, Jean-Michel Ribes, Rémi De Vos, Luc Tartar, Pauline Sales, Sarah Fourage... Je suis heureux de les citer ceux-là. D'autant que, hé, vous avez vu, y a plein de femmes. Ça fera plaisir à la ministre. J'espère. Parce que moi les femmes, je sais pas ce que c'est. Les hommes non plus. Y a cinquante ans je dis pas, oui c'était clair, un homme, une femme. Mais aujourd'hui, physiologie mise à part, je voudrais bien qu'on me la dise, la différence. Si bien que moi, j'en suis une, femme. A plein de moments de ma vie. Ma vie de femme.

Jean-Marie Besset (Auteur et metteur en scène de théâtre)

Qui a peur des femmes dans la culture ? 12 août 2013 à 19:06 http://www.liberation.fr/culture/2013/08/12/qui-a-peur-des-femmes-dans-laculture_924398 Par NAJAT VALLAUD-BELKACEM Ministre des Droits des femmes Libération Depuis quelques semaines, de fortes voix s’élèvent pour protester contre l’exigence nouvelle d’égalité entre les femmes et les hommes dans la culture : qu’elles manquent d’élégance est une chose, qu’elles manquent d’honnêteté en est une autre. Il est déjà fort peu compréhensible que les règles communes qui s’appliquent aux nominations dans les établissements publics soient contestées par quelques-uns au seul motif qu’elles concernent des «hommes de l’art», mais je dois avouer ma consternation la plus complète devant l’argument que ces règles seraient d’autant plus iniques qu’elles viseraient à favoriser la nomination de femmes. J’avoue aussi le sentiment de révolte devant les mots choisis par Philippe Caubère (Libération, 15 juillet), en particulier, pour s’adresser à la ministre de la Culture lorsqu’on sait la valeur que représente partout dans le monde l’engagement des artistes et des intellectuels français dans le débat démocratique. On devrait réserver les accusations de «saloperie», par exemple, à d’autres causes qui le méritent mieux, à d’autres cibles qu’à une ministre de la République qui défend l’exception culturelle dans les échanges commerciaux ou l’éducation artistique à l’école avec tant d’ardeur, de ténacité et de courage.


L’enjeu, c’est la place de la culture et de la création dans la société de l’égalité que nous construisons pour demain, pas la guerre des ambitions personnelles, encore moins je ne sais quelle guerre des sexes ou des générations. Quelques chiffres, d’abord, pour comprendre de quoi nous parlons. Aujourd’hui, en France, 88 % des centres dramatiques nationaux sont dirigés par des hommes ; 3 % des concerts ou spectacles sont dirigés par des femmes, et 20 % des textes joués au théâtre sont écrits par des femmes. Pourtant les femmes constituent plus de la moitié des élèves des conservatoires nationaux. Trois chiffres récents parmi des centaines, des milliers d’autres qui montrent tous la même chose, ainsi que l’a encore rappelé un récent rapport d’information du Sénat : le monde de la culture est un véritable bastion des inégalités entre les femmes et les hommes, pour ne pas dire un empire de la confiscation masculine du pouvoir. Certains, certaines voudraient nous faire croire que cette situation est justifiée par les mystères insondables du talent et du génie humains qui, comme chacun le sait, se trouvent si imparfaitement et si injustement répartis entre les sexes depuis toujours… D’autres plaident en faveur du statu quo parce que la compétence des femmes à exercer des responsabilités importantes ne serait pas avérée, et qu’il serait risqué, pour ellesmêmes, de leur confier si vite et si tôt (!) les rênes d’un théâtre, d’une scène de spectacle vivant. Tout cela n’est pas sérieux en 2013 : sortons désormais des polémiques saisonnières et faisons collectivement l’effort de hausser le niveau de compréhension de ce qui est réellement en jeu. Dans la culture comme partout ailleurs dans la société française, toutes les conditions doivent être réunies, dès à présent, pour que les femmes et les hommes disposent des mêmes chances d’accéder aux responsabilités dans leur domaine d’activité. Rien ne justifie que le secteur de la création soit exclu de cette exigence républicaine essentielle que nous instaurons progressivement, y compris par la loi, dans toutes les instances de la République, et dans tous les lieux collectifs de décision et de responsabilité. Rien ne justifie que l’égalité professionnelle s’arrête au seuil des théâtres ou des salles de musique, rien ne justifie qu’une petite fille ait moins de chance qu’un petit garçon de devenir une artiste, de s’exprimer et de partager son travail avec le public. C’est la raison, la seule raison mais la raison impérieuse pour laquelle le champ culturel est prioritaire dans la réforme des politiques publiques en faveur de l’égalité. Demain, on pourra toujours trouver injuste la nomination d’une telle à la place d’un tel, et critiquer vertement le ou la ministre qui aura décidé de la nomination, mais pour se livrer à la passion des grandes disputes esthétiques et aux batailles d’Hernani du moment si utiles à la vitalité, au rayonnement et à l’influence de notre culture, et non pas à ce combat indigne et rétrograde d’hommes jaloux de leurs privilèges contre des femmes qui ne demandent qu’une chose, le respect et l’égalité de traitement.

Direction des théâtres nationaux : les anciens font de la résistance Mis en ligne le 18/07/13 I Rédaction par Isabelle Germain http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/parite/2998-directiontheatres-nationaux-anciensresistance?utm_source=Abonn%C3%A9s+Newsletter&utm_campaign=35cb69c342Club6_21_2013&utm_medium=email&utm_term=0_77e3d16605-35cb69c342-41044081


Rajeunir et féminiser les directions des centres dramatiques nationaux ? En lançant le mouvement, la ministre de la Culture affronte le courroux de directeurs bien installés, de leurs amis et d’une partie de la presse.

