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ATLAS

MEMORI ELDEBERLI N


« Les villes ont un rapport particulier à l’histoire. Celle-ci envahit leur espace par la commémoration, la célébration ostentatoire des victoires et des conquêtes. L’architecture suit l’histoire comme son ombre, même si les lieux de pouvoir se déplacent au gré des évolutions et des révolutions internes. L’histoire est aussi violence, et c’est souvent de plein fouet que l’espace des grandes villes en reçoit les coups. Elles portent la marque de ces blessures. Cette vulnérabilité et cette mémoire ressemblent à celles du corps humain et ce sont elles, sans aucun doute, qui nous rendent la ville si proche, si émouvante. Notre mémoire, notre identité sont en cause quand la « forme de la ville » change et nous n’avons guère de mal à imaginer ce qu’ont pu représenter ces bouleversements les plus brutaux pour ceux qui en ont été victimes avec elle. Berlin est, dans une large mesure, une ville expérimentale : on y mesure la force du passé et celle de l’oubli, les possibilités et les limites du volontarisme, les rapports entre la ville et la société, entre la ville et l’art aussi, puisque, des peintures sur le mur à l’architecture agressive de la Potsdamerplatz, de la post-modernité à la culture alternative, la capitale de l’Allemagne réunifiée est à la fois un laboratoire et un musée. Elle est à elle seule un raccourci de l’histoire du siècle passé et un témoin actif de celle qui s’ébauche. » Marc Augé in Un ethnologue sur les traces du mur de Berlin Le Monde Diplomatique, août 2001


De haut en bas : Château des Hohenzoller après les bombardements en 1945. Palais de la République en 1981. Projet lauréat de la reconstruction du Château pour en faire un musée des Sciences.


Avant-Propos

A travers nos expériences de la ville de Berlin, nous avons cherché à en comprendre sa capacité mémorielle et la façon dont celle-ci se représente dans la ville. Le choix d’étudier la mémoire à Berlin s’explique par le fait, comme l’évoque Marc Augé, que cette ville est un laboratoire unique en la matière car son image urbaine représente l’histoire mondiale de ce dernier siècle. Le patrimoine historique de Berlin a vécu de nombreuses destructions successives, reconstructions à l’identique ou transformations, muséifications et monumentalisations de l’Histoire. Les différentes périodes historiques comprenant l’ère Prussienne, la république de Weimar, le IIIème Reich, la guerre froide puis la réunification ont ainsi modifiés à plusieurs reprises l’urbanisme de Berlin sous toutes ses formes, du nom des rues, aux monuments à des quartiers entiers. Par exemple, quand le régime nazi s’installa, il débaptisa un grand nombre de rues, il y eut alors cent vingt et une rues débaptisées et rebaptisées. Puis après la victoire en 1945, les alliés enlevèrent au plus vite les croix gammées de pierre et de bronze qui émaillaient les édifices de la ville. Au milieu des ruines, il fallait de nouveaux noms à la ville vaincue. Avant que la guerre froide ne donne naissance à deux textes urbains totalement différents, de 1945 à 1947, un dénominateur commun s’installe : la dénazification du paysage symbolique de la ville. La volonté de la droite conservatrice suggérait de retirer tous les noms liés au régime nazi, sans toucher au reste. On reviendrait au « texte » urbain précédant 1933 et assurerait une continuité à l’histoire de Berlin, en effaçant de la représentation mémorielle toute trace de la période nazie. La RDA quant à elle, à travers une périodisation complexe, se dota d’un réseau symbolique de noms de rues à travers lesquels elle chercha à fortifier son identité d’État socialiste allemand. Pour cela, elle effaça d’abord toute trace des noms nazis, chercha à éliminer la tradition prussienne et militariste de l’histoire allemande, mit en avant le mouvement ouvrier et révolutionnaire. C’est ensuite ce réseau que la réunification va chercher à démanteler. Dans l’ensemble des districts constituant Berlin-Est, soixante et onze changements de noms furent retenus. Ce fait illustre les divers procédés de réécriture de l’Histoire par les divers régimes politiques à travers l’image urbaine de Berlin. Un autre exemple flagrant de la problématique de la réorganisation urbaine et patrimoniale de Berlin reste le cas du château des Hohenzollern en plein coeur de l’île des Musées. Ce château prussien situé du côté de la RDA était fortement endommagé après les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. Le gouvernement y voyait le symbole du royaume de Prusse, il fut donc définitivement démoli en 1950. Il fut alors remplacé par le Palais de la République en 1976 qui devint le siège de la Volkskammer (« chambre du peuple ») - le parlement est-allemand - et un important lieu culturel et de rencontre de la population d’Allemagne de l’Est. Le 19 septembre 1990, le palais ferme sur ordre de la Volkskammer (chambre du peuple) librement élue, en raison de la présence d’amiante et est partiellement déconstruit. Mais pendant plusieurs années, un vif débat éclate entre, d’un côté, les partisans qui souhaitent préserver le Palais et par conséquent le restaurer, et de l’autre côté une association pour la reconstruction du château des Hohenzollern. D’une part, le palais de la République était devenu un monument par son histoire et sa qualité historique pour la population de la RDA. D’autre part, il y avait le désir de tourner définitivement le dos au passé et à la RDA et de l’époque du Mur. Enfin, la reconstruction du Château semblait être cohérente avec la volonté des pouvoirs publics de redonner à voir l’histoire de Berlin antérieure au XXème siècle. Cette décision corrobore avec le désir de revenir à un centre ‘‘réellement’’ historique, dans le but de développer un tourisme lié à la mémoire et à l’Histoire. Ces nombreux remaniements montrent à quel point la représentation urbaine de l’histoire de Berlin a été mise en scène, manipulée et transformée. Cet ouvrage cherche ainsi à répertorier toutes les formes d’expressions de mémoire dans l’urbanisme berlinois, à visualiser les traces existantes, celles qui sont «réelles», celles qui ont été transformées, mises en scène et celles qui ont disparues tout en essayent de comprendre l’impact sensoriel de ces éléments sur l’être humain.

