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PIG É magazine

Le journal de l'IEPG

Le monde est

foot

Pages 10 à 20

Photo montage : Pigémagazine, FFF.

PIGÉenquêté • La police ramène sa science PIGÉpolitique • 2012 : Hollande-Villepin, les outsiders PIGÉtesté • La pâtisserie en voit de toutes les couleurs

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Numéro 10 A v r i l 2 0 1 0 / w w w . p i g e m a g . c o m


PIGÉweb

Sur la toile... L’autofictif, blog d’Eric Chevillard (écrivain) « N’est-ce pas dilater quelque peu la notion de devoir de mémoire que de commémorer quotidiennement sur les radios le répertoire de Daniel Balavoine ou de Claude François ? ». Eric Chevillard a des phrases cinglantes, des pensées fulgurantes, ou des lieux communs qui prétendent échapper à l’air du temps. À vous de juger. Tous les jours en tout cas, l’écrivain français poste trois courts paragraphes, phrases ou aphorisme. Et à en croire un habitué des lieux, « c’est toujours très, très juste ». Parole à la défense pour finir, E.Chevillard définit cette petite entreprise comme « la chronique nerveuse ou énervée d'une vie dans la tension particulière de chaque jour ». http://l-autofictif.over-blog.com/

Photoshop Disasters Le célèbre logiciel de retouche d’image, Photoshop, fête ses 20 ans. Ses outils révolutionnaires ont déjà séduit plus de 10 millions d’utilisateurs dans le monde…pas toujours très inspirés ! Le site Photoshop Disasters rassemble les plus beaux ratés, comme ces créatures de magazine irréelles, aux membres manquants ou disproportionnés. Cherchez l’erreur… http://photoshopdisasters.blogspot.com/

The Falling Times Une bombe pour un nouvel attentat commis en Afghanistan, le visage d’Obama pour son discours sur la réforme de la santé, un cœur pour la nouvelle conquête de Georges Clooney… Une pluie de pictogrammes animés déferlant sur un écran noir, c’est l’idée qu’ont eue les concepteurs de ce site pour dénoncer la pollution informationnelle qui envahit notre quotidien. Plus spectaculaire qu’exhaustif, l’internaute peut, tout de même, y retrouver en un clic les faits d’actualité en lien avec les images. www.fallingtimes.info

Les Décodeurs FAUX, PLUTÔT FAUX, VRAI, PLUTÔT VRAI… En pleine mode du buzz, le blog du Monde.fr propose de démêler le vrai du faux des propos des hommes et femmes politiques. L’enquête, ce sont les internautes et le journaliste Nabil Wakim qui la mènent ensemble. Le concept du « fact-checking » fonctionne PLUTÔT BIEN dans cette version participative du journalisme. A noter que l’utilisation de sources fiables et d’interlocuteurs de référence est très fortement recommandée pour partir en quête de la vérité ! http://decodeurs.blog.lemonde.fr

Kickofflabière You'll never Drink Alone ! Un slogan désaltérant en ces temps de répression du plaisir. Kickofflabière (KOLB) annonce la couleur. Le ton mêle la chaude camaraderie des plateaux-pizza les soirs de Ligue des champions, à un regard espiègle sur le monde du futebol. À ses rubriques iconoclastes (la Buvette), des dossiers improbables (D2 Roumaine) et des analyses en roue libre sur l'histoire des maillots, KOLB associe des interviews impertinentes et nécessaires (L'homophobie dans le foot amateur). Ajoutez-y une galerie de grands hommes où Alain Bashung côtoie Guillaume Warmuz et vous saurez que vous surfez sur un digne petit frère de So-Foot. www.kickofflabiere.com

Rocadesud Ne vous fiez pas à l’impression d’austérité que peut donner au premier abord ce site en vérité riche en couleurs. Les fresques murales du marché de l’Estacade ? Ce sont eux. La façade en trompe l’œil de la rue des Arts ? Eux toujours. Pour ces amoureux des arts de la rue, graphistes, peintres, illustrateurs, « l'espace public devient notre domaine de création ». Une démarche qui s’explique et se découvre sur la toile et ensuite, bien sûr, au fil des balades dans la ville. Probablement l’un des sites les plus vagabonds du web grenoblois. www.rocadesud.com

Sites sélectionnés par Quentin Pourbaix et Marion Payet

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Edito

Sommaire Pigéweb Sur la toile... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .2 Pigéenquêté La police ramène sa science . . . . . . . . . . . . . . . .4/5 Pigéreportage Caterpillar, les victimes collatérales . . . . . . . . . .6/7 Pigépolitique 2012 : Hollande-Villepin, les outsiders . . . . . . . . . .8 Pigérencontré Partir en Palestine, la paix en ligne de mire . . . . .9 DOSSIER Le monde est foot ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . .10 à 20 La Coupe du monde vaut-elle le coût ? . . . . .10/11 La planète tourne Foot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .12 Comment ça marche ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .13 Politiquement foot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .14/15 Derby d’initiés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .16/17 Quand le football se fait violence . . . . . . . . .18/19 Philoso'foot ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .20 Pigééconomie Circuits courts, idées longues . . . . . . . . . . . . . . . . .21 Jeux d'argent en ligne : qui va remporter le jack-pot ? . . . . . . . . . . . .22/23 Pigéopposé Faut-il se rendre en terre inconnue ? . . . . . . . .24/25

Le goût de l’altérité « Les siècles ont passé. Après cinq mille années de solitude, les Alakalufs (ces indiens qui habitaient jusqu’au XIXème siècle la Terre de feu, au sud de la Patagonie) avaient fini par s'imaginer qu'ils étaient seuls sur cette terre. On comprend alors leur épouvante, et le traumatisme sans remède qui suivra, lorsqu'ils voient surgir de derrière le cap Froward, en 1520, les trois vaisseaux de Magellan. Cette découverte les terrifie, comme s'ils avaient déjà compris que c'était leur mort qui arrivait avec la venue de ces étrangers. » Ces quelques lignes de Jean Raspail le disent : la rencontre de l’altérité a souvent été, dans l’histoire des hommes, synonyme de destruction et de violences. L’altérité (altus, l’autre) doit désigner, pour cette raison, la reconnaissance de ce qui est autre, la prise en compte de la différence en l’autre. Non pas une vague tolérance de ce qui m’est étrange ou étranger. L’altérité n’est ni l’altruisme, ni la tolérance, ni la curiosité. Une parabole permet de le faire comprendre. « Un vieil homme évoque avec sa femme un souvenir. Le premier jour de leur rencontre, ils ont partagé le pain. C'est lui qui a coupé, sans y penser, comme il faisait à son habitude : la croûte d'un côté, la mie de l'autre. Il a laissé le meilleur à sa

(future) femme, qui l'a pris avec joie. Ils ont continué à partager ainsi le pain. Et bien tu vois, dit l'homme, pendant tout ce temps ça m'a fait bien plaisir de manger le morceau que je détestais, rien que pour le plaisir de te voir profiter de mon morceau préféré. Et la femme de sourire en pensant : je comprends, c'était la même chose pour moi... ». En ces temps où l’on célèbre, en France, l’identité, qu’elle soit ou non nationale, c’est-à-dire l’identique, le similaire, comment considérer cette part d’altérité, celle qui est en chacun de nous comme celle qui naît des échanges et migrations. C’est le thème central chez Lévinas : « la responsabilité est quelque chose qui s'impose à moi à la vue du visage d'autrui. » Il suffit de voir un visage en l’autre pour se sentir « ligoté », se sentir appelé à la responsabilité. C’est toute l’invitation que devrait lancer notre époque, sous le nom d’altérité, à l’engagement politique, pour qu’il ne soit pas à son tour, abandonné par le temps, comme ces Fueguinos du Détroit de Magellan, pauvres Alakalufs souverains mais abattus, superbes mais disparus.

Olivier Ihl Directeur de l’IEPG

PIGÉ Magazine, journal d’information édité par Sciences Po Grenoble (IEPG). Directeur de la publication : Olivier Ihl, directeur de l’IEPG. Rédacteur en chef : Laurent Rivet. Comité éditorial : Yvan Avril, Gilles Bastin, Aurélie Billebault, Olivier Ihl, Séverine Perrier, Laurent Rivet, Emmanuel Taïeb. Coordination : Estelle Faure, Sandrine Andréi, Clémence Artur. Secrétariat de rédaction : Juliette Briard, Sebastien Di Noia, Justine Lafon et Lucie de la Héronnière. Relecture : Annie Rouyard. Rédaction et photos : Sandrine Andréi, Clémence Artur, Augustin Bascoulergue, Leïla Boutaam, Juliette Briard, Lucie De la Héronnière, Sébastien Di Noia, Estelle Faure, Pauline Gast, Justine Lafon, Alexandre Majirus, Marion Payet, Quentin Pourbaix, Bertrand-Noël Roch. Points de diffusion de Pigémagazine à Grenoble : Librairie Le Square, hôtel de ville. Sur le campus universitaire de Saint-Martin-d'Hères : Bibliothèques Droit-Lettres et Sciences, tabac du campus, Espace de Vie Etudiante (EVE). Graphisme/mise en page : GAILLARD Infographie 06 09 87 66 69. Tirage : 3000 exemplaires. Impression : Imprimerie du Pont-de-Claix. N° ISSN 1777-71-6 X IEP de Grenoble, BP 48 • 38040 Grenoble cedex 9 - www.iep-grenoble.fr Prix de vente : 1€ Tel. 04 76 82 60 00 / Fax. 04 76 82 60 70 / pigemag@gmail.com Retrouvez Pigé Magazine sur www.pigemag.com, le site d’information du master journalisme de l’IEP.

Pigéculture Anne Queffélec : si Chopin m'était conté... . . . . . .26 Les femmes entrent en scène . . . . . . . . . . . . . . . .27 Au théâtre de l’imprévu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .28 Tiens, voilà du bouddhisme ! . . . . . . . . . . . . . . . .29 Pigédécalé Entrez dans la ronde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .30 Pigétesté La pâtisserie en voit de toutes les couleurs . . . . .31 A écouter et lire aussi sur Pigemag.com . . . . . . . . . . .32 « Treize à table » Le stade des Alpes dans la tourmente Florence Aubenas de passage à l’IEP

Les médias Ecole du master journalisme sont réalisés avec le soutien du Conseil régional Rhône-Alpes.

L’agenda pour sortir et pour réfléchir . . . . . . . . . . . . . .32 3


La police

PIGÉenquêté Gil Grissom, héros de la série originale Les Experts, rassemble en France près de 10 millions de téléspectateurs. (Crédits Photos : CBS)

I

Ils s’appellent Gil Grissom, Gibbs ou Temperance Brennan et sont les nouveaux flics à la mode. Au placard « Starsky et Hutch », « Julie Lescaut » and co. La télé a dépoussiéré un métier parfois méconnu. Même les plus jeunes rêvent de travailler dans la police scientifique. Décryptage d'une vocation (des)servie par la fiction.

Avec dix millions de téléspectateurs, « Les Experts Manhattan » est une des séries les plus regardées en France. Ces nouveaux héros en blouse blanche suscitent bien des vocations. En 2009, en France, près de 6 000 candidats ont tenté leur chance au concours de la Police technique et scientifique (PTS). Ces chiffres font sourire le brigadier Ludovic Cochat, recruteur et formateur au commissariat de Grenoble : « Pour cette branche de la police, on n’a même pas besoin de faire de publicité, les séries télé s’en chargent !». Victime de son succès, la police organise depuis deux ans les concours régionaux le même jour pour éviter l’afflux encore plus massif de candidats. Lorsque le brigadier se déplace sur des forums d’orientation ou intervient en milieu scolaire, la majorité des questions porte sur la PTS : « On sent clairement l’influence des séries télé dans l’imaginaire des gens ». Une mode qui n’a pas échappé à Michelle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur. Elle voyait dans l’image « moderne » de la PTS un moyen « d’attirer les jeunes vers les métiers de la police et la gendarmerie » (Figaro Magazine du 23 février 2008). Même au centre d’orientation et d’information (CIO) de Grenoble Grenette, « depuis quelques années, la police scientifique devient une demande habituelle », constate Julie Levigne, conseillère d’orientation. Face à ce succès, les formations en criminalistique se multiplient. A Nancy, l’université a ouvert en septembre 2009 un master digne de la série télé « Bones ». La spécialité « Criminalistique et archéologie » met les techniques d’égyptologie à portée de la police scientifique. « On est les premiers en France à créer cette filière où l’archéologie s’exporte sur une scène de crime », assure Francis Janot, instigateur du master et adepte de séries policières.

Dans le sillage du succès des séries télé, la police scientifique française est en bonne voie pour rafler la palme des métiers préférés des jeunes. (Crédits Photos : SICoP)

Serie : gare aux clichés

L'image du métier véhiculée par les séries est fausse. Premier écueil, l'impression de facilité. Dans la fiction, les traces sont récoltées puis analysées avec une simplicité et une rapidité déconcertantes. En réalité, le traitement des indices est très long et ardu. Par exemple, la machine T2, utilisée par la police française pour analyser les empreintes digitales, affiche les résultats en trois-quarts d'heure minimum. On est loin du temps record d'analyse des séries. Seconde erreur, la confusion des métiers. A la télé, les héros exercent trois tâches à la fois : enquête, prélèvement et analyse. Or, dans la police française, on distingue les agents et techniciens de PTS qui gèrent la scène d'infraction et assurent la signalisation et l’identification des personnes (service d'Identité judiciaire), les ingénieurs spécialisés de PTS qui analysent les indices (balistique, biologie, documents, etc.), et les enquêteurs qui interprètent et mettent en relation l'ensemble.

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ramène sa science

Charlotte sur la tête, masque sur la bouche et pincette à la main, les jeunes stagiaires de la Casemate à Grenoble pourraient presque se croire dans une série télé. (Crédits Photos : Pigémagazine)

Trouver des indices, ici un cheveu, un geste que les jeunes stagiaires connaissent déjà par cœur. (Crédits Photos : Pigémagazine)

Entre 2000 et 2005, soit cinq ans après la diffusion du premier épisode des Experts, le nombre d’inscrits au concours de technicien de la PTS a augmenté de 22,6%. (Crédits Photos : SICoP)

PIGÉenquêté

Des écrans télé aux bancs de l'école Chez les plus jeunes, le métier a aussi la cote. Les mômes ne rêvent plus de Superman et ses pouvoirs, mais de flic en blouse blanche. Depuis plusieurs années, stages pour enfants et expositions fleurissent sur le thème de la police scientifique. La Cité des Sciences, à Paris, innove avec sa « Crim’Expo ». A Grenoble, c’est la Casemate qui s’y colle : « l’Ecole de l’ADN » forme ses propres experts en herbe. Organisé sur deux jours, un stage propose à douze enfants d’enquêter sur un meurtre mystérieux. « L’atelier a eu tellement de succès qu’on a dû rajouter des dates en dehors des vacances scolaires », s’étonne Jules Charr, animateur de la Casemate. Il est souvent surpris par les connaissances des jeunes stagiaires : « Ils sont très sensibilisés aux méthodes d’enquête et au métier. Parmi eux, il y en a toujours un qui veut être policier. A mon époque, ça ne disait à rien personne ». Collecte de preuves, scène de crime barrée de jaune, indices numérotés, analyse au microscope, tout est réuni comme dans une bonne série télé. Avec son masque sur la bouche et une charlotte sur la tête, Maxime, huit ans, est à l’aise dans ses baskets d’expert : « C’est un métier intéressant : chercher l’ADN et les preuves puis trouver le tueur. Je m’y entraîne chaque fois que je regarde les Experts à la télé. Et je n’ai même pas peur ! ». Les sciences deviennent « sexy » Si l'attrait pour la police scientifique est indiscutablement lié aux séries, il n'est pas construit sur du sable. En vingt ans, les procédés d'analyse de traces biologiques se sont perfectionnés. Le recours à l'identification génétique, autorisée depuis 1994, a transformé l’enquête. La police scientifique a alors pris de l’ampleur. Arnaud Lévy, journaliste et spécialiste des questions policières*, le confirme : « L'ADN a bouleversé l'approche de la scène de crime. On vit dans une société où la technologie prime et où le besoin de preuve matérielle en matière pénale est plus fort.

Ces deux critères ont durablement fondé l'intérêt des institutions et du public pour la police scientifique ». A cela s'ajoute la fascination pour un métier méconnu. « Les séries ont fait découvrir les modalités d'une enquête, et ça c'est visuellement nouveau », explique-t-il. Pour les jeunes, elles sont « un formidable outil pédagogique pour rendre plus sexy et vivantes des sciences un peu austères » souligne le journaliste. Un faux eldorado des jeunes Entre prouesse scientifique et action coup de poing, le métier fait fantasmer. En réalité, tout n'est pas aussi exaltant. Sur le terrain, les autopsies ou l'identification des personnes plaisent beaucoup moins aux nouvelles recrues. « Je répète souvent aux jeunes que je rencontre : attention ce n'est pas ce que vous croyez » professe Ludovic Cochat, qui regrette que les élèves « posent des questions sur le concours mais peu sur le métier ». « Elucider des crimes et des délits grâce aux indices trouvés, c'est valorisant. Mais ce n'est jamais aussi trépidant que dans les séries américaines », rappelle le brigadier. Et d’ajouter, en riant : « On n’est pas à New-York ici ! ». L'engouement autour de la police scientifique a « généré des vocations parfois abusives », pour Arnaud Lévy. Au décalage entre fiction et réalité s'ajoute celui du nombre de candidats au concours et l'offre de postes. En 2009, il y a eu environ 840 inscrits pour 8 admis et plus de 3000 inscrits pour 58 agents spécialisés recrutés. Avec un taux d'admission inférieur à 2% pour chaque branche, les places restent chères.

