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vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO - N° 22 528 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement

Première édition

lefigaro.fr « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais

ASSURANCE-VIE

DÉBAT

LE PLACEMENT PRÉFÉRÉ DES FRANÇAIS RAPPORTE DE MOINS EN MOINS PAGE 20

JEAN-CLAUDE MICHÉA - LAETITIA STRAUCH-BONART : PEUT-ON ÊTRE LIBÉRAL ET CONSERVATEUR ? PAGE 16

Migrants, Brexit, élections : l’Europe sous tension en 2017

DROITE

Les fillonistes répliquent aux sarkozystes PAGE 4

CHINE

Pékin voit rouge face à l’équipe Trump PAGE 8

Malte a pris la barre du Conseil de l’Union européenne jusqu’à l’été pour une présidence qui s’annonce mouvementée.

PROCÈS

Menaces et radicalisme à la nursery de la prison PAGE 9

C’est à Malte, minuscule archipel posé plus près de l’Afrique que du Vieux Continent et plus petit État membre de l’UE, que revient la délicate mission d’épauler l’UE dans sa neuvième année d’une dé-

IMMIGRATION Le « délit de solidarité » en débat PAGE 10

prime tous azimuts. Les défis sont nombreux : l’investiture de Donald Trump, le 20 janvier, l’engagement du divorce britannique en mars, l’encombrant voisinage de Vladimir Poutine, des scrutins

cruciaux en France et en Allemagne, et un troisième déferlement de migrants qui se profile avec la fin de l’hiver. Les élections néerlandaises, françaises, allemandes fourniront aux Européens l’occasion

d’exprimer leur mécontentement face à la paralysie de l’UE et à la disparition des frontières. Au centre de la crise européenne se trouve la faiblesse du tandem franco-allemand,

è EN ATTENDANT LE RETOUR DE L’AXE PARIS-BERLIN è LONDRES SE CHERCHE UN NOUVEAU RÔLE SUR LE CONTINENT ET DANS LE MONDE APRÈS LE BREXIT

ESPACE

VOILE

Beyou : « Le Vendée Globe, un challenge personnel dingue » PAGE 13

CHAMPS LIBRES Les éoliennes offshore cherchent des vents porteurs Le bloc-notes d’Ivan Rioufol L’analyse de Philippe Gélie n

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PAGES 15 ET 17

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FIGARO OUI FIGARO NON

Réponses à la question de jeudi : Faut-il rendre le vaccin contre la grippe obligatoire ?

OUI 30 %

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TOTAL DE VOTANTS : 32 156

Votez aujourd’hui sur lefigaro.fr Êtes-vous favorable à l’instauration d’un revenu universel versé par l’État ? FOTOLIA - FABIEN CLAIREFOND

Primaire de la gauche : un débat sans idée neuve pour un parti à bout de souffle Un mois et demi après la primaire de la droite, les sept prétendants ont tenu hier soir leur premier débat, principalement consacré aux questions économiques. Deux autres débats auront lieu d’ici au premier tour, le 22 janvier. Le second tour, le 29, permettra de connaître le nom de celui qui affrontera François Fillon à la présidentielle. PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL

Le Vatican publie ce vendredi un premier document très attendu, préalable au prochain synode sur les vocations sacerdotales dans l’Église catholique qui aura lieu en octobre 2018. Il s’agit d’un questionnaire qui lance une enquête mondiale de terrain d’où pourrait surgir la requête d’ordonner au sacerdoce des hommes mariés. PAGE 11

ÉDITORIAL par Paul-Henri du Limbert phdulimbert@lefigaro.fr

Socialistes en état d’apesanteur

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ntendre des socialistes parler d’économie est toujours un moment réjouissant, et on en a encore eu confirmation hier soir. Comme Thomas Pesquet, qui ces temps-ci, à quelque 350 kilomètres au-dessus de nos têtes, effectue ses révolutions en découvrant les joies de l’apesanteur, eux aussi s’affranchissent des règles élémentaires qui n’échappent à personne, et pas même aux enfants. Pour redresser un pays qui compte 2 100 milliards de dettes, soit 98,4 % du PIB, qui emprunte pour payer ses emprunts et assurer les fins de mois de ses fonctionnaires, les candidats de la Belle Alliance populaire ont une solution : dépenser plus ! Peu importe la réalité, les 44 milliards dépensés chaque année pour rembourser les seuls intérêts de la dette, le salut viendra par la fameuse « relance keynésienne ». Laquelle s’ajoutera aux précédentes, qui n’ont guère souvent donné grand-chose, sinon des impôts en plus et, entre autres conséquences, une croissance souffreteuse. Le respect dû à la vérité oblige à dire que, dans ce grand concours de démagogie, certains brillent plus que d’autres. On pense évidemment à Benoît Hamon et à son revenu universel, qui coûterait la coquette somme de

300 milliards par an. Au diable les avaricieux ! Arnaud Montebourg la jouerait presque économe avec son plan de relance à 25 milliards… Manuel Valls, quant à lui, se pose en parangon de vertu budgétaire en concédant qu’on peut certes aller taquiner les 3 % de déficit mais qu’il serait irresponsable de viser l’équilibre, comme le ferait le premier ménage endetté venu ! De qui se moque-t-on ? Si, en se livrant à cette absurde surenchère, les prétendants PS entendent faire oublier les errements des années Hollande, le succès n’est pas assuré. Les Français savent ce qu’il en est des vagabondages économiques des socialistes. Ils se traduisent, à chaque fois, par davantage d’impôts, de chômage, de précarité, et conduisent à la situation à laquelle nous assistons aujourd’hui : un pays qui s’enfonce et perd du terrain. Thomas Pesquet reviendra parmi nous à la mi-mai, aux alentours de la présidentielle. Soit au moment où les socialistes, après avoir tenté de se libérer des contraintes cinq années durant, ont rendez-vous avec la réalité. Pour eux, le retour sur terre s’annonce brutal. ■

Vagabondages économiques

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EDF en état d’alerte avant la vague de froid PAGE 23

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FISCALITÉ

ÉNERGIE

PAGES 6 ET 7

Le pape François va-t-il lancer le débat sur l’ordination des hommes mariés ?

Pesquet prêt pour sa grande sortie en dehors de l’ISS PAGE 12

Pour rester compétitive, la France doit baisser le taux d’IS à 25 % PAGE 21

qui risque de s’accentuer alors que s’ouvre un cycle électoral des deux côtés du Rhin. Les divergences de vues sur l’avenir de l’Union et l’effacement du partenaire français ont grippé le moteur de l’Europe.


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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L'ÉVÉNEMENT

Jeudi soir sur TF1 et RTL, les candidats à la primaire de la gauche ont affiché divergences et points d’accord.

Après le débat, la tension monte d’un cran chez les socialistes

FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD ET SOPHIE DE RAVINEL £@fxbourmaud £@S2RVNL

LEURS YEUX sont maintenant rivés sur les audiences. Au lendemain du premier débat de la primaire du PS et de leurs alliés, les candidats ont étudié avec attention les chiffres tombés en début de matinée. Au-delà de la réussite ou non de la prestation de chacun, savoir si les Français, et surtout les électeurs potentiels, leur accorderaient un peu d’attention. Désormais, les socialistes savent à quoi s’en tenir. Ils peuvent envisager l’avenir en comparant avec les scores des Républicains. En octobre dernier, la droite avait fixé la barre très haut, réunissant quelque 5,6 millions de téléspectateurs sur TF1, soit 26,3 % du public. Un succès qui avait trouvé sa traduction fin novembre lorsque, au final, 4,4 millions de personnes s’étaient déplacées pour aller voter au second tour, un record bien supérieur à celui qu’avait établi le PS lors de sa première primaire en 2011 avec 3 millions de votants.

Benoît Hamon fait des salles car il a le réseau des jeunes du MJS avec lui, celui de l’Unef aussi

CHRISTOPHE PIERREL, SOUTIEN DE PEILLON

La direction du parti a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne pensait pas battre la droite, ni même égaler son score de 2011. À la tête du comité national d’organisation de la primaire, le député Christophe Borgel table sur une participation avoisinant les 2 millions de personnes, « malgré les avis critiques des commentateurs ». Il reste encore dix jours aux candidats pour mobiliser les sympathisants de gauche. Or l’enjeu de la participation est crucial pour le PS. Coincés entre La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et les « marcheurs » d’Emmanuel Macron - qui remplissent tous deux les salles par milliers -, les socialistes comptent sur une forte mobilisation pour donner de la dynamique au vainqueur. Assez pour lui permettre de dépasser ses ri-

vaux de gauche dans les sondages, et inverser le rapport de forces. Au lendemain du premier débat, et en attendant le deuxième, programmé dimanche en fin d’après-midi, les candidats sont repartis en campagne sur le terrain, alternant visites et meetings, en ne se lâchant pas d’une semelle. Vendredi, Manuel Valls et Vincent Peillon se déplacent à Dijon chez François Rebsamen, un proche de François Hollande. Les deux candidats, qui revendiquent l’héritage du président de la République, interviendront - mais pas ensemble - dans le cadre d’un débat sur l’économie sociale et solidaire organisé par Louis Gallois. Dans la foulée, l’ancien premier ministre enchaînera samedi avec un déplacement à Hautefeuille (Haute-Garonne) pour une réunion publique. En dépit du faible nombre de sympathisants qui se déplacent pour l’écouter depuis le début de la campagne, Manuel Valls a décidé de continuer à labourer le terrain. Pas de meeting prévu en revanche pour Vincent Peillon. « Benoît Hamon fait des salles car il a le réseau des jeunes du MJS avec lui, celui de l’Unef aussi, des réseaux organisés qui savent faire, ex-

plique Christophe Pierrel, proche de l’eurodéputé. Il met de l’argent dans sa campagne pour ces meetings. C’est un choix. Nous, on a préféré éditer un million de tracts car on sait, on l’a vérifié avec Nicolas Sarkozy, que remplir les salles ne dit rien du résultat final… » Pendant ce temps, sur l’aile gauche, Benoît Hamon arpentera les rues de Marseille et Arnaud Montebourg sera en « stand up » à Bordeaux. Une formule de meeting « au cul du camion » qu’il avait déjà testée lors de la campagne de 2011 : un micro, quelques pancartes et les passants en guise de public. Voilà ce qui est prévu pour tenter d’occuper le terrain en attendant le prochain débat, trois jours seulement après le premier. Là où les Républicains disposaient de plus d’une semaine entre deux prestations. Un calendrier extrêmement resserré qui ne laisse pas de place à la moindre erreur. Résultat, une grande partie de la campagne se joue dans les débats. Ce dont les candidats se doutaient avant d’entrer sur le plateau jeudi soir. Mais dont ils ont pris pleinement la mesure vendredi matin en découvrant les commentaires sur leur prestation. ■

Le scrutin s’annonce moins ren ARTHUR BERDAH £@arthurberdah

QU’IL SEMBLE loin, le temps où la primaire socialiste de 2011 visait à désigner le futur président de la République. À l’époque, Solferino avait misé gros sur un scrutin innovant, et dont la réussite avait été unanimement saluée. Six ans plus tard, après un quinquennat chaotique conclu par le renoncement du chef de l’État, c’est la droite qui s’est emparée de cette dynamique. À tel point que cette fois, l’enjeu pour le PS n’est plus tant de choisir celui ou celle qui pourrait l’emporter, mais bien un candidat en mesure de sauver les meubles. Les moyens matériels mobilisés par le parti dans l’organisation de sa compétition s’en ressentent : 7 530 bureaux de vote seront déployés sur « l’ensemble du territoire en métropole et dans les départements d’Outremer », loin des 8 000 bureaux initialement annoncés par le premier

Des revenus universels à géométrie variable

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MATHILDE GOLLA £@mathgolla

« REVENU DE BASE », « revenu universel », « revenu décent ». Au-delà des différences de terminologie, il y a de réelles divergences entre les candidats de la primaire de la gauche sur cette mesure éminemment symbolique. Si la mise en place d’un revenu de subsistance distribué à tous et sans condition de ressource passait pour une utopie il y a encore quelques années, Benoît Hamon en a fait la mesure phare de son programme. Le député des Yvelines justifie sa mise en place par « la raréfaction du travail liée à la révolution numérique ». Il défend un revenu universel de 600 euros, porté progressivement à 750 euros par mois. Pour financer la mesure, évaluée selon ses dires à 300 milliards, il envisage une fusion de l’ISF avec les impôts fonciers et une taxation des robots. Dans un premier temps, il augmentera le RSA à 600 euros en 2018 (contre 535 euros actuellement) et rendra son versement automatique cette annéelà. Les 18-25 ans seront ensuite concernés. Dans un deuxième temps, celui qui fut ministre de l’Éducation envisage de rendre ce revenu universel, c’est-à-dire applicable à tous. Un brin lucide, Hamon admet qu’un mandat présidentiel ne permettrait sans doute pas de le mettre intégralement en place. L’idée d’un revenu universel est également défendue par Jean-Luc Bennahmias. Le candidat du Front démocrate veut mettre en place sur « une ou deux mandatures »

un revenu inconditionnel et universel qui serait de l’ordre de 800 euros par mois. Rien de moins. Manuel Valls est moins dispendieux. Plutôt qu’un revenu universel versé à tous sans condition de ressources - « de l’ouvrier jusqu’à Liliane Bettencourt » -, l’ex-premier ministre promet un « revenu décent » d’environ 800 euros par mois versé aux plus modestes. Selon Valls, le financement et la mise en œuvre d’une telle mesure reviendrait à la branche famille de la Sécurité sociale. D’un coût évalué à 8 milliards d’euros, ce revenu décent serait issu de la fusion des minima sociaux existants, avec des démarches simplifiées pour en bénéficier. « Opposé à une société de l’assistanat et du farniente », il fustige la proposition de son adversaire Benoît Hamon. Arnaud Montebourg, lui, ne veut pas entendre parler de revenu universel. L’ex-ministre du Redressement productif y voit « une solution pour après-demain, car elle est infaisable ». « Si vous décidez de verser un revenu universel pour tout le monde, de 700 et quelques euros, ça coûte l’équivalent de la totalité du budget de l’État », a-t-il argumenté. En outre, le chantre du « made in France » estime que le revenu d’existence n’est pas, à ses yeux, « un modèle de société ». Un point de vue que partage Vincent Peillon, qui se dit « philosophiquement opposé » au dispositif. « Je veux une solidarité qui inclut, pas qui exclut. “Je te donne de l’argent, tu restes chez toi et je me sens quitte”, c’est ça le revenu minimum d’existence », objecte l’ex-ministre de l’Éducation. ■

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secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis, mais aussi des 9 200 lieux de vote ouverts en 2011. Christophe Borgel, président du comité national d’organisation de la primaire, l’assure pourtant : « Il n’y a pas de désert de bureaux de vote. » Si la voilure a été réduite, cela n’a pas empêché le PS de rencontrer quelques difficultés. Jeudi, dix jours avant le premier tour, les bureaux de plusieurs grandes villes comme Marseille n’étaient effectivement toujours pas référencés par le moteur de recherche mis en ligne sur le site de la Belle Alliance populaire. Un retard à l’allumage qui rend la comparaison avec les Républicains encore plus difficile : la droite s’était dotée de 10 228 bureaux, référencés sur un site fonctionnel plusieurs semaines avant le scrutin. Côté finances, l’écart est, là encore, frappant : si le PS a déboursé le même montant qu’en 2011 (entre 3,5 et 4 millions d’euros), il arrive loin derrière la droite, qui s’est offert une pri-

CONTRE - P PAR GUILLAUME

Le missile d’Anne

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e moment autant que les mots ont été délibérément choisis. Pour faire mal. Et pour peser sur la recomposition de la gauche qui résultera d’une défaite à l’élection présidentielle. Le missile lancé dans Le Monde par Anne Hidalgo vise à torpiller la primaire. Et à se mettre en position de jouer les premiers rôles pour l’après-présidentielle. Les mots de la maire de Paris sont en effet terribles. Parce qu’elle dénonce « l’immense gâchis du quinquennat qui se termine ». Et plus encore parce qu’elle désigne nommément trois coupables : François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron. C’est-à-dire, le président de la République en personne, le favori de la primaire, en dépit des difficultés et des incohérences de sa campagne, et le favori du camp « progressiste ». Aux deux derniers, elle ne veut laisser aucune chance. Le moment choisi souligne cette intention destructrice. C’est en effet une règle en politique. Pour minorer, banaliser, polluer un événement annoncé, rien de tel que provoquer un contre-événement. C’est pour cela par exemple que François Fillon a décidé d’organiser un meeting important le jour même du second tour de la primaire socialiste, le 29 janvier. En jetant un pavé dans la mare quelques heures avant le premier débat télévisé,

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LE FIGARO

L'ÉVÉNEMENT

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Gilles Bouleau, Élizabeth Martichoux, Matthieu Croissandeau sur le plateau de TF1 pendant les répétitions avant le premier débat de la primaire de la gauche. CHRISTOPHE CHEVALIN

MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd

« ON AIMERAIT organiser un grand meeting à Paris, mais on ne peut pas se payer le Zénith, on n’a pas assez d’argent ! » Cette remarque - un brin présomptueuse - de Benoît Hamon illustre l’une des caractéristiques de cette campagne. En plus d’un calendrier très resserré, les candidats sont au régime sec. Faute de moyens, aucun ne convoque de grand meeting. Ou peut-être est-ce pour ne pas souffrir de la comparaison avec les démonstrations de force de François Fillon à la primaire de la droite. Ou avec la réunion d’Emmanuel Macron à la Porte de Versailles qui avait rassemblé plus de 10 000 personnes… « On a préféré faire une vingtaine de petits meetings plutôt que montrer les muscles dans une énorme salle à Paris », assure Michel Piloquet, trésorier de la campagne d’Arnaud Montebourg. Le défenseur du « made in France » dispose d’un budget de 450 000 euros pour sa campagne quand son concurrent de l’aile gauche Benoît Hamon revendique environ 170 000 euros. « Les dons rentrent, on a reçu 5 000 euros lundi et 3 000 mardi ! », se rassure malgré tout Mathieu Hanotin, le directeur de campagne du député des Yvelines. Pendant les déplacements du candidat, les équipes se partagent quelques maigres plateaux de charcuterie en guise de dîner…

table que celui de la droite maire à 8 millions d’euros. Des données d’autant plus intéressantes à analyser lorsqu’elles sont mises en balance avec les recettes engendrées. En effet, plus de 8 millions d’électeurs se sont mobilisés les 20 et 27 novembre dernier, et à raison de deux euros par tour. LR a ainsi pu engranger plus de 16 millions d’euros. Soit le remboursement assuré des frais engagés, d’une part, mais aussi - et surtout - plus de 8 millions d’euros directement reversés aux comptes de campagne du vainqueur, François Fillon.

L’inconnue de la participation

Un trésor de guerre sur lequel le Parti socialiste est loin de pouvoir compter. Selon les prédictions les plus optimistes, le corps électoral attendu ne devrait, au mieux, pas excéder les trois à quatre millions de votants sur l’ensemble des deux tours : avec une participation financière fixée à un euro par électeur, le PS s’oriente donc vers une

compensation des dépenses engagées. Ou, dans le meilleur des cas, vers un très faible « bénéfice » avoisinant le million d’euros. Cette hypothèse ravirait les ténors du parti, qui admettent cependant en privé craindre de voir cette primaire faire un flop de participation. Outre l’enjeu de légitimité qui se joue pour les socialistes, c’est surtout le montant que devra allouer le Parti socialiste au candidat désigné qui donne des sueurs froides à sa direction. Engagé à lui fournir 8 millions d’euros pour le premier tour, puis 4 millions d’euros supplémentaires en cas de qualification au second, le parti redoute que le scrutin ne désigne un candidat trop faible, qui n’atteindrait pas le fameux seuil des 5 % au premier tour de la présidentielle. Or, au-dessous de cette barre fatidique, l’État ne rembourse plus les frais de campagne. Un scénario catastrophe dont il serait compliqué, voire impossible, de se relever pour le PS. ■

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Le casse-tête d’une campagne « low-cost »

Un sujet tabou Vincent Peillon, dernier candidat déclaré, n’a lui prévu qu’une seule réunion publique, la semaine prochaine, à Paris. L’eurodéputé a contracté un bail d’une durée d’un mois pour son QG de campagne, 120 m2, situé dans le XIVe arrondissement de Paris. L’ancien ministre de l’Éducation nationale n’entend pas dépenser plus de 50 000 euros, soit l’exact montant remboursé par le Parti socialiste. « Cela ne sert à rien de jouer les gros bras, l’issue du scrutin ne dépend pas des moyens qu’on consacre à la campagne », balaie le porte-parole Christophe Pierrel. Et d’insister : « On n’a pas besoin de

plus quand on a des idées. » À voir. Manuel Valls, qui défendait la baisse des déficits publics lorsqu’il était premier ministre, est astreint à la même rigueur budgétaire. Lancé en campagne après le renoncement surprise de François Hollande, le candidat a dû s’affranchir du jour au lendemain des fastes liés à Matignon. Pour son premier déplacement de campagne, l’image d’un Valls, seul sur le quai de la gare de Montbéliard, tirant sa valise, était presque surréaliste. « Être ancien ministre, c’est s’asseoir à l’arrière d’une voiture et s’apercevoir qu’elle ne démarre pas », ironisait l’ex-élu UMP François Goulard, en 2012. L’ancien chef du gouvernement ne saurait mieux dire. Lui qui n’a plus droit à l’avion présidentiel qu’il empruntait parfois. Lui qui voyage désormais en train, relégué en seconde classe. Lui enfin qui affiche un budget somme toute assez modeste 500 000 euros au maximum - au regard de son parcours et des espoirs qu’il suscitait. Avec son microparti « À gauche, besoin d’optimisme », lancé pour la primaire de 2011, il tente de recueillir des dons… Mais son équipe refuse de donner les sommes réunies jusqu’ici. L’argent semble être un sujet tabou parmi les vallsistes, qui ont revu leurs ambitions à la baisse et ironisent sur une campagne « small-malion », en référence à l’affaire Bygmalion. « Oubliez les “quatre grands” meetings annoncés. On s’est aperçu que ça coûtait la peau du cul, donc on a laissé tomber », confie un proche. Les affaires vont mal. Plusieurs collaborateurs de Valls, qui ont quitté Matignon et continuent de le suivre dans la campagne, ne sont même plus rémunérés. Ces questions d’ordre financier sont encore plus difficiles pour les « petits » candidats. François de Rugy, Sylvia Pinel et Jean-Luc Bennahmias ne sont pas membres du Parti socialiste. Ils ne disposent donc pas de l’enveloppe de 50 000 euros. L’écologiste Rugy compte ne dépenser que 30 000 euros, avec un seul et unique meeting dans sa circonscription, à Nantes, la semaine prochaine. Quant à Pinel, elle table sur 80 000 euros de dépenses financés entièrement par le PRG. ■

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MICHEL PILOQUET TRÉSORIER D’ARNAUD MONTEBOURG

On mène une campagne anti-Bygmalion» Quelles difficultés rencontrezvous dans cette campagne ?

C’est une campagne anti-Bygmalion. Avec peu de moyens, il faut être économe. Par exemple, j’utilise les méthodes du privé pour mettre tous les prestataires en concurrence en négociant ardemment les prix. Dans l’équipe d’Arnaud Montebourg, il n’y a aucun salarié, aucun frais de restauration n’est remboursé, nous n’avons commandé aucune enquête ou sondage. S’il y a des déficits, le candidat les prendra en charge sur ses deniers personnels. Il a d’ailleurs lui-même fait un don de 7 500 euros, le maximum légal. Le plus gros poste de dépenses, ce sont les réunions publiques.

Avez-vous identifié des différences de moyens entre les candidats ?

Je ne suis pas persuadé qu’il y a une équité parfaite. Nous avons dû annuler trois meetings en province pour pouvoir organiser celui de Paris, le 18 janvier. Vincent Peillon, très entouré d’élus parisiens, a-t-il payé la Gaîté Lyrique quand il y a convoqué ses soutiens, en décembre ? Manuel Valls a beaucoup de moyens grâce à ses réseaux. Il y a une asymétrie entre ceux qui considèrent la primaire comme un sprint et ceux qui la voient comme un marathon.

Le PS versera 50 000 euros aux candidats. Est-ce suffisant ?

Non ! La campagne de Hollande pour la primaire de 2011 a coûté plus de 650 000 euros. Je ne suis pas sûr que le PS n’ait donné que 50 000 euros… En décembre, Cambadélis a dépensé 1 million d’euros pour un meeting inutile. Il nous faudra une nouvelle dotation pour le second tour. Puis pour la présidentielle, si Montebourg est le vainqueur. PROPOS RECUEILLIS PAR M. S.

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SOLDES d’hiver

TABARD £@gtabard

Hidalgo pour torpiller la primaire Anne Hidalgo sait pertinemment qu’elle va interférer dans la compétition. Passons sur le paradoxe : la maire de Paris sanctionne de manière globale le candidat Hollande, alors que le candidat qu’elle soutient, Vincent Peillon, est le seul - bien plus clairement que Manuel Valls - à assumer et à revendiquer le bilan du chef de l’État sortant. Mais l’essentiel de son propos n’est pas là. Par sa charge violente contre l’ancien premier ministre, porteur d’une « vision autoritaire », et qui « ni dans sa pensée ni dans sa pratique » n’incarne la gauche dans laquelle elle se reconnaît, Hidalgo prévient quasi explicitement qu’elle ne le soutiendra pas s’il devait emporter la primaire. D’ailleurs, interrogée sur son attitude face au futur gagnant, quel qu’il soit, elle le dit : « Je ne me sens redevable de personne, je n’ai jamais été dans des écuries et j’ai ma liberté. » Or ne pas être lié par le résultat de la primaire, c’est en nier le principe même. C’est donner par avance un blanc-seing à tous ceux qui ne rallieront pas celui que les électeurs de gauche choisiront. En clair, encourager une fragmentation de la gauche, prélude à une éventuelle recomposition. Anne Hidalgo est déjà dans l’aprèsprimaire et son ennemi principal s’appelle Emmanuel Macron, qu’elle désigne d’un méprisant « cet homme » et dont elle fait « l’incarnation

de la reproduction sociale des élites » et dont « le rapport à la démocratie » ne lui donne pas « confiance ». À part Marine Le Pen, y a-t-il d’autres responsables politiques dont elle aille jusqu’à remettre en cause l’identité démocratique ? Au fond, l’élue parisienne établit une sorte de continuum idéologique entre Valls et Macron. Et en se définissant comme ses adversaires, elle veut faire apparaître par contraste l’identité d’une gauche qu’elle se fait fort d’incarner. Elle part du constat ou de la conviction que la victoire de son camp est impossible à la présidentielle. Elle ne cherche donc pas à sauver ce qui peut encore l’être - tant pis pour la primaire ! -, mais à poser dès maintenant les fondations d’un nouveau parti ou d’un nouveau rassemblement. En prenant de court celles et ceux qui pourraient rêver de ce rôle, par exemple Najat Vallaud-Belkacem. Après le quinquennat de François Hollande, Anne Hidalgo ne prétend même pas à un « droit d’inventaire », mais au devoir de tout refaire. Sur la base d’une gauche « idéologiquement pure », sans compromis. Les candidats qui débattaient ce jeudi ne lui disent pas merci. ■

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vendredi 13 janvier 2017


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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POLITIQUE

Les fillonistes répliquent aux sarkozystes Le déjeuner prévu vendredi entre le candidat et Nicolas Sarkozy pourrait permettre d’apaiser les tensions.

mobiliser pour la victoire », ajoute Guillaume Larrivé, reconduit par François Fillon à son poste de porte-parole des Républicains. Dans l’entourage du candidat, on observe ces divisions entre sarkozystes avec une certaine satisfaction. « Je pense que les Wauquiez, les Estrosi jouent leurs dernières cartes. Mais c’est un jeu dangereux dans lequel ils pourraient perdre beaucoup », prédit un élu qui participait au meeting de Nice. Selon lui, « Ciotti était convenablement applaudi, Estrosi nettement moins alors qu’on était chez lui » et que « chaque

JEAN-BAPTISTE GARAT (À CANNES) £@Fgarat MARION MOURGUE £@MarionMourgue ET JUDITH WAINTRAUB £@jwaintraub

DROITE François Fillon a entendu les critiques des sarkozystes sur la manière dont il mène sa campagne comme sur le fond de son programme. Mais il ne les écoutera pas. À la sortie d’un commissariat de Cannes qu’il venait de visiter, le candidat a assuré jeudi qu’il ne changerait pas de cap sous la pression de ses « amis ». « Chacun pense ce qu’il veut. Moi, je trace ma route. C’est moi qui suis candidat à l’élection présidentielle », a-t-il affirmé. Traduction : le patron, c’est moi ! La veille, lors d’un meeting à Nice, Christian Estrosi avait expliqué à la tribune pourquoi il pensait que le champion de la droite devait renforcer le volet social de son programme. « La présidentielle, ce n’est pas l’élection d’un parti, ce n’est pas non plus une élection qui se négocie avec les parlementaires », lui a répondu Fillon douze heures plus tard. « Dire cela devant Fillon, c’était osé de la part d’Estrosi », estime un élu LR en expliquant que le président de la région Paca avait été « particulièrement vexé d’apprendre par la presse la venue du candidat » dans sa ville. Christian Estrosi a semble-t-il également mal vécu d’avoir été écarté de la présidence de la commission nationale des investitures des Républicains par François Fillon. Griefs personnels ou pas, Estrosi n’est pas le seul à demander au candidat de s’adresser davantage aux classes populaires. Plusieurs sarkozystes l’ont fait avant lui comme Laurent Wauquiez et Brice Hortefeux. Face à ces critiques, le candidat de la droite et du centre assure qu’il a « un programme beaucoup plus social que tous les autres car il permet le retour au plein-emploi ». Lui qui se revendique vo-

Chacun pense ce qu’il veut, moi je trace ma route FRANÇOIS FILLON

François Fillon (à droite) sortant d’une visite d’un commissariat de Cannes jeudi, aux côtés de David Lisnard, maire de Cannes (au centre), et d’Éric Ciotti, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes (à gauche). BRUNO BEBERT/BESTIMAGE lontiers thatchérien a rappelé, dans les Alpes-Maritimes, que, pour Tony Blair, « ce qui est social, c’est ce qui permet à tous d’avoir un emploi ». « Vous voyez, je suis blairiste », a-t-il lancé. Ce vendredi, François Fillon et Nicolas Sarkozy ont prévu de déjeuner ensemble. Ce sera leur première rencontre depuis la primaire. Pour certains sarkozystes, ce rendez-vous arrive bien tard, un mois et demi après la victoire du candidat. « C’est une maladresse supplémentaire. La politique, c’est aussi une affaire de symboles », souligne l’un d’entre eux.

Ce déjeuner va-t-il permettre d’apaiser les tensions ? Selon François Fillon, il ne faut y voir qu’une coïncidence. Les deux hommes se sont appelés avant Noël pour convenir de se retrouver. Dans l’entourage de l’ancien président aussi, on assure que ce tête-à-tête est sans lien avec les frictions actuelles. « Nicolas Sarkozy ne s’en mêle pas, ce n’est pas son sujet, tranche un proche. Il a affirmé dès le soir du premier tour de la primaire son soutien à François Fillon. » Nicolas Sarkozy ne serait pour rien non plus dans l’épisode du petit déjeuner de

ses fidèles que Christian Estrosi voulait organiser mercredi dernier… justement le jour du meeting de François Fillon à Nice. Tous les sarkozystes n’ont d’ailleurs pas apprécié l’initiative. « On a appris notre participation dans la presse », s’indigne l’un d’entre eux. « Nicolas Sarkozy n’a pas d’héritier, pas de porte-parole. Le seul qui peut parler en son nom, c’est Brice Hortefeux », souligne Gérald Darmanin, ancien coordinateur de sa campagne. « Ça n’a aucun sens de prétendre détenir le vrai morceau de la vraie croix ! Il ne faut pas se tromper de calendrier : là, on doit tous se

mention de Nicolas Sarkozy n’a reçu que des applaudissements tout juste polis ». Selon lui, « ça devrait faire réfléchir » les sarkozystes tentés de se distinguer. « Il n’y aura pas de place pour les états d’âme et les stratégies personnelles, l’enjeu est trop important », a prévenu de son côté Bernard Accoyer en présentant jeudi ses vœux à la presse. Interrogé sur la sortie de Christian Estrosi à la tribune du meeting niçois, le secrétaire général des Républicains a mis en garde : « La primaire a changé les choses. On n’a pas le droit de faire des remarques en public au candidat. S’il doit y avoir des débats, c’est en interne qu’il faut les lancer. » Pour ce filloniste de longue date, « il y a toujours des points de réglage possibles dans un programme, mais si on recule devant les réformes, on laissera passer ce qui est probablement la dernière chance qui nous est offerte de redresser notre pays ». Exactement ce que pense le candidat. ■

Juppé ne veut plus être « dans la mêlée » de la politique nationale « JE N’AI conservé de tout cela ni regret ni amertume. » Et on arriverait presque à croire Alain Juppé lorsqu’il lâche ses quelques mots… Devant la presse bordelaise, à qui il présentait ses vœux jeudi, Juppé a affiché un bon sourire. Et, déjà, un recul certain par rapport à sa défaite à la primaire de la droite en novembre, lui qui pendant deux ans avait été présenté comme le grand favori du scrutin. « J’ai défendu mes idées, je referais exactement la même chose si c’était à refaire », soutientil. Le maire de Bordeaux est revenu aux dossiers locaux. Il se dit « passionné par ses mandats ». « Bordeaux suffit largement à mon bonheur », plaide-t-il encore, comme s’il devait toujours se justifier. Voilà en tout cas une parade astucieuse pour fermer la porte à toute question de politique nationale. « J’ai déjà dit que je souhaitais prendre du recul par rapport à la politique

NICOLAS TUCAT/AFP

PAULINE BOYER (À BORDEAUX) £@Paulineb33 ET M. M.

Alain Juppé, lors d’une conférence de presse jeudi, à Bordeaux.

nationale », répète-t-il. Concrètement, cela signifie pour lui « ne pas être dans la mêlée ». Aux journalistes qui l’interrogent sur son moral, l’ancien premier ministre raconte qu’il a pris des vacances et qu’il regarde la série historique Les Tudors. La défaite a donc aussi du bon… Il a retrouvé « une activité littéraire » après le « choc, imprévisible et inattendu » et juge, au passage, très instructif Les Vertus de l’échec, de Charles Pépin. « L’auteur y parle de sagesse mais aussi d’audace et même de joie. » Un message subliminal de sa propre expérience ? Sans aucun doute. « Juppé absorbe le choc de la défaite. Le temps passe, il semble aller mieux », explique un proche du maire de Bordeaux. D’ailleurs, ce dernier promet de « s’intéresser » à la campagne présidentielle et surtout de soutenir le candidat LR. « J’ai dit le soir de la primaire que j’apporterais mon soutien à François Fillon, je n’ai pas changé d’avis. Je souhaite que tous ceux qui m’avaient soutenu l’aident à gagner », souligne Juppé, précisant toutefois que « c’est

Fillon qui fait campagne ». « S’il souhaite venir à Bordeaux pour un événement de sa campagne munici… euh présidentielle, il sera le bienvenu », ajoute Juppé. Même lui ne peut s’empêcher de rire de son lapsus. Il insiste encore un peu plus tard : « Je l’accueillerai avec beaucoup d’amitié. »

À chacun son rôle Les deux hommes sont d’ailleurs convenus de déjeuner ensemble. En principe dans le courant du mois de janvier même si pour le moment aucune date n’est arrêtée, faute d’avoir réussi à coordonner les agendas. Le directeur de cabinet d’Alain Juppé à Bordeaux, Ludovic Martinez, confirme que les équipes sont en train « d’étudier les dates ». « J’ai vu que ce déjeuner était parfois présenté comme une réconciliation. Ce n’est pas le terme approprié étant donné qu’ils appartiennent à la même famille politique et qu’ils n’ont pas à enterrer la hache de guerre », argumente Virginie Calmels, première adjointe d’Alain Juppé à Bordeaux et désormais membre de l’équipe de campagne

de François Fillon. « Ils ont toujours été clairs pendant la primaire ils n’étaient pas adversaires », indique-t-elle encore. À chacun son rôle désormais, le premier est candidat, le second est redevenu « citoyen ». « Je ne veux surtout pas avoir l’air de gêner François Fillon », déclare le candidat battu quand il est interrogé sur le programme du vainqueur. Manifestement, Juppé n’entend pas « entrer dans ce débat ». Et pourtant… Pendant le duel télévisé de l’entre-deux-tours, il avait porté les coups les plus rudes à Fillon en l’interrogeant sur sa réforme de la Sécurité sociale et sur la diminution du nombre de fonctionnaires. « 500 000 fonctionnaires comme le dit François, ça n’est pas possible », avait alors jugé le maire de Bordeaux. Manifestement, Juppé veut désormais se tenir à l’écart de ces affrontements. C’est dans la cité girondine qu’il poursuit sa route. Il a d’ailleurs été consacré « homme de l’année 2017 » par La Revue du vin de France, pour son action « efficace et durable » en faveur des vignobles bordelais. ■

Pour Sulzer, « le danger s’appelle Fillon ou Macron » Le conseiller économique du FN estime que le candidat LR peut être battu en 2017 par l’ancien ministre de l’Économie grâce aux ralliements de socialistes en sa faveur après la primaire de la gauche. EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr

PRÉSIDENTIELLE Quel que soit le vainqueur de la primaire de la gauche, les frontistes ne voient pas la menace venir de ce côté-là en 2017. « Le danger s’appelle François Fillon et peut s’appeler Emmanuel Macron, le cas échéant », a estimé Jean-Richard Sulzer, jeudi, lors du « Talk Le Figaro ». Le conseiller économique de Mari-

ne Le Pen ne veut pas « sous-estimer » la capacité de l’ex-ministre de l’Économie à rallier les socialistes si la primaire de la gauche confirmait la « très grande faiblesse » du PS. Avec Macron, qui sera vendredi en déplacement dans le fief frontiste d’Hénin-Beaumont, « la gauche peut nous voler la victoire », a assuré le conseiller régional FN des Hauts-de-France. Il imagine une manœuvre tactique de François Hollande et ne croit pas, une seconde, à la possibilité

d’une querelle entre lui et Emmanuel Macron. « C’est une opération marketing, une fausse brouille bien montée. » L’économiste du FN estime que Fillon fait les frais d’une primaire de la droite gagnée « par la droite ». « Il a pris des engagements qui, manifestement, plaisent à son électorat mais ne plaisent pas aux Français », a-t-il critiqué en pointant un programme économique relevant d’une « politique à la Merkel ». « Il peut ruiner les

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épargnants et tasser plus encore les revenus des retraités et des classes moyennes », accuse Sulzer, soulignant les dangers d’une « dévaluation interne » avec l’augmentation du taux de TVA.

Un « État gendarme » L’invité du « Talk » prône plutôt l’instauration d’un « État gendarme » pour garantir la « loyauté de la concurrence ». Il défend aussi l’allégement de la « paperasse » pour les patrons de PME. Le projet économique de Marine Le Pen se financerait de manière « très simple », affirme-t-il, en insistant sur le « coût de l’immigration » qu’il chiffre à 60 milliards. Il rappelle, à ce titre, que les deux députés frontistes déposent régulièrement un amendement pour la suppression de l’aide médicale d’État, et dénonce les « amis » de Fillon qui « votent contre. » Soulignant la proximité de certaines idées fillonistes et centristes avec celles du FN, notamment sur la sécurité, Jean-Ri-

JEAN-RICHARD SULZER, hier, dans le studio du Figaro. MARMARA/LE FIGARO chard Sulzer dénonce le plagiat : « C’est lui (Fillon, NDLR) qui se rapproche de nous en se disant que ce sillage-là doit être agréable pour faire du ski nautique tranquille ». Et si le « socialiste opportuniste » Arnaud Montebourg s’érige en héraut du patriotisme économique, c’est parce que lui aussi veut, selon Jean-Richard Sulzer, suivre la même ligne que celle du parti frontiste. ■


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vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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INTERNATIONAL

À bout de souffle, l’UE entame une année 2017 pleine de défis Malte a pris la barre de la galère européenne jusqu’à l’été pour une présidence qui s’annonce bien chahutée. ENVOYÉ SPÉCIAL À LA VALETTE

INSTITUTIONS Petit pays, gros défis. Nul ne sait quelles secousses l’année 2017 garde en réserve, mais c’est à un minuscule archipel, posé plus près de l’Afrique que du Vieux Continent, que revient la mission d’épauler l’UE dans sa neuvième année d’une déprime tous azimuts. « Nous sommes sans illusion de grandeur, dit le premier ministre maltais Joseph Muscat. L’urgence est d’écouter les questions qui taraudent les Européens et d’y apporter des réponses, avant que les extrémistes ne s’en emparent. » Malte pèse moins de 0,1 % des habitants de l’Union, mais ce n’est peut-être pas un mauvais choix pour prendre la barre de la galère européenne jusqu’à l’été, pour six mois d’une présidence « tournante » qui s’annonce chahutée. Les écueils se resserrent : l’investiture de Donald Trump d’ici à quelques jours, l’engagement du divorce britannique en mars, l’encombrant voisinage de Vladimir Poutine, des scrutins cruciaux en France et en Allemagne, et sans doute un troisième déferlement de migrants avec la fin de l’hiver. « Cela se profile comme la tempête du siècle mais ici, au milieu de la Méditerranée, nous avons l’habitude », lâche, à La Valette, un pilier de la présidence maltaise. Les 450 000 insulaires gardent un regard étonnamment neuf sur une Union qui se déclare fatiguée. Ils sont les plus enthousiastes à la cause, à l’inverse des Européens de l’Est entrés comme eux dans l’UE en 2004. La croissance dépasse 3 %, l’emploi est en plein essor, le bâtiment explose. Perdue au milieu de la mer, l’ex-colonie britannique révère toujours « la Reine » et le Commonwealth. Mais elle s’est arrimée sans retour au grand marché. « Nous sommes

sortis de notre rocher grâce à l’Europe, dit l’un d’entre eux, aujourd’hui nous pouvons mêmes devenir astronautes ! » Cet îlot de fraîcheur ne nuit pas, en lisière d’un espace politique assombri par l’obsession du déclin et de la perte d’identité. Les Maltais, placés par l’Histoire au carrefour des crises de civilisation, en ont vu bien d’autres. Et l’Europe elle-même, quoi qu’elle en dise, ne se porte pas si mal. L’activité économique, même modeste, a fini 2016 sur une note aussi robuste qu’inattendue. Le continent redémarre et le chômage baisse à peu près partout. Les déficits publics, boulets de la décennie, s’allègent franchement. Dans les 19 pays de l’euro, ils sont tombés de 6 à 1,5 % du PIB depuis 2010, sauf en France.

