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MAGAZINE PARTENAIRES

DES FEMMES PRENNENT LEUR DESTIN EN MAIN FOCUS chances égales pour les femmes! ABANDONNÉES sort tragique de femmes au Tadjikistan LOIN à la recherche du cacao dans la forêt tropicale de Bolivie CONCOURS gagner une nuit à la Villa Lindenegg à Bienne

No 214/décembre 2013


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PERSPECTIVES

Semer le succès

Lutteuses ................................................................................ 04 EN CLAIR

Des chances égales aux femmes ......................................... 05

© Christian Bobst

SOMMAIRE REPORTAGE

Tanzanie: des femmes prennent leur destin en main ............................ 06 FOCUS «ÉGALITÉ DES CHANCES POUR LES FEMMES – AU BÉNÉFICE DE TOUS»

Avoir les mêmes droits: Helvetas s’engage pour les femmes – et pour les hommes .............................. 12 Être femme: réalités du monde en chiffres ....................... 15 Abandonnées: soutenir les droits des femmes tadjikes ... 16 Commentaire de l’invitée: Magaly Hanselmann, directrice du bureau vaudois à l’égalité ............................ 17 Tango à Kaboul: une Suissesse en Afghanistan ................ 18 En savoir plus ....................................................................... 19

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REPORTAGE

ÉVÉNEMENT

À la recherche du cacao dans la forêt tropicale de Bolivie 20 ©HELVETAS Swiss Intercooperation

SUISSE

CINEMA SUD, retour sur images ..................................... 22 Moisson: du riz bio de l’Inde maintenant chez Coop – et dans un fi lm ............................................... 24 Des souhaits judicieux: plus jamais de cadeaux absurdes! ..................................... 25 ACTUALITÉ

Météo du développement ..................................................... 26 Les gagnant-e-s du Clip Award Helvetas 2013 .................. 26 La FEDEVACO fête 10 ans de coopération vaudoise ....... 27 Au Magasin du Monde de Montreux ................................. 27 Get changed: une plateforme de la mode éthique ........... 28 Membres du Circle for Change ........................................... 28 Un million de signatures pour l’eau potable ..................... 28 Impressum ............................................................................. 28 Exposition à Berne: «Wir essen die Welt» ......................... 29 Concours: gagner une nuit à la Villa Lindenegg à Bienne ..................................................... 29 COMMERCE ÉQUITABLE

Figurines de Madagascar en métal recyclé ........................ 30

Papillons, animaux de ferme et faune de la forêt tropicale: à Madagascar, des artisan-e-s habiles donnent forme à des figurines en recyclant de vieilles boîtes.

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30 FOCUS

Page de couverture: Christian Bobst

HELVETAS – Agir pour un monde meilleur VISION Nous voulons un monde dans lequel tous les hommes vivent dignement et en sécurité, de façon autonome et responsable face à l’environnement. MISSION Nous nous engageons dans des pays en développement pour les personnes et les communautés qui veulent améliorer activement leurs conditions de vie.

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SOMMAIRE


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«Je demande souvent aux Afghanes et Afghans quelle société ils désirent»

© Vera Hartmann

Éditorial

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La conseillère de projet parle de la vie en Afghanistan, de ses rencontres avec des femmes et des hommes et de l’humour des gens.

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© laif/Daniel Pilar

Tania Rohrer

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C’est la part des femmes qui peuvent terminer des études secondaires au Mozambique. Chiffres et faits sur la vie des femmes à travers le monde.

Une grande année J’ai exactement l’âge de la Suisse moderne. En 1971, j’ai ouvert les yeux dans la lumière d’une Confédération helvétique qui, désormais, accueillait les filles comme des citoyennes à part entière. J’ai fait entendre ma voix qui aura plus tard aussi un poids politique. Je ne suis plus tout à fait jeune, mais mon âge fait réaliser que la Suisse a accordé le droit de vote et d’éligibilité aux femmes il n’y a pas si longtemps. Par contre, elle a été le premier pays où cette décision fut prise par des hommes lors d’un scrutin. Un signe tardif mais positif de la solidarité naissante entre les sexes. Aujourd’hui, bien des personnes considèrent ennuyeuses les discussions sur les questions de genre. Dans ce magazine, nous rappelons combien l’égalité entre les femmes et les hommes reste une nécessité urgente, au Sud comme ici. Nous présentons des femmes qui, malgré les obstacles, deviennent entrepreneuses ou exercent «des métiers d’hommes». Qui ne tolèrent plus la violence et qui élèvent la voix. Ces histoires se lisent parfois comme un thriller, comme une épopée héroïque ou comme un roman d’amour. Mais nous garantissons que ces récits ne provoqueront pas les bâillements! Susanne Strässle, rédactrice de «Partenaires»

susanne.straessle@helvetas.org

HELVETAS Swiss Intercooperation 7-9, ch. de Balexert 1219 Châtelaine Tél. +41 (0)21 804 58 00 Fax +41 (0)21 804 58 01 romandie@helvetas.org www.helvetas.ch CP 10-1133-7

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ÉDITORIAL


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© Keystone/Urs Flüeler

© Dukas/Fabio Cuttica

FEMMES SUR LE RING

Les lutteuses suisses (en bas) font rouler leurs semblables dans le rond de sciure, tout comme le font leurs homologues masculins. En Bolivie, des femmes fortes combattent aussi entre elles, mais le font plutôt contre des «méchants»: les cholitas montent sur le ring en habits traditionnels et, dans des joutes spectaculaires, elles montrent aux hommes, déguisés en «scélérats de bandes dessinées», qui est la reine. Mais les jeux des lutteuses de El Alto, un quartier de la ville de La Paz, n’ont guère à voir avec la lutte suisse; les démonstrations des femmes indiennes s’apparentent au catch dans lequel la mise en scène est centrale pour faire le show. Jeux de rôles autour du genre en Bolivie. –SUS

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PERSPECTIVES


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CHANCES ÉGALES AUX FEMMES droit successoral des femmes. Nous soutenons de telles personnes par nos projets. Nous montrons comment l’égalité entre les genres favorise un développement durable et comment la mettre en œuvre. En revanche, il ne nous appartient pas de pointer du doigt des socié-

«Des droits égaux inscrits sur le papier ne signifient pas des chances égales dans la vie» tés prétendument «arriérées». En Suisse aussi, un décalage existe entre revendications et réalité. La part de femmes occupant des postes de direction – environ 30% – n’a pratiquement pas changé depuis le milieu des années 1990. Au niveau national, les femmes n’ont le droit

de vote et d’éligibilité que depuis 42 ans; en 2013, le pourcentage de femmes est de 29% au Conseil national et de 19% au Conseil des États. Les femmes gagnent en moyenne près d’un cinquième de moins que les hommes. En parallèle, elles effectuent la majeure partie des tâches ménagères dans la plupart des foyers, indépendamment du temps de travail hors du domicile. La situation n’évolue que lentement et difficilement car, chez nous aussi, tout s’articule autour de rapports de forces. Pour faire bouger les choses, il faut que nous y travaillons tous ensemble avec persévérance et cela autant en Suisse – dans le monde politique ou dans les foyers – que dans nos pays partenaires.

Melchior Lengsfeld, directeur d’HELVETAS Swiss Intercooperation

© Maurice K. Grünig

Pauvreté est un substantif féminin. Dans de nombreux pays, les femmes n’ont guère le droit à la propriété et peu de chances de gagner correctement leur vie. D’un point de vue économique, elles dépendent de leurs pères, de leurs maris ou de leurs fi ls. Parce que l’accès à la formation reste interdit à des millions de jeunes fi lles et que les femmes sont nettement sous-représentées dans les postes de décision, cette situation pourrait perdurer. Aujourd’hui, on sait que les objectifs du Millénaire en matière d’égalité des sexes et de santé maternelle ne seront pas atteints. À l’échelle mondiale, le travail est également déterminé par les femmes – contrairement au cliché européen où l’homme incarne le soutien familial. Dans les pays en développement, les femmes s’occupent des enfants, du foyer et du travail aux champs. Dans les régions arides, elles transportent pendant des heures l’eau pour leur famille. Ce n’est pas reconnu, ni socialement, ni économiquement. Sur le papier, il en va autrement. L’égalité entre femmes et hommes est un droit humain depuis 1948, inscrit dans des milliers d’articles de loi et de constitutions. Or, des droits égaux inscrits noir sur blanc ne signifient pas des chances égales dans la vie. Aux yeux de nombreux hommes, renforcer la position des femmes représente encore un affaiblissement du sexe fort, ce à quoi ils s’opposent. C’est une question de pouvoir. C’est pourquoi dans nos projets nous devons accroître l’autonomie des femmes et démontrer aux hommes qu’ils en profitent aussi. La tâche n’est pas facile, en particulier dans les pays qui prônent une répartition traditionnelle des rôles. Mais nous avons la chance de rencontrer partout des pionnières et des pionniers d’une plus grande égalité. Des femmes et des hommes en Afghanistan qui s’engagent pour le droit des fi lles à se rendre à l’école. Des imams au Mali qui luttent contre l’excision. Des organisations partenaires au Tadjikistan qui défendent le

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EN CLAIR


Fatuma & Shabani

Mari et femme vont ensemble chercher l’eau: une image rare en Tanzanie, mais Fatuma et Shabani montrent l’exemple.

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Fatuma Juma est une femme exceptionnelle et son époux Shabani est aussi un homme peu ordinaire! Le couple témoigne des progrès générés par l’entraide mutuelle au sein de la famille, ce qui a fait des vagues dans un village tanzanien.

