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abri d’Êdition pour auteurs francophones


© A.G.

EDITO


J’ai senti l’urgence de rendre compte du monde. De sortir des textes des plaies. Celles qui suintent depuis longtemps. Depuis le jour où nos doigts sales sont entrés sauvagement dans nos chairs ouvertes à l’infini. Je sais qu’il y a autour de moi des cerveaux brûlés par la fuite en avant de nos sociétés, des imaginations fertiles qui se battent contre le foutoir ambiant, des voix qui braillent, des idées schizophrènes enfouies au plus profond d’être aux idées fourmillantes. J’ai senti l’urgence de rendre compte d’une zone de danger avec la littérature comme frontière. Pas de divertissements ni de concessions. Mais emmener le lecteur dans un endroit sombre, chahuté, là où les ongles raclent les croûtes à peine sèches, déjà presque arrachées. J’ai senti l’urgence de mettre en danger le lecteur, de le propulser sur la corde raide d’une littérature essoufflée et purulente. En ces temps de climat malade, de richesses mal réparties, de conflits inépuisables, et d’obscurantisme, la révolte passe par les mots, par les écrits que les faiseurs d’histoires racontent, les points qu’ils assènent en s’écorchant l’âme et en élargissant la blessure. J’ai senti l’urgence de dévoiler une constellation. D’offrir diverses directions toutes reliées par des idées, des écrits et des cultures. Une passerelle branlante, brûlante, tailladée, lieu de rencontres, de débauches et de découvertes. Méticuleusement déchirer chaque squame putride et laisser s’ échapper le sang neuf de nos essences. J’ai senti l’urgence de donner une voix à la langue commune. Ne plus parler d’une capitale mais de majuscules francophones ici et là.

H.Z.


intermittence

Sunshine. Les nourrissons sont des animaux. Des bêtes. Les besoins primaires. La nervosité au soleil couchant. Sunshine. La gueule qui remue à l’approche d’une source. Les yeux fuyants. Mais un jour, le regard se fixe. Et tout commence. Toute la merde que j’ai vécue. Toute celle que tu vas vivre. Je ne serai sûrement plus là quand tout va exploser. Quand les Hommes avant toi ne t’auront laissé qu’un monde gris. Teinté de vert, par endroit. Mais ne t’y trompes pas, la verdure ne sera que celles d’anciens billets de banque que quelques rats d’égout serront fort dans leurs griffes. Griffes qu’aucune pince n’aura su cisailler. Pour le reste, ce n’est plus mon problème. Je pourrais te parler de comment j’ai vécu. Des parties de foot dans l’herbe et du rire de mon père. Tout ce que tu ne connaitras sûrement pas. Mais à quoi bon.


Ton avenir sera dégueulasse. Moche à en crever. Pire que tout ce que les pauvres gens comme moi ont pu imaginer. Il n’y a aucune certitude. Aucune carte. Aucun plan. Tu devras vivre avec le fardeau que nous avons construit. Et les milliards de gens exilés. La longue plainte de la terre ne cessera plus de t’accompagner. Le monde ne sera plus qu’un vaste cri. Les plaines se tordront de douleurs sous le soleil brûlant. Les montagnes suinteront de microbes aguerris, défonçant chaque parcelle de cellules saines. Tu as de la chance, tu arrives pour le final. Moi qui n’aurait connu que l’aube du chaos. Le bruit par intermittence. Un bourdonnement ici et là.


© A.G.


du fond des bois

« … n’était guère d’aplomb, beaucoup avaient cette fêlure. Lui, à certaines heures, la sentait bien, cette fêlure héréditaire ; non pas qu’il fut d’une santé mauvaise, car l’appréhension et la honte de ses crises l’avaient seul maigri autrefois ; mais c’étaient, dans son être, de subites pertes d’équilibre, comme des cassures, des trous par lesquels son moi lui échappait au milieu d’une sorte de grande fumée qui déformait tout... ».

Dans le petit écran, vêtue d’une robe noire décolletée, en partie assise sur un haut tabouret, une bimbo lisait d’un ton neutre, absent, donnant presque l’agaçante impression de ne rien entraver.

« ...Et il en venait à penser qu’il payait pour les autres, les pères les grands pères, qui avaient bu, les générations d’ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois. »


Ils avaient baisés sur ce massacre de Zola.