Le Brexit, un catalyseur L’euro, malgré les augures, survit tant bien que mal et la Grèce en fait toujours partie. Les frontières intérieures de Schengen déjouent les pronostics et restent ouvertes. À force de noircir, c’est à peine si l’on a relevé que la catastrophe instantanée promise au Royaume-Uni depuis le vote de rupture n’y a en rien entamé l’activité. À Noël, les magasins ont fait le plein. À court terme, la victoire de Donald Trump, elle, semble avoir dopé les prévisions, y compris sur le Vieux Continent. Bref, si l’Europe ne va pas bien, l’économie, les marchés et les investissements ne se portent pas si mal. L’avenir de l’UE paraît encore bouché, mais c’est moins un problème économique qu’une question politique : elle est mal gouvernée, ou plus précisément chaque nouvelle épreuve la trouve moins capable de formuler des solutions communes et crédibles. « La crise de confiance a commencé dès 2008, avec une réponse trop lente à l’effondrement des subprimes aux États-Unis. Trop peu, trop tard, note Louis Grech, vice-premier ministre maltais. Le Brexit n’est

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LES 9 DATES CLEFS DE L'UNION EUROPÉENNE EN 2017 Début de la présidence maltaise

1ER JANVIER

17 JANVIER

60e anniversaire du traité de Rome Th. May devrait enclencher les négociations de sortie de l’UE (article 50)

Élections législatives aux Pays-Bas

Élection du président du Parlement européen

15 MARS

181 000 migrants

sont arrivés sur les côtes italiennes en 2016, un record absolu d’après Frontex pas le mot de la fin, c’est un catalyseur : après avoir joué un rôle moteur pendant un demi-siècle, le projet européen semble de ne plus être capable que de produire des tensions entre capitales et des frustrations chez l’électeur. » L’afflux d’Africains en quête de mieux-vivre risque de mettre à nouveau le continent à l’épreuve, dès le retour d’une météo calme en Méditerranée. « L’UE va tout droit vers la crise, dès le printemps, avec des débarquements sans précédent sur sa façade méridionale

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NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte CORRESPONDANT À BERLIN

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MATTHEW MIRABELLI/AFP

25 MARS

2nd tour de la présidentielle en France

7 MAI

FIN MARS

et, à nouveau, des noyades par milliers », prévient Joseph Muscat. La côte libyenne est à 350 km à peine de son bureau. Le « président » de l’UE s’inquiète de voir les Vingt-Huit foncer tête baissée dans une troisième année de débâcle à ses portes. L’an dernier, passant au large, plus de 181 000 migrants sont arrivés sur les côtes italiennes, un record absolu d’après Frontex.

Une crise persistante de l’exercice du pouvoir

L’Europe a colmaté l’an dernier la brèche grecque en mer Égée, avec le renfort énergique de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Mais en Libye, elle manque d’interlocuteur crédible et le premier ministre maltais s’inquiète ouvertement de voir les Russes multiplier les gesticulations navales au large de ce pays plongé dans le chaos. Il préférerait voir les marines de l’Otan et de l’UE occuper le terrain – y compris les eaux territoriales – afin de casser le business florissant

des passeurs, avec l’accord de Tripoli. « Il est plus que temps de braver l’orage qui menace », insistait-il jeudi devant quelques journalistes. Le débat bruxellois sur les « quotas » nationaux de réfugiés de guerre peut bien attendre un an de plus. Il est déjà dépassé… Les élections néerlandaises, françaises, allemandes fourniront aux Européens l’occasion d’exprimer leur mécontentement face à la paralysie de l’UE et contre la disparition des frontières. Mais ni l’extrémiste Geert Wilders, ni Marine Le Pen, ni l’égérie de l’AfD Frauke Petry ne semblent pouvoir décrocher les majorités indispensables au renversement de l’ordre établi. Pour l’Europe, le danger politique principal est moins la montée du populisme et de ses idées simples qu’une crise persistante de l’exercice du pouvoir, à tous les niveaux. Défi d’une génération, la « crise » migratoire ne peut avoir de solution plausible que collective. Pour l’heure,

En attendant le retour de l’axe Paris-Berlin

ARTCURIAL

Clôture du catalogue Mi-février 2017

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le premier ministre maltais, Joseph Muscat, mercredi à Malte.

PARIS et Berlin ont fini par s’entendre : l’Europe va mal. Angela Merkel le formule de manière optimiste : « Les problèmes sont solubles si l’on en parle, si l’on s’écoute », a-t-elle déclaré jeudi, lors d’une visite au Luxembourg, après avoir visité la maison natale de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, qui devrait « inspirer » chacun, a-t-elle suggéré. Elle a énuméré les défis : la sécurité, l’immigration, l’économie digitale, la sortie du Royaume-Uni de l’Union… Elle aurait aussi pu citer les relations avec les États-Unis ou la Russie. En France, le constat est partagé et les candidats à la présidentielle se montrent préoccupés. « La zone euro ne tiendra pas dix ans » si rien n’est fait, a prédit Emmanuel Macron mardi. « L’Europe peut disparaître », s’inquiète aussi l’ancien ministre Bruno Le Maire, chargé des questions internationales auprès du favori de l’élection, François Fillon. Au centre de la crise européenne se trouve la faiblesse du tandem franco-allemand. Le déséquilibre économique persistant entre les deux pays, les divergences de vues sur l’avenir de l’Union, la faiblesse politique du chef de l’État François Hollande, désormais sur le départ, et la gestion solitaire des dossiers par Angela Merkel ont grippé le moteur de l’Europe. Avec l’ouverture du cycle électoral en France et en Allemagne, où se tiendront des élections législatives à l’automne, l’axe Paris-Berlin semble même à l’arrêt. « Il n’y a pas de période de flottement »,

assure pourtant un diplomate français. Les coopérations entre les deux gouvernements n’ont pas été interrompues par le début de la campagne. « Dans beaucoup de domaines, on ne peut pas attendre un an pour agir », poursuit-il en citant notamment la lutte antiterroriste. Les négociations sur le Brexit n’attendront pas non plus les résultats des élections. Pour le reste, l’Europe, divisée, attend.

JOHN THYS/AFP

JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel

Les problèmes sont solubles si l’on en parle, si l’on s’écoute

ANGELA MERKEL

Au lendemain du référendum britannique, Paris et Berlin ont promis une « nouvelle impulsion » pour les 27 autres États membres. Elle a débouché sur l’agenda de Bratislava : une feuille de route à préciser, des priorités vagues. Même si le mot est galvaudé, une « relance » est espérée après les élections. L’ex-ministre Bruno Le Maire veut croire que l’ancien souverainiste François Fillon sera l’homme d’un nouveau moment européen. « Notre partenaire, c’est l’Allemagne, nous l’assumons », ajoute-t-il, en repoussant d’avance la recherche de nouveaux partenaires, comme l’avaient fait Nicolas Sarkozy ou François Hollande, l’un avec le RoyaumeUni, l’autre avec les pays du sud de l’Europe. De son côté, Emmanuel Macron affiche un discours pleinement européen et compte, s’il est élu, s’appuyer sur le tan-

dem franco-allemand, qui « n’a pas de droit supplémentaire par rapport aux autres Européens », mais qui « a des responsabilités en plus ». Mais si Marine Le Pen l’emporte en mai, c’est le sens même du projet européen qui sera remis en cause. L’incertitude plane sur le visage du futur couple franco-allemand. Côté allemand, personne ne parie sur une défaite d’Angela Merkel, qui ne semble mise en danger par aucun rival. Mais quelle influence aura sur sa politique la probable entrée au Bundestag de députés populistes ? L’aile conservatrice de la CDU-CSU plaide pour un durcissement de sa ligne politique, peu compatible avec une souplesse budgétaire au niveau européen. Or François Fillon a d’ores et déjà annoncé qu’il creuserait les déficits avant un retour à l’équilibre en 2022. Ses positions prorusses inquiètent aussi profondément. Presque autant que l’idée de budget européen évoquée par Emmanuel Macron. Quoi qu’il en soit, on attend à Berlin le retour d’un leadership à Paris. Si Angela Merkel apparaît aujourd’hui comme la principale dirigeante européenne, elle refuse d’assumer seule cette responsabilité. À écouter les camps Fillon ou Macron, les futures priorités semblent les mêmes. L’Europe de la défense passe pour essentielle et chacun salue la volonté de Berlin d’augmenter son effort budgétaire. La sécurisation des frontières extérieures figure aussi à l’agenda des deux candidats, ainsi que le renforcement des accords de Schengen. Enfin, et c’est l’essentiel, l’un et l’autre promettent de « rétablir la confiance » avec l’Allemagne, lasse d’attendre son partenaire français. ■

1ER JU


LE FIGARO

vendredi 13 janvier 2017

INTERNATIONAL

Londres se cherche un nouveau rôle sur le continent et dans le monde après le Brexit

ZOOM Sahel : 150 djihadistes tués ou capturés par l’armée française en 2016

FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp

Début de la présidence estonienne

Des législatives anticipées devraient être convoquées en Italie ÉTÉ 2017

entre le 27 août et le 22 octobre

AUTOMNE 2017

elle reflète surtout l’incapacité des Vingt-Huit à trouver rapidement des réponses à la hauteur, comme l’annonçaient déjà la déroute financière de 2008-2009 et ses séquelles. Le cassetête de la dette grecque va bientôt entrer dans sa 9e année, mais à Bruxelles on murmure déjà le scénario d’un quatrième plan de sauvetage. Trop peu, trop tard. L’Europe n’en finit pas de saper sa propre crédibilité. ■

Theresa May lors de son arrivée au 10 Downing Street, le 13 juillet dernier à Londres. des rares pays à consacrer les 2 % requis de notre PIB à la défense et nos alliés reconnaissent la force de notre contribution en matière de sécurité », a vivement rétorqué la porte-parole de Theresa May, mercredi.

L’influence britannique sur la sécurité européenne restera considérable, mais il deviendra plus difficile de traduire cet engagement en termes politiques

MALCOLM CHALMERS, DU THINK-TANK ROYAL UNITED SERVICES INSTITUTE

Ce rôle pivot de Londres est encore accru par l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump. Il n’a pas caché sa volonté de retrait des États-Unis dans le cadre de l’Otan. Brexit et Trump rebattent les cartes de la géopolitique mondiale, avec un effet de vases communicants. Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères britannique, a rencontré les équipes du président élu à New York cette semaine dans l’espoir de jeter les ponts

d’un nouvel âge d’or de la « relation spéciale » entre les deux pays. Theresa May devrait se rendre à Washington peu après l’inauguration. Mais, pour Malcolm Chalmers, du think-tank Royal United Services Institute, c’est avec l’Europe que Londres devrait créer une nouvelle « relation spéciale post-Brexit sur la politique étrangère et de sécurité ». Pour combler le vide de son départ des institutions européennes, le RoyaumeUni devra « investir davantage dans la coopération diplomatique bilatérale », afin de contrebalancer aussi le recul de son attractivité économique, conséquence de sa sortie du marché unique. Paradoxalement, on pourrait voir Londres soutenir plus les projets de défense commune une fois sorti de l’UE qu’en tant que membre. Selon Chalmers, « l’influence britannique sur la sécurité européenne restera considérable, mais il deviendra plus difficile de traduire cet engagement en termes politiques ». Signe de cet engagement diplomatique, Boris Johnson était jeudi à la table des négociations sur la réunification de Chypre à Genève, et Theresa May a assuré de sa disponibilité pour s’y rendre aussi si cela pouvait aider les pourparlers. ■

L’armée française a tué ou capturé près de 150 « terroristes » au Sahel et saisi plus de six tonnes de munitions et explosifs en 2016, a annoncé jeudi le porte-parole des armées, le colonel Patrik Steiger. Elle a effectué au total 125 opérations en 2016 sur les cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso) dans lesquels elle opère, seule ou en partenariat avec des forces locales, a-t-il ajouté. Des centaines de djihadistes ont été tués dans le nord du Mali depuis l’intervention française « Serval » en janvier 2013.

EN BREF Pologne : des blindés américains en renfort

Des blindés américains sont entrés jeudi en Pologne, début d’un des plus vastes déploiements militaires des États-Unis en Europe depuis la fin de la guerre froide. Le convoi était composé de 24 véhicules blindés Humvee et d’une dizaine de camions.

Corée du Sud : l’héritier de Samsung suspecté de corruption L’héritier du géant sud-coréen Samsung, Lee Jae-yong, a été entendu jeudi comme suspect dans le vaste scandale de corruption qui a valu à la présidente Park Geun-hye d’être destituée.

Le Mexique « ne paiera pas » le mur Le Mexique, « bien entendu, ne paiera pas le mur » frontalier que le nouveau président américain, Donald Trump, veut construire, a déclaré mercredi le président Enrique Peña Nieto, tout en assurant vouloir œuvrer à une « bonne relation » avec les États-Unis.

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A

1ER JUILLET

Élections fédérales en Allemagne

JUSTIN TALLIS/AFP

CORRESPONDANT À LONDRES

« NOUS quittons l’Union européenne, pas l’Europe », répète régulièrement Theresa May. La formule souligne le double défi qui attend le Royaume-Uni dans les mois et les années à venir. Tout en négociant âprement les conditions de sa sortie de l’UE, Londres ambitionne en parallèle de se forger un nouveau rôle, à la fois sur le continent et dans le reste du monde. Un rôle que la première ministre veut « confiant, positif et tourné vers l’extérieur » pour conjurer les accusations – et les tentations – de repli sur soi liées au Brexit. Si ce défi présente des risques, le pays a des atouts pour réussir cette transition délicate. Toute la difficulté consistera à acquérir ce nouveau statut en dehors de la table des négociations de l’Union. En quittant probablement le marché unique et l’union douanière, Londres perdra sa voix dans les débats européens. Pour les plus pessimistes, cela entraînera un affaiblissement de son rôle diplomatique. Mais pas forcément. Pour Jonathan Faull, ex-haut fonctionnaire britannique à la Commission européenne, Theresa May a une carte à jouer dans ses pourparlers de retrait avec Bruxelles qui doivent s’engager fin mars. La coopération britannique en matière de défense et de sécurité est chère à de nombreux pays européens, à commencer par la France, son meilleur allié en la matière. Selon lui, le négociateur européen Michel Barnier « ainsi que tous les Européens voudront trouver un moyen pour que cela continue ». Les pays Baltes, la Pologne mais aussi l’Ukraine comptent aussi fermement sur les Britanniques pour les aider à résister à l’influence grandissante de Vladimir Poutine. À cet égard, Londres s’irrite des manœuvres de Paris pour l’écarter de la position, qui lui revient d’office depuis 1951, de numéro deux du commandement suprême de l’Otan. « Notre vote du 23 juin était pour quitter l’UE, rien d’autre. Nos alliés à l’Otan apprécient la fermeté avec laquelle nous avons répondu à l’agressivité russe. Nous sommes l’un

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vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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INTERNATIONAL

Pékin voit rouge face à l’équipe Trump

Le pouvoir chinois est sur les nerfs après les vives sorties du président élu et de son futur secrétaire d’État. CORRESPONDANT À PÉKIN

CHINE Retranchés derrière les murs rouges de leur complexe de Zhongnanhai, les dirigeants chinois ne cessent de fulminer depuis l’élection de Donald Trump. À une semaine de son entrée à la Maison-Blanche, son Administration est encore montée d’un cran, entamant un jeu dangereux avec Pékin. Pour ses premiers pas diplomatiques, Rex Tillerson, le futur secrétaire d’État, s’est montré encore plus agressif que le président élu avec le géant asiatique en évoquant les conflits territoriaux en mer de Chine du Sud. « Nous allons devoir envoyer un signal clair à la Chine, pour lui signifier que les constructions sur les îles (contestées) doivent cesser, et ensuite, que son accès à ces îles ne sera plus permis », a affirmé mercredi l’ancien patron devant le Sénat américain. Peu soucieux de ménager la susceptibilité chinoise, l’ex-PDG du groupe pétrolier ExxonMobil juge que construire des îles artificielles « et ensuite installer des équipements militaires sur ces îles, c’est la même chose que la prise de la Crimée par la Russie ». La Chine mène des travaux de « remblaiement » pour agrandir des îlots et récifs disputés et y construit des installations portuaires, des phares, des pistes d’atterrissage ou des infrastructures militaires, selon le Pentagone. Pékin, qui justifie le droit d’édifier des « équipements de défense », revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale. Mais les Phi-

lippines, le Vietnam, Brunei, la Malaisie et Taïwan lui disputent la souveraineté dans l’archipel des Spratleys et dans les Paracels. La zone est d’autant plus stratégique qu’elle regorge d’hydrocarbures et que 5 000 milliards de dollars de marchandises y transitent chaque année. Se disant « extrêmement inquiet », Rex Tillerson a critiqué « l’échec de la réponse », jugée trop permissive, de Barack Obama.

Remise en cause du principe de la « Chine unique »

Ces déclarations musclées visent à marquer une rupture, alors que le président démocrate avait voulu faire du « pivot » vers l’Asie du Sud-Est le cœur de sa politique étrangère. Mais à défaut de redéployer réellement les moyens américains dans la région, Washington a offert un prétexte à la Chine pour renforcer sa présence dans cet espace maritime contesté. Barack Obama avait mené des patrouilles pour garantir une libre circulation dans ces eaux internationales et tenter de contenir les ambitions chinoises. En menaçant de déloger l’empire du Milieu de son arrière-cour, Tillerson prend le risque d’une dangereuse escalade. Ces sorties interviennent alors que les relations sont déjà très tendues entre les deux pays. Trump a accusé Pékin de manipuler sa monnaie et menacé d’imposer des droits de douane prohibitifs sur les produits chinois. Pis, il a semblé envisager en décembre une remise en cause du principe de la « Chine unique », fondement de la relation sino-américaine depuis l’établissement en 1979 de relations diplomati-

Le nationalisme chinois en ligne, une arme à double tranchant

250 km

Rivalités sino-américaines en mer de Chine Cheju

Infographie

(CORÉE DU SUD)

Zone maritime revendiquée par la Chine (ligne des neuf traits)* Récifs sur lesquels Pékin construit des îles artificielles

Brunei

Malaisie

Indonésie

Philippines

Japon

Vietnam

Mer de Chine orientale JA P O N

Okinawa

2

CHINE Hongkong

Zhanjiang

Haiphong Golfe du Tonkin

TA Ï WA N

Mer de Chine méridionale

Hainan Yulin

VII e flotte américaine LUÇON

Île Woody

Scarborough

Îles Paracels V I E T NA M

1

Senkaku

*et par Taïwan

Autres récifs occupés par les Chinois Bases navales

Shanghaï

LES AUTRES REVENDICATIONS

LES REVENDICATIONS CHINOISES

3 Manille

Gaven

Subi

Ho Chi Minh-Ville

Îles Spratleys

PHILIPPINES

Mischief Hughes Johnson Sud

Fiery Cross Cuarteron

LAN HONGGUANG/AP

née », fustige Sima Pingbang, un inCHAQUE FOIS qu’une personnalité ou fluent blogueur qui compte plus de un pays heurte les intérêts de la Chine, 2,5 millions d’abonnés sur Weibo, le une horde d’internautes riposte par Twitter chinois. une cyberattaque. En début d’année Le mouvement nationaliste chinois dernière, lorsque Tsai Ing-wen a été qui se focalise essentielleélue présidente de Taïwan, ment sur Taïwan, les Étatssa page Facebook a été Unis, et la province rétive du inondée de commentaires Xinjiang - s’exprime de plus et de photos négatives… en plus en ligne, à mesure Son parti politique pousse à que le nombre d’internautes l’indépendance de « l’île chinois progresse (environ rebelle », considérée par 700 millions). La violence Pékin comme partie intédes propos est parfois telle grante de son territoire. que certains n’hésitent pas à L’été dernier, pendant les les comparer aux jeunes Jeux olympiques, les ciEn évoquant Gardes rouges de l’époque toyens en ligne s’en sont le « grand de Mao Tsé-toung, qui pris au nageur médaillé renouveau avaient sévi pendant la Réd’or australien Mark Horvolution culturelle. ton, qui avait accusé de dode la nation Ce phénomène n’a pas page son rival chinois, Sun chinoise », échappé au pouvoir chinois, Yang, le harcelant sur ses le président qui l’autorise – alors que la comptes de réseaux soXi Jinping tente censure traque et tente d’efciaux. facer sur la Toile tout disPlus récemment, c’est de canaliser subversif - et l’encousur Donald Trump, le préles frustrations cours rage en sous-main. « Dans sident américain élu, partivers l’extérieur les actions de ces internautes, culièrement agressif à on n’observe rien qui ne corl’égard de l’empire du Miresponde pas à la position du gouvernelieu, que se concentrent les flèches ment », souligne l’historien indépenélectroniques des Chinois. « Le camadant Zhang Lifan. Plusieurs experts rade Trump est en train d’apprendre le insistent d’ailleurs sur le manque métier de président. Avec un peu de d’autonomie du mouvement à l’égard chance, il sera diplômé de l’école materdu Parti communiste chinois (PCC). nelle dans la deuxième partie de l’an-

Rex Tillerson, le futur secrétaire d’État de l'Administration Trump, lors de son audition devant le Sénat, mercredi à Washington. KEVIN LAMARQUE/REUTERS

Sources : The Wall Street Journal, Nansha.org et Atlas géopolitique des espaces maritimes

CYRILLE PLUYETTE cpluyette@lefigaro.fr

LA RÉPONSE DES ÉTATS-UNIS B RU N E I

MALAISIE

4 Singapour SUMATRA

Îles Natuna BORNÉO INDONÉSIE

Mais Pékin redoute aussi l’effet boomerang lié à l’émergence d’un puissant mouvement nationaliste, qui pourrait échapper un jour à son emprise et se retourner contre lui. « S’il est indéniable que le nationalisme est officiellement promu en ligne, le Parti reste constamment sur ses gardes contre le risque qu’il se répande dans les rues de façon non organisée (c’est-à-dire non officielle) », décrypte le sinologue Jude Blanchette, qui écrit actuellement un

Bases et/ou accords de défense 1. Base d’Okinawa et présence d’environ 50 000 hommes dans l’archipel. 2. Pays bénéficiant de leur protection. 3. Signature d’un accord de défense en 2014. Remis en cause depuis l’élection du président philippin Rodrigo Duterte. 4. Facilités portuaires pour l’US Navy et accord de défense.

livre sur le renouveau du maoïsme. Le régime, qui craint par-dessus tout les débordements, avait ainsi sévèrement réprimé plusieurs auteurs de violences lors des manifestations antijaponaises, fin 2012, liées aux tensions autour d’îles que se disputent les deux pays. Cependant, le gouvernement semble pour l’instant maîtriser une situation qui sert largement ses intérêts et sa légitimité. Certains nationalistes euxmêmes relativisent le danger qu’ils re-

ques avec la République populaire et la rupture avec Taïwan. Tillerson n’a pas précisé comment il comptait parvenir à ses fins. Mais sa mise en garde à la Chine « apparaît parfaitement illusoire et inapplicable sur le terrain », souligne Benoît de Tréglodé, directeur de recherche à l’Irsem, car elle impliquerait un conflit militaire auquel aucune des deux puissances n’a intérêt. « À placer la barre des conditions très haut, les États-Unis risquent de se retrouver piégés par leur propre logique », et ne pas obtenir grand-chose, renchérit Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse au Centre Asie de l’Ifri. En attendant de voir si Trump sera plus conciliant une fois installé à la MaisonBlanche, Pékin s’est efforcé de réagir avec modération, se contentant de répliquer que la Chine « a parfaitement le droit » de mener des activités dans cette région. Pékin rejette la sentence de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, qui avait jugé en juillet dernier « sans aucun fondement juridique » ses revendications en mer de Chine méridionale. La Chine a obtenu récemment des avancées diplomatiques avec plusieurs pays de la région comme les Philippines ou la Malaisie, qui craignent un affaiblissement de l’influence américaine. L’arrivée de l’isolationniste Trump « ne fait que renforcer l’activisme de Pékin, confiant que les rapports de force en Asie du Sud-Est sont en train de tourner à son avantage », analyse Benoît de Tréglodé. ■

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» Lire aussi PAGE 17 « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais

présentent. « Les nationalistes en ligne ne créent pas de menace pour le gouvernement. N’oublions pas qu’ils discutent dans un monde virtuel, pas dans la réalité », estime le blogueur Sima Pingbang. Dans un pays où la société et Internet sont complètement verrouillés, laisser ces personnes « se défouler sur le Web constitue un bon moyen pour le pouvoir de permettre à la société de relâcher la pression accumulée et de canaliser les frustrations vers l’extérieur », pour éviter qu’elle ne dégénère en revendication sociale ou politique, décrypte Jean-Pierre Cabestan, sinologue à l’université baptiste de Hongkong. En évoquant le « grand renouveau de la nation chinoise » et en se montrant intransigeant sur l’indépendance de Taïwan ou les conflits territoriaux en mer de Chine méridionale, le président Xi Jinping tente de répondre à cette attente. Preuve qu’il n’hésite pas lui-même à alimenter les sentiments nationalistes, notamment antijaponais, le régime va faire modifier dans les livres scolaires les dates de la « guerre chinoise contre l’agression japonaise », en la rallongeant de six ans. Désormais, ce conflit avec le Japon, qui s’est achevé en 1945, ne démarrera plus officiellement en 1937, à la suite de l’incident du pont Marco Polo, mais en 1931, lorsque l’armée impériale a envahi la Mandchourie. Se glissant dans la peau des historiens, le PCC vient donc de décider que le conflit avait duré quatorze ans. Les médias officiels affirment qu’il s’agit de « renforcer l’éducation patriotique »… sans doute en renforçant dès le plus jeune âge la cohésion du peuple contre un ennemi commun. ■ C. P. (À PÉKIN)

Israël : accès de fièvre autour de l’ambassade américaine Les Palestiniens mettent en garde contre les conséquences d’un transfert de la représentation américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis

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CORRESPONDANT À JÉRUSALEM

PROCHE-ORIENT Les dirigeants palestiniens, qui ont d’abord hésité à prendre au sérieux la promesse faite par Donald Trump de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, haussent le ton à l’approche de son investiture. Mohammed Shtayyeh, haut responsable de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), a appelé les mosquées de la région à consacrer leur sermon du vendredi à cette menace. « Non seulement, ce geste priverait les États-Unis de toute légitimité à jouer un rôle dans la résolution du conflit, mais il réduirait à néant la solution des

deux États », a prévenu le président Mahmoud Abbas, dans un entretien écrit accordé au Figaro, à l’approche de la conférence internationale de Paris. Il a ajouté : « Revenir sur notre reconnaissance de l’État d’Israël est l’une des options qui s’offriraient alors à nous. » L’inertie des grands pays arabes, dont les dirigeants hésitent à croiser le fer avec Donald Trump, inquiète l’Autorité palestinienne. La Jordanie, pourtant gardienne des Lieux saints islamiques de Jérusalem, s’est contentée de protester par la voix de son ministre de la Communication, Mohammed al-Momani, qui a mis en garde contre « des conséquences catastrophiques » sans préciser sa pensée. Quant à l’Égypte et à l’Arabie saoudite,

elles se taisent pour l’heure. « Sans doute les dirigeants de ces pays considèrent-ils qu’ils ont trop intérêt à trouver un terrain d’entente avec le nouveau président américain pour risquer de compromettre cette relation », interprète Ofer Zalzberg, analyste à International Crisis Group.

Un casse-tête pour Washington Une large partie du personnel politique israélien est favorable au déménagement de l’ambassade, considérant qu’il n’ajouterait rien au fait accompli créé par l’occupation de Jérusalem-Est en juin 1967. La Knesset et le bureau du premier ministre sont situés dans la partie occidentale de la ville sainte, où les diplomates en poste à Tel-Aviv se déplacent régulièrement pour

leurs entretiens. « Mais le transfert de l’ambassade, même si elle est implantée à Jérusalem-Ouest, marquerait un revirement historique de la politique américaine qui, en vertu d’un consensus international, appelle à trancher le statut de la ville dans le cadre de négociations, s’inquiète Daniel Seidemann, directeur de l’ONG Jérusalem terrestre. Il ne manquerait pas d’être interprété comme une reconnaissance des revendications israéliennes sur la « Jérusalem unifiée », et comme un déni de l’occupation de sa partie orientale ». Lors de sa désignation, le prochain ambassadeur américain auprès d’Israël, David Friedman, s’est dit « impatient » de prendre ses fonctions « à Jérusalem, capitale éternelle de l’État ». Le Congrès

américain a voté en 1995 une loi imposant le transfert de l’ambassade, mais les présidents successifs ont jusqu’à présent sursis par décret à son application. « En l’absence de pression régionale, toute la question est de savoir si les Palestiniens parviendront à dissuader Donald Trump d’agir sitôt installé à la Maison-Blanche », dit Ofer Zalzberg. Ils ont, ces derniers jours, menacé à mi-voix de relancer leur campagne d’adhésion aux grandes institutions internationales. « L’affaire pourrait alors virer au casse-tête pour l’Administration américaine, qui hésitera sans doute à couper les ponts avec le Fonds monétaire international pour le punir d’avoir ouvert ses portes aux Palestiniens », prédit Daniel Seidemann. ■


LE FIGARO

SOCIÉTÉ

vendredi 13 janvier 2017

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Menaces et radicalisme à la nursery de la prison Deux femmes, incarcérées à la prison de Fleury-Mérogis, ont écopé de sept mois de prison ferme pour des menaces de mort. PAULE GONZALES £@paulegonzales

PROCÈS « Tu as le diable dans ton cœur et c’est lui qui va te tuer, sale pute. Tu peux faire ton deuil de ta famille »… « Fais attention sur ton trajet, nous allons nous venger et vous tirer comme des lapins, mécréants, kouffars »… «Vous allez tous brûler en enfer sur le Coran, je vais tous vous égorger, on égorge facilement en détention. » Ces menaces de « crimes et délits », comme on dit pudiquement dans l’enceinte d’un tribunal, ont valu à deux détenues de Fleury-Mérogis incarcérées provisoirement pour des faits de terrorisme d’être condamnées ce jeudi par le TGI d’Évry à sept mois de prison ferme. Elles sont par ailleurs poursuivies pour avoir organisé le départ en Syrie de plusieurs jeunes et sont elles-mêmes liées à des individus accusés d’avoir été sur les terrains d’opération d’Irak et Syrie. Tout au long de l’audience, Nadia Abdallah-Miloud et Vanessa Cholley ont nié en bloc avoir proféré ces menaces de mort et infligé des violences sur des personnes vulnérables - en l’occurrence des femmes enceintes et des jeunes mamans - au sein de la nursery de la plus grande prison d’Europe. C’est une lettre au procureur de la République écrite par une codétenue qui a lancé l’enquête. Jusque-là, l’Administration pénitentiaire tentait de régler à l’intérieur de ses murs, ce « climat de terreur et de peur » qui avait envahi la détention depuis le mois de mai, lorsque ces deux femmes sont devenues inséparables dans ce lieu protégé ou résonne des voix

de nourrissons et d’enfants en bas âge. Tout au long de l’été dernier, les deux femmes auraient également glorifié les actes terroristes du mois de juillet et auraient provoqué leur entourage en lisant à haute et forte voix des versets du Coran depuis le patio de la nursery autour desquelles sont disposées les cellules.

Malaise palpable « Des affabulations », affirme Vanessa Cholley, 29 ans, au regard éteint et cerné, massive et immobile comme un grand granit triste mais dont le charisme froid et dur s’impose dès qu’elle prend la parole, sans que son accent marseillais ne vienne l’adoucir. Elle ne nie pas la gifle qu’elle a donnée à celle qui a fini par la dénoncer. Et elle se garde bien de mettre en cause l’Administration pénitentiaire et Thomas de Parscau, le nouveau directeur du quartier des femmes, à l’allure délicate d’un Pierre Niney. Ce n’est pas le cas de Nadia Abdallah-Miloud. Jeune femme de 35 ans au profil émacié et à la lourde chevelure qui tombe en cascade sur ses épaules, elle alterne, pendant cette heure d’audience, entre cris et pleurs. Cris pour dénoncer un complot du directeur, qui, selon elle, aurait monnayé les dénonciations contre de l’aménagement de peine pour l’auteur de la plainte et une admission précoce dans le cadre protég�� de la nursery pour un autre témoin. À peine l’avocat de l’administration s’exprime, si tôt le procureur prend la parole, la voici qui se lève et se penche vers son avocat par-dessus la vitre du box. Parfois un haussement d’épaules, un petit

rire ou un rictus qui crispent les magistrats et diffusent progressivement au sein de la salle d’audience une tension et un malaise palpable, celui d’être face à un individu au bord du gouffre. Obsédée par le complot et le mensonge, elle a d’ailleurs été deux fois mariée religieusement fugitivement - deux semaines - le temps de se rendre compte que ses hommes lui mentaient. Son avocat, Jean-Louis Keita, plaide la relaxe, invoquant les lacunes du dossier, l’absence de témoignages directs, de confrontation, et le peu de moralité des plaignants. Elle s’effondre alors en larme sur le banc des accusés. Laurent Caruso, l’avocat commis d’office de Vanessa Cholley ne dira pas autre chose que son confrère, dénonçant « un procès hypocrite ou l’on tente de faire croire que le contexte terroriste ne joue pas » pour ces poursuites qui ne relèveraient que du droit commun de la détention. « Ces femmes ne sont-elles pas condamnées d’avance », sous-entend-il ? Une chose est certaine, l’affaire montre combien est difficile la gestion de ces nouveaux détenus qui affluent en prison ou rien n’est réellement prévu pour accueillir ce type de profil. À Fleury-Méro-

À la prison de Fleury-Mérogis, 23 femmes sont incarcérées pour terrorisme. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO

gis, 23 femmes sur 240 sont incarcérées pour terrorisme soit 10 % des effectifs en seulement quelques mois. Ici, pas de quartier d’isolement ou disciplinaire. La direction tente, comme elle peut, d’or-

ganiser un confinement de fortune quand, comme, dans ce cas précis, il devient nécessaire d’isoler ces détenues. Actuellement 36 femmes sont incarcérées en France pour terrorisme. ■

Islamisme : menacés d’expulsion, ils en appellent à la CEDH ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr

TERRORISME C’est une procédure à chaque fois efficace. Suspectés d’avoir des liens avec la mouvance terroriste en France, deux habitants des Yvelines ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour éviter l’expulsion dans leur pays, le Maroc, où, selon eux, ils risquent la torture. Cette requête a, pour l’heure, mis en suspens leur départ contraint, malgré un avis favorable rendu par une commission en octobre dernier pour qu’ils quittent le sol français. Celle-ci a considéré qu’ils « constituent une menace grave pour l’ordre public français ». Tel est aujourd’hui la situation de Redouane Aberbri, 39 ans, et de Rachid Ait El Haj, 41 ans, deux Marocains qui, avec trois autres amis d’enfance, sont engagés dans un bras de fer avec l’État français depuis 2015.

On s’est servi de notes blanches, véritables “lettres de cachet” modernes, pour les diaboliser de façon totalement artificielle

ME WILLIAM BOURDON, AVOCAT DES DEUX HOMMES

Originaires de Mantes-la-Jolie et des Mureaux, tous les cinq sont dans le collimateur des services de renseignement. Condamnés en 2007 à des peines de six à huit ans de prison pour leurs liens plus ou moins directs avec les auteurs des attentats de Casablanca en 2003, ils auraient tissé des attaches avec la mouvance islamiste radicale. C’est ce que rapportent des notes les concernant et émanant des services de surveillance. Ainsi, on peut lire que l’un d’eux aurait « fréquenté quasi exclusivement » en prison des terroristes. Comme Djamel Beghal qui avait projeté de commettre un attentat contre l’ambassade des États-Unis

en 2001 ou Chérif Kouachi, auteur des attentats parisiens de janvier 2015. Une fois libéré, il aurait aussi noué des contacts avec des personnes orientées « vers la lutte armée en Syrie » en voulant lui-même « se rendre sur zone ». Sur la base de ces documents, ces cinq hommes, tous binationaux avaient alors été déchus de la nationalité française en octobre 2015, ce qui permet désormais de les renvoyer vers leur pays d’origine : la Turquie ou le Maroc. Défendant ces cinq hommes, Me William Bourdon dénonce depuis le début ces notes. « Mes clients nient fermement leur contenu, qui n’a jamais été corroboré par la moindre preuve », dit-il en poursuivant : « Le ministère de l’Intérieur a jeté en pâture publiquement, à l’automne 2015, ces cinq personnes et s’est servi de leur cas pour mener une véritable opération de communication avant les élections régionales. On s’est servi, dans ce dossier, comme dans bien d’autres, de notes blanches, véritables “lettres de cachet” modernes, pour les diaboliser de façon totalement artificielle. » Pour trois de ces cinq hommes, la procédure s’est, pour l’heure, arrêtée au stade de la perte de la nationalité française. Mais elle s’est donc poursuivie pour Redouane Aberbri et Rachid Ait El Haj. La commission d’expulsion des étrangers, qui s’est réunie fin octobre dernier au TGI de Versailles, a donné un avis favorable à leur retour vers le Maroc. Il est indiqué à leur sujet que sont « relevés des liens avec l’auteur de l’assassinat de deux fonctionnaires de police à Magnanville le 13 juin 2016 ». Dans cette décision, il est aussi précisé que ces contacts ont eu lieu « peu de temps avant les faits et durant plusieurs mois. » C’est au lendemain de cet avis consultatif que leur avocat avait saisi la CEDH afin « qu’elle ordonne la suspension de la procédure d’expulsion si celle-ci suivait son cours ». Les juges de Strasbourg se prononceront en urgence si la procédure, aujourd’hui en suspens, était relancée par l’État français. ■

A

Déchus de leur nationalité française, deux habitants des Yvelines, suspectés de liens avec la mouvance terroriste, refusent leur retour au Maroc.


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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SOCIÉTÉ

Migrants : le « délit de solidarité » en débat Des associations veulent supprimer un texte de loi qui permet de poursuivre ceux qui aident les clandestins. DELPHINE DE MALLEVOÜE

IMMIGRATION Rouvert avec les récents procès de citoyens qui ont aidé des migrants en les hébergeant chez eux ou en les véhiculant sur le territoire, le débat sur le « délit de solidarité » remobilise aujourd’hui les collectifs de soutien aux immigrés qui appellent à sa suppression. Jeudi, cent organisations ont publié un manifeste dénonçant les « mesures d’intimidation », les « poursuites » et « condamnations » de citoyens, la « recrudescence de cas où la solidarité est tenue pour un délit » et les autorités qui « n’hésitent pas à les assimiler » aux « passeurs et trafiquants en tout genre ». Elles promettent « toutes sortes d’actions » dans les semaines qui viennent afin que soit préservé « le droit d’agir en toute humanité ». Depuis plusieurs années, le législateur est interpellé sur les limites de cette notion qui n’a pourtant pas d’existence juridique, donnant lieu devant les tribunaux à des appréciations d’une grande disparité. Aucun texte de loi ne fait mention du « délit de solidarité ». En revanche, il découle de l’article L 622-1 du Code de l’entrée, du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda), qui dispose que « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France » encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. C’est l’utilisation de ce texte - originellement pour lutter contre les réseaux de passeurs et de trafic humain - contre des particuliers venant en aide aux migrants qui a fait naître cette expression de « délit de solidarité ». Un slogan politique inventé en 1995 par le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) pour dénoncer la multiplication des procès de citoyens qui avaient aidé des sans-papiers. Depuis, les « délinquants solidaires » demandent régulièrement aux pouvoirs publics de supprimer le délit, en l’abolissant ou en amendant le texte de loi de cas d’exception et d’immunité. Le Gisti, lui, est pour « sa suppression pure et simple ». Et pour Marie Duflo, sa secrétaire générale, il y a urgence. « Face aux difficultés de plus en plus grandes des étrangers, les Français qui veulent aider, par humanité et parce qu’il faut bien pallier les

L’agriculteur, Cédric Herrou (à gauche) a transporté clandestinement et hébergé des migrants à son domicile à Breil-sur-Roya près de Nice. manquements criants de l’État, sont de plus en plus nombreux, explique-t-elle. Dissuader leurs efforts de solidarité en s’ingéniant à trouver des motifs de condamnation crée une situation très dangereuse. »

Une région sous tension Face aux pressions, la loi a connu des aménagements. Au début des années 2000, la notion de « danger actuel ou imminent » encouru par un étranger et pouvant justifier de lui venir en aide a été ajoutée au texte. Mais les ambiguïtés persistent dans l’interprétation des tribunaux, même si une circulaire de 2009 demande aux procureurs d’interpréter largement les conditions dans lesquelles le soutien aux immigrés clandestins est justifié. Même chose après que la loi du 31 décembre 2012 a établi une distinction entre des réseaux de trafic et les citoyens ou bénévoles d’associations. Si le texte protège de toutes poursuites les personnes qui ont donné, sans contrepartie directe ou indirecte, « des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d’hébergement ou de soins médi-

caux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci », les condamnations tombent, selon des motifs hétérogènes. Le tribunal correctionnel de Bonneville, en Haute-Savoie, a ainsi jugé coupable, en avril dernier, l’ancien maire d’une petite commune de la région, Fernand Bosson, pour avoir hébergé pendant deux ans une famille kosovare déboutée du droit d’asile. L’ancien élu a néanmoins été dispensé de peine. Il y a quelques semaines encore, c’est un Niçois, Pierre-Alain Mannoni, professeur à l’université de Nice Sophia Antipolis et chercheur au CNRS, qui a comparu devant la justice pour avoir véhiculé trois jeunes Érythréennes blessées, d’un camp de migrants dans la vallée de la Roya à la gare de Nice, pour qu’elles aillent se faire soigner à Marseille. Il a été relaxé, alors qu’un emprisonnement avec sursis était requis, mais le parquet de Nice a fait appel. « La loi de 2012 a créé quelques possibilités de dispense de poursuites mais elle ne

s’applique qu’au séjour, pas à l’entrée ni à la circulation sur le territoire, explique Marie Duflo. Il faut supprimer ce délit spécifique à la solidarité parce qu’il est injuste et inutile : le Code pénal est là pour tous les cas délictueux. » Ce débat met même toute une région sous tension : la vallée de la Roya, à la frontière italienne, dans les Alpes-Maritimes, où transitent des milliers de migrants avec l’aide d’habitants ralliés à l’association « Roya citoyenne ». Début décembre, 275 d’entre eux ont déposé une plainte contre X visant les autorités françaises, pour « délaissement de mineurs isolés étrangers ». Ce à quoi le député (LR) et président du conseil départemental des AlpesMaritimes, Éric Ciotti, a réagi en portant lui-même plainte contre cette « poignée d’activistes » qu’il qualifie de « passeurs ». Un agriculteur du coin, lui, Cédric Herrou, attend son jugement. Début janvier, huit mois de prison avec sursis ont été requis contre lui pour avoir aidé deux cents migrants en les hébergeant et en les véhiculant. La décision sera rendue le 10 février. ■

« On peut aider son prochain en restant dans la légalité ! » Il « n’appartient

pas à un particulier de mettre en cause l’action ou non de l’État sans saisir les juridictions compétentes

»

Jacky Coulon est secrétaire national de l’Union syndicale des magistrats (USM). LE FIGARO. - La loi est-elle assez claire pour arbitrer la question de l’aide citoyenne aux immigrés clandestins ? Jacky COULON. - Les textes sont d’une clarté suffisante pour permettre au juge une large interprétation, pour prendre en considération la diversité des situations. D’autant que la loi du 31 décembre 2012 est venue préciser que l’aide au séjour irrégulier n’était pas punissable lorsque la personne avait agi sans contrepartie et uniquement dans un but humanitaire. Il

faut rappeler que l’appellation « délit de solidarité », qui est impropre, peut recouvrir plusieurs qualifications pénales qui, elles, sont très bien définies par la loi. Lesquelles ? Les fausses attestations d’hébergement, l’emploi d’un travailleur en situation irrégulière, la location de logement insalubre… Sous couvert d’humanité et en toute bonne foi, certains peuvent se rendre coupables d’infractions dommageables. Avez-vous eu un cas récent à juger ? Un retraité avait établi une fausse attestation d’hébergement pour aider une ressortissante congolaise

dans le cas de l’instruction de sa demande d’asile. Il a été poursuivi par le procureur du Havre, il y a deux ans, et l’affaire n’est toujours pas terminée. D’abord condamné à une peine d’amende avec sursis, il a contesté la décision devant la cour d’appel de Rouen où il a fait plaider « l’état de nécessité » de l’immigrée. Il estimait que cette fausse attestation évitait un mal plus grand, l’intégrité physique de cette personne étant selon lui en jeu pour des raisons de santé. Le retraité est alors relaxé, mais le parquet fait un pourvoi et, devant la Cour de cassation, en 2016, « l’état de nécessité » est jugé « non caractérisé ». Renvoyé devant la cour d’appel de

Caen, il a de nouveau plaidé qu’il y avait urgence à empêcher son expulsion pour des raisons médicales. Nouvelle relaxe, en novembre dernier. Aujourd’hui, un nouveau pourvoi du procureur général de Caen est pendant devant la Cour de cassation… Des citoyens disent se mettre dans l’illégalité, car l’État ne respecte pas le droit des étrangers… Il n’appartient pas à un particulier de mettre en cause l’action ou non de l’État sans saisir les juridictions compétentes. On peut très bien aider son prochain en restant dans la légalité ! ■ PROPOS RECUEILLIS PAR D. DE M.

