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LA MAGIE ET

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L'ASTROLOGIE DANS I,'aNTIQUITK ET AU MOYEN AGE


Pafif.

Iniiirimorie Pillet Gis ai nĂŠ, nie des Gi ariils-Aiigiis:iiis. ii


LA MAGIE KT

L

ASTROLOGIE DANS L'ANTIQUITÉ ET AU MOYKN AGE o u

ÉTIJDK SUR

LES SUPERSTITIONS PAÏENNES

QUI SE SONT PERPÉTUÉES JUSQU'a NOS JOURS

PA U

ALFRED MAURY

L.-F.

Troisième

l'idition,

rome

et

corrigée.

PARIS LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER ETCie^ LIBRAIRES-ÉDITEURS 3 0

,

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DES

A

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i868 Tous

droits résorvpï.

I

N s

,

35


INTRODUCTION

Les sciences physiques n'étaient à l'origine qu'un amas de superstitions et de procédés empiriques qui constituaient ce que nous appelons la magie. L'homme avait

bien conscience de l'empire qu'il était appelé h exercer sur les forces de la nature que, dès qu'il se mit en rapport avec elles, ce fut pour essayer de les assujettir à sa volonté. Mais au lieu d'étudier si

les

mènes,

afin d'en saisir les lois et

besoins,

il

s'imagina

de

pouvoir, à

les

phéno-

appliquer à ses

l'aide

de pratiques

particulières et de formules sacramentelles, contraindre les

agents physiques d'obéir à ses désirs et à ses projets.

Telestlecaractèrefondamentaldela magie.

Getlesciencê

pour but d'enchaîner à l'homme les forces de la nature et de mettre en notre pouvoir l'œuvre de Dieu. avait

Une

pareilleprétention tenait à lanotion que l'antiquité s'était

des phénomènes de l'univers. Elle ne se les représenpas comme la conséquence de lois immuables et né<

faite tait

1


2

miRODUCTlON.

cessaires, toujours actives et toujours calculables; elle les faisait

d'esprits

dépendre de

ou de

divinités

il

fallait

volonté arbitraire et mobile

dont

elle subsliluait l'action

à

pour soumettre

la

arriver à contraindre ces divinités

ou

mômes. Dès

celle des agents

nature,

la

lors,

ces esprits à l'accomplissement de ses vœux. Ce que la religion croyait pouvoir obtenir par des supplications et

des prières,

la

magie

charmes, des formules

tentait de le

et des

faire

par des

conjurations. Le dieu

tombait sous l'empire du magicien;

il

devenait son

esclave, et, maître de ses secrets, l'enchanteur pouvait

à son gré bouleverser l'univers et en contrarier les

A mesure que maine

dégagèrent des langes de

les sciences se

la superstition et

de

la

lois.

chimère,

la

magie

vit

son do-

se resserrer de plus en plus. Elle avait d'abord

envahi toutes les sciences, ou, pour mieux dire, elle en tenait

complètement

lieu

decine, chimie, écriture

:

astronomie, physique, mé-

môme

et poésie, tout,

principe, était placé sous sa tyrannie.

dans

le

La connaissance

des lois naturelles, révélée par l'observatijm, montra tout ce qu'il y avait de stérile et d'absurde dans les

pratiques auxquelles elle recourait. Chassée d'abord de la science

des phénomènes célestes,

elle se réfugia

celle des actions physiques. Puis, expulsée

par l'expérience, du

monde

dans

de nouveau,

matériel et terrestre, elle

se retira dans les actions physiologiques et psycholo-

giques, dont les lois plus obscures se laissaient moins

facilement pénétrer; elle s'y résister encore.

fortifia, et

continue d'y


3

INTRODUCTION. 11

les

n'y avait pas toutefois

procédés magiques;

temps

la

il

que mensonge et délire dans suffit

de contempler quelque

nature pour en découvrir certaines

lois.

Les

enchanteurs arrivèrent ainsi de bonne heure à la notion

de plusieurs phénomènes dont cer la cause, mais dont les accidents.

ils

ils

ne savaient pas per-

suivaient avec attention tous

Ces notions furent associées aux prati-

ques ridicules dans lesquelles s'égarait l'ignorance, et l'on sut

en tirer parti pour produire des

de frapper

les imaginations.

De

magie sont

capables

ainsi sor-

quelques sciences qui restèrent longtemps infec-

ties

tées des doctrines chimériques

avaient pris naissance. la

la

effets

au sein desquelles

elles

La thérapeutique, l'astronomie,

chimie, ont passé par une période de superstition que

représentent la connaissance des simples, la préparation

des philtres, l'astrologie, l'alchimie, produits immédiats

de

la

magie des premiers âges. Et

succès qu'assurait

le

aux enchantements l'emploi de procédés fondés sur des propriétés réelles et des observations physiques contri-

bua puissamment à accréditer dans la

croyance à leur

sipa

peu à peu,

efficacité.

du vulgaire

l'esprit

Cependant

l'illusion se dis-

et toutes les merveilles

que les magiciens prétendaient accomplir s'évanouirent dès qu'on tenta d'en vérifier la réalité. Il ne fut pas difficile de reconnaître qu'en dépit des charmes, des conjurations et des

formules, la nature demeurait toujours

la

même; que

ses lois n'étaient ni troublées, ni interverties

:

alors on

s'aperçut qu'il n'y a dans tous ces prestiges qu'une illusion

de

l'esprit.

Le magicien n'apparut plus comme


4

un

INTRODUCTION.

homme qui

dépendance

tient sous sa

et les agents naturels,

les

phénomènes

comme un artisan

mais

de

men-

songe, en possession de certains secrets pour leurrer

notre imagination et évoquer devant elle des images décevantes. Ce fut

On

avait cessé

comme

le

dernier âge de la magie.

de croire aux prodiges qu'elle prétendait

accomplir, mais on croyait encore à science des magiciens.

On

la réalité

se les représentait

de

la

comme

des complices des esprits malfaisants, des suppôts de qui peuvent abuser nos sens, s'emparer de notre

l'enfer,

volonté, bouleverser notre intelligence; et la puissance

qu'on leur déniait sur

monde

le

physique, on

accordait encore sur l'homme. Tel a été

auquel

la

la leur

point de vue

le

plupart des chrétiens se sont placés. Trop

éclairés

pour prêter à

tifiaient

dans

les

la

magie un pouvoir

mains de Dieu,

ils

ne

qu'ils for-

l'étaient pas

encore. assez pour reconnaître l'inanité des pratiques

magiques

comme

et le ridicule des

tout à l'heure,

enchantements. Mais

un mélange de

ici,

vérités et d'er-

reurs entretenait les esprits dans une opinion superstitieuse.

Les enchanteurs,

ment découvert

les

les sorciers avaient effective-

moyens

d'exalter

ou d'assoupir nos

sens par l'emploi de certains narcotiques, de provo-

quer en nous des hallucinations par un trouble introduit

dans

illusions,

le

cerveau et

le

système nerveux; et ces

qui constituaient tout leur art,

aux chrétiens l'œuvre du diable vention des rations.

démons dans

,

la

semblaient

preuve de

les sortilèges et les

l'inter-

conju-


5

INTRODUCTION.

La démonologie, qui '

servit

condamnée par tous

expirante, est désormais

sérieux et critiques.

dont

le

de support à

magie

les esprits

Débris du naturalisme antique,

christianisme à son insu avait subi l'influence,

elle fait

encore de temps à autre des apparitions

moments d'abattement, de

dans des

ou de

délire

reur, elle tente de reprendre sur la raison

du

la

terrain qu'elle a perdu. Vains efforts

:

;

et

ter-

une partie constance

la

des lois physiques éclate plus que jamais dans les

des phé-

merveilles de la science appliquée. L'étude

nomènes

éteint en

nous

la foi

au merveilleux,

et c'est

par ses progrès que seront expulsés les derniers restes

de

la superstition.

Présenter en aperçu l'histoire de ce grand mouve-

ment de

l'esprit

humain qui nous

éleva graduellement

des ténèbres de la magie et de l'astrologie aux lumi-

neuses régions de

la

science moderne, tel est le

de ce petit ouvrage. l'histoire

de

la

On a

écrit

but

déjà plusieurs fois

magie. Les uns ont cherché dans l'en-

semble de ces croyances chimériques des preuves à l'appui de leur solidité; les autres n'ont voulu

inspirer

un profond dédain pour tant de

surdités; nul n'a songé à tirer de la faits

que nous

folies et d'ab-

comparaison des

un enseignement réellement philosophique,

marquer

les différentes

une science cependant

qui, toute

et à

phases par lesquelles a passé

chimérique qu'elle

est, a été

début nécessaire des grandes découvertes qui devaient en ruiner les fondements. Je tenterai de le faire.

le

J'aurais

pu accumuler bien des témoignages

et


6

INTRODUCTION.

grossir ce

mais

j'ai

l'esprit

volume d'une foule de

voulu

humain,

les citations

vérité.

me

détails intéressants;

borner à indiquer

et je n'ai

la voie qu'a suivi

demandé à mes

lectures que

indispensables à la démonstration de

la


L4 MAGIE ET

L'ASTROLOGIE DANS L'ANTIQUITÉ ET

Aïï

MOYEN AGE

PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE PREMIER LA MAGIE DES PEUPLES SAUVAGES

La magie des peuples sauvages, des

sociétés encore

livrées à la barbarie primitive, reflète par ses ridicules

la

grossièreté des notions

l'univers Tesprit

humain, quand

l'ignorance la plus absolue. sauviige ou très-barbare est

il

que est

se

formes fait

de

plongé dans

La religion de l'homme un naturalisme supersti-

tieux, un fétichisme incohérent dans lequel tous les phénomènes de la nature, tous les ôtres de la création,

deviennent des objets d'adoration.

L'homme

place en tout lieu des esprits personnels conçus à son image, tour à tour confondus avec les objets mêmes ou

sépa-

rés

de ces objets. Telle

est la religion

de tous

les

ples noirs, des tribus altaïques, des peuplades

peude

la


8

CHAPITRE PHEMIEH.

Malaisie, et des restes de populations primitives de

rHindoustan, des Peaux rouges de l'Amérique et des insulaires de la Polynésie; telle fut à l'origine celle des

Aryas, des Mongols, des Chinois, des Celtes, des Ger-

mains et des Slaves. Tel paraît avoir été

le

caractère des

croyances qui servirent de fondement au polythéisme des Grecs et des Latins. Seulement, suivant

le

génie

propre de chaque nation et de chaque race, suivant contrée qu'elle hahite, c'est vers tel

que

se tourne

ou

tel

le

la

genre de vie qu'elle mène,

ordre d'agents ou de phénomènes

de préférence sa vénération. Mais un fé-

tichisme démonologique demeure toujours au fond de ces rehgions grossières, qui cherchent la divinité dans les

produits de la création. Les fables qu'on raconte

sur les dieux, les mythes par lesquels on explique les

phénomènes de l'univers, les cérémonies et les rites dont se compose le culte, gardent des traces presque ineffaçables des idées enfantines et superstitieuses qui

furent

la

première expression du sentiment religieux.

Le Brahmanisme chez chez

les

Hindous,

les Tartares, l'Islamisme

et des peuples africains, le

le

Bouddhisme

des Arabes, des Persans

Judaïsme

même

chez

descendants dispersés des anciens Hébreux

,

et

les le

récemment

Christianisme d'une foule de populations

converties à l'Évangile, sont remplis de croyances et de pratiques qui remontent au naturalisme que ces reli-

gions ont remplacé.

La magie eut esprits

dont

les

surtout pour objet de conjurer les

peuples sauvages redoutent encore plus

l'action malfaisante qu'ils n'en attendent

La crainte des dieux, qui

a été la

de bienlails.

mère de

la religion.


LA MAGIE DES PEUPLES SAUVAGES. dès car l'amour n'en fut que la fille tardive, domina souvent plus le principe l'humaine imagination, et

une peuplade, une tribu possède de vertus guerrières, dans les plus elle déploie de résolution et de courage combats, plus elle se montre pusillanime à l'égard des puissances mystérieuses dont elle suppose l'univers voyageurs ont signalé l'influence sociétés sauvages et ignorantes par ces

Tous

peuplé.

les

exercée sur les

magie

superstitions, et l'importance de la

presque

est

du développement du système démonologique. Un écrivain anglais, M. Joseph Rotoujours en raison

Lerts*, nous a dépeint le déplorable état de crédulité arrivés à ce sujet les Hindous. «

où sont

Ce peuple,

a affaire à tant de démons, de dieux et de demi-dieux, qu'il vit dans une crainte perpétuelle de écrit-t-il,

leur pouvoir.

Il

n'y a pas un

hameau qui

esprits.

La

un

comme

la

nuit, la terreur

de

arbre ou quelque place secrète regardée

demeure des mauvais

n'ait

l'Hindou redouble, et ce n'est que pur la plus pressante nécessité qu'il peut se résoudre, après le coucher à sortir de sa demeure. A-t-il été contraint

du

soleil,

de

le faire,

il

ne s'avance qu'avec

conspection et

l'oreille

au guet.

plus extrême cir-

la

répète des incan-

Il

marmotte à tout instant des prières et porte à la main un tison pour écarter ses invisibles ennemis. A.-t-il entendu le moindre bruit, l'agitation d'une feuille, le grognement tations,

il

touche des amulettes,

de quelque animal,

1

il

il

se croit perdu-,

Oriental Illustrations of scripture,

Marlin, T/ie Hislory of Eastern Indïa,

|».

l.

1,

s'imagine qu'un

il

542. Cf. Monlgomery p.

193. 1. r


^0

CHAPITRE PREMIER.

démon effroi,

poursuit et dans

le il

se

met à chanter, à

le

but de surmonter son

parler à haute voix

;

il

se

hâte et ne respire librement qu'après qu'il a gagné

quelque lieu de sûreté. » Chez les nègres, cette superstition est portée à son comble. Nul individu n'ose se mettre en route que chargé d'amulettes, ou, comme on les appelle, de grigris;

il

en

est parfois littéralement tapissé

^ Pour

le

nègre tout objet peut devenir un talisman après une consécration mystérieuse. Les grigris ne sont pas seu-

lement à ses yeux un palladium pour sa personne, ce sont encore des objets divins visités par les esprits, et voilà

pourquoi

il

leur rend

un

culte.

dérable que jouent les amulettes et

dans

la religion

religion le

nom

Le

rôle consi-

les objets

consacrés

donner à cette de fétichisme, étendu ensuite aux re-

des noirs africains a

ligions analogues.

Le mot

fait

du por-

fétiche est dérivé

tugais fetisso, qui signifie chose enchanté», chose fée,

comme l'on disait en vieux français, mot qui vient luimême du latin falum, destin. Winterbottom prétend que l'expression de fétiche est une altération de faticaria, puissance magique. Je ne le pense pas mais si cependant cette étymologie est fondée, elle ne fait que rattacher par un autre dérivé le mot en question à 5

la

racine latine fatum.

la

Les grigris sont de toutes formes et varient depuis simple coquille ou la corne d'un animal jusqu'à

l'objet le plus

comphqué dans sa fabrication, depuis

le

plus sale chiiïon jusqu'au morceau de maroquin pré-

*

Voy. Dav. Livingstone, Missionary Travels, p. 455.


H

LA MAGIE DES PEUPLES SAUTAGES. paré avec

le

plus de soin'. «

voyageur Gordon Laing

^,

De

petites maisons, dit le

contenant des coquilles, des

crânes, des images, sont toujours placées à peu près à

douze cents pieds des différentes entrées des les

regarde

comme

villes

;

on

demeure des grigris, qui en pren-

la

nent soin. Celte pratique est

commune

chez toutes

les

nations païennes que j'ai visitées. Nulle part néanmoins elle n'est oij

il

même

portée au

degré que dans

le

Timanni,

n'y a presque pas de maison qui n'ait ses esprits

prolecteurs. »

Non-seulement

nègre met dans ses amulettes

le

toute sa confiance, mais elles sont de fait ses véritables

dieux. Dans les occasions solennelles, les Bambaras

adorent sous

le

nom

de canari un énorme vase de

terre rempli de grigris de toutes sortes, qu'ils ne

man-

quent pas de consulter avant d'entreprendre quelque chose d'important^.

Le

culte se

trouvant à peu près réduit chez les

peuples sauvages à

la

conjuration des esprits et à

la

vénération des amulettes, les prêtres ne sont que des sorciers ayant pour mission d'entrer en rapport avec les

démons

tant redoutés.

réduit à peu près à

la

Autrement

dit,

le culte se

magie. Tel est encore aujourd'hui

caractère du sacerdoce chez une foule de nations

le

barbares et de peuplades abruties. Les nègres de *

Voy. ce que John Diincan dit des félicliesdes Fanlis. [Tra-

vels in yVeslein A/'iicu in 18-i5 2

Voyage, dans le Timanni, le

and

dSiti,

houranko

l.

I,

p. 23.)

Soulmana, trad. Duncan, o. c, t. I,

et le

par MM. Ejriès el Larenaudière, p. 8i. Cf. p. 50. s

la

A. Raffenel, f^oyage dons l'Afrique occidentale, p. 299.


CHAPITRE PREMIER.

12

Sénegambie ont leurs guieuliabés^,\es Gallas ont leurs kalichas^, les Caraïbes ont leurs mariris ou piaches^, et

TAmazone ont leurs pages*, mac/ns \ les Malgaches ont leurs

Indiens des bords de

les

ceux du

omôzWi^s

Chili leurs

et les Malais laurs poyavgs^-^ les insulaires

des MariannesavaientleursmrtÂ;a/^w«s'-, les Polynésiens

donnaient à leurs sorciers différents

noms^

les tri-

bus de races altaïque et finnoise ont leurs chnmans^-^ les Mongols, quoique bouddhistes, reconnaissent des sorciers du même genre qu'on appelle Abysses^"^-^ en »

2

p.

A. Rallenel, Voyage dans l'Afrique occidenlulc, p. 85. W. Cornwallis Ilarris, The IJifjfdamb of J^lhiapia l. 111, ,

50. 3

A. de Huniboldl, Voyage

p. 51 *

J.

.

aux

régions rquinoxiales

Spix ei Marlius, Reise in Brasilien. T.

A. Wallace, Travels on the

Amazon

I,

p.

5^9

;

y

t.

t. III,

p.

and Rio-Negro,

p.

IX, \

28.

199.

Dumonl d'Urvillo, Voyage au pôle sud, t. 111, p. 270. Miers, Tiavels in Chili and la Vlala, l. 11, p. 466. 1847, u° Voy. Tlie Journal of tlie indian anhïpelago

fi

,

p. -276,

282;

— 5,

1849, p. III.

D. de Rienzi, VOccanie,

l.

1, p. ô'jO.

Ces sorciers ou prêtres polynésiens se disent en rapport avec les ai.ouas ou esprits. Voy. Moertnliout, Voyage aux îles du *

grand Océan, «

t.

I, p.

551.

Voy., sur le cbamanisnie, de Wrangell, le

irad. par le prince E. Gaiitzin,

du Chamanisme en Chine,

t.

I, p.

SG8

Nord de ;

le

(a Sibérie,

P. Ilyacinihe,

irad. par le prince E. Gaiitzin,

les Nouvelles Annales des voyages,

5"^

série, juin 1851, p.

dans

287

cl

du Nord ont également leurs ïorciers- prophètes. Voy. G. Callin, Lellers and Noies on Ihe manners, cuiloms and condilions of Ihe Norlh American Indians, suiv. Les Indiens de l'Amérique

V édit., P. p. 45.

vol.

Il,

|).

117.

(le Tcliiliatclief,

Voyage sciend^îque dans

l'Alloï oriental,


13

LA MAGIE DES PEUPLES SAUVAGES.

un mot le

magiciens sont de tous

les prêtres

les

pays où

fétichisme tient encore lieu de religion.

Ces prêtres cumulent

les fonctions

de devin

,

do

prophète, d'exorciste, de thaumaturge, de médecin

de fabricant d'idoles et d'amulettes.

morale ni

ni la

les

n'enseignent

Ils

bonnes œuvres'

:

ils

ne sont pas

attachés à la pratifjue d'un culte régulier, au service

On ne

d'un temple ou d'un autel. cas de nécessité; mais

ils

empire considérable sur

les

appelle qu'en

n'en exercent pas moins un

les

populations auxquelles

On

tiennent lieu de ministres sacrés.

ils

redoute leur

puissance et surtout leur ressentiment; on a une

foi

aveugle en leur science. Ces enchanteurs ont d'ordinaire dans

regard

le

,

dans

l'attitude, je

ne

sais

quoi

qui inspire la crainte et qui agit sur l'imagination.

Cela tient sans doute parfois au soin qu'ils prennent

d'imprimer à leur physionomie quelque chose d'imposant ou de farouche, mais cette expression particusouvent

lière est plus

l'effet

de

l'état

entretenu par

les

emploient en

elîet divers excitants

procédés auxquels

de surexcitation,

ils

recourent'-;

ils

pour exalter leurs

donner une force musculaire factice et provoquer en eux des hallucinations, des convulsions

facultés, se

ou des rêves divin^; car 1

0.

C'est ce

c, 2

t.

1,

Voyez

qu'ils

ils

que

regardent

comme un

enthousiasme

sont dupes de leur propre délire dit

;

mais

notamment des Ch.amans M. de Wrangell,

p. 267.

à ce sujet les détails

Pallas dans son P'otjage, trad.

curieux donnés par

le

voyageur

par G. de La Peyronie,

t.

IV,

p. 105, \0i. ^

A. Castren, Voiiesungen ùber die Jiniùsche Mylholor/ie, p. 165.


14

CHAPITRE PREMIER.

lors

même

qu'ils

leurs prédictions, crus.

En

cela,

ils

s'aperçoivent de l'impuissance de ils

n'en tiennent pas moins à être

sont généralement bien servis; les

sauvages rapportent sur leur compte des histoires absurdes qui témoignent de leur crédulité, et ces fables sont répétées avec tant d'assurance qu'on rencontre souvent des Européens ayant résidé parmi eux qui

y ajouter foi. C'est grâce à ce mélange d'astuce et de folie que les sorciers réussissent à devenir chez certaines tribjs des personnages considéfinissent par

rables et à s'en faire les magistrats ou les chefs^

Les femmes

même

exercent parfois ce sacerdoce

magique. Leur organisation nerveuse, plus facilement excitable, les rend plus propres au métier de devin avec plus de

et d'enchanteur. Elles entrent

facilité

dans ce délire fatidique poussé quelquefois jusqu'à la fureur et qu'on tient pourle plus haut degré de l'inspiration. Les

Germains^

et les Celtes^ avaient

de sem-

blables prophétesses, qu'entourait la vénération pu-

même

blique et dont les avis étaient écoutés guerriers les plus expérimentés^ les

hommes du Nord

ou Aliorumnes^ Volur ou Spa-

les appellent

kunur. Elles se retrouvent aussi chez

»

des

les

premiers

Voy., sur l'influence que ces sorciers exerçaient parmi les

tribus de l'Aniorique

du Nord, U-Il.

staitslical Informations

rcspccting

Sclioolcrafi, Hislorkul

the

hisloiy

,

prospects of theindion tribesofl/ie United States, et suiv.; et sur celte des guieulial)és,

Ve Mor. Gcrman.,

*

Tacit.

8

Pompon.

titulée

:

,

les

8.

Met., T>e Sit. orbis,

Fées

du moyen

lîatTi nel, o.

condition t. 111,

c, p

— Dion. Cass., lxvm,

III, 6.

âge, p.

20

Voy.

ma

et suiv.

p.

and and 488

8-4.

p.

761

disserlalion in-


15

LA MAGIE DES PEUPLES SAUVAGES. Arabes, dans l'histoire desquels elles ont plusieurs

fois

joué un rôle

Mais quelque grand qu'ait été l'ascendant pris par

magiciens sur l'imagination des peuples

les prêtres

enfants, cette confiance excessive n'en a pas

moins

retours. Si les conjurations n'ont pas eu d'effet,

ses

si la

science magique est en défaut, le dépit des sauvages

contre

les sorciers

la colère et

met

ou

les

la vie

chamans va souvent jusqu'à

de ceux-ci en danger^. Habi-

tués à ces mécomptes, les magiciens supportent avec

sang-froid ou résignation les outrages qui leur sont faits,

sachant que

le

premier

moment

d'irritation

ramènera forcément à eux. Le Kalmouk frappe, brise ou foule aux pieds l'idole qui n'a point exaucé ses vœux, mais le lendemain c'est passé, la superstition

elle

encore qu'il implore dans

Tel est

le

la

crainte ou l'espérance*.

tableau que nous tracent les voyageurs

du sacerdoce des peuples sauvages; juger de ce qu'étaient jadis

les

il

peut nous faire

ministres divins,

où,

depuis, une religion plus éclairée a remplacé de naives superstitions.

Ce

n'est pas

seulement parles

traits

jusque par

les

les peuples

barbares se ressemble.

moindres

détails,

que

la

généraux, mais

magie de tous

Voy.,pour un exemple, Caussin dePerceval, Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme, l. 111, p. 555 el suiv, * Les Tcliouktchis niallrailenl fort souvent leurs chamans, *

mais ceux-ci demeurent bérie, trad. franç., '

p.

inflexibles. (Wrangell, le

t. I, p.

Nord de

la Si-

265, 266.)

P. de TcLilialchef, Voyage scienli/îgue dans l'Altaï oriental,

45, 46.


CHAPITRE PREMIER.

4g

Chez tous se retrouvent des pratiques analogues. C'est de drod'abord l'emploi des plantes médicinales ou gues naturelles destinées à provoquer et les rêves dans lesquels

les hallucinations

imagination

esprits et les êtres fantastiques

croit voir les

dont la crainte l'obsède;

que le remarquait Pline, il y a déjà dix-huit a été le point de départ siècles, la médecine populaire amazoulous de la magie*. Les Iniangas dos Cafres Pages de exercent surtout la médecine magique^ Les l'Amazone passent pour avoir un grand pouvoir dans car, ainsi

maladies et les l'emploi des incantations contre les de toute sorte. Les sorciers des tribus in-

douleurs

remarquer diennes de l'Amérique du Nord se faisaient de la vertu des par une connaissance assez approfondie

médicaments^

ils

les administraient

non-seulement

encore pour de produire un délire factice, mais blessures \ Ces opérer la guérison de maladies ou de manitous. étaient attribuées à l'influence des

atin

cures

L'Indien 1

n'allait

jamais en guerre sans porter avec

Naiam (magiam)primum

e medicina

nemo

lui

dubitat, ac specie

sanctioremque salulari irrepsisse velul alliorem

medicinam

;

ila

promissis addidisse vires relil)landissimis desideratissimisque gioiiis

nat., 2 3 '*

ad quas maxime etiamnum caligat

XXX,

humanum

genus. {Hist.

1.)

australe^ t. II, p. 24G. Ad. Delegorgue, Voyage dam C Afrique Schoolcralt, 0. c, t. lll, p. -488. en y appliPages guérissent les plaies et les blessures

Les

soufflant dessus. (A. Wallace, quant de violents coups et en Rio-Negro, p. 499.) Travtl on the Amazon and the iransalléghaniennes, adminisLes Piaches, dans les contrées donner du courage, loardes potions particulières pour

trent

rayions équïnoxialcs, yhyskks. (llumboidl, Voijageaux

l.

c.)


LA MAGIE DES PEUPLES SAUVAGES. les

charmes

et les compositions,

17

œuvre des

sorciers,

dans un sacque nos premiers colons appelaient le sac de médecine. Le Tartare transporte de même avec lui, ou suspend à l'entrée de sa tente, ses fétiches et ses idoles*,

comme

la

Bihle nous montre que le faisait

La ban. Si les magiciens

mettent à profit

des simples pour guérir aussi en

maladies,

connaissance

ils

vue de composer des philtres

qu'ils administrent à

timent ;

les

la

y recourent

et des poisons

ceux qui sesontattiré leurressen-

les victimes se croient

poursuivies par le cour-

roux céleste^. Ces charlatans ont aussi quelque notions de météorologie, de ces notions que l'homme acquiert hien vite, dès qu'il vit à

l'air libre et qu'il in-

terroge quotidiennement la nature certains

5

ils

changements atmosphériques

;

savent prédire

de

là leur

pré-

tention de produire la pluie, de conjurer les vents.

Observateurs attentifs de l'homme et de toutes ses faibl esses, habiles à démêler dans ses traits les senti-

ments qui

l'agitent, à pénétrer

du regard au fond de sa

conscience étonnée, les sorciers des sauvages prétendent découvrir les fautes et les crimes cachés, les pen-

1

Caslren, Vorlesungen, p. 254.

Les insulaires du grand Océan croyaient que les sorciers pouvaient donner la mort à ceux auxquels ils en «

voulaient.

(Moereuhout,

559.) La pratique de l'envoussurê usitée chez les anciens, et qui s'est continuée au moyen âge, existait chez les Indiens de l'Amérique du Nord. Voy. Mémouès de John Tanner, trad. Blosseville, t. Il, p, 58, 59. Les Indiens de l'Amazone s'imaginent de même que Iti pages peuvent envoyer des maladies et tuer leurs ennemis. (A.-Wallace, 0. c, p. 499. ) o. c

,

t.

I, p.

2


18

CHAPITRE PREMIER.

aux épreuves

sées secrètes, et recourent au besoin

aux ordalies dont l'emploi

s'est

et

retrouvé chez la plu-

part des peuples barbares

Au

naturalisme

qu'il apparaît

tel

dans

les

premiers

âges est presque constamment associé le culte des morts, fondé sur la crainte qu'on a des âmes de ceux qui ne sont plus.

se retrouve en tous lieux

Il

aux racines mêmes de

la

:

il

tient

superstition; et, modifiées et

épurées, ces croyances se sont transmises jusqu'à nous.

Les magiciens ont

prétention d'évoquer les

la

morts

du fond de leur demeure souterraine ou des lieux dans lesquels ils errent sous mille formes diverses'*. Confondues avec les esprits, les âmes des trépassés se montrent

comme eux

dans

les visions

provoquées par

des narcotiques-, et l'imagination, en se retraçant les traits

de ceux qui ne sont plus, se persuade qu'ils vivent

encore. Aussi les rêves jouent-ils un rôle considérable

dans

la religion

des peuples sauvages, et c'étaient eux

qui entretenaient

croyance à

la

le

plus les tribus indiennes dans leur

magie'. Ce délire dans lequel l'homme

crédule s'imagine voir les *

démons

Voyez, sur l'emploi des ordalies chez

Memoir

et les génies,

les Kafres,

respecluig the Kaffers, Uotlenlols

se

Sutherland,

and Bosjimans,

t.

I,

p. 253, 256. (Cape Town, 1815.) Cf. G. Philips, Ueber die Ordalien bel den Germanen (Munich, 1847, in-4°). s Les anciens Paiagons étaient persuadés que les âmes des

démons après leur mort. Narrative survcying Voyage of Adoenture and Bengle, t. I, p. 162.

sorciers devenaient des

the 3

Schoolcraft,

o. c.

,

t.

III,

p.

o/

485. Les Indiens célébraient

une fêle spéciale en vue d'olitenir de.> rêves prophétiques, et s'y préparaient par des jeûnes. Voy. Mém. de John Tanner, trad. Blosseville,

t.

II, p.

347.


LA MAGIE DES PEUPLES SAUVAGES.

répand épidémiquement; tagieux.

il

existe chez les

Il

\9

en quelque sorte connègres comme chez une

est

foule de peuplades

de l'Amérique*, des cérémonies nocturnes, des danses mystérieuses ayant pour but de produire un enthousiasme frénétique, et, dans Topinion de ces sauvages, d'établir entre eux et

les esprits

un commerce plus intime et plus fréquent. On s'y exalte au bruit d'une musique retentissante et lugubre, comme le font les chamans au son de leur tambour ou boubna^. Les noirs ont transporté ces rites diaboliques jusque dans les Antilles, oii ils sont connus sous le nom de vaudou Ils constituent de véritables

dans lesquelles

initiations

Voy. Schoolcraft,

*

tamment

la

s'exaltaient

ner,

t. 1,

p.

l.

fêle ap|)elce

la vocation

de sorcier se

Les Indiens Ojibbeways avaient noWaw-bi-na, dans laquelle les danseurs

c.

au son bruyant d'une sorte de tambour. (John Tan281.) Dans leur délire, les assistants maniaient des

charbons ardents et déchiraient de la viande à belles dents. Les fcles de Jurupari chez les Indiens de l'Amazone ont un caractère analogue. (Wallace, Travels,

p. 101.)

Voy., sur les associations

magiques des habitants de la Guinée et leurs mystères nocturnes, Leighton Wilson, Western Africa, p. 395. La révélation de ces mystères est piinie de mort au Dahomey.

homey and les

Dahomans, mystères du Djamboh, the

vue d'effrayer

t. I,

p. 175.)

(

F.-E. Forbes, Da-

Les Mandingues avaient

sorte de diableries faites surtout en

femmes. (Golberry, Fragment d'un voyage en Afrique, t. I, p. 598; Gordon Laing, P'oyage cité, p. 182; Lander, Voyage cité, t. II, p. 155-159.) Cf. Sur les associations mystérieuses des Wanikas, le récit des capitaines Burlon et Speke, dans les Mitlheilungcn du d-" A. Petermann, 380* les

1859, n" 9,

2

Wrangell,

— Cf.

Forbes,

Voy. sur

o.

o.

c,

c,

t.

I,

p.

270.

t. I, p.

- Castren, Vorlèsungen, p

p. 163*

172.

vaudou, la notice de M. A. Bonneau, dans les Nouvelles Annales des voyages^ juillet 1858, p. 86. »

le


CHAPITRE PREMIER.

20

manifeste. Celui qui est en proie à l'exaltation la plus forte et dont le système nerveux finit par contracter

une

altération chronique s'y croit appelé*-, car ces

ma-

cbamans, ne forment généralement pas (le caste proprement dite. Leur mission comme est tout individuelle, et une fois regardés inspirés, ils deviennent l'objet de la considération publique. Afin de se livrer plus librement au com-

giciens,

non plus que

merce avec

les

pour ne point laisser recourent en vue d'ac-

les esprits, et aussi

percer les artifices auxquels ils croître leur influence-, ils vivent séparés du reste de

n'entretiennent guère de rapports avec elle, et ne se montrent que dans les grandes occasions voilà pourquoi régnent sur leur compte presque parla tribu,

;

mêmes

tout les

fables.

On

assure qu'ils peuvent à

leur gré se rendre invisibles ou se

animaux,

métamorphoser en

que leur regard presque toujours mal-

qu'ils sont invulnérables et

possède une vertu magique et faisante 2. Ces contes se débitent en Amérique

chez

les

Musulmans^

la

Chine en

comme

est remplie, et ils

c, t. 1, p. 267. Dans la Guinée septentrionale, on s'imagine que les sorciers en peuvent se changer en tigres et métamorphoser leurs ennemis 398.) TVc5<ern ^fnca, p. éléphantspour les tuer. (Leighton Wilson, faculté, quand la ont magiciens les Au Darfour, on croit que pris, de se transformer en air ou en ils sont sur le point d'être »

Wrangell,

o.

2

trad. Perron, vent. (Mohammed-el-Tounsy, Fo,//rtî/e flît Darfour, pouvaient se ren356.) Les Finnois disaient que les sorciers p,

brouillard qu'ils dre invisibles, en s'enveloppant dans un épais Finlande, t. 1, la appelaient hiilinschiâlmr. (Léouzon Leduc, p. cviii.)

Jadis, en Irlande, le peuple,

stitions celtiques, s'imaginait

que

imbu des

les sorciers

vieilles

super-

pouvaient prendre


21

LA MAGIE DES PEUPLES SAUVAGES

forment toute l'histoire populaire des Chamans. Mais de s'inile besoin de s enlr'aider et de se défendre, disciples tier aux secrets de leur art et de recruter des prêtreszélés et intelligents, conduit peu à peu les sorciers tà se grouper en véritables associations. Parfois',

ont constitué des castes

ils

divinatoire étant familles

;

et

;

en un mot,

du culte ils

^

et

cbez

les

magique

et

héréditaire cbez quelques

devenu

ils

ont

mono-

et la direction des conscien-

ont constitué

familles sacerdotales, ainsi

Grèce

l'art

pour assurer leur influence

polisé l'exercice

ces

S

le

premier noyau des

que cela se voit pour

anciens Aryas; et dès ce

la

moment,

magie a commencé à se dépouiller des formes grossières dont je viens de présenter l'aperçu. la

toute sorte de formes de bêtes, surtout celles de mouche et de lièvre. (Croflon Croker, Researches in the South- Ireland, p. 94 et suiv.) 1

le

Chez

les

anciens Péruviens, les magiciens constituaient sous

nom de camascas une

véritable caste. Les Aschantis avaient

deux classes de prêtres magiciens la première vivait séparément près de la maison des fétiches, où ils rendaient des oracles les :

;

autres vaquaient aux étaient consultés

comme

(Bowdich, Voyage dans 2

Voy.

p. 387.

mon

différentes occupations de la société, et

le

sorciers, surtout

dans

les cas

pays d'Aschantie, trad. franç.,

de vol. p. 373.)

histoire des religions de la Grèce antique,

t.

II,


CHAPITRE

II

LA MAGIE ET L'ASTROLOGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES ET DES ÉGYPTIENS.