* Arnaud Lévy est l'auteur de l'ouvrage « La police scientifique, La technologie de pointe au service des enquêteurs », Hachette, 2008.

Estelle Faure et Justine Lafon

Entrer dans la Police scientifique et technique Métier BEP-CAP DUT Diplôme d’ingénieur

Niveau d’études Agent spécialisé Technicien Ingénieur

Salaire (brut) 1 200 à 1 745 € 1 326 à 2 220 € 1 714 à 3 600 €

En France, deux structures sont en charge de la police scientifique: l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) qui emploie environ 250 personnes et l’Institut national de la police scientifique (INPS) qui en compte près de 2 000. Pour l’INPS, qui dépend du ministère de l’intérieur, le recrutement se fait par concours régional selon le niveau de diplôme. Plusieurs épreuves sont au programme : questions de connaissances en sciences ou sur la spécialité choisie (chimie, balistique, etc.) et dissertation. S’il réussit, le candidat passe un entretien de 30 minutes. Les ingénieurs sont recrutés nationalement sur dossier et entretien. Pour aller plus loin : Info recrutement au 0 800 220 800 (appel gratuit depuis un fixe) www.interieur.gouv.fr ou www.blog-police-recrutement.com

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Caterpillar, PIGÉreportage les victimes collatérales Un an après le début de la crise, 600 licenciés chez Caterpillar... et les autres ? Les sous-traitants ont été les victimes indirectes du plan de réduction d'activité des sites industriels de Grenoble et Echirolles. Gros plan sur ces entreprises, un an après le cataclysme.

600

« Une année catastrophe ». C'est ainsi que Marcel Hourmagne, sous-traitant de Caterpillar, définit la période qui vient de s'écouler. Depuis un an, son entreprise, Outillex, spécialisée dans la maintenance de machines, traverse une période d'importantes turbulences. Et pour Olivier Series, directeur de la CMI à St-Egrève, spécialisée dans l'assemblage et la peinture pour Caterpillar, l'année qui vient de s'écouler était « inimaginable, inconcevable, compte tenu des relations très étroites que nous avions avec Cater depuis 25 ans ». Tout commence dès novembre 2008. La crise s'annonce, le nombre de commandes diminue. Puis vient 2009 et l'annonce par Caterpillar de son plan de réduction d'activité sur les sites d'Echirolles et de Grenoble. 600 postes supprimés et l’arrêt presque total des usines. Du jour au lendemain, l'entreprise américaine n'a plus besoin des services des petites entreprises participant indirectement à sa production.

Salarié d'Outillex, entreprise de maintenance, à Echirolles

L'équipe d'Outillex avant la crise

Pertes financières et chômage technique Les conséquences du plan de réduction d'activité ont été considérables sur les sous-traitants. « Du jour au lendemain, les commandes se sont arrêtées. C'était impossible d'anticiper. On ne nous l'a pas annoncé, on l'a subi », explique M.Hourmagne. Pour Olivier Series, « le coup était attendu, on était en négociation avec eux pour redéfinir notre partenariat. » La CMI a perdu près de 80 % de son chiffre d'affaires, passant d'un million d'euros en février

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2008 à 112 000 euros en janvier 2009. Son activité dépendait à 98 % de Caterpillar. Outillex, pour sa part, consacrait 20 % de son activité à l'entrepreneur américain. Elle passe à zéro presque immédiatement. Le coup est rude. Les salariés pâtissent directement de cette chute brutale. Le chômage technique devient la solution de secours. Alors que l'usine tournait 24 heures sur 24 encore en août 2008 et pratiquait régulièrement les heures supplémentaires, les salariés de CMI ne travaillent plus en janvier que quatre jours par mois. « Pour sauver l'entreprise, c'était la seule solution, les salariés l'ont bien compris, même si ça a été très difficile à vivre », explique son Pdg. En mai, l'entreprise de St-Egrève cesse son activité, seules trois personnes restent salariées afin de surveiller le matériel et la vente future des installations. Bilan : 47 licenciements et une procédure de sauvegarde. Du côté d'Outillex, le bilan est moins lourd, avec un licenciement et deux départs à la retraite non compensés, mais l'entreprise survit. Le transporteur Capecci, dont le seul client était Caterpillar, met, lui, la clé sous la porte, les 50 chauffeurs se retrouvent sur le carreau. Au total, une dizaine d'entreprises sont touchées, plus ou moins lourdement. « Aujourd'hui on veille les morts » Les acteurs de la crise restent sous le choc. « On est fort avant, pendant, après ça retombe. On croit toujours dans le salut, comme un malade attend le miracle », déclare Olivier Series.


PIGÉreportage

les sous-traitants souffrent encore Malgré les mois écoulés, la blessure reste vive. Un an après, les choses ont peu évolué. Outillex s'est rapproché de ses autres clients, cherchant de nouveaux débouchés pour ses services. Toutefois, le niveau d'activité est loin de celui connu avant le premier semestre 2009. Les difficultés restent nombreuses. Les dettes se sont accumulées. Le chiffre d'affaires réalisé aujourd'hui permet simplement le paiement des impôts. Les investissements sont de fait impossibles et les salariés ne bénéficieront pas de treizième mois. Toutefois, l'oeil du cyclone est passé, même si l'inquiétude et l'angoisse de l'avenir persistent. « On vit un peu au jour le jour et on essaye de garder la tête hors de l'eau, les décisions prises ont été difficiles mais elles étaient nécessaires », explique Marcel Hourmagne. Du côté de CMI, le tableau est encore plus sombre. « Aujourd'hui on veille les morts. Je viens tous les jours au cimetière », annonce Olivier Series. Les sept bâtiments que comptait l'entreprise sont désertés. L'un d'eux a été détruit, un autre a été loué. Le parking est vide, plus de salariés, plus de marchandises. Seule reste une installation entièrement dédiée à Caterpillar. Une usine fantôme. Sur la cinquantaine de salariés licenciés, la

moitié a pu retrouver un emploi, grâce à l'accompagnement des dirigeants de la CMI, l'autre moitié est encore au chômage. Toutefois, les postes et leurs conditions de travail ne sont pas les mêmes, l'adaptation est difficile. « Les relations avec nos anciens salariés sont toujours bonnes. On se rencontre tous les quatre mois ici pour un pot et ils sont nombreux à venir. » Une action judiciaire est menée par les employés de CMI, l'objectif étant d'obtenir les mêmes conditions de licenciement que les salariés de Caterpillar, au vu des relations étroites qui liaient les deux entreprises. De la même manière, Olivier Series mène une action contre l'entrepreneur américain pour obtenir réparation des « préjudices subis ». Le jugement ne devrait pas intervenir avant de nombreuses années.

entreprises. L'osmose avec Caterpillar a souvent coûté cher. La baisse de l'activité de l'un entraînait nécessairement le même phénomène chez le partenaire. CMI en était l'exemple flagrant : cinq salariés de Caterpillar dans les locaux mêmes de St-Egrève, le logo « CAT » à l'entrée, sur les murs, des installations construites pour les chenilles américaines, l'entreprise respirait Caterpillar 24 heures sur 24. « A qui vouliez-vous que je vende des chenilles sur Grenoble ? », demande Olivier Series. Depuis 25 ans, l'entreprise avait suivi le développement de Caterpillar. Le transporteur Capecci avait fait le choix de n'avoir qu'un seul client et de ne pas diversifier son activité. Tous deux en ont fait les frais. De fait, la déception a été considérable : « c'est épouvantable de voir disparaître tout ce que l'on a créé », raconte le patron de CMI. « Le pire, c'est de constater ce divorce, notamment sur les valeurs de rapports humains, c'est mon principal regret. » La reprise s'esquissant enfin, les mois à venir seront décisifs pour les entreprises qui ont survécu à la crise. Les relations avec Caterpillar ne seront toutefois plus jamais les mêmes.

Mortelle dépendance Du côté de Caterpillar, un plan de revitalisation a été mis en place, avec une enveloppe de trois millions d'euros, gérée par un bureau d'études parisien, le BPI. Il vise à recréer des emplois sur les territoires touchées par la réduction d'activité. Les sous-traitants sont évidemment concernés. Peu de candidats se sont pour le moment manifestés pour bénéficier de cette aide. La dépendance a été le facteur essentiel de survie ou non des

Sébastien Di Noia

Locaux de la CMI avant la crise Crédits photos : Outillex et CMI.

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3 questions à... Laurent Labrot Cadre CFDT, enseignant IEP de Grenoble

Y a-t-il un problème avec la sous-traitance en France ? Il y a un vrai problème à cause de la dépendance très forte vis-à-vis des donneurs d'ordre, avec la politique de zéro risque et de flux tendu. Il faut plus d'éthique afin de stabiliser l'emploi, le carnet de commandes et la qualité de vie dans les petites entreprises. Quels sont les liens entre ces donneurs d'ordre et les sous-traitants ? Une majorité de PME ont un carnet de commandes à quelques semaines, des salariés inquiets, des tensions. Ces liens ne sont pas amicaux mais sont des liens d'utilisation. Ils sont pressurés en termes de prix et de conditions de travail. Il faut montrer aux donneurs d'ordre que la défense des sous-traitants est aussi dans leur intérêt pour la qualité de leur production. Quelles solutions pour limiter les risques ? Le système industriel est en crise profonde, avec 100 000 emplois perdus en deux ans et des conséquences évidentes sur les sous-traitants. Il y a un manque de régulation du marché. Les sous-traitants doivent être mieux traités par les grands groupes pour se projeter à moyen terme. C'est l'une des idées proposées par les Etats généraux de l'industrie. Peutêtre qu'une loi serait la solution.


PIGÉpolitique

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2012 : Hollande-Villepin, les outsiders

De candidatures proclamées en suppositions hasardeuses, les présidentielles réveillent les ambitions. A gauche, François Hollande, ex premier secrétaire du parti socialiste, et à droite, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, se lancent, d’ores et déjà, dans la campagne. Nous avons demandé à chacun de faire le portrait de l’autre. Entre respect et différences, Hollande raconte Villepin, Villepin raconte Hollande.

François Hollande lors d’un « Grand Oral » à Sciences Po Grenoble.

Dominique de Villepin en 2006, alors Premier Ministre de Jacques Chirac.

Crédits Photos : Pauline Gast

Crédit Photo : Grégory YETCHMENIZA/Le Dauphiné Libéré

Quels sont vos rapports avec Dominique de Villepin ? D’abord, des rapports distants, au sens où nous ne nous voyons que rarement, mais des rapports respectueux parce que je le connais justement depuis longtemps et je connais un certain nombre de ses passions, de ses fidélités, de ses engagements, donc je connais qu’il n’est pas un homme de l’opportunisme, il n’est pas simplement un homme de l’immédiat. Il a de la profondeur de réflexion, même si nous nous sommes opposés lorsqu’il était premier ministre, parfois vivement, notamment le débat sur le CPE qui était je crois pour lui et pour le gouvernement qu’il dirigeait, une erreur. On l’a toujours fait l’un comme l’autre avec le souci de ne pas se blesser et de se comprendre.

Quels sont vos rapports avec François Hollande ? Ce sont de bons rapports, des rapports d’estime, de camaraderie. De camaraderie ancienne même, puisque nous étions à l’Ecole nationale d’administration (ENA) ensemble, à la même période. C’est un homme que je connais bien et que je respecte profondément. Nous avons, je pense, un engagement partagé au service de l’Etat. Que pensez-vous du début de campagne de François Hollande ? Je ne sais pas si on peut parler de début de campagne à ce stade, d’autant que la période est parasitée par les élections régionales. François Hollande cherche à affirmer ses idées et ses principes. C’est quelque chose qu’il a clairement fait à travers son livre, qui est un livre de propositions, de réponses pour la France. De réponses pour cette période de crise, mais aussi pour l’après crise, notamment dans le domaine fiscal. Il s’est clairement exprimé en faveur d’une justice sociale, et il apporte des réponses concrètes. Je ne peux que saluer son engagement pour les meilleures solutions possibles.

Que pensez-vous du début de campagne de Dominique de Villepin ? Son début de campagne a été largement obéré par les procès qui ne devraient pas se confondre avec la vie politique. Je crois qu’il veut maintenant exister par ses idées, par ses propositions dans sa famille politique mais, le connaissant au-delà, je crois qu’il a des convictions, on ne peut pas les lui retirer. Il a une vision de la France qui est élevée, il l’a montré. Il a aussi des engagements qui ne sont pas ceux du président de la République pour certains, donc il a vocation à être candidat et c’est légitime. Maintenant, dans nos itinéraires, on a pu se croiser à l‘ENA, ensuite dans la vie administrative puis dans la vie politique, et autant je respecte sa sincérité, ses choix, sa démarche, autant, je sais que nous ne sommes pas sur certains points sur les mêmes positions, ça fait partie de la démocratie.

Une qualité ? Un défaut ? Une qualité ? Il a le sens de l’intérêt général, on l’a vu notamment avec la prise des otages en Irak. Il a une grande capacité à dépasser les intérêts partisans, à faire passer celui de la France avant tout. Pour ce qui est du défaut… Je pense que le principal problème de François Hollande est sa difficulté à se faire entendre aujourd’hui dans une famille politique divisée, à faire valoir sa vision des choses. Mais c’est également contextuel, il y aura certainement une clarification après les régionales.

Une qualité ? Un défaut ? Vous savez, les défauts sont aussi des qualités et les qualités sont aussi des défauts. C’est le panache, il a du panache, ce qui est à la fois une qualité et un défaut. Il a un côté Bonaparte sur le pont d’Arcole, ce qui est à la fois je crois pour lui le plus beau des compliments mais ça finit parfois en Waterloo, ce qui est toujours un risque.

Un conseil ? Il a de grandes qualités humaines, une grande expérience politique, un engagement sérieux, qui est utile à la France. Alors il faut qu’il continue, sans faiblir. C’est un homme d’une grande sincérité, et la France a besoin de cette sincérité.

Un conseil ? Je crois que le meilleur conseil qu’on peut lui donner c’est d’être lui-même. Je le connais, et il me connaît, on a parfois des images qui ne correspondent pas à la réalité l’un comme l’autre donc qu’il aille son chemin en étant lui-même. C’est comme ça qu’il sera au rendez-vous.

Clémence Artur et Sandrine Andrei

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Partir en Palestine, la paix en ligne de mire

PIGÉrencontré

Rencontre avec 2 étudiantes de l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, parties dans les Territoires occupés et en Israël pour se faire leur propre idée de la situation.

M

Morgane, intéressée par les OIG/ONG et par le monde arabo-musulman, était à la recherche d'un stage professionnalisant. Elle a choisi l'association Faculty for Israeli-Palestinian Peace, engagée pour la paix entre les deux parties, pour partir durant l'été 2009. Laura était déjà très documentée sur le conflit israélo-palestinien, mais elle voulait se forger sa propre opinion, voir ce qui se passait concrètement. Le projet Tous témoins, tous acteurs, a répondu à ses attentes.

De gauche à droite, Morgane et Laura. En arrière plan, un check-point israëlien. (photo montage Pigémagazine).

Partir vous intéresse ?

Créée après l’échec du processus d’Oslo, FFIPP est un réseau universitaire international réunissant professeurs, étudiants, chercheurs engagés pour une « paix juste » au Proche-Orient. L’association propose différents stages dans des ONG. Mais les places sont comptées : lettre de motivation et CV en anglais, entretiens. La sélection est plutôt drastique. Le projet Tous Témoins, Tous Acteurs provient d'une initiative de l'Union générale des étudiants palestiniens en France (GUPS), qui a constaté une forte demande de jeunes européens pour une information directement « made in Palestine ». Ils envoient une centaine de jeunes européens en juillet, un autre groupe en août, leur sélection est donc plus large. Les deux associations s'accordent sur la solution de deux Etats dans les frontières de 1967 reconnues par l’ONU.

Vous êtes avez décidé de partir en Israël et dans les territoires palestiniens. Dans quel état d'esprit part-on pour un tel voyage ? Morgane : Je ne voulais pas partir dans un projet trop engagé : je voulais me laisser la possibilité de découvrir le conflit par moi-même... Pour l'avoir vécu, je vois un grand décalage entre ce qui est écrit, et ce qu'on ressent quand on passe les check-points, quand on vit le quotidien... Laura : Deux jours avant de partir, j'ai flippé. Je ne connaissais personne dans l'association et c'est vrai que les médias nous montrent la Palestine comme un endroit avec des roquettes partout, le Hamas, Gaza... J'avais cette image en tête. Comment s'est passée l'arrivée là-bas ? Morgane : En arrivant à l'aéroport Ben Gurion, à Tel Aviv, les voyageurs sont interrogés par la sécurité de l'aéroport, voire par les soldats de Tsahal. L’interrogatoire peut durer jusqu'à 5-6 heures. Pour nous y préparer, un week-end de formation a été organisé au préalable. C'est nécessaire parce qu'il y a des choses auxquelles on ne pense pas forcément : il faut éviter de dire que l’on vient avec FFIPP, ou qu’on parle arabe par exemple ! Finalement, à l'aller, je suis passée comme une lettre à la poste. Il était 4h du matin, c'est peut-être pour ça. Laura : Il fallait qu'on parte de manière anonyme nous aussi, en binôme généralement. On devait s'inventer un alibi, des vacances par exemple, dire qu'on restait en territoire israélien, etc. Il fallait être assez précis : la sécurité de l'aéroport nous demandait le nom de l'hôtel où on allait, ce qu'on voulait visiter... Quand on est arrivé, ils ne m'ont pas interrogée parce que je suis blanche. Mais ma binôme était française d'origine algérienne. Ils l'ont interrogée, elle.

