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14 | Ingénierie

Les objets ultra-connectés

8 | Santé

En manque d’infirmières

18 | Opéra

BULLETIN

Production fidèle aux origines

LA REVUE SUISSE DE LA RECHERCHE ET DE SES APPLICATIONS

Décembre 2012

21 | Economie

Réputation en danger

24 | Design

Des gestes révélateurs

28 | Social Sur la trace des nounous

ÉDITÉ PAR LA HAUTE ÉCOLE SPÉCIALISÉE DE SUISSE OCCIDENTALE HES-SO UNIVERSITY OF APPLIED SCIENCES WESTERN SWITZERLAND

Ophélie Tüscher, étudiante de Bachelor en Soins infirmiers à la Haute Ecole de la Santé La Source de Lausanne


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OPÉRATION VALEUR Dans le cadre de ce numéro consacré à la valeur, Hémisphères vous propose une formule originale: établir vous-même le prix de votre abonnement. Vous avez ainsi la possibilité de déterminer la valeur d’Hémisphères, en payant plus ou moins que le tarif habituel (qui est de CHF 35.- pour 6 numéros). Cette offre est valable pour les 50 premiers lecteurs qui enverront un e-mail à l’adresse abonnement@revuehemispheres.com indiquant le prix – sans limite inférieure ni supérieure – qu’ils souhaitent payer pour leur abonnement à 6 numéros. Cette somme figurera sur le bulletin de versement qui leur sera envoyé. Nous nous engageons à honorer les 50 premiers abonnements qui nous parviendront par ce biais, quelles que soient les sommes mentionnées. Les résultats de l’expérience seront publiés dans le prochain numéro d’Hémisphères, à paraître en juin 2013. Par ailleurs, vous pouvez en tout temps vous abonner, au tarif standard de CHF 35.- pour 6 numéros, à l’adresse: www.revuehemispheres.com abonnement@revuehemispheres.com TÉLÉPHONE +41 22 919 19 19


Faire de la valeur le thème central de ce numéro d’Hémisphères: une belle occasion pour chacun de se poser la question – difficile mais salutaire – de sa propre importance. Et la HES-SO n’y échappe pas. Avec ses 18’000 étudiants en cette rentrée automnale, elle pourrait fonder sa valeur sur le nombre d’inscrits, qui en fait la deuxième haute école de Suisse, derrière l’Université de Zurich.

Ascenseur social

Mais une justification quantitative ne saurait suffire. En Suisse romande, la présence de notre haute école a également un impact culturel, social et économique notoire sur son environnement, notamment dans les régions périphériques. Elle permet l’éclosion d’idées, de partenariats et contribue au dynamisme régional en formant une relève très rapidement opérationnelle: en trois ans seulement, nos étudiants rejoindront les forces vives dans les hôpitaux, galeries d’art ou encore bureaux d’ingénieurs.

ÉDITORIAL Marc-André Berclaz, président du Comité directeur de la HES-SO

Surtout, la HES-SO élargit l’accès aux études supérieures dans notre région. Nous parvenons aujourd’hui à démontrer que la moitié de nos étudiants n’auraient pas fait d’études supérieures s’ils n’avaient pas trouvé une haute école proche de leur domicile. Très souvent, les parents de ces jeunes n’ont eux-mêmes pas de bagage académique. Cette valeur d’«ascenseur social» est celle dont je suis le plus fier. Pour poursuivre sur cette voie, nous devons justifier notre rôle auprès du grand public comme des instances politiques. Les Chambres fédérales reconnaissent notre utilité en nous accordant les crédits qui nous permettent d’accroître notre valeur. Notre présence annuelle à un événement de large portée comme Paléo participe aussi à la valorisation de notre potentiel créatif – au même titre que la revue que vous tenez entre les mains. Je vous souhaite donc, chers lecteurs, d’y faire des découvertes de grande valeur.

HÉMISPHÈRES La revue suisse de la recherche et de ses applications HES-SO www.revuehemispheres.com Edition HES-SO, Siège, rue de la Jeunesse 1, 2800 Delémont, Suisse, T +41 32 424 49 00, F +41 32 424 49 01, hemispheres@hes-so.ch Comité éditorial Rico Baldegger, Luc Bergeron, Claudio Bolzman, Philippe Bonhôte, Jean-Michel Bonvin, Rémy Campos, Annamaria Colombo Wiget, Yolande Estermann, Angelika Güsewell, Philippe Longchamp, Max Monti, Vincent Moser, Anne-Catherine Sutermeister, Marianne Tellenbach Réalisation éditoriale et graphique LargeNetwork, Press agency, Rue Abraham-Gevray 6, 1201 Genève, Suisse, T. +41 22 919 19 19, info@LargeNetwork.com Responsables de la publication Pierre Grosjean, Gabriel Sigrist Direction de projet Geneviève Ruiz Direction suppléante de projet Serge Maillard Rédaction Tania Araman, Bertrand Beauté, Melinda Marchese, Sylvain Menétrey, Catherine Riva, William Türler Images Ludivine Alberganti, Jean-Luc Cramatte, Anthony Leuba, Bertrand Rey Maquette & mise en page Sandro Bacco, Jennifer Freuler, Yan Rubin Relecture www.lepetitcorrecteur.com Couverture Ophélie Tüscher par Patrice Moullet

HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Hémisphères volume II, paru en décembre 2011.

Hémisphères volume I, paru en juin 2011.

Hémisphères volume III, paru en juin 2012. En vente sur www.revuehemispheres.com

Retours sur les précédents dossiers d’Hémisphères ÉCHOS

Hémisphères 1: L’intelligence des réseaux

Hémisphères 2: Ralentir pour progresser

La première communauté d’amateurs d’art en ligne

Le magazine Clés se penche sur la décélération

Lancé en octobre 2012, le site Art.sy veut rendre l’art accessible à tous ceux qui bénéficient d’une connexion internet, à la manière de Pandora, qui permet d’écouter en ligne de la musique en tout genre et recommande aux auditeurs d’autres artistes suivant ce qu’ils ont pu écouter. Jusque-là, il n’y avait pas de site permettant d’aider à découvrir les préférences artistiques des uns et des autres. Actuellement, Art.sy répertorie près de 17’000 œuvres d’art.

«Ralentir: en avons-nous vraiment envie?» C’est sous l’angle critique que le bimensuel français Clés, fondé par Jean-Louis Servan Schreiber, aborde dans son numéro d’octobre-novembre 2012 le thème du ralentissement. La publication dénonce une certaine hypocrisie ambiante: si nous nous disons tous malmenés par l’urgence permanente, nous aimons au fond cette accélération générale qui permet de vivre simultanément plusieurs vies. Et si le problème n’était pas la vitesse, mais la perte de notre boussole intérieure, questionne le magazine, dont la devise est «trouver du sens, retrouver du temps».

Deux Lausannois cartographient les réseaux sociaux Qui est en relation avec qui dans un réseau social, virtuel ou réel? Comment se structure-t-il? Qui sont les membres les plus influents? Un projet développé par deux jeunes chercheurs lausannois lève le voile sur le fonctionnement des réseaux en les représentant sous forme graphique. Petit à petit, l’observatoire Pegasus Data Project a, par exemple, commencé à recenser toutes les personnes de Suisse romande présentes sur Twitter. Selon ses fondateurs, ils seraient 10’000 à twitter aujourd’hui dans la région.

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La lenteur, secret de la longévité des tortues Dans une série d’été consacrée aux «Doyens du monde», le journal Le Temps s’est intéressé aux animaux à la plus grande longévité. Et de rappeler que la lenteur n’y est pas étrangère: la tortue des Seychelles Adwaita, qui est décédée à Calcutta en 2006 à l’âge présumé de 250 ans, ne ferait pas mentir La Fontaine. Ce record chez les vertébrés, la tortue

le partage avec une espèce étonnante, la baleine du Groenland, qui peut dépasser le double siècle d’existence. Tout cela n’est cependant rien à côté du corail noir des grandes profondeurs, dont le métabolisme tourne au ralenti, et qui peut atteindre… 4’265 ans.

Le mouvement slow aussi dans les médias Après le slow food, voici les slow news: la lenteur qui envahit les rédactions en proie à l’information minute. Prendre son temps à la fois pour rédiger et lire les sujets, c’est ce que revendique dans une récente chronique une patronne de presse aussi influente qu’Arianna Huffington, qui a fondé le journal participatif à succès The Huffington Post aux Etats-Unis. Un mouvement qui ne peut que prendre de l’importance, estime la 29e femme la plus puissante au monde (selon Forbes): l’intégration de la fonction «Do not disturb» sur le iPhone, qui permet de respirer un instant face aux flux d’informations, n’en est que le dernier signal.


Au fil de ses parutions, la revue Hémisphères suscite des réactions de la part de ses lecteurs et dans les médias suisses. Extraits.

CALENDRIER

Un regard sur l’année écoulée Déjà la deuxième année d’existence pour la revue Hémisphères, dont le premier numéro est paru en juin 2011. Le point fort de l’année écoulée a sans conteste été l’attribution à la revue de la médaille d’or aux European Design Awards d’Helsinki en juin 2012 dans la catégorie magazine.