Puis elle lui avait parlé de ses grands parents, de ses ancêtres artistes ou professeurs d’université. Il l’avait écouté d’une oreille distraite, pensant aux siens, paysans ou ouvriers, alcooliques, violents, fous des villages. De pauvres gens en somme, pas méchants, mais méchamment pauvres. Une pauvreté crade et bruyante qui ne formule rien, qui baise mal, cogne fort et boit sec : qui n’est que négation. Des idiots de village dont les frasques sordides alimentaient en ragots les places du marché de Braga à Tulles. Des fous fabriquant avec soin d’autres fous. À chaque génération ses tentatives de suicide – ratées, là encore ils échouaient – pour ceux qui possédaient le minimum de jugeote nécessaire à entrevoir à quel point ils étaient foutus.


Du fond des ses bois, il l’avait entendue retracer l’épopée amoureuse de l’arrière grand oncle peintre et poète, épris d’une duchesse suisse. Sans la quitter des yeux, il avait passé en revue les tares de son sang à lui. La grande tante Rosa qui avait tâté de l’électrochoc, la mamie Paule des barbituriques. L’oncle Jean retrouvé mort nageant dans son vomi et sa merde ; les tantes qui vivaient ensemble afin d’augmenter le budget picole, les gamins claquant en bas âge, les utérus travaillés à l’aiguille à tricoter. Des arbres généalogiques en fontaine merdeuse, dégueulant ses dingues, dégringolant en cascade les uns sur les autres de génération en génération. Face à ce constat il lui avait bien fallu admettre que son père avait fait ce qu’il avait pu avec les moyens dont il disposait pour - à défaut d’inverser la tendance - au moins limiter l’hécatombe. Il avait accompli le premier pas, le plus difficile : il avait sonné la révolte. « La vie c’est pas facile tu sais... on a toujours été des gens sensibles... et puis nos addictions... ». C’est vrai quoi, il fallait bien en faire quelque chose de cette sensibilité, se la sortir, éviter qu’elle se mue en tumeur sous


un effet de trop plein. Titubant du travail à la bouteille, les aïeux, eux, n’avaient pas eu vraiment le choix. Il sentait maintenant le courant de l’aigreur des siècles lui passer entre les deux épaules tandis qu’elle continuait l’histoire de la duchesse.


jean – minuit 55 Nuit de novembre, chaque pas enfume la peau. Les arbres ont précipité les oiseaux vers le sud avec leurs os pauvres. Les plumes riches flottent leur légèreté flamboyante ailleurs. Ici, dans le trou des Laurentides, il n’existe pas de changements climatiques pour déboussoler. Le froid, bien organisé, suit le calendrier. Vergetures gelées au sol, air crispé, silence dérangeant, lune visqueuse. Le règne des bêtes-racines débute, les gigantesques arborant le panache des églises de la forêt boréale, piliers tranquilles. Puis, subsistent des restants. Les chétifs, ceux qui deviennent raides, nus sur du béton. Petit animal taché d’encre sur le bord de l’autoroute 167, Jean. Devant son véhicule, un petit homme piétine. Son cœur bat en alternance avec la sonnerie naïve de sa porte ouverte. Poumons surexploités, yeux exorbités, le système nerveux vit sa plus grande crise. Les paupières clignent pour revenir en arrière, zapper la scène et être ailleurs, le très ailleurs. Des minutes s’égrènent, torturent l’esprit. Au loin, un bruit fantomatique, une vague de moteurs coulants. Il calme son souffle et se résigne : impossible de faire le marathon


de sa vie et d’être ensuite acclamé par des enfants agréables et sains, une couronne de foin autour du cou, une bière dans la bouche. S’approchant de la camionnette, sa main touche une partie blessée. Le métal brûle. Spasmes corporels. L’abattu encaisse, gauchement stoïque. Ce vent de chair carbonisée remplit l’esprit, rassure. Caresses au compagnon, seule relation solide. - J’m’escuse. J’ai pas fait par exprès... Peut-être que oui, mais à moitié, comme d’habitude, tsé. Ostie que j’scrappe toute. Déchiffrant le braille émotif de la machine, des gouttes de sang apparaissent, se multiplient sur l’enveloppe rouillée. - Oh, non, non ! Dis-moi pas qu’j’ai tué quequ’chose en plus. L’examen des éclaboussures intensifie sa respiration. Les lampadaires discrets n’aident pas sa cataracte. Un souffle de pluie rouge déferle sur la surface cabossée, puis sur la peau. Son nez saigne. Rassuré, il regagne le pick-up. - On va soigner ça à maison.


