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Hélène LE GOFF – Examen de Sémiologie Photographie choisie : Leonardo Di Caprio, Tejon Ranch, Lebec, Californie, 1997, ANNIE LEIBOVITZ.

J'ai choisi cette photographie car j'ai été touchée par la sensualité, la douceur qui s'en dégageait. Je l'avais découvert au musée Fotographiska à Stockholm, où avait lieu une exposition intitulée Annie Leibovitz : A Photographer's Life 1990-2005. Je l'ai tout de suite trouvée saisissante, majestueuse, comme hors du temps : un aspect intemporel et poétique s'en dégage. Je l'ai choisie car je souhaitais analyser et comprendre ce qui me faisait ressentir cela. ____________________________________________________ Cet aspect intemporel est dû dans un premier temps, à la photographie en noir et blanc, qui ne donne des indications que par ses valeurs de gris et ne permet pas de savoir quand elle a été prise. La prise de vue en noir et blanc traduit également un choix esthétique. De plus, dans le monde dans lequel nous vivons notre vision, d'une manière générale, est en couleur et non en noir et blanc, ce qui apporte à cette photographie un aspect fantastique et une beauté graphique. En effet, ce choix du noir et blanc qui a une capacité d'abstraction met en valeur le visage de l'acteur et le cygne et rattache les deux protagonistes à l'environnement. Personnages et environnement paraissent en harmonie, comme indissociables. Ces deux éléments : personnage et oiseau sont le point d'entrée dans l'image, ils attirent l'attention du spectateur. Le mouvement dans les cheveux du personnage, en l'occurrence Leonardo DiCaprio, renvoie au mouvement des herbes folles de l'arrière plan. Il se forme comme un « S » entre les herbes plus


foncées et la courbe décrite par le cou du cygne. L'image semble à la fois fgée : le jeune homme et le cygne sont immobiles, mais à la fois en mouvement par le vent dans les cheveux du personnage et l'arrière plan, ce qui apporte une douceur à l'image, un mouvement sinueux, courbe, aux rondeurs presque féminines, qui apporte douceur et romantisme à la photographie. Le cadre de l'image, horizontal donne ce sentiment de calme et de douceur, de stabilité. On peut-même évoquer la notion de silence due au calme et à la douceur que présente l'image. L'axe horizontal de l'image qui sépare l'image entre ciel et terre est très haut et la zone de matérialité de l'image est ainsi très importante, ce qui attire le regard sur les personnages et l'environnement. La position de l'appareil de prise de vue par rapport au sujet est également inductrice de sens. Cette prise de vue de niveau est ainsi ici synonyme d'objectivité. Le plan rapproché sur le personnage a une valeur narrative qui invite à essayer de saisir la symbolique de l'image et l'histoire du personnage et du cygne. Pour revenir à cet aspect intemporel que m'évoque cette photographie, on peut noter les habits du personnage et sa coiffure : un col roulé noir, austère , une coiffure qui n'est pas particulièrement moderne, ce qui n'apporte aucune indication sur le moment où a été prise la photographie. De plus, la lumière n'informe pas beaucoup plus sur cet instant : elle est peu contrastée et même si elle provient majoritairement de la droite, d'autres sources de lumière semblent être présentes. Il est donc diffcile de savoir à quel moment de la journée a été prise la photo. Le lieu de la prise de vue (en dehors des indications du titre de la photographie) est également diffcile à connaître. L'environnement de la photographie est essentiellement composé d'herbes sauvages, en partie foutées (du à la mise au point sur le jeune homme et le cygne au premier plan). Le fou adoucit l'arrière plan et aplatit les volumes pour mieux faire ressortir ceux des éléments au premier plan, il permet de mettre en valeur les détails subtils du personnage et du cygne en dissimulant ceux de l'arrière plan. On peut à peine distinguer un point d'eau derrière le personnage et aucun autre élément ne permet de reconnaître le lieu. La végétation n'est pas non plus signifcative d'un lieu donné, en dehors d'une nature où l'empreinte de l'homme n'est pas exercée, ce qui donne une impression de liberté, d'aspect primitif.