«J’ai eu beaucoup de plaisir à lire et à feuilleter cette revue. Je trouve qu’elle est très bien faite et qu’on la lit non seulement avec du plaisir, mais également avec beaucoup d’enrichissement personnel. Merci beaucoup.» Bernhard Pulver, conseiller d’Etat du canton de Berne

«C’est un magazine romand qui réussit là où Angela Merkel a échoué: donner de la sensualité à la rigueur. C’est une revue qui rend électriques tant de ces choses suisses qu’on croyait mornes à jamais: la précision (qui, apprend-on, peut être souple), la minutie (qui peut booster l’improvisation). Ce magazine, c’est Hémisphères dont le graphisme racé, mazette, vient d’être couronné d’une médaille d’or du concours European Design Award.» Le Temps, Stéphane Bonvin, 20 juin 2012

Hémisphères 3: La nouvelle précision suisse

Une vue de plus en plus précise de l’Univers La précision des télescopes fait des miracles. Pour preuve, la découverte récente par une équipe de l’Université de Genève d’une planète extrasolaire, de masse similaire à la Terre, tournant autour de l’une des étoiles les plus proches de notre Soleil. Parallèlement, l’Australie a inauguré au cœur du désert un radiotélescope géant, l’«Australian SKA Pathfinder», qui comprend pas moins de 36 antennes de 12 m de diamètre chacune. Il permettra aux astronomes d’étudier les profondeurs de l’Univers avec une précision inédite.

«La revue Hémisphères, en vente dans les kiosques et librairies romands, a été distinguée lors du concours European Design Award. Elle a remporté la médaille d’or dans la catégorie magazine. (…) Lancée en juin 2011, la revue atteint désormais sa vitesse de croisière avec la sortie cette semaine de son troisième volume consacré à la nouvelle précision suisse.» L’Agefi, 7 juin 2012

Un article d’Hémisphères vous fait réagir? N’hésitez pas à nous écrire à hemispheres@hes-so.ch

Hémisphères est en vente dans les librairies et les kiosques romands. Il est possible de s’abonner ou d’acquérir les anciens numéros sur le site www.revuehemispheres.com. Le prochain numéro d’Hémisphères paraîtra en juin 2013.

Atterrissage par satellite Les technologies satellites sont désormais utilisées en Europe et aux Etats-Unis pour toutes les phases de vol en avion, dont l’approche et l’atterrissage. Sur le Vieux Continent, Air Berlin a été la première compagnie aérienne à utiliser le guidage par satellite pour mener ses appareils à bon port, grâce au GNSS Landing System (GLS), fruit de quinze ans de travaux. En Amérique du Nord, Alaska Airlines est pionnière de l’atterrissage par satellite, qui remplace le radar traditionnel et rend la navigation plus précise. Cette innovation devrait permettre à terme de mieux gérer le trafic aérien. HÉMISPHÈRES BULLETIN

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JEDDAH ECONOMIC COMPANY / ADRIAN SMITH / GORDON GILL ARCHITECTURE

NAVIGATION

LE DON DU SANG EN UN CLIC En Suisse, entre 5 et 7% de la population donne son sang. Mais cela ne suffit parfois pas à combler les besoins croissants. Pour encourager la population au don, la Croix-Rouge Suisse a lancé une application qui permet de trouver les dates et les lieux de collecte les plus proches. Car la pénurie guette: à Genève en juin dernier, les collaborateurs de la police ont par exemple été mobilisés par SMS pour donner leur sang, alors que les stocks étaient au plus bas.  www.blutspende.ch

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Le classeur fédéral s’exporte

DES GENEVOIS SUR LA PLUS HAUTE TOUR DU MONDE

La mythique société Biella, qui a inventé le fameux classeur fédéral en 1908, s’impose à l’international: elle vient coup sur coup de racheter trois autres fabricants d’articles de bureau en Allemagne, en Roumanie et au Royaume-Uni. L’entreprise basée à Brugg (Argovie), qui compte 757 collaborateurs, se positionne ainsi comme l’un des leaders européens dans son domaine. Le groupe est coté à la Bourse de Berne depuis six ans.

CleanFizz, une société fondée à Genève par un ancien physicien du CERN, a décroché un accord de principe pour équiper la future Kingdom Tower de Djedda en Arabie saoudite. Son innovation: un verre autonettoyant grâce à un système de vagues électrostatiques. Le bâtiment, qui fera plus de 1000 m de hauteur, sera le plus élevé du monde. La start-up a aussi remporté cette année la Bourse genevoise du développement durable.

 www.biella.ch

 www.cleanfizz.com


LE CHIFFRE

REUTERS/BRIAN SNYDER

50%

Les super-héros qui s’inspirent de l’islam Une initiative surprenante pour lutter contre les stéréotypes et l’extrémisme: The 99, une bande dessinée koweïtienne créée par Naif al-Mutawa, montre des personnages positifs reprenant chacun un des 99 attributs d’Allah. Des héros qui ont déjà fait équipe avec Superman et Batman afin de combattre le mal ensemble. Véritable phénomène dans le monde arabe, la série a déjà été nommée par le magazine Forbes parmi les 20 tendances qui changent le monde, et citée par Barack Obama dans un de ses discours.  www.the99.org

SUCCÈS DU BUSINESS PLAN ROMAND L’histoire d’une thèse qui se transforme en succès mondial: le livre Business model: nouvelle génération, d’Alexander Osterwalder et de son professeur Yves Pigneur à HEC Lausanne, a déjà été écoulé à 400’000 exemplaires et traduit en 25 langues. Une réusite qui se fonde sur une approche visuelle et ludique d’un sujet traité habituellement de manière plus austère.  www.hec.unil.ch

Internet aiderait à mieux écrire Il est possible d’utiliser le web pour améliorer les capacités d’expression écrite des enfants «de façon marquante». C’est ce qui ressort d’une étude de trois ans menée par la Haute Ecole pédagogique de la HES du Nord-Ouest de la Suisse et soutenue par le Fonds national suisse (FNS). Les chercheurs ont observé des élèves âgés de 7 à 10 ans et ont constaté que ceux qui avaient accès à internet durant leurs cours racontaient des histoires de manière beaucoup plus vivante et avec moins de fautes d’orthographe.  www.snf.ch

C’est le pourcentage des spots alimentaires destinés aux enfants qui font l’éloge des fastfoods, selon une récente étude de l’Alliance des organisations de consommateurs. Cet organisme a visionné plus de 12’000 publicités sur les chaînes de télévision suisses. Seul 0,2% parle de fruits et légumes.

PLANÈTE L’académie s’étend en ligne Le plus grand site de cours académiques, Coursera, qui propose plus de 200 enseignements gratuits sur internet, a récemment ajouté 17 établissements prestigieux à sa liste de partenaires. Parmi ceux-ci: Princeton, Duke, Johns Hopkins, Stanford, Edimbourg ou encore l’EPFL. Plus d’un million d’étudiants ont déjà pris des cours sur ce site.  www.coursera.org

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Pénurie: il faut prendre soin des infirmières SANTÉ

Face au besoin croissant de personnel soignant, les hôpitaux suisses prennent des mesures non seulement pour attirer mais aussi retenir leurs employés. Premiers signaux positifs. TEXTE | Melinda

Marchese

Le quotidien de Laura, 23 ans, n’est pas de tout repos. Engagée depuis une année dans un hôpital régional, cette infirmière œuvre à temps plein auprès de patients atteints de cancers: «Je réalise souvent en fin de journée que je n’ai pas eu le temps de manger… ou même d’aller aux toilettes! Il m’arrive de travailler sept jours de suite, ma vie privée en pâtit, mais j’adore mon job et ne souhaite pas changer de voie pour l’instant.» Métier humain par excellence, la profession d’infirmière figure toujours en bonne position dans les plans de carrière des jeunes femmes. Mais la courte durée d’activité appauvrit aujourd’hui le marché du personnel soignant qualifié. Selon Pierre Théraulaz, président de l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI), une infirmière travaille en moyenne pendant treize ans. Maternité et burn out

Les raisons de ces arrêts prématurés? «La moitié des abandons est due à la naissance du premier enfant, dont la garde est difficile à concilier avec les horaires de la profession, constate Jacques Rouge, chargé d’un programme de réinsertion du personnel soignant dans le canton de Vaud. Il est tout simplement impossible de trouver une crèche ouverte la nuit ou le week-end…» Après avoir interrogé 8 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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plus de 1’500 infirmières employées dans 17 établissements de Suisse romande, des chercheurs de l’Institut de psychologie du travail et des organisations de l’Université de Neuchâtel avancent l’épuisement professionnel comme autre cause importante de désengagement: «En moyenne, un tiers des infirmières présentent des scores de burn out moyens ou élevés, un sentiment fortement lié à l’intention de quitter son emploi», dit leur rapport paru en 2010. Des constats alarmants, à l’heure ou l’Observatoire suisse de la santé annonce que les besoins en personnel soignant augmenteront dans notre pays de 25% d’ici à 2020. «On parle de pénurie de personnel soignant depuis les années 1960, précise Pierre Théraulaz. Jusqu’à présent, la Suisse recrutait énormément à l’étranger, mais cette pratique, éthiquement discutable, devient toujours plus difficile, car la pénurie est aujourd’hui mondiale.» Le vieillissement de la population explique ce besoin croissant d’infirmières: les patients très âgés, souffrant pour la plupart de maladies chroniques qui nécessitent constamment des soins, sont de plus en plus nombreux. La multiplicité des traitements, toujours plus complexes, contribue


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Face à la pénurie d’infirmières

comprend une quinzaine de critères à adopter pour retenir son personnel soignant. «Nous avons revalorisé la place accordée aux soins infirmiers à tous les niveaux de notre institution, assure Nicolas Jayet, chargé de communication de la direction des soins. Les salaires ont été revus à la hausse ces dernières années et nous œuvrons à promouvoir une image plus autonome et aussi bien masculine que féminine de la profession, pour nous détacher des stéréotypes habituels.» Les clichés sont effectivement nombreux autour d’une profession essentiellement féminine: en Suisse, le nombre d’infirmiers reste très faible (10 % environ).

