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Hip-hop is Dead? Vous voulez rire? Malgré qu’en tranquillement 40 ans de vie, les carcans du genre ont eu le temps d’être surexploités et bouffés à toutes les sauces, le genre semble loin, mais alors très loin de se tarir. Témoin depuis quelques années le développement en Suisse de festivals spécialisés dans la matière. On pense bien sûr au mythique Frauenfeld Openair ou au Touch the Air de Wohlen. Mais ce n’est pas tout. Depuis peu, un événement du genre s’invite chaque été à l’orée du Rösti Graben: le Royal Arena de Orpund, aux alentours de Bienne. Cinquième édition seulement pour ce jeune festival dédié au hip-hop. Un rookie certes, mais attention: malgré les culottes courtes, l’événement propose chaque année une programmation très haut de gamme et au moins aussi alléchante que celle de ses grands frères. Relativisons tout de même un tant soit peu: festival hip-hop de bonne facture, mais sans avoir la prétention d’être particulièrement pointu, le Royal Arena comporte son lot de Headline bien MTViesques et dont les véritables amoureux de hip-hop se passeraient sans doute bien. Il faudra donc se faufiler entre quelques écueils bien cheesy pour trouver le bon. Enfin question de goût bien sûr. Néanmoins, l’écrémage fait, à vous le pur son! Visez plutôt le programme. LIVE ACT METHOD MAN ET REDMAN – Dope song and kind people On ne présente plus les deux lascars touche-àtout de New York. Connus par l’anthologique How High par les jeunes ou, par les moins jeunes,

pour être des membres du Wu Tang et du Def Squad, les deux princes du hip-hop version gros pétards et dérision continuent d’être des figures de proue de la frange oldschool et somme toute assez bon enfant du rap US. Loin de la grosse frime chapeaux-en-diamant, jantes-en-croco et autre attributs de l’armada gangsta rap, chez Method Man et Redman, on préfère le hip-hop sauce gros beat traditionnel, THC et – osons le terme – bonne humeur. Ensemble, ils sortent deux albums d’excellente facture: Blackout ! (1999) et Blackout ! 2 (2009). Vu les dix ans qu’il y a entre les deux galettes, il ne faudra pas s’attendre à beaucoup de neuf pour cet été, mais qu’importe. Ce que les deux Newyorkais ont jusqu’alors proposé, augmenté sans doute de certaines plaques faites en solo et de leur légendaire capital sympathie, suffira amplement à garantir un show incontournable. KID CUDI – écueil Bon, Kid Cudi. Compte tenu de la place faramineuse qu’il prend depuis quelques années dans les médias musicaux, il fallait bien mentionner sa venue au Royal Arena. En plus, il est sans doute un bon exemple de la part de cheesy que comporte un peu tristement la prog du festival. Surfant sur la vague «hip-hop meets électro» qui fait le succès d’artistes à l’intérêt discutable tels que The Black Eyed Peas, le jeune NewYorkais s’est récemment fait connaître avec les méga tubes radio Day’n Nite remixé par the Croocked ou Poursuit of Happiness feat MGMT. Signé chez GOOD music, il sort un album par an depuis 2009; je vous laisse faire le compte. On

y trouve une tripotée de collaborations avec des Kanye West, Jay-Z et autre Lady Gaga. Ouahou. Excusez le manque de motivation mais lorsqu’on voit la facture du reste de la prog, on peine à croire que les raisons de la venue de Kid Cudi au Royal Arena répondent à des critères artistiques. Si on était un magazine économique, peut-être aurait-on pu encenser la stratégie commerciale, mais ce n’est pas le cas. Lorsqu’on vous parlait d’écueils à éviter. PHARCYDE – West coast hip-hop malgré eux Très honnêtement, je le croyais plus ou moins enterré, ce groupe mythique de Los Angeles. Que nenni! Pour notre plus grand bonheur, les Pharcyde sont bien vivants. Fondé au début des années nonante par quatre vieux potes de galère du sud de la cité des anges, ce crew de hip-hop nous a depuis offert quatre albums et quelques tubes légendaires ayant posé les jalons de ce qu’on appelle désormais du hip-hop oldschool. Mis rapidement à l’écart de la bouillonnante scène West coast des années nonante pour avoir préféré à la mouvance gangsta un hip-hop jazzy et pour le coup très newyorkais, c’est contre vents et marées que les Pharcyde semblent avoir réussi à laisser leur trace. En même temps, des tubes tels que Drop ou Passing me by, groovys et plombant à l’extrême, ne pouvaient pas passer inaperçus. Alors à bas les conventions et oui à Pharcyde, malgré les écarts géopolitiques de leur style.

Gustav Mag No20 / FR  

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