La mise au point, réalisée sur le personnage et le cygne, au premier plan permet de mettre en valeur ces protagonistes et de focaliser le regard du spectateur dessus. Le contraste entre le pull noir du personnage et le cygne blanc renforce leur impact graphique et visuel. En effet, ce contraste renforce l'aspect lumineux du plumage blanc immaculé de l'animal et le visage éclairé du personnage. Les mains de celui-ci sont également de cette façon mis en valeur. C'est comme si se détachaient deux parties dans l'image : le fond et le pull, et le visage du personnage, ses bras et le cygne. Le blanc du cygne, pur, accentue la douceur du mouvement de son cou, enlacé avec le jeune homme. Ce choix du noir et blanc met ainsi en valeur le visage de l'acteur et le cygne, et les rattachent à l'environnement. Cependant, même si le personnage et l'oiseau sont contrastés, l'image reste dans des valeurs de gris sans réel noir profond, ce qui accentue la douceur qui s'en dégage.


Pour ce qui est de la douceur, on la ressent dans la manière dont le jeune homme tient le cygne : il le tient serré contre lui, et semble le protéger avec ses bras. L'animal dont le cou est enroulé autour du sien apporte une sensualité évidente à la mise en scène . On peut presque sentir la chaleur de l'oiseau, c'est un coeur qui bat que le personnage tient serré contre lui, il y a quelque chose de charnel. L'oiseau devient presque un objet, comme un accessoire mis en scène par la photographe qui donne tout son sens à la photographie. Cependant, même si son attitude évoque une certaine douceur, elle évoque également une ambiguité : le cygne est comme inerte, immobile, et enfermé par les deux bras du jeune homme, il est incapable de voler, comme retenu. L'attitude des deux protagonistes évoque le ballet du Lac des cygnes, dont l'histoire évoque un jeune homme qui tombe amoureux d'une jeune flle transformée en cygne. Celle-ci est cygne le jour et ne se transforme en femme que la nuit. Malgré la douceur qui se dégage de cette scène, elle reste ambiguë : le cygne est-il vraiment vivant? Son cou semble détendu et sa tête repose sur les épaules du personnage. Il est lové, comme protégé par celui-ci et le regard du personnage (qui regarde droit devant lui) semble dévisager le spectateur, comme si il le voyait. Il semble regarder celui qui regarde la photographie, et nous fait partie intégrante de celle-ci. Il a un regard franc, mais presque accusateur, de la façon dont ses sourcils sont légèrement froncés. On peut rattacher cette idée qu'il protège le cygne au rôle de Leonardo DiCaprio dans la protection de l'environnement. Au niveau de la composition, le personnage est décentré : il est positionné dans la partie droite de l'image, ce qui peut renvoyer à l'avenir par rapport au sens de lecture occidental, mais cela peut aussi renvoyer symboliquement au combat que mène l'individu pour l'environnement. En effet, cet acteur, scénariste et producteur de cinéma américain est également connu pour son fort engagement en faveur de l'écologie : il a écrit et produit le documentaire « La 11e heure, le dernier virage » qui traite du réchauffement climatique, et il verse de nombreux dons en faveur de cette cause.