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également à cette demande accrue de compétences. D’où la nécessité de retenir les infirmières en emploi. «On remarque depuis quelques années une prise de conscience, tant de la part des politiques que des établissements médicaux, quant au besoin d’améliorer les conditions de travail des professionnels de la santé», note le président de l’ASI. Des mesures concrètes se mettent effectivement en place dans les hôpitaux romands. Le CHUV, à Lausanne, dit par exemple s’inspirer depuis une dizaine d’années du modèle nordaméricain des magnet hospitals (hôpitaux attractifs). Ce label, né dans les années 1980,

«Après dix années d’arrêt, j’ai repris mon métier d’infirmière» CATHERINE GOLLIARD

«La formation universitaire d’infirmière a influencé ma réorientation»

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SANTÉ

«J’ai dû trouver un poste aux horaires réguliers» YOLANDE BANGALA-KOTTELAT

OPHÉLIE TÜSCHER

Catherine Golliard, 43 ans, vient de renouer avec son activité d’infirmière, après une pause d’une décennie. «J’ai d’abord réduit mon temps de travail de 80 à 30% lorsque mon fils est né en 1998. Deux ans plus tard, j’ai suivi mon mari, qui partait travailler à New York.» De retour en Suisse en 2010, cette mère de deux enfants a souhaité retrouver un emploi dans les soins. «J’ai suivi le programme de réinsertion mis en place par le Service de la santé publique vaudois. Je craignais de ne plus être à jour en termes de nouvelles techniques et traitements.» Après un stage dans un service de son choix et plusieurs jours de cours théoriques tant sur l’approche au patient que la pharmacologie ou l’anatomie, Catherine Golliard s’est sentie prête à postuler pour un emploi. «J’ai repris confiance en mes compétences. J’ai retrouvé du travail très rapidement, au sein de la Fondation Soins Lausanne, à mi-temps. Je suis ravie et j’espère pouvoir augmenter mon temps de travail lorsque mes enfants seront plus grands.» 10 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Diplômée en psychologie, Ophélie Tüscher, 29 ans, a décidé de recommencer il y a trois ans un Bachelor à la Haute Ecole de la Santé La Source, dans l’idée de devenir infirmière. «J’effectuais de la recherche dans le cadre d’un doctorat en psychologie, que je trouvais finalement trop éloigné de la pratique. Je souhaitais ainsi me réorienter vers une formation qui me permette de continuer à faire de la recherche, mais appliquée. Celle en sciences infirmières me correspond parfaitement.» Ce choix, la Lausannoise ne l’aurait pas fait si les cours n’étaient pas dispensés à un niveau universitaire. «A la Source, les efforts et les connaissances demandés équivalent à ce que l’Université exige. Après deux ans de pratique, je pourrai ainsi me lancer dans un Master, ou même dans un doctorat. Cette perspective d’évolution au cours de ma carrière me stimule énormément.»

Yolande Bangala-Kottelat, 50 ans et cheffe de projet au CHUV, est parvenue à orienter sa carrière d’infirmière pour l’adapter à son rôle de mère de famille. A la naissance de son premier enfant en 1989, elle remet en question son poste d’infirmière «de terrain»: «Personnellement, le travail de nuit ou du week-end ne me dérangeait pas. Mais je ne pouvais plus concilier ces horaires irréguliers et la garde de mon fils.» Deux autres enfants viendront par la suite agrandir la famille, que la Jurassienne gère seule la plupart du temps, leur papa étant souvent en déplacement. Elle n’a jamais souhaité quitter la profession pour autant: «J’ai préféré chercher des missions aux horaires plus réguliers. Ces postes existent pour les infirmières, ils sont d’ailleurs âprement convoités!» Yolande Bangala-Kottelat œuvrera ainsi pendant plusieurs années en tant qu’infirmière de recherche et y ajoute en 2004 une activité clinique ambulatoire à temps partiel. «Le travail en équipe me manquait!»


Les sociétés d’assurances recrutent aussi des infirmières

Travail à la carte

A Genève, les HUG souhaitent mener à terme, d’ici à 2015, un projet baptisé «attraction et rétention des meilleurs talents»: amélioration de l’accueil, centralisation du recrutement, mobilité interne facilitée et prestations de loisirs pour les employés. «Nous réfléchissons à rendre le temps de travail plus flexible, à ouvrir une salle de fitness pour nos collaborateurs et souhaitons augmenter la capacité d’accueil de nos deux crèches», annonce Antoine Bazin, adjoint à la direction des Ressources humaines de l’hôpital. Pour attirer la relève, les hôpitaux intensifient également leur présence dans les salons professionnels et dans les écoles. Eric Mayor, de l’Université de Neuchâtel, estime que des efforts supplémentaires pourraient encore être faits: «Lors de notre enquête, nous avons relevé que la plupart des étudiantes en soins connaissaient uniquement les hôpitaux ou cliniques à proximité de leur lieu de formation. Il est important que les établissements se présentent aussi dans les écoles plus éloignées.» Valorisation de la formation

Condition sine qua non pour éviter la pénurie: former davantage. «En Suisse romande, les inscriptions augmentent chaque année, se réjouit Jacques Chapuis, directeur de l’Institut et Haute Ecole de la Santé La Source (ELS) à Lausanne. Nous avons accueilli 617 nouveaux étudiants et étudiantes en septembre, contre 560 en 2011.» La Source a augmenté son taux d’attractivité depuis son adhésion au réseau HES-SO en 2002. «En passant d’un niveau supérieur à un niveau universitaire, la formation a gagné en reconnaissance. Nous accueillons aujourd’hui tout un pan de jeunes qui auparavant auraient choisi une faculté universitaire.»

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Au CHUV, le personnel soignant peut ainsi rejoindre le «pool», une équipe d’employées au statut d’auxiliaire, qui travaillent «à la carte», selon leurs disponibilités. «Ces infirmiers et aides-soignants connaissent l’établissement et suivent des formations à l’interne», précise Nicolas Jayet.

Les infirmières n’intéressent plus uniquement les cliniques, les hôpitaux ou autres EMS: aujourd’hui, les sociétés d’assurances cherchent à engager toujours davantage de personnel soignant qualifié pour des postes de Care Manager, autrement dit de «gestionnaire de soins». «Dans les hôpitaux, les infirmières Care Manager sont des ‹référents›, elles coordonnent l’ensemble du parcours des patients, d’un service à l’autre de l’hôpital, explique Catherine Bigoni, professeure à HESAV - Haute Ecole de santé Vaud. Elles gardent ce même rôle au sein d’une assurance: elles suivent les dossiers des patients et connaissent toutes leurs démarches médicales, qu’il s’agisse d’un rendez-vous chez le dermatologue ou d’un séjour à l’hôpital.» La chercheuse, qui termine une étude sur ce nouveau rôle des infirmières*, redoute que cette tendance ne favorise les intérêts économiques des sociétés d’assurances, au détriment de la qualité des soins: «En disposant de l’intégralité du parcours des patients, les caisses maladie peuvent remettre en question la nécessité d’un examen par exemple, et refuser son remboursement, dans un souci de rationalisation des coûts. Jusqu’à présent, les assurances faisaient confiance aux médecins de famille, qui demandaient ces examens. Continueront-elles à s’y fier ou exigeront-elles une vérification par le personnel soignant qu’elles emploient?» *«Les infirmières Care Manager: un nouveau rapport au métier de soins? Leur rôle dans les assurancesmaladie suisses dans un contexte sociopolitique de gestion des coûts de la santé.»

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SANTÉ

Face à la pénurie d’infirmières

Les 14 forces des hôpitaux «magnétiques»

Le président de l’Association suisse des infirmières et infirmiers Pierre Théraulaz reconnaît que des hautes écoles en soins infirmiers existent outre-Sarine, «mais leur accès est limité par un numerus clausus, ce qui pousse les éventuels candidats vers d’autres voies...»

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Tous ces efforts, tant sur la formation que sur la fidélisation du personnel, permettrontils d’éviter la vaste pénurie annoncée? «Nous constatons déjà quelques signes encourageants, se réjouit Jacques Rouge. Il y a dix ans, sur le canton de Vaud, 60% des infirmières étaient recrutées à l’étranger. La tendance s’est inversée aujourd’hui: 60% sont formées et résident en Suisse. La situation se stabilise, mais les besoins augmenteront dans les prochaines décennies. Il ne faut pas baisser la garde!»