VINCENT WARTNER / RIVA PRESS

ZOOM Les adoptions à l’étranger de nouveau en baisse en France

Le nombre d’adoptions à l’étranger est en baisse en 2016, pour la sixième année consécutive. Le nombre de visas délivrés est passé de 815 en 2015 à 725 (hors République démocratique du Congo) en 2016. L’année 2015 avait enregistré une chute de 24 % par rapport à 2014, elle-même en recul de 20 %, a souligné la Mission de l’adoption internationale du Quai d’Orsay.

EN BREF La perpétuité pour avoir abattu trois personnes à Istres

Karl Rose, un jeune homme de 23 ans à l’enfance chaotique et passionné d’armes à feu, a été condamné jeudi à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, pour le meurtre à la kalachnikov de trois personnes et pour en avoir blessé une quatrième à Istres en 2013.

Chartres : un enseignant soupçonné d’agression sexuelle Un enseignant de 53 ans d’un lycée privé de Chartres, déjà condamné par le passé pour agressions sexuelles sur mineurs, a été mis en examen mercredi pour des faits semblables qui se seraient produits à son domicile sur l’un de ses élèves de 15 ans, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.

AUCŒURDEL’HISTOIRE

A

14H-15H30 FRANCK FERRAND

#ACDH


LE FIGARO

vendredi 13 janvier 2017

SOCIÉTÉ

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L’Église catholique va-t-elle ouvrir le débat sur le célibat sacerdotal ? Le Vatican publie ce vendredi le « questionnaire » préalable au prochain synode sur les jeunes et les vocations dans l’Église catholique qui se déroulera en octobre 2018. JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois

RELIGION Le pape François lance ce vendredi 13 janvier un nouveau synode mondial. Non pas sur la famille comme il le fit en 2014 et 2015 - avec la fameuse question de l’accueil des personnes divorcées remariées - mais sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations ». L’assemblée synodale et romaine des évêques est seulement programmée pour le mois d’octobre 2018 mais la réflexion commence dès ce mois de janvier avec une enquête mondiale préalable, lancée dans toute l’Église catholique, diocèses, paroisses, mouvements, sur ce thème. Cela passe concrètement par un « questionnaire », publié ce vendredi au Vatican. Il va permettre d’ici la fin de l’année 2017 de dresser un diagnostic de la situation réelle des vocations, d’établir un état des problèmes posés et de proposer d’éventuelles pistes de solutions. Une fois les dizaines de milliers de réponses engrangées, le Vatican en produira une première synthèse sous la forme d’un « document de travail ». Ce document est stratégique car il sera le point de départ des débats entre environ deux cents évêques - essentiellement élus par les conférences épiscopales - qui siégeront pendant les trois semaines synodales au Vatican. Tout comme est stratégique de ce point de vue, la nature des questions posées dans le document de ce jour. Car elles orienteront à long terme les débats du prochain synode.

Après les scandales de pédophilie, il n’y a pas beaucoup de suspens à attendre sur les questions qui seront posées quant à l’exigence du discernement psychologique des candidats au sacerdoce. Mais un autre sujet domine les esprits quand la question des vocations dans l’Église catholique est évoquée, celui du célibat sacerdotal. Si l’Église sait, par expérience - dans les Églises catholiques orientales où les prêtres peuvent être mariés, chez les orthodoxes mais aussi chez les pasteurs protestants - que ce que l’on appelle le « mariage des prêtres » ne résout pas la crise des vocations, Rome se pose une question moins ouverte mais très sérieuse sur ce thème : non pas proposer le mariage possible à de jeunes séminaristes mais permettre dans certaines régions du monde à des hommes mariés, mûrs et n’ayant plus leurs enfants à charge de… devenir prêtres.

de sur la famille. Mais il est tout aussi possible que le pape François - dont plusieurs proches affirment qu’il voudrait avancer sur les « viri probati » - ait choisi d’attendre que les réponses aux questionnaires qui remonteront insistent elles-mêmes pour ouvrir la question du célibat sacerdotal. En attendant, François a autorisé en 2013 l’épiscopat brésilien à lancer une commission d’étude sur les « viri probati ». Par ailleurs, le 3 janvier dernier, le théologien de la libération Leonardo Boff, ancien prêtre, aujourd’hui marié, a assuré que « le pape François est prêt à autoriser pour une phase expérimentale, préliminaire, limitée au Brésil, le retour au sacerdoce d’anciens prêtres qui l’ont quitté parce qu’ils se sont mariés ». La prudence est de mise sur ce genre de déclaration mais elle montre toutefois que le débat couve. ■

Le pape François au Vatican, le 11 janvier.

ANDREAS SOLARO/AFP

La prudence est de mise L’Église catholique appelle cette catégorie d’hommes les « viri probati ». Cela peut être des diacres permanents, des laïcs mariés. Mais cela pourrait être, dans des pays moins développés, le laïc responsable de la communauté catholique du village, un homme qui a fait ses preuves de stabilité et d’unité. Si, donc, ce vendredi, la question des « viri probati » est posée dans le questionnaire du Vatican, ce serait l’indice objectif que l’Église pourrait aller dans ce sens. Un peu comme fut effectivement posée la question des divorcés remariés dans le questionnaire préalable du syno-

LE MONDE catholique français est en émoi. Il se pose des questions fondamentales sur son identité... politique. L’année 2016, en effet, a donné l’impression que « les catholiques » de France auraient subitement basculé à droite. Deux faits pourraient le laisser penser. Les élections régionales (décembre 2015) d’abord, où un sondage Ifop-Pélerin affirmait qu’une partie des catholiques pratiquants avaient voté en faveur du Front national : 24 %, alors qu’ils étaient en moyenne autour de 9 % lors des élections précédentes, à l’image de toute la société. Et le résultat des primaires de la droite et du centre, où une partie du succès de François Fillon a été attribuée à un « vote catholique ». Pour répondre à ce qu’ils considèrent comme une distorsion de la réalité catholique, deux médias du groupe Bayard, le quotidien La Croix et l’hebdomadaire Pèlerin, ont commandé une nouvelle enquête à l’institut Ipsos, publiée le 12 janvier.

Des « familles » assez confuses Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, se félicite dans Pèlerin que cette enquête sorte de l’interprétation « clivante » de « différents médias français » qui a « contribué à donner une image d’un catholicisme étroit, conservateur, de droite ». Au contraire d’un « catholicisme standard, uniforme, organisé », ce sondage ferait apparaître « la diversité » des catholiques sans laquelle « l’Église deviendrait une secte » à « l’élitisme insupportable ». Il ajoute : « Cette diversité nous garde de tomber dans le fondamentalisme ou dans le militantisme trop étroit. » Pour prouver cette « diversité » l’enquête a donc créé, notamment sous la houlette du sociologue Yann Raison du Cleuziou*, un nouveau concept, celui de « catholiques engagés ». Exit la distinction entre catholiques pratiquants (5 % de la population) et catholiques non pratiquants (53,8 %). Les « catholiques engagés » formeraient désormais 23,5 % des

Français. Ce qui permettrait de cerner « le catholicisme réel » selon le sociologue : des gens qui vont plus ou moins à la messe mais qui « ont pris un engagement au nom de leur foi, se marier à l’Église, inscrire ses enfants au caté, même s’ils ne pratiquent pas... ». Ce catholicisme engagé se déclinerait en en six « familles » : les « festifs culturels » - 45 % précisément - peu engagés sinon à Noël ; les « saisonniers fraternels », 26 %, plutôt axés sur la solidarité ; les « conciliaires », 14 % difficiles à caractériser ; les « émancipés » 4 %, plutôt éthiquement libéraux ; les « inspirés » 4 %, plutôt charismatiques. Enfin, les « observants », 7 % qui vont à la messe et qui sont plutôt « Manif pour tous ». « Ce profil existe », écrit Pèlerin, « mais il ne représente que 7 % des catholiques engagés ». Les cathos qui « votent à droite » et « tiennent un drapeau Manif pour tous » ne seraient, donc, selon cette étude qu’une minorité bruyante. CQFD Deux problèmes toutefois : ces nouvelles « familles », assez confuses, difficiles à saisir, ne classent pas en réalité les catholiques, car beaucoup se retrouvent dans trois ou quatre d’entre elles, très rarement dans une seule. Ce qui met en cause la validité des pourcentages. Second problème, l’étude ne rappelle pas la moyenne du vote catholique depuis des décennies, constante et têtue selon tous les instituts de sondages : les trois quarts des catholiques votent en France à droite et au centre. À se demander donc si cette étude sur les « catholiques engagés » ne serait pas, elle-même, un tantinet... engagée ? J. - M. G. * Il est l’auteur d’un ouvrage « Qui sont les cathos aujourd’hui ?» (DDB - 2014) à la fiabilité discutée puisque l’écrasante majorité des 177 entretiens qui avaient alors servi à analyser le profil des catholiques avaient été sélectionnés par l’association progressiste chrétienne Confrontations qui soutenait l’étude. Favorisant donc une génération âgée et plutôt à gauche du catholicisme.

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Une étude équivoque sur le visage des catholiques


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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SCIENCES

Thomas Pesquet est prêt pour sa grande sortie en scaphandre en dehors de l’ISS L’astronaute de l’Agence européenne va devenir le quatrième Français à réaliser une sortie dans l’espace.

TRISTAN VEY £@veytristan

ESPACE Sortir dans le vide de l’espace avec pour seule protection sa combinaison spatiale est le rêve de tous les astronautes. Thomas Pesquet aura la chance de vivre ce moment privilégié vendredi. À 13 h 05, heure française, l’ex-pilote de ligne d’Air France s’élancera depuis le module Quest américain pour une mission éprouvante de 6 h 30. S’il est le 10e astronaute français de l’histoire, il sera seulement le quatrième à effectuer une telle « sortie extravéhiculaire » ou EVA, dans le jargon de la Nasa. Il faut remonter à 2002 pour trouver trace de la précédente sortie. Philippe Perrin (lire interview ci-dessous) avait alors eu la lourde tâche de réparer le bras robotique de l’ISS sans lequel il aurait été impossible de poursuivre son assemblage. Thomas Pesquet et son collègue américain Shane Kimbrough doivent pour leur part changer les batteries en fin de vie qui stockent l’énergie recueillie par les panneaux solaires pendant les 45 minutes de jour pour alimenter les astronautes pendant les 45 minutes de nuit (l’ISS fait 16 fois le tour de la Terre par 24 heures). Le cargo automatique japonais HTV-6 a amené fin décembre six de ces nouvelles batteries lithium-ion. Il en faudra 12 au total pour remplacer les 24 batteries précédentes nickel-dihy-

drogène. Et quatre sorties extravéhiculaires pour les mettre en service. Une partie des manutentions a déjà pu être effectuée par les bras canadiens robotisés Canadarm2 et Dextre. Ce dernier a permis d’enlever les vieilles batteries et de les remplacer par les nouvelles. Mais certaines opérations fines ne peuvent être effectuées avec cet équipement, aussi sophistiqué soit-il. Vendredi dernier, Shane Kimbrough (dont c’était la 3e sortie) et sa compatriote Peggy Whitson (7e sortie) ont ainsi dû effectuer certains raccordements et fixer plusieurs adaptateurs permettant au bras robotisé de retirer puis d’installer de nouveaux accumulateurs. « Faire une EVA n’est jamais anodin », prévient le Belge Frank De Winne, responsable du Centre des astronautes européens. « C’est un accomplissement

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pour un astronaute, mais c’est aussi la tâche la plus éprouvante physiquement et mentalement. » Les astronautes doivent se battre avec leur scaphandre pressurisé. « Fermer le poing revient à écraser une balle de tennis », nous expliquait Thomas Pesquet en évoquant ses longues séances d’entraînement en piscine à Houston (où il avait obtenu les meilleures notes). Le jour même, tout commence très tôt, à 6 h 35. Les astronautes font plusieurs heures de sport sous oxygène pur pour débarrasser leur sang de son azote et limiter le risque d’accidents de décompression. Puis ils doivent s’équiper en suivant une longue liste de vérifications. Le principal risque des EVA est lié à la combinaison. Un défaut d’étanchéité peut avoir raison d’un astronaute en

moins d’une minute. Toute faille du système autonome de refroidissement ou d’oxygénation peut également mettre sa vie en danger. En 2013, l’astronaute italien Luca Parmitano a été victime d’une fuite d’eau à l’intérieur de sa combinaison. De l’eau contaminée s’est accumulée dans son scaphandre, l’empêchant pratiquement de respirer. Les combinaisons ont depuis été modifiées. L’eau qui circule dans la combinaison pour réguler la température est désormais potable, et une « paille » puisant de l’air au niveau des pieds doit permette aux astronautes de respirer quoi qu’il arrive. Le risque identifié le plus imprévisible reste d’être percuté par un petit débris. Comme dans le film Gravity, qui met en scène une sortie qui tourne mal en raison d’une collision spectaculaire. Aucun astronaute n’a toutefois été victime d’une telle avarie à ce jour.

A 13h05* Thomas Pesquet et Shane Kimbrough, équipés de leur scaphandre, sortent de l’ISS par l’écoutille. *heure française

Sas Quest

Masse : 400 tonnes Longueur : 100 m Orbite : 400 km d'altitude Vitesse : 28 000 km/h

Lumière et caméra

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ISS

Après avoir dépressurisé le sas de sortie et vérifier le bon fonctionnement de leur combinaison, il faudra un bon quart d’heure à Thomas et Shane pour parcourir les 50 mètres qui séparent le sas de sortie de la zone de travail. « Il faut toujours avoir deux points d’attache à la station », détaille Frank De Winne. « Il y a un câble de sécurité fixé à l’arrière de la combinaison qui s’enroule et se déroule automatiquement. Le deuxième point d’accroche peut être une main agrippée à l’une des rambardes qui recouvrent la station ou un deuxième câble arrimé à un point d’attache si l’astronaute a besoin d’avoir les mains libres pour travailler. » Au cas où les astronautes seraient éjectés de la station, un petit système de propulsion fixé dans leur dos doit leur permettre de revenir. Dérivé du « jetpack » américain MMU, testé à trois reprises en 1984, il fut jugé trop risqué pour être utilisé en routine. C’est donc un système de secours qui n’a à ce jour jamais été mis en œuvre. Espérons que Thomas ne deviendra pas le premier à devoir y recourir. ■

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Une traversée de 50 m

Au niveau de la section S4, Pesquet et Kimbrough doivent finir l’installation des trois nouvelles batteries lithium-ion, grosses comme de petits réfrigérateurs.

Équipement de survie (oxygène)

Les nouvelles batteries au lithium et des adaptateurs ont été transportés du cargo japonais vers la section S4 de la poutre principale par les bras robotiques canadiens.

Assurés par des câbles de liaison, les astronautes longent la grande poutre principale jusqu’à leur poste de travail.

Visière antisolaire

Panneau de commandes

Revêtement de sécurité

Sources : Reuters, Graphic News

COMBINAISON SPATIALE EMU DE LA NASA

Masse : 140 kg

Philippe Perrin : « On devient un satellite, projeté dans l’espace » PROPOS RECUEILLIS PAR

CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan

THOMAS PESQUET va rejoindre JeanLoup Chrétien, Jean-Pierre Haigneré et Philippe Perrin dans le club très fermé des astronautes français qui ont réalisé une sortie extravéhiculaire (EVA). Le dernier en date, Philippe Perrin, actuellement pilote d’essai chez Airbus à Toulouse, est aussi le recordman national en la matière, avec trois sorties et vingt heures cumulées en dehors de la Station spatiale internationale, lors d’une mission de quatorze jours en 2002.

lingue. À l’extérieur, en scaphandre, on devient un satellite, on est projeté dans l’espace. C’est une expérience qui touche au nirvana. J’ai ressenti une sorte de bienêtre total et j’aurais voulu que ce moment dure toujours.

LE FIGARO. - Pourquoi une sortie dans l’espace est-elle un moment si spécial ? Philippe PERRIN. - Une sortie en scaphandre est à la fois un grand privilège et une grande responsabilité. Un vrai défi à relever pour Thomas Pesquet, qui est, j’en suis sûr, parfaitement conscient de la confiance que la Nasa lui fait en lui donnant une tâche si importante. C’est un moment unique dans une vie. À l’intérieur de la station, on flotte aussi en apesanteur, mais on reste protégé par la car-

Les entraînements en piscine préparent-ils bien à la réalité d’une sortie en scaphandre ? Oui, ils sont très importants. Quand Thomas va sortir du sas, il va tout de suite reconnaître tous les modules de la station, qui sont parfaitement reproduits à l’échelle 1 dans la piscine de Houston. Tout est à sa place. C’est à la fois irréel, avec le vide et la présence de la Terre en dessous, et familier. Il n’aura pas d’hésitation pour se repérer et saura immédiatement où il doit aller pour faire son travail. En revanche, en piscine, votre scaphandre flotte comme s’il était en apesanteur, mais votre corps est lui toujours pesant à l’intérieur, ce qui facilite la prise d’appuis pour manipuler les gants. En orbite, le scaphandre n’est pas une deuxième peau, mais plutôt une sorte d’armure dans laquelle on flotte et qu’on doit essayer de

Quelles sont les principales difficultés d’une EVA ? Le premier écueil est psychologique. Quand on sort du sas et qu’on se C’est une expérience qui touche rend compte au nirvana. J’ai ressenti une sorte qu’on est dans le vide, certains de bien-être total, et j’aurais voulu peuvent être saisis Philippe Perrin en sortie extra-véhiculaire que ce moment dure toujours de vertige. Ou (EVA) lors d’une mission en dehors de l’ISS, en 2002. NASA prendre conscienPHILIPPE PERRIN ce du danger, car en cas de problème, la maison est très loin. Après, il faut bien gérer ses efforts car la sortie est longue et la fatigue, à la fois physique et nerveuse, finit par s’installer. On ne s’en rend pas bien compte, mais une EVA est une performance physique épuisante. Il faut notamment avoir des avant-bras bien musclés, car, avec CANDIDAT DE “LA FRANCE INSOUMISE” À L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE - DÉPUTÉ EUROPÉEN les gants pressurisés, chaque geste de la OLIVIER MAZEROLLE - RTL main demande un effort permanent. La EN DIRECT SUR RTL ET EN DIRECT VIDÉO SUR RTL.FR ALEXIS BREZET - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI tension est aussi nerveuse, cela demande une attention constante, pour chaque dé-

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LE GRAND JURY

JEAN-LUC MELENCHON

A

faire bouger. Ce qui demande le plus d’adaptation en orbite, ce sont les mouvements et les déplacements. En piscine, toute rotation du corps et tout mouvement sont très vite freinés par l’eau. Dans l’espace, dès qu’on commence à bouger, rien n’arrête le mouvement. Et bien que l’on soit en apesanteur, il reste tout de même de l’inertie, surtout avec un scaphandre de 150 kg sur le dos. Il ne faut pas s’élancer trop vite au risque d’avoir du mal à s’arrêter par la suite. On repère assez facilement les bons astronautes en EVA, ils sont fluides dans leurs déplacements et contrôlent leur posture sans avoir besoin de compenser des gestes en trop.

DIMANCHE 15 JANVIER - 12H30

placement, pour chaque geste. On a toujours peur d’abîmer l’ISS ou de perdre un objet, qui serait ensuite impossible à récupérer. Quel serait le conseil que vous donneriez à Thomas Pesquet pour sa sortie ? Ça va être un grand moment, et il ne faut surtout pas qu’il passe à côté. Il est là pour une performance technique que la Nasa lui demande de réaliser, mais il ne doit pas oublier qu’il y a aussi lors de cette expérience si spéciale une démarche intellectuelle et poétique, qui touche à la connaissance et à la révélation. Il faut surtout qu’il prenne le temps de regarder le monde. Lors de ma troisième sortie en dehors de l’ISS en 2002, j’avais une responsabilité énorme, qui n’a peutêtre pas été perçue au sol à l’époque. Avec mon coéquipier Franklin Chang-Diaz, nous devions réparer une articulation bloquée sur le bras robotique canadien de la station. Si on ne réussissait pas l’opération et qu’on n’arrivait pas à le rebrancher à la fin de la sortie, le bras était mort, perdu. Et c’est toute la longue séquence d’assemblage des modules de l’ISS qui aurait été lourdement impactée. J’étais tellement focalisé sur le succès de cette sortie qu’en rentrant dans le sas à la fin, épuisé, je me suis rendu compte que je n’avais pas regardé la Terre une seule fois. Lors de sa sortie, il faut que Thomas en profite au maximum, qu’il prenne parfois un peu d’avance sur le planning pour pouvoir avoir le temps de s’imprégner de la vue, de prendre des photos. Ce seront des souvenirs très précieux. Cette sortie va rajouter de la valeur à l’aventure qu’est en train de vivre Thomas Pesquet. ■


LE FIGARO

SPORT

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Beyou : « Le Vendée Globe, c’est un challenge personnel dingue »

Le Breton, troisième derrière le duo Le Cléac’h-Thomson, avoue se surprendre. En bien. PROPOS RECUEILLIS PAR

MARTIN COUTURIÉ £@martincouturie

VOILE La voix est claire, dégagée et en provenance direct du large, entre l’Amérique du Sud et l’Afrique. Jérémie Beyou, skipper de Maître CoQ, signe un beau Vendée Globe malgré une accumulation de soucis techniques. Il prend quelques instants de recul pour se confier au Figaro. LE FIGARO. – Comment allez-vous après 67 jours de course? Jérémie BEYOU. – Je ne suis pas mécontent d’être sorti du pot au noir, parce que j’y ai laissé pas mal de plumes. C’est pénible, parce que tu ne maîtrises rien. Sinon, physiquement, ça va, je n’ai pas de bobo, mais hier soir j’étais bien fatigué et, du coup, j’avais le moral dans les chaussettes. Aujourd’hui, cela va mieux, même si je m’arrache les cheveux en naviguant à l’aveugle, sans info météo. Globalement, cela pique un peu. Cela commence à sentir bon l’écurie ? Cela me paraît loin, dans dix jours. Le bateau va vite, mais il tape beaucoup dans une mer de face. Du coup, avec l’usure, tu serres les fesses à chaque vague, en te disant « J’espère que ça va tenir». Heureusement, j’ai un peu de marge derrière (400 milles sur Jean-Pierre Dick). En revanche, devant, cela va être compliqué d’aller chercher la victoire. Cela va vous agacer de ne pas gagner ? Non, parce que je suis content de la façon dont j’ai navigué et géré ma course avec mes différentes péripéties. Malgré tous mes problèmes, je suis troisième. Et maintenant, je ne sais pas si je ne préférerais pas casser le bateau plutôt que de finir cinquième ou sixième… L’objectif, c’est bien d’arriver troisième (déterminé).

vendredi 13 janvier 2017

Selfie de Jérémie Beyou envoyé le 28 décembre 2016 depuis son bateau Maître CoQ. Globalement, comment avez-vous vécu ce tour du monde ? Cela a été une découverte. Je ne me pensais pas capable de surmonter autant d’emmerdes. Du fait d’avoir abandonné tôt mes deux premiers Vendée Globe, je n’avais pas bien appréhendé cette facette technique de la course. Et je suis content d’avoir réussi à gérer et à prendre sur moi pour accepter de ne pas avoir un bateau parfait. Je suis assez fier de ça. C’est beau d’arriver à se surprendre… À 40 ans… Le Vendée Globe est avant tout une course contre soi-même. C’est un challenge personnel dingue. Chaque jour, il y a un nouveau défi à relever. C’est toi qui y arrives, ou pas, avec ton physique et ton mental. Je ne pensais pas avoir autant

JÉRÉMIE BEYOU

de ressources en moi. Tu es les bras en croix allongé sur le pont parce que tu n’en peux plus, et il faut que tu arrives à te relever. C’est un truc de fou. Il n’y a rien de comparable à un Vendée Globe. C’est hors norme. Vous avez eu le temps de mettre le nez à la fenêtre pour regarder dehors? Pas beaucoup, c’est essentiellement course et problèmes à régler. Et quand je n’en ai pas, j’essaye de me reposer. Il y a eu quelques moments sympas, quand ça glisse tout seul à 15 nœuds. Le plaisir, il vient aussi d’arriver à faire corps avec sa machine. Mon bateau et moi, nous ne faisons plus qu’un. Il me paraît à ma dimension, alors qu’il y a quelques mois, c’était une machine difficile à dompter.

On sent une sérénité importante… Oui, tout à fait. Cela n’a pas toujours été le cas dans ma carrière et dans le Vendée Globe. Cela a vraiment évolué. Aujourd’hui, je suis bien dans le bateau, il n’y a pas d’appréhension. J’arrive bien à en profiter. Un petit mot sur le duel en tête de course : Le Cléac’h peut-il encore être battu ? Bien sûr, avec les conditions météo compliquées jusqu’à l’arrivée. Cela m’a étonné d’entendre certains dire qu’Armel avait course gagnée avant même le cap Horn. C’est un manque de respect pour ceux de derrière. Armel gère bien, notamment ses nerfs, parce qu’il s’est bien fait remonter. Mais malheureusement pour lui, ce n’est pas encore gagné… ■

Le Graal à portée d’étrave LE CARNET DE BORD DE

Fabrice Amedeo

C’

est un mélange d’excitation et d’appréhension qui règne à bord de Newrest-Matmut (12e). À moins de 700 milles du cap Horn, ce vendredi, je suis en passe de réaliser mon rêve en franchissant le rocher mythique d’ici deux jours. Au moment d’une vacation au passage du cap Horn lors de son récent record autour du monde, Thomas Coville avait dit : « Au Horn, il n’y a pas d’imposteur. » À l’époque au début des mers du Sud, je n’avais pas forcément compris. Aujourd’hui, je me reconnais dans ses mots. Pour arriver là, je n’ai pas triché : ni avec moi-même, ni avec mon bateau, ni avec l’âpreté des éléments. J’ai eu droit à mes dépressions ; sept en tout, dont deux avec des vents proches de 50 nœuds. J’ai eu mon lot de galères : une grand-voile déchirée, une montée en tête de mât, trois jours d’arrêt dans une barrière anticyclonique. Je crois pouvoir dire que j’ai mérité mon cap Horn ! Ce franchissement sera une libération puisque je vais pouvoir faire route au nord. Mais le chemin vers Les Sables-d’Olonne est encore long. 7 000 milles exactement. Et le prix à payer pour gravir l’Everest de ma vie : boucler le Vendée Globe.

EN BREF Hand : acte II pour les Bleus

Deux jours après des débuts fracassants contre le Brésil (31-16), les Français affrontent les modestes Japonais vendredi (17 h 45, Be IN Sports) à Nantes, où ils ont pris leurs quartiers, avec l’ambition de réaliser une nouvelle démonstration dans « leur » Mondial. Le Danemark, champion olympique, s’élancera, lui, face à l’Argentine (20 h 45) à Paris.

COMMUNIQUÉ

CONFERENCE MINISTERIELLE A PARIS DIMANCHE 15 JANVIER 2017

NOUVEAUX ACCORDS DE MUNICH ? A l’initiative de la France, 70 Etats seront représentés à Paris le 15 janvier pour imposer leur conception de la paix entre israéliens et palestiniens. Cette apparence d’équilibre n’est en fait qu’un simulacre car bon nombre de pays appartenant au monde arabo-musulman sont connus pour leur hostilité à Israël, NON A L’INTIFADA DES NATIONS CONTRE ISRAEL. Cette conférence aboutira à une condamnation inique d’Israël. Il est criminel de donner l’illusion d’un « droit au retour » de réfugiés qui signifierait la fin de l’Etat juif. Pourquoi vouloir imposer un tel plan qui n’est pas accepté par les deux parties ?

Pourquoi imposer aux juifs de renoncer à Jérusalem, leur premier Lieu Saint ? SEUL UN DIALOGUE DIRECT ENTRE LES PARTIES, SANS CONDITIONS PREALABLES, PEUT ABOUTIR A LA PAIX. LE COLLECTIF D’URGENCE -BNVCA, EUROPE ISRAËL, KKL, SIONA, UPJF, ASI, BN’BRITH Ben Gourion, Conf.Juifs de France, Impact, IIF Israel For Ever, LIBI, OJE, CCJ 93- en coordination avec toutes les communautés juives et amis d’Israël du monde entier, appelle les Ministres présents à la conférence à ne pas cautionner ce projet d’ingérence internationale.

NOUS APPELONS A UNE MANIFESTATION DE PROTESTATION DIMANCHE 15 JANVIER A 11 H DEVANT L’AMBASSSADE D’ISRAEL A PARIS – 3 rue RABELAIS -75008 PARIS Métro Franklin Roosevelt

BNVCA – EUROPE ISRAEL – KKL – SIONA - UPJF

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LE COMBAT NE FAIT QUE COMMENCER Rejoignez le Collectif d’Urgence : collectifurgence@gmail.com


vendredi 13 janvier 2017

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LE CARNET DU JOUR

conférences L'Alliance Israélite Universelle

vous invite le dimanche 15 janvier 2017 de 15 heures à 19 heures, pour un hommage à Colette Baer (1931-2016), autour du thème,

La vie intellectuelle juive après la guerre : reconstruction et transmission

avec de nombreux intervenants, 6 bis, rue Michel-Ange, 75016 Paris (métro Michel-Ange-Auteuil). Réservation obligatoire : maber@aiu.org ou 01 55 74 79 10.

deuils Mme Hélène Antadzé, M. et Mme Vladimir Antadzé, leurs enfants et petits-enfants, le prince et la princesse Alexandre Troubetzkoï, leurs enfants et petits-enfants ont la tristesse de faire part du rappel à Dieu de

M. Michel ANTADZÉ leur frère, oncle et grand-oncle, dans sa 86e année. La cérémonie religieuse se déroulera le samedi 14 janvier 2017, à 10 h 30, en l'église géorgienne Sainte-Nino, 6-8, rue de la Rosière, à Paris (15e). Elle sera suivie de l'inhumation vers 12 heures, au cimetière de Leuville-sur-Orge (Essonne). Mémoire éternelle ! M. Didier Migaud, premier président de la

Cour des comptes

et l'ensemble des magistrats et personnels des juridictions financières ont la tristesse de faire part du décès de

Pierre ARPAILLANGE ancien premier président de la Cour des comptes, ancien garde des Sceaux, ministre de la Justice, ancien procureur général près la Cour de cassation, grand officier de la Légion d'honneur, officier de l'ordre national du Mérite, croix du combattant volontaire de la Résistance, officier des Palmes académiques, survenu le 11 janvier 2017. La Cour des comptes présente ses sincères condoléances à sa famille et s'associe à sa peine. Claudie et Richard Benamou, ses parents, Claire Oldak Benamou, son épouse, Nathan et Raphaël, ses enfants, Vanessa et Hervé Gozlan, sa sœur et son beau-frère, Salomé, Johan, Ari et Ava, ses neveux et nièces, Salomon Benguigui, son grand-père, ont la grande tristesse de vous faire part du décès de

Grégory Ilan BENAMOU survenu le 25 décembre 2016, à l'âge de 48 ans. Ses obsèques ont eu lieu le 26 décembre. Les prières du mois se feront le dimanche 22 janvier 2017, à 19 heures, à la synagogue de Charenton-le-Pont, 41, rue des Bordeaux. La famille remercie particulièrement le grand rabbin David Shoushana, la communauté de Charenton (Association culturelle israélite de Charenton), le Beth Habad et tous ses nombreux amis pour le grand soutien qu'ils leur ont apporté. famille.benamou@gmail.com On nous prie d'annoncer le rappel à Dieu de

Daniel BOSCHER

chevalier de la Légion d'honneur, le 8 janvier 2017, muni des sacrements de l'Église, à l'âge de 71 ans. De la part de M. Christian Boscher, son frère, ses neveux et nièces, des familles Boscher, Letellier et Sandelin et tous ses proches si présents à ses côtés ces dernières semaines. La cérémonie religieuse aura lieu le samedi 14 janvier, à 11 heures, en la basilique Notre-Dame-de-Cléry, à Cléry-Saint-André (Loiret).

Anne Bensoussan, sa fille, Pauline Cohen, sa petite-fille, Anne-Marie Caron, Marie-Hélène Luquet, ses nièces, Violette Djan, sa très chère amie, ont la douleur de vous faire part du décès de

Christiane BENSOUSSAN née Théus,

le mardi 10 janvier 2017, à l'âge de 90 ans. Christiane aurait aimé qu'on associe le souvenir de son mari,

Edgar Bensoussan

mort le 11 février 2014, et de son fils,

Jean-Louis Bensoussan

mort le 13 avril 1975.

La cérémonie aura lieu le samedi 14 janvier, à 10 h 30, en l'église Notre-Dame-d'Auteuil, place de l'Église-d'Auteuil, à Paris (16e), suivie de l'inhumation au cimetière du Montparnasse. 6, rue de la Cure, 75016 Paris. Mme Albert Chazal, son épouse, Philippe, Nathalie, Olivia, Vincent, ses enfants, et leurs conjoints, ses 11 petits-enfants, M. Maurice Chazal, son frère, son épouse et leurs enfants, Alain Kleiner et Patricia Chenet, son neveu et sa nièce, ont la grande douleur de vous faire part du décès de

M. Albert CHAZAL survenu le 10 janvier 2017, à l'âge de 93 ans. La cérémonie religieuse aura lieu dans l'intimité familiale, le samedi 14 janvier, en l'église de La Valla-sur-Rochefort (Loire). Une messe sera dite le samedi 28 janvier, à 12 heures, en la chapelle des sœurs de l'Assomption, 17, rue de l'Assomption, à Paris (16e). Ni fleurs ni couronnes. Les dons seront destinés aux bonnes œuvres du père Hubert Barbier. Savignies (Oise). M. et Mme Jean-Cyril Wetzel, Mme Caroline Wetzel, Agnès, Alice, Justine, Julia, Bryan Dusausoy, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, son neveu et ses nièces, les familles Dusausoy Duperrey, Costil et Bedu ainsi que tous ses amis ont la tristesse de vous faire part du décès de

Mme Jacqueline DUSAUSOY née Duperrey,

le 10 janvier 2017. La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église Saint-Rémi de Savignies, le lundi 16 janvier, à 15 heures. Urrugne, Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques). Nicole Fallery, son épouse, ses enfants ont la tristesse de vous faire part du décès de

Jean-Daniel FALLERY

chevalier de la Légion d'honneur, médaille militaire, croix de guerre 1939-1945 avec palmes, médaille de la Résistance française avec rosette, évadé de France. La cérémonie religieuse sera célébrée le lundi 16 janvier 2017, à 10 h 30, en l'église Saint-Vincent d'Urrugne. Claude Larquier, son frère, Anne Lesage, Jean Ducamp, Marguerite-Marie Brocas, Arnaud Ducamp, ses cousins, et leurs conjoints, Olivier Vicente Sahun, Daniel Castille, Pierre Delom-Sorbé, ses amis, ont la tristesse de vous faire part du décès de

Nancy (Meurthe-et-Moselle).

Rahay (Sarthe).

M. Georges Baratelli et Mme, née Nicole Jeannoutot, ses enfants, M. et Mme Olivier Baratelli, ses petits-enfants, Thibault, Manon, Paul, Caroline, Louise et Lothaire, ses arrière-petits-enfants, ainsi que toute la famille

M. et Mme Jean-Philippe Le Roux, M. et Mme Patrice Le Roux, M. Frédéric Le Roux, ses enfants, ainsi que ses six petits-enfants et ses huit arrière-petits-enfants

ont la grande tristesse de vous faire part du rappel à Dieu de

Mme André JEANNOUTOT née Suzanne Piller,

le 10 janvier 2017, dans sa 105e année, à Villers-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), munie des sacrements de l'Église. La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église Saint-Fiacre de Villers-lès-Nancy, ce vendredi 13 janvier, à 10 heures, suivie de l'inhumation, à 11 heures, dans la sépulture de famille, au cimetière de Préville, à Nancy. Que tous ceux qui l'ont connue et aimée aient une pensée pour elle. Cet avis tient lieu de faire-part.

Louise de PONTON d'AMÉCOURT « Lily »,

survenu le 10 janvier 2017, dans sa 93e année, à Nantes, munie des sacrements de l'Église. La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église Saint-Germain de Rahay, le samedi 14 janvier, à 14 h 30, suivie de l'inhumation dans la chapelle familiale du cimetière de Rahay. Jean-Philippe Le Roux, château des Chevrons, 72120 Rahay.

Ses enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et toute sa famille ont la douleur de vous faire part du décès de

Mme Gilles RENAUD

Bidart (Pyrénées-Atlantiques). Ses enfants, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants vous font part du décès de

Mme Marthe LONGETTI

née Lebon, officier de la Légion d'honneur, croix de guerre 1939-1945, 3 citations, médaille de la Résistance, médaille de la déportation et de l'internement pour faits de Résistance, Medal of Freedom (USA), survenu le 10 janvier 2017. Les visites se feront au funérarium de Biarritz, 19, avenue de Sabaou, salon Atalaya. Les obsèques civiles auront lieu le mardi 17 janvier, à 13 h 30, en la salle du crématorium de Biarritz. Les membres du

Centre de formation des apprentis Sup de Vinci les membres de

l'Association Léonard de Vinci, l'Association pour le développement de l'alternance dans l'enseignement supérieur (Adales) l'Association régionale des directeurs de centres de formation d'apprentis de la Région Ile-de-France (Ardrif) ont l'immense tristesse de vous faire part du décès de

née Geneviève Benoist, survenu le 5 janvier 2017, dans sa 102e année. La cérémonie religieuse a eu lieu dans l'intimité, le 11 janvier 2017, en l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Clamart. Cet avis tient lieu de faire-part. Colette Véron, 52, boulevard Emile-Augier, 75016 Paris.

Sa famille et ses amis nous prient de faire part du décès de

Edouard de RIBAUCOURT avocat honoraire au barreau de Paris,

survenu le 8 janvier 2017, en sa 89e année. Ses obsèques ont eu lieu dans l'intimité. « Si je n'ai pas l'amour je ne suis rien. » Première épître de Paul aux Corinthiens. « A celui qui a, on donnera, à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu 'il a. » Evangile Mathieu 13, 12-25, 29. Marc 4, 25. Luc 19, 26. 3, rue des Vallées, 35870 Le Minihic-sur-Rance.

Colette LUCIEN

fondatrice et ancienne directrice du CFA Léonard de Vinci et d'Adales, ancienne vice-présidente de l'Ardrif, vice-présidente de l'Association Léonard de Vinci, survenu le 9 janvier 2017, à Paris. Une célébration religieuse aura lieu le samedi 14 janvier, à 10 h 30, en l'église Saint-Christophe-de-Javel, 4, rue Saint-Christophe, Paris (15e). Isabelle de Miollis, son épouse, Alban, Clémence, Mathilde, Domitille, Arthur et Diane, ses enfants, Arnauld et Monique de Miollis, ses parents, Emmanuel et Flore de Miollis, Laure et Benoît Fouilland, Bertrand et Bérangère de Miollis, Olivier et Isabelle de Miollis, ses frères et sœur, beau-frère et belles-sœurs, et leurs enfants, Xavier et Christine Geoffroy d'Assy, ses beaux-parents, son beau-frère et ses belles-sœurs, Solange de Tarade, la grand-mère de son épouse, ont la profonde douleur de faire part du rappel à Dieu de

Gilles de MIOLLIS le 12 janvier 2017, à l'âge de 42 ans.

survenu le 3 janvier 2017, à l'âge de 84 ans.