Chargée de nommer les directeurs de théâtres publics, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, entend respecter la règle : ces directeurs sont nommés pour des mandats de trois ans renouvelables deux fois. En outre, elle souhaite diversifier, rajeunir et féminiser ces directions qui en ont bien besoin. La procédure de succession passe par un appel à candidatures. Et un décret publié en mars dernier prévoit la parité : les « pré-sélections » doivent comporter quatre noms, deux noms d'hommes, deux noms de femmes. Bronca sur la scène des nominations alors qu’une douzaine de contrats arrivent à échéance... Lubie ? Deux directeurs sont particulièrement remontés. Celui qui a tiré le premier est JeanMarie Besset, auteur et directeur du Centre dramatique national de Montpellier. Placé à ce poste en 2010 par le prédécesseur d’Aurélie Filippetti, Frédéric Mitterrand, il espérait être reconduit au terme de son premier mandat, qui court jusqu’au 31 décembre prochain. La ministre ne l’entend pas ainsi. Jean-Marie Besset a bruyamment contesté cette décision dans l’éditorial du programme de la prochaine saison, voyant dans la décision de la ministre « une lubie », puis devant le Conseil d’État, qui l’a renvoyé vers le tribunal administratif de Montpellier, lequel l’a débouté fin mai. Tandis qu’il joue les artistes maudits, se comparant, entre autres, à Molière, le ministère de la Culture explique ce non-renouvellement par l’utilisation faite des deniers publics. Les pièces que Jean-Marie Besset crée à Montpellier ne sont ensuite jouées à Paris que dans des théâtres privés. Une femme... mais en tandem L’autre bruyant directeur non reconduit est Daniel Benoin, 65 ans, en poste depuis 12 ans au théâtre de Nice. Avec ses quatre mandats successifs, il est non renouvelable. Mais il a proposé un ticket avec l'actrice, réalisatrice, metteure en scène Zabou Breitman pour une « transition en douceur » alors que la ministre de la Culture, elle, invite Zabou Breitman à présenter seule sa candidature. L’idée de Benoin est soutenue par le maire (UMP) de Nice Christian Estrosi qui est allé plaider sa cause à l'Elysée. Un comité de soutien a même été créé par des acteurs connus du monde du théâtre - comité dans lequel le nom d’Olivier Py, futur directeur du festival d’Avignon, a été inscrit par erreur, a déclaré l’intéressé dans communiqué récent... Face à une ministre qui tient bon sur les principes qu’elle a fixés, les réactions se déchaînent, souvent teintées d’un fond de misogynie camouflé par le reproche de « sectarisme » martelé notamment par Christian Estrosi. Le turbulent Philippe Caubère, qui a son rond de serviette à Libération, a publié une chronique gloubiboulga intitulée « La parité comme masque hypocrite de la diminution des crédits de la Culture » à laquelle il mêle la question de la prostitution qui lui est chère : « Les leçons de morales des socialistes, qu’elles concernent la vie privée et sexuelle, la question de la prostitution par exemple, ou l’art et la culture maintenant, commencent à me gaver » écrit-il en préambule. Naïveté, sectarisme, femmes impréparées...


Télérama, de son côté, prend le parti des directeurs éconduits. L’hebdomadaire publie une tribune de la ministre de la Culture rappelant que « nul n'est propriétaire de sa charge sur le territoire de la République ». Elle réaffirme l’engagement pour la parité : « Mais le volontarisme - parité des jurys, parité des listes restreintes - est indispensable et il a déjà changé le paysage : les femmes sont, à chaque appel à candidatures, plus nombreuses à se présenter. Un verrou est tombé. » Mais juste après, « la réponse de Télérama » signée par Fabienne Pascaud démonte la tribune en reprenant les reproches de sectarisme et l’éternelle litanie anti-parité sur le mode : les femmes sont incompétentes, ma bonne dame ! Approuvant la volonté de renouvellement, Fabienne Pascaud se contredit immédiatement en ces termes : « Reste qu’elle doit aussi être non sectaire, et moins naïve : la parité homme-femme que vous exigez ne risque-t-elle pas d’être contre-productive ? Le ministère n’est pas Pôle emploi. Nommer des femmes encore peu préparées à diriger une maison pourrait nuire à leur carrière pour longtemps… » Voilà un florilège d'arguments qui rappelle bien des réactions hatives sur la parité en politique ou en économie. Rappel : la parité n’a pas vocation à nommer des incompétentes mais à éviter que des femmes compétentes ne soient écartées parce que femmes, justement... Dans le Monde du mercredi 18 juillet, Ariane Mnouchkine, metteur en scène, fondatrice du Théâtre du Soleil répond aux fossoyeurs de la parité. Celle que Philippe Caubère a utilisée comme alibi dans son pamphlet dans Libération n’est pas dupe. Pour elle, c’est l’arrivée des femmes aux affaires qui pose problème à ceux qui font semblant d’oublier que leur mandat n’est pas éternel. « C'est toujours trop tôt pour les femmes. Elles ne sont pas prêtes. Elles ne sont jamais assez prêtes. On risque de nommer des incompétentes. Oui. C'est vrai. C'est même ça, l'égalité. Depuis des siècles, d'innombrables fois, on a nommé à d'innombrables postes, d'innombrables hommes incompétents. Alors, même si, aujourd'hui, parmi toutes celles qui vont diriger ces entreprises avec humanité, courage, force et talent, le respect de la parité laisse accéder à la direction d'une institution théâtrale une femme qui se révèle sans vocation réelle, cela ne me paraîtra pas justifier ce remue-ménage ni ces cris d'orfraie. » Et pour aller plus loin, elle appelle le gouvernement à mettre l'éducation artistique au cœur de l'école, « à la recherche de l'humanité. »


Au gré du cosmos

"Il est impossible de deviner si un cerveau appartient à un homme ou une femme" Le Monde.fr | 25.05.2013 à 07h26 | Interview de Catherine Vidal - Propos recueillis par Lucie Soullier http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/05/25/les-hommes-et-les-femmes-ont-ils-descerveaux-differents_3174565_3224.html

Images de l'anatomie du cerveau montrant la variabilité morphologique entre tous les individus, indépendamment du sexe. | Catherine Vidal

En distinguant l'identité sexuelle du sexe biologique, les études de genre affirment que la nature ne suffit pas à faire des hommes et des femmes. Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l'Institut Pasteur a travaillé sur la plasticité du cerveau. Le cerveau du fœtus se forme-t-il différemment, au cours de la grossesse, selon que l'enfant à naître est une fille ou un garçon ? Catherine Vidal : Non, il n'y a pas de différence anatomique entre les cerveaux des fœtus filles et garçons. Les gènes qui permettent de construire les hémisphères cérébraux, le cervelet et le tronc cérébral sont en effet indépendants des chromosomes X et Y. Le schéma structurel est donc exactement le même. La seule différence que l'on peut relever concerne le contrôle des fonctions physiologiques de la reproduction. Les ovaires et les testicules, qui sont formés dès la huitième semaine de grossesse, produisent en effet une hormone différente chez le fœtus féminin et chez le fœtus masculin : respectivement la FSH (hormone folliculo-stimulante) et la testostérone. Il a été démontré que la testostérone produite pendant la vie fœtale influence une partie du cerveau, l'hypothalamus, qui va fonctionner différemment chez les filles et les garçons. A


