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15 | Design La création démystifiée

12 | Ingénierie

Des montres lunaires

19 | Patrimoine

Au chevet d’un trésor

8 | Tourisme

BULLETIN

La science de l’accueil suisse

LA REVUE SUISSE DE LA RECHERCHE ET DE SES APPLICATIONS

Juin 2013

22 | Economie A la recherche du marketing 2.0

28 | Théâtre L’art oratoire pour les nuls

25 | Social

Le handicap au travail

ÉDITÉ PAR LA HAUTE ÉCOLE SPÉCIALISÉE DE SUISSE OCCIDENTALE HES-SO UNIVERSITY OF APPLIED SCIENCES AND ARTS WESTERN SWITZERLAND

Le restaurateur Christian Degrigny a développé un pinceau électrolytique pour redonner sa splendeur au trésor de Saint-Maurice.


PLUS DE 18’200 ÉTUDIANTES ET ÉTUDIANTS EN FORMATION DANS DES DOMAINES DE POINTE

Santé

Ingénierie et Architecture Economie et Services

Design et Arts visuels Musique et Arts de la scène

Travail social

HES-SO au service de la formation et de l’innovation


2013 marque le 15e anniversaire de la HES-SO. Même si elle reste bien jeune en comparaison avec les universités, notre haute école a connu d’importants bouleversements depuis sa création en 1997: le nombre d’étudiants est passé de 4’000 à 19’000; des filières Master et des départements de recherche appliquée ont été créés; nous nous sommes internationalisés, tant au niveau des échanges d’étudiantes et étudiants que des projets de recherche.

Déjà 15 ans!

En quinze ans, le chemin parcouru et les difficultés surmontées ont été conséquents. La principale caractéristique de la HES-SO est de s’être bâtie sur une structure intercantonale. En Suisse, cette entité politique n’existe pas: il a fallu inventer des manières de collaborer, de décloisonner. Une ouverture qui allait parfois à l’encontre de l’histoire très régionale et des spécialisations fortement différenciées de nos établissements.

ÉDITORIAL Marc-André Berclaz, président

Aujourd’hui, cette tendance au décloisonnement se renforce encore, avec des hautes écoles de cantons différents qui unissent leurs forces pour proposer de nouvelles formations. Parallèlement, nous observons aussi des réflexes de repli. Le retour vers des structures locales est dans l’air du temps. Les projets de recherche interdisciplinaires s’essoufflent. Face à la rareté des moyens financiers, réelle ou anticipée, nous protégeons davantage notre domaine. La réflexion que ce dossier d’Hémisphères entame sur le décloisonnement est donc bienvenue. Comme à l’accoutumée, nos journalistes ont exploré ce thème en tous sens, de la ville à la sphère privée, en passant par le multitasking. De mon côté aussi, l’heure est à la découverte de nouveaux horizons. Après dix ans à la présidence de la HES-SO, un nouveau chantier m’attend du côté du pôle EPFL valaisan. En attendant de pouvoir souhaiter la bienvenue à ma ou à mon successeur, je vous souhaite, chers lecteurs, une agréable lecture de votre revue Hémisphères.

HÉMISPHÈRES La revue suisse de la recherche et de ses applications HES-SO www.revuehemispheres.com Edition HES-SO, Services centraux, rue de la Jeunesse 1, 2800 Delémont, Suisse, T. +41 32 424 49 00, F. +41 32 424 49 01, hemispheres@hes-so.ch Comité éditorial Rico Baldegger, Luc Bergeron, Claudio Bolzman, Philippe Bonhôte, Jean-Michel Bonvin, Rémy Campos, Annamaria Colombo Wiget, Yolande Estermann, Angelika Güsewell, Clara James, Philippe Longchamp, Max Monti, Vincent Moser, Anne-Catherine Sutermeister, Marianne Tellenbach Réalisation éditoriale et graphique LargeNetwork, Press agency, Rue Abraham-Gevray 6, 1201 Genève, Suisse, T. +41 22 919 19 19, info@LargeNetwork.com Responsables de la publication Pierre Grosjean, Gabriel Sigrist Direction de projet Geneviève Ruiz Rédaction Tania Araman, Sophie Gaitzsch, Anthony Gonthier, Laetitia Grimaldi, Christophe Méttral, Geneviève Ruiz, William Türler Images Ludivine Alberganti, Jean-Luc Cramatte, Jérémie Mercier, Anthony Leuba, Tristan Savoy Maquette & mise en page Sandro Bacco, Diana Bogsch, Sébastien Fourtouil, Yan Rubin, Nicola Todeschini Relecture www.lepetitcorrecteur.com Couverture Christian Degrigny par Bertrand Rey

HÉMISPHÈRES BULLETIN

JUIN 2013

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Hémisphères volume I, paru en juin 2011.

Hémisphères volume II, paru en décembre 2011.

Hémisphères volume III, paru en juin 2012.

Retours sur les précédents dossiers d’Hémisphères ÉCHOS

Hémisphères 1: L’intelligence des réseaux

Hémisphères 2: Ralentir pour progresser

Des twitts tombés du ciel

Le rap au service des potagers

«Lorsque votre cœur s’arrêtera de battre, vous continuerez à tweeter.» C’est le slogan d’une agence publicitaire britannique qui décrit une application lancée en mars dernier, permettant de twitter de l’au-delà. Pour cela, LivesOn analyse les comportements sur Twitter, puis fabrique un double numérique qui twittera après sa mort. Dans le même esprit, le site DeadSocial programme l’envoi de messages posthumes. Depuis leur lancement, le débat sur l’héritage électronique s’est amplifié, notamment en raison des questions éthiques posées par ce genre de prestations.

Dans leur titre Les Potes à Jé, les rappeurs belges Pang et MonkeyMix parlent des potagers urbains de manière originale. «Insulte pas la Terre, Mec c’est ma mère. Observe-la bien, jamais plus t’auras faim», préviennent-ils. Le collectif se positionne en faveur de l’agriculture urbaine, un phénomène qui s’installe en Europe. Alors que la première école ouvre ce mois-ci à Strasbourg, aux Etats-Unis, les potagers communautaires et les fermes urbaines sont déjà nombreux.

Réseauter de bonne heure Son concept est à présent décliné dans les villes du monde entier. En 2009, Tina Roth Eisenberg, une designer tessinoise vivant à New York, a lancé les «creative morning», des «petits déjeuners-débats» gratuits, réunissant des personnes qui évoluent dans le monde créatif. Chaque rencontre débute par une mini-conférence de vingt minutes, dont le sujet gravite autour de l’économie et des dernières tendances. Ensuite, les participants ont l’occasion de bavarder et d’élargir leurs réseaux professionnels, tout en prenant le petit déjeuner. Tina Roth Eisenberg est aussi la fondatrice du blog swiss-miss.com. 4 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Fabriquer lentement Récemment créé en France, le mouvement Slow Made signifie: «faire en prenant le temps nécessaire». Né grâce à une initiative de l’Institut national des métiers d’art et du mobilier national, Slow Made lutte pour une production de qualité et un savoir-faire dans le secteur des métiers d’art et de création. Dans leur charte, les fabricants défendent des valeurs comme la transmission, la recherche, le geste, la pratique, l’appropriation ou encore le prix juste. Actif sur Facebook, le mouvement a pour objectif de créer une plate-forme web.

Traîner avant d’aller au lit Selon un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques, les

Français dorment 7h47 en moyenne, soit 18 minutes de moins qu’il y a 25 ans. Publiée fin 2012, l’enquête précise qu’«à 1h du matin, une personne sur 10 n’est pas encore au lit, préférant se divertir, tandis qu’à 23h, une personne sur deux est couchée». Quant au temps passé par les Français devant la télévision entre 22h et 8h, il a augmenté de quinze minutes depuis 1986. De leur côté, les adolescents consacrent une demi-heure par nuit à leur ordinateur, passe-temps «quasi inexistant» il y a encore deux décennies. Hémisphères 3: La nouvelle précision suisse

Libérer un médicament au bon endroit Début 2013, des chercheurs suisses ont effectué un grand pas en avant dans le développement de traitements ciblés de façon très précise, avec un taux d’effets secondaires diminué. Cette recherche s’inscrit dans le cadre du Programme national de recherche «Matériaux intelligents» (PNR 62). Elle vise à élaborer un médicament qui agirait uniquement sur la zone malade d’un patient, contrairement aux anticancéreux actuels, qui s’attaquent également aux cellules saines.


Hémisphères 4: La valeur au-delà du prix

La nouvelle valeur des habits usagés

Hémisphères volume IV, paru en décembre 2012. En vente sur www.revuehemispheres.com

Le géant suédois H&M propose désormais à tous ses clients de se débarrasser de leurs vieux habits en leur remettant un bon d’achat (CHF 5.— par sac). Les tissus sont ensuite recyclés, via la firme I:CO, basée dans le canton de Zoug. De son côté, la chaîne de sous-vêtements Intimissimi rémunère ses clientes en contrepartie d’un soutien-gorge usagé. Pour Lilly Sulzbacher, porte-parole de l’entreprise de collecte de vêtements Texaid, ce type d’opération marketing est contestable: «Auparavant, on faisait don de ses vêtements pour des pauvres. Aujourd’hui, on les revend», a-t-elle déclaré au Matin.

L’endettement fonction du canton et de la profession

Protéger le savoir-faire Le directeur général de l’entreprise neuchâteloise Felco, Christophe Nicolet, a proposé en début d’année la création d’un organisme national visant à protéger les produits industriels suisses contre les contrefaçons. Comme plusieurs entreprises suisses, le leader mondial de sécateurs et cisailles à câbles est fortement copié à l’étranger. Selon L’Agefi, Felco dépense chaque année entre CHF 60’000 et 100’000.– pour la défense de sa marque, présente dans plus de 120 pays. Le projet de Christophe Nicolet est inspiré de l’action de la Fédération de l’industrie horlogère suisse contre les contrefaçons.

Les habitants des cantons de Nidwald, Zoug et Obwald, possédant un bon niveau de formation et un réseau stable, font partie des personnes les moins endettées de Suisse, selon le Radar 2013 de Intrum Justitia. L’étude a été élaborée en fonction de l’intensité de consommation, avec des facteurs comme l’âge et le mode de vie. Elle montre que les jeunes domiciliés dans les cantons de Glaris, de Fribourg et de Soleure, qui travaillent dans les secteurs de l’artisanat et de la restauration, correspondent à la catégorie la plus exposée à l’endettement.