Et sur place comment s'est passé le séjour? Morgane : La première semaine, nous étions encadrés par des coordinateurs pour un marathon de conférences. On a visité Hébron, Acre, Haïfa, Jérusalem, Ramallah. Et un petit village, Sahnin, où on est allés dormir chez l'habitant, des arabes israéliens. Nous avons rencontré deux jeunes israéliennes qui ont fait deux ans de prison parce qu'elles ont refusé de faire leur service militaire. Elles avaient écrit une lettre ouverte au président. Ça nous paraissait assez énorme que des gens de 18 ans prennent des décisions de ce poids-là et viennent nous expliquer pourquoi, comment elles ont été reniées par leur famille... Après cette semaine, chaque participant rejoint son ONG et commence son stage. Moi, j'étais dans l'association Palestinan Working Women Society for Development à Ramallah. Laura : Là-bas, durant tout le séjour c'est la surprise ! On passe d'abord 5 jours très intenses en Israël et on rencontre des intervenants de tous bords, notamment associatifs : des acteurs économiques, mais aussi culturels ou encore des mouvements de résistance pacifique comme Anarchist against the Wall, et bien sûr la population locale. Après, on part 10 jours en camp de réfugiés en Cisjordanie. Moi j'étais au camp de Dheisheh, près de Bethléem. Le phénomène qui m'a le plus choquée, et dont je n'avais pas du tout entendu parler, c'est l'expropriation des Palestiniens à Jérusalem(1). Et puis le système de surveillance, le maintien de l'ordre israélien en général fait vraiment peur. Le cas le plus marquant, c'est Hébron. On y est allé un jour, dans la vieille ville et là des check-points tous les 20 mètres, des rues interdites aux Palestiniens… Et ça je ne l'ai pas rêvé, je l'ai vu !

Leila Boutaam et Quentin Pourbaix (1)

www.ffipp-france.org www.generation-palestine.org/toustémoins-tous-acteurs

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En 1967 l'ONU a partagé Jérusalem en deux, l'Ouest pour les Israéliens, l'Est pour les Palestiniens. Depuis, Jérusalem est uniquement administrée par Israël. Une politique d'implantation de colons israéliens dans Jérusalem Est a été mise en place.


Dossier

Le monde est foot !

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Qui rassemble 3 milliards de consommateurs, 40 milliards de téléspectateurs et plus de 160 millions d’adeptes dans le monde ? Le foot bien sûr ! Né en Angleterre au milieu du 19ème siècle, ce sport est aujourd’hui un enjeu planétaire, qui dépasse largement le cadre des performances sportives. Economie, géopolitique, culture et lien social : le football est aujourd’hui bien plus qu’un sport. C’est le dossier de la rédaction à quelques mois de la Coupe du monde en Afrique du Sud, une première sur ce continent. Le quartier de Hillbrow, l’un des plus pauvres de Johannesbourg.

La Coupe du monde vaut-elle le coût ? Tous les quatre ans, la planète s’enflamme pour le ballon rond. Mais cette fois-ci, l’événement est historique, puisqu’à partir de juin 2010, les 32 meilleures équipes mondiales s’affronteront au son des vuvuzela, l’instrument fétiche des supporters sud-africains. Quinze ans après avoir accueilli l’emblématique Coupe du monde de rugby de 1995, le pays de Nelson Mandela espère que la Coupe du monde de football lui rapportera gros. Le ballon rond serait-il devenu la poule aux œufs d’or du 21ème siècle ? Patronné par la FIFA – une véritable « multinationale », selon les mots de Jean-François Nys, chercheur au Centre de droit et d’économie du sport –, le monde du football est aujourd’hui totalement imbriqué dans le fonctionnement économique global. La fédération jongle même avec des chiffres de plus en plus conséquents : salaires faramineux des joueurs, coûts exorbitants des droits de diffusion des matches, contrats à plus de neuf zéro avec de grandes firmes internationales. La manne financière du football est telle, que l’organisation d’une grande compétition sportive suscite maintenant les attentes les plus ambitieuses pour le développement économique des pays hôtes. Un catalyseur dont Pretoria compte bien tirer parti.

Un investissement pour l’avenir Après avoir été battu sur le fil par l’Allemagne en 2006, à douze voix contre onze, l’Afrique du Sud tient sa revanche. Elu le 15 mai 2004 par le Comité exécutif de la FIFA, face au Maroc et à l’Egypte, le pays deviendra la vitrine de tout un continent, en organisant la Coupe du monde de football du 11 juin au 11 juillet 2010. C’est sous l’impulsion de son président Sepp Blatter – et pour faire mentir la suspicion d’européanocentrisme –, que la FIFA avait pris l’engagement d’organiser la prochaine Coupe du monde en Afrique. Officiellement, la fédération a dorénavant comme objectif « d’améliorer constamment le football et de le diffuser dans le monde en tenant compte de son impact universel, éducatif, culturel et humanitaire et ce, en mettant en œuvre des programmes de jeunes et de développement ».

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Si le choix de l’Afrique du Sud, première puissance économique du continent, n’est pas du au hasard, la tenue de la Coupe du monde dans les neuf villes hôtes du pays n’en reste pas moins un défi colossal. Le pari est de construire des infrastructures sur tout le territoire, d’attirer les touristes et les investisseurs étrangers sur le long terme. Pour parvenir à ses fins, le gouvernement du Président Jacob Zuma a débloqué plus d’1 milliard de dollars pour la construction et la rénovation de dix stades – dont deux restent encore à livrer – et près de 2,5 milliards de dollars pour les infrastructures aéroportuaires, routières et ferroviaires. Plus de 150000 emplois seront créés. Des travaux d’une telle ampleur devraient générer un rapide retour sur investissement, pour permettre à Pretoria de relancer une économie moribonde depuis la crise. Pourtant, des incertitudes persistent, à moins de 100 jours du

lancement du match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud. Des prévisions trop optimistes Dresser un tableau utopique des retombées économiques de la Coupe du monde 2010 serait comme essayer de saisir toute l’histoire de la « nation arc-en-ciel » à travers le film hollywoodien Invictus, de Clint Eastwood. Cela reviendrait à masquer certaines réalités. A commencer par les recettes prévisionnelles souvent surestimées et les dépenses minorées. Le ministre adjoint des Sports, Gert Oosthuizen, avait initialement annoncé que la Coupe du monde devait rapporter au pays 55,7 milliards de rands (soit 7,5 milliards de dollars). Mais dès 2008, les experts du cabinet de conseil Grant Thornton estimaient plutôt à 3 milliards de dollars les gains potentiels.


Dossier

Le stade de Soccer City à Johannesburg, encore en travaux. C’est dans cette arène de 94 700 places que se déroulera la finale de cette Coupe du monde 2010.

La Coupe du monde en chiffres • 9 villes hôtes • 32 équipes • 450 000 visiteurs attendus • 3 000 000 de billets mis en vente • 10 stades (5 stades construits 5 stades rénovés)

A l’occasion de la prochaine Coupe du monde, l’immense tour de télécommunications a été parée d’un énorme ballon de football.

Le coût total s’élèverait à près de 4 milliards de dollars, dix fois plus que le budget initialement alloué à l’événement. Le chiffre des 450 000 touristes attendus devra être, quant à lui, revu à la baisse. Les frais du voyage et de l’hébergement seraient bien trop élevés pour attirer le million de touristes qui s’était déplacé en Allemagne, pour la Coupe du monde 2006. Une étude menée à la Bank of America Merrill Lynch pointe également le doigt sur les fuites de capitaux générés par l’événement. Pour faire face aux besoins de construction et à la demande en biens et services divers, l’Afrique du Sud a fait appel à des entreprises étrangères. Toujours selon l’étude américaine, la part des importations s’élèverait à plus de 50 %, un manque à gagner certain pour l’industrie locale. Il faut noter que le délai très court entre l’obtention du droit à organiser et le déroulement de la compétition laisse en fait peu de temps au pays d’accueil pour revoir son urbanisme et ses équipements. Les conséquences sont souvent celles d’un développement peu pertinent des infrastructures. Se pose, par exemple, le problème de la reconversion des dix stades, dans un pays où la pratique du football reste l’apanage des amateurs.

Pas de miracle Exclue du circuit par la FIFA en 1976 pour discrimination raciale, ce n’est qu’en 1992 que l’équipe sud-africaine de football réintègre la compétition internationale. L’équipe des Bafanas bafanas – « les petits gars » en Zoulou – est née avec la nouvelle démocratie post-apartheid. Pourtant, la passion du football reste surtout partagée par la population noire : le ballon rond fut un instrument de lutte face au pouvoir raciste, à l’image des matchs organisés par les détenus de Robben Island, la prison politique des opposants noirs au régime de l’apartheid. Interrogé par Stéphane Hervieux, journaliste indépendant basé à Johannesburg et correspondant pour Le Monde, le chercheur sud-africain au Center for Policy Studies, Aubrey Matshiqi, n’attend pas grand chose de cet événement footballistique : « Pour la plupart des Blancs, le football local n’existe pas. Ils regardent surtout les matchs du championnat anglais. Même une victoire des Bafanas bafanas en Coupe du monde – ce qui est très peu probable – ne changera pas fondamentalement les choses. Il n’y a pas de solutions simples aux problèmes complexes ».

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Si certains minimisent l’impact social de cette Coupe du monde 2010, d’autres s’interrogent sur l’accès de cette compétition au plus grand nombre, dans un pays où 43% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Augustin, étudiant à l’IEP de Grenoble et actuellement en stage à Johannesburg pour préparer la Coupe du monde des Ecoles Françaises à l'Etranger, témoigne : « Sur place, les maillots des Bafanas bafanas se vendent 700 rands, soit environ 70 euros. Quand on sait que le salaire mensuel d’un ouvrier dans le bâtiment s’élève à peine à 400 euros, on voit qu’il y a un problème. Et c’est pareil pour les billets !». Sur les trois millions de billets mis en vente par la FIFA, 700 000 n’ont pas encore trouvé acquéreurs, malgré des tarifs revus à la baisse pour les Sud-Africains. Si l’événement est historique, il ne faut donc pas espérer de miracle économique. Reste le symbole inestimable d’organiser la rencontre entre trente-deux nations différentes, vingt ans à peine après la chute du système ségrégationniste de l’apartheid.

Marion Payet

Transports : la grande inconnue

Roulera ? Roulera pas ? Lancé en 2000, le projet du Gautrain, le train express régional le plus rapide d’Afrique, avec une vitesse de pointe à 160 km/h, devait être inauguré pour l’ouverture de la Coupe du monde. Or, sur un trajet de 80 km de longueur reliant Johannesburg à Pretoria et desservant l’aéroport Tambo via une autre branche, seule la liaison de Sandton (le quartier d’affaires de Johannesburg) à l’aéroport devrait être prête à temps. A terme, les autorités espèrent que cette nouvelle ligne contribuera à désengorger les routes encombrées, dans un pays où les transports en commun sont quasi inexistants. Sous le régime de l’apartheid, les moyens de transports collectifs avaient été limités au minimum, pour cantonner noirs et blancs dans leurs quartiers respectifs.


Dossier Le monde est foot !

La planète tourne Foot « L’idée de la Coupe du monde de football est que l’Afrique s’intègre au processus de globalisation ».

Des matchs de football aux couleurs politiques • 1934 : Coupe du monde en Italie. Mussolini utilise le football comme une vitrine de l'Etat fasciste. On y retrouve les ingrédients classiques de l'instrumentalisation politique. L'évènement doit montrer les bienfaits du régime : révéler un pays d'ordre et moderne notamment par la construction de nouveaux stades. Autre aspect de cette instrumentalisation, c'est la réussite des joueurs revêtus de chemises noires : « les soldats de Mussolini ».

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Stéphane Mourlane, maître de conférences à l'université de Provence et co-auteur de Histoire (politique) des coupes du monde de Football, Vuibert 2006, décrypte les enjeux géopolitiques de ce sport.

Comment se positionne la FIFA dans le concert international ? « Comme toutes les grandes fédérations sportives. Il n'y a pas si longtemps, le président de la FIFA a rencontré le secrétaire général de l'ONU. Il y a derrière cela quelque chose d'extrêmement intéressant du fait de la grande ambiguïté des discours des dirigeants sportifs et de la fédération internationale de football. Ils ont l'habitude de dire que le sport, ce n'est pas de la politique. Parallèlement, il y a depuis longtemps un discours qui était notamment tenu par Jules Rimet, le fondateur de la fédération internationale de football et de la Coupe du monde de football. Il a écrit un ouvrage très révélateur des discours des dirigeants du football : « le football, le rapprochement des peuples ». C'est l'idée que le football pourrait contribuer au rapprochement des populations, à la paix dans le monde, à une meilleure compréhension des uns et des autres.

• 16 juillet 1950 : Maracanazo. Le Brésil accueille la Coupe du monde de football. La finale l'oppose à l'Uruguay. Les Brésiliens sont les stars de la compétition mais ils se couchent 2 à 1 ce soir-là, après avoir mené le match. 60 ans après, ce coup de théâtre est encore dur à accepter. Cette défaite est aussi appelée coup de Maracana en référence au stade où s'est disputée la finale.

Evidemment, le football est un sport très populaire dans le monde et il se répand aux quatre coins du monde. Dès les années 1970, la FIFA développe des programmes spécifiques de développement du foot en Afrique et en Asie. Ce n'est d'ailleurs pas anodin qu'en 2002 la Coupe du monde de football ait été organisée conjointement par la Corée et le Japon. Au passage, vous retrouvez cette idée de rapprocher les populations. Il y a des antagonismes très forts entre ces deux pays et la Coupe du monde était censée les rapprocher. La Coupe du monde se tient aujourd'hui en Afrique du Sud, c'est l'aboutissement d’une politique d'aide au développement menée depuis des années. Tout cela est complexe parce que la FIFA, elle-même, est traversée par un certains nombre d'enjeux, qu'on pourrait qualifier de géopolitiques (Europe, Afrique, Amérique du Sud, etc) avec une volonté constante des Européens de garder la mainmise. Ce sont des rapports de force qui s'établissent et qui sont plus ou moins en correspondance avec les rapports de force sur la scène internationale. La FIFA est un des théâtres où se font les relations internationales ».

• 1978 : Coupe du monde en Argentine. La junte des colonels organise la manifestation. Deux ans après le coup d'état du 24 mars 1976, l'Argentine est une dictature militaire. En Europe, et en France notamment, il y eut un mouvement de boycott. En France, les opposants se regroupent dans le comité Coba. Intellectuels de gauche comme de droite, réfugiés politiques latino-américains, artistes ou engagés dans l'humanitaire, ils viennent d'horizons différents. Le but du Coba est d'alerter l'opinion publique sur la situation en Argentine et de faire pression sur les instances nationales et internationales du football. • Juin 1982 : le match de la honte. Lors des qualifications de la Coupe du monde, l'Algérie doit attendre l'issue du dernier match de poule pour connaître son sort. Ce sont l'Allemagne de l'Ouest et l'Autriche qui s'opposent. Pour être qualifiées toutes les deux, les deux équipes doivent compter sur un match nul. A la fin des 90 minutes de jeu sans attaques, les joueurs sortent sous les sifflets des spectateurs de Giron. Ce match est aussi appelé la « honte de Giron » ou « le pacte de non agression de Giron ».

Propos recueillis par Pauline Gast

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Comment ça marche ?

Dossier

Le football, un univers complexe dans lequel il est difficile de se repérer : organisation internationale à différents échelons, diversité des acteurs, activités croisées, flux financiers omniprésents. Décryptage. Fédération Internationale de Football Association (FIFA) Président : Joseph S.Blatter, 208 fédérations membres Une seule fédération par nation est autorisée, elle gère l'organisation de la Coupe du Monde et détermine les règles du jeu

Les confédérations membres de la FIFA Placées sous son autorité hiérarchique, elles sont indépendantes et gèrent le calendrier de leurs compétitions, elles organisent librement les qualifications pour la Coupe du Monde UEFA (Europe); CONCACAF (Am. du Nord, Am. centrale et Caraïbes); CONMEBOL (Am. du Sud) AFC (Asie); CAF (Afrique); OFC (Océanie)

Fédération française de football (FFF). Président : Jean-Pierre Escalette 3 % des droits TV

DROITS AUDIOVISUELS En 2008/2009 Canal + (465 millions d'euros) Orange (203 millions d'euros) => 668 millions d'euros

NATIONAL 71% aux clubs de L1 16 % aux clubs de L2

25% des ressources

Ligue 1 – 20 clubs Ligue 2 – 20 clubs National – 20 clubs Championnat de France amateur (CFA) – 4 groupes de 18 clubs CFA 2 – 8 groupes de 16 clubs

RÉGIONAL SUBVENTIONS PUBLIQUES

5% au sport amateur

Variables selon les villes. Minimes dans les budgets des clubs. • Achat d'espace publicitaire : 1,6 million maximum. • Financement de mission d'intérêt général (formation des jeunes, animations, etc): 2,5 millions maximum. • Prise en charge de l'entretien des stades, eau, gaz, électricité Ex : 1,52 million d'euros à Marseille

La hiérarchie dépend de chaque ligue régionale Division d'honneur Division d'honneur régionale Promotion d'honneur

REVENUS DE LA BILLETTERIE 50% des ressources MERCHANDISING Partenariats sponsoring

25% des ressources DÉPARTEMENTAL

Sport amateur

La hiérarchie dépend de chaque ligue 1ère division de district 2ème division de district 3ème division de district ...

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Réalisé par Sébastien Di Noia Sources : FIFA, FFF, Challenges, L'Expansion, L'Equipe


Dossier Le monde est foot !

Politiquement foot

Inauguré en 2008, le stade des Alpes à Grenoble, d’une capacité de 20 000 places, est situé dans le parc Paul Mistral à quelques centaines de mètres de l’hôtel de ville.

Redescente en D2 : le cas douloureux du FC Nantes

En 2007, après quarante-quatre saisons dans le championnat des élites, le FC Nantes (FCNA) retombe en ligue 2. La chute est lourde de conséquences : budget diminué de moitié, renégociation des contrats des joueurs au rabais. Plusieurs footballeurs ont quitté le FCNA, dont un des espoirs de l'équipe : Dimitri Payet. Il faut reconstruire une équipe et une stratégie. Changement à la direction, Luc Dayan, ancien président du club de Lille, qui avait remis le LOSC à flots, prend la présidence. Le club n'est pas loin du dépôt de bilan avec 13 millions d'euros de déficit. Le président se sépare des salariés les mieux payés. Mais quelques mois plus tard, les Nantais sont revendus par le groupe Dassault à Waldemar Kita. Au niveau sportif, alors que le club n'avait connu que cinq entraîneurs entre 1960 et 2000, une dizaine défile durant la dernière décennie. Lors de la saison 2007-2008, le club remonte parmi l'élite grâce à sa rigueur. Mais ce n'est que provisoire. A nouveau relégué en 2009, le club a du mal à sortir la tête de l'eau.

Aujourd'hui, le football fait partie intégrante de la politique de développement des grandes agglomérations. Enjeux sociaux, économiques ou politiques, ce sport joue les prolongations au sein même des collectivités. Plus qu'un phénomène de société, c'est de stratégie qu’il faut parler. Retombées économiques pour les villes, outils de communication des mairies, le ballon rond occupe une place de plus en plus importante.

A

« Il faut un sursaut, là, un vrai sursaut. » s'inquiète Bertrand Delanoë, maire de Paris. En février 2010, le Paris Saint Germain (PSG) piétine, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Madrid, Londres ou encore Munich, autant de métropoles qui voient leur club de football gravir les plus hautes marches des championnats. De son coté, Paris déchante. La capitale peine à s'élever au rang de ville européenne du football. Cependant, avec 2,3 millions de licenciés en 2007, la France est une des terres du ballon rond. Au-delà de l'aspect sportif,

de nombreux intérêts économiques, politiques mais aussi sociaux gravitent autour du foot. Construire une visibilité Le football est une carte de visite. En France, lorsqu'une ville compte une équipe en ligue 1, les médias en parlent. Qu'elle perde ou qu'elle gagne, l'important est qu'elle soit au centre des discussions. Pour Alain Pilaud, ancien attaché aux sports de Grenoble et architecte de la montée en ligue 1 de l'équipe de la ville, le GF38 « sert l'image de la ville. Ça fait

toujours plus d'effet d'être winner que d'être looser. Ça fait parler. » Un club qui fait parler de lui, c'est un vecteur de communication assuré pour la ville. Mention du nom pendant les matchs, apparition du logo et des couleurs de la ville à la télévision ou dans la presse, le ballon rond est l'ambassadeur du territoire. En 2006, 78% des couvertures du magazine L'Equipe sont consacrées au football et ce sport détient huit des dix premières audiences télévisées. C'est donc une vitrine des villes et plus largement des Etats à l'échelle européenne. Pour

Le stade a coûté 73,7 millions d'euros, financé à 83% par Grenoble-Alpes métropole. Credit photo : ville de Grenoble

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Dossier Le Palmarès du GF38

Yves Ravel, attaché aux sports à la mairie de Saint-Etienne, « l' Association Sportive de Saint-Etienne (ASSE) est notre principal vecteur de publicité. Pendant les périodes d'été, les gens viennent de différents pays et s'arrêtent à Saint-Etienne pour aller voir le stade Geoffroy-Guichard. » L'ASSE mais aussi le GF38 sont deux porte-drapeaux. Les Stéphanois, actuellement à la 16ème place de la ligue 1, et les Grenoblois, relégables en ligue 2, restent des vecteurs de communication stratégiques. Ils offrent à leur ville une certaine visibilité, tant sur le plan national qu'international. Le GF38 a conclu, dans cette optique, un marché avec la ville de Grenoble. Dans le cadre d'un contrat, la ville paie 200 000 euros, en contrepartie desquels le club doit lui fournir des « billets pour les employés et les enfants, rendre des invitations, une loge à l'année pour les relations publiques avec les partenaires de la ville et de la prestation d'image avec notamment l'affichage de logo dans le stade » déclare Alain Pilaud. Cette politique sportive des collectivités est coûteuse pour le contribuable. Selon une étude de l'Expansion menée en 2008, rapporté au budget des clubs, un but marqué pour le PSG coûte 3,44 euros par foyer fiscal, à Lyon, 16,88 euros. Renforcer l'attractivité économique Au niveau local, un club de foot qui gagne, c'est un vivier pour l'entreprenariat. La France est le deuxième

marché européen de produits dérivés. Alors que le GF38 propose une soixantaine de produits officiels, l'Olympique Lyonnais (OL) tient la première place dans ce domaine avec une déclinaison de 250 produits qui lui rapportent quasiment le cinquième de son chiffre d’affaires. Entre 2007 et 2008, les ventes des produits de l'OL ont augmenté de 24,1%, s'élevant alors à 38,5 million d'euros. C'est un marché profitable pour les entreprises. Les sponsors sont aussi une mine d'or pour l'économie locale. Plus de 500 entreprises sont aujourd'hui partenaires de groupe OL, tels que Umbro, Renault Trucks ou encore Orange. Selon le rapport financier 2007-2008 de l'Olympique Lyonnais, grâce à ses partenaires et à la publicité le club a gagné 20,4 millions d'euros en 2007, soit une augmentation de 12,9% en un an. Les équipes encaissent de l'argent, mais attirent aussi des entreprises internationales. Dix-huit entreprises sont aujourd'hui partenaires du GF38, dont des firmes internationales telles qu'ISS, Orange ou encore Nike. De plus, ce sont plus de 250 sociétés qui gravitent autour du club dans le cadre d'organisation d'évènements, de partenariats ponctuels ou de plus long terme. Au-delà des fonds apportés en soutien aux clubs et des bénéfices qu'elles en retirent, les entreprises jouissent d'un engouement autour des événements footballistiques. Un match de foot

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génère des retombées économiques sur l'ensemble du territoire. Les stades, par exemple, drainent de l'activité les soirs de match. Ce sont des poumons économiques. Au GF38, environ 80 personnes sont employées aujourd'hui. De plus, le stade des Alpes fait ponctuellement appel à de nombreux emplois de services lors de grands évènements. Alain Pilaud est certain des avantages engendrés par une arène sportive. « Ça donne de l'activité. Dans un stade, il y a aussi des services annexes pendant toute la semaine. Pendant les matchs, il y a du business. Les entreprises qui font des relations publiques. Il y a aussi tout ce qui tourne autour des emplois de services : des maîtres d'hôtel, des hôtesses et tous les petits jobs complémentaires, soit d'étudiants, soit de gens qui sont contents d'avoir ça. » Le football développe son propre marché de l'emploi. Les différents acteurs qui gravitent autour du football voient une synergie s'opérer entre le ballon rond, l'économie et le politique. La réussite d’une équipe de foot nécessite souvent un investissement important de la part de la collectivité mais les élites politiques et économiques sont persuadées qu'il s'accompagne de retombées positives.

Pauline Gast

En 1961, après avoir passé dix ans en D2, le GF38 atteint le championnat des élites. L'année suivante, la déception est cependant au rendezvous. Le club est relégué. Les Grenoblois ne resteront qu'une année en D2. En 1962, ils remontent en D1. Mais terminant 17e du championnat, ils descendent une fois de plus. En 1971, le GF38 chute en D3 et perd ainsi son statut professionnel. L'année d'après, il rejoint la division d'honneur (D4), au plus bas de son histoire. Les années 1980 et 1990 sont à l'image des précédentes décennies. Les années 2000 marquent un nouveau tournant. Le club gravit, petit à petit, les échelons. En 2001, il remonte en Ligue 2, et en 2008 en Ligue 1. Le club termine 13e. La saison suivante s'annonce cependant catastrophique avec 11 défaites consécutives entre la 1ère et la 11ème journée de championnat. Le GF 38 stagne en fin de classement de D1.

Cartons rouges des clubs privés

La santé financière des clubs anglais s'effrite un peu plus chaque mois. En 2009, le club de Liverpool annule la construction d'un stade à cause d'une dette impayée de 370 millions d'euros. Autre mauvaise nouvelle sur ce tableau déjà sombre : les Français risquent de pâtir de la crise anglaise. Face à la rigueur budgétaire, les Anglais délaissent le marché des joueurs français, sur lequel repose en partie la santé financière du football national. Chaque année, les transferts de joueurs permettent d'équilibrer les comptes en France. Selon la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), s'il n'y avait pas eu de trading des joueurs, le déficit des clubs français aurait dépassé les 304 millions d'euros l'année dernière.


Dossier Le monde est foot !

Derby d’initiés Dans la peau d’un Bad Gones

S

Souvent montrés du doigt dans les médias pour leur violence et présentés comme des sauvages ou des hooligans, les supporters ne cessent d’être décriés. Pigémagazine s’est immergé au cœur des Bad Gones, le groupe de supporter lyonnais le plus influent. Reportage à l’occasion du derby OL/ASSE, samedi 13 mars 2010.

Le virage Nord, le Kop des Bad Gones.

Modèle anglais et modèle italien

Le supportérisme s’est manifesté dès les débuts du football européen. Et en France, cela s’est particulièrement développé dans les années 1980. Pour Nicolas Hourcade, sociologue, deux modèles de supportérisme peuvent être distingués. D’une part, celui, anglais, des groupes informels de hooligans essentiellement préoccupés par l’affrontement avec les bandes adverses et la police. D’autre part, celui, italien, des associations d’ultras s’investissant dans le soutien à l’équipe et dans la vie du club, tout en ayant parfois recours à la violence contre leurs rivaux. En France, en dehors de Paris, ceux qui se disent hooligans sont très peu nombreux. Les Bad Gones se rapprochent du modèle italien de supportérisme. Plus organisé, mettant en scène le soutien à l’équipe, avec notamment la réalisation d’animations à l’aide de drapeaux, de banderoles géantes, de fumigènes, de feuilles de couleur. Officiellement, les Bad Gones ne se considèrent pas comme des ultras : « Not hooligan, not ultras, just Bad Gones. »

Une semaine de feu pour l’OL et ses supporters. Samedi 13 mars, trois jours après l’exploit retentissant à Madrid, en huitième de finale retour de la Ligue des Champions, l’Olympique lyonnais reçoit son ennemi juré, l’AS Saint-Etienne, pour un derby sous tension. Une semaine avant le choc des Olympiques : Marseille/Lyon, au Vélodrome. Mais le derby entre l’OL et l’ASSE conserve une saveur particulière pour ses supporters. « Je préfère qu’on batte les chiens verts plutôt qu’on gagne la Ligue des Champions », confie aux abords du stade Clément, supporter lyonnais depuis sa tendre enfance.

Dès 20 h, l’ambiance est électrique : c’est jour de derby. Une impression qui ressurgit tout de suite, dès les premiers pas dans l’arène. Le Kop Virage Nord, celui des Bad Gones, résonne de 2 500 voix, qui se retrouvent pour ce match particulier dans un corps à cœur fraternel, où celui qui ne saute pas n’est pas lyonnais. Quelques minutes avant le début du match, le capo, celui qui donne le tempo et lance les chants, donne ses dernières indications avant le déploiement du tifo (animation visuelle pour l’entrée des joueurs). Un discours écouté avec attention par des centaines de lyonnais, à l’image d’un gourou. La pression monte. Tout le Kop entame le chant consacré aux rivaux stéphanois : « Emmenez-moi à Geoffroy Guichard, emmenez-moi au pays des bata…, il me semble que la misère serait d’être supporter des Verts », sur l’air de la célèbre chanson de Charles Aznavour.

« Un vrai public de sénateurs » Fondés en 1987, l’année de l’accession de l’OL en Ligue 1, les « BG » forment le groupe de supporters le plus influent à Gerland. Pour adhérer aux Bad Gones, il faut payer 15 euros en début de saison, en plus du prix de l’abonnement. Des supporters qui font peur ou fascinent. Pour Marc, 34 ans, « sans les Bad Gones, on entendrait les mouches péter à Gerland. Heureusement qu’ils sont là pour mettre l’ambiance. » De vrais supporters qui chantent bien, et tout le match. Pas comme les tribunes latérales, jugées très sévèrement par Adrien, 29 ans : « A Jean-Jaurès, ils sont bons qu’à manger des petits fours. Un vrai public de sénateurs. »

Orange mécanique 21h00. Les joueurs pénètrent sur la pelouse. Le tifo créé pour l’occasion se déploie sur tout le Kop, orchestré par le capo. En face, dans le parcage stéphanois, les Green Angels et les Magic fans répliquent : chants antilyonnais, fumigènes, drapeaux, tout est permis pour faire plus de bruit que l’ennemi régional. Côté Bad Gones, la préparation du tifo a nécessité trois mois. Mais le résultat est à la hauteur :

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un immense lion, symbole des Bad Gones, s’étend sur tout le Virage Nord, vêtu d’un déguisement d’Orange mécanique. Clin d’œil aux médias qui diabolisent continuellement les supporters. La coordination entre le virage supérieur et inférieur est essentielle pour que le tifo soit réussi, d’autant plus que le vent ne facilite pas la tâche. Les chants se font de plus en plus forts et recouvrent la sono du stade. « Pendant les matchs de Ligue des Champions, on n’entend même pas l’hymne », lâche Franck, un supporter. Le match commence. Dos à la pelouse, Yohann, le capo, le perroquet, bref, le chef d’orchestre, juché sur son promontoire, transcende et exhorte la foule. Il fait lever les bras et les voix, rythme les encouragements et sent les moments creux pour mieux relancer les chants. La gestuelle remplit un rôle important. 10ème minute de jeu : le bloc tout entier s’assoit, puis se lève comme un seul homme, pour mieux symboliser sa cohésion derrière l’équipe. Les chants s’enchaînent, dans une belle ferveur. Avec un tambour pour assener la mesure. 39ème minute : Saint-Etienne ouvre le score par l’intermédiaire de Rivière. Silence. Le stade semble subir un électrochoc. On n’entend plus que les supporters stéphanois, euphoriques. Mais les Bad Gones sonnent la révolte, et reprennent les chants de plus belle.


Dossier

Un supporter monte au grillage après l'égalisation lyonnaise.

Le parcage des Stéphanois s'enflamme à l'entrée des joueurs. Crédits photos : Augustin Bascoulergue

Banderoles : quand la joute verbale remplace la violence physique

« Ne jamais lâcher », reprend en cœur le Kop survolté. Malgré ce sursaut du public, l’arbitre siffle la mi-temps. Un désordre organisé Un laps de temps qui permet de découvrir que les supporters semblent tous unis, malgré leurs différences. Se côtoient des étudiants, des jeunes, des chômeurs. Des cheveux longs, des cheveux courts. Certains boivent de la Kro ou du plus fort dans des gobelets, d’autres en profitent pour fumer de la cigarette qui sent bon. Franck, membre des Bad Gones depuis cinq ans, se confie : « Ici, tu es en groupe, tu te sens fort. Peut-être que dans la vie tu n’existes pas. Et puis, tu oublies tout une fois dans le stade. » Comme l’explique Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste de la question des supporters, « s’ils insistent sur l’hystérie, le «chaos » censés habiter leur tribune, le comportement des groupes de supporters est rigoureusement codifié et organisé ». Par exemple, les meneurs, dos au terrain, coordonnent les mouvements d’ensemble. Cette organisation se retrouve dans la forme associative qu’ils adoptent, avec des adhérents payant une cotisation et des responsables élus ou désignés qui servent d’interlocuteurs aux dirigeants du club et aux médias locaux. Entre les matchs, les membres actifs se retrouvent dans

un bar ou dans le local du groupe pour préparer les tifos, acheter ou confectionner le matériel nécessaire, ou encore organiser les déplacements afin de suivre l’équipe à l’extérieur. Mais aussi, pour profiter de moments et de relations de sociabilité : boire, discuter, commenter l’actualité du football ou du supportérisme. L’honneur est sauf Quinze minutes plus tard, le match reprend. Les joueurs ont changé de côté, l’occasion de chambrer le gardien adverse, Jérémy Janot. Mais, chose rare, les remplaçants des deux équipes se mettent à s’échauffer devant le Kop des Bad Gones. Sylvain Monsoreau, ancien défenseur lyonnais passé chez l’ennemi, en profite même pour applaudir ironiquement ses anciens supporters. S’en est trop pour quelques jeunes supporters du Kop, qui ne supportent pas cette intrusion des ennemis régionaux dans leur camp, et décident d’envahir le terrain pour les effrayer. Les CRS interviennent. L’échauffourée est vite calmée. Les remplaçants stéphanois sont gentiment priés de se déplacer à l’autre bout du terrain. On ne sait pas ce qu’il adviendra de ces quelques téméraires qui ont franchi les grilles pour faire respecter l’honneur de leur équipe. Les minutes défilent, L’OL est toujours mené au score, mais le Kop ne faiblit pas. Bien au contraire. Les chants

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reprennent de plus belle et la pression se fait ressentir sur le camp stéphanois. Le 12ème homme Délivrance : à la 79ème, Lisandro Lopez, le pugnace attaquant argentin, égalise pour l’OL. Le mouvement de foule est soudain : tout le Kop pousse, des supporters se ruent sur les grilles, d’autres s’accrochent au grillage. L’ambiance est survoltée, le Kop réchauffé. « C’est ça le rôle du 12ème homme », souffle quelqu’un. Le public est galvanisé. Et cette émulation collective se ressent sur le terrain. Les verts sont acculés en défense, sous la pression de tout un stade dévoué derrière son équipe. Les dernières minutes sont bouillantes. Le stade entier est en effervescence sous l’impulsion du Virage Nord et des Bad Gones qui semblent battre la mesure. Un tir sur le poteau et une transversale plus tard, le match se termine. 1-1. Le stade se vide petit à petit. Le Kop virage Nord en dernier. Il faut ranger le matériel. Une heure plus tard, c’est fini, certains se retrouvent autour d’une bière pour refaire le match, et préparer le déplacement de la semaine prochaine, à Marseille. Un autre match commence déjà pour les supporters.

Augustin Bascoulergue

Ces dernières années, les matchs sous tension sont tellement encadrés par les CRS que la bataille physique entre les supporters adverses a pris la forme d’une joute verbale par banderoles interposées. L’occasion pour les supporters d’échanger quelques belles déclarations d’amours. 6 septembre 2000, Saint-Etienne/Lyon à Geoffroy-Guichard. Une banderole restée célèbre : « Les gones inventaient le cinéma quand vos pères crevaient dans les mines », dévoilée par le Kop lyonnais. Le message est violent. Trop pour certains. Et c’est parfois « borderline », comme lors d’un autre derby, le 3 mars 2007. Les Magic fans déploient dans le Virage Nord du stade Geoffroy-Guichard un tifo montrant les joueurs lyonnais caricaturés en animaux sauvages, avec une banderole de 90 mètres de long portant l'inscription « la chasse est ouverte, tuez-les. » La Ligue de football professionnel est montée au créneau, jugeant cette banderole insultante vis-à-vis des joueurs et des dirigeants de l’Olympique Lyonnais. Résultat : le tribunal correctionnel de Saint-Etienne a condamné le groupe de supporters stéphanois à 500 euros d’amende avec sursis. On préfère des banderoles plus marrantes comme lors de cet OL/OM, en décembre 2008, quelques jours après la libération de l’emblématique supporter marseillais Santos Mirasierra, à la chevelure extravagante. « Liberté pour le coiffeur de Santos », avaient ironisé les Bad Gones.


Dossier Le monde est foot !

Quand le football

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Le football est aujourd’hui régulièrement encensé pour ses vertus éducatives et d’intégration. Pourtant, violences, racisme, homophobie et dérapages continuent de gangrener le sport le plus populaire de France. Du coup de tête de Zidane aux violences dans les équipes amateur, le foot est-il devenu un jeu dangereux ?

Crédits photos : Fédération Française de Football.

Fairplay et respect sont des notions en régression sur les terrains de foot.

« Tous les dimanches, c'est la même chose. On ne sait jamais si le joueur en face ne va pas te frapper ». Pour Benjamin, 24 ans, attaquant de l’US Veynes (Hautes-Alpes), le climat de violence dans le foot amateur fait partie du quotidien. « Il m'est arrivé à plusieurs reprises de me faire insulter de « tapette » ou de « pédé » juste parce que ma coupe de cheveux était un peu hors norme ».

million joués par saison. Un chiffre en augmentation de 10 % par rapport à l’an passé. Victimes en première ligne, les arbitres disent leur ras-le-bol face à ces agressions répétées. Après la ligue des Deux-Sèvres en 2005 ou celle du Centre Ouest en 2009, ce sont les arbitres hauts pyrénéens qui jettent l’éponge et menacent de boycotter les prochains matchs. Une grève du sifflet plutôt rare dans le métier.

Des violences sur le terrain… Un coup de tête par-ci, un coup de couteau par là, un pied dans les parties génitales ou des propos racistes, les agressions physiques ou verbales se multiplient. Si les violences dans le foot professionnel sont médiatisées – de Zidane à Patrick Viera –, les dérapages en équipe amateur restent trop souvent dans l’ombre de leurs aînés. Dans son rapport établi en août 2009, l’Observatoire des Comportements de la Fédération Française de Football (FFF) compte entre 1,6 et 1,8% de matchs amateurs à incidents, soit 16 000 rencontres sur un total d’un

Et dans les gradins Mais la violence n’est pas l’apanage des joueurs, amateurs ou professionnels. Dans les gradins, les supporters ne sont pas en reste. 36,3% : c’est l’augmentation du nombre d’incidents aux abords et dans les stades lors des matchs de Ligue 1 par rapport à 2008, selon un rapport de l'Observatoire de la sécurité publié à la mi-saison dernière. On se souvient de la banderole insultante contre les Ch’tis déployée lors de la finale de la Coupe de la Ligue opposant le PSG au RC Lens ou des cris de singe

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à l’encontre de joueurs d’origine africaine. Mais il y a du changement dans l’air : les dérapages ne sont plus le privilège des grands clubs de supporters. 325 sièges arrachés à Grenoble, sept interpellations et 320 agents des forces de l’ordre pour un derby rhônalpin entre le GF38 et Saint-Etienne en janvier dernier. Le bilan est lourd, avec un match suspendu pendant quinze minutes, des rixes entre supporters pour une rencontre à haut risque de niveau trois, le degré maximum. Les exemples sont légion et ternissent l’image d’un football déjà amoché par les dérapages à répétition des stars du ballon rond. « Le sport n’est pas un remède miracle » Pour enrayer les violences, l’Observatoire des Comportements a misé sur une campagne de sensibilisation, avec feu Philippe Seguin en invité vedette et un slogan en béton : « La frappe, c’est dans le ballon ». Résultat : une baisse de 15 % d’arbitres agressés.


Dossier Un groupe de joueurs de l’OM conteste la décision de l’arbitre, OM/Nice 2008.

Le « coup de boule » de Zidane, en 2006. Crédits photos : FLICKR

se fait violence « C’est une campagne fiable et efficace mais pas suffisante. On va maintenant développer un réseau Foot, dans l’esprit Facebook, pour toucher directement les licenciés » raconte Patrick Wincke, responsable de l’Observatoire. Pour certains sociologues, c’est au sport de changer de mentalité et de fonctionnement. De nature en quelque sorte. Contre ceux qui ont vu dans le football un modèle d’exemplarité et une thérapeutique pour pacifier les relations sociales et éduquer les jeunes, le retour de bâton est sévère. Chercheur en sciences sociales des sports à Strasbourg, Michel Koebel est clair : « Tout le monde parle d’intégration et d’éducation par le sport, les journalistes, les politiques, mais personne n’a jamais rien prouvé dans ce domaine ». Le ton est donné. Il n’y aurait pas nécessairement de transfert des valeurs apprises par le sport dans la société. Ce n’est pas forcément le football en club qui apprend à un enfant à créer des règles ou encadrer ses comportements, mais plutôt la pratique sportive, même auto-organisée, au pied d’un immeuble ou dans un champ abandonné.

Pire, « la façon dont le sport est organisé génère des tensions. On essaie de dire que la violence est une dérive du sport. Mais ce qu’on refuse de voir, c’est que ça fait partie intégrante de la façon dont il est organisé, quand il est un affrontement spectacularisé » continue Michel Koebel. C’est pourquoi le sociologue, qui a également formé de jeunes animateurs, préconise plutôt des sports de coopération comme l’escalade, certes moins glamour et médiatique, pour sensibiliser les jeunes en difficulté. « Je ne dis pas qu’il n’y a aucun effet positif, mais faire croire aux gens que le sport est un remède miracle, qu’il possède des vertus intrinsèques ou serait intégrateur par nature, comme on l’entend souvent dire, c’est un mensonge » conclut-il. Une carence éducative Plus insidieusement, c’est le visage du football qui semble avoir changé : pour le spécialiste des questions de violence dans le sport, Dominique Bodin, actuellement professeur de sociologie à Rennes II et à l’université de Madrid : « Le sport n’est plus pratiqué comme un jeu c'est-à-dire

un dérivatif où on apprend des valeurs éducatives comme le respect. On est dans celui de la rentabilisation et du résultat à tout prix ». Un football spectacle, glorifiant la performance individuelle, au détriment de l’esprit d’équipe et de la morale sur le terrain. En témoigne la récente affaire de la main de Thierry Henry, faute non sifflée par l’arbitre qui a permis la qualification de l’équipe de France en Coupe du Monde, contre des joueurs irlandais, désabusés. Et le sociologue de conclure, en soupirant : « Il y a une réelle carence éducative dans le foot d’aujourd’hui, de la part des dirigeants, qui sont un modèle pour les jeunes, mais aussi des animateurs, qui manquent parfois de formation ». Mais le football est-il responsable ou seulement symptomatique des tensions qui traversent la société française ? Pour le chercheur-associé à l’Institut Choiseul, Gaël Raballand*, « le football n’est pas meilleur ou moins bon que le reste de la société, c’est un miroir ». Le reflet d'un monde où la violence éclate des bancs de l’école aux tribunes des stades.

Malmenés dans les médias et agressés sur les terrains, les arbitres ne supportent plus les violences à répétition. Crédits photos : Fédération Française de Football.

Estelle Faure

* Auteur avec Jean-François Marteau de « Football, illustration d’un mal français », Revue Etudes, Octobre 2009 (Tome 411), p.331-340

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Les arbitres voient rouge

3 questions à... Eric Douvillé

Président de la Commission départementale d’arbitrage et co-président de l’Union Nationale des Arbitres de Football (UNAF) en Isère. Quel est l’état des violences commises contre les arbitres ? Ces dix dernières années, il y a eu 1 000 arbitres frappés. Par district, ça fait un arbitre par saison. C’est déjà énorme. On décompte les coups de poing, coups de tête, nez cassés et autres. Mais l’arbitre subit une violence verbale plus insidieuse, difficilement quantifiable. Parfois, quand on prend une claque sur un terrain, on ne fait pas de rapport. Le chiffre de 1 000 arbitres agressés est donc en deçà de la réalité. Quel est l’impact sur le métier d’arbitre ? J’ai arrêté l’arbitrage à 51 ans car je n’en pouvais plus, je me faisais insulter par des jeunes qui pouvaient être mes enfants. On a peur des représailles des joueurs ou des spectateurs. Cette violence a un autre effet négatif : les effectifs baissent d’année en année. Aujourd’hui on est à 300 arbitres. Il y a deux ans, on en comptait plus de 400. Que faut-il faire pour limiter ces agressions ? Je ne suis pas pour la répression mais la loi Lamour – qui protège les arbitres en leur donnant le statut de délégateur d’une mission de service public – a été efficace. On peut aussi faire un travail de sensibilisation au sein des clubs. Et puis il y a l’influence des médias, qui critiquent souvent le travail des arbitres. En amateur, on ne fait pas du foot spectacle mais du sport loisir. Mais les gens font encore l’amalgame.


Dossier Le monde est foot !

Philoso'foot !

S

So Foot fête ses sept ans d'existence. Avec 40 000 exemplaires vendus chaque mois et 7500 abonnés, ce magazine un brin satirique a su imposer sa griffe iconoclaste et demeure sans équivalent dans la presse sportive actuelle. En réconciliant football et culture, So Foot a surtout triomphé des idées reçues.

L'objectif originel est simple : Franck Annese souhaite faire un magazine de football dans lequel l'analyse factuelle et la complaisance sont bannies. Lassé par des revues telles que France Football, Onze Mondial ou encore l'Equipe, celui qui est devenu le directeur des rédactions appréhende le sport préféré des Français autrement. Aux antipodes du traitement purement sportif et premier degré qui est généralement fait du football, So Foot l'aborde à travers des prismes originaux tels que la culture, l'économie et les questions de société. « Le Canard enchaîné du foot » Lorsque Cherif Ghemmour apprend l'existence du magazine, il n'hésite pas et intègre la rédaction dès le second numéro. Après avoir fait ses classes dans la revue « But » durant dix ans et à la radio sur « Sport FM », ce passionné de football change de cap et prend le parti d'analyser la sphère du ballon rond avec distance et humour : « j'ai tout de suite été séduit parce que ça faisait longtemps que j'espérais un magazine de foot qui mêlerait ton décalé et esprit critique. Entre 1994 et 1996, il y avait déjà la revue de foot « Guadalajara » qui fonctionnait sur cette base. Et puis il y a aussi la tradition des Guignols, qui n'ont cessé de railler des personnalités issues du football : Eric Cantona, Aimé Jacquet, le « couple » Nicolas Anelka et Luis Fernandez, etc. So Foot s'inscrit dans cette lignée. » Si So Foot use de la provocation, c'est

u n°18 La Une d 2004) re (decemb

pour mieux dégonfler la baudruche du football et rappeler que c'est un sport avant d'être un business. Mais le mensuel ne peut se résumer à son ton satirique et les articles de fond qu'on peut lire à chaque numéro sont là pour nous le rappeler. « A la manière du Canard enchaîné, on essaye de trouver un équilibre entre sérieux et humour. Le but est bien de parler de football, mais intelligemment. Par exemple, dans le numéro spécial Brésil, on part du foot puis on élargit à la Samba, la place de la religion, la Bossa Nova et la dictature. » La comparaison faite par Cherif Ghemmour avec l'hebdomadaire satirique est valide. En effet, l'originalité des reportages et la pertinence des thématiques traitées à l'aune du football (la question noire, l'identité nationale, l'homosexualité, le hooliganisme, etc.) sont autant de qualités qui font de So Foot un magazine sportif politiquement incorrect. Les prix remportés pour les unes intitulées « Foot & racisme » en 2003 et « Le foot est-il de gauche ou de droite ? » en 2004 en témoignent et en font la véritable alternative au classicisme de la presse footballistique.

La Une du n°8 (décembre 2003)

l'aventure Sofa, un journal culturel gratuit qui abordait musique, cinéma, littérature et beaux-arts tous azimuts. Ce passionné de football, au lieu de choisir pour l'un de ses deux penchants, a décidé de les réunir dans la rubrique « culture foot », frappée du sceau de So Foot. Ainsi, chaque numéro a réussi à réunir autour du ballon rond des réalisateurs tels que Jean-Jacques Annaud, Ken Loach, Felix van Groeningen, des écrivains tels que Maurice G. Dantec, Nick Hornby et Giancarlo De Cataldo, ou encore le metteur en scène Eric Lacascade et la troupe d'humoristes des Nuls. « Les Inrocks du foot » est un sobriquet souvent accolé au magazine. Quand on sait qu'à l'occasion de l'Euro 2003, les Inrockuptibles et So Foot ont sorti un numéro commun confrontant des personnalités issues de la culture et du football, ce surnom apparaît d'autant plus sensé. En favorisant l'émergence d'une « culture foot », So Foot s'impose comme un magazine pionnier qui préfère bel et bien jouer hors des limites du terrain.

Culture Foot Comme le rappelle Cherif Ghemmour, la singularité et la force du magazine reposent aussi sur une « exigence de culture », un besoin irrépressible de confronter deux sphères supposées antinomiques. Ce qui peut paraître étonnant ne l'est plus quand on sait que Franck Annese a participé à

Alexandre Majirus

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Libération-So Foot, une équipe qui gagne

So Foot et Libération, qui s'étaient déjà associés lors de la Coupe du monde 2006, renouvellent l'expérience. A l'occasion du prochain mondial de football, la revue mensuelle va jouir d'un dispositif éditorial exclusif lui permettant de bénéficier d'une audience quotidienne. En effet, du jeudi 10 juin au lundi 12 juillet 2010, Libération mettra un cahier de huit pages à disposition des journalistes de So Foot. Sur le site du quotidien, une plateforme sera également mise en place pour permettre aux journalistes des deux rédactions d'apporter en temps réel leur éclairage sur l'événement.


Circuits courts, idées longues

PIGÉéconomie

Du producteur au consommateur

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Points de vente collectifs, achats à la ferme, paniers préparés à l’avance… La commercialisation en circuit court est une des portes de sortie de crise pour l’agriculture. Une façon de répondre à une demande forte des consommateurs, mais surtout de valoriser le travail des producteurs.

Mercredi soir, à la cantine cantine-épicerie-librairie des Bas côtés, les membres de l’AMAP(1) Mange-Cailloux et de l’AMAP’Monde s’affairent pour récupérer leurs paniers de fruits, légumes, œufs, pain… Au même moment, l’association la Charrette Bio livre ses produits, préalablement commandés par internet, à la Porte de France : deux exemples grenoblois de vente et d’achat sans intermédiaire. Un échange gagnant-gagnant… Chacun y trouve son compte : les producteurs obtiennent des prix rémunérateurs et améliorent la captation des bénéfices en leur faveur. Pour Virginie Thouvenin, conseillère en circuits courts à la Chambre d’agriculture de l’Isère, « les produits sont bien mieux valorisés, même s’il faut prendre en compte le facteur temps : la transformation et la vente prennent des heures en plus ». Fabriquer des fromages ou assurer une permanence dans un point de vente collectif demande en effet un investissement supplémentaire. En outre, la vente directe permet surtout aux agriculteurs d’expliquer leur métier et de travailler comme ils l’entendent, sans pratiques intensives, sans être étranglés par les grandes centrales d’achat. Cet engouement correspond aussi à une volonté d’avoir des garanties sur la qualité des aliments, engendrée par les crises sanitaires successives. Les consommateurs recherchant une plus grande traçabilité peuvent poser des questions sur la production, visiter les exploitations, et surtout recréer une relation de confiance et de dialogue avec les producteurs, être en prise avec une réalité rurale. … à développer encore En 2005, date des dernières enquêtes sur ces structures,16,3 % des exploitations agricoles françaises font de la vente directe dont 47% transforment les produits. Elles représentent 26,1% du total des UTA (Unité de Travail Agricole) et donc une part importante de l'emploi agricole. Pour les agriculteurs, un des freins est toujours le facteur temps : cumuler trois métiers (producteur, transformateur, vendeur) n’est pas aisé, dans un système agricole qui s’est beaucoup concentré sur l’acte de production depuis la seconde guerre mondiale. Seuls 4% des fruits et légumes achetés le sont en vente directe. Les consommateurs rechignent souvent en invoquant une offre irrégulière en volume et en diversité… Des circuits économiques d’avenir Pour Jean-Noël Roybon, producteur de fruits à Vourey, « il y a beaucoup de choses à inventer en vente directe et la nouvelle génération va vers une révolution des mentalités agricoles(2) ». Trouver des nouvelles formes pour relocaliser l’agriculture est donc un enjeu vital, et notamment pour réduire les pollutions liées aux transports de marchandises. De nouveaux circuits économiques avec un potentiel de développement immense qui pourraient donner un coup d’arrêt au déclin des exploitations ? En tous cas, entre 2000 et 2005, le nombre total d’exploitations agricoles a diminué de 18%, tandis que le nombre d’exploitations vendant en direct a diminué de 13%(2).

Lucie de la Héronnière (1) (2)

Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. Selon l’INSEE, l’UTA est l’unité de mesure de la quantité de travail humain fourni sur chaque exploitation agricole. Cette unité correspond au travail d’une personne travaillant à temps plein pendant une année.

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• Marie-Christine Veyron, productrice de légumes, explique qu'« on a regroupé les moyens et l’organisation, et quand nous travaillons dans nos fermes, les produits continuent à être vendus ». • Les Points de vente collectifs (PVC) se développent en Rhône-Alpes, passant d’une vingtaine en 2001 à plus de 60 aujourd’hui. Les agriculteurs se regroupent pour vendre leurs produits à tour de rôle dans un local, comme ici à La Gamme Paysanne, à La Frette. (Crédits Photos : La Gamme Paysanne)

Qu’est-ce qu’un circuit court ? Selon le ministère de l’Agriculture, le terme englobe la vente directe du producteur au consommateur (à la ferme, sur les marchés, collectivement, par correspondance, par paniers préparés à l’avance…) et la vente indirecte via un seul intermédiaire (restaurateur, commerçant-détaillant). Et ailleurs ? États-Unis : On dénombre 1785 marchés de producteurs en 1994, 4500 en 2007. Allemagne : 30 000 à 40 000 agriculteurs vendent directement leurs produits à la ferme, soit 6 à 8 % des exploitations. Japon : 13538 marchés de producteurs agricoles en 2005. Source : Ministère de l’Agriculture 2009.

L’exemple des fruits et légumes en chiffres Production totale française en 2004 : 5,6 milliards d’euros Vente directe : • A la ferme : 0,2 milliard d’euros • Sur les marchés de détail (produits vendus par les producteurs eux-mêmes) : 0,3 milliard d’euros. Vente dans l’ensemble des circuits courts : 0,8 milliard d’euros, soit 14% en valeur de la production française. Source : Infos CTIFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes) 2006.


Jeux d'argent en ligne :

PIGÉéconomie

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En 2008, le chiffre d'affaires du marché français des jeux d'argent en ligne a frôlé les 760 millions d'euros, partagés entre le Pari Mutuel Urbain et la Française des Jeux. En parallèle, une myriade de sites officie illégalement sur la Toile. Un marché noir estimé à cinq milliards d'euros par Bercy. C'est dans ce contexte que le gouvernement a annoncé, en 2009, sa volonté d'ouvrir à la concurrence et de réguler le secteur des jeux d'argent en ligne. Des opérateurs aux médias, en passant par les partenaires sportifs, tous veulent conquérir au plus vite ce marché en ébullition.

2 milliards d'euros. C'est la somme dépensée, chaque année, par les Français aux jeux d'argent et de hasard en ligne, d'après une estimation du ministère du Budget. Casino, poker, black-jack, roulette, pari sportif ou turf, l'internaute peut s'adonner chez lui à une multitude de jeux payants. Et 75% des mises se font parmi les 25 000 sites aujourd'hui illégaux au regard du droit français. Un marché qui pèse lourd, sans rapporter un euro au fisc.

Pari sur l'avenir Les enjeux de l'ouverture du secteur à la concurrence sont considérables, à commencer pour l'Etat. Avec l'allègement global de la fiscalité induit par la loi, ce dernier ne pourra plus compter sur les recettes annuelles tirées du PMU, de la FDJ (Française des jeux) et de la taxe sur les casinos, estimées à cinq milliards d'euros. Pour Marie Trespeuch, chercheuse en sociologie économique à l'Ecole Normale Supérieure de Cachan*, le projet de loi est le produit d'un arbitrage au niveau du gouvernement : « On ouvre un marché à la concurrence mais, en même temps, il ne faut pas trop y perdre de plumes.»

Le poker en ligne est l'un des trois secteurs du jeu concerné par l'ouverture à la concurrence. Il représente la majeure partie de l'offre de jeux de casinos sur le web (environ 75 % des mises, selon les chiffres du ministère du Budget).

Crédits photos : Pigémagazine.

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Plusieurs éléments permettent d'éviter, à moyen terme, une érosion fiscale, selon Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'université ParisDauphine : « l'arrivée de nouveaux acteurs, la légalisation de nouveaux types de jeux, poker en particulier, sont de nature à augmenter les mises car les Français jouent peu par rapport à certains pays, comme l’Espagne ou la Finlande ». Marie Trespeuch le confirme, « l'idée est de contrebalancer la baisse de la fiscalité par une augmentation en volume, donc de faire en sorte que les gens jouent plus ou qu'il y ait plus de joueurs ». Une course effrénée Côté opérateurs, les places seront chères sur le marché. D'après Eric Woerth, alors ministre du Budget, le processus d'attribution des licences par l'Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL) limitera à une cinquantaine de sites l'entrée dans la filière. Les monopoles publics, les casinos et les les pureplayers – opérateurs exerçant leurs activités uniquement sur le net – sont dans les starting-blocks. Mais tous ne partent pas avec les mêmes cartes en main. La FDJ et le PMU ont déjà une offre en ligne très développée et prévoient de l'étendre aux autres jeux (paris sportifs pour le PMU, poker pour la FDJ). Leur puissance financière et leur image de marque sont des avantages manifestes. Seul bémol pour ces opérateurs historiques, tempère Patrice Geoffron : « le segment de marché le plus porteur devrait être le poker, auquel ne se rattache pas leur actuelle image ».


qui va remporter le jack-pot ?

PIGÉéconomie

Les principaux points du « Projet de loi relatif à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne » : • Encadrer et limiter l'offre de jeux avec la mise en place d'un régime d'agréments, délivrés sous conditions par une nouvelle autorité administrative indépendante, l'ARJEL (Autorité de régulation des jeux en ligne). Les licences sont accordées pour cinq ans renouvelables. • Lutter contre la fraude en renforçant les sanctions contre les sites illégaux. • Alléger les prélèvement fiscaux et sociaux sur les jeux. Le texte aligne la fiscalité des jeux en ligne et celle des jeux en « dur » (casinos, FDJ et PMU), ce qui revient à baisser la fiscalité actuelle sur les jeux en « dur » (cf. tableau). • Autoriser la communication commerciale, sous conditions, en faveur d'un opérateur de jeux.

Schéma de présentation de la loi par la Commission des finances du Sénat (janvier 2010).

A l'inverse, les grands groupes étrangers présents sur la Toile comme Betclic ou Everest poker ont bâti leur popularité sur les paris et le poker. Ils bénéficient d'une cyber clientèle de joueurs et de bases de données conséquentes. Il ne leur reste plus qu'à obtenir une licence et payer le coût d'entrée sur le marché. Les casinos en « dur » se préparent aussi à en découdre. Du moins ceux qui en ont les moyens. Jean-François Cot, secrétaire général de Casinos de France, observe deux types de réactions parmi les casinotiers : « certains, qui n'ont pas l'ambition de se lancer sur le net, craignent que la loi fasse partir les clients, d’autres voient l’ouverture comme une opportunité de croissance.» C'est le cas des grands groupes, qui attendent impatiemment l'entrée en vigueur de la loi. Barrière a lancé en 2009 son casino en ligne « Le Croupier » sous licence maltaise.

Laurent Vassiaz, président de Joagroupe (3e groupe français de casinos après Barrière et Partouche), parle, pour sa part, d'une « course où on part avec un peu de retard ». Mais il se dit prêt à passer en payant sur le web : « Les investissements sont faits, l'équipe est en place depuis plus d'un an, le programme de fidélité est prêt, l'ergonomie du site aussi ». Depuis l'été 2009, l'opérateur propose des jeux gratuits online. Un moyen de « commencer à se roder à ce nouveau métier et d'habituer les clients », explique Laurent Vassiaz. Face à un public en « dur » en majorité constitué de personnes de 50 ans et plus, pas forcément addict aux nouvelles technologies, l’enjeu est « de faire en sorte que leur première pièce en ligne soit jouée sur des sites qui appartiennent à des opérateurs historiques plutôt que sur ceux qui n'ont aucune représentation concrète en termes physiques ».

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• Encadrer la consommation des jeux en prévenant le jeu excessif et en protégeant les mineurs.

Jeux d'alliances entre opérateurs et médias Pour attirer les clients, les sites agréés vont miser sur l'ouverture du marché à la publicité. Le secteur des jeux s’est développé très rapidement en France alors même que les opérateurs sont interdits de pub. Son potentiel de croissance est donc considérable. Et les groupes de médias et de télécommunications entendent bien avoir leur place sur ce marché prometteur. Europe1 a déjà signé un partenariat avec Betclic, RMC avec Unibet. Autre exemple, la FDJ s'est alliée pour trois ans à TF1. La chaîne ouvrira un espace dédié aux jeux sur son site tf1.fr, visité par 17 millions d’internautes, chaque mois, en 2009. « Les opérateurs ont intérêt à se rapprocher des groupes de médias les plus importants pour avoir pignon sur rue », prévient Marie Trespeuch. Et d'ajouter : « La différence se fera sur la publicité, dans les douze

premiers mois. Une fois la clientèle fidélisée, les nouveaux entrants se feront difficilement une place sur le marché.» Pour l'heure, « rien n'est joué d'avance. »

Justine Lafon * Marie Trespeuch prépare une thèse à l'IDHE Cachan (Institutions et dynamiques historiques de l'économie) portant sur l'ouverture à la concurrence du marché des jeux d'argent et de hasard en ligne.


PIGÉopposé

Faut-il se rendre en

POUR

De gauche à droite, une Himba, Solenne Bardet, Muriel Robin et Frédéric Lopez

SOLENN BARDET, géographe, a participé à la première émission. Elle affirme que « Rendez-vous en terre inconnue » est une émission de qualité, dans un paysage télévisuel de toute façon néocolonial. Comment et pourquoi avez-vous participé à cette émission ? C’est l’équipe de « Rendez-vous en terre inconnue » qui m’a contactée, à une période particulière puisque cela faisait deux ans que je voulais retourner chez les Himbas, c’était devenu une urgence pour moi. Ce sont des voyages compliqués à organiser seul, donc c’était pour moi l’occasion d’y retourner. J'avais un peu peur, parce que c'est toujours compliqué d’y aller avec une équipe de tournage. Mais ça c'est bien passé. Que pensez-vous justement du concept de l’émission ? J’avais pas mal d’appréhension au début, peur que ça se passe mal avec les Himbas. Ils sont très médiatisés depuis une dizaine d’années, et il y a de tout : des fois cela se passe bien, d’autres fois mal. Moi mon souci c'était qu'ils soient corrects avec les Himbas, que les Himbas y trouvent leur intérêt. Il y a des films très bons mais qui se sont très mal déroulés lors du tournage et inversement. Là, ça s’est vraiment bien passé. Pouvons-nous en tirer un bilan positif pour les Himbas ? Le fait que cinq millions de téléspectateurs voient l’émission n’apporte rien aux Himbas. L'important c'est que le tournage se passe bien et qu'ils en tirent des contreparties financières qui leur permettent de s’acheter du bétail, de creuser de nouveaux puits. Aujourd'hui, ils ont besoin d'argent, ils ne peuvent plus vivre uniquement du bétail pour envoyer leurs enfants à l’école, pour se faire soigner. De plus, les Himbas ont décidé d'être médiatisés, depuis 1994, alors qu’un projet de barrage menaçait leur territoire. Ils sont aussi demandeurs

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de tourisme. C’est leur souhait et leur démarche de faire venir des étrangers. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu'il faudrait laisser les Himbas seuls, ne pas aller les voir, que rien ne bouge. Le monde bouge de toute manière. Ils veulent s'y adapter. Pensez-vous que l’on puisse qualifier cette émission de néocolonialiste ? C'est un débat qui est surtout lié aux émissions de télé-réalité. Je ne crois pas qu'on puisse mettre cette émission dans le lot. Elle a ses limites bien sûr. Par exemple, le reportage sur les Himbas ne montre pas tout : c’est vrai que c’est une vision très romantique, très facile de leur vie, mais c’est surtout lié à la période à laquelle le tournage a été fait : il y avait eu des pluies comme jamais, tout était vert, l'herbe pour le bétail était abondante... S'ils étaient venus en hiver, à la fin de la saison sèche, l’image aurait été toute autre ! Mais pour moi, c'est un bon film car les Himbas y ont une vraie place, on les entend parler... Ce que dit Frédéric Lopez, c'est qu’un people comme sujet du film lui permet de diffuser l'émission sur France 2, à 20h50, une heure de grande audience et que la parole des Himbas est entendue. Et je remarque que les gens qui l'ont vu et en parlent, ont perçu l'humanité des Himbas dans ce film. Ce qui n'est pas le cas des documentaires classiques qui, avec un traitement ethnologique, donnent l'impression que cet autre est très loin de vous. Nous sommes dans un rapport colonialiste parce qu’on ne montre pas les émissions aux Himbas. Mais à mon avis il ne faut pas mélanger toutes les émissions, « Rendez-vous en terre inconnue » est une émission de qualité. C’est l’ensemble de l’Occident qui doit se remettre en question qui reste dans un rapport néocolonialiste. Que ce soient les documentaires de la BBC, de Discovery Channel, de tous les pays, on n'est jamais dans une démarche participative.


terre inconnue ?

PIGÉopposé

FRANÇOIS JOST, professeur à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, directeur du Centre d'études des images et des sons médiatiques, dénonce un concept « consternant ». Comment expliquez-vous le succès de l’émission « Rendez-vous en terre inconnue » ? Cela s’explique en premier lieu par l’exotisme. L’exotisme mélangé à un regard naïf : cela amuse les gens qui ne savent pas ce que c’est qu’une société primitive. Ces voyages en terre inconnue veulent opposer « l’être » au « paraître » : nous serions une société du « paraître » alors que ces tribus seraient des sociétés de « l’être ». C’est pourquoi les réalisateurs y envoient de petites vedettes, des gens du spectacle, souvent du rire, qui sont dans la dérision, l’apparence, et y opposent ces sociétés supposées de « l’être ». C’est une vision ancienne, presque rousseauiste, de la vie sociale : cela fait partie de cette idéologie du XVIIIème siècle, où l’homme « primitif » représenterait l’homme proche de la nature qui fascine, l’homme le plus proche de la vérité, de la simplicité. Qu’est-ce qui vous choque dans cette émission ? Ce qui me choque, ce sont les préjugés qu’elle véhicule, cette vision du XVIIIème siècle de l’état de nature, de l’homme « simple » et « vrai » parce que proche de la nature. Ceci dit, monsieur Lopez est quelqu’un d’honnête, qui refuse de vendre son format à l’étranger notamment, pour éviter que les endroits où il se rend ne deviennent touristiques. Après les apports de Lévi-Strauss, j’ai du mal à voir comment les concepteurs de ces émissions et ceux qui y participent peuvent encore prétendre comprendre ces sociétés en se moquant ou en tentant de mimer leurs danses par exemple, en pensant avoir appris quelque chose alors qu’ils n’ont rien compris du sens profond que peuvent avoir leurs coutumes. Ce ne sont pas seulement des danses, des peintures sur la peau, cela représente bien plus. C’est pour moi simplement

consternant. Cette émission ne tient pas compte des avancées en sciences sociales de ces cinquante dernières années. On a bousillé beaucoup de civilisations comme ça. Quand Lévi-Strauss se rendait dans une de ces tribus, il ne le faisait jamais sans préparation, il y allait avec mille précautions. Aujourd’hui, les personnes qui y vont n’ont pas la culture nécessaire pour ne pas détruire ces peuples, ces civilisations. Le mal n’est-il pas déjà fait ? Oui, mais la télévision n’est pas la seule responsable. Bien sûr que le mal a déjà été fait, en Amérique du Nord ou en Amazonie, pour ne citer que ces endroits. Ce sont des sociétés qui sont métissées par nos habitudes, de véritables cultures qui se transforment en folklore. Avec cette émission, des gens sont envoyés sans aucune préparation culturelle dans des « terres inconnues », comme s’il suffisait de traverser un terrain pour le comprendre. Ils traversent la réalité, et n’en retiennent que des images, rien d’intelligible. « Rendez-vous en terre inconnue » est très spectaculaire dans son concept : on emmène une personnalité dans un pays qu’elle ne connaît pas, elle-même ne sait pas où elle va, alors que je le répète : un voyage doit se préparer. C’est comme si l’on pensait pouvoir tout comprendre en une fois, en un seul coup d’œil, en une seule traversée. Peut-on parler de néo-colonialisme ? C’est effectivement un peu néo-colonialiste, même si ces gens, ne sont pas ramenés chez nous comme dans un zoo humain. Nous regardons l’émission avec un regard naïf, un certain émerveillement devant ces gens qui sont « si simples », « si vrais ». Alors que l’on sait avec Lévi-Strauss que justement, ce sont des sociétés très complexes…

Clémence Artur et Leïla Boutaam.

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CONTRE

V

Vous n’avez pas pu passer à côté du phénomène « Rendez-vous en terre inconnue », cette émission people estampillée « culturelle », qui se propose d’emmener une célébrité à la rencontre de peuples reculés. Saluée par la critique, elle bénéficie de larges audiences, mais ne fait pas l’unanimité pour autant. Lorsque la télé-réalité verse dans l’exotisme, nombreux sont ceux qui dénoncent ses relents « néocoloniaux ».


PIGÉculture

Anne Queffélec : si Chopin m'était conté...

A

A l'occasion de l'année Chopin en France, lancée par le ministère de la Culture, la pianiste Anne Queffélec revient sur l'œuvre de ce génie franco-polonais dont nous fêtons le bicentenaire de la naissance.

Comment définiriez-vous l'œuvre de Chopin? Chopin est un mélange. Julien Green disait que Chopin était un « enchanteur autoritaire ». Il y a une antinomie entre deux forces qui s'exercent dans sa musique. Le mot d' « autoritaire » peut faire référence à une retenue, à une forme de classicisme d'une œuvre qui ne tombe jamais dans le pathos ou dans l'excès. A l'inverse, le chant est toujours présent et ses ornementations sont de la poésie pure. Tout le génie de Chopin, est qu'il arrive à trouver le point d'équilibre entre l'autorité, qui s'exerce par la main gauche, par la basse, et l'extraordinaire poésie exprimée par la main droite, cette ligne sinueuse et enroulée. L'univers de Chopin est un mélange de passion, de sens de la détresse, de solitude et, en même temps, d'une noble retenue. L'interrogation, la contemplation et le rêve, provoqués par ses œuvres, peuvent atteindre une dimension spirituelle. Au fond, les nocturnes pourraient être des sortes de prières profanes.

Grande gagnante du concours international de Munich (1968) et de Leeds (1969), Anne Queffélec a sorti en janvier 2010 un album consacré à l'œuvre de Chopin intitulé « Chopin : de l'enfance à la maturité ».

Frédéric Chopin a vécu à Paris pendant la deuxième moitié de sa vie. Dans quelle mesure la France a-t-elle été une source d'inspiration ? La double nationalité de Chopin compte beaucoup. Son père était français, sa mère polonaise. Lorsque Chopin est venu s'installer à Paris, il est resté en contact étroit avec sa famille, restée en Pologne, en échangeant de nombreuses correspondances avec son père. Ce dernier, professeur de français à Varsovie, écrivait à son fils en français. Mais le compositeur lui répondait en polonais. Il avait certainement le besoin de garder contact avec sa langue maternelle. Ensuite, à travers la femme la plus importante de sa vie, George Sand, il a rencontré les plus grands artistes de l'époque. Cela l'a beaucoup stimulé et nourri. Chopin, à travers sa musique, cherchait le lien avec son pays natal, avec ses racines profondes, mais aussi avec l'enfance, qui est tellement importante dans son œuvre. Peut-être que le fait de vivre en France l'a rendu plus polonais, musicalement en tout cas.

Crédit photo : Juliette Briard.

Chopin par Teofil Kwiatkowski (1809 – 1891)

Quels rapports Chopin entretenait-il avec les compositeurs du mouvement romantique comme Schuman, Liszt, ou Schubert? Entre Liszt et Chopin, il y avait une grande admiration réciproque. Il est probable que Liszt était encore plus fasciné par Chopin que le contraire. Liszt était une sorte d'athlète du clavier, un conquérant, un héros flamboyant. Au contraire, Chopin était un poète absolu, qui avait une subtilité, une suavité, une sonorité de toucher extraordinaire. Aussi, Liszt adorait jouer en public. C'était un batteur d'estrades. Chopin, lui, ne courait pas après les concerts. Il jouait plus volontiers dans les salons. Jouer en public était un supplice. Schuman, il le trouvait trop dans le débordement, dans l'excès. On peut comprendre que par rapport à la retenue qui existait chez Chopin, l'éclatement des formes chez Schuman ait pu le heurter. Cependant, il reconnaissait les grands compositeurs. Je suis étonnée qu'il n'ait pas aimé davantage Schubert, qui est une source inépuisable d'imagination et de mélodies. Si je rencontre Chopin là-haut, je ne manquerai pas de lui dire : « Quand même, Schubert ! Vous exagérez ! C'est un petit manque de curiosité, mon cher Frédéric ! ».

© BNF, BMOP

Qu'importe le flacon...

Frédéric Chopin avait la hantise de se voir enterré vivant. Sur son lit de mort, il demanda à ce qu'on lui retire le cœur, une fois le décès constaté. Lorsque que le compositeur s'éteignit, le 17 octobre 1849, l'organe fut prélevé. Mais un problème de taille vint perturber l'ultime opération: il n'y avait pas de liquide pour conserver et transporter le cœur. On l'immergea donc dans du cognac. Aujourd'hui, le corps de Chopin est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Son cœur, lui, se trouve dans une église de Varsovie, plongé dans un alcool bien français. Funèbre illustration de sa double nationalité.

Bertrand-Noël ROCH

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Les femmes entrent en scène

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Bonne nouvelle, les femmes artistes ont du succès. Alors que le festival musical « Les Femmes s’en mêlent » a fêté sa 13ème édition et que le Centre Pompidou prolonge l’exposition « Elles » jusqu’en février 2011, le choix atypique de créer un événement en fonction du sexe des artistes interroge : engagement féministe, reconnaissance créative ou simple effet de mode ?

B

Emilie, Fanny et Sabrina, membres du groupe Décibelles : « Nous, ce qu’on aime dans la musique, c’est vraiment s’éclater et partager, peu importe qu’on soit dégueulasses, transpirantes et que notre maquillage dégouline ! » (Crédits photos : Guillaume Grasse).

« Pourquoi n'y a-t-il pas de grandes femmes artistes ? ». La provocation est signée Linda Nochlin. En 1971, cette Américaine, historienne de l'art, invite ses confrères à s'interroger sur la place marginale des femmes dans le domaine artistique. Près de quarante ans plus tard, le Musée national d’art moderne remet le sujet au goût du jour, avec l'exposition « Elles» au Centre Pompidou. 8000 m2 consacrés à 500 oeuvres de 200 artistes femmes : une échelle jamais atteinte par un musée. Pourtant, l’accrochage n’a pas fait l’unanimité. La commissaire de l’exposition, Camille Morineau, a anticipé la polémique : « On peut critiquer la violence de ce 100% (…), on peut gloser sur le retard de ce geste ou encore dénoncer la « ghettoïsation » d’un sexe ainsi exposé. Toutes ces remarques pertinentes, nous nous les sommes faites avant d’opter pour ce qui nous semblait le plus juste compromis, à savoir ne pas en faire ». Le parti pris s’avère payant. Plus de 87 000 visiteurs se sont déjà déplacés pour « Elles » et, peut-être, autant profiteront du prolongement de l’e position, jusqu’en février 2011. Si ces manifestations dédiées aux femmes sont aujourd’hui à la mode, elles ne sont pas nouvelles.

« Les femmes s'en mêlent » Festival indépendant de musiques rock, électro, indie, « Les femmes s'en mêlent » donne le ton, depuis 1997, avec sa programmation 100% féminine. Décrit par son fondateurdirecteur, Stéphane Amiel, comme « un écrin pour mettre en valeur des artistes qui nous sont chères », l'événement a pour ambition de leur donner une meilleure visibilité. Le projet est avant tout artistique. Et sur ce point, Stéphane Amiel est clair : « ce n'est pas une revendication féministe. Même les artistes qui y participent ne veulent pas de cette étiquette ». Pour autant, les groupes politisés ont toujours leur place dans la programmation. Le directeur artistique est attaché à l'esprit engagé d'artistes tels que MEN, groupe newyorkais d'électro issu des Riot grrrls – mouvement musical post-punk féministe ayant connu son apogée au début des années 1990. Internet, révélateur de talents Aujourd'hui, ancré dans la scène musicale française, « Les femmes s'en mêlent » doit aussi sa pérennité aux compositrices-interprètes de plus en plus nombreuses. « Si, en 1997, j'avais du mal à trouver une programmation intéressante sur trois jours, ce n'est plus le cas. J’ai beaucoup plus

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d’artistes qu’au début », affirme Stéphane Amiel. Et d'ajouter : « Internet a eu un effet décomplexant ». Cette nouvelle scène féminine a émergé, entre autres, grâce au développement du web. Les sites communautaires ont permis aux femmes de se frayer une place dans le milieu de la musique, sans forcément passer par le circuit fermé et plutôt masculin des labels. Sabrina, Fanny et Emilie, 20 ans à peine, originaires de Grenoble, ont su profiter de ce tremplin dès la création de leur groupe, Décibelles, en 2006. Depuis quelques années, les succès féminins s'enchaînent sur les ondes. Au risque de devenir un bon créneau marketing. Avec un style punk’n roll assumé, les Décibelles tracent la route à leur manière. Du premier concert à EVE, à Grenoble, aux planches des « Femmes s’en mêlent », elles ont toujours privilégié leur musique face à la vague commerciale qui propulse certaines sur le devant de la scène : « On nous a déjà dit que c’est parce qu’on est des filles qu’on a été repérées. C’est vrai qu’un groupe de filles, ça attire les regards. Mais au final, c’est faire de la bonne musique qui compte, le sexe n’est pas un critère ».

Justine Lafon et Marion Payet

L’art et les femmes en chiffres (France)

• 60% de femmes parmi les artistes diplômés des écoles des beaux-arts (Le Monde, 26 et 27 avril 2009). • 15 % d’artistes femmes en moyenne dans les collections publiques des musées. (Le Monde, 26 et 27 avril 2009). • 20 % de femmes musiciennesinterprètes (Ravet et Coulangeon, « La division sexuelle du travail chez les musiciens français »). Affiche de la 13ème édition du festival Les femmes s'en mêlent. Crédits Photos : Ephelide


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Au théâtre de l’imprévu

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Plancher en direct sur des thèmes saugrenus et inventer des sketchs sur propositions du public, c’est le principe de l’improvisation théâtrale. Une surprenante performance produite dans l’instant : les idées fusent et les corps se lâchent, pour créer des personnages, des décors, et surtout des histoires. Une pratique qui offre des formes d’expression inédites.

Des comédiens de la Ligue d'improvisation grenobloise en pleine action. (Crédits photos : Khaled Baïtich)

Evelyne Augier-Serive, directrice du théâtre municipal de Grenoble

« Désolé, maître Yoda, mais ici c’est une discothèque », « Et si Figaro devenait dictateur cubain »… Voilà des thèmes tirés au sort lors du match d’impro organisé par les Quand Mêmes, à la Bobine, en février dernier. Ajoutez à cela des contraintes telles que « accent norvégien-provençal » ou « à la manière de Tarantino », et vous obtenez un mélange… détonnant. La discipline de l’imprévu Dans ce genre de spectacle, toujours renouvelé, les comédiens imaginent sans préparation une histoire cohérente. Dans les années 1970, les Québécois Robert Gravel et Yvon Leduc imaginent un format inédit, le match d’improvisation, une performance qui s’inspire du hockey sur glace. Deux équipes de six joueurs s’opposent, avec chacune leur coach, un arbitre et ses deux assistants, et une patinoire (sans glace !) qui délimite le terrain de jeu. Ce format a été beaucoup décliné, notamment en catch d’impro, dans lequel deux duos s’affrontent sur un ring, ou en spectacles de type plus « cabaret », sans cette forme de compétition amicale. Inventer et interagir A Grenoble, on compte de nombreuses troupes d’amateurs (Les Quand Mêmes, l’Impropub, Latiag, les Improstars, les Coyotes Minute, Impro’pulsion…) et deux professionnelles, la Ligue d’Improvisation Grenobloise (LIG) et la Ligue1pro38. Toutes proposent leurs propres concepts originaux, comme par exemple le « Monsieur et Madame, improvisons la vie d’un couple » de la LIG, ou « l’Impro dont vous êtes le héros » des Quand Mêmes. L’interactivité et la complicité avec le public sont essentielles : les spectateurs donnent des thèmes, applaudissent, votent, influencent la tournure que va prendre l’histoire en cours et mettent en danger à leur gré les acteurs. Du palais du Roi Soleil aux plaines du Far West Pour les comédiens, ce théâtre éphémère attire par son caractère spontané. Carine, comédienne à la LIG, aime « ce travail d’écoute et d’humilité », et surtout «emmener les gens dans des univers très différents, d’une forêt profonde à une rue de Chicago». Ioul, des Quand Mêmes, apprécie « mélanger le côté créatif du metteur en scène avec le jeu de comédien ». Mais gare à l’écueil ! Les comédiens veillent à ne pas toujours utiliser les mêmes ficelles burlesques et humoristiques. Les moments plus dramatiques, ou poétiques, ont toute leur place dans ces spectacles. Pour Carine, le théâtre d’impro est plus accessible que le théâtre classique, car « moins littéraire, plus spontané et interactif», et pourtant, « aucune subvention ne va à l’improvisation, car elle n’est pas considérée comme une discipline théâtrale par les politiques culturelles ».

Lucie de la Héronnière

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Que pensez-vous des spectacles d’improvisation théâtrale ? J’aime beaucoup. Cela permet à des personnes qui ne veulent pas ou n'osent pas se lancer dans des carrières professionnelles, de monter sur scène de manière plus ludique. Et l’improvisation apporte beaucoup dans le jeu, dans l’écoute des autres sur scène. D’ailleurs, dans les formations de théâtre classique, il arrive quelquefois que l'on utilise l’impro pour voir si le jeune « apprenti » comédien s’adapte bien aux différentes situations. Est-ce qu'il vous arrive de programmer ce type de représentations ? Non, ce n’est pas notre objectif majeur. Nous l’avons fait une fois avec « Le combat musical » avec Yvan Le Bolloc'h et Bruno Solo. Notre cahier des charges est de diffuser une production internationale, nationale voire régionale de spectacles professionnels. Mais je ne ferme aucune porte… A votre avis, votre public est-il différent du public des spectacles d'impro ? Il faut faire une différence entre notre public préférant largement les classiques et le théâtre contemporain, et des spectateurs moins élitistes, qui fréquenteraient volontiers un match d’impro. L’impro attire sûrement un public plus jeune, plus attiré par le côté ludique. Les Quand Mêmes à la Bobine, réalisant une improvisation utilisant les arbitres comme des pantins. (Crédits Photos : Pigé Magazine)


Tiens, voilà du bouddhisme !