Par Franca Palmy (texte) et Christian Bobst (photos) «C’est une mauvaise épouse, elle t’a ensorcelé.» Shabani Mauridi est assailli de reproches lorsqu’il traverse Senfuru à vélo, en transportant deux seaux d’eau. Pour la plupart des habitants de ce village de Tanzanie centrale, il est inconcevable qu’un homme choisisse de lui-même d’effectuer pareille tâche. Ils sont donc convaincus que Fatuma, la femme de Shabani, se livre à la magie «waganga». Les yeux de Fatuma brillent malicieusement: «Dans notre village, un homme perd sa virilité s’il va chercher de l’eau.» Puis elle rit aux éclats, avant de poursuivre non sans une certaine fierté: «Malgré les rumeurs, mon mari continue à m’aider.» Un couple exceptionnel Shabani et Fatuma n’ont jamais été un couple ordinaire. Fatuma Juma a grandi à Ughandi, un village des environs. Quand Shabani l’a vue pour la première fois, elle se rendait à Senfuru chez des parents de sa mère. Il a couru derrière elle pour lui demander dans quelle maison elle allait, puis il a attendu l’occasion de lui parler. «J’aimerais t’épouser» ont été ses premières paroles. Fatuma l’a longuement dévisagé, avant de répondre: «D’accord. Allons chez nos parents et annonçons-leur la nouvelle.» Fatuma éclate à nouveau de rire, surprenant chez cette femme de 35 ans d’un naturel réservé. L’intelligence, l’humour et une grande force de caractère se lisent alors sur son visage. Cette force se manifestera encore par la suite. Après avoir troqué ses vêtements quotidiens contre sa robe bleue des

grandes occasions, elle fait vite preuve d’une autorité naturelle. À l’ombre des grands cyprès, elle s’exprime sans timidité. Un groupe de 19 femmes et 4 hommes l’écoute parler des plants de tomates, de l’écart à respecter lors de la plantation et du paillage. Personne ne l’interrompt. Quand elle a terminé, ses auditeurs lèvent la main avec respect avant de poser des questions sur l’entretien de leurs champs de légumes. Ce respect est dû au nouveau rôle de Fatuma dans le village. Cette mère de trois enfants était déjà paysanne lorsqu’Helvetas a lancé un projet à Senfuru, au printemps 2012, pour soutenir les femmes de ce qui est l’une des régions les plus défavorisées de Tanzanie. Aujourd’hui, Fatuma est paysanne en chef d’un groupe local de femmes, appelé Ujindami. L’idée directrice de ce projet est aussi simple que logique: en Tanzanie, la culture maraîchère est réservée aux femmes. Une meilleure connaissance de la plantation, du conditionnement et de la vente permet de gagner plus d’argent, car la demande en une grande variété de légumes frais existe toute l’année. «J’ai immédiatement été intéressée quand j’ai entendu parler du projet lors d’une réunion, explique Fatuma. Je voulais améliorer notre situation. Je me réjouissais aussi de pouvoir intégrer un groupe. L’union fait la force.» Débuts difficiles Mais les débuts ont été particulièrement difficiles dans son groupe. Trois tentatives ont été nécessaires avant qu’une responsable ne soit enfin désignée. Les protestations du mari ont

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Quand Fatuma parle, femmes et hommes écoutent avec respect cette cheffe des paysannes.

fait capoter la première élection: il refusait de laisser partir car ses journées sont bien remplies. Mais le plus important sa femme dans la lointaine ville d’Arusha pour sa formation. est qu’il ait soutenu ses ambitions. La formation de deux seLe chef du village s’est opposé à la deuxième élection: selon maines à Arusha? «Aucun problème, je peux m’occuper des lui, une femme célibataire n’était pas appropriée, car elle se enfants», a répondu Shabani. «Il était quand même heureux marierait et quitterait le village. L’organisation était tout aussi de me voir revenir, raconte Fatuma, en souriant. Quand il est compliquée durant les premiers temps. L’équipe d’Helvetas venu me chercher, il m’a enlacée et embrassée dans la rue, ce était sur le point de renoncer à ce groupe. C’est alors que les qu’il ne fait jamais.» femmes ont pris conscience de l’opportunité qui s’offrait et se sont donné les moyens de la saisir, se montrant à la hauteur Contre la violence domestique du nom du groupe: Ujindami signifie «Sois fort!». Les femmes Une fois par mois, Fatuma prend le bus pour se rendre à Sinont demandé une dernière chance à l’équipe du projet. Fatu- gida, la capitale de la province, où elle participe à une forma s’est enfin imposée comme responsable. «Dès lors, tout se mation continue avec ses 23 collègues. Elles reçoivent de la passe à merveille. On sent documentation et discutent une grande motivation», de problèmes actuels. «Nous souligne Tabia Yusuph, demandons régulièrement «Bien des femmes viennent me voir collaboratrice d’Helvetas. aux femmes quels sujets et me disent que j’ai de la chance «En 2012, l’objectif était devraient être approfondis, d’avoir un mari tel que le mien» de récolter davantage de explique Tabia Yusuph d’HelFatuma Juma, cheffe des paysannes légumes et de meilleure vetas. Deux questions requalité. En 2013, nous viennent systématiquement: avons voulu élargir la comment mieux vendre nos gamme de légumes.» Le jardin de Fatuma donne aujourd’hui légumes sur le marché? Et que pouvons-nous faire contre les citrouilles, concombres, carottes, choux chinois, pastèques, violences domestiques?» gombos et tomates. Boniface Mpagape constate lui aussi que la violence Mais Fatuma doit aussi son succès de responsable à son contre les femmes est un problème majeur dans la région: mari, si différent des autres, qui a rendu cette aventure pos- «Les femmes sont battues et traitées comme des marchansible. Elle a besoin de son aide aux champs et pour le ménage, dises. Elles n’ont aucun pouvoir dans les familles.» La seule

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Fatuma prépare des chapatis pour la famille et pour les clients.

Les enfants de Fatuma – contrairement à elle – vont tous à l‘école.

Shabani s’occupe des enfants lorsque sa femme suit les cours.

solution est de leur donner la parole et la possibilité de gagner de l’argent. Âgé de 42 ans, Boniface est rédacteur en chef de Radio Standard 1 dont le slogan est «La voix des sans-voix» (voir encadré). «Le projet d’Helvetas est donc très précieux»,

déclare-t-il, puisqu’il poursuit le même objectif. Pour son émission hebdomadaire agricole, il a interviewé à plusieurs reprises des participantes au projet. Fatuma en est également convaincue: «Un bon époux ne bat pas sa femme». Mais elle

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questions à Tabia Yusuph, responsable «Genre» du projet de culture de légumes

Comment les hommes du village ont-ils réagi à l’idée de la promotion des femmes? Au début, ils étaient plutôt méfiants ou nous disaient de simplement leur donner de l’argent. Des réunions et le soutien des conseils des villages nous ont permis de montrer que les connaissances et les conseils sont bien plus précieux à long terme. Aujourd’hui, ils voient les bonnes récoltes et les meilleurs revenus. Ils sont convaincus. Quels sont les défis? De nombreux hommes redoutent l’échec de leur mariage, si les femmes gagnent en confiance et en indépendance. Il est donc très important d’intégrer les hommes au projet et de thématiser les questions de genre. Qu’est-ce qui a changé dans les villages? Beaucoup d’hommes pensaient que les femmes n’avaient rien à dire d’intéressant. Maintenant, ils écoutent attentivement quand une paysanne responsable donne une explication. Discuter avec les femmes est devenu naturel dans le groupe. Par le biais de la culture maraîchère, la position des femmes dans le village s’améliore.

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RepoRtage

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Engagement pour les femmes Quand Monica Dominic entre dans le studio de la nouvelle station radio régionale à Singida, elle attire l’attention, et pas seulement à cause de sa taille élancée ou de son beau visage. Cette mère de 28 ans, cultivée, élève seule son enfant et fait preuve d’assurance. Il y a un certain temps, elle s’imaginait soldate de métier, une carrière qui a certainement nourri sa confiance. Monica incarne, à bien des égards, un modèle opposé à celui de la plupart des femmes de la région. Et pourtant, dans l’armée, elle a vécu le lot commun de nombreuses femmes: durant sa formation, elle a été harcelée sexuellement. Sa réaction a été radicale: le jour même, elle a quitté l’armée pour devenir journaliste. Depuis, un seul sujet la préoccupe: la violence envers les femmes et les relations entre les sexes. Son émission de 30 minutes s’intitule «Wanawake» (Femme, en swahili). «Je traite tous les sujets liés aux femmes. La violence conjugale ou les mutilations génitales, par exemple, deux thèmes très actuels à Singida, dit-elle. Mais aussi des problèmes que rencontrent les jeunes femmes désirant travailler. Très souvent, l’employeur exige des faveurs sexuelles en échange d’un contrat de travail. Une telle expérience précoce peut conduire les femmes à la prostitution, si elles estiment que la société fonctionne ainsi.» De tels cas sont rarement poursuivis par la police. Selon Monica Dominic, cette situation s’explique, car les femmes, principalement à la campagne, sont toujours considérées comme des personnes de deuxième catégorie. «Elles ne connaissent même pas leurs droits fondamentaux, s’indigne-t-elle. Il n’est pas étonnant qu’elles manquent de confiance en elles.» Elle veut y remédier avec chacune de ses émissions de radio.

La paysanne a semé de nouvelles variétés de légumes.

Avec l’argent gagné, Fatuma a ouvert une échoppe de thé.

sait que cette évidence est loin d’être admise. Sa meilleure amie a été battue par son mari pendant des années. «Beaucoup de femmes sont déjà venues me voir et m’ont dit que j’avais de la chance d’avoir un mari tel que le mien», dit-elle. Il est révélateur que les femmes du village envient Fatuma, tandis que Shabani fait sourire les hommes. Cette situation souligne une fois de plus qu’aucune véritable transformation ne se fera sans les hommes. Helvetas en a également fait l’expérience. D’abord exclusivement féminins, les groupes agricoles sont aujourd’hui mixtes, même si les femmes y restent majoritaires. «Sans la participation des hommes, de nombreuses femmes auraient été exclues car les maris sont méfiants. Ils n’auraient pas permis à leurs femmes d’intégrer le groupe, explique Yusuph Salum, directeur du projet. Certains hommes ont vite abandonné, mais d’autres continuent à venir, car ils y voient une opportunité.» Les règles sociales expliquent l’isolement des femmes à la campagne, ainsi que le manque d’infrastructures telles que les routes et l’électricité. La radio est donc une source d’information importante; quant aux téléphones portables, ils servent à la fois de moyen de communication et de banque pour la micro-épargne. Fatuma et Shabani possèdent un portable très simple. Mais c’est Fatuma qui l’utilise le plus souvent. Elle échange des conseils avec ses collègues. À ces difficultés s’ajoute que l’accès des femmes à l’éducation ne va pas de soi. Le père de Fatuma trouvait inutile de l’envoyer à l’école

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Shabani ne se soucie pas qu’on dise de lui dans le village qu’il fait «des travaux de femme».