Une première messe aura lieu en l'église Saint-Joseph, à Balma (Haute-Garonne), le samedi 14 janvier, à 15 heures.

La cérémonie religieuse sera célébrée le lundi 16 janvier, à 14 h 30, en l'église Notre-Dame-d'Auteuil, place de l'Église-d'Auteuil, Paris (16e).

La messe d'A-Dieu sera célébrée le mardi 17 janvier, à 14 heures, en l'église de Plestin-les-Grèves (Côtes-d'Armor).

Jacques LARQUIER

ont la tristesse de faire part du décès de

Bernard et Laurence Skalli, Claude et Florence Skalli, Nadine et Hilaire Penel, ses enfants, Florent, Aude, Renaud et Marie-Laure, Agathe et Vincent, Guillaume et Isabelle, Eliott, Elsa, Coralie, Edouard, ses petits-enfants,

disparition

Pierre Arpaillange, ancien garde des Sceaux

Joachim et Noah, ses arrière-petits-fils, ont la tristesse de faire part du décès de

Mme Jeannine SKALLI née Saier,

survenu le jeudi 12 janvier 2017, à l'âge de 87 ans. L'inhumation aura lieu le lundi 16 janvier, à 11 h 30, au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine, 3, rue Victor-Noir. skalli@aol.com

Michel Fulla, son époux, Richard Stoeckel, Frédéric et Franck Stoeckel, ses enfants, Mia et Claire Stoeckel, ses petites-filles, ont la douleur de faire part du décès de

Françoise STOECKEL

Pierre Arpaillange, dans son bureau du ministère de la Justice, en 1988. JOEL ROBINE/AFP

née Fizaine,

ancienne présidente de l'Association nationale de valorisation inter-disciplinaire de la recherche en sciences humaines et sociales auprès des entreprises (Anvie). La crémation aura lieu le mardi 17 janvier 2017, à 14 heures, au crématorium du cimetière du Père Lachaise, Paris (20e).

messes Le secrétaire perpétuel et les membres de

l'Académie française

feront célébrer le mercredi 18 janvier 2017, à 11 heures, en l'église Saint-Germain-des-Prés, Paris (6e), une messe à la mémoire de leur confrère,

Michel DÉON disparu le mercredi 28 décembre 2016.

Une messe sera célébrée le lundi 16 janvier 2017, à 18 h 15, en l'église Saint-Honoré-d'Eylau, avenue Raymond-Poincaré, Paris (16e), à l'intention de

L’ancien premier président de la Cour des comptes (1990-1993), qui fut le ministre de la Justice de François Mitterrand de 1988 à 1990, est décédé à l’âge de 92 ans. Né le 13 mars 1924 à Carlux (Dordogne) dans une famille d’instituteurs, Pierre Arpaillange s’est éteint mercredi soir dans sa maison de retraite du Cannet (Alpes-Maritimes). Ce magistrat avait également été, dans les années 1980, procureur général près la cour d’appel de Paris, puis procureur général près la Cour de cassation. Cet ancien résistant avait débuté comme juge suppléant au tribunal d’Orléans. Gaulliste, il a été, de 1967 à 1974, directeur de cabinet de trois gardes des Sceaux : Jean Foyer, Louis Joxe et Jean Taittinger. Il a aussi dirigé la campagne présidentielle, en 1981, de MarieFrance Garaud. Au printemps 1988, au

lendemain de la première cohabitation, François Mitterrand fait appel à ce réformiste élégant et à l’allure élancée pour succéder, à la Chancellerie, à Albin Chalandon. Son manque de maîtrise des codes de la politique lui vaut alors de passer vingtsept mois difficiles place Vendôme, où il accumule ce qui apparaît comme des bourdes. Il est régulièrement chahuté à l’Assemblée nationale, où sa voix ne porte pas. Lors d’une séance, en 1990, il lance cette fameuse phrase, devenue objet de moqueries : « En 1989, sur 52 évadés, on en a repris 53. » « Durant mon passage au gouvernement, j’ai appris douloureusement qu’en politique, il pouvait ne pas y avoir de limites à la dureté », confie-t-il quelques jours seulement après avoir quitté le gouvernement, en octobre 1990. ■ (AFP)

Anita PAINVIN Jacques, Philippe, Alain, Daniel et Xavier Saint Raymond, ses fils, ainsi que leurs épouses, Ghislaine Brefort, sa fille, ainsi que son époux, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, ses frères et sœurs, ses beaux-frères et belles-sœurs et toute sa famille, en union avec Yves et Bernadette ont la tristesse de faire part du décès de

née Frachon,

rappelée à Dieu le 14 décembre 2016.

messes et anniversaires

Ses guides thématiques pour accompagner les événements de votre vie.

Une messe sera célébrée en la basilique Sainte-Clotilde, rue Las-Cases, Paris (7e), le jeudi 19 janvier 2017, à 19 heures, à l'intention de

Isabelle de ROUX RÉVAY qui nous a quittés il y a cinq ans.

Paul SAINT RAYMOND

chevalier de la Légion d'honneur, chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, survenu le 10 janvier 2017, à l'âge de 99 ans. La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église Saint-Jacques, 167, boulevard Bineau, à Neuilly-sur-Seine, le mardi 17 janvier 2017, à 10 heures.

Ecully. Marseille. Lyon. M. Jean Berthaud, M. Charles Tufelli, ses neveux et nièces, ses petits-neveux et petites-nièces des familles Escoffier, Vial, Berthaud et Tuffelli ont la tristesse de vous faire part du rappel à Dieu de

Mme Alain SERRURIER

offices religieux La Fondation Shmouel et Bassie Azimov vous informe que

deux bougies pour les femmes mariées, une bougie pour les jeunes filles, ce vendredi 13 janvier 2017, avant 17 h 01, (horaire pour l'Ile-de-France). Le respect des lumières de Chabbat conduira aux lumières de la Rédemption. Renseignements Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.

Le service est ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 18 h. Vos annonces doivent nous parvenir avant 16 h 30 pour toutes nos éditions du lendemain.

née Michèle Berthaud,

le 8 janvier 2017. La cérémonie religieuse sera célébrée le mercredi 18 janvier, à 10 heures, en l'église Saint-Pothin, Lyon (6e).

Prénoms

l'allumage des bougies de Chabbat avec bénédiction

par téléphone

01 56 52 27 27 ou par courriel

carnetdujour@media.figaro.fr

Obsèques

Mariage

Demandez-les par courriel :

carnetdujour@media.figaro.fr par courrier :

Le Carnet du Jour • Le Figaro 14 boulevard Haussmann • 75009 Paris


vendredi 13 janvier 2017

CHAMPS LIBRES LE FIGARO

REPORTAGE

15

Les éoliennes offshore cherchent des vents porteurs En 2012, les premiers champs étaient attribués au large des côtes françaises. Cinq ans plus tard, aucune décision finale d’investissement n’a encore été prise. De nombreux recours ont été déposés en justice et les industriels doivent y faire face.

Deux ouvriers inspectent, à l’aide d’un appareil à ultrasons, la pale d’une éolienne offshore sur le chantier de Saint-Nazaire, mardi. LOÏC VENANCE/AFP

Frédéric de Monicault fdemonicault@lefigaro.fr

V

Une volonté de fédérer

Pour Vincent Balès, directeur général de WPD France, cet allongement n’a rien de très étonnant : « Entre le débat public, la levée des risques, les études d’impact, les demandes d’autorisation de construction, leur instruction et malheureusement les recours, le calendrier est très chargé. » Et d’évoquer avec un brin d’envie le cas des Pays-Bas où toutes les procédures administratives sont bouclées avant les résultats de l’appel d’offres. « De telle sorte qu’une fois qu’un champ est attribué, la phase opérationnelle se déploie rapidement. » Mais pas question de céder à la sinistrose : « Tous les projets industriels d’envergure prennent plus de temps que prévu. Dans le cas de l’éolien offshore, il n’est pas inutile de rappeler que chaque champ pèse 2 milliards d’euros d’investissements. » Chez Engie (ex-GDF Suez), il n’y a pour le moment pas de retard à déplorer : le groupe, associé pour la circonstance à Energias de Portugal Renewables et à

Grands bouleversements

la Caisse des dépôts, a remporté en 2014 les champs de Dieppe-Le Tréport (Seine-Maritime) et île d’ YeuNoirmoutier (Vendée). 1 000 MW en tout, pour un raccordement au réseau prévu à partir de 2021. Mais l’avalanche d’objections et de recours est tout aussi présente que pour EDF : « Il me semble toutefois que les adversaires de nos projets disposent d’une caisse de résonance bien supérieure aux autres segments de la population, commente Raphaël Tilot, directeur du projet éoliennes en mer chez Engie. Or, notamment parmi la jeune génération, on note un vrai phénomène de soutien. » L’énergéticien compte déposer, d’ici au mois de juin, les demandes de permis d’exploitation pour les deux zones précitées, avant le lancement des enquêtes publiques au cours du second semestre 2017. D’ici là, « nous allons garder le rythme d’une réunion publique mensuelle dans les régions concernées, poursuit Raphaël Tilot, ces rendez-vous sont articulés à chaque fois autour d’une thématique spécifique et permettent à l’ensemble des acteurs de s’exprimer. » Une volonté de fédérer donc, mais pour quel résultat ? Selon Katherine Poujol, présidente de l’association environnementale Gardez les Caps – en référence aux caps d’Erquy et Fréhel, entre lesquels se situera le champ de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) remporté en 2012 par le consortium Ailes Marines (Iberdrola, RES) –, cette concertation tellement vantée par les opérateurs est en réalité un leurre : « Même les enquêtes publiques ressemblent à une mascarade. S’agissant de Saint-Brieuc, nous nous sommes retrouvés à devoir lire 6 600 pages dispersées sur plus de 150 fichiers qu’il fallait télécharger ! » Sur le fond, cette personne au discours charpenté rappelle que la baie de Saint-Brieuc concentre 40 % de la récolte de la coquille Saint-Jacques en France et 450 emplois embarqués : « Que l’on ne nous fasse pas croire que 62 machines industrielles de 216 mètres de haut implantées sur des fonds benthiques à une dizaine de kilomètres du littoral n’auront pas d’impacts environne-

100 km

ROYAUME-UNI

Le Tréport Man ch e

Fécamp Courseullessur-Mer

Saint-Brieuc Saint-Nazaire

Noirmoutier Île d’Yeu OCÉAN ATL ANTIQU E

FRANCE

LES 6 FUTURS PARCS ÉOLIENS SÉLECTIONNÉS EDF EN, Enbridge, WPD Engie, EDPR, CDC Iberdrola, RES, CDC EDF EN, Enbridge Infographie

Comme rien n’est jamais simple pour la filière éolienne offshore, il faut compter aussi avec les grands Meccano industriels. En 2015, la branche d’Alstom qui devait fabriquer les turbines pour EDF est passée sous le contrôle de General Electric (GE). Quant à Areva, le groupe nucléaire en pleine restructuration, il a définitivement renoncé à équiper les champs d’Engie dans le cadre de sa diversification initiale dans les énergies vertes. Après qu’Adwen, la coentreprise fondée avec l’espagnol Gamesa, a été reprise à 100 % par ce dernier, le même Gamesa a été racheté par l’allemand Siemens. Pour les adversaires des éoliennes, ces grands bouleversements sont évidemment du pain bénit : « Alors que les pouvoirs publics nous avaient vendu un chantier d’envergure sur fond de “made in France”, ce soi-disant moteur se retrouve totalement grippé, relève Jean-Louis Butré. Plus rien ne dit que les usines qui devaient sortir de terre à Cherbourg, au Havre ou à Saint-Nazaire se concrétiseront vraiment ou auront toute l’ampleur évoquée au départ. » Au regard des industriels au contraire, ces modifications du paysage ne changent rien à la stratégie originelle. EDF rappelle ainsi que GE a repris l’intégralité des engagements d’Alstom et que ceux-ci se vérifient avec l’inauguration en novembre 2014 d’une usine GE Renewable Energy à Saint-Nazaire et la construction des premières turbines à destination des ÉtatsUnis. Actuellement, ce site de fabrication emploie 150 personnes et GE mise sur 300 salariés quand il aura atteint son rythme de croisière. De son côté, EDF rappelle que ses trois champs seront à l’origine de 7 000 emplois directs et indirects pendant la phase de construction et environ 300 emplois pérennes lors de l’exploitation-maintenance des parcs. Chez Engie, dont les projets devaient être équipés à l’origine par les turbines d’Areva, Raphaël Tilot souligne que l’opération entre Gamesa et Siemens est actuellement examinée par la Commission européenne et que ces sociétés reprennent l’ensemble des accords initiaux, en particulier les engagements industriels français. « Signe que nous sommes parfaitement confiants dans leur traduction industrielle, nous venons tout juste de signer de nouveaux accords de coopération avec les futurs ports de maintenance de nos deux projets. » Bref, si aucun acteur ne minimise l’ampleur de la tâche, personne ne veut croire à un enlisement prolongé. Pour Matthieu Monnier, chargé de mission Industrie et Offshore chez France Énergie éolienne (FEE) – qui regroupe plus de 90 % des acteurs du secteur –, le lancement d’une industrie en France est d’autant plus crucial que l’exportation d’un savoirfaire a déjà démarré : « Les chantiers navals STX construisent par exemple déjà des sous-stations électriques pour les éoliennes offshore en mer du Nord. » Par ailleurs, d’autres filières prometteuses, comme l’éolien offshore flottant, pourraient faire de la France « un pôle d’expertise mondial pour les énergies marines, plusieurs acteurs français étant pionniers dans ce domaine ». Comme quoi, les difficultés peuvent aussi stimuler l’ambition. ■

L’éolien en mer est une industrie magnifique, en pleine adéquation avec la révolution énergétique aujourd’hui en cours

»

RAPHAËL TILOT, DIRECTEUR DU PROJET ÉOLIENNES EN MER CHEZ ENGIE

A

erra-t-on un jour des éoliennes au large des côtes françaises ? La question est sûrement provocante – au regard à la fois des six zones déjà sélectionnées (sur les bords de la Manche et sur la façade Atlantique), des appels d’offres attribués, des géants industriels mobilisés et des enjeux de la transition énergétique –, mais elle se pose nécessairement à la lumière des glissements du calendrier. Début 2012, un consortium emmené par EDF décrochait les trois champs de Fécamp (SeineMaritime), Courseulles-sur-Mer (Calvados) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), soit un potentiel de 1 500 mégawatts (MW) de puissance installée, relayé par près de 240 éoliennes implantées en pleine mer. Bref, l’équivalent d’un réacteur nucléaire de nouvelle génération et surtout une grande première, car jamais jusqu’à cette date l’éolien offshore ne s’était invité dans le paysage hexagonal. A contrario, au Royaume-Uni, au Danemark ou en Allemagne, cette industrie fait partie intégrante du « mix » énergétique. Depuis, presque cinq ans ont passé et l’électricien tricolore – épaulé par l’allemand WPD et le canadien Enbridge – n’a toujours pas statué sur sa décision finale d’investissement. Forcément, ce délai interroge d’autant plus que les oppositions à l’éolien offshore – portées par plusieurs associations – sont toujours très vives : pêle-mêle, l’électricité produite reviendrait beaucoup trop chère, l’environnement marin serait durement touché, et il n’y aurait aucune chance de voir émerger une filière industrielle française compte tenu du poids des fabricants étrangers. Interrogé, EDF Énergies nouvelles, la filiale dédiée aux énergies renouvelables, cultive la sobriété : « Plusieurs années de concertation ont permis d’aboutir à une très bonne acceptabilité des projets avec un fort soutien des acteurs locaux, souligne Béatrice Buffon, directrice énergies marines renouvelables. Pour autant, les autorisations obtenues par nos parcs ont fait l’objet de recours de la part d’associations hostiles par principe à l’éolien – déposés en juillet à Saint-Nazaire, en août à Fécamp et en octobre à Courseulles – qui nous obligent à retarder le démarrage des travaux. » Et l’intéressée de rappeler qu’un décret paru début 2016 indique que le jugement doit être rendu par la cour administrative d’appel de Nantes dans un délai d’un an après le dépôt du recours. « Pour chaque projet, le calendrier de réalisation devra donc être réactualisé après la décision de justice. » Ainsi, EDF, qui prévoyait la mise en route de ses premières éoliennes offshore à l’horizon de 2020, se projette désormais en 2019 pour la construction en mer et 2021-2022 pour la mise en service.

mentaux et d’incidence sur la pêche. Chaque éolienne possède à sa base une anode sacrificielle de 20 tonnes d’aluminium. Ce sont 160 kg d’aluminium qui seront relargués chaque jour dans la baie. » Et de pointer encore les « approximations » dans les présentations au grand public : « Je me souviens du débat public où un industriel nous a assuré qu’une éolienne ne contenait que quelques kilos de terres rares, pas plus en tout cas qu’un simple téléviseur. En réalité, une éolienne en mer contient 430 kg de terres rares ! » En marge des questions juridiques, l’équation économique figure aussi au cœur des problématiques de la filière éolienne offshore. « Il est quand même symptomatique qu’aucun prix n’ait été communiqué officiellement, expose Jean-Louis Butré, le président de la Fédération Environnement durable, une instance qui fédère 170 associations et collectifs opposés aux éoliennes. De bonne source, on sait qu’il ressort à plus de 220 euros le mégawattheure (MWh), soit quatre fois plus en moyenne que les autres énergies. L’éolien en mer n’est pas seulement une folie écologique, c’est aussi une folie économique. » Réponse du tac au tac de Raphaël Tilot, pour lequel il s’agit au contraire d’« une industrie magnifique, en pleine adéquation avec la révolution énergétique aujourd’hui en cours et dont les coûts ne vont cesser de baisser ». Antoine Cahuzac, le directeur général d’EDF Énergies nouvelles, insiste, lui, sur « le très grand niveau de maturité dans la conception de (nos) projets en mer et sur son ambition d’installer en France d’autres innovations technologiques en matière d’énergies marines renouvelables ».


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

16

CHAMPS LIBRES DÉBATS

Jean-Claude Michéa - Laetitia Strauch-Bonart : peut-on être libéral et conservateur ?

ENTRETIEN

A

DESSINS CLAIREFOND

Il est l’un des rares penseurs à être devenu culte de son vivant. Tout une génération ne jure plus que par lui. Son essai « L’Empire du moindre mal » est fondateur dans les cercles conservateurs comme dans ceux de la gauche orwellienne. Dans son dernier livre, « Notre ennemi, le capital », le philosophe actualise sa thèse centrale à l’aune du désastre du quinquennat Hollande, rappelant que le véritable adversaire de la gauche n’est pas le « vieux monde » à déconstruire, mais le capitalisme. Pour lui, le libéralisme économique et le libertarisme sociétal font système. Laetitia Strauch-Bonart fut son élève en terminale à Montpellier. Il lui fit découvrir la profondeur d’une « authentique pensée conservatrice ». Mais un bon maître est précisément celui qui fait de ses disciples des dissidents. Influencée par la pensée tory, l’auteur de « Vous avez dit conservateur ? » (Cerf) refuse de jeter le capitalisme avec l’eau du bain du progressisme. « Le Figaro » a réuni le maître et l’élève.

PROPOS RECUEILLIS PAR

EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie

LE FIGARO. - Jean-Claude Michéa, vous avez choisi d’appeler votre livre Notre ennemi, le capital. Pourquoi ? Jean-Claude MICHÉA. – On ne peut pas dire que la gauche se soit trompée d’adversaire ! Depuis 1815, elle n’a en effet jamais cessé de se définir comme ce « parti du mouvement » dont la cible première était le « vieux monde » et les « forces du passé ». Idéal avant-gardiste qui s’inscrit clairement dans l’héritage des Lumières et de leur appel à détruire tous les « préjugés » et toutes les formes de « tradition ». L’ennui, c’est que le libéralisme - aussi bien économique que politique et culturel - est lui-même un pur produit de la philosophie des Lumières. C’est pourquoi la gauche a toujours eu le plus grand mal à intégrer de façon cohérente dans son logiciel cette critique du nouvel ordre industriel qui, depuis Marx et Proudhon, était au cœur du socialisme originel. Une fois dénoncé – ce sera l’œuvre des années Mitterrand - le pacte défensif qui l’unissait depuis l’affaire Dreyfus au mouvement ouvrier socialiste, la gauche ne pouvait donc qu’en revenir à ses premières amours. À savoir l’éloge inconditionnel du « mouvement », qu’il s’agisse de l’« évolution des mœurs », de la « révolution numérique » ou de la Silicon Valley. Au risque de confondre ainsi, bien sûr, l’idée qu’on n’arrête pas le progrès et l’idée qu’on n’arrête pas le capitalisme. Comment définiriez-vous le libéralisme ? Laetitia STRAUCH-BONART. – Le libéralisme est un courant politique et intellectuel qui pose la liberté comme premier principe de la vie en société. De John Locke à John Stuart Mill en passant par les philosophes des Lumières, il s’agit de séparer la société civile et l’individu de l’État, et de protéger les premiers contre l’arbitraire pouvoir en définissant un certain nombre de droits politiques et économiques. Le libéralisme n’est pas sans poser quelques problèmes : comme le capitalisme, c’est une force centrifuge, au sens où il défait les liens plus qu’il ne les conserve. Ensuite, il ne pose pas de limite à la multiplication des droits possibles. Les premiers droits défendus par les libéraux étaient des « droits de », des droits-libertés. Aujourd’hui, on se préoccupe des « droits à », des droits-créances, des exigences que l’on impose à l’État et à la société, mais auxquels on ne répond par aucune obligation particulière. J.-C. M. – L’histoire du libéralisme est celle d’une dérive continuelle et sans fin. Le souci initial et bien entendu légitime – de protéger les libertés individuelles contre toute intervention de l’État, des Églises ou de la

tradition a en effet progressivement conduit ses partisans à développer l’idée que seul un État de droit « axiologiquement neutre » (c’est-à-dire ne reposant sur aucune conception particulière du salut ou de la « vie bonne ») pouvait permettre à chacun de vivre « comme il l’entend ». D’où, entre autres, cet empilement incessant de nouveaux droits qui est le trait le plus marquant d’une société libérale moderne. Le problème c’est que, faute d’un minimum de valeurs philosophiques partagées, chacun de ces nouveaux droits menace toujours d’entrer en collision avec d’autres. Comment accorder par exemple le droit de chaque musulman de vivre selon les préceptes du Coran et le droit des homosexuels ? La seule façon de surmonter cette contradiction – et d’éviter ainsi la dissolution du lien social - est donc celle que préconisait Voltaire lorsqu’il écrivait que « quand il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion ». C’est pourquoi le marché finit toujours par apparaître, aux yeux des libéraux, comme l’unique moyen de réconcilier pratiquement tous ceux que sépare par ailleurs leur conception privée de la vie bonne. Reste bien sûr à savoir si une véritable société peut réellement reposer sur la seule logique de l’intérêt bien compris.

L. S.-B. – Historiquement et théoriquement, à première vue, capitalisme et conservatisme s’opposent. Au Royaume-Uni au XVIIIe siècle, les whigs – les libéraux -, partisans de l’extension des droits politiques et économiques, s’opposaient aux tories, gardiens du pouvoir aristocratique. En théorie également, le capitalisme se nourrissant de la rentabilisation constante du capital, son déploiement risque toujours de bouleverser des traditions et des communautés, et de soumettre à la logique marchande ce qui devrait y échapper. Il porte donc potentiellement atteinte à deux piliers fondamentaux du conservatisme, le

beaucoup moins du peuple que ne peut le faire la gauche, lui préférant le concept de nation.

Vous critiquez tous deux le transhumanisme. Mais où fixer la limite d’un « bon » progrès technique ? L. S.-B. – Vous posez là la grande question qui occupe les conservateurs : la limite de la limite. Le principe fondamental est d’empêcher le marché de s’introduire là où il n’a pas vocation à être, l’ordre humain. Pour un conservateur, on peut vendre ses services à une entreprise, mais on ne se vend pas soimême. Il faut donc séparer les ordres, celui des objets – les choses - et des sujets – les L’ennui, c’est que le êtres humains. J’ajoutelibéralisme - aussi bien rais que toute évolution technologique doit justiéconomique que politique fier sa nécessité : c’est à et culturel - est lui-même celui qui innove de prouver que son innovation un pur produit de la est absolument nécesphilosophie des Lumières saire, non à celui qui veut JEAN-CLAUDE MICHÉA conserver ce qui existe. Ensuite, il est possible, même si c’est toujours délicat, de distinpassé et le sacré. Mais cette opposition guer les progrès techniques bénéfiques n’est qu’une partie de la réalité. Ainsi, au – comme la possibilité de soigner les maRoyaume-Uni, les tories se sont proladies graves - de simples progrès de gressivement accommodés de l’essor du confort. capitalisme, au point de s’en faire les J.-C. M. – Il existe dans le libéralisme premiers défenseurs. Théoriquement, Emmanuel Macron a déclaré que une tension constante entre son pessipar ailleurs, le conservatisme moderne, le nouveau clivage se situait entre misme anthropologique (l’homme ne depuis Edmund Burke, a progressiveprogressistes et conservateurs. saurait agir que par intérêt) et son optiment intégré le marché comme expresÊtes-vous d’accord avec cette division ? misme technologique (grâce à la science, sion économique de la liberté politique De quel côté vous situez-vous ? l’homme deviendra progressivement et civile. Mais les conservateurs ne véL. S.-B. – Cette distinction est évidente, « maître et possesseur de la nature »). Il nèrent pas le marché. Ils l’acceptent et pas nouvelle ! Le progressisme a toudevait donc forcément arriver un mocomme le moyen d’atteindre certaines jours eu une dimension naïve, mais ment où les progrès continuels de la fins – à commencer par un minimum de autant on pouvait le comprendre au science et des techniques engendreconfort matériel, ce qui n’est pas rien. XIXe siècle, quand de grands progrès raient la conviction qu’il était désormais J.-C. M. – Celui qui prétend défendre à la scientifiques amélioraient la condition possible de s’attaquer à la nature humaifois certaines valeurs « traditionnelles » humaine, autant cette profession de foi, ne elle-même et de la rendre plus « paret le libéralisme économique (autrement aujourd’hui, est étonnante. L’histoire du faite ». Mais comme cet idéal de perfecdit, le droit pour chacun, disait Hayek, XXe siècle devrait nous convaincre que tion ne peut recevoir le moindre sens de « produire, vendre et acheter tout ce le progrès est une chimère. Au fond, la moral dans une optique libérale axioloqui peut être produit ou vendu », qu’il distinction entre progressistes et giquement neutre, il ne pouvait donc s’agisse d’un écran plat, d’une kalachconservateurs est métaphysique : les conduire qu’au projet « transhumanisnikov ou du ventre d’une mère porteuprogressistes pensent que le mal prote » d’une augmentation indéfinie des se) est soit un cynique, soit un esprit invient de la « société » et qu’il suffit de la performances physiques de l’être hucohérent, soit un schizophrène. On peut transformer pour faire surgir le bien. Les main et de son aptitude à la « rationalien effet difficilement té », c’est-à-dire au calcul égoïste. C’est concilier – pour ne Les conservateurs ne ici que l’« empire du moindre mal » prendre qu’un exem(encore marqué par la notion de limite) ple l’idée que le divénèrent pas le marché. doit céder progressivement la place à ce manche est le jour du Ils l’acceptent comme « meilleur des mondes » au sein duquel Seigneur ou des activile moyen d’atteindre l’idée même de limite aurait définitivetés familiales et l’idée ment perdu tout son sens. C’est ce que qu’il devrait être un certaines fins Marx avait déjà perçu lorsqu’il écrivait jour ouvrable comme LAETITIA STRAUCH-BONART que le capitalisme ne pouvait connaître les autres. Dans le cas « aucune limite naturelle ou morale ». de Thatcher et de L. S.-B. – Je partage votre analyse de Fillon, je pencherais personnellement conservateurs sont gentiment pessimisl’optimisme technologique des libéraux. pour l’hypothèse du cynisme. tes : ils pensent, comme l’a écrit Mais ils sont leurs meilleurs ennemis : en L. S.-B. – Thatcher avait des défauts, Soljenitsyne, que « la ligne de partage repoussant sans cesse la limite, ils metmais n’était pas cynique ! Sans elle, entre entre le bien et le mal passe par le cœur de tent à mal les sociétés qui rendent le lil’inflation galopante et la mainmise des chaque homme ». La seule conduite posbéralisme possible. Car le libéralisme ne syndicats sur les entreprises, le pays ne sible, pour vivre ensemble, est donc de peut subsister sans institutions non libése serait pas relevé. Et ce que vous appecommencer par s’améliorer soi-même. rales – l’échange marchand, par exemlez incohérence est pour moi une reEn ce sens, je suis résolument du côté des ple, repose sur la confiance, et celle-ci cherche d’équilibre. Ainsi, je souhaite conservateurs ! ne s’apprend pas dans le marché. Les que le dimanche reste un jour à part, car J.-C. M. – Marx écrivait dans Le Capital conservateurs libéraux prônent donc la j’établis une limite entre l’utilitaire et le qu’à la différence de toutes les sociétés séparation entre les ordres et, s’agissant non utilitaire. Mais ces deux pôles nous antérieures, la base du système capitadu transhumanisme, entre objets et susont nécessaires. liste était « révolutionnaire » et non pas jets – les êtres humains. Vous pensez que « conservatrice ». En choisissant de recette séparation est impossible, que le mettre au goût du jour le vieux clivage – Vous inspirant d’Orwell, vous invoquez capitalisme est intrinsèquement desné sous Louis XVIII - entre le « parti souvent la « common decency » tructeur et éteint tout principe moral – de l’ordre » et celui du « mouved’un peuple qui aurait gardé des réflexes être libéral, ce serait être d’emblée liberment », Macron ne visait moraux contre l’atomisation sociale taire. Je ne crois pas à cette hypothèse donc qu’à persuader l’élecprovoquée par le capitalisme. Mais pour ce qui est du capitalisme originel torat des nouvelles classes n’est-ce pas une vision irénique ? celui d’Adam Smith, puis des protestants moyennes que la fuite en Quel est-ce peuple dont vous parlez ? et des puritains. Au contraire, ce capitaavant continuelle du caJ.-C. M. – En 1956, Wright Mills décrilisme était éminemment moral. Bien pitalisme moderne était vait la classe dominante (« l’élite du pousûr, on peut émettre l’hypothèse que le « progressiste » par essence. voir ») comme cette minorité qui, non capitalisme d’aujourd’hui, fondé bien Ce qui n’est pas un mauvais seulement n’a pas à « faire face aux proplus sur la consommation que sur la procalcul quand on connaît blèmes quotidiens », mais qui « dans une duction et la conservation des objets, est le besoin éperdu de ces certaine mesure crée elle-même ces prod’une nature inédite et qu’il exerce une classes de conserver blèmes et oblige les autres à y faire face ». influence néfaste sur les individus. Il est leur bonne conscience Il me semble que cette définition minibien possible que nous n’ayons plus sufet de protéger ce qui male est aujourd’hui plus actuelle que fisamment de ressources pour résister à leur reste encore de jamais. Quant à la question de la « déce nouvel ordre des choses. Cependant, privilèges. cence commune » (même si le mouveil n’est pas sûr que cet épuisement moral ment d’atomisation libérale du monde provienne du capitalisme lui-même. Il ne cesse d’en détruire les conditions soLe favori de la provient bien davantage, selon moi, ciales et anthropologiques), il me semble présidentielle d’une forme de fatigue de civilisation. ■ toujours aussi évident que ce sentiment François Fillon d’injustice qu’est le point de départ de se revendique toute conscience morale a plus de chande Margaret ■ Notre ennemi, le capital ces de naître chez ceux qui subissent de Thatcher, PAR JEAN-CLAUDE MICHÉA plein fouet les nuisances du monde libévoulant faire ÉDITIONS CLIMATS, 320 PAGES, 19 € ral moderne que chez ceux qui profitent une synthèse de ces nuisances ou, a fortiori, les orgalibérale■ Vous nisent. conservatrice. avez dit L. S.-B. – Aucun courant politique n’a le Mais capitalisme conservateur ? monopole du peuple, même si la gauche et conservatisme PAR LAETITIA aime à le croire. Cependant, le conserne s’opposent-ils STRAUCH-BONART, ÉDITIONS DU CERF, 320 P., 22 € vatisme de droite, historiquement, parle pas ?

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vendredi 13 janvier 2017

CHAMPS LIBRES LE FIGARO

OPINIONS Ivan Rioufol

irioufol@lefigaro.fr blog.lefigaro.fr/rioufol

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100 000 citations et proverbes sur evene.fr

Le « progressisme » malade de ses dénis

S

ept fantômes du PS se sont disputés, jeudi soir à la télévision, la place de candidat à la présidentielle. Les Français les verront apparaître deux fois encore avant le premier tour de leur primaire, le 22 janvier : ce court délai devrait suffire pour faire le tour des programmes. Le manichéisme de Vincent Peillon, la démagogie de Benoît Hamon, la suffisance d’Arnaud Montebourg sont les vieux restes qui rappellent ce que fut le progressisme du temps de sa splendeur. Manuel Valls, qui avait ouvert le procès de ce socialisme infatué, ne cesse depuis de se renier pour tenter de rassembler une armée des ombres. L’entendre rejeter le libéralisme après

ENTRE GUILLEMETS Sortie dans l’espace de Thomas Pesquet. ESA/NASA

Patrice de La Tour du Pin La grâce est pesanteur

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ANALYSE Philippe Gélie

pgélie@lefigaro.fr

CORRESPONDANT À WASHINGTON

» Lire aussi « Pékin voit rouge face à l’équipe Trump » PAGE 8

« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais

dernier, sur France 2, il n’a pas cédé au discours victimaire d’une femme voilée censée représenter les Françaises musulmanes. La gauche soumise déteste cette raideur. En fait, le courant humanitariste et universaliste s’asphyxie sous la vague conservatrice. Aux États-Unis, la gauche en perdition s’est retranchée derrière ses bastions des médias et de Hollywood pour faire feu sur Donald Trump. Lors de la soirée des Golden Globes, l’actrice Meryl Streep a porté l’indignation du camp du Bien devant un monde de paillettes, de strass et de dollars. Mercredi, CNN et le site BuzzFeeed ont rendu publique une série d’infamies non sourcées et invérifiables. Barack Obama se réserve une sortie piteuse le 20 janvier, pour avoir mesquinement multiplié les chausse-trappes à l’intention de son successeur. Un sort similaire est promis à la gauche française, incapable de s’avouer dépassée par l’histoire. Certes, la forte audience que rencontre Emmanuel Macron dans ses meetings peut laisser croire en un renouveau du progressisme dont il se réclame avec talent. Mais cet Obama blanc, non plus, ne dit rien des réalités qui dérangent. L’insécurité culturelle occultée Macron, comme Trump, symbolise le rejet d’une démocratie confisquée. Un besoin d’air frais les porte. Mais l’analogie s’arrête là. Si l’Américain sanguin a pris le parti des « ploucs » contre les « élites », le Français sophistiqué ensorcelle davantage les people que le peuple. Les fondamentaux de son programme sont ceux d’un centrisme angélique qui voit en Angela Merkel le modèle à suivre, dans les migrants le prétexte à l’ostentation des bons sentiments, dans l’Union européenne la protection des peuples. Macron a l’art de faire du neuf avec du vieux. Des juppéistes, des membres de l’UDI et du Modem, dont François Bayrou lui-même, sont appelés à rejoindre cet entre-deux qui leur ressemble. En marche ! pourrait aussi ringardiser définitivement le PS momifié.

ien ne va plus entre Donald Trump et la communauté du renseignement. Le président élu n’a pas attendu la révélation d’allégations invérifiées – selon lesquelles les Russes posséderaient à son sujet des « informations compromettantes » – pour mettre en doute le travail des agents qu’il est appelé à diriger. Mais cette « fuite de trop » pourrait plonger l’ensemble du système d’espionnage américain dans une crise aux ramifications multiples. Depuis son élection le 8 novembre, douze tweets de Donald Trump ont évoqué l’affaire des piratages russes de serveurs informatiques démocrates durant la campagne. Ils ont tous mis en doute la fiabilité de cette accusation, fait l’éloge de Vladimir Poutine ou pris le parti de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Pour Trump, cette affaire vise à délégitimer sa victoire ; pour la communauté du renseignement et une bonne partie des élus du Congrès, elle concerne la sécurité nationale. Mercredi, Donald Trump a finalement admis que « la Russie (avait) fait » ce dont l’accuse le rapport cosigné par les 16 agences d’espionnage, annonçant la mise sur pied d’une « task force » pour renforcer la cyberdéfense. Il a qualifié de « vital » le travail des services, mais a reproché à leurs directeurs de trahir systématiquement leur obligation

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“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais

Dassault Médias 14, boulevard Haussmann 75009 Paris Président-directeur général Serge Dassault Administrateurs Nicole Dassault, Olivier Dassault, Thierry Dassault, Jean-Pierre Bechter, Olivier Costa de Beauregard, Benoît Habert, Bernard Monassier, Rudi Roussillon

SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS 14, boulevard Haussmann 75009 Paris Président Serge Dassault Directeur général, directeur de la publication Marc Feuillée

Directeur des rédactions Alexis Brézet Directeur délégué des rédactions Paul-Henri du Limbert

Anne Huet-Wuillème (Édition, Photo, Révision), Arnaud de La Grange (International), Étienne de Montety Directeurs adjoints de la rédaction (Figaro Littéraire), Gaëtan de Capèle (Économie), Bertrand de Saint-Vincent Laurence de Charette (directeur (Culture, Figaroscope, Télévision) de la rédaction du Figaro.fr), et Yves Thréard (Enquêtes, Anne-Sophie von Claer Opérations spéciales, Sports) (Style, Art de vivre, So Figaro),

Directeur artistique Pierre Bayle Rédacteur en chef Frédéric Picard (Édition) Éditeur Sofia Bengana Éditeur adjoint Robert Mergui

FIGAROMEDIAS 9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09 Tél. : 01 56 52 20 00 Fax : 01 56 52 23 07 Président-directeur général Aurore Domont Direction, administration, rédaction 14, boulevard Haussmann 75438 Paris Cedex 09 Tél. : 01 57 08 50 00 direction.redaction@lefigaro.fr

Cécité de l’Église Même le pape François, si décevant dans son refus de faire obstacle à la déculturation de l’Europe (1), admet que l’immigration pose des problèmes. Lundi, devant le corps diplomatique, il a recommandé une nouvelle fois aux « autorités publiques » de suivre une « démarche prudente » pour l’accueil des migrants. L’Église sortirait-elle enfin de sa cécité ? (1) Laurent Dandrieu, « Église et immigration. Le grand malaise », Presses de la Renaissance.

...

poursuivraient leurs enquêtes sur le fond, et la pression s’accroît au Congrès pour mettre sur pied une commission parlementaire ad hoc. Clapper est sur le point d’être remplacé par l’ancien sénateur Dan Coats, respecté pour son sérieux et sa modération. Le directeur de la CIA, John Brennan, va céder la place à Mike Pompeo, réputé l’un des membres les plus radicaux du Tea Party. Avec l’ex-général Michael Flynn, ancien chef du renseignement militaire et conseiller à la sécurité nationale, ils envisageraient Je suis un type intelligent, une réduction de la DNI, je n’ai pas besoin d’écouter accusée de bureaucratie tous les jours la même chose envahissante, et une réforme de la CIA visant DONALD TRUMP, À PROPOS DE SON « BRIEFING » QUOTIDIEN à renvoyer ses agents sur le terrain, au lieu de produire des analyses proviennent de ses rangs. Il aura du mal dont le président se méfie. à en convaincre un homme qui évite son « Si on leur dénie toute crédibilité, « briefing » quotidien en expliquant : « Je les agents de renseignement n’ont plus suis un type intelligent, je n’ai pas besoin de raison d’être, souligne un ancien d’écouter tous les jours la même chose. » de la CIA. Donald Trump a le Les chefs espions disent avoir voulu conspirationnisme sélectif. » Allusion s’assurer que le président élu soit au mouvement des « Birthers », qu’il a totalement informé des menaces soutenu pour délégitimer Barack le concernant. Le problème est qu’en Obama. De nombreuses démissions laissant filtrer leur démarche auprès des seraient actuellement enregistrées médias, ils leur ont offert une parmi les services. Sauf à renouer justification pour évoquer le contenu rapidement avec ses espions, non vérifié desdits rapports. Depuis, le 45e président pourrait se retrouver Trump détourne l’attention en dénonçant une presse « malhonnête » et à court de ressources face à la menace une communauté du renseignement terroriste ou la prochaine crise « souillée ». Mais la CIA et le FBI internationale. de confidentialité pour des raisons politiques, les présentant comme les orchestrateurs d’une conspiration digne « de l’Allemagne nazie ». Un tel degré de méfiance met en péril les relations entre le pouvoir et une communauté qui revendique sa neutralité. James Clapper, respecté directeur national du renseignement (DNI), a téléphoné à Donald Trump mercredi soir pour l’assurer de sa « consternation » devant des fuites dont il « ne croit pas » qu’elles

Cependant, nulle part n’apparaît, derrière cette belle figure, le chef de guerre attendu. Il est peu probable que ce rôle soit un jour endossé par celui qui préfère légaliser le cannabis. Trop de retenues empêchent Macron d’aborder l’insécurité culturelle qui taraude les peuples. Cette semaine, un sondage montre que 77 % des Belges ne se sentent plus chez eux. François Fillon, que les enquêtes d’opinion disent en perte de vitesse, a pour lui de vouloir s’émanciper du conformisme de la fausse droite et des humanitaristes professionnels. Si, sur la réforme de la sécurité sociale, il a donné le sentiment de reculer dès la première critique, sa résistance aux pressions de ses alliés corrige la faiblesse de caractère qu’il a laissé voir. Ceux qui veulent mettre leur grain de sel dans son projet ont jusqu’à présent été tous éconduits, sèchement concernant Laurent Wauquiez et sa proposition de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires. « Les grilles de lecture du microcosme ne sont plus celles de cette France silencieuse et fiévreuse que j’ai parcourue de long en large », a-t-il expliqué mardi. Les combats contre l’islam politique et l’immigration remplaciste sont des thèmes qui, occultés par le PS et Macron, s’annoncent prometteurs si les réponses se montrent à la hauteur. « L’immigration doit être fermement contrôlée et réduite », a annoncé Fillon, mercredi à Nice. La concurrence du FN lui interdit tout recul.