la puberté, des neurones vont ainsi s'activer chaque mois dans l'hypothalamus des jeunes filles pour déclencher l'ovulation. Une activité absente du cerveau masculin. En revanche, on ne trouve aucune différence entre les cerveaux des bébés filles et des bébés garçons concernant toutes les autres fonctions du cerveau, qu'elles soient cognitives – telles que l'intelligence, la mémoire, l'attention, le raisonnement – ou sensorielles, comme la vision ou l'audition. C'est ce qui se passe après la naissance qui compte le plus. Les interactions de l'enfant avec son environnement social, affectif, culturel vont en effet jouer un rôle majeur dans la construction du cerveau. Le cerveau continue donc de se former après la naissance de l'enfant ? En grande partie, oui. Il faut comprendre que les processus de développement intrautérin du corps et du cerveau sont différents. A la naissance, le corps est bien plus achevé que le cerveau. C'est-à-dire que l'on naît avec des petits poumons, un petit cœur et de petits muscles. Ensuite, notre corps va se contenter de grandir, mais il a été largement formé pendant la grossesse, ce qui n'est pas le cas du cerveau. Si nos cent milliards de neurones se fabriquent lors de la vie intra-utérine, les connexions entre eux ne sont établies qu'à 10 %. Or, le cerveau ne fonctionne que si les neurones sont connectés entre eux. La majorité des milliards de connexions neuronales se construisent à partir du moment où l'enfant est en interaction avec son environnement. Par exemple, la vision du nouveau-né est extrêmement sommaire, et ce n'est qu'à l'âge de 5 ans que l'enfant aura une vision comparable à celle de l'adulte. Il faut donc cinq ans pour que les voies visuelles se construisent. Et cela nécessite que l'œil soit exposé à la lumière. Eh bien, c'est la même chose pour les fonctions cognitives : pour qu'elles se développent, les interactions sociales sont indispensables. Les enfants sauvages ont ainsi des handicaps mentaux majeurs et sont incapables de parler. L'inné et l'acquis sont indissociables dans la construction du cerveau.

Formation circuits de neurones dans le cortex cérébral humain de la naissance à 2 ans. | Catherine Vidal

des

C'est donc la socialisation qui forge nos cerveaux ? La société, l'environnement, les expériences... Nos cerveaux sont plastiques, ils se façonnent en fonction de notre histoire. Et comme chacun de nous a la sienne, nous avons tous et toutes des cerveaux différents. Nous sommes sept milliards d'individus sur


Terre, ce sont sept milliards de personnalités différentes et sept milliards de cerveaux différents. Les différences sont-elles plus nettes entre les cerveaux d'un homme et d'une femme qu'entre deux personnes du même sexe ? Absolument pas. Il est d'ailleurs impossible de deviner, en regardant un cerveau adulte, s'il appartient à un homme ou une femme. Si vous alignez des cerveaux les uns à côtés des autres, ce que vous remarquez tout d'abord, ce sont de grandes différences anatomiques. Aucun n'est pareil. En l'occurrence, les différences observées entre les cerveaux de personnes d'un même sexe sont bien plus importantes que les différences éventuelles entre les sexes.

Imagerie cérébrale par IRM fonctionnelle pendant un test de calcul mental. On observe une grande variabilité dans les zones cérébrales activées quelque soit le sexe. Les différences d'activations cérébrales entre les personnes d'un même sexe dépassent les différences entre les sexes. | Catherine Vidal

Des connexions s'établissent-elles de façon différente dans nos cerveaux en fonction de l'éducation plus ou moins "genrée" que l'on reçoit ? Tout influence nos cerveaux. Donc tout apprentissage va entraîner des modifications dans les connexions cérébrales. Mais attention, ce n'est pas parce que, petit, on a été élevé dans des normes sociales, avec des critères masculins et féminins, que l'on va adopter ces normes en grandissant. Le plus important à retenir dans cette plasticité cérébrale est que rien n'est jamais figé à tout jamais dans nos neurones. Il n'est donc jamais trop tard ? Il est surtout grand temps ! Il est bien évident que les parents ne suffisent pas, à eux seuls, dans l'apprentissage de la vie d'un enfant. L'école, les amitiés, les médias... Tout, dans le monde qui l'environne, va contribuer à forger son identité. Vos recherches confortent les travaux des études de genre ? Il est très important de souligner que le genre n'est pas une théorie mais un concept. C'est un objet de recherche, essentiellement en sciences humaines et sociales, où les chercheurs s'accordent pour montrer que le sexe biologique ne suffit pas à faire une femme ou un homme. Or, ce concept est désormais validé par les recherches en


neurobiologie qui démontrent l'extraordinaire plasticité du cerveau. Une capacité que l'on ne soupçonnait pas il y a ne serait-ce que quinze ans. Avant, on savait qu'après des lésions dans le cerveau, des récupérations étaient possibles. On pensait que cette plasticité cérébrale opérait dans des cas extrêmes, comme des accidents vasculaires cérébraux. Aujourd'hui, on se rend compte qu'elle est à l'œuvre tous les jours, en permanence, dans notre vie quotidienne. Notre cerveau ne cesse de se modifier toute notre vie, en fonction de nos apprentissages et de nos expériences vécues. Vous démontrez donc que l'identité d'un homme ou d'une femme n'est pas prédéterminée par ses gènes... Exactement. Grâce à la plasticité de son cerveau, l'Homo sapiens peut court-circuiter le déterminisme génétique et hormonal. L'être humain n'est pas une machine programmée par des gènes et des hormones. Il a un libre arbitre qui lui permet une liberté de choix dans ses actions et ses comportements. Lucie Soullier

Où sont passés les hommes ? Par Sophie Roquelle - Publié le 19/07/2013 à 16:01 http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/07/19/01016-20130719ARTFIG00355-o-sont-passesles-hommes.php