secondaire, alors qu’elle avait déjà réussi son examen d’admission. «De toute façon, tu vas te marier», lui avait-il dit. Avec un sourire amer, elle ajoute: «Et cela venant d’un homme qui n’a pas mis un pied à l’école.» Fatuma fera tout pour que ses enfants puissent avoir une meilleure scolarité qu’elle: «L’éducation, c’est le pouvoir. Nous sommes pauvres car nous sommes ignorants.» Swaun, sa fille aînée, est la meilleure de la classe. Elle voudrait devenir enseignante. Fatuma et sa sœur mettent de l’argent de côté pour l’envoyer dans une école secondaire privée, les écoles publiques ayant très mauvaise réputation. Devenir actif et boire du thé Ce sont de grands rêves pour une famille de cinq personnes qui s’en sort souvent avec difficulté et qui vit dans une maison traditionnelle en argile d’environ 12 m², où seul un rideau sépare la cuisine de la chambre à coucher. Mais grâce à la vente de ses légumes, Fatuma a déjà pu acquérir deux chèvres et un lopin de terre au centre du village. Le mobilier de la famille comprend une petite table, deux tabourets, des seaux en plastique, un sac de charbon, une cuve pour la vaisselle, des vêtements et des nattes pour dormir – ainsi que plusieurs bouteilles thermos. Car Fatuma, forte de l’argent épargné avec son mari et grâce à son sens des affaires, a développé une nouvelle idée commerciale. Durant la matinée, elle tient un minuscule salon où elle vend du chai et des chapatis. Avant l’arrivée des

premiers clients, une jeune femme passe la porte, un chapeau de cuir noir sur la tête. À 22 ans, Pemine, une amie de Fatuma, est déjà divorcée et a un enfant. «Je ne suis pas pressée de me remarier», dit-elle lorsqu’on l’interroge. Pour 500 shillings tanzaniens, Pemine s’occupe du salon de thé quand Fatuma travaille aux champs. Shabani ne se repose pas davantage. Quand cet homme élancé n’effectue pas de travaux artisanaux ou n’est pas dans ses champs, il laboure les terrains d’autres paysans, en louant un bœuf. Sa passion, ce sont les cinq ruches fabriquées de ses mains. Elles sont suspendues à une hauteur vertigineuse dans les arbres. Il récolte le miel la nuit, limitant ainsi le risque d’être piqué. Aujourd’hui, des commerçants de la province voisine de Manyara viennent en voiture lui acheter du miel. Shabani est un homme silencieux et timide. Ses réponses sont souvent hésitantes, sauf quand il parle de ses abeilles ou de sa famille. Les moqueries des villageois ne le dérangent-elles pas? Shabani répond avec un doux sourire en haussant ses épaules étroites: «Non. Pour moi, le plus important est que ma femme nous aime, les enfants et moi, et que nous nous soutenions mutuellement.» Ainsi, lorsque Fatuma est débordée, il emprunte le vélo des voisins et va chercher de l’eau pour sa famille. Franca Palmy est responsable des partenariats de projets d’Helvetas. Traduit de l’allemand par Tanja Weber

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FOCUS

«Chances égales pour les femmes – au bénéfice de tous»

FEMMES PLUS FORTES Comment Helvetas garantit-elle que ses projets respectent l’égalité des droits? Que faire en cas de conflit entre la culture locale et les droits humains? L’émancipation des femmes met-elle les hommes en difficulté? Jane Carter, spécialiste pour les questions de genre et d’équité chez Helvetas, répond à ces interrogations.

Un doux sourire éclaire le visage de Shantona Begum tandis qu’elle déploie un rouleau de papier brun portant un texte en bengali. Il s’agit du compte-rendu d’un atelier sur les rôles sociaux, qui s’est tenu dans un village de la région de Bogra, dans le nord du Bangladesh. «Je me souviens bien de la première réunion, dit-elle, qui a duré des heures et a permis de révéler de nombreuses choses intéressantes. Les hommes avaient un avis, les femmes un autre complètement différent. Les hommes soutenaient que c’était principalement eux qui travaillaient dans les champs, mais les femmes ont rétorqué qu’elles y travaillaient aussi. Confrontés à cela, les hommes ont approuvé. Ils déclaraient aussi participer à la garde des enfants. Les femmes ont répliqué que c’était rarement le cas, ce que les hommes ont fini par admettre aussi.» Yunus Ali, un villageois ayant participé au débat, le confirme: «Les hommes ont commencé par se plaindre, ce qui a fait éclater un débat passionné. Effectivement, les femmes avançaient de bons arguments et avaient entièrement raison. Les hommes ont aussi rappelé que les femmes participaient déjà aux commissions des conseils locaux. Les femmes ont observé qu’elles y étaient sous-représentées et privées de parole. Une fois encore, les hommes ont dû leur donner raison.»

Shantona Begum, en tant que conseillère, organise régulièrement des réunions avec des groupes de villageois, pour questionner et faire évoluer le rôle traditionnel attribué aux hommes et aux femmes. Un problème central pour de nombreuses femmes a fait surface: la violence domestique, couplée à la consommation d’alcool chez les hommes. Suite à ces discussions ouvertes, violence domestique et alcoolisme ont significativement reculé. «Les hommes concernés ont désormais honte de leurs actes et remarquent qu’ils ne passent pas inaperçus», confirme Shantona. ©HELVETAS Swiss Intercooperation

Par Jane Carter

«Suite à ces discussions ouvertes, la violence domestique a reculé» Shantona Begum, conseillère du projet au Bangladesh

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Le travail de Shantona Begum illustre bien la façon dont Helvetas favorise l’égalité des sexes. Cette femme tient compte de façon pratique, constructive et respectueuse de la culture locale, qui est la sienne aussi. Pour Helvetas, l’égalité sociale signifie que les femmes et les hommes ont les mêmes droits humains, tout en reconnaissant que des différences existent et que les opinions, les connaissances et les compétences participent souvent d’autres points de vue. Il y a deux ans, après la fusion entre Helvetas et Intercooperation, une profonde réflexion s’est posée sur la façon dont les questions d’égalité des genres sont traitées au sein de notre organisation. En collaboration avec les équipes de tous les pays partenaires, une nouvelle stratégie en matière de genre et d’équité sociale, constituée de 8 principes (voir encadré), a été élaborée puis approuvée par le comité central en novembre 2012. Deux de ces principes sont développés ici. Culture locale et droits humains Les discussions sur l’égalité des sexes se voient souvent opposer le même argument: «L’égalité des femmes est un concept occidental. Nous devons respecter la culture locale.» Cette réaction peut certes renfermer une part de vérité, elle n’en demeure pas moins hypocrite. Il est évidemment important de


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respecter la culture locale. L’exemple de Shantona Begum témoigne de l’implication d’Helvetas en la matière. Mais les cultures ne sont pas figées. Elles évoluent, s’adaptent et sont perçues différemment selon les personnes. En qualité d’organisation de coopération au développement, notre travail est basé sur les droits humains. Ces droits sont souvent pleinement compatibles avec les pratiques culturelles traditionnelles, mais parfois ils sont en conflit avec elles. L’exemple peut-être le plus frappant concerne le Mali, où Helvetas sensibilise la population aux graves conséquences des mutilations génitales féminines. Les excisions sont traditionnellement exécutées pour préserver la «pureté» de la femme. Mais elles sont une violation du droit à l’intégrité physique, générant une grande souffrance et des risques importants pour la santé des femmes. Notre équipe au Mali traite cette question délicate en travaillant avec les exciseuses et les lea-

Les jeunes Bhoutanaises voulant apprendre des «métiers d’hommes» ne manquent pas.

ders d’opinion, ainsi qu’avec les parents de jeunes filles. Elle ne condamne pas, mais montre que les coutumes évoluent et que les mutilations génitales sont une pratique très dangereuse, dont les conséquences s’avèrent plus néfastes que bénéfiques. Intervention dans trois domaines Les personnes défavorisées, et en particulier les femmes, sont souvent prisonnières de leur condition. Plusieurs

Les huit principes «Genre et égalité sociale» d’Helvetas 1. Nous nous efforçons d’inclure les groupes marginalisés et exclus. 2. Nous sommes sensibles à la culture locale tout en respectant les droits humains. 3. Nous intervenons de façon ciblée dans trois domaines. 4. Nous reconnaissons les besoins et les opinions des hommes et des femmes.

5. Nos partenariats sont fondés sur des valeurs partagées. 6. Nous cherchons à mettre en valeur l’égalité entre les sexes et l’équité sociale dans les débats politiques de développement. 7. Nous défendons l’égalité entre les sexes et la diversité dans notre organisation interne. 8. Dans le suivi et l’évaluation de nos efforts, nous cherchons à apprendre et à nous améliorer.

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facteurs concourent à cet état de fait: un manque de formation, de connaissances et de moyens financiers, ainsi que l’impossibilité à influer sur les décisions relatives à leur vie. Pour changer cette situation, des efforts doivent donc être entrepris dans tous les trois domaines: les femmes doivent avoir accès à l’éducation et au savoir, elles doivent être autorisées à gagner un revenu décent et pouvoir participer aux prises de décision. Quelques projets d’Helvetas couvrent ces trois aspects, mais la plupart se concentrent sur l’un d’eux. Nous veillons à équilibrer nos programmes dans nos pays d’engagement et à toujours intégrer les questions spécifiques au genre. Parfois nous avons aussi d’heureuses surprises. Au Bhoutan, par exemple, un nouveau projet de formation dans le bâtiment a débuté. Nous pensions qu’il serait difficile d’y intégrer des jeunes femmes. Mais aujourd’hui 40% des personnes formées par le Chumey Technical Training Institute sont des jeunes filles. Les formateurs les décrivent comme très consciencieuses. Néanmoins, au sortir de la formation, obtenir un travail s’avère plus difficile pour les femmes que pour leurs homologues masculins – un état de fait qui perdure malgré la loi bhoutanaise qui fixe l’égalité des sexes dans les emplois et les


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Cultiver des plantes médicinales est un travail payé et reconnu pour les femmes.

Meilleur revenu, meilleure participation Partout dans le monde, les femmes gagnent moins que les hommes, exercent moins d’influence et ont plus de difficultés à obtenir des crédits. Il existe bien sûr des exceptions, mais dans nombre de nos pays partenaires la puissance économique est aux mains des hommes. En parallèle, les études montrent que les femmes tendent à investir tous leurs gains dans la famille, en particulier dans l’éducation des enfants. Le Bangladesh en est un exemple frappant. Le projet Samriddhi (mot bengali signifiant «prospérité»), évoqué ci-dessus, a permis d’analyser quelles sont les possibilités ouvertes aux femmes et acceptées socialement d’exercer des activités lucratives: il en résulte que le travail doit se trouver à proximité du domicile, reposer sur des compétences existantes et être compatible avec la garde des enfants. C’est pourquoi nous nous engageons dans la culture de plantes médicinales, la confection de textiles à domicile et l’aviculture. Ainsi, nous avons

pu à ce jour soutenir 277 000 femmes. Parallèlement, nous continuons à les encourager à se former à des professions plus masculines, telles que l’élevage de taureaux ou la pêche. Notre expérience au Bangladesh a montré que les hommes intègrent davantage les femmes dans les décisions familiales quand elles gagnent leur propre revenu. Favoriser les revenus est donc un moyen indirect de renforcer la voix des femmes. Dans certains projets, nous privilégions aussi une voie directe: nous encourageons les femmes à participer aux groupes d’utilisateurs et aux instances de décision au niveau des villages et des communes, ou à se présenter aux élections des collectivités qui réservent des sièges aux femmes. Bien

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efforts du gouvernement pour réduire la dépendance à la main-d’œuvre étrangère. Pour l’équipe d’Helvetas, le défi au Bhoutan n’est donc pas tant d’inciter les femmes à devenir maçonnes, plombières, ou électriciennes, mais plutôt de les aider à trouver un emploi après leur formation.

que les quotas de femmes soient souvent critiqués comme étant de simples «participations fictives», ils peuvent s’avérer un bon outil pour changer la perception du rôle des femmes dans l’opinion publique. Pour être efficaces, les quotas doivent être appuyés par des mesures habituelles mais aussi complémentaires. Nos projets de bonne gouvernance sont nombreux à offrir un tel soutien: les femmes apprennent à s’exprimer en public et sont informées de leurs droits. Cette valorisation s’accompagne d’un travail pour gagner le soutien et la compréhension des hommes. Comme l’ont fait les discussions menées par Shantona Begum. Renforcer la prise de conscience en ce qui concerne l’égalité est central pour Helvetas. Au Kosovo par exemple, nous soutenons des autorités municipales, et ces dernières établissent maintenant les budgets en respectant l’égalité des genres: lorsqu’il s’agit de fi xer des finances publiques, les femmes et les hommes sont consultés et les conséquences des décisions pour les deux sexes sont prises en compte. La ville doit-elle allouer une partie de son budget pour l’éducation à l’achat d’un nouvel autobus scolaire, d’une nouvelle école? Le bus et le bâtiment seraient certainement appréciés des élèves. Mais si des parents pensent que leurs fi lles adolescentes ne peuvent pas se rendre en toute sécurité à l’école, ils risqueraient de ne pas les y envoyer. À travers notre engagement dans les questions de genre, nous voulons mettre en place des conditions permettant aux hommes comme aux femmes de développer leur plein potentiel humain. Notre appui aux femmes n’est pas mené au détriment des hommes. Nous cherchons constamment des solutions profitables aux deux parties. Jane Carter est coordinatrice «Genre et égalité sociale» chez Helvetas Traduit de l’allemand par Tanja Weber

Bhoutan: les futures électriciennes sont très motivées.