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Berlin Superficie 891,82 km2

Population 3,4 millions d’habitants

Densité 3 924,42 hab./km²

Superficie d’espaces verts 40 % de la surface urbaine 2 500 espaces verts publics

Bâtiments Espaces verts Eau

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-13- Le Mur

-17- Les Checkpoints

-33- Les Plaques commémoratives

-37- Les Cimetières

-51- Patrimoine Historique

-55- Destructions

-21- Les Bunkers

-41-Trümmerbergs

-59- Les lieux historiques reconstruits ou transformés


Sommaire

-25- Les MusĂŠes

-29- Les MĂŠmoriaux

-45- Les Ruines

-65- Berlin authentique

- 69- Berlin touristique


ÉLÉMENTS HISTORIQUES


Le Mur

« Dorénavant, un mur séparera la partie ouest et la partie est de Berlin », annonçait, il y a quarante ans, Walter Ulbricht, président de la République démocratique allemande. Le 13 août 1961, toute communication, tout échange entre ces deux Berlin furent coupés, exception faite de sept «portes» ou points de passage, dont le fameux Checkpoint Charlie. Le mur de Berlin inaugurait une période tragique au cours de laquelle plus de cent personnes trouvèrent la mort lors de tentatives de fuite vers l’Ouest. Le Mur a toujours provoqué une certaine fascination de la part des visiteurs étrangers tandis que pour les Berlinois, il a toujours été le symbole d’une période sombre. C’est pour cela que le Mur est un objet si contradictoire. D’une part, il attise l’attention de tous les visiteurs, d’autre part il a été victime du désir des Berlinois d’effacer rapidement les signes ostentatoires de cette époque. Cette seconde volonté a mené à sa disparition quasi-totale.