VOX

Trump en guerre contre les espions (et vice versa ?)

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avoir déclaré son « amour » de l’entreprise est une incongruité parmi d’autres. Lundi, un sondage du Figaro donnait l’ancien premier ministre perdant au second tour face à Montebourg, soutenu par les « socialos » morts-vivants. Valls se perd à vouloir séduire des zombies. Pour autant, comprendre la désintégration de la nation invite à s’arrêter sur le dérèglement intellectuel de cette gauche qui a tant fasciné la droite. Deux et deux n’ont jamais fait quatre dans ce monde qui marche sur la tête. « Faire plier les réalités » a toujours été l’orgueilleux objectif d’une idéologie rétive à la réflexion et aux résultats. Rien d’étonnant à ce que les candidats de la ronflante Belle Alliance Populaire reprennent l’héritage de la gauche marxiste, dépensière et immigrationniste. L’assistanat, la culture de l’excuse, le clientélisme restent les piliers des projets. Hamon est, avec Peillon, l’un des plus décomplexés dans le cynisme électoral. Pour plaire aux cités, il minimise le sexisme culturel qui s’y observe et soutient la cause palestinienne dans sa lutte contre l’existence d’Israël. « Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat de banlieue et des quartiers », s’était-il justifié en 2014. Redonner des responsabilités à ces laborantins de l’Homme nouveau reviendrait à asséner le coup de grâce à la nation sur les genoux. D’autant qu’aucun des grands sujets qui sont au cœur des inquiétudes des gens l’immigration de peuplement, la cohabitation avec l’islam conquérant, le séparatisme territorial - n’a été pour l’instant abordé par la plupart des prétendants. Le débat ne peut se réduire au travail, à l’emploi et à la redistribution des richesses, alors même que la France est en guerre, depuis les attentats islamistes des 7 et 9 janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes. Or c’est bien le déni qui fédère les survivants du socialisme. Valls fait figure d’intrus quand il tient tête à l’islam radical. Jeudi

POLITIQUE - Les programmes servent à séduire les électeurs, pas à gouverner le pays, par André Grjebine. - N’en déplaise à Michel Onfray, le christianisme survivra, par Vincent Morch.

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MONDE - Trump nourrit-il vraiment une obsession pour la Chine ?, par Sylvie Matelly.

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LE BLOC-NOTES

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vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO - N° 22 528 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr

> FOCUS lefigaro.fr/economie

TÉLÉVISION

LE PLAN EUROPÉEN A GÉNÉRÉ 163 MILLIARDS D’INVESTISSEMENTS PAGE 22

Gilles Pélisson, PDG de TF1.

TF1 POUSSE SES PIONS À L’INTERNATIONAL ET DANS LE NUMÉRIQUE PAGE 26

économie

LAURENT GILLIERON/AP, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, ANDREY POPO/FOTOLIA ET DR

L’assurance-vie rapporte de moins en moins Le rendement du placement préféré des Français subit les effets de la baisse des taux d’intérêt. PAGE 20

Diesel : Fiat Chrysler aurait triché aux États-Unis AUTOMOBILE Le « dieselgate » n’est pas fini. Au lendemain de l’accord conclu entre les autorités américaines et Volkswagen sur l’affaire du logiciel truqueur, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) et son homologue de Californie (CARB) ont lancé un nouveau pavé dans la mare. Elles accusent Fiat Chrysler Automobiles (FCA) d’avoir installé un logiciel similaire à celui de Volkswagen afin de tricher sur les émissions d’oxyde d’azote (NOx) de

le PLUS du FIGARO ÉCO FISCALITÉ

L’impôt français sur les sociétés jugé trop élevé PAGE 21

LA SÉANCE DU JEUDI 12 JANVIER 2017

CAC 40 4863,97

-0,51%

DOW JONES (18h) 19788,16 -0,83% ONCE D’OR 1205,05 (1178,55) PÉTROLE (lond) 56,220 (55,020) EUROSTOXX 50 3286,70 -0,64% FOOTSIE 7292,37 +0,03% NASDAQ (18h) 5510,70 -0,95% NIKKEI 19134,70

plus de 104 000 de ses véhicules diesel commercialisés aux ÉtatsUnis. L’information, révélée par l’agence Reuters, a été confirmée par l’EPA. Les véhicules concernés sont des Jeep Grand Cherokee et les pick-up Ram 1500 des années 2014, 2015 et 2016. L’agence américaine a découvert dans ces véhicules pas moins de huit logiciels, non révélés par FCA, qui altèrent le niveau des émissions polluantes. Ne pas révéler l’existence de ces dispositifs re-

vient déjà à enfreindre la loi, mais l’EPA précise qu’elle cherche maintenant à savoir si ces dispositifs constituent des « dispositifs d’invalidation » (defeat device), illégaux. « Encore une fois, un constructeur automobile majeur a pris la décision de contourner les règles et s’est fait prendre », a expliqué Mary Nichols, administratrice du Carb. FCA a immédiatement réagi, en niant toute tricherie. Dans un communiqué, le constructeur précise qu’il « estime que ses systèmes de

contrôle des émissions respectent les exigences légales ». Le bras de fer entre les autorités et le constructeur pourrait être de longue durée. La stratégie est différente de celle de Volkswagen, qui avait immédiatement reconnu les faits. À New York, le titre FCA a plongé de plus de 16 % dès que les premières rumeurs sont sorties. Pour un peu plus de 500 000 véhicules concernés, Volkswagen a accepté de payer 19 milliards de dollars de pénalités E. E. outre-Atlantique.

Jeff Bezos promet à Trump de créer 100 000 emplois

L'HISTOIRE

Après des tours et des détours, Solex fait son retour en France

L

es grandes marques ne mourant jamais, Solex suit son bonhomme de chemin. Après Courbevoie, Saint-Quentin, un rachat italien, une expatriation en Hongrie, un retour en France et une dernière escapade chinoise à Shanghaï, la célèbre marque retrouve sa terre natale. Adieu, le grésillement du petit moteur sur la roue avant. Cette fois, c’est de vélos à assistance électrique qu’il s’agit. Grégory Trebaol, PDG d’Easybike, a lancé jeudi la production sur le site de Saint-Lô (Manche), inauguré en grande pompe par Arnaud Montebourg

en 2015 et où sa société assemble déjà les vélos Easybike et Matra. Du vélomoteur culte des années 1960-1970, vendu à près de 8 millions d’exemplaires, il ne reste que la silhouette de l’une des trois versions, Infinity, qui devrait représenter 65 % des ventes. La batterie de 400 Wh aura une autonomie de 60 à 160 kilomètres… selon l’intensité du coup de pédale ! Premier prix : 1 800 euros. En 2017, quelque 3 500 Solex seront produits avec des cadres « made in Taïwan ». « À plein régime, une cinquantaine de personnes travailleront ici », assure le patron d’Easybike devenu propriétaire de Solex pour une somme évaluée entre 8 et 10 millions. Easybike, qui emploie actuellement 35 personnes, a produit l’an dernier 15 000 bicyclettes électriques, dont 8 000 en France, soit un chiffre d’affaires de 10,5 millions (+ 30 %). L’équilibre financier devrait être atteint cette année, grâce à un chiffre d’affaires attendu de 14 millions. Soixantedix ans après sa naissance, Solex reste une affaire qui roule. ■ CHARLES GAUTIER

-1,19%

Hors activité de garde d’enfants, le secteur de l’emploi à domicile n’est toujours pas sorti de la crise qui le frappe depuis plusieurs années. Au troisième trimestre 2016, le nombre d’heures déclarées par les particuliers employeurs a baissé de 2 %, selon l’Acoss, la banque de la Sécurité sociale. Seule consolation, le nombre de foyers faisant appel à des femmes de ménage, jardiniers et autres aides s’est stabilisé (+ 0,1 %). Ces résultats sont décevants, alors que le gouvernement a porté, à compter de décembre 2015, l’allégement de charges sociales pour l’emploi à domicile de 0,75 à 2 euros par heure travaillée. Mais ils s’expliquent. Le geste sur les cotisations n’a pas suffi à contrer les effets de la crise, qui oblige les ménages à renoncer à des dépenses jugées superflues. En revanche, ce coup de pouce a eu de l’effet sur la garde d’enfants, domaine où les dépenses sont obligatoires. Les ménages, qui faisaient travailler leurs nounous en partie « au noir », ont été incités à tout déclarer. Ainsi, pour la garde d’enfants à domicile, à la fois le nombre d’employeurs (+ 0,9 %) et le nombre d’heures déclarées par employeur (+ 0,3 %) ont progressé au troisième trimestre. Pour les assistantes maternelles, le volume horaire déclaré par les ménages a diminué à l’été, mais après deux bons trimestres. La majorité actuelle n’a pris que tardivement conscience de l’importance de l’emploi à domicile, qui représente 3,6 millions d’employeurs et 1,6 million de salariés. Après la suppression sous l’ère Sarkozy des 15 points d’abattement de cotisation patronale, une autre incitation – la déclaration au forfait – a été abolie en 2013. Le gouvernement a alors instauré un allégement de charges sociales de 0,75 euro par heure travaillée, mais qui ne compensait pas la perte financière pour les ménages. Résultat, le secteur a continué à perdre des emplois déclarés et le travail au noir s’est envolé. Ce qui a poussé le gouvernement à accroître l’allégement de charges, fin 2015. Avantage qui s’ajoute au crédit d’impôt sur le revenu existant. C. C.

Deux jours après le patron logistiques avancées », assure d’Alibaba, Jack Ma, c’est au Jeff Bezos. Le géant mondial de tour de celui d’Amazon, Jeff l’e-commerce assure avoir Bezos, de promettre à Donald créé 15 000 emplois aux ÉtatsTrump des embauches mas- Unis depuis cinq ans. sives sur le sol américain. Un Les embauches concerneront message politique, à quelques aussi les services commerciaux, jours de l’entrée les centres de tri ainsi en fonction du que des sites dissémiprésident élu. Cenés au niveau local. lui-ci avait critiEn outre, elles compqué les arrangetabilisent des postes ments fiscaux dans les centres de d’Amazon et pro- Le délai que s’est fixé stockage en cours de mis d’être « le plus construction dont la le patron d’Amazon grand créateur création avait déjà pour atteindre d’emplois que Dieu été annoncée ces son objectif ait créé ». De quoi derniers mois. Amainciter les dirigeants d’entre- zon promet par ailleurs de prises à multiplier des pro- continuer à créer des centaines messes. « Nous voulons ajouter de milliers d’emplois indirects 100 000 “Amazoniens” dans le chez des marchands tiers utiligroupe dans les 18 prochains sant sa place de marché et au mois, au moment où nous sein d’Amazon Flex. Cette ouvrons de nouveaux centres de plateforme permet à des indéstockage et continuons à investir pendants d’arrondir leurs fins dans des secteurs comme la de mois (de 18 à 25 dollars l’heutechnologie du “cloud”, l’ap- re) en s’improvisant livreurs à K. L. prentissage des machines et des leurs heures perdues.

18 mois

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FONDS JUNCKER

L’EMPLOI À DOMICILE ENCORE À LA PEINE


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

20

L'ÉVÉNEMENT

Le rendement de l’assurance-vie fond d’année en année Les assureurs mettent des réserves de côté pour résister à une hausse des taux.

4,1

4,1

4

3,6 3,4 3

2,9

2,8 2,5

1,95*

2,3

* Estimation

Les fonds en euros rapportent deux fois moins qu’il y a dix ans ÉVOLUTION DES RENDEMENTS, en % 2006

2007

ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.fr

ASSURANCE-VIE L’heure des comptes a sonné pour les épargnants, qui commencent à mesurer l’impact qu’a eu l’an dernier la baisse des taux d’intérêt sur le rendement de leurs assurances-vie. Si le recul est limité à 0,20 % ou 0,30 % sur certains contrats, beaucoup décrochent de 0,40 % ou plus, comme celui de l’Afer, la célèbre association d’épargnants, qui a rapporté 2,65 % en 2016, contre 3,05 % en 2015. Car les assureurs n’avaient aucune envie de faire des efforts. Au contraire, ces rendements modestes vont les aider à dissuader les épargnants de faire de nouveaux versements sur les fonds en euros. Et c’est bien l’objectif recherché : les compagnies d’assurances ne veulent pas

A

Cette année, les meilleurs rendements devraient donc être l’apanage de vieux contrats de capitaux frais à investir dans de mauvaises conditions sur les marchés, car elles doivent protéger leurs vieux portefeuilles, qui procurent encore des rendements confortables. C’est le sésame pour pouvoir faire face, un jour, à une remontée des taux d’intérêt, qui rendrait d’autres placements plus attrayants. « Limiter la collecte sur les fonds en euros, c’est aussi protéger les souscripteurs qui ont déjà investi, pour que la performance de leur placement résiste mieux », relève Guillaume Rosenwald, directeur épargne retraite à la MACSF. Que l’ACPR, leur autorité de tutelle, les ait incités à mettre en réserve pour l’avenir une partie de leurs gains de l’année est finalement un excellent prétexte. Beaucoup de compagnies se sont exécutées de bonne grâce. Et cela a diminué d’autant la rémunération offerte aux épargnants. L’Afer, par exemple, qui promettait pourtant à l’origine de distribuer intégralement ses gains financiers, a mis en réserve l’équivalent de 0,25 % de rendement. Sans cela, le contrat de l’association d’épargnants aurait rapporté 2,90 %. Avec les réserves également engrangées les années passées, l’Afer a désormais de côté 0,65 % de rendement. Mais d’autres sont déjà très bien lotis. La MACSF, qui a servi 2,40 % à 2,45 % (0,40 % de moins qu’en 2015), a déjà mis de côté 1,7 %. La

2008

Sources : FFA et Insee

2009

palme revient à la GMF, qui conserve dans ses caisses de quoi verser 5,2 % d’intérêts à ses souscripteurs. Pourtant, elle aussi a baissé encore cette année le rendement de ses contrats (2,50 % au lieu de 2,80 % en 2015) et encore arrondi son trésor de guerre (4,9 % en 2015). En théorie, ces réserves appartiennent aux assurés et doivent leur être redistribuées. Mais ils attendront encore, et peut-être longtemps.

2010

2 071

2012

Les jeunes épargnants se tournent peu vers l’assurance-vie. En 2015, seuls 21 % des moins de 30 ans étaient titulaires d’un tel contrat, contre 36,5 % des quinquagénaires et 41,8 % des sexagénaires, selon l’Insee. Si le produit, qui rapporte plus que le livret A, est prisé surtout par les épargnants les plus âgés, c’est bien sûr parce qu’ils ont plus d’épargne à placer, mais pas uniquement. Le placement préféré des Français présente aussi plusieurs avantages auxquels les aînés sont sensibles : ses plusvalues sont exonérées d’impôts dans certaines limites, et il est avantageux dans le cadre d’une transmission de

2014

Les assureurs-vie ont su s’adapter aux taux bas

2015

2016

COLLECTE NETTE DE L’ASSURANCE-VIE, en milliards d’euros 3,5

DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot

DETTE DE LA FRANCE au 12 janvier 2017

1 624

milliards €

ENCOURS ASSURANCE-VIE, fin novembre 2016

257

mds €

ENCOURS DU LIVRET A, fin novembre 2016

Les assureurs ont suivi cette année les recommandations du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui a, une fois de plus, préconisé de limiter la rémunération des fonds en euros. Les assureurs-vie ont dû, il est vrai, composer en 2016 avec des taux obligataires tombés à des niveaux historiquement bas. Et ils ont parfois eu des difficultés à investir l’abondante collecte d’épargne. «Lorsque l’OAT à 10 ans est tombée à 0,15 %, une fois retirés les frais de gestion (et si cet état de fait s’était prolongé durablement), ils ne parvenaient plus à garantir le capital investi », explique Guillaume Leroy, actuaire associé chez Prim’act. Cependant, l’investissement dans de telles obligations n’aura de conséquences que sur le long terme. « Actuellement, les stocks d’actifs des fonds en euros comportent toujours des placements rémunérateurs », nuance-t-il. D’autant que les compagnies ont su tirer profit l’an dernier de la volatilité des marchés. « Certaines ont vendu des actions et réalisé des plus-values »,

Les jeunes peu tentés par ce placement MARIE BARTNIK £@mariebartnik

2013

milliards €

Les associations d’épargnants en tête

Cette année, les meilleurs rendements devraient donc être l’apanage de vieux contrats, « qui collectent peu d’épargne nouvelle, et n’ont pas eu à faire d’importantes provisions », explique Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures et créateur du site Good Value for Money, destiné aux épargnants. C’est le cas de Gaipare, une autre association d’épargnants, qui n’a arrondi ses provisions que modestement et a servi 2,90 %, ou d’Asac Fapès (2,80 %). « Il faut être raisonnable sur le taux affiché, mais aussi défendre les intérêts des adhérents qui doivent profiter de la bonne gestion du contrat », estime Jean Berthon, le président de Gaipare. Les grands perdants sont sans doute les contrats qui, notamment dans les banques, continuent à collecter beaucoup, auprès d’une clientèle populaire qui ne peut pas risquer ses économies hors du fonds en euros. ■

2011

patrimoine puisque les sommes versées avant 70 ans sont également exonérées d’impôts, en deçà de 152 500 euros par bénéficiaire. « Une bonne partie des contrats d’assurance-vie est aussi alimentée par les héritages, qui interviennent le plus souvent à partir de la soixantaine », souligne Didier Davydoff, directeur de l’Observatoire de l’épargne européenne.

Le PEL à 1 % Les plus jeunes, de fait, lui préfèrent les livrets d’épargne (ils sont 90 % à en posséder un) et le plan d’épargne logement (PEL). Ils utilisent souvent ce dernier pour se constituer un apport qui leur servira à acquérir leur résidence principale. En 2015, plus d’un jeune de moins de 30 ans sur trois avait ouvert

un PEL, dont le taux est tombé à 1 % depuis le 1er août 2016. « Aujourd’hui, l’assurance-vie est un placement plus intéressant et à peine moins liquide, a fortiori si l’on place une partie de son argent en unités de compte », estime Didier Davydoff. Ouvrir jeune un contrat d’assurance-vie présente l’avantage de prendre date pour l’avenir : le compte à rebours des 8 ans, à partir duquel l’avantage fiscal est applicable, commence à tourner. Attention en revanche aux frais, souvent plus importants pour les plus petits versements. « Il est souvent possible de les négocier à la baisse, les assureurs étant soucieux d’attirer à eux de jeunes épargnants », assure toutefois Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne. ■

note Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts & Figures. « Pour l’heure, ce sont surtout les assurés qui font les frais de la baisse des taux et non les assureurs-vie, constate Olivier Pauchaut, chez Bryan Garnier. Leurs résultats sont restés stables, voire ont légèrement progressé ces dernières années. Les bancassureurs qui profitent de leur réseau bancaire, sont les mieux lotis. » Les bancassureurs sont d’ailleurs les premiers assureursvie (voir ci-contre).

3

Compagnies solides

0

Même si certaines compagnies, proposant surtout des fonds en euros sont un peu sous pression, le secteur résiste bien. « Il existe certes des disparités, mais, dans l’ensemble, les compagnies d’assurance-vie sont solides, explique Guillaume Leroy. Seuls quelques opérateurs spécialisés en retraite, offrant des taux garantis élevés, souffrent un peu plus. » Depuis quelques années, les assureurs-vie ne proposent plus de taux garantis (ou très bas). Ce qui leur a permis d’éviter les déconvenues auxquelles doivent faire face les assureurs allemands. Le secteur a aussi su s’adapter aux nouvelles normes réglementaires. « Les compagnies émettent notamment des emprunts (titres subordonnés) qui leur permettent de renforcer leurs fonds propres », précise Cyrille Chartier. Pourquoi les assureurs ont-ils alors fait preuve d’une telle prudence en 2016 ? Pour se protéger contre d’éventuels revers de fortune dans le futur. Des taux d’intérêt durablement ultrabas risquent de faire fondre le rendement des fonds en euros. Et de mettre en danger dans quelques années certaines compagnies. Mais, aujourd’hui, c’est le scénario d’une forte hausse brutale des taux d’intérêt qui inquiète le plus. Un tel cas de figure, inciterait les assurés à retirer massivement leur argent pour l’investir sur des placements plus rémunérateurs et fragiliserait le secteur. Les compagnies ont cependant mis en place des garde-fous. Désormais, elles placent une partie des profits annuels des fonds en euros dans leurs réserves de sécurité (participation pour excédent, PPE). La loi Sapin 2, votée à l’automne a aussi prévu plusieurs mesures visant à les protéger en cas de choc extrême. ■

2

1,1 1

Janv. 2016

Nov. Source : FFA

10

LES

COMPAGNIES

LES PLUS IMPORTANTES SUR LE MARCHÉ DE L’ASSURANCE-VIE ENCOURS TOTAL FIN 2015 EN MILLIARDS D’EUROS (SOURCE : GOOD VALUE FOR MONEY)

èCNP :

281,06 agricole :

èCrédit

239,66 èBNP Paribas : 125,97 èAxa : 112,98 èGenerali : 84,29 èSociété générale : 82,96 èCrédit mutuel : 63,21 èAllianz : 59,92 èGroupama : 49,62 èAG2R La Mondiale : 49,76


LE FIGARO

ÉCONOMIE

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Pour rester compétitive, la France doit réduire le taux d’impôt sur les sociétés à 25 % Le niveau d’imposition serait dans la moyenne européenne, selon le Conseil des prélèvements obligatoires. GUILLAUME GUICHARD £@guillaume_gui

FISCALITÉ La France fut, au tournant des années 1990, le pays doté du plus faible impôt sur les sociétés (IS) d’Europe. Elle avait été la première à abaisser drastiquement son taux de 50 % à 33,33 %. Ce temps paraît loin. Aujourd’hui, elle est en deuxième position pour le taux le plus… élevé d’Europe, derrière Malte. Il faut dire que depuis vingt-cinq ans, les partenaires européens ont réduit leur taux d’imposition. La France, elle, est la seule à ne l’avoir pas bougé depuis 1995 – malgré la création d’un taux réduit de 15 % sur une partie des bénéfices des seules PME. Pis, l’Hexagone a régulièrement créé des surtaxes temporaires pour les grandes entreprises. Bref, Paris est largement distancé par ses partenaires en matière d’IS. Partant de ce constat, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) appelle, dans un rapport publié jeudi, à « faire converger le taux d’impôt sur les sociétés vers la moyenne des grandes économies de l’Union européenne (soit environ 25 %), selon un calendrier clair et prédéfini ». Une trajectoire plus ambitieuse que celle adoptée par le gouvernement dans le cadre du budget 2017. L’actuelle majorité vise une réduction du taux d’imposition à 28 % d’ici à 2020. La proposition du CPO rejoint en revanche le programme du candidat LR, François Fillon, qui promet un IS à 25 %. Pourquoi le CPO préconise-t-il de viser la moyenne européenne, sans proposer une diminution plus importante ? Réponse : il ne veut pas que la France s’élance dans une course au moins-disant fiscal, qui est sans fin. Le Royaume-Uni a ainsi annoncé son souhait de ramener

son taux d’IS à 15 %. Or, pour la France, une telle stratégie « présente des bénéfices économiques pour le moins incertains », prévient l’institution présidée par le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud. Une telle course serait « non soutenable financièrement », sans garantie d’attirer suffisamment de nouveaux investisseurs. Ainsi, si une majorité abaissait, après 2020, le taux d’IS de 28 % à 25 % comme le demande le CPO, la mesure coûterait déjà 4,2 milliards d’euros par an, sur un impôt qui a généré 51 milliards d’euros de recettes en 2013. Le CPO propose d’ailleurs de financer l’allégement d’IS par… la suppression de niches fiscales en faveur des entreprises pour 2,6 milliards d’euros. Outre la disparition du taux réduit de 15 % destiné aux PME qui coûte 1,5 milliard d’euros (lire ci-dessous), le Conseil propose la fin du suramortissement des investissements ou de revoir le régime d’intégration fiscale à la française.

Concurrence renforcée En alignant le taux d’IS sur la moyenne européenne, il s’agit donc de réduire un écart d’imposition « trop visiblement défavorable » à la France, les investisseurs étrangers regardent d’abord le taux d’imposition. Mais sans aller trop loin. Une étude annexée chiffre qu’en moyenne « une baisse d’un point de pourcentage du taux d’impôt sur le bénéfice augmenterait les investissements étrangers d’environ 3 % ». L’impact varie toutefois selon les pays. Il est d’autant plus urgent d’agir que les diverses manières, pour les entreprises, d’alléger la facture fiscale sont de moins en moins nombreuses depuis 2009, pointe le Conseil. Notamment pour remplir

les caisses de l’État, la déductibilité des charges d’emprunts au-delà de 3 millions d’euros a été par exemple rabotée en 2013. Pire, dans un proche avenir, certaines dispositions, comme un régime d’intégration fiscale très favorable, sont menacées au niveau européen. Cette évolution met d’ailleurs à mal les arguments fréquemment utilisés pour repousser un allégement de l’impôt des entreprises. Des frondeurs socialistes ont ainsi avancé, lors des débats sur le budget 2017 à l’automne dernier, qu’il

ne fallait pas baisser l’IS au motif que les recettes qu’il génère, rapporté au PIB français, étaient nettement inférieures à celles observées dans les pays concurrents, comme le Royaume-Uni. « L’IS présente le paradoxe de combiner un taux élevé et un rendement faible par rapport au PIB », reconnaissent les auteurs du rapport. Mais cela s’explique par « la faible profitabilité des entreprises françaises ». Et non par à une générosité trop grande de règles fiscales qui viendraient saper les effets d’un taux d’imposition très élevé. ■

Le ministère des Finances à Paris (ci-dessus). La France affiche la deuxième imposition des sociétés la plus élevée en Europe. M. ARCHAMBAULT/LE FIGARO

Le taux réduit d’IS pour les PME serait inutile « La pertinence d’une différence d’imposition fondée sur la taille des entreprises est discutable. » Dans son rapport publié jeudi, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) retoque une à une les raisons justifiant l’existence du taux d’IS de 15 % pour certaines PME et propose de le supprimer. Ce taux s’applique sur les 38 000 premiers euros de bénéfice des PME réalisant moins de 7,63 millions de chiffre d’affaires. Pas moins de 670 000 entreprises bénéficient de ce dispositif. Premier argument contesté par le CPO : le taux réduit permettrait de soutenir le financement parfois difficile des PME. Cet objectif, affiché en 2001 pour instaurer la mesure, ne tient pas. Les mesures de soutien

direct, tels les prêts de Bpifrance, sont plus efficaces, selon le CPO, car ciblées sur les entreprises ayant des difficultés pour lever des fonds.

Politique inverse L’argument avancé cet automne par le gouvernement pour maintenir le taux réduit, à savoir que les PME sont moins rentables que les grands groupes, ne tient pas non plus, démonte le CPO. Calculée par la Banque de France, la rentabilité financière des grosses PME est plus élevée (à environ 8 % en 2014) que celle des entreprises de taille intermédiaire et les grands groupes (moins de 6 %). Et ce depuis 2007. Enfin, assène le CPO, « la taille d’une entreprise, une fois atteint le

stade de la PME, ne conditionne pas significativement son taux d’imposition ». Les écarts sont très importants, selon les secteurs, entre sociétés de même taille. Les entreprises de l’hébergement et de la restauration présentent ainsi un « taux implicite » d’imposition inférieur à celles de l’industrie, du commerce ou de la construction, détaille une étude annexée au rapport du CPO. Toutefois, les méthodes de comparaison de taux entre entreprises de même taille sont imparfaites et donc leurs résultats sont à analyser « avec prudence ». Le taux réduit entraîne par ailleurs un effet de seuil massif. Les services fiscaux observent un pic de

redevables générant 38 000 euros de bénéfice, ou légèrement moins. « Ceci suggère de façon manifeste l’existence de pratiques de “pilotage” du résultat imposable » afin de profiter du taux de 15 %, note le CPO. Cette démonstration tombe mal pour la majorité, qui, lors du budget 2017, a élargi, d’ici à 2020, le taux réduit aux PME réalisant jusqu’à 50 millions de bénéfice. Une mesure saluée par la CPME, l’organisation patronale des PME, qui à l’inverse, critique le rapport du CPO. « Supprimer le taux réduit d’IS reviendrait à augmenter l’impôt sur les sociétés de près de la moitié des entreprises assujetties, les plus petites », a-t-elle réagi. ■ G. G.

« leSupprimer taux réduit

d’IS reviendrait à augmenter l’impôt sur les sociétés de près de la moitié des entreprises assujetties, les plus petites

»

CPME (ORGANISATION PATRONALE DES PME)

EN BREF L’INFLATION A ÉTÉ DE 0,2 % EN 2016 £ L’inflation a été de 0,2 % en moyenne sur 2016, après avoir été nulle en 2015, a confirmé jeudi l’Insee. Ce taux est conforme aux prévisions du gouvernement et revient à comparer les prix sur l’ensemble de l’année 2016 par rapport à l’ensemble de l’année 2015. Il diffère du taux d’inflation en décembre sur un an (+ 0,6 %), qui compare les prix en décembre 2016 par rapport à ceux de décembre 2015.

TRAFIC EN LÉGÈRE HAUSSE POUR LES AÉROPORTS DE PARIS £ Paris Aéroport (ex-ADP) a accueilli 97,2 millions de passagers en 2016, soit une hausse de + 1,8 %. RoissyCharles-de-Gaulle a vu passer 65,9 millions de passagers l’an dernier et Paris-Orly 31,3 millions. C’est la croissance du trafic des compagnies aériennes low-costs qui a été la plus forte : + 3,4 % en Europe. Celui des lignes internationales n’a atteint que 0,4 %

L’OCDE appelle à réduire le gaspillage des systèmes de santé MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault

10 %

environ des dépenses hospitalières sont consacrées à remédier à des erreurs médicales ou à des infections nosocomiales

SANTÉ Alors que les budgets publics sont partout sous pression, près de 20 % des dépenses de santé sont au mieux inefficaces, au pire constituent un véritable gaspillage dans les pays de l’OCDE. En d’autres termes, les pouvoirs publics pourraient dépenser beaucoup moins sans que cela n’affecte la qualité des soins ! C’est le constat que dresse l’OCDE dans un rapport publié jeudi, alors que les ministres de la Santé des 35 pays membres de l’organisation doivent se réunir mardi prochain pour réfléchir aux grandes réformes à engager pour le futur.

Les sources de gaspillage recensées sont multiples. Ainsi, entre 12 % et 56 % des visites aux urgences ne seraient pas nécessaires. Un enfant sur trois naît par césarienne, alors que ce type d’accouchement ne se justifie pour raisons médicales que dans 15 % des cas. Quant aux dépenses hospitalières, plus de 10 % sont consacrées à remédier à des erreurs médicales ou à des infections nosocomiales qui auraient pu être évitées. Alors qu’un dollar sur cinq dépensés dans la santé est consacré aux produits pharmaceutiques, l’OCDE observe également qu’une partie de ces produits, faute d’être utilisés, finissent par être jetés. Pourtant, « il serait sans doute pos-

sible d’économiser environ 50 % du montant total des produits jetés », indique le rapport. En cause, non seulement les patients qui suivent mal leur traitement et les médecins qui surévaluent certaines prescriptions, mais aussi certains établissements de santé qui ont une mauvaise organisation de la gestion des fournitures et des stocks.

Augmenter les génériques L’OCDE pointe également la trop faible utilisation des médicaments génériques, alors que leur taux de pénétration varie entre 10 % et 80 % dans les pays de l’OCDE. Certains pays, mais pas tous, ont mis en place une réglementation obligeant les pharmaciens à systémati-

quement remplacer le médicament prescrit par son équivalent générique le moins cher. Ces mesures peuvent s’accompagner d’incitations financières. La France a justement instauré un mécanisme de paiement à la performance afin de récompenser les cliniciens qui prescrivent des génériques. Sans résultats exceptionnels, le taux de pénétration des génériques y étant de 30 % en 2015. Alors que les dépenses allouées aux systèmes de santé représentent 9 % du PIB et que trois quarts proviennent de fonds publics, l’OCDE juge que « le gaspillage est incontestable et que le moment est venu d’agir pour y remédier ». L’organisation suggère plusieurs pistes,

notamment d’éliminer les dépenses allouées aux soins à faible valeur, d’encourager l’emploi des génériques, de renforcer le rôle dévolu au personnel infirmier et de veiller à ce que les patients qui n’ont pas besoin d’être soignés à l’hôpital soient pris en charge dans des structures moins coûteuses. À l’image de la France, où le sujet du financement de la santé a fait irruption dans la campagne présidentielle, tous les pays de l’OCDE sont engagés dans la lutte contre le gaspillage. Mais pas forcément de façon systématique. Bon élève, les Pays-Bas ont ouvert un site Web où les acteurs peuvent rendre compte des errements constatés. Un exemple à méditer ! ■

A

Selon l’organisation, un cinquième des dépenses de santé est au mieux inefficace, au pire ne sert à rien.


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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ÉCONOMIE

Pari tenu pour le Fonds Juncker

Top 5 des pays bénéficiaires MONTANTS ENGAGÉS PAR LE FONDS JUNCKER, en milliards d’euros

l’Italie, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni puis l’Allemagne sont les premiers pays bénéficiaires de ces financements. Certes, ce Fonds - qui porte le nom du président de l’institution, Jean-Claude Juncker - ne va pas régler le problème du sous-investissement depuis la crise de 2008. Plus personne n’est dupe. Mais « c’est une opération utile qui a l’air de fonctionner alors que ce n’était pas évident au début », explique avec optimisme Olivier Garnier, économiste en chef à la Société générale.

Les projets risqués ne sont pas légion

Le constat fait consensus : ce projet se veut particulièrement novateur en matière de financement de l’économie au niveau européen. Doté de 21 milliards d’euros d’argent public (garantie du budget européen), ce Fonds permet à la

MANON MALHÈRE £@ManonMalhère

Vice-président de la Banque européenne d’investissement, Ambroise Fayolle a accordé une interview au Figaro. LE FIGARO.- La France a bénéficié de combien de financements au titre du fonds Juncker en 2016 ? Ambroise FAYOLLE.- La France se situe dans le trio de tête des pays bénéficiaires du fonds Juncker, après l’Italie et avant l’Espagne. Sur les 9,3 milliards d’euros de nouveaux financements que la BEI a engagés en France en 2016 - un record ! -, environ 30 % l’ont été au titre du fonds. Cela devrait permettre de mobiliser 16,9 milliards d’euros d’investis-

sements principalement privés. C’est considérable en une année. Pourquoi ce bon résultat ? En 2016, nous avons assisté à une forte demande pour des projets dans le secteur privé que nous avons souhaité accompagner par des financements. Nous avons en particulier financé de nombreux projets dans l’innovation, la recherche et le développement avec un profil plus risqué qui ont donc nécessité la garantie du fonds Juncker. Par ailleurs, nous avons largement bénéficié du travail de nos partenaires qui, comme le Commissariat général à l’investissement, se sont mis dès le début en ordre de marche pour que ce dispositif innovant de financements plus risqués bénéficie à des projets en France.

SERVICES En discussion depuis fin octobre à La Poste, le projet d’accord sur l’amélioration des conditions de travail et l’évolution des métiers des facteurs a fait l’objet, ce jeudi, d’une dernière réunion de négociation entre la direction et les syndicats. Pour être adopté, le projet doit réunir au moins 30 % des voix syndicales. Il prévoit notamment l’embauche de 3 000 facteurs en CDI en 2017, contre 1 500 habituellement. Il fixe aussi les nouveaux contours d’un métier en plein bouleversement.

Recyclage de papiers La négociation avec les syndicats avait été ouverte par la direction à l’automne, en vue de désamorcer le malaise social à La Poste, secouée par des suicides ou tentatives de

Date de valorisation :

Pouvez-vous donner un exemple de projet français que la BEI n’aurait pas pu soutenir sans la garantie du fonds Juncker ? La BEI s’est engagée à financer un projet de la coopérative des Maîtres laitiers du Cotentin à hauteur de 55 millions d’euros. Cette petite entreprise a remporté un appel d’offres auprès du distributeur chinois Synutra pour produire des briques de lait infantile. Pour ce faire, elle doit construire une nouvelle usine très moderne de 35 000 m2 dans la Manche. Traditionnellement, la BEI ne participe pas à ce type de projets plus risqués. Ce n’est en particulier pas dans son habitude de financer une coopérative agricole. En outre, le projet ne repose que sur un seul client Synutra, ce qui offre moins de sécurité. Avec le fonds Juncker, c’est désormais possible. Et notre

suicides. Elle s’est focalisée sur le métier de facteur, 73 000 personnes qui distribuaient 18 milliards de lettres en 2008, plus que 12,5 milliards en 2015 et probablement 9 milliards en 2020. « Facteur est un métier d’avenir, qui sera plus polyvalent, affirme Philippe Dorge. D’ici à 2020, nous prévoyons qu’un facteur réalise trois prestations de services par jour en plus de distribuer le courrier, contre 0,4 aujourd’hui. » Déjà, les facteurs ne consacrent plus que 75 % de leur temps à distribuer du courrier. À l’horizon 2020, ce sera moins de la moitié. En plus de livrer des Colissimo ou des catalogues, rendre des services de proximité lors de visites à domicile ou dans des entreprises

Valeur a la Valeur Valeur création précédente liquidative

11/01/2017 AFER ACTIONS EURO AFER-SFER AFER PATRIMOINE A. DIVERSIFIE DURABLE AFER ACTIONS MONDE

A

Aviva Investors France 24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01

Vocation

ACTIONS ZONE EURO DIVERSIFIÉ DIVERSIFIÉ DIVERSIFIE ACTIONSINTERNATIONALES

76,00 15,00 500,00 500,00 500,00

131,16 58,94 625,72 733,85 871,68

131,32 59,01 625,66 734,67 876,84

PROCHAINE PARUTION : 20/01/2017 (1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.

4

ROYAUME-UNI

5

ALLEMAGNE

3,418

Infographie

Banque européenne d’investissement d’emprunter jusqu’à 63 milliards d’euros sur les marchés pour financer la part la plus risquée de projets. Et ainsi inciter les investisseurs privés, toujours frileux, à y participer pour un total de 315 milliards. C’est le fameux effet de levier. À l’heure où les marges de manœuvres budgétaires des États sont de plus en plus restreintes, « nous essayons ainsi de passer d’un monde de subventions à un monde dans lequel le secteur privé est encouragé à investir grâce à des garanties publiques », insiste Ambroise Fayolle, le vice-président de

COTATIONS HEBDOMADAIRES Nom du Fonds

ESPAGNE

3,106

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à son arrivée à la Conférence sur Chypre, à Genève (Suisse), le 12 janvier 2017. POOL/REUTERS

la BEI. Une nouvelle orientation qui ne manque pas de susciter des questionnements éminemment politiques. « Dans quelle mesure le plan Juncker est-il en train de devenir un véhicule de politique industrielle (au niveau européen, NDLR) ? » s’interroge à ce titre Sylvain Broyer, économiste chez Natixis. Sauf qu’à ce jour, ce nouveau mécanisme est loin d’être rodé et n’est pas exempt de critiques. L’un des objectifs clés est d’offrir à la BEI la possibilité de soutenir des projets innovants et risqués qui ne trouvent pas de financements privés en temps normal.

engagement a aussi permis d’inciter d’autres banques à y participer. Pourquoi ces banques ne pourraient-elles pas financer ce projet sans l’apport de la BEI ? La coopérative n’aurait pas trouvé de partenaires financiers, car l’investissement est très important par rapport à sa taille. La logique est simple : grâce à la garantie européenne du fonds Juncker, la BEI peut s’engager à financer la partie la plus risquée des projets, tout en offrant un gage de sérieux aux investisseurs privés. Un autre exemple parlant est le financement d’un projet de déploiement de réseaux à très haut débit dans le Nord-Pas de Calais et en Alsace, dans les zones rurales où le financement des infrastructures est plus difficile à obtenir que dans les villes. ■

En 2016, « nous

avons assisté à une forte demande en investissements pour des projets dans le secteur privé

»

AMBROISE FAYOLLE

*Ou dernier cours connu.

est « unFacteur métier d’avenir, qui sera plus polyvalent

»

PHILIPPE DORGE, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU COURRIER

C’est sa valeur ajoutée par rapport aux mécanismes de financement traditionnels déjà en place. Mais certains économistes en doutent sérieusement. Par exemple, le think-tank bruxellois Bruegel ne parvient pas à démontrer que les projets qui ont déjà bénéficié d’engagements au titre du Fonds Juncker sont réellement plus risqués que ceux habituellement financés, dans une note qui fait grincer des dents au sein des institutions européennes. « La BEI prend plus de risques », rétorquet-on sèchement à la Commission. C’est le cas du soutien au projet de la coopérative des Maîtres laitiers du Cotentin, en France, qui n’aurait sinon pas trouvé de banques, explique de son côté Ambroise Fayolle (voir ci-contre). « Le problème, c’est que les projets risqués à financer ne sont pas légion, en particulier dans les pays qui manquent d’infrastructure de financement privé comme certains États d’Europe de l’Est », constate Sylvain Broyer, de Natixis. C’est en effet l’un des principaux défis de ce Fonds : s’assurer que les pays européens présentent des projets porteurs, qui répondent aux critères économiques, environnementaux et sociaux stricts. Ce qui n’est pas encore gagné, en particulier du côté des États habitués aux fonds structurels. « Mais le mécanisme fonctionne de mieux en mieux », assure une source européenne. Quoi qu’il en soit, les ministres des Finances de l’UE ont déjà décidé de passer à la vitesse supérieure. En décembre dernier, ils ont accepté la proposition de la Commission d’augmenter la capacité de ce fonds à 500 milliards d’euros à l’horizon 2020. ■ M. M.