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MONDE DES FEMMES Regard sur la situation des femmes dans neuf pays. Des chiffres, révélateurs de la réalité, qui peuvent effrayer et parfois surprendre. Quelle est l’influence réelle des femmes dans les Parlements? Les études secondaires leur sont-elles bénéfiques au niveau professionnel et financier? En dépit de la transparence, de nombreuses questions restent sans réponse. Scolarité secondaire en % 10 0

80

Alphabétisation en %

Mariages précoces en %

60

40

20

0

Acceptation de la violence domestique en % femmes estimant que dans certaines circonstances un homme a le droit de frapper son épouse

Pourcentage des femmes parlementaires en %

Espérance de vie en années Alphabétisation

Suisse

100

Mariages précoces

95

Femmes parlamentaires 1

Espérance de vie

27

Acceptation de la violence domestique

Index des inégalités sociales sur le genre

84

0

3

Kirghizistan

99

81

8

23

72

38

64

Bolivie

86

40

15

30

68

16

97

Laos

75

23

20

25

66

81

100

Bangladesh

48

31

48

20

65

36

111

Guatemala

68

13

26

13

74

7

114

Mozambique

33

2

43

39

42

36

125

Burkina Faso

22

1

32

15

54

71

131

Afghanistan Sources:

Femmes avec scolarité secondaire

12

6

17

28

44

57

147

OCDE 2009 ♀ ≥ 15 ans

HDR 2013 ♀ ≥ 25 ans

OCDE 2012 ♀ 15–19 ans CH ♀ ≤ 20 ans

HDR 2013

OCDE 2009

OCDE 2012

HDR 2013

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ABANDONNÉES Au Tadjikistan, de nombreuses femmes sont abandonnées par leur mari, parti en Russie pour y travailler. Elles ont besoin d’un soutien urgent dans la lutte pour leurs droits et ceux de leurs enfants.

Par Dilbar Ruzadorova «Le Centre d’assistance juridique était mon unique espoir», dit Mohsafar Bozorova. Cette femme tadjike s’est mariée à 21 ans. Un mois après le mariage, son mari a quitté le pays pour chercher du travail en Russie. Il fait partie des travailleurs émigrés, plus d’un million, qui se sont rendus en Russie ou au Kazakhstan à la recherche d’un emploi et d’un salaire. Une fois partis, beaucoup abandonnent leur famille. Comme tant d’autres femmes, Mohsafar est restée seule avec sa fille. Chassées du domicile Le Tadjikistan, ex-république d’Union soviétique, n’a pas encore réussi sa transition vers un État viable et une économie de marché libre. Après son indépendance en 1991, une guerre civile a encore fait régresser le pays. L’État est submergé, et la conduite du gouvernement est insuffisante. Les biens, les services et les emplois manquent de sorte que nombre de Tadjiks ne voient leur avenir qu’à l’étranger, ce qui a de graves conséquences pour leur femme et leurs enfants. Mohsafar rêvait d’un mariage heureux, mais avec le départ de son mari et une belle-famille qui a refusé de l’aider, sa vie est devenue un combat. Sa belle-mère lui a finalement annoncé: «Nous ne savons même pas si notre fils veut encore de toi», puis l’a obligée à quitter la maison familiale. Au Tadjikistan, les femmes sont souvent plus défavorisées aujourd’hui qu’à l’époque de l’Union soviétique. Bien qu’il existe des lois protégeant les femmes, la pratique juridique islamique prend de l’ampleur, en particulier dans les campagnes. La polygamie, les mariages arrangés et celui de jeunes filles

mineures sont courants. Les valeurs traditionnelles empêchent les femmes de revendiquer leur droit à la terre, à la propriété et à l’argent. Dans les campagnes, on se marie toujours plus selon la tradition islamique, et ces mariages ne sont pas enregistrés à l’état civil. Lorsqu’un tel mariage se brise, les femmes, qui ne sont pas protégées sur le plan juridique, sont fortement pénalisées. Ainsi, la plupart des litiges juridiques sont liés à des questions de droit familial, de divorce et de pension alimentaire. Les femmes issues de milieux pauvres en particulier sont souvent peu informées de leurs droits. De nombreux obstacles les empêchent de franchir la porte des tribunaux: l’ignorance,

Les certificats de naissance ou de mariage manquants empêchent les femmes de faire valoir leurs droits. la honte, la peur d’impliquer des personnes de l’extérieur dans leur conflit familial, mais aussi l’absence de certificats de naissance et de mariage justifiant leurs droits. Lorsqu’un jugement est néanmoins prononcé, c’est son application qui pose problème. Les femmes

Abandonnée par son mari: la question de l’avenir de sa fille a encouragé Mohsafar Bozorova (à g.) à d

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Commentaire de l’invitée

g.) à demander de l’aide.

© Umedjon Kurbonov

Démarche auprès du tribunal Mohsafar a dû elle aussi constater que son mari ne voulait plus ni d’elle, ni de sa fille. Il lui a appris par téléphone qu’il voulait épouser une autre femme. Sur conseil de sa propre mère, elle s’est rendue au Bureau des droits humains à Kulyab, l’un des treize centres d’assistance juridique du projet «Accès à la justice» qu’Helvetas a mis en place en collaborant avec le PNUD, sur mandat

de la DDC. Dans ces centres, majoritairement des femmes (quelque 80%) trouvent conseil et soutien pour des problèmes juridiques. Les centres emploient des avocats indépendants, des médiateurs, des organisations locales de droits humains et ne demandent rien pour leurs services. Dans un pays où la justice n’échappe pas à la corruption, ils ont l’entière confiance des requérantes qui savent que leur demande est entre de bonnes mains. Outre le soutien juridique, les centres diffusent des informations et lancent à cet effet des campagnes à la radio, dans la presse et dans les écoles également depuis 2013. Dans les communes, ils forment des assistants juridiques (paralegals) pour répondre aux questions du droit familial. Ces derniers travaillent ensuite comme médiateurs bénévoles dans la résolution de conflits. En attendant que l’État réalise les réformes annoncées du système juridique et mette en place ses propres bureaux de conseils gratuits, ces centres sont souvent la seule chance des femmes en détresse. «Lors de sa première visite, Mohsafar était désespérée, explique Navruzo Sayvali, avocat au centre de Kulyab. Elle partage le sort de beaucoup de femmes ici, et nous avons tout fait pour l’aider». Il a défendu Mohsafar au tribunal et a obtenu, en août 2013, qu’une pension alimentaire mensuelle de 100 somoni (20 dollars US) lui soit accordée. Son beau-père doit maintenant lui verser cet argent jusqu’au retour de son fils. Le succès remporté au tribunal a convaincu Mohsafar qu’elle pouvait prendre son destin en main. Elle veut maintenant devenir couturière pour entretenir sa famille. «Le soutien du centre d’assistance juridique a été un rayon de soleil dans ma vie, dit-elle, il m’a donné le courage de me battre pour que l’avenir soit meilleur pour ma fille et moi». Dilbar Ruzadorova est chargée de communication chez Helvetas Tadjikistan Traduit de l’allemand par Stephanie Zutter

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Le visage des droits humains Elle s’appelle Maria et vit au Pérou. Elle habite à la campagne à des dizaines de kilomètres de l’hôpital le plus proche. Sur le point d’accoucher, elle n’a pas de moyen de locomotion. Que va-t-elle devenir? Ce n’est pas un cas isolé. Dans le monde, une femme meurt toutes les 90 secondes des complications liées à sa grossesse. 95 % d’entre elles vivent dans des pays en voie de développement, dans une situation de pauvreté, la plupart en zone rurale avec un accès limité à l’éducation. Autrefois pensés dans un universalisme masculin, les droits de l’Homme ont changé de visage. Ils ont pris un visage humain. Les notions «de santé et de droits reproductifs» sont apparues lors de deux conférences des Nations Unies, organisées au Caire en 1994 et à Beijing en 1995. Elles supposent qu’une personne peut mener une vie sexuelle satisfaisante en toute sécurité, qu’elle a la possibilité de procréer et est libre de le faire ou pas, à la fréquence désirée. Pour cela, hommes et femmes doivent avoir accès à des méthodes de planification familiale (contraception notamment) et à des services de santé permettant aux femmes de mener à bien grossesse et accouchement, et qui donnent toutes les chances aux femmes et aux enfants d’être en bonne santé. Ce visage-là des droits humains est, lui aussi, universel. Il porte un message d’espoir du Sud au Nord, d’Est en Ouest, au-delà des différences culturelles et religieuses. Magaly Hanselmann Cheffe du Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes du canton de Vaud

© Jean-Bernhard Sieber

dont les maris sont partis à l’étranger sont particulièrement touchées. Selon une étude de l’Organisation internationale pour les migrations, un tiers des femmes sont abandonnées par ces travailleurs migrants. Dans plus de 90% de ces cas, les femmes ne sont plus régulièrement soutenues par leur mari. Lorsque l’argent est tout de même versé, ce sont souvent leurs beaux-parents qui le reçoivent.


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TANGO À KABOUL Comment vivre en Afghanistan en tant que femme et étrangère? Ce n’est pas toujours comme on l’imagine, répond Tania Rohrer, conseillère du projet.