entretien

T’aimerais entrer dans ma putain de tête hein. Dans mon cerveau. T’aimerais m’ouvrir le crâne. Y trouver des trucs croustillants de pervers. Des anomalies congénitales. Des trucs qui pêchent. Des défauts. Ou mieux. Des performances ? Des choses dégueulasses. Ça t’exciterait même. Faire comme dans les films. Les vieux médecins à la pointe de la technologie. Qui vous branchent des capteurs un peu partout. Des fêlés de la science. Les mystères de la matière grise. Un coin pour expliquer ce qui ne va pas. Un coin pour expliquer ma tendance raciste. Des coins pour expliquer mes perversions. L’excitation de la découverte de l’horreur. Eh bah vas-y cherche mon gars. Observe. J’ai tellement observé dans ma vie. Je sais reproduire n’importe lequel de tes souffles. Je sais comment me comporter. Je sais ce qu’on attend de moi. Je sais ce qui te fait peur. Je sais ta vie merdique. Je sais comment tu détestes les mimiques de ta femme. À quel point tu la hais quand elle boit son verre d’eau d’un trait. Comment tu exècres ses foutus déglutissements.


L’odeur des larmes sur sa peau grasse. Il n’y a qu’un pas pour que tu passes à l’acte. Qu’un pas pour que tu te libères. Que tu enlèves cette horreur de ta face. La différence entre toi et moi c’est que jamais je ne subirai ça. Parce que je me suis débarassé des carcans. Ceux qui t’obligent à endurer. L’être humain est fort pour endurer. Il s’y fait. Chaque jour. Un peu plus. Il accepte tout. Et je suis bien placé pour le savoir. C’est peut-être ça que tu vas trouver dans mon cerveau. Ma capacité à le mettre dans un endroit inconnu. À m’échapper. L’humanité est une défaite quotidienne. Je me sens libre de toutes ses obligations stupides. Je les domine. Oh oui je les domine. Personne ne peut m’atteindre. Je suis bien loin de toutes vos conneries. Je m’en contre-balance de vos lois et de vos jugements. Celle qui m’a donné l’air s’en contre-balance aussi. Ses entrailles dégénérées m’ont expulsé au grand jour. Ses mains pataudes et ensanglantées m’ont levé au ciel. Vos vies et vos systèmes ne l’atteignent pas. Elle est une horreur de la nature. Une erreur. Un ratage. En beauté. Alors allez-y doc. Cherchez.


réclame Présent dans un extérieur que la lumière tente de faire devenir cocon, un arrondi comme un nid que ton cœur couve. Je regarde ce panneau, matériel lumineux, sans abris, renouvelant sa plainte-spasme inaudible, cherchant à manifester son désespoir. Rythmé par un regain d’espérance dont la vanité se déclare au moment même où il brille. Sursauts renfrognés. Pointe une tristesse, un dégoût mais vite contrecarrés car je connais cette réalité. C’est intériorisé. J’oscille entre sursauts humains et mouvements des lèvres cyniques. Moi dans cet extérieur refuge, lui dans cette surexposition déshumanisée : sans le voile, l’artifice. La prise de conscience face au désœuvrement et l’impossibilité à se duper.


M’emmitouflant dans la chaleur de ce voile et l’exécrant et finalement … tous deux, machines absurdes, mécaniques trop sensibles. Face à cela, le bonheur, c’est l’abolition quotidienne, l’endormissement de la pensée: le leurre de la nuit pour moi celui du jour pour lui. La pause avant la reprise. Ce qui nous fait tenir c’est ce refus. L’élégance absurde de ce combat. Ce combat c’est faire bouger cet axe, penser pour trouver un espoir de sens... Quand réfléchir nous berne. La gestion de cette malhonnêteté qui consiste à se forcer à croire que le nouveau jour en fabrication modifiera notre vision. L’espérance d’un espoir. Une capacité rotative à lire le réel pour ne rien figer car l’immobilité de l’axe romprait l’espoir, comme clé d’un possible d’une ombre de bonheur humain.


tempête

Elle marche le dos voûté, pourtant elle a le vent dans’ face. Aujourd’hui, il lui en faudra plus pour se redresser. Un ouragan. Ou une bonne tape sur la gueule. Elle a les poches pleines de cailloux. Elle les traîne par superstition. Ou par protection. Si elle n’était pas si lâche, elle serait sorcière. Chacune de ces petites roches lui rappelle qu’elle a déjà connu autre chose que le béton sale de Montréal, la ramène à des moments précieux qu’elle se doit de ne pas oublier. Coin St-Laurent et Ste-Cath’, une bourrasque. Elle touche du bout des doigts le coin anguleux d’une pierre anthracite ramassée de justesse sur la rive du fleuve à Tadoussac. Ils avaient fait l’amour ce soir là. Ses reins contre le sol irréguliers et le soupir des baleines.