EN BREF

D’ici à 2020, la distribution du courrier représentera moins de 50 % de leur temps de travail. MATHILDE VISSEYRIAS £@MVisseyrias

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4,072

Source : Banque européenne d'investissements (BEI)

La Poste prête à recruter 3 000 facteurs « Si l’accord est signé, nous allons pouvoir anticiper les changements d’organisation du travail des facteurs, en tenant compte de la montée en puissance des nouveaux services », insiste Philippe Dorge, directeur général du courrier à La Poste. L’accord prévoit d’ores et déjà une fonction nouvelle, celle de « facteur service expert », formé pour réaliser des prestations plus complexes, comme l’installation de la TNT.

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FRANCE

3,266

« La BEI a engagé 9,3 milliards en France en 2016. Un record ! » PROPOS RECUEILLIS PAR

ITALIE

4,299

Ce plan européen d’investissement a mobilisé 163,9 milliards d’euros. EUROPE C’est le projet phare que la Commission européenne n’hésite pas à promouvoir auprès d’une opinion publique de plus en plus méfiante à l’égard de Bruxelles. Le « Fonds Juncker », qui vise à doper les investissements privés et ainsi la croissance en Europe, a été « couronné de succès » pour sa première année, se félicitait la Commission européenne, en septembre dernier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Opérationnel depuis juillet 2015, le « Fonds européen d’investissements stratégiques » (appellation officielle) va générer au total 163,9 milliards d’euros d’investissement, principalement privé pour financer quelque 422 projets rentables, dans des secteurs clés comme l’innovation, le numérique et l’énergie. Il semble donc bien parti pour remplir l’objectif d’atteindre les 315 milliards d’euros d’ici à juillet 2018. Et aujourd’hui,

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les occupera de plus en plus. Depuis plusieurs années, La Poste mène des tests aussi variés que la livraison de médicaments et le relevé des compteurs. Des expérimentations restent locales, comme le portage de pain ou de pressing. En revanche, depuis juin, 140 000 candidats au permis de conduire ont passé leur Code de la route à La Poste, grâce à des facteurs ou des guichetiers. Un succès national. La Poste mise aussi sur la « silver économie ». L’entreprise vient de lancer « Veiller sur mes parents » - une visite à domicile de cinq à dix minutes en moyenne par le facteur -, à l’attention des particuliers. Avec « Proxi Vigie Urbaine », les facteurs peuvent signaler aux communes des anomalies sur la voie publique (nid-de-poule…). Mais le service le plus développé s’appelle Recy’go, du recyclage des papiers de bureaux pour les PME. Il a représenté 9 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier (+ 50 % par rapport à 2015). Déjà 4 500 contrats ont été signés et 56 000 tonnes de papier collectées depuis quatre ans. Ensemble, tous ces services ont généré 40 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 (17 millions en 2015). Objectif visé : 200 millions en 2020. ■

L’AUGMENTATION DE CAPITAL D’UNICREDIT APPROUVÉE

£ Les actionnaires de la banque italienne UniCredit, engagée dans une vaste réorganisation, ont approuvé jeudi l’augmentation de capital de 13 milliards d’euros destinée à renforcer sa solidité. L’opération doit être menée avant le 10 mars. D’ici là, le Français Jean-Pierre Mustier, patron de la banque et ancien de la Société générale, poursuivra son tour des potentiels investisseurs, de Londres à Hongkong en passant par New York.

LE DENTELLIER NOYON PLACÉ EN LIQUIDATION £ À Calais, le fabricant de dentelles Noyon est placé à sa demande en liquidation judiciaire. Une offre de reprise des actifs et de tous les 170 salariés a été présentée par son directeur. Le capital de la nouvelle société, qu’il présiderait, serait réparti entre cadres, salariés, maison mère, et surtout quatre partenaires : les groupes Van de Velde, La Perla, Etam, et MAS Holdings, qui en détiendraient 80 %. Décision le 9 février.


LE FIGARO

vendredi 13 janvier 2017

ENTREPRISES 23

EDF en état d’alerte avant la vague de froid Face à la baisse attendue des températures, le réseau sera très exposé. Les différents acteurs sont mobilisés. L’ALIMENTATION ÉLECTRIQUE DE LA FRANCE

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réacteurs nucléaires d’EDF sont toujours à l’arrêt : 87 % du parc sont aujourd’hui disponibles.

2 400

mégawatts (MW) supplémentaires sont consommés pour chaque degré sous les normales saisonnières.

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sites industriels de grande envergure peuvent être arrêtés par Réseau de transport d’électricité (RTE) pour limiter la consommation en cas d’urgence.

FRÉDÉRIC DE MONICAULT fdemonicault@lefigaro.fr

ÉNERGIE Le scénario tant redouté risque-t-il se produire ? À la fin de 2016, alors qu’une vingtaine de réacteurs nucléaires d’EDF étaient à l’arrêt – pour des opérations de maintenance ou des tests de résistance –, l’approvisionnement électrique semblait menacé en cas de grand froid. En début de semaine prochaine, les températures se situeront à 3° en moyenne en dessous des normales saisonnières, puis entre 6° et 8° pour les jours suivants. Et sept réacteurs ne sont toujours pas raccordés au réseau alors même que des pics de consommation à plus de 90 000 mégawatts (MW) sont probables. EDF estime que, au stade actuel, le parc des centrales est disponible à hauteur de 87 %, soit juste en dessous de la barre des 90 % qui est la norme à cette époque de l’année. Le groupe précise que deux réacteurs s’apprêtent à rentrer en service : Bugey 4 (Ain) et Tricastin 4 (Drôme). En revanche, deux unités – Civaux 1 (Vienne) et Tricastin 2 – devront s’interrompre pour des arrêts courts – trois semaines environ – dans le cadre des essais demandés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour tester certains équipements. En attendant, les pouvoirs publics se montrent très vigilants sur

la capacité électrique du pays à faire face à la vague de froid. Ce vendredi au ministère de l’Énergie, tous les acteurs du système (EDF, RTE, Enedis, l’Ademe…) se réunissent pour coordonner les messages d’incitation pour que les Français réduisent leur consommation d’énergie en raison de la chute des températures. Les capacités d’importations – de l’ordre de 12 000 MW – ne peuvent pas tout résoudre pour un pays comme la France, hautement thermosensible : un degré en dessous des normales saisonnières entraîne une consommation supplémentaire de 2 400 MW, soit l’équivalent de la consommation de Lyon et Marseille réunies.

Délestages ciblés Les dispositifs pour freiner la consommation d’énergie de la population et des entreprises sont plus ou moins arrêtés. Réseau de transport d’électricité (RTE), filiale d’EDF en charge des lignes haute et très haute tensions, a prévu une série d’actions graduées. L’opérateur peut interrompre l’alimentation de 21 sites industriels de grande envergure, puis baisser de 5 % la tension des réseaux de distribution (comme celui d’Enedis) et, enfin, si la situation l’exige vraiment, procéder à des délestages ciblés – c’est-à-dire des coupures de courant momentanées dans un certain nombre de zones. Enfin, RTE a

Les lignes à haute tension sont déjà sous la neige, jeudi, dans le département de la Sarthe. inauguré en décembre la nouvelle version d’Eco2Mix, son application sur téléphone mobile destinée notamment à sensibiliser professionnels et particuliers : les alertes par SMS d’Eco2Mix appelleront à réduire la consommation électrique par une série de gestes simples comme la réduction de la luminosité des écrans d’ordinateurs.

Quels que soient, ou pas, les températures de la semaine prochaine, la vague de froid contribuera à faire resurgir les débats autour de l’efficacité d’un « mix » énergétique diversifié. « Au risque d’être provocant, on se doit de dire qu’en cette période hivernale la production des éoliennes est quasi nulle et celle des installations solai-

GILE MICHEL/SIPA

res pas beaucoup plus élevée, souligne un spécialiste du secteur. La volonté de verdir le parc de production électrique français est sûrement respectable mais notons immédiatement ses limites : au moment où la France a le plus besoin d’électricité, elle reste tributaire de ses équipements énergétiques traditionnels. » ■

MSD France reprend en main la distribution de ses vaccins La coentreprise avec Sanofi est dissoute et la filiale de l’américain Merck veut se renforcer dans cette activité. ARMELLE BOHINEUST £@armelella

PHARMACIE MSD France, filiale de l’américain Merck, numéro cinq mondial de la pharmacie, va franchir une nouvelle étape. Après plus de vingt ans de partage de la distribution de leurs vaccins en Europe, Sanofi et Merck ont mis fin à leur coentreprise. Ces deux géants de la pharmacie avaient des stratégies de plus en plus divergentes dans le vaccin. En outre, « ils risquaient d’entrer en compétition sur certains vaccins, dans les maladies nosocomiales, notamment », explique Cyril Schiever, président de MSD France, devenu aussi patron de la filiale vaccins dans l’Hexagone.

Les vaccins sont, aux côtés du diabète, de l’oncologie et de l’infectiologie, l’un des quatre axes prioritaires de Merck. En cinq ans, le laboratoire américain a doublé le nombre de doses vendues dans le monde et investi près de 1 milliard de dollars dans ses quatre sites, aux États-Unis et en Irlande. En 2015, ce laboratoire, qui détient près de 20 % du marché mondial des vaccins, a distribué la moitié des dix vaccins les plus utilisés dans le monde. « Récupérer la division vaccins en Europe permet à MSD d’accélérer son expansion globale et d’optimiser les synergies avec les autres aires thérapeutiques du groupe », explique Cyril Schiever.

Le siège des vaccins de MerckMSD en Europe reste en France, à Lyon. Le groupe pharmaceutique, qui emploie 2 300 personnes en France et réalise un chiffre d’affaires de 1,3 milliard d’euros, va recruter une trentaine de personnes pour les vaccins, qui s’ajouteront aux 100 salariés de la coentreprise dissoute repris par l’américain. « Nous voulons devenir leader de la vaccination dans l’Hexagone. Et contribuer à développer une culture de prévention dans notre pays », précise Cyril Schiever. Le patron de MSD France, désormais en charge de la diffusion du Gardasil, entend ainsi faire remonter la diffusion de ce vaccin admi-

nistré aux jeunes filles contre le cancer de l’utérus et les lésions précancéreuses

Marché à forte croissance « Avec seulement 14 % de vaccination, contre 60 % en Europe, la France affiche un taux extrêmement faible », pointe-t-il. MSD France entend changer cette situation en communiquant largement sur l’importance de cette vaccination à l’occasion du lancement du nouveau vaccin, le Gardasil 9. Le potentiel du marché des vaccins est vaste. Ce mode de prévention, très efficace, est adapté à de nombreuses pathologies en développement. Au-delà de la dengue ou de la grippe, il vise des patholo-

gies à très fort potentiel pour les laboratoires. L’oncologie concentre, par exemple, une part importante de la recherche actuelle dans ce domaine. Estimées à plus de 30 milliards de dollars l’an dernier, les ventes de vaccins devraient tripler d’ici à dix ans. Quatre laboratoires, Merck, Sanofi, GSK et Pfizer, engrangent près de 80 % du chiffre d’affaires du secteur. Leur part des volumes est beaucoup plus faible, du fait de la présence de fabricants asiatiques et brésiliens moins chers. Mais leur monopole est bien établi. Il est en effet compliqué et coûteux de s’introduire sur ce marché qui requiert de forts investissements en recherche et en capital. ■

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laboratoires se partagent près de 80 % du marché des vaccins : Merck (MSD en Europe), Sanofi, GSK et Pfizer

Après le rachat d’Airgas, Air liquide renouvelle son identité

115 ans

L’âge d’Air liquide, société fondée en 1902 par Paul Delorme soutenu par 24 investisseurs

transformation numérique », développe Benoît Potier. En 1991, le précédent lifting du logo devait accompagner la révolution apportée par la généralisation du PC et la décentralisation des systèmes d’information. Vingt-six ans plus tard, son remodelage doit marquer le début de cette ère nu-

ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb

COMMUNICATION Bouclée au printemps 2016, l’acquisition par Air liquide de l’américain Airgas a fait changer de dimension le groupe français. Cette transformation a poussé l’entreprise à adopter une nouvelle identité visuelle illustrant, pour tous les publics, cette nouvelle dimension. Air liquide a grossi, passant de 16,4 à près de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires, pour un effectif de 68 000 collaborateurs, contre 50 000 avant l’OPA sur Airgas. Son premier marché n’est plus l’Europe mais les États-Unis, où Air liquide emploie plus de personnel qu’en France. Et le groupe a lancé un programme de transformation baptisé Neos pour la période 2016-2020. De quoi justifier un travail sur l’identité visuelle d’Air liquide, qui n’avait pas changé depuis 1991. « Il faut aligner notre stratégie de transformation et l’image de notre groupe, explique Benoît Potier, PDG d’Air liquide. Nous devons signifier que nous sommes plus que des producteurs de gaz industriels.»

Nous sommes plus que de simples producteurs de gaz industriels

BENOÎT POTIER, PDG D’AIR LIQUIDE

Le nouveau logo d’Air liquide décliné sur un camion. Tout en conservant les mêmes codes couleurs (le rouge et le bleu), le nouveau logo, conçu par l’agence Saguez & Partners, se veut plus en rondeur, pour évoquer une plus grande proximité avec les différents publics, tandis que l’ancien monogramme AL qui l’accompagnait est remplacé par un picto-

AIR LIQUIDE

gramme représentant la lettre grecque alpha, qui signe le début d’une nouvelle phase de développement. « Nous passons d’un monde d’ingénieurs à un monde plus ouvert. Nos activités contribuent à apporter des solutions aux enjeux de la transition énergétique et environnementale, de la santé et de la

mérique et, en même temps, les nouveaux modes de dialogue avec les clients qui ont été induits par le digital. Air liquide est en effet une marque de plus en plus visible, notamment dans les services de santé connectée ou dans ses activités liées aux nouvelles énergies pour les transports propres. On est, de fait, loin des seules applications du gaz dans l’industrie lourde. Le nouveau visage d’Air liquide va aussi faire l’objet d’une campa-

gne « print et Web » à partir du 16 janvier. Conçu par Havas Paris, le dispositif intègre un film et cinq « pastilles » (courts films) destinées aux réseaux sociaux. Le ton reste rationnel mais se veut plus émotionnel. « C’est une campagne fondée sur la culture de la preuve et qui parle au cœur », explique Anne Bardot, directrice de la communication d’Air liquide. Un choix qui s’inscrit dans les tendances lourdes de la communication corporate actuelle. Les différents contenus illustrent des cas précis de la transformation du groupe en mettant en scène des collaborateurs dans le secteur de l’hydrogène, des bouteilles de gaz (le marché d’Airgas, numéro un du secteur aux États-Unis) ou des nouvelles énergies. Pour le clin d’œil et pour s’approprier la campagne, les collaborateurs du groupe sont invités à s’amuser avec une application qui leur permettra de calquer sur leur visage un filtre, à la manière de ce que propose Snapchat. Ce sont eux les premiers acteurs de la transformation. ■

A

Le groupe français change de logo et lance une campagne pour mieux refléter sa transformation.


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

24 ENTREPRISES

La ligne de TGV Tours-Bordeaux fait des mécontents SNCF Réseau a assigné en justice des collectivités qui ne payent plus leur écot pour ce chantier. Nous « n’allons pas

payer pour un service dont nous n’allons pas bénéficier. Il y a rupture de contrat

»

CLAUDE OLIVE, MAIRE LR D’ANGLET ET EX-PRÉSIDENT DE L’AGGLOMÉRATION DE BAYONNE

EXCLUSIF JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin

BTP La nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) Tours-Bordeaux arrivera à l’heure. Comme prévu, sa mise en service, qui mettra Bordeaux à 2 h 05 de Paris en TGV contre 3 h 15 aujourd’hui, interviendra en juillet. En revanche, le financement de cet énorme chantier continue à poser problème. Sur 7,8 milliards d’euros, 1,5 milliard devait être apporté par une trentaine de collectivités locales touchées positivement par cette LGV. Or une vingtaine a suspendu ses paiements depuis plusieurs années. « Le montant des créances échues non recouvrées auprès des collectivités territoriales est de 240 millions », explique-t-on chez SNCF Réseau, qui fait construire cette ligne. Avec une minorité d’entre elles, un compromis a été trouvé. Et elles vont reprendre leur paiement. « Nous avions suspendu les paiements

en 20152015 et 2016 car le nombre de dessertes n’était pas suffisant selon nous à la gare Poitiers-Futuroscope, explique-t-on au conseil départemental de la Vienne. Depuis, il a été amélioré. Nous paierons donc cette année les 6,9 millions dus au titre des exercices 2015 et 2016. » La ville de Châtellerault, qui a obtenu à l’arraché cinq allers-retours par jour pour Paris, versera aussi les 900 000 euros qu’elle avait bloqués. Mais la majorité des collectivités qui ont arrêté de payer (agglomération de Bayonne, conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques…) n’ont pas repris leurs versements. Du coup, selon nos informations, après plusieurs relances, SNCF Réseau a assigné en mai 2016 douze collectivités locales devant le tribunal administratif de Paris pour obtenir le paiement de ces sommes. Il pourrait en poursuivre cinq autres prochainement. Cette situation est ennuyeuse pour SNCF Réseau car l’établissement public doit continuer à payer Vinci,

La ligne à grande vitesse (LGV) en construction au viaduc de la Dordogne, à Saint-André-de-Cubzac, en mars 2014. LILIAN MAROLLEAU/EPICUREANS qui construit les 340 kilomètres de cette nouvelle ligne. Les collectivités territoriales qui ont stoppé leurs versements, elles, estiment qu’elles ont de bonnes raisons de maintenir leur position. Pour beaucoup, situées au sud de Bordeaux, elles n’avaient accepté de contribuer au financement de cette LGV que parce que cette ligne devait être prolongée jusqu’en Espagne en 2020.

Inégalité de traitement Or, depuis, il y a des incertitudes sur ce nouveau tronçon, qui n’est plus envisagé qu’en… 2027 avec un terminus à Dax. « Nous n’allons pas payer pour un service dont nous n’allons pas bénéficier, résume Claude Olive, l’ex-président de l’agglomération de Bayonne (LR), toujours maire d’Anglet (Pays basque). Il y a rupture de contrat car nous avions

conditionné nos versements au prolongement de la ligne vers l’Espagne. » Depuis 2012, ce territoire a donc bloqué les 16,8 millions qu’il devait verser. Les collectivités sont d’autant plus remontées qu’elles ont l’impression d’avoir été flouées par l’État et de ne pas avoir été traitées équitablement. « Nous avons joué le jeu et nous nous sommes engagés à payer pour cette LGV, argumente Geneviève Darrieussecq, présidente MoDem de l’agglomération de Mont-de-Marsan. Or, après avoir signé, nous avons appris que la région Poitou-Charentes, qui a des gares sur le tracé ToursBordeaux, ou le conseil départemental des Landes n’ont rien signé. Où est l’égalité de traitement ? » « La situation est scandaleuse, renchérit Jean-Jacques Lasserre, président du conseil départemental

des Pyrénées-Atlantiques, qui bloque le versement de 17,4 millions. Pourquoi le conseil départemental de Haute-Garonne, deux fois plus peuplé que le nôtre, ne doit payer que 65 millions d’euros, contre 80 millions pour nous, alors que la LGV doit être prolongée vers Toulouse plutôt que vers les territoires au sud de Bordeaux ? » Les collectivités qui espéraient que les pouvoirs publics prennent fait et cause pour elles ou tout au moins proposent un compromis en seront pour leurs frais. Le ministère des Transports soutient SNCF Réseau dans cette affaire. « Il est essentiel que chacun des cofinanceurs respecte les engagements contractualisés dans le cadre de la réalisation de la ligne Sud Europe Atlantique », affirme-t-on dans l’entourage d’Alain Vidalies, secrétaire d’État aux Transports. ■

Tour Eiffel : direction et salariés s’opposent sur la vente en ligne Un accord syndical limite à 10 % le nombre de tickets sur Internet. La Mairie de Paris veut monter ce taux à 50 %.

5,8

millions de personnes

ont visité la tour Eiffel en 2016 (- 15 % par rapport à 2015)

MATHILDE VISSEYRIAS £@MVisseyrias

TOURISME Nouvel espace d’accueil pour les visiteurs, rénovation des ascenseurs, remise en jeu des concessions de tous les restaurants et boutiques début 2018… La tour Eiffel affiche de nouvelles ambitions à l’occasion du renouvellement de la délégation de service public de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (Sete). Celle-ci exploite le monument parisien depuis 2005. La Ville de Paris lui à nouveau confié la tour pour quinze ans, à compter de no-

vembre 2017. Un changement à cette occasion : société d’économie mixte (SEM) détenue à par la Ville de Paris (60 % du capital) et des partenaires privés (LVMH, Unibail, EDF…), la Sete est devenue cet été une société publique locale, contrôlée par la Ville et le département. Ce statut a permis de renouveler la DSP sans lancer d’appel d’offres tout en renforçant le poids de la Ville. « La tour Eiffel est trop symbolique pour ne pas être dans le giron public et plus précisément dans celui de la Ville », souligne Jean-François Martins, en charge du tourisme à la Ville de Paris.

LES DÉCIDEURS â ANNELISE AVRIL Suez

Une dirigeante en pointe chez Suez. Entrée dans le groupe en 1995, la patronne de la filiale australienne Allwater devient DG de Suez Consulting. Un retour aux sources pour celle qui y avait débuté comme ingénieure d’études.

â NATHALIE TRIBOUILLARDCHASSAING Leonard Jusque-là directrice générale, cette diplômée de l’Eslsca Business School succède à son père, Daniel Tribouillard, comme PDG du groupe de luxe.

A

â PIERRE-ALEXANDRE TEULIÉ Nestlé À 46 ans, l’énarque qui débuta chez Procter & Gamble et œuvra de 2004 à 2007 chez Nestlé Waters France revient dans le groupe comme directeur e-business, communication, affaires publiques et RSE de la filiale française. L’ancien conseiller de Christine Lagarde et secrétaire général de Carrefour a aussi cofondé en 2013 la société Gov, spécialisée dans la notation des dirigeants politiques et l’organisation de sondages à l’initiative des citoyens.

Un programme d’investissement record de 300 millions d’euros est prévu d’ici à 2032. Outre les coûts d’entretien du monument (peinture…), deux grands projets : la construction d’un espace d’accueil couvert sous le parvis. D’un coût de 80 millions d’euros, son ouverture est annoncée pour 2024.

Visites en chute de 15 % Le Sete prévoit aussi de gérer les jardins de la ville attenants à la tour. 20 millions d’euros seront consacrés à la création de clôtures sécurisées autour de ces jardins. « Nous voulons augmenter le nombre de vi-

siteurs et leurs dépenses, en élargissant l’offre sur place et en améliorant l’accueil à travers une meilleure gestion des flux, explique Anne Yannic, directrice générale de la Sete. L’été, il peut y avoir jusqu’à deux heures et demie d’attente. » « L’objectif est de supprimer les files d’attentes en modernisant la billetterie », précise Jean-François Martins. Aujourd’hui, environ 10 % des billets de la tour Eiffel sont vendus sur Internet. « Un accord avec les organisations syndicales limite la vente de billets en ligne, révèle Anne Yannic. Nous allons le faire évoluer, avec le souci de maintenir les emplois. La Mairie de Paris sou-

PAR Carole Bellemare avec Corinne Caillaud

Maxime Lestringant implante en France la chaîne américaine Five Guys

â

C’est ce qui s’appelle un vrai succès. Depuis son ouverture, le 8 décembre dernier, le Five Guys des Champs-Élysées est l’établissement qui réalise le plus important chiffre d’affaires, parmi les 1 400 que compte l’enseigne de restauration rapide américaine. La moyenne des repas servis fluctue entre 2000 à 4 000 par jour, les week-ends enregistrant une affluence record. Aux commandes, Maxime Lestringant, un bourreau de travail, qui est allé trouver les cinq frères Murrell en 2014 pour implanter dans l’Hexagone leur marque Five Guys, créée en Virginie en 1986. Ce natif d’Aix-en-Provence semble à 36 ans avoir toujours été un homme déterminé, mais aussi plein d’humilité, « une valeur importante » pour lui.

De Deutsche Bank au burger Passionné de voyages dès son plus jeune âge, Maxime Lestringant part seul en Australie à 17 ans, où il s’installe deux ans et y finit sa scolarité. Son rêve américain le mène à Boston, où il passe quatre ans dans une école de commerce spécialisée dans l’entreprenariat. Une opportunité à la Deutsche Bank lui permettra de s’installer à New York. Il évoluera pendant cinq ans dans l’analyse de risques,

jusqu’en 2009. « Contrairement à beaucoup de mes collègues, je ne me suis pas fait virer, mais je me suis posé des questions, en me demandant surtout si je voulais faire ce métier toute ma vie. En plus, j’avais envie de rentrer », confie avec un sourire chaleureux le dirigeant. Après un MBA à l’Insead, ce fils de restaurateur décide de marcher sur les traces de son père. Mais ce qui l’attire avant tout dans ce secteur, c’est d’y développer un projet. En 2012, il ouvre alors à Paris le premier restaurant Chipotle de l’enseigne américaine à thème mexicain, non sans avoir au préalable suivi une formation à Londres, en démarrant à la base. « J’ai passé un trimestre en cuisine à préparer la salade ou derrière le gril, pour 10 livres de l’heure. C’était un apprentissage à l’américaine », commente-t-il. Mais l’essor de Chipotle n’est pas assez rapide à son goût et il reprend son bâton de pèlerin pour trouver un nouveau projet. « J’aime la restauration rapide et je sais que ce qui fonctionne, c’est le produit unique avec des produits frais et de qualité. » Five Guys s’était déjà implanté en Grande-Bretagne depuis 2013 via une coentreprise avec l’entrepreneur anglais Charles Dunstone, fondateur notamment de Carphone Warehouse. L’objectif pour la France est aujourd’hui d’ouvrir une quarantaine de restaurants en trois ans. C. C.

haite que la vente de billets sur Internet devienne majoritaire. » La tour Eiffel, qui emploie environ 400 personnes, a vécu une année noire en 2016, qui s’est terminée par plus de cinq jours de fermeture pour cause de grève. « C’est une perte de 95 000 visiteurs », confie Anne Yannic. Ainsi, en 2016, le nombre de visiteurs, qui était de 6,8 millions en 2015, a chuté de 15 %. Le chiffre d’affaires a limité son repli à 6 %, grâce à l’augmentation des tarifs fin 2015. Une nouvelle hausse - le ticket coûte 10,80 euros en moyenne est prévue début 2018, tout en maintenant les tarifs sociaux. ■

www.lefigaro.fr/decideurs â JACQUES SAADÉ CMA CGM

Le fondateur du géant du transport maritime par conteneurs voit sa contribution à l’économie maritime et au rayonnement de la France consacrée. Cet entrepreneur audacieux d’origine libanaise vient d’être nommé par la ministre de l’Écologie commandeur dans l’Ordre du mérite maritime. Il n’était ni chevalier ni officier auparavant et est donc directement promu à ce grade le plus élevé. Une distinction rare qui récompense les personnalités dont l’engagement au sein du monde maritime est exceptionnel. Jacques Saadé, qui a créé son groupe en 1978, en a fait le numéro trois mondial avec plus de 20 milliards de chiffre d’affaires et près de 30 000 personnes dans le monde. En 2016, CMA CGM a encore marqué l’industrie avec l’acquisition d’APL et la constitution d’Ocean, la première alliance mondiale, dont CMA CGM est l’acteur majeur.

â ARNAUD LHERBIÈRE Mutuelle générale Alors que le projet de rapprochement entre Malakoff Médéric et la Mutuelle générale a avorté l’an dernier, le directeur technique et juridique assurance de la deuxième mutuelle santé de France prend en main la direction technique de la Mutuelle générale, dont il devient membre du comex, rattaché au DG Stanislas Bressange.


LE FIGARO

TECH

vendredi 13 janvier 2017

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« Protégez-vous des attaques sur l’Internet des objets » Octave Klaba, le fondateur du numéro quatre mondial de l’hébergement, met en garde contre cette nouvelle menace. ELSA BEMBARON £@elsabembaron

INTERNET OVH fait figure d’ovni dans le pays technologique français. Née à Roubaix en 1999, l’entreprise s’est hissée au premier rang des hébergeurs européens et numéro quatre mondial. Valorisée plus de 1 milliard d’euros, elle est une des rares licornes tricolores. L’entreprise a défrayé la chronique après avoir subi de premières attaques « en déni de service » opérées depuis des objets connectés. Au cœur de l’actualité, Octave Klaba, le fondateur d’OVH, décrypte la stratégie du groupe.

Je ne « communique

à 1 milliard d’euros sur cinq ans. C’est pour cela que nous avons bouclé une levée de fonds de 250 millions d’euros. Le reste est financé par de la dette et sur fonds propres. Nous allons ouvrir des centres de stockage de données dans six nouveaux pays, en commençant par la Pologne, l’Australie et Singapour pour accompagner nos clients internationaux. Les centres en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux États-Unis (Virginie) devraient être opérationnels en mai ou juin. Nous voulons ouvrir dix data centers en seize à dix-huit mois. OVH est-elle désormais une licorne ? (Rire). Oui. Une licorne, c’est une start-up valorisée plus de 1 milliard d’euros. Nous sommes largement à ce niveau de valorisation. Mais nous ne sommes pas cotés en Bourse - et ce ne sera pas le cas avant longtemps - alors, pour le moment, ce

sont des milliards virtuels. Pour notre exercice clos au 31 août 2017, nous allons réaliser près de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires. Par ailleurs, nous embauchons massivement. Nous employons actuellement 1 500 personnes et allons passer à 2 200, avec 200 recrutements en France : à Paris, Lyon, Toulouse, Brest et Roubaix. Roubaix est une très belle ville, il s’y passe beaucoup de choses. Il ne faut pas mépriser cet endroit.

LE CAC

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%VAR.

+HAUTJOUR

-0,55 38,27 -1,19 105,25 -1,18 65,6 -3,4 7,767 -1,73 24,255 -0,12 61,7 -0,98 34,21 0 80,44 -1,14 22,76 +0,46 12,22 -0,02 60,95 +1,43 11,75 -2,58 103,05 +1,55 227,7 -0,4 36,305 -0,84 171,5 -0,81 50 +0,22 53,73 +1,8 187,25 -1,37 106,05

JOUR

+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12

37,57 0,458 104,1 0,185 64,52 0,227 7,45 0,689 23,885 0,288 60,19 0,213 33,86 0,185 79,52 0,315 22,49 0,353 11,965 0,205 60,38 0,216 11,56 0,463 101,45 0,417 223,75 0,179 36,03 0,163 170,05 0,096 49,18 0,052 53,17 0,152 184 0,173 104,2 0,246

+7,73 -1,37 +2,94 +6,23 -0,27 -0,47 -0,04 -1,53 +2,89 +0,98 -3,14 -5,17 +6,17 -3,03 -1,73 -1,28 -0,41 +2,84 -1,14

NOKIA .............................................. 4,392 ORANGE ..............................................14,78 PERNOD RICARD .................................. 104,15 PEUGEOT .............................................. 16,935 ♣ 64,39 PUBLICIS GROUPE SA ............................. RENAULT .............................................. 86,25 SAFRAN ..............................................67,21 SAINT GOBAIN .................................. 45,19 SANOFI ..............................................76,54 SCHNEIDER ELECTRIC ............................. 67,3 SOCIETE GENERALE ♣ .................................. 45,88 SODEXO .............................................. 104,45 SOLVAY .............................................. 109,55 TECHNIP ♣ ..............................................68,4 TOTAL .............................................. 48,695 UNIBAIL-RODAMCO .................................. 222,1 VALEO .............................................. 54,45 VEOLIA ENVIRON. .................................. 15,31 ♣ VINCI .............................................. 65,51 VIVENDI ..............................................17,775

LE CONSEIL DE ROLAND LASKINE Le cours de l’action Sodexo, le numéro deux mondial de la restauration collective derrière le britannique Compass, a chuté ce jeudi de 3,24 %, à 104,45 euros. Cette baisse met un terme à la belle ascension dont a bénéficié le titre durant toute l’année 2016, avec un plus haut historique de 110 euros atteint fin décembre. Les investisseurs ont peu apprécié que cette va-

quasiment jamais sur ce sujet, alors que nous subissons entre 1 500 et 2 000 attaques par jour. Nous faisons en sorte qu’elles n’affectent pas nos clients

»

FRANCK CRUSIAUX/ REA

Qu’est-ce qui fait votre succès ? Nous avons notamment développé nos propres systèmes de refroidissement à eau. Nous sommes les seuls à avoir des performances énergétiques ultrabasses. Cette économie d’échelle est répercutée sur nos clients. Par ailleurs, ce qui compte, c’est d’aller vite dans le domaine des équipements et surtout dans les logiciels. ■

LA SÉANCE DU JEUDI 12 JANVIER 2017 ACCOR .............................................. 38,17 ♣ AIR LIQUIDE .................................. 104,2 AIRBUS .............................................. 64,69 ARCELORMITTAL .................................. 7,453 AXA .............................................. 23,92 BNP PARIBAS ACT.A .................................. 60,55 BOUYGUES .............................................. 33,885 CAP GEMINI .................................. 80,12 CARREFOUR .............................................. 22,54 CREDIT AGRICOLE .................................. 12,12 DANONE ..............................................60,79 ENGIE .............................................. 11,74 ESSILOR INTL. ..................................101,8 KERING ..............................................226,45 KLEPIERRE .............................................. 36,215 L'OREAL ..............................................170,4 LAFARGEHOLCIM LTD .................................. 49,275 LEGRAND ..............................................53,73 LVMH .............................................. 186,55 ♣ MICHELIN .............................................. 104,5

L’éditeur de logiciels pousse ses pions dans de nouveaux secteurs.

%VAR.

-2,47 +0,89 -0,62 -1,94 -2,4 -2,6 -0,62 +0,78 -1,01 +0,49 -1,11 -3,24 -0,27 -1,58 +0,4 -0,09 -1,07 +0,13 -0,09 -1,52

+HAUTJOUR +BAS JOUR

4,5 14,78 104,9 17,425 65,48 88,7 67,84 45,25 76,86 67,56 46,955 107,6 110,05 70 48,84 223,15 55,81 15,34 65,72 18

4,361 14,455 103,85 16,815 64,31 85,21 67,14 44,55 76,01 66,34 45,75 103,4 109,05 68,18 48,275 221,15 54,45 15,155 64,69 17,68

%CAP.ECH

0,044 0,255 0,187 0,591 0,373 0,467 0,154 0,286 0,24 0,205 0,334 0,358 0,192 1,005 0,194 0,265 1,046 0,53 0,261 0,272

31/12

-3,81 +2,39 +1,17 +9,29 -1,77 +2,06 -1,77 +2,11 -0,47 +1,8 -1,85 -4,35 -1,62 +0,87 -0,05 -2,05 -0,29 -5,35 +1,25 -1,55

LES DEVISES

CONCEPTION Drones, objets connectés, villes intelligentes, réseaux télécoms du futur… À ses domaines de prédilection comme l’automobile ou l’aéronautique, l’éditeur de logiciels Dassault Systèmes * a décidé d’ajouter de nouveaux métiers. Cette stratégie amorcée il y a huit ans a connu un véritable coup d’accélérateur en 2016. Les douze mois ont en effet été marqués par la signature de contrats emblématiques avec de grands noms du secteur. « Le high-tech représente désormais 9 % à 10 % du chiffre d’affaires global de Dassault Systèmes, dont 36 % viennent des nouveaux clients », souligne Olivier Ribet, vice-président Industrie HighTech du groupe. L’équipementier télécoms Ericsson a ainsi choisi d’équiper 25 000 de ses ingénieurs de la « Plateforme 3D Experience », qui permet à tous les métiers de collaborer en temps réel sur un même projet (design, réalisation industrielle, gestion logicielle…). Tesla, Huawei, Sony, Google X, DJI (le numéro un mondial du drone grand public) ont aussi opté pour les logiciels de Dassault Systèmes cette année, aux côtés de start-up prometteuses comme Skydio ou Faraday, à mi-chemin entre l’automobile et l’électronique. « Les processus de développement produits sont très courts. Pour gagner en efficacité, il faut être le plus synchrone possible, avec des équipes qui ne sont pas toutes aux mêmes endroits », note Olivier Ribet. Les processus d’automatisation gagnent en importance : par exemple, certains logiciels reconnaissent les gestes des dessinateurs pour créer un effet d’ombre et terminent euxmêmes le croquis. À tout moment, une intervention humaine reste

MONNAIE

AUSTRALIE ................................................................................ DOLLAR AUSTRALIEN CANADA ................................................................................ DOLLAR CANADIEN GDE BRETAGNE ................................................................................ LIVRE STERLING HONG KONG ................................................................................ DOLLAR DE HONG KONG JAPON ................................................................................ YEN SUISSE ................................................................................ FRANC SUISSE ETATS-UNIS ................................................................................ DOLLAR TUNISIE ................................................................................ DINAR TUNISIEN MAROC ................................................................................ DIHRAM TURQUIE ................................................................................ NOUVELLE LIVRE TURQUE EGYPTE ................................................................................ LIVRE EGYPTIENNE CHINE ................................................................................ YUAN INDE ................................................................................ ROUPIE ALGERIE ................................................................................ DINAR ALGERIEN

SICAV ET FCP

1 EURO=

1,4205 1,3944 0,8684 8,2816 121,69 1,0742 1,0679 2,443 10,6688 4,0319 19,54 7,3621 72,5955 116,474

AUD CAD GBP HKD JPY CHF USD TND MAD TRY EGP CNY INR DZD

L’OR

possible, l’essentiel étant de gagner en efficacité. « Il faut prendre en compte de plus en plus d’éléments dans la conception d’un produit. Ainsi, l’ajout d’un capteur peut avoir des conséquences sur l’autonomie de la batterie, le design final, le prix… Rien ne sert d’ajouter des éléments pour qu’in fine, le marketing estime que le produit sera trop cher à produire », résume Olivier Ribet. Le groupe a développé de nouveaux savoir-faire (ou acheté des entreprises) pour faire face à de nouveaux défis, comme la modélisation des fluides et des liquides. Ce point est notamment indispensable dans le processus de conception d’un drone quadricoptère.

Mutation numérique Parallèlement, le groupe a multiplié les partenariats avec les fabricants : HTC pour les casques de réalité virtuelle, Nvidia pour les microprocesseurs, notamment, afin d’être présent dès les premières étapes de conceptualisation. Ces éléments de diversification permettent aussi à Dassault Systèmes d’accompagner ses clients historiques dans leur mutation numérique. La marque automobile DS va équiper ses concessions de casques de réalité virtuelle Vibe (HTC) pour permettre aux clients de visualiser l’intérieur de leur prochain véhicule, qui sera personnalisé. « De nombreux verrous technologiques ont sauté, facilitant l’utilisation de nos solutions », remarque Olivier Ribet. Le partage d’informations dans le cloud, la qualité des écrans, celle des réseaux télécoms profitent directement à la diffusion des solutions de Dassault Systèmes. ■ E. B. * Le groupe Dassault est propriétaire du « Figaro ».

JOUR

VEILLE

31/12

COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR www.cpordevises.com LINGOT DE 1KG ENV ..................................................... 36430 36010 +3,06 NAPOLEON ..................................................... 217,8 217,9 +3,03 PIECE 10 DOL USA ..................................................... 600 618 -0,33 PIECE 10 FLORINS ..................................................... 222,9 219,5 +4,26 PIECE 20 DOLLARS ..................................................... 1228 1228 +1,49 PIECE 20F TUNISIE ..................................................... 212 211 +3,26 PIECE 5 DOL US (H) ..................................................... 313 313 +2,29 PIECE 50 PESOS MEX ..................................................... 1359,5 1358,5 +2,22 PIECE FR 10 FR (H) ..................................................... 114,9 119,8 -2,54 PIECE SUISSE 20F ..................................................... 210,3 207,3 +0,14 PIECE LATINE 20F ..................................................... 210,1 210 +1,5 SOUVERAIN ..................................................... 269,5 269 +2,47 KRUGERRAND .....................................................1207 1190 +3,16

VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS VALEUR DATE DE LIQUID. VALORISAT. 42 rue d’Anjou, 75008 Paris Tél. : 01 55 27 94 94 www.palatine.fr

SICAV UNI HOCHE C ................................................ 261,70 10/01/17

Cybèle Asset Management 37 av. des Champs-Elysées 75008 Paris Tel. : 01 56 43 62 50

BETELGEUSE ................................................ 48,52 10/01/17 BELLATRIX C ................................................ 328,14 10/01/17 SIRIUS ................................................54,42 10/01/17

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rlaskine@lefigaro.fr

leur qui se traite traditionnellement en Bourse sur la base de multiples élevés (23 fois les profits attendus pour l’exercice en cours) annonce un chiffre d’affaires en recul de 2,2 % pour le premier trimestre de l’exercice en cours 2016-2017. Pour justifier ce contretemps, la direction précise que les chiffres publiés ont souffert d’une base de comparaison dé-

favorable. Elle rappelle en effet que le groupe a profité, sur la même période un an plus tôt, de la Coupe du monde de rugby organisée au Royaume-Uni, dont la contribution à ses revenus s’est élevée à 131 millions d’euros au premier trimestre 2016. Sodexo met aussi en avant la performance négative (- 4,5 %) de l’activité de gestion des services « bases-vie ».