Entretien: Susanne Strässle

En Afghanistan, quand as-tu particulièrement conscience d’être une femme? Avec l’habillement. Bras, décolleté, corps tout doit être couvert. Être dans un lieu public sans foulard sur la tête est impossible. C’est aussi plus sûr. Nous ne voulons surtout pas attirer l’attention. Sinon, la situation n’est pas fondamentalement différente pour moi que pour un homme, encore moins au travail. Comment te déplaces-tu dans la capitale Kaboul? Nous n’avons pas le droit de marcher dans la rue, c’est une des règles de sécurité d’Helvetas et d’autres ONG, pour les femmes et les hommes. Quand je veux sortir, je dois appeler un chauffeur. Je peux faire mes courses seule dans certains magasins, mais quelqu’un doit m’accompagner au marché, ce qui complique les choses.

T’es-tu déjà sentie menacée? Non, je n’ai jamais eu peur. J’ai eu la chance de ne jamais devoir affronter une situation dangereuse. En tant que femme et étrangère, te manque-t-on parfois de respect? Au contraire. Dans l’équipe, nous collaborons en toute collégialité. Et les gens dans les villages sont très gentils. Je peux aussi y discuter avec des hommes. Parfois, ils ne me regardent pas, mais c’est par respect, comme le veut leur culture. Certains rougissent parce qu’ils parlent peut-être pour la première fois avec une femme étrangère. Par contre, je peux m’entretenir sans problème avec les femmes afghanes.

©HELVETAS Swiss Intercooperation

Comment vis-tu cette restriction? Le manque de liberté de mouvement par mesure de sécurité est un vrai défi.

Bien sûr on trouve des restaurants pour étrangers et je peux jouer au tennis dans un hôtel. Libre à chacun de savoir s’il veut se rendre dans de tels lieux, car un risque n’est jamais exclu. Je ne peux jamais sortir de chez moi spontanément. Pour cette raison, Helvetas nous permet de quitter le pays trois fois par année. C’est nécessaire et important, pour s’évader.

Comment vois-tu les femmes? Lorsqu’elles sont seules, elles ne sont pas distantes. Elles sont intéressées à connaître une étrangère, ou même simplement à la toucher. Si des hommes arrivent, elles se taisent. Ce qui ne signifie pas que certaines n’aient pas les commandes au sein de leur famille. Comment conçois-tu une culture qui traite les femmes aussi différemment? Je la respecte, je peux m’adapter, mais ce conservatisme m’est souvent étranger. Il n’a pas de lien premier avec l’islam, il s’agit plutôt d’un mélange de culture, de religion et de traditions que je trouve difficile de mon point de vue occidental. Je demande souvent aux gens quelle société ils aimeraient. Beaucoup ne veulent pas de modernité à l’occidentale mais plus d’ouverture, une formation pour les jeunes filles et le droit au travail pour les femmes. Qu’est-ce qui surprend en Afghanistan? On pense aux burqas et aux bombes, mais ni les unes ni les autres ne sont la règle. Le quotidien prime, comme partout: les enfants jouent avec des cerfsvolants, le vendeur de glaces sillonne les rues en faisant résonner la chanson d’anniversaire «Happy Birthday» encore inconnue ici, la police essaie de régler la circulation chaotique. On peut tout à fait vivre ici. En 2014, tu seras directrice de programme au Guatemala. Qu’est-ce qui va te manquer? L’humour. Dans l’équipe, nous rions beaucoup, aussi entre hommes et femmes. Et le tango! Les étrangers ont créé un petit club de danse. Je n’aurais jamais appris à danser le tango si je n’étais pas venue vivre à Kaboul. Tania Rohrer a été conseillère du projet d’amélioration des conditions de vie des personnes vivant dans des régions isolées en Afghanistan de 2011 à 2013 (voir Partenaires no 213).

Tania Rohrer lors d’une visite dans la région de projet en Afghanistan.

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Traduit de l’allemand par Elena Vanotti


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EN SAVOIR PLUS Sur le thème du focus «Égalité des chances pour les femmes - au bénéfice de tous»

Livres

Films

La moitié du ciel: les femmes vont changer le monde Nicholas D. Kristof & Sheryl Wudunn, éd. J’ai lu 2013, poche CHF 14.30 Un livre vibrant, qui évoque ce que vivent des millions de femmes dans le monde et qui plaide pour leurs droits. Il offre des portraits de femmes remarquables, capables de transformer le désespoir en prospérité!

Delwende Burkina Faso 2005, Pierre Yaméogo, fiction, 90 min. CHF 19 Une épidémie a frappé un village du Burkina Faso, où face à la misère les coutumes ancestrales font parfois force de loi. La mort des enfants est attribuée à une femme à qui l’on prête des pouvoirs occultes de sorcellerie. Un film sur la domination des hommes, les traditions et la condition des femmes, par l’un des grands cinéastes africains.

Désordres amoureux Ama Ata Aidoo, éd. Zoé 2008 CHF 30 Ama Ata Aidoo est une grande figure du féminisme africain. Auteur de romans, de pièces de théâtre, de poèmes, elle a reçu plusieurs prix importants. Ce roman évoque les efforts tendus vers une transformation, la recherche d’un équilibre quand tout repère a cessé. La jeune Esi, malgré sa tristesse, tente de trouver une réponse au vœu de sa grand-mère: «Les choses peuvent changer. Elles peuvent s’améliorer. (...) Sommes-nous, les êtres humains, seulement prêts à essayer?» Wangari Maathai – la femme qui plante des millions d’arbres Frank Prévot, éd. Rue du Monde 2011 (album dès 8 ans) CHF 25.90 Wangari Maathai, née au Kenya en 1940 et décédée en 2011, a été une activiste insoumise. Première femme professeure d’université au Kenya, elle est aussi la première femme d’Afrique centrale à obtenir un doctorat. Elle a lutté tout au long de sa vie contre les stéréotypes imposés aux femmes africaines. Persuadée qu’en préservant la Terre, on protège les hommes, elle a lancé une vaste opération symbolique de reboisement de l’Afrique par les femmes. 30 millions d’arbres ont déjà été plantés en 30 ans. Les droits des femmes, la démocratie, la non-violence sont aussi au cœur de tous ses combats. Elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2004. Portrait de Wangari Mathai: www.penseesnoires.info ➝ Wangari Maathai Disponibles en librairie

La Yuma Nicaragua 2010, Florence Jaugey, fiction, 85 min. CHF 26 La jeune Yuma vit dans un quartier pauvre de Managua, où une jeunesse sans avenir n’a que les combines pour survivre. Yuma a choisi la boxe comme porte de sortie. Elle s’entraîne chaque jour, rêvant de devenir professionnelle. Une rencontre avec Ernesto, étudiant en journalisme, lui ouvre de nouveaux horizons. Portrait d’une femme au Nicaragua. Disponibles chez trigon-film: www.trigon-film.ch

Liens www.ceafri.net genre et égalité. Le centre d’études africaines et de recherches interculturelles propose un site passionnant et richement documenté sur les recherches menées notamment en matière de genre et d’égalité, de droits des femmes et il présente la décennie 2010-2020 de la femme africaine. www.unwomen.org/fr Parce que les droits des hommes sont aussi ceux des femmes! En juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a créé ONU Femmes, l’entité pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. www.deza.admin.ch/fr/Accueil ➝ Thèmes ➝ L’égalité des femmes et des hommes La Direction du développement et de la coopération considère que les rapports de force inégaux entre hommes et femmes font partie des causes de la pauvreté et de l’instabilité politique. La réduction des inégalités contribue à l’instauration d’une justice sociale et d’un développement durable et cette thématique est inhérente à tous les programmes de la DDC. www.itsagirlmovie.com Un film (en anglais) qui témoigne avec force des conséquences que peuvent avoir ces mots prononcés à la naissance «it’s a girl!» et du génocide des filles.

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L’OR DE LA FORÊT Excursion chez les chercheurs de cacao dans le village fluvial de Carmen del Emero au cœur des plaines de Bolivie.

Par Hanspeter Bundi

Puis le repas du soir est servi, composé de piranhas et de riz.

© Simon B. Opladen

qui couvre la grande plaine alluviale. Juan Gonzales, qui vit avec sa femme, ses enfants et petits-enfants dans une modeste maison au bord de la rivière, nous emmène sur l’un des lieux de récolte. Après une demi-heure de bateau, nous accostons sur la rive escarpée et empruntons un sentier à peine visible dans la forêt clairsemée. Quelques minutes nous suffisent pour découvrir les

premières cabosses jaunes de cacao. Elles poussent sur de maigres troncs, on en compte deux ou trois voire jusqu’à huit par arbre. Juan nous montre comment placer le sécateur ou le couteau courbé pour ne pas blesser la plante. La première cabosse dorée tombe sur le sol dans un bruit sourd. Nous sommes saisis par la frénésie de la cueillette. Nous quittons le sentier, découvrons toujours plus de cacaoyers et, à l’aide de perches munies d’un couteau, récoltons les cabosses accrochées au sommet des arbres. Et à chaque fois, nous savourons ce bruit sourd qui marque le succès de notre quête. Juan nous parle de la «Isla de Oro», cette île si densément recouverte de cacaoyers poussant à l’état sauvage que les cabosses inondent la forêt d’une lumière dorée. Il fait chaud, très chaud. Nous sommes en nage et réalisons que nous sommes allés trop vite. Lorsqu’un bout de chemin marécageux interrompt notre récolte, nous sommes presque soulagés. Puis nous ouvrons les cabosses ramassées et remplissons de grands seaux en

© Simon B. Opladen

Le voyage sur les innombrables méandres du Rio Beni dure dix heures. Nous apercevons des nuées d’oiseaux cherchant leur nourriture sur les bancs de sable, des tortues et quelques alligators qui se réchauffent au soleil. À notre arrivée à Carmen del Emero, tout est baigné de la chaude lumière du soleil couchant: les maisons aux toits en feuilles de palmier, les bovins et les chevaux, les poules et les cochons. Carmen del Emero, agglomération minuscule qui regroupe 57 familles, se trouve à plus de 200 km par voie fluviale de la petite ville tropicale de Rurrenabaque. Les seuls liens du village avec le monde extérieur sont la rivière, le poste de radio du dispensaire et les antennes paraboliques des télévisions qui fonctionnent durant trois heures au cours de la soirée, aussi longtemps que le générateur diesel alimente le village d’un peu de courant. Les gens vivent de ce qui pousse sur leurs lopins de terre et des poissons

pêchés dans la rivière. Ils gagnent leur vie comme salariés à Rurrenabaque ou à Buenaventura, ainsi qu’avec la vente de bovins et de cacao. Le fruit du cacaoyer est aussi l’objet de notre visite à Carmen del Emero. Cacao Criollo désigne la variété locale provenant de la forêt secondaire

Le fleuve est l‘artère vitale et la source de l’alimentation quotidienne.

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ÉVÉNEMENT

La vie se déroule souvent en plein air.