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En 1983, une étude américaine montre en pleine pénurie infirmière que certains hôpitaux arrivent mieux que d’autres à recruter, mais aussi à retenir leur personnel soignant. Elle s’intéresse aux causes de l’attractivité de ces hôpitaux «magnétiques» et en dégage 14 forces qui les différencient des autres établissements. Force 1 Qualité du leadership en soins infirmiers, vision claire soutenant le personnel à tous les niveaux Force 2 Prise de décision décentralisée, organisation dynamique et apte au changement Force 3 Gestionnaires accessibles, encourageant l’implication du personnel Force 4 Rémunérations compétitives et opportunités d’avancement Force 5 Modèles de soins responsabilisant le personnel infirmier face au patient Force 6 Haute qualité de soins Force 7 Mesure de la qualité des soins et mise en place de programmes d’amélioration Force 8 Ressources suffisantes pour le travail hospitalier Force 9 Autonomie du personnel Force 10 Partenariats avec d’autres organismes de soins Force 11 Programme éducatif aux soins infirmiers Force 12 Perception du travail infirmier comme central par les autres équipes de soins Force 13 Collaborations interdisciplinaires Force 14 Formation continue et promotion de carrière

AKG-IMAGES/NEWSCOM

Pour Jacques Chapuis, la Suisse alémanique ne doit pas faire l’économie de cette évolution. «Les politiques alémaniques tardent à reconnaître qu’une infirmière a besoin d’un Bachelor pour exercer. Un diplôme supérieur leur paraît déjà élevé, laissant souvent entendre qu’ils associent le rôle des infirmières à la toilette des patients... Une telle vision est condamnable: les techniques liées aux progrès thérapeutiques ainsi que les besoins en soins dans la population sont tels aujourd’hui qu’il est nécessaire de recourir à du personnel soignant extrêmement qualifié.»


TROIS QUESTIONS À VÉRONIQUE ADDOR Professeure à l’HEdS-GE - Haute école de Santé Genève et responsable de l’étude «nurses@work». Vous venez de terminer le rapport de faisabilité pour l’étude baptisée «nurses@work». Quel est l’objectif final de ce projet d’envergure? Aujourd’hui, en Suisse, il n’existe aucun registre actif des infirmières qui répertorie les données nécessaires pour planifier les ressources humaines en santé. Combien sont en activité? Pendant combien d’années exercentelles? Pourquoi quittent-elles ou restent-elles dans les soins? L’étude principale, que nous démarrerons en avril 2013 si nous obtenons un subside du Fonds national suisse, serait une première: nous réunirons et analyserons ces données auprès des diplômées en Suisse en 1983, 1988, 1993, 1998, 2003 et 2008. Dans l’étude de faisabilité, nous avons cherché à déterminer s’il était possible d’entrer en contact avec ces infirmières après autant d’années, notamment avec celles qui ne travaillent plus dans le secteur des soins. Qu’avez-vous conclu? Ce fut un réel engouement! Nous nous sommes concentrés sur deux volées de diplômées dans toute la Suisse (1988 et 1998). Grâce à notre site internet (nurse-at-work.hesge.ch) et à nos partenaires, l’Association suisse des infirmières et les employeurs notamment, nous sommes entrés en contact avec le double des participantes attendues! Pas moins de 23 partenaires, dont l’OMS, soutiennent notre démarche.

Campagne de recrutement pour la Croix-Rouge américaine lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918).

Comment expliquez-vous cet intérêt? Toutes les prévisions émises aujourd’hui sur la pénurie d’infirmières sont basées sur des hypothèses fragiles. D’autres pays, comme le Canada, monitorent leurs besoins en infirmières depuis des années. En Suisse, la prise de conscience arrive très tard. Tout le monde, tant les scientifiques que les politiques, réalise qu’il est temps de recueillir des données concrètes fiables, pour prendre les mesures les plus efficaces, notamment en matière de fidélisation.

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Quand les objets se parleront INGÉNIERIE

Les ordinateurs, tablettes et autres smartphones ne seront bientôt plus les seuls à être connectés à internet. Montres, voitures, appareils électroménagers… tous les objets seront bientôt en ligne. «Après la révolution des smartphones, celle de l’internet des objets est en marche», explique Hervé Dedieu, professeur à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) qui effectue des recherches dans le domaine. Par exemple, des marques comme Samsung ou LG proposent déjà dans leur gamme de produits des réfrigérateurs intelligents qui, en plus de maintenir les aliments au froid, listent via un écran tactile les denrées présentes à l’intérieur, informent des recettes possibles, voire commandent directement les produits manquants sur le net. «L’idée est d’attribuer une adresse IP (Internet Protocol) à chaque produit afin que tous les objets puissent communiquer entre eux via internet, poursuit Hervé Dedieu. Si le concept en tant que tel ne date pas d’hier, nous ne disposions pas jusqu’ici des technologies 14 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Il sera bientôt possible d’attribuer une adresse internet à chaque objet et de les faire communiquer entre eux. Les applications sont innombrables, mais personne ne sait encore lesquelles seront acceptées par les consommateurs. TEXTE | Bertrand

Beauté

nécessaires à l’apparition de ce type de produits. Mais depuis quatre ou cinq ans, plusieurs technologies émergentes ont fait leur apparition. Il s’agit, par exemple, de petits systèmes d’exploitation qui gèrent des piles IP simplifiées et qui s’intègrent facilement dans des microcontrôleurs à très basse consommation.» «Mais pour conférer une adresse IP à chaque objet, il faut disposer d’un grand nombre d’adresses internet. Or, le protocole utilisé actuellement, l’IPv4 (Internet Protocol version 4), est saturé, souligne le professeur Dominique Genoud de la HES-SO Valais. Le développement de l’IPv6 devrait régler ce problème, car il dispose d’un espace d’adressage bien plus important, à tel point qu’il serait capable de répertorier

chaque grain de sable de la planète.» En effet, grâce à des adresses 128 bits au lieu de 32 bits pour l’IPv4, l’IPv6 est capable de produire pas moins de 105 adresses par cm2 de surface terrestre. Mais son déploiement demeure limité: en 2012, la proportion des internautes utilisant IPv6 ne dépasse pas 0,5%. Une multitude de langages

Si les technologies sont désormais disponibles, pourquoi l’internet des objets ne se déploie-t-il pas encore? «La promesse de l’internet des objets est de construire un réseau fluide d’appareils hétérogènes qui communiquent


ensemble pour former un dispositif unique et cohérent, explique Dominique Genoud. Le problème est qu’aujourd’hui nous n’avons pas un tel réseau unique, mais un ensemble d’objets communicants hétérogènes qui ne se comprennent pas, parce qu’ils ne parlent pas le même langage.» En effet, si l’industrie a construit des normes pour contrôler l’internet des objets, elle est loin d’être parvenue à un accord. «Chaque entreprise développe son propre

PHOTO: DR

PHOTO: BERTRAND REY

Objet communicant relié à internet, le Nabaztag («lièvre» en arménien) délivre des informations vocales ou lumineuses. Il peut ainsi lire les courriers électroniques, les actualités, la météo, la Bourse et même des livres pour enfants.

langage, sans parler des anciens appareils qui ont leur propre norme, poursuit Dominique Genoud. Pour résoudre ce problème, nous travaillons à l’élaboration d’une sorte de traducteur informatique qui puisse faire communiquer des appareils dont le langage est différent.»

Une fois que cela sera possible, quelles applications permettra l’internet des objets? «Les possibilités sont innombrables, seulement limitées par notre imagination, souligne Hervé Dedieu. HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Quand les objets se parleront

Le frigo intelligent est un exemple frappant, encore faut-il savoir s’il répond à un véritable besoin.» Pour Daniel Sciboz professeur à la HEAD-Genève et responsable du Master en Media Design, la réponse est clairement non: «Le frigo intelligent est une caricature de l’internet des objets. La plupart des utilisateurs n’en voudront pas parce qu’ils souhaitent garder le contrôle. C’est un peu un paradoxe puisque, d’un côté, il existe une volonté de se débarrasser des tâches rébarbatives telles que les courses, mais, de l’autre, les gens souhaitent garder la maîtrise de ce qu’ils achètent, de ce qu’ils consomment.» Matthias Rothensee, chercheur en psychologie à l’Université Humboldt à Berlin, s’est intéressé aux réactions d’une centaine d’utilisateurs de ces frigos, en laboratoire. Résultat: les consommateurs cobayes ont été fortement déçus par ces objets, n’y voyant que peu ou pas d’utilité. A la HEAD, les étudiantes et étudiants en Media Design imaginent ce que pourront être les objets communicants du futur qui soient acceptables pour les utilisateurs. «Pour le moment, le concept d’internet des objets reste associé à des enjeux technologiques. Le côté humain des interactions hommes-machines est encore souvent ignoré, explique Daniel Sciboz. En design, nous cherchons à imaginer des usages innovants pour les objets interactifs mais aussi des formes qui fassent sens dans la société contemporaine.» Nicolas Nova, chercheur en design et intervenant à la HEAD, précise: «L’exemple du Nabaztag est frappant. 16 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Ce petit lapin en plastique est capable de lire les mails, les actualités via des flux RSS, la météo, la Bourse, la qualité de l’air, le trafic routier et même des livres munis de puces RFID. Il s’est vendu à 200’000 exemplaires! C’est une réussite à explorer, notamment dans la diversité des interactions de cet objet avec son utilisateur, lorsqu’il prend une autre couleur ou bouge ses oreilles.»