Aucune place en ce bas monde ne peut la satisfaire aujourd’hui. Coulée dans le bain, peut-être. Ensevelie sous des milliers de cailloux. La mort sous le poids des souvenirs. Mais la technicalité tuerait tout aspect poétique dans cette action qu’elle considère alors impossible à concrétiser. À moins d’avoir un complice terriblement tordu. À ce jour elle n’en connaît pas. Aujourd’hui elle doit prendre son respire par la main et rester coûte que coûte au-dessus de la mêlée avec sa propre noirceur. Pour sa propre survie, ne plus écouter cette voix qui la dit foutue dans un monde mal foutu. Cette voix qui sonne comme une matante pas fine. Elle fausse quand elle parle et l’accent est toujours mis sur les pires mots. Elle va relire tranquillement les meilleurs passages de ces livres psychopops qu’on achète tous en secret. Ça dit des mots doux, et ça fait croire qu’on peut s’aimer. Ça asphyxie toute tentative de sortir la hargne qui empoigne la nuque et qui enfonce ses doutes dans la peau, du matin au soir. Ça coule dans la gorge comme un bon vin et ça endort. Au beau milieu d’une tempête.


l’éveil

La lueur vacillante des bougies le guide dans le sous-sol obscur. Dès les premiers pas, il sent l’engourdissement de tout son corps qui se meut lentement à travers la brume des vapeurs orientales. On lui désigne un angle reculé où prendre place. Il s’étend sur une natte à même le sol, la tête surélevée par un coussin. Il saisit mollement le tuyau en bois de cerisier rouge qu’on lui tend. Une main experte dépose la pâte sombre dans la douille à tête de dragon. Il aspire l’unique bouffée : dense, âcre, qui lui brûle la gorge tandis que la substance flambe et crépite dans la gueule du monstre, ramené à la vie par ce seul souffle. L’étourdissement s’ensuit d’un état de nervosité accrue. Son rêve éveillé l’entraîne au-dehors. Il jaillit dans la ruelle et les ténèbres nocturnes, porté par son compagnon de brume qui serpente dans le dédale des rues étranglées. Non loin de-là, dans une étreinte brutale et


fiévreuse, une femme s’abandonne pour quelques pièces. Ici, un cercle de décadents boit à la gloire de Bacchus, enflammés par les vapeurs d’absinthe. Là, un homme, les mains encore chaudes du sang de sa victime, conserve comme un trésor les ultimes lueurs de vie entraperçues dans le regard suppliant. Cette débauche de vice et de violence lui procure une ivresse infinie, un tourbillon qui l’emplit, le nourrit et s’empare de tout son être. La peur l’étreint, il sait comment ce rêve se termine, mais il ne peut s’y soustraire, seulement trembler… Trembler devant l’image qui l’attend là-bas, au fond d’un jardin, cet être affamé de décadence, à l’appétit sans bornes, celui qui s’affiche dans sa nudité crue, la peau grise, minérale, les pieds baignés de sang. Cette goule porte le même visage que le sien, elle se plisse dans un rictus dément quand il s’approche, lui tend les bras, sa fleur du mal. Le jour vient. Assommé par cette vision, il se lève difficilement. Le propriétaire le salue, ils se reverront à la nuit tombée. - Bonne journée M. Charles !


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Si tu sens que tu dois prendre la route, si tu sens que tu dois dépasser ta zone, si tu sens que ton personnage veut s’échapper, si tu sens son poing dans ta face, si tu veux chahuter des lecteurs, si t’as des choses à dire, des histoires à raconter, si t’as besoin d’un abri, envoie tes écrits :

hazardzone.editions@gmail.com


textes courts sous toutes leurs formes fictions sous toutes leurs formes

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criés, expulsés, aboyés, soufflés, incisifs, noirs