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Le Mur et ses traces République Fédérale d’Allemagne République Démocratique d’Allemagne Tracé du Mur Restes du Mur Cours d’eau et lacs

Mauerpark

Musée du Mur et son mémorial Le Parlement des arbres Musée de la topographie de la terreur East Side Gallery

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Postes frontières

Le 13 août 1961, les dirigeants est-allemands décidèrent de fermer la frontière séparant les deux parties de la ville. A compter de ce jour, les citoyens de Berlin-Ouest, les ressortissants étrangers ou originaires de la République Fédérale d’Allemagne ne pouvaient accéder à Berlin-Est que par l’un des sept postes-frontières ou par la gare de transit. La décision émana du ministère de l’intérieur de la République Démocratique Allemande. Le passage à l’Ouest fut interdit à tous les citoyens de BerlinEst et à tous les ressortissants de la République Démocratique Allemande. De ces postes-frontières, il ne reste plus que le musée privé de Checkpoint Charlie qui retrace les divers procédés utilisés pour traverser le mur et qui est aujourd’hui un des musées les plus populaires de Berlin.

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Postes frontières POSTES FRONTIÈRES PRÉSERVÉS Musée de Checkpoint Charlie 12

POSTES FRONTIÈRES EN RUINES Checkpoint Bravo Transit autoroutier vers Berlin-Ouest POSTES FRONTIÈRES DISPARUS

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Bornholmer Strasse. Citoyens de la RFA et Berlin-Ouest

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Chauseestrasse. Citoyens de Berlin Ouest 11

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Invalidenstrasse. Citoyens de Berlin-Ouest

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Friedrichstrasse. Traffic ferré

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Heinrich-Hein-Strasse. Citoyens de la RFA

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Oberbaumbrücke. Citoyens de Berlin-Ouest

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Sonnenallee Citoyens de Berlin-Ouest

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Waltersdorfers Chausee Citoyens de Berlin-Ouest et étrangers pour l’Aéroport de l’Est, Schönefeld

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Wannsee Transit ferré vers Berlin-Ouest

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Heerstrasse

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Gare de Staaken. Spandau. Transit ferré vers Berlin-Ouest

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Stolpe. Heiligensee Fret seulement

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République Fédérale d’Allemagne République Démocratique d’Allemagne Cours d’eau et lacs

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Bunkers

Les Bunkers conçus pendant la Seconde Guerre mondiale servaient à protéger des milliers de personnes de bombardements. Après la guerre, certains ont pu être détruits comme le Bunker d’Hitler, installé sous la Chancellerie et à la place duquel se trouvent des logements collectifs. Ses gravats ont été utilisés dans la construction du mémorial soviétique en hommage aux vicitimes de la guerre, tandis que les Bunkers situés près de Tiergarten ont permis de créer des enclos dans le zoo. Ceux qui n’ont pu être détruits ont été réutilisés ou dissimulés sous des gravats. Le Bunker apperçu dans le film ‘‘Les Ailes du Désir’’ de Wim Wenders est aujourd’hui un musée de l’horreur par exemple. Mais la seule intervention convaincante à nos yeux reste le cas du Pallasbunker au-dessus duquel a été construit une barre de logements collectifs monumentale.

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Bunkers BUNKERS PRÉSERVÉS Bunker de l’Olympia Stadium. Construit en 1943. Bunker situé sous le stade contenant alors une usine d’armement. Boros Museum Construit en 1943, superficie de 1.000 m². De 1947 à 1992, il servit d’entrepôt pour des fruits secs. De 1992 à 2003 il servit de club de techno hardcore. Depuis 2003, il est un musée d’art privé. Parc Humboldthain Deux tours-bunkers construites en 1942. Le plus petit fut détruit en 1945, tandis que le deuxième fut en partie dynamité. L’autre partie est aujourd’hui accessible. Musée des Horreurs Construit en 1942. Depuis 2010, le bunker est un musée qui présente des collections de fantômes et ses horreurs, de figures de cire avec des scènes spectaculaires de l’histoire de la médecine. Et au sous-sol, un musée sur l’histoire des abris anti-aériens.

Bunker du stade Olympique

Pallasbunker Construit en 1943. Depuis 1970, il est superposé par un immeuble de 514 appartements.

BUNKERS DÉTRUITS Führerbunker Construit en 1943. Il fut définitivement détruit en 1990, Sa partie souterraine encore intacte est interdite d’accès. Bunkers de Tiergarten Deux tours-bunkers construites en 1942. Démolies en 1949, les restes servirent à aménager des enclos du zoo de Tiergarten. Parc de Friedrichain Deux tours-bunkers construites en 1943. Elles furent en partie détruites et dissimulées sous des collines de gravats, aujourd’hui naturalisées.

