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© Hernan L. Toro – Querencia Project / Cabinet des Dessins, Cahiers à dessin: Rembrandt suite

CABINET DES DESSINS Hernan L. Toro Cahier à dessins

Rembrandt suite... (janvier, février et mars 2013)


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Hernan L. Toro

Cahier à dessins

Rembrandt suite... (janvier, février et mars 2013)


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EXERGUE

…au sommet de l'instant, le hasard tient lieux, deux fois de «source», la première en absence de source et la seconde, en excès. Il arrive qu'on se fixe sur un dessin, un seul « lisière d’un excès parce que la forme n’est pas dans la chose l’amour touche au trait et au nombre

et s’en exclut

tout comme ta chevelure »

hors, ainsi qu'il me plaît de l'entendre, hors, y compris dans le cas où c'est en nousmêmes, le dessin est ce qu'il faut aller chercher. Dessiner. Pour acquérir ce que l'on reçoit doit-on le produire ? Le faut-il ? Il le faut. Là c'est, d'une vérité, dessiner. L'acte est le propre d'une dimension, celle qu'on devrait, le temps d'un dessin,

appeler du trait, condition nécessaire pour coordonner des accointances quelconques. Création, production non pas le superflu de l'ornement, noble ou frivole, mais le dessin comme l'arc du frayage , façon d'être hors, dans

dans le non-assuré de son avoir lieu, socle qui fait monde à

ses heures, mais pas toujours, car il arrive que les vagues se retirent laissant le sable nu sous l'averse du rayon, apport nu du dessin comme temps

Kant dans la dissertation de 1770 : « le temps n'est rien d'objectif ni de réel, il n'est ni une

substance, ni un accident, ni une relation, mais une condition nécessaire en vertu de la nature de l'esprit humain, pour coordonner des sensibles quelconques selon une loi déterminée, et ainsi une intuition pure. » avoir lieu hors, en acte et ici, Rembrandt suite, enjoy, tracer pour après, tracer d'après, etc.


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(jour de colère) c'est ce que je pouvais faire de mieux, effacer le tableau. Recommencer. Et en attendant retourner au dessin. Manque une dimension. J'ai les récoltes, pas le lieu, impossible de les assembler. Je n'aperçois plus rien... s'il y a quelque chose que je ne

voulais pas c'était commencer ce cahier ainsi, mais bon, ce tableau je le ferai. Rester concentré. Comme aux échecs on ne rejoue pas une autre

partie tant qu'on n'a pas su analyser celle qu'on vient de perdre. Lire la position, un coup précis. Dans la vie je joue avec les noirs, ce qui suppose déjà un temps de retard, si les blancs jouent e4 je

réponds avec e6, j'ai horreur de la symétrie. La Défense française. Du retard à la puissance 2, sans compter le problème en c8, le fou qui va rester coincé, après d4 et d5. N'oublions pas que dans De

l'autre côté du miroir se joue une partie, et que Lapin-Blanc regarde toute le temps sa montre... Je suis en retard ! Bref le galeriste n'aura qu'un des deux tableaux promis.

§ 1 D'un tableau nous n'avons pas idée, nous n'avons que des accointances <Accointances, préséances> C'est-à-dire, du simple et non des parties. Là où notre sensibilité rencontre du simple, notre entendement produit du partiel. A moins qu'on ne tienne

l'idée pour une accointance celle-ci s'arrête là où le tableau commence. Cela ne m'avance guère. Je suis en train de chercher... Je reviens au dessin, à l'esquisse..

Dessins princeps : les dessins qui ont l'initial en eux, ils me servent de principe, j'apprends d'eux comme si un autre les eut dessinés. Il en va de ce quelque chose qui n'est pas vraiment dans le dessin lui-même, et qui le précède, le prépare, et l'annonce, ce sont ses préséances.