Est-ce le début de la fin pour le mâle dominant ? Le combat mené en ce moment contre le « patriarcat », notamment via la théorie du genre et le mariage pour tous, accélère son effacement. L'identité masculine est en plein chambardement. Enquête. Source Le Figaro Magazine Sur le site Adopteunmec.com, c'est la saison des soldes. «Tout doit disparaître! Promo sur les intellos… Offre spéciale sur les roux… 50 % sur tous nos frisés…» En cinq ans, 5,7 millions d'hommes ont mis leur profil sur ce site de rencontres dont raffolent les jeunes femmes décoincées. Ils le font dans l'unique espoir d'être choisis par l'une d'elles et jetés dans un chariot de supermarché - car ainsi fonctionne le panier d'achat virtuel d'Adopteunmec.com. Et ça marche! A coups de campagnes provoc' mettant en scène des


hommes objets, Adopteunmec.com s'est hissé dans le trio de tête des sites de rencontres en France. Imaginons un instant l'inverse: de grandes affiches 4 x 3 vendant à l'encan des frisées, des blondes ou des maigrichonnes. N'aurait-on pas entendu les protestations des Chiennes de Garde, d'Osez le féminisme et autres mouvements de femmes? Là, rien du tout. Pas une protestation, pas un mot, pas même un froncement de sourcils. «C'est du second degré… Les femmes en ont tellement entendu, c'est notre tour», voilà ce qu'on entend lorsqu'on interroge la gent masculine. Qu'arrive-t-il aux hommes? Où sont passés ces mâles dominants qui régnaient en maîtres sur nos sociétés occidentales depuis la nuit des temps? Ont-ils rendu les armes face à plus fort qu'eux ou sont-ils simplement en crise comme on a coutume de le dire à propos de tout et de n'importe quoi? Rarement l'identité masculine n'a été autant sondée, décortiquée, examinée sous toutes les coutures. Vingt ans après l'ouvrage précurseur d'Elisabeth Badinter, XY. De l'identité masculine (1), qui décrivait déjà la difficulté de devenir un homme, l'histoire semble s'accélérer. Dans un essai choc paru en France au printemps, la journaliste américaine Hanna Rosin prédisait rien moins que La Fin des hommes (The End of Men and The Rise of Women) (2). On assiste, selon elle, au terme «de 200 000 ans d'histoire humaine». Bigre! Sa thèse - qui a fait grand bruit aux Etats-Unis lors de la sortie de l'ouvrage en 2010 -est avant tout économique. Le déclin de l'industrie manufacturière et l'émergence d'une économie de service ont totalement bouleversé la donne. Les millions d'emplois masculins détruits d'un côté ont été compensés par la création de millions d'emplois féminins de l'autre. Car ce ne sont plus des emplois qui réclament de la force physique mais une «intelligence sociale», un sens de la communication, une «habileté à rester immobile et concentré», toutes qualités éminemment féminines, selon l'auteur. Résultat: les femmes américaines contribuent aujourd'hui pour plus de 40 % aux revenus de la famille alors que c'était moins de 10 % dans les années 70. Le fait que les hommes continuent d'occuper les postes de direction dans les entreprises et de recevoir des salaires plus élevés que les femmes ne constitue plus, selon elle, que les derniers soubresauts d'une époque révolue. En France, les signes d'une féminisation croissante de la société ne manquent pas non plus. On a vu des hommes, tout ce printemps, métamorphosés en mamans par la grâce du «mariage pour tous», revendiquant fièrement à longueur de reportages leur capacité à biberonner et à changer les couches. Avec la gestation pour autrui (GPA) - les mères porteuses - dont la communauté gay réclame la légalisation, les hommes pourront bientôt faire des bébés «tout seuls», comme les femmes. L'an dernier, le ministère des Droits des femmes (ressuscité après deux décennies d'absence) a envoyé tout le gouvernement en stage de rééducation féministe - pardon, en séminaire de «sensibilisation aux stéréotypes sexistes»! Et gare à ceux qui critiquent la ligne. Tout récemment, l'UMP Valérie Pécresse qui conteste le bien-fondé de la loi sur l'égalité hommes-femmes portée par le gouvernement, s'est vu reprocher une «vision archaïque et rétrograde de la famille», par la députée PS Catherine Coutelle, alors que Cécile Duflot lui reproche dans un tweet de «rabaisser les hommes» qui changeraient des couches. Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture, avec sa désormais célèbre bourde: «J'ai tenté de promouvoir des femmes au maximum, bien que nos dossiers soient très techniques », a pour sa part été cloué au pilori sur les réseaux sociaux. En librairie, le «mâle bashing» fait recette. Sorti cette année en poche, J'ai épousé un con. L'histoire de (presque) toutes les femmes(3), (merci pour elles!) s'est vendu à plus de 70 000 exemplaires en deux ans. On prédit le même succès à Les hommes sont des maîtresses comme les autres (4), un roman tout juste en librairie où l'auteur narre ses affres d'amant d'une femme mariée. Est-ce à cela que les hommes rêvent en 2013?