PHOTO: BERTRAND REY

INGÉNIERIE

«Les possibilités d’applications sont seulement limitées par notre imagination.» HERVÉ DEDIEU

Economiser de l’énergie

«Il y aura de nombreuses applications dans le bâtiment, où l’ensemble des appareils pourront se coordonner, estime Dominique Genoud. On peut par exemple imaginer qu’un bâtiment relié au réseau puisse adapter son fonctionnement à la météo: fermer les stores, allumer la climatisation et les réfrigérateurs lorsque le soleil tape trop fort. A l’échelle d’un quartier, plusieurs bâtiments pourront communiquer ensemble, l’un prêtant de l’énergie à l’autre lorsque celui-ci en a davantage besoin. L’internet des objets contribuera ainsi au développement du microgrid, un réseau électrique intelligent qui sera compréhensible par tous car de taille humaine.» A la HEIG-VD, l’équipe d’Hervé Dedieu travaille sur des étiquettes intelligentes pour les rayons de la grande distribution. «Via son smartphone, le client pourra ainsi recevoir des informations supplémentaires sur le produit qu’il va acheter. L’écosystème des étiquettes peut alors avoir des fonctions tout à fait inattendues, autres qu’une simple amélioration de la logistique d’affichage des

Professeur à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud

prix. Tout un système de relation avec la clientèle peut être imaginé.» L’un des problèmes rencontrés reste cependant la consommation d’énergie lorsque les objets communicants sont alimentés par des piles, poursuit le professeur: «Changer des piles sur des centaines ou milliers d’objets dotés de capacités radio-fréquence, même si c’est tous les trois ans, ne peut être une solution. C’est un obstacle à la dissémination d’objets intelligents. C’est pourquoi nous développons des systèmes autonomes qui récupèrent de l’énergie grâce aux vibrations ou via des capteurs photovoltaïques. Il se peut que la Suisse joue un rôle majeur grâce à certaines innovations issues de laboratoires comme le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) de Neuchâtel, où des microcontrôleurs à très basse consommation voient le jour. Nous travaillons actuellement avec ce centre afin d’utiliser ces outils révolutionnaires dans l’univers de l’internet des objets.»


DES OBJETS INTERCONNECTÉS Une fois reliés entre eux via internet, les objets du quotidien pourront communiquer et coordonner leurs actions. Exemples d’applications dans la vie courante.

INFOGRAPHIE: 1 KILO

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Des productions en version originale En cherchant à restituer l’ambiance originelle d’un opéra, d’une parade du XVIIIe siècle ou d’un banquet de l’Antiquité, les métiers de la scène distillent plus d’authenticité dans les œuvres produites. TEXTE | Tania

Araman

Paris, 1897: les spectateurs du Palais Garnier assistent à la création française de l’opéra de Richard Wagner, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg. Succès immédiat. De l’avis général, la mise en scène, somptueuse, surpasse en faste celle de Bayreuth. Genève, 2010: une idée un peu folle germe dans l’esprit de Rémy Campos et Aurélien Poidevin, chercheurs à la Haute Ecole de Musique HEM Genève. Leur projet? Offrir au public du XXIe siècle une reconstitution du spectacle de 1897, en demeurant le plus fidèle possible au modèle, tant au niveau historique que musical. «Le but était de proposer un nouveau regard sur l’opéra de Wagner, d’en offrir une image acoustique inédite, explique Rémy Campos. De nombreux orchestres en Europe ont déjà essayé de retrouver l’atmosphère des concerts baroques. Mais c’est la première fois qu’un tel projet était mené pour un opéra romantique, et surtout avec une telle rigueur scientifique.» 18 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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PHOTO: ADRIEN LÉGER

OPÉRA

Afin de coller au plus près du spectacle original, Rémy Campos et Aurélien Poidevin1 se sont en effet plongés dans les archives de la Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris. Croquis de costumes, gravures, livret de mise en scène, photographies: autant de documents qui les ont aidés dans leur recherche d’authenticité. «Les interprètes ont dû, quant à eux, s’habituer à une gestuelle, une rhétorique lyrique aujourd’hui disparue. Nous les avons donc entraînés vers une pratique d’opéra qu’ils ne connaissaient pas.» Les rôles à l’époque étant distribués à de jeunes voix, ce sont les étudiantes et étudiants de la Haute Ecole de Musique de Genève qui se sont glissés dans la peau des personnages. Le souci d’authenticité a également dicté une autre particularité du spectacle: son interprétation en français. «Jusqu’aux années 1950, les opéras étaient chantés dans la langue des théâtres qui les accueillaient.» Au final, le tableau 1 de l’acte III des Maîtres chanteurs de Nuremberg – l’œuvre intégrale


PHOTO: DR

PHOTO: ADRIEN LÉGER

Grâce aux archives de la Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris, une équipe de la Haute Ecole de Musique HEM Genève a tenté une expérience originale: reproduire le tableau 1 de l’acte III des Maîtres chanteurs de Nuremberg en étant le plus fidèle possible à la création française de l’opéra de Richard Wagner, remontant à 1897.

Foire d’antan, mais «hits» actuels

«A l’époque, les parades, jouées sur les parvis des théâtres, avaient pour but d’attirer le public dans les salles, relève Yvonne Tissot. Dans notre cas, nous avons choisi de faire la promotion de l’opéra en présentant des extraits d’Atys, de Jean-Baptiste Lully. Les parades étaient une Comedia dell’Arte à la française, mettant toujours en scène les mêmes personnages: Gilles l’enfariné, Cassandre le bourgeois, sa fille faussement ingénue... Elles sont finalement devenues un genre littéraire en soi, lorsque les bourgeois qui y assistaient ont commencé à transposer ce qu’ils voyaient sur le papier.»

A la Haute école de théâtre de Suisse romande – La Manufacture également, on s’attache à remettre le passé au goût du jour ou plutôt «à ressortir de l’ombre un genre de spectacle tombé dans l’oubli», comme l’explique Yvonne Tissot, directrice du projet Atys-Parade. Cette réactualisation d’une farce foraine du XVIIIe siècle a rencontré un certain succès cet été, notamment au Festival de la Plage des Six Pompes à La Chaux-de-Fonds.

C’est en se basant sur une de ces retranscriptions, intitulée Le Mauvais Exemple, qu’une équipe de recherche de la Manufacture a imaginé sa parade réactualisée. Tout d’abord par le biais d’un atelier, durant lequel les chercheurs ont étudié la manière de s’exprimer des comédiens, le langage du corps, mais également les procédés musicaux, puisqu’un orchestre accompagnait toujours

de Wagner aurait nécessité plus de quatre heures de représentation – a été joué début 2012 à La Chaux-de-Fonds, à l’Opéra de Paris, mais également à l’Opéra royal du Château de Versailles. «Un projet de longue haleine, mais très stimulant», résume Rémy Campos.

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OPÉRA

Productions en version originale

ce type de spectacle. «Les artistes utilisaient les airs connus de l’époque, comme les opéras de Rameau, et en offraient une version parodique, faisant appel à des paroles souvent grivoises, souligne Yvonne Tissot. Ils travaillaient sans partition, ce que se sont efforcés de faire quatre musiciens du Centre de musique ancienne de la Haute Ecole de Musique de Genève, partenaire de la recherche.»

PHOTO: STUDIO TANNAZ

Cette démarche a donné naissance à un spectacle de rue soutenu par la Manufacture et la compagnie Ynnova, destiné à être joué dans les festivals d’été. «Nous avons isolé les procédés du XVIIIe siècle pour les transposer à l’époque contemporaine. Du point de vue parodique, nous avons par exemple proposé une adaptation du tube Over The Rainbow sur des instruments anciens. La viole de «La langue de l’époque impose une gymnastique mentale» «Au début, j’étais un peu sceptique. Même si la démarche me semblait intéressante, j’ai mis du temps à vraiment entrer dans le projet.» Etudiant en Master à la HEM Genève, André Gass, 25 ans, était l’un des six solistes à monter sur scène dans la reconstitution historique des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner. Une expérience enrichissante, mais qui lui a demandé une longue période d’adaptation. «Au XIXe siècle, la gestuelle était très codifiée, alors qu’aujourd’hui le jeu se veut le plus réaliste possible. Il a fallu s’habituer à cette nouvelle façon de travailler, de même qu’à la langue de l’époque. Elle s’imposait une gymnastique mentale pour la comprendre, et surtout pour la rendre la plus intelligible possible au public.» Ce n’est finalement qu’en arrivant à Versailles que la démarche de reconstitution a pris tout son sens pour André Gass: «En voyant ce lieu chargé d’histoire, j’ai enfin réussi à m’identifier au projet. C’était vraiment la cerise sur le gâteau.»

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gambe côtoyait entre autres une batterie.» Une volonté résolue, donc, d’adapter la parade foraine à un public moderne: «Nous avons trouvé dans le passé des moyens de revitaliser et de questionner notre pratique contemporaine.» A la table des Anciens

Quant au Projet STOA («portique» en grec ancien), qui vise à traduire, revisiter, adapter et mettre en scène les textes de l’Antiquité, il a «davantage à cœur de retrouver l’esprit véhiculé par ces écrits que de se lancer dans une reconstitution archéologique, explique son administrateur – et docteur en grec ancien – Matteo Capponi. De nombreuses associations en Europe tentent de recréer à l’identique des spectacles antiques, sans pour autant en retrouver l’âme.» Point de toges ni de temples grecs dans leurs productions donc, mais une atmosphère antique née d’une lecture attentive des textes. Ainsi, pour la toute dernière création de STOA, intitulée Banquet sous les étoiles, Matteo Capponi s’est plongé dans l’Anthologie palatine, recueil de 10’000 épigrammes évoquant la vie et les mœurs de la Grèce antique. «Je m’en suis inspiré pour créer les personnages du spectacle, des figures types de l’époque comme l’athlète, l’esclave, la courtisane…» La formule du banquet permet, quant à elle, à tout ce beau monde de dialoguer et plonge le spectateur dans cette institution bien ancrée dans l’Antiquité. «Nous en avons gardé la structure: poèmes, chansons, joutes verbales et acrobaties se succèdent dans un spectacle qui se veut avant tout vivant.» Et, serait-on tenté d’ajouter, en bonne compagnie.