Louer l’art plutôt que le posséder En Suisse romande, la tendance est en plein essor. Des sociétés proposent aux entreprises de décorer leurs établissements via la location de sculptures, de peintures ou encore de photos. Basée à Lausanne, Murs Porteurs expose par exemple le travail d’artistes dans les locaux d’entreprises depuis 2008. Elle a été fondée par deux passionnées d’art contemporain, Nathalie Hecker et Maude Freymond Wanner, qui sélectionnent des artistes dont la démarche artistique s’accorde avec l’esprit de l’entreprise.

Analyse du succès suisse L’ancien journaliste américain James Breiding a sorti un livre intitulé Swiss Made, qui analyse la réussite du modèle suisse. «La cause du succès, c’est le modèle suisse lui-même, a déclaré l’auteur au Temps en mars dernier. Si l’on essaie de changer quelque chose qui fonctionne, on court de très grands risques. C’est banal, mais il faut comprendre les raisons de ce succès et ne rien changer au modèle.» Dans cette interview, James Breiding cite notamment l’innovation constante, la diversité économique, le modèle d’éducation ou encore le système militaire pour expliquer cette réussite.

Erratum Une erreur s’est glissée dans le dernier Bulletin d’Hémisphères, à la page 13. La responsable de l’étude «nurse@work», Véronique Addor, est professeure à la HEdS-GE – Haute Ecole de Santé Genève. HÉMISPHÈRES BULLETIN

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PAC-MAN. 1980. TORU IWATANI OF NAMCO LIMITED, NOW NAMCO BANDAI GAMES INC.

©2013 SPHELAR POWER CORPORATION

NAVIGATION

UN BRACELET ÉLECTRONIQUE POUR LES PATIENTS

Des vêtements énergétiques

LES JEUX VIDÉO DEVIENNENT ŒUVRES D’ART

Munir les personnes hospitalisées d’un bracelet électronique pour permettre aux médecins de connaître leur position géographique et leur dossier médical via une tablette ou un smartphone. C’est ce que préconise le projet SAVER (Smart access to versatile emergency ressources) mené par le CHUV, en collaboration avec la Haute école de Santé et la Haute Ecole d’Ingénierie et de gestion du Canton de Vaud. Son objectif consiste à pouvoir identifier rapidement un patient et à éviter les erreurs médicales.

Après les dance floor durables, installés dans plusieurs clubs allemands et hollandais, des vêtements régénérateurs d’énergie pourraient débarquer sur le marché dès 2015. Des chercheurs japonais ont mis au point un tissu constitué de fils de cellules photovoltaïques, espérant un jour pouvoir créer des vêtements électrogènes. Ces pièces seraient utiles pour recharger un mobile ou pour fabriquer des toiles servant de sources d’appoint lors de catastrophes.

Dans une collection permanente baptisée «Video Games», le Musée d’art moderne de New York (MoMA) rend hommage depuis mars à 14 jeux vidéo qui ont marqué les trois dernières décennies. Parmi eux figurent notamment Tetris (1984), SimCity 2000 (1994), ou encore Canabalt (2009). Paola Antonelli, directrice de la section design et architecture du musée, a annoncé qu’elle espérait que la collection s’étoffe de 40 jeux dans les prochains mois.

 recherche.hesav.ch

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 www.sphelarpower.com

 www.moma.org


LE CHIFFRE

BLUESEED

69,4

Une Silicon Valley flottante Dès 2014, un paquebot pas comme les autres flottera au large des côtes californiennes, à 20 km de la Silicon Valley. Le navire BlueSeed comportera un incubateur d’entreprises dont l’objectif sera d’éviter les contraintes législatives américaines pour les travailleurs étrangers. Ses initiateurs, les deux entrepreneurs Max Marty et Dario Mutabdzija, cherchent encore à lever 27 millions de dollars. Pour développer sa startup sur ce paquebot, chaque entrepreneur devra débourser entre 1’200 et 3’000 dollars par mois, en plus d’être recommandé par un investisseur réputé.  www.blueseed.co

MOINS DE CHÔMAGE EN SCIENCE ET TECHNIQUE

Déconstruire le mythe de la fécondité

Les étudiants en mathématique, informatique, science naturelle et technique (MINT) ont davantage de facilité à trouver un travail que ceux des autres filières. Selon une enquête de l’Office fédéral de la statistique, leur taux de chômage se situe à 3,8%, alors que celui des autres diplômés s’élève à 5,5%. Les spécialistes des disciplines MINT sont plus nombreux à occuper des postes à responsabilités au sortir de leurs études.

L’absence d’enfant n’est pas un phénomène plus marqué que jamais. La baisse de la natalité n’est pas liée aux femmes qui travaillent. Et non, les personnes migrantes n’ont pas plus d’enfants que les autres. Ce sont les clichés que cherche à déconstruire le Pôle de recherche national LIVES, auquel collaborent plusieurs chercheurs de la HES-SO. Leur dernier livre, Un avenir avec des enfants: Mythes, conceptsclés et recommandations sur la fécondité et le développement de la société fournit des idées pour relever le faible taux de naissance de pays comme la Suisse, l’Allemagne ou l’Autriche.

 www.statistique.admin.ch

 www.lives-nccr.ch

C’est le nombre d’années d’espérance de vie en bonne santé des hommes en Suisse, selon le rapport 2012 de l’OFS. Chez les femmes, le chiffre atteint 70,3 ans. Cette statistique combine les données de la mortalité avec une autoévalutation de la santé par chaque groupe d’âge.

 www.statistique.admin.ch

PLANÈTE Les religions dans le monde Avec plus de 2,2 milliards d’individus, les chrétiens représentent toujours le premier groupe religieux du monde, selon une étude menée par le centre de recherche américain Pew. La religion musulmane arrive en deuxième position avec 1,6 milliard de personnes et l’hindouisme en troisième avec 1 milliard de pratiquants.  www.pewresearch.org

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Le succès mondial des écoles hôtelières helvétiques TOURISME

La Suisse fut pionnière, au XIXe siècle, dans la création d’institutions formant aux métiers de l’hôtellerie. Malgré la forte concurrence internationale, elle conserve aujourd’hui un rôle de leader. Dayer

Il y a l’Ecole hôtelière de La Haye, aux PaysBas. Mais elle arrive en cinquième position. Il y a l’Ecole internationale de management hôtelier des Roches, à Marbella. En sixième position. Dans le dernier classement mondial des écoles internationales de management de l’accueil établi par l’institut Taylor Nelson Sofres, quels sont les centres qui devancent ces prestigieux établissements pour former le quatuor de tête? Trois d’entre eux se disputent la place de dauphin: l’Institut d’études supérieures de Glion (VD), l’Ecole internationale de management hôtelier des Roches, à Bluche (VS), et l’Université de Cornell, aux Etats-Unis. L’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) termine en tête. «Le propos de l’enquête est d’établir le classement des écoles internationales de management de l’accueil au sein desquelles les employeurs sont susceptibles de recruter du personnel pour des hôtels cinq étoiles de calibre international», explique le document. Les conclusions notent que «trois des quatre écoles de tête sont des instituts helvétiques. La Suisse demeure le principal leader mondial dans l’éducation internationale du management de l’accueil. Six des dix écoles les mieux cotées ont des liens directs avec la Suisse.» 8 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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EHL/JEAN-MARIE MICHEL

TEXTE | Thomas


minime, mais elle est cruciale. C’est notre élément différenciateur, qui nous permet de travailler ce que j’appelle l’intelligence de la main, ainsi qu’une certaine attitude.» Le temps n’a pourtant pas manqué d’accroître la concurrence entre les écoles hôtelières, aux échelons nationaux et internationaux. Au fil des ans, elles n’ont pas échappé à certains reproches. Fouiner dans les archives médiatiques permet de retrouver, par exemple, un article du Wall Street Journal datant du 19 juillet 1988. Le papier s’intéresse à l’Ecole hôtelière de Lausanne et relate des critiques émises à l’heure de l’examen – diable, pourquoi la fourchette à salade est-elle placée si loin de la fourchette dévouée au plat principal? – et ironise sur les méthodes antiques de l’institution dont la réputation serait en danger. En 2001, c’est le directeur démissionnaire Maurice Zufferey qui pousse à la réflexion: «Nous n’avons pas le monopole des paysages alpins et du soleil», dit-il dans une interview au magazine Bilan, titrée «Le monde n’attend pas la Suisse pour avancer». Six des dix écoles hôtelières les mieux cotées du monde ont des liens directs avec la Suisse. A gauche, le campus de l’Ecole hôtelière de Lausanne, qui culmine en tête des classements internationaux.

GIHE

Senior Vice President des ressources humaines auprès de la chaîne Mövenpick, Craig Cochrane le confie sans détour: «Les meilleurs hôtels au monde font confiance aux écoles hôtelières suisses parce qu’elles sont aussi les meilleures au monde. Nous travaillons de manière très proche avec elles, car elles véhiculent un alliage fantastique d’histoire et de tradition, de passion pour l’hospitalité, d’excellentes infrastructures, ainsi qu’une volonté d’adaptation aux besoins de l’industrie.» Directeur de l’enseignement et de la recherche auprès du département Learning de l’Ecole hôtelière de Lausanne, Fabien Fresnel estime que «toutes les écoles en Suisse bénéficient d’un effet ‹suisse›, mais que Lausanne, en plus, dispose d’un effet d’âge. En outre, elle est unique par l’alliance qu’elle propose entre arts appliqués et sciences du management. Beaucoup d’autres écoles se concentrent sur le deuxième aspect. Les institutions anglosaxonnes, généralement, considèrent que c’est l’industrie qui apporte le côté pragmatique. Nous, nous gardons un ancrage fort sur le métier. La période pratique reste