Les codes de la séduction sont en train d'exploser, surtout chez les moins de 30 ans. Alexis, 22 ans, raconte sa hantise de se faire traiter de «macho» par une fille: «Elles nous font culpabiliser sur ce mythe de l'affreux méchant macho ultramisogyne, véritable modèle à ne pas suivre du primate. Légitimement, nous avons peur de nous voir coller cette étiquette et, pire que tout, nous ne savons même pas pourquoi. Nous ne savons pas quel mot, geste ou regard posera le malheureux bonnet d'âne macho sur notre tête.Conséquence logique, poursuit-il, nous allons dans le sens inverse, nous nous féminisons jusqu'au jour fatidique où est prononcée la phrase mortelle: “J'ai besoin d'un homme”. En cet instant il est trop tard, notre sort est scellé.» De cette génération qui se met en couple très jeune mais étale son intimité sur Facebook toute la journée, le philosophe Vincent Cespedes dit qu'elle est déchirée entre «un modèle amoureux totalement rigide, rétrograde, infantile même, et une liberté sexuelle comme jamais le monde occidental n'en avait connue». Une situation «schizophrène où le sexe est déconnecté de l'amour», explique celui dont l'essai L'Homme expliqué aux femmes (5), paru en 2010, est devenu un ouvrage de référence pour la presse féminine. «Il faut réconcilier le sexe et l'amour», plaide Vincent Cespedes. En attendant, «l'usine à fabriquer du mâle» est déboussolée. La fabrique, justement, est en pleine restructuration. L'explosion des divorces et le quasimonopole de fait des femmes sur l'enseignement primaire ont totalement bouleversé l'éducation des garçons. Ajoutez-y la chasse aux «stéréotypes de genre», très à la mode, et voilà leur agressivité dénoncée comme un vilain cliché dont il faudrait les débarrasser dès la crèche en les faisant jouer à la poupée! En Grande-Bretagne ou en Espagne, soumis aux mêmes évolutions, les pouvoirs publics ont ouvertement posé la question d'un rééquilibrage des sexes dans l'enseignement. David Cameron a réclamé davantage d'enseignants masculins après les émeutes dans les banlieues de Londres à l'été 2011, établissant ainsi un lien direct entre cette explosion de violence et l'absence de repère masculin chez les jeunes de ces quartiers. En France, le sujet est apparemment tabou. Pour avoir tiré la sonnette d'alarme il y a deux ans dans nos colonnes, le pédopsychiatre Stéphane Clerget s'était attiré cette cinglante réplique du ministre de l'Education nationale de l'époque, Luc Chatel: «Les femmes sont aussi compétentes que les hommes.» Certes. «Le débat a été éludé mais la question reste posée», maintient le Dr Clerget, pour qui les petits garçons sont de plus en plus nombreux à décrocher à l'école. «A l'école, les garçons ont l'impression d'être le sexe faible. Ils restent performants en maths, car c'est une discipline où il y a peu d'affect, mais pour le reste, les filles sont considérées comme meilleures, plus performantes, plus intelligentes, résume ce praticien. Du coup, les garçons se réfugient dans la violence ou la délinquance pour être des hommes.» Ecartés à l'école, ils le sont aussi en famille où les pères jouent désormais les seconds rôles, surtout lorsque la cellule familiale explose. Les manifestations de pères divorcés se sont multipliées ces derniers mois et si toutes leurs revendications ne sont pas justifiées (comme celle, ultramédiatisée, d'un père écarté pour violence), l'argument d'une justice partiale car hyperféminisée commence à porter dans l'opinion. C'est ce que soutient l'association SOS Papa, pour qui plus de 9 affaires de garde d'enfants sur 10 sont jugées par des femmes, qui se prononcent quasiment toujours en faveur de la mère. C'est oublier un peu vite que, dans les années 60, les juges étaient des hommes et les mères obtenaient aussi la garde des enfants… Quoi qu'il en soit, la question d'un rééquilibrage des effectifs de magistrats préoccupe la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Lorsqu'en décembre dernier elle a rendu visite à l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), dont la dernière promotion compte 82 % de femmes, elle a émis le souhait «qu'il y ait plus d'hommes dans les prochaines promotions». Ce n'est pas gagné. Pour la première fois cette année 100 % de femmes viennent de rejoindre le Conseil d'Etat - la plus haute juridiction administrative - en sortant de l'ENA.


Sociologues et philosophes s'accordent en tout cas à dire que la révolution féministe est pour bien peu de chose dans ce qui arrive aux hommes aujourd'hui. La fin de la révolution industrielle, l'avènement d'une longue période de paix, la maîtrise de la fécondité des femmes, la fin du service militaire… Tout concourt à l'émergence d'un nouvel ordre où le patriarcat est relégué aux oubliettes. Et ce n'est pas l'émergence de mouvements masculinistes, inspirés des féministes des années 70, qui pourra l'arrêter. « Une mutation rafraîchissante de l'identité masculine » Tout le monde est également persuadé que l'identité masculine n'a pas achevé sa mue. S'achemine-t-on vers une société matriarcale, comme le craint Eric Zemmour, qui pronostique un affaissement des sociétés occidentales? Ou assiste-t-on plutôt, comme le pense Vincent Cespedes, à une «mutation rafraîchissante» de l'identité masculine «qui fait de la part de féminité en chaque homme un nouveau gène, ramenant le mâle paranoïaque d'antan au rang de caricature»? La sociologue Brigitte Grésy n'est pas inquiète: «Je ne me fais aucun souci pour les hommes!», proclame-t-elle. Pour cette spécialiste de l'égalité homme-femme, auteur d'un Petit traité contre le sexisme ordinaire et chargée de la lutte contre les stéréotypes sexistes au sein du Haut Conseil à l'égalité, «le poids des normes masculines pèse encore lourd dans la société française, notamment dans les entreprises où elles sont extrêmement fortes, tous les marqueurs de la compétition sont masculins». Mais la crise a créé des tensions et l'entreprise ne joue plus ce rôle d'assurance tous risques qu'elle avait autrefois pour les hommes. «Du coup, ils se réfugient dans la sphère privée, mais la place est prise», analyse Brigitte Grésy. La crise identitaire que vivent les hommes aujourd'hui serait le résultat de cette «double dépossession». Dans ce grand chambardement autour de l'identité masculine, un ouvrage paru l'an dernier offre une perspective nouvelle. Dans Boys Don't Cry (6), des universitaires ont analysé «le coût de la domination masculine» pour les hommes eux-mêmes. «Ne pleure pas, montre-toi fort, n'aie pas peur, fais carrière…» : toutes ces injonctions viriles auraient un coût pour l'homme en termes de stress, de maladies, d'agressivité, de dépendances. Pour preuve, leur espérance de vie est moins élevée que celle des femmes. Un argument de plus pour leur faire déserter le champ de bataille? (1 ) O dile J acob (2) Autrement (3) Pocket (4 ) P lon (5) J' ai Lu (6) P resses U niversitaires de R ennes.

Le Fig Mag ose le masculinisme Mis en ligne le 19/07/13 I Rédaction par La rédaction http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/revue-de-presse/54-lu-sur-la-toile/3005-fig-mag-osemasculinisme

Le Figaro Magazine déplore « le combat mené en ce moment contre le patriarcat » avec une argumentation douteuse.

"Où sont passés les hommes ?" C'est la question posée en couverture du Figaro Magazine le 19 juillet. On y lit une interview d'Alain Delon, nostalgique d'une époque où chacun, hommes et femmes, était à sa place. Et aussi cet autre article qui reprend tous les clichés du genre sur « la fin des hommes ». Où la mauvaise foi tient lieu d'information. Relevons trois éléments parmi bien d'autres :


Le Figaro continue de penser qu'il existe une « théorie du genre » et colporte cette idée ;

Le Figaro, estime comme Eric Zemmour ou Valérie Pécresse, que les hommes qui s'occupent des bébés sont « métamorphosés en mamans » ;

Le Figaro appuye sa thèse sur un exemple plutôt bancal. Pour montrer, d'emblée, à quel point la France vit sous le joug du féminisme, l'article s'ouvre sur l'exemple d'Adopteunmec, site de rencontres qui prospère sur le « second degré », en objectifiant les hommes. Et l'article assène : « Imaginons un instant l'inverse: de grandes affiches 4 x 3 vendant à l'encan des frisées, des blondes ou des maigrichonnes. N'aurait-on pas entendu les protestations des Chiennes de Garde, d'Osez le féminisme et autres mouvements de femmes? Là, rien du tout. Pas une protestation, pas un mot, pas même un froncement de sourcils. »

Pas de chance : il y a déjà eu des protestations contre le concept marketing du site... et c'est précisément Osez le Féminisme qui s'y est collé. En soulignant à l'automne dernier : « Nous ne pensons pas que l'égalité femmes-hommes passe par le nivellement des conditions de vie par le bas. Se donner une image iconoclaste et décalée en mettant les femmes en pseudo situation de supériorité et en réduisant les hommes à des objets potentiellement sexuels, ce n'est pas de l'égalité. » Ajoutons que le site adopteunmec a été créé par des hommes...