J'appelle préséances ce point aveugle qui précède le dessin et par où le trait fait irruption, et par extension tout rémanent dans sa poussée, ainsi nous pouvons dire, il y a préséance du corps dans le dessins il y a du hors, il y a c'hors

Les préséances sont inexistantes en elles-mêmes. Ses formes qu'on « voit » et qu'on n'aperçoit pas, un mot au bout de la langue, le pull-over bleu lys, très moulant d'Aude au Palais Royal, une

lumière du couchant très forte, d'autant plus forte, que contrastée, tout semble sortir de ce bleu, sauf là où le contraste, comme un arrivage dans le vieux port de Marseille, laisse passer l'averse du


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rayon, couleurs du couchant en glacis touchant les choses, l'orange rouillé, l'ocre et le gris, du scintillement nacré, perlé, les traînées veineuses du bleu, du vert, du lilas et du mauve, le coloris

accru de ses mains qu'elle venait de placer sur le livre dont la couverture montrait le détail d'un tableau de Georges de la Tour, une façon presque hallucinée dans la perception, avec cette acuité visuelle dont seule les proies savent en être pourvue au moment de la chasse, comme un miracle, une survivance, avec un sourd bruitage en amont.

Je devais avoir quinze ans lorsque j'ai voulu braver les dieux. Nena était mon amoureuse. Nena était belle et mon amoureuse. Je n'avais qu'une seule chance pour joindre ses faveurs, sa sœur aînée qui m'aimait bien, m'en avertit, c'était un rendez-vous pour le soir, elle, Nena y serait. Je

m'éloignerais de la maison sans dire où j'allais. Que n'avais-je pas déclenché, bientôt toute ma famille partira à ma poursuite. Je ne sens plus le coup, ma tête va d'un côté à l'autre comme une

pendule, ils me regardent tous, quand je m'aperçois qu'elle aussi peut me voir, je ne suis plus. Je

n'entendrai en suppléance que le bruit des vagues derrière nous, je verrai la lune, la Nena lune, la luna llena, les vagues. Quelqu'un à voulu me détruire, je crois que c'est papa.

Il serait question toujours d'un seul dessein en somme, point d'appui, levier, un trait, les

attraits d'une femme que j'aurai aimée, et que j'aime encore. D'une certaine façon je repasse

toujours par les mêmes endroits : souvenir, lumières ajournées, la pointe de ce qui ne cesse pas, les pelures d'un monde qui n'est pas à nous, un chaos, une catastrophe, puis soudain les prémisses d'un trait. Comment se fait-il que nos expériences si souvent maladroites puissent contenir plus qu'elle n'accueillent et comment se peut-il qu'un dessin porte des aspects plus vastes que la forme

qui les contient, aspects qui sont et qui ne sont pas dans le dessin, comme l'initial de chaque instant, aussi bien dans que hors ?

Il suffit que je retrouve le chemin du dessin : accointances, ce que j'aurais à penser d'un assemblage. Mais puis-je penser ce dernier quand c'est des assemblages que la pensée verrait le jour? J'aurai donc ainsi besoin des expédients que le dessin dispense dans la claire lumière. Je construis pas à pas l'enclos, dessin après dessin, me servant du plus faible degrés d'existence, aux moyens des phrases quelconques, fidèle en ce sens à la nature éparse des récoltes, quelque chose de fin'amor. La puissance du tacite. Le dessin serait tout autant ce qui retarde la pensée que ce qui me fait avancer.

§ 2 Pourquoi nous faut-il aller là où nous sommes ? Il y aurait une loi du malentendu, comme il y a une loi domestique. Le malentendu, les rumeurs, l'idéologie, et j'ajouterai en gardant les guillemets, « l'esthétique », se propagent plus vite


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que l'art, l’œuvre et la pensée, d'ailleurs leurs performance résident dans cette « vitesse », circuler en terres conquises. Le dire seul ne suffira pas donc et le dessin, lui, peut fuir à travers l'ouvert de l'instant, et de la vérité. Tout comme l'endormissement après l'amour oblitère la source. Il me sied

donc faire cas de cette figure que j'ai eu souvent à rencontrer, l'éros suspendu, nouer dans l'espace me servant des dessins, pour un dire d'entrelacs,