1 A noter que Rémy Campos et Aurélien Poidevin ont également tiré de leurs recherches un ouvrage, La Scène lyrique autour de 1900, aux Editions L’œil d’or.


La réputation en ligne, le maillon faible des PME suisses ÉCONOMIE

La renommée d’une entreprise dépend de plus en plus de son image sur internet. Une réalité que les petites entreprises tardent à intégrer. Analyse et conseils de spécialistes de «e-reputation». TEXTE | William

Multinationales, institutions publiques, partis politiques, particuliers: tous consacrent de plus en plus de temps à peaufiner leur image en ligne. Mais dans cette lutte pour la «e-reputation», les PME suisses semblent encore particulièrement démunies, malgré leur exposition potentiellement forte à la critique en tant qu’entreprises. Carole Aubert, avocate spécialisée dans les nouvelles technologies à Neuchâtel, relève ainsi une «certaine méconnaissance des PME de la prévention et la marche à suivre pour remédier à d’éventuelles atteintes en ligne à leur image de marque». Pour la spécialiste, la mise sur pied d’une véritable veille internet dédiée à la réputation s’impose. Il s’agit avant tout pour les PME d’«occuper le terrain avant leurs concurrents et clients», qui eux ne se priveront pas de commenter – de manière positive ou négative –

Türler

les faits et gestes de l’entreprise, même si celle-ci n’est pas active sur la Toile. «Pour une société, la problématique consiste d’abord à déterminer quels moyens seront alloués à la réputation en ligne, poursuit l’avocate. Ils dépendent en grande partie de sa taille et de sa notoriété.» Moins la société est connue, moins élevé sera le risque de propos malintentionnés. Active notamment auprès de la cellule internet de la Fédération de l’industrie horlogère, Carole Aubert cite quelques exemples d’atteintes à la réputation en ligne dans le secteur horloger: critiques ou remarques négatives sur une marque, pseudonymes reprenant le nom d’une entreprise, diffusion de contenus protégés (images, films, textes), promotion de contrefaçons et détournement de la marque pour des produits concurrents ou sans rapport avec ses activités.

Des outils de veille relativement simples et bon marché, voire gratuits, existent pourtant afin de détecter les commentaires malveillants, comme Google Alerts, Google Blog Search ou encore Netvibes. Un poste de community manager, chargé de la réputation en ligne, peut également être mis en place dans le but de surveiller la Toile de manière professionnelle. «Alors que la plupart des entreprises suisses se disent actives sur les réseaux sociaux, moins d’un quart disposent pour l’heure d’un community manager», souligne néanmoins Carole Aubert. Prévenir les abus d’identités

La meilleure défense reste l’attaque. Une présence sur les réseaux sociaux, comme Facebook ou Twitter, se révèle incontournable pour renforcer la réputation en ligne d’une entreprise. Ces plateformes permettent de générer de la visibilité pour la marque, HÉMISPHÈRES BULLETIN

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PME et e-reputation

de rediriger le trafic vers son propre site, de recruter des consommateurs potentiels grâce à des jeux-concours, mais aussi d’améliorer l’image de l’entreprise en restant à l’écoute du client. «La PME peut ainsi prendre connaissance de ce que le public ou la concurrence disent à son propos, et l’analyser en temps réel, précise Carole Aubert. Il lui sera même possible de mobiliser la communauté en ligne pour trouver de nouvelles idées ou de nouveaux noms de produits.» La présence d’une entreprise sur les réseaux peut être «passive», «réactive» ou «proactive». Dans le premier cas, ces plateformes sont utilisées essentiellement comme source d’information pour la PME, qui se contente d’une visibilité sans possibilité d’interaction. La société a également la possibilité de se concentrer sur la veille et de limiter ses interventions à des cas d’abus. Enfin, certaines entreprises choisissent de se montrer plus actives en communiquant avec leurs fans ou clients et en diffusant des informations exclusives à leur intention. Pour fidéliser durablement une communauté d’internautes, la société doit d’abord «définir la plateforme, la fréquence et les thématiques qui animeront le dialogue en ligne», rappelle Carole Aubert. Et afin de prévenir les abus d’identités, la PME veillera à réserver le plus rapidement possible son nom de domaine ou de page Facebook, prévient l’avocate: «Ces identités peuvent être difficiles à récupérer, tant d’un point de vue juridique qu’en termes d’image.» Par ailleurs, tous les commentaires 22 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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PHOTO: JEAN-LUC CRAMATTE

ÉCONOMIE

«L’absence de réflexion sur la ‹e-reputation› peut être désastreuse pour les affaires.» PATRICK GAILLET

Professeur en télécommunications à l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg

ne méritent pas systématiquement une réponse. La nécessité de réagir varie notamment «en fonction du niveau de gravité du sujet». Les excès de zèle risquent de donner une résonance excessive à un commentaire négatif. Une autre méthode peut s’avérer particulièrement efficace pour parfaire la réputation en ligne, poursuit Carole Aubert: faire des employés de véritables «ambassadeurs» de la marque, «en partant du constat que sur la Toile, identité personnelle et professionnelle s’entremêlent de plus en plus». Réponse instantanée aux attaques

Professeur en télécommunications à l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg, Patrick Gaillet observe que le fait de ne pas s’occuper de «e-reputation» expose les PME à des conséquences variant fortement d’une entreprise à l’autre: «Selon le type d’activité, la stratégie et l’exposition sur le web, elles peuvent être insignifiantes dans certains cas ou

au contraire conduire à une dégradation massive de l’image de l’entreprise, désastreuse pour les affaires.» En soi, le fait qu’une PME ne gère pas sa réputation en ligne n’est pas dramatique, note le professeur: «Ce qui est plus préoccupant, c’est si elle n’a même pas pris la peine de considérer ce paramètre dans son processus de gestion des risques.» A minima, il est nécessaire d’évaluer la probabilité qu’une dégradation de l’image survienne, pour quantifier son impact sur la marche des affaires. Le facteur «temps» se révèle crucial pour faire face à une atteinte à la notoriété ou l’image de marque: «Certains opérateurs de télécommunications ont, par exemple, mis sur pied des équipes spécialisées dans le suivi des critiques circulant sur les réseaux sociaux, explique Patrick Gaillet. Elles sont entraînées à réagir très rapidement, en particulier à la suite d’interruptions des services consécutives à des défaillances du réseau.» David Novelli, de l’agence spécialisée Egga à Corcelles (NE), observe très peu de PME suisses s’occuper véritablement de leur réputation en ligne. La plupart du temps, leur intérêt pour le domaine s’éveille seulement dès lors qu’elles subissent des atteintes à leur image: «Les décideurs ont souvent très peu de connaissances du monde des internautes. Les entreprises qui s’en soucient le plus sont celles qui génèrent leur chiffre d’affaires exclusivement sur internet et disposent déjà d’une certaine taille et d’une certaine expérience.» Pour les autres, les premières critiques en ligne serviront de piqûre de rappel.


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INFOGRAPHIE: BENJAMIN SCHULTE / SOURCE: JEAN-PHILIPPE ROSÉ, EGGA


Ces gestes qui en disent long DESIGN

Nous développons tous de petites manies d’utilisateurs en nous appropriant les nouvelles technologies. Pour le chercheur Nicolas Nova, étudier ces gestes permet de concevoir des outils mieux adaptés. Entretien. Menétrey

PHOTO: ANTHONY LEUBA

TEXTE | Sylvain

Dans son livre Espèces d’espaces publié en 1974, l’auteur français Georges Perec parle de l’«infra-ordinaire» pour désigner tous ces micro-événements qui n’éveillent pas l’attention: les trains qui arrivent à l’heure, la routine, le banal, le rien qui remplit nos vies. La relation que nous entretenons aujourd’hui avec les nouvelles technologies, devenues omniprésentes, en fournit un bon exemple. Sans que l’on s’en rende compte, les téléphones portables jouent presque un rôle d’animal de compagnie à nos côtés: on les manipule, on les soigne, on les maltraite parfois quand ils nous frustrent – quoi de plus infra-ordinaire? De nouveaux gestes accompagnent ces relations affectives aux technologies. Certains d’entre eux sont dictés par les fabricants, comme le mouvement en huit que l’on effectue avec un brin d’embarras pour calibrer le GPS d’un iPhone désorienté. D’autres attitudes dépassent cependant les seules injonctions des designers: c’est le cas du roulement de hanche caractéristique des skieurs qui approchent leur forfait à puce du capteur du tourniquet d’une remontée mécanique, sans le sortir de leur poche. Professeur et chercheur en design d’interaction et ethnographie à la HEAD de Genève, Nicolas Nova vient de publier le livre Curious Rituals, qui répertorie et analyse ces gesticulations à la fois ingénieuses et parasites, invisibles et ubiquitaires, ainsi qu’une vidéo de fiction qui imagine leur futur possible.

Professeur à la HEAD, Nicolas Nova estime qu’une grande créativité découle de la réappropriation et du détournement des objets technologiques par leurs utilisateurs.