Plus que la confiance en soi, l'ambition est la clé du succès pour les femmes Publication: 06/08/2013 09h08 Dr. Peggy Drexler - Auteur, chercheur en psychologie, Université Cornell http://www.huffingtonpost.fr/peggy-drexler/discrimination-sexuelle-travail_b_3711159.html

De bien des points de vue, les femmes ont tout ce qu'il faut pour réussir: en 2012, plus de 70 pour cent des meilleurs étudiants de niveau universitaire aux États-Unis étaient des femmes. Plus de femmes que d'hommes sont des diplômés universitaires, et ce depuis plusieurs décennies déjà. Lorsqu'elles sortent de l'école, 53% des femmes contre 47% des hommes se trouvent un emploi de premier échelon en gestion, selon des données publiées par McKinsey Research. Pourtant, au fil du temps, les tendances se renversent et les chiffres ne sont plus en faveur des femmes: il n'y a que 37% de femmes qui deviennent des gestionnaires intermédiaires, et seulement 26% qui atteignent le niveau de vice-présidente ou mieux. À peine plus de 4% des entreprises de la liste Fortune 500 sont dirigées par des femmes. Il y a 10 ans, 14% des sièges aux conseils d'administration de ces entreprises étaient occupés par des femmes, aujourd'hui ce chiffre n'est que de 17%. Une progression on ne peut plus lente, c'est le moins que l'on puisse dire. Plus personne n'ose affirmer que les femmes ne peuvent pas réussir dans notre "monde d'hommes", mais toutes les données statistiques tendent à démontrer que le fameux plafond de verre est plus bas et plus épais que nous aurions pu le croire, ou alors que les jeunes professionnelles finissent par se tourner vers autre chose que l'ambition professionnelle. Ou les deux...


Pourtant, ce n'est certes pas par manque de désir que les femmes n'arrivent souvent pas à réaliser leur plein potentiel. Anna Fels, auteure du livre Necessary Dreams: Ambition in Women's Changing Lives, note dans son ouvrage que les jeunes garçons et les jeunes filles ont des ambitions essentiellement identiques: un besoin de s'accomplir, d'avoir la reconnaissance de ses pairs et d'être honoré pour son travail ou son talent. Tous sont animés des mêmes désirs fondamentaux. Ce n'est certes pas par manque de confiance en soi non plus. De nombreuses recherches, incluant plusieurs études émanant de Cornell, ont démontré que les filles et les femmes ont une tendance plus naturelle que les garçons et les hommes à sous-estimer leurs propres performances, mais que cette tendance semble s'inverser. Un récent sondage intitulé Women, Power & Money (Les Femmes, le pouvoir et l'argent) mené par la firme de communication Fleishman Hillard pour le compte de Hearst Magazines a démontré que les jeunes femmes qui arrivent sur le marché du travail tendent à se percevoir comme égales ou supérieures à leurs collègues masculins. Elles se perçoivent comme de meilleures communicatrices et se remettent plus facilement d'un échec. Parmi les femmes de la Génération Y, 70% se décrivent comme intelligentes, contre seulement 54% des hommes de leur cohorte. Bien entendu, les obstacles à la réussite des femmes sur le marché du travail foisonnent: des lois sur le congé de maternité parfois primitives, le roulement de personnel très lent des conseils d'administration où, dans la grande majorité des cas, les membres ne prennent pas leur retraite avant l'âge obligatoire de 72 ans (aux États-Unis, ndlr), sans compter le fait que pour la majorité des femmes qui ont un emploi à temps plein en entreprise, elles doivent quand même s'occuper des tâches domestiques. Bien que le nombre de pères au foyer soit en croissance -- ils seraient 154 000, selon le recensement de 2010 --, c'est encore à elles qu'incombe la majorité des tâches domestiques, selon les données d'un rapport du Pew Research Center. Et que dire des préjugés plus ou moins conscients à l'égard des femmes en milieu de travail, là où l'équité salariale -- sans parler des promotions et avancements -- est encore un voeu pieux plus qu'un réelle politique. À preuve: l'histoire du neuroscientifique transsexuel Ben Barres de l'université de Stanford: sa propre expérience lui a appris qu'en tant qu'homme, on le traitait avec plus de respect et qu'on l'interrompait moins souvent. Il relate une anecdote où il a entendu un autre professeur de Stanford dire "Ben Barres a donné un séminaire vraiment super aujourd'hui, mais ce n'est pas surprenant puisque son travail est tellement meilleur que celui de sa soeur". Bien entendu, la soeur en question n'est nulle autre que Ben Barres lui-même alors qu'il était encore Barbara. Un autre exemple éloquent de cette discrimination inconsciente est l'avènement des auditions à l'aveugle pour les embauches dans les grands orchestres. Lors du processus d'embauche, les candidats ne sont pas visibles des membres du comité de sélection durant leur audition. Depuis leur mise en place, le pourcentage de femmes embauchées par les 5 plus grands orchestres des États-Unis est passé de 5% à 34%. Difficile, dans ces circonstances, pour les femmes de viser plus haut alors que la société leur répète inlassablement de viser plus bas. Serait-il possible, alors, que le plus grand obstacle au succès des femmes réside dans leurs propres esprits? Dans son livre qui a fait couler beaucoup d'encre, Lean In, l'auteure Sheryl Sandberg affirme que les femmes sont moins motivées par des postes de direction, des salaires généreux ou le pouvoir en général. Cela ne les attirerait tout simplement pas. Est-ce que cette "discrimination inconsciente" pourrait non seulement provenir du haut de la pyramide, mais également de l'intérieur des femmes ellesmêmes? Tout à fait possible. Toute forme de discrimination persistante, qu'elle soit réelle