Les traditions historiques d'accord avec les monuments nous présentent la contrée qu"arrosent le Tigre et l'Euphrate

comme un

vilisation a le plus

des points du globe où

anciennement

fleuri.

la ci-

Les empires

de Ninive et de Babylone étaient déjà arrivés à un haut degré de puissance et de prospérité, que plus des trois quarts de l'univers demeuraient plongés dans la barbarie primitive. La religion se dégagea donc plus tôt,

chez les Assyriens, du grossier fétichisme qui en

première enveloppe, pour revêlir une forme plus rationnelle et plus systématique elle s'associa à des opinions cosmologiques et donna ainsi naissance à une véritable théologie. En Asie, la sérénité du firma-

avait été

la

-,

ment et la majesté des phénomènes célestes attirèrent de bonne heure l'observation et frappèrent l'imagination.

Les Assyriens virent dans

divinités* auxquelles

ils

les astres

autant de

prêtèrent des influences bien-

ou malfaisantes, influences qu'ils avaient réellement pu constater pour le soleil et la lune. L'ado-

faisantes

ration des corps célestes était aussi la religion des

»

Plularch., De Is. et Osirid., § 48.


LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC.

23

populations pastorales descendues des montagnes du

Kurdistan dans les plaines de Babylone. Ces

ou Chaldéens

*

finirent par constituer

dotale et savante qui se consacra à ciel,

tion journalière

Ils

la

connais-

une contempla-

s'astreignirent à

du firmament et découvrirent

quelques-unes des les

une caste sacerl'observation du

en vue de pénétrer davantage dans

sance des dieux.

Kasdim

lois

qui

le

De

régissent.

la sorte,

temples devinrent de véritables observatoires

était la célèbre tour

aux sept planètes,

de Babylone,

et

dont

le

ainsi

:

telle

monument consacré

souvenir a été perpétué

par une des plus anciennes traditions que nous ait conservées

Genèse"^.

la

Une longue suite d'observations mirent les Cbaldéens en possession d'une astronomie théologi(|ue, reposant sur une lliéorie plus ou moins chimérique de l'influence

des corps célestes appliquée aux événements et aux individus. Cette science, appelée parlesGrecsa67ro/o^2>

*

On

a

beaucoup discuté pour savoir ce qu'étaîpnt en

les Chaldéi'ns, et

s'il

les faut

distinguer des Assyriens de Baliy-

lone. Diodore de Sicile (ii, 29) désigne les

Ii^s

plus anciens des nal)yionienR (Xa/.^îî.i

ô'vte; naêu/.cv'(ov).

Baiiylone

lie

réalité

laisi il

Chaldéens

rct-uv

twv

pas partie dans

de l'Assyrie, qui comprenait Ninive, Kalah

et

comme

«pyy.'.cTaTtijv

le

principe

Rehohotli-lr.

La Bahylonie ou pays de Chinar, peuplée d'abord par des Couscliiles paraît avoir été envahie ensuite par les {Genèse, X.

1

!.)

,

Kasdim, qui étendirent leur nom au pays sabéisme astroioyi(|ue,

ieciucl datait déjà

et y adoptèrent le

vraisemlilaljlement de

l'établissement cuuschite. Voy. E. Henan, Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, t. 1,2» édit., p. 58-67, *

C'est

la

tour dite de Babel, ou plulùl la tour de Babylone.

(Genèse., XI, 4.j


\ CHAPITRE H.

!24

OU apotèlesmatique \ fut dans gloire des Chaldéens ^.

l'antiquité le titre de

Je n'ai pas l'intention d'entrer dans les détails

d'une doctrine à tout jamais abandonnée. L'esprit ne se résoudrait pas aisément à étudier des règles

com-

pliquées dont la vanité lui est aujourd'hui démontrée. D'ailleurs

nous ne connaissons qu'imparfaitement cette

astrologie chaldéenne, qui subit avec le

temps bien des

modifications, et dont on ne saurait plus saisir que des

lambeaux.

Toute

hommes

la science des

et des choses se trou-

vant ramenée, par les idées chimériques dont étaient infatués les Assyriens, à la connaissance des

mènes

célestes, la théologie

de l'astrologie,

et la

ne

fut plus

encore qu'un

tomba forcément dans

même hommes

qu'une branche

magie elle-même qui

l'avait

né-

oii les

Assyriens ne

simple

naturalisme,

cessairement précédée, à l'âge reconnaissaient

phéno-

sa dépendance.

Cependant

les

ne cultivaient pas simultanément, k

ce qu'il semble, ces diverses branches de la science divine. il

On comptait

est vrai,

Ù

1

à Babylone,

si

l'on

en

croit

un

livre,

apocryphe^, divers ordres de prêtres ou in-

àroT£XecT[xaTi)tYi Ts'p/),

(àTîoxeXEcraaTa), Cf.

c'esl-à-dire

Diogen. Laert.,

III,

Ephraom., Oper.,

la

science des influences

49; Sext. Empiric, /Idv.

Math., § 59; S. p. 448 sq. 2 Isaïe, XLVII, 15; Ciccr., De Divinat., I, I; Clem. Alex., Stromal., I, p. 561 Cedrenus, Chronogr.,p. 41 ; Apul.^ Florid., t.

H,

;

15; Suipic. Sever., Sacr. Hist., II, 5.

II, 3

que

Voy. Daniel, le livre

1,

20;

II,

27

;

biblique qui porte le

V,

H

nom

.

La critique

a

démontré

de Daniel n'est pas de ce

personnage, et est une composition apocryphe qui ne remonte qu'au règne d'Antiochus Épiphane. Les plus célèbres exégèles,


LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC. terprètes sacrés, les

médecins

;

les

hakamim ou

savants, peut-être les

khartumim, ou magiciens,

ou théologiens

et enfin les

;

2?)

Kasdim

les

et les

c'est-à-dire les Chaldéens, les astrologues

asaphim,

Gazrim^

proprement

Ainsi Babylone renfermait des magiciens et des

dits.

sorciers aussi bien

que des devins

et des astrologues.

Quels moyens ces magiciens mettaient-ils en pratique?

Nous ne saurions la

le dire

grande réputation

d'une manière précise 5 mais

qu'ils s'étaient acquise

dans

l'art

d'opérer des prodiges ne permet pas de douter que leur science ne fût en partie fondée sur des notions positives de météorologie, de physique, de chimie et

de médecine. Et lone

^

l'interprétation

comme dans

le rôle

les

important que jouait à Babydes

songes

fait

croire

que,

peuples sauvages, les Assyriens voyaient

les hallucinations et les

rêves des révélations de

Corrodi, Eichhorn, Berlholdt, Griesinger, Bleck et Kirms, Luderwald, Slâudlin, Jahn, Ackermann Gesenius et de Wette, Leilgerke, Ewald, sont tous de ce sentiment. Voy. L. de Wetle, ,

A

crilical

ofthc

OU

and

hislortcal Introduction to the canonical Scriptures Testament, translat. by T. Parker, t. II, p. 49S et suiv.

Cet écrit subit plus tard un remaniement et des additions dans version grecque qui en fut faite. Le Livre de Daniel contient

la

d'ailleurs, dans son texte chaldéen, des mots grecs qui trahissent son origine moderne. (Renan, 0. c, t. I, 215.) p. 1 11 faut reconnaître cependant que le sens de ces mots

chal-

déens n'est pas

d'une manière certaine. Aben-Esra croit que les khartumim (pluriel de khartum) sont les tireurs d'horoscopes. Le nom ^yasaphim, rendu dans la version des Septante par sophistes, pourrait bien n'élre qu'une transcription chaldaïque du grec (Tocpoc. 2

fixé

Diodor. Sic, H, 29. -Philostrat., Vit. Apollon. Tyan., 2

I,


26

CHAPITRE

II.

donc naturel de supposer que les prêtres recouraient aussi à remploi des préparations la Divinité, Il est

ayant pour but de

à l'historien Diodore de Sicile

Nous devons

commencement de

écrivait vers le tails les

les faire naître. ,

qui

notre ère, les dé-

parvenus plus circonstanciés qui nous soient

sur les prêtres chaldéens, ou,

comme

l'on disait

sim-

Chaldéens, cette épithète ayant fini par s'appliquer exclusivement à la caste issue de la population de ce nom*. L'auteur grec nous donne un plement, sur

les

abrégé de leur doctrine cosmologique, doctrine entièrement fondée sur la divinisation des planètes et des étoiles^.

des dieux, les Assyriens plaçaient le soleil les positions et la lune, dont ils avaient noté le cours et journalières respectives par rapport aux constellations

A

la tête

du zodiaque. Ce zodiaque lui-même paraît avoir été une de leurs inventions c'était à leurs yeux l'ensemble ;

des douze demeures dans lesquelles l'astre du jour

successivement pendant l'année. Les douze signes étaient régis par autant de dieux qui se trouvaient avoir de la sorte les mois correspondants sous entrait

leur influence.

»

Chacun de ces mois

L'application exclusive

se subdivisait en

du nom de Chaldéens aux prêtres

astrologues de Babylone paraît tenir au

même

motif qui

fit

dé-

ÈAXoi) , et ceux signer les prêiies de Zeus à Dodoue (les Itû.ù ou des anciens le nom du même dieu en Crète (les Curetés), par

habitants du pays. Voy. antique, 2

t.

I,

p.

mon

Uisloire des religions de la Grèce

197.

Voy. Guigniaul, Religions de l'antiquité^

et suiv.

t. Il,

part.

-2,

p.

895


LA MAGIK DES ClIALDÉENS trois parties-, ce qui faisait

DES PERSES, ETC.

,

en tout trente-six subdivisions

auxquelles présidaient autant d'étoiles conseillers

et ce qui

*

27

nommées dieux

répond aux dècans de

l'astrologie

égyptienne. De ces trente dieux décadaires, une moitié avait sous son inspection les choses qui se passent

au-dessus de la terre et l'autre celles qui se passent au-dessous. Le soleil, la lune et les cinq planètes occupaient le rang le plus élevé dans la hiérarchie divine et portaient le

nous

dit

nom

de dieux

interprètes'^^

parce que,

Diodore, leur cour régulier indiquait

marche des choses

et la succession des

Entre ces planètes, Saturne, ou, paraissent l'avoir appelé, l'astre le plus élevé

comme

la

événements. les

Assyriens

Bel T ancien^ regardé comme

parce qu'il est

planète la plus distante de nous, était entouré de la plus grande vénération ; c'était l'interprète par excellence, le révélateur». Chacune des autres planètes avait son nom particulier.

Les unes,

telles

la

que ^e/ (Jupiter), Merodach

(Mars), A^eôo (Mercure), étaient regardées les; les

au très,

ihis (Vénus),

telles ç^ix^Sin (la lune) et

comme femelles^

*

0£o( PouXaîci. Diodor.

*

Èîf;.r,vEt;.

8

ô

<p=c£va>v.

Sic,

)1,

et

comme mâ-

Mylitta ou Baal-

de leur position

rela-

30.

Diod. Sic., ibid. Diod. Sic, ibid. Cf.

J.

Lyd.,

De

Mensib., '

p. 25.

I

»

9

»

* Diodor. Sic, /. c. Le nom babylonien des planètes ne nous ayant eie transmis que par des auteurs très-postérieurs et parla secte desSabiens, qui a fort déflyuré les traditions chaldeennes on ne saurait donc être assuré de l'exactiiude de la nomencla-^ lure ici consignée. A ces noms les Grecs substituèrent ceux des

divinités qu'ils identifiaient aux dieux babyloniens, de

que

les

Germains, dans

les

jours de

la

même

semaine, substituèrent

les


28

CHAPITRE

II.

par rapport aux constellations zodiacales, appelées aussi seigneurs ou maîtres des dieux \ les Chaldeens live,

tiraient sur la destinée des

hommes, nés sous

conjonction céleste, des prédictions que

telle

nommaient horoscopes. Pour

telle

les

ou

Grecs

cela, ils établissaient,

en

vertu de règles particulières, l'état astronomique du ou , ciel au moment de la naissance d'un individu ,

comme

disaient les Grecs, dressaient son

thliaque^ et

ils

thème géné-

en concluaient sa destinée.

Les Chaldéens supposaient qu'il existe en outre une relation étroite entre chacune des planètes et les opinion en partie phénomènes météorologiques

S

fondée sur des coïncidences fortuites ou fréquentes que ces qu'ils avaient pu observer. De là, la croyance

une influence tour à tour bienfaisante ou malfaisante. Et de là aussi, les prophéties Au temps qu'ils débitaient sur les événements futurs.

astres exerçaient

d'Alexandre, leur crédit était encore considérable, et par pohtique, le roi de Macédoine, par superstition ou les

voulut consulter*. est

Il

probable que

les

prêtres de Babylone, qui

rapportaient aux influences sidérales toutes les prolatines qui leurs dieux nationaux à ceux des divinités Deor., 11, 20. Ciceron., De Natur. leur avaient été identifiés. Voy.

noms de

74., 516 ; Clnvolsohn, Die Ssabierund der Sabismus, t. 11, p. 22, Letronne, dans le Journal des savants, octobre 1859, p. 579,

Cf.

580. 1

2 8 *

0cû)v >tufi«. Diod. Sic.,

1. c.

II, 42, 45. Voy. Cicer., De Diod. Sic, H, ol; XV, 30. Quint. Curt.,IV, 39; Id., l. c, XVII, 112;

Alexa7id.,

Divinat.,

m,

16, § 4

;

Justin., XII, 15.

hnhn.y

E.rped.


29

LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC.

priétés naturelles, imaginaient entre les planètes et les

métaux dont l'éclat respectif avait avec la teinte de leur lumière une certaine analogie, des relations mystéCar cette doctrine se retrouve chez

rieuses.

les

Sa-

biens, héritiers de leurs traditions. L'or correspond

au

soleil, l'argent

à la lune,

le

De

à Mars, l'étain à Jupiter*.

plomb à Saturne, là devait

le fer

découler une

alchimie analogue à celle que nous signalerons plus loin en Egypte.

Les Chaldéens ou plutôt

les

enchanteurs babylo-

niens prédisaient aussi par l'inspection des sacrifices, l'observation des augures, l'interprétation des prodi-

ges

5

ils

faisaient usage d'incantations

ou de charmes'^;

en un mot, l'on retrouvait chez eux toutes les pratiques superstitieuses qui avaient précédé l'invention de la

divination régulière et savante dont

on leur rapportait

l'honneur.

Les prêtres de

la

Babylonie formaient de véritables

collèges sacerdotaux

ils

se transmettaient leurs se-

crets et leur science oralement,

ration

^,

en sorte que

mait en Assyrie

le

de génération en géné-

la théologie astrologique for-

patrimoine de certaines familles.

Lorsque les conquêtesde Cyruseuren t mis fin au grand empire de Babylone,

la religion

des Perses pénétra

sur les bords de l'Euphrate et jusqu'en Cappadoce

c,

'

Cliwolsohn,

2

Diod. Sic, II, 29.

0.

t. II, p.

•',

859,

Strabon., XVII, p. 739. Diodore nous dit que les prêtres clialdéens étaient dispensés de toute fonction publique. 3

'>

Diod. Sic,

«

Voy.

mon

II,

29.

Hist. des reiig. de la Grèce antique,

t.

111^ p.

2.


.

CHAPITRE

30

11.

Les prêtres du mazdéisme héritèrent en partie de l'inles fluence qu'avaient d'abord exclusivement exercée Chaldéens. Ces prêtres, désignés par les Grecs sous le

nom

de 7nages

,

mogbed ou mobed^,

[jà^oi

*

,

altération

qu'ils portaient

du zend mog

dans

,

leur patrie,

Ils étaient aussi en possession d'une science sacrée. leur passaient pour d'habiles thaumaturges' et quoique religion ne fût pas comme celle des Chaldéens, entiè-

rement fondée sur l'observation des naissaient cependant les phénomènes

astres, ils

con-

célestes associés

dans leur doctrine à l'adoration des esprits. L'étude des Védas, ces hvres sacrés de l'Inde, qui 1

Porphyr.,

2

Mog

16; iElian., Far. Histor.,\l, Il prêtre en pehlvi ou huzvàrescb, langue qui

£»e J&siineTî^., IV,

signifiait

zend dans la liturgie mazdéenne, à l'époque des SasEn zend, sanides. (Koukler, Zend-Avcsla, Anhang, II, 3, § 50.) (Anexcellent. grand, ignilie meh,mahy prononcé viegh, magh,?, quelil du Perron, Zend-Avesta, t. Il, p. 5SS.) 3 Le miracle qui avait valu le plus de renom aux prêtres

remplaça

le

le sacriperses était l'art qu'on leur attribuait de faire allumer mentionné dans les Recognifice par le feu céleste. Ce miracle,

tiones

de S. Clément

(IV, 29, éd. Colelier, p. 546) et par

Grégoire

de Tours {IJisior. Francor.,\, 5), est déjà rapporté chez Dion Chrysostome (Oral. XXXVI, p. 448, éd. Reiske, p. 92) comme un des

Ammien-Marcellin dit que les prodiges opérés par Zoroastre. qui leur est venu du ciel sacré mages perses conservent un feu sur l'art d'altirer la foudre, qui (XXIII, 6). Ce procédé était fondé n'a été inconnu ni

aux Grecs

ni

profit tres mettaient habileni ^nt à

aux Étrusques, en vue de

et

que

les

prê-

faire croire à leur puis-

Des Sciences occul/es, ch. XXIV. sance divine.Voy. EusèbeSalverte, dans son Histoire des Perses, à l'aide C'était, au dire de Dinon, est devenu depuis reiiiblème des d'une baguette, instrument qui

enchanteurs, que

les

mages opéraient leurs prodiges. \oy.SchoL

mcand. Ther.,Q\7,, ap. C.

Millier, Fragin. hislor. grœc.,i.

II,

p. 91.


31

LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC.

forment encore fait

le

code religieux des Brahmanes, a

voir que la religion perse était sortie

lisme, dont ces

hymnes antiques

du natura-

et ces formules sa-

crées nous ont gardé la naïve et primitive expression.

Le chantre Arya personnifie dans son langage

poétique et adore dans l'élan de son sentiment religieux, le soleil sous tous ses aspects, et les météores

lumineux,

les

eaux,

Ce naturalisme

la terre et les

revêtit

arbres*.

dans l'Iran une forme plus

spiritualiste et plus systématique.

La notion

d'esprits

célestes, d'êtres intelligents et cachés se substitua à

l'adoration pure et simple des forces et des objets de

nature

la

^.

les plantes

Le

soleil, les astres, la terre, les

ne furent plus adorés que

eaux

comme des mani-

festations sensibles de puissances intelligentes et térielles. L'idée

de Dieu se dégagea de

encore vague qu'on retrouve dans

le

et

la

imma-

conception

Rig- Véda,

et au-

un dieu qui en est le maître. Ce fut Ormuzd, ou pour l'appeler

dessus de l'univers le Perse plaça créateur et le

^

Max

,

Voyez Croyances

et

Légendes de l'antiquité,

p.

12 el suiv.;

Muller, Essai de mythologie comparée, traduit de l'anglais,

p. 41 et suiv.

comme

la

Un naturalisme semhlable

religion des Perses par Hérodote

est encore (I,

donné

151), btrabon

(XV, p.

75-2) et Agathias {llist.y II-, 24). Cf. Theodoret., Hist. V, 59. 2 Aussi Cléarque de Soles, dans son traité de la discipline (n-cçl nM^tia.;) qu'a consulté Diogène Laerte, nous représente-t-il

cccles.,

mages perses comme ayant emprunté leurs doctrines des gymnosophistes de Tlnde, c"est-à-dire des sages Aryas ou de ceux de la Baciriane (Diogen. Laert., Proœm. § 6), et Ammienles

Marcellin (XXIII, 6} prétend s'initier à leur doctrine.

que Hystape, père de Darius,

alla


CHAPITRE

32 par son véritable

nom

mal existant dans

zend,

II.

Ahoura-Mazda \ Mais

le

l'univers, le Perse se refusait à

voir l'œuvre d'un dieu sage et

bon

^

il

en

fit

y remon-

Ahriman ou cause à une divinité mauvaise, mieux Angramanyou, c'est-à-dire le malententionné^. conçu comme l'adversaire perpétuel

ter

la

Ahriman

fut

donc

bien, son

d'Ormuzd. Partout où celui-ci a établi le divinités, ennemi répand le mal. Autour de ces deux qui en formaient les Perses en plaçaient d'autres les comme le cortège. Les assesseurs d'Ormuzd étaient forAmschaspands^ personnifications idéalisées des dans les mes solaires adorées comme autant de dieux

Vèdas,

les

ïzeds^ protecteurs ou personnification

Férouers, génies qui des phénomènes naturels, et les nature, sortes représentaient les forces vivantes de la et vie et dont d'hypostases de tout ce quia intelligence des âmes ^ doit être cherchée dans l'adoration l'origine

On

donnait pour serviteurs à Ahriman les C'est-à-dire

2

Ou

3

C'est-à-dire les saints-

le

mauvais

es-

sage vivant.

1

le

Dews \

espril.

immortels.

Ormuzd

est le premier

archanges devinrent les génies tutéd'entre eux. Plus tard, ces Perron, Zewrf Avesta, t. II, laires de la création. Voy. Anquetil du Croyances et Légendes de V antiquité,^ AQ^. p. ô2, et mon ouvr.: * Les Izcds ou Izatas étaient d'abord au nombre de vingtgénies des jours du mois. Leur quatre. Peut-être élaient-ce les Cf. Plutarch., De Is. vingt-huit. nombre lut plus lard porté à

Commentaire sur le Yacna, p. 218. § 47; Burnouf, Roth. Les Férouers ou 8 Telle est l'opinion de MM. Spiegel et aryas. Voy. Baur et des pitris ou Vravaschis sont les mânes Jahrhûcher, t. VIII, p. 292. Zeller, Theologische n, p. 266; « Anquetil du Perron, Zend-Avesla. 1. 1, part,

et Osirid.,

vôy

.

Spiegel, Avesla,

t.

II

,

p.

120. Le

nom

de Dews est emprunté au


33

LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC. prits pervers qui aidaient ce

œuvre impure,

dieu mauvais dans son

animaux

et avaient créé avec lui les

malfaisants.

Ainsi le

mazdéisme

du

offrait sans cesse la lutte

bien et du mal, de la destruction et de la vie, l'opposition de la lumière et des ténèbres.

nature et y répandaient bienfaits, Ahriman, dieu de la mort, de la misère

et ses les

et

Tandis qu'Ormuzd

de

anges veillaient sur

la nuit, soutenait

la

contre eux une guerre achar-

née. Les Perses révéraient dans le soleil la manifestation la plus éclatante

chez eux

nom

la

d'Ormuzd, qui avait

ainsi pris

place de Tlndra védique

des dieux chez les Aryas [Daeva). Les dieux du Véda sont

démons des Perses nous verrons de même les dieux des Perses et des Égyptiens devenir les démons des Grecs, et les devenus

les

;

dieux des Grecs, des Latins, des Germains et des Scandinaves devenir les

démous des

du dévnïsmc,

qu'il eut

fut

longtemps à combattre

et

Voy. Michel Nicolas, dans

scrivit les dieux. t.

mazdéisme

chrétiens. Le

la

une réforme dont

il

pro-

Revue germanique,

VIII, p. 73. *

C'est ce qui ressort

Plutarque nous donne perse. Mais

dans

du mazdéisme,

le

les

du résumé que, d'après Théopompe,

(/)e 75. et Osirid.,

% 46, 47) de

la religion

manichéisme, qui

a été une véritable réforme deux principes sont représentés comme d'é-

Haug croit que c'est à Zoroaslre qu'il faut prédominance de l'idée monothéiste qui ravala

gale puissance. M. faire

remonter

la

Ahriman au simple

rôle d'adversaire actif,

mais finalement im-

puissant. Les gâthâs, ou groupes d'hymnes les plus anciens

Yaçna, l'un des

du

livres de ÏAvesta, portent toutefois déjà l'em-

preinte du dualisme le plus prononcé, ainsi que

l'a

remarqué

M. Michel Nicolas, et l'idée de mettre au-dessus d'Ormuzd et d' Ahriman Zervane-akeiene, c'est-à-dire la durée incréée', ne se rencoulre que dans un livre mazdéen, d'une rédaction fort

3


34

CHAPITRE

Ce dualisme

La victoire après des com-

n'était pas toutefois radical.

finale était assuré

bats séculaires

II.

et

5

au dieu du bien, quoique

sent apparu dès le principe,

les

deux

Ormuzd

divinités

eus-

devait finalement

l'emporter.

Avec de

pareilles croyances, le

naturellement préoccupé de

s

Perse se montrait

assurer la protection

des génies lumineux et de conjurer l'influence des

dews. De rites et

là,

une

série

de prières et de pratiques, de

de cérémonies, ayant pour objet d'appeler cer-

tains esprits et d'en éloigner d'autres*.

dont

mages

les

comme

La liturgie perse

étaient les ministres, la magie,

l'appelaient les Grecs,

ne

s'off'rit

ixir/eia,

conséquem-

mentauxyeuxde ceux-ci que comme une science d'enchantements et d'évocations dès lors les mages prirent en Occident le caractère de magiciens et de sorciers *, -,

comme

Les Perses honoraient

leur grand prophète

Zoroastrc, Zarathoustra ou Zerduscht^ dont le

nom

postérieure, le Boundehesch. Voy. E. Burnouf, Commentaire sur le

Yaçna, 1

Le

p. S55.

livre qui portait le

nom

d'Osthanès, et qui fut vraisem-

blablement composé sur le modèle de la liturgie mazdéenne, nous dépeint les mages comme recourant à toutes les espèces d'en-

chantements et de divinations «Ut narravil Osthanes, speciesejus plures sunt, namque et aqua, et spliteres, et aere, et stellis, et :

lucernis ac pelvibus, securibusque et multis aliis modis divina

promillit; prœterea jJist.

nat.,

XXX,

umbrarum inlerorumque

colloquia.

»

Plin.,

5.

Diogen. Laert., Proœm., § 6. Hermippe avait écrit sur les mages un traité que paraît avoir consulté Diogène Laërce, et *

qui les représentait Plin., ^15^. nat.,

comme

XXX,

2.

des enchanteurs, des thaumaturges.


LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC.

35

diversement altéré se trouve consigné chez un grand nombre d'auteurs de l'antiquité. Quoi qu'il en soit de ce personnage mythique ou réel, réformateur plu-

tôt qu'instituteur

voir

en

de

mazdéenne \ on

la religion

lui le législateur

sis

On

religieux de la Perse.

attribuait la composition des livres sacrés

ne nous ont conservé dans VAvfsta

dont

doit

les

lui

Par-

^

que quelques fragments. Zoroastre devint donc naturellement pour Grèce

Rome l'inventeur de la magie, le patron des mages persans confondus avec les Chaldéens la

et

pour

de Babylone^ on fit des uns et des autres * les disciples de Zoroastre, auquel les Grecs, par une confusion facile .

C

est ce qu'a fort bien

mis en lumière

R. Roth, dans sa dissertation intitulée gioner,,

dans

savant orientaliste

Zwr Geschichte der Relides Thcologische Jahrbûcher, publiés par E. Zeller (Tubingue, 1849). Cf. ce que dit M Michel :

le t. VIII

F.-Ch. Baur et

Nicolas, Revue germanique, ^

le

Voy. à ce sujet

t.

VIII, p. 70,

les

savants articles de M. Michel Nicolas, Sur d'après les travaux allemands modernes, dans la Revue germanique, Z\ août, ."l octobre et 31 décembre le

Parmme,

Platon., l Alcib.,%^1, p. 122; Justin., I,8;Phn.,//i.^. nat., XXX, 2; XXXVII,

1859

»

I,

1

;

Diogen.

Laer't.

49, Apul.,/./onrf.,

OvaL

Tatian.,

ad.

Gr^c, §

yi»

n

g

!

Z.ooJ'

1; Suidas, Ma^txvi et ConsUlut. aposlolic, IV, 2G; éd. Cotelier, p. 542; Clem Alex Stromat., V, p. 598, 599; Arnob., Adv. gent., I, 52; Cf J Ger' son., De Errorib. circa artem magkam, ap. Oper., t.'l col Agathias, Hist., II, 60. '

dire

Ammien-Marcellin fXXIlI, 6) se borne à que Zoroastre perfectionna la science des Chaldéens ^schyl., Pers.,y, 315 sq.; ^lion., Hist. var., 11, 17- Apul

XXXVI,

9o; XLIX, p. 249; Cedren., Chron., p. comment, in S. Gregor.Naziazn.Orat.m

p.

^>^l<^^^^^

gor. Nazianz. Oper.,

i

.o s

t.

Il, p.

374. Colonie, 1690.

Eli-

cl


CHAPITRE

36

à comprendre, donnaient

II.

Ormuzd, ou, comme

ils

di-

Oromaze, pour père

saient,

Occident comme Les Mèdes et les Perses furent en des magiciens 2-, et tout ce les types des enchanteurs et compte de la maqui tenait à leur culte fut mis sur le enchantements. c'est-à-dire de la science des gie,

Ce qui contribua beaucoup à accréditer jouait dans c'est le rôle considérable que

mazdéenne

le

hom ou haoma,

cette idée, la liturgie

plante sacrée et dès lors

Les Aryas emtenue par les Grecs pour magique. libations le jus du ployaient de préférence dans leurs soma. Ils atsarcostemma mminalis\ qu'ils appelaient mystérieuses, tribuaient à cette plante des vertus

un

Transporté dans la recaractère de sainteté particulier. symbole de la perseS le soma ou hom devint le

ligion

nourriture céleste. D'après l'^z^-es^a, il

donne

1

p l

beauté

Platon., 1 Alcib., § 37, p. 122

S 46 2

la santé, la vie, la

;

Diogen. Laert.,

Strabon.,

H

12,

I,

p.

I,

;

-,

il

il

éloigne la mort;

assure de longues

Plutarcb.,

De

Js. et Osirid.,

8.

24; XVI,

p.

762; Lucian., De Necromant.,

éd.Lehmann;Ammian.Marcell.,XXIII,6,Cedrenus,

c; Origen., Adv.

80; Minut. Félix, Octav., 26; Clem. Cyprian., Z)e JdoL Van., ap. Oper.,I,

Cels. ,Yl,

\\ei,Prot,ept.,p. 17; S. que dit Elle de Crète, ap. S. Gregor. Nazianz., p. 408. Voy. ce Opéra, 3

Ou

I,

p.

572, 575.

asclepias acida. Voy. Langlois,

Mémoire sur

la divinité

Mémoires de l'Acad. des inscript, védique appelée Soma, dans les XIX, p. 526 et suiv. appelle cette plante * Pluiarque [De Is, et Osirid.,$iQ), qui servant, après avoir été omomi (oV.coaO.nous la représente comme mêlée à du sang de loup, à des conjupilée dans un mortier et ténèbres. rations contre les esprits de

et belles-lettres, t.


LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC.

années et une nombreuse progéniture:

37

un talisman contre les esprits mauvais, un garant pour obtenir le ciel. Personnifié en une véritable divinité, le Hom^ de même que le Soma des Aryas, s'offrait à l'ima-

comme

gination

comme un

génie de

le

manger de la

est

la victoire et

de

la

santé,

médiateur*, ou une divinité qui, sous une

apparence sensible •cœur

il

et matérielle,

se laissait boire et

ses adorateurs, et entretenait

pureté et

la

vertu

Hom

Le sacriHce du

dans leur

^.

donc un caractère tout particulier, et, bien que sous des formes assurément plus spiritualistes , il n'était qu'une transformation de ces préparations magiques auxquelles recourent les prêtres

de tous

les

avait

peuples sauvages.

Voy. F. Windischmann, Veber den Somacultus der Aryer, dans les Mém. de l'Académie de Munich ^ Philosophie, t. IV, p. 141; E. Burnouf, dans \e Journal asiatique, 4» série, t. IV, »

449;

p.

Hom

t.

finit

V, p. 409; par être

t.

un

VI,

p.

148;

t.

VII, p. 5, 105, 244.

Le

véritable prophète qui annonce la parole

sainte. *

est

Chez

les

invoquée

Aryas, Soma, c'est-à-dire

comme

précepteur des

dieux sur

le

et

le

la libation personnifiée,

prince immortel du sacrifice,

hommes,

le

maître des saints,

comme

comme

le

l'ami des

l'exterminateur des méchants. Une légende a été forgée

compte de cette divinité, légende purement allégorique.

La

libation faite journellement par l'Aiya, et répétée jusqu'à trois fois par jour, est regardée comme l'eiiiblème, comme lii repro-

duction du sacrifice du dieu; on eélèhie le martyre de Soma, qui, pour le salut du monde, s'est laissé broyer dans un mortier,

vu ses membres brisés, mais n'est mort que pour ressusi iler Voy. mon ouvrage intitulé Légendes et Croyances de l'anliquHë, p. 92 et suiv. Le sacrifice du Hom conserva chez a

ensuite.

:

les

Perses

le

même

caractère.

3


38

CHAPITRE H. Ainsi, par l'ensemble de ses caractères, la nuigie

perse s'imposait aux imaginations avec un degré de

puissance et de vertu qu'on ne retrouvait pas dans

les

enchantements plus grossiers des autres religions. La civilisation égyptienne remontait à une époque de Babylone. La religion avait pris sur les bords du Nil une physionomie un peu différente de celle qui lui appartenaiten Assyrie, quoi-

non moins reculée que

qu'elle reposât sur les

celle

mêmes fondements. Le

natura-

lisme était associé chez les Égyptiens à l'adoration des

animaux: ceux-ci étaient regardés comme les symboles ou les incarnations d'autant de divinités. Le soleil, sous ses différents aspects et

dans

raît

un culte dont les

aux diverses places où

le ciel*, la lune, les constellations

et étaient personnifiés

l'histoire

il

appa-

recevaient

en une foule de dieux

mythique représentait allégoriquement

phénomènes de

la

La magie

nature

et l'astrologie

Les Égyptiens admettaient, selon Porphyre (ap. Euseb., Prxp. evamj., X, 10) que le soleil change de forme, suivant les *

saisons et les signes

du zodiaque. Et en

hiéroglyphiques nous montrent

dans toute l'Egypte.

11

le

effet, les

monuments

cuite de cet astre (Ra) n^paudu

recevait des

noms

était adoré à son lever, à son coucher,

différents, suivant (|u'il

pendant sa course noc-

noms spéciaux comme divinité locale. Voy. v** de Rougé, Notice sommaire des monuments cgyptiens du Louvre, p. 106; du même, Etude sur le rituel funéraire des anciens turne.

11

avait des

Égyptiens; Revue archéologique, nouv. série, ann. 1860, p. 76. 2

C'est ce qui ressort des travaux de

MM. de Rougé, Lepsius,

Mariette, Rrugsch, S.Uirch, Th. Déveria et Chahas. Champollion, fort

dans son Panthéon égyptien, n'avait donné qu'un exposé incomplet de

la

religion égyptienne.

loin d'être encore satisfaisant,

Wilkinson et de M. Runseo.

dans

les

11

est plus exact,

ouvrages de

sir

mais

Garduer


LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC. se trouvèrent rattachées au culte par les tifs

39

mêmes mo-

qui existaient à Babylone. Les prêtres égyptiens,

organisés en une caste puissante et respectée, possédaient,

comme

les

Chakiéens, des secreis pour opérer

des prodiges et étonner l'imagination du peuple par

des effets réputés miraculeux. Observateurs non moins

soigneux que

les

astrologues babyloniens, des météores

et des révolutions atmosphériques,

ils

savaient prédire

phénomènes et se donnaient pour les avoir produits*. La lutte entre Moïse et les devins, les certains

magiciens de

V Exode

2,

cour de Pharaon, mentionnée dans nous en est une preuve frappante. Ces prêla

tres réussirent à reproduire les prodiges opérés par le

législateur

hébreu

5

et

dans ces prodiges,

d'hui facile de reconnaître des

l'Egypte et dont

la

il

est aujour-

phénomènes naturels à

magie savait prévoir à certains

gnes la prochaine apparition

^

si-

D'autres de ces préten-

Diodore de Sicile

(I, 81) nous dit que les prêtres égyptiens indiquaient assez ordinairement les années de stérilité et d'a1

bondance,

les

contagions,

les

tremblements de terre, les inon-

dations, l'apparition des comètes.

Exod., VII, 11 et sq. Ces magiciens sont appelés dans le hakliumim et mukaschpliim, ceslà-dire découvreurs de choses cachées. (Cf. Jerem., XXVil, 9.) 3 Les plaies d'Egypte mentionnées dans la Bible ne sont en effet, pour la plupart, que des phénomènes naturels 2

texte hébreu sages, savants,

qui se reproduisent, de temps à autre, dans ce pays. Telles sont : la couleur rouge prise par les eaux du Nil à la suite d'une inondation, et qui lit croire qu'elles avaient été changées en sang (voy. Dtscript. de l'Égypte. État moderne, t. XVllI, p. 571, éd. in-H»; Abd-Allatif, Descrlpt. de l'Égypte, trad. 533' par S. de Sacy, p.

346] ; l'abondance prodigieuse des grenouilles produite à

la suite


40

CHAPITRE H.

dus prodiges ne sont en

que des prestiges tout

réalité

semblables à ceux qu'opèrent aujourd'hui les Harvis car rÉgypte continue d'être comme par le passé terre classique des enchanteurs.