Curious Rituals, Gestural Interaction in the Digital Everyday, en vente sur Lulu.com

A Digital Tomorrow, visible sur Vimeo.com 24 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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HÉMISPHÈRES Que révèlent ces gestes dont nous sommes à peine conscients sur notre rapport à la technologie? NICOLAS NOVA Ils expriment notre tentative de domestiquer ces outils. On cherche à les normaliser et à les intégrer à nos vies. Par exemple, quand un branchement s’avère défectueux, certaines personnes soufflent sur le connecteur de leur téléphone. On peut assimiler ce geste à un placebo rassurant pour l’utilisateur, même s’il n’a pas la moindre utilité prouvée. Nos gestes et nos postures en disent beaucoup sur notre degré de compréhension – ou d’incompréhension – de ces technologies.

D’où quelquefois des gestes de violence?

Oui. Aujourd’hui, la technologie se présente de telle manière qu’on n’est plus capable d’identifier la source d’un problème par soi-même. Cette impuissance peut générer des frustrations et des formes d’agressivité sur les objets, comme le coup de pied qu’on balance au robot aspirateur parce qu’il traîne dans nos pattes. Comment limiter ces débordements?

En étant attentifs à ces comportements, les designers pourraient, par exemple, réfléchir à la conception d’un aspirateur qui ne dérange pas pendant la sieste. Ils pourraient aussi trouver des moyens pour empêcher des gestes dangereux, comme le fait d’effectuer plusieurs tâches en même temps au volant.

cherché à le faire de manière critique à travers notre vidéo, en nous demandant par exemple quels seront les gestes associés aux lunettes de réalité augmentée, à la détection faciale ou aux interfaces cérébrales. On reconnaît aisément nos tics et nos déviances dans votre livre… S’adresse-t-il à chacun d’entre nous?

Il constitue à la fois un travail de recherche et un ouvrage qui peut conduire à une lecture plus légère. Mon poste de chercheur et de professeur me ramenait souvent à cette thématique des rituels. J’ai décidé de m’y consacrer avec l’aide de trois étudiants californiens, lors d’un séjour de deux mois et demi au Art Center College of Design de Pasadena, aux Etats-Unis. Comme Georges Perec, vous semblez penser que le quotidien représente un enjeu primordial.

Bien souvent, l’approche des ingénieurs ignore la dimension humaine. Pourtant, c’est dans la réappropriation et le détournement des objets de tous les jours que s’affirme la création dans toute sa richesse. L’anthropologue français Michel de Certeau, auteur de L’Invention du quotidien, parle ainsi de bricolage et de braconnage. Mon travail met en lumière un contrepoint aux visions technologiques qui oublient l’humain.

Justement, votre recherche a-t-elle pour objectif d’améliorer l’ergonomie des appareils technologiques?

L’ergonomie consiste à simplifier, à rationaliser, pour rendre des objets plus utilisables, ce qui est en partie mon but. Mais je ne me suis pas limité à cet aspect. Je ne porte pas de jugement sur les gens qui se tapent la tête avec leur téléphone. Ce qui m’intéresse c’est davantage comment on peut se nourrir du quotidien pour créer des objets singuliers et originaux. Sur un plan artistique, l’étrangeté de certains rituels a le potentiel d’inspirer des travaux. Il serait également intéressant d’imaginer le futur des nouvelles technologies à travers l’observation de ces gestes. Nous avons

THUMB TEXTING

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DESIGN

Ces gestes qui en disent long

CLICKER CASTING

Marcher en rond lors d’une conversation téléphonique, raviver la lumière par une main adressée au capteur, chuchoter dans son smartphone à bouche recouverte... Autant de gestes quotidiens inconscients, mais révélateurs, que Nicolas Nova explore dans son dernier livre, Curious Rituals.

WAITING AT SENSOR

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LE PÉRISCOPE II

CELL TRANCE

IMAGES: EXTRAITS DE «CURIOUS RITUALS, GESTURAL INTERACTION IN THE DIGITAL EVERYDAY»

FACE DE BABOUIN

WAITING AT SENSOR - TOILET SURPRISE

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Des nounous indispensables mais SOCIAL

De nombreuses familles font garder leurs enfants à domicile par une nounou. Pourtant, très peu de données existent sur ces employées de l’ombre. Deux chercheuses lèvent le voile sur leur réalité. Riva

PHOTO: WALT DISNEY PRODUCTIONS / ALBUM/NEWSCOM

TEXTE | Catherine

Mary Poppins, une nounou aux pouvoirs extraordinaires. Image du film produit par les studios Disney en 1964.

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La presse a récemment évoqué les destins dramatiques de nounous exploitées et souspayées, qui avaient dénoncé leurs employeurs au Tribunal des prud’hommes, à Genève. Journées de travail de 13 heures, salaires bien inférieurs aux minima, licenciements abusifs… le tableau révélait une profession sous-estimée et frappée de précarité. Toutefois, personne ne peut à l’heure actuelle affirmer avec certitude si les abus dont ces femmes ont été victimes sont systématiques ou le fait de certaines catégories d’employeurs seulement. Car en Suisse, très peu de données existent sur la garde à domicile d’enfants en bas âge confiée à des tiers rémunérés. Et les informations sont d’autant plus rares lorsque les personnes embauchées sont des migrantes sans permis de travail. Tout le monde ou presque connaît dans son entourage une famille qui n’a pas trouvé de place en crèche pour son enfant ou à qui ce mode de garde ne convient pas, pour des raisons d’horaires ou personnelles. Une grande part de ces parents se tourne alors vers l’embauche d’une personne qui s‘occupera de leur progéniture à domicile. Silvia*, juriste, était dans ce cas: «Ma fille aînée a commencé par aller en crèche, raconte-t-elle. Mais très vite, elle a fait des otites à répétition et c’est devenu ingérable. Nous avons donc engagé une nanny, qui est venue trois jours par semaine chez nous, pendant quatre ans. Cette solution était beaucoup plus onéreuse que la crèche – presque tout mon salaire de l’époque y passait. Mais pour nous, c’était la bonne.» Silvia rémunérait sa nounou au-dessus des minima – 3’625 francs pour un travailleur non qualifié à plein temps dans le secteur de l’économie domestique – et payait ses charges sociales. Une exception, si l’on en croit une étude de 2006 sur l’économie domestique, citée par l’Association des employeurs d’employés à domicile à * prénom fictif HÉMISPHÈRES BULLETIN

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SOCIAL

Des nounous invisibles

PHOTO: ANTHONY LEUBA

Genève (HERA): selon cette enquête, sur les 120’000 personnes qui emploient du personnel de maison dans le canton, 80% ne sont pas conscientes d’avoir un statut d’employeur et 88% ignorent tout des normes salariales en vigueur. La plupart d’entre elles ne savent pas non plus que leur domicile, qui est le lieu de travail du salarié, est «régi par le code civil et non par le code des obligations».

Etude approfondie sur les «careuses d’enfants» Pour mieux comprendre la situation des careuses d’enfants en Suisse, Véronique Pache Huber et Marie Anderfuhren mènent l’enquête. Entamée à l’automne 2012, leur étude, intitulée «Le processus et les critères d’embauche des careuses d’enfants», se concentre sur la garde à domicile d’enfants de 0 à 4 ans. «Au travers d’entretiens approfondis, nous allons nous concentrer sur les modalités d’embauche et de sélection des careuses d’enfants, détaille Marie Anderfuhren. Car c’est à ce moment que se fixent les conditions dans lesquelles sera déléguée la garde des enfants.»

Des nounous pour tous

Une invisibilité à laquelle Véronique Pache Huber et Marie Anderfuhren, chargée d’enseignement à la Haute Ecole de travail social – HETS-GE, entendent pallier au travers d’une enquête qualitative. Leur recherche se focalise sur les modalités d’embauche de celles qu’elles appellent les «careuses d’enfants» (CdE). Ce néologisme est dérivé du terme anglais child care worker, et entend rendre compte du rôle que jouent ces femmes dans l’éducation, la socialisation et les soins de l’enfant. «Différents éléments contribuent à l’invisibilité des careuses d’enfants, poursuit Véronique Pache Huber. D’abord, le préjugé selon lequel le recrutement des CdE serait l’apanage des familles aisées, et constituerait donc une pratique élitaire et marginale ne touchant pas le plus grand nombre.» Cette idée reçue s’est déjà retrouvée battue en brèche au cours d’une pré-enquête qu’a menée la chercheuse: «Le profil socio-économique des employeurs présente une très grande hétérogénéité, souligne-t-elle. Un couple de cadres comme une mère célibataire vendeuse en grande surface peuvent être amenés à embaucher une CdE. De même qu’une migrante, qui occupe un emploi peu qualifié et fait venir de son pays d’origine une compatriote pour s’occuper de ses enfants pendant qu’elle travaille.» 30 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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PHOTO: ANTHONY LEUBA

Les statistiques et la recherche sur le sujet se distinguent par leur rareté. Pour Véronique Pache Huber, professeure d’anthropologie sociale à l’Université de Fribourg, ce vide s’explique par «l’invisibilité dont est frappée la catégorie des employées qui s’occupent des enfants à domicile».