ou perçue, finira par avoir raison de l'ambition d'une femme dans un environnement professionnel, ce qui la poussera inévitablement à réviser ses ambitions à la baisse. Elle n'obtiendra pas la promotion ou l'augmentation de salaire, mais pas parce qu'elles ont plutôt été accordées à un homme, mais bien parce que la femme elle-même a le sentiment qu'elle ne la mérite pas, parce qu'elle s'est consciemment (ou pas) retirée de la course. En clair, les femmes ne manquent ni de confiance en elles ou de talent; c'est l'ambition qui leur fait défaut ou qu'elles ont abandonnée en cours de route. Or, l'ambition repose essentiellement sur la perception de notre propre potentiel, ce qui signifie que l'on peut fonder beaucoup d'espoir sur la tendance qui semble se dégager d'études et de sondages comme celui de Fleishman Hillard. La nouvelle génération de femmes qui commence à faire son arrivée sur le marché du travail a une perception très positive de sa propre valeur, ce qui augure bien pour leur avenir. Par ailleurs, comme le note justement Fels, l'ambition n'est pas une chose que l'on perd à tout jamais: elle peut renaître de ses cendres et fleurir de nouveau. Mieux vaut tard que jamais!

Avoir des sœurs rendrait-il les hommes plus sexistes ? Publié le 26 juillet 2013 | http://www.marieclaire.fr/,avoir-des-soeurs-rendrait-il-les-hommes-plus-sexistes,696683.asp

Des chercheurs américains ont étudié les comportements sociaux et politiques des hommes ayant des sœurs. Il en ressort qu’ils sont plus nombreux à devenir républicains, c’est-à-dire politiquement conservateurs. Mais à la maison, ils le sont également : ils seraient 13,5 % plus nombreux que les hommes sans sœur à avoir une vision rétrograde de la femme. Selon l’étude américaine "Childhood Socialization and Political Attitudes" ("La socialisation de l'enfant et les attitudes politiques"), la probabilité pour un garçon qui a une sœur de devenir conservateur serait 15 % plus importante que pour un homme qui n’a eu que des frères ou fils unique. Pire, ils sont 13,5 % à avoir une vision conservatrice de la femme, jugeant que le travail domestique est l’apanage des dames. Les chercheurs des universités de Loyola Marymount et de Stanford aux EtatsUnis expliquent que cette vision rétrograde de la femme est dû à une expérience passée très simple : ces hommes ont passé leur enfance à regarder leur sœur faire les tâches ménagères à la maison. A la différence d’une famille composée uniquement de garçons, dans laquelle les tâches sont partagées plus équitablement. « Les sœurs enseignent que le ménage est le travail des femmes » Une étude qui a démarré en 1965, avec un peu moins de 1 700 lycéens… Les chercheurs leur ont posé des questions au fil de leur vie pour en arriver à cette conclusion. Le professeur Andrew Healy s’attendait à démontrer que « les garçons apprennent à soutenir l'égalité des sexes à travers les interactions avec leurs sœurs. » Or, il s’est avéré que c’est le contraire qui est apparu : « les sœurs enseignent (bien involontairement) aux garçons que le ménage est tout simplement le travail des femmes. » Les choses commencent à changer D’ailleurs, les chercheurs ont remarqué que cette vision rétrograde des hommes ayant eu une sœur s’est adoucie récemment. De moins en moins d’hommes estiment que « la


place d'une femme est à la maison », même si les hommes ayant eu des sœurs sont 17 % plus susceptibles de déclarer que leur femme en fait plus qu'eux à la maison. Il ne reste qu’à espérer qu’au XXIe siècle, cette image de la femme effectuant les corvées à la maison disparaisse. Mais c’est encore loin d’être le cas : dans un rapport remis au Premier ministre, Najat Vallaud-Belkacem indiquait qu’en France, « 80 % des tâches domestiques continuent d’être assurés par des femmes. »

Sexisme ordinaire : la Belgique punit les machos en légiférant Par Marion Roucheux - Publié le 15 juillet 2013 http://www.terrafemina.com/societe/societe/articles/28410-sexisme-ordinaire-la-belgique-punitles-machos-en-legiferant.html

Suite au tollé provoqué par le film « Femme de la rue » de la réalisatrice flamande Sofie Peeters, dénonçant le harcèlement dont sont victimes les femmes dans la rue, le gouvernement belge réagit. Un projet de loi a ainsi été présenté vendredi 12 juillet visant à légiférer contre le sexisme ordinaire. Quid de la pénalisation des propos sexistes en France ? Le point avec Charlotte Soulary, d'Osez le féminisme !. Il y a un an, la réalisatrice flamande Sofie Peeters frappait fort avec son documentaire Femme de la rue. « Chienne », « salope », « pétasse » : on y découvrait que dans certains quartiers de Bruxelles, les injures fleurissaient au passage des femmes, qui préféraient souvent changer d’itinéraire pour éviter de se faire insulter. Suite à la diffusion de ce film, Freddy Thielemans, le maire de Bruxelles, avait décidé de lutter plus vigoureusement contre le sexisme ordinaire, en rendant ces insultes passibles d’une amende comprise entre 75 et 250 euros. « Toute forme d’insulte est désormais punissable, qu’elle soit sexiste, raciste, homophobe ou autre », avait-il déclaré en septembre. Définir légalement le concept de sexisme Le gouvernement avait également promis de répondre concrètement à ce harcèlement de rue. C’est désormais presque chose faite : Joëlle Milquet, ministre de l’Intérieur et de l’Égalité des Chances, et Annemie Turtelboom, ministre de la Justice, ont présenté vendredi 12 juillet un projet de loi adopté en première lecture par le Conseil des ministres. L’objectif affiché de ce texte étant d’« enfin définir légalement le concept de sexisme et de le réprimer et, ainsi, de soutenir les victimes, souvent des femmes, et d’affirmer la liberté d’aller et de venir dans l’espace public ». Le texte, qui doit encore être finalisé, définit ainsi le sexisme comme : « tout geste ou comportement verbal ou autre, qui a manifestement pour objet d’exprimer un mépris à l’égard d’une personne, en raison de son appartenance sexuelle, ou de la considérer comme inférieure ou de la réduire essentiellement à sa dimension sexuelle, ce qui porte une atteinte grave