A

cet égard, la

la

magie

égyptienne ne se distinguait guère delà magie des auMais ce qui

tres peuples.

lui

assigne

un caractère

ticulier, c'est l'empire qu'elle prétendait

exercer sur

et par ce côté la religion des

les divinités

par-

Égyptiens

se rattachait davantage au fétichisme des nègres, carac-

que les prêtres-sorciers font consister tout le culte dans la conjuration et l'évocation des esprits. Chez les Perses au contraire, l'art magique ne s'exerçait guère que con-

térisé

comme

elle

par

la zoolâtrie. J'ai dit

,

d'une nouvelle inondation ; l'irruption des insectes (voy. Cahen, la notes de sa trad. de V Exode, ch. vin); l'épizootie générale; liabitants les maladie éruptive de la peau qui se répandit sur (voy. Volney,

Foyage en Egypte,

ch. xvii); l'abondance de grêle

des sauterelles: tous et la succession insolite d'orages; l'invasion

phénomènes qui

se reproduisent encore presque périodiquement

en Egypte.

comme Les harvis ou psylles pratiquent encore aujourd'hui, Moïse et d'Aaron, l'art de le faisaient les magiciens au temps de charmer les serpents. Ils réussissent, à l'aide d'une pression faite »

dans une sorte d'état tétaW. Lane, nique, et à la changer pour ainsi dire en bâton. Voy. E. Egyptïans, An accomt ofthe manners and customs of the modem sur

t.

II, p.

103;

Mondes, 2

de

la tête

t.

la vipère, hajé, à la jeter

Tii. Pavie,

XLV.

p.

Sur

les

harvis, dans la Revue des Dei(a;-

461 (année 1840).

On trouve cependant dans

les àXe^Yir/îpta

,

ou formules évo-

dieux appelés catoires des Grecs, la trace d'idées analogues. Les Heyne, Epipar leur nom étaient contraints d'apparaître. Voy.

metruin F, de Gemmis astrologicis bitis, ap.

Opuscula,

t.

VI, p. 2S6.

et

magicis inter amuleta ha-


LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC. tre les

41

mauvais génies, tandis qu'Ormuzd et ses anges

n'étaient invoqués que par des prières et des supplica-

Les Egyptiens ne distinguaient pas à cet égard entre les dieux 5 ils s'imaginaient à l'aide de leurs évotions.

cations, par l'emploi de certaines formules telles,

contraindre

la divinité

sacramen-

d'obéir à leurs désirs et

de se manifester à leurs yeux. Appelé par son nom véritable, le dieu ne pouvait résister à l'efifet de l'évocation

*.

Cette opinion tout égyptienne persista jus-

qu'aux dernier temps de

la religion

se trouve consignée dans les écrits

pharaonique. Elle

de l'hiérogrammate

Chérémon, qui avait composé, à l'époque alexandrine, un traité sur la science sacrée des Égyptiens ^. Nonseulement on appelait refusait d'apparaître,

le

on

dieu par son le

nom, mais

s'il

menaçait. Ces formules de

contrainte à l'égard des dieux ont été appelées par les

Grecs Osûv avay^at. Porphyre, dans sa Lettre à Anébon^ s'indigne d'une pareille prétention chez les magiciens égyptiens, d'une

foi si

aveugle dans

la vertu des mots.' Je suis profondément troublé de l'idée de penser,

«

écrit le philosophe,

"

que ceux que nous invoquons

«

comme comme

«

viteurs qu'ils pratiquent la justice,

«

cependant disposés à

"

justes, lorsqu'ils

«

tandis qu'ils n'exaucent pas les prières de

«

>

les plus puissants

reçoivent des injonctions

les plus faibles, et,

qu'exigeant de leurs serils

se

montrent

eux-mêmes des choses inen reçoivent le commandement, et faire

ceux qui

Jamblich., De Myster. ^gypt.,\U, 4, 5.

Porpbyr., ap. Euseb., Prœp. evang., V, 10; Leemans, numents égyptiens du musée de Leyde, p. 12, 18. 2

Mo-


42

CHAPITRE

II.

«

ne se seraient pas abstenus des plaisirs'de Vénus, ils ne refusent pas de servir de guides à des hommes

«

sans moralité, au premier venu, vers des voluptés

«

« illicites

»

On comprend mots eût

pris

qu'avec une telle idée, l'emploi des

dans

la

magie égyptienne une impor-

tance toute particulière.

On

même

indispensable, lors

regarda dès lors

que

magicien ne com-

le

langue à laquelle

prenait pas la

comme

le

nom du

dieu

emprunté, de conserver ce nom sous sa forme primitive car un autre mot n'eût pas eu la même vertu. L'auteur du traité des Mystères des Éyypétait

iievs^^ attribué à Jamblique, prétend que les

barbares

les

,

noms

tirés

noms

de l'idiome des Assyriens

Égyptiens, ont une vertu mystique et ineffable qui tient à la haute antiquité de ces langues, à l'origine divine et révélée de la théologie de ces et des

peuples.

Au

reste,

l'efficacité

mune

est possible

il

que

la

même

opinion sur

des mots employés dans les formules

à tout

rOrient

,

car elle est

l'ûi

com-

un des fondements

crovance aux incantations. Les esséniens s'obligeaient par serment à ne pas révéler le nom des anges,

de

la

parce qu'ils prêtaient à l'invocation de ces noms une vertu magique^, et nous trouvons chez les Juifs, déjà 1

Porphyr., ap. Euseb., o. c, V, 7.

«

M., L c; Clem.

Alex., Slromat.^ V, p. 671, éd. Potter;

Origen, Adv. Cels.,V, 45, p. 75, éd.

Petau.

3

IV, 4.

*

Joseph.,

;

p.

612; Synesius, Calvit. Encom.^

Nicephor., In Synes.^ p. 462.

DeBelL

Judaic.y H, 7.


LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC.

43

avant notre ère, la croyance aux charmes et aux évocations

*.

La connaissance des phénomènes

célestes

faisait

comme

en Egypte,

en Chaldée, partie intégrante de la théologie. Les Égyptiens avaient des collèges de prêtres spécialement attachés à l'étude des astres

^

où Pylhagore, Platon, Eudoxe, avaient été s'instruire. Hérodote' fait déjà mention des connaissances et

astronomiques des Égyptiens. Geminus* nous assure qu'ils

observaient constamment les solstices, dont l'exacte notion leur était nécessaire pour trouver dans leur année vague la date

du

du commencement de

la

crue

Nil.

La

religion était d'ailleurs

en Égypte toute remplie

se rapportant

au soleil et à la lune. Chaque mois, chaque décade, chaque jour était consacré à un' dieu particulier Les fêtes étaient marquées par le retour périodique de certains phénomènes astronomiques, et

les levers

héliaques auxquels se rattachaient certaines idées mythologiques étaient notés avec une' grande attention «. La sérénité des cieux rendait

m BeU.

»

Joseph.,

«

Diod. Sic,

I,

Judaic,

IT,

8; Origen., Adv. Cels.,

I,

5

73, 81.

8 Herodot., H, 82; Diod. Sic, I, 80; Justin., XXXVI 2-' Euseb., Prœpnr. evang., V, 7 Cicer., ' De DivinaL, I. 1. * VI, p. 19; Cf. Biot, Mémoire sur l'année vague, dans les ;

Mém.

l'Acad.

des sciences, t. XIII, p. 536. Ces dieux, au nombre de trente,' ont été désignés dans l'astronomie aiexandrinesous le nom de décans (Wvci), ou dieux décadaires. Voy. Origen., Adv, Cels., VIIF, 58. « Voy. mon article sur les Découvertes modernes sur VÉgvpte ancienne, {Revue des deux ond^, année 1855, t. MI p io6l ) (te

»

M


44

CHAPITRE

II.

en Babylonie l'étude du firmament, et Ton pouvait à Tocil nu conslaler bien des

facile

en Egypte

comme

phénomènes qui, dans nos

êlre aperçus l'emploi d'instruments.

aujourd'hui tale

dans

temples

les

*

,

la

demandent pour

climats,

preuve de cette

On

vieille

trouve encore

science sacerdo-

zodiaques sculptés au plafond de quelques et dans des inscriptions hiéroglyphiques

'mentionnant des phénomènes célestes^. L'astrologie était donc en Egypte cultivée avec auces deux pays itant d'éclat que dans la Babylonie, et disputaient l'honneur de l'avoir découverte. Les emprunté 'uns prétendaient que les Chaldéens avaient

Ise

l'Egypte ^ les autres que les Égyptiens qui est 'avaient tiré leur science de la Chaldée^ Ce reposaient certain, c'est que les principes sur lesquels 'leurs idées à

babylonienne et égyptienne avaient beaucoup d'analogie. Ces principes étaient consignés la rédans des livres sacrés dont on faisait remonter

les aslrologies

'daction

au dieu Thoth ou Tat, regardé

comme

l'in-

tard par les Iventeur de l'écriture, et identifié plus

'

et archéologiques sur Voy. Letronne , Observations critiques restent de l'antides représentations zodiacales qui nous

l'objet

quité. Paris, 1824.

astronomique et astroVoy. Biot, Mémoire sur un calendrier dans le t. XXIV des Méînoires logique trouvé à Thèbes, en Egypte, 2

de l'Académie des sciences. 3 Voy. Diod. de Sic, I, 81. C'était l'opinion des prêtres égyp-liens. *

Cedren., p.

Proclus donne l'astronomie chaldéenne

beaucoup plus ancienne que p.

177 D, éd. Schneider,

celle

p. 670.)

comme

de l'Égypte. {Comment. in Tim.,


45

LA MAGIE DES PERSES, DES CHALDÉENS. ETC.

Ces livres de l'Hermès égyptien,

Grecs à leur Hermès

surnommé

Trismégiste, c'est-à-dire irès-grand

,

com-

prenaient des traités de toutes les sciences dont l'étude était

réservée à la caste sacerdotale

^.

Les égyptologues

en ont retrouvé des fragments écrits sur papyrus, en

A l'époque

caractères hiératiques, traduisit

alexandrine, on les

en grec, en y introduisant sans doute de nom-

breuses interpolations et leur faisant subir un rema-

niement sous l'influence des idées platoniciennes D'après

^.

Egyptiens, auxquels n'avait pas plus

les

échappé qu'aux Grecs l'influence des changements atmosphériques sur nos organes^,

les différents astres

ont une action spéciale sur chaque partie du corps

Dans

^.

funéraires que l'on déposait au fond

les rituels

constamment allusion à cette doctrine. Chaque membre du mort est placé sous la des cercueils,

protection

est fait

il

d'un dieu

particulier^. Les divinités

partagent pour ainsi dire

1

Voy. Diod. de Sic,

I,

16;

la

dépouille

Amm.

Clem. Alex., StromaL

étaient au 3

,

p. 86.

nombre de quarante-deux.

Voy. les fragments qui en sont donnés dans Stobée, Eclog., p. 19, et

de la Grèce antique,

29S, 296.

Des

t. I,

VI, p. 758, éd. Polter. Ces livres

passim.; Cf. Cedren.» Chi on.,

*

du défunt. La

Marcell., XXII, 16, § 20.

Cf. Fabricius, Biblioth. Grseca, éd. Harlès, 2

se

Voy. à ce sujet airs, des

eaux

t.

III,

p.

les réflexions et

mon

Histoire des religions

d'Hippocrate, dans son traité

des lieux, ch.

II.

\non:jvii.,InPtolem.TetrabibL,pAi, I94,éd.deBâle, 15b9. Le corps se partageait en trente parties, assignées à chacun des ^

décans. Origen., Adv. Cels., VIII, S8. «

Voy. Lepsius, Todtenbuch der ^Egypter, cb. XXXI-XLIl, pré-

face, p. 10. 3.


46

CHAPITRE

Ra ou

tête appartient au dieu

II.

nez et les lèvres

soleil, le

à Anubis, les yeux à la déesse Hatbor, les dents à la

déesse Selk

genoux à

,

chevelure à Moou,

la

Nil

le

déesse Neith, les pieds à Phlha, etc*. Ces

la

dieux étant en rapport avecles astres, il établir le

biner

la

s'agissait,

pour

thème généthliaque de quelqu'un, de comde ces influences avec

la théorie

moment

au

céleste, les

de sa naissance.

Il

semble

l'état

même

du

ciel

que dans

doctrine égyptienne, une étoile particulière indiquât

venue au monde de chaque homme'^, opinion qui était aussi celle des mages et à laquelle il est fait allusion dans l'Evangile de saint Matthieu ^. Telle partie du corps la

,

était-elle affectée

guérison

d'une maladie, on invoquait pour sa

la divinité

à laquelle en était confiée

En Egypte comme en

la

garde^.

Assyrie, les propriétés

chi-

miques des corps paraissent avoir été aussi rapportées

^

Voy. l'analyse du papyrus égyptien donné dans Cailliaud

Voyage à Méroé,

t.

IV, p. 39-41.

,

On trouve un tableau beaucoup

plus étendu et plus complet de l'inOuence des constellations sur

du corps, pour chaque heure du jour do chatraduction que M. de Rougé a donnée du do-

les diverses parties

que mois, dans la cument astronomique à

la

suite

et astrologique

du mémoire de M.

Biot,

découvert par Champollion,

Sur un calendrier astronomique

et astrologique, égyptien, cité ci-dessus. ^

Horapollon, dans son traité des hiéroglyphes (I,

c. i), dit

qu'une étoile était l'emblème d'un dieu ou d'un individu du sexe mâle Celte croyance existe encore chez les populations rurales de certaines contrées occidentales, et

notamment en Alle-

magne. Voy. E. Meier, Heutsche Sogen, Sitten und Gebrœuche aus Schwaben, 3 *

t. Il, p.

506.

Evang. secund. Matth., Origen., Adv.

II,

1, sq.

Cels., Vlll, § 416.


47

LA MAGIE DES CHALDÉENS, DES PERSES, ETC.

aux influences divines

et

sidérales*. Les bords

du Nil

ou plutôt de emprunté à celui

étaient la terre classique de la chimie

nom lui-même a été Kem^ Kèmi (Kï3ii.t, Xy)[jli),

l'alchimie, et ce

de l'Égypte, sieurs

proprement

signifie

lit

plu-

monuments hiéroglyphiques^,

sur les

fois

qui se

et

la terre noire.

Les alchimistes égyptiens, qui découvrirent par pratique bon

de

et

nombre des procédés de

technologie

métallurgie modernes, avaient composé des

la

traités qui faisaient aussi partie

On

la

la

de

la science sacrée.

a retrouvé des fragments de quelques-uns de ces

écrits^;

mais de bonne heure,

nous

rares, car,

ils

ont dû devenir très-

dit Suidas"*, Dioclétien,

Egyptiens de s'être révoltés contre

les

Rome,

fit

pour punir les

lois

de

brûler tous les livres qu'avaient composés

Nous ne pouvons avoir une idée de leur contenu que par des contrefaçons

leurs ancêtres sur la chimie.

grecques postérieures qui en ont singulièrement altéré les principes. Ils suffisent toutefois

que

la

science des combinaisons et des décompositions

chimiques y sur

pour nous faire voir

était

étroitement

les astres et les

liée

aux spéculations

dieux. .Julius Firmicus

^

parlant des influences sidérales sur les dispositions intellec-

1

Firmic. Matern., Mathem.,\\\t 15.

Plularcti., De Is. et Osihd., § 33; S. Elerony m., Quxst. Hcbr. Gènes., IX, 18. Cf. Brugsch, Die Géographie des allen Mçjypin «

tens, p. 73 el suiv. 8

11

exisie plusieurs papyrus hiératiques

chimiques. *

Suidas, v°

Malth.,

III,

XYi(/,eia,

15.

donnant des recettes


48

CHAPITRE

11.

Uiellesde l'homme, dit: «Si c'est Mercure sous l'influence duquel il est né, il s'adonnera à l'astronomie, si

c'est Miirs,

c'est Saturne,

embrassera

il

il

le

métier des armes,

si

se livrera à la science de l'alchimie. »

Le nom même des planètes appliqué aux métaux et aux substances métalliques* chez les alchimistes du moyen âge, héritiers des doctrines de l'art sacré égypnous prouve

tien,

le

rapport permanent que l'on pré-

La chimère philosophale ou du grand œuvre parait

tendait établir entre ces corps et les étoiles.

de

pierre

la

originaire de l'Egypte, puisque Dioclétien, en faisant

brûler les livres d'alchimie des Égyptiens, se proposait

de

les

était

priver ainsi d'une grande source de richesses. L'or

personnifié en Egypte par une déesse, JVoub^. les théories

Enfin toutes

alchimiques du

moyen âge

sont constamment associées à l'idée de l'intervention

des esprits élémentaires et des démons, qui s'ofîre

comme un

dernier vestige de

l'antique astrologie

égyptienne^. Ainsi en Egypte, la science la

magie

de

la

comme en

Perse et en Chaldée,

nature était une doctrine sacrée dont

et l'astrologie

ne constituaient que des bran-

phénomènes de l'univers se trouvaient rattachés par un hen étroit aux divinités et aux génies dont on le croyait rempli.

ches, et oij les

»

8

l'or

Voy. Hœfer, Histoire de la chimie, t. I, p. 227 et suiv. Voy. le mémoire de M. Th. Déveria, sur Noub, la déesse de des Egyptiens. (Mémoires de la Société des antiquaires de

France, 5« série,

t.

II, p.

Voy. Hœfer,

o.

c,

3

151 et suiv.)

1. 1, p.

242 et suiv.


CHAPITRE lA

La

MAGIlil

m

ET L'ASTROLOGllî CHEZ LES GRECS.

religion fut

de tout temps associée chez

les

Grecs

à l'exercice des pratiques superstilieuses qui découlent de lu magie des premiers âges. Le culte en était pénétré. La divination était exercée soit dans des éta-

blissements spéciaux, des sanctuaires fatidiques appelés manteions\ soit par des devins de profession, qui colportaient de ville en ville leur mensongère industrie

2.

Le

sacrifice était

presque toujours accomrites ayant pour objet de consulter la volonté des dieux, ou même de véritables incantations ^ La confiance en certaines formules magiques, en certains

pagné de

charmes, dans

vertu de certains gestes, était excessive; on y recourait contre la fascination ^ pour évoquer »

mon

Voy.

la

Histoire des religions de la Grèce antique, Ifis divers modes de divination chez les

cb. XIII. Cf., sur

t.

11,

Grecs[

apocryphe intitulé Joscphi Htjpomneslicum, c. 144; dans Fabricius Codex pseudepigraphus Veteris Testamenti, edit aller le livre

:

:

1. 11, p. .-526

*

Ibid.,

3

Ouv.

*

et suiv.

t. Il,

p.

433

et suiv.

cit., t. Il, p.

^28 et suiv. Les Grecs recouraient dans ce but à ce qu'ils appelaient

7;pc-

gaa.«v.a (Phn., Hist. nat., VII, 2), ou charmes contre Ja fascination ; aux (puXaxTTipia, aTroipoTrata, amulettes. Theocrit Idull VI, 59; Cornut., De Natur. deor., 4' XXVIII, 4 Plaut., II 84; C«.m.. V. 243; Plutarcb., Symp., V, 5, 7; Pers., Satyr.^ •> > 31 ; Piin., Hist. nat., XXVIU, 4. y

— ;

AsL

4


SO

CHAPITRE

III.

dieux», giiorîr des maladies, cicatriser des plaies^ et détourner l'influence maliaisante attribuée à diflérents actes ^ Les purifications, qui jouaient un si grand

les

accompagnées analogues aux enchan-

rôle dans la liturgie, étaient toujours

de paroles

et

de pratiques fort

et ce sont ces purifications qui paraissent

tements

avoir été le point de départ des mystères

K On

attri-

buait à Orj)hée, leur prétendu fondateur, la composition de plusieurs charmes^ Les (devins, qui formèrent

quelquefois de véritables castes', s'attribuaient une certaine puissance sur la nature;

serpents

de

et

% comme

la Libye

les

ils

les

psyllesdes environs de Parium

% ils conjuraient les vents**' et pouvaient

ÈTCa7M7a(, îcaraJeav-oî. (Platon,, Resp.,

1

charmaient

Il, p.

364; Leg., XI,

953; Ruhnken., ad Platon. Tim.,p. ilL) 2 odyss.. XIX, 457; Plin., Hist. nat., I, 28; Sol. ap, Stob., Eclof/. V, 59-62; Martial., Epigr., III, 62; Plutarch., PericL,

p.

58; Plutarch., Apophthegm. Incon., Cleomed.', Athen.,XlI,p. 553. 3 Platon, l. c; ^Esop., Fal). 80; Lobeck, Aglaoph., I, p. 300. 4

Voy.

mon

Histoire des religions de la Grèce antique,

158 et suiv.

p.

299

et suiv.

«

Ibid., p.

«

C'étaient des chants

(Euripid. , Cyc/op '

p.

t. Il,

Voy.

mon

,

magiques ou formules d'incantation.

636.)

Histoire des religions de la Grèce antique y

t. II,

587. 8

Ibid., p. 464.

Les psylles des environs de Parium, sur l'Hellespont, étaient désignés sous le nom tVupfiiogèties et guérissaient les morsures »

des serpents, au dire de Cratès de Pergame. Agatharchide rapporte que les psylles de la Libye étaient à l'abri des morsures des serpents. (Plin., Hist. nat., VII, 2.) 10

Senec, Quxst.

nat., IV, 7. Cf. Cod. Justin., IX, tit. xviii,


LA MAGfE ET l'aSTROLOGIE CHEZ LES GRECS.

môme

métamorphospr

croyance à

la

les

51

hommes en animaux*. La

lycanthropie était de

date fort an-

cienne en Grèce; elle s'y est perpétuée jusqu'à nos jours

^.

Cette puissance attribuée

aux devins apparaît dans

les plus vieilles traditions

mythologiques de

dans

et de Circé

la

les fables

de Médée

^

\ Les femmes

Thessalie avaient surtout une grande

dans

Grèce,

la

de

réputation

des enchantements; elles étaient habiles à composer des poisons, et pouvaient, assurait-on, par l'art

leurs chants magiques, faire descendre la lune des

1. 6; Diogen. Laert., VIIl, S9; Plin., Hist. naf., XVII, 28; XXVlll, "2. A Cléones, il y avait des prêtres qui écartaient

grêle par leurs cérémonies magiques (yaAaCoœû/.a^c?).

c,

Senec,

IV, 6; Clem. Alex., Stromat., VI, p. 268. Voy. ce S. Justin de vs^EXo^iw^rai, Quœst. ad orth., 31.

0.

que

dit

' Virgil., Eclog. VI, 48; Apollodor., II , 3, 2 ; III 9, 2 , Lucian, Dialog. mortuor., XXVlll, 5; Asin., 12, l'ô. On disait que Simon le magicien s'était métamorphosé en brebis. S. Clem. Jîecognit., II, p. 32. Voy. ce que Boëce dit au livre IV de so'ii traité DeConsolatione, des métamorphoses opérées par la maoie 2 Platon. Resp., VllI, 16; Petron., Sutyr., c. 61 ; Plin., Hist' nat., Vlll, 22-3f; Pausan., VI, c. 8; Varron., Fragm. 562VirgiL, Eclog. VIII, 97; S. Augustin.. De, Cwit. Dei, XVJII 17Cf. Leuijuscher, Ueùer die Wetirwœlfe und Tàierverwundlungen •

in Ain telulter [Bevlin, ISoU). 3 Pindar., Pyih.,\\, 580, sq.; Apollon., Argon., III, 2i2, sq.; Euripid., Med., 594, sq.; Schol. Euripid. Med., 10, 276; Diodor' Sic, IV, 45; Apollodor., I, 9, 24; Ovid., Melamorp/i., Vil 59i sq.; Trist., 111, 9-6; Hygin., Fab., 26. * Odyss., X, 135, sq.; Apollon., Argon..

III,

689; SchoL ad. Ennead.f l, 6-8.

III,

200;

Plin., Hist. nat.,

3H;

\y

XXV, 5; '

'

g87-

plotin

'


CHAPITRE

52

cieux^ Ménaridre % dans

sa

III.

comédie intitulée

la Thes-^

à salienne, représentait les cérémonies mystérieuses lune à l'aide desquelles ces sorcières forçaient la

donner

prodige qui devint

le ciel,

même si

bien

aban-

le

type

Nonnus par excellence de tout enchantement, que nous le donne comme opéré par lesbrachmanes^. d'un ordre inféIl existait en outre des enchanteurs dont

rieur, les goëtes,

le

nom

est

emprunté aux

bruyants et lugubres par lesquels

dieux

^

Ces goëtes étaient

ils

cris

évoquaient

les véritables

les

magiciens

grecs et les héritiers directs des sorciers des temps leur barbares. On redoutait fort leur puissance, car on supposait presque toujours des intentions criminelles. Thessalie, comIls savaient, comme les femmes de la

poser des philtres, et vendaient à tout venant leur ministère diabolique ^ Toutefois, la religion officielle Horat., Epod. Platon., Gor^., p. 513; Arisloph., iN'M&., XII, 264 ; Virgil., V, 4S; Ovid ,Metamorph., IV, 333 ; VII, 207; HipEclog. Vlil, 69, Tibull., I, Eleg. viu, 21 ; L. Ann. Scnec, 1

polyt., 787, 791

m,

;

Lucan., Phars., VI, bS4, sq.; Brunck, AnlboL,

172.

2

Plin., Hist. nnt.,

3

Dionys.,

* rooTEtot

XXXVI,

cS'c

jcaXeÏTat

Grecs distinguaient

XXX,

2,

§ 2.

27, sq.

àub twv

la goëlie,

gie, d'origine étrangère.

-yo'wv x.où

ôprWwv.

Cedren,

p. 41.

toute grecque d'origine, de la

(Pluton., /.f9'.,XI,

§ 12; SchoL

Les

ma-

in Synes.,

p 363; Mich. Glyc, A)mnl.,t. II, p. 244, éd. Bekker Plutarch., QusesL liom., 561.) OEoomaus philosophe cynique, éd. Petau

;

,

,

avait écrit contre les goëtes

un

traité intitulé

:

*wpa

-^'otîtwv,

et

dans lequel il dévoilait toutes leurs fraudes. (Euseb., Prxp. evang.,y, 10.) Cf. Porphyr., De Abstin., H, 40. Suid. v° Ma^eîa. 8 Voy. mon Histoire des religions de la Grèce antique y t. II, p.

303.


53

LA MAGIE ET L ASTROLOGIE CHEZ LES GRECS. des États combattait leur

intervention, et des lois

avaient été plusieurs fois portées contre l'exercice de leur art dangereux

*,

Les superstitions magiques étaient surtout entrete-

nues par l'influence qu'exerçaient sur hellénique

les religions

et de l'Egypte.

En

de

le

Phrygie^, de

la

Grèce proprement

la

Thrace

la

Orient, ces superstitions étaient

plus étroitement associées à l'exercice

dans

polythéisme

un caractère d'évocation

dite.

du

Les prières prenaient

d'exorcisme

et

que

culte

5

elles

con-

servaient l'emploi de certains mots sacrementels, tels

que

les lettres èphêsiennes

les lettres milésiennes

,

auxquelles on attribuait des effets merveilleux. Les prêtres de l'Asie Mineure rappelaient plus que ceux

de

la

nous

Grèce

les sorciers et les

enchanteurs^ dont

le

type

est offert par les Telchines, personnifications des

rayons solaires transformées en goëtes par l'imagination des poètes \ D'ailleurs, exclues du culte national,

1

Platon., Leg., XI, p. 935. Cf.

Bekker.

Il

faut consulter à ce sujet

Benjamin Constant, » Pliil.,

Du

PolUic, § 29, -les

p. S46, éd. excellentes réflexions dé

Polythéisme romain,

Spec. leg., p. 792; Plutarch.,

1. 1,

p. 102.

De Superst.,%

12.

Les lettres éphésienneset milésiennes (Écpsaïa.MiXTiata) étaient des mots sacramentels empruntés à la langue de la Phrygie et de la Lydie. (Clem. Alex., Slromat., V, p. 5C9, 672, éd. Potier; Hesyeh., s. fi. v.; Pausan., ap. Eustalh., ad Odyss., 3

XIX, 247Etymol. magn., éd. Sylb.,col. 364.)L'emploi des premières jouait un certain rôle dans leculle de l'Ariémis ou Dianed'Éphèse.

mon '>

p.

Voy.

Histoire des religions de la Grèce antique,

Voy.

mon

t.

isg-ieo" Histoire des religions de la Grèce antique, t. m" '

et suiv. » Baff)C7.vc'. xat p'yireç,

III, p.

comme

ils

'

sont qualifiés (Stob., Serm.

'


54

CHAPITRE m.

les divinités

étrangères dont

la

dévotion avait été intro-

duite chez les Hellènes se présentaient avec

le

de démons, de génies d'un ordre secondaire,

caractère d'es|)rits

cérémonies régulières et légales, mais dont on s'assurait la protection par des

que

l'on n'honorait pas par les

Les cultes étrangers prenaient caractère d'opérations magiques ; et

rites bizarres et secrets.

donc en Gièce

comme on

le

y conservait

plus souvent les mots et les

le

formules empruntés aux pays d'où

étaient origi-

ils

naires, les prières et les évocations semblaient

aux

Hellènes des paroles mystérieuses douées d'une vertu surnaturelle

y avait de plus en Grèce un culte qui était à lui seul une véritable magie, c'était celui d'Hécate. Cette Il

divinité

,

personnification de

rayons mystérieux^ dans la

le

les

la

lune qui projette ses

ténèbres de

la nuit, était

patronne des sorcières. C'est à elle que l'on rapportait don des prodiges et la découverte des enchantements;

que l'on supposait envoyer les spectres et les fantômes qu'évoque la peur dans l'obscurité ^ Les mystères particuliers célébrés en certains lieux de la c'est elle

Gi èce étaient tout remplis de rites fort semblables aux

XXXVFII, 22S; Zenob.v Centur., V, 41 ; Diodor. Sic, V, 226). Leur nom paraît dérivé du verbe ôîA'yw, qui exprimait l'art de produire des enchantements {Iliad., XIV,

'2^

\

;

Odyss., V, il;

X, 231, 520; XXIV, 3). Voy. sur les Telcliines, mon Histoire des religions de la Grèce antique, t. I, p. 200 et suiv. 1 Voy. ce qui est dit plus loin de ces formules. ,

2

Suivant Lucien

{P/tilops., iô),

Hécate apparaissait dès que

lune voilait son disque. 8 La déesse prenait successivement, disait-on,

la

la

forme d'une


LA MAGIE ET

55

CHEZ LES GRECS.

l' ASTROLOGIE

pratiques des sorciers et des thaumaturges

Tout y

combiné pour frapper l'imagination, hallucinerles sens et nourrir les superstitions les plus sombres et les plus cruelles. De là, le grand rôle que jouaientdansson était

culte les reptiles et les

dégoûtantes^,

et les compositions les

animaux immondes,

formules bizarres.

les

les philtres

exorcismes et

C'est par ces formules qu'on

contraignait la déesse de se montrer à ses adorateurs,

de

vœux et de conduire leurs entrepriEcoutons comme preuve un oracle donné selon

satisfaire leurs

ses^.

Porphyre"*, par Hécate

même

«

:

Sculptez une statue

femme, d'une vache, d'une chienne (Lucian.,o. c, tres

envoyés par Hécate étaient désignés sous

d'i7Twitt<î'cç.

(LycO|)Lron.,

Cf. Theocrit., Idyll.,

H75;

le

14). Les spec-

nom générique

ad Apollon. Argon. ^ 861.

Schol.

\o).

Il,

Les mystères se célébraient à Tantre de Zérinlhe {schol. ad Arixtoph. Poe, Til) et à Egine. Pausanias (II, ÔO, § 2) rapporte 1

qu'on faisait remonter à Orphée l'origine de ces derniers, ce qui semi)le indiquer qu'ils s'étaient élahlis'sous l'influence des doc-

Hécaie joue en effet un grand rôle dans les poëmes orphiques (Orph,, Argon., 97i; Lith., 45, 47.) « On peut voir par Thcocrile {Idyll. ,\\, 48, sq.), Horace trines orphi(iues.

(Epod.y,

V.

16 et sq.) et Virgile (Eclog.\l\\, 64, sq.jque dans

la

composition des charmes magiques, on réunissait tout ce qui avait un caractère immonde et repoust-ant: les parties diverses

d'animaux impurs, des lambeaux de chair, du sang d'hommes ou de créatures qui avaient péri dans certaines circonstances singulières. C'est ce

qu'a représenté, avec sa verve somlire et son

'énergie habituelle, Shakespeare dfins

décrit le sortilège

scène de Machc/fi, où

la

que composent dans

le

chaudron magique

trois sorcières. .

8

Porphyr

*

Ap. Euseb.,

,

ap, Euseb., 0.

c, V,

Prxp. evang., V,

12.

8.

il

les


5

56

CHAPITRE

comme

III.

vous l'enseigner. Faites le corps de cette statue avec la racine de rue sauvage*, puis ornez-le de petits lézards domestiques écrasez de la myrrhe, du styrax et de l'encens avec ces

de bois bien rabotée,

mômes animaux, pendant

et

je vais

vous laisserez

mélange à

le

l'air

croissant de la lune^ alors adressez vos

le

vœux dans

les

termes suivants

(

la

formule ne nous

a pas été conservée). Autant j'ai de formes différentes, autant vous prendrez de lézards ; faites les choses soi-

gneusement vous me construirez une demeure avec les rameaux du laurier poussé de lui-même, et ayant 5

adressé de ferventes prières à l'image, vous

me

verrez

durant votre sommeil. »

La formule d'évocation, qu'Eusèbene nous a pas conservée, nous la retrouvons dans le traité intitulé Philo-

Origène ou à saint

sopkumena,

et attribué tour à tour à

Hippolyte.

Viens, infernal terrestre et céleste

«

Bombô,

déesse des grands chemins, des carrefours, toi qui

apportes

la

lumière, qui marches la nuit, ennemie de la

lumière, amie et

compagne de

la nuit, toi

que

réjouis-

sent l'aboiement des chiens et le sang versé, qui erres

au miUeu des ombres à travers les tombeaux , toi qui désires le sang et qui apportes la terreur aux mortels, Gorgo Mormo, lune aux milles formes assiste d'un ,

œil propice à nos sacrifices

Euripide, dans l'invocation qu'il

'

La rue {ruta graveolens, en grec

fait

inii-^avov)

est

prononcer à

une plante nar-

cotique dont l'odeur pouvait aider à la production des hallucinations. 2

Origen., Philosoph., éd. Miller, p. 72.


LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE CHEZ LES GRECS,

Médée,

et qui a été imitée

57

par Ovide, tient à peu près

le

même

le

Sans doute que frappée par ces formules, rédigées plus souvent dans un style bizarre ou archaïque^,

langage K

l'imagination se représentait facilement les apparitions

par lesquelles Hécate manifestait sa présence

^.

mêmes

fraude venait aussi en aide à la peur. Les

la

Mais

Philosophiimena nous rapportent à quels subterfuges

on recourait, au moins dans

les

derniers temps, pour

évoquer toute cette fantasmagorie. Je ne veux pas passer sous silence, écrit l'auteur

«

anonyme'*,

la

fourberie sur laquelle repose le procédé

delà lécanomancie^. Les magiciens font choix d'une chambre close, dont ils ont peint en couleur d'azur le plafond, traînant avec eux et faisant étalage en cette,

circonstance d'ustensiles de

1

même

couleur

-,

ils

placent'

Euripid., Med., v. 395 et suiv.; Ovid., Metam., VII, 190 et

suiv. 2

Tel est l'emploi

partient plus à

la

du verbe

dans l'invocalion citée 3

tj.oX£,

viens y vieux

mot qui n'ap-

langue de l'époque romaine, et qu'on trouve ici.

Ces spectresenvoyés par Hécate étaient

les £'m/)M.9e5, monsires aux pieds d'âne, qui prenaient mille formes, pour tromper les mortels (Aristoph., Ran., 295; Schol. ad Eccles., 1049; Philostrat., VU. Apoll. Tynn., IV, 25; II, U5); les Cercopes, qui se montraient dans les carrefours, lieux consacrés à la déesse (Suidas, v«>Eùp'j[3.); les

Schol.

ad

Mormo, fantômes hideux (Aristoph.,

*

Philosoph., p. 73.

«

La lécanomancie

tion par le

orientale.

Equit., 690;

Theocrit. Adon., 40; Lucian., Philops., 2).

(XexavoaavTst'a) était

moyen d'un

bassin.

Nous

la

proprement

la

retrouverons dans

divinala

magie


58

CHAPITRE

à terre au milieu de

la

lequel réfléchit

du

celui

ciel.

le

III.

bassin plein d'eau>

chambre un

comme

bleu du plafond,

Dans

c'était

si

plancher sur lequel repos(î

le

le

bassin est pratiquée une ouverture cachée, et ce bassin,

un fond en verre; au-dessous de la pièce en question en est une autre secrète dans la-

qui est de pierre, a

quelle se tiennent les compères, déguisés en dieux et

en démons, dieux et démons que le magicien veut faire apparaître. La dupe, en voyant ces personnages, est frappée de terreur et accorde facilement créance à tout ce qu'on lui dit. Voici maintenant

prend pour

s'y

On commence

comment on

démon dans la flamme. sur le mur la figure à

faire paraître le

par dessiner

évoquer; on enduit ensuite secrètement ce

trait

avec

une composition de laconique, d'asphalte et de bitume*; puis, feignant d'opérer l'évocation, on approche

une lampe du mur;

l'enduit prend feu et brûle.