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TOURISME

Le succès mondial des écoles hôtelières helvétiques

«On trouve également de bons hôtels ailleurs dans le monde. Nous ne nous distinguons pas toujours par notre amabilité et notre sens de l’accueil. Comparez avec la qualité d’accueil que vous trouvez en Europe du Sud ou en Asie.» Les écoles hôtelières helvétiques semblent avoir tiré certaines leçons de ces critiques. «Les hôtels ne recherchent plus des diplômés qui savent distinguer une sauce béarnaise d’une sauce hollandaise, cela est attendu, note Craig Cochrane. Ils recherchent des personnes qui savent gérer des revenus élevés, diriger des équipes internationales et améliorer la qualité. Les écoles suisses se sont adaptées et se concentrent beaucoup sur ces domaines.» Elle est loin l’époque où la Suisse se muait en terre d’accueil évidente pour les touristes britanniques. Et pourtant, c’est bien en ces temps anciens que s’enracine le plus précieux héritage de l’hospitalité en Suisse: sa tradition. «Les humains ont été très voyageurs depuis bien longtemps, note Claudio Visentin, professeur à l’Université de Lugano et directeur du Musée historique de Bergame. Mais le tourisme en tant que tel, c’est un business du XIXe siècle. Et la Suisse a dès le départ entretenu des liens profonds avec lui, parce que les hôtes y étaient bons: ils comprenaient la mentalité des visiteurs et s’y adaptaient.» En 1893, les premiers élèves intègrent les bâtiments de l’Ecole hôtelière de Lausanne, à Ouchy. Au Chalet à Gobet, elle accueille désormais des étudiants du monde entier. La place y est chère. «Son succès tient au fait qu’elle a été la pionnière, elle a détenu le monopole du savoir pendant très longtemps, confirme Laurent Tissot, professeur à l’Université de Neuchâtel. Les personnes qui en sortaient étaient promues à des rangs élevés, puis conservaient un fort esprit de corps qui s’est renforcé avec le temps.» D’un postgrade en management de l’Université de Lausanne à la mise en place d’un doctorat collaboratif avec la Washington State University, de collaborations avec des marques prestigieuses – Hublot, 10 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Laurent Perrier, Feldschlösschen –, l’EHL a grandi, touché de nouveaux horizons. «Plusieurs étapes ont marqué le développement de l’école comme, par exemple, la première classe mixte en 1924, l’ouverture d’une session anglaise en 1996 et plus récemment la création d’un Centre d’innovation et d’entreprenariat et de son incubateur d’entreprise en 2008, lance Véronique Malan, directrice du marketing à l’EHL. Nous comptons 25’000 diplômés depuis 1893. Le réseau des Anciens est très actif, avec 70 chapitres dans 120 pays de par le monde. Ils organisent diverses rencontres et événements. Les étudiants récemment diplômés, soit entre 2006 et 2011, sont répartis dans près de 70 pays.» Laurent Tissot renchérit: «L’esprit de l’école, avec son existence de plus de cent ans, est acquis.» «Les grandes écoles hôtelières sont maintenant associées à la Suisse comme le champagne l’est à la France, ou la nourriture à l’Italie, renchérit Claudio Visentin. Sortir d’un tel établissement, c’est donner la garantie qu’on est un capitaine de croisière.» Laurent Tissot acquiesce: «On sait que l’avantage de Lausanne sur les autres écoles tient à sa polyvalence et à son pragmatisme. Les étudiants doivent passer de la cave au grenier, toucher à toutes les activités, acquérir des connaissances sur tout. Mais à partir de là, faut-il encore que l’enseignement suive. Aujourd’hui, il y a une forte concurrence. Il s’agit d’affiner les politiques d’investissement, d’attirer les meilleurs professeurs, d’entretenir la réputation.» Pour Claudio Visentin, «le réseau est un paramètre primordial. Il permet d’attirer les meilleurs intervenants. En outre, il s’agit de s’ouvrir aux nouvelles technologies. Mais être un bon hôte, c’est avant tout un état d’esprit: il faut être ouvert aux attentes de l’étranger.» L’image internationale des écoles importe énormément. Les écoles suisses attirent des étudiants de haut calibre du monde entier, qui sont intéressés par des carrières internationales. Aujourd’hui encore, et même davantage, ces institutions doivent sans cesse se renouveler, à l’image du tourisme. Maintenir un niveau élevé reste un défi permanent.


En mars, le World Economic Forum classait la Suisse en tête des nations en ce qui concerne la compétition pour les voyages et le tourisme. Sur son portail internet, l’EHL souligne que «pour maintenir sa position de chef de file, l’Ecole hôtelière de Lausanne doit non seulement s’adapter, mais démontrer qu’elle est capable de conduire le changement». Pour Fabien Fresnel, les challenges qui se présentent aux écoles hôtelières sont de plusieurs ordres. «Il n’existe pas un seul prisme à travers lequel observer. Je dirais que les défis majeurs concernent la taille critique et la recherche de talents, puisqu’il s’agit de trouver les meilleurs enseignants dans la recherche appliquée. Et puis il y a toujours la question de l’ouverture, tant à un niveau international que technologique.»

MARTIN PEIKERT, 1940, COLL. BNB

ANTON RECKZIEGEL, 1940, COLL. BNB

Affiche publicitaire pour la promotion du tourisme à Fribourg, en 1895.

Dès les années 1930, la promotion touristique s'adresse de plus en plus aux enfants et aux familles, négligées jusqu'alors. Cette affiche pour Champex-Lac datant de 1940 incite au rêve et à la détente.

La recherche fondamentale absente du tourisme Tandis que la réputation des écoles hôtelières demeure solide, la science touristique se cherche une place sur les bancs des hautes écoles suisses. Professeur à l’Institut universitaire Kurt Bösch (IUKB), en Valais, Mathis Stock raconte que «le tourisme n’est plus un objet de recherche majeur depuis longtemps». Le début du XXe siècle avait pourtant tenté de planter certains jalons. En 1929, Robert Glücksmann crée l’Institut de recherche sur le tourisme à Berlin. Il ferme six ans plus tard. En 1940, le projet est poursuivi en Suisse alémanique, à Berne et à Saint-Gall. Mais dans les années 1980 et 1990, la

science du tourisme entre en crise. «Le tourisme a eu de la peine à se faire reconnaître comme une science. Il était le dernier wagon, bien après les disciplines de la gestion, de la finance et de la banque», remarque l’historien Laurent Tissot. «Actuellement, la recherche en tourisme est axée quasiment à 100% sur la recherche appliquée, souvent en collaboration avec les acteurs du terrain», observe Roland Schegg, professeur à l’Institut du tourisme de la HES-SO Valais Wallis. Depuis quatre ans, l’IUKB tente de porter un nouveau projet de recherche autour du tourisme. «A notre sens, il s’agit d’un objet très important pour

comprendre la société dans son ensemble, défend Mathis Stock. Le tourisme lève des interrogations historiques, géographiques, anthropologiques. Nous adoptons une approche tirée de la science sociale, et pas seulement du management et de l’écologie.» Et le professeur d’évoquer par exemple les mutations des stations depuis 150 ans. Roland Schegg acquiesce: «la recherche fondamentale permettrait une meilleure compréhension du phénomène touristique, en apportant une compréhension du jeu des acteurs et une meilleure prédiction des phénomènes complexes.»

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Des montres lunaires INGÉNIERIE

On observe de plus en plus de combinaisons de matériaux inattendus et rares en horlogerie. Une démarche qui vise, avant tout, à produire des pièces d’exception qui font parler d’elles. TEXTE | William

Türler

Fragments de Lune, de météorites ou de grands monuments historiques… On ne compte plus les matériaux ou alliages étonnants utilisés en horlogerie. Ces combinaisons relèvent cependant «essentiellement d’une démarche de marketing et ne proposent pas de grandes innovations en termes de fonctionnalités techniques ou technologiques», souligne Olivier Duvanel, ingénieur à la Haute Ecole Arc Ingénierie, Neuchâtel. Un point de vue partagé par son collègue François Courvoisier, doyen de l’Institut du marketing horloger. Il estime que le but de ces opérations consiste avant tout à produire des pièces d’exception dont on parlera dans les salons et les magazines horlogers, des «talking pieces» souvent uniques ou en séries très limitées offrant un facteur de différenciation et de visibilité. La justification de ces pièces serait donc à la fois un exploit technique de fusion de matériaux et un «exploit conceptuel» en termes de marketing. Parmi les exemples les plus notables, on peut citer la marque Romain Jerome et sa collection Titanic-DNA. Chaque pièce se distingue par une lunette en acier, oxydé et stabilisé, issu de la fusion entre le métal de la célèbre épave gisant à 3’840 mètres de fond et celui fourni par le chantier naval Harland & Wolff à Belfast, où fut construit le Titanic il y a un siècle.

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«Nous avons pu nous procurer un morceau d’acier de la coque du navire récupéré lors de l’une des premières expéditions sous-marines, avant que l’épave ne soit proclamée site protégé», souligne le CEO de Romain Jerome Manuel Emch, qui garantit que cet acier a été authentifié par un notaire en Suisse et en Irlande par le chantier naval. La difficulté horlogère a résidé dans l’intégration de la rouille dans les montres: il a en effet fallu trouver un moyen de stabiliser l’acier oxydé, afin que celui-ci ne se détériore pas avec le temps. Sur la même idée, la marque genevoise a sorti un modèle baptisé Moon-DNA, contenant différents éléments de la Lune ou de missions lunaires, acquis lors de ventes aux enchères ou par le biais de l’Association des explorateurs de l’espace (Association of Space Explorers, ASE) de Houston, au Texas. Il s’agit de poussières du satellite terrestre utilisées sur les cadrans ou fondues dans de l’argent, mais aussi de fragments du vaisseau Apollo 11 mêlés à l’acier des boîtiers et des lunettes, ou de fibres textiles récupérées sur des combinaisons de la Station spatiale internationale (International Space Station, ISS) et ensuite intégrées aux bracelets. Autre exemple surprenant, la collection Eyjafjallajökull-DNA, sortie en 2010 à l’occasion de l’éruption du célèbre volcan islandais.


L'industrie horlogère intègre de plus en plus de matériaux étonnants aux montres: des fragments de Mars, du Titanic ou de la Statue de la Liberté. Des alliages qui nécessitent des exploits techniques.

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TROIS QUESTIONS À MAGDALENA GERBER responsable du projet Graphicceram.

Le cadran de ce modèle est constitué de pierre de lave et la lunette, en acier, contient des cendres extirpées du volcan. «La collection a été créée au moment de l’éruption du volcan qui a paralysé l’espace aérien international, se souvient Manuel Emch. Les premiers croquis ont été esquissés et un communiqué annonçant la naissance du modèle a été envoyé simultanément. Nous avons été contactés par l’Institut volcanologique islandais, qui a proposé son aide afin de récupérer des cendres et des roches volcaniques. Un hélicoptère a été affrété et nous nous sommes très rapidement retrouvés en possession des matériaux.»