Attendre jusqu'à l'aube. La pensée peut avoir la même dextérité du rêve, presque la même

étoffe, sinon que la pensée est trouée dans le paysage, là où le rêve l'est par le corps. Il reste ainsi

ce quelque chose qui ne communique que par défaut, un peu comme vous arrivez tard au théâtre, qu'on ne vous laisse pas entrer de suite, parce que le petit concert a déjà commencé. § 3 La forme d'un descort La forme d'un descort, auquel il faudra ajouter, le trait et l'espace vacant, une nouvelle

donne, et Domna, un coup de crayon, une nouvelle réforme de l'entendement, embrayages, tirage au sort, etc. <qui corpus ad plurima aptum habet ,> qui a un corps à moult aptitudes, moult par

plurima, comme dire en nombre, plusieurs, multiples, ce plurima en lieu et place de ce qui dans la langue ne rejoint pas la pensée pour dire l'existence, et qui pourtant lui sert d'accointance, lui fait signe, senhal, lui sert d'apport, turbulences, retard, de mise à nu, bref descort.

J'ai noté sur des petits papiers les lettres de l'alphabet, puis j'en ai pris quatre au sort, sans savoir ce que j'allais en faire, juste pour me dire ce fors, n, b, f, q

l'agilité du crayon, ne me faudrait-il pas penser un peu comme au dessin il y a des

repentirs ? Le repentir n'est-il pas signature par excès ? On sait du repentir parce que nous pouvons appliquer une soustraction, sans congédier l'erreur, ce moment où le regard est l'acte de l'entendement et non le moyen


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No escribí el poema pero algo quedó. Las hojas verdes hacían uso del silencio como si yo estuviera

Je n'ai pas écrit le poème mais il en resta quelque chose. Les feuilles vertes

se servaient du silence comme si j'y étais


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<dessin>


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dans cette suite

la place d'un descort

je me souviens encore

de ce que je te disais du temps


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ELUCIDER LES RECOLTES


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Élucider les récoltes. Le temps d'une double lecture, à quoi le dessin donne suite. Ceci complète Cabinet, traçant une ligne qui pourrait commencer ici en 1607 avec Idea, de Zuccaro

« Et principalement je dis que Disegno n'est pas matière, n'est pas corps, n'est pas accident de substance aucune, mais il est forme, ordre, règle, terme, ou objet de l'entendement, et qu'en lui sont exprimées les choses comprises... » et finir en 1770 avec Kant dans sa Dissertation : « Le temps n'est rien d'objectif ni de réel, il n'est ni substance, ni un accident, ni une relation, mais une condition subjective, en vertu de la nature de l'esprit <mentis> humain... » Similitude dans l'expression, même nécessité de principe en vue, la séparation que fait Zuccaro,

entre dessin interne et dessin externe, s'oriente déjà sur la nécessité d'une condition, comme d'une esquisse que seul l'entendement peut se donner, le dessin se plie à cette exigence ou serait ce pli

même. Similitude qu'il faudra suivre et entendre jusqu'à l'Esthétique transcendantale et au-delà, dans ce qui à trait à l'aperception, l'auto-affectation, le temps comme forme chez Kant, etc.

Pour reprendre ensuite, le Séminaire XXIII, de Lacan : «Y-a-t-il impossibilité que la vérité devienne un produit du savoir faire ?»

De quoi habiliter un espace d'entrelacs et d'entente, sortir le dessin de la copie, du lieu commun de l'image, l'ornement, le gribouillis et la charité. Changer de quartier.

Habiliter. Donner lieu. Accorder la préséance. «Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer.»

Aller-retour, où le dessin c'est l'acte qui oriente, ici Rembrandt suite. Nous éloignant trop du bord nous risquons de nous perdre, sans quitter la terre ferme, nous n'apprendrons jamais à prendre le large. Creuser chaque fois que possible. Dessiner pour garder le cap.

Ne pas oublier que la progression se fait la plupart du temps par degrés insensibles, et que si la


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pensée ne peut pas toujours faire la distinction, le dessin peut faire la différence. Il y aurait ainsi un espacement où seul le séjour est possible. Tracer suffit.