silencieux


jean – 3 heures moins 11 Ses gencives brûlent. La rugosité de la terre a creusé des petits ruisseaux à l’intérieur de sa bouche. Irritée, déshydratée, la gorge semble incapable de nettoyer les dernières poussières. Les pustules naissantes provoquent des démangeaisons. Nuit étouffante. Profonde. Enveloppe vide détrempée, Jean n’existe plus. La prière, un luxe, sert ceux possédés d’une âme. Inutile ici. Son cerveau subit des douleurs étranges, milles cellules éclatent. Piqûres aiguës exploitant la frontière entre souffrance et plaisir. Une vibration cachée dans le bois l’appelle et l’inquiète. Affamé, son corps flotte vers le bruit. Le noir total le mange. Ses bras cognent les arbres, l’écorce grafigne ses joues, des matières visqueuses s’agglutinent aux mains. Les mouvements s’adaptent, ralentissent. Petit animal sur le qui­-vive. Le temps, espace profond, devient une abstraction continuellement plus absolue. L’oscillation le remplit. Complètement. La quête de fusion stimule la poursuite. Instinct de survie inexplicable.


Le ciel se dégage d’arbres et de nuages. Les yeux retrouvent leur faculté. Ses pieds congelés, liquides, marchent dans une rivière depuis trente minutes. Surpris de la découverte, Jean observe l’eau l’enraciner. Phénomène paranormal. Les ondes, moins fortes, semblent dormir sous les galets. Sourire aux lèvres, sa tête s’approche, apprivoisant délicatement la surface. Soudain, une image lui éclate au visage. Il crie. Sa chair se décompose, déchirée d’effroi. Des mains enserrent ses parties génitales. Le reflet s’impose et l’aveugle. Sortir de la source. Impossible. L’hypothermie naissante le paralyse. L’incessante bataille psychologique gagne une brèche. Les jambes, indépendantes, sortent de l’eau. Courent. Performance d’une vie. Marathon d’obstacles remarquable, accompagné de sons gutturaux. Spectacle de résilience à la douleur. La forêt le lynche. Sauve-­qui-­peut de l’étrange bruit. Quelque chose suit. Une ombre le taraude. Impression saisissante d’avalement. Ses oreilles entendent le ronronnement de moteurs. L’espoir titille.


Arrivé au bord de la route, Jean panique. Une barrière immense entrave sa fuite. Clôture électrique pour orignaux. Une voiture semble approcher. L’unique chance. Trempé, le chétif enjambe délicatement l’obstacle. Les convulsions de fatigue nuisent à la mission. Le son du salut croisse aux oreilles. Fou alarmé, le misérable se vide l’esprit, et saute de l’autre côté. Les fils métalliques accrochent son écharpe humide. Électrochocs. Éclairs terribles. Vibrations agressives. Des flashs écument sa vue, sa vie, sa compréhension du monde.


Après la lutte de libération du vêtement, l’organisme s’éteint. 3h20. Une matière visqueuse caresse ses mains stigmatisées. Le rythme et l’intention rassurent, malgré la douleur. L’effet de chaleur, contrastant, bouleverse. Le visage aimerait être flatté de la sorte. Ouvrant ses paupières, l’homme découvre un orignal. Attiré par l’odeur saline, l’animal liche le membre dépassant du territoire. Jean accueille l’affection.


«tout peut crier» P.P.


crédits Logo Hazard Zone : Hartdesign Couvertures : Camille Gagnant Illustrations : Antonin Gagnant et Léo Nézot Auteurs : Camille Gagnant, Joyce Lelay, Geneviève Michaud, Nicolas Montzamir, Vincent Nouveau, Myriam Rivière, et Édouard Velin Texte quatrième : Édouard Velin Impression : comme on peut tavu Contact : hazardzone.editions@gmail.com https://www.facebook.com/pages/HazardZone/835224186537846 Adhésion et soutien : https://www.helloasso.com/associations/ hazard-zone/adhesions/cotisation-annuelle


Darling, par la grandeur de ton intelligence je pense que tu as déjà compris où je voulais en venir. N’oublie pas que seules les grandes personnes peuvent faire changer les esprits et donner un peu d’espoir. Alors achète du Nutella la prochaine fois, salope ! Kiss


il est parfois dommage de mettre autant d’entrain a créer des objets qui peuvent bien sûr rendre service mais aussi tâcher. Parfois quand j’en utilise un pour abattre un enfant j’ai souvent du mal a r ecuperer mes ch e mises. Il serait m al venu de les mettre au pressing alors je préfère m’en débarra sser avec les bouts de choux. C’estmieux.

Fanzine Hazard Zone #0  

L'artisanal bousculant sans le côté fan. Prendre notre ordi, appeler des auteurs et des mecs ou des filles qui dessinent, mixer le tout et p...

Fanzine Hazard Zone #0  

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