De plus, la personne qui a réalisé ce cliché : Annie Leibovitz (photographe américaine) est spécialisée dans les portraits de célébrités. Son style est caractérisé par la mise en valeur du glamour de ces modèles et leur ostensible esthétique, mettant toujours en avant un détail lié à la propre vie du personnage ou à son actualité publique. Dans cette photographie de Leonardo DiCaprio, j'ai donc cherché à savoir quel détail à sa vie elle avait voulu peut-être mettre en avant. En effet, cette photographie est totalement mise en scène, chaque élément a un rôle et un discours, ce qui donne cet aspect théâtral. J'ai cherché à trouver à quel élément de la vie de Leonardo DiCaprio pouvait renvoyer le cygne. Dans un premier temps, il faut savoir que cet acteur doit son nom au célèbre peintre Léonard de Vinci. Quand il était encore dans le ventre de sa mère et qu'elle était en train d'admirer une oeuvre de Léonard de Vinci, elle se mit à sentir plusieurs coups de pieds de son enfant. Je n'ai pas trouvé dans mes recherches de quel tableau il s'agissait, mais Léonard de Vinci a réalisé un tableau intitulé « Léda et le cygne » (1505), avec lequel on peut faire un rapprochement intéressant par rapport à cette photographie d'Annie Leibovitz.


En effet dans ce tableau, l'animal est également enlacé par les bras du personnage, en l'occurrence une femme nue. Le personnage et l'oiseau sont également décentrés à droite. On retrouve une végétation luxuriante et des herbes ondoyantes. De plus, Annie Leibovitz est connue pour les poses rappelant les canons de la période baroque, à laquelle correspond ce tableau, et également l'attitude des bras du personnage.

En dehors de ce tableau, le cygne est un élément majeur de cette photographie, il est l'élément qui questionne. Symbole de la grâce, de l'élégance, du courage, de de l'amour et de la fdélité, on peut le rattacher au rôle d'acteur de Leonardo DiCaprio, notamment dans le drame romantique Titanic de James Cameron, sortit en 1997, la même année que celle de la prise de vue de Annie Leibovitz. En effet il joue le rôle du héros romantique, qui protège jusqu'au dernier instant du naufrage l'héroïne du flm. Le cygne est également symbole de pureté, et est l'inséparable compagnon d'Apollon dans la mythologie grecque, dieu solaire de l'harmonie créatrice ce qui peut renvoyer directement au rôle d'acteur de DiCaprio et à la beauté du personnage. Le cygne est un symbole direct par rapport au rôle d'acteur : son chant désigne la dernière apparition, représentation d'un acteur, où à son oeuvre ultime , ce qui peut évoquer à nouveau le flm Titanic qui a permis de révéler l'acteur Leonardo DiCaprio et de lui permettre d'accéder à une notoriété publique. Le cygne est un symbole également du danger imminent et peut ainsi renvoyer directement au problème de l'environnement qui devient un problème crucial pour les générations à venir. Le personnage dans la photographie semble le protéger comme pour le préserver et renvoie à la protection et au problème de la conservation des espèces, également à ces oiseaux touchés par les pesticides (dont les cygnes, qui meurent principalement à cause de ce problème). L'aspect presque efféminé du personnage dans la photographie, de part son attitude protectrice, presque maternelle, comme une mère qui protège son enfant et l'enlace, apporte un côté androgyne, qui peut être également symbolisé par le cygne oiseau immaculé incarne tantôt la lumière solaire, celle du jour, tantôt la lumière lunaire et femelle, celle de la nuit. Il devient alors parfois androgyne en assumant la synthèse des deux. Ce côté androgyne, entre féminin et masculin, peut rappeler le rapport étroit qu'entretient l'acteur DiCaprio avec sa mère, qui le soutient dans la plupart de ses dons pour l'environnement et qui a toujours été un moteur dans sa carrière. Tejon Ranch est le lieu où a été prise la photographie. C'est aussi un lieu que NRDC - une association pour la protection et la conservation de l'environnement – préserve, grâce notamment à la participation fnancière de Mr DiCaprio. C'est un lieu où NRDC essaye de mettre en place une cohabitation homme/animal respectueuse de l'environnement et des besoins de chacun, ce qui correspond tout à fait à cette photographie.

Hélène LE GOFF - Analyse sémiologique  

Analyse sémiologique d'une photographie d'Annie Leibovitz

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