« Voici,

continue l'auteur chrétien, quel est

pour

Hécate sous

fice

aérien.

faire voltiger

Le magicien

fait

endroit déterminé, puis il

il

ligure d'un feu

cacher un compère dans un

emmène les dupes. aux(jueiles

persuade qu'il va faire voir

l'air

la

l'arti-

sous une forme ignée;

la il

déesse chevauchant en

recommande seubien attentifs au mo-

leur

lement de ne pas manquer d'être ment de l'apparition de la flamme, et de se prosterner y a quelques mots effacés dans le texte, ce qui ne permet pas de connaître complètement la compoiitioii inflammable dont >

Il

on se servait. Le bitume (Cf. Plin., hist. nat.y

est désigné ici par le

XXXV,

51.) Peut-être

au

nom de lieu

de laconique,

c'est-à-dire composition de Laconie, faut-il lire sicelique

bitume ou naphte de

Sicile. (Voy. Plia.,

/.

c.)

^axuvtîa.

(ci/.iuitto),


LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE CHEZ LES GRECS. aussitôt, le visage

caché contre terre

,

59

restant dans

cette posture jusqu'à ce qu'il les ait appelés

:

alors, le

magicien entonne dans

les ténèbres les plus épaisses formule d'incantation. A peine l'a-t-il prononcée, qu'on voit un feu voltiger en l'air. Saisies d'effroi à

;

la

la

vue du prodige opéré par

déesse, les dupes tombent sans voix à terre, en se cachant le visage. Tout l'artifice la

se réduit à ceci.

Le compère, aussitôt que l'invocation est terminée, lâche un milan ou un vautour auquel est attachée de l'étoupe enflammée. L'oiseau, que la flamme épouvante, s'élève en volant à chaque instant' plus vite.

Ce prodige effraye

nigauds, qui se cachent. L'oiseau, ébloui par le feu, va buter contre tout ce qu'il rencontre, et porte l'incendie tantôt dans l'intérieur de la chamhre, tantôt à l'entrée. » les

Nul doute que des procédés du même genre ne fussent employés dans bien des évocations. On y avait recours notamment au célèbre antre de Trophonius * et dans le rite magique de la nécyomanice ou divination par les morts % qui constituait une véritable opération magique.

existaiten Grèce et en Italie plusieurs oracles dans lesquels on interrogeait de la sorte Il

l'ave-

nir

Les psychagogues ou évocateurs des âmes parve-

3.

naient par certaines conjurations,

comme

le faisaient

py thonisses des Hébreux, à évoquer des spectres, ui q passaient pour des âmes sorties de l'Hadès, la demeure les

»

p.

Voy.

482

mon

Histoire des religions de la Grèce antique, t

II

et suiv.

Ou

«

Voy.

Nexuwp,xvTeîa, Ntxuo(AavTïca.

mon

msloire, etc.,

t. I,

p. 2.>8

;

t. II,

p.

466

et suiv.

'


60

CHAPITRE

souterraine des ombres

* ;

III.

et tout

l'on recourait à la venlriloquie

donne

pour

à penser que

les faire parler

.

l'usage se continua en Italie

La nécyomancie, dont

dont ['Odyssée nous fournit une scène curieuse*, et se retrouve dans la nécromancie du moyen âge on l'a vue dans ces derniers temps revêtir une forme et

,

nouvelle.

Mais cette magie grecque n'avait pas le caractère savant et régulier de la magie des Assyriens et des Perses; elle n'était pas d'ailleurs associée à l'observation des astres, inconnue des premiers Hellènes. Ce fut en Asie

rent puiser

Mineure la

et

en Perse que

les

Grecs en allè-

connaissance. Plusieurs philosophes,

Pythagore etDémocrite notamment, s'étaient

1

C'est de la sorte, disait-on,

son épouse. (Pausan., IX, 2

c.

fait,

di-

qu'Orphée avait évoqué l'âme de

30, § 3.)

Les ventriloques ou engastrimythes

è-^-yacTpipôoi)

étaient

(

connus des anciens sous le nom d'esprits de Python (TtCiôtove;). '{Sc/iol. Aristoph. Vesp., 1014; Euseb., Comment, in /s., c. 45; È-Y-yaaTpî.u.; Platon., Sophist., p. 400; Plutarch., De Hesych., Cf. iDefect. orne, 9; Jamblich, ap. Phot.. Bibl., XCIV, p. 133.

Eusèbe Salverte, Des Sciences occultes, ch. vu.) » La nécyomancie fut pratiquée par Appius, l'ami de Cicéron {Cîcer., Tuscul. Quœst., 16; De Divin., 1, 58); par Vatinius (CiCQV.,Contr. Vatin., 6); par Libon Drusus, Tacit., Annal., W, 28); par Néron (Sueton., Ncr.. 34; Piin., Hist. nat., XXX, 5); par Caracalla (Dion, Cass. LXXVll). Elle existait déjà chez les Étrus,

ques (Clem. A\e%.,Protr.,

p. 11

950, 964, ap. Oper.,

IV).

p.

t.

;

Theodoret., Gr.Affcct. cur.,\,

Les nécromanciens furent long-

temps consultes comme des diseurs de bonne aventure (Clem.

Rom., Recognit., *

1, p.

494, éd. Colelier).

Odyss.,\l, 29 et sq. Cf. Apollon., Argon.,

Ovid.,

Metam., yn,

240.

III,

1030, sq.i


LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE CHEZ LES GRECS

61

aux secrets des disciples de Zoroastre et quelques devins de la Grèce avaient été à la cour du grand roi s'instruire de la science des enchantements Mais ce qui répandit surtout dans les contrées helléniques le nom et le crédit des mages, ce qui introduisit sail-on initier

dans

la

rent les prêtres et

mot même de magie, ce fudont s'étaient fait accompagner Darius

langue grecque

le

Xerxèsdans leurs expéditions. Pline

teurs attribuaient l'importation de la

et d'autres au-

magie dans

la

Grèce à Osthanès'^, personnage dont le nom décèle suffisamment l'origine persane. Disciple de Zoroastre il

avait, assurait-on, suivi

roi n'allait

Xerxès en Europe. Le grand jamais en guerre sans être suivi de prêtres

chargés de l'avenir.

lui assurer la

Varron

faveur divine et d'interroger cité par S. Augustin, fait apporter

,

de Perse, en Grèce et en Itahe, morts'.

D'un autre

J'art

d'évoquer

les

quand l'établissement des Séleucides eut introduit en Assyrie les principes du gouvernement de la Grèce, peu favorables à la théocratie quand l'immixtion de la mythologie hellénique côté,

eut

téré la vieille théologie orientale et

al-

que Babylone eût

cessé d'être la capitale de l'empire

,

qui avait été

transportée à Séleucie^ les

mages chaldéens perdirent de leur crédit^ leur autorité s'ébranla et leur science 1

Plin.,

mst.

Laert., VIII, 1, 2

Plin., Hist. nat.,

evang. 8

XXIV, 102; XXV, 5; XXX, §3,7, §1. nat.,

,

De

1, 1

0,

civit.

2- Bios ^' '

XXX,

i Cf. Eusèb., Chron., I, i%;Prœp. 55 V,J4 Suidas, voÂaTpovoiAÎa Xp\il.,Apolog.,c. 2?! ;

;

;

Dei, VII, 35.

Tacit., Annal., VI, 42.

4


CHAPITRE m.

62

môme

paraît

ment de Les

avoir

un peu

soulfert

de cet

affaiblisse-

leur pouvoir.

liens qui existaient entre les

membres des collè-

eut des scissions; ges sacerdotaux se relâcbèrent. Il y Les prêtres assyriens comil s'éleva diverses écoles K eux alà se disperser, et plusieurs d'entre

mencèrent

Asie Mineure lèrent chercber fortune en Grèce ou en Bérose on assurait même que l'astrologue cbaldeen Aussi ces avait fondé à Cos une école d'astronomie \ tardèrent-elles pas à être inondées d'as'

:

contrées ne

venus de TOrient, trologues, de magiciens, de devins colportaient des charqui erraient de ville en ville, enseignaient leur mes, vendaient des prédictions et Uapotélesmaiîqiie

art à quelques-uns

sidérales la science des influences

chez

^

,

c'est-à-dire

se mit à la

mode

Le nom de chaldéen devint synod'horoscope, de diseur de bonne aven-

les Hellènes.

nyme de

tireur

n'avaient sans doute ture, et bien des charlatans, qui pour inspirer jamais été à Babylone, prirent ce titre à leurs dupes. C'est alors que se ré-

plus de confiance

pandirent en Occident les

Plin., Hist.

1

noms d'Astrampsychos, de

wa«.,VI,26; Strabon.,XI, p. 523; XVI, p. 739.

des Arsucides, t. I, p. 176. Cf. Saint-Martin, tJisloire 2 Bardesanes, De Falo, IV, ap. Bibliolh. Grxc. Pair., p.

t.

I,

683.

99. V\me{Hlst. nat., VII, Vitruv., IX, 26; Strabon, II, p. les Athéniens lui élevèrent dans leur gymnase 37), rapporte que par allusion à l'excellence statue dont la langue était dorée, 8

une

de ses prédications. 261, 262

schol.

ad

h,

*

Theocrit., Idyll.y

3

Simplicius, ap. Lobeck, Aglaoj^h.t p. 4,26.

II,

;

l.


LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE CHEZ LES GRECS. Gobryas, de Pazatas dont

le

*

et

63

de plusieurs autres mages

talent divinatoire avait fait sensation.

Ces

noms

furent plus tard, ainsi que celui de Zoroastre, mis par des faussaires sur leurs livres, dans le but de leur donner plus d'autorités S'agissait-il de guérir

un mal

incurable, d'obtenir une recette pour s'enrichir, de se mettre en règle avec le ciel qu'on avait irrité

par

quel(|ue crime,

on

aux Chaldéens. Théo3, nous a dépeint un de

s'adressait

phraste, dans ses Caractères

ces superslilieux qui les interrogeaient à tout propos. On les appelait de préférence à la naissance

d'un en-

fant, et,

suivant une tradition qu'Aulu-Gelle nous a conservée, le père d'Euripide les avait consultés

pour

connaître

la

La m;)gie

destinée de son et l'aslrologie

aussi chez les Grecs. les savants,

fils

égyptienne s'introduisirent Les mathématiciens^ c'est-à-dire

nom sous lequel on désignait de préférence les astrologues de ^Égypte^ furent bientôt aussi en renom que ceux car

tel était le

de

la Chaldée. La doctrine des deux pays se fondit en un corps de science qui finit par prendre le nom d'astrologie

judiciaire

L'accueil fait en Grèce

aux astrologues de tous pays

m

Diogen. Laert., Proœw., § 2; Procl., in Tim., IV ' On possède encore un recueil des prétendues prophéties de Zoroastre Voy. OraaUa sibyllina, éd. Gallaus, t. IJ, arfc«/cm ' p. /9, et Cory, Anciens Fragments. '

3

C/iaract.,\\l.

*

Au!. Gell., XV, 20, § l.

^^"^ hymne orphi. ; n„l vr'.fr que jVI, 6) 1 idee que les astres président à la destinée des hon.mes (Moipidcoc. waoïjç p-oip»; (TKaccvropeç ovte;).


,

CHAPlTRli

64

III.

s'explique facilement. C'était alors

aux anciens dieux

époque où

1

la foi

périclitait-, les esprits s'attachaient

à des fables nouvelles qui plaisaient parleur nouveauté

même

5

ils

se tournaient vers l'Orient et lui

deman-

daient des croyances en échange de celles que la philosophie avait ébranlées. Sous le

pseudonyme d'Or-

phée \ des idées empruntées à l'Egypte et à l'Asie étaient mises en circulation et greffées sur les vieilles légendes homériques, plus naïves et plus poétiques.

Des

rites tout

empreints du mysticisme oriental pre-

naient la place des solennités graves et simples de l'ancien temps, ou substituaient un enthousiasme fanati-

que à ce qui n'avait été que l'expression bruyante de

libre

et

la gaieté populaire.

L'orphisme mit en vogue cismes,

les évocations,

lestes furent

les purifications, les

les expiations.

exor-

Les orphéoté-

de véritables magiciens des sorciers, des ,

bonne aventure qui vendaient leurs secrets, remèdes et leurs prières * et sous l'influence

diseurs de leurs

-,

des idées qu'ils avaient répandues, les mystères hellé-

niques prirent

même le

caractère de véritables enchan-

tements. 11

s'opéra peu à peu

un compromis

arbitraire entre

toutes les théories contradictoires et chimériques ve-

nues de l'Orient »

p.

300 »

p.

mon

Voy.

là,

une association incohérente

Histoire des religions de la Grèce antique

t.

111

et suiv,

Platon, Phxd.,

625 et 3

De

p.

1,

sq.

Aussi voit-on dans

sous les

81, 2S0. Cf. Lobeck, Aglaopham., la suite

des traités de magie composés

noms d'Osthanès, de Dardanus, de Typhon, de Dami-


65

LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE CHEZ LES GRECS.

de doctrines théologiques, de dates et de pays divers, sur les influences des astres, la composition des talis-

métamorphose des la vertu de certaines herbes oa préparations médicales ^ C'est à ce chaos que l'on finit mans, l'évocation des êtres, et avant tout sur

par appliquer

nom

le

esprits, la

de magie.

Des noms de divinités étrangères, des mots langues de l'Assyrie, de l'Égyple

^,

la

Perse, de

des

Phrygie, de

des formules composées dans ces idiomes

et altérées, défigurées par des

nonçaient sans

mêlés aux

la

tirés

les

comprendre

bouches qui ^,

les

pro-

se trouvèrent ainsi

rites qui se pratiquaient

chez les Grecs en

l'honneur des divinités chthoniennes ou infernales.

Hécate ne partageait pas

le discrédit

de tant d'autres

déesses; elle régnait encore au milieu des fantômes^. geron et de Bérénice (Tertull., De Anima, 3S; Plin., Hist.

XXX, 2). Orphée fut donné comme l'inventeur de ralchimie du grand œuvre par Etienne, dans son traité nspl xp«<^woia;. (Fabric, Bïblioth. grxc, t. XII, p. 695.) nat.,

et

'

Pline nous a conservé, dans son Histoire naturelle, un grand

nombre de ces recettes, la plupart chimériques, et dont il ne manque pas de faire ressortir la vanité. (Voy. XXIV, 102; XXVlll, 23; XXIX, 26 et pass'm.) On trouve consignées chez un grand nombre d'auteurs des recettes du même genre (Cf. Caton., De rustic, 160; Alex. Trall., IX, 4, p. 538, Lucian.; Philops., 7. Plutarch., De Oracul. Defect., 10; Apu\., Apolog., c. 58.

lie

2

3

«

Que veulent

dire, écrit

sens, et pourquoi préférer

la

Porphyre, ces mots dépourvus de barbarie des sons insignifiants à

la

langue propre à chaque peuple? » (Euseb., Prxp. evang., V, 10.) Et plus loin, le même philosophe se plaint de ce que la langue

employée, et qu'on donne pour égyptienne, ne humaine.

soit

pas

même

Voilà pourquoi Hécate était devenue par excellence la déesse 4.


66

CHAPITRE

Son culte sis et

s'était associé

III.

à celui d'Atys, de Cybèle, d'I-

des divinités infernales que

Von

adorait par des

d'un caractère étrange et mystérieux appelé alors magique *. Les dieux qui se manifestaient par des ap-

rites

paritions bienfaisantes et sous des formes simples et belles, bien des gens les tenaient pour la création des

poètes, pour une invention des prêtres; mais ces divinités qui révélaient leur présence par des spectres hi-

deux, des figures laides et grimaçantes, des formes étranges, on ne se permettait pas de douter de leur réalité, car

on en

avait peur.

Par leurs sons insolites

et bizarres, les

mots qui

ser-

vaient à conjurer les divinités étrangères frappaient d'ailleurs plus l'imagination que le nom devenu banal

d'un Apollon, d'un Hercule, d'une Minerve ou d'un Vulcain. Comme les Grecs n'avaient sur elles que d'obscures notions, et qu'Homère et Hésiode ne leur ranavaient pas donné de place dans l'Olympe, on les geait dans cette classe

vague

et élastique d'êtres divins

connus chez les anciens sous le nom de démons, supposaient tout l'univers rempli. ga(ixov£ç, et dont ils généralement à ces démons qu'ils assimilaient d'attributs dieux des barbares, quand une analogie dieux étaient les leur donnait pas à penser que ces

C'était les

ne

mais désignés par d'autres épitrouvèrent généralethètes. Les démons étrangers ne

mêmes que

de

la

les leurs,

enchantements. magie. Les magiciens l'évoquaient par leurs

(Voy. schol. brev.

Hesychius,

ad Odyss.,\U,

n^rviTsipa, et

m

;

schol.

ad Theocrit.,

II,

12;

Lobeck, Aglnoph., p. 225.)

inscriptions latines. (Voy. Orelli, C'est ce qui résulte des 2,2M, 2,552, 2,361. inscrirdiones latinx selectœ, n"» 2,555, 1


67

LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE CHEZ LES GRECS.

ment pas accès dans les temples de culte demeura distinct de celui des

Grèce

^

leur

divinités natio-

Les Hellènes ne réclamaient leur intervention

nales.

que pour les

la

les

opérations magiques et divinaloires qui

avaient introduits parmi eux, en sorte que les di-

vinités de l'Egypte et de l'Orient s'offrirent

du vulgaire comme

celles des

aux yeux

enchantements,

comme

ayant spécialement sous leur empire les talismans et les prodiges

*.

Les divinités de

la

moins exposées que

magie celles

et

de l'astrologie étaient

de l'Olympe aux

aux attaques des philosophes. Ce qu'on

et

railleries

avait dit et

répété contre les histoires scandaleuses des dieux grecs, contre leurs oracles mensongers et leurs attributs immoraux, ne pouvait s'appliquer à des esprits

mystérieux qui prouvaient leur intertention par des miracles, leur intelligence supérieure par les inspira-

communiquées à leurs adorateurs. La théolomagique échappait à la critique par les voiles

tions

gie

dont

y avait bien quelques esque ne pouvait convaincre la vertu des en-

elle s'envelo|)pait. Il

prits forts

chantements, mais c'étaient généralement des épicuriens qui niaient au fond l'existence des dieux ^. Pluque les opérations magiques, la divination, procédaient de démons. (Platon., Conviv., § 28.) Aussi la foi dans les divinités étrangères finit par être plus vive que celle '

De

là l'opinion

qu'on avait dans celles de

celui qui n'eût pas craint de se le

dieu de

la

noncé au nom 2

Bonne

A Rome, au temps d'Auguste, parjurer hu nom de Dius Fidius,

la patrie.

Foi, respectait le

serment

qu'il avait

pro-

d'Osiris. (Horat., / Epist. 17, v. 61.)

Toutefois Euripide accuse déjà les fraudes tortueuses et la

langue pestilentielle des devins. (Iphig. in Aulid., 956.)


CHAPITRE

68

111.

c'étaient sieurs refusaient d'admettre l'astrologie, mais

qu'on presque tous des sceptiques, des penseurs isolés des sages ^ tenait plus pour des songe-creux que pour se soustraient car c'est la triste destinée de ceux qui

aux préjugés de leur époque

d'être confondus avec les

de leurs rêveurs et de payer par le ridicule l'avantage tout le lumières. Les gens qui agissaient comme consultaient donc les astrologues et redoutaient

monde

leurs magiciens. Ce qu'on écrivit à l'encontre de cepenpassa inaperçu. Ces traités n'étaient pas

les

idées

puisé la dant sans valeur. Pline l'ancien paraît y avoir dans son réfutation de l'astrologie qu'il a consignée Caton et Ennius s'étaient éleHistoire de la nature * ami contre cette superstition 5 Panétius et son vés

Chaldéens ^ Scylax avaient écrit contre la science des Au premier siècle, le philosophe Favorinus, cité par réfuta l'astrologie et révoqua en doute Aulu-Gelle haute antiquité à laquelle on prétendait la faire re^ les mamonter. Sextus Empiricus prit aussi à partie tMmaticiens, comme il les appelait. Mais que sert de

la

futures, prouver qu'on ne peut rien savoir des choses connaître du monde invisible, à des gens qui sont rien

travaillés

de

la

maladie de

les

découvrir? Le douteur,

sera toujours plus mal tout éloquent qu'il se fasse, affirme les pouvoir reçu d'eux que le charlatan qui satisfaire.

D'ailleurs les astrologues opposaient aussi

2

§8. Cicer., De Divmat.,

3

Cicer., ibid., H, 42, 45.

*

Noct. Attic.,'y^\y,

1.

»

Adv, Mathem., V,

p.

>

11,

6,

I,

58. Cat.

De Re Rusttc,

208, éd. Fabricius.

5.


LA MAGIE ET leurs raisons

dans

le

l' ASTROLOGIE

CHEZ LES GRECS.

aux dénégations des sages

monde

lettré des

-,

ils

comptaient

un de nom de Lu-

défenseurs habiles

;

et

parvenu sous le sa mordante ironie cien, bien qu'on n'y retrouve ni l'esprit de ses autres traités ^ leurs plaidoyers

1

nefl

nous

est

69

m

-ni; àorp6Xo'][iaç,

1


,

CHAPITRE

IV

ROMAIN. lA MAGIE A ROME ET DANS L'RMPIRE

La magie proprement

dite

ne s'introduisit à

Rome

orientales, qui qu'à la suite des doctrines grecques ou commencèrent à y pénétrer, deux siècles environ avant science noire ère. Mais les superstitions d où cette chimérique tire son origine avaient été, dès l'origine,

répandues en Italie. La conjuration des lémures ou mânes, fantômes, envoyés par les morts, le culte des pratiques d'un lares, étaient associés à diverses des

La déesse Mana-Geneta, à Hécate, on sacrifiait des chiens,

caractère tout magique'. laquelle, avait

comme

à

beaucoup d'analogie avec cette

nuits

et son culte était entouré des

divinité

des

mêmes mystères.

larves ou Pour détourner les mauvais génies, les expiatoires spectres, on recourait à des sacrifices

accompagnés d'exorcismes'.

La discipline étrusque, qui enseignait fart

d'observer

présentait foudres et de les évoquer en certains cas, les aruspices toscans le caractère de la magie-,

[es

tout

Apul., De Deo Socrat. Ovid., Fast., V, 451 sq., 483 sq.; Hist. nat., XXXVl, 27, 70; Lucret., 15; Apolog., 6i; Plin., Civit. Vei, IX, 11; Plaul., MoslelL, 131, sq.; S. Augustin., De

1

c. 1,

15,

268. 2

8

Pluiarch., Quasst. Rom., 51, 52. Dionys. Halic, Ant. Rom., V, 54.


LA MAGIE A ROME ET DANS l'eMPIRE ROMAIN.

71

opéraient des prodiges et passaient pour doués de prévision et de facultés surnaturelles*. Cette discipline fut portée à

Enfin

la

Rome et

introduite dans la liturgie latine^.

comme on sait, un

divination jouait,

sidérable dans la religion des

Romains, dont

une partie intégrante. Mais outre augures, sanctionnée par

y

il

avait encore des

l'avenir,

de détourner

elle était

des

la consultation

institutions politiques,

les

moyens

rôle con-

particuliers d'interroger

Au

mauvaises influences ^

les

temps de Calilina, on rencontrait à

Rome une foule

de

diseurs de

bonne aventure, de faux devins, d'imposteurs qui débitaient de prétendues prophéties des livres sibyllins^

;

il

y avait aussi des sorciers qui jetaient

des sorts et opéraient des maléfices^, et contre lesquels des lois sévères étaient portées ^. Témoin l'aventure de l*augure étrusque Navius et de Tarquin (Cicer,, De Divinal.y 1,17; Tit. Liv., I, 36; Valer. Maxim., *

4,§

I,

2

1).

Cicer., Catil., III,

Arnob., Adv. Cent., V, Mijller, Die Etrusker,

4; De Leg., 1

.

t..

II,

9; Tit. Liv.,

Il,

p.

62 et suiv., et

Creuzer, Religions de l'antiquité, trad. Guigniaut, p.

1216 8 Tit.

20,

ma t.

note dans H, part, ni,

et suiv.)

Liv., IV, 21

XXX, 38;

Cicer.,

Plaut., S^icA.,

De lie

1,

(Voy., sur la discipline étrusque, K. 0,

III,

;

De

VI, 41; XXII, 1

Divinat.,

II,

XXIV, 10; XXVI, 25; 18, 43; Tuscul., p. 15 ;

2, 6; Plin., Hist. «o^.,XXVlll, 4; Columeli., ; Tibuli., I, 2, 45; Juven., Sut., XI, 9G.

rustic, X, p. 340

*

Plutarch., Cicer., § 17.

5

Plin., Hist. nat., XXVIII, 23.

«

Tit.

Liv., IV,

30; XXV,

\ XXXIX, 16. La loi des Douze Tables [Tab., VII, 2) avait édicté des peines contre les auteurs de maléfices. Les Romains redoutaient particulièrement ceux ;

qui, par leurs sortilèges, attiraient la pluie, la grêle, l'uia^je et


CHAPITRE

72

la

IV.

Ces superstitions se continuèrent longtemps, mais confiance dans la divination légale s'ébranla avec

progrès de l'incrédulité philosophique. La foi aux augures commençait à se perdre-, leur observation

les

n'était plus '

guère qu'une formalité'-,

les merveilles

qu'on racontait des mages de l'Asie, leur vieille réputation tentaient davantage la crédulité romaine. L'espoir de rencontrer chez les Chaldéens une science plus infaillible que celle des aruspices, leur valut un accueil

empressé dans la ville éternelle. Leur doctrine s'y répandit et fit de nombreux adeptes. L'autorité s'effraya de leurs progrès en Van 139 avant notre ère, le préteur Cornélius Scipion Hispalus interdit vainement ;

par son édit logues^-,

ils

Rome

aux astrone lardèrent pas à revenir plus nombreux le séjour

que jamais'.

On

de

et

de

l'Italie

écrivit des traités sur leur science S

on en popularisa les vaines spéculations qui s'étaient peu à peu modifiées avec le progrès de l'astronomie ^

Rome

la philosophie

de

frappaient les

Senec,

grecque courut

champs de

et plus d'un disciple

devins^

fut infestée de ces

les interroger.

stérilité (Plin., Hist. nat., XXVIll,

Qusest. natur., IV, 7

;

De ReRustic, I, 35). Yoy. Cicer., De natur. deor.,

;

Eclog.,\m, 99 10; Apul., Metamorph., I, 5.

Serv.,

S. Augustin., DeCivit. Dei, VIII,

i

ad

Virgil.

;

Pallad., »

3.

Il,

3, 2.

8

Valer. Maxim.,

3

Cicer.

*

Tel fut celui de Nigidius que cite Varron. Yoy. Aul. Gell

111, 8

I,

De Divinat.,

II,

iô,

Al.—

In Verr.,

II, ii,

,

10.

Yoy. l'exposé de leur doctrine dans Censorinus, De Die na'

tali, c. 8. 6

52.

Yoy. Plutarch., Cicero., § 17,

p.

780, éd. Reiske.


LA MAGIE A ROME ET DANS l'eMPIRE ROMAIN.

Les familles patriciennes qui avaient de quoi

73 les

payer s'en firent des prophètes à gages. S'agissait-il de marier une

fille,

un enfant

était-il

on

-,

faisait

venir

un mathématicien pour tirer son horoscope *. Lorsque Octave vint au monde, un sénateur versé dans l'astrologie, Nigidius Figulus, prédit la glorieuse destinée

futur

empereur ^ Livie

du

étant enceinte de Tibère,

,

interrogea un autre astrologue, Scribonius, sur le sort réservé à son enfant

sa réponse fut

-,

dit-on

,

perspicace*. Ce fut surtout auprès des

n'est pas de

il

les choses ont

si

mon

aussi

femmes que

Chaldéens trouvèrent crédit. Le beau sexe fort curieux;

,

les

était alors

sujet de rechercher

changé depuis; mais à cette époque,

une éducation éclairée n'avait pas fortifié l'intelligence des femmes; l'envie de savoir ce qu'on ne sait point encore conspirait chez les Romaines avec leur crédulité pour meltre les charlatans à la

mode.

Chaldeis sed major erit fiducia

écrit Juvénal

est vrai,

il

dit le

dans une de ses

satires,

femmes,

les

ne sont pas ménagées^ Toutefois, ce que

poëte latin est

si

saurait l'avoir inventé

précis, ;

et,

si

circonstancié, qu'il ne

en

tenant compte de sa

1

Apul., Apolog., c. 56 sq.; Melamorph.,

Il,

2

Suelon., 7i6e;-.,§U; Dion. Cass.,

i,

XLV,

12. p. 286, éd. Sturz;

Cedreii., Hist. compend., p. 171, éd. Bekker. 3

Sueton., Tiber., § \i, Satir. VF,

éd.

5o3

Wyuenbach)

laisser

tomber

sq.

Plularque {Vrxcept. conjug.,

insiste sur le soin qu'on doit

les

femmes dans

les

§

48, p. 572,

prendre de ne pas

superstitions astrologiques. 5


,

74

CHAPITRE

proverbiale hyperbole

,

faut reconnaître dans le

il

portrait assez ressemblant

tableau qu'il trace

un

nous tenir

l'original.

lieu

de

IV.

pour

«Tout ce que leur prédit

un astrologue leur semble, c'est ici Juvénal qui parle des Romaines, émaner du temple de Jupiter Ammon car Delphes ne rend plus d'oracles. » Et plus loin, dans

môme

la

satire, le

poète avertit son lecteur d'éviter la

rencontre de celle qui feuillette sans cesse des éphé-

mérides

-,

qui est

sulte plus et

si

forte

que déjà

en astrologie qu'elle ne con-

elle est

consultée

;

de

celle qui,

sur l'inspection des astres, refuse d'accompagner son

époux à l'armée ou dans seulement se est prise

faire porter à

dans son

sa terre natale.

un

mille

5

l'heure

livre d'astrologie.

mange-t-il pour se l'être frotté

5

Veut-elle

du départ

L'œil

lui

dé-

point de remède avant

d'avoir parcouru son grimoire. Malade au

lit,

elle

ne

prendra de nourriture qu'aux heures fixées dans son Pétosiris : ainsi s'appelait un astrologue égyptien*,

dont un

traité

d'apotélesmalique avait emprunté le

nom^

Les femmes de condition médiocre, continue Juvénal, font le tour du cirque avant de consulter la destinée après quoi, elles Uvrent au devin leurs mains ;

et leur visage.

La chiromancie

se

liait

donc à

l'astrologie, associa-

tion d'origine égyptienne*, car les

t

Plin., Hisl, nat.y VII,

documents hiéro-

49

de magie portant les noms égyptiens de Typhon, Nectanébo, Bérénice. (Tertullian., De Anima, *

§ le

Il

55.)

existait aussi des traités

On

a de

même

forgé en grec

un poëme astrologique soub

nom de Manélhon. *

La chiromancie {-/^u^o^miw.)

était la divination par l'inspcc-


LA MAGIE A ROME ET DANS l'eMPIRE ROMAIN.

75

glyphiques, ainsi qu'il a été dit plus haut, nous ap-

prennent que, suivant et à

la

doctrine enseignée à Tlièbes

Memphis, chaque partie du corps

supposée

était

soumise à l'influence d'un astre.

Le satirique

latin

nous

dit

encore que

les plus

«

opulentes faisaient venir à grands frais de l'Inde et de la

Phrygie des augures versés dans

la

connaissance des

influences sidérales. » Tacite, rapporte

de Néron, sultait

que

la

demeure de Poppée, l'épouse

était toujours pleine d'astrologues

cette princesse

;

que con-

et ce fut l'un des devins at-

tachés à sa maison, Ptolémée, qui prédit à

Othon son

élévation à l'empire, lors de l'expédition d'Espagne,

accompagné On le voit, à la cour des femmes n'étaient pas les seules atteintes de

l'avait

il

Césars, les

crédulité en matière d'astrologie.

Juvénal aurait dû dire, Et je sais

même

Pour être juste, comme notre bon La Fontaine :

sur ce

fait

Bon nombre d'hommes qui sont femmes.

En

poëte latin n'aurait eu qu'à interroger

eff'et, le

anecdotes sur la cour, recueillies par des historiens mieux informés, pour trouver chez des Romains une les

foi

à

l'art

divinatoire aussi robuste

que

celle

de sa su-

perstitieuse. tien des lignes de la main. Elle tenait à la palmoscopie (-kxIu.ooxoTCi'a),

ou inspection parles mouvemenls des raen)bres,

ment du pouls,

à la

battemétoposcopie (u.sT<oTCoaxcmà) ou divination

par les traits de

le

la ligure. (Cicer., Oe Fat., S; Tuscul., IV, 7; Sueton., TiL, 2: Juvenal, Salir. VI, 581 Vell. Paierc, II, 2lj.' ;

«

Hislor.,

I,

23.


76

CHAPITRE

IV.

Dans sa demeure d'ApoUonie, Octave, en compagnie d'Agrippa, consulta un jour Tastrologue Théogène. Le futur époux de Julie, plus crédule ou plus curieux que neveu de César,

le

fit

tirer le

premier son horoscope

:

annonça d'étonnantes prospérités. Octave, jaloux d'un si heureux destin, craignit que la réponse ne fût pour lui moins favorable, et au lieu

Théogène

lui

,

de suivre l'exemple de son compagnon de dire à Théogène

le

,

il

refusa net

jour de sa naissance, sans la

connaissance duquel son horoscope ne pouvait être tiré.

L'astrologue insista.

portant,

plus tôt

A

la fin, la curiosité

l'em-

Octave se décida à répondre. Il n'eut pas révélé la date demandée , que Théogène se

précipita à ses pieds et l'adora

comme

le

futur maître

de l'empire \ L'astrologue avait lu d'un coup d'œil

dans

les astres la

fortune qui attendait Auguste, ou je

vue dans ses yeux. Octave fut transporté de joie. Je ne sais s'il avait auparavant grande foi à l'astrologie mais à dater de ce moment crois plutôt qu'il l'avait

-,

il

y crut fermement

^

et,

pour rappeler l'heureuse in-

fluence du signe zodiacal sous lequel

il

était né,

il

voulut que des médailles frappées sous son règne en représentassent l'image

^.

Voilà ce que nous raconte Suétone

dote nous prouve que,

si les

\

et cette

anec-

Chaldéens déraisonnaient

tant soit peu dans la science des choses célestes,

jugeaient assez bien de celles de

la terre, et

ils

n'auraient

point été de ceux qui se laissaient tomber dans un 1

Sueton., August., §95. Cf. Dion. Cass., LVI, 25, p. 464,

ed. Sturz. •

Sueton,,

Le.


LA MAGIE A ROME ET DANS L EMPIRE ROMAIN. puits pour avoir regardé trop en

Apulée,

dit

ils

nous

le

arrangeaient leurs réponses d'après les

ceux qui

désirs de

Comme

l'air.

77

les interrogeaient*.

Les succes-

seurs d'Auguste consultèrent aussi souvent les mathé-

maticiens, bien que leurs oracles parfois n'aient pas

que ceux de Théogène

été aussi encourageants

tous

:

astrologues romains n'étaient pas des courtisans.

les

Les princes faisaient aux devins, aux mages, l'accueil le plus bienveillant, tant

que

les prédictions qu'ils

en

recevaient ne venaient pas contrarier leurs desseins ou leurs vœux 5 mais malheur à ces prophètes, quand

l'empereur et

les astres n'étaient

astrologues devenaient dictions fois

on

5

les jetait

même on

martyre ne

les

pas d'accord

!

Les

responsables de leurs pré-

dans

les fers,

on

les exilait,

punissait de mort.

par-

Toutefois ce

que grandir leur renommée et inspirer plus de confiance en leurs paroles. « Un astrologue n'est en crédit, écrit Juvénal, qu'autant qu'il a faisait

été chargé de chaînes ou qu'il a croupi dans le cachot d'un camp. S'il n'a pas été condamné, c'est un homme

ordinaire

;

mais

s'il

a vu la

mort de près,

si

par faveur

a été seulement relégué dans les Cyclades, après avoir langui dans l'étroite Sériphe, s'il a enfin obtenu son il

rappel, on se l'arrache*. »

En

présence de

la foi

cour des empereurs

la

3,

qu'on avait aux astrologues, à

on s'étonnera peut-être de

Ut adsolent, ad consulentis votum confmxerunt, Apulée dans son Apologie. *

^

a

Juveu.,

l.

écrit

c.

Sueion., Caligul.,%^1; Tacit., Histor., Hadrian., § 16. 8

»

I,

22; ^1. Spartian

, *


78

CHAPITRE

IV.

voir en certains cas porter contre

eux des défenses

sévères et des châtiments redoutables. L'an de

721, sous

le

Rome

triumvirat d'Octave, d'Antoine et de Lé-

pide, on chassa de la ville éternelle les astrologues et les

magiciens ^ Mécènes

tint ce

de

la

langage

:

s'

adressant à Auguste

lui

ïfonorez toujours et partout les dieux

«

manière usitée dans l'empire, et contraignez

autres à les honorer de

même. Punissez de

les

supplices

auteurs des religions étrangères, non-seulement

les

par respect pour

les dieux,

mais encore parce que

ceux qui introduisent de nouvelles divinités engagent plusieurs à suivre des lois étrangères, d'où naissent les conjurations

,

les sociétés secrètes, qui sont très-

désavantageuses au gouvernement d'un seul. Ainsi vous souffrirez personne qui méprise les dieux, personne

ne

qui s'adonne à la magie

Fidèle aux conseils de

^ »

Mé-

cèneSi Auguste ordonna qu'on recherchât tous les

li-

vres divinatoires, fatidici libri^ tant grecs que latins;

en

il

fit

brûler plus de deux mille'.