Rembrandt suite : carnet de bord, atelier de fortune, pensée en cours, work in progress, trobar. Fin'amor, Dessin oblige ! Vous faut-il un exemple musicale ?

Parce que la musique est un exemple ? Vous faut-il une musique ? Le faut-il ? Il le faut.

Ludwig van Beethoven - String Quartet in F major Op. 135 - II. Vivace


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Il neige dehors.

Sans cette neige

ces traces ne se produiraient pas pourtant ce n'est pas la neige qui les cause. Je crois penser à quelque chose. Je le sais et je ne le sais pas.

Tout semble calme au-dehors. Pourquoi suis-je timide, pourquoi lent ? Parfois les mots ne viennent pas.

Aujourd'hui j'ai oublié d'ajouter le fruit à l'entrée. Il était pourtant devant mes yeux sur la table. Quel portrait !


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§ 4 Il n'y a pas de nu dans la nature <dessein> … mais rester au dessin, c'est quelque chose qu'on ne formule pas, c'est un dessein qui n'atteint pas la pensée, comme il y des lumières de trop basse fréquence qui ne touchent pas à notre sensibilité.

Nous pouvons nous orienter grâce au dessin lui-même. Ce qu'il faut entendre : qu'au bout d'un certain moment nous devons appeler dessin non pas le résultat, ce torse en bon plaisir que j'ai

devant moi par exemple, mais l'acte. Le dessin n'appartient pas au registre des choses. Le dessin n'est pas une chose pas plus que le Roi de Danemark.

HAMLET.—Le corps est avec le roi, mais le roi n'est pas avec le corps. Le roi est une chose...

pour reconnaître un dessin nous nous servons d'une catégorie, et non d'une signification, c'est ici en ce point précis que la notion d'image oscille entre la méconnaissance et la dénégation, sans parler des artistes qui ont déserté en masse depuis longtemps. Si le roi peut, dans ses prérogatives, n'est pas être avec le corps, c'est que the king is not a thing. C'est parce que nous intégrons l'acte à

ce résultat, nous parlons d'un dessin, c'est-à-dire, d'une œuvre. Et cette synthèse précède l’œuvre que nous pouvons voir. Ce n'est pas un raisonnement. Ça se voit. Nous savons quand il y a du dessin, quand il n'y en a pas. Nous savons qui sait dessiner qui ne sait pas dessiner. Le reste peut se dire comme si c'était le début d'un poème :

Il n'y a pas de nudité dans la nature...


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§ 5 Partage formel une rêverie, jamais la même mais du même ordre dans l'improbable du jour. Quand je regarde un dessin, je peux desceller plusieurs âges de ma vie.

Je m'inventai un rendez-vous. Détour furtif dans la librairie pour voir ne serait-ce qu'un instant

quelques dessins de Rembrandt. Nous croyons que la reproduction se retrouve dans le livre, dans la carte postale, dans l'affiche, de même que nous croyons que la perception a lieu dans la rétine. Je repris un chemin qui m'était connu. Renouer par accointance. L'irréductibilité du trait. Je

parlerai donc d'une Rembranneité, signature serpentine, des seuils et des intensités du rendu, des degrés dans l'assemblage, avec toutes ces denrées que le désir récolte au passage, c'est seulement après que le souvenir peut retrouver le sens de la percée. Ce moment, un court détour. Aller suffit. Rembrandt suite.