à sa dignité ». Il viendra en renfort de la loi « genre » du 10 mai 2007, qui a d’ores et déjà pour objectif de « lutter contre la discrimination entre les femmes et les hommes ». « Il faut combattre le sexisme comme on combat le racisme ! » Dans une interview au quotidien belge Le Soir, Joëlle Milquet s’est réjouie qu’au pénal le sexisme existe enfin « en tant que tel ». « Au niveau civil, le harcèlement était puni mais seulement dans le cadre du travail ou économique. On a donc étendu la portée juridique de la loi pour qu’elle englobe également le harcèlement sur la voie publique », souligne la ministre. « Il faut combattre (le sexisme) comme on combat le racisme ! C’est aussi pour cela qu’on a facilité la charge de la preuve. Maintenant, c’est la personne qui a tenu les propos discriminatoires qui doit prouver qu’elle n’en a pas tenu », a-t-elle précisé. Le sexisme est pénalisé en France depuis 2004 Quid de la pénalisation du sexisme en France ? « Depuis 2004 une loi existe qui pénalise les propos sexistes », rappelle Charlotte Soulary, porte-parole d’Osez le féminisme (OLF) !. « Mais, en plus d’être difficilement applicable, elle présente de nombreuses insuffisances, comme le fait que le délai de prescription soit de 3 mois, contre 1 an pour des propos racistes par exemple ». Et l’association féministe reste dubitative quant à l’efficience d’une loi contre le sexisme : si « légiférer est un axe à suivre, cela doit être accompagné de vraies politiques d’éducation à l’égalité entre hommes et femmes ». « Pénaliser le sexisme ordinaire est une chose, mais pour changer les regards et les comportements, il faut s’attaquer au problème de façon beaucoup plus globale », estime Charlotte Soulary. Parmi les mesures demandées par les féministes, on compte notamment l’éducation à l’égalité hommes-femmes dès le plus jeune âge, ou encore une « vraie régulation de la publicité, qui joue un rôle prépondérant dans le développement du sexisme ordinaire » en véhiculant une certaine image de la femme. Si ce n’est pour l’heure pas à l’ordre du jour, Charlotte Soulary reconnaît que certaines choses « commencent à avancer », notamment grâce au projet de loi pour l'égalité entre les femmes et les hommes présenté par Najat Vallaud-Belkacem.

La Belgique punit le sexisme ordinaire Joëlle Milquet sur le sexisme: «Les mentalités doivent changer» Sarah Freres (st.) Mis en ligne vendredi 12 juillet 2013, 21h22| mis à jour à 08:25 http://www.lesoir.be/280440/article/actualite/belgique/2013-07-12/joelle-milquet-sursexisme-mentalites-doivent-changer La loi « genre », qui régit la lutte contre la discrimination entre hommes et femmes, a été modifiée, à l’initiative de Joëlle Milquet et Annemie Turtelboom. Elle inclut désormais le sexisme comme incrimination punissable au civil et au pénal. Le projet de loi était présenté au conseil des ministres vendredi matin.


 Joëlle Milquet (CDH), ministre de l’Intérieur et de l’Égalité des Chances, et Annemie Turtelboom (VLD), ministre de la Justice, ont modifié deux grands volets de la loi « genre », qui régit la lutte contre la discrimination entre hommes et femmes, Le projet de loi a été adopté en première lecture par le conseil des ministres vendredi matin. Suite à cette adaptation de la loi, le sexisme fera bientôt partie de la loi « genre ». Cette forme de discrimination sera dès lors punie au pénal et au civil. Il faut encore que le projet soit accepté par le Parlement. L’été dernier, l’étudiante néerlandophone Sophie Peteers avait suscité la polémique avec un reportage-choc, baptisé « Femme de la rue », réalisé dans le quartier Anneessens à Bruxelles. Dans cette vidéo, le trajet de la jeune femme se transformait rapidement en chemin de croix, avec insultes et remarques désagréables à la clé. Joëlle Milquet en avait profité pour relancer le débat sur la lutte contre le sexisme. La vice-Première ministre s’était engagée, urbi et orbi, à stopper le fléau qu’est le sexisme mais surtout à préparer projet de loi pour le sanctionner tant au pénal qu’au civil. Un an après le reportage-choc de Sophie Peteers, le concept de sexisme fait son entrée dans le Code pénal et est introduit comme incrimination spécifique dans la loi « genre ». Joëlle Milquet nous l’explique. Que concernent les deux volets que modifie votre projet de loi ? « Dans la loi de 2007, l’intention de nuire et l’incitation à la discrimination étaient punies. Mais pas le fait de commettre un acte discriminatoire. De plus, le pénal comprenait le racisme et la discrimination mais pas le sexisme. Ces paradoxes n’ont plus lieu d’être aujourd’hui ! Au pénal, on a amélioré, ou plutôt précisé, la notion de sexisme. On a réussi à trouver une définition du sexisme de manière à ce qu’il soit indépendant des injures, du harcèlement ou de la discrimination. Le sexisme existe donc en tant que tel. Au niveau civil, le harcèlement était puni mais seulement dans le cadre du travail ou économique. On a donc étendu la portée juridique de la loi pour qu’elle englobe également le harcèlement sur la voie publique ». A-t-il été compliqué de définir juridiquement le sexisme ? « Oui. On ne peut pas faire n’importe quoi avec les mots ! Il fallait que la définition ne soit pas trop légère au niveau pénal. Mais il fallait aussi l’insérer dans la législation civile actuelle ». Avez-vous rencontré des problèmes au niveau politique pour faire passer le projet ? « Pas du tout. Il n’y a pas eu d’objection en intercabinet. Le plus dur a été de trouver les bons termes, les bons créneaux pour convaincre la justice. Mais nous étions bien préparés et notre discours n’était pas excessif. C’est une belle réussite ».


Pensez-vous que cela sera praticable dans la vie de tous les jours ? « Oui. Il faut combattre cela comme on combat le racisme ! Il ne faut pas tolérer le sexisme. C’est aussi pour cela qu’on a facilité la charge de la preuve. Maintenant, c’est la personne qui a tenu les propos discriminatoires qui doit prouver qu’elle n’en a pas tenu. De plus, on a créé une cellule diversité police pour sensibiliser la population et la police à ce problème. Pour coordonner le tout, on a aussi désigné un magistrat par arrondissement. Pour que la loi soit connue et que cela se répande, il faut évidemment qu’elle passe par de la sensibilisation et de l’information. Mais pour la loi soit vraiment efficace, il faut bouger à tous les niveaux. Il faut que la justice et la police aient les capacités nécessaires en personnel. Et surtout, les mentalités doivent changer !!

La super-héroïne Burka Avenger terrasse les islamistes radicaux A visionner sur la toile : Le Monde.fr http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/video/2013/08/05/la-super-heroine-burkaavenger-terrasse-les-islamistes-radicaux_3457665_3216.html#xtor=AL-32280270

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