Tibère défendit l'aruspicine secrète et privée, et

Rome nommé

sous son règne un sénatus-consulte bannit de les

magiciens et

les astrologues

Pituanius, fut précipité

du

:

l'un d'eux,

un autre, appelé coutume ancienne more

Capitole-,

Martius, fut puni selon la

prisco, hors de la porte Esquiline^. Est-ce

perstition

ne prenait

les

que la suempereurs que par accès ?

2

Dion. Cass., XLIX, 43, p. 756, éd. Sturz. Id., LU, 36, p. U9, même éd.

'

Sueton., Aug., 31.

'

Tacit., Annal. f

II,

52.


LA MAGIE A ROME ET DANS l'eMPIRE ROMAIN.

Ces édits lucides ?

portés pendant leurs

ont-ils été

Nullement

:

moments

maîtres de l'empire croyaient

les

à la divination astrologique, mais

réserver à eux seuls les avantages naître l'avenir, mais

79

ils

5

ils

voulaient s'en tenaient à con-

ils

entendaient que leurs sujets

Néron ne permettait à personne d'étudier la philosophie, disant que cette étude paraissait une chose vaine et frivole, dont on prenait prétexte pour l'ignorassent.

deviner

les

choses futures

philosophes furent

;

sous son règne quelques

même accusés,

parce qu'on préten-

dait qu'ils exerçaient l'art divinatoire.

Musonius, Ba-

bylonien, fut emprisonné pour ce motif*.

dangereux, en

effet,

que

les astres le sort réservé

les citoyens

Il

eût été,

pussent hre dans

à leur prince. Bien des gens

qui courbaient la tête, par la pensée la délivrance était éloignée, s'ils

que l'époque de

avaient su la révolution

qui se préparait auraient fièrement attendu des temps

on pouvait pousser la curiosité jusqu'à vouloir découvrir quand et comment mourrait meilleurs. Et puis,

l'empereur, indiscrètes questions, auxquelles les réponses étaient des conspirations et des attentats. C'est ce que redoutaient surtout les chefs de l'État. Tibère avait été à

Bhodes, près d'un devin en renom,

struire des règles de l'astrologie.

personne

éprouva ries qui

le

célèbre

Il

avait attaché à sa

astrologue Thrasylle, dont

la science fatidique

ne viennent qu'à

il

par une de ces plaisante-

l'esprit

d'un tyran ^ Ce

1

Philostr., f^it. Apollon. Tyan., IV, 35.

2

Tacit., Annal., VI,

LV, dl.

s'in-

20; Sueton., Tiber.,

§

U;

même

Dion. Cass.,


80

CHAPITRE

Tibère

fit

IV.

mettre à mort quantité de gens accusés d'a-

voir tiré leur horoscope, en vue de savoir quels lion-

neurs leur étaient réservés, tandis qu'en secret il prenait

lui-même l'horoscope des gens les plus considérables, afin de découvrir s'il n'avait point à attendre d'eux des rivaux'. Septime-Sévère

faillit

payer de sa tête une de

ces curiosités superstitieuses qui conduisaient chez les

De bonne

astrologues les ambitieux de son temps.

heure

il

avait pris foi à leurs prédictions,

et les

con-

pour des actes importants. Ayant perdu sa femme et songeant à contracter un second hymen, il sultait

tira

l'horoscope des

de bonne maison qui se

filles

Tous

trouvaient alors à marier.

thliaques qu'il établissait par les

thèmes générègles de l'astrologie les

peu encourageants. Il apprit enfin qu'il existait en Syrie une jeune fille à laquelle les Chaldéens avaient étaient

prédit qu'elle aurait un roi pour époux. Sévère n'était

encore que légat et l'obtint^. si

;

Juhe

il

se hâta

était le

heureuse étoile; mais

que

les astres

de

la

demander en mariage

nom de la femme née sous une bien l'époux couronné

était-il

avaient promis à la jeune Syrienne

pouvait-il point avoir, lui mari,

?

Ne

un successeur auquel

appartiendrait la couronne qu'il ambitionnait ? Cette réflexion préoccupa plus tard Sévère, et, pour sortir

de sa perplexité,

il

alla

en

Sicile interroger

un

astro-

logue en renom. La chose vint aux oreilles de l'empereur Commode. Qu'on juge de sa colère ! Et la colère de

Commode,

1

Sueton., Nero, § 56.

*

Spartian.,

c'était

^l. Verus,

§ 5.

de

la rage,

de

la frénésie.


81

LA MAGIE A ROME ET DANS l'eMPIRE ROMAIN. avait à la cour des

Heureusement Sévère

amis

on

5

parvint à disculper l'imprudent légat', auquel dans la suite l'athlète Narcisse vint était allé

chercher en Sicile

réponse

la

Commode mourait

:

qu'il

étran-

de Marcia.

glé par lui, à l'incitation

La

donner

divination qui avait l'empereur pour objet finit

par constituer un crime de lèse-majesté contre

la curiosité indiscrète

^.

Les rigueurs

de l'ambition prirent des

proportions plus terribles sous les premiers

empe-

Nous verrons sous Constance quande personnes qui s'étaient adressées aux oracles

reurs chrétiens. tité

punies des plus cruels supplices^.

cruauté sous Valens.

Un

On

redoubla de

certain Palladius fut l'a-

gent de cette épouvantable persécution. Chacun se voyait exposé à être dénoncé pour avoir entretenu des

rapports avec les devins. Ses affidés pénétraient dans

maisons, y ghssaient secrètement des formules magiques, des charmes, qui devenaient ensuite autant de les

pièces de conviction. Aussi la frayeur fut telle en

Orient, nous dit Ammien-Marcellin*, qu'une foule de

gens brûlèrent leurs livres, de peur qu'on n'y trouvât matière à accusation de sortilège et de magie.

La magie

s'associait

fréquemment, en

effet, à

la

pratique de l'astrologie, pour constituer ce que l'on appelait Vastéroscopie^^ science dont l'invention fut

1

Spartian., Sever., § 2.

2

Tertullian.,

8

Ammian.

*

Id.,

^

Sexl.

ApoL,

c.

35;

J.

Paul., Sentent., V, 21, § 3.

Marcell., XIX, 72.

XXIX,

2.

Empiric, Adv. Math.,\,

n, 26; G. Syncell., Chronic,

p.

p.

542; Artemidor., Onetrocr.,

12; Herm., In Vhxdr.^ 5'.

p.

109.


82

CHAPITRE

plus tard attribuée

IV.

aux Cariens

mais

* ;

les

empereurs

n'y avaient recours qu'en secret, ainsi que le

fit

Didius

Julianus*.

magiques, aux yeux de

L'emploi des procédés l'opinion

,

faisait

hommes

des devins des

infiniment

plus dangereux, leurs opérations ayant alors pour

un ennemi

objet plutôt de nuire à

et

de satisfaire une

convoitise que d'opérer quelque bienfaisant miracle.

De là, les peines fréquemment édictées contre

les

magi-

ciens, et renouvelées de celles qu'avait portées contre les

auteurs des sortilèges la

Auguste avait proscrit logues**

5

livraient

loi

des Douze Tables'.

goètes

les

Tibère bannit de

comme

l'Italie

aux pratiques magiques,

les astro-

tous ceux qui se

et quatre mille per-

sonnes de race affranchie furent pour ce

fait

trans-

de Sardaigne ^ Leur exil ne paraît pas toutefois avoir été de bien longue durée. Sous

portées dans

l'île

Claude, on les exile encore

:

senatusconsultum atrox

irriium, écrit Tacite^. Vitellius renouvelle ces ri-

et

gueurs. Cet empereur, qui avait pour

une aversion que

lui

énoncés plus haut

époque fixe pour

l'art divinatoire

dictaient

sans doute les motifs

assigna

aux astrologues une

,

sortir

de

l'Italie.

Ceux-ci répondirent

par une affiche qui ordonnait insolemment au prince »

Clem. Alex., Stromat.,

2

Spartian., Didius Julianus,

3

Tab. VIII, art. 25. Cf. Apul., Apol.,c.

T,

p. 361. § 7.

47

;

Civit. Dei, VIII, 19. *

Dion. Cass., XLIX, LXI, p. 464, éd. Sturz.

6

Tacit., Annal. y

»

ld.,md.y

II,

XII, o2.

75.

S. Augustin.,

De


LA MAGIE A ROME ET DANS l'eMPIRE ROMAIN.

auparavant, et à

d'avoir à quitter la terre*

la

fin

83 de

l'année Vitellius était mis à mort. Vespasien renouvela

aux astrologues

la

défense de mettre le pied sur le

ne faisant d'exception que pour le malliématicien Barbillus, qu'il se réservail de conterritoire italique,

sulter^.

Une tans, faire

il

fois

qu'on avait prêté sa confiance à ces charla-

n'y avait pas de crime qu'ils ne pussent vous

commettre, tant

et le sens

la superstition était

moral dénaturé par

poussée loin

peur. Je ne citerai pas

la

l'exemple de Néron, consultant l'astrologue Babilus et

ceux dont

faisant périr tous

çaient l'élévation

^

:

cet

les

prophéties

empereur

lui

annon-

n'avait pas besoin

de l'astrologie pour se permettre un crime. Je citerai encore moins Héliogabale, grand consulteur de magiciens

une

sanguinaire avait altéré ses facultés.

folie

Mais Marc-Aurèle

même,

si

l'on

en croit Capitolin, se

rendit coupable d'une action détestable par

un

effet

de

sa crédulité ou de sa condescendance pour celle de son

entourage. Faustine, son épouse, avait une fois vu passer un gladiateur dont la beauté l'avait enflammée

d'un amour criminel. Vainement

temps en secret cette passion

la

ne

que

faisait

mède qui pût ramener

s'accroître. Faustine finit

la

lui

demandant un re-

paix dans son

âme boule-

La philosophie de Marc-Aurèle n'y pouvait

'

Suelon., VitelL,

«

Dion. Cass,, LXVI, iO,

^

combattit long-

passion dont elle était consumée-,

par en faire l'aveu à son époux,

versée-

elle

Suelon., Nero,

§

§ 14.

56.

Lamprid., Heliog.,

§ 9.

§

9.


84

CHAPITRE

IV.

rien!

On

se décida à consulter des Chaldéens, habiles

dans

l'art

de composer des philtres propres à faire naî-

tre

comme

moyen lui

à faire passer

les désirs

amoureux. Le

prescrit par ces devins fut plus simple

qu'on

était

que ce-

en droit d'attendre de leur science

compliquée, c'était de tuerie gladiateur.

Ils

si

ajoutèrent

que Faustine devait ensuite se frotter du sang de la victime. Le remède fut apphqué^ on immola l'innocent athlète, et l'impératrice ne put dès lors songer à oublier pour lui son époux. sur elle ne

fit

Le sang

qu'elle répandit

sans doute qu'ajouter à l'horreur dont le

souvenir de cette passion devait être pour elle envi-

ronné

Tel est

le récit

du biographe de Marc-Aurèle.

A-t-il raconté l'histoire toute entière, et Faustine

vou-

venger du dédain du gladiateur? C'est ce que je n'oserais affirmer. Tant de vertu chez Faustine

lut-elle se

a, j'en

conviens, droit de nous étonner. Mais, que

l'anecdote soit vraie ou supposée, elle n'en prouve pas

moins quelle puissance on pensait que pouvaient avoir sur l'âme la plus honnête les détestables superstitions

du temps. Et cependant ces astrologues, ces devins

ment

obéis,

on

les trouvait

si

bien souvent en défaut, et

leur science était loin de paraître infaillible, vulgaire. Mais, parce

aveuglé-

même au

que des imposteurs nous abu-

sent à l'aide de la science chaldéenne, est-ce une rai-

son de croire que cette science ne soit que vanité? Voilà ce qu'on répondait aux incrédules, et Tacite

%

Capilolin,, il/a/c. Anlonin., § 19.

1

J.

»

Annal., XIV, 14.


85

LA 3IAGIE A ROME ET DANS l'eMPIRE ROMAIN.

en reproduisant ce raisonnement, nous montre que de grands esprits se payent parfois de bien pitoyables raisons. Lucien,

doute

dans son

moqué des

Faux

Prophète^

s'est

sans

charlatans qui vendent des recettes,

des philtres amoureux,

des charmes pour perdre un

ennemi, pour découvrir des trésors et se procurer des successions; mais, en dévoilant toutes leurs ruses,

ne désabusa ni

le

peuple ni les grands.

progrès des lumières et de

En

il

dépit du

la civilisation, l'astrologie,

magie surtout, conservèrent leur empire. Cette dernière science prit même une autorité nouvelle, en

la

s'alliant à la doctrine

démonologique, par laquelle

la

philosophie s'efforçait de rajeunir et de transformer le

polythéisme expirant, ainsi qu'on va

chapitre suivant.

le voir

dans

le


CHAPITRE V LA MAGIE DANS L'ÉCOLE NÉOPLATONICIENNE.

La philosophie platonicienne avait réforme complète du vieux polythéisme

entrepris une grec.

En

pos-

session d'une notion plus épurée de la Divinité, elle substitua au nalurahsme allégorique, créé

par

les

poètes, et qui avait jusqu'alors tenu lieu de théologie,

un système théogonique complet, reposant en

partie

sur la démonologie. Les néoplatoniciens qui nefaisaient

que développer

les idées déjà

contenues dans les œuVï*es de Platon, dégagèrent Dieu de tout le cortège de divinités au milieu duquel il était confondu, et entre lesquelles se dispersaient et se personnifiaient ses di-

vers attributs. Afin de ne pas rompre avec la tradition, qui faisait la force et l'autorité de la religion helléni-

que,

acceptèrent une partie des fables inventées dieux et les héros, mais ils les expliquèrent à

ils

sur les

de leur démonologie, qui plaçait au-dessous de l'Etre suprême une hiérarchie de puissances surnatul'aide

relles, participant à la fois et

en proportions diverses

des perfections divines et des faiblesses humaines. Pour éviter la confusion entre Dieu et ces divinités inférieures, Platon* et son école leur réservèrent le nom de démon (Sai^wv), attribué dans le principe à l'ac*

Platon., Conviv., § 28, sq., p. 202, 203.


LA MAGIE DANS l'ÉCOLE NÉOPLATONICIENNE. lion divine en général, et regardée trice des biens et des

maux

comme

87

la distribu-

*

pour les Les démons ayant été. dans l'origine, ainsi Grecs les âmes des morts assimilées à des divinités, qu'on le voit par Hésiode ^ ce nom s'appliqua bientôt aux divinités intermédiaires entre Dieu et l'homme ^ reconnues par presque tous les philosophes grecs, mais

conçues d'une manière plus particulière, définies avec plus de précision par Pythagore et par Platon. les lares, les géIls furent confondus avec les mânes, nies latins

atteindre à l'idée d'un Dieu

L'homme ne pouvant

que par une notion vague et incomreposait plus volontiers dans celle des dé-

infini et universel

plète,

il

se

mons, qui lui offraient la personnalité divine sous des formes humaines. Ces êtres supérieurs lui semblaient nécessaires pour établir un lien entre les créatures »

Lennep, Eiijmol. greec,

I, p. 107. Cf.

Guigniaut, Religions

de Vanliquitéy t. 111, part, m, p. 873 et suiv.; F.-A. Ukert, Ueber Vamonen, Heroen und Genien, dans les Mémoires de l'Acad. des sciences de Saxe, part, philolog., 2

ligions 8

de la Grèce antique,

De

p. 140.

t.

I,

p. 389.

Voy. l'exposé de cette question dans

gions de la Grèce antique, *

t. I,

Plutarch., DeOracul. Defect., 10. Voy. mon Histoire des re-

Quos Grxci

t.

I,

565.

p.

t.

mon

Histoire des reli-

III, p.

421 et suiv.

appellant, nostri opinor lares (Ciceron.,

^a£(^.cvaç

Univ., 2). Lactance {Inst. divin., II, p. 14) dit qu'ils s'ap-

pellent

démons en grec

et génies

en latin. Cf. Plutarch., Quœst.

Rom., 51, 52; Serv., Ad Virgil. JEn., 111, 63. Dans les inscriptions grecques, la formule Diis Manibus est rendue par AaîpLcoiv iuaeês'atv

les

(Maffei,

Museum

Veronense, cccxvi). Proclus voit dans

âmes des morts des démons

l'homme. (In I

,

des divinités protectrices de

Alcib,, ap. Oper., éd. Cousin, t.

II,

p. 87.)


^.

88

CHAPITRE V.

terrestres et leur

yeux

suprême auteur ^ C'étaient à

les ministres

de Dieu,

les

ses

exécuteurs de sa vo-

lonté, les esprits chargés de veiller sur les mortels et

de porter au

vœux

nos prières et nos

ciel

détournaient et éloignaient le mal

^.

Les uns

(aa(iJ.oveç àXs^îxay.oi)

et

délivraient l'homme de ses misères (Xuaioi), les autres ai-

maient

le

sang et

le

meurtre*

(TrpoaTpéTra-.ot,

Ainsi, tout en établissant sur

TraXatpaiot)

un fondement plus

solide l'idée monothéiste, les platoniciens laissaient

subsister un polythéisme

démonologique auquel

portaient, suivant eux, le culte et les traditions

se rap-

mytho-

logiques. qu'ils

Supposant tout l'univers rempli de démons donnaient pour âmes et pour principes spirituels

à tous les agents et à tous les phénomènes de ture

ils

la

na-

admettaient conséquemment que l'homme

est sans cesse c'est *

en rapport avec les bons démons, et que à eux que doivent s'adresser habituellement ses

Plotin., Ennead., III, 4, 5,

n<>

6, p.

298

;

ProcL, In ï Alcib.,

éd. Cousin, p. 123. Voy. à ce sujet les judicieuses observations

de Gassendi (Ethic,

lib. III,

De

libertate, ap. Opéra,

t. Il,

p. 831).

Sunt enim {dœmones) inter nos ac deos, ut loco regionis, genio intersiti, habentes cuni superis

cum 2

inferis

passionem, écrit Apulée [De Deo Socrat.,

Plutarch.,

De OracuL

iia in-

communem immortalitatem c. 13).

defect., 10; Porphyr., De Abstinent.

M, 38. Pollux, Onomast., V, 26, 131.

La manière dont Proclus conmauvais démons est toute semblable à l'idée que les chrétiens se font du diable: ces génies troublent les sacrifices, ^

çoit les

cherchent à entraîner

les

humains dans

les vices et l'impiété.

(Voy. in I Alcib., p. 109, éd. Cousin.) *

Voy. à ce sujet

t. III,

p.

tère des

mon

Histoire des religions de la Grèce antique,

426 et suiv. On peut consulter, sur

démons de

le véritable

carac-

l'antiquité, les judicieuses observations

du


LA MAGIE DANS L ÉCOLE NÉOPLATONICIENNE.

89

évocations, ses pratiques religieuses et ses prières

K

Ces démons étaient inférieurs aux dieux en puissance

comme

^.

en vertu

La nouvelle école de Platon imagina donc une hiérarchie complète de démons ^ où ils firent entrer une partie des divinités de l'ancienne rehgion hellénique ,

conçus d'une manière nouvelle et plus philosophique;

colùhre Hobbes. {Leviaihan, ch. xlv, ap. Works, éd.

W.

Moles

l. 111, p. 658 et suiv.) De là le culte assidu que les néoplatoniciens rendaient aux âmes des morts, assimilées aux démons. (Marin., Vit. Procl.,c.'5Q.)

worlh, >

Dissert., XIV, p. 266, éd. Reiske.

2

Maxim. Tyr.,

3

Jamblique ou l'auteur, quel

des Égyptiens

(II,

qu'il soit,

3), distingue

les

archanges (ifiâ-^r^Mi), qui

enlèvent les âmes dans les parties supérieures qui les tirent des liens de dits

{^xiu.o-rc;)

,

la

matière;

met que quatre

classes de

Olympiodore que

démons

la

;

les

anges

(à-y^sXoi),

démons pro|)rement matière;

sensibles; les

qui président aux afiaires de ce

(vipx.ti^'Te;},

p. 195),

les

qui les plongent dans

qui s'immiscent aux choses

(fljws;),

traité des Mystères

du

les

héros

dominateurs

monde. Proclus n'ad-

[in I Alcib., éd.

trois {in I Alcib., éd.

Cousin,

Creuzer,

p. 15).

Dans la doctrine de l'auteur du traité des Mystères des Égyptiens, qui emprunte à la théologie égyptienne la plupart de ses idées les

démons deviennent de

véritables dieux qui partagent avef:

gouvernement du monde [De Mysler., II, 2). Le peu incohérent de celte époque offre fréquemun syncrétisme les divinités le

ment de

pareilles contradictions

prenant place dans

la

subi une modification qui

Ennead., *

11

111, lib.

;

car les doctrines anciennes, en

nouvelle philosophie, n'avaient pas toutes les

mît d'accord avec

elle. (Plolin.,

5, § 296.)

n'y a pas toutefois identité dans la hiérarchie admise par

es néoplatoniciens. Elle est plus ou moins complète, suivant les

ceque

auteurs. (Voy. cibiade,

t.

Il,

dit Proclus,

dans son commentaire surl'/li-

p. 185-207, éd. Cousin.)


90 ils

CHAPITRE V. distinguèrent de bons et de méchîints démons, se-

lon le caractère plus ou moins moral des fables dé-

compte de ces

bitées sur le

divinités, rabaissées par

au rang de génies secondaires

'

et

cette théogonie la liturgie hellénique

phiques

De

et

ils

eux

adaptèrent à

mêlée de

rites or-

orientaux^.

de

cette façon, la religion

l'Égypte, de la

la

Grèce, celles de

Phénicie et de l'Asie Mineure, de

l'Assyrie et de la Perse, qui tendaient à se confondre et à se

mêler avec

elle,

devinrent de simples démo-

nologies. Plotin, tout en admettant l'existence de ces

démons, n'entendait pas qu'on leur rendît un culte, mais les purifications et les exorcismes qu'entraînait l'existence de démonologie, arrivaient à prendre en

grande partie

la place

dans Porphyre,

la

de l'adoration des dieux. Déjà

propension aux

rites

démonologiques

est assez marquée-, elle devient manifeste chez Proclus

Le

culte consista dès lors en

hommages, en

actions de

grâce rendus aux bons démons, en conjurations, en exorcismes, en purifications contre les mauvais. Autre-

ment

dit, la religion

appela de

la

théurgie

nes rehgieuses chez

devint de ^.

les

Tel est

la

magie, ce que Ton

le caractère

des doctri-

derniers représentants de

l'é-

Porphyre (ap. Euseb., Prxp. evang., IV, 23) range, par exemple, le dieu égyptien Sérapis parmi les méchants démons, à 1

raison des mauvaises qualités qu'il lui suppose; et en général, il

place dans la

même

classe toutes les divinités païennes dont

les attributs lui paraissent impliquer 2

Telle est la religion

le

mal.

que Julien chercha à opposer au chris-

tianisme, celle que professaient Edésius, .

8 ©ecup-^ta, ©scu-^utY) àpsTTi

Maxime

et

(Procl., in Polit., p.

Chrysanthe.

579; Marin.,


NÉOPLATONICIENNE. LA MAGIE DANS l'ÉCOLE

91

empruntés aux

diffé-

cole néoplatonicienne.

Des

rites

s'opérait sous l'mrents cultes dont le syncrétisme servirent à comfluence unitaire de l'empire romain liturgie eut par poser une liturgie nouvelle. Cette

superstitieux, conséquent un caractère éminemment de l'Egypte qui rappelait en bien des points les cultes pratiques de la magie et de la Perse. Toutes les vieilles platofurent reprises et accommodées à la démonologie magie Les philosophes distinguèrent cette nicienne

démons inférieurs, et ne voyaient que mensonge et pres-

divine de celle qui procède des

dans laquelle

ils

Esprits ardents, à la fois novateurs et entêtés du passé, les néoplatoniciens, tout en repoussant ce tiges

^

qu'il y avait

d'immoral et d'inconséquent dans

la

my-

anthologie antique, conservaient religieusement les ciennes pratiques et les rites traditionnels. Sans doute, avait ainsi que l'a observé M. Vacherot^ la théurgie

un certain fond rationnel. La magie, vait l'école néoplatonicienne, était

telle

que

la

conce-

fondée sur ce qu'on

prenait pour les lois de la nature. Mais cette physique, où des entités démonologiques étaient sans cesse substituées

aux forces mécaniques

rit. ProcL, 28; Porphyr.,

De

et physiologiques,

Abstinent.,

II,

p.

210; Eunap.,

Vit. JEdes, p. 46. 1

Notamment

la

nécyomantie (Porphyr., De Abstinent.,

Il,

38,

39, 43, 47), l'emploi des purifications (xa6âpaet«) (Procl., in Alcib.y p. 9), l'évocation des démons (Ammian. Marcell., XXI, 3;

Eunap., 2

Maxim.,

p. 90). Cette distinction fut soigneusement faite par Eusèbe de

Vit.

Mynde. (Eunap., 3

Vit.

Philosoph. Maxim., éd. Boissonade, p. 50.)

histoire critique de l'école d'Alexandrie,

t.

H, p. 145.


92

CHAPITRE

V.

aboutissait, enfin de compte, à d'étroites superstitions, ainsi

que nous

le

prouvent

l'histoire

de l'empereur Ju-

lien et celle des derniers philosophes néoplatoniciens.

voyaient partout des démons, des génies cachés

Ils

qu'il fallait

adorer ou apaiser

sentiment religieux,

le

ils

s'efforçant de raviver

^ ;

ne parvenaient guère qu'à

réveiller et à fortifier la superstition, et

de

fimpuis-

sance de la réforme qu'ils tentèrent.

Mais

ne réussirent pas à rendre

s'ils

ligion agonisante,

ils

ils

à une re-

enracinèrent dans les esprits

goût du merveilleux et turel;

la vie

la

le

préoccupation du surna-

élevèrent la magie à

la

hauteur d'une

gion, et y firent passer en partie l'héritage

reli-

du vieux

culte hellénique.

Auasi, lorsque la rigueur des lois poursuivait les

comme

giciens, ceux-ci alléguaient-ils,

ma-

Apulée, que

ce que l'on appelait de la magie n'était autre que le culte grec lui-même, et

que

les

enchantements qu'on

commerce saint et légitime établi par les rites sacrés entre l'homme et les dieux Ce que les néoplatoniciens condamnaient, c'était femredoutait se réduisaient au

*

Julien, adepte passionné

du néoplatonisme,

était sans cesse

entouré de devins, d'aruspices, d'iiiérophantes. (Amniian, Marcel!.,

XXII, 12; Zozim,,

sanih., p.

Marin, éd. rites il

HO,

éd.

111,

H;

Eunap., VU. Philosoph. Chry-

Boistonade). Voy.

Boissonade,

c.

18.

la Vie

de Proclus, par

Proclus associait l'emploi des

orphiques à ceux des pratiques chaldéennes

apaisait les

nèbres {Ibid.,

âmes des morts par des c. 36).

Chrysanthe suivait

(cf. c.

52);

rites expiatoires et fula

même

règle (Eunap.,

ibid., p. 113). 2

En

effet,

ce que l'on appelait magie n'était que des prières

adressées à certaines divinités étrangères, en vue d'obtenir la


LA MAGIE DANS I.'ÉCOLE NÉOPLATONICIENNE.

93

contraindre ploi des procédés surnaturels destinés à assister dans la perpéles mauvais démons de nous tration d'un

coupable

S

crime,

et cette

la satisfaction

magie- là

ils

d'une convoitise

la combattaient, ils

croyaient en paralyser les effets par certaines invocations à la puissance divine

^.

réalisation de certains désirs, l'accomplissement de certains évé-

nements. C'est ainsi qu'au dire de Dion Cassius (LXXI, § 8, Arnuphis obtint de la pluie p. 1 1 85), un magicien égyptien nommé pendant l'expédition de Marc-Aurèle contre les Quades, en invoquant Hermès (Thoth) et d'autres démons (dieux) de l'Égyple. »

Porph., ap. Euseb., Prœp. evang., X, 10.

2

Cette opinion est consignée dans la vie de Plotin par Por-

phyre.


CHAPITRE VI lUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE ET

Les premiers

L' ASTROLOGIE.

comme

Israélites avaient,

les autres

peuples du désert, leurs pratiques magiques et leurs opérations divinatoires

ils

;

consultaient les sorts

expliquaient les songes^,

ils

ils

mans ^ La législation mosaïque dont

tions

elle pressentait les

croyaient aux

\

talis-

proscrivit ces supersti-

dangers et où

elle re-

connaissait une pente vers Tidolâtrie. Mais en dépit de ses défenses, la foi

Gènes.,

^

XXX,

aux devins

40, sq.

Ils

et

aux sorciers se per-

recouraient

notamment

à la rhabdomancie ou divination par des baguettes ^ Osée, IV, l'i), en usage, au dire d'Hérodote, chez les Scythes, et, au dire de Tacite,

chez

les

Germains.

Gènes.,

«

/// Reg.,

De

XX,

III,

5; XXI, 10, sq.; XLVI, 2; / Reg., XXVIII, 6; 5; Job, XXXIII, 15; Jérém., XXIII, 25; Joseph.,

Bell. Jud., III, 8,

3

§3; Ant.jud., XVII,

12, § 3.

Tels étaient les Theraphim, sortes d'idoles que les Hébreux

continuèrent longtemps d'employer comme des talismans [Gènes., XXXI, 19, 34; Ezéchiel, XXI, 26) et de consulter comme des espèces d'oracles [Judic, XVIII, 14; Zachar., X, croyaient en outre à

la

vertu

2).

Les Juifs

des thephillaii ou phylactères

{Exod.,\lU, 9; Deuteron., VI, 8; XI, 18; Ezéchiel, Xlli, 16), * LeviUc.fWy^, 31 ; XX, 6. Le Lévitique interdit la consultation des oboth ou pyihonisses, et des yidonim

ou devins,

toutefois quelque doute bur le sens de ce dernier

dans

le

sens d'engustrimythe.

II

règne

mot, entendu


95

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

pétua dans Israël*, et au retour de la captivité, les Hébreux rapportèrent dans leur patrie l'usage d'une foule de pratiques

du même genre

sées à Babylone. L'admission

de

qu'ils avaient pui-

la

doctrine des anges

eux sous l'influence de la croyance à une foule d'esprits

qui s'était développée chez religion

mazdéenne

^, la

dews de

malfaisants dont les

modèle

le

Perse leur fournissaient

la

favorisaient singulièrement en Palestine

,

magie et de l'astrologie. Les Juifs avaient fini par prêter aux formules de leurs lois inscrites sur parchemin, aux noms des esprits cédéveloppement de

le

la

lestes, à

ceux du Très-Haut,

lismans.

Ils

Voy. /

'

la

vertu de véritables ta-

se chargaient d'amulettes;

Reg.,W\Ul,

3, 7.

ils

avaient fré-

Les devins qui évoquaient

les

morts

étaient appelés maîtres d'Ob. C'est ce qu'a oljsei vé F.

*

drin, ac neoplulon. Recens. gens.,

V, p.

t.

2-4-i),

,

Boutemek ap.

{Philosophor. alexan-

Comment,

et ce qui a été

societ. reg. Gotten-

mis en évidence par l'étude

plus attentive que l'on a faite dans ces derniers temps de la reli-

gion parse. La doctrine des anges est étrangère au Pentateuque,

dans lequel ce que à-i-j'5/.o;

n'est

la

version grecque de

la

Bible traduit par

qu'un mot exprimant une manifestation divine. La

hiérarchie angélique des Juifs est le reflet de celle des

Am-

scliaspands, des Izeds et des Férouers. (Clem. k\QiL., Stromat.,

m,

Cyprien [De Idolor. Vanitat., p. -!26, éd. Baluze) reconnaît lui-même les anges hébreux dans les Génies de la Perse, 6.) S.

noms

donî. les

connus par un

lui étaient

à Osihanès; et Minutius Félix {Octav., 27) identité.

dans les

De

leur côté, les néoplatoniciens croyaient reconnaître

les Izeds, les

bons et

les

Férouers d'une part, et

les

Dews de

l'autre,

mauvais démons de leur demonologie. ^Olym-

piodor., in I Alcib.^ p. Olisc/ies

de magie attribue admet également cette

livre

2-2,

Kcalwœrterbuch,

éd. Greuzer. ^Voy. G. B. Winer, Bi-

art. Engcl,


96

CHAPITRE

VI.

quemment recours aux ncan talions et aux exorcistnes * démons apils croyaient comme les Égyptiens que les ;

i

pelés par leur

nom,

étaient obligés d'obéir à l'ordre

qui leur était enjoint^-,

supposaient que ces

ils

mé-

' chants génies peuvent revêtir des formes bestiales et ^ enfin effrayer l'homme par de hideuses apparitions les néoplatoniils peuplaient, ainsi que les Perses et -,

malfaisants ciens, tout l'univers d'anges et d'esprits

K

Lorsque l'usage de la langue grecque eut prévalu parmi eux ils étendirent naturellement le nom de dé-

mon

{M\>.m) à tous

les esprits

mauvais

pla-

qu'ils

§ 6. On attribuait à Salomon la composition de plusieurs formules d'exorcisme (Joseph., ibid., 1

Joseph., De Bell. Jud.,

Il, 8,

VIII, 2; Cedren., p. 70).

LesEsséniens s'obligeaient par serment à ne pas révéler le nom des anges, parce qu'ils croyaient, comme les cabalîstes, qu'on pouvait, à l'aide de leurs noms, opérer des sortilèges. (Joseph., 2

De

Bell. Jud.,

II,

7.)

Cette idée était toute néoplatonicienne. Les alexandrins de bêtes, et croyaient que les démons peuvent prendre la forme (Jamdépendance. qu'ils ont certains animaux impurs sous leur 8

De Myster. .^gypf.,

hlich.,

II,

7, p.

18, éd. Gai.)

Voy. sur Satan ce que dit Théodoret {Therap., III, ap. Oper., par Suidas, éd. Schulz, t. IV. p. 789), passage reproduit art. vo 2aTavâç, et G. B. Winer, Biblisckes Realwœrterbuch ,

Satan. de

Celle opinion était déjà celle de Pythagore, qui peuplait l'air démons (Diog. Laërt, VIIl, 51 52). Les Égyptiens lecroyaient ,

dieux (Herm. Trismeg., ap. tout rempli de démons ou plutôt de Heeren). Saint Chrysostome dit Stob., Eclog., I, S2, p. 979, éd. l'atmosphère {In Acens. les anges sont répandus dans tout

que J.

C,

loppe

ap. Oper. y éd. Monlfaucon, le

t. II,

p. 448), idée

poète chrétien Prudence (// ad Symmach.).

W&n. , Apolog.fC. \xu.

que déveCf. Tertul-

^

\


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

97

çaient sous la dépendance de Satan, l'Ahriman juif, et,

par cette confusion de noms, une partie des doc-

trines

démonologiques de

pénétra chez

les

Hébreux

philosophie hellénique

la

et s'y associa

aux

traditions

orales, qui tendaient loi écrite.

de plus en plus à prévaloir sur la Des livres de magie et d'évocation furent

noms de Noé, de Cham, d'Abraham, de Joseph, de Salomon, et l'Orient en fut inondé ^

forgés sous les

C'est dans cet ordre d'idées

trouva les croyances juives.

former

et

que le christianisme ne tenta pas de les ré-

11

de ramener à l'orthodoxie mosaïque

trines rehgieuses.

Il tint la

samment prouvée, mais

il

démonologie

ne

faisaient les néoplatoniciens, à

comme

soumit pas,

la

une

les

ainsi

doc-

suffi-

que

le

classification systé-

matique, et ce ne fut que beaucoup plus tard, que les docteurs introduisirent chez les anges et les démons

une hiérarchie en grande partie empruntée au néoplatonisme Il

^.

régnait chez les

Hébreux deux opinions

rentes touchant les dieux

étrangers.

assimilaient ces dieux

esprits

diffé-

Les uns n'y voyaient que de vaines idoles, que de pures imaginations substituées à la notion du vrai Dieu les autres 5

aux

de ténèbres, aux

mauvais anges, aux suppôts de Satané Cette dernière Voy. Fabricius, Codex pseudepigraph. Veteris Testamenti editio altéra, t. I, p. 294, 297, 390, 785, 1050. 2 Voy., sur le développement de l'angélologie chrétienne, qui atteignit son dernier terme dans l'ouvrage supposé de Denys l'Aréopagite sur la hiérarchie céleste, D. J. Strauss, Die Chrisliche Glaubenslehre, 1. 1, p. 661 et suiv. 1

'

'

Cf. Epistol.

l ad Corinth.f X, 20. G


CHAPITRE

98

VI.

dési> par prévaloir, à ce point que les Juifs des dieux gnèrent les principaux démons par les noms sont des déétrangers ^ « car tous les dieux des nations avait mons, mais le Seigneur est le créateur des cieux, »

opinion

finit

appuyant de ces paroles, on fit de Lucifer, aude Béelzébuth, d'Astaroth, de Bélial, légions infernales ^ Les tant de démons, de chefs des composer une vaste déJuifs arrivèrent, de la sorte, à la théomonologie où figuraient des noms empruntés à étrangère ou forgés dans leur propre langue ^ Et,

dit le psalmiste

s'

gonie

Les chrétiens adoptèrent tèrent ainsi à l'action des

les

mêmes idées

démons tous

et rappor-

les prodiges et

païens à leurs tous les miracles attribués par les l'adodieux. Pour eux, le polythéisme se réduisait à 1

XCV. Le nom hébreu que

Ps.

la

version alexandrine a rendu

s'appliquait aussi au Dieu par démons (^aiadvia), est Elohim, qui étrangers ce qui prouve que l'assimilation des dieux d'Israël;

psaume. aux démons était une idée postérieure à la rédaction du 8 Béelzebub (BesXteêouS) le dieu philistin Baal-Zeboub, est prince des démons appelé par les Juifs, au temps du Christ, ,

(àoywv T«v

.yatacvicov)

(Malth., XII,

"24,

27

;

Luc,

XI, 15, 18;

Marc,

Phénicie,

Astaroth ou Aslorelh, la déesse lunaire de la aposlolorujnapocrypha, devinlun démon (voy. Tischendorf, Acia Bélial ou Bérial fut un des principaux anges déchus {^5I1I,'22).

p. 244).

cens. rsaix,

,

1

,

ap. Gfrœrer, Prop/ieé. veter. pseudepigraph.,

Lucifer, l'étoile de Vénus, dont Dante a fait le plus coupar les Assydes démons, était adoré comme une divinité

p. 5).

pable riens

H

;

c'est VHellel des

Hébreux. Une fausse interprétation d'un

des légions passage d'Isaïe (XIV, 2) fil appliquer ce nom au chef religieuses des Juifs, rebelles. (Voy. M. Nicolas , Z-e« Doctrines 1

p. 257.) 3

On trouve une

position apocryphe

liste

de ces noms dans

le livre

du commencement de notre

d'Enoch, com-

ère. (Vuy.