Chaque dessin est un degré de sa puissance qui peut se continuer aussi bien en amont qu'en aval. Il est la coupe d'une vibration. Il contient des repentirs inexistants qu'une droite infinie traverse, des séquences éparses que l'entendement complète. Un dessin est source d'apport. Pour tout cela il en va d'une condition, qu'il soit acquis, qu'il en soit le trajet et l'acte de cette acquisition. Dessins remarquables, dans —

et ce dans comme un coup d'archet ou de crayon, dans l'espace. Entendez : nous ne

pouvons pas le dériver de nous-mêmes pas plus que le penser. Le dessin à trait à l'entendement et non à la pensée, le dessin lui est antérieur dans l'ordre, il est l'apport,

elle passe devant la lampe qu'elle laisse sur sa gauche pour quitter la chambre, je vois son buste comme la seule partie qui n'est pas à contre-jour : pur pourtour d'ombre, mais poitrine drue scintillante, nacrée, la Bethsabée du Louvre, celle de Drost, Willem Drost, entraperçu, le renvoi, l'écart, la mise à nu de ses attraits anticipés par une œuvre sur laquelle j'aimais m'attarder au Louvre, je ne saurais dire au juste sous quelles formes exactes, ni par quel ordre des séquences, ni

sous quelle assise matérielle, je retrouvais en amont du tableau, Aude nue allant à la salle de bain, l'éclosion d'une vision recluse, l'éclat d'une lumière ajournée au printemps

<disegno interno> ce qui se dit de la préséance des accointances, le je-ne-sais-quoi d'un

penchant, querencia, lo ferm voler qu'el cor m'intra, mes nuits avec elle aux moyen d'une lampe qui copiait sur notre discrétion pour produire ses effets, Rembrandt suite

for me

l'irrésolu dans l'accompli c'est-à-dire avec une sorte de futur contingent, a woman waits le temps que son corps passe devant le bureau, la lumière réfléchie par le papier, puis

quand elle fera face à la porte, l'éclairage de l'autre pièce, torse en profil, sa forte poitrine, comme d'un tableau qui manquerait à la peinture Hollandaise du XVII siècle, pour commencer,


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le dessin vient toujours avec ce qu'il faut d'assemblage pour que l'expérience touche au commencement car dans les faits, il n'y a rien d'initial, si un fait peut augurer un événement ce n'est pas lui qui le produit, c'est pour cela qu'un commencement est un moment d'une délicatesse extrême. Nous pouvons faire expérience d'un dessin et mettre plusieurs année avant de le faire. Il

y aurait ainsi un temps plus ou moins long, temps dans le sens descriptif du terme, durant lequel nous vivons l'inexistant de x, la belle inconnue ou que sais-je, soit la puissance d'un trait qui

charge nos heures, nous oriente sans pour autant nous donner le cadran, nous vivons des

intensités exilées parmi les choses du commun, nous vivons ainsi, en attente d'un fait, liberame, mais sans savoir si nous parlons du fait ou de son avoir lieu, j'ai pu avoir ainsi des appréhensions se réfléchissant aussi bien dans ce que j'étais capable de faire que dans ce que je me voyais obligé

d'ajourner et enfin dans tous ces attraits qui se déclaraient hors portée, hors tout cours, des intensités exilées dans les choses du commun, ce que j'apprenais de la vie nue, des choses parfois

obscures, ce qui aura été d'une peur, d'une crainte comme d'un même point dans l'espace, littéralement en exergue d'où sort tout ce qui à trait à la naissance, la renaissance, la création, la production


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§ 6 S'appliquer la ligne dans la marche <s'attarder> ne devrais-je pas faire moi-même ce que j'attends d'autrui, que par un séjour plus long que prévu le discernement prenne en ampleur, que les dessin soient suivi dans le rendu, dans la façon de résoudre une lumière. Dessins peints, quasi un tableau, en sa direction, touches et effets de matière, l'usage des pigments, blanc de titane parce qu'il garde une traînée de matière,

des poudroiement en amas, constellations. Des glacis au blanc d’œuf pour relier les couleurs, puis pour rehausser les contrastes, affiner les passages, autant de fois qu'il est nécessaire. Acryliques,

pierre noir, sanguine. Entre l’incréé de la lumière et les contingences du pigment l'acte de dessiner et peindre tient lieu autant d'apport que de retrait.

D'un dessin il n'est fait qu'un degré de sa puissance, un certain nombre d'assemblages, l'accointance d'un aspect, un raccourci, une lumière, un nu.