Fruit d’un partenariat entre la HEAD et la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève – hepia, Graphicceram combine des techniques comme l’impression digitale céramique ou la gravure laser pour proposer de nouveaux matériaux à l’horlogerie et à la joaillerie.

Pourquoi avoir utilisé autant de matières? Avec nos techniques de céramique, nous laissons agir la nature. Ce qui nous intéresse, c’est l’interaction d’un émail avec un certain support. On teste donc le même émail avec une quinzaine de supports, qui donnent tous différents rendus. J’appelle ça le «mineral design», un design réalisé par les minéraux. En laissant ainsi agir la nature, vous produisez des textures uniques? Oui et c’est ça qui est intéressant, on peut les individualiser. Même dans les séries, on peut faire quelque chose de très semblable, mais pas identique. Cela apporte une valeur ajoutée. Il y a d’ailleurs déjà des maisons horlogères intéressées, on est en pourparlers. Je n’en dirai pas plus, mais ça concerne aussi bien l’horlogerie que la bijouterie. Par Anthony Gonthier

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Cadran en céramique émaillée, produit par la HEAD – Genève / CERCCO; ø 30 mm, épaisseur 1 mm.

HEAD - GENÈVE / BAPTISTE COULON

Certaines de vos créations rappellent la texture de la Lune. Comment avez-vous obtenu un tel rendu? Nous avons fait différentes expériences, comme mélanger de la porcelaine avec de la terre manganèse. On a cuit le tout à 300 degrés, ce qui est trop pour le manganèse, qui s’est mis à buller et à créer de petits cratères. Une autre fois, nous avons mélangé le manganèse avec des éléments vitreux, ça s’est mis à fusionner. Les résultats sont très variés.

Cadran en porcelaine et terre manganèse poncé, produit par la HEAD – Genève / CERCCO; ø 30 mm, épaisseur 1 mm.

D’autres modèles ont été réalisés selon le même principe avec des éléments de la statue de la Liberté. Ces montres, baptisées Liberty-DNA, contiennent des fragments du monument new-yorkais récupérés lors de la restauration de l’œuvre effectuée à l’occasion de son centenaire. La teinte vert-gris du cadran rappelle la couleur de cuivre oxydé du monument. «En créant des gardes-temps riches en émotions, nous permettons à nos clients de porter un peu d’Histoire à leur poignet», résume Manuel Emch, qui ajoute que chacune de ces pièces est accompagnée d’un certificat d’authenticité garantissant la provenance des matériaux utilisés. Vendus en moyenne entre CHF 10’000 et 30’000.–, ces différents modèles sont des pièces uniques ou des éditions limitées. Basés à Saint-Blaise (NE), les Ateliers Louis Moinet utilisent également des éléments lunaires, ainsi que des météorites sur le cadran ou sur le côté du boîtier de certaines de leurs créations. «Moins de 100 météorites lunaires ont été authentifiées à ce jour. Il s’agit de l’une des matières les plus chères du monde, avec un prix au gramme dépassant de loin le prix de l’or, du platine et du diamant», relève le directeur de l’entreprise Jean-Marie Schaller. De fait, le modèle Astralis, une montre à grande complication présentant notamment des morceaux de la Lune et de Mars, est une édition limitée à 12 exemplaires, pour un prix de vente s’élevant au montant – astronomique – de CHF 315’000.– pièce.


Démystifier la création en quatre volumes

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DESIGN

Auteur et sémioticien, André Vladimir Heiz s’est attelé à une œuvre monumentale: décrire et analyser dans le détail les bases de la création. Il publie un ouvrage, résultat de dix ans de recherches, qui se présente comme le nouveau standard du genre. TEXTE | Sylvain

Menétrey

Un poids certain, quatre volumes alignés dans un coffret, 1408 pages au total; de visu le travail impressionne et nous rend presque timide. A l’heure où les encyclopédies paraissent essentiellement au format numérique, on a rarement l’occasion d’être confronté à des livres aussi copieux. Les premiers commentaires rendent hommage à cette emphase: «La bible pour créateurs et créatrices», s’est exclamé Der Westdeutsche Rundfunk. Cette brique de savoir se veut pourtant tout sauf rébarbative et inhibitrice. André-Vladimir Heiz a conçu «Les Bases de la création» HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Démystifier la création en quatre volumes

TRISTAN SAVOY

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«On peut ouvrir mes livres où l’on veut.» ANDRÉ VLADIMIR HEIZ

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professeur à l’ECAL /Haute école d’art et de design Lausanne

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comme un manuel destiné aux créateurs du XXIe siècle, c’està-dire à ceux de l’ère digitale, plus habitués à cliquer pour grappiller des informations qu’à lire consciencieusement de manière linéaire. «On peut ouvrir mes livres où l’on veut, ne tenir compte que des diagrammes, lire des paragraphes, en passer d’autres, y revenir plus tard», assure le théoricien du design, qui enseigne à l’ECAL/Haute école d’art et de design de Lausanne.

réalité tout autre, puisqu’il s’intéresse aux dimensions physiques de la création. Son ouvrage se présente comme une analyse de l’esprit, de l’œil et de la main de l’artiste au travail. On ne s’élève pas dans de hautes sphères abstraites, mais on garde le regard toujours à la hauteur des choses. «Le Nouveau Roman m’a appris l’écriture objectale. J’ai travaillé de manière empirique, comme un cuisinier: ce livre est un livre de cuisine», explique-t-il.

Artisan du verbe et chercheur, André Vladimir Heiz s’intéresse aux enjeux des signes et des médias. Avant d’enseigner à l’ECAL, il a dirigé le département Communication visuelle à la ZHdK de Zurich (Zürcher Hochschule der Künste). Il a travaillé pendant dix ans à ce projet qui décortique les processus créatifs. On aurait pu s’attendre à une réflexion métaphysique, qui part en quête d’une improbable essence de la création. L’objectif de l’auteur est en

Plus qu’une série de recettes, les quatre volumes se présentent en fait comme une caisse à outils où les artistes et designers peuvent trouver les concepts qui leur permettent de réfléchir à leur pratique quotidienne en atelier. «Le grand talent d’André Vladimir, c’est de mettre des mots sur des intuitions qu’on a tous en tant que créateur, mais qu’on n’explicite jamais, qui restent tacites», juge ainsi Luc Bergeron, responsable de la recherche à l’ECAL.


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En carton gris, avec le nom des volumes sur une tranche associés à des symboles colorés et la quatrième de couverture sur l’autre tranche, la boîte apparaît résolument «Swiss made» et minimaliste, presque aussi austère qu’un lot de manuels de droit. Les quatre volumes qu’elle contient jouent la même carte; un code couleur qui rappelle l’art concret et l’imprimerie désigne chaque livre: magenta, cyan, jaune et vert. Le premier s’intéresse au «ça-voir-faire» et processus, le second aux systèmes et structures, le troisième aux signes et situations et le dernier aux identités et différences. Mais par où commencer si l’on est libre d’ouvrir les ouvrages où on le souhaite? «En posant une question», écrit l’auteur, dont on croit presque entendre la voix flûtée entre les lignes. Ecrit avec verve et humour comme une promenade au pays de la création, l’ouvrage semble se dessiner

sous les yeux du lecteur. C’est la singularité du parti pris d’écriture de Heiz que de donner l’impression qu’il marche avec celui qui le lit et que ce dernier participe au processus de défrichement. Loin de donner la leçon, l’auteur découvre et expérimente au même rythme que son lecteur. L’ouvrage analyse les bases de la création, tout en étant lui-même une création en devenir. Penser et faire, esprit et main, constituent les binômes centraux de la création, qui s’opposent, s’influencent et s’autoalimentent en permanence. L’auteur a d’ailleurs collaboré avec des étudiants et des créateurs, comme la classe de design de Christophe Marchand à l’ECAL pour le deuxième volume sur les systèmes et structures. En sont témoins de nombreuses illustrations qui plongent le lecteur dans l’action. L’ouvrage se veut un exemple de la méthode d’apprentissage par la pratique (learning by doing). Ce parti pris didactique, associé à la circularité de HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Démystifier la création en quatre volumes

l’acte créatif – penser, faire, penser encore, faire encore, etc. – donne naissance à un ouvrage à la rythmique assez étonnante, faite d’ellipses et de répétitions, qui témoigne d’une pensée alerte. Si la création commence par une question, elle se base aussi sur une fonction principale. Avant même qu’elle ne se divise en disciplines comme le design, l’architecture ou l’art, la création naît de la perception. Tout ce qui entre dans le champ de vision ou entre les mains d’un créateur est susceptible d’être envisagé et soumis à la réflexion. «Percevoir est un ‹faire› dont le résultat est une impression», écrit le chercheur. Percevoir c’est prendre conscience avec les sens de ce qui nous entoure, puis en retirer des informations génératrices d’émotions. Et les idées dans tout ça? Elles reposent justement sur les impressions. Mais contrairement à la perception qui se dirige vers l’extérieur, les idées naissent à l’intérieur. Elles se détachent du flou de l’esprit. Ce sont des images mentales ou des représentations qui se sont nourries des impressions extérieures. Dans son ouvrage, Heiz ne se contente pas d’expliquer ces phénomènes, il invite aussi à travailler la perception par différents exercices. Très hiérarchisé et découpé, l’ouvrage combine plusieurs niveaux de lecture, des intermèdes qui incitent à réfléchir, à comprendre ou à faire. Outre les images, il est ponctué de diagrammes et de schémas, de résumés, de textes qui poussent le raisonnement plus avant, de renvois à 18 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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d’autres auteurs. De la feuille blanche à la gravière, en passant par la pizza, les exemples se multiplient, suivant ce leitmotiv concret qui fait de l’ouvrage une antithèse de la pensée du «sublime» de Kant. Heiz s’intéresse à toutes les phases d’un projet créatif, en passant par les émotions, par le briefing du client, par les différents signes, systèmes et trames qui forment le vocabulaire et la grammaire de la création. En mettant des mots simples sur un domaine où l’on voyait naguère une trace du divin ou l’action des Muses, André Vladimir Heiz se lance dans une vaste entreprise de démystification. Il évite aussi les discriminations et les hiérarchies entre les disciplines. Dans son esprit, les beaux-arts sont autant que le design le résultat d’une série d’actes et de décisions prises par le créateur. De langue maternelle française et de langue paternelle allemande, André Vladimir Heiz ne pouvait se contenter d’une traduction de son opus magnum. Il a écrit les deux versions dans chacun des idiomes. A la lecture des textes, on comprend cette exigence, car sa langue s’amuse constamment à comparer des termes proches étymologiquement et à faire des jeux de mots porteurs de sens et déclencheurs d’idées larvées dans leur construction, montrant par là même la plasticité du langage. «Les Bases de la création» s’apparentent en cela à un objet de design où le verbe est matériau de construction et où la forme suit la fonction. La somme produite renouvelle l’approche de la création et les

outils didactiques proposés aux créateurs. De nombreux auteurs se sont penchés sur ces questions par le passé, mais depuis Gyorgy Kepes, auteur d’un traité en six volumes, en 1960, aucun ne s’était assigné la tâche de la traiter de manière aussi exhaustive. «Quand bien même, il ne faut pas croire qu’on puisse lire ces livres et tout savoir», objecte Heiz. La création est en effet un perpetuum continuum. Les livres du théoricien lausannois également, puisqu’il projette une version anglaise avec d’autres exemples et images davantage liés au contexte anglo-saxon. De même, un dialogue est entamé sur son magazine en ligne unifaire.n-n.ch. Dans les écoles, les étudiants se saisissent de l’objet, le font leur, le questionnent et le critiquent. «Le fait accompli met l’accent sur le faire», note André Vladimir Heiz avec son sens de la pirouette.