Enochi


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

99

ration des anges déclius, des puissances infernales, et n'était

en

qu'une démonologie. C'est la théorie qui se trouve développée chez les Pères de l'Église, et en particulier chez l'apologétiste et historien Eusèbe. «

réalité

L'idolâtrie, écrit-il

est l'adoration

dans

Préparation évangêlique, non des bons démons, mais des mau-

vais et des plus pervers

K

la

Non-seulement les mauvais penchants de l'homme, les actes criminels dont il se rend coupable, étaient attribués par »

les chrétiens

aux

démons, mais tout ce qui

était imposture ou erreur, et a ce titre les religions païennes devenaient autant'de produits de l'artifice des malins

esprits.

les

Réfugiés dans

lieux déserfs, les cimetières, habitant les vapeurs

putrides et les exhalaisons infectes, se délectant dans le sang des animaux, les démons, disaient les chrétiens ne sortaient de ces dégoûtants repaires que pour tenter les saints et

tromper

crédules^ Subissant d'un autre côté l'influence des idées juives es alexandrins et leurs adhérents les

assimilaient

une

par-

de leurs démons aux anges des Hébreux, et on les voit tour a tour employer ces deux dénominations^: tie

mer,Yii,

9, VIII,

pigraph., p.

i

72 et

IV, p.

r

nhA

^

sq., ap.

Gfrœrer, Propket. veter. pseudepseuae-

sq.).

161. éd. Viger.

r

^^""'^'^

^ Cf., VII

'«^

,

5.)

^«"ts du pseudo-Orphée ar

st^^^r^irrii^p^^^rr^


CHAPITRE

100 anges sont

les

VI.

bons démons Satan

les

;

pure appartiennent à

la

et sa

troupe im-

catégorie des mauvais.

Les doctrines néoplatoniciennes confirmaient ainsi faite du les néophytes dans l'opinion qu'ils s'étaient polythéisme.

Les philosophes

ayant substitué aux

foi dieux homériques des démons, les docteurs de la preuve nouvelle voyaient dans cette appellation la même du caractère démoniaque du polythéisme anti-

conque K Ne songeant pas qu'il y avait là une pure mêmes fusion de mots, ils s'appuyaient des paroles Grecs des philosophes, pour étabhr que les dieux des l'Egypte et de et des Romains, aussi bien que ceux de ^. Et comme l'Assyrie, n'étaient autres que les diables 64) identifie les anges aux bons démons de la philoparmi les démons {in sophie hellénique. Proclus range les anges I Alcib., éd. Cousin, p. 6).

Somniis,

1

De

1,

nom

là le

de

^£iai^aî|j.ov£î

(craignant les démons), que les

chrétiens donnaient aux païens.

Laciance (De Falsa Religione,!, p. 17, éd.Cantabr., 1685), chez les Grecs les prend si bien ce mot ^aî|i.wv comme désignant 2

mêmes

esprits

que

les chrétiens

nomment démons,

qu'il

prétend

par les dieux païens, qu'ils

conclure de certains oracles l'aveu fait l'appellation de ne sont que des démons, en raison de leur

est

appliquée.

^a(f7.wv

Clément d'Alexandrie s'appuie de

qui

même

paroles tirées de la {Stromat., V, p. 253, éd. Potier, p. 701) de phiRépublique de Platon et de la doctrine démonologique de ce de l'ange gardien. Il prétend losophe, pour démontrer l'existence le diable sous le nom de scaxdepifo; le même Platon a désigné

que

t^ux^

;

il

démons,

que Phocylide reconnaît de bons et de mauvais admet que les premiers sont les anges {Strom., l. c,

dit et

Minutius Félix est encore plus explicite. « H existe, p. 260). Enfin vagabonds, qui ont dégrade leur écrit-il, des esprits pervers et désordres qui souillent la origine céleste par les passions et les


101

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

Hermès, entre ces dieux plusieurs, tels que Piuton, caractère Proserpine, Hécate, Sérapis, avaient un chthonien ou infernal, l'identité entre eux et les puissances de l'enfer leur paraissait évidente

Les néoplatoniciens soutenaient que c'étaient les démons et non les dieux qui donnaient des réponses dans les oracles'^-, les chrétiens se persuadaient par là que Satan et ses anges parlaient réellement dans les temples. Le polythéisme ainsi conçu par les chrétiens, tous les rites païens, aussi

bien que

les

opérations de la théur-

dans la catégorie de ces opérations magiques interdites par la loi de Dieu, et dont la consé-

gie, rentraient

quence

était d'établir entre

l'homme

et les

démons un

commerce abominable. Dépourvus des connaissances nécessaires pour cerner les

dis-

qui régissent l'univers, les premiers

lois

chrétiens faisaient,

comme

les

païens et les néoplato-

phénomènes de

la

na-

lerre; ces esprits, après avoir perdu les avantages de leur

na-

niciens, intervenir dans tous les

lure et s'être plongés dans le plus irréparable excès

du vice,

lâchent, pour alléger leur infortune, d'y précipiter les autres.

Comme

ils

sont corrompus,

séparés de Dieu,

ils

ne cherchent qu'à corrompre; et en éloignent autrui, en introduisant de ils

fausses croyances religieuses. les

Que

ces esprits soient des

poètes n'en doutent pas, les philosophes l'enseignent

démons, ;

et

So-

lui-même en était persuadé, lui qui, dans tout ce qu'il ou s'abstenait de faire, suivait l'instigation d'un démon familier ou cédait à sa volonté. » {Octav., 26, 27.) crate

faisait

1

tère

S.

Augustin [De

magique de ces

Civil. Dei, VIII, 19) s'appuie

cultes, pour prouver

magiciens qui opèrent par «

Plutarch.,

la

que

les

sur

vertu des démons.

De Omcul. DefecL,

le

carac-

païens sont des

^G, 6,


102

CHAPITRE

VI.

ture des puissances surnaturelles. Ils attribuaient tour

à tour, suivant leur caractère bienfaisant ou malfai-

phénomènes atmosphériques, les météores, aux esprits du ciel ou de l'enfer Dans leur opinion,

sant, les

les

anges veillaient sur

que

les

les diverses parties

de

la

démons cherchaient à bouleverser,

pourquoi

ils

nature

et voilà

attribuaient à ceux-ci la production des

vents et des orages'^. Cette idée était d'autant plus fa-

cilement acceptée, qu'elle

était déjà

presque univer-

sellement régnante, hormis chez un

d'hommes

qui avaient observé

la

nombre

petit

nature, mais que l'on

accusait d'athéisme ou d'incrédulité

Toutes

les

su-

perstitions accréditées chez les païens passèrent natu-

rellement aux néophytes, qui ne pouvaient totalement se dépouiller des croyances dans lesquelles

*

Les pestes, les tempêtes,

les grêles, étaient

ils

regardées

l'ouvrage des démons. (Clém. Alex., Stromat., VI, Potter,

t. II, p.

moyen âge,

d'Aquin {Summ. theolog.,

I,

dœmonum).

et

quaest.

ture [Comp. Theolog. verilat.,

II, 26'i

notamment par lxxx,

On

268, éd.

S.

Thomas

BonavenGrand (De Po-

art. 2), S.

et Albert le

Telle est l'origine de l'habitude de sonner les

cloches pendant les orages. (Voy. Martène, cles.y lib. II, c.

p.

comme

734.) Cette croyance a été partagée par presque

tous les chrétiens au

tentia

avaient

xxu, xxiii

;

t. II,

p. 85, et

De

Antiq. Ritib. ec-

Durand, Rational,

I,

A.)

conjurait autrefois les tempêtes par

la vertu de la croix et de l'Église a aujourd'hui usage que presque abanl'eau bénite, donné. (Voy. D. Monnier et A. Vingtrinier, Traditions populaires

comparées, p. 20 et suiv.) Apolog., 11,5; Origen., DePrincip., 1,8, i; Adv. Cels., VIll, 31 ; Hoyn. in Num., XI V, 2 ; Athenagor., Légat., 10; *

S. Justin.,

Clem. Alex., Stromat., VI, 17. Cf. pieuses *

du moyen

âge, p.

mon

Essai sur les légendes

18.

Tels étaient les épicuriens et les stoïciens.


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. été nourris. C'est ainsi

que

les chrétiens

103

continuaient

de croire à la vertu des enchantements et des amulettes', de supposer qu'on peut évoquer les morts, et

que

les

démons ont

faculté de revêtir mille for-

la

mes décevantes, de prendre spectres ou de monstres

comme impie l'usage

de

la

pas moins convaincus de Ils

^.

la figure

Sans doute magie, mais

la réalité

d'animaux, de repoussaient

ils ils

de ses

n'en étaient

^

effets

condamnaient avec non moins d'énergie la divina-

» s. Augustin (De Civit. Dei, XXI, 6} nous dit que les démons sont attirés par certains signes, par l'emploi de diverses sortes de

pierres, de bois, de

charmes et de cérémonies. Dans une des formules d'exorcisme les plus répandues, et dont la rédaction est attribuée à S. Grat, évêque d'Aoste au neuvième siècle, on voit que les animaux immondes étaient excommuniés comme des agents du diable Ut fructus terrx a bruchis, muribus, talpis, serpendbus et aliis immundis spiri2

:

tibus

prœservare digneris, y est-il dit (Lecomte, Annales ecclesiast. Francorum, t. VII, p. 718, 720; Cf. le Mémoire de M. Menabréa, sur les procès faits aux animaux, Mémoires de la Société académiq. de Chambéry, t. Xll). Le nom de divers animaux stupides ou impurs donné par mépris au démon accrédita cette croyance. (Voy. Euseb., /mnonst. evanr/., X, p. 503 •

t.

éd.

II,

Paris,

ffi28;

Cassian., Collnt.,\l],

52.) De

Opr7là

les

légendes qui nous montrent le diable prenant mille formes bestiales. Voy. ce qu'on rapporte dans la vie de S. Taurin d'Évreux

(Rolland.,

du

AcL

Sanct., xi august., p. 610, col. 1). Cf. ce qui est flt périr S. Bernard en les

des mouches que

(lb,d.,

XX

august., 272), et surtout

la

vie de S.

excommuniant WalU.en d'F

cosse, mort en 1214. Il y est observé que le diable prend les formes du chien noir, du porc, du loup, du taureau, du rat elr (BoUand., Act. Sancior., ni august., '

p.

'

«

c.

264.)

S. Iren.,

o8

;

Adv. hœres., I, 25, § 4; Tertullian., Apoloqet De Anima, c. 8; Euseb., Prcep. evang., V, 14


CHAPITRE

104

VI.

forcément comprise était l'empire exercé

tion et l'astrologie, qui se trouvait

dans leurs anatbèmes. Mais

tel

sur les esprits par cette science chimérique, que bien des chrétiens s'entêtaient à y recourir *, et à plusieurs reprises les Pères de l'Église s'élevèrent contre ce per-

nicieux attachement à de vaines spéculations et à des pratiques que bannissait la loi nouvelle ^. Saint Basile et saint

Augustin ont employé leur éloquence contre

diles astrologues^-, les constitutions apostoliques et

-

vers conciles'' lancèrent l'anathème contre tous les genres de divination. D'ailleurs l'astrologie impliquait

du Les priscillianistes associaient l'astrologie à la profession VIII, t. christianisme (S. Augustin., De Uxres., 70, ap. Oper., Aquila, qui vivait au temps de l'emp. 2!2). Un chrétien nommé Baropereur Adrien , continuait de s'adonner à l'astrologie. ( 2, sq.) Annal., ann. 137, S. Epiphan., De Mensw.ei Pond., »

nius,

leurs spécuCertaines sectes gnostiques mêlaient l'astrologie à éd. Miller, p. 127lations théologiques. (Origen. , Philosoph. , auctor. Maron. Virgil., Epitom., 111, ap. Ang. Mai, Class.

128;

manusc. edit., t. V, p. US, 116.) 2 Citons S. Athanase, S. Cyrille de Jérusalem, Arnobe, S. Gréau quatrième siècle goire le Grand. Eusèbe, évêque d'Alexandrie obplaint de ce que les chrétiens de son temps

e Vatican,

{Serm. V,

ii,)

se

t. IX, p. 667.1 servent encoreles augures(A. Mai, Spicileg. Roman., Atbanas., 18 Oper., p. ; S. Cf. S. Jacob. Nisib., Serm. II, § 15,

S. Cyrill. Syntagm. doctrin. ad monach., Oper., t. II, p. 361; c. 43. hœret. Prœscript.adv. Hier., Catech., IV, 37. TertuU. De 3

S. Basil.,

HomiL VI in Hexamer.,

in cap. I, Epist.

ad

§ 5

;

in Esaiam.,

Galat., 7; in Epistol.

S. Augustin., De Gènes,

ad

ad

II,

§ 6

;

I Corinth,,

Utter.,\\, 16, § 3S.

Labbe,t. I, col. 574, 562. deLaodicée(ann. 366), Lesconstitutions apostoliques, les conciles d'Auxerre (570), de d'Arles (314), d'Agde (505), d'Orléans (511), l'astrologie et de Narbonne (589), condamnèrent la pratique de *

Constit.

Apost.,yn,

6; Concil., éd.


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

une certaine idée de fatalisme tout à

105

contraire à la

fait

théorie chrétienne de la Providence, et par ce motif la

môme

science généthliaque,

dégagée de

la

théogonie

qui lui avait été d'abord associée, était inconciliable

avec les dogmes nouveaux*. Aussi des légendes rapportèrent-elles que les mauvais anges avaient enseigné l'astrologie à

Cham,

tandis que l'astronomie avait été

révélée par les bons, à Seth, à

Quoique

Enoch

et à

l'Église eût consacré la vertu

Abraham 2.

de certaines

formules et l'emploi de véritables amulettes, elle tenait

pour une impiété de recourir à des noms augustes et divins, en vue d'assurer, ainsi que le faisaient certaines sectes gnostiques^ la réussite d'une entreprise, la réalisation d'une espérance

la divination.

ou l'obtention de quelque

D'après une tradition répandue au

commencement

de notre ère, et qui paraît empruntée au mazdéisme, c'étaient les anges rebelles qui avaient enseigné aux hommes l'astrologie et l'usage des charmes. {Lib. Enoch., VIII, p. 173, ed. Gfrœrer; Clem. Alex., Script. Proph. Eclog., c. 52, p. 1002, éd. Potier. Cf. S. Justin., Apolog.,

II,

p.

69; Lact.

Instit. divin., Il, 14.)

C'étaient aussi eux qui étaient les initiateurs de l'homme à la

magie. 1

Dans

le

fragment sur

le Destin,

du gnostique Bardesanes

qui nous a été conservé par Eusèbe {Prxp. evang., VI, IQ), et par les Recognitiones de S. Clément (IX, 22 sq.), on combat l'astrologie pour ce motif.

Voy. les écrits apocryphes grecs rapportés par Fabricius (Codex pseudepigraph. Vcleris Testamenti , editio altéra, t. II, 2

p. lo2, ^

Cf.

Histoire

297, 350, 263).

Philosophumena

du Gnosticisme,

lœographia critica

,

t.

,

éd.

2"^

Miller, p.

édit.,

lil, p.

t.

I,

p.

332

et sq.; J. Malter,

179etsuiv. Kopp, Pa-

80, sq. (Voy., sur les abraxas des

gnostiques, ce que dit S. Prospcr [Cfironic, ap. Oper., col. 710).


106

CHAPITRE

VI.

bien. Les gnostiques, en effet, dont la religion était

un mélange des anciennes croyances helléniques et orientales avec les idées chrétiennes, attachaient une extrême confiance à l'emploi des incantations et des talismans^ ils confondaient dans leurs formules de prières et de conjurations, les noms hébreux de Dieu, des anges, des patriarches et ceux d'une foule de divinités étrangères*. Ces formules bizarres, les doc-

teurs de l'Église y voyaient des exorcismes et des sortilèges ayant pour effet d'appeler les démons, de

soumettre à l'exécution de nos coupables volontés et d'entraîner ainsi l'homme à sa perdition. « Si nous pouvions, écrit Origène ^, expliquer la nature des noms

les

efficaces

mages de

dont se servent la

les

sages de l'Egypte, les

Perse, les brachmanes et les samanéens

del'tnde et ceux qu'emploient

les

autres nations, nous

serions en état de prouver que la magie n'est pas

chose vaine,

comme

une

Aristote et Épicure l'ont avancé,

mais qu'elle est fondée sur des raisons connues à

la

peu de personnes. » On comprend donc quelle horreur professaient les chrétiens pour la magie, avec quelle ardeur les empereurs qui avaient embrassé la foi nouvelle devaient vérité de

poursuivre ceux qui persistaient à s'y adonner. Constantin porta des lois sévères contre la magie,

non-seulement pour mettre un terme aux forfaits qu'on Voy. Origeu., ^dv. Gels., I, 5, 47. 20; IV, 183; Nicephor., Synes.f p. 562. Les magiciens employaient dans leurs conju-

*

m

rations les

noms d'Abraham,

d'isaac, de Jacob, d'Adonaï, de

Sal)aoth, de Chérubin, de Séraphin. »

Adv. Cels.f

I,

6.


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. imputait à cet art diabolique

107

mais pour ruiner par

,

la

religion païenne qui

y trouvait un puissant auxiliaire. En agissant ainsi, il n'avait l'air que de renouveler d'anciennes défenses, en réalité il frappait de mort le culte grec. base

la

Libanius, dans son discours en faveur des temples*,

nous

dit

que l'empereur ne porta aucune atteinte au

culte légal, à celui qui était sanctionné par les lois.

Mais l'expression dont

se sert, xaxà vé^Aouç,

il

fait

précisément comprendre que Constantin ne garda pas

même

réserve à l'égard du culte privé, de ces pratiques secrètes qui jouaient alors un grand rôle dans le la

paganisme. Et en l'an

effet,

deux

lois

de Constantin

de 319, ont pour objet de défendre, sous les peines ,

les plus sévères, l'art divinatoire et l'aruspicine privée.

En

cela,

l'empereur chrétien semblait ne s'en ré-

férer qu'à la loi qui avait déjà établi la peine de

mort

contre ceux qui recouraient à la magie ^ Cette défense portée contre les magiciens n'avait pas cessé d'être en vigueur, à Rome Quum multa sacra, écrit :

Servi us

3,

Romani

susciperent^ semper

runt ; probrosa enim ars habita Sicariis

\

prescrit

que

les

est.

La

diseurs de

magica damna-

loi

Cornelia,

De

bonne aventure,

Orat.proTemp.,2ip. Liban. ,Oper. sd. Reiske,t. I,p. 161-162. pœna quei raalum carmen incanlavit, signis hominem liberum dolo sciens occident, capitalis cri'minis reus esto. Item qui magico carminé seu incantaraentis alium defixerit; item quimalum venenum fecerit dederiive. [Tabul., VlU, art. 25, p. 496 du t. { des Éléments de droit romain de Heineccus, édit. de M. Giraudj. 1

,

«

Âd *

Homicidii

.£nùd.,

IV, V. 495,

Cod. T/ieodos.,

t.

lib. iX, lit.

I,

p. 2D6, éd. Lion.

XVI,

1.

4, éd. Uiiier,

i. IIJ,

p.

m^.


,

108

CHAPITRE

ceux qui contre

d'enchantements

se servent

le salut

des

VI.

hommes

et

et

de sortilèges

pour de mauvaises

fins,

ceux qui, par des moyens magiques, évoquent les démons, agitent les éléments, ceux qui tuent par des images de cire les personnes absentes, soient punis du dernier supphce. Les deux jurisconsultes JuhusPaulus et

Ulpien condamnent formellement l'exercice de

magie. Celui-ci appelle

frobatœ

les livres

et le

lectionis

premier

S'il s'en

à personne d'en avoir.

magiques

im-

libros

dit qu'il n'est

la

permis

trouve, ajoute-t-il, chez

quelques-uns, qu'ils soient privés de leurs biens et

envoyés en exil s'ils sont de basse condition, qu'ils soient punis de mort, et que ces livres soient brûlés -,

publiquement^. Enfin, plusieurs années avant l'avéne-

ment de Constantin

sous Dioclétien

,

^

l'astrologie

qu'on appelait alors ars mathematica, avait été formel-

lement interdite. Quoique Constantin ne fît que renouveler des lois établies bien antérieurement à son règne, les philosophes et les prêtres païens, sentant quel coup funeste portaient ces mesures à leur influence, s'attachèrent à les représenter comme attentatoires à la religion de l'empire. Les chrétiens leur objectaient l'ancienneté

de ces défenses. buer ces

«

Est-ce aux chrétiens qu'il faut

lois portées

contre la magie

gustin, et n'est-ce pas

?

attri-

écrit saint

Au-

un témoignage rendu contre

la

pernicieuse influence de ces maléfices sur le genre 1

cum

J.

lit.

xxui, § 17. Voy. ed. nova

notis Schulting.; Lips., 1728, ap. /«risp. antejust.,\->. 511.

2 J. *

Paul., Sent, reccpt., lib. V,

PauljO. c.,lib. V,

Cod. Jiislinian.,

til.

xxin, § 18. Tit. Liv., lib.XXlX, 14.

lib. IX, lit.

vnt,

I.

2.


109

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

humain, que ces vers du grand poète: « les dieux et toi-même, chère « vie, c'est à regret « «

de

magie.

que j'aborde

— Et

sœur les

«

J'en atteste

et ta précieuse

sombres mystères

Oui je l'ai vu transporter des moissons d'un champ dans un autre, » la

»

cet autre vers

:

«

désignant cette émigration des richesses d'un sol à un sol étranger, sous l'influence de ces pernicieuses et détestables doctrines. Et les

Douze Tables,

la

plus an-

de Rome, ne prononcent-elles pas, au rapport de Cicéron, une peine rigoureuse contre l'auteur d'un cienne

loi

Enfin est-ce devant des magistrats chrétiens qu'Apulée lui-même est accusé de magie? » tel délit ?

Les philosophes se défendaient par

les

mêmes armes

auxquelles avaient eu recours Apulée et les néoplatoniciens 5 ils répondaient qu'il fallait distinguer la magie

de

première pernicieuse et coupable, la seconde sainte et divine mais la loi était muette sur la

théurgie

:

la

;

cette distinction, elle les

deux magies,

à ce sujet

*

:

u

ne

et le

faisait

même

aucune différence entre saint Augustin répond

Mais ces miracles

(il

parle de ceux des

chrétiens) s'opéraient par la simplicité de la foi, par la confiance de la piété, et non par ces prestiges , ces

enchantements d'un art sacrilège

,

d'une criminelle

curiosité, appelée tantôt magie, tantôt d'un

détestable,

goétie

,

ou d'un

nom

nom moins

plus

odieux,

théurgie. Car on voudrait faire une différence entre ces pratiques, et l'on prétend que parmi les partisans des sciences illicites, les uns, ceux par exemple

que

vulgaire

1

nomme

magiciens, et qui sont adonnés à

DeCivit. Deiy Ub. VIII,

c. xix.

7

le

la


140

CHAPITRE

VI.

goétie, appellent la vindicte des lois, tandis que les

exerçant

autres

ne méritent que des autres sont également encliaînés

théurgie

la

éloges. Les uns et les

aux perfides autels des démons, qui usurpent

le

nom

d'anges'. »

La magie

et l'astrologie se virent,

aux époques

sui-

vantes, poursuivies avec d'autant plus de rigueur, que

l'ombre de protection qui restait sous Constantin au vieux polythéisme ne pouvait plus les couvrir. La politique du fils de Constantin fut double à

gard du polythéisme. Tolérant à

Rome,

en

Italie,

l'é-

en

Afrique, Constance encourageait au contraire en Asie

Mineure

entreprises des néophytes contre l'an-

les

cienne religion

-,

et

s'il

ne poussa pas plus loin ces

attaques, cela tint à des préoccupations de controverse religieuse.

Les mesures que

prenait

Constance contre

les

croyances polythéistes n'eurent jamais un caractère franc et ouvert. Elles furent plus détournées que di-

Les païens étaient poursuivis, persécutés sous divers prétextes, en apparence étrangers à leur foi. Et c'est ce manque de sincérité qui a fait supposer à rectes.

l'empereur des sentiments de tolérance envers le paganisme. Le crime de lèse-majesté servait de voile à persécution.

la

On en

accusait une foule de personnes

qui continuaient simplement à pratiquer l'ancien culte. 1

S.

S.

August.,

livre,

attaquaient ration des

Civif Dei, lib. X, c. ix. Cf., lib. VII!, c xiv. .

remarquer dans cet autre endroit de qu'en déclarant la guerre à la magie, les empereurs

Augustin

son

De

f ait

la

très-t)ien

philosophie platonicienne, qui substituait l'ado-

démons

à celle

des dieux.


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

iH

prétendait qu'elles recouraient à des sortilèges

On

de l'empereur, en vue d'ébranler sa puissance ou d'amener sa chute. On menaçait de peines sévères, on faisait périr dans les tortures ceux

contre

la vie

qui avaient sacrifié ou consulté les oracles, sous prétexte qu'en agissant de la sorte, criminels. C'est ce que nous cellin-,

nous

Au

«

ils

avaient des projets

apprend Ammien-Mar-

le laisserons parler.

comme

milieu de ces troubles,

longtemps,

établi depuis

par un usage

des accusations supposées

de crime de lèse-majesté* donnèrent le signal des guerres civiles. Paul, le secrétaire dont nous avons si souvent à parler, en était l'artisan et l'auteur....

Une

occasion légère et de peu d'importance donna lieu à

y a une ville nommée on y Abydos, située à l'extrémité de la Thébaïde vénérait avec des cérémonies usitées depuis longtemps une

infinité d'inquisitions.

Il

5

d'un dieu

l'oracle

nommé Besa.

Les uns interrogeaient

directement, d'autres envoyaient simplement leurs

demandes sur des bandes de parchemin qui ,

souvent dans

le

restaient

temple, après qu'on avait reçu la ré-

ponse. Quelques-uns de ces billets furent

méchamment

envoyés à l'empereur. Ce prince, dont

l'esprit faible

donnait peu d'attention aux affaires les plus graves,

mais qui

était

minutieux, ombrageux et sensible à

l'excès, dès qu'il était question

de pareils rapports,

entra dans une grande colère, et ordonna à Paul,

comme 1

raia

à un officier d'une expérience consommée, de

Ad vicem bellorum laisae

civilium inflabant litui qusedam colo-

crimiiia majeslatis.

(Amm.

Marcell., lib. XXI, c. xii.)


,

1i2

CHAPITRE

VI.

pour interroger les couassocia Modeste, alors comte de TOrient

se rendre au plus tôt en Orient,

pables.

On lui

commissions de ce genre.

et fort propre à des

On mé-

douceur d'Hermogène du Pont, qui était dans ce temps-là préfet du prétoire, Paul partit donc, ne respirant que fureur et destruction. La bride fut lâ-

prisait trop la

on traîna du fond de l'empire des personnes de tout état, dont les unes étaient meurtries par leurs chaînes et les autres périssaient dans les chée à

la

calomnie

]

prisons. » «

On

pour être

choisit

le théâtre

de ces supplices

Scythopolis, ville de Palestine, tant parce qu'elle était

plus écartée, que parce que, se trouvant située entre

Antioche et Alexandrie, on y traînait ordinairement les accusés des deux villes. Le premier de ces malheureux fut Simplicius, fils de Philippe, qui avait été préfet et consul 5 il fut accusé d'avoir consulté l'oracle

pour savoir

obtiendrait l'empire.

s'il

torture par la sentence

fut

il

à

la

du prince, qui dans ces occa-

sions ne faisait jamais grâce, pas fautes,

Condamné

même

pour de petites

eut le bonheur d'échapper à la mort et ne

que banni.

»

Parnasius parut ensuite. Il avait été préfet de l'Egypte ] c'était un homme de mœurs honnêtes après «

:

s'être

vu sur

ment

exilé.

le

On

point de perdre la tête, lui avait

il

fut pareille-

souvent ouï dire qu'à

la veille

de rechercher un emploi, et de quitter la maison qu'il il s'était vu habitait dans Patras ville de l'Achaïe en dormant conduit par plusieurs figures masquées ,

,

comme pour jouer t<

la tragédie. »

Androniscus , qui

s'illustra

dans

la suite

par

la


113

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

culture des belles-lettres et par la beauté de ses vers, fut aussi mis en cause, mais

il

fut absous, faute d'in-

beaucoup

dice de culpabilité et surtout parce qu'il mit

d'énergie à se justifier.

Démétrius Cbylras, surnommé

«

homme âme

âgé et qui dans un corps robuste avait une

forte,

pas;

il

philosophe,

le

accusé d'avoir sacrifié quelquefois, ne

le nia

assura qu'il l'avait fait, dès sa plus tendre

jeunesse, pour se rendre la Divinité favorable, et

dans une vue d'ambition

personne qui

l'eût fait

;

ne connaissait

qu'il

dans cette intention.

longtemps avec courage sur

le chevalet

Il

même

même résista

comme

et,

,

non

il

ne varia point et

il

obtint avec la vie la permission de retourner à

Alexandrie, d'oiî

un

petit

il

tint toujours le

était originaire.

nombre d'autres, par un

sort

langage,

Ceux-ci donc et

heureux

et favo-

rable à la vérité, furent arrachés au péril. »

Des trames

infinies multipliaient ainsi

les

accusa-

cruauté des juges aggravait les supplices. Les païens avaient à leur tour à souffrir le martyre qu'ils tions

-,

la

avaient infligé aux premiers disciples du Christ, ou,

pour mieux dire, l'autorité, toujours également intolérante, qu'elle fût païenne ou chrétienne se mon,

trait

inexorable envers ceux qui ne reconnaissaient

pas une religion décrétée

quée par

la

loi et

non incul-

persuasion. Les uns étaient déchirés dans

les tortures, les autres

plices

comme une

condamnés aux derniers sup-

avec perte de leurs biens.

«

Paul fut

l'artisan des

faussetés les plus cruelles, et tira, suivant l'expression

d'Ammien-Marcellin, tures, des

comme

d'un magasin d'impos-

moyens sans nombre de

nuire.

Le

salut

de


114

CFIAPITRE VI.

tous ceux qu'il traduisait en justice dépendait de sa seule volonté ; car il suffisait qu'on fût accusé par des

gens mal intentionnés de porter au cou quelque préservatif contre la fièvre ou tel autre mal, ou d'avoir passé le soir près d'un sépulcre, pour être condamné à perdre la tète à chercher

le

commerce des âmes

des tombeaux.

ment que

s'il

comme un empoisonneur accoutumé On

agissait

qui rôdent autour

avec autant d'acharne-

eût été prouvé que plusieurs personnes

eussent, pour perdre l'empereur, cherché à mettre

dans leurs intérêts Apollon de Claros, » Dodone et les oracles de Delphes

les

chênes de

Cette odieuse persécution, qui empruntait le masque de l'ancienne législation , paraît avoir été l'effet plus

des mauvais conseils que Constance puisait dans son entourage d'eunuques et de pédagogues, que du caractère haineux et

soupçonneux de ce prince. C'est ce

que nous montre Libanius, qui confirme gnage des auteurs ecclésiastiques et

ici le

témoi-

celui des lois tou-

chant l'interdiction des sacrifices, a L'autorité, dit-il, Constantin, au point s'avilit sous le successeur de pédagogues. Tout qu'elle tomba aux mains d'anciens

empereur qui était leur fut permis sous le règne de cet laissa persuader par livré à leurs conseils, et il se d'interdire les sacrifices

eux

^

»

Ce langage

est précis,

répond suffisamment aux doutes qu'on a élevés rendues contre sur l'existence de ces lois prohibitives paganisme. On voit qu'il n'est pas seulement queset

il

le

XIX

c. xii.

»

Amm.

*

éd. Reiske, Liban., Orat. de tempUs, Op.,

Marcell.,

,

i.

Il, p.

163.


115

LUTTE DU CHRISHANISME AVEC LA MAGIE. tîon d'opérations

magiques

dans des vues criminelles 5

et divinatoires

employées

mêmes

les sacrifices

sont

frappés d'interdiction.

Pour entraîner Constance dans ces mesures que leur exécution difficile laissait en bien de cas sans eiïet, les courtisans représentaient ceux qui sacri-

comme animés

fiaient

sonne

;

ils

prêtaient

d'intentions hostiles à sa per-

aux païens des

par la consultation

le désir

oracles

de connaître destinées

les

de

Sérénianus fut accusé du crime de lèse-

l'empire.

majesté, pour avoir envoyé dans un temple un de ses serviteurs avec le

bonnet dont

se couvrait,

il

en vue de s'informer près de l'oracle

s'il

obtiendrait

l'empire*.

Sans doute que

le petit

nombre de païens qui

jouis-

saient encore de la confiance de Constance prêtaient aussi la

pour

main à ces persécutions, dont

Ammien-Marcellin de l'empereur

^,

fait

parler plusieurs des conseillers

comme des hommes appartenant encore

à l'ancien culte. rien latin

profitaient

vengeances personnelles-, car

leurs

satisfaire

ils

«

La cohorte du

palais, écrit l'histo-

arrangeant avec adresse

les

louanges

plus révoltantes, assurait Constance qu'il serait à

de maux ordinaires,

et

le destin tout-puissant

«

XIV,

2

XIX,

c.

c.

ne

de dire

fort

abri

haut que

ne l'abandonnait jamais et re-

vu. XII.

Unde blanditiarum

cohors exquisite confmgens,

munium

cessait

l

les

tetra

immunem eum

commenta palatina malorum com-

fore

adserebat, fatum ejus vigens semper et praesens in

abolendis adversa conantibus eluxisse, vocihus magiiis excla-

mans. I


116

CHAPITRE

poussait toujours avec

\I.

éclat les

accidents qui

lui

étaient contraires. »

que ces paroles ont été dictées par la doctrine païenne du fatum. Ammien-Marcellin aurait-il dénaturé les expressions dont se servaient les courtisans ? leur aurait-il prêté un langage en harmonie

On

dirait

avec ses propres idées, en substituant le mot de destin, là où il était question de la Providence divine y] Osîa jcpôvoia? c'est ce qui n'est pas impossible. Mais Con,

stance associant par ignorance

,

ainsi

que beaucoup de

gens de son temps, des idées païennes aux nouvelles croyances, a pu continuer de croire au destin de l'empire, dont la personnification flattait son orgueil. D'ail-

comme

leurs,

le dit aussi

Libanius, c'était surtout

l'entourage de l'empereur qui déployait ce zèle in-

considéré pour

le

christianisme. Constance se laissait

simplement gouverner par des courtisans et des prêtres ariens, et ceux-ci exploitaient son caractère ombrageux-,

ils

le

poussaient aux persécutions, en co-

du prétexte de mettre

lorant leur motif réel

sa vie

à l'abri des machinations et des opérations magiques.

On

n'avait l'air que de renouveler les lois déjà portées

contre les magiciens, velut ex recepio quitus more

'

* ,

écrit

Ammien-Marcellin

Ammien-Marcellin

fait allusion

;

quodam

mais, de

par ces paroles à

:

qui

à tirer vel

de

reipublicœ malhematicos, hariolos, aruspices, vaticina-

tores consulit,cum eoqui responderit, capite punitur.

Sentent., lib. V, p.

fait,

la loi

portait la peine de mort contre ceux qui chercheraient « Qui de sainte principis, l'horoscope des empereurs

summa

anti-

505.)

tit.

xxi,

§5,

» (J.

Paul.,

ap. Jurisprud. vet. antejustin.,


417

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

on organisait contre

le

paganisme une persécution en-

core sans exemple.

Constantin permettait par sa loi de l'an 321 nation sous les formes légales

que

\

il

n'avait

*

la divi-

condamné

mauvais usage qu'on en pouvait faire ; telle depuis longtemps la règle. Mais Constance alla

le

était

plus loin et interdit absolument l'emploi de la divination

:

Sileat

omnibus perpétua divinandi

Etenim supphcium

curiositas.

capilis feret^ gladio ullore^ pros-

tratur quicumque jussis obsequium denegaverit

^.

