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GET A JOB

« Le jeune veut prendre son pied en bossant »

générations, notamment dans le milieu du travail. On arrive, par exemple, avec des compétences liées au web que nos aînés n’ont pas. Ce qui bouleverse la hiérarchie dans l’entreprise et effraie les patrons.

«Déjà Socrate traitait les jeunes de fainéants!» GUIDO: Le personnage typique de la Génération Y est l’antihéros de la série Bref… Julia Tissier: Il faut bien évidemment faire attention à ne pas généraliser; il n’y a pas qu’une seule jeunesse hétérogène. Mais il est vrai que Kyan Khojandi (l’acteur de Bref) est une véritable icône pour notre génération. Certains pourraient croire que c’est un loser, que sa vie est pourrie. Et pourtant, sa vie fait écho à tous les jeunes de notre génération, c’est pour cette raison que cette série marche autant pour le moment.

GUIDO: Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui vont dans quelques années se lancer sur le marché de l’emploi? Julia Tissier: Il ne faut bien évidemment pas zapper les études théoriques, loin de là, mais à un moment, il faut passer à la pratique. Et si possible ne pas enchaîner les stages. Même si c’est parfois difficile, car on préfère être en stage plutôt que de ne rien faire chez soi. Il existe des tas de formations pratiques, de contrats de professionnalisation intéressants

GUIDO: Dans une société en crise, les jeunes entrepreneurs sont-ils encore nombreux à monter leur propre entreprise? Julia Tissier: Je pense qu’il y en a de plus en plus. Du fait de cette précarité grandissante, les jeunes ont développé une plus grande combativité. Si on trouvait directement un CDI, on le garderait et on y resterait le plus longtemps possible. Mais, cette situation se présente rarement aux 18-30 ans qui enchaînent stages, CDD et chômage. Ils sont alors plus nombreux à monter leur propre boite. GUIDO: Dans votre conclusion, vous parlez de la prochaine génération, les Z. Doit-on en avoir peur? Julia Tissier: (rires) C’est difficile à dire parce qu’ils sont encore tout jeunes. Ce qui est certain, cependant, c’est que ce sont eux les véritables digital natives, ils sont nés avec un iPad dans la main et ont donc toujours baigné dans le monde numérique, à la différence des Y qui ont appris à vivre avec cette nouvelle réalité au fur et à mesure. Ils feront certainement moins d’erreurs que nous, notamment au niveau des nouvelles technologies car Facebook est totalement entré dans leurs mœurs. Ils arriveront ainsi à trouver facilement un compromis entre leur vie publique et virtuelle. En fait, je pense qu’ils seront encore plus ingérables que nous, qu’ils auront encore moins envie de se faire chier que nous! (rires)

«La Génération Y par elle-même, Quand les 18-30 réinventent la vie», Myriam Levain et Julia Tissier, aux éditions François Bourin Editeur.

avril~mai 2012

| GUIDO MAGAZINE

Texte Sébastien Daloze

GUIDO: On arrive à la fin de la campagne présidentielle française. Celle-ci a-t-elle passionné les 18-30 ans? Julia Tissier: Je pense que les jeunes ont eu du mal à se retrouver parmi les candidats qu’on leur a proposé. François Hollande, par exemple, avait décidé de mettre les jeunes au centre

GUIDO: Une autre de vos constatations est la suivante: dans le monde du travail, les jeunes sont davantage intéressés par un job où ils se sentent bien que par un job grassement payé. Julia Tissier: En général, les jeunes ont tellement galéré avant de trouver un boulot que ce qui leur importe dans leur carrière n’est pas spécialement de gagner plein de fric, mais plutôt un certain épanouissement au travail. On n’est pas forcément motivés par un gros salaire parce qu’on sait pertinemment qu’on ne sera jamais millionnaires! On veut plutôt prendre son pied en bossant. On va travailler toute sa vie et si c’est pour le faire à reculons, autant arrêter tout de suite et chercher autre chose, ce qui est inconcevable pour nos parents qui ont fait toute leur carrière au même endroit. La loyauté qui existait auparavant pour son entreprise n’existe plus aujourd’hui. On n’est évidemment pas dupes de la réalité de l’entreprise, parce qu’on a vu notamment des gens de notre entourage se faire virer comme des malpropres après trente ans de fidélité à la même boite. Si on trouve un job ailleurs (même moins bien payé), on s’en va sans se retourner, parce qu’on sait pertinemment que ce sera la même chose du côté de l’entreprise.

pour les jeunes. Cela permet de s’insérer petit à petit dans le milieu professionnel, de tâter le monde du travail, de se constituer un réseau, de commencer à gagner sa vie, de parfaire sa formation, …

Photo Capucine Bailly

GUIDO: Dans le livre, vous montrez que, s’ils s’engagent moins politiquement, les jeunes le font davantage au niveau social et écologique… Julia Tissier: La vie est aujourd’hui plus compliquée et on évolue dans un monde précaire. La quête de sens et l’épanouissement personnel sont donc au centre des préoccupations de cette génération. Au niveau politique, les jeunes votent (ndlr: le vote n’est pas obligatoire en France) quand il y a un enjeu important.

de sa campagne. Et pourtant, aujourd’hui, en plein cœur de la campagne, c’est le black-out total, avec pas un seul mot sur le sujet lors des différents débats. Et la réaction habituelle des jeunes à cet égard est soit l’abstention, soit le vote contestataire. Il faut vraiment faire attention à cela.

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Guido Magazine N°62  

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