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«Les Bases de la création», quatre volumes sous emboîtage, André Vladimir Heiz, éditions Niggli. Avec le soutien de: HES-SO, ECAL, ZHdK, Office fédéral de la culture, Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie, Fondation Vitra, Fondation Jan Michalski, Atelier Pfister, Pour-cent culturel Migros, Design Center Langenthal.


L’électrochimie au service d’un trésor PATRIMOINE

L’abbaye de Saint-Maurice fêtera ses 1’500 ans en 2015. L’occasion d’offrir une cure de jouvence à ses fameux joyaux. Principal outil de cette vaste entreprise: le pinceau électrolytique, une innovation étonnante. TEXTE | Tania

Araman

Vue cavalière de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune par Matthäus Merian (1653), fondée en l’an 515 par le roi burgonde SaintSigismond à l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien.

Reliquaires d’illustres saints, offrandes de rois et de princes, souvenirs carolingiens et mérovingiens: le trésor de l’abbaye de Saint-Maurice mérite bien qu’on en prenne le plus grand soin. D’autant que la sainte institution célébrera ses 1’500 ans en 2015. Une occasion de remettre à l’honneur cette collection d’objets précieux dont le plus ancien date du IIe siècle avant Jésus-Christ. «Nous avons prévu de redéployer le trésor dans un nouvel espace, la salle actuelle ne permettant pas d’accueillir plus de dix personnes à la fois», raconte Monseigneur Joseph Roduit, Père Abbé de l’abbaye. HÉMISPHÈRES BULLETIN

© ATELIER DE RESTAURATION / ABBAYE DE SAINT-MAURICE

TIRÉE DE A. GATTLEN, 1987

Un atelier a été ouvert au sein de l’abbaye de SaintMaurice pour restaurer les 30 pièces les plus prestigieuses de son trésor.

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L’électrochimie au service d’un trésor

Et pour qu’il apparaisse dans toute sa splendeur aux yeux du public, d’importants travaux de restauration ont été entrepris sur les 30 pièces les plus prestigieuses, ternies par le temps. Aucun objet ne pouvant quitter le lieu de culte, sécurité oblige, un atelier a été ouvert sur place en janvier 2012, sous la responsabilité de la conservatrice-restauratrice Denise Witschard. Sa principale arme pour redonner au trésor son éclat d’antan? Un pinceau électrolytique, développé par l’équipe de Christian Degrigny, enseignant-chercheur spécialisé en électrochimie à la Haute Ecole Arc Conservation-restauration. Electrolytique? Pour venir à bout du ternissement dû aux années, ce procédé utilisant à la fois la chimie et l’électricité demeure la meilleure façon de traiter les pièces d’orfèvrerie, qui constituent la majeure partie du trésor. Cela sans nuire à leur intégrité et en limitant au maximum la perte de matière (lire encadré). «Il y a une quinzaine d’années, Denise

Christian Degrigny utilise un pinceau électrolytique pour traiter une pièce d'orfèvrerie.

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Witschard et moi-même avions déjà eu l’occasion de travailler ensemble sur l’une des châsses* du trésor, celle dite des enfants de Saint-Sigismond», se souvient Christian Degrigny. Si à l’époque les fines plaques d’argent ciselé avaient été décrochées du coffre en bois pour en rendre possible le nettoyage – par l’immersion totale dans une solution électrolytique – une telle entreprise n’était pas envisageable aujourd’hui. «La perte de temps serait considérable compte tenu du nombre d’objets et le risque de les endommager trop important», souligne Denise Witschard. Voilà ce qui a poussé le spécialiste de la HES-SO à concevoir avec son équipe un outil «qui permettrait de traiter les objets de façon très ciblée, sans avoir à les démonter, et de manière à ce que la solution ne s’infiltre pas dans le bois, en apportant à la surface la quantité nécessaire de produit». Et de préciser: «Il faudra encore attendre un an avant de finaliser le prototype. Mais nous nous rendons régulièrement à l’abbaye, environ toutes les trois semaines, pour permettre à Denise Witschard de

© ATELIER DE RESTAURATION / ABBAYE DE SAINT-MAURICE

PATRIMOINE XXXXXXX


Mais revenons à l’abbaye. Avant de recourir à cet outil dernier cri, une première étape est indispensable: identifier les différents éléments qui composent l’objet à nettoyer afin d’opter pour le traitement approprié. «Si la pièce ternie est en argent doré par exemple, d’autres protocoles doivent être mis en place. L’analyse est réalisée à l’aide d’un appareil de fluorescence X portable, une sorte de pistolet pointée à la surface du métal qui détermine la composition de l’alliage à partir d’un rayonnement X.» Bref, une somme de travail considérable, compliquée parfois par le fait que ces objets sont encore aujourd’hui utilisés par les chanoines lors de services liturgiques et même, pour certains, sortis et portés dans la rue en processions. «C’est toute la différence avec les pièces d’un musée qui restent toute l’année derrière une vitrine, relève Denise Witschard. Or, cette manipulation régulière peut accélérer le processus d’oxydation.» Afin de limiter les dégâts, les châsses ont notamment été fixées sur un socle rigide, permettant ainsi aux chanoines de continuer à les utiliser sans avoir à les toucher directement. L’autre distinction avec le travail dans un musée? «On croirait presque que ces objets ont une âme. Avant de m’être confiées pour être restaurées, les châsses sont désacralisées: les chanoines en ôtent les reliques. C’est impressionnant d’assister à ce changement de statut.»

Le nettoyage électrolytique, comment ça marche? Les explications de Christian Degrigny Les origines du ternissement L’argent ternit au contact du soufre présent dans l’atmosphère. La réaction provoque le noircissement progressif de l’objet, qui perd alors son lustre de surface.

Les avantages du traitement électrolytique Il n’a pas d’effet abrasif sur la surface du métal et permet d’éviter d’utiliser des produits chimiques agressifs.

Le fonctionnement Le matériau à traiter est connecté à l’une des bornes d’un générateur de courant (pôle négatif). Pour un traitement par immersion, on l’entoure d’un grillage en platine connecté quant à lui au pôle positif du même générateur. Le passage du courant permet de retransformer le ternissement (sulfure ou chlorure d’argent) en argent. Il n’y a donc pas de perte de matière et la solution utilisée est neutre et peut être facilement rincée.

L’application au pinceau électrolytique Il fonctionne selon le même principe, mais on construit à son extrémité une cellule permettant d’agir localement. La cellule est fermée par un tampon imbibé de solution qu’on déplace à la surface du métal terni.

Lors du nettoyage électrolytique, le passage du courant permet de retransformer le ternissement en argent. L’avantage de ce traitement est qu’il évite l’utilisation de produits chimiques agressifs.

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poursuivre son travail, régler les problèmes techniques et déterminer comment nous pouvons encore améliorer notre outil.» A noter que ce travail de recherche est mené en collaboration avec EDANA – Laboratoire de recherche en anthropotechnologie de la Haute Ecole Arc Ingénierie, qui planche de son côté sur l’aspect ergonomique du pinceau électrolytique, «le but étant de disposer au final d’un objet convivial et confortable d’utilisation», souligne encore Christian Degrigny.

Ce ciboir, dit «de Charlemagne», fait partie du trésor de l’abbaye. Il s’agit d’un vase sacré, utilisé dans les liturgies chrétiennes.

*Les châsses sont des grands coffres contenant les ossements de martyrs.

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L’arrivée d’internet a bouleversé les codes de la branche. Sabine Emad, professeure à la Haute école de gestion de Genève – HEG, parle de révolution. «Surtout depuis 2005, avec le développement à grande échelle des réseaux sociaux, qui ont ouvert de nombreuses possibilités aux entreprises et aux marketeurs.» Internet leur permet de récolter des informa-

tions sur les utilisateurs, leurs préférences, leurs habitudes et leurs relations. De nouveaux problèmes sont également apparus. Les consommateurs du XXe siècle évaluent en permanence la qualité des produits et n’hésitent pas à se rebeller si les pratiques d’une entreprise ne répondent pas à leurs attentes. «Nous observons également l’apparition de groupes «marketing résistants», explique Michèle Bergadaa, professeure de marketing au Département des hautes études commerciales de l’Université de Genève. Ils se renseignent, achètent d’occasion, des petites marques ou directement chez le producteur. Il s’agit pour l’instant d’un mouvement de taille modeste, mais qui prend de l’ampleur.»

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Gaitzsch

A grand renfort de cigarettes et de whisky, un groupe d’hommes en complet cravate élabore la campagne de publicité. Un message convaincant, un soupçon d’humour, un graphisme attrayant et le tour est joué. Depuis l’époque de la série télévisée Mad Men, le monde du marketing a bien changé.

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Depuis l’essor des réseaux sociaux, les publications académiques en marketing explosent. Elles analysent le comportement virtuel des consommateurs et leurs relations avec les marques. TEXTE | Sophie

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En revanche, pour des produits plutôt émotionnels, comme les parfums, suivre des recommandations plutôt que son goût peut nuire à la satisfaction à long terme.