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Acheter un crucifix à Casa ou à Graine d’Intérieur serait plutôt incongru, non ? Pourtant, personne n’est choqué de trouver des figurines de Bouddha dans les rayons des magasins de décoration. Le bouddhisme ou, du moins, ses objets de culte, sont devenus des produits de consommation faciles d’accès, à tel point que beaucoup oublient qu’il s’agit d’une croyance aussi complexe que le christianisme ou l’islam. Aujourd’hui, la quatrième religion de France reste encore méconnue, trop souvent perçue comme une pratique magique de guérison.

Le bouddhisme en France, c’est… • La quatrième religion de France (après le catholicisme, l’islam et le protestantisme). • 5 millions de sympathisants • 500 000 pratiquants, dont trois quarts d’origine asiatique (Thaïlandais, Chinois, Vietnamiens…) • 150 000 Français convertis au bouddhisme • 350 lieux de culte, pagodes et centres de méditation • Une organisation, l’Union bouddhiste de France (UBF), qui fédère 80% des associations de cette religion sur le territoire national • Une émission de télévision le dimanche matin sur France 2, « Sagesses bouddhistes », depuis 1997, comme les trois grandes religions monothéistes.

Nuées d’encens, photos de moines tibétains, statuettes de Bouddha sur les étagères… Françoise, 43 ans, ne cache pas son attirance pour le bouddhisme et la méditation, qu’elle pratique depuis 5 ans. Pourtant, quand on lui demande de quelle tradition elle se revendique, elle ne sait pas quoi répondre. Sans surprise : si le bouddhisme séduit de plus en plus de Français, c’est bien souvent pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la religion. Au mieux, il apparaît comme une simple technique de relaxation ; au pire, comme une thérapie magique permettant de guérir l’âme et d’améliorer sa vie sans trop d’efforts. Ce que l’on sait peu, c’est que le bouddhisme possède la plus grande bibliothèque de textes sacrés, et que les enseignements varient selon les pays et les traditions adoptées. Mais beaucoup négligent ces connaissances, et préfèrent se tourner vers un bouddhisme mercantile et facilement accessible. « Il n’y a pas de prosélytisme dans le bouddhisme » L’explication de cette méconnaissance ? La communauté bouddhiste se fait discrète, parfois même invisible. A Grenoble, le Centre d’Etudes Bouddhistes se trouve au fond d’une cour délabrée, sans plaque ni indications pour signaler le lieu. Joël Huta, qui y dirige des séances d’introduction à la méditation, explique : « Il n’y a pas de prosélytisme dans le bouddhisme, car ce n’est pas vraiment une religion. C’est plutôt un mode de pensée, un état d’esprit. Nous ne faisons pas de publicité pour notre centre : ceux qui cherchent vraiment nous trouvent, et nous sommes assurés que s’ils sont là, c’est qu’ils le désirent vraiment. » Même durant ses cours, Joël ne donne pas de leçons théoriques : seule la pratique compte. Chantal vient méditer au centre depuis bientôt deux ans : « Je suis certaine que la méditation

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PIGÉculture

peut guérir le corps et l’esprit. Elle a une véritable vertu thérapeutique. » Pour elle, le bouddhisme est une façon d’échapper au stress et à la déprime du quotidien. Soyons heureux, soyons zen ! Chantal avoue n’être pas intéressée par les livres et les textes sur le bouddhisme. Et c’est bien le problème : en Occident, l’histoire et les fondements de cette religion restent profondément méconnus, même par ceux qui se disent ses disciples. Trop souvent, la méditation est pratiquée comme une thérapie antistress, un remède exotique contre la dépression. Le mot « zen » est utilisé à tort et à travers, notamment dans la publicité, et est associé au bonheur. Chacun adapte le bouddhisme à ses propres attentes, sans en connaître les théories. « Le bouddhisme est présenté comme une solution magique aux problèmes, mais quand les gens se rendent compte que ce n’est pas un remède miraculeux, beaucoup abandonnent », explique Joël Huta. Que faire alors pour lutter contre cette fausse vision ? Pour Joël, rien. « Je ne crois pas qu’il faille s’inquiéter de cette marchandisation du bouddhisme. Au contraire, c’est parfois une porte d’entrée vers la découverte de la tradition et du message de Bouddha. » Un bel exemple de sérénité bouddhiste…

Joël Huta en pleine méditation. Crédits photos : Pigémagazine.

En savoir plus : • Exposition « Tibétains, peuple du monde », jusqu’au 4 janvier 2011 au Musée dauphinois • Le Centre d’études bouddhistes de Grenoble, au 16 rue Thiers, au fond de la cour à gauche, troisième étage. • Le Centre Karma Ling en Savoie : www.karmaling.org

Juliette Briard Bertrand-Noël Roch

Autel du Centre d’études bouddhistes de Grenoble (CEB).


Entrez dans la ronde

PIGÉdécalé

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Mazurka, chapelloise, cercle circassien… Quand on entre dans un bal folk, on est sûr de guincher à plusieurs. Une pratique mal connue, mais qui place le plaisir de la danse et la convivialité avant la performance.

Un bal folk costumé à Sâles, en Haute-Savoie, avec le groupe « La Gigouillette ». (Crédit Photo : Pigé magazine)

Où danser ?

Dans l’agglomération grenobloise ? Chaque mois, des bals sont organisés par l’AREMDAT (Agence de Recherche en Musiques et Danses Traditionnelles) à la Salle rouge, ainsi qu'à Echirolles avec l'association Ensemaille. Pour plus d’information, consulter le planning complet dans l'agglo : www.aremdat.org En France et en Europe ? Chaque été, des festivals réunissent les folkeux d’ici et d’ailleurs, par exemple en France à Saint-Chartier, à Gennetines, ou encore Vialfrè (Italie) et Dranouter (Belgique). Le folk en chiffres

En France, selon un bilan dressé en 2008 par la FAMDT, il existe des milliers d'associations locales réunissant les folkeux, 200 festivals spécialisés dans la musique folk et dix centres régionaux labellisés de musiques et danses traditionnelles. Ces centres ont été reconnus par le ministère de la culture en 1990.

Lundi soir, au Café des arts, à Grenoble, les tables ont été poussées contre les murs pour une réunion hebdomadaire bien particulière. Une trentaine d'hommes et de femmes forment une ronde, et battent le plancher, main dans la main, au son de musiques traditionnelles. Tout s'enchaîne rapidement... Des couples se font et se défont. À la fin de la soirée, tout le monde aura dansé avec tout le monde. Nous sommes dans un atelier de danse folk. « Le folk est ancré dans la tradition » « L'apprentissage est ludique, l'objectif est que les gens aient du plaisir à danser. Mais ce n'est pas trivial du tout, c'est une danse qui sollicite différentes énergies », explique Michel Simonet, professeur du cours de danse folk au Café des arts. Le rythme subtil des laridés – danses en cercle originaires de Bretagne –, où le balancement de bras est essentiel, tranche, en effet, avec les pas sautillants des mazurkas (Pologne), qui font tourner gracieusement les couples. Mélange de danses et de musiques traditionnelles (accordéons, cornemuses, violons) réinterprétées au gré des envies, le folk trouve ses origines dans les années 1970 en France. De nombreux musiciens reprennent alors les mélodies coutumières de diverses régions françaises et de pays d'Europe dans des compositions plus actuelles (guitare, batterie...). Aujourd'hui, le folk n'a plus de place dans les médias généralistes, mais vit grâce aux groupes régionaux et à quelques passionnés qui organisent sur le terrain des stages de danse et des bals folk. A la fois « ancré dans la tradition » et espace de « croisement entre les âges et les milieux », d'après Michel Simonet, le folk est indémodable, et continue d'attirer de nombreux amateurs.

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Des danseurs bigarrés Et pas que des vieux de la vieille ! Selon Dominique Meunier, le président de la FAMDT (Fédération des Associations de Musiques et Danses Traditionnelles), « le folk se renouvelle par des personnes qui ne sont pas du milieu, avec un public plutôt jeune qui agit selon une logique de zapping dans la consommation de soirées ». Les danseurs recherchent avant tout le plaisir de la danse. Les débutants peuvent en profiter même quand la perfection technique et esthétique est encore loin. Pour Vincent, 20 ans, « c’est très convivial, on peut danser avec de parfaits inconnus, avec une grande liberté d’improviser ». De plus, tout le monde peut apprendre facilement, sans inhibitions, sur le tas ou lors d’ateliers, et un voisin de ronde ne rechigne jamais pour expliquer quelques pas à un novice. L’unité du groupe Des rapports bien particuliers et une forte cohésion s’instaurent pour quelques instants. Pour Sophie, 25 ans, « on danse tous ensemble, pas comme en boîte… ». Dominique Meunier s’accorde sur cette idée : « on essaye de recréer du lien social, autre chose que danser sur place. Mais on retrouve cela dans d’autres types de musiques amplifiées, comme le slam, où la posture et le rapport à l’espace public sont assez proches du folk ». Les corps sont libres et décomplexés pour valser, sauter, tournoyer, au gré d’une musique aux arrangements contemporains. Le folk, une pratique basée sur les traditions rurales, mais qui apparaît donc comme résolument… moderne.

Justine Lafon et Lucie de la Héronnière


La pâtisserie en voit de toutes les couleurs

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PIGÉtesté

Des petits gâteaux chapeautés de couleurs… Les cupcakes débarquent à Grenoble. Des spécialités anglo-saxonnes qui cassent les codes traditionnels de la très réputée pâtisserie française et qui ravissent les plus créatifs. De quoi éveiller la curiosité de la rédaction de Pigémagazine qui est allée tester pour vous la fabrication de ces friandises « so cute ».

Ariane, créatrice du Cakeshop et ses gourmandises colorées.

Rue Thiers, une boutique aussi colorée que les gâteaux exposés en vitrine attire l’œil du passant grenoblois. Dans la cuisine du Cake Shop, pâtisserie de gâteaux fantaisie, nous attendent cinq jeunes femmes, copines ou mères de famille, toutes venues bénéficier des conseils avisés de Paul, pâtissier et d’Ariane, la maîtresse des lieux. Distribution de toques, nous allons apprendre à confectionner cupcakes et autres gâteaux bariolés.

La pâte est versée dans des moules en forme de tasses (cup en anglais), d’où le nom des cupcakes.

Crédits photos : Justine Lafon.

La recette d’Ariane : un mélange d’originalité anglo-saxonne et de saveurs à la française

Franco-anglaise mariée à un Américain, Ariane, créatrice du Cake Shop, est familière du mélange des cultures. Elle admet que la cuisine d’outremanche a mauvaise réputation au pays de la grande gastronomie. « C’est ce qui est amusant, chercher à dépasser les clichés », confie-t-elle. Sa formation en communication et sa passion pour la pâtisserie l’incitent à réconcilier les deux cultures culinaires qu’elle affectionne : « Il s’agit d’un échange donc on s’adapte au marché français ». Aussi la transmission se fait en douceur : cupcakes au mascarpone ou scones au chocolat. Les préparations sont allégées, les colorants naturels privilégiés et certains gâteaux dépourvus de gluten. Les ateliers d’apprentissage proposés régulièrement sont aussi l’occasion concrète de partager le plaisir de la pâtisserie créative. Ils jouissent d’un franc succès auprès des amateurs mais aussi des professionnels, intrigués par le travail de ces produits encore peu connus en France. En savoir plus… The Cake Shop, au 11, rue Thiers, à Grenoble vous reçoit lors d’ateliers culinaires pour six adultes, huit enfants ou huit « boutchoux » (respectivement 40 € les 2 heures, 25 € l’heure et demie 15 € prix par personne). Réservation sur www.thecakeshop.fr. Et ceux qui souhaitent essayer à la maison trouveront des recettes de cupcakes sur Internet : www.marmiton.org.

Des gâteaux chocolatés à personnaliser.

De la pâte à modeler ? Non, de la pâte de sucre. Aussi beaux que bons, les cupcakes décorés.

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Le cupcake, c’est avant tout une génoise, qui doit convaincre par sa légèreté pour compenser la gourmandise du glaçage. La préparation est simple : du beurre pommade, du sucre, de la farine, de la levure et un peu d’huile de coude. Chez Ariane, le travail se fait à la main, c’est efficace et plus convivial. Les apprenties pâtissières, familières de ce type d’atelier, en profitent pour partager photos de leurs exploits culinaires et astuces pratiques. Pendant la cuisson des cupcakes, on passe à l’étape la plus attendue de l’atelier : la décoration. En effet, ce qui plaît dans la pâtisserie anglo-saxonne, c’est la possibilité de personnaliser ses créations. « C’est presque plus beau que bon » nous confie Aurélie, « maman gâteau ». Des couleurs, des rubans, des perles, des paillettes. Il ne s’agit pas d’art plastique mais de cuisine et tout est comestible ! La bonne humeur n’est pas seule au rendez-vous, la curiosité est perceptible elle aussi. En particulier lorsque Paul nous présente la pâte à sucre, directement importée d’Angleterre. Au toucher et à la vue, cela s’apparente à de la pâte à modeler. Il y en a de toutes les couleurs et le goût est doux et sucré. Le travail est délicat, il se fait à la paume de la main. Le tout est de parvenir à enrober le gâteau sans plis ni trous apparents. Une mission que Luce et Aurore, copines indisciplinées, ont du mal à accomplir alors qu’Alva, plus sérieuse, s’applique sur son gâteau chocolaté en forme de cœur. Finalement, la concentration laisse place au plaisir de la création. Emporte-pièces et rouleaux à texture dessinent sur la pâte colorée des motifs ludiques. Des bombons pour la finition, collés avec de la glace royale, un mélange de sucre glace et de blanc d’œuf. Le résultat est si joli qu’on s’interdirait presque d’y goûter. On a dit presque… Sandrine Andrei


SCOOP

PIG É magazine

Le journal de l'IEPG

20 Minutes à Grenoble ? Les couloirs des rédactions grenobloises bruissent depuis quelques mois d'un murmure persistant. 20 Minutes, le quotidien gratuit, est annoncé à Grenoble en octobre prochain. D'après nos informations, les actionnaires du journal ont voté cette décision. Lancé en Allemagne et en Suisse en 1999 par le groupe norvégien Schibsted, le quotidien est arrivé, en 2002, dans l’Hexagone, peu après son concurrent suédois Metro. Si cette arrivée fit alors grand bruit, le titre est aujourd’hui présent dans huit grandes villes de France. Dans un marché publicitaire très difficile, l'intrusion à Grenoble du journal détenu par Schibsted et les Français de Spir Communication/OuestFrance, entrera en concurrence directe avec Le Dauphiné Libéré et son gratuit, Grenews.com dans la course aux annonceurs. La rédaction nationale devrait s’adjoindre, au plus, deux journalistes à Grenoble pour la partie locale puisque 80% du contenu est commun à toutes les éditions de 20 Minutes.

À lire et à écouter sur pigemag.com

En attendant le prochain numéro... L’agenda pour sortir A partir du 2 avril 2010 Exposition « Résister aujourd’hui » : le musée de la Résistance et de la Déportation de Grenoble renouvelle les présentations de l’exposition de longue durée, avec une installation audiovisuelle interactive. Plus d’infos : www.resistance-en-isere.fr Du 14 au 26 mai 2010 Festival : c’est la 23ème édition du Festival isérois des Arts du récit : spectacles, lectures et ateliers sont organisés dans toute l’agglomération. Plus d’infos : www.artdurecit.com

Le site internet d’information du master journalisme de l’IEP de Grenoble. Le 5 juin 2010 Concert : le chanteur pop-rock Calogero revient dans sa ville natale pour un concert au Summum. A 20h30, 40 euros. Plus d’infos : www.summum-grenoble.fr

L’agenda pour réfléchir « Treize à table » La nouvelle émission radio De 13h à 14h tous les lundis, les étudiants du master journalisme mettent le couvert sur Radio Campus. L'actualité y est épluchée, découpée et mijotée à la sauce grenobloise. Au menu, par exemple : Serge Dufoulon, sociologue et anthropologue qui revient sur le débat de l'identité nationale. Quel bilan en tirer, comment l'aborder à l'avenir ? A consommer sans modération.

Le stade des Alpes dans la tourmente

Florence Aubenas de passage à l’IEP

Nouvelle polémique autour du stade grenoblois. Cette fois-ci, c’est le montant de son loyer qui est mis en cause : trop cher pour le GF 38 alors que le club ne brille plus sur le terrain. Un reportage à voir dans le Web JT du mois de mars.

Jeudi 3 mars, Florence Aubenas donne un « master class » aux élèves en journalisme de l’IEP. Pour l’occasion, ils ont lu son dernier ouvrage « Le quai de Ouistreham » et livrent leurs critiques – parfois acerbes – sur pigemag.com

Fanny Bouteiller et Erwan Mana'ch

Léa Lejeune et Clément Repellin

Le 7 avril 2010 Conférence-débat : « Que fait l’armée française en Afrique ? ». A 20h00, la Maison des Associations reçoit l’auteur Raphaël Grandvau dans le cadre du cycle « Françafrique, on arrête quand ? » organisé par Survie Isère de mars à juin 2010. Plus d’infos : www.survie.isere.free.fr Le 19 juin 2010 Forum des associations tibétaines : à partir de 14h30, les associations tibétaines en Isère « envahissent » le Musée Dauphinois pour rencontrer et dialoguer avec le public. Entrée libre. Plus d’infos : www.musee-dauphinois.fr


Pigé Magazine n°10