Ces

termes généraux ne laissent aucun doute. Et de crainte que quelque interprète des choses futures ne tentât de se soustraire à la loi,

gner nominativement toutes

Nemo

on

prit soin

de dési-

de devins.

les classes

haruspicem consulat, aut mathematicum nemo^

hariolum

,

augurem

et valent

,

prava confessio

conti-

cescat ; Chaldœi, et magi, et cœteri quos maleficos oh

facinorum magnitudinem vulgus appellat

De

la sorte

,

^,

se trouvaient atteints les ministres

du

polythéisme les plus en crédit, les pratiques qui inspiraient à la superstition le plus de confiance. N'était-ce

pas en effet aux devins que Maximin, Maxence, Licinius, avaient témoigné toute leur considération? ne les consultaient-ils

pas avant d'entrer en campagne?

Bien des gens ne s'embarrassaient plus de rendre aux dieux le culte légal et consacré, mais les oracles, les augures, les présages, presque tous les païens y recouraient avec confiance, et leur en enlever la possibilité, 1

Cod. Theodos.,

2

ibid., lib. IX,

^

Ibid., éd. cit.

lib. IX, tit.

tit.

xvi,

1.

xvi,

1.

5.

4, p. 128,

t. III,

ed. Ritler.

7.


H8

CHAPITRE

c'était les dépouiller

de ce qui

VI.

faisait

leur consolation

et leur joie.

Toutefois, sous le règne suivant,

on se relâcha de

montré assez tolérant continuer à Chrysanthe

ces rigueurs. Jovien paraît s'être

On le voit mêmes égards que

à l'égard des païens. et à Priscus les

gnés* son prédécesseur,

et,

leur avait témoi-

contrairement à l'assertion

de Socrate, des charges furent encore conférées par lui à des adhérents du paganisme*. Nous lisons dans

Eunape ' que deux devins s'acquirent, sous le règne de Jovien, une grande célébrité un Lydien, Patricius, qui :

passait

pour

lestes, et

fort habile à expliquer les présages cé-

un Phrygien du nom

d'Hiiaire, qui prédisait

rendues sous Constantin

l'avenir. Ainsi,

malgré

et ses

divinatoire s'exerçait encore publique-

fils, l'art

les lois

ment. Cette circonstance

suffirait seule

pour démon-

trer le peu d'effet des édits des princes; la superstition triomphait de la force, car elle est elle-même la

plus grande des

forces auxquelles

l'homme

puisse

céder.

Valentinien P', dirigea contre les magiciens et les fauteurs des pratiques magiques une persécution achar-

née dont Ammien-Marcellin* nous a rapporté les circonstances. Maximien, préfet des vivres en 368, et qu'une prédiction avait poussé à des projets ambitieux,

1

Eunap.,

Vit.

Maxim.,

édit. Boissonade,

t.

I, p. 08.

Ô

te

îoêiavô? eêarjtXEUaE xai Tipiwv Toùç àvS'paç J'uréXeaev.

XXV,

2

Amm.

3

Eunap., Fragment., éd. Bekkeret Niebuhr,

Marcell.,

Script, histor. Byzant» *

XXVI,

3.

10. p.

109, ap. Corp.


H9

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

un retour à des idées différentes de celles qui l'avaient d'abord séduit, soit pour mieux déguiser ses

soit par

desseins, fut

un des agents

les

plus actifs de cette

persécution, qui s'étendait non-seulement aux magiciens, mais à ceux qui pratiquaient l'ancienne divination légale. Plusieurs personnages éminents, et

ment Marinus, avocat la poursuite et

notam-

célèbre, furent impliqués dans

mis à mort. Partout, dit Zosime \ on

voyait couler des larmes, partout on entendait pousser

des gémissements-, les prisons étaient remplies de per-

sonnes que leur mérite n'avait pu sauver de

la

capti-

empereurs chrétiens étaient devenus aussi persécuteurs que les empereurs païens, et le paganisme expirant avait ses martyrs comme le chris-

vité. Ainsi

les

tianisme naissant avait eu les siens ^.

En

Orient, Valens qui, en haine des orthodoxes,

avait d'abord toléré quelques restes

d'observances païennes, lui était

finit

de cérémonies et

par imiter l'exemple qui

donné par son frère en Occident.

D'ailleurs

ce prince n'était pas par nature disposé à l'indulgence

envers ceux qui repoussaient ses croyances. Intolé-

communions chrétiennes ses opinions, il se mon-

rant à l'égard de toutes les

ne

qui trait

partageaient

pas

persécuteur et sanguinaire, non-seulement en-

vers les orthodoxes

,

mais encore à l'égard des No-

vatiens', des Messaliens^.

1

IV,

Quand son acharnement

u.

Voy. A. Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident,

t.

I,

p.

248.

^

Socral., IV, c. ix.

*

Theodorel., IV,

H.


120

CHAPITRE

contre les catholiques se

l'ut

départi de

sa

alors

s'être

VI.

un peu

apaisé,

il

semble

envers

modération

les

Le témoignage de Libanius ne nous permet guère de douter de la publication de nouveaux édits contre les sacrifices sanglants. « Sous les deux frères païens.

(Valentinien et Valens), écrit ce rhéteur, le sacrifice

des victimes fut interdit, mais non l'encens reil édit n'est

*. »

Un pa-

guère conforme à cette tolérance com-

que M. A. Beugnot suppose avoir régné sous Valentinien et Valens. H est certain en effet que l'interplète

diction des sacrifices sanglants (xb Bueiv Upeîa) était

une grave

du

atteinte à la liberté

culte païen, puisque

ces sacrifices en constituaient le fond

dans

de Gratien

les lois

mentionnés

et

même. Lorsque

de Valentinien

les vetita sacrificia '\

il

II,

on trouve

est difficile

de n'y

point reconnaître le sacrifice des victimes. Cette

pas

loi n'est

le seul

témoignage .qui dépose

de l'intolérance de Valens et de son frère à l'endroit du paganisme. Les persécutions dirigées par le premier contre

les

philosophes païens révèlent les in-

tentions peu bienveillantes de cet

des adversaires du christianisme. rabattre des exagérations de

que presque tous

les

empereur à l'égard Il

faut sans doute

Sozomène^

qui avance

philosophes païens furent exter-

minés au temps de Valens. Mais, ces exagérations même écartées, le fait de poursuites dirigées contre les partisans

1

de l'hellénisme n'en subsiste pas moins.

Libanius, De Templis, ap. Oper., éd. Reiske,

XVI,

-

Cod. Theodos.,

lib.

3

Sozomeu.,

VI, c.

lib.

lit.

xxxv.

10,

1.

7.

t. II, p.

163.

.


121

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

Le prétexte de

ces persécutions était le

même

que ce-

auquel on eut recours sous Constance et ses prédécesseurs on accusait les païens de pratiquer la lui

:

divination en vue de découvrir le futur successeur

du prince.

C'était là

comme on

l'a

Persécutés

comme ils

un vieux thème qui

vu au chapitre

iv,

datait,

des premiers Césars.

l'étaient, les philosophes

purent

bien avoir parfois cette curiosité, dans l'espérance que l'avenir leur promettait des

temps moins durs

L'occasion de cette persécution fut l'aventure d'un certain Théodore, désigné, disait-on,

comme

le

suc-

cesseur de Valens, par les devins Hilaire et Patricius, consultés à ce sujet de quelques imprudents. Je ne retracerai pas l'exposé de ces tristes

Lebeau a présenté, d'après complet

événements dont

les sources,

un tableau

J'en ai dit déjà d'ailleurs quelques mots

plus haut. Je

me

bornerai à rechercher quelles consé-

quences on en doit

tirer sur les dispositions

du gouvernement de Valens à l'égard des doctrines polythéistes.

Quoique Ammien-Marcellin nous ait fait voir qu'on s'efi'orça de trouver à cet exemple isolé de curiosité superstitieuse de vastes ramifications chez les païens, ressort cependant de ses paroles

1

Twv

<5"£XXrjvioTfe)v

xat twv

ocroi "yÉvcuî

que

intentions de

im(srri[i.w x<Tav, oxe^^ôv

ç)6âpr,Ta< atriav Èxovtsç

raw^i-

T^; iQ|A£T£faî

xaî roù xp"fiavta|i.&0

èjcxXYiaîaç

les

oi -jàp Tcpouy/iv èv £tç

il

^is-

toutoiç vcp-î^ovrEç, tyjv

rdaov àu^viaiv Ôowvte^,

(Niceph. Callist., Hist. eccL, lib. XI, c. xlv.) Lebeau, Histoire du Bas-Empire, éd. S. Martin, t. IV, p. 5

(yuffxepaîvovTEç r<iav. *

et suiv. Cf.

Bar-Hehrœi Chronic. Dynast.

Zosim., IV, 13;

Amm.

Marcell.,

XXIX,

c.

8, éd. Kirsch, p. ii.

67

;


122

CHAPITRE

VI.

l'empereur ne furent pas seulement de sévir contre les

auteurs de celte intrigue. Ses agents recherchèrent

tous ceux qui laissaient percer des idées analogues à celles qui avaient

poussé Fidustius et Irénée à consul-

ter les devins, c'est-à-dire la plupart des sectateurs

l'hellénisme foi

,

car

il

de

n'y en avait guère qui n'ajoutassent

aux oracles, aux formules magiques

et à tout ce

cortège de superstitions, seul prestige encore attaché à l'adoration des faux dieux. Ainsi nous voyons mettre

à mort une

vieille qui avait

par des incantations

homme ment qu'il

coutume de

les accès

faire passer

de fièvre, et un jeune

qui avait été surpris approchant alternative-

mains d'un marbre croyait qu'en comptant ses

guérirait

et

de sa poitrine, parce

ainsi sept voyelles,

il

se

du mal d'estomac*. Le philosophe Maxime

Diogène, jadis gouverneur de Bithynie, Alypius qui avait été vicaire de la Grande-Bretagne , et son fils Hiéroclès, furent également condamnés à perdre la vie, sous les accusations les plus légères^.

Une

telle

persécution ne peut s'expliquer que par la haine que

de Valens avaient vouée à tous ceux qui continuaient de pratiquer fancienne religion. Une remarque d'Ammien-Marcellin, qui nous fournit tous les conseillers

ces détails, fait voir clairement qu'on avait surtout en

vue de frapper

que

celui de la

le

paganisme asiatique, plus

Grèce à fexercice de

la

lié

encore

divination et des

pratiques magiques. « Les poursuites, écrit-il, furent

cause que tous les habitants des provinces orientales,

'

Amm.

'

Ibid., c.

Marcell., lib. I.

XXIX,

c. ii.

'


d23

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

pour

maux, brûlèrent tous leurs tant la frayeur s'était emparée de leurs esprits*.»

éviter de sembables

livres,

Cette haine violente contre la divination et la magie,

dont se montrait possédé Valens, était

conséquence

la

que

naturelle de sa foi. L'horreur profonde

l'Église

pour ces pratiques réputées diaboliques

professait

pour de vaines et sacrilèges curiosités était passée dans l'âme soupçonneuse du prince. Il redoutait que ,

des

hommes

pervers ne parvinssent par leurs machi-

nations et leurs sortilèges à

On

doit

donc rattacher

le

la

renverser du trône.

persécution dirigée par

Valens contre les philosophes aux édits déjà rendus contre la majorité des rites du culte helléni([ue.

La

généralité de la persécution montrCqu'il s'agissait de

frapper sime'^,

les

sommités du

parti païen. «Valens, écrit Zo-

en vint au point d'incriminer tous

les philoso-

phes de renom, tous ceux qui s'étaient distingués dans les lettres et

même

des charges à

la

plusieurs personnes qui occupaient

cour. » Zonare' cite parmi les philoso-

phes enveloppés dans cette persécution banius et Jamblique. l'aide

On

les

le

célèbre Li-

accusa d'avoir cherché, à

de l'alectromancie, à découvrir

le

nom du

suc-

cesseur de l'empereur. Jamblique effrayé, dit-on, des poursuites dont

Le

seul

nom

il

était l'objet,

de philosophe devint un

même,

«Plusieurs

scription.

1

Amm.

Marcell.,

-

Zosim

,

XXVI,

lib. IV, c.

Zonar., Annal.,

Sozomen.,

s'empoisonna.

rapporte

titre

de pro-

Sozomène

c. ii.

xiv,

lib. XIII, c.

lib. VI, c.

xxxv.

xvi, p. 32, 33, éd. Ducange.

*


124

CHAPITRE

VI.

qui ne faisaient point profession de philosophie, mais

pour ce motif ^ ce qui fut cause que d'autres personnes s'abstinrent de porter des manteaux avec des franges, de peur d'être accuen avaient

l'habit, périrent

sées de rechercher les secrets de la magie et de s'adon-

ner à

la divination. »

M. A Beugnot

dit

.

au sujet de ces poursuites

«

:

Les

philosophes ne pouvaient peut-être pas se plaindre aussi justement que le reste des citoyens, car en préconisant dans l'empire les croyances persanes et en ils

avaient ravivé

les antiques superstitions. »

Ces réflexions

développant la foi

dans

les doctrines

de Plotin,

donnent précisément le mot des persécutions on voulait empêcher les philosophes de raviver par la théurgie et les doctrines mystiques la foi païenne ;

qui s'éteignait. C'était encore dans Plotin et de

la

philosophie de

Jambhque que l'enthousiasme pour

dieux se perpétuait. Là se trouvaient

les

seuls élé-

les

ments de résistance au christianisme. Les défenses portées en apparence contre certains rites

spéciaux seulement, contre

les

sacritices

turnes, contre ce que les édits des empereurs fient

^

noc-

quali-

de nefarias preces^ ?nagicos apparaius^ sacrificia

funestay entravaient réellement l'exercice du culte païen,

puisque ce culte comprenait des

rites

de

di-

verses natures, et en interdire quelques-uns, c'était limiter singulièrement

son exercice. Nous en avons

preuve dans un

rapporté par Zosime

1

Ouv.

*

Cod. Theodos.,

«

Zoslm.,

fait

cit., t. ï, p.

^.

Prétextât,

248.

lib.

lib. IV, c.

XVI; éd. Rilter,

m.

t.

la

VI, p. 281.


125

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. proconsul d'Achaïe

,

ayant reçu

de Valentinien, déclara que

dit

tion à

Athènes,

il

rendrait

la notification s'il

était

aux Grecs

de

l'é-

mis à exécula vie

insup-

portable, en les privant de mystères qui embrassaient tout le genre humain. L'empereur céda à ces observations, et consentit à ce que les mystères d'Eleusis

continuassent, malgré son édit, à être célébrés

par

le passé.

Ce

fait,

comme

qui témoigne de l'extrême atta-

chement des Athéniens pour leur ancien culte, explique la condescendance que témoignait à cet égard, sous le règne de Constance, le préfet du prétoire, Anatolius.

Toutes

les

poursuites contre les devins et les augu-

res ne firent pas, malgré leur rigueur, cesser l'exercice

de

l'art divinatoire et

Valens, on vit ces

peu de temps avant

mêmes

la

mort de

ministres de la crédulité po-

mort du prince qui s'était montré leur si cruel ennemi ^ J'ai dit que Valens comme tous les hommes de son pulaire prédire

la

,

temps,

était

fortement convaincu de

danger des opérations magiques. employait tour à tour. Nous

le

Il

l'efficacité

du

les repoussait et les

voyons, peu de temps

avant sa mort, s'effrayer des trois vers que l'oracle avait

donnés en réponse à Hilaire

et à Patricius,

et

nrendre en horreur l'Asie, parce que l'un de ces vers semblait annoncer qu'il périrait dans les plaines du

mont Mimante,

situé près de la ville d'Érythrées^.

Un

des principaux instigateurs delà persécution, avait été

1

Amm.

Marcell., lib.

• Ibid., c. XIV.

XXXI,

c. i.


,

126

CHAPITRE

VI.

un certain Héliodore, cour en qualité d'astrologue, et qui don-

au dire d'Ammien-Marcellin attaché à la

monarque des leçons d'éloquence. Ainsi, en

nait au

dépit des défenses prononcées contre les devins, l'un

d'eux exerçait au grand jour sa profession et jouissait même de la confiance du prince; soit jalousie de mépensée d'échapper à

tier, soit

l'envelopper lui-même,

il

se

fit

la

disgrâce qui pouvait

persécuteur à son tour.

Un

invincible penchant ramenait le crédule Valens

aux

superstitions qu'il interdisait, et contre lesquelles

il

sévissait

cruellement.

si

Théodose renouvela en termes sévères les défenses établies sous ses prédécesseurs. Le 20 décembre 38i il

prohiba, à l'instar de Constance et de Valentinien

les sacrifices secrets et

dans

d'offrir

les

V%

nocturnes, qu'on continuait

sanctuaires

ou hors des temples

anciennes interdictions ^. L'usage de l'aruspicine avait été également prohibé sous Constance et Valentinien. Théodose réitéra cette défense par une

malgré

les

du 25 mai 385, menaçant du dernier supplice quiconque aurait l'audace d'immoler des victimes, en vue de tirer des présages de l'inspection de leur foie ou de

loi

leurs entrailles, et se flattant de dévoiler par ces exé-

crables pratiques les secrets de l'avenir

Les empereurs avaient prescrit oracles, 1

«

dont

Amm.

les

fermeture des

réponses et les prodiges entretenaient

Marcell., lib.

Cod. Theodos.,

la

lib.

XXIX,

eu.

XVI, Ut. x,

1.

7, éd. Ritter,

t.

VI, p. 298.

Ces sacrifices secrets sont désignés par l'épithète de velita, parce qu'ils avaient déjà été interdits sous les règnes précédents. 8

Corf., lib.

XVI,

lit.

X,

1.

9

;

éd. Ritter,

t.

VI, p. 305.


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. encore puissamment

superstition païenne.

la

La

127 clô-

ture de ces sanctuaires fatidiques fut la conséquence

des

sous Constance et Valentinien

portées

lois

contre l'exercice de

Toutefois,

la divination.

rOsroène, une des provinces

les plus

P""

dans

éloignées de

paganisme continuait à être professé par une population nombreuse, à laquelle il eût été imprudent d'interdire l'exercice de son culte. Théol'empire,

dose

le

le

une

sentit, et par

lettre adressée

Palladius, gouverneur de cette province le

maintien des cérémonies païennes

temple d'une des

le

villes

et

en 362 à il

autorisa

des oracles dans

sans doute

principales,

d'Edesse, ne faisant de réserve que pour les sacrifices

du genre de ceux

qu'il avait

défendus l'année précé-

dente.

L'inquiétude,

l'effroi

causés par les dénonciations

menaces des lois, arrachaient bien des conversions simulées. Ecoutons Libanius parlant de ceux qui embrassaient de son temps la religion des chrétiens et

les

nouvelle. « Si

on

sorte,

la

te dit qu'il

y en a qui se sont convertis de

sache que cette conversion n'est qu'appa-

rente et qu'ils sont restés ce qu'ils étaient;

seulement devant

les autres des

ceux

qu'ils avaient.

différents de

en apparence

le

Ils

feignent

sentiments religieux

viennent grossir

Ils

nombre des chrétiens

à leurs cérémonies.

ils

se tiennent

et

prendre part

debout et ont

l'air

de prier, tandis qu'en réalité ils ne prient pas, ou s'ils prient, c'est aux dieux qu'ils s'adressent. Ils prient

>

Cod., lib. XVI,

lit.

x,

1.

8; éd. Ritter,

l.

VI, p. 300.


,

CHAPITRE

128

VI.

sans doute, mais pas ainsi qu'il convient de le faire en ces lieux.

Ils

tyran dans

la

celui qui remplit le rôle de

comme

sont

tragédie,

il

n'en est point un, mais

il

en

porte le masque \ » conçoit que de pareilles conversions ne pouvaient être de longue durée; dès que le motif qui les

On

avait déterminées n'existait plus, le prétendu

néophyte

retournait à ses anciennes croyances. Gratien et Théo-

dose voulurent arrêter ces apostasies qui déconsidéraient la religion , et dans ce but, le dernier rendit,

2 mai 381, une

le

qui enlevait le droit de tester

loi

à quiconque aurait abandonné l'Évangile pour le po-

lythéisme d'effet,

de

la

^ Mais

sa

n'avoir eu que peu

paraît

loi

puisque l'empereur se

renouveler

prononcée dans

vit

dans

la nécessité

le

20 mars 383 ^ étendant

la

première

chumènes, dans

le cas

loi

seulement

peine

aux simples catéoii

loi, qui

ni enfants ni frères. Cette

la

n'auraient

ils

fait

le

pendant

d'une autre rendue en Occident par Gratien, privait tous les coupables, sans distinction, du droit de recevoir quoi que ce fût par testament ou succession

sauf

le cas oii le testateur était le

le frère

père, la mère ou

de l'apostat.

Renchérissant sur

la sévérité qu'il avait

de prime

abord déployée envers les relaps, Théodose, qui n'avait usé à leur égard dans les deux lois précédentes que d'épithètes

modérées,

les

déclara infâmes par sa

1

Liban., Orat. pro templis, éd. Reiske, p. 176, sq.

2

Cod. Theod.,

:>

Ihid.,

1.

II, 1.

lib.

XVI,

tit.

vu,

4; éd. Ritter,

p.

1.

1

;

éd. Ritter, 224.

250, 23i.

loi


LUTTE DU CHRISTfANlSME AVEC LA MAGIE.

du 9 mai 391

'

;

et,

ajoutant aux mesures prises contre

ceux qui abandonnaient odieuse,

une rigueur vraiment mémoire des testateurs

la foi

permit d'attaquer

il

129

la

de poursuivre la cassation de leur testament, toutes les fois que l'on apporterait la preuve que le défunt et

avait apostasié

^.

Beugnot^ secondaient

Les conciles, écrit M. A.

«

empereurs pour déraciner un abus qui n'était pas seulement le fait des basses classes de la société, car nous voyons mourir en 379 Festus, les efforts des

ancien gouverneur de Syrie et proconsul d'Asie, qui, vers la fin de sa vie, s'avisa de professer le paganisme,

dont

avait toujours paru l'ennemi. »

il

Ainsi le polythéisme était en butte à mille vexations, à mille injustices-, chaque jour,

fondre sur

Cependant

lui.

lument proscrit. Les

on

était autorisé à

il

un coup nouveau venait encore abso-

n'était point

sacrifices étaient interdits,

brûler de l'encens en l'honneur

des dieux. Les autels restaient debout,

demeuraient rendre

p.

ouverts

,

et

les

du moins

Telle était

V;

mais

temples

les

pouvaient

païens

la liberté

s'y

qui existait

éd. Ritler, p. 231.

»

Cod. Theod.,

1.

2

Cod. Justin.,

lib. I, tit.

3

Histoire de la destruction

vu,

1.

2.

du polythéisme en Occident,

t.

1,

557. *

NcMTs'pwv

Tivôjv

aup.êavTMv, èxwXûG-fl Tcapà toTv à'^EÀcpcîv (Valen-

tinien et Valens) àXX' où tÔ Xiêavtoriv, àAXà toùto' vo'jAOç"

wars

u.àXXov àX"fEtv rjj.à; ot; àcprps'ÔrijAEv

(jU'j')CE-/_o)pTijU.Év&)v*

OUT iTÙp E^YiXafftxî

,

p.£v tuv ouô' îcfà )CE)cX£Ï(j8ai

cuTE XiSavwTOv, OUTE xà?

Twv

"ce

VEtov, ôu^È

Twv

àuo

pw[j.J>v.

T(ov

,

xal

, 7)

OUTE

àXXwv

é

aoç sSEêaicoas

y.xptv u.r,^i'iy.

EÎcî'E'va'.

twv

TTpcctsvai,

ôujj.iau.aTwv Tij;.à;

(Liban., Orat. pro tcinpUs,

.163, 164, éd. Reiske.

9


430

CHAPITRE

VI.

encore en droit pour eux, car en

fait elle

leur était

presque partout enlevée. Les chrétiens s'opposaient

de tous leurs en trouvons

efforts à l'exercice

la

preuve dans

le

du culte païen

;

nous

discours de Libanius en

faveur des temples. Après avoir rapporté

la

manière

moines dévastaient les édifices sacrés, le rhéteur ajoute « Mais cela ne leur suffit point, ils s'approprient la terre de tel ou tel, soutenant qu'elle est sacrée, et c'est delà sorte qu'un grand nombre se voient dont

les

:

privés de l'héritage de leurs pères

,

sous

un

prétexte

mensonger. Plusieurs se vantent d'autres actions coupables, et prétendent honorer la Divinité en se con-

damnant

à la faim.

Ceux qui ont eu à

ces ravages viennent-ils à la ville

souffrir

se

de tous

plaindre près

du pasteur, on appelle ainsi un homme qui est loin d'être un modèle de bonté; celui-ci les accueille poliment sans doute, mais il les renvoie, en leur faisant comprendre qu'ils doivent s'estimer heureux de

ne point avoir éprouvé de plus grands dommages. Et ô les gens molestés de cette manière sont tes sujets prince I et ils sont autant au-dessus de ceux qui se ,

rendent coupables de tant d'injustice à leur égard que les

hommes

Les uns sont

moines

laborieux sont au-dessus des paresseux. les abeilles, et les autres les frelons.

viennent-ils à

s'emparer d'un champ

savoir qu'il est possible ils

;

armée, le

nom

ils

de

accusent son propriétaire

d'avoir fait des sacrifices, d'avoir

mités

Les

commis des énor-

demandent qu'on envoie contre

lui la force

et aussitôt les sophronistes accourent, tel est

qu'ils

donnent à ceux qui exercent ce brigan-

dage, pour ne pas

me

servir d'une qualification plus


i31

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

énergique. Les uns s'efforcent de cacher ces actes de violence, les nient, et vous injurient

de brigands;

les autres se

montrent

si

vous

les traitez

fiers et glorieux,

enseignent les ignorants, et prétendent mériter des

en vérité fort peu guerre en pleine paix aux labou-

récompenses, quoique cela digne, de faire la

soit

reurs*. »

Ces paroles montrent combien peu étaient respectés les droits

des païens, de quel arbitraire

ils

avaient à

souffrir à leur tour, après avoir jadis usé des

Les

violences à l'égard des chrétiens.

contre les sacrifices étaient torisait

faire

pour

les traîner

prononcer

lois

mêmes portées

prétexte dont on s'au-

le

devant

tribunaux, pour

les

confiscation de leurs biens, afin de

la

se les approprier; car ces biens étaient l'objet de la

convoitise monacale.

Poussés d'ailleurs par un zèle

du fanatisme, beaucoup de membres du clergé s'imaginaient être agréables à Dieu, en s' emparant voisin

par des voies illégitimes des terres sur lesquelles

ils

avaient l'intention d'élever des églises. Les moindres restes d'habitudes païennes étaient

des crimes

;

dénoncés

on accusait d'enfreindre

les

comme

lois

ceux

qui continuaient à observer certams usages entachés

de superstition hellénique. C'est encore ce

que nous rapporte avec indignation

l'ancien conseiller de Julien^. «

Les chrétiens

te

disent

:

Nous

les

avons punis

parce qu'ils ont sacrifié, contrairement à ta

1

Orat.pro templis, éd. Reiske,

*

Ibid.f p. 173, 174, sq.

p, 169,

170.

loi

qui


132

CHAPITRE

de

interdit

sacrifier. »

En

VI.

parlant ainsi, prince,

ils

en imposent; nul n'est assez audacieux, assez ignorant

en matière de législation, pour vouloir se mettre audessus de la loi je parle de celle qui a été rendue ;

contre ceux qui viendraient à offrir des sacrifices.

Peux-tu supposer que ceux qui ne s'opposeraient pas

même

à

la

souverains? Les percepteurs etFlavien lui-

tes ordres

même

chlamyde du percepteur osent mépriser

l'ont répété souvent

:

Nul n'a encore été con-

vaincu. J'en appelle aux gardiens, aux exécuteurs de cette loi

:

qui peut citer

un coupable entre ceux qu'on

accuse de rébellion? Quel est celui qui a sacrifié sur autels, à

rencontre de cette loi? Quel

homme,

le

vieillard, l'époux,

campagnard, ennemi des cer un coupable

quoique

?

l'inimitié

,

l'épouse,

sacrifices, qui

Quel sera

est

le

les

jeune

quel est le

pourra dénon-

le

voisin qui les accusera,

la jalousie

qui régnent d'ordinaire

entre voisins puissent les pousser souvent à se dénoncer

entre eux?

Aucun

d'entre eux ne s'est présenté ni ne

pour ne pas dire d'être puni. Quelle autre preuve de l'existence du délit existe-t-il donc, que le seul témoignage de se présentera, de crainte de se parjurer,

ceux qui viennent dire qu'on sacrifie contrairement aux lois? Mais cette assertion ne peut suffire devant le

monarque. Eh bien

ils

I

diront alors

« sacrifié, sans doute, mais

un

ils

pendant un

«

gieux. » Cependant on n'a point

,

n'ont pas

ont immolé des bœufs

«

festin

« Ils

:

repas, dans

un banquet

fait

reli-

de libations de

sang sur un autel, on n'a brûlé aucune partie de mal, on n'a point répandu de blé sur sa

tête.

l'ani-

Si des

gens se rassemblent en un lieu agréable, tuent un veau


133

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

ou l'un et l'autre s'ils font rôtir ou bouillir leur cbair et la mangent, couchés à terre commettent-ils donc ainsi quelque acte contraire à la

OU une

brebis,

;

n'est pas là, prince, ce

que ton

loi ?

Ce

Ton

interdiction ne porte que sur

édit a défendu.

un

seul acte

5

le

Ceux qui boivent ensemble, en brûler des parfums, ne transgressent pas plus

reste, tu l'autorises.

faisant

que ceux qui chantent

la loi

dans

les festins. Ira-t-on faire

chacun mène chez

soi l'objet

un ancien usage de connus,

et,

banquet.

se réunir

invoquent

et

les

du genre de

de dénonciations

dans

champs

les

dieux

vie ?

que

C'était

les plus

après qu'on avait sacrifié, d'y célébrer un

On

suivit cette

aussi

longtemps que

ensuite,

quand ceux-ci

coutume

les sacrifices furent autorisés

;

furent interdits, on se borna aux banquets.

A

certains

jours fixes établis par l'usage et dans les lieux accou-

tumés, on renouvelait ces solennités champêtres, qui n'avaient pour ceux qui y prenaient part aucun danger. Mais que les païens aient osé sacrifier, c'est ce

que personne n'a

dit ni

entendu

dire. Si

quelqu'un

de leurs ennemis prétend avoir été témoin de sacrifices, qu'il

comment

s'avance pour soutenir ses paroles et dire

ces sacrifices se sont passés. »

Les campagnes étaient donc alors fuge du paganisme proscrit dans les

le

dernier re-

cités.

Les anti-

ques superstitions s'y maintenaient davantage, quoi-

que

les

fissent

moines, qui commençaient à s'y établir, leur

une guerre acharnée. Aussi

est-ce vers cette

époque que commença à prévaloir l'expression de pagani^ païens, pour désigner les adorateurs des dieux. L'ancien culte est appelé religio paganorum dans une 8


134

CHAPITRE

VI.

de Valentinien I", qui date de l'an 368 *, et Paul Orose, dans sa préface, explique ce mot par ces paroles Qui ex locorum agrestium compiiis et pagis pagani loi

:

Le poète Prudence en parlant des païens appelle pago implicitos

vocaniur les

de Libanius

Les récriminations

furent inutiles.

Malgré ses plaintes pressantes, ses appels, tour à tour hardis et respectueux, à l'équité de Théodose, ce prince abandonna les temples à la ruine il méprisa les béné;

que ces monuments

dictions des dieux,

vant

le sophiste, sur les

campagnes*,

cours des persécutions,

le

attiraient, sui-

et loin d'arrêter

pressa par des lois de

il

plus en plus rigoureuses l'extinction du polythéisme.

L'année 39i donna

le signal

d'une interdiction gé-

nérale et absolue de tout exercice du culte hellénique. XVI,

'

Cod. Theodos.,

2

Gros., lib.

*

Contra Symmach.,

*

Liban., Orat. pro lemplis, éA.Yi&ï^^e,^. 167. «Enlever, dit le

sophiste, l'œil, les

il

I,

lib.

tit. ii, 1. 18..

(Mogunt. 1615.)

p. 2.

lib. I, v.

un temple d'un champ,

est al)aitu et sans vie.

âmes des champs les campagnes.

dans

;

260.

c'est

En

en quelque sorte

eCfet,

lui

crever

prince, les temples sont

ce furent les premiers édifices qu'on éleva Ils

ont traversé un grand

nombre de géné-

rations pour arriver jusqu'aux générations présentes. C'est dans

ces temples que les laboureurs placent leurs espérances sur

santé des ménages, des enfants, sur le le

succès des semailles et de

champ

est ruiné

la

la

la

conservation du bétail,

culture. Dépouillé de son temple,

et l'ardeur

du laboureur

s'éteint avec la

perte de ses espérances. Leurs travaux deviennent inutiles, car ils

n'ont plus à espérer

la

protection des dieux qui rendaient ces

travaux féconds. La terre, n'étant plus cultivée, ne donnera plus les fruits qu'elle rapportait par le passé. Cet état de clioses appauvrira

le

laboureur, et les impôts douoeronl moins. »


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

Une

135

datée du 27 février de cette année interdit de

loi

sacrifier

aux

personne, y

idoles

ou d'entrer dans

est-il dit,

ne

les

temples.

«

Que

se souille par des sacrifices,

n'immole d'innocentes victimes, ne pénètre dans les temples, ne défende les simulacres faits par la main des

hommes, de peur de devenir coupable aux yeux de la loi divine et humaine » Le 17 juin 391', un rescrit fut adressé dans le même but à Evagrius et à Romanus, l'un préfet, l'autre comte d'Égypte. Il renouvelle la défense absolue d'offrir des

nuUi sacrificandi tribuatur potestas ; d'endans les temples, d'honorer les simulacres, de pé-

sacrifices,

trer

nétrer dans les anciens lieux sacrés.

Il

condamne

les

gouverneurs de province qui se rendraient dans les lieux interdits à une amende de quinze livres d'or, et

même somme, à moins ne se soient opposés au crime de leur chef ^. L'année suivante, le 8 novembre 392 ^ Théodose

oblige leurs officiers à payer la qu'ils

prohiba toute espèce de manifestation, tout usage se rattachant au culte païen, enlevant aux derniers adorateurs des dieux le droit de célébrer ces solennités inoffensives qu'ils continuaient encore à fêter, quel-

ques années auparavant, alors que Libanius se plaignait, ainsi qu'on l'a vu tout à l'heure, qu'on fit de ces actes licites un sujet d'accusation contre eux,

La

loi est

fort curieuse par les détails qu'elle fournit

sur l'état du polythéisme à cette époque. Elle nous

»

3

Cad. Theod.,\ih. XVI,

lit.

x,

1.

10, p. 306, éd. Ritter.

llnd.,

I.

M,

[bld.,

I.

12, p. 509, sq., éd. Ritter.

p.

507, éd. Ritter.


CHAPITHE

136

YI.

qu'un amas de ces pratiques que nous verrons plus tard condamnées par l'Église

montre sous

le

qu'il n'était plus

nom

de magie.

Que nul absolument, quels que soient sa

<(

famille, son

rang, sa dignité, qu'il soit ou non revêtu d'une autorité ou de fonctions publiques, qu'il soit d'une naissance,

d'une condition ou d'une fortune élevée ou humble, ne sacrifie en quelque lieu que ce puisse être, en au-

cune leur

ville,

à des simulacres privés d'intelligence, ne

immole dés victimes

5

qu'il

ne fasse point d'of-

frande dans l'intérieur de sa maison, soit en allumant du feu en l'honneur des Lares , soit en versant du vin

en l'honneur du Génie, soit en offrant aux Pénates l'odeur des parfums qu'il brûle qu'il ne place point de ;

lumière, qu'il ne brûle point d'encens sur leur autel,

ne l'entoure pas de guirlandes de fleurs. Quiconque osera immoler une victime ou consulter les qu'il

animaux qu'on vient de tuer sera regardé comme coupable du crime de lèse-majesté. Chacun aura le droit de le dénoncer, et on prononcera entrailles des

contre

lui la

peine fixée par

même qu'il

la loi, lors

n'y

une accusation de complot contre la sûreté et la vie du prince. Car il suffit, pour encourir la peine portée contre le crime de lèse-majesté, d'enaurait pas lieu à

freindre les principes

des recherches

du

illicites,

droit naturel

de découvrir

,

de se livrer à les

choses ca-

chées, d'essayer de faire ce qui est interdit, de cher-

cher à nuire au salut d'autrui ou de s'en promettre la

mort. « Si

de

la

quelqu'un offre de l'encens aux simulacres faits

main des hommes

et qui sont destinés à périr,

ou


137

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. ose honorer de vaines images, en ornant

bandelettes ou en dressant

un

un arbre de

autel en gazon, bien

accomplisse un acte religieux moins solennel,

qu'il

cependant on ne doit pas l'en moins considérer faisant

un outrage

à la religion et

crilège, aussi sera-t-il

puni de

la

comme

commettant un saconfiscation de la

maison ou du bien dans lequel il aura accompli cet acte de superstition car nous voulons qu'on attribue au ;

tous les lieux où l'on a offert de l'encens aux faux

fisc

dieux,

si

toutefois ces lieux sont la propriété de

ceux

qui ont offert cet encens. Dans le cas où quelqu'un

une offrande de ce genre dans des temples, ou dans la maison ou des lieux réputés jadis sacrés le champ d'autrui, le propriétaire du lieu, s'il n'a point aurait fait

,

été informé de cet acte,

cinq livres il

d'or-,

encourra

la

mais

même

payera une amende de vingt-

s'il

est

peine que

complice du sacrilège, le

délinquant. »

L'autorité n'usait plus d'aucune indulgence. les

moyens sont

ici

mis en usage pour arrêter

Tous

la conti-

nuation des cérémonies païennes. Le propriétaire d'un

champ devient responsable des rites païens qui ont été accomplis par un tiers. Ce n'est plus, comme précédemment, sous le prétexte d'attentat à la vie du monarque qu'on poursuit

mot

les

devins, les augures, en

un

tous ceux qui font profession d'interpréter l'ave-

un procédé divinatoire accuser un homme du crime de lèse-

nir^ le fait d'avoir recouru à suffit

pour

faire

majesté.