Celle-ci a pâti d’une baisse de régime dans le secteur pétrolier et minier qui n’a pas encore bénéficié du redressement des prix des matières premières intervenu ces derniers mois. Pour l’exercice en cours, le groupe s’est dit « confiant » dans le maintien de ses objectifs portant sur une croissance de son chiffre d’affaires d’environ 3 %, avec

un résultat opérationnel attendu en progression de 8 % à 9 % à périmètre et change constants. Une nette amélioration est attendue du côté des services liés aux activités pétrolières et de ressources naturelles qui reprennent progressivement des couleurs. Toutefois, en bonne gestion, les actionnaires ont intérêt à concrétiser une partie de leurs bénéfices. ■

A

Vous venez de réaliser un tour de table de 250 millions d’euros. Pour quels investissements ? Notre plan d’investissement s’élève

Dassault Systèmes se diversifie dans le high-tech

CRUSIAUX/REA

LE FIGARO. - Quelle menace représente pour vous l’Internet des objets ? Octave KLABA. - Notre métier consiste à protéger nos clients. Nous leur fournissons une connexion Internet, des solutions de stockage de données et la protection nécessaire contre les attaques. Je ne communique quasiment jamais sur ce dernier sujet, alors que nous subissons entre 1 500 et 2 000 attaques par jour. Nous faisons en sorte qu’elles n’affectent pas nos clients. J’ai voulu communiquer sur cette attaque en déni de service pour sensibiliser aux risques venant de l’Internet des objets. Nous avons les moyens de faire face à ces menaces, pas les petits hébergeurs. Mon message est le suivant : « Protégezvous, ça arrive. » Comment faites-vous face à ces attaques ? Aujourd’hui, OVH a un million de clients. Nous avons des équipes qui travaillent 24 heures sur 24. Nos systèmes détectent et protègent automatiquement nos serveurs. Généralement, nos clients ne voient de l’attaque que l’e-mail que nous leur envoyons pour les informer. L’Internet des objets est aussi un vecteur de croissance. L’innovation se développe autour de trois axes : le mobile, l’Internet des objets, le big data et le machine learning et enfin, le quatrième, autour de thématiques verticales, comme l’automobile, la maison connectée, la ville intelligente… Nos technologies sont là pour que nos clients puissent facilement exploiter toutes ces données.

Dassault Systèmes a permis la conceptualisation en 3D de ce bracelet connecté. DASSAULT SYSTEMES

Octave Klaba, à la tête d’OVH, dont le chiffre d’affaires atteindra 400 millons d’euros à la fin août, emploiera, cette année, 2 200 personnes dont 200 nouveaux recrutements en France. FRANCK

PROPOS RECUEILLIS PAR


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

26

MÉDIAS et PUBLICITÉ

Gilles Pélisson : « TF1 doit aller chercher des audiences au-delà de ses frontières » Le PDG de TF1 vient de nouer une alliance avec ProSiebenSat.1 et Mediaset pour développer les vidéos en ligne. plus souples et ouvertes telles que l’OTT, permettant à chacun de faire ses choix.

PROPOS RECUEILLIS PAR

CAROLINE SALLE£@CarolineSalle ET ENGUÉRAND RENAULT £@erenault

En signant un accord avec deux géants européens, TF1 opère un mouvement structurant sur deux fronts stratégiques majeurs : le numérique et l’international. D’une pierre, deux coups. LE FIGARO.-Vous venez d’annoncer une alliance avec l’allemand ProSiebenSat.1 et l’italien Mediaset dans les contenus vidéo en ligne. Quelle est la nature de ce partenariat ? Gilles PÉLISSON.- Nous entrons à hauteur de 6,1 % au capital de Studio71, filiale de ProSieben, le quatrième multi channel network sur YouTube à l’échelle mondiale. Il est valorisé à 400 millions d’euros, ce qui porte notre investissement à environ 25 millions d’euros. Parallèlement, Mediaset réalise une opération quasi similaire. Nos deux investissements de 50 millions d’euros doivent servir à accélérer le développement international de Studio71, qui génère déjà en France 60 millions de vidéos vues chaque mois. Cet accord comporte un second niveau : en France, le groupe TF1 sera opérateur de Studio71 et pourra s’appuyer sur Finder Studios, deuxième MCN français, dont nous sommes déjà actionnaire, leader sur la beauté et le lifestyle, et qui cumule plus de 200 millions de vidéos vues par mois. Nous allons ainsi conforter auprès des annonceurs la position de TF1 Publicité comme première place de marché des contenus en disposant d’un inventaire digital de qualité à destination des millennials. On reproche à TF1 d’être très faible dans le digital et à l’international. Avec ce mouvement stratégique, vous faites d’une pierre deux coups ? Cet accord paneuropéen est un acte fondateur, et il y aura sans doute d’autres développements avec ProSieben et Mediaset. Il est indispensable aujourd’hui, pour un leader national, d’avoir une approche globale. Ce partenariat est le symbole d’un groupe agile, leader sur son marché, mais aussi

Gilles Pélisson, PDG de TF1 : « J’ai toujours affiché ma volonté de digitaliser le groupe. » JC MARMARA/ LE FIGARO.

Nous allons « être capable de suivre le consommate ur dans ses agilité et son ubiquité sur tous les écrans

»

GILLES PÉLISSON

capable d’aller chercher des audiences bien au-delà de ses frontières naturelles. J’ai toujours affiché ma volonté de digitaliser le groupe. Quels que soit les talents et la puissance acquis grâce à nos chaînes, TF1 doit penser simultanément TV et digital, afin d’accompagner nos programmes et nos annonceurs sur le Web. Il faut être partout où nous pouvons monétiser nos contenus. Pour cela, nous allons désormais être capables de suivre au plus près le

consommateur dans ses agilités et son ubiquité sur tous les écrans. Surtout les millennials, qui ne sont pas toujours des téléspectateurs… Est-ce également une manière d’exercer un contrepoids face aux géants du Web ? Pour peser aujourd’hui face aux grandes plateformes, il est impératif de ne pas être local. Grâce à cette alliance paneuropéenne entre trois acteurs majeurs, nous disposons d’une importante force

TF1 lancera bientôt le jeu « The Wall » en access TF1 va miser sur un jeu inédit pour renforcer son access. La chaîne planche sur l’adaptation d’un programme américain, « The Wall », diffusé actuellement sur NBCUniversal. « Nous avons pris la décision avec Ara Aprikian, le directeur général adjoint des contenus, de mettre à l’antenne dans les prochains mois ce nouveau

divertissement qui connaît un gros succès outreAtlantique en prime-time. Nous serons le premier pays, en dehors des États-Unis, à le diffuser en access », indique Gilles Pélisson, le PDG de TF1. Principe de « The Wall », dont un pilote sera tourné le 20 janvier? Les candidats répondent à des questions. S’ils sont dans

le vrai, une boule verte dévale un mur d’obstacles et atterrit dans une case associée à une somme d’argent. Dans le cas contraire, une boule rouge dégringole sur un montant à débiter. À la présentation, les noms de Christophe Dechavanne, Arthur et Christophe Beaugrand circulent. Mais la chaîne n’a pas encore arrêté sa décision. C. S. ET E. R

de frappe dans le digital, avec 6 milliards de vidéos vues par mois dans le monde. Cela nous permet d’offrir aux annonceurs une alternative forte face à la puissance des GAFA. De plus, cette alliance se fait avec ProSieben, groupe leader allemand qui s’est déjà fortement diversifié sur le digital. À l’heure de la convergence média-télécoms que font TF1 et Bouygues Telecom ? TF1 en tant que leader doit être agnostique et nouer des partenariats avec tous les opérateurs télécoms pour être distribué le plus largement possible. Les deux filiales du groupe Bouygues sont dans une position asymétrique. TF1 est le leader sur son marché tandis que Bouygues Telecom est en position de challenger. Je pense que le modèle de la convergence qui consisterait à enfermer un téléspectateur dans un univers où on l’oblige à consommer des contenus exclusifs est contraignant et ne répond pas aux aspirations de liberté de consommation. Dans ce cadre-là, nous préférons réfléchir à des formules

L’audience télé se conjugue sur quatre écrans Médiamétrie prend désormais en compte le visionnage sur smartphone et ordinateur.

A

CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe

AUDIOVISUEL C’est une petite révolution dans le calcul des audiences télévisées. Depuis plusieurs mois, Médiamétrie travaille sur un nouvel outil de mesure qui comprend le visionnage des programmes sur les téléviseurs, en replay, mais aussi sur ordinateur, smartphone et tablette. Regarder une émission ou une série sur un écran mobile est une pratique encore très minoritaire (6,4 % des Français), mais qui est appelée à progresser. « Ces nouveaux usages sont l’apanage de quelques millions de personnes. Mais cela représente une part conséquente de leur consommation télé », note Julien Rosanvallon, directeur des départements TV et Internet de Médiamétrie. Une population qui passait jusqu’à présent entre les mailles du filet de la mesure traditionnelle d’audience. Le déploiement de cette mesure dite « 4 écrans » se fait progressivement. Depuis avril 2016, Médiamétrie publie tous les jours, pro-

gramme par programme, les performances multi-écrans de treize chaînes partenaires. Ces résultats, confidentiels, sont depuis septembre donnés à l’ensemble du marché. « Le deuxième volet est désormais de produire des indicateurs par cibles », poursuit Julien Rosanvallon. Âge, sexe, CSP de ces téléspectateurs mobiles sont étudiés et livrés confidentiellement aux chaînes. Médiamétrie espère pouvoir communiquer ces données à l’ensemble de l’écosystème d’ici le deuxième trimestre 2017.

Des gains importants Pour certains programmes, le gain d’audience est réel. Selon Les Échos, « Les Marseillais et les Ch’tis » (W9) ont réalisé la meilleure audience 3 écrans (PC, smartphone et tablette) en octobre, avec 307 000 téléspectateurs. Soit, tout de même, près d’un tiers de son audience globale ! « Quotidien » (TMC) gagnerait, lui, 50 % d’audience par ce biais. Sans grande surprise, les programmes destinés aux adolescents et jeunes adultes bénéficient le plus de cette

Médiamétrie espère pouvoir communiquer ces données à l’ensemble de l’écosystème d’ici le deuxième trimestre 2017. SERGEY RASULOV/ FOTOLIA

nouvelle mesure. « Les jeunes surconsomment les écrans numériques. Le smartphone est leur télécommande », note Julien Rosanvallon. De quoi également tordre le cou à l’image du jeune snobant la télévision à papa. Il la regarde toujours, mais différemment. Les meilleures audiences mobiles ne sont toutefois pas l’apanage

des programmes ciblant les adolescents. Le téléfilm de TF1 Coup de foudre à Jaipur se classe ainsi deuxième (189 000 spectateurs), Plus belle la vie, troisième (150 000). Les événements sportifs en direct se taillent aussi la part du lion. La mesure « 4 écrans » pourrait par ailleurs faire grimper la valeur des espaces publicitaires numériques pour les programmes les plus performants. Du moins si le marché publicitaire décide de faire de cette étude son nouveau standard. La mesure d’audience Médiamétrie n’a cessé d’évoluer ces dernières années pour mieux tenir compte des évolutions des usages. En 2011, elle comptabilisait les enregistrements de programmes. En 2014, elle prenait en compte le replay. Ces audiences consolidées à « J+7» ont été adoptées par les chaînes, qui communiquent fréquemment sur les records de visionnage de leurs émissions sur leur plateforme de rattrapage. Médiamétrie espère que sa mesure 4 écrans fera tout autant référence d’ici à deux ans. ■

Vers quel modèle économique TF1 va-t-il évoluer ? TF1 est un groupe multichaînes, multimédias et multimétiers et il est aujourd’hui capable d’offrir à ses différents publics des contenus sur tous les écrans, et, aux annonceurs, un univers qui allie la puissance de la télévision et le ciblage du digital. En 2016, nous avons repositionné TMC de façon spectaculaire tout en conservant la puissance de la chaîne TF1 et relancé LCI avec succès. Et notre acquisition récente de Minute Buzz pour les vidéos sur les réseaux sociaux et ce partenariat avec Studio71 nous renforcent dans notre stratégie digitale. Nous devons également multiplier nos sources de revenus autres que publicitaires. C’est par exemple l’objet des discussions en cours avec les opérateurs télécoms pour la commercialisation de nos chaînes. Nous nous donnons quelques mois pour finaliser avec eux des accords autour d’une juste rémunération de nos signaux, comme cela existe dans de nombreux pays, en échange de nouveaux services complémentaires. Il en est de même avec les revenus issus de la production audiovisuelle. Notre filiale Newen se développe très bien, ouvre un bureau de distribution à Londres et examine la possibilité d’une acquisition à l’international qui pourrait aboutir au premier semestre. Dans ce domaine, ITV, groupe britannique puissant, peut nous servir d’exemple. Enfin, en 2017, nous poursuivrons la transformation de notre modèle économique en continuant de nous réinventer, avec notamment un plan d’économie, « Recover », qui doit générer 25 à 30 millions d’euros d’économies sur 2017. Allez-vous mettre vos contenus sur le nouveau service de SVOD de France Télévisions ? Il est louable que le service public prenne l’initiative de mieux exposer les contenus français, et notre filiale Newen va y participer. De notre côté, nous préférerons proposer à nos téléspectateurs des offres plus larges aux contenus diversifiés. ■

EN BREF LE MARCHÉ DES PC TOUJOURS EN BAISSE £ En 2016, les ventes mondiales de PC ont reculé, à 269,7 millions d’unités, soit 6,2 % de moins qu’en 2015, selon Gartner. C’est la cinquième année consécutive de baisse du marché. Il avait atteint un plus haut en 2011, avec 352 millions d’ordinateurs écoulés.

CANAL+ S’IMPLANTE EN BIRMANIE

£ Le groupe Canal+ a conclu un accord avec le groupe de média birman Forever pour lancer une offre de télé payante en Birmanie. Le groupe français met l’accent sur l’international où il détient 6 millions d’abonnés, plus qu’en France. En Asie, Canal+ est présent au Vietnam avec 779 000 abonnés.

« LA PROVENCE » : NETHYS À 11 %

£ Le groupe belge est actionnaire à 11 % du groupe La Provence, contrôlé par Bernard Tapie, et non à 20 % comme indiqué dans nos éditions du 11 janvier. Nethys dispose d’une option pour monter à 34 %.


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO - N° 22 528 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr

ARTS

LA MAISON ROUGE FERMERA EN 2018 : LA FIN D’UNE EXCEPTION CULTURELLE PAGE 29

MODE

DELPHINE ARNAULT LANCE LA 4E ÉDITION DU LVMH PRIZE PAGE 31

Il était une fois… The Queen of Kalahari

ARMIN ZOGBAUM

Chopard dévoilera, ces prochains jours à Genève, une parure sans égale réalisée à partir de ce diamant brut de 342 carats. Le joaillier la présente en avant-première au « Figaro ». PAGE 28

ÇA C’EST... PARIS ! Léna Lutaud

ESPION, LÈVE-TOI !

VERNISSAGE DE L’EXPOSITION «LANCEURS D’ALERTE» À LA GAÎTÉ LYRIQUE

P

our joindre la NSA, tapez 1. Pour joindre le FBI, tapez 2. Et le 3 pour la DGSI. Face à ses invités, Marc Dondey, le nouveau directeur de la Gaîté Lyrique, donne ses instructions : « Votre but est d’établir et de maintenir la conversation avec les agents secrets le plus longtemps possible. » À l’idée de ce canular téléphonique rigolo – bien qu’un peu gênant en période de menace terroriste –, le petit monde de l’art contemporain est aux aguets. Que ne ferait-on pas pour relancer un lieu en perte de vitesse comme ce temple des cultures numériques ? Un plaisantin réclame ainsi la recette de l’Apfelstrudel aux services secrets allemands. Il se fait raccrocher au nez. Axel, étudiant en école de management, est fier d’avoir réussi à déstabiliser la femme de la NSA : « Comment avez-vous eu ce numéro ? », lui demande-t-elle, furieuse. À la DGSI, le permanencier reste zen quand une femme se fait passer pour le Dr Balmes, psychologue de la géniale série d’Éric Rochant Le Bureau des légendes. Il fait immédiatement le rapprochement. À moins qu’il ne soit un comédien caché dans la cave de la Gaîté Lyrique, on le plaint : l’exposition « Lanceurs d’alerte » dure jusqu’au 29 janvier. Non loin, les invités qui envoient des photos depuis leur téléphone sont géolocalisés à Londres. C’est le prix à payer pour entrer dans la chambre à bow-window et épais rideaux jaunes de Julian Assange. Sous le coup d’un mandat d’arrêt, le fondateur de WikiLeaks est confiné à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis quatre ans. Ce proche de Mélenchon, Trump et Poutine n’est visiblement pas un garçon très ordonné. Neuf téléphones traînent au milieu des verres sales et feuilles à en-tête du Pentagone. Un homme à l’étrange frange conique fend la foule. C’est Arthur, chorégraphe de Hard Dance, un mouvement de jeunes qui se propage sur le Net. Ses vidéos sont projetées à 360 degrés dans une immense pièce fraîche. On sort en même temps qu’un homme à la casquette trop enfoncée pour être honnête. Un lanceur d’alerte, un vrai ?

Cinq diamants de plus de 20 carats issus de la même gemme brute, The Queen of Kalahari.

Thierry Frémaux, Cannes mon amour LIVRE Entre mai 2015 et mai 2016, le délégué général du Festival a tenu

son journal. Une succession de compliments et de généralités. Déception.

ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr

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uel métier ! Il faut dire du bien de tout le monde, voir 1 869 films en un an, ne jamais dormir quatre nuits de suite dans le même lit. Tels sont les inconvénients qu’affronte le délégué général du Festival de Cannes. Du 25 mai 2015 au 22 mai 2016, Thierry Frémaux a tenu son journal. La responsable s’appelle Sabine Azéma. C’est elle qui avait demandé à Frémaux s’il prenait « des notes sur toutes ces choses dont on sait tout et rien à la fois ». Quand il écrit, il quitte son smoking. Voici un homme pressé, partagé entre Lyon (il s’occupe de l’Institut Lumière) et Paris, la France et le monde entier. Il passe sa vie dans le TGV et les long-courriers, galope d’un match de football à un concert de Bruce Springsteen, sillonne la capitale sur son vélo. Ses journées durent plus de vingt-quatre heures. Il jongle avec les téléphones et les rendez-vous, inonde ses

correspondants de SMS. Ça serait bien que Godard soit président du jury. Ça ne marche pas. Alors, pourquoi pas George Miller ? Il offre deux bouteilles de côte-rotie à Scorsese, mais sert du Mouton Cadet à ses équipes. On sent bien la difficulté de l’exercice.

Pluie de détails techniques Tant qu’il est en poste, Frémaux est pieds et poings liés. Lorsqu’il est sur le point de livrer une anecdote, il se rétracte au dernier moment. Ce devoir de réserve est d’un frustrant. Ça, les détails techniques abondent : histoires de chauffeur, pressions amicales des producteurs, petits mensonges obligatoires, démêlés avec Canal+, rivalités avec Berlin et Venise. On reste cependant au stade des généralités. On attend la version non expurgée avec une avidité de vieille concierge. Frémaux a l’admiration facile, la plume caressante. « Julieta est très réussi. » « Anne Hidalgo dégage quelque chose d’intelligent et d’humain. » Brizé ? « Un cinéaste passionnant. » Régis Debray ? « Trop modeste, comme

toujours. » Quant à Tarantino, il est « le Borges du cinéma ». Les compliments pleuvent. À ce rythme, Frémaux finira ministre. Ou diplomate. Jérôme Seydoux lui propose de lui succéder chez Pathé. Paris bruisse de rumeurs. Il fait semblant de les ignorer. C’est un gamin des Minguettes qui n’en revient pas de déjeuner avec Catherine Deneuve et qui manque de saigner du nez en accueillant Julia Roberts en haut des marches. Avec George Clooney, il parle tracteurs. Vincent Lindon le traite de maboul. Le sélectionneur officiel salue André de Toth, pleure la mort de Jim Harrison à qui il devait présenter l’actrice Alicia Vikander. Les ennemis ne sont pas son fort. Il câline Télérama, est indulgent avec Libération, égratigne vaguement Le Monde (avant de se raviser) et Le Figaro (pas de mea culpa : bah alors ?). Soudain, les pages se teintent de gravité et d’inquiétude : son fils entre à l’hôpital. Ça n’est plus du cinéma. Qui a eu la dernière palme d’or, déjà ? ■ Sélection officielle , de Thierry Frémaux, Grasset, 624 p., 23,40 €.

SOLDES * JUSQ U ’ à

50%

PATRICK DEMARCHELIER ; SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO

*Du 11 janvier au 21 février 2017

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Ouverture exceptionnelle le dimanche 15 janvier 2017.


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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L'ÉVÉNEMENT

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Un diamant très fertile EXCLUSIF Chopard présentera ces prochains jours à Genève une parure de haute joaillerie exceptionnelle dont toutes les gemmes qui la composent sont issues d’une seule et unique pierre brute de 342 carats. 3

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CHOPARD

L

FABIENNE REYBAUD freybaud@lefigaro.fr

ENVOYÉE SPÉCIALE À GENÈVE

es joailliers se prendraient-ils désormais pour des grossistes voire des chercheurs d’or, tant certains se plaisent à dévoiler le fruit des entrailles de la terre avant même qu’ils ne le transforment en bijoux ? Il semblerait que cela soit le cas. Ainsi, après le britannique Graff, lequel, depuis plusieurs dizaines d’années, possède les deux casquettes (celle de producteur de pierres et celle de joaillier, lire Le Figaro Magazine du 9 décembre 2016), le bijoutier genevois de Grisogono s’est récemment illustré en exposant, à la Biennale des antiquaires de Paris, The Constellation, un diamant brut de 813 carats (voir nos éditions du 9 septembre 2016). Dans ce jeu d’inversion des rôles, citons également le minier Lucara Diamond. En juin dernier, il a tenté de mettre directement à l’encan, chez Sotheby’s, le Lesedi La Rona, un diamant brut de plus de 1 000 carats dont le prix de réserve était fixé à la somme stratosphérique de 70 millions de dollars mais qui, hélas !, n’a pas trouvé preneur.

CAROLINE SCHEUFELE

La coprésidente de Chopard a imaginé la parure Jardin de Kalahari, issue du diamant The Queen of Kalahari, qui provient de la mine Karowe, au Botswana.

15 000

5

euros

Le prix de la photo de The Queen of Kalahari, signée Alexis Veller et tirée à 7 exemplaires

43 %

A

Couleur et transparence « Autrefois, les pierres non taillées n’étaient jamais montrées au grand public, se rappelle un diamantaire parisien. On n’en voyait pas l’intérêt, cela relevait de la cuisine interne, si je puis m’exprimer ainsi. En 2016, à l’instar d’un grand chef présentant ses pièces maîtresses crues sur un plateau avant de les accommoder, le joaillier fait la même chose en exhibant ses pierres brutes. C’est le storytelling de la transparence ! » Sans compter la curiosité, l’attraction que peut susciter la vision d’un cristal né dans une roche volcanique, il y a plus d’un milliard d’années. Aujourd’hui, c’est au tour de Chopard de succomber à ce phénomène en annonçant l’achat d’un caillou de 342 carats, découvert au Botswana. « Il y a un peu plus d’un an, je me suis rendue en Afrique, sur le site de la mine à ciel ouvert Karowe et l’on m’a présenté ce diamant, explique Caroline Scheufele, coprésidente de cette entreprise familiale indépendante, qui fabrique environ 75 000 bijoux et 75 000 montres par an et dont le chiffre d’affaires se monterait à plus de 800 millions de francs suisses. J’ai tout de suite eu le sentiment d’être face à une pierre rarissime, elle était d’une beauté et d’une pureté exceptionnelles. Au premier coup d’œil, on voyait au travers. C’était la première fois que nous achetions un diamant brut de cette importance. Mais j’étais certaine que nous pouvions en extraire des merveilles en décidant nous-mêmes comment nous allions la faire tailler. J’aime cette liberté de pouvoir maîtriser de A à Z toutes les étapes de la création d’une parure de haute joaillerie. » Baptisé par Chopard « The Queen of Kalahari », ce sujet, largement plus

Taux maximum de récupération d’une pierre brute

70 millions

gros qu’une balle de golf, cumulait à sa naissance toutes les qualités : une couleur et transparence parfaites (D type IIA), sans aucun défaut (Flawless). Tant et si bien que les pertes de matière ont été minimes. « Après la taille, qui a été faite à Anvers, nous avons récupéré 54 % de la pierre brute, alors qu’habituellement le taux maximum de récupération est de 43 % », observe le chef de l’atelier de haute joaillerie genevois où la marque emploie quarante artisans (bijoutiers, lapidaires, sertisseurs, etc.).

« Un avenir à sa mesure » De ce cristal mirifique sont sortis vingttrois diamants dont cinq (voir page 27) pèsent plus de 20 carats. Le résultat relève du spectaculaire : les cinq pierres posées à nue sur les doigts recouvrent quasiment tout le haut de la main… Voici un brillant de 50 carats plus large qu’un bouchon de carafe. Son frère est un diamant cœur de 26 carats suivi d’une poire dodue de 25 carats, d’une émeraude cinglante de 21 carats et d’un coussin, exquis, de 20 carats. « Face à la gemme brute, nous avions plusieurs possibilités. Il m’a semblé important de représenter toutes les tailles de diamant. Car nous ne voulions pas traiter The Queen of Kalahari comme un simple trophée, poursuit Caroline Scheufele. Nous souhaitions lui offrir un avenir à sa mesure. » Pour cela, la

de dollars Le prix de réserve du Lesedi La Rona, un diamant brut de 1 109 carats, qui n’a pas trouvé preneur chez Sotheby’s en juin 2016 1. The Queen of Kalahari, diamant brut de 342 carats. 2. Dans l’atelier de Chopard, un joaillier ajuste le devant du collier. 3, 4 et 5. Boucles d’oreilles, collier et bague de la parure Jardin de Kalahari, en or blanc et diamants. JEAN-DANIEL MEYER/CHOPARD, ALEXIS VELLER, ARMIN ZOGBAUM

joaillière a décidé de créer une seule et unique parure, composée de six bijoux. Un collier, deux bagues, un bracelet, une montre à secret et une paire de boucles d’oreilles. L’ensemble se transforme afin d’offrir plus d’une vingtaine de possibilités de le porter. Dans un lacis d’or blanc finement travaillé, ce Jardin de Kalahari, ainsi nommé, dégage une opulence et un faste orientalisant que l’on pourrait imaginer au cou d’un maharadjah ou sur la poitrine d’une princesse arabe. Comme si ces pièces étaient une projection contemporaine des bijoux de cour du XIXe siècle. En prime, Chopard a réalisé cette

parure dans de l’or certifié propre FairMined Gold et initié la certification Responsible Jewellery Council (RJC) de la mine Karowe d’où sont issus les diamants. « Nous avons travaillé quasiment un an pour obtenir ce résultat, poursuit la coprésidente. Mon objectif est de vendre la parure entière à un seul client. Je ne veux pas disperser les bijoux car cela reviendrait à séparer une famille. » Pour la paix des ménages, nous en tairons le prix qui, selon nos estimations, devrait être à peine supérieur à celui du tableau Les Filles sur le pont d’Edvard Munch, vendu par la maison d’enchères Sotheby’s à l’automne dernier. ■

1963

Date de rachat de la marque suisse Chopard par la famille Scheufele, originaire de Pforzheim, en Allemagne


LE FIGARO

CULTURE

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Antoine de Galbert, le rouge et le noir

ARTS En 2004, il créait la Maison rouge, près de la Bastille, à Paris. Il la fermera fin 2018. Sans sommation.

C

VALÉRIE DUPONCHELLE £@VDuponchelle

omme le prince, il apparaît, puis disparaît. En treize ans sur le devant de la scène, Antoine de Galbert a gardé ses distances. Pas d’autre protocole que le sien. Pas d’agenda officiel à respecter ni de sensibilités particulières à ménager. Pas d’explications à donner autres que confirmer les faits bruts, s’il le veut bien, ni d’états d’âme à étaler sur le temps qui passe et la difficulté de garder sa flamme. « Never complain, never explain », dit la reine. La Maison rouge, base de sa fondation privée reconnue d’utilité publique, a ouvert ses portes en juin 2004 à Paris, et ouvert la voie à une autre vision de l’art, moins consensuelle, moins liée à l’argent, plus tripale et très singulière. Elle fermera donc bien, fin 2018. Sa naissance a été célébrée joyeusement, comme une très bonne surprise. La Maison rouge allait redonner des couleurs aux joues des amateurs, stimuler les aventures de l’art hors des sentiers battus, laisser parler les collectionneurs, ces fous parfois furieux, ignorer avec superbe les règles officielles du marché, voire des grandes institutions. Bref, n’en faire qu’à sa tête, des corps torturés de Berlinde De Bruyckere aux petites voitures en plastique d’Hervé Di Rosa. Cette vision pouvait être terrible, comme l’a prouvé « Ainsi soit-il », sa carte blanche aux BeauxArts de Lyon à l’hiver 2011, panorama charnel et mélancolique. Noir, c’est

deau de fin. « Effectivement, j’ai décidé (de fermer) surtout car je ne peux pas faire mieux et qu’il faut bien arrêter un jour, car la Maison rouge n’a pas de pérennité à long terme. Mais il reste deux ans de programmation formidable. Et par ailleurs, la fondation Antoine de Galbert alimentera d’autres formes de mécénat. » Depuis 2004, sa silhouette alanguie, son demi-sourire de noceur amusé, ses cernes de jazzman, son flegme assez peu français ont créé un personnage parfait, reconnaissable et inaccessible.

Un séducteur malgré lui, charmant et lisse comme le marbre. Tous les dîners de gala des grands musées parisiens l’accueillent en hôte à pedigree et en convive léger, de la reine Beaubourg au Palais de Tokyo, son challenger contemporain. Il les traverse en fantôme, en bel indifférent ou en sniper, à peine distrait par les intermèdes MarieAgnès Gillot et Iggy Pop. Son dîner de gala à la Maison rouge opte pour une simplicité de bon aloi et rassemble les vrais mordus de l’art dans un clan digne de la guerre des loups.

« Je déteste les paillettes, nous disait cet économe en 2010 lorsque, collectionneur viscéral et accumulateur pathologique, il exposa sa formidable collection de coiffes. Je préfère offrir un coup de rouge à mes amis que du champagne à 50 euros la bouteille. Cet art mondain ne m’intéresse pas, ni la mode, ni l’actualité. J’essaie d’éradiquer tout ce qui est paillettes dans l’art contemporain. Si les artistes sont bons, cela se voit. Pas besoin de tout ce décorum. La Maison rouge répond à cet esprit qui se veut simple et sympathique. C’est comme entrer chez quelqu’un. »

Cet aristocrate du Dauphiné, allié par son beau-père à la fortune de Carrefour, ne parle pas d’argent. S’il parle de famille ou d’amour, ses avis ne sont pas de petites phrases anodines. On pourrait penser que l’or du temps lui est cher, comme à André Breton. Élève fort indiscipliné de tous les bons collèges de Grenoble, il en a gardé les usages, la courtoisie alliée à une franchise désarmante, voire une certaine rudesse. Il a voulu prendre la Bastille, cette Maison rouge. Il la ferme. Le fait du prince, mais c’est aussi l’argent du prince. ■

Je déteste les paillettes. Cet art mondain ne m’intéresse pas, ni la mode, ni l’actualité

La fin d’une exception culturelle V. D. ET BÉATRICE DE ROCHEBOUËT

De haut en bas : portrait d’Antoine de Galbert, lors de l’exposition « Le Mur », en 2014 ; exposition « My Joburg », en 2013 ; exposition « Après Eden, la collection Walther », en 2015. ALBERT FACELLY/LE FIGARO, MARC DOMAGE

Ces expositions qui ont osé D’ici à 2018, cinq expositions sont programmées à l’agenda de la Maison rouge, dont « La collection Marin Karmitz. Étranger résidant » (21 octobre 201721 janvier 2018). Depuis son inauguration en 2004, 122 expositions y ont été organisées, de celles du patio jusqu’à Hervé Di Rosa. Six d’entre elles nous ont particulièrement marqués.

: « L’intime, le collectionneur u 2004 derrière la porte »

L’exposition inaugurale de la Maison rouge, le 5 juin 2004, dévoile le rapport intime du collectionneur à ses œuvres. L’idée originale de Gérard Wajcman est de présenter cette relation particulière en reproduisant grandeur nature des pièces d’habitations privées : chambres, salons, toilettes, bureaux, réserves. Choc et parfois trash.

: « Bruit et fureur, u 2006 l’œuvre de Henry Darger »

Première exposition monographique en France consacrée à cet artiste américain

qui vécut une vie solitaire, reclus dans sa chambre de Webster Street à Chicago. Ce n’est qu’en 1972, lorsqu’il quitte sa chambre pour l’hôpital où il finira ses jours, que son propriétaire, Nathan Lerner, photographe et professeur au New Bauhaus de Chicago, découvre les œuvres écrites et peintes par son étrange locataire. Petites filles guerrières, petits garçons abusés, monstres. Ces contes sont sidérants.

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2009 : « Warhol TV »

Connu pour ses icônes de l’Amérique moderne, les boîtes de Campbell Soup ou ses morbides Marilyn Monroe, Andy Warhol (1928-1987) veut, dès 1960, saisir l’image de son temps via le dessin, la peinture, la sérigraphie, la photographie, l’archivage, les publications, l’enregistrement audio, le film ou la vidéo. Scénographie pop et un visage méconnu de Warhol.

u 2011 : « My Winnipeg »

À l’heure d’une globalisation annoncée de l’art, la Maison rouge inaugure à l’été

2011 un cycle consacré aux scènes des grandes métropoles périphériques. Première ville à l’honneur : Winnipeg, capitale du Manitoba (Canada). Suivront « My Joburg » sur Johannesburg en 2013 et « My Buenos Aires » en 2015.

: « Théâtre du monde, u 2013 collection David Walsh »

Pour sa dixième exposition de collection particulière, la Maison rouge invite le collectionneur David Walsh, fondateur du Mona (Museum of Old and New Art) en Tasmanie. Tout l’art de Jean-Hubert Martin (« Les magiciens de la Terre ») pour en faire un théâtre.

: « Après Eden, u 2015 la collection Walther »

Photographie historique, daguerréotypes, photographie contemporaine, vidéos, revues, albums de la fin du XX e siècle : plus de 800 œuvres d’une cinquantaine d’artistes, une vision magistrale de la photo via un collectionneur. ■ V. D.

Est-ce une coïncidence ? L’annonce de la fermeture de la Maison rouge, fin 2018, précède ou intervient juste au moment où devrait s’ouvrir la Bourse de commerce, le nouveau temple parisien de l’art contemporain et de François Pinault, puissant propriétaire de Christie’s. Estce la dure loi de la compétition, le duel perdu de David contre Goliath ? Est-ce un phénomène de saturation dans une capitale française qui bataille contre vents et marées pour rester dans les rangs, face à la puissance financière de Londres ou à l’hégémonie dynamique de New York ? Est-ce juste assez ? « C’est une très mauvaise nouvelle en ce début d’année déjà fort morose, nous déclare le galeriste parisien Georges-Philippe Vallois, président du Comité des galeries d’art. C’est la seule entreprise à taille humaine, dans Paris intramuros, une entité singulière, libre dans ses goûts et ses choix, indépendante, qui arrivait miraculeusement à concilier le point de vue des collectionneurs et des musées pour être vraiment reconnu internationalement. Antoine de Galbert est à la fois engagé dans l’art. Et dégagé des contingences imposées par le marché, comme des collusions de celui-ci avec les institutions. » En clair, l’inverse du collectionneur moutonnier et spéculatif qui hante les foires d’Art Basel, de Frieze et autres Biennale de Venise, devenus antichambres des affaires. Depuis l’ouverture de la Maison rouge en 2004, l’art contemporain, jadis le bien propre d’une petite élite cultivée, est devenu un vaste domaine public. Du Palais de Tokyo, dans la version expérimentale de Jean de Loisy, à la Fondation Louis Vuitton en mode XXL. Notre monde désormais globalisé s’est jeté dans cette nouvelle jungle, compétition âpre de talents et d’impostures, d’argent, de savoir et de snobisme. Il est désormais investi par les meilleurs, comme par les pires, sous la férule de plus en plus implacable du marché et de ses quitte ou double. Par ses refus catégoriques et ses fermes nondits, Antoine de Galbert en sa Maison rouge faisait figure d’exception culturelle. Est-ce encore une coïncidence ? La Fondation Vuitton expose ce printemps la scène sud-africaine, que la Maison rouge a défrichée dès 2013. Les amoureux

de l’art brut vont au LAM de Villeneuved’Ascq ? La collection d’art brut de Bruno Decharme a déjà fait l’actualité à la Bastille, à l’automne 2014. François Pinault rassemble en un temps express un ensemble extraordinaire d’Irving Penn, trésor photo dévoilé au Palazzo Grassi à Venise en 2014 ? A contrario, Antoine de Galbert accueille la collection lentement mûrie au fil des ans d’Artur Walther, en octobre 2015. Après 122 expositions, la lassitude du pionnier ? C’est peut-être aussi une implication financière qui dépasse l’envergure d’un seul homme, même allié aux dividendes de Carrefour.

« Il n’agit que pour le plaisir » «Contrairement à tous les autres qui ne pensent qu’avec des certitudes et des cotes établies, Antoine de Galbert nous donne une leçon formidable : tout peut changer, un jour. L’art, ça va, ça vient. Pas de hiérarchie, pas d’idées préconçues, c’est une singulière leçon de vie que nous avons eue à la Maison rouge depuis 2004 », nous déclare Jacques Toubon, ministre de la Culture de 1993 à 1995, collectionneur curieux et pilier de l’art sous toutes ses formes. « Contrairement à la foule des autres, contrairement aux institutions qui se battent pour que les choses restent immuables, Antoine de Galbert n’agit que pour le plaisir, ne se bat pas pour la permanence mais pour l’expérience. “La chute de la Maison rouge” est exactement à l’aune du personnage. Il nous a fait découvrir des mondes vus nulle part ailleurs, il nous a fait plaisir. Maintenant, il en a fini. Bientôt, ce sera fini. » Le monde de l’art applaudit haut et fort les fondations privées qui fleurissent comme des paradis culturels. De la Fondation Vuitton inaugurée en octobre 2014 à la Fondation Prada dorée sur tranche à Milan en 2015, de la Fondation Beyeler de Bâle, qui fête ses 20 ans cette année, à la Fondation Luma de Maja Hoffmann, à Arles, qui sera inaugurée en 2018, elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Les musées font un peu figure de parents pauvres. L’odyssée de la Maison rouge, succès public et succès d’estime, rappelle que ces sanctuaires privés reposent souvent sur la force d’une entreprise, l’ego d’un grand homme et n’ont pas la même vocation à incarner l’histoire. Antoine de Galbert leur rappelle à tous qu’ils ne sont pas gravés dans le marbre. ■

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ANTOINE DE GALBERT

noir. La fermeture de sa maison a été annoncée subrepticement dans la presse, d’une demi-phrase qui a mis le feu aux poudres. Antoine de Galbert a concédé quelques commentaires – « je ne suis ni malade ni fauché » –, comme lorsqu’un gentilhomme s’excuse avant un dîner en ville. On se croirait autour de la table de jeu feutrée et cruelle de Barry Lyndon. La biographie qu’il choisit de diffuser lorsque s’ouvre la Maison rouge en 2004 près de la Bastille est d’une économie modèle. Presque en creux, comme pour en dire le moins possible sur une personnalité qui ne se veut pas vraiment publique. « Diplômé de sciences politiques, Antoine de Galbert (né en 1955) travaille dans la gestion des entreprises, avant d’ouvrir, pendant une dizaine d’années, une galerie d’art contemporain, à Grenoble. Parallèlement il débute une collection qui prend de plus en plus d’importance dans sa vie. En 2000, il choisit de créer une fondation pour donner à son engagement dans la création contemporaine une dimension pérenne et publique. » Treize ans plus tard, même laconisme lorsqu’il nous écrit, mercredi soir, juste avant l’heure du dîner, pour tirer le ri-


vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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Relaxe surprise pour les héritiers Wildenstein

Guy Wildenstein, en septembre 2016, au palais de justice de Paris. ERIC FEFERBERG/AFP

JUSTICE Au risque d’être « incompris », le tribunal

a disculpé cette célèbre famille de marchands d’art, inquiétée pour fraude fiscale présumée. BÉATRICE DE ROCHEBOUËT bderochebouet@lefigaro.fr ET STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND sdurandsouffland@lefigaro.fr

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arce que rendre justice, ce n’est pas administrer une leçon de morale, le tribunal de Paris a relaxé tous les protagonistes du procès Wildenstein, poursuivis pour une fraude fiscale présumée de plusieurs centaines de millions d’euros. Le montant du préjudice allégué, la personnalité hors du commun des prévenus, héritiers d’une dynastie de collectionneurs d’art, la lourdeur des réquisitions du parquet national financier - 4 ans de prison, 250 millions d’amende à l’encontre de Guy Wildenstein -, la récente sévérité du même tribunal correc-

tionnel dans la répression, par des peines de prison ferme, d’une autre fraude fiscale célèbre, celle des époux Cahuzac, laissaient entrevoir une sentence très différente. De sorte que le président de la 32e chambre, Oliver Géron, a estimé utile d’accompagner le prononcé de la relaxe d’une explication de texte figurant noir sur blanc dans le jugement : « Le tribunal a parfaitement conscience que sa décision est susceptible de heurter le sens commun et d’être incomprise du peuple français au nom de qui la justice est rendue. Il ressort en effet du dossier que, et ce depuis au moins trois générations, des membres de la famille Wildenstein ont pris soin de dissimuler derrière des constructions juridiques inconnues du droit français, un patrimoine considérable qui échappait ainsi à l’impôt.

Cette volonté très claire de dissimulation (…) révèle incontestablement, nonobstant les dénégations des prévenus directement concernés, une claire intention d’évasion fiscale et patrimoniale. Néanmoins, l’existence d’une intention qui pourrait être qualifiée de frauduleuse, ne suffit pas pour retenir l’existence d’une infraction en l’absence d’élément légal. Le tribunal (…) s’étonne, qu’alors même que la prise en compte des trusts par les juridictions françaises remonte à plus d’un siècle (…), le législateur n’ait pas cru bon d’intervenir avant 2011. » En clair : le recours par les Wildenstein à des trusts étrangers opa-

ques pour gérer une fortune si astronomique qu’on en ignore l’étendue, ressemble à une fraude organisée.