«Les enquêtes sur l’emploi domestique omettent d’inclure une sous-catégorie correspondant aux careuses d’enfants.» MARIE ANDERFUHREN

Chargée d’enseignement à la Haute Ecole de travail social de Genève

L’étude examine toute une série d’aspects: le profil socio-économique des employeurs et des employées, les salaires proposés, le type de tâches que les parents délèguent aux careuses d’enfants, les représentations des parents sur les besoins de leur progéniture, les expériences éventuellement faites de part et d’autre et les leçons qui en ont été tirées, mais aussi les stratégies mises en place pour limiter les risques, et enfin la manière dont est envisagée la complémentarité des modes de gardes. Leur enquête, financée par le Cedic (Centre d’études de la diversité culturelle et de la citoyenneté dans la santé et le social), devrait durer six mois.


La pré-enquête de Véronique Pache Huber a également mis en évidence une grande diversité des conditions de travail et des salaires. Certaines familles ont les moyens et la volonté d’assurer un revenu conforme aux minima, de payer leurs charges sociales. D’autres, en revanche, engagent des migrantes sans permis de travail et les rémunèrent moins bien, voire très peu. «Tous ces éléments influencent la durée de la relation de travail, précise la chercheuse. Certaines CdE travaillent plusieurs années pour la même famille, d’autres au contraire changent d’emploi, ou se réorientent vers des activités de nettoyage, souvent mieux rémunérées et impliquant moins de responsabilités.»

Ces confusions, estime Véronique Pache Huber, sont également entretenues par beaucoup d’employeurs, qui désignent couramment la personne qu’ils engagent à leur domicile comme une «maman de jour», une «baby-sitter» ou une «jeune fille», alors que ces étiquettes se réfèrent à d’autres modes de garde. «En confondant les termes, analyse la chercheuse, on évite d’admettre que l’on a recours à un mode de garde qui est perçu comme élitaire, ou encore que l’on enfreint la loi, si l’on emploie quelqu’un en situation irrégulière. Enfin, n’oublions pas que l’idée de déléguer des charges parentales à des tiers est toujours problématique, car ce qui est délégué est loin d’être anecdotique.»

Confusions entre aides à domicile

De manière générale, tout indique que les careuses d’enfants répondent à un besoin important, car sans elles, de nombreux parents ne pourraient probablement pas gérer la tension quotidienne entre les exigences professionnelles et leurs responsabilités de géniteurs d’enfants en bas âge. Une tension qui, avec la flexibilisation du travail et l’arrivée toujours plus importante des femmes sur le marché du travail, semble vouée à augmenter. Dans cette perspective, une clarification du statut des careuses d’enfants et des attentes dont elles font l’objet semble plus que nécessaire. La démarche de Véronique Pache Huber et de Marie Anderfuhren, qui vise à leur rendre une certaine visibilité, pourrait contribuer à amorcer la réflexion.

Autre élément: les careuses d’enfants ont beau assumer des fonctions bien particulières, elles peinent à exister en tant que catégorie professionnelle. «Les enquêtes sur l’emploi domestique omettent d’inclure une sous-catégorie correspondant aux CdE, explique Marie Anderfuhren. Elles regroupent dans la même rubrique femmes de ménage, aides à domicile pour personnes âgées et gardes d’enfants, alors que leurs cahiers des charges sont différents. Idem pour les enquêtes sur la parentalité et les stratégies pour concilier travail et vie de famille, qui amalgament jeunes filles au pair, baby-sitter et mamans de jour.»

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HES-SO

design et arts visuels | économie et services | ingénierie et architecture | musique et arts de la scène | santé | travail social

18’000 PHOTO: 2012 NOTSONOISY GUILLAUME REYMOND & TRIVIAL MASS

La santé des patrons sous la loupe de la recherche SANTÉ

La tour de l’HESAV fait le tour du monde PERFORMANCE

Le bâtiment de la Haute école de Santé Vaud qui s’anime et semble prendre vie… Cette gigantesque performance visuelle a été réalisée sous la supervision de l’artiste Guillaume Reymond (NOTsoNOISY) et de Trivial Mass Production. Ce son et lumière électronique n’a nécessité l’installation d’aucun projecteur: pas moins de 110 étudiants, collaborateurs et amis de l’HESAV ont bougé pendant plusieurs heures toutes les fenêtres et volets de la tour, sur 11 étages et 10 rangées, pour simuler les pixels d’un écran géant rudimentaire. Une performance qui a dépassé les frontières: elle a été visionnée des centaines de milliers de fois sur internet et a même eu les honneurs d’une couverture par la prestigieuse chaîne télévisée américaine ABC! La vidéo annonçait les festivités organisées pour les 10 ans de la haute école «HESAV fait ses 400 coups!» du 1er au 8 novembre 2012.  www.hesav.ch/faitses400coups

Le premier «Observatoire suisse de la santé des dirigeants» s’ouvre cet automne à la Haute école de gestion – HEG Fribourg. Fruit d’une collaboration avec l’observatoire français Amarok, lancé dès 2010, le centre s’intéressera à la souffrance qui peut toucher les employeurs, un sujet encore très peu étudié en recherche académique, alors que le thème de la santé au travail devient de plus en plus présent dans notre société.

Nouveau visage institutionnel pour la HES-SO HES-SO

La nouvelle convention qui lie la HES-SO à ses sept cantonsmembres devrait être ratifiée d’ici à la fin de l’année, et entrer en vigueur début 2013. Ce processus marque la transition vers une nouvelle organisation académique, notamment la mise en place d’un rectorat chargé de

mener à bien l’accréditation institutionnelle d’ici à 2016. Cette refonte devrait conduire à une nouvelle institution forte, autonome et souple. La HES-SO sera ainsi encore mieux positionnée sur les plans académique et de la recherche, tant au niveau local qu’international.

La HES-SO franchit la barre des 18’000 étudiants HES-SO

Plus de 18’000 étudiantes et étudiants ont fait leur rentrée académique 20122013 à la HES-SO, qui confirme ainsi sa position de deuxième plus grande haute école de Suisse. Dans l’ensemble, les domaines enregistrent des croissances qui se situent entre 1 et 3%, avec une mention spéciale pour celui de la Santé, qui voit un bond de 10% des inscriptions. L’arrivée de nouvelles forces est très importante pour ce secteur qui manque de personnel qualifié en Suisse. A noter dans les filières artistiques, l’ouverture d’un Master en Théâtre ainsi que d’une nouvelle orientation Mode et Accessoires dans le Master en Design.

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HES-SO

Des concerts écologiques MUSIQUE

Les économies d’énergies peuvent être réalisées dans n’importe quel domaine, y compris en musique: c’est ce qu’a démontré l’été passé le Solar Tour, qui a effectué en Suisse romande une tournée de concerts de démonstration alimentés à l’énergie solaire. A l’origine de ce projet, Dominique Bollinger, professeur en génie de l’environnement à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud à Yverdon et auteurcompositeur, qui a eu l’idée de remplacer les amplificateurs sur scène par les oreillettes utilisées pour le retour son. Des panneaux solaires fournissaient l’énergie nécessaire. La manifestation a consommé en moyenne huit fois moins que les prestations traditionnelles.

Un module de la HES-SO dans l’espace RECHERCHE HES-SO

La recherche de la HES-SO est en orbite! Le projet scientifique d’Eric Zumbrunnen et David Strobino, deux étudiants en Master Ingénierie (MSE), a été retenu pour être envoyé par fusée dans l’espace, dans le cadre du programme Rexus13/14 de l’Agence spatiale européenne. Le but de leur expérience, intitulée CAESAR? Valider des données théoriques, numériques et expérimentales (réalisées sur Terre) concernant le comportement des liquides dans un dispositif de gestion de carburant en situation d’apesanteur. La fusée sera lancée en mars 2013.  www.caesar-rexus.ch

Nominations de la rentrée HES-SO

Le mois d’octobre a été riche en nominations. Olivier Naef, professeur à l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg, a été nommé à la tête du domaine Ingénierie et Architecture de la HES-SO. Autre nomination: engagé depuis quatre ans comme responsable du service informatique de la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion Vaud HEIG-VD, Hervé Le Pézennec supervise désormais les Systèmes d’information de l’ensemble de la HES-SO. Enfin, le domaine Santé de la HE-Arc a un nouveau directeur: Nicolas Chevrey, qui était jusqu’alors chef de l’Unité IRM du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne.

La culture au menu de l’Ecole hôtelière de Lausanne HÔTELLERIE

Le programme de la première année de formation à l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) a été entièrement repensé. Fait nouveau, les étudiantes et étudiants seront désormais sensibilisés aux aspects culturels des métiers de l’accueil lors de cette phase préparatoire. Au menu notamment: histoire du vin, géopolitique hôtelière, sciences appliquées à l’alimentation ou encore anthropologie de l’hospitalité. Cette intégration des facteurs politiques, sociaux, religieux, économiques ou démographiques en fait une formation inédite dans le monde des études hôtelières.

Un ingénieur de la HES-SO Valais primé INGÉNIERIE

Le prix Dupont des Matériaux 2012 a été attribué à Antonin Faes, un ingénieur de la HES-SO Valais Wallis qui a déposé l’année passée une thèse sur les anodes de pile à combustible. Ses travaux apportent un éclairage sur les mécanismes de réoxydation du nickel dans un composite dont sont faites les anodes de ces piles, et les effets de cette oxydation. Doté de 10’000 francs, le prix récompense chaque année un chercheur âgé de moins de 35 ans en science des matériaux.  http://isi.hevs.ch 34 HÉMISPHÈRES BULLETIN

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Hémisphères No 4 - La valeur, au-delà du prix - bulletin  

Faire de la valeur le thème central de ce numéro d’Hémisphères: une belle occasion pour chacun de se poser la question – difficile mais salu...

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