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Pour un produit demandant peu d’engagement, comme une application smartphone gratuite, viser une personne ayant beaucoup d’amis reste plus efficace.

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Au contraire, une personne ne faisant pas partie de différents groupes aura probablement un goût moins prononcé pour le luxe. L’explication: cet internaute ressent moins de «disparités de statut» pouvant être compensées avec des produits de luxe.

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Pour des produits fonctionnels, comme une perceuse, les recommandations augmentent la satisfaction à long terme.

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Pour les produits qui demandent une forte implication du consommateur, par exemple une nouvelle voiture, mieux vaut viser une personne qui a peu d’amis, mais qui fait partie d’un groupe très soudé.

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Une personne appartenant à un grand nombre de groupes sur les réseaux sociaux aura tendance à afficher davantage de «like» pour les marques de luxe et à acheter davantage de produits haut de gamme.

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Un consommateur est-il content de son achat s’il a suivi des recommandations sur internet? Les résultats de Joseph Lajos de l’Université de Lausanne.

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Comment les marques de luxe peuvent-elles identifier des clients potentiels sur les réseaux sociaux? Le nombre de différents groupes auxquels appartient une personne constitue un bon indicateur de son goût pour le haut de gamme, selon David Dubois de l’Institut européen d’administration des affaires (Insead).

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Des recommandations pas toujours efficaces

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Pour diffuser son produit sur les réseaux sociaux, faut-il viser la personne ayant le plus d’amis sur Facebook? Pas nécessairement, répond Zsolt Katona de l’Université de Berkeley, en Californie.

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Avoir beaucoup d’amis ne suffit pas


ÉCONOMIE

Recherche en marketing: la mue 2.0

La recherche académique en marketing a, elle aussi, pris le tournant du web. «Chaque avancée des modes de communication la stimule, souligne Joseph Lajos, professeur assistant à la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne. Ces quinze dernières années, nous avons assisté à une explosion de la taille des départements universitaires spécialisés en marketing, ainsi que du nombre de publications académiques.» Un grand nombre de projets s’intéresse à l’identification des besoins des consommateurs, en observant leur comportement sur les réseaux sociaux. Le développement de relations plus profondes entre entreprises et clients constitue une autre piste.

Ma petite entreprise sur Second Life Comment permettre à des étudiants en marketing de mettre leurs connaissances en pratique? Sabine Emad, professeure à la Haute école de gestion de Genève – HEG, est allée chercher la réponse dans les mondes virtuels.

Des avatars lors d'une sessions de brainstorming sur Second Life. Depuis 2008, des étudiants en marketing créent leur propre entreprise dans cet espace de rencontre virtuel.

Depuis 2008, ses étudiantes et étudiants créent leur propre entreprise sur Second Life. Un univers artificiel dans lequel les utilisateurs, présents sous forme d’avatars, peuvent se déplacer et interagir. «Second Life est peuplé de clients potentiels. Cela permet aux étudiants de tester leur stratégie marketing. Ils peuvent vérifier si elle fonctionne et s’adapter à l’environnement.» Parmi les concepts mis en place, on trouve un salon de l’auto miniature, un réseau social ou encore une organisation caritative qui vend des œuvres d’art au profit de la Croix-Rouge.

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Sabine Emad utilise également les mondes virtuels pour mettre en scène des études de cas. La professeure découpe l’information sur laquelle les étudiants doivent travailler et la dissémine sur Second Life. Ils doivent ensuite la retrouver. Une fois tous les éléments rassemblés, ils planchent sur le cas et présentent leurs recommandations. La tâche est la même que si l’exercice avait été livré par écrit, «chasse au trésor» en plus. «Cette étape oblige les étudiants à collaborer. J’ai observé que les résultats présentés sont plus riches. Les jeunes ne lisent plus et passent leur temps à jouer. Dans un cours ex cathedra, ils s’ennuient. J’ai cherché à dispenser mon cours de manière plus engageante, avec des méthodes ludiques.» Pour cette méthode d’enseignement expérimentée en collaboration avec le professeur australien Wade Halvorson, Sabine Emad a reçu le Prix 2013 de l’innovation de l’European Case Clearing House. Cette organisation, basée en Angleterre, distingue chaque année les meilleures recherches dans le domaine de l’enseignement par étude de cas.

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Handicap et travail, la difficile équation SOCIAL

Les personnes handicapées restent défavorisées sur le marché de l’emploi. Mais certaines entreprises jouent le jeu de l’ouverture et ne le regrettent jamais.

JEAN-LUC CRAMATTE

TEXTE | Laetitia

«Une personne en fauteuil roulant ne sera plus en situation de handicap si, pour accéder à un bâtiment, une rampe est à sa disposition.»

Grimaldi

Pierre Margot-Cattin se déplace en fauteuil roulant depuis son plus jeune âge. Son diplôme d’avocat en poche, il a tout connu: les candidatures sans réponse, les entretiens joués d’avance, puis le chômage. Avant qu’il ne s’installe en tant qu’indépendant pendant près de dix ans. Il est ensuite retourné sur les bancs de l’université pour devenir anthropologue. A nouveau, il s’est confronté aux affres de la recherche d’emploi. Jusqu’à ce poste de professeur à la HES-SO Valais-Wallis-Haute Ecole Sociale de Sierre, qu’il décroche quasi-instantanément. «Je suis arrivé face à des gens avant tout intéressés par mon profil et mes aptitudes pour le poste.» Normal… sauf que Pierre MargotCattin a toujours vu son handicap primer sur ses compétences.

GENEVIÈVE PIÉRART

professeure à la Haute Ecole fribourgeoise de travail social

Signe d’une évolution majeure du monde du travail? «Depuis une dizaine d’années, le terme de «handicapé» disparaît au profit de «personne en situation de handicap», qui prend en compte la personne et son environnement, observe Geneviève Piérart, professeure à la Haute Ecole fribourgeoise de travail social.

Une personne en fauteuil ne sera plus en situation de handicap si, pour accéder à un bâtiment, une rampe est à sa disposition. En termes d’insertion professionnelle, on se focalise de plus en plus sur l’environnement de travail de la personne et sur la façon dont l’entreprise peut évoluer, s’adapter.» C’est précisément en ce sens que vont les dernières révisions de l’assurance invalidité (AI). Fidèle à son leitmotiv «la réadaptation avant la rente», l’AI prend de plus en plus en charge les frais inhérents aux besoins du travailleur en situation de handicap, qu’il soit ou non bénéficiaire d’une rente: coaching pour la recherche d’emploi, prise en charge d’équipements, formations. L’assurance octroie également aux employeurs les aides nécessaires, comme la possibilité d’engagement à l’essai pendant 180 jours. Alors, ateliers protégés, entreprises sociales ou marché primaire de l’emploi, où est-ce que les personnes handicapées ont le plus de chances de trouver un travail? Tout dépend de la situation de la personne, répondent HÉMISPHÈRES BULLETIN

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SOCIAL

Handicap et travail, la difficile équation

«J’ai des difficultés à me concentrer, mais j’arrive à faire ce qu’on me demande» JÉREMY, 20 ANS, GENÈVE

Souffrant d’importants problèmes de concentration et d’apprentissage depuis très jeune, Jérémy, 20 ans, a connu un parcours scolaire chaotique. Il y a deux ans, la chance lui sourit enfin: il croise la route de Sébastien De Carlo. Ce jeune entrepreneur, directeur de Global Lines service à Meyrin, est prêt à lui faire confiance et lui offre un emploi. Aidé dans son travail et son organisation par l’association genevoise Actifs, Jérémy s’intègre à l’équipe et endosse sa fonction avec professionnalisme. «Je m’occupe de la logistique des appels et de la saisie des informations. J’ai des lacunes en maths, des difficultés à me concentrer, mais j’arrive à faire ce qu’on me demande.» Plus qu’un travail, Jérémy a retrouvé un nouveau souffle: «Quand j’ai arrêté l’école, j’ai passé deux mois sans rien faire, c’était dur. Là, je fais quelque chose de mes journées, j’ai une vie sociale, un rythme à suivre, une structure. J’en ai besoin, sinon je serais un peu perdu.» Son avenir, il le voit dans le secrétariat, ou la vente: «J’en rêve, même si je sais que ce ne sera pas facile.»

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unanimement les professionnels. Dès lors que l’on s’en approche, le monde du handicap se complexifie en autant d’individualités qui le constituent. Problème congénital, maladie évolutive, accident grave, parcours de formation professionnelle ou non, chaque situation est unique et requiert une approche attentive. «Mieux on peut individualiser les actions de recherche d’emploi et mieux c’est», constate Jean-Luc Rossier, professeur à la Haute Ecole de Santé de Genève (HEdS). Et les dernières révisions de l’AI permettent d’intervenir rapidement, ce qui est essentiel.» L’un des principaux freins et levier de changement, c’est le monde du travail lui-même. Une enquête de la Confédération réalisée auprès des 26 offices AI cantonaux indique que ceux-ci sont parvenus, en 2012, à maintenir en emploi ou à insérer sur le marché du travail primaire près de 17’000 personnes atteintes dans leur santé. Parmi elles, 6’000 personnes ont signé pour un nouvel emploi. Derrière ces chiffres, on trouve une pluralité de cas. Pour Sébastien De Carlo, directeur de l’entreprise Global Line Services à Meyrin (GE), employer une personne en situation de handicap a représenté «le fruit du hasard, de la volonté et de la chance»: «Tout a commencé par une histoire d’amitié avec Jérémy (lire encadré ci-contre). J’avais besoin de quelqu’un pour m’aider dans les travaux de secrétariat. J’ai créé un poste pour lui, où il a pu travailler à son rythme. Jérémy a réussi à s’intégrer dans l’équipe.» S’il ne l’avait pas rencontré, aurait-

il entrepris une telle démarche? «Je ne sais pas, reconnaît l’entrepreneur en toute sincérité. Dans la réalité du terrain, ce genre d’initiative n’est pas automatique.» D’où l’importance cruciale du travail d’informations et d’initiatives sur le terrain. A l’instar de celui mené par l’association genevoise Actifs, qui se mobilise pour l’intégration dans la vie active des personnes vivant avec une déficience intellectuelle: «Notre but est de permettre à chaque personne que nous suivons de s’intégrer pleinement au sein d’une entreprise, explique Anne-Laure Spitsas, directrice. Pour cela, nous nous axons sur ses forces, ses envies. Le coaching se poursuit dans la recherche d’emploi, la formation, et au sein de l’entreprise les premières semaines. Nous nous retirons alors progressivement, mais restons à disposition aussi longtemps que nécessaire.» L’AI elle-même se veut très active dans ce domaine: «Notre priorité absolue consiste à éviter la désociabilisation des personnes, qu’elles soient ou non bénéficiaires d’une rente entière, explique Pascale Lilla, conseillère et coordinatrice emploi à l’AI. Mon travail est de tout faire pour mettre en avant les capacités de la personne que j’ai en face de moi, et de trouver l’entreprise où elle pourra les mettre à profit.» Pour cela, la professionnelle ne baisse jamais les bras: «Je suis là pour inciter les employeurs à ouvrir leurs portes. Cela demande du temps, de l’investissement, des explications… tout sauf du forcing. Il faut parfois y consacrer des mois.»