Cuisant revers Le tribunal s’est penché de manière approfondie sur la problématique des trusts, citant même dans son jugement la succession litigieuse de l’épouse du comte de Palikao, en 1880. Il ressort de cette analyse qu’à l’époque des faits visés (avant 2009), la loi française n’avait rien prévu pour ce cas de figure. Par conséquent, en vertu du vieil adage nulla poena sine lege (pas de peine sans loi), les ri-

chissimes milliardaires ne peuvent être condamnés. La saga judiciaire avait débuté en 2005, par la révélation de biens cachés à hauteur de plus d’un milliard de dollars. Tableaux inestimables (Bonnard, Monet, Manet, Picasso, Caravage…), chevaux de course, immobilier : le patrimoine était géré par des trusts ou en lieu sûr dans des ports francs. Le scandale est venu des épouses d’Alec et de feu Daniel Wildenstein. La veuve de ce dernier, Sylvia, défendue par Me Claude Deumont-Beghi, se disait « trahie », « volée » et « escroquée » après que ses deux beaux-enfants lui eurent fait croire que leur père était mort criblé de dettes, pour qu’elle renonce à la succession. Le parquet national financier, qui a subi jeudi un cuisant revers, dispose de dix jours pour interjeter appel de la relaxe. Une autre procédure se poursuit, parallèlement à ce volet pénal, devant le tribunal de grande instance de Paris : le fisc réclame toujours 550 millions d’euros aux Wildenstein. ■

Toni Servillo, dans les pas de Louis Jouvet

CHRONIQUE Il met en scène et joue « Elvire Jouvet 40 », leçon de maître sur « Dom Juan » recomposée par Brigitte Jaques. LE THÉÂTRE Armelle Héliot

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aheliot@lefigaro.fr blog.lefigaro.fr/theatre

l faut que tu cherches le sentiment, l’intelligence dramatique ne suffit pas s’il n’y a pas de sentiment. Ce qui fait de Raimu le plus grand acteur de notre époque, c’est qu’il est puissant dans le sentiment. » Ainsi s’exprime Louis Jouvet lors de la deuxième leçon sur la scène d’Elvire dans Dom Juan de Molière, « Ne soyez point surpris… » Ces leçons, données entre février et septembre 1940, sont célèbres. Elles furent sténographiées par Charlotte Delbo. La jeune fille qui tentait de s’approcher d’une interprétation d’Elvire qui convainquît ce maître rigoureux et fascinant qu’était Louis Jouvet était Paula Dehelly. En 1986, Brigitte Jaques eut l’idée d’en faire une pièce de théâtre, brève et dense. Face à l’immense Philippe Clévenot, une jeune encore peu connue, Maria de Medeiros. Elvire Jouvet 40 enflamma le public le plus large, bien au-delà de ceux que passionne le mystère du comédien. Toni Servillo, artiste magistral, chef de troupe, exceptionnel au théâtre comme au cinéma (Les Confessions, de Roberto Ando, sort le 25 janvier, Le Figaro en reparlera), a choisi de se mettre dans les pas de Louis Jouvet, comme le fit en

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Toni Servillo (ici avec Petra Valentini) est d’une sobriété qui subjugue. FABIO ESPOSITO POUR LE PICCOLO TEATRO DI MILANO

Italie Giorgio Strehler, au Piccolo Teatro de Milan, lors de l’inauguration du studio, dès l’été 1986. Chef de troupe, metteur en scène audacieux, Toni Servillo explique que, dans son travail, Louis Jouvet a « toujours été un point de repère ». Ajoutant : « Depuis des années, ses réflexions sur le théâtre et sur le travail de l’acteur m’ont accompagné dans le choix des différents répertoires, de Molière à Marivaux, d’Eduardo De Filippo à Goldoni, et j’ai pensé que le moment d’une rencontre directe était arrivé. »

Valentini) sous le regard d’Octave/Dom Juan (Francesco Marino) et de Léon/ Sganarelle (Davide Cirri). Dans des costumes qui disent discrètement les années 1940 - à la fin, les protagonistes gardent leurs manteaux : on gelait dans les théâtres parisiens -, les comédiens vivent au pur présent cette leçon vertigineuse qui va bien au-delà du jeu. « L’acteur, disait Jouvet, ne peut jouer que certains rôles ; il déforme les autres selon sa personnalité. Le comédien, lui, peut jouer tous les rôles. L’acteur habite un personnage, le comédien est habité par lui. » Partition très difficile pour Petra Valentini : être dans les hésitations de Claudia, c’est maîtriser le plus difficile. Très élégant, très concentré, portant on ne sait quelle mélancolie qui était bien celle de Jouvet, voix ferme aux inflexions subtiles disant l’obsession jamais tue, Toni Servillo est d’une sobriété et d’une profondeur qui subjuguent. Il y a de la grâce sur ce plateau, des sorties furtives, des apparitions. Plane, par-delà le temps, le destin des « personnages ». On est au pays des fantômes et du très grand théâtre. ■ Athénée Théâtre Louis-Jouvet (Paris IXe), jusqu’au 21 janvier. 19 heures mar., 20 heures du mer. au sam., 16 heures dim. Durée : 1 h 15. En italien avec surtitres. Autres spectacles : Dolore sotto chiave/Pericolosamente, de De Filippo et Pirandello, jusqu’au 21 janvier, salle Bérard. Danza Macabra, de Strindberg, dans la mise en scène de Luca Ronconi, grande salle du 26 au 29 janvier (01 53 05 19 19).

Au pays des fantômes C’est à Milan, avec le Piccolo, que Toni Servillo a créé Elvire Jouvet 40 et le spectacle tournera en Italie avec cette belle halte à l’Athénée, le théâtre où travaillait Jouvet lorsqu’il mourut, le 16 août 1951. On pénètre avec précaution dans la salle que dirige Patrice Martinet. Sur le plateau nu, une petite estrade, deux chaises, une table et sa lampe. Les premiers rangs, au-dessus de la fosse d’orchestre, sont séparés par un drap blanc posé sur les dossiers, ils sont dans l’espace du jeu. Dans le silence du théâtre où ne paraissent qu’un maître et trois de ses élèves, on suit, suspendu aux mouvements de ressac des sept leçons, les remarques du professeur, sa manière drue - sinon dure -, profonde et imagée de guider Claudia, celle qui doit jouer Elvire (Petra

Suresnes Cités Danse plus jeune que jamais HIP-HOP Le festival dédié à cette discipline fête son quart de siècle. ARIANE BAVELIER £@arianebavelier

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our l’inauguration de la nouvelle édition de Suresnes Cités Danse, un danseur s’est avancé sur le devant de la scène. Immense et se tortillant un peu, il a entonné Joyeux anniversaire ! Les vingt-cinq danseurs de la distribution l’ont rejoint, et le public s’est mis lui aussi à chanter. Le festival Suresnes Cités Danse fêtait ses 25 ans. Olivier Meyer, son directeur fondateur, succombant à la liesse générale, a rejoint les danseurs sur scène le lendemain. Le chemin parcouru est considérable. On le mesure en savourant l’apparition des invités : B-Boy qui danse sur les bras, et Amala Dianor qui se sert d’eux au contraire pour déployer autour de lui des ondes immenses. On le mesure

encore en guettant les musiques. Lancé sur des percussions à faire trembler les ghetto-blasters, avec des injonctions qui ne donnent pas dans la dentelle, le hip-hop s’épanouit sur les musiques les plus diverses : de Bach au jazz en passant par Stravinsky ou Sauguet cette année. On le mesure encore, entre les séquences de ce spectacle d’ouverture composé par Farid Berki. S’y glisse l’évocation des pièces où le hip-hop a taillé son succès : Paradis de José Montalvo, Délicieuses de Nathalie Pernette, Macadam de Blanca Li, et bien d’autres hits signés par exemple Laura Scozzi ou Mourad Merzouki.

Virtuosité et énergie Car le hip-hop, confié d’abord à des chorégraphes contemporains fascinés par cette mine de virtuosité et d’énergie, voit aussi des auteurs émerger dans ses rangs. Deux d’entre eux comptent

aujourd’hui comme les principaux chorégraphes français. Nés à Saint-Priest, dans les « quartiers » de Lyon, Merzouki et ses amis dansent sur le parvis de l’Opéra des pas inspirés par l’émission « H.I.P. H.O.P. », animée par Sidney sur TF1 en 1984. Guy Darmet, alors directeur de la Biennale de la danse, les aborde et leur propose un studio et un budget pour une création. Vingt ans après, Merzouki dirige la compagnie Käfig, le Centre chorégraphique national de Créteil et le Centre chorégraphique Pôle Pik à Bron, dans la banlieue de Lyon, ainsi que deux festivals de hiphop : Karavel et Kalypso. À La Rochelle, Kader Attou est l’autre homme fort de la danse française. Lui aussi façonné au hip-hop même si, comme Merzouki, il manie l’espace et la musique avec une maturité et une liberté remarquables. Leurs créations cavalent en tête des tournées françaises

et internationales, avec celles de Preljocaj et de Montalvo. Et le mouvement n’arrête pas d’engendrer de nouveaux talents. La 25e édition de Suresnes Cités Danse fait la part belle aux chorégraphes issus du hip-hop. Cette année, à Suresnes, Farid Berki chorégraphie L’Oiseau de feu et Anthony Égéa, Les Forains. Meyer accueille les femmes, exclues à l’origine de cette pratique. Céline Lefèvre reprend Ma classe de hip-hop, un hit ; Jann Gallois - dont la gestuelle travaille sur l’entrelacs avec une magnifique audace - a carte blanche. On remarque aussi le Breton Mickaël Le Mer, qui signe deux pièces montrant que le hip-hop a encore de belles années devant lui : Rouge et Rock it Daddy, marquées par une écriture travaillée à la fluidité et au rebond. ■ Suresnes Cités Danse, jusqu’au 5 février. www.suresnes-cites-danse.com

EN BREF Appel aux dons pour la maison de Paul Éluard

Située à Saint-Brice-sous-Forêt (Val-d’Oise), la maison de Paul Éluard, véritable « atelier » du surréalisme, est en triste état. La commune, qui en est propriétaire, et les amis du poète lancent un appel aux dons pour restaurer cette demeure où il vécut de 1920 à 1923. Les dons sont à envoyer au Fonds de dotation transatlantique, 26, av. FranklinRoosevelt, 75008 Paris.

Nuit de la lecture Partout en France, les lecteurs sont invités le 14 janvier à se rendre dans une bibliothèque ou une librairie pour la première « Nuit de la lecture », tandis que la Bibliothèque nationale de France ouvrira ses portes samedi et dimanche pour découvrir le site rénové de son berceau historique. http://nuitdelalecture. culturecommunication.gouv.fr/


LE FIGARO

STYLE

vendredi 13 janvier 2017

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Delphine Arnault : « Ce jury d’exception donne une visibilité incroyable au LVMH Prize » ENTRETIEN La femme d’affaires et défricheuse de talents lance, aujourd’hui, la 4e édition de son prix en faveur de la jeune création de mode. Les candidats ont jusqu’au 5 février pour déposer leur dossier sur un site dédié.

À

Gardez-vous des relations personnelles avec les finalistes ? Bien sûr, je les vois régulièrement, je leur parle au téléphone. Le plus important est que, dans le cadre du mentorat qui accompagne la dotation de 300 000 euros, ils puissent trouver des réponses à leurs questions auprès de notre équipe dédiée au sein de LVMH. Ils sont conseillés, quand ils le souhaitent, par des gens expérimentés sur des sujets aussi variés que la production, la communication, le positionnement prix ou encore la diversification dans le parfum, dans l’accessoire.

HÉLÈNE GUILLAUME hguillaume@lefigaro.fr

LE FIGARO. - Vous avez lancé le LVMH Prize en 2014. Seulement trois ans après, il bénéficie d’une remarquable notoriété. Delphine ARNAULT. - Je crois que cet engouement pour le prix est dû à son jury exceptionnel composé des directeurs artistiques du groupe : Karl Lagerfeld (Fendi), Nicolas Ghesquière (Louis Vuitton), Riccardo Tisci (Givenchy), Phoebe Philo (Céline), Marc Jacobs, Jonathan Anderson (Loewe), Humberto Leon et Carol Lim (Kenzo) et, pour la première fois cette année, Maria Grazia Chiuri (Dior), qui a accepté de participer à ce beau projet. Aux côtés de Jean-Paul Claverie (conseiller de Bernard Arnault et directeur du mécénat de LVMH), Pierre-Yves Roussel (PDG du Fashion Group LVMH) et moi-même, ces designers de génie donnent une visibilité incroyable au prix. Nous avons aussi la chance de bénéficier du soutien de quarante professionnels du monde de la mode, des journalistes, des acheteurs, des directeurs de grands magasins, des photographes, des stylistes, qui viennent à la rencontre de la trentaine de semi-finalistes pendant deux jours lors de la Fashion Week, en mars, avant de sélectionner huit d’entre eux. C’est une opportunité unique pour ces jeunes gens de rencontrer dans une ambiance très bienveillante ces interlocuteurs parmi les-

BENOIT PEVERELLI

l’occasion du lancement de l’édition 2017 du LVMH Prize, Delphine Arnault revient sur le succès de ce concours - hors normes par sa dotation et la composition de son jury - créé à son initiative.

La délibération du jury pour l’édition 2016, avec (de gauche à droite) Pierre-Yves Roussel, Jonathan Anderson, Marc Jacobs, Phoebe Philo, Karl Lagerfeld, Delphine Arnault, Riccardo Tisci, Nicolas Ghesquière, Jean-Paul Claverie, Carol Lim et Humberto Leon. quels des nouveaux venus en 2017 : le sound designer Michel Gaubert, l’ancien footballeur Hidetoshi Nakata ou encore Ikram Goldman, la fondatrice du multimarque Ikram à Chicago (et conseillère du style de Michelle Obama, NDLR). C’est un moment plein d’énergie, d’émotions, pour ces talents passionnés par la mode depuis toujours, et qui ont ici la possibilité de présenter leur univers à Karl Lagerfeld ou Anna Wintour… Enfin, la notoriété de LVMH à travers le monde fait le reste. Quels sont les pays montrant le plus grand nombre de talents ? Les pays qui ont une tradition de mode comme la France, l’Italie, le Japon et la Belgique. Il y a aussi ceux qui se sont donné les moyens d’avoir de bonnes écoles, comme le Royaume-Uni, les États-Unis et la Corée du Sud. Plusieurs

semi-finalistes étaient également natifs de Chine. Y a-t-il des régions du monde encore pas, ou peu, représentées ? Chaque édition a fait l’objet d’un millier de candidatures provenant de cinquante pays environ. Il me semble que le Japon pourrait être davantage représenté. Nous avons des talent scouts (découvreur de talents, NDLR) un peu partout dans le monde, notamment en Asie. Mais il revient à chaque designer de déposer sa candidature sur le site www.lvmhprize.com, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 5 février. Nous avons développé une application accessible, et le concours est ouvert à toutes les nationalités. Il suffit d’avoir entre 18 et 40 ans, et deux collections de prêt-à-porter masculin ou féminin à son actif.

De nombreux finalistes se sont formés à la Central Saint Martins. Comment expliquez-vous l’influence de la fameuse école de mode de Londres ? C’est incontestablement une école de qualité, multidisciplinaire, qui sait identifier et former les talents. Parmi nos directeurs artistiques, Riccardo Tisci et Phoebe Philo en sont diplômés. De même que les lauréats des grands prix Grace Wales Bonner (2016), le duo de Marques’Almeida (2015) et Thomas Tait (2014). Mais quel que soit le diplôme ou le parcours des candidats, la sélection par un jury de telles personnalités est logiquement basée sur la créativité. Certes, aujourd’hui encore plus qu’hier, les designers doivent aussi savoir exprimer leur singularité, faire passer leur message auprès des journalistes et sur les réseaux sociaux.

Justement, envisagez-vous d’ouvrir le prix à d’autres domaines, tels que les accessoires et les bijoux, si cruciaux dans l’essor d’une maison de mode ? Nous y pensons, mais je travaille 95 % de mon temps chez Louis Vuitton (dont elle est directrice générale adjointe, NDLR). Un tel projet nécessite du temps, un véritable investissement de notre part et de celle du jury, nous nous devons de faire les choses bien. Mais c’est effectivement une réflexion en cours. Vous avez également lancé le prix « diplômés », offrant à trois jeunes étudiants une bourse de 10 000 euros et, surtout, la possibilité d’intégrer le studio de création d’une maison du groupe pendant un an. Que sont devenus les premiers lauréats ? Teruhiro Hasegawa, qui est spécialisé dans la modélisation 3D, a rejoint le studio de Givenchy au terme de son stage. Gabriel Castro est chez Kenzo. Quant à Matty Bovan, après son année chez Louis Vuitton, il a lancé sa propre marque qui a même défilé à Londres. ■

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vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

TÉLÉVISION

« Les Orphelins Baudelaire », de belles fleurs du mal

BIEN VU

François Aubel faubel@lefigaro.fr

Au casting « Laissez-vous tenter »

La saga à succès de Daniel Handler devient une minisérie réjouissante sur Netflix. Avec Neil Patrick Harris dans le rôle de l’affreux Comte Olaf, elle sait conserver son aspect sombre et absurde. Un délice.

RTL | 9 heures | Jeudi

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a primaire de la droite, c’était un film hollywoodien. Celle de la gauche ressemble plus à un film français… » Dans « L’Heure des pros », sur i-Télé, le journaliste du Point Jérôme Béglé n’a pas attendu très longtemps pour placer son bon mot (un poil préparé, non ?) au cœur d’un débat à l’intitulé plutôt piquant : « Rose ou chrysanthème pour le PS ? » Pour la majorité des intervenants, la Belle Alliance populaire (BAP) risque de signer l’avis de décès de la « synthèse molle de François Hollande » au profit de « candidatures plus tranchées » comme celles de Jean-Luc Mélenchon ou d’Emmanuel Macron. François de Rugy, Sylvia Pinel, Jean-Luc Bennahmias… la distribution de la BAP ne fait rêver personne. Élizabeth Martichoux, la grande révélation de ces exercices démocratiques, s’en inquiétait d’ailleurs dans « Laissezvous tenter ». Présentée par Yves Calvi, le menhir de l’info, l’émission de RTL s’est ouverte par Dix pour cent. Il ne s’agit pas des intentions de vote en faveur du candidat du Parti socialiste au premier tour de la présidentielle mais de la série très attendue de France 2 sur les agents des stars. Leurs nouvelles aventures sont programmées pour… avril. Le journaliste Laurent Marsick a pu assister au tournage de l’un des six épisodes de cette saison 2. On apprend que, portés par le succès, les auteurs se sont « lâchés » dans l’écriture. Ce sera trash avec une fin en apothéose, au Festival de Cannes. Isabelle Adjani, Fabrice Luchini ou Virginie Efira, vedettes qui, rappelons-le, jouent leur propre rôle, figurent au casting. Et pour le pitch ? Depuis la mort de Samuel Kerr, patron de l’agence ASK, l’entreprise va mal, très mal… Une situation à l’origine de nombreux conflits. Des questions germent. Qui va reprendre en mains les affaires, le leadership ? Pour quelle gouvernance à l’heure où ASK perd de plus en plus de clients ? Et, last but not least, les agents réussiront-ils enfin à trouver un nouvel homme providentiel ?

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CONSTANCE JAMET£@constancejamet

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teignez la télé, cette émission vous gâchera votre soirée et votre vie », supplie le générique. « Ce soi-disant divertissement est profondément déplaisant », soupire l’omniscient et omniprésent narrateur Lemony Snicket. Ne pas se fier à ces avertissements, Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, la nouvelle série blockbuster de Netflix, est un délice pour les yeux et les zygomatiques. Un cocktail d’absurde, d’imagination et d’épouvante dans lequel on reconnaît la patte audacieuse de son showrunner, Barry Sonnenfeld, le réalisateur de Men in Black et de La Famille Addams. Vendus à 65 millions d’exemplaires dans le monde, les treize romans des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire de Daniel Handler racontent les ○○○○ péripéties de Violette, l’invenNetflix propose un feuilleton fidèle au pessimisme de l’œuvre originale, qui reflète les failles et les hypocrisies de la société. trice hors pair (Malina Weissman), de Klaus à la connaissance encyle tournage titanesque des Orphelins nisérie qui consacre deux épisodes à Your Mother. Le comédien, qui a mis clopédique (Louis Hynes) et de leur Baudelaire à Vancouver. chaque tome, Netflix remet les compdans son personnage « une pincée du sœur bébé Prunille dont les quatre queteurs à zéro et propose un feuilleton Coyote de Bip-Bip, une louche d’Alan « Une pincée du Coyote nottes dévorent tout ce qui passe à sa plus fidèle au pessimisme de l’œuvre Rickman et beaucoup de tueurs en série de Bip-Bip » portée. Après la mort de leurs parents originale qui, tels les contes de Grimm, (sic) », est l’âme du feuilleton. « Extradans l’incendie de leur manoir, le trio reflète en filigrane les failles et les hyvagant mais toujours crédible », salue Ciel gris, grenier dans la pénombre, est confié au Comte Olaf (Neil Patrick pocrisies de la société. Les enfants seSonnenfeld. À la fois effrayant et irrémaison en ruine… Les décors sompHarris). Mais cet artiste raté n’a qu’une ront enchantés par l’inventivité des sistiblement drôle dans ses rêves de tueux baignent dans une ambiance vicobsession : mettre la main sur la fortune jeunes héros, les adultes apprécieront grandeurs. Son Comte Olaf pousse la torienne et gothique qui rappelle Tim de ses pupilles qui lui échappent à la les anachronismes dans les dialogues et chansonnette et multiplie les déguiseBurton et Harry Potter, tel le passage moindre occasion. l’autodérision de Lemony Snicket. ments. La série déploie le vaste univers dans le laboratoire aux serpents. La saga à l’humour mordant avait été « J’ai été fasciné par ces adultes, qui de Daniel Handler qui a intégré l’équipe Le méchant en titre n’est pas en resadaptée pour le cinéma en 2004, avec bien ou mal attentionnés, se révèlent de scénaristes. Certaines intrigues et te. Nez fourchu, dents de travers, front Jim Carrey, mais le film de Brad Silberinutiles et incompétents. Seuls les encertains personnages ont été étoffés. dégarni, ongles noircis, Neil Patrick ling, trop comique, avait désarçonné et fants accomplissent des merveilles », Les exégètes des livres ne rateront pas Harris n’a plus rien à voir avec le séduin’avait pas connu de suite. Avec sa miconfiait Barry Sonnenfeld au Figaro sur la dernière scène du pilote. ■ sant dilettante Barney de How I Met

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Dans le bleu de ses yeux « Michèle Morgan, une vie » rend un bel hommage à l’actrice disparue. MARIE-NOËLLE TRANCHANT mntranchant@lefigaro.fr

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lus bleu que le bleu de tes yeux, je ne vois rien de mieux, même le bleu des cieux… », la chanson interprétée par Aznavour ouvre et referme Michèle Morgan, une vie, hommage à l’actrice disparue le 20 décembre dernier. Ces yeux célèbres sont le leitmotiv du film, qui est à l’image de la plus sage des vedettes : on suit sa vie et sa carrière, tranquillement évoquées par elle-même au fil des interviews. Petite fille, elle était, dit-elle, « un horrible garnement ». Paradoxalement, elle est devenue sérieuse en jouant. Elle

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LE BUZZ TV

Invité : Xavier de Moulins interviewé par Nicolas Vollaire, aujourd’hui sur : Michèle Morgan dans Les Orgueilleux, en 1953. DILTZ/RUE DES ARCHIVES

MOT S C ROI S É S PROBLÈME N° 4309

HORIZONTALEMENT

1. Favoriser la formation de caillots. - 2. Couverte d’épines. - 3. Introduit l’homo. De la gym ou des maths, selon le sens. - 4. Sans vergogne. - 5. C'est moi, sherry ! Fut île. - 6. Cité sacrée des Yorubas. Il fut l’objet d’un culte exclusif sous le Nouvel Empire. - 7. Tellement british. On le fait pour garder la ligne. - 8. Grand buveur. Plus proche de l’oméga que de l’alpha. - 9. Présence au monde, chez Heidegger. - 10. Trou d’évacuation. Deux de douze. - 11. Après le nom de la société ou en plein dedans. Fit un tabac avec son Opium des intellectuels. - 12. Son opération bouche les artères.

Par Vincent Labbé VERTICALEMENT

1. La vie antérieure. - 2. Il y a un demi-siècle, deux demoiselles l’enchantèrent sur la place Colbert. - 3. Se clame pour réclamer. Ville du Calvados où séjourna Debussy. - 4. Planches à numéros. Chauffeur et domestique. - 5. Zone refuge. César slave. Roi à jouer. - 6. Effet de l'or. Conclut un marché. Service de police.- 7. Lâché en croisant les doigts. Jungle des villes. - 8. Avec le temps, il peut prendre un goût vraiment amer.

SOLUTION DU PROBLÈME N° 4308

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HORIZONTALEMENT 1. Patinées. - 2. Luisante. - 3. Attabler. - 4. Soit. IRM. - 5. TB. Irène. - 6. Irise. Un. - 7. Qom. Anet. - 8. Unis. OMS. - 9. Aztèque. - 10. Gaël. ANC. - 11. Enron. Té. - 12. Stanoise. VERTICALEMENT 1. Plastiquages. - 2. Autobronzant. - 3. Titi. Imitera. - 4. Isatis. Selon. - 5. naB. Réa. No. - 6. Enlie. Noua. - 7. Éternuements. - 8. Serments. CEE.

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raconte assez peu de choses, mais avec un charme souriant devenu rare de nos jours. La célébrité est une écharpe légère qui lui glisse des épaules. Elle s’en soucie moins que de vivre, avec simplicité. Elle ne s’est jamais démenée pour faire carrière, commente Gérard Oury, son compagnon de trente ans. Les choses arrivent ou non : « Le cinéma la passionne, mais ce n’est pas quelqu’un de frénétique. Elle trouve autant d’attrait à la vie. » Tricoter, peindre, s’occuper de sa famille pouvait remplir ses jours autant qu’un rôle. Le documentaire est un montage d’extraits de films et d’interviews ○○○¡ réalisées à toutes les

BR I D G E

époques. On s’amuse à la voir aux prises avec Poivre d’Arvor, Bernard Pivot ou Michel Drucker. Défilent des séquences du Quai des brumes et de Remorques avec Gabin, de Passage pour Marseille avec Bogart, des Orgueilleux et des Grandes Manœuvres avec Gérard Philipe, de La Symphonie pastorale… Le passage le plus chaud est l’évocation du tournage des Orgueilleux de Marc Allégret, par plus de 50° au Mexique : il en reste une scène où elle promène sur son corps la caresse rafraîchissante d’un ventilateur, et qui a troublé Martin Scorsese et Orson Welles. Elle ne se doutait pas de son érotisme. C’est tout Michèle Morgan. ■

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Vendredi 13 janvier

Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com

PROBLÈME N° 2480 : Mettez-vous à sa place !

SOLUTION DU PROBLÈME N° 2479 : Mal compté ?

 10 8 6 2  10 6 5 R32 V43

Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout, après une ouverture de 1 en Ouest. Entame : Dame de  (le 8 en Est) pour votre As.

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Vous avez joué précipitamment un petit  de votre main à la deuxième levée ? Alors c’est que vous avez mal compté vos levées. Ouest met l’As et insiste à . Il affranchit ses  alors que vous ne contemplez que huit plis… Alors comment faire ? Jouez le 6 de  de votre main pour prendre Ouest dans un terrible contretemps. S’il met l’As pour insister à , cette fois les neuf plis sont là (trois , deux  et quatre T). S’il fournit petit, appelez le Valet et jouez seulement maintenant la Dame de . Elle tient ? Qu’à cela ne tienne ! Descendez en main au Valet de  et rejouez le Roi de . Ouest prend de l’As et libère ses  mais vous lui présentez l’addition (un , deux , deux  et quatre ) : égal !

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ARDV A32 D 9 8 ARD Contrat : Sud joue 4 Piques, après une intervention faible à 2 en Ouest sur l‘ouverture de 1 fort. Entame : Roi de  pris de l’As. Vous purgez les atouts en trois tours (Ouest défausse un ), éliminez les  (Ouest défausse un ) et ressortez à . Ouest encaisse DameValet de  (Est écartant deux ) puis contre-attaque du Valet de . Indice : l’As de  gît en Est et vous connaissez d’ores et déjà les distributions adverses. Il ne vous reste plus qu’à interpréter la carte de sortie choisie par Ouest.

V542 7654 D  A R D 10

A9  10 8 7 3 N  D V 10 9 3 82 O E  10 9 6 4 2 A3 S 7642 95 RD6 AR RV875 V83

JOE LEDERER/NETFLIX

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LE FIGARO

TÉLÉVISION

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vendredi 13 janvier 2017

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PAR

ÉPHÉMÉRIDE St-Yvette Soleil: Lever 08h39 - Coucher 17h17 - Nouvelle Lune 18.50 N’oubliez pas les paroles ! Jeu 20.00 20 heures 20.35 Parents mode d’emploi. Série

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19.00 19/20 20.00 Tout le sport. Magazine 20.10 Le journal du Dakar. Magazine 20.25 Plus belle la vie Documentaire. Biographie

18.30 La villa des cœurs brisés. Téléréalité 20.00 2 Broke Girls. S��rie

MATIN

20.55 Joséphine, ange gardien

Série. Comédie. Fra. 2007. Saison 11. Avec Mimie Mathy. Les deux font la paire. Joséphine subit la visite d’un archange-inspecteur qui doit la juger lors d’une mission délicate.

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Prés. : Arthur. 2h35. En direct. Invités notamment : Dany Boon, Amir, Alicia Aylies, Samuel Étienne, Artus. Arthur passe en revue le meilleur du pire de la télévision de 2016 en compagnie de ses invités.

23.30 Vendredi, tout est permis avec Arthur Divertissement. Présentation : Arthur.

Cherif

Fra. Saison 4. Avec Abdelhafid Metalsi, Carole Bianic, Mélèze Bouzid, Elodie Hesme. 2 épisodes. Inédits. Au détour d’une affaire en cours, les investigations de Cherif et Briard relancent un vieux dossier.

22.45 Cherif Série. Policière. Fra.

2 épisodes 0.35 Bivouac 1.00 Ils s’aiment, 20 ans de complicité

2017. Réal. : Humbert Ibach. 1h35. Inédit. Légende du Septième Art, Michèle Morgan a marqué de nombreuses générations par son talent et sa grâce.

22.30 Le chat et la souris Film.

Policier 0.10 Trophée Rose des Sables. Magazine 0.20 Soir/3

20.25 Le petit journal de la semaine (C). Divertissement 20.45 Catherine et Liliane (C) 20.50 Les Guignols (C)

19.00 La traversée de l’Amérique du Sud en autocar. Série documentaire 19.45 Arte journal 20.05 28 minutes

19.45 Le 19.45 20.25 Scènes de ménages. Série. Avec Audrey Lamy, Loup-Denis Élion, Valérie Karsenti.

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Film. Science-fiction

Film TV. Drame

Série. Policière

21.50 Silence, ça pousse ! 22.40 C dans l’air 23.50 Entrée libre

19.00 The Game of Love. Téléréalité 19.55 Smallville. Série.

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22.00 No Limit. Série. Avec Vincent Elbaz. (5 épisodes).

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20.45 La maison France 5

Magazine. Société. Prés. : Stéphane Thebaut. 1h05. Inédit. Au sommaire, notamment : «Les tables de nuit» - «La rénovation d’une maison au Bourget du Lac».

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19.00 C à vous 20.00 C à vous, la suite 20.20 Entrée libre

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7 19.55 Yukon Gold : l’or à tout prix. Quand la poule est menacée...

Divergente 3 : au-delà du mur

Lettre à ma vie

EU. 2016. Réal. : Robert Schwentke. Inédit. 1h50. Avec Shailene Woodley, Pour la première fois, Tris et Quatre franchissent le Mur. Ils découvrent un monde qui semble désertique.

23.00 Deadpool Film. Fantastique. EU. 2015. Réal. : Tim Miller. 1h43 0.45 Jane Got a Gun. Film. Western.

All. 2015. Réal. : Urs Egger. Inédit. 1h29. Avec Marie Bäumer, Christina Hecke, Hanns Zischler, Petra Morze. Victime d’un burn out, une femme carriériste est contrainte de reconsidérer toute son existence.

22.25 David Bowie, les cinq dernières années Documentaire 23.55 David Bowie : A Reality Tour

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EU. Avec Mark Harmon, Michael Weatherly, Emily Wickersham, Pauley Perrette. 2 épisodes. L’identité de Tony a été volée par plusieurs personnes, qui l’utilisent pour faire chanter des sénateurs.

22.40 NCIS Série. Policière. EU. 3 épisodes 1.15 Californication. Série. Avec David Duchovny. (2 épisodes).

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19.10 Touche pas à mon poste ! Talkshow. Prés. : Cyril Hanouna.

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Magazine. Société. Prés. : MarieAnge Casalta. 1h55. Trafic de faux billets, fraude à la carte bancaire : unités spéciales contre escrocs nouvelle génération. Inédit. 22.50 Enquête d’action. Magazine. Prés. : Marie-Ange Casalta.

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vendredi 13 janvier 2017 LE FIGARO

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Jean Pisani-Ferry,

SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO

économiste En marche ! SUCCÈS Le commissaire général à la stratégie et à la prospective a quitté ses fonctions mercredi pour rejoindre l’équipe d’Emmanuel Macron.

Marie Visot

mvisot@lefigaro.fr

V

ous êtes sûre que ça en vaut la peine ? » Il est comme ça, Jean Pisani-Ferry, adepte de la discrétion. Pour lui, un portrait ne vaudra jamais un bon article de fond ! Emmanuel Macron et Jean Pisani-Ferry, ce n’était, a priori, pas un attelage évident. L’un est aussi « disrupteur » que l’autre est académique. L’un aussi pressé que l’autre semblait rangé. Mais ils se sont retrouvés sur un point : la déception face à des « partis de gouvernement » incapables de répondre à « la colère citoyenne ». Et mercredi, le candidat à l’élection présidentielle a nommé celui qui dirigeait jusqu’alors France Stratégie - un organisme de réflexion rattaché à Matignon - directeur du pôle « programme et idées » d’En marche !. « Nous avions besoin de quelqu’un comme lui, qui a une vision globale de la situation, avec qui nous nous sentons en phase politiquement », dit un proche de l’ancien ministre. « Je me reconnais dans l’ambition de transformation et de réforme que porte Emmanuel Macron et j’ai envie d’y contribuer », explique de son côté l’économiste. Les deux hommes se rencontrent en 2010, quand le jeune Emmanuel Macron, alors banquier d’affaires chez Rothschild, commence à faire le tri des idées en vue de la campagne de François Hollande. Ils entretiennent ensuite une relation de travail pendant plusieurs années. « Nous avons une affinité intellectuelle d’assez longue date », confie

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dans ce monde, en devenant conseiller économiaujourd’hui Pisani-Ferry. Mais ce n’est que réque de Dominique Strauss-Kahn à Bercy. « Une cemment, dans les jours rugueux de décembre, au belle époque et une équipe magnifique ! », lâcheQG de Macron, que l’économiste scelle son destin t-il. Il y a là François Villeroy de Galhau (aujourà celui du candidat. Cela fait des mois qu’il d’hui gouverneur de la Banque de France), Stébouillonne intérieurement de voir le pays stagner phane Boujnah (Euronext), Matthieu Pigasse (Laet les centaines de préconisations faites dans les zard) ou encore Nicolas Théry (Crédit mutuel) et rapports de France Stratégie rester sans suite… Gilles Finchelstein (Havas). « Nous étions libres Mais élégant et bien élevé, jamais il n’aura en pudans la discussion, qui combinait rigueur technique blic un mot plus haut que l’autre à l’égard du pouet enjeux politiques », se souvient voir en place. celui qui dit détester la malhonnêJusqu’à présent, Jean Pisani-Ferry teté intellectuelle. La période se n’avait qu’effleuré la politique, sans termine un peu abruptement, l’attaquer de front. Jeune homme avec le départ de DSK, puis de pragmatique, il opte pour des études Sautter en 2000. d’ingénieur à Supélec, puis pour un DEA de math et un diplôme du Centre 1951 Naissance à Époque bruxelloise d’études des programmes économiBoulogne-Billancourt ques. C’est tout naturellement qu’il Pisani-Ferry revient alors à ses (Hauts-de-Seine). entre au Centre d’études prospectives premières amours, au Conseil 1973 Diplômé de l’école et d’information internationales d’analyse économique. Puis décide d’ingénieurs Supélec. (Cepii) en 1977, dont il deviendra did’ouvrir une nouvelle page, qu’il 1992-1997 Directeur recteur en 1992 après un passage par la appelle « entrepreneuriale ». Eurodu Centre d’étude et de Commission européenne. péen convaincu, il lance alors à recherche en économie Mais la politique le titille. Il faut dire Bruxelles un centre de recherche internationale (Cepii). qu’elle a bercé son enfance. Son père, sur les politiques économiques, 1997-1999 Conseiller Edgard Pisani, fut, entre autres, miavec son ami Nicolas Véron. de Dominique nistre du général de Gaulle et de « Lancer Bruegel, c’était risqué. À Strauss-Kahn. Mitterrand. « La culture de l’échange, l’époque, personne n’y croyait, sauf 2005 Directeur du centre mon père me l’a inculquée très vite », Jean-Pierre Jouyet, alors directeur de réflexion européen raconte-t-il. Il se souvient notamment du Trésor. Mais ça a marché », ditBruegel. d’une longue discussion avec lui sur la il pudiquement. Bruegel, qui fourAvril 2013 Commissaire bombe atomique, quand il avait 12 ou nit des idées aux dirigeants du général à la stratégie 13 ans. Quant au « Ferry » qu’il accole Vieux Continent, s’est imposé dans et à la prospective. au nom de son père, il renvoie à l’exle paysage ; la crise de l’euro en a Janvier 2017 Directeur député des Vosges, Abel Ferry, neveu fait un think-tank de référence. du pôle programme de Jules et père de sa mère, Fresnette. Pisani-Ferry est-il déçu de ne et idées d’En marche ! En 1997, il met donc un premier pied pas être appelé par ses amis socia-

Bio EXPRESS

listes quand François Hollande arrive au pouvoir en 2012 pour faire partie de l’équipe ? Peut-être le pense-t-il ; mais il ne le dit pas. Ce n’est qu’en 2013, alors que le quinquennat de François Hollande est déjà à la dérive, qu’il est nommé commissaire général à la stratégie et à la prospective, chargé de définir les grandes orientations économiques et sociales pour le pays. La légende le dit très bon cuisinier, spécialiste des salades composées. « La vérité, c’est que j’en fais de moins en moins ! », s’amuse-t-il. Du temps, il lui en a manqué dernièrement, entre les études pour France Stratégie, son dernier livre, écrit avec Selma Mahfouz (À qui la faute?, publié en novembre chez Fayard), la rédaction avec trois autres économistes de la 4e édition d’un ouvrage de pédagogie à destination des étudiants qui doit sortir à la rentrée prochaine et les cours qu’il donne à la Hertie School of Governance, à Berlin - et bientôt à Science Po, à Paris. Tout juste ce père de deux filles, marié à une réalisatrice, a-t-il trouvé le temps d’aller passer les vacances de Noël dans la maison familiale de Saint-Dié-des-Vosges. Et cela risque de ne pas s’arranger dans les mois qui viennent ! Mais qu’à cela ne tienne… « Je ne veux pas, demain, regretter de m’être borné à jouer les observateurs », dit-il. « L’aventure - au sens positif du terme » - dans laquelle il se lance aujourd’hui avec Macron, il compte la vivre pleinement. Impatient, déjà, de se plonger dans le projet. « C’est une prise de risque, c’est vrai, mais j’ai le privilège de l’âge ! », sourit le sexagénaire. Dans le message qu’il a adressé à ses collaborateurs cette semaine pour les informer de son départ, il a une formule : « Soyez audacieux. N’ayez peur ni des tabous, ni des conservatismes, ni des puissances. » Nul doute qu’il se l’appliquera aussi à lui-même. ■

UN DERNIER MOT edemontety@lefigaro.fr

Par Étienne de Montety

Chantage [chan-ta-j’] n. m. présente Volume

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Menaces, qu’on ne peut pas dire en l’air.

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es services de renseignement américains ont fait état d’un possible chantage de la Russie sur Donald Trump. Le mot vient du verbe latin cantare, qui a d’abord voulu dire célébrer : « Arma virumque cano », commence Virgile. Et de fait, le premier chant de Trump fut de victoire. De chanter, on est passé à chantage, mot d’argot ironique attribué à Vidocq. Quel est le genre de chant que parvient à obtenir le chantage ? Il est probablement parmi les plus désespérés dont parle Musset. Avant même l’entrée de Trump à la Maison-Blanche, la chanson change de registre. Depuis sa victoire, il chantait à tue-tête ; maintenant, on voudrait le faire chanter. Ce n’est pas la même chose. Cette menace a surtout pour conséquence de le faire crier. Chantage n’est jamais synonyme de mélodie du bonheur. Cette histoire, vraie ou non, pourrait faire déchanter les supporteurs du nouveau président, actuellement enchantés, avant même qu’il ait mis sa politique en chantier. Chantage, désenchantement, ce qui est sûr c’est que l’affaire n’a pas fini de faire le bonheur des chansonniers. ■

FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ

Jacques Mézard, le président du groupe des radicaux de gauche au Sénat (photo), qui avait vivement combattu la loi interdisant tout cumul des mandats, est convaincu qu’elle sera « révisée parce qu’elle est absurde ». « Les réalités du terrain font qu’il faudra aménager la loi actuelle », affirme le sénateur du Cantal. En cas de victoire de Fillon, Mézard n’exclut pas qu’un accord soit négocié entre le candidat de la droite et du centre à la présidentielle et le président LR du Sénat, Gérard Larcher. Cet accord ne pourrait pas concerner les députés et les sénateurs élus ou réélus en 2017, faute de temps.

Le mea culpa de Valérie Debord

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L’ex-sarkozyste, nommée porte-parole par François Fillon dans la nouvelle équipe dirigeante des Républicains, s’est fait remarquer en publiant mercredi un tweet où elle proclamait : « Redonner du pouvoir d’achat aux Français est une nécessité, défiscaliser les heures supp est un moyen d’y parvenir. » Le tout agrémenté d’un hashtag #valeurTravail, comme à la plus belle époque du sarkozysme triomphant. Problème : Fillon venait précisément de dire sur RMC-BFMTV que cette époque était révolue et que refaire ce qui avait été fait il y a dix ans « n’aurait aucun sens ». « Je n’avais pas vu sa déclaration, confesse la vice-présidente de la région Grand Est, sinon, je n’aurais évidemment pas posté ce tweet. Il est notre candidat à la présidentielle, je me rallie à ses positions. »

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Les radicaux inflexibles sur le cumul des mandats


Le figaro du vendredi 13 janvier 2017