Surface urbaine Espaces verts Cours d’eau et lacs

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Parc Humboldthain

Boros Museum Centre d‘art Bunkers de Tiergarten

Parc Friedrichain

Führerbunker Musée des horreurs

Pallasbunker

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Muséographie

Le musée a à la fois le rôle de conserver la mémoire et de la transmettre au plus grand nombre. Il fige la mémoire dans un lieu et dans le temps tout en la développant à travers sa diffusion dans la mémoire collective. Sa seule présence peut largement contribuer à définir l’image que le touriste, habitant temporaire, peut se forger d’un lieu car ils constituent parfois les seuls aperçus que ce touriste peut avoir. Les musées de Berlin sont d’autant plus importants qu’ils participent au développement du tourisme tourné sur l’Histoire de la ville.

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Muséographie Musées Parcs Surface urbaine Cours d’eau et lacs

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Mémoriaux

Le mémorial est une édification qui contraint le passant à considérer un événement, une période, une personne par la création de sa trace. Ces traces ont toujours intéressé les hommes dans la mesure où elles matérialisent ce qui a disparu, lui donnent une image, permettent de se le représenter, de l’étudier, de se souvenir, de commémorer. Il est ainsi une interprétation physique d’un élément du passé. Le mémorial est un lieu issu de l’imagination de son concepteur qui provoque aussi l’imagination du spectateur.

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Mémoriaux Mémoriaux Surface urbaine Cours d’eau et lacs

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Stolpersteine « pierres sur lesquelles on peut trébucher »

Le Stolpersteine est une création de l’artiste berlinois Gunter Demnig. Ce sont de petits cubes de béton ou de métal enfoncés dans le sol. La face supérieure, affleurante, est recouverte d’une plaque en laiton qui honore la mémoire d’une victime du nazisme. Chaque cube rappelle la mémoire d’une personne déportée, puis assassinée dans un camp de concentration ou dans un camp de la mort parce qu’elle était Juive, Rom, Sinté, membre de la Résistance, homosexuelle, témoin de Jéhovah, chrétienne en opposition au régime nazi ou handicapée. On en retrouve aujourd’hui pas moins de 3500 dispersés dans toutes les rues berlinoises.

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Stolpersteine Stopersteine Surface urbaine Cours d’eau et lacs

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Cimetières

Interroger la représentation de notre histoire et de nos mémoires, c’est d’abord interroger le caractère éphémère de nos existences, et donc notre mortalité. C’est aussi situer notre existence au coeur d’une généalogie, donc interroger nos ancètres et leur rendre hommage. Le cimetière est le lieu de cet hommage, d’où son importance spatiale au coeur de nos villes. Les cimetières de Berlin sont en outre les plus anciennes constructions de la ville, des dommages de la guerre sont visibles sur les tombes: les impacts de balle, notamment, y sont nombreux. Le romantisme, né en Allemagne, a fortement marqué l’espace paysager des cimetières allemands. « Le cimetière fut dès lors moins le lieu où les ancêtres confortaient les actes des vivants que celui, effrayant, où les vivants devaient contempler leur mort future » Michel Lauwers

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Cimetières Cimetières endommagés par la Seconde Guerre Mondiale Cimetières endommagés par le Mur Autres Cimetières Surface urbaine

Cours d’eau et lacs

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Trümmerberg Collines artificelles de gravats

Une Trummerberg est une colline artificielle constituée de gravats provenant des bâtiments détruits par les bombardements de la seconde guerre mondiale. Elles ont parfois permis d’enfouir des constructions symbolisant le nazisme et qui n’ont pu être détruites. Ces collines sont la représentation du désir de reconstruction rapide de la ville après la guerre et du désir de dissimuler certaines parties de l’histoire. La ville de Berlin en possède 14 qui ont permis de se débarrasser de 75 millions de m3 de gravats. Ces collines sont maintenant boisées et entretenues pour constituer des lieux de promenades privilégiés et constituent les points ‘‘naturels’’ culminants de la ville. L’histoire tragique de ces constructions devenues paysages est aujourd’hui quasimment imperceptible, tant la végétation a recouvert ces tas de gravats.