ANTHONY LEUBA

«Mieux on peut individualiser les actions de recherche d’emploi et mieux c’est.» JEAN-LUC ROSSIER

professeur à la Haute Ecole de Santé de Genève (HEdS)

Mais la démarche est parfois couronnée de succès. Pour preuve, le cas de Travys, l’entreprise de transports publics yverdonnoise. Elle a reçu en mars dernier un prix décerné par l’Association des entreprises d’intégration professionnelle. En trois ans, cette société de 154 salariés a pu engager 11 personnes en situation de handicap. «Nous avons d’abord rencontré des cas assez simples, des mécaniciens ou des chauffeurs, venant pour un stage et déjà bien formés. De fil en aiguille, nous avons pu prendre en charge des personnes aux situations beaucoup plus compliquées, se félicite Yvan Wenger, responsable des ressources humaines. Tous occupent aujourd’hui de vrais postes au sein de l’entreprise, et cela se passe au mieux.» Les clés de ce succès? «Le partenariat avec l’AI y est pour beaucoup. Nous travaillons avec des conseillers efficaces, proactifs. La culture de notre entreprise fait le reste: les notions d’accueil, de transmission, de travail d’équipe se trouvent dans les gènes de la maison. Les personnes en situation de

handicap sont intégrées comme les autres.» Aucun quota n’existe aujourd’hui en Suisse pour contraindre les entreprises à engager des personnes en situation de handicap. Quant aux lois, on peut citer les principales, la LAI (Loi fédérale sur l’assurance invalidité), la Landh (Loi sur l’égalité pour les handicapés), ou les lois cantonales comme la loi du 31 janvier 1991 du canton de Vaud obligeant à 1% d’emplois en ateliers semi-protégés dans les collectivités locales. «Mais il n’existe pas de loi à proprement parler qui favorise l’intégration», déplore Pierre Margot-Cattin. Le professeur place beaucoup d’espoir dans l’article de la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, que la Suisse devrait signer d’ici à la fin de l’année: «Elle poserait une base au niveau constitutionnel quant au droit à l’accès au travail pour tous. Ce serait le premier vrai article de la loi en ce sens.» Un soutien potentiel précieux dans le vaste travail qui se fait aujourd’hui pour que changent les représentations du handicap.

«Le travail est essentiel dans ma vie»

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RÉBECCA MULLER, 25 ANS, LAUSANNE

Rébecca Muller travaille depuis quatre ans au bar Grain de Sel à Lausanne, pour préparer les boissons. Agée de 25 ans, elle est même devenue une figure incontournable de ce restaurant du Groupe d’accueil et d’action psychiatrique (Graap). «Je suis là pour faire mon métier», explique simplement la jeune femme qui, quelques années plus tôt, a été victime d’un

traumatisme crânien sévère dû à un accident de scooter. Après quatre mois de coma, plusieurs opérations et des années de rééducation, la jeune femme a entendu parler du Graap et de ses ateliers protégés. «C’était dur au départ: je ne peux presque plus me servir de ma main droite et mon champ visuel est rétréci du côté droit. Mais j’ai persévéré. Le travail est

essentiel dans ma vie, j’adore le contact avec les gens, être là pour quelque chose. J’aimerais refaire le service, mais ma mémoire à court terme ne fonctionne plus, ce serait trop compliqué.» Sans jamais se défaire de son professionnalisme, Rébecca continue pourtant de faire des progrès et cherche sans arrêt à assumer de nouvelles tâches. HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Parler en public: la fin du calvaire THÉÂTRE THÉATRE

Perdre ses moyens durant un discours: une fatalité? Pas si sûr. En empruntant des techniques à l’univers du théâtre et de l’improvisation, il est possible de devenir un orateur plus convaincant et plus serein. TEXTE | Tania

Araman Leuba

PHOTOS | Anthony

«Chacun possède en soi la capacité à être un bon orateur: il suffit simplement de la révéler.» Metteure en scène, comédienne et formatrice depuis plus de vingt ans, Sandra Amodio anime depuis 2010, en collaboration avec quatre autres coaches, un atelier dédié à l’art de prendre la parole en public à la Haute école de théâtre de Suisse romande – La Manufacture. Trois journées de formation pour aller au-delà de son trac, sa timidité, sa peur du jugement, ou tout autre obstacle qui rend parfois difficiles nos occasionnelles – ou fréquentes – allocutions. Alors, quels sont les secrets pour mieux s’exprimer en public? «L’atelier s’articule autour de trois axes fondamentaux: la posture, la voix et le regard», explique Sandra Amodio. Et de 28 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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«J’ai gagné en assurance» Directeur de l’Association pour la danse contemporaine à Genève, Claude Ratzé a suivi en septembre dernier l’atelier de La Manufacture.

«Ma position m’amène souvent à prendre la parole en public, et j’avais le sentiment que je pouvais m’améliorer dans ce domaine. Sans que le problème soit insurmontable, je ne me sentais pas à l’aise. J’avais souvent l’impression de perdre l’attention de mes interlocuteurs, de parler dans ma barbe, de me laisser envahir par mes émotions. L’atelier de La Manufacture m’a permis de découvrir quels étaient mes défauts et de quelle manière je pouvais m’améliorer. J’ai appris notamment à mieux me tenir, à prendre garde à ma respiration, à regarder mes interlocuteurs, à dire les choses de manière concise et surtout à ponctuer mon discours. J’essaie à présent d’y placer davantage de suspense. Et quand je sens qu’un auditeur n’est pas attentif, je parviens à prendre une certaine distance, à m’observer et à déterminer pourquoi cela ne marche pas. En mettant en pratique ce que j’ai appris, j’ai gagné en assurance.»


détailler: «Il s’agit dans un premier temps d’être bien ancré dans le sol, de devenir son propre appui. Ainsi, on permet notamment une meilleure circulation de la colonne d’air, on oxygène mieux son cerveau, les idées sont plus claires et il est donc plus aisé de gérer son trac.» Deuxième volet: la voix. «C’est elle qui donne à l’audience l’envie d’écouter. Nous devons dynamiser notre discours, le rendre vivant, travailler sur le volume, le timbre, l’intensité. Quant au regard, c’est la connexion avec le

public: un élément essentiel pour que notre prise de parole ait un impact.» Autant de techniques sur lesquelles les participants travailleront durant l’atelier, par le biais d’exercices ludiques et personnalisés. «En effet, nous accueillons au maximum six personnes par session, afin d’être en mesure de répondre au mieux à leurs besoins spécifiques.» La première journée débute par une interview filmée: une manière pour chacun de «prendre conscience de ses failles et, sur cette base, déterminer les points sur lesquels se focaliser».

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THÉÂTRE

Parler en public: la fin du calvaire

message, pas pour s’entendre parler, précise Christian Baumann. En gardant cela en mémoire, on entre dans une autre dynamique et on évite de se braquer sur sa propre performance.»

Les participants? «Il s’agit pour la plupart de professionnels amenés à prendre la parole en public dans le cadre de leur fonction, comme des chefs d’entreprise, des politiciens ou encore des assistants universitaires ou des travailleurs sociaux. Mais certaines personnes entreprennent cette formation à des fins uniquement personnelles.» La voie de l’improvisation Une variété de profils que l’on trouve également parmi les participants à l’atelier proposé par la Compagnie lesArts à Genève. Spécialisée depuis dix ans dans l’improvisation théâtrale, cette dernière offre une approche un peu différente de celle de La Manufacture. «Ici, nous travaillons avant tout sur le lâcherprise, la confiance en soi», souligne Christian Baumann, responsable de la formation. Bien souvent, on est pris au piège de ses propres barrières, on prête trop d’attention au regard des autres.» Sur six séances de trois heures, les participants se voient donc proposer des exercices en tout genre, comme réaliser un petit exposé sur un sujet qui leur est totalement étranger. «Ainsi, ils doivent se concentrer sur la forme du discours et non sur le fond. On a trop souvent tendance à faire l’inverse, en oubliant que la façon dont on transmet le message est primordiale. Prenez l’exemple d’une même blague racontée par deux humoristes: là où un Gad Elmaleh parviendra à amuser son audience, un autre fera peut-être un bide.» Autre tuyau: se focaliser avant tout sur son audience plutôt que sur soi-même. «Lorsqu’on prend la parole, c’est pour transmettre un 30 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Enfin, tout un pan de la formation tourne autour de l’interaction avec le public: «On juge souvent la qualité d’un orateur sur sa façon d’accueillir les questions de l’audience. Or, de nombreuses personnes se sentent déstabilisées lors d’un tel exercice. Les techniques inspirées de l’improvisation aident à mieux accepter cette interférence.» Bref, on l’aura compris, devenir un bon orateur, ce n’est pas si sorcier. Mais attention, que l’on opte pour l’une ou l’autre formation, encore faut-il s’exercer régulièrement, car comme le rappelle Christian Baumann: «On a vite fait de retomber dans ses petits travers.»

La Manufacture propose également chaque semestre deux autres ateliers, l’un pour apprendre à mieux parler aux médias, l’autre sur la construction du discours. Tous deux sont animés par la journaliste Nathalie Randin.