Théodose confia l'exécution de ces dispositions pénales ù tciîs les magistrats des villes, aux juges (judices)^

aux défenseurs {defensores)

^

aux décurions 8.


^38

CHAPITRE

(curiales).

Il

les

VJ.

menace des tribunaux au cas où, par

négligence ou pour sauver quelque personne, feraient point appliquer la ils

ont différé de

amende de aussi

punir,

le

ils

le

ne

le délit,

eux-mêmes une laquelle amende sera

subiront

trente livres d'or,

encourue pour

en cachant

loi. Si,

ils

même

motif par les

officiers

placés sous leurs ordres.

La ruine du polythéisme semblait donc consommée. Opérée graduellement de Constantin à Théodose, elle à partir de cet empereur.

se continua résolûment

Chaque

loi,

chaque édit renfermait pour

ainsi dire

une

prohibition nouvelle, et le paganisme se voyait chaque

jour plus restreint, plus limité dans l'accomplissement

de ses

rites et

de ses cérémonies

dépouillé des droits dont

ment du

fils

Théodose

il

était

-,

était

il

de plus en plus

en possession à l'avéne-

de Constance Chlore. II

crut qu'il ne lui restait qu'à faire dispa-

raître les derniers vestiges

du culte du démon,

s'il

en

subsistait encore-, ce qui lui paraissait douteux', écrit-il

à Asclépiodote, préfet du prétoire,

423.

portées.

Au mois de

juin de la

pereur renouvela au jonction,

lui

5 des

ides d'avril

défenses terribles qui ont été

rappelle les

Il

le

même

même

année, cet

em-

Asclépiodote pareille in-

rappelant que la peine de mort, celle de

ou de l'exil, ont été portées par les lois antérieures contre ceux qui seraient pris en flagrant délit de ces sacrifices abominables aux démons, si alila confiscation

dœmonum

quando in exsecrandis

Paganos qui supersunt,

damus (Cod. Theodos.,

lib.

sacrificiis fuerint

quamquam jam

XVI,

tit.

x,

1.

nullos esse cre-

22, p. 328).


139

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. ignore pourquoi, à un

On

comprehensi K

court in-

si

renouvela ka constitution qu'il avait rendue en avril 423. Peut-être, ainsi que l'a supposé Jacques Godefroy, cette nouvelle loi n'est-elle qu'un tervalle, ce prince

extrait d'une loi plus générale qui s'appliquait aussi

aux hérétiques,

juifs et

autre culte que

vement

celui

dans

le

à Asclépiodote et porte la

eu

code Théodosien, à

en question, laquelle

la loi

définiti-

l'État. Cette loi paraît être

de

celle qui se trouve

de

devenu

culte orthodoxe,

le

de tout

et interdisait l'exercice

aux chrétiens ou à ceux qui

la suite

également adressée

est

même

effet

date

se

d'inquiéter les Juifs et les païens;

^ On y

interdit

donnent pour

tels

on leur enjoint de

vivre tranquilles. Cette mesure paraît avoir été dictée

par un sentiment différent de celui que respire

on

laquelle

la loi à

Toutefois les deux disposi-

la rattache.

tions n'ont rien d'absolument contradictoire.

Théo-

dose, en abolissant totalement la liberté religieuse,

en établissant qui

les

peines les plus sévères contre ceux

se permettaient d'exercer

celui de l'empire, laissait libres.

Il

quiéter et

des pratiques lui faire

autre que

culte

cependant

ne voulait pas que parce

conservait des croyances fester par

un

les

consciences

homme

qu'un

païennes, sans les extérieures, on

violence.

Or

c'est

pût

la religion, et

l'accusait de

'

Cod. Theodos.,

lib.

«

Ibid.t

330.

24, p.

le

mas-

cherchait-on à dépouiller autrui,

paganisme. Théodose sentit à quels

on

i.

l'in-

précisément ce

qui arrivait. Les mauvaises passions prenaient

que de

mani-

XVI,

lit.

x,

1.

23, p. 329.


140

CHAPITRE

VI.

abus, à quels désordres une pareille intolérance pouvait ouvrir la porte,

il

voulut en conséquence laisser

pleine liberté de conscience à ses sujets

,

se bornant à

frapper d'une sorte d'incapacité civique, mais non civile , ceux qui persistaient dans les anciennes erreurs.

Ces mesures répressives atteignaient surtout les habitants des villes ; ceux des campagnes, placés sous

moins directe des magistrats et qui, à raison de leur ignorance, montraient pour leurs usages un attachement plus obstiné échappaient encore parfois aux vexations. Quelques temples, quella surveillance

,

ques autels, quelques idoles, fort rares sans doute, continuaient à attirer la dévotion des campagnards. Dans les déserts, au fond de certaines vallées, dans des cantons reculés ou placés en dehors des grandes lignes de communication , on sacrifiait encore aux divinités antiques. Les païens les plus zélés allaient chercher dans ces lieux peu fréquentés le tranquille exercice de

dans ces leur culte. Théodose II les traqua jusque les sanctuaires retraites-, il ordonna de rechercher ignorés, de renverser tous les temples

qu on pourrait

templa, encore trouver debout, cunctaque eorum fana, delubra, si quœ etiam nunc restant intégra^ et d'élever à la place des croix

,

prcecepto

magistratuum destrui,

collocationeque venerandœ Chrisiianœ religionis signi

expiariprœcipimus, afin de purifier par l'emblème du souillés salut universel les lieux qu'avait si longtemps l'adoration des démons.

1

Cod.,

1.

25, p. 331.


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. Cette constitution date de l'an

amené

la

et l'Asie

141

m. Elle paraît avoir

destruction presque complète, dans la Grèce Mineure du moins, des édifices païens. Mais

et n'exerça que peu d'influence sur les esprits, Si queln'opéra guère de nouvelles conversions. elle

adoraques villageois, dépouillés des objets de leur en y mêlant tion, se tournèrent vers la foi nouvelle, toutefois

une

partie

de leurs anciennes superstitions,

prapaïens endurcis n'en persistèrent pas moins à étaient tiquer en secret leurs rites vénérés. Comme ils

les

peu nombreux, et que

les

nouvelles mesures prises

plus à leur égard les obligeaient à s'environner d'un grand mystère , on dut croire le paganisme totale-

ment

anéanti.

Les

lois

rendues contre lui tombè-

d'occasions rent graduellement en désuétude, faute persécution d'être appliquées. Le répit accordé à la

Ceux qui avaient persisté à accomplir dans les ténèbres ou la solitude les cérémonies, user de moins les sacrifices interdits, commencèrent à

ranima

l'esprit païen.

de circonspection. Cette confiance imprudente leur devint fatale. Elle ramena sur eux les yeux de l'autorité.

Théodose

s'irrita

d'une obstination

si

persévé-

rante à enfreindre ses défenses. Puis, la superstition se joignant à la colère, il s'imagina que la continuation

des pratiques idolâtriques avait attiré

du

ciel

sur ses États, et qu'il

fallait

le

courroux

voir dans ces im-

piétés abominables la cause de calamités récentes qui

avaient affligé son empire, du dérangement des saisons, de la stérilité du sol il fulmina contre les infracteurs -,

de ses

lois

de terribles menaces,

oii sa foi et sa

colère

s'exaltent jusqu'au fanatisme. Voici ce qu'il écrivait à


I-^S

CHAPITRE

VI.

Florenlius, préfet du prétoire, en 439, année qui pré-

céda celle de sa mort'.

«Notre clémence reconnaît aussi qu'elle doit exercer sa surveillance sur les païens el leurs monstruosités {et geniiîis immanitaiis)^ qui,

par suite du dérèglement

obstiné et de la folie de leur esprit*, s'éloignent de la voie de la vraie religion, ne prennent pas même le soin

de dérober au fond des solitudes les sacrifices abominables et les actes de superstition funestes qu'ils accomplissent,

au mépris de

majesté divine et de notre

la

règne, et font profession de leur criminelle doctrines. Ni les innombrables menaces des lois, ni la peine de l'exil qui

Que

a été portée contre eux, ne les retiennent.

ne peut les convertir, qu'au moins on leur interdise de commettre tant de crimes et d'immoler si

l'on

tant de victimes. Mais ces furieux en sont venus à

degré

si

grand d'audace,

les tentatives

un de ces mécbants

sont telles, que la patience nous échappe. Notre indignation éclate malgré nous. Malgré la légitime inquié-

tude que ces

quoique cette

aux amis de la religion, du paganisme mérite les plus cruels

faits inspirent

folie

supplices, fidèle à notre modération naturelle, nous

nous sommes borné à prescrire sévèrement (trabali jussione decrevimus) de faire sentir l'efTet de notre colère soit sur la personne, soit sur les biens {in foriunas ej'us, in sanguinem) ôe celui qui sera surpris offrant quelque part

1

un de

Theodos., Leg. novelL,

tit.

ces sacrifices qui font les

ni,

t.

VI, ad calcem Cod. Tkeod.,

éd. Ritter. Qui, naturali vesania et licentia pertinaci, verse religionis tramite dissidentes. ^


143

LUTTE DU CHRISTIAÎNISME AVEC LA MAGIE.

âmes impures time à

la

et

déshonnêtes

Nous devons

*.

réparation du culte chrétien outragé.

vons-nous souffrir plus longtemps que

bouk

soient

cette vic-

les

Pou-

saisons

versées par l'effet de la colère céleste, à

cause de l'atroce perfidie des païens, qui dérange quilibre de la nature

que

le

?

Car quefle

l'é-

est la cause qui fait

printemps n'a plus sa beauté ordinaire, que

l'été

ne fournit plus de moisson au laborieux cultivateur,

que

l'hiver,

et le

rend stérile? Cette intervention des lois de la nature

par sa rigueur inaccoutumée, glace

n'est-elle pas

un châtiment de

comme nous l'avons l'avenir ces maux de nos

donc,

l'impiété?

déjà

dit,

têtes,

geance pacifique cette injure

faite

le sol

Nous devons

pour détourner à

expier par une venà

la

Par ces paroles, Théodose ameutait

majesté divine^ la

»

rage populaire

contre les inoffensifs et timides adorateurs des anciens

dieux

^

il

en ayant

eux

vengeance publique, tout d'afficher à leur égard la modération.

appelait sur l'air

la

Sans doute qu'en formulant ces terribles menaces, en 1

licio 2

Ut quicumque pollutis contaminatisque mentibus in sacriquolibet in ioco fuerit compreliensus, « Quod ne posthac susllnere cogamur, pacilica ullione, ut

diximus, pianda est superni Numinis veneranda majeslas. » voit que les chrétiens dirigeaient à leur tour contre les païens

On les

et

accusations absurdes dont

ils

avaient été eux-mêmes, un siècle

demi auparavant,

l'objet de leur part. Il est curieux de rappropassage de cet édit des paroles que nous trouvons dans Arnobe, qui écrivait à la fin du quatrième siècle « Sed

cher

le

:

pesti-

inquiunt (gentiles), et siccitates, bella, frugum inopiam, locustas, mures et grandines, resque alias noxias, quibus negolia lentias,

incursanlur humana,

dii

offensionibus exasperaii.

nobis important injuriis vestris atque {Adv. Nation., lib. I, c. lu.)

»


144

CHAPITRE

VI.

In sanguinem ira laissait dominer par le

prononçant ces paroles terribles nosira consurgai

!

ce prince se

:

fanatisme de quelques orthodoxes, frémissant à la seule

pensée du paganisme. Cet acte d'intolérance contrastait

avec

l'édit

de 423

\

une persé-

et mit le sceau à

cution qui, depuis plus d'un siècle, se reproduisait à

de courts intervalles. Le polythéisme reçut

mort sous

les

le

coup de

règnes qui suivirent.

Justinien n'eut plus qu'à rappeler de temps à autre sa défense.

Il

contraignit les philosophes,

adhérents de l'hellénisme, à s'exiler;

il

derniers

s'éleva contre

l'attachement que certains moines montraient pour les doctrines de Pythagore et de Platon

cer tout vestige de l'ancien culte

^.

-,

il

chercha à

Mais

efîa-

les rigueurs

excessives et les mesures générales étaient désormais inutiles

jour, et

:

le

polythéisme ne se montrait plus au grand

une pohtique

inquisitoriale semblait suffire

pour se sauvegarder de ses retours. Il y avait encore chez quelques-uns de l'attachement aux pratiques superstitieuses , mais les formes s'en rapprochaient de plus en plus du nouveau culte ^. Plus tard, en 692, les fêtes d'origine

par

païenne furent complètement interdites concile qumisexte,

un canon du Cod. Theocl.,

lil).

XV,

lit.

iv,

I.

i, p.

ou

in Trulio

590.

une 576, 577), où

Justinien écrivit au clergé assemblé

lettre

que nous

a

il reproche à cerconservée Cédrénus [Chron., p. tains moines leur entêtement pour les doctrines de la philoso-

phie grecque. 3

Voy. Et. Chastel

,

dans l'empire d'Orient, KaXâv^ia, xat Boxà,

Histoire de la destruction p.

du paganisme

501.

x.où

Bpcup.âXia

vi

ts TrpwTYi

Maîou Tïavïipptç irn


LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. défense qui fut éludée,

comme on

le

44S

verra au chapitre

suivant.

Mais, ainsi que

l'a

remarqué M. E. ChasteP, ce paga-

nisme dont on proscrivait

les derniers vestiges n'avait

ceux qui le pratiquaient ne se disaient, ne se croyaient pas pour cela païens; et, comme les ethnophrônes combattus par Jean Daplus conscience de lui-même

mascène*,

ils

^

mêlaient seulement, sans le savoir, de

vieux rites, d'antiques croyances, à ceux qui

les avaient

remplacés.

En

sévissant contre les magiciens et les sorciers,

uniquement mus démons. S'il y avait dans

l'Eglise et l'Etat n'avaient point été

par la

l'effroi qu'inspiraient les

magie des

rites ridicules,

mais

inoffensifs, sous

voile desquels se perpétuait le vieux polythéisme, existait aussi des pratiques

il

le

y

vraiment criminelles, em-

preintes des superstitions les plus sanguinaires et les plus farouches. La composition des poisons

grand

pour

rôle, et les

sur l'imagination.

effet d'agir

raient à la

y jouait un maléfices n'avaient pas purement

magie s'en servaient

Ceux qui recou-

le plus

souvent en vue

de satisfaire des vengeances personnelles ou de coupables convoitises. Plus le polythéisme avait perdu de Twv TOdTwv TToXiTEtaç

Lab.,

VI, col.

•jTsptaip£(a9M(iav.

H69.) D'où

(Can. 62, ap. ConciL, éd.

époque les danses célébrées jadis en l'honneur des dieux persistaient encore, que les scènes des dionysiaques se perpétuaient aux époques de la t.

vendange, et que

il

suit qu'à cette

l'on jouait des tragédies et des

comédies. Tout cela s'était pratiqué, bien des siècles auparavant, au temps de Thespis. '

*

Ouv.

cit., p.

310.

De Hasres. Compend., hœr.Qi. Ap. Oper.,

t. I, p.

9

108, 109.


146

CHAPITRE

VI.

sectateurs, plus la théurgie s'était ravalée au niveau

des grossiers enchantements en usage chez les peuples barbares.

déisme

culte de Milhra, issu de l'ancien

Le

et qui avait constitué

maz-

dans l'empire romain

une sorte d'association religieuse^,

s'était

de plus en

plus pénétré des idées théurgiques et avait fait alliance avec la

Des

magie

sacrifices

humains

parais-

sent avoir eu lieu quelquefois dans ses mystères, et ces

odieux holocaustes*, depuis longtemps défendus par les empereurs*, étaient regardés par certains magiciens

comme donnant aux enchantements une et des effets plus assurés^.

grande *

vertu plus

Les chrétiens, qui

Voy. sur Mithra l'ouvrage de M. F. WindJschmann, intitulé

:

Mithra, ein Beitrag zur Mylhengeschkhte des Orients (1837), et mon article de la Revue Germanique, 1" année, p. 3i7 et suiv. 2

Voy. H. Seel, Die Milhrageheimnisse weehrend der vor-und-

urchristlichen Zeit (Aarau, 1823); culte de Mithra, publié par 3

Vit.

J.

J.

de Hammer, Mémoire sur

le

Spencer Smith. Paris, 1853.

Voy. Julian., Orat. IV, in Solem, ap. Oper., p. 15G; Eunap., phdosoph. (Maxim.), p. 52, éd. Boissonade. Aussi Ter-

tullien voit-il

hommes,

dans Mithra un démon qui, pour mieux abuser

avait imaginé plusieurs des rites

les

que devaient adopter

les chrétiens (Z)é;P/a?5C. her. et baptism., c. XL, ap. Oper., p.

216,

226). Ce Père de l'Église, de même que S. Justin, explique ainsi la similitude de diverses cérémonies chrétiennes avec celles qu'on observait déjà auparavant dans

Apolog., XVl, p. 83 {Dialog. *

milhriacisme. Cf. S. Justin.,

le

cum Tryphon.,

Voy. ce que dit Pline [Hist. nat.,

Commode

{M\. Lamprid., Commod.

ces sacrifices.

,

p. 294).

XXX,

9)

offrit

Voy. de Hammer, Mémoire sur

p. 82, 53, et A.

Maury, C/oyances

et

^

Tibère et Adrien défendirent

*

On

6).

le

L'empereur

encore un de

culte deMithra^

Légendes del'unt.,p. IbOets.

les sacrifices

humains.

a accusé l'empereur Julien d'avoir offert à Charres et


14-7

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE.

s'exagéraient encore ces infamies, n'en avaient conçu qu'une plus vive horreur pour les magiciens, et ils débitaient sur leurs crimes des histoires épouvantables

bien faites pour appeler sur tous les sorciers la rigueur des lois. Comme je l'ai dit plus haut, les accusations qu'on avait jadis élevées contre les disciples de

l'Évangile étaient retournées contre les païens

uns et

les autres se jetaient

à

la tête l'épithète

^

Les

de ma-

mystères de Milhra des victimes humaines; mais ces accusations sont loin d'être prouvées. (Cf. Theodoret., Hist. 1269, eccles., m, 27; S. Gregor. Naz., Orat. IV, § 92, p.

dans

les

Cedren., Chron., p. 527;

J.

Malal., Chron., XIII,

Dindorf.j Elles paraissent avoir été élevées après la

p.

328, éd.

mort de ce

Le nombre des prétendues victimes égorque grossir, à mesure que l'on s'éloigna

prince, par ses ennemis.

gées par Julien ne de l'époque où

d'immoler des trailles a été

fit

les faits

hommes ou

On peut

prien

le

des enfants pour interroger leurs en-

presque toujours adressée aux magiciens. Cf. PhiTynn., VII,

loslrat., Vit. Apollon. '

pouvaient être contrôlés. L'accusation

cil.

consulter à ce sujet ce que

magicien

dans lesquelles

fait dire à

il

la

légende de S. Cy-

ce confesseur delà

foi

des pratiques

avait été engagé avant sa conversion. (Bol-

233 et suiv.) A en croire ses aveux, les magiciens auraient coupé en morceaux, étouffé, étranglé, pour leurs horribles sacrifices, desenfants à la mamelle land., Act. Sanctor., 26 septemb., p.

;

ils

auraient tranché

la tête à

des étrangers, violé des

des libations de leur sang, enfin

imaginables. Mais ces tous

les

prodiges que

toutefois à noter

Milhra

*

le

ne paraissent pas plus fondés que

même saint

que Cyprien

et fait

toutes les abominations

déclare avoir opérés.

dit avoir pris part

G. Cédrénus {Chron., éd. Bekker,

pareils forfaits

adonné

faits

commis

fllles

t.

Il

est

aux mystères de

II, p. I)

accuse de

Constantin Iconomaque, qui passait pour s'être

à la magie.

S. Augustin.,

stncer., p.

I-i2, et

De

Civit. Dei, VIII, 19

passim.

;

Ruinard, Act. Martyr,


CHAPITRE gicien

C'est qu'en effet

et les chrétiens

il

VI.

n'y avait entre les païens

qu'un dissentiment dans

noncés pour obtenir

noms prol'exaucement de leurs vœux et les

l'accomplissement des prodiges. Ces prodiges, tout

monde

le

croyait alors à leur réalité; nul ne mettait en

doute leur existence. Mais ce que les païens attribuaient aux dieux, les chrétiens le rapportaient aux

démons ^. Ceux-ci refusant d'adorer

les

antiques divi-

nités de la patrie, et cependant opérant des miracles,

étaient

pies

pour

les

premiers des enchanteurs et des im-

païens qui persistaient à ne demander qu'à leurs dieux aide et protection étaient pour les néo5

les

phytes des suppôts de Satan. La lutte dura tant que les temples et les autels du paganisme furent debout. Crédules adorateurs des divinités de

Rome, de

la

Grèce, de l'Asie et de l'Egypte, philosophes néoplatoniciens, pleins de foi dans la théurgie, magiciens qui

demandaient à toutes *

Origen., Adv. Cels.,

*

«

III,

des formules

§ 29, 57, et passim.

magi faciunt miracula, aliter boni chrismali christiani; magi per privatos contractus, boni

Quapropter

tlani, aliter

les superstitions

christiani per

aliter

publicam justitiam, mali christiani per signa pu-

Augustin., De Divers. Quœst., LXXXIII, quaest. 79, § 4, ap. Oper., t. VI, col. 71.) Nous trouvons un échantillon de la puissance thaumaiurgique prêtée aux magiblicîE juslitiae.

»

(S.

ciens dans l'histoire de saint Jean I'Évangéliste, écrite en copte, et qui n'est vraisemblablement qu'une version du livre de Pro-

chore.

On

y voit

un magicien du nom de Noëtius

puissance surnaturelle

avec

l'apôtre,

lutter

en

ressusciter douze prê-

Bacchus, changer en sang l'eau avec laquelle saint Jean baptisait les catéchumènes. (Voy. Ungarelli, Mgyptiac. codic. tres de

Reliquiœ ex Bibliolheca Nanianat f^sc. 11, p. cccx et sq. Bononiae, 1785.)


149

LUTTE DU CHRISTIANISME AVEC LA MAGIE. de conjurations, des recettes pour leurs sortilèges,

commun,

taient unis contre l'ennemi

s'é-

le christianisme.

La

résistance se prolongea jusqu'au sixième siècle, et

le

triomphe de

défaite définitive des puissances infernales.

que

les

démons

comme la On raconta

nouvelle fut regardé

la foi

en poussant des cris

s'étaient enfuis,

lamentables, des idoles où

ils

étaient cachés pour re-

cevoir les adorations des mortels

que

*,

les oracles

ces esprits impurs abusaient les consultants par leurs

que

mensonges étaient devenus muets

les

airs,

qu'on supposait remplis de leurs légions, avaient été

de

purifiés par le signe 1

«

et

que leurs

Les esprits impurs, écrit Minutius Félix {Octav., 27), qui,

d'après les philosophes, les

mages

démons, remplissent, sans être symboliques que

De

Tertuliian., eccles., Il,

Jud.,

rédemption^,

la

8;

visibles, les statues et les flgures

la superstition a

Tdol., 3 et

lui-même, sont des

et Platon

H;

consacrées.

Voy. à ce sujet

»

Apolog., 23; Sozomen., Hist.

5; Socrat., Hist. eccles.,l, 5; Hist. SS. Siînon. et S.

Bartholom.,

1, 2,

Cod. pseudep. Novi

ap. Fabr.

Testam.; Tischendorf, Acta apostolorum apocrypha , p. 236, et passim. Cf. ce qui est rapporté dans la vie de saint Grégoire,

évêque d'Arménie (Bolland., Act. Sanct. col. 2), et

,

xxx

sept., p. iil,

ce qui est dit à ce sujet dans Caspar. Barthii Adver-

saria, V, 5, p. 2591 et sq. 2

Voy. Euseb., Prœp. evang., XV,

c.

S. Saturnin., ap. Ruinart., Act. prim.

Cette opinion était,

du

reste,

empruntée

xvi, sq.; Act. martyr.

Martyr,

tonicienne. Plularque fait dire à Cléombrote

mons

qui président à

cles finissent aussi

la

ou

sincer., p. iôO.

à la philosophie :

«

Lorsque

néoplales

dé-

divination viennent à périr, les ora-

perdent de leur vertu lorsque les démons s'enfuient et transportent ailleurs leur habitation. {De ,

ils

Oracul. Defect.y 15, 16.) 3

Epist.

ad Ephes.,

I,

21,

Jérôme signale comme une docteurs que l'air est rempli de

II, 2.

opinion universelle parmi les

S.


d50 CHAP. presliges seul

VI.

désormais impuissants s'évanouissaient au

nom du

démons

— LUTTE DU CHRISTIAN. AVEC LA MAGIE.

Christ

ad Ephes., Ul,

{Episf..

6.

Cf.

Euseb., Prœp, evang.,

VII, 9; S. Athanas., De. Incarnat. VerbiDei, 21).

On

croyait

leur rébellion,

que

que

les

démons avaient

du firmament dans

et ipse sciens se per

la

26;

Vit. S. Anton.,

été précipités, après

région sublunaire.

«

Deni-

superbiam de celœstibus corruisse,

et in

hune caiiginosi aeris carcerem trusum. » (Julian Pomerii, De Vit. 1

p.

Conlempl., ap. S. Prosper. Oper., 111, col. SO.) Origen., Adv. Cels., I, 10: S. Gregor. Naz., Orat. IV, 56,

102.


CHAPITRE

Vîl

PERSISTANCE LA MAGIE ET L'ASTROLOGIE AU MOYEN AGE. DES RITES PAÏENS DANS LA MAGIE.

Les temples abattus, les idoles renversées, sophie hellénique proscrite,

le

dans

les

était détruit

mais à

-,

mais

la foi

la philo-

polythéisme

officiel

dieux, réduits désor-

condition de démons, dans la vertu des rites

la

qui avaient jadis constitué leur culte, n'était pas en réalité déracinée. Italie, elle perçait

En Grèce

,

en Asie Mineure

en

encore dans une foule de supersti-

pour échapper à la couvraient d'une apparence de chris-

tions populaires et d'usages qui

proscription, se

,

,

tianisme. Les fêtes par lesquelles on avait auparavant

célébré les antiques

dans

le culte

étaient

divinités

transportées

des saints. Ces solennités, qui plaisaient

au peuple par leur caractère bruyant ou enjoué \ se sanctifiaient ainsi et trouvaient grâce devant l'intolérance des orthodoxes. L'Italie, et surtout

l'Italie

méri-

dionale, garde encore empreinte dans ses solennités

du paganisme. Des processions ont remplacé les théories qui s'accomplis-

religieuses la trace

au

même

lieu

saient en l'honneur des dieux, dont les saints ont recueilli l'héritage'^.

1

«

culte populaire de la

madone à

Elhnici quidem scopum fesli in epularum copia positum

aeslimant,

»

écrivait S. Alhanase (Epistola festalis

Mai, Nov. Bïbliolh. *

Le

Patrum,

C'est ce qui s'observe

t.

,

V, 3, ap.

VI, p. 57).

notamment

à

Teora (l'ancienne Théo-


152

CHAPITRE

VII.

Naples procède certainement de celui de Vesta et de Gérés'.

La fameuse procession de

dans laquelle

les pèlerins

la

Madonna

delVarco^

reviennent en dansant

la

au son retentissant des instruments, où chacun orne son front de lierre, de fleurs et agite de véritables thyrses décorés de noisettes et de chatarentelle,

pelets

^ où

les dévots, livrés

à une

folle hilarité

,

sont

montés sur des chariots garnis de feuillage, est un reste des pompes champêtres par lesquelles on fêtait Cérès Libéra et Bacchus ou Liber son époux. Des lampes brûlent dans chaque chaumière napolitaine, ,

devant l'image de la Vierge qui a succédé à celle des dieux Lares 5 ces images vénérées se transmettent de père en fils et sont regardées comme le palladium de la famille

5

on

les

implore en toute occurrence, on

compte sur leur protection plus que sur celle de Dieu, et on les voile toutes les fois qu'on médite quelque action déshonnête ou coupable dont on craint qu'elles ne soient irritées. Dans notre France, les pardons, les rica), dans le canton de Massa.

La procession qui

nuellement à S. Baccolo de Sorrenlo, a remplacé avait lieu au temple de Surrentum pour célébrer et les habitants de Massa continuent,

en

comme

se rend

an-

théorie qui

la

le lectisterne,

à cette époque, à

faire les frais, et doivent fournir les théores

de vivres et de

vin. 1

Voyez ce que disent de ces

fêtes, Virgile (Georg.,

I,

337, sq.),

XXXIV, 3, § 7). l'ancien temple de donnent à Vesta le nom d'église Romains Les de la Madone du Soleil. 2 Dans les bacchanales les dendrophores ou Ihyrsophores Ovide {Fast., VI, 261-281) et Pline [Hist. nat.,

,

portaient de jeunes arbres chargés de fruits et auxquels étaient

suspendus des animaux. (Athen., Deipn., V,

p. 201.)


LA MAGIE ET

l' ASTROLOGIE

AU MOYEN AGE.

ducasses, les kermesses, conservent aussi

1^3

un caractère

day subsista longtemps des usages qui l'Evantent de temps antérieurs à l'établissement de toujours gile des pompes ou processions en faisaient tout païen.

Il

^

comme pour les fêtes

fond

le

païennes, et l'on y portait

d'ordinaire quelque image qui avait remplacé

l'an-

cienne idole ^ L'habitude italienne d'honorer d'un culte particulier les vierges et les saints de certaines églises , ce que

noms de Notre-Dame de

montrent

les

Maria in

Ara

Lorette , Santa

Maggiore, est em-

cœli, Santa Maria

pruntée au polythéisme romain, qui célébrait à certaines époques la fête des divinités de tel ou tel temple ^

En

Sicile, la Vierge prit possession

de tous

les sanc-

tuaires de Cérès et de Vénus, et les rites païens prati-

qués en l'honneur de ces déesses furent en partie transportés à la

«En Grèce 1

,

mère du Christ ^.

écrit le

voyageur Pouqueville *

madame Clément, née Hémery,

Voy.

viles et religieuses

,

la Vierge

Histoire des fêtes ci-

de la Flandre, 2^ édit., 1856; A. deMartonne,

Fêtes du moyen âge, p. i, sq. (Paris, 1855). Cf. toire des religions de la Grèce antique, t. II, p. 173.

les

* C'est

romain

:

mon His-

ce qui ressort des expressions d'un ancien calendrier «

Spei ad forum, Saluti in colle, Sol indigelis in colle,

Dianœ in Aventino, Opi

in Capllolio,

»

etc.

Voy.

Mommsen

Inscriptiones regni Neapolitan. latin., n° 6748, p. 582. 3

Voy.

la liste

destruction *

de ces temples dans A. Bougnot, Histoire de la

du paganisme en Occident,

Voyage de la Grèce, 2« édit.,

t.

t.

II, p.

271.

VI, p, 143. Les Serbes don-

nent de

même

Marie

direction des éclairs, à S. Panleleimon celle des

la

pêtes. Voy. L.

à S. Élie la direction

du tonnerre,

Ranke, History of Servia,

transi,

à la vierge

tem-

by Mrs. Kerr,

p. 66. 9.


,

154

CHAPITRE

VII.

qui a remplacé l'astre d'Aphrodite, ouvre les portes de l'aurore, les quarante saints ramènent le rossignol et le

printemps; S. Nicolas calme

c'est S. Spiridion; S.

les

tempêtes à Corfou, :

George protège

laboureur et

le

bergers recommandent leurs troupeaux à S. Démétrius,qui est plus débonnaire que Pan, et il n est pas de nom inscrit dans la légende auquel

moissons;

les

les

on n'attribue quelque influence heureuse. » S. Elie, vénéré sur les montagnes a été substitué au Soleil {Heïios), que Ton adorait sur les cimes qu'il dore de ,

ses feux.

Antoine a de son côté pris la place de Cousus ou de Neptunus Equester le dieu des courses *. du cirque; il est devenu le patron des chevaux On pourrait citer en Orient un grand nombre de

En

Italie, S.

^

Les descendants des adorateurs de Cérès offrent aujourd'hui à Notre-Dame des Épis qu'on présentait jadis à les prémices de la moisson

pareils

transports.

,

déesse la Terre

la

^ Non -seulement

les saints

du

diviparadis se sont partagé les attributs des antiques nités,

Une le

mais

les

dieux ont parfois été changés en saints.

foule de saints apocryphes ont recueilli à la fois

nom de

la divinité etl'héritage

de son culte.

L' Aïdo-

Voy. ce que dit du culte de S. Antoine madame de Staël dans grandes fêtes du cirque sa Corinne livre IX. Les consualies, ou [Magni circenscs ludi) se célébraient à une époque rapprochée '

,

date actuelle de la fête du saint, et l'on y faisait courir aujourd'hui. des chevaux libres, comme cela se pratique encore Q^ffs^ roni., (Dionys. Halic, Ant. Rom., I, 33, H, 31 ; Plutarch.,

de

la

H, Ad «

45; Ovid., Fast.,

111,

199; Tertull., De Spectac, 5; Serv.,

Firg. jEn.y VIII, 63S, 635.)

Annales des Voyages, 2» série,

t.

XXVI,

p.

554.


LA MAGIE ET

neus de TÉpire

l' ASTROLOGIE

devenu

est

155

AU MOYEN AGE.

S. Donat, la déesse Pelina

S. Peiino, la Félicité publique, sainte Félicité, etc.

pourrait

composer tout un

Les processions et

On

livre sur ce sujet*.

les prières

que

faisaient jadis les

prêtres et les augures pour les vignobles, les plantations et le salut

du peuple

forme nouvelle dans l'eau bénite,

les

,

furent consacrées sous une

Le signe de croix,

Rogations

Agnus Dei remplacèrent comme

les

On

talismans, les charmes et les incantations^.

Consultez à ce sujet les intéressantes dissertations de M.

*

de Ring, dans ques;

le

la

Revue

Alsace, intitulées

savant antiquaire nous y montre

substitué à celui de

Dea Pelina,

la

la

pour saint Roch née de

'a

culte de San Pelino

le

déesse des Péligniens; la

légende et du

rita

coronœ une sainte,

Psychostasie t. I,

p.

237

il

s-

Marga-

l'étoile

inte Marguerite. S. Michel a remplacé

rappela», les attributs. Voy.

et les divir dés

et suiv.), c-tM.

dévotion

la

;

culte d'Esculape; le

de Thésée, Hippolyte, Jevenant un saint, et

Mercure, dont

Max

Etudes hagiographi-

:

fête de sainte Félicité -remplaçant les Juvenalia

fils

leur

mon Mémoire sur la

psychopompes[(isins la Rev.archéolog.,

de Ring, Quelques Notes sur

les légendes

Michel [Messager des sciences historiques de Belgique, année 1855) voy. aussi mon livre intitulé Croyances et Légendes

de

S.

:

;

de

l'ariliquilé. p. 2

Cicer.,

8

On

555 et suiv.

De Legib., Il, 9une foule de prodiges qui ont été opérés par

a rapporté

seule vertu

du signe de

croix. Les sorciers prétendaient, par leurs

enchantements, pouvoir ouvrir sans clef les serrures y parvint, en usant S.

Columb.,

c.

du

;

S.

Colomban

seul signe de la rédemption (Cumin., Vit.

xxv). Voyez, sur la prétention qu'avaient

ciers d'accomplir

le

la

même

prodige,

Superstitions of Scotland, p. 2*0.

J.

Graham

Au

lieu

Dalyell,

les sor-

The darker

de conjurer

les

tem-

pêtes par des sortilèges, les chrétiens le faisaient en présentant la

croix

aux quatre points cardinaux

Voy Mengus, Flagellum daemonum,

et en jetant

p. 208.

de l'eau bénite.


CHAPITRE

456

VII.

con-

mêmes effets tour à tour précatoires et Dieu, ceux des anges, juratoires. Les noms hébreux de prêta les

ceux des d'Abraham, de Salomon, furent substitués à qui figuraient dans divinités grecques ou orientales», prenait plus les phylactères et les abraxas. On ne les

consultait les Ecrià Préneste^ mais on plus belle lettre avec la tures au hasard ^ on tirait à la des saints, qui s est conBible. De là l'usage des sorts Les oracles s'étaient tinué pendant bien des siècles ^ confesseurs et des martyrs tus mais les tombeaux des

sorts,

comme

les avaient

prophètes la

demande à

au heu de remettre aux la cédule sur laquelle était consignée

remplacés

faire

-,

et

aux dieux*, on

la déposait

sur le

au peuple remonte trèsL'usage des Agnus Dei distribués 82 Alcuin., De P^/tc., c. xix, haut (voy. Concil. quinisext., can. theolog.,^- Xoms Dei, t. 1); n 482,elJ.Lorich., Thesaur.nov. vers qu on sont énumérées dans des les vertus de ces amulettes a l'emperomain envoyé par le pape Urbain V lit au cérémonial desursnm déAgnus Dei , y est-il dit , fulgