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Ce catalogue trilingue français/espagnol/anglais a été réalisé à l’occasion de l’exposition Passeghji au Musée de Bastia – Palais des Gouverneurs, 7 juillet – 22 décémbre 2018. Crédits photographiques: Toutes les photos et photogrammes par Guillermo G. Peydró, sauf les photos des pages suivantes par Jeanne de Petriconi: 10, 29, 77, 110-115, 118, 120, 126 Design du catalogue: Guillermo G. Peydró

www.jeannedepetriconi.com www.guillermopeydro.com

Este catálogo trilingüe francés/castellano/inglés ha sido realizado con ocasión de la exposición Passeghji en el Museo de Bastia – Palacio de los Gobernadores, 7 de julio – 22 de diciembre de 2018. Créditos de las fotografías: Todas las fotografías y fotogramas por Guillermo G. Peydró, salvo las de las páginas siguientes por Jeanne de Petriconi: 10, 29, 77, 110-115, 118, 120, 126 Diseño del catálogo: Guillermo G. Peydró

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Musée de Bastia – Palais des Gouverneurs

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SOMMAIRE / INDICE / INDEX

8! Présentation, par Philippe Peretti 9! Presentación, por Philippe Peretti 140! Presentation, by Philippe Peretti 11! Préface, par Sylvain Gregori 14! Prefacio, por Sylvain Gregori! 141! Preface, by Sylvain Gregori 16! Passeghji, par Jeanne de Petriconi et Guillermo G. Peydró 23! Passeghji, por Jeanne de Petriconi y Guillermo G. Peydró 143! Passeghji, by Jeanne de Petriconi and Guillermo G. Peydró! 31! Le mazzerisme comme résistance culturelle, par Jean-Claude !Rogliano 36! El mazzerismo como resistencia cultural, por Jean-Claude Rogliano 149! Mazzerism as Cultural Resistance, by Jean-Claude Rogliano 41! ! 47! ! 153! !

Passeghji ou Le labyrinthe déchiffré de Jeanne de Petriconi et Guillermo ! Peydró, par Marie Ferranti Passeghji o El laberinto descifrado de Jeanne de Petriconi y Guillermo Peydró, por Marie Ferranti Passeghji or the Deciphered Maze of Jeanne de Petriconi and Guillermo Peydró, by Marie Ferranti

53! Mazzeri en quête d’ombre, par Mathieu François du Bertrand 55! Mazzeri buscando sombras, por Mathieu François du Bertrand 157! Mazzeri Chasing Shadows, by Mathieu François du Bertrand 59!

Oeuvres / Obras / Works

107! Processus / Proceso / Process 131! Remerciements / Agradecimientos / Acknowledgments 138! ENGLISH TEXTS _________________________________ PASSEGHJI

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PRÉSENTATION Philippe PERETTI Adjoint au Maire de Bastia en charge du Patrimoine

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Investir la citadelle de Bastia exige un certain courage. Le lieu de

haute mémoire, agrippé à son rocher, corseté par son imposante enceinte accueille libéralement aujourd’hui le Musée d’histoire de la Corse et des expositions temporaires qui revisitent notre passé. L’art contemporain parvient cependant à s’y nicher, au creux du bâtiment, au plus intime de sa structure, dans les citernes asséchées de leurs sombres eaux. Il a fallu pour cela que la rêverie créatrice de Jeanne de Petriconi et de Guillermo G. Peydró se joue des murailles, trouve un passage pour habiter cet espace souterrain. Leur installation conjugue ombre et lumière, immobilité de la pierre et mouvement du cinéma, repli utérin de la grotte et de la barque et tranchant des tiges d’asphodèles. Quand une œuvre est pensée ainsi, en résonance profonde avec l’espace et sa destination, elle justifie sa présence et s’impose même comme une forme d’évidence.

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PRESENTACIÓN Philippe PERETTI Adjunto al Ayuntamiento de Bastia a cargo del Patrimonio

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Ocupar la ciudadela de Bastia exige un cierto coraje. El lugar de

memoria antigua, fijado a su roca, encorsetado por su imponente muralla, acoge hoy generoso el Museo de la historia de Córcega y exposiciones temporales que revisitan nuestro pasado. El arte contemporáneo logra también encontrar su sitio en la profundidad del edificio, en lo más íntimo de su estructura, en las cisternas desecadas de sus aguas sombrías. Ha hecho falta, para ello, que el ensueño creador de Jeanne de Petriconi y Guillermo G. Peydró desafíe las murallas y encuentre un pasaje para habitar este espacio subterráneo. Su instalación conjuga luz y sombra, la inmovilidad de la piedra y el movimiento del cine, el repliegue uterino de la gruta y de la barca y los filos de los tallos de asfódelo. Cuando una obra es pensada así, en resonancia profunda con el espacio y su utilidad, justifica su presencia y se impone, incluso, como una evidencia.

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PRÉFACE Sylvain GREGORI Directeur du Musée de Bastia

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Rien ne parle de lui-même car tout est polysémique. Comme

n’importe quelle œuvre d’art contemporaine, Passeghji en donne un saisissant exemple. Le choix de programmer cette exposition au Musée de Bastia en 2018 a lui-même un sens : ce n’est ni le fruit du hasard, ni celui d’une opportunité saisie. C’est le résultat de la volonté de lier l’art contemporain au patrimoine en déclinant, à travers le geste et la narration de Jeanne et Guillermo, les principales thématiques de l’exposition temporaire Identità, les Corses et les migrations XVIIe-XXIe siècles. !

Car la clé d’une des multiples significations de Passeghji réside

dans les concepts transcendés de départ, de voyage, de franchissement, de devenir, de racines et de l’Ailleurs traduits dans le rapport que la culture corse entretient avec le surnaturel et l’au-delà. !

Mais finalement, rien n’est moins singulier que cette relation qui

renvoie à celle, tout autant fondamentale, d’autres civilisations antiques d’une Méditerranée demeurant, ad eternam, la matrice d’une identité collective et partagée.

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A ces titres, Passeghji fait donc métaphoriquement écho à Identità,

comme la barque de Caron pour les Enfers fait écho aux navires des « migrants » pour un El Dorado européen fantasmé. Dès lors, il est d’une implacable logique que les œuvres de Jeanne et Guillermo investissent les sous-sols du Musée de Bastia, anciennes citernes et prison du Palais des gouverneurs, lieux sombres et obscurs dont la nature évoque à la fois les origines et l’au-delà. De ces entrailles sous-terraines jaillit aussi bien la fécondité de la vie qu’apparaît la putréfaction de la mort, points de départ et d’arrivée inéluctables de la destinée humaine. Une destinée qui, entre ces deux moments-mondes – celui des vivants et celui des morts – , se résume à la quête perpétuelle d’un insatiable bonheur, but également ultime aux motivations de tout exilé, émigré ou immigré…

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PREFACIO Sylvain GREGORI Directeur du Musée de Bastia

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Nada habla de sí mismo porque todo es polisémico. Como toda

obra de arte contemporáneo, Passeghji es un ejemplo rotundo de ello. La elección de programar esta exposición en el Museo de Bastia en 2018 tiene en sí misma un sentido: no es fruto del azar, ni de una oportunidad atrapada al vuelo. Es el resultado de la voluntad de ligar el arte contemporáneo al patrimonio declinando, a través del gesto y la narración de Jeanne y Guillermo, las principales temáticas de la exposición temporal Identità, los corsos y las migraciones de los siglos XVII a XXI. !

Porque la clave de uno de los múltiples significados de Passeghji

reside en los conceptos trascendidos de partida, de viaje, de pasaje, de porvenir, de raíces y del Otro Lugar traducidos en la relación que la cultura corsa mantiene con lo sobrenatural y el Más Allá. !

Pero, finalmente, nada es tan singular como esta relación que

reenvía a aquélla, igual de fundamental, de otras civilizaciones antiguas

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de un Mediterráneo que se hace, ad eternam, matriz de una identidad colectiva y compartida. !

En consecuencia, Passeghji hace eco metafórico a Identità, como la

barca de Caronte en los Infiernos hace eco a los navíos de los « migrantes » hacia un El Dorado europeo anhelado. Es por lo tanto de una lógica implacable que las obras de Jeanne y Guillermo ocupen el subsuelo del Museo de Bastia, antiguas cisternas y prisión del Palacio de los Gobernadores, lugares sombríos y oscuros cuya naturaleza evoca a la vez los orígenes y el Más Allá. De estas entrañas subterráneas brota tanto la fecundidad de la vida como la putrefacción de la muerte, puntos de partida y de llegada ineludibles del destino humano. Un destino que, entre estos dos momentos-mundos –el de los vivos y el de los muertos–, se resume en la búsqueda perpetua de una felicidad insaciable, motivación última igualmente de todo exiliado, emigrante o inmigrante...

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PASSEGHJI Jeanne DE PETRICONI / Guillermo G. PEYDRÓ

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En juin 2016 nous avons présenté l'exposition Sculpture/Cinéma:

Possibilités de Dialogue à l'Espace d'Art Contemporain Orenga de Gaffory (Patrimonio, Corse). Suite à la visite de l'exposition, Philippe Peretti, adjoint au maire, délégué à la mise en valeur du patrimoine et du mécénat, nous a invité à proposer un projet d'exposition pour le sous-sol du Musée de Bastia, un édifice génois du XIVème siècle situé dans l'ancienne Citadelle. Cet espace souterrain, qui compte une cellule et deux grandes citernes aux volumes impressionnants nous a fasciné et nous _________________________________ PASSEGHJI

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avons commencé à ébaucher quelques idées. Un an plus tard nous lui avons remis le projet de l'exposition Passeghji. !

Nous souhaitions avant tout parler de la mort et du deuil dans ce

projet commun. Pour nous la vie et l'art avancent de manière parallèle et le moment dans lequel nous nous trouvions était celui de la douleur de la perte. Nous voulions mettre cette notion et ses récits au centre de nos recherches et les croiser avec ses spécificités corses: comment dans l'île, la mort a t-elle été ritualisée? Quel sont ses espaces et ses objets? Le point de départ de ce que nous souhaitions raconter, nous l'avons trouvé dans l'essai posthume et inachevé de W. G. Sebald sur la Corse, Campo Santo, et dans les travaux sur la Corse de la brillante anthropologue anglaise Dorothy Carrington. Exhaustive et passionnante, elle est la source décisive de Sebald dans son approche à la mort en Corse. Elle est la clé de notre exposition. !

Nous avons commencé à imaginer une adéquation de notre

proposition à l'espace constitué de citernes; architecture dédiée à l'eau, qui en Corse est liée aux récits sur la mort. Gaston Bachelard nous rappelle aussi la connexion spécifique entre l'eau et la mort dans son chapitre Le complexe de Caron, du livre L'eau et les rêves. Caron, dans la mythologie classique, est le batelier qui fait traverser les âmes sur le fleuve Achéron ou le Styx, selon les versions. Dorothy Carrington écrit que dans l'imaginaire traditionnel corse tous les fleuves sont le Styx en particulier le Fium'Alto, dans la partie Nord de l'île, car tinté de rouge pour ses propriétés ferrugineuses. !

L'une des deux citernes serait donc dédiée à Caron, un Caron

aujourd'hui absent de sa barque, que des dizaines d'âmes tentent de faire _________________________________ PASSEGHJI

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fonctionner pour trouver le chemin vers l'au-delà. Ces âmes, faites d'images de lumières projetées

sur la barque, n'ont à présent plus

d'aspect sublime: les colonnes de corps nus dont Doré illustre Dante sont ici des touristes distraits, qui avancent à leur insu vers la mort entre flashs et sourires, tout droit sortis de la société de consommation. !

En contrepoint à cette première citerne qui montre un transit

horizontal, la seconde citerne propose une ascension verticale issue des récits classiques du contact entre le monde sensible et le suprasensible: une Échelle de Jacob faite de racines qui rompent les lauzes du sol et s'étendent verticalement vers un puits de lumière. C'est une échelle-arbre, écho également de l'arbre le plus célèbre de Corse le Mal'concilio dans la région de Castagniccia, dont l'écrivain Jean-Claude Rogliano a dédié un livre décisif. Dans le chamanisme, la lance ou l'échelle sont l'arbre du monde, l'axe du monde, le chemin du ciel. L'échelle de Jacob connecte les deux mondes au travers du rêve, de la même manière que le fait la religion la plus ancienne de Corse: le mazzerisme. Cette notion est finalement le point autour duquel se concentre toute l'exposition. Le mazzeru (homme) ou la mazzera (femme) incarnation de l'inconscient collectif corse est celui qui aide à réaliser le passage entre les deux dimensions; pendant un rêve de chasse nocturne, il tue un animal avec une masse ou le dépèce avec les dents et en le regardant de près reconnaît dans sa gueule les traits d'un proche: cette personne mourra dans l'année, toujours à une date impaire et de mort violente. Roccu Multedo, homme de loi et spécialiste en mazzerisme, met en relation sa figure avec celle du poète, transmettant des révélations divines à travers l'inspiration, dans la ligne de la définition platonicienne. L'écrivain Marie Ferranti, auteur d'un _________________________________ PASSEGHJI

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roman sur le mazzerisme intitulé La chasse de nuit a également mis en relation la figure du mazzeru avec l'activité poétique en se centrant sur la notion de Duende définie par Federico García Lorca. D’ailleurs, Lorca emploie la métaphore explicite de la "chasse de nuit" pour parler de son travail: l'expression apparaît dans son discours sur la poésie de Góngora, et le poète définit d'ailleurs son livre Suites comme une chasse nocturne qui dure exactement (en création et narration) une nuit. Une pêche nocturne équivalente, appuyée sur la notion de "descente dans les profondeurs" ("diving") à la recherche d'une image ou d'une idée décisive et révélatrice qui dirige toute la théorie créative de David Lynch. Il nous plaît à penser au tableau Pesca nocturna en Antibes (1939) de Picasso comme une synthèse inquiétante de cette connexion entre inspiration et prémonition, entre l'art et la mort, qui préfigure, une fois terminée la Guerre Civile espagnole, ce qui est sur le point d'arriver dans le monde. Un mazzeru, berger et poète, dans un entretien de Ghjuvan Micheli Weber en 2011, expliquait sa fonction et les quatre dimensions à travers lesquelles il se déplace, en rapport à l'harmonie musicale: « la voix de basse vient de la Terre, et des dépouilles qui y sont enterrées. La voix principale, c'est le mazzeru qui la fait. La voix la plus haute est faite par l'Âme du mort et de cette harmonie éclot le Divin... cette voix que tu entends et qui n'existe pas.» Il tente aussi de le définir pour son interlocuteur à travers l'image des quatre niveaux d'une maison, construite sur les ciments de l'enterrement des ancêtres: « Moi je sens sous terre, je vis au premier palier, je chasse au second et j'aide les Âmes à parvenir au troisième.» Pour lui, le mazzerisme est la religion de laquelle sont issues toutes les autres, et les anthropologues confirment une _________________________________ PASSEGHJI

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datation de cette pratique si lointaine comme le Paléolithique Supérieur, à l'époque des chasseurs-cueilleurs, ce qui la mettrait en relation avec les peintures rupestres orientées à attraper symboliquement les animaux pourchassés. C'est une étape antérieure à l'agriculture, la hiérarchisation et les rituels funéraires; à ce stade postérieur appartiennent la religion mégalithique et les statues menhir de Filitosa, des portraits de guerriers notables que Carrington considère comme les plus anciens d'Europe. !

Le troisième espace, une cellule qui servait de prison à l'époque

génoise, nous l'avons transformée en d'autres architectures liées à la mort en Méditerranée: une chambre funéraire. Les peintures murales avec leurs instructions codées pour le voyage vers l'au-delà ont été substituées ici par des images en mouvement: un film pour cinq écrans couvre tout l'espace et tente d'imaginer un système d'images équivalent aux rituels oniriques des mazzeri. Une sorte de catabase cinématographique qui

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s'interroge sur la forme de créer un cinéma étendu à l'espace de l'art, qui multiplie les options de projection de l'écran traditionnel. !

En unissant ces trois espaces dans le couloir central du sous-sol du

Palais des Gouverneurs, nous nous sommes centrés sur un symbole, celui de l'asphodèle. L'asphodèle est la plante des morts par excellence, citée déjà dans l'Odyssée comme la plante centrale de l'Hadès grec: lorsque Ulysse trouve Achille après la mort, dans le Chant XI, chacun chemine dans un pré d'asphodèles. Ce symbole, lié en Corse au mazzerisme, a été déconstruit par Jeanne en ce qui constitue ses parties principales (tubercules, tiges, pétales) et chacune d'elle a été réduite à différentes abstractions de divers formats. Face à elles, une série de quatre sculptures de granit fait écho aux objets qui accompagnent le défunt dans son transit; ici ces objets prennent la forme d'abstractions d'images fondatrices liées au mazzerisme, quasi à mode de hiéroglyphes tridimensionnels: un insecte, la nuit, le fleuve, la montagne. Le premier est agapanthia asphodeli, l'insecte qui vit dans l'asphodèle, repensé à la manière du scarabée Égyptien ; la nuit est à la fois ciel étoilé et barque à demi naufragée ; le fleuve est le Fium'Alto, le Styx corse ; et la montagne est celle par laquelle le mazzeru blanc tente de sauver les âmes en danger en leur criant : "Atteppa!" (Sauve-toi!). Au fond du couloir, comme à la fin du pré homérique, un autre symbole: le Styx traduit en une projection d'art vidéo: une fissure verticale dans laquelle se dissout la mémoire. !

Toute l'exposition s'appuie sur les images et récits de la tradition

orale corse, comme point de départ pour une réinterprétation poétique à partir du langage de l'art contemporain. Quant à la partie audiovisuelle, elle questionne l'entrée du cinéma au musée et ses possibilités étendues _________________________________ PASSEGHJI

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de montage et de communication avec le spectateur; cela inclut la multiplication d'écrans synchronisés, l'utilisation de formats d'écran alternatifs, ou la fusion de l'image en mouvement, bidimensionnelle, avec les volumes de la sculpture pour créer des hybrides. Dans le montage et la projection, la proposition de film pour cinq écrans convoque les expérimentations du cinéma français des années 20 : le montage du cinéma surréaliste, la polyvision d'Abel Gance. De son côté, la sculpture tente de proposer à travers le travail de Jeanne une matérialisation d'objets qui appartiennent à la tradition orale. Selon Dorothy Carrington, les corses ont été traditionnellement pauvres en réalisations matérielles, mais riches en rêves. Tout le travail de Jeanne tend à contribuer à équilibrer cette balance dotant de matérialité bien solide, en un croisement de racines et granit, quelques unes des images décisives du patrimoine immatériel corse, à la manière dont d'autres civilisations ont proposé des abstractions de pierre de leur imagination. Ces abstractions sont à présent revisitées depuis le langage du XXIème siècle: celui des possibilités protéiques de la sculpture contemporaine et de la vidéo installation.

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PASSEGHJI Jeanne DE PETRICONI / Guillermo G. PEYDRÓ

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En junio de 2016 presentamos la exposición Sculpture/Cinéma:

Possibilités de Dialogue en el Espacio de Arte Contemporáneo Orenga de Gaffory (Patrimonio, Córcega). Tras visitar la exposición, Philippe Peretti, delegado para la puesta en valor del patrimonio y el mecenazgo, nos ofreció que le propusiéramos un proyecto de exposición para el subsuelo del Museo de Bastia, instalado en un edificio genovés del siglo XIV dentro de la antigua ciudadela. Ese espacio subterráneo, con una celda y dos grandes cisternas arquitectónicas, nos fascinaba, y comenzamos a _________________________________ PASSEGHJI

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esbozar inmediatamente algunas ideas. Un año después, le enviamos el proyecto de la exposición Passeghji. !

Ante todo, en nuestro proyecto común queríamos hablar sobre la

muerte y el duelo; para nosotros, la vida y el arte avanzan en paralelo, y el momento vital en el que estábamos era el del dolor de la pérdida. Queríamos poner esa noción y sus relatos en el centro de nuestra búsqueda, y cruzarlos con la especificidad corsa: ¿cómo se ha ritualizado la muerte en esta isla? ¿Cuáles son sus espacios y objetos? El punto de partida de lo que queríamos contar lo encontramos en el ensayo póstumo e inacabado de W. G. Sebald sobre Córcega, Campo Santo, y en los trabajos de Dorothy Carrington. Esta brillante antropóloga inglesa, exhaustiva y apasionante, es la fuente decisiva de Sebald en su acercamiento tentativo a la muerte en Córcega. Ella es también la fuente principal de nuestra exposición. !

Comenzamos pensando una adecuación de nuestra propuesta al

espacio. El espacio son unas cisternas, arquitecturas ligadas al agua, y el agua en Córcega está ligada a su vez a los relatos de la muerte. Gaston Bachelard recuerda la conexión específica entre el agua y la muerte en su capítulo El complejo de Caronte, del libro El agua y los sueños. Caronte, en la mitología clásica, es el barquero que cruza las almas por el río Aqueronte o la Laguna Estigia, según las versiones. Escribe Dorothy Carrington que en el pensamiento tradicional corso todos los ríos son la Estigia, pero particularmente el Fium Alto, en la parte norte de la isla, tintado de rojo por sus propiedades ferruginosas. Una de las dos cisternas estaría por lo tanto dedicada a él, un Caronte ausente hoy de su barca, que decenas de almas intentan hacer funcionar para encontrar el camino al otro lado. _________________________________ PASSEGHJI

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Estas almas, hechas de las imágenes de luz proyectadas sobre la barca, ya no tienen un aspecto sublime: las columnas de cuerpos desnudos con que Doré ilustra a Dante son hoy turistas distraídos, que avanzan sin saberlo hacia la muerte entre flashes y sonrisas, salidos de la sociedad de consumo. !

En contraposición a esta primera cisterna, que muestra un tránsito

horizontal, la segunda cisterna propone un ascenso vertical tomado de los relatos clásicos del contacto entre el mundo sensible y el suprasensible: una Escalera de Jacob hecha de raíces, raíces que rompen las losas del suelo y se extienden verticalmente hasta el pozo de luz del techo. Es una escalera-árbol, eco también del árbol más célebre de Córcega, el Mal'concilio en la región de Castagniccia, al que el escritor Jean-Claude Rogliano dedicó un libro decisivo. En el chamanismo, la lanza o la escalera son el árbol del mundo, el eje del mundo, el camino del cielo. La Escalera de Jacob conecta ambos mundos a través del sueño, de la misma forma que lo hace la religión más antigua de Córcega: el mazzerismo. Esta noción es finalmente el punto gravitatorio de toda la exposición. El mazzeru (hombre) o mazzera (mujer), encarnación del inconsciente colectivo corso, es aquel que ayuda a realizar el pasaje entre las dos dimensiones; dentro de un sueño de caza nocturna, golpea a un animal con una mazza o lo desgarra con los dientes, y al mirarlo de cerca reconoce en su rostro a una persona conocida: esa persona morirá antes de un año, siempre en fecha impar, de muerte violenta. Roccu Multedo, hombre de leyes y especialista en mazzerismo, relaciona su figura con la del poeta, transmisor de revelaciones de la divinidad a través de la inspiración, en línea con la definición platónica. La escritora Marie Ferranti, autora de _________________________________ PASSEGHJI

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una novela sobre mazzerismo titulada Caza nocturna, ha relacionado también explícitamente la figura del mazzeru con la actividad poética, centrándose en la noción de duende definida por Federico García Lorca. De hecho, Lorca utiliza la metáfora explícita de la "caza nocturna" para hablar de su trabajo: la expresión aparece en su discurso sobre la poesía de Góngora, y él mismo planteó su libro Suites como una caza nocturna que dura exactamente (en creación y en narración) una noche. Una pesca nocturna

equivalente,

apoyada

en

la

noción

de

"descenso

en

profundidad" ("diving") en busca de una imagen o idea decisiva y reveladora, sostiene toda la teoría creativa de David Lynch. Y a nosotros nos gusta pensar en el cuadro Pesca nocturna en Antibes (1939) de Picasso como una síntesis inquietante de esta conexión entre inspiración y premonición, entre arte y muerte, que intuye, acabada la Guerra Civil española, lo que está a punto de ocurrirle al mundo. Un mazzeru, pastor y poeta, entrevistado por Ghjuvan Micheli Weber en 2011, explicaba en base _________________________________ PASSEGHJI

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a la armonía musical su función y las cuatro dimensiones por las que se mueve: « la voz más grave viene de la tierra y de los restos que hay enterrados en ella. La voz principal es la del mazzeru. La voz más alta es la del alma del muerto, y de esta armonía surge lo divino: otra voz más que oyes y que no existe » También intenta definirlo para su interlocutor a través de la imagen de los cuatro niveles de una casa, construida sobre los cimientos del enterramiento de los antepasados: « yo siento bajo tierra, vivo en el primer piso, cazo en el segundo, y ayudo a las almas a alcanzar el tercero » Para él, el mazzerismo es la religión de la que salieron todas las demás, y los antropólogos confirman una datación de esta práctica tan remota como el Paleolítico Superior, en la época de los cazadoresrecolectores, lo que la pondría en relación con las pinturas rupestres orientadas a atrapar de manera simbólica los animales perseguidos. Es una etapa anterior a la agricultura, la jerarquización y los rituales funerarios; a este estadio posterior pertenecerían la religión megalítica y las estatuas menhir de Filitosa, retratos de guerreros notables que Carrington considera los retratos más antiguos de Europa. !

El tercero de los espacios, una celda que funcionaba como prisión

en época genovesa, lo hemos transformado en otra de las arquitecturas ligadas a la muerte en el Mediterráneo: una cámara funeraria. Las pinturas murales de las paredes, con sus instrucciones codificadas para el viaje al Más Allá, han sido sustituidas aquí por imágenes en movimiento: una película para cinco pantallas cubre todo el espacio e intenta imaginar un sistema de imágenes equivalente a los rituales oníricos de los mazzeri; una suerte de catábasis cinematográfica que se interroga por la forma de

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crear un cine expandido en el espacio del arte, multiplicando las opciones de proyección de la pantalla tradicional. !

Uniendo estos tres espacios, en el pasillo central del subsuelo del

Palacio de los Gobernadores nos hemos centrado en un símbolo, el del asfódelo. El asfódelo es la planta de los muertos por excelencia, citado ya en la Odisea como planta central del Hades griego: cuando Ulises encuentra a Aquiles después de muerto, en el Canto XI, ambos caminan sobre un prado de asfódelos. Este símbolo, ligado en Córcega al mazzerismo, ha sido deconstruido por Jeanne en sus partes principales (tubérculos, ramas, pétalos) y cada una de ellas se ha reducido a diferentes abstracciones en diversos formatos. Frente a ellas, una serie de cuatro esculturas en granito hace eco de los objetos que acompañan al difunto en su tránsito; aquí, estos objetos toman la forma de abstracciones de imágenes primigenias ligadas al mazzerismo, casi a modo de jeroglíficos tridimensionales: un insecto, la noche, el río, la montaña. El primero es el agapanthia asphodeli, el insecto que vive en el asfódelo, imaginado al modo del escarabajo egipcio; la noche es a la vez cielo estrellado y barca semihundida; el río es el Fium'Alto, la Estigia corsa; y la montaña es la montaña por la que el mazzeru blanco intenta salvar las almas en peligro, gritándoles "Atteppa!" (¡Salvate!). Tras ellas, al fondo del pasillo como al final del prado homérico, otro símbolo: la laguna Estigia traducida a una proyección de videoarte: una grieta vertical por la que se disuelve la memoria. !

Toda la exposición se apoya en las imágenes y relatos de la

tradición oral corsa, como punto de partida para una reinterpretación poética desde el lenguaje del arte contemporáneo. La parte audiovisual _________________________________ PASSEGHJI

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cuestiona la entrada del cine en el museo y sus posibilidades expandidas de montaje y de comunicación con el espectador; ello incluye la multiplicación de pantallas sincronizadas, la utilización de formatos de pantalla alternativos, o la fusión de la imagen en movimiento, bidimensional, con los volúmenes de la escultura para crear híbridos. En montaje y proyección, la propuesta de película para cinco pantallas conecta con los experimentos del cine francés de los años 20: el montaje del cine surrealista, la polyvision de Abel Gance. La parte escultórica, por su lado, intenta proponer una materialización de objetos pertenecientes a la tradición oral. Según Dorothy Carrington, los corsos han sido tradicionalmente pobres en realizaciones materiales, pero ricos en sueños. Todo el trabajo de Jeanne pretende contribuir a equilibrar esta balanza dotando de materialidad bien sólida, en un cruce de raíces y granito, algunas de las imágenes decisivas del patrimonio inmaterial corso, a la manera en que otras civilizaciones propusieron abstracciones en piedra de su imaginación. Estas abstracciones son ahora revisitadas desde el lenguaje del siglo XXI: el de las posibilidades proteicas de la escultura contemporánea y la videoinstalación.

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LE MAZZERISME COMME RÉSISTANCE CULTURELLE Jean-Claude ROGLIANO

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L’île se vidait de ses derniers hommes-livres, ceux qui écorchaient

le français couramment, illettrés parfois, mais qui, dans leur langue, possédaient la magie du verbe. Certains parlaient d’une histoire qui était la nôtre, celle qu’on nous avait soigneusement cachée. D’autres nous emmenaient plus loin, nous faisant accomplir la traversée de miroirs nocturnes, à la recherche de nous-mêmes. Il était temps, car, en subissant l'ablation de ce qui restait de nos croyances et de nos peurs, nous aurions rejoint la multitude des peuples standardisés, stérilisés, parce qu’amputés de leur histoire, de leur langue et de leur surnaturel. Au fil de d’une quête de ces éléments épars qui nous permettraient de nous reconstruire, en surgirent deux que l’on aurait cru définitivement ensevelis dans la fosse commune de l’oubli. Malgré les coups de boutoir et l'érosion de plusieurs décennies d’acculturation, évadés de notre inconscient collectif, ils ont repris leur place dans notre mémoire. Le premier est un châtaignier gigantesque, dont le tronc creux enfante les entités peuplant nos fantasmes ancestraux. On l’appelle Mal’Concilio. Le second est un humain dont la présence charnelle nous relie à toutes les autres entités _________________________________ PASSEGHJI

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qui sont autant de repères de notre identité. C’est le mazzeru, un simple mortel, mais devant lequel s’ouvrent parfois les portes donnant de l’autre côté de la nuit. !

L’un et l’autre défient le temps : le gigantisme de Mal’concilio, ses

éventrations, sa caverne de bois, les innombrables rides qui en sillonnent le tronc prêtent à croire qu’il n’a pas d’âge ; on croit retrouver la présence du mazzeru jusqu’à travers des formes de squelettes gravées sur certaines statues-menhir multimillénaires. L’intemporalité de l’un et de l’autre, leur portée emblématique les a peu à peu rendus indissociables. !

Mal’Concilio est l’arbre aux mille peurs et aux mille songes. Arbre

des ténèbres et de lumière, ses racines tentaculaires qui s’enfoncent dans le sol représentent tous ceux des nôtres qui, de sous la terre où ils reposent, par leur histoire commune, leur culture et ce qu’ils ont été, nous conduisent à oser la réappropriation de notre identité ; arbre des yeux qui s’ouvrent, avec ses branches tourmentées tournées vers l’Orient, il symbolise à la fois l’espoir et les épreuves qu’il nous faut traverser pour demeurer nous-mêmes. De sous la terre qui recouvre cette partie de nous emportée par le Fleuve du temps, le long des racines jusqu’à la pointe des branches une substantifique sève s’élève vers la lumière. !

Quand le mazzeru chasse, l’affût, le sifflement de la flèche ou la

détonation, le cri de l’animal qui s’effondre, marquent le prélude d’un rituel où les eaux du torrent, de l’étang où du marécage symbolisent ce Fleuve qui n’est pas seulement le nôtre : creuset de civilisations, la Corse ne peut-être qu’imprégnée de croyances venues d’ailleurs. Loin d’altérer les croyances des Corses, au contraire, celles apportées par ces multiples migrations, par ce qu’ils y trouveront de commun, les enracineront dans _________________________________ PASSEGHJI

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les leurs, tendant, en même temps, à les rendre universelles. A notre tour, combien de nous-mêmes en avons-nous dispersées au fil de nos exils ? Entre désirs et craintes d’échapper à l’enfermement, le mythe du passage nous est omniprésent et c’est sans doute ce qui fait que notre île est terre d’accueil à ceux que nous assimilons au migrant qui sommeille en chacun de nous. Combien d’entre eux trouvèrent et trouveront encore asile et protection en abordant nos rivages sans avoir à subir la vénalité du Passeur ! Combien, des nôtres, poussés par l’aventure ou talonnés par la pauvreté, vendirent les biens qu’ils possédaient ou pelletèrent le charbon dans les soutes des vapeurs ! Glaneurs de restes de coton accrochés aux barbelés de latifundia, prospecteur d’or ou d’illusions, certains se taillaient des empires, d’autres retrouvaient leur misère originelle. Le désir de refaire, mort ou vivant, enrichis ou non, la traversée dans l’autre sens habitait chacun d’eux. De pauvres demeures ou un coin de cimetière attendait les uns. D’autres faisaient bâtir des répliques architecturales de leurs maisons du bout du monde, demeures fastueuses témoignant de leur réussite où ils enfermaient leurs nostalgies. Juchés au sommet d’escaliers monumentaux, leurs tombeaux ont la même allure hautaine et la même démesure. Pour ces hommes partis en quête d’autres vies, la mort, dans le sillage de leurs errances et de leurs fuites en avant, a suivi leur ascension ou leurs échecs : au-dessus d’une simple dalle de granite quand ce n’est d’un tas de terre, gardée par des anges de marbre pommelés de lichens ou sous des dômes de schistes dont le temps écaille les lauzes, quelque chose de cette mort a des airs de  Terre Promise.  !

Avant que le cortège des vivants ne la prenne en charge jusque

vers le modeste tumulus ou le splendide mausolée, le mazzeru conduira _________________________________ PASSEGHJI

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l’enterrement fantôme de l’homme ou de la femme dont il a reconnu le visage à travers l’animal qu’il a abattu. Il est seul à savoir qui va mourir et guider le cortège des morts qui, précédant celui des vivants, emportera son double. !

Au-delà des croyances qu’ils inspirent, cet arbre et ce berger des

ombres distillent des symboles, qu'on parvient ou non à décoder mais qui laissent entrevoir ce qu’il y a de fusionnel entre ce qui n’es plus, ce qui est et ce qui va être. Il n'est de hasard dans aucun mythe !

Indéracinable, un châtaignier magique défie le temps comme,

depuis le fond des âges, un petit peuple défie des malheurs récurrents, survivant d’une civilisation qu’il fut impossible d’anéantir tout à fait. Avec la sève qu’il transporte est mêlé un sang immémorial puisé par ses racines. Celui d’hommes et de femmes de l’autre côté du temps où le mazzeru conduit les enterrements fantômes. Vivant qui revient aux vivants, lui aussi figure le peuple de cette île où la mort est plus qu’ailleurs fidèle compagne mais où elle ne triomphe jamais tout à fait : de razzias en occupations, de massacres en exils, de pendaisons en supplices de la roue, de galères en bagnes, d’exécutions sommaires en tribunaux d’exception, de lois scélérates en jugements iniques, d’histoire travestie en acculturation, c’est lui, le mazzeru, qui transcende une tragédie insulaire en rupture de dénouement. Il est notre Phénix et le gardien d’une mémoire : celle qu’on ne peut emprisonner, ni déguiser ni faire mourir. !

Sans qu’on puisse définir la frontière entre leur réalité et notre

imaginaire, terribles et rassurants, un arbre et un humain n’ont d’intimité avec la mort que pour nous la rendre dérisoire. _________________________________ PASSEGHJI

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EL MAZZERISMO COMO RESISTENCIA CULTURAL Jean-Claude ROGLIANO

!

La isla se vaciaba de sus últimos hombres-libro, aquéllos que

pronunciaban un francés imperfecto, a veces iletrados, pero que en su lengua poseían la magia del verbo. Algunos hablaban de una historia que era la nuestra, la que nos habían ocultado cuidadosamente. Otros nos llevaban más lejos, permitiéndonos llevar a cabo la travesía de espejos nocturnos, en busca de nosotros mismos. Era el momento justo, porque sufriendo la ablación de lo que quedaba de nuestras creencias y miedos, nos habríamos unido a la multitud de pueblos estandarizados, esterilizados en tanto que amputados de su historia, de su lengua y de sus relatos de lo sobrenatural. Al hilo de una búsqueda de los elementos dispersos que nos permitirían reconstruirnos, surgieron dos que habríamos creído definitivamente sepultados en la fosa común del olvido; a pesar de los violentos ataques y de la erosión de varias décadas de aculturación, evadidos de nuestro inconsciente colectivo, han recuperado su lugar en nuestra memoria. El primero es un gigantesco castaño, cuyo tronco hueco alumbra entidades que pueblan nuestros fantasmas ancestrales; se le conoce como Mal’Concilio. El segundo es un ser humano cuya presencia carnal nos vincula a todas las otras entidades, _________________________________ PASSEGHJI

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que son otros tantos puntos de referencia de nuestra identidad. Es el mazzeru, un simple mortal, pero ante el cual se abren a veces las puertas del otro lado de la noche. Uno y otro desafían al tiempo: el gigantismo de Mal'concilio, sus tripas, su caverna de madera, las innumerables arrugas que surcan su tronco hacen creer que no tiene edad; del mazzeru creemos reencontrar su presencia a través de las formas de esqueletos grabados sobre ciertas estatuas-menhir milenarias. La intemporalidad de uno y otro, su alcance emblemático los ha vuelto poco a poco indisociables. !

Mal’concilio es el árbol de los mil temores y de los mil sueños.

Árbol de tinieblas y de luz, sus raíces tentaculares que se hunden en el suelo representan a todos aquellos de los nuestros que, desde bajo tierra donde reposan, por su historia común, su cultura y lo que han sido, nos conducen a osar reapropiarnos de nuestra identidad; árbol de ojos que se abren, con sus ramas atormentadas giradas hacia el Oriente, simboliza a la vez la esperanza y las pruebas que debemos atravesar para seguir siendo nosotros mismos. Desde debajo de la tierra que recubre esta parte de nosotros llevada por el Río del tiempo, a todo lo largo de las raíces, y hasta la punta de las ramas, una savia esencial se eleva hacia la luz. !

Cuando el mazzeru caza, el acecho, el silbido de la flecha o la

detonación y el grito del animal que se desploma, marcan el preludio de un ritual donde las aguas del torrente, del estanque o de la ciénaga simbolizan este Río que no es solamente el nuestro: cruce de civilizaciones, Córcega no puede sino estar impregnada de creencias venidas de otros lugares. Lejos de alterar las creencias de los corsos, al contrario, aquello que aportaron estas múltiples migraciones, aquello que en ellas encontraron de común, las enraizaron en las suyas, tendiendo a la _________________________________ PASSEGHJI

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vez a hacerlas universales. Por nuestra parte, ¿a cuántos de los nuestros hemos dispersado al hilo de nuestros exilios? Entre deseos y temores de escapar al encierro, el mito del pasaje nos es omnipresente y es sin duda lo que hace que nuestra isla sea tierra de acogida para aquéllos que asimilamos al migrante que duerme en cada uno de nosotros. ¡Cuántos de ellos encontraron y encontrarán aún asilo y protección abordando nuestras costas sin tener que sufrir la venalidad del Pasante! ¡Cuántos de los nuestros, empujados por la aventura o espoleados por la pobreza, vendieron los bienes que poseían o removieron carbón en sótanos de barcos! Recolectores de restos de algodón enganchados a alambradas de latifundios, prospectores de oro o de quimeras, algunos se forjaron imperios y otros reencontraron su miseria original. El deseo de rehacer, muertos o vivos, ricos o no, la travesía en sentido inverso habitaba en cada uno de ellos. A unos les esperaban pobres viviendas o un rincón del cementerio. Otros hacían construir réplicas arquitectónicas de sus casas en la otra punta del mundo, viviendas fastuosas que daban fe de su éxito, y donde encerraban sus nostalgias. Subidos a lo alto de escaleras monumentales, sus tumbas tienen la misma apariencia altiva y la misma desmesura. Para estos hombres que partieron en busca de otras vidas, la muerte, en la estela de su errar y de sus huidas hacia adelante, ha seguido su ascensión o sus derrotas: encima de una sencilla losa de granito cuando no una pila de tierra, guardadas por ángeles de mármol ornados de líquen, o bajo cúpulas de esquisto desconchadas por el tiempo, de alguna manera esta muerte tiene un aire de Tierra Prometida. !

Antes de que el cortejo de los vivos no les conduzca hasta el

modesto túmulo o el espléndido mausoleo, el mazzeru conducirá el _________________________________ PASSEGHJI

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entierro fantasma del hombre o la mujer cuyo rostro ha reconocido en el animal abatido. Es el único que sabe quién va a morir y el único que puede guiar el cortejo de muertos que, precediendo el de los vivos, se llevará a su doble. !

Más allá de las creencias que inspiran, este árbol y este pastor de

las sombras destilan símbolos, que logramos decodificar o no, pero que dejan entrever el entrecruzamiento entre lo que ya no es, lo que es y lo que va a ser. En ningún mito hay azar. !

Inextirpable, un castaño prodigioso resiste, desde el fondo del

tiempo, como un pequeño pueblo resiste las penalidades recurrentes, superviviente de una civilización que fue imposible arrasar por completo. Junto a la savia que transporta está mezclada una sangre inmemorial salida de sus raíces. La de los hombres y mujeres del otro lado del tiempo en donde el mazzeru conduce los entierros fantasmas. Vivo que vuelve con los vivos, él también forma parte del pueblo de esta isla en la que la muerte es más que en otros lugares fiel compañera, pero donde nunca logra triunfar: de razzias a ocupaciones, de masacres a exilios, de ahorcamientos a suplicios en la rueda, de las galeras a los trabajos forzosos, de ejecuciones sumarias a tribunales de excepción, de leyes infames a juicios inicuos, de historia travestida en aculturación, es él, el mazzeru, quien trasciende una tragedia insular con un desenlace inesperado. Es nuestro Fénix y el guardián de una memoria: la que no pudieron aprisionar, ni disfrazar, ni hacer morir. !

Sin que podamos definir la frontera entre su realidad y nuestro

imaginario, terribles y reconfortantes, un árbol y un ser humano intiman con la muerte, pero sólo para hacérnosla insignificante. _________________________________ PASSEGHJI

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PASSEGHJI OU LE LABYRINTHE DÉCHIFFRÉ DE JEANNE DE PETRICONI ET GUILLERMO PEYDRÓ Marie FERRANTI

!

S’il devient pluriel le passeghju devient beaucoup plus inquiétant :

il établit le lien entre la vie et la mort dans toute sa complexité et contient la menace de se perdre ainsi que la nécessité d’être guidé, et, surtout celle de revenir du royaume des morts. C’est le mystère capital. L’Odyssée d’Homère, le duende de Garcia Lorca, l’admiration de Baudelaire pour Edgar-Allan Poe, toute La Divine comédie de Dante en témoignent. C’est l’essence de la poésie la plus haute. !

Cette exposition nous emmène aussi dans la poésie la plus pure.

La traduction plastique de ces obsessions littéraires de la mort, Jeanne et Guillermo l’ont donc d’abord repérée dans un certain nombre d’écrits et de rites chez Bachelard ou Sebald. Par la thématique du mazzeru, ils l’ont ramenée à une géographie connue : celle de la Corse. Le mazzeru joue un rôle important   : celui de passeur et même de traducteur des rêves prémonitoires, en particulier ceux d’une mort annoncée dans des rêves de chasse nocturne. L’artiste est la figure sublimée du mazzeru, qui invite à _________________________________ PASSEGHJI

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des voyages intérieurs dont la complexité ne saurait être appréhendée sans cette entreprise périlleuse de traduction. La tentative de Jeanne et de Guillermo est bien de faire saisir le sens des rêves dans leur matérialité à travers les images et les sculptures. Ainsi l’échelle de Jacob dont il est inutile de rappeler qu’elle fut le rêve divin de Jacob et dont il déduisit que Dieu était partout. L’échelle est un pont entre le Ciel et la terre. !

L’approche complémentaire et parallèle de Jeanne et de Guillermo

nous fait entrer de plain-pied dans la mythologie. Ils ont puisé dedans pour en extraire les variations interprétatives. C’est ce que j’appelle le labyrinthe déchiffré. Il faudrait dire : vaincu. !

Cela renvoie encore à la mythologie. Ces œuvres sont une

chambre de résonnance. Tout fait écho. Car, enfin, s’il est un labyrinthe célèbre par son mystère surmonté, c’est bien celui où Thésée vainquit le Minotaure, grâce au fil d’Ariane. Cela nous valut deux des plus beaux alexandrins de la langue française, dans le Phèdre, de Racine : « Ariane, ma sœur, par quelles amours blessée, / Vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée. » "

Thésée ne sut pas gré à Ariane de cette victoire. Il l’abandonna.

!

L’artiste est aussi Ariane. Aussi ne s’étonnera-t-on pas de trouver

dans cette exposition si riche, l’asphodèle, dont la plaine, dans l’Antiquité, était le lieu, en enfer, des âmes errantes, laissées sans sépulture. !

La symbolique est ici retournée : la fleur est dessinée, mais

fragmentée, comme si on ne pouvait la capturer dans son entièreté ; enfin la forme déborde, excède les limites de la représentation graphique - et plane, par conséquent - et se développe en une sculpture-installation qui _________________________________ PASSEGHJI

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dévore l’espace. L’asphodèle est rendue à une mythologie revisitée et intime. !

Avec Jeanne de Petriconi et Guillermo Peydró, nous sommes dans

la famille « hantée des esprits noirs » évoquée par Hugo à propos de Baudelaire. Ce goût de l’expérience des limites est lié à la nuit, à ce qui demeure invisible, est sujet au deuil, à la sidération, à la violente conscience de la perte et au trouble lié au sentiment de sa propre finitude. !

On s’est saisi des choses qui symbolisent les liens de ces passages

entre deux mondes : celui des vivants et des morts et on a prolongé la métaphore archaïque. Cette accumulation de talismans dont se charge le voyage et donc les visions successives, Guillermo la restitue par la nuit, le ciel, le sang. !

Cependant, dans la nuit la plus noire monte un chant et un

paysage lentement se découvre. On croit voir un ciel mais c’est une porte fermée qui laisse place à une profusion de racines, fouillées par des mains fébriles, une voûte céleste lui succède et la nuit revient comme un vertige duquel on ne peut se détacher. Le rouge du sang d’une bête qu’on dépèce troue la nuit et un ciel baudelairien l’efface : les nuages, là-bas, les merveilleux nuages. !

Le personnage de Charon hante cette exposition commune.

Comment ne pas penser à Dante ? Caron apparaît au chant III de L’Enfer.

Ed ecco verso noi venir per nave Un vecchio, bianco per antico pelo. Gridando : « Guai a voi, anima prave ! _________________________________ PASSEGHJI

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Non isperate mai veder lo cielo : I’vegno, per menarvi all’altra riva Ne le tenebre etterne, in caldo e’n gielo :

E tu, che se’costì, anima viva, Partiti da cotesti che son morti » 1

!

Dans la citadelle génoise de Bastia, Charon est invisible. Seule

demeure la barque et l’eau. Sa présence n’en est pas moins sensible et le passage plus marqué. Il éveille la terreur de la mort. !

Le lieu participe à la cohérence des oeuvres. On a travaillé dans le

soubassement, presque sous terre : dans les salles des citernes du Palais des Gouverneurs. !

Tandis que j’écrivais sur Passeghji de Jeanne et Guillermo, je suis

toujours revenue à Baudelaire, à sa poésie noire où la hantise de la mort, du pourrissement et l’enfer joue un si grand rôle et je n’ai pu m’empêcher de songer aussi à El Desdichado de Gérard de Nerval :

« Dans cet instant parut, monté sur une barque, Un vieillard dont le front des ans portait la marque. Il s’écriait : « Malheur à vous, esprits pervers !

1

N’espérez jamais voir le Ciel, car je vous mène Dans la nuit éternelle, à la rive inhumaine, Dans l’abîme toujours ou brûlant ou glacé. Et toi qui viens ici dans ces lieux d’épouvante, Va t’en, éloigne-toi des morts, âme vivante ! »  Traduction Louis Ratisbonne _________________________________ PASSEGHJI

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« Je suis le ténébreux, - le veuf, - l’inconsolé, Le prince d’Aquitaine à la tour abolie : Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie. »

!

Cette exposition est une sorte de work in progress de Jeanne de

Petriconi et Guillermo Peydro vers l’exégèse poétique : u passeghju intimu.2 !

J’aime ces artistes noirs, profonds comme la nuit, qui trouvent leur

raison d’être dans la révélation de l’effroi des rêves.

2

Le passage intime _________________________________ PASSEGHJI

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PASSEGHJI O EL LABERINTO DESCIFRADO DE JEANNE DE PETRICONI Y GUILLERMO PEYDRÓ Marie FERRANTI

!

Si el passeghju se hace plural, se hace mucho más inquietante:

establece el vínculo entre la vida y la muerte en toda su complejidad y contiene la amenaza de perderse, al igual que la necesidad de ser guiado, y sobre todo, la de volver del mundo de los muertos. Es el misterio capital. La Odisea de Homero, el duende de García Lorca, la admiración de Baudelaire por Edgar-Allan Poe, toda la Divina Comedia de Dante lo testimonian. Es la esencia de la poesía más alta. !

Esta exposición nos lleva también a la poesía más pura. La

traducción plástica de estas obsesiones literarias de la muerte parte en Jeanne y Guillermo de varios escritos de Bachelard o Sebald. Por la temática del mazzeru, la han llevado a una geografía conocida: la de Córcega. El mazzeru juega un papel importante: el de pasante e incluso el de traductor de los sueños premonitorios, en particular los de una muerte anunciada en los sueños de caza nocturna. El artista es la figura sublimada del mazzeru, que invita a viajes interiores cuya complejidad no podría ser aprehendida sin esta peligrosa iniciativa de traducción. La tentativa de Jeanne y Guillermo es por tanto hacer comprender el sentido _________________________________ PASSEGHJI

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de los sueños en su materialidad a través de las imágenes y esculturas. Así la escalera de Jacob, aparecida en un sueño divino a Jacob, por el que dedujo que Dios está en todas partes. La escalera es un puente entre el Cielo y la tierra. !

La aproximación complementaria y paralela de Jeanne y de

Guillermo nos hace entrar de pleno en la mitología. Se han adentrado en ella para extraer variaciones interpretativas. Es lo que he denominado el laberinto descifrado. O mejor: vencido. Ello reenvía de nuevo a la mitología. Estas obras son una cámara de resonancia. Todo hace eco. Porque, en definitiva, si hay un laberinto célebre por su misterio descifrado, es el de la victoria de Teseo sobre el Minotauro, gracias al hilo de Ariadna. Ello nos ha valido dos de los más bellos alejandrinos de la lengua francesa, en la Fedra de Racine: « Ariane, ma sœur, par quelles amours blessée, / Vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée.  » 3 Teseo nunca agradeció a Ariadna por esta victoria. La abandonó. El artista es también Ariadna. No nos asombra encontrar en esta exposición tan rica el asfódelo, cuyos prados en la Antigüedad eran el lugar, en el Infierno, de las almas errantes dejadas sin sepultura. !

El simbolismo está aquí invertido: la flor es dibujada pero

fragmentada, como si no pudiéramos capturarla completa; la forma desborda, excede los límites de la representación gráfica –y plana, por tanto– y se desarrolla una escultura-instalación que devora el espacio. El asfódelo se libera a una mitología renovada e íntima. !

Con Jeanne de Petriconi y Guillermo Peydró, estamos en la familia

« habitada por negros espíritus » evocada por Hugo a propósito de 3

« Ariadna, hermana mía, ¿de qué amor herida / fuiste a morir en la orilla en que te abandonaron?. » _________________________________ PASSEGHJI

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Baudelaire. Este gusto por la experiencia de los límites está ligado a la noche, a lo que permanece invisible, a lo que está sujeto al duelo, a la sideración, a la violenta consciencia de la pérdida y a la turbación ligada al sentimiento de nuestra propia temporalidad. Nos hemos apropiado de cosas que simbolizan los vínculos de estos pasajes entre dos mundos, el de los vivos y los muertos, y hemos prolongado la metáfora arcaica. Esta acumulación de talismanes de los que se carga el viaje y por tanto las visiones sucesivas, Guillermo la restituye a través de la noche, el cielo, la sangre. No obstante, en la noche más negra crece un canto y un paisaje aparece lentamente. Creemos ver un cielo pero es una puerta cerrada que deja lugar a una profusión de raíces hurgadas por manos febriles; sigue una bóveda celeste y vuelve la noche como un vértigo del que no nos podemos liberar. El rojo de la sangre de un animal despedazado horada la noche y es borrada por un cielo baudelairiano: les nuages, là-bas, les merveilleux nuages (las nubes, allá, las maravillosas nubes). !

El personaje de Caronte sobrevuela esta exposición común.

¿Cómo no pensar en Dante? Caronte aparece en el Canto III del Infierno:

Ed ecco verso noi venir per nave Un vecchio, bianco per antico pelo. Gridando : « Guai a voi, anima prave !

Non isperate mai veder lo cielo : I’vegno, per menarvi all’altra riva Ne le tenebre etterne, in caldo e’n gielo :

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E tu, che se’costì, anima viva, Partiti da cotesti che son morti » 4

!

En la ciudadela genovesa de Bastia, Caronte es invisible. Solo

queda la barca y el agua. Su presencia no es por ello menos sensible y el pasaje se hace más marcado; despierta el terror de la muerte. El lugar participa de la coherencia de las obras. Han trabajado en el subsuelo, casi bajo tierra: en las salas de las cisternas del Palacio de los Gobernadores. !

Mientras escribía sobre Passeghji de Jeanne y Guillermo volvía

siempre a Baudelaire, a su poesía negra donde la presencia de la muerte, de la podredumbre y del infierno juega un papel tan decisivo, y no he podido evitar recordar también El Desdichado, de Gérard de Nerval:

« Je suis le ténébreux, - le veuf, - l’inconsolé, Le prince d’Aquitaine à la tour abolie : Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie. » 5

Y he aquí que viene en bote hacia nosotros un viejo cano de cabello antiguo, gritando: « ¡Ay de vosotras, almas pravas!

4

No esperéis nunca contemplar el cielo; vengo a llevaros hasta la otra orilla, a la eterna tiniebla, al hielo, al fuego. Y tú que aquí te encuentras, alma viva, aparta de éstos otros ya difuntos. »

« Yo soy el tenebroso, –el viudo, –el desdichado, El príncipe de Aquitania de la torre abolida: Mi sola estrella ha muerto, –y mi laúd constelado Ostenta el Sol negro de la Melancolía. »

5

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!

Esta exposición es una suerte de work in progress de Jeanne de

Petriconi y Guillermo Peydró hacia la exégesis poética: u passeghju intimu (el pasaje íntimo). Me gustan estos artistas oscuros, profundos como la noche, que encuentran su razón de ser en la revelación del pavor de los sueños.

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MAZZERI EN QUÊTE D’OMBRE Mathieu François DU BERTRAND

!

Si j’en crois l’un de mes amis peintres, la force d’une œuvre se

mesure au degré de besoin qu’on a à la demander sur son lit de mort. Ainsi au sujet d’un tableau : « Est-ce que je le convoquerais sur mon lit de mort ? » Répondre par l’affirmative impliquerait que l’œuvre en question puisse défier l’éternité, accueillir l’être, résumer nos vies (la nôtre, mais aussi celle des autres). !

Cette conception est radicale, parce qu’elle enlève de notre champ

de vision la plupart des œuvres qui occupent nos musées. Elle aurait vocation à ne nous faire aimer que les chefs-d’œuvre, donc à négliger le reste par manque de temps, et même à nous passer d’œuvres jolies mais qui peut-être ne renversent pas le fond de notre âme (celle d’un mort en sursis). On l’a dit mille fois : l’art n’est pas fait pour être joli. !

Jeanne de Petriconi et Guillermo G. Peydró se livrent à une

expédition dramatique, à un écart trouble, qui les font marcher ensemble dans cette tentative de restitution d’un souffle, le dernier, celui du passage vers le grand inconnu. Le drame de l’être se déroule en eux, qu’ils s’acharnent à creuser. C’est dans le Palais des Gouverneurs de Bastia que ces deux artistes déposent ce deuil et le font miroiter dans le _________________________________ PASSEGHJI

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frémissement des eaux d’anciennes citernes. Voilà pourtant un lieu qui ne manque pas d’ombre et qui met au défi quiconque voulant le séduire de le rendre plus massif que son histoire, plus lourd que ses murailles, plus lointain que les vues qu’il délivre. Tâche ardue et surtout tragique : les lieux ne se prêtent pas si facilement. C’est tout le mérite de Jeanne de Petriconi et de Guillermo G. Peydró de nous faire entrer dans cette tension crépusculaire. Et si la nuit était obstinément la recherche de l’origine ? Le seul moment dans nos vies où le Temps nous visite, nous entoure et nous pénètre ? Au fond ce sont eux, les modernes mazzeri, qui désignent à l’avance notre tombeau. Ils cherchent à travers nous. !

Ils sont fidèles, en ce sens, aux vers d’Edgar Allan Poe, cités par

Bachelard : « Je n’ai pu aimer que là où la Mort/Mêlait son souffle à celui de la Beauté… (« I could not love except where Death/Was mingling his with Beauty’s breath »). !

Petriconi et Peydró tiennent ce discours avec l’appui de vieilles

traditions corses : leurs œuvres sont formées par le vent et l’eau, ainsi que par beaucoup de nuit. Leur art est un art de la vision, de l’anticipation posthume   : c’est comme s’ils étaient revenus d’un sommeil qu’ils connaissent mais dont ils ne se souviennent pas. Dans leurs œuvres, en tout cas, c’est la symphonie de l’ultime instant qui se répand, des éléments qu’on pourrait aimer sur son lit de mort, car ce sont les choses qu’on a nourries de notre plus bel amour : d'un chat paresseux au Requiem de Brahms, d’une église baroque à Joachim Patinir ou au site archéologique de Filitosa. !

La barque nous attend. C’est dans ces citernes sombres que

retentit le contagieux appel de la mer. C'est le dernier départ. _________________________________ PASSEGHJI

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MAZZERI PERSIGUIENDO SOMBRAS Mathieu François DU BERTRAND

!

Si he de creer a uno de mis amigos pintores, la fuerza de una obra

se mide por la necesidad que tenemos de invocarla en nuestro lecho de muerte. Así, en referencia a un cuadro: « ¿Lo convocaría en mi lecho de muerte? » Una respuesta afirmativa implicaría que la obra en cuestión pueda desafiar la eternidad, acoger el ser, resumir nuestras vidas (la nuestra, pero también la de los otros). Esta concepción es radical, porque deja fuera la mayor parte de las obras que ocupan nuestros museos. Su vocación sería no hacernos amar más que las obras maestras, y por tanto nos obligaría a ignorar el resto por falta de tiempo, debiendo incluso dejar de lado obras bellas sin capacidad para tocar el fondo de nuestro alma (la de un muerto inminente). El arte no está hecho para ser bello. !

Jeanne de Petriconi y Guillermo G. Peydró se libran a una

expedición dramática en una dirección perturbadora, que les hace caminar juntos en esta tentativa de restitución de un aliento, el último, el del pasaje hacia lo desconocido. El drama del ser se desarrolla en ellos, que insisten en avanzar hacia la profundidad. Ambos artistas depositan este proyecto sobre el duelo en el Palacio de los Gobernadores de Bastia, y lo hacen reverberar sobre las aguas de las antiguas cisternas; he aquí un _________________________________ PASSEGHJI

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lugar al que no le falta sombra y que desafía a quien queriendo seducirlo, lo hace más masivo que su historia, más pesado que sus murallas, más lejano que las vistas que ofrece. Ardua tarea y ante todo trágica: los espacios no se prestan tan fácilmente. Es mérito de Jeanne de Petriconi y de Guillermo G. Peydró hacernos entrar en esta tensión crepuscular. ¿Y si la noche fuera la búsqueda obstinada del origen? ¿El único momento de nuestras vidas en que el Tiempo nos visita, nos rodea y nos penetra? En el fondo son ellos, los modernos mazzeri, quienes diseñan por adelantado nuestra tumba. Buscan a través nuestro. Son fieles, en este sentido, a los versos de Edgar Allan Poe citados por Bachelard: « No pude amar más que allí donde la Muerte/ mezclaba su aliento al de la Belleza » («  I could not love except where Death/ Was mingling his with Beauty’s breath »). !

Petriconi y Peydró se apoyan en viejas tradiciones corsas: sus

obras están formadas por el viento y el agua, y también por la noche. Su arte es un arte de la visión, de la anticipación póstuma: es como si hubieran vuelto de un sueño que conocen, pero del que no recuerdan nada. En sus obras se trata de la sinfonía del último instante, de los elementos que podríamos amar en nuestro momento final, porque son las cosas que nos han emocionado: de un gato perezoso al Requiem de Brahms; de una iglesia barroca a Joachim Patinir o las esculturas-menhir de Filitosa. !

La barca nos espera. En estas cisternas oscuras se siente la

contagiosa llamada del mar. Es el último viaje.

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Å’UVRES OBRAS WORKS

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PASSEGHJI Film pour cinq écrans Image et réalisation: Guillermo G. Peydró Son: Carlos García Musique polyphonique: Barbara Furtuna 14 minutes

PASSEGHJI Película para cinco pantallas Imagen y montaje: Guillermo G. Peydró Sonido: Carlos García Música polifónica: Barbara Furtuna 14 minutos

PASSEGHJI Film for five screens Image and Editing: Guillermo G. Peydró Sound: Carlos García Polyphonic Music: Barbara Furtuna 14 minutes _________________________________ PASSEGHJI

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ECHELLE DE JACOB Racines, fer 9m

ESCALERA DE JACOB Raíces, hierro 9m JACOB’S LADDER Roots, Iron 9m _________________________________ PASSEGHJI

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CARON Vidéo-projection sur une barque de pêcheur Image/montage: Guillermo G. Peydró Pièce sonore: “Echo”, par Jeanne de Petriconi 7 minutes 5'32 x 1'70 m

CARONTE Videoinstalación sobre una barca de pescador Pieza sonora: “Echo”, de Jeanne de Petriconi 7 minutos 5'32 x 1'70 m

CHARON Videoinstallation: screening inside a fisherman's boat Image/Editing: Guillermo G. Peydró Sound Piece: “Echo”, by Jeanne de Petriconi 7 minutes 5'32 x 1'70 m _________________________________ PASSEGHJI

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TOTEM (de la série ASPHODÈLE) Racines, cendres, peinture acrylique, tissu, matériaux divers 280 x 120 cm approx.

TOTEM (de la serie ASPHODÈLE) Raíces, cenizas, pintura acrílica, tejido, materiales diversos 280 x 120 cm aprox.

TOTEM (from the ASPHODÈLE series) Roots, ashes, acrylic paint, fabric, mixed media 280 x 120 cm approx. _________________________________ PASSEGHJI

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ASPHODÈLE (de la série ASPHODÈLE) Fusain et pastel à l'huile sur papier 100gr Installation de 40 dessins (29 x 42 cm) chacun

ASPHODÈLE (de la serie ASPHODÈLE) Pastel al óleo en papel de 100g Instalación de 40 dibujos (29 x 42 cm) cada uno

ASPHODÈLE (from the ASPHODÈLE series) Charcoal and oil pastel on 100g paper Installation of 40 drawings (29 x 42 cm) each _________________________________ PASSEGHJI

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OFFRANDE (de la série ASPHODÈLE) Tissu, peinture acrylique, pigments, matériaux divers 120 x 130 x 15 cm chaque pièce

OFRENDA (de la serie ASPHODÈLE) Tejido, pintura acrílica, pigmentos, materiales diversos L.120 x l.30 x h.15 cm aprox. cada pieza

OFFERING (from the ASPHODÈLE series) Fabric, acrylic paint, pigments, mixed media 120 x 30 x 15 cm approx. each piece _________________________________ PASSEGHJI

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AGAPANTHIA ASPHODELI (de la série TALISMANS) Sculpture en granit noir absolu h.6,5 x L.50 x l.13cm

AGAPANTHIA ASPHODELI (de la serie TALISMANES) Escultura de granito negro absoluto alt.6,5 x long.50 x anch.13cm

AGAPANTHIA ASPHODELI (from the TALISMANS series) Black granite sculpture 6,5 x 50 x 13cm _________________________________ PASSEGHJI

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BUGHJURA (de la série TALISMANS) Granit noir constellation h.12 x L.20 x l.20 cm

BUGHJURA (de la série TALISMANS) Granito negro constelación alt.12 x anch.20 x long.20 cm

BUGHJURA (from the TALISMANS series) Black granite sculpture 12 x 20 x 20 cm _________________________________ PASSEGHJI

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ATTEPPA! (de la série TALISMANS) Sculpture en granit noir absolu h.30 x L.26 x l.56cm

ATTEPPA! (de la série TALISMANS) Escultura de granito negro absoluto alt.30 x anch.26 x long.56cm

ATTEPPA! (from the TALISMANS series) Black granite sculpture 30 x 26 x 56cm _________________________________ PASSEGHJI

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FIUM’ALTO (de la série TALISMANS) Sculpture en granit noir absolu h.29 x L.25,5 x l.47cm

FIUM’ALTO (de la série TALISMANS) Escultura de granito negro absoluto alt.29 x anch.25,5 x long.47cm

FIUM’ALTO (from the TALISMANS series) Black granite sculpture 29 x 25,5 x 47cm _________________________________ PASSEGHJI

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STYX Projection verticale Caméra et montage: Guillermo G. Peydró 7 minutes

STYX Proyección vertical Cámara y montaje: Guillermo G. Peydró 7 minutos STYX Vertical video installation Camera and Editing: Guillermo G. Peydró 7 minutes _________________________________ PASSEGHJI

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PROCESSUS PROCESO PROCESS

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Ghismunda (Bernardino Mei, 1650-59) [dĂŠtail/detalle/detail] Pinacoteca Nazionale di Siena

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Madonna della Vittoria (Andrea Mantegna, 1496) [détail/detalle/detail] Musée du Louvre

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Grotta scritta. Olmetta-di-Capocorso (Haute-Corse) Premières peintures rupestres de Corse, 2000 av. JC. Primeras pinturas rupestres de Córcega, 2000 a.C. First cave paintings of Corsica, 2000 B.C. _________________________________ PASSEGHJI

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Guillermo G. Peydró / Carlos García / Jeanne de Petriconi

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REMERCIEMENTS AGRADECIMIENTOS ACKNOWLEDGMENTS

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Mme Alicia Chovelon M. et Mme Jacques et Odile de Petriconi M. et Mme Jean et Simone de Petriconi M. Fernando García et Mme Pilar Fernández M. Manuel Fernández et Mme Catalina Rico M. Carlos García Fernández Mme Michèle Corrotti M. Gérard Acquaviva M. Jean Dal Colletto – Espaces Verts de Bastia M. Jean-Claude Rogliano Mme Marie Ferranti M. Joseph Tolaini M. Antoine Cubadda Mme Linda Piazza – Bibliothèque Patrimoniale de Bastia Mme Marie Hélène Muraccioli – Bibliothèque de Bastia Mme Marianghjula Antonetti-Orsoni Mme Thérese Mazzoni M. Jean Chiorboli M. Jean-Joseph Albertini M. Saveriu Dumontot Barbara Furtuna Centre Culturel Una Volta Théâtre de Bastia Galerie Magda Bellotti Mairie de Centuri Samuel Alarcón Elyssa Lewis

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Exposition temporaire sous la haute autorité de M. Pierre SAVELLI Maire de Bastia M. Philippe PERETTI Adjoint au maire délégué à la mise en valeur du patrimoine et au mécénat Chargée de la recherche de financement privé Alicia CHOVELON

Conservation préventive Ariane JURQUET Responsable du pôle conservation/restauration Laura BRUNNER Stagiaire   Régie des œuvres  Alexandra MORETTI   Suivi administratif et financier  Sylvain GREGORI Directeur du Musée de Bastia Audrey GIULIANI, commissaire associé Responsable des expositions temporaires et des publications Marie-Catherine MARFISI Secrétaire   Eclairage David MARTINETTI Technicien, Musée de Bastia Mathieu GANDOLFI Technicien, Musée de Bastia  

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Accueil et boutique Sandrine HURTES Responsable du pôle accueil et régisseur titulaire François POGGI Régisseur-adjoint Clotilde COLONNA Gardien-chef et régisseur suppléant Nadia BENKASSEN Accueil et surveillance Jean-François PERFETTI Adjoints administratifs Valérie BENIGNI, Marie-Ange CARDI, Stéphanie CHERCHI, Pascal ESPOSITO, Vincent LECCIA, Hervé SIMONI, Marie-Dominique VITALI   Entretien Mélanie MEI   Avec le concours des services de la Ville de Bastia Service communication Service de la commande publique Service financier et de la Direction générale adjointe aux politiques éducatives et culturelles et de la Direction générale des services techniques   Exposition réalisée avec le soutien de la Collectivité de Corse

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ENGLISH TEXTS

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PASSEGHJI Oneiric Hunts and Journeys to the Other Side in Corsica

This trilingual French / Spanish / English catalog has been made on the occasion of the Passeghji exhibition at the Bastia Museum – Palais des Gouverneurs, from July 7 to December 22, 2018.

Credits of the Photographs: All photos and film frames by Guillermo G. Peydró, except for those in the following pages, by Jeanne de Petriconi: 10, 29, 77, 110-115, 118, 120, 126

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PRESENTATION Philippe PERETTI Attached to the City Council of Bastia in charge of the Patrimony ! Investing the citadel of Bastia requires a certain courage. The place of high memory clinging to its rock, corseted by its imposing enclosure, today welcomes the Museum of History of Corsica and temporary exhibitions that revisit our past. Contemporary art, however, manages to nestle there, in the hollow of the building, in the most intimate of its structure: in the dry cisterns. It has been necessary, for this, that the creative reverie of Jeanne de Petriconi and Guillermo G. Peydrรณ challenge the walls and find a passage to inhabit this underground space. Their installation combines shadow and light, immobility of the stone and motion of cinema, upright withdrawal of the cave and the boat and cutting of the stems of asphodeles. When a work is conceived like this, in deep resonance with the space and its destination, it justifies its presence and imposes itself even as a form of evidence.

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PREFACE Sylvain GREGORI Director of the Bastia Museum

Nothing speaks for itself because everything is polysemic. Like any contemporary work of art, Passeghji gives a striking example. The choice to program this exhibition at the Bastia Museum in 2018 has its own meaning: it is neither the result of chance nor of an opportunity seized. It is the result of the desire to link contemporary art to heritage by inflecting, through the gesture and narration of Jeanne and Guillermo, the main themes of the temporary exhibition Identità, Corsicans and migrations seventeenth-twenty-first centuries. Because the key to one of the many meanings of Passeghji lies in the transcended concepts of departure, travel, crossing, becoming, roots and Elsewhere translated into the relationship Corsican culture has with the supernatural and the beyond. But finally, nothing is less singular than this relation which refers to the one, just as fundamental, of other ancient civilizations of a Mediterranean remaining, ad eternam, the matrix of a collective and shared identity. For these reasons, Passeghji metaphorically echoes Identità, as Charon's boat for the Underworld echoes the ships of the « migrants   » for an imaginary European El Dorado. Therefore, it is an implacable logic that the works of Jeanne and Guillermo invest the basements of the Museum of Bastia, old cisterns and prison of the Palace of governors, dark places whose nature evokes both the origins and the afterlife. From these subterranean bowels springs forth the fertility of life as well as the putrefaction of death, the inevitable points of departure and arrival of _________________________________ PASSEGHJI

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human destiny. A destiny which, between these two world-moments – that of the living and that of the dead– is summed up in the perpetual quest for an insatiable happiness, an ultimate goal also to the motivations of any exiled, migrant or immigrant...

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PASSEGHJI Jeanne DE PETRICONI / Guillermo G. PEYDRÓ

In June 2016 we presented the exhibition Sculpture / Cinéma: Possibilités de Dialogue at the Contemporary Art Space Orenga de Gaffory (Patrimonio, Corsica). After visiting the exhibition, Philippe Peretti, delegate for the enhancement of heritage and patronage, offered us to propose an exhibition project for the Museum of Bastia, installed in a Genoese building of the fourteenth century inside the old citadel. The underground spaces of the Museum, with a cell and two large architectural cisterns, fascinated us, and we began to sketch some ideas immediately. A year later, we sent him the Passeghji exhibition project. First of all, in our common project we wanted to talk about death and mourning; for us, life and art advance in parallel, and the vital moment we were in was the pain of loss. We wanted to put that notion and its stories at the center of our search, and cross them with the Corsican specificity: how has death been ritualized on this island? Which are its spaces and objects? The starting point of what we wanted to tell is found in the posthumous and unfinished essay by W. G. Sebald on Corsica, Campo Santo, and in the works of Dorothy Carrington. Carrington, a brilliant English anthropologist, exhaustive and passionate, is the decisive source of Sebald in his tentative approach to death in Corsica. She is also the main source of our exhibition. We started thinking about an adaptation of our proposal to space. The space consists of two cisterns, architectures linked to water, and water in Corsica is linked to the accounts of death. Gaston Bachelard recalls the _________________________________ PASSEGHJI

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specific connection between water and death in his chapter The Charon Complex, from the book Water and Dreams. Charon, in classical mythology, is the ferryman who crosses the souls by the Acheron river or the Styxian lagoon, according to different versions. Dorothy Carrington writes that in traditional Corsican thought all rivers are the Styx, but particularly the Fium Alto, in the northern part of the island, tinted red for its ferruginous properties. One of the two cisterns would therefore be dedicated to him, a Charon absent today from his boat, which dozens of souls try to make work to find the way to the other side. These souls, images of light projected on the boat, no longer have a sublime aspect: the columns of naked bodies with which DorĂŠ illustrates Dante are today distracted tourists, who unknowingly advance towards death between flashes and smiles, modelled by consumer society. In contrast to this first cistern, which shows a horizontal transit, the second cistern proposes a vertical ascent taken from the classic accounts of the contact between the sensitive and the supersensible world: a ladder of Jacob made of roots, roots that break the floor slabs and extend vertically to the ceiling light well. It is a staircase-tree, echo also of the most famous tree of Corsica, the Mal'concilio in the region of Castagniccia, to which the writer Jean-Claude Rogliano dedicated a decisive book. In shamanism, the spear or the ladder are the tree of the world, the axis of the world, the path of heaven. Jacob's Ladder connects both worlds through sleep, in the same way that Corsica's oldest religion, mazzerism, does. This notion is finally the gravitational point of the whole exhibition. The mazzeru (man) or mazzera (woman), incarnation of the Corsican collective unconscious, is the one that helps make the passage _________________________________ PASSEGHJI

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between the two dimensions; In a night hunting dream, he hits an animal with a mazza or tears it with his teeth, and when he looks closely he recognizes a familiar person in his face: that person will die before a year of a violent death. Roccu Multedo, a lawman and specialist in mazzerism, relates this figure to that of the poet, transmitter of divinity revelations through inspiration, in line with the Platonic definition. The writer Marie Ferranti, author of a novel about mazzerism called Night Hunt (Chasse de nuit), has also explicitly related the figure of the mazzeru with the poetic activity, focusing on the notion of duende defined by Federico García Lorca. In fact, Lorca uses the explicit metaphor of the « night hunter » to talk about his work: the expression appears in his speech about Góngora's poetry, and he himself proposed his book Suites as a night hunt that lasts exactly (in creation and in narration) one night. An equivalent night fishing, supported by the notion of « diving » in search of a decisive and revealing image or idea, sustains the entire creative theory of David Lynch. And we like to think of Picasso's picture Night fishing in Antibes (1939) as a disturbing synthesis of this connection between inspiration and premonition, between art and death, which intuits, after the Spanish Civil War, what is about to happen to the world. A mazzeru, pastor and poet, interviewed by Ghjuvan Micheli Weber in 2011, explained on the basis of musical harmony his function and the four dimensions by which he moves: « the bass voice comes from the earth and from the remains that are buried in her. The main voice is that of the mazzeru. The highest voice is that of the dead man's soul, and from this harmony arises the divine: another voice that you hear and that does not exist » He also tries to define it through the image of the four levels of a house, built on the _________________________________ PASSEGHJI

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foundations of the burial of the ancestors: ÂŤ I feel underground, I live on the first floor, I hunt in the second, and I help the souls reach the third Âť For him, mazzerism is the religion from which all the rest came, and anthropologists confirm a dating of this practice as remote as the Upper Paleolithic, in the time of the hunter-gatherers, which would put it in relation with the cave paintings oriented to capture in a symbolic way the persecuted animals. It is a stage prior to agriculture, hierarchy and funerary rituals; to this later stage would belong the megalithic religion and the Menhir statues of Filitosa, portraits of notable warriors that Carrington considers the oldest portraits of Europe. We have transformed the third space, a cell that functioned as a prison in the Genoese era, into another architecture linked to death in the Mediterranean: a burial chamber. The wall paintings on the walls, with their codified instructions for the journey to the Hereafter, have been replaced here by moving images: a film for five screens covers the whole space and tries to imagine a system of images equivalent to the dream rituals of the mazzeri; a kind of cinematographic catĂĄbasis through an expanded cinema in the space of art, that multiplies the limited screening options of film theaters. Uniting these three spaces, in the central corridor of the basement of the Palace of the Governors we have focused on a symbol, that of the asphodel. The asphodel is the plant of the dead par excellence, already mentioned in the Odyssey as the central plant of Greek Hades: when Ulysses meets Achilles after his death, in Book XI, both walk on a meadow of asphodel. This symbol, linked in Corsica to mazzerism, has been deconstructed by Jeanne in its main parts (tubers, branches, petals) _________________________________ PASSEGHJI

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and each of them has been reduced to different abstractions in different formats. In front of them, a series of four sculptures in granite echoes the objects that accompany the deceased in their transit; here, these objects take the form of abstractions of primitive images linked to mazzerism, almost like three-dimensional hieroglyphics: an insect, the night, the river, the mountain. The first is the agapanthia asphodeli, the insect that lives in the asphodel, reimagined in the manner of the Egyptian beetle; the night is both a starry sky and a half-sunken boat; the river is the Fium'Alto, the Corsican Styx; and the mountain is the mountain through which the white mazzeru tries to save the souls in danger, shouting ÂŤAtteppa!Âť (Save yourself!) Behind them, at the end of the corridor as at the end of the Homeric meadow, another symbol: the Styx translated into a video art projection: a vertical wound through which memory dissolves. The whole exhibition is based on the images and stories of the Corsican oral tradition, as a starting point for a poetic reinterpretation from the language of contemporary art. The audiovisual part questions the place of cinema in the museum and its expanded possibilities of communication with the spectator; this includes the multiplication of synchronized screens, the use of alternative screen formats, or the fusion of twodimensional moving images with the volumes of the sculpture to create hybrids. In editing and screening, the film proposal for five screens connects with the experiments of the French cinema of the 1920s: Surrealist editing devices, and Abel Gance's polyvision. The sculptures, on the other hand, try to propose a materialization of objects belonging to the oral tradition. According to Dorothy Carrington, Corsicans have traditionally been poor in material realizations, but rich in dreams. All _________________________________ PASSEGHJI

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Jeanne's work aims to help balance this equation by providing a very solid materiality, in a crossroads of roots and granite, some of the decisive images of the Corsican immaterial heritage, in the way in which other civilizations proposed abstractions in stone of their imagination. These abstractions are now revisited from the language of the 21st century: that of the protean possibilities of contemporary sculpture and video installation.

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MAZZERISM AS CULTURAL RESISTANCE Jean-Claude ROGLIANO

The island was emptying of its last man-books, those who pronounced an imperfect French, sometimes illiterate, but who, in their language, possessed the magic of the verb. Some spoke of a story that was ours, one that we had carefully hidden. Others took us farther, making us go through night mirrors in search of ourselves. It was the right moment, because suffering the ablation of what remained of our beliefs and fears, we would have joined the multitude of standardized peoples, sterilized as amputees of their history, their language and their stories of the supernatural. In the course of a quest for these scattered elements that would allow us to rebuild, two arose that we would have thought definitively buried in the common grave of oblivion. Despite the battering and erosion of several decades of acculturation, escaped from our collective unconscious, they have recovered their place in our memory. The first is a gigantic chestnut, whose hollow trunk gives birth to the entities that populate our ancestral fantasies. It's called Mal'Concilio. The second is a human whose carnal presence connects us to all the other entities that are landmarks of our identity. It is the mazzeru, a mere mortal, but before which the doors on the other side of the night sometimes open. Both defy time: the gigantism of Mal'concilio, its disembowelings, its wooden cavern, the innumerable wrinkles which furrow the trunk lend to believe that it has no age; the presence of the mazzeru is believed to be found through skeletal forms engraved on certain multimillenary menhir statues. The timelessness of both, their emblematic scope has gradually _________________________________ PASSEGHJI

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made them indissociable. Mal'Concilio is the tree of a thousand fears and a thousand dreams. Tree of darkness and light, its sprawling roots that plunge into the ground represent all those of ours who, from under the earth where they rest, by their common history, their culture and what they have been, lead us to dare to reappropriate our identity; the tree of the eyes that open, with its tormented branches turned towards the East, it symbolizes both the hope and the trials that we have to go through in order to remain ourselves. From beneath the earth that covers this part of us carried by the river of time, along the roots to the tip of the branches, a substantive sap rises towards the light. When the mazzeru hunts, the lookout, the whistling of the arrow or the detonation, the cry of the collapsing animal, mark the prelude of a ritual where the waters of the torrent, pond or marsh symbolize this river which is not only our own: a crucible of civilizations, Corsica may be impregnated with beliefs from elsewhere. Far from altering the beliefs of the Corsicans, on the contrary, those brought by these multiple migrations, by what they will find in common, will root them in theirs, tending, at the same time, to make them universal. In our turn, how many of us have scattered them over our exiles? Between desires and fears of escaping confinement, the myth of the passage is omnipresent and it is probably what makes our island a land of welcome to those we assimilate to the migrant who sleeps in each of us. How many of them found and will still find shelter and protection by approaching our shores without having to undergo the venality of the Passeur! How many of us, driven by adventure or hounded by poverty, sold the goods they possessed or _________________________________ PASSEGHJI

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shoveled the coal in the basements of boats! Gleaners of cotton remains hanging from the barbed wire of latifundia, prospectors of gold or illusions, some carved empires, others rediscovered their original misery. The desire to remake, dead or alive, enriched or not, the crossing in the other direction lived in each of them. Poor homes or a cemetery corner awaited some. Others were building architectural replicas of their houses at the end of the world, sumptuous residences testifying to their success where they locked up their nostalgia. Perched on top of monumental staircases, their tombs have the same haughty look and the same excessiveness. For those men who have gone in search of other lives, death, in the wake of their wanderings and their flight ahead, followed their ascent or failure: above a simple slab of granite when it was from a heap of earth, guarded by marble angels punctuated with lichens or under shale domes whose weather scales the slate, something of this death has the air of the Promised Land. Before the procession of the living takes care of it until the modest burial mound or splendid mausoleum, the mazzeru will lead the ghost burial of the man or woman whose face he has recognized through the animal he shot. He alone knows who will die and guide the cortege of the dead who, before that of the living, will carry his double. Beyond the beliefs they inspire, this tree and this shepherd of the shadows distill symbols, which we manage to decode or not, but which hint at the interweaving between what is no longer, what is and what is going to be. In no myth there is chance. Ineradicable, a prodigious chestnut resists, from the depths of time, as a small territory resists recurrent hardships, a survivor of a civilization that _________________________________ PASSEGHJI

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was impossible to annihilate completely. With the sap he carries is mixed immemorial blood drawn by his roots. That of men and women on the other side of time where the mazzeru conducts ghost burials. A living man who returns to the living, he also represents the people of this island where death is more than elsewhere faithful companion but where it never triumphs completely: raids in occupations, massacres in exile, hangings in wheel tortures, galleys in prison, summary executions in exceptional courts, rogue laws in unfair judgments, history disguised in acculturation, it is he, the mazzeru, who transcends an insular tragedy with an unexpected outcome. He is our Phoenix and the guardian of a memory: one that can not be imprisoned, disguised or put to death. Without being able to define the border between their reality and our imaginary, terrible and reassuring, a tree and a human have intimacy with death only to make it derisory.

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PASSEGHJI OR THE DECIPHERED MAZE OF JEANNE DE PETRICONI AND GUILLERMO PEYDRĂ“ Marie FERRANTI

Made plural, the passeghju becomes much more disturbing: it establishes the link between life and death in all its complexity and contains the threat of getting lost as well as the need to be guided, especially while returning from the kingdom of death. This is the capital mystery. Homer's Odyssey, Garcia Lorca's duende, the admiration of Baudelaire for EdgarAllan Poe, all The Divine Comedy of Dante testify. It is the essence of the highest poetry. This exhibition takes us also into the purest poetry. Jeanne and Guillermo have identified the plastic translation of these literary obsessions of death in a number of writings and rites in Bachelard or Sebald. Through the theme of the mazzeru, they have brought it back to a known geography: that of Corsica. The mazzeru plays an important role: that of smuggler and even translator of the premonitory dreams, in particular those of a death announced in night hunting dreams. The artist is the sublimated figure of the mazzeru, who invites to domestic journeys whose complexity can not be apprehended without this perilous translation company. The attempt of Jeanne and Guillermo is to capture the meaning of dreams in their materiality through images and sculptures. Thus the ladder of Jacob, of which it is unnecessary to recall that it was Jacob's divine dream, from which he deduced that God was everywhere. The ladder is a bridge _________________________________ PASSEGHJI

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between heaven and earth. The complementary and parallel approach of Jeanne and Guillermo takes us directly into mythology. They have drawn in to extract interpretative variations. That's what I call the deciphered maze. It should be said: vanquished. It still refers to mythology. These works are a chamber of resonance. Everything echoes. For if there is a labyrinth famous for its surmounted mystery, it is precisely the one where Theseus defeated the Minotaur, thanks to Ariadne's thread. This brought us two of the most beautiful alexandrines of the French language, in Racine's Phèdre: «Ariane, my sister, wounded by what love, / You died on the shores where you were abandoned.» Theseus did not thank Ariane for this victory. He abandoned her. The artist is also Ariane. So it is not surprising to find in this rich exhibition the asphodel, whose plain, in Antiquity, was the place in Hell for the wandering souls, left without burial. The symbolism is here reversed: the flower is drawn, but fragmented, as if it could not be captured in its entirety; finally the form overflows, exceeds the limits of the graphic–and therefore, plane– representation and develops into a sculpture-installation that devours space. The asphodel is returned to a revisited and intimate mythology. With Jeanne de Petriconi and Guillermo Peydró, we are in the family of the «haunted black spirits» evoked by Hugo about Baudelaire. This taste for the experience of limits is related to the night, to what remains invisible, what is subject to mourning, to the staggering, to the violent awareness of the loss and to the disorder linked to the feeling of one's own finitude. We have seized the things that symbolize the links between these two _________________________________ PASSEGHJI

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worlds: that of the living and the dead, and the archaic metaphor has been prolonged. This accumulation of talismans of which the journey is responsible and thus the successive visions, Guillermo restores it by the night, the sky, the blood. However, in the darkest night rises a song and a landscape slowly reveals itself. We see a sky but it is a closed door which gives way to a profusion of roots, searched by feverish hands; a celestial vault succeeds and the night comes back as a vertigo which can not be detached. The red of the blood of a beast that is broken up pierces the night and a Baudelairian sky clears it: «the clouds that pass… there… up there… the marvellous clouds!» (les nuages, là-bas, les merveilleux nuages.) The character of Charon haunts this double exhibition. How not to think about Dante? Charon appears in Canto III of Hell.

And lo! toward us in a bark" Comes on an old man, hoary white with eld," Crying, « Woe to you, wicked spirits! hope not"

Ever to see the sky again. I come" To take you to the other shore across," Into eternal darkness, there to dwell"

In fierce heat and in ice. And thou, who there" Standest, live spirit! get thee hence, and leave" These who are dead. »

In the Genoese citadel of Bastia, Charon is invisible. Only the boat and the _________________________________ PASSEGHJI

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water remain. His presence is no less felt nor the passage less marked. He awakens the terror of death. The space participates in the coherence of the works. They have worked almost underground: in the cistern rooms of the Palais des Gouverneurs. As I was writing on Passeghji by Jeanne and Guillermo, I always came back to Baudelaire, to his black poetry where the obsession of death, rotting and hell plays such a big role and I could not help but to think also of Gérard de Nerval's El Desdichado:

I am the Dark One, – the Widower, – the Unconsoled The Aquitaine Prince whose Tower is destroyed: My only star is dead,- and my constellated lute Bears the black Sun of Melancholia.

This exhibition is a kind of work in progress from Jeanne de Petriconi and Guillermo Peydro to poetic exegesis: u passeghju intimu. I like these black artists, as deep as the night, who find their reason to be in the revelation of the dread of dreams.

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MAZZERI CHASING SHADOWS Mathieu François DU BERTRAND

If I have to believe one of my painters friends, the strength of a work is measured by the need we have to invoke it on our deathbed. So, about a painting: «Would I summon him on my deathbed?» An affirmative answer would imply that the work in question could challenge eternity, welcome the being, summarize our lives (ours, but also that of others). This conception is radical, because it leaves out most of the works that occupy our museums. His vocation would be to make us love only the masterpieces, and therefore we would be obliged to ignore the rest for lack of time, and should even put aside beautiful works without the ability to touch the depths of our soul (that of an imminent dead person). Art is not made to be beautiful. Jeanne de Petriconi and Guillermo G. Peydró are engaged in a dramatic expedition, with a troubled separation, which makes them walk together in this attempt to restore a breath, the last one, that of the passage to the great unknown. The tragedy of being is unfolding in them, which they strive to dig. It is in the Palace of the Governors of Bastia that these two artists deposit this mourning and make it shimmer in the shuddering waters of old cisterns. Yet this is a place that does not lack shade and challenges anyone who wants to seduce him to make it more massive than its history, heavier than its walls, more distant than the views it delivers. Arduous and especially tragic task: the places do not lend themselves so easily. It is all the merit of Jeanne de Petriconi and Guillermo G. Peydró to bring us into this twilight tension. And if the _________________________________ PASSEGHJI

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night was stubbornly searching for the origin? The only moment in our lives where Time visits us, surrounds us and penetrates us? Basically it is them, the modern mazzeri, who designate our tomb in advance. They search through us. They are faithful, in this sense, to Edgar Allan Poe's verse, quoted by Bachelard: « I could not love except where Death/ Was mingling his with Beauty’s breath » Petriconi and Peydró hold this speech with the support of old Corsican traditions: their works are formed by the wind and the water, as well as by a lot of night. Their art is an art of vision, of posthumous anticipation: it is as if they had come back from a sleep they know, but which they do not remember. In their works, in any case, it is the symphony of the last moment that is spreading, elements that one could like on his deathbed, because these are the things we have nourished by our most beautiful love: from a lazy cat to the Brahms' Requiem; from a baroque church to Joachim Patinir or to the archaeological site of Filitosa. The boat is waiting for us. It is in these dark cisterns that the contagious call of the sea resounds. This is the last departure.

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Passeghji. Catalogue de l'exposition (Musée de Bastia, 2018)  

Catalogue trilingue français/espagnol/anglais de l'exposition "Passeghji. Chasses oniriques et traversées vers l'au-delà en Corse", Musée de...

Passeghji. Catalogue de l'exposition (Musée de Bastia, 2018)  

Catalogue trilingue français/espagnol/anglais de l'exposition "Passeghji. Chasses oniriques et traversées vers l'au-delà en Corse", Musée de...

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