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minée. Nous prenons une douche derrière une cloison en planches improvisée, d’où la vue sur le fleuve est magnifique. Puis le repas du soir est servi, composé de piranhas et de riz. La nuit tombe, nous entendons les dialogues animés des telenovelas provenant des maisons. Peu après, les lampes s’éteignent et le silence se fait. Seul le ruminement régulier des animaux parvient jusqu’à nos oreilles. Dans le ciel, nous distinguons la Croix du Sud. Demain, nous irons sur la «Isla de Oro». Traduit de l’allemand par Stephanie Zutter

© Simon B. Opladen

Voyages Helvetas Les personnes intéressées peuvent découvrir le projet cacao d’Helvetas dans le cadre du voyage de volontariat «Bolivie – récolte de cacao dans la forêt tropicale». Informations sur www.helvetas.ch/agir ➝ «Nos voyages de volontariat» (voyages guidés en allemand)

© Simon B. Opladen

plastique avec la chaire blanche et les fèves de cacao. Au village, nous observons comment Luz Amparo, 26 ans, lance le processus de fermentation du cacao. Elle place la masse, devenue entre-temps grisâtre, dans une caisse en bois où la pulpe sucrée se met à fermenter sous l’effet de la chaleur après quelques heures déjà. Dans les deux jours qui suivent, les substances amères naturelles se dissolvent et la diversité des arômes, qui détermine un bon cacao, se développe dans les fèves. Auparavant, les habitants de Carmen del Emero séchaient le cacao non fermenté au soleil et le vendaient pour 15 bolivianos (CHF 2) aux marchands qui sillonnent la rivière dans de grandes barques. Avec le soutien d’Helvetas, ils ont construit des caisses de fermentation et des tamis de séchage et commencé à faire fermenter le cacao avant de le sécher. Leurs efforts sont largement récompensés: à Rurrenabaque, ils obtiennent jusqu’à 25 bolivianos par kilo pour le cacao fermenté, c’est presque le salaire journalier d’un ouvrier non qualifié. Le projet n’en est qu’à ses débuts. À ce jour, les huit familles participant au projet ont procédé à la fermentation de 530 kg de cacao,

Conc o en lig urs Gagn ez un ne: voy He parti lvetas e age n cipa et la récolte devrait conc nt à not tripler l’année prowww ours su re r .helv chaine. etas Pour nous, la .ch journée de travail est ter-

Les volontaires apprennent comment trouver le cacao dans la forêt, le couper et retirer les fèves des cabosses.

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ÉVÉNEMENT


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CINEMA SUD, REGARDS CROISÉS Par Marie Schaffer-Wyler Les deux cyclistes-opérateurs-projectionnistes, Claude Marthaler, cyclonaute et écrivain, 53 ans, et Quentin Luthy, cycliste et voyageur épicurien, 32 ans, ont sillonné la Suisse romande de fin juin à début septembre et ont projeté des films dans tous les cantons francophones. Les spectateurs ont apprécié de pouvoir se prélasser dans un parc public, souvent au bord de l’eau, et profiter des belles soirées d’été pour regarder en plein air des films récents et couronnés de prix, notamment «Wadjda» qui a attiré plus de mille spectateurs. Les curieux ont été intrigués par l’équipement simple et efficace (mais il fallait y penser!) et ont félicité l’équipe de ce projet novateur. CINEMA SUD vous donne d’ores et déjà rendez-vous en été 2014!

La tournée 2013 en chiffres:

© Claude Marthaler

La tournée de CINEMA SUD, le cinéma open-air itinérant d’Helvetas qui se déplace à vélo et projette les films à l’énergie solaire, a rencontré un large succès auprès du public et dans les médias. Même la météo y a participé en nous réservant un ensoleillement généreux!

8 semaines sur les routes > 900 km parcourus 13 lieux 50 projections, dont

35 sous les étoiles et 15 sous des toits

2921spectateurs © Claude Marthaler

Marie Schaffer-Wyler est chargée des événements Helvetas en Suisse romande

Un grand merci ! aux partenaires qui ont apporté leur précieux soutien à la tournée de CINEMA SUD, qui a pu rayonner dans toute la Suisse romande en offrant de nombreuses soirées de films au public: Loterie Romande, Fédération Genevoise de Coopération, Banque Alternative Suisse, Solstis, Services Industriels de Genève, Viteos, Globetrotter, Le Courrier, La Côte, Bains des Pâquis, villes de Bienne, Lausanne, Neuchâtel, Nyon, Sion, Vevey et Yverdon-les-Bains. Sur la remorque qui contient du matériel, le panneau solaire capte la lumière.

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© Claude Marthaler

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Road-movie Par Claude Marthaler

On dit d’un vélo ou d’un bon film qu’il vous transporte, c’est même sa qualité première...

© Cinta Gilabert

Au Parc de Milan à Lausanne: derniers réglages.

Quentin Luthy (à g.) et Claude Marthaler, cyclistes-projectionnistes. © Claude Marthaler

Quittant Genève le 23 juin 2013, la sueur roule déjà le long de nos échines. Nous tirons nos lourdes caisses d’opérateurs-projectionnistes dont on n’a pas mesuré le poids. Nous en retournant de Sion ou de Porrentruy sur nos vélos, il semble que nous revenons de contrées lointaines. On porte haut cette dose de saine fatigue et on «s’y croit», comme dans les films. C’est aussi le cas du public chaleureux et attentif – ce qui nous rend heureux à l’heure où les écrans captent sans répit les esprits, comme un virus attaquant l’imaginaire. Cinéma Sud, c’est un peu l’ambiance magique des débuts du cinéma, sous l’arbre à palabres ou dans l’agora grecque. À la croisée des mondes, nous découvrons le particularisme des lieux et des gens. Nos hôtes* tous des voyageurs à vélo, nous accueillent amicalement. Pour nous, vécu de l’intérieur, Cinéma Sud réinvente joyeusement ce pays qu’on dit parfois souffrir de claustrophobie alpine: c’est le 7e art! La nuit tombe, le film est applaudi, on nous remercie. Le voyage a été court, mais beau!

*Nous avons été accueillis par des membres de www.velodach.ch et/ou www.warmshowers.org À Bienne, dans le Parc Municipal.

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LE TEMPS DE LA MOISSON

© Praksah Singh

Par Hanspeter Bundi La famille de Nandan Singh cultive du riz depuis longtemps déjà. Mais tout était différent avant. «Les produits chimiques ont causé beaucoup de dégâts, se souvient ce paysan de Nainital. Ils ont nuit à notre santé, à la terre et aux animaux.» Il y a deux ans, au pied de l’ouest de l’Himalaya, les cultivateurs de riz se sont lancés dans la culture bio grâce à un projet mis en place par Helvetas et la Reismühle Brunnen et financé par le Fonds Coop pour le développement durable. En plus du riz basmati, les paysans cultivent d’autres produits des champs de manière biologique. Ils expérimentent des méthodes de cultures innovantes pour augmenter leur revenu, économiser l’eau et rendre les cultures plus résistantes en raison de l’irrégularité des pluies. La protection du climat est un autre objectif: il faut diminuer les émissions de méthane provenant des rizières et utiliser les déchets organiques des exploitations agricoles

de façon optimale, en partie grâce à des installations de biogaz. Helvetas coordonne toutes les activités en Inde, forme des organisations partenaires locales et soutient les organisations paysannes dans l’obtention de la certification. La Reismühle Brunnen assure la logistique des exportations et conseille les cultivateurs afin qu’ils atteignent les standards de qualité. Les paiements anticipés que la Reismühle Brunnen accorde aux paysans pendant la récolte jouent un rôle essentiel. Ils permettent aux familles de joindre les deux bouts dans une période où souvent l’argent manque. Le «Riz Bio Fairtrade basmati Naturaplan», cultivé à Nainital, garnit désormais les rayons de la Coop. Il porte le label Max Havelaar et fait partie des relations commerciales équitables que le grand distributeur a établies dans de nombreux domaines. «Nous parlons de commerce propre, explique Nandan Singh. Il nous met en relation directe avec le consommateur, et les paysans réalisent ainsi un plus grand profit.» Les consommateurs ignorent souvent tout de ceux qui permettent au riz d’arriver jusque sur nos tables. Il en va autrement pour le riz bio de Nainital, car Yves Farine, gagnant du Clip Award 2012 d’Helvetas, a tourné un court métrage sur le projet en Inde (voir encadré). Le fi lm crée un trait d’union entre les familles paysannes en Inde et les consommateurs en Suisse. Chaque paquet de riz acheté soutient les riziculteurs de Nainital. Délicieuse recette de riz Casimir sur www.coop.ch/cuisineréquitable

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Impressions marquantes

© zVg

Ce fut un long chemin parcouru ensemble. Les familles des cultivateurs de Nainital, qui ont commencé la culture bio en 2011, récoltent aujourd’hui les fruits du succès. Le riz bio Naturaplan produit en Inde est désormais en vente à la Coop.

En 2012, Yves Farine (à d.) a gagné le premier prix du Clip Award d’Helvetas: un voyage en Inde avec visite du projet de production de riz à Nainital. Mandaté et rémunéré par la Coop – sponsor du prix –, il a réalisé sur place un court métrage sur ce projet. Yves, tu as voyagé pour la première fois dans un pays en développement. Quelle impression en gardes-tu? À Delhi, j’ai été projeté dans un monde rempli d’énergies, d’odeurs et de bruits et, en même temps, j’ai été roulé par le chauffeur de taxi. J’ai été effrayé par la grande pauvreté. Je me demandais comment ce serait à la campagne, je m’attendais au pire. Et comment était-ce là-bas? Très différent de ce que je pensais. Dans la région de Nainital, les structures m’ont paru intactes. Les paysannes et les paysans sont pauvres, mais ne vivent pas dans la misère. J’ai vu beaucoup de visages heureux. Qu’as-tu retiré du projet de production de riz? Les familles de paysans s’entraident et se soutiennent, et avec le projet de production de riz bio elles se sont fixé une tâche commune qui représente une véritable chance. Pour voir le film sur le projet de production de riz: www.helvetas.ch/riz


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DES SOUHAITS JUDICIEUX

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Plus jamais de cadeaux absurdes! Lancez votre action en quelques clics, et demandez en cadeau à Noël de l’eau pour des écolières et écoliers en Afrique!

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moins la moitié d’une vache, un pressefruits avec un moteur, un tissu brodé de fleurs et une multitude de vases, des tas de foulards et de bibelots qui seront au plus vite mis dans la caisse à rebuts. Au-delà de ces paquets de frustrations reste le très beau sentiment que l’on éprouve à offrir quelque chose. Et nos proches ne doivent pas en être privés. Donnez la chance à votre compagne, votre partenaire, votre famille et vos amis de vous faire un cadeau qui a du sens: souhaitez simplement de l’eau pour des écolières et des écoliers au Bénin!