Dessiner c'est reconnaître les préséances qui l'assistent: sillages, les accointances qui l’éperonnent : traits, enfin les détours qui font relais : repentirs. Le dessin est phloème, liber... Le dessin est une très ancienne manière de s'aviser d'un savoir. Le dessin est l'écluse de passage. Il offre à la pensée ce qu'elle ne saurait d'elle même produire. Littéralement il donne à penser. 1

Le dessin n'est ni l'ornement ni l'illustration, encore moins le gribouillis. Nous ne savons pas où commence-t-il, ni d'où vient-il, au nom de quoi, ni ce qu'il accomplit, à partir de quoi... Écrire et dessiner en même temps, ainsi j'avance deux fois plus lentement. Je me dis qu'alors peut-être j'aurai cette chance, une phrase, un dessin, selon le cours hasardeux et improbable de la journée. Penser avec ça. Dessiner le matin, lire l'après-midi, écrire la nuit là assis près de la fenêtre où le rebord me sert de table, sans trop savoir de quoi au juste je suis le rendez-vous, inquiet parce que

je ne sais pas de quoi je vais vivre. Rembrandt suite, au moins quelques détails dont je puisse être fier, que je puisse dire, là c'est vrai, c'est le dessin lui-même, je ne vis que pour ça, l'instant

matériel, un hors, un là, signature, un rêve : un jour je dessinerai là, l'autoportrait de Durer à treize ans, je m'en souviens, un sueño, le présent c'est hier, parce qu'il vient après, comme ces dessins qu'on dit d'après,

enfant c'est-à-dire quand la forme est en même temps l'avoir lieu du corps, corpus opus du hors, Rembrandt suite, pour garder le cap

1 <jalons et reprise> tout ceci est à formuler en propre, étayer davantage la forme élargie du dessin pour montrer à quel point il en va d'un enjeu qui dépasse de loin le propre du dessin. Ici avec ces dessins je m'applique à son action restreinte.


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<nota> Quand je dis pas à pas il ne s'agit pas d'une durée continue, l'un puis l'autre, ils ne se trouvent pas sur le même plan. De plus, il s'avère qu'en français le pas se prête aussi à la négation.

You are very funny Sir, s'esclaffa Lapin-Blanc qui se trouvait non loin de là, pas de ce pas, no, really ? Il n'y aurait pas de lien intrinsèque, non seulement c'est plus lent, mais aussi discordant, ça ne donne que des récoltes éparses dans l'espace, pas à pas, çà et là, puis-je dire que j'avance ? Méfiez-vous de la Reine Rouge, Sir. Oui, à condition d'ajouter dans le sens de la percée. Dans l'espace l'instant est plus vaste que la plus longue des durées. Entre pas et pas ce trouve le <à> pas à pas, comme l'infini d'une suspension, un écart, un lieu de séjour. Attendez attendez, laissez-moi deviner, vous n'arrivez jamais au pas suivant parce que vous ne partez jamais du premier, au fond ce que vous appelez « pas », n'est pas dans le pas, jailli de l'intervalle. You are funny...


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§ 7 « Un commencement est un moment d'une délicatesse extrême » et dire que des années durant j'ai cherché cette phrase, je l'ai même entendue sans m'en aviser, est-ce un état flou de conscience qui m'en empêcha comme si je n'eusse jamais pu entièrement me

réveiller, suivi par des chiens, n'ayant plus le carquois, ni d'expédient, n'ayant de temps que pour la survie, un assoupissement réel ou apparent, des acuités périphérique, ou ai-je pu l'entendre, réaliser son propos pour aussitôt m'assoupir afin de n'avoir pas plus de peur que celle que m'avait

déjà procuré l'averse, peut-être pas peur mais quelque chose qui lui ressemble, l'appréhension quand je prenais le train, picotements, vertige, le sol se dérobait sous mes pied, d'où un léger fléchissement des jambes, un pas vers le côté, le vide à l'estomac, puis un insensible tremblement des bras d'abord, de tout le corps ensuite, d'une certain façon j'avais bien compris, n'ai-je pas écrit