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Trümmerberg Trümmerberg

114, 7 mètres. Teufelsberg Forêt de Grunewald. 1950-1972 91 mètres. Oderbruchkippe Parc public de Prenzlauer Berg. 1953-1974 85 mètres. Humboldthöhe Parc public de Humboldthain. 1948-1951 82 mètres. Biesdorfer Hohe Parc public à Biesdorf 1952 78 mètres. Großer Bunkerberg Parc public de Friedrichshain. 1950 75 mètres. Insulaner Parc public à Schöneberg. 1946-1950 73 mètres. Tempelhofer Marienhöhe Parc public près de Tempelhof. 1948-1951 68 mètres. Rixdorfer Höhe Parc public à Neukölln. 1950-1951 67 mètres. Kippe Friedrichsfield Parc public à Pankow. 1949-1956

114,7 m

64 mètres. Sans nom Parc public à Mariendorf. 1950 63 mètres. Anton Saefkow Park Parc public à Pankow. 1948-1950 62 mètres. Sans nom Parc public à Zehlendorf 1953-1956 Parcs

62 m

Cours d’eau et lacs

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86 m 63 m

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78 m 82 m 67 m 68 m

75 m

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Ruines

« Les ruines sont plus pittoresques que le monument frais et entier. Les ruines permettent d’ajourer les parois et de lancer au loin le regard vers les nues, les montagnes » Chateaubriand Il existe deux types de ruines: celles qui sont sauvegardées et maintenues en l’état et celles qui sont toujours soumises à la dégradation naturelle ou de la main de l’homme. Tandis que la première est la trace de la destruction figée dans le temps, la deuxième est la trace singulière du temps qui passe. La ruine est donc parfois un semblant de la destruction, son artefact simulé. Son impact en est alors diminué car le propre de la ruinification d’un bâtiment est de représenter sa future et probable disparition.

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Ruines RUINES

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Fort Hahneberg

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Ancien village Olympique. 1936.

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Ancien fort prussien inutilisé depuis la construction du Mur.

Station d’écoute de Teufelsberg 1960

Radars des Alliés, abandonnés en 1990.

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Eglise du souvenir.

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Anhalter Bahnhof

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Mémorial construit autour de la ruine de l’église Kaiser-Wilhelm bombardée en 1945. Gare bombardée en 1945. Ruines situés sur la place Askanischen.

Parc de Friedrichein

Bunker nazi détruit et recouvert partiellement par des gravats lors de la reconstruction.

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Parc de Görlitzer

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Spree Park

Ruine de la gare Görlitzer, endommagée en 1945 et détruite en 1951 par la RDA 1

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Parc d’attraction de la RDA, ouvert en 1969 et abandonné en 2002.

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RESTES DU MUR

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Surface urbaine Parcs Cours d’eau et lacs

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BERLIN, VILLE PALIMPSESTE


Patrimoine historique

Certains bâtiments ou espaces architecturés bénéficient d’un classement particulier, et arborent le titre de «monuments historiques»: ils sont alors inscrits sur une liste, la «Denkmalliste», liste du patrimoine. Il s’agit de très divers éléments d’architecture remarquables, témoins représentatifs d’une période de l’Histoire. Cette classification apporte un vernis historique à ces bâtiments que l’on ne remarque pas nécessairement dans la ville, d’autant qu’aucune signalétique particulière ne vient signifier cette catégorisation. Néanmoins, ces espaces architecturés sont protégés et préservés grâce à ce classement: ils ont été désignés comme les témoins d’une période historique, que l’on souhaite conserver car ils «racontent» cette histoire.

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Patrimoine historique Bâtiments classés ’’ patrimoine historique’’ Surface urbaine

Cours d’eau et lacs

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Destructions

Berlin est une ville qui attire pour sa valeur historique. En effet, aucune ville en Europe n’a autant été transformée par les événements historiques du XXème siècle. Cette histoire a forgé une image de la ville à l’échelle internationale mais la réalité est autre. En effet, les bâtiments anciens ont soufferts de la Seconde Guerre Mondiale, les vestiges du nazisme d’un désir instinctif de reconstruction et de négation de cette période historique, de même que les traces de la République Démocratique d’Allemagne ont souffert de l’élan de ré-organisation lors de la reconstruction. « La guerre des mémoires a été totale en ce qui concerne la RDA, une véritable politique de l’oubli et de l’effacement a été instituée.» Régine Robin Berlin est non seulement une ville palimpseste à cause des multiples strates mémorielles qui affleurent, mais aussi une ville de l’effacement, une ville de la persistance de l’oubli.

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Destructions de 1945 à 2000 Bâtiments démolis ou dégradés entre 1945 et 2000 Surface urbaine Eau

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Reconstructions Transformations «L’exclusion de toute approche moderne et contemporaine pour la reconstruction de la nouvelle capitale exprime la volonté néo‑patriotique de surpasser l’époque d’après‑guerre que l’on juge comme un accident dans l’histoire allemande. En revanche, l’image urbaine historicisée serait alors l’expression adéquate pour une Allemagne réunifiée. L’architecte berlinois Philipp Oswalt remarque alors que l’Allemagne « ne rêve pas d’un autre avenir, mais d’un autre passé ».»

Florian Hertwerck

Après la réunification, on assiste à Berlin à la restauration de nombreaux bâtiments historiques monumentaux datants de l’ère prussienne qui s’illustre notamment par le choix de reconstruire certains bâtiments à l’identique et d’en réaproprier certains pour les nouveaux besoins de la métropole. Mais au delà des besoins urbains, il s’agit là d’une volonté des pouvoirs publics de donner une autre image de la ville que celle véhiculée par l’histoire récente.

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Reconstructions, transformations Bâtiments reconstruits à l’identique Bâtiments transformés

Surface urbaine

Cours d’eau

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CONFRONTATIONS


Berlin authentique

Qu’est que le véritable Berlin ?

Cette question est posée par les pouvoirs publics au cours des nombreuses tentatives de réorganisation de la ville après la réunification. En effet, peu de métropoles européennes, de la même échelle que Berlin, ont eu l’occasion de se reconstruire autant. Nous supputons ici l’existence d’un «Berlin authentique», qui serait alors l’ensemble des espaces n’ayant subi aucune modification totale ou partielle, ni destruction volontaire (pour mieux reconstruire par exemple), ces espaces ayant été transformés par le désir de réorganiser la ville. Les espaces authentiques seraient alors des lieux et espaces portant les traces visibles de l’histoire, comme autant de cicatrices et failles qui permettent de lire la mémoire s’inscrivant directement dans leur matière. Le Berlin authentique serait aussi le Berlin qui s’est reconstruit par lui-même, par les actes instinctifs de ces habitants, ces actes qui montrent à quel point le peuple allemand a su outrepasser une histoire et ses traces pour en produire de véritables espaces vivants, tournés sur le présent et vers l’avenir.

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Berlin authentique Bâtiments historiques détruits ou modifiés Berlin authentique

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Berlin touristique

Berlin était autrefois une ville à l’activité industrielle très développée mais sa principale ressource économique est aujourd’hui liée au tourisme. Avec 9 millions de visites en 2010, Berlin est la 3eme ville européenne la plus visitée. Et sa notoriété ne fait qu’augmenter. On peut alors se demander quel potentiel d’attractivité la ville peut développer, pour encourager cet essor touristique? Une approche cartographique de la fréquentation touristique amène à constater que les quartiers les plus visités sont aussi les quartiers les plus denses en ‘‘attractions’’ historiques. Le visiteur cherche à saisir le décor de l’histoire douloureuse du XXème siècle, cette image que la ville a véhiculé à ses dépends malgré des tentatives de remodelisation urbaine. Mais au-delà de l’attraction historique, c’est aussi l’art de vie berlinois qui devient un attrait touristique. En effet, la fréquentation croissante de certains quartiers «alternatifs» et multiculturels comme Kreuzberg et Neukölln démontre finalement qu’au delà de la muséification du passé, l’image de Berlin est celle d’un peuple qui a su humaniser son patrimoine historique.

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Berlin touristique Fréquentations touristiques depuis 2009 Environ 6,4 millions de visites touristiques en 2009 Quartiers de Mitte et Tiergarten De 4,3 millions à 2,3 millions de visites touristiques en 2009 Quartiers de Wedding, Charlottenburg Hallesches Tor, Friedrichein et Kreuzberg Entre 1,1 million et 550 000 visites touristiques en 2009 Quartiers de Prenzauler Tor, Pankow et Neukölln Moins de 500 000 visites touristiques en 2009

Croissance des fréquentations touristiques depuis 1993 Années Visiteurs

Croissance

1993 2.985.093 - 3,9 1994 3.074.836 + 3,0 1995 3.166.230 + 3,0 1996 3.225.005 + 1,8 1997 3.448.996 + 6,9 1998 3.602.173 + 4,4 1999 4.170.726 + 15,8 2000 5.006.235 + 20,0 2001 4.929.578 - 1,5 2002 4.750.107 - 3,6 2003 4.952.798 + 4,3 2004 5.923.793 + 18,8 2005 6.464.522 + 9,1 2006 7.077.275 + 9,5 2007 7.585.027 + 7,2 2008 7.906.637 + 4,2 2009 8.263.171 + 4,5 2010 9.051.430 + 9,5 2011 9.866.088 + 9,0

Source : Senatsverwaltung für Wirtschaft, Technologie und Forschung. Service du Touisme de la ville de Berlin

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CONCLUSION


Berlin authentique

Berlin touristique

Confrontation : les espaces authentiques les plus visitĂŠs


Conclusion

Les traces ont toujours intéressé les hommes dans la mesure où elles matérialisent ce qui a disparu, leur donnent une image, permettent de se le représenter, de l’étudier, de se souvenir, de commémorer, de montrer une évolution en remontant le temps, et d’envisager également l’attitude à adopter face à l’histoire du présent et de celle à venir. Depuis la réunification, il semble que le processus de réorganisation de la ville ait toujours pour enjeu l’image historique de la ville. Dans les années 90, la stratégie urbaine des pouvoirs publics fut de donner à Berlin l’image d’une grande métropole européenne et d’une capitale en comblant les terrains laissés à l’abandon par le Mur et la RDA par des opérations urbaines à l’échelle métropolitaine. Mais depuis quelques années, en raison de la crise économique et démographique de la ville, «Le Berlin qui se reconstruit dans la tension entre le Vieux et le Neuf a un pouvoir d’attraction particulier pour les touristes de long séjour au centre de l’Europe, au-delà de la créativité artistique et de son essor. La forme du centre historique, dans le contexte et comme contre-poids aux quartiers modernes, doit convaincre du rang architectural de la ville dans le concert culturel des villes européennes pour les siècles à venir.» Or, comment offrir un urbanisme mémoriel et historique dans une ville au contexte si particulier, dans laquelle près de la moitié des bâtiments ont été détruits? Berlin a choisi en réponse à cette interrogation d’offrir une sélection de son histoire et de refabriquer les peuves de cette histoire, quitte parfois à la remodeler. Les cartes de conclusions présentées ci-contre explicitent ce choix de représentation mémoriel: on y voit en noir (première carte) les bâtiments que nous jugeons «authentiques», c’est-à-dire dans leur état d’origine et marqués par les traces du temps qui a sculpté l’histoire en leurs murs. La deuxième carte est celle des fréquentations touistiques, et leur confrontation fait ressortir la mise en scène berlinoise de l’histoire que l’on montre aux visiteurs sporadiques: ceux-ci visitent en majorité des lieux ayant été reconstruits à l’identique ou transformés, sans que cela ne leur soit signifié. Seul les lieux représentés par la troisième carte ont un potentiel d’attraction touristique fort et sont également des lieux inchangés depuis leur construction, permettant de lire en eux l’histoire relative à cette époque, mais également celle qui s’est imprimé en eux depuis lors. Nous ne pouvons cependant émettre une critique totale sur cette mise en scène choisie de l’histoire, mais celle-ci ne saurait suffire, et il est heureux de constater que des fragments authentiques existent encore, venant tempérer et compléter cette scénographie mémorielle sélectivre: c’est de cet ensemble complémentaire que se dégage les multiples histoires qui forment l’Histoire. Et ce choix de mise en scène est, lui aussi, représentatif d’une histoire allemande plus contemporaine.

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Sources et crédits photographiques

Crédits photographiques Couverture. La rue Unter der Linden en 1945. Source : Panoramio.com /// Page 4. De haut en bas : Château des Hohenzoller après les bombardements en 1945. Palais de la République en 1981. Projet lauréat de la reconstruction du Château pour en faire un musée des Sciences. Source : L’association Berliner Schloss /// Page 12. De haut en bas : Le Mur de Berlin à la Potsdamer Platz en 1982 Source : bmlisieux.blogspot.fr /// Page 16. De haut en bas : Checkpoint Charlie en 1978. Source : flickr.com. Checkpoint Charlie en 2010. Source : bmlisieux. blogspot.f /// Page 20. De haut en bas : Bunker près de Anhalter Bahnhof, décors dans les Ailes du désir de Wim Wenders en 1987. Source : urbain-trop-urbain.fr. Pallasbunker. Source : flickriver.com, photo de Johan van El, prise le 9 juillet 2007 /// Page 24. De haut en bas : Altes Museum, Berlin 1900. Source :treccani.it. Musée du judaïsme. Source : gardenvisit.com /// Page 28. De haut en bas : Porte de Brandebourg en 1977. Source : ecpad. fr. Porte de Brandebourg en 2009. flickr.com /// Page 32. Des déportés dans un camps de concentration en 1944. Source : memorial-caen.fr. Stolpersteine. Source : ehemalige-synagoge-hemsbach.de /// Page 36. De haut en bas : Caveau au cimetière Franzosischen à Berlin. Source : Flickr.com. Pierre tombale d’un cimetière juif à Berlin. Source : badische-zeitung.de /// Page 40. Trümmerfrauen in Berlin. 1945. Source : museevirtuel-virtualmuseum. ca. Trümmerberg in Vollkspark Firedichein in Berlin. 1951. Source : museevirtuel-virtualmuseum.ca. /// Page 44. Anhalter Bahnhof en 2010. Source : community.hipstamatic.com. Station d’écoute américaine de Teufelsberg. Source : Photo personnelle 20 mars 2012. /// Page 50. Carte postale. Berlin-Hauptstadt.1971. Source : strangerinberlin. wordpress.com Le mur à East Side Gallery. 2008. Source : clg-manet-villeneuve.ac-versailles.fr/ Les_tags_sur_ les_murs_de_Berlin—2.pdf /// Page 54. Destruction partielle d’un Bunker en 1948 à Vollkspark Fridrichein. Source : archdaily.com/153821/berlins-bunkers. Scène du film Goodbye-Lenin de Wolfgang Becker, Source : good-bye-lenin.de /// Page 58. Reichstag mai 1945. Source : honneur-a-l-armee-rouge.over-blog.com. Palais du Reichstag en 2009. Source : berlin.de /// Page 62. Barbecue à Tempelhof. Souce  : tip-berlin.de. Vue depuis Teufelsberg. 2007. Source  : Flickr.com /// Page 66. Carte postale Porte de Brandebourg. 1994. Source  : kreichaline.over-blog.com Porte de Brandebourg. 2010. Source : geolocation.us

Soucres bibliographiques ROBIN Régine, Berlin Chantiers, Paris, Stock, 2001. /// HERTWECK Florian. Le problème de la reconstruction à l’identique. Le cas de Berlin.. Espaces urbains à l’aube du xxie siècle • PUPS • 2010. /// DELALANDE Nicolas

& WILLIAMSON Audrey « Berlin, capitale sans mémoire ? », La Vie des idées, 6 novembre 2009. /// COMBE Sonia Publication de l’exposition ‘‘Berlin : l’effacement des traces, 1989-2009’’. /// Liste des Bâtiments classés. Service du Patrimoine de la ville de Berlin. /// Service du Tourisme de la ville de Berlin /// FIS-Broker. Géoportail de l’Allemagne.


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Atlas mémoriel de Berlin  

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