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LE KID DE NASHVILLE

Ce qui a fait le succès de ce ricain de Nashville Tennessee, c’est d’abord sa relation artistique avec le photographe Larry Clark. Alors que Harmony est skater et désireux de devenir pro, il rencontre l’artiste trash, au début des années 90. C’est là qu’il lui propose le scénario du film « Kids », qui met en scène des ados perdus, pensant plus au cul et aux pétards qu’à leur avenir. Le film fera évidemment scandale en 1995, tout en remportant des prix. Le kid de Nashville s’est ensuite mis à l’art plastique, à l’écriture, et bien sûr au cinéma. Son dernier long-métrage, « Trash Humpers », propose une étude anthropologique sur des violeurs de poubelles déguisés en monstres fripés, le tout filmé avec une gerbante image VHS. La styliste Agnès B s’est entichée de son boulot. Les deux possèdent désormais une boîte de production appelée O’Salvation, qui a produit ce film bizarre et touchant à la fois : « Umshini Wam ».

LA RÉPONSE Die Antwoord est également accoutumé du bizarre. Le groupe est un crew de hip-hop façon mauvais goût, leader mondial dans le domaine de ce courant alternatif sud-africain : le ZEF. Le ZEF, c’est le « son ultime », un mélange de rythmes démodés, de beats électro, de flow (très) old school et de tubes comme dans les 90’s. En gros, tu prends Vanilla Ice (avec la coupe de cheveux), la chanteuse d’Aqua (ouais, celle qui chante « Barby Girl »), tu mets une mélodie r’n’b tellement énorme qu’elle ferait peur à Rihanna, tu samples quelques mesures d’un tube dance de 92, et tu obtiens Die Antwoord. Die Antwoord, comme « la réponse », en français. Réponse à quoi? « Whatever man. Fuck », répond Ninja, le MC du crew. Avec Yo-Landi, ils ont laissé à la maison leur DJ High-Tek pour aller tourner à Nashville ce court-métrage surréaliste.

DEUX GANGSTAS Ninja porte un costume de Pikachu, Yo-Landi un habit des Happy Tree Friends, ces jolis cartoons qui se faisaient charcuter sur Mtv il y a une dizaine d’années. Les deux personnages se déplacent en chaises-roulantes. On ne les prend pas au sérieux avec ces engins, malgré le fait qu’ils aient des guns. « We gotta take it to next level ! », agresse Yo-Landi en intro. Outre fumer des tarpés gros comme l’avant-bras, les deux gangstas passent leur temps à flinguer dans le vide. Jusqu’au jour où il se décident à passer à l’action. Un dealer de fauteuils roulant électrique, ma fois fort peu aimable, sera le premier à en faire les frais. Ce sera le début d’une autre dimension pour Ninja et Yo-Landi, qui vont rouler désormais cruiser avec des engins

tunés, des ballons et des jantes électroniques au design d’alien et de feuille de ganja pour décorations. Et là, s’en est à peu près tout niveau narration.

PASSE-MOI LE GUN On rigole bien. Les images sont touchantes, parfois d’une poésie totalement assumée. Une complicité extrême règne entre ces deux malades à roulettes. Au-delà de la poilade et du délire d’artiste, des messages sous-tendent ce récit d’apparence décousue. « Umshini Wam » signifie « Apportez-moi ma mitraillette », en Zulu. On rigole encore, sauf que ces mots sont repris d’un chant récité par le président de l’Afrique du Sud Jacob Zuma lors des meetings politiques. Cet ancien militant armé, qui a passé 10 ans en taule, a ainsi été accusé de prôner la violence. « Pour une raison ou une autre, se balader toute la journée avec des flingues n’a dérangé personne à Nashville. Peut-être parce que tout le monde a une arme là-bas », explique à moitié sérieux Harmony Korine. De quoi mettre en parallèle les deux pays et leur rapport à la violence, au guns, aux gugus qui gagnent les élections des mitraillettes en l’air.

TOUS DES GANGSTAS Pointer du doigt la communauté des gangstas, des types qui ont basculé du mauvais bord, c’est aussi ce que font les Die Antwoord. Il y a dans leur message quelque chose de l’ordre de l’énorme foutage de gueule, de la dérision de l’ultraviolence en Afrique du Sud, comme aux States. « You’re a waist of white skin », « Vous êtes du gaspillage de peau blanche », déclare le dealer de chaises roulantes électriques au gang, avant de se faire buter. Comme si la criminalité n’était réservée qu’aux Noirs, au Zoulous, aux Métisses, dans le pays de Mandela. Comme si l’apparence, bolides tunés, gueules agressives, étaient les seules cartes de visite chez les gangstas. Harmony Korine a ainsi choisi la dérision pour passer un message profond, grâce à ses personnages fétiches que sont les marginaux. http://www.youtube.com/watch?v=eMVNjMF1Suo

Gustav Mag No20 / FR  

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