à l'époque, « ici, je commence après », la claire lumière de la pièce au matin, je m'étais levé pour écrire, l'odeur du café, le bruit de la cuillère touchant la tasse dévoilait que tout au tour était

encore silence, il n'était pas très tôt, c'était samedi. Je faisais dos à la porte de la chambre, c'est au son de sa voix que j'ai su qu'elle n'était plus couchée. Je penserais d'abord qu'elle me parlait, au fait elle lisait. Je me retourne : ce n'est que très récemment que j'ai su quel terme qu'il fallait employer pour décrire ce que j'ai ressenti. L'agrément est quelque chose qui s'accorde à nos faculté, ce n'

était donc pas ça, l'excès à lui seul n'explique pas le pourquoi d'une accointance; la figure du ravissement aurait pu servir, mais comme l'excès, ça ne nous explique pas ce quelque chose d’indélébile qui se trace en nous, restait ainsi une implication matérielle mais en lieu et place d'un intervalle qui lui se dérobait, comme une rémanence de trop basse fréquence pour composer avec la vision,

« lisière d’un excès parce que la forme n’est pas dans la chose l’amour touche au trait et au nombre

et s’en exclut

tout comme ta chevelure »

seul dans l'espace le dessin (infini au début) porte cette signature, seule dans l'espace la préséance du corps touche à l'écart et le change en trait,

une extension qui ne viendrait pas de nous-mêmes, mais qu'il faut produire pour la retrouver.

Quand elle se met à exister ça nous change. Nous ne pouvons plus dire que nous sommes sans y ajouter la négation, l'acte lui-même. Il se produira donc la mise à jour d'une forme qui différée de

moment en moment dessine un enclos <ici je commence après> comme d'un apport de séjour jusque là inconnu, la restriction cesse d'avoir « force de loi » jauzirai joi

the beginning is a very delicate time un instant qui aussitôt ouvert se réserve, des dessins que j'aurai pu voir, des accointances, les relais, le dallage d'une rue piétonne, les deux fenêtres,


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chambre et salon, tous ces points de fuites que relie la pudeur, nue que vous êtes. Il se tracera pour nous l'orange en absence de source, je trouverai certains dessins remarquables comme la difficulté peut nous indiquer dans le chemin que nous allons arpenter une affinité de provenance où

l'horizon n'est que l'ajourné de la forme, a very delicate time, l'espace interne d'une possibilité, tout comme l'enfant s'acquitte du présent avec du rendez-vous manqué, se sert de l'imagination comme d'un emprunt, parle et chante pendant qu'il marche, tout chemin lui paraît long, amaras

mañana

Ici dessin

Rembrandt suite, je laisse ainsi un espace blanc

pour dessiner, je peux perdre le dessin, avoir l'obligation ou l'habitude mais pas l'orge, l'éclat. Le dessin peut ne pas y être, du moins ce qui le rend

interne, ce qui fait de lui phloème et liber, je guette, j'attends, délicatesse extrême, ce que disait Deleuze au sujet du cri, ses cours sur Leibniz : avoir besoin d'un concept c'est avoir quelque chose à crier 1770 c'est Kant qui crie: «Le temps n'est rien d'objectif ni de réel, il n'est ni une substance ni un

accident, ni une relation, mais une condition subjective nécessaire en vertu de la nature de l'esprit humain, pour coordonner des sensible quelconques... »

des sensible quelconques, je ne sais quoi en penser c'est simplement inouï, l'odeur saline d'une brise, des couleurs à ras du sable comme une couche d'orge picorée par l'ombre, le bruit des vagues, le sillage béant là où l'eau se retire, les petits chemins qu'elle emprunte, les bas-reliefs qu'elle produit, des fossiles de fortune, esquisses... il s'agit toujours d'une esquisse, on pense que c'est une voix qui ne parlerait pas encore, et c'est que quand nous disons parler nous visons deux faits distincts, l'un qui aurait trait au dire, et l'autre à l'appréhension. Chacun connaît ce maintenant si étrange qui accompagne la compréhension, maintenant je comprends, disons-nous, claironnant en même temps un effet de retard, une signification ajournée, une nuit de pluie avec le même capillarité des vases communicants, une esquisse, un croquis, du singulier par accointance, des sensibles quelconques, arriver dans une ville par une nuit de pluie et se dire tant de choses importantes sans pour autant les tenir pour vraies ou fausses, notre voix intérieur jouant le même rôle qu'une esquisse avec tous les secrets de l'amitié et l'amour, ça dessine pour après, et où la nouveauté est justement cet après, amaras mañana, ici Rembrandt suite l'acte de l'esquisse ne se confond pas avec son résultat, cet écart rend possible le maintenant d'un retard, une rose sur la table, Aude sortant du bain, esquisse qui n'aurait pas une autre esquisse

pour se faire, mais juste le coup d'envoi du trait, le reste serait hors : sensibles quelconques, amas


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en constellation, et plus près ici récoltes éparses, il en irait de même avec les pensées. Esquisses, impromptus, assemblages qui ne résulteraient pas de ce que nous ayons médité, mais au contraire nous pouvons méditer parce qu'il y a préséance

d'apport, esquisses, nous suivrons le retrait des eaux d'après la forme du sable, comme ce qui reste possible, l'amour toucherait à cette figure, d'après une empreinte mais avant toute présence, un

maintenant vide, un maintenant dont la forme serait celle du retard, c'est-à-dire du temps, l'enclos d'où l'esquisse peut être tirée,

forme impersonnelle du maintenant, esquisse encore, cette méditation qui avance, parce qu'elle est l'arrêt dans la marche, comme lorsque nous rentrons dans une salle obscure.

Ici Rembrandt suite, seul mon silence, des couleurs de traverse en absence de source, assemblage, donc aussi bien création. Quick now, here, now, always... Note en bas de page, un dessin à cette place :


© Hernan L. Toro – Querencia Project / Cabinet des Dessins, Cahiers à dessin: Rembrandt suite

§ 8 Phloème, liber le dessin lui-même sans plus attendre comme note en bas de page, d'abord les termes, non seulement les mots dans Phloème : Tissu végétal conducteur de ma sève leurs signification, mais tout aussi bien, les notions, élaborée. les concepts, les schémas, les butées, les principes, Liber : tissu végétal secondaire produit par le sachant d'un commencement est un moment d'une extrême délicatesse, phloème, liber

cambium, les tiges et les racines, conducteur de la sève élaborée

l'esquisse entre rêve et veille, trait conducteur, je n'aurai pas à dire selon l'explication, mais à continuer dans le tracé, ce qui m'est venu au réveil ce matin en pensant aux feuilles, aux pouces, à

ce que j'avais déjà écrit quant au dessin d'une poussée, les bourgeons, la poussée dans le dessin, de ce qui m'est venu là en regardant le cerisier, un hiver trop long, je vous dois un dessin ma douce, puis maintenant donc phloème il y aurait avec le dessin cette pointe par où le trait perce et

reconduit les récoltes, les simples d'un poudroiement, le dessin étant un degré d'aperception, un seuil d'intensité, qui assure pour le non-éclos l'espace d'un futur contingent, ce que l'amour en acte sait si bien faire, le dessin comme écluse de passage d'une dimension à l'autre, vida,

querencia, comme ce qui va de la nudité au nu, et retour, le dessin est ce qui laisse l'amour à sa place, plus sans plus, dans la chambre, si quand nous disons chambre c'est l'imprévisible qui prend le relais, voilà pour quoi il me plaît dire : un commencement est un moment d'une extrême délicatesse, où délicatesse veut de dire : « il n'y a pas d'absence pour le feu » y muchas cosas mas il faudra que je m'arme de patience pour écrire vraiment, si comme disait Deleuze : avoir besoin d'un concept c'est avoir quelque chose à crier... le dessin fournit à la pensée ce qu'elle ne saurait produire et sans quoi toute pensée serait vaine, là commence mon cri...


© Hernan L. Toro – Querencia Project / Cabinet des Dessins, Cahiers à dessin: Rembrandt suite


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