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encombrant? Et finalement pensé que vous ne vouliez plus de tout cela? N’en doutez pas, nous vivons tous ces situations frustrantes: un petit sondage mené auprès de mes collègues chez Helvetas a dévoilé de nombreux cadeaux absurdes: un couteau électrique à viande permettant de découper au

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Les préparatifs de la ronde annuelle des cadeaux vont bon train! Pourtant, parfois, la joie reste en retrait lorsqu’on ouvre un des paquets empilés sous le sapin de Noël. Franchement, combien de fois avez-vous déjà pesté contre un cadeau totalement inutile? Dissimulé une légère déception? Imaginé comment vous débarrasser élégamment de l’objet b u to

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C’est facile à faire: lancez votre propre appel de fonds sur notre plateforme en ligne www.mon-souhait.ch. En quelques clics, vous disposerez de votre page personnelle de souhaits. Vous décidez du montant de la somme à trouver. Puis par e-mail, Facebook ou Twitter, vous invitez des personnes proches à participer à la réalisation de votre souhait. Les donatrices et donateurs peuvent suivre le développement de l’action en ligne et la progression qui vous amène, tous ensemble, jusqu’au but. Le montant récolté est entièrement consacré au projet «De l’eau pour des écoliers au Bénin». Une action d’appels aux dons sur www.mon-cadeau-de-noel.ch vous comblera, tout autant que les enfants au Bénin! Les cadeaux inutiles font désormais partie du passé. Et de plus, vous rendez service à vos proches: vous les débarrassez du poids de devoir trouver le bon cadeau! Simon Ming est rédacteur online chez Helvetas.

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Par Simon Ming

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Peut-être avez-vous déjà reçu des cadeaux totalement inutiles? Ou même en avez-vous offert? Délivrez vos proches et vousmême de l’embarras du (mauvais) choix, en demandant de l’eau pour des enfants en Afrique!


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Moins d’exploitation abusive Cette année, le Brésil récoltera 83 millions de tonnes de soja, soit 25 % de plus qu’en 2012. Contrairement à ce qui s’est passé précédemment, la forêt tropicale n’en fera pas les frais. En effet, l’industrie brésilienne du soja utilise des prairies dégradées. «De nombreuses personnes ne veulent plus d’un produit lié à la déforestation», explique Rômulo Batista, de Greenpeace Brésil. –HBU

Les lauréat-e-s du Clip Award 2013 Helvetas «Climagine!» Si le réchauffement climatique devait transformer la lune en popcorn et si les exercices de karaté de grand-maman pouvaient arrêter le collapsus écologique... Les meilleurs clips ont été primés. © Michael Zingg

Météo du développement

Nourriture dans le réservoir L’entreprise Green Bio Fuel SA veut produire 130 millions de litres d’Agrosprit dans une nouvelle usine. La commune de Bad Zurzach et le canton d’Argovie lui a délivré un permis de construire. Est-ce une bonne nouvelle, puisque le biocarburant permet d’économiser 200 000 tonnes de CO2? Nullement, car 2/3 des matières premières doivent être importées du Mozambique, ce qui advient au détriment d’une production alimentaire urgente. –HBU

Contre la fraude fiscale La Suisse a été forcée d’avoir une plus grande transparence fiscale vis-àvis des États-Unis et de l’Union européenne. Le 9 octobre, le Conseil fédéral a également décidé de signer la convention d’assistance mutuelle de l’OCDE et du Conseil de l’Europe, ce qui permet au pays les plus pauvres de mieux poursuivre leurs fraudeurs. Désormais, ils ne devraient plus avoir à négocier de conventions fiscales bilatérales avec la Suisse, explique Mark Herkenrath, expert fiscal auprès d’Alliance Sud. –HBU

Félicitations aux gagnantes et aux gagnants du Clip Award 2013!

Lors du festival de courts-métrages shnit à Berne, les prix ont été décernés aux meilleures vidéos réalisées pour le Clip Award 2013 d’Helvetas, sur le thème du réchauffement climatique. Pour la 5e édition du Clip Award Helvetas, 32 réalisatrices et réalisateurs ont tourné des très courts métrages pour parler de la question du changement climatique. Le jury a récompensé les meilleures vidéos, dont celles de deux Roomands, lors du festival shnit, le 3 octobre à Berne. Le premier prix revient à «Hot Stuff» de Nicolas Rohrer (La Tourde-Peilz), où l’on voit la terre en feu transformer la lune en pop-corn. Dans leur film d’animation «Seilziehen», les cinéastes Adrian Scherzinger et Regina Wittwer racontent comment le monde risque de s’écrouler si l’on ne tire pas tous à la même corde. En troisième exaequo arrivent «Energy comes from the Earth» de Rabea Egg et Elsa Längnase (14 ans) et «s’Guetnachtgschichtli» de Prashika Selvarajah et Simona Koch, qui feront don de leur prix à un projet d’aide au Burkina Faso. «Ice», de DaniePrix sponsorisés par

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la Jakob, Rolf Lang et Esther Amberg, qui évoquent la fonte des glaces dans une approche romantique obtient le prix du public pour les plus de 20 ans. Et «Water Drop» de Sara Sherif (Genève), qui montre les effets du manque d’eau en Afrique, reçoit le prix pour les moins de 20 ans. «Certains films nous ont fait réfléchir, d’autres rire. Voir la diversité des approches pour traiter un sujet aussi complexe en une minute est très réjouissant», a déclaré Michael Burtscher de Kurz&Knapp. –AKO Tous les films 2013 sont visibles sur www.clipaward.ch

Premier prix: quand la Terre s’embrase, la lune grille comme du pop-corn.


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La FEDEVACO fête la décennie de l’aide au développement dans la Constitution vaudoise sonnalités en photo ci-dessous: (de g. à d.): Christiane Fischer (Asro), Viviane Keller (unité Développement durable de l’État de Vaud), Joseph Aguettant (Terre

des Hommes en Roumanie), ainsi que Vincent Zodogome et Emmanuelle Robert, respectivement président et secrétaire générale de la FEDEVACO. –CRO © Didier Deriaz/ArchiveSud

La Constitution vaudoise a été remise à jour en 2003. Pour la première fois, la solidarité internationale a été inscrite dans un article de loi (article 71). Vaud est ainsi devenu le quatrième canton à inscrire la coopération au développement dans sa Charte fondamentale. Dix ans plus tard, la Fédération vaudoise de coopération (FEDEVACO), dont Helvetas est membre fondateur, a tiré un bilan positif de l’action de l’Etat de Vaud et des communes en faveur de projets de développement menés par ses associations membres dans les pays du Sud et de l’Est. «En une décennie, les contributions du canton et des communes vaudoises ont triplé», se réjouit Vincent Zodogome, président de FEDEVACO. «Le partenariat avec la FEDEVACO va au-delà du financement de projets», explique Pierre-Yves Maillard, président du Conseil d’Etat. On s’enrichit énormément au contact des acteurs du Sud. Ce sont des échanges à double sens». Quelque 300 personnes, dont une majorité d’élues et d’élus locaux, ont participé à une soirée de conférence et de débats, animés notamment par les per-

Au Magasin du Monde de Montreux

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Pour marquer l’inauguration du Magasin du Monde de Montreux, qui a repris le mobilier de la Boutique d’Helvetas FAIRTRADE anciennement à Lausanne, les autres magasins du monde et le public ont été invités à se retrouver en octobre à l’enseigne du Soleil d’ici et d’ailleurs, situé dans la vieille ville de Montreux, à la rue du Pont. Un producteur de ballons équitables faits au Pakistan pour la marque Ethletic vendue dans notre assortiment, devait être là pour parler de son travail, mais la Suisse a malheureusement refusé de lui accorder le

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ACTUALITÉ

visa d’entrée. Ainsi les ballons vendus par HELVETAS Fairtrade ont été présentés dans un reportage filmé, à voir sur notre page Facebook ou sur Youtube (youtu.be/ Sir5pZejM2s). Par ailleurs, les partenariats d’HELVETAS Fairtrade avec des artisans du Sud ont fait l’objet d’une discussion nourrie sur les relations commerciales avec les pays en développement. Le Magasin du Monde de Montreux a chaleureusement accueilli ses invités, et a offert de savoureuses boissons et des snacks, naturellement équitables! –CRO


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© HELVETAS Swiss Intercooperation

Get Changed: dépister Circle for Change: témoignage sur le travail la mode éthique et la vie en Afghanistan

www.getchanged.net

Si vous désirez en savoir plus, vous trouverez les informations en ligne sur helvetas.ch/circleforchange_fr ou en appelant Frédéric Baldini au 021 804 58 10, ou par e-mail à frederic.baldini@helvetas.org

Pétition: un million de signatures pour l’eau potable L’eau et l’assainissement pour tous! Un million de personnes ont fait part de leur demande dans une pétition, remise en septembre au directeur de la DDC, Martin Dahinden, par notre collaboratrice Rupa Mukherji de la direction d’Helvetas et par Oswald Sigg du comité central. Un réseau mondial de plus de 260 organisations a appuyé et fait rayonner cette pétition. 700 000 signatures proviennent de pays dans lesquels Helvetas est engagée. Les signataires demande aux Nations Unies l’adoption d‘un nouvel objectif pour le développement, qui garantisse un engagement renforcé et durable qui puisse faire face à la crise globale de l’eau. –HBU

Impressum No 214/décembre 2013 Journal des membres et donateurs d’Helvetas, 53e année. Paraît quatre fois par an (mars, mai, août, décembre) en français et en allemand. Abonnement annuel CHF 30, inclus dans la cotisation des membres. Editeur HELVETAS Swiss Intercooperation, Weinbergstrasse 22a, Postfach, 8021 Zurich, tél. 044 368 65 00, fax 044 368 65 80, e-mail: info@helvetas.org, Homepage: www.helvetas.ch CP 80-3130-4 Zurich Bureau Suisse romande, 7-9, ch. de Balexert, 1219 Châtelaine, tél. 021 804 58 00, fax 021 804 58 01, e-mail: romandie@helvetas.org Ufficio Svizzera italiana, Via San Gottardo 67, 6828 Balerna, tél./fax 091 683 17 10, e-mail: svizzeraitaliana@helvetas.org Rédaction: Susanne Strässle (SUS) Collaboration fixe: Hanspeter Bundi (HBU) Ont collaboré à ce numéro: Frédéric Baldini (FBA), Beatrice Burgherr (BBU), Jane Carter, Magaly Hanselmann, Angelika Koprio (AKO), Melchior Lengsfeld, Claude Marthaler, Simon Ming, Franca Palmy, Dilbar Ruzadorova, Marie Schaffer-Wyler Rédaction images/Production: Andrea Peterhans Edition française: Catherine Rollandin (CRO), Elena Vannotti Graphisme: Spinas Civil Voices Zurich Mise en page: GrafikWerk Zurich Correction: Textmania, Zurich Litho et impression: Imprimerie Kyburz Dielsdorf Papier: Cyclus Print, 100% Recycling

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ACTUALITÉ

© Michael Zingg

Le changement est nécessaire! Après les terribles événements qui ont fait de nombreuses victimes dans des usines de confection textile au Bangladesh, la mode éthique est plus que jamais sous le feu des projecteurs. «Get Changed!» est la plateforme engagée en réseau pour un nouveau style, le Fair Fashion Network. L’appellation «Get Changed!» est aussi un jeu de mots se référant à l’interjection «change toi!» quand il s’agit de mettre d’autres vêtements. Le site en ligne propose un localisateur d’adresses de la mode éthique, qui permet de trouver sur une carte interactive des magasins offrant des textiles écologiques et équitables. Des sélections de créations imaginées par les stylistes et des collections actuelles sont présentées. Et naturellement le Fairshop d’Helvetas y aussi sa place! –SUS

En novembre, les donatrices et donateurs du Circle for Change ont eu l’occasion de saisir de près les réalités de la vie et du travail en Afghanistan. Tania Rohrer, conseillère de projet d’Helvetas, a témoigné de son expérience dans ce pays. Elle a parlé des défis à relever et des succès réalisables, de la situation de la population et du vécu quotidien à Kaboul (voir aussi p. 18). Les membres

du Circle for Change ont été invités à cet événement qui a eu lieu à Genève à la Maison Internationale de l’Environnement 2, où se trouve le nouveau bureau d’Helvetas en Suisse Romande. Les personnes faisant un don supérieur à 500 francs par an font d’office partie de ce cercle. De prochains événements à l’attention exclusive des membres de Circle for Change seront également organisés en 2014. Cette adhésion permet de recevoir des informations de première main sur le travail d’Helvetas dans les pays du Sud et de l’Est. –SUS


© Emanuel Freudiger

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Concours Répondez aux questions en lien avec ce numéro de «Partenaires» et gagnez une nuit à la Villa Lindenegg, à Bienne:

© Emanuel Freudiger

1) Quel est le nom du groupe de femmes présidé par Fatuma Juma en Tanzanie? 2) Quel est le taux de représentation des femmes au Parlement du Mozambique? 3) De quel pays proviennent les animaux en fer-blanc vendus par le Fairshop d’Helvetas?

«Wir essen die Welt» à Berne Dans les agendas 2014, une date peut déjà être retenue: l’exposition d’Helvetas consacrée à l’alimentation «Wir essen die Welt» est à voir au Käfiturm, le forum politique de la Confédération, du 20 février au 25 mai 2014. Le vernissage a lieu le 19 février. Chaque jeudi, durant la pause de midi, des informations sont données aux visiteurs (qui doivent prendre leur propre pique-nique). Lors de plusieurs soirées, des discussions et des tables rondes réuniront des invités du monde politique, économique et scientifique pour débattre des questions actuelles autour de l’alimentation globalisée, et les échanges pourront se poursuivre pendant les apéritifs qui suivront. Et aussi: la Nuit des Musées aura lieu le 21 mars. Des classes et des groupes peuvent profiter de visites guidées. –BBU www.wir-essen-die-welt.ch

Prix offert: une nuit pour deux personnes en chambre double avec petit-déjeuner et apéritif de bienvenue. Villa Lindenegg – une oasis urbaine La Villa Lindenegg, située en bordure de la vieille ville de Bienne, est un lieu de bonheur et de détente. Ce petit

Villa Lindenegg, 2502 Bienne, tél. 032 322 94 66, www.lindenegg.ch © LDD

© Thomas Kozlik

Envoyez vos réponses par courrier à: Helvetas, «Concours», 7-9, ch. de Balexert, 1219 Châtelaine, ou par courriel (avec votre adresse) à: romandie@helvetas.org. Délai d’envoi: 4 janvier 2014. Aucune correspondance ne sera échangée au sujet du concours. Tout recours juridique et paiement en espèces des prix sont exclus. Les collaborateurs d’Helvetas ne peuvent pas participer. La gagnante du concours de «Partenaires» n°213 est Margrit Zwicky, de Berne.

joyau, transformé en hôtel avec restaurant il y a bientôt 17 ans, est aujourd’hui géré par Rosmarie Birchler et Nina Volken, deux hôtelières engagées. Les huit chambres rénovées avec soin ont su garder leur propre caractère. Des tableaux d’artistes de la région complètent un aménagement sobre et élégant. Toutes les chambres donnent sur un jardin luxuriant, à l’exception de la suite sous les combles d’où l’on voit les étoiles. Les repas sont servis au coin du feu dans un beau salon ou sur la terrasse du jardin entourée de fleurs et d’arbres majestueux. La brigade de cuisine réjouira vos papilles avec des mets créatifs de saison. Les produits proviennent principalement de la région. Viande et légumes sont en général issus de la culture biologique, les poissons sont pêchés dans le lac de Bienne et le gibier provient de la chasse durable. Le café est torréfié à Bienne et la carte des vins, concoctée par des passionnés, propose des spécialités suisses ainsi que des grands crus d’Espagne et du Portugal. Le restaurant accueille aussi bien pour le repas de midi que pour un apéritif ou le repas du soir.

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ACTUALITÉ


CHATS ET TORTUES FAIR Les petits animaux aimantés multicolores de Madagascar évoquent le côté dynamique du recyclage et les retombées positives du commerce équitable.

Des lémuriens qui scintillent de mille couleurs. Des lézards portant des tomates sur le dos. De minuscules tortues dorées. Tous ces animaux et bien d’autres sont désormais en vente dans le Fairshop d’Helvetas. Tels des bonjours colorés en provenance de «l’île rouge», ils confèrent leur esprit gai et dynamique au recyclage. Car ces animaux sont fabriqués avec des boîtes de conserve et soudés avec de la tôle recyclée. Joseph et Marceline Razanamahefa se sont spécialisés dans les insectes. Ils se procurent des boîtes de conserves auprès d’un récupérateur, y découpent un ventre, des ailes et des pattes qu’ils assemblent en délicates libellules. Il arrive ainsi qu’on puisse y lire le slogan d’un café instantané ou les composants d’une crème de soin. À l’instar de nombreux autres pays en développement, Madagascar est une société d’artisans. Quelque deux millions de personnes gagnent leur vie grâce à l’artisanat et réalisent ainsi environ 15% du produit national brut. Ce sont notamment les artisans traditionnels qui fabriquent les outils ordinaires destinés à l’agriculture, la vaisselle et les couverts, de simples charrettes, des vêtements ou des barques. Ils vivent pour la plupart à la campagne, travaillent au sein de petites entreprises – familiales – et lorsque les champs ne re-

quièrent pas leur présence, deviennent menuisiers, tisserands ou potiers. Il s’agit là d’un travail précaire, mal payé et à la merci de la toute-puissante pression concurrentielle des grandes entreprises asiatiques, dont les objets sont moins chers et plus modernes que ceux de l’artisanat local. Une autre catégorie comprend des hommes et des femmes bricoleurs qui travaillent dans de grandes localités et réparent toutes sortes d’appareils défectueux tels que radios, mixeurs-plongeurs, voitures. Ils utilisent souvent des matériaux recyclés qu’ils transforment jusqu’à ce que ceux-ci s’adaptent aux appareils et aux machines.

Joseph et Marceline appartiennent à une troisième catégorie: les artisans d’art, qui confectionnent de belles nattes en raphia et des articles de vannerie, créent des bijoux en corne de zébu, brodent ou créent des petits véhicules, bicyclettes et animaux en fer-blanc recyclé. Ces produits sont vendus sur les marchés des villes et trouvent aussi le chemin des pays industrialisés par le biais du commerce équitable. Par exemple dans le Fairshop d’Helvetas. Joseph et Marceline vivent à Ambohitsely Ambohimanarivo, un village à quelque 50 km à l’est de la capitale. Ils ont deux fi ls qui vont © HELVETAS Swiss Intercooperation

Par Hanspeter Bundi

Zoo en fer-blanc: Joseph Razanamahefa forme des animaux à partir de vieilles boîtes.

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COMMERCE ÉQUITABLE


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Fairshop

à l’école primaire et une petite fi lle d’une année. Sur un lopin de terre, ils cultivent le manioc et la patate douce pour leurs propres besoins. Ils élèvent deux porcs à l’engrais dans une étable. «Ils sont notre tirelire, dit Joseph. Au lieu de déposer notre revenu à la banque, j’achète parfois un cochon et je le revends quand j’ai besoin d’argent.» La plus importante source de revenu de la famille provient des animaux en tôle. Les bons jours, Joseph et Marceline gagnent ainsi 50 000 ariary (environ 21 francs suisses). C’est un gain journalier qui permet d’accéder à des rêves modestes: scolariser ses enfants dans une école privée, construire un nouveau toit pour la maison, s’offrir une bicyclette. Joseph et Marceline ne travaillent que sur commande. Aussi, leurs espoirs reposent sur le Fairshop. «Les commandes d’Helvetas sont plus importantes et plus significatives que toutes les autres», déclare Joseph, et Marceline d’ajouter: «Si tout va bien, nous pourrons peut-être un jour construire une maison plus grande et y proposer des chambres d’hôtes.» Ainsi, les petits animaux de Madagascar ne se contentent pas d’égayer les foyers suisses. Ils rappellent aussi que le commerce équitable crée de nouvelles perspectives. Pour une famille, pour un village, ou même pour tout un pays.

Aimants en fer-blanc «Ihosy»

Aimants magnétiques faits à Madagascar. En métal recyclé. Les bords étant parfois coupants, ne pas les utiliser comme des jouets. Chaque pièce est unique, des petites différences entre le modèle photographié et l’objet sont pos-

sibles. Format : env. 8 x 8 cm (ou plus petit). 4 séries composées de 5 aimants: Insectes (MOA1), Animaux de ferme et domestiques (MOA2), Animaux de Madagascar avec crocodile (MOA3), ou avec caméléon (MOA4) Fr. 27.–

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Boîtes de rangement «Morombe»

Décoration «Vélo»

Toutes les petites choses qui traînent peuvent disparaître dans ces boîtes décoratives en fibre végétale. Design contemporain, en fibre végétale tressée par des artisanes et artisans à Madagascar. Set de trois boîtes de rangement: grande 27 x 11 x 27 cm, moyenne 22 x 9.5 x 22 cm, petite 16 x 7.5 x 16 cm (MOB) Fr. 28.–

Vélo de dame, décoré de nombreux détails. Fait à Madagascar en fer-blanc recyclé. Ne pas utiliser pour jouer. Diverses couleurs. 14 x 4 x 9 cm (MOC2) Fr. 16.–

Traduit de l’allemand par Elena Vannotti

Plusieurs possibilités s’offrent à vous pour commander:

Par Internet www.fairshop.helvetas.ch

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COMMERCE ÉQUITABLE

Par téléphone 021 804 58 00

Par fax 021 804 58 01


TROP DE VIES D’ENFANTS S’ÉTEIGNENT À CAUSE DU MANQUE D’EAU POTABLE. À la place des traditionnels cadeaux de Noël, demandez de l’eau pour des enfants en Afrique. Lancez maintenant votre action sur

mon-cadeau-de-noel.ch

Avec le soutien de

Helvetas Partenaires No. 214 Décembre 2013  

FOCUS chances égales pour les femmes! --- ABANDONNÉES sort tragique de femmes au Tadjikistan --- LOIN à la recherche du cacao dans la forê...

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