Plus d’informations sur les trois ateliers: www.hetsr.ch (onglet centre de services). Plus d’information sur l’atelier proposé par la Compagnie lesArts: www.lesarts.ch/cours/professionnels.php


HES-SO

design et arts visuels | économie et services | ingénierie et architecture | musique et arts de la scène | santé | travail social

La diversité, au cœur du débat GENRES PAR CAMILLE GUIGNET

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La HES-SO fête ses 15 ans

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HES-SO

Questions à Monique Eckmann et Agnès Földhazi, respectivement professeure et adjointe scientifique à la Haute école de travail social de Genève et auteures du récent livre «Articuler diversité et genre». De quoi parle votre ouvrage et à qui s’adresse-t-il? AGNÈS FÖLDHAZI: Le livre s’adresse aux professionnels des hautes écoles de la HES-SO, ainsi qu’à toute personne désireuse de comprendre comment promouvoir l’égalité des chances dans le monde institutionnel. Il ne propose pas de solution toute faite, mais des pistes de réflexion pour faire avancer le débat sur l’égalité, en y intégrant la notion de diversité. MONIQUE ECKMANN: En Suisse, on a l’habitude de s’intéresser aux questions d’égalité entre femmes et hommes. Il existe pourtant d’autres facteurs susceptibles d’entraîner une discrimination, notamment la nationalité, la religion, la couleur de peau ou la préférence sexuelle.

Quelles sont les découvertes les plus marquantes de votre étude? M.E.: Nous avons constaté à quel point le mot diversité recouvre des significations différentes selon les contextes. En Suisse, on pense surtout à la culture, à la langue et éventuellement à la religion. Aux Etats-Unis, le terme renvoie à plus de 18 catégories. Il faut dire qu’après la ségrégation raciale, de nombreuses mesures ont été prises pour lutter contre les inégalités, d’où l’avance historique de ce pays dans ce domaine. Nous n’en sommes pas encore là. L’enjeu pour nos institutions est d’abord de prendre conscience de toutes les catégories de discrimination existantes, puis de fixer des priorités.

«Articuler diversité et genre» est l’un des premiers ouvrages de la nouvelle collection «Pratique.s» des éditions ies. Les étudiant-e-s et le personnel de la HES-SO peuvent le commander gratuitement en écrivant un e-mail à: communication@hes-so.ch.

Cette année, la HES-SO célèbre son 15e anniversaire. Pour fêter l’événement, elle multipliera les animations organisées lors de prochains salons, du Paléo Festival Nyon, de cérémonies de diplômes ou de manifestations internes. Un concours de mini-films au sein du personnel, du corps enseignant et des étudiants a d’ores et déjà été lancé (toutes les infos sur www.hes-so.ch/ 15 ans). La HES-SO compte aujourd’hui plus de 18’200 étudiants, soit trois fois plus que lors de sa création en 1997. En 2013, 27 hautes écoles font partie de la HES-SO. Plus de 10’000 personnes du corps professoral, de la recherche, ainsi que du personnel administratif et technique y collaborent.

HÉMISPHÈRES BULLETIN

JUIN 2013

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Une forêt au Salon de l’étudiant FORMATION

Faire face aux nouveaux enjeux énergétiques

HES-SO

ENVIRONNEMENT

Cette année, la Haute Ecole spécialisée HES-SO a tenu un stand futuriste au Salon de l’étudiant à Palexpo-Genève, organisé dans le cadre du Salon du livre et de la presse. Intitulé White arborescence, le nouvel espace a accueilli les visiteurs parmi de grandes silhouettes d’arbres blancs symbolisant la force et la construction du savoir qui s’élève. Outre la dimension esthétique du stand, les passants ont pu se tenir au courant des diverses formations proposées par les écoles et instituts de la HES-SO.

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JUIN 2013

La HES-SO lance un nouveau Bachelor en Energie et techniques environnementales, qui propose cinq orientations: deux à la HES-SO Valais-Wallis – Haute Ecole d’Ingénierie et trois à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud. «Nous avons rencontré plusieurs entreprises qui nous ont fait part de leurs besoins en personnes qualifiées dans le domaine», déclare Pierre Pompili, professeur et responsable de la filière HES-SO en Valais. Il ajoute: «Certaines PME réalisent que les exigences en matière énergétique deviennent de plus en plus élevées. Les métiers sont en train de changer. Les consommateurs deviennent eux aussi producteurs d’énergie. Il faut donc des personnes qui sachent comment gérer ces nouvelles transitions.» La première rentrée de ce Bachelor aura lieu à la mi-septembre 2013.


Le management à l’international ECONOMIE

Des solutions concrètes pour la mobilité INGÉNIERIE

Dès la rentrée académique de 2013, la Haute école de gestion de Genève lancera une nouvelle filière intitulée Bachelor of Science HES-SO in International Business Management. Enseigné en anglais, «ce Bachelor s’adresse à des étudiantes et étudiants souhaitant travailler dans des organisations internationales, des multinationales ou des entreprises suisses tournées vers l’international», précise Alexandre Caboussat, responsable de cette filière et chargé d’enseignement. Les cours proposés comprennent des branches telles que l’économie, le marketing, le droit, la comptabilité ou la gestion des ressources humaines.

Une formation pointue pour les infirmières et infirmiers TOM PAGE

SPÉCIALISATION

Yves Delacretaz, professeur en Mobilité et Transport à la HEIG-VD, coordonne un Master of Advanced Studies en Ingénierie de la mobilité (MAS). Son constat est clair: «La mobilité comme enjeu de recherche sociale, géographique ou technique est bien présente dans l’enseignement académique, tant à l’EPFL que dans les universités romandes. L’ingénierie de la mobilité, qui vise à proposer des solutions concrètes et spécifiques aux problèmes de mobilité des agglomérations ou des régions périphériques, est en revanche très peu enseignée. Ce MAS est conçu pour permettre à des professionnels du développement territorial d’acquérir une spécialisation dans la planification, l’organisation et la gestion de la mobilité.»  www.mas-mobilite.ch

Le Master ès Sciences en sciences infirmières accueillera sa cinquième volée cet été. Il est proposé conjointement par l’Université de Lausanne et la HES-SO, et placé sous la responsabilité de l’Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS). «Cette formation s’adresse aux personnes titulaires d’un Bachelor en soins infirmiers d’une haute école suisse ou d’un titre jugé équivalent, ainsi qu’aux infirmiers disposant d’au moins deux ans d’expérience, explique la professeure Diane Morin, responsable du programme de Master ès Sciences en sciences infirmières. Elle permet de développer les connaissances et les pratiques avancées des infirmiers, notamment en termes de qualité, de risque et de sécurité. Les titulaires de cette formation pourront alors être reconnus en tant qu’infirmiers-ières clinicien(ne)s spécialisé(e)s.» Aujourd’hui, toutes volées confondues, le Master compte 47 étudiants. Enfin, Diane Morin précise qu’une nouvelle trajectoire du Master développée sur trois ans à temps partiel est en préparation, et s’ouvrira en 2014.  www.hes-so.ch/sciences-infirmières

Etudes à distance pour les sages-femmes SANTÉ

Le Master européen en sciences sages-femmes est le résultat d’une collaboration entre cinq universités européennes, situées en GrandeBretagne, en Allemagne, en Suisse,

aux Pays-Bas et en Slovénie. La formation offre l’opportunité aux sages-femmes de se spécialiser dans l’enseignement, le management, la gestion de projets ou le secteur de la recherche. Il s’agit d’un Master en anglais basé sur l’enseignement à distance: les étudiantes et étudiants ont le choix de s’inscrire soit à

Glasgow, soit à Hanovre, pour ensuite suivre leur cursus à distance auprès des universités et des hautes écoles partenaires dont la Haute Ecole de Santé Genève - HEdS-GE et HESAV-Haute Ecole de Santé Vaud.  www.hes-so.ch/mastermidwifery HÉMISPHÈRES BULLETIN

DÉCEMBRE 2012

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Gratu

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En vente dans les libraires et kiosques de Suisse romande au prix de CHF 9.–, Hémisphères explore deux fois par an une thématique de société actuelle. Ses journalistes vont à la rencontre des chercheurs suisses et les interrogent sur des sujets tels que l’art, le social, la santé, l’ingénierie, l’économie ou la musique. La revue est gratuite pour tous les étudiants et collaborateurs de la HES-SO, qui peuvent s’abonner en envoyant un email à communication@hes-so.ch. Le prochain volume est prévu en décembre 2013.

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La première édition de la carte Siegfried a été publiée à partir de 1870. Pour la première fois, ces cartes ont été établies à partir de relevés originaux sur le terrain.

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Pour recevoir les 6 prochaines éditions à domicile au prix avantageux de CHF 35.– INTERNET Le plus facile est de s’inscrire en ligne sur le site www.revuehemispheres.com

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Caroline Vitelli, 31 ans, observatrice assidue de Facebook «Facebook est un médicament venimeux» Il ne se passe pas un jour sans que l’artiste contemporaine genevoise Caroline Vitelli ne passe du temps sur Facebook. «J’y ai plusieurs centaines d’amis, même si ce mot est usurpé. Etre en contact artificiel avec autant de monde, c’est à la fois étrange et hallucinant. Cela nous confronte directement au concept des six degrés de séparation entre chaque être humain du sociologue Stanley Milgram.» Observer comment les gens se mettent en scène sur ce réseau fascine cette passionnée de dadaïsme: «On voit de belles histoires, mais aussi des choses pathétiques. Assister en direct à la séparation de certains couples peut devenir trash.» Facebook représente également un outil de travail pour Caroline Vitelli: «C’est une plateforme de promotion. Des collectionneurs m’y contactent directement. Les échanges avec d’autres artistes peuvent être créatifs. Mais parfois aussi désespérants… Pour cela, je dis que Facebook est un médicament venimeux.»

Aura Pucci, 26 ans, déconnectée

«Je préfère voir mes amis dans la vraie vie» Quatre cent millions de gens sont sur Facebook? Et alors… Aura Pucci ne voit aucun intérêt à exposer sa vie privée sur un site social. «Je n’aime pas l’idée de figurer sur un réseau élargi, sans connaître toutes les personnes qui en font partie.» La jeune étudiante en design préfère voir ses amis en tête à tête pour prendre de leurs nouvelles. Un choix qui ne manque pas de faire réagir son entourage. «Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi je suis réticente. Ils pensent que je passe à côté de quelque chose et que c’est même dommageable de ne pas faire partie de la grande toile.»

Si c’est vrai qu’il lui est arrivé une fois ou deux de ne pas être mise au courant d’événements, elle n’a jamais manqué une information capitale. «Mes amis connectés me tiennent toujours au courant…»


Hémisphères No 5 - Savoir décloisonner - bulletin  

La revue suisse de la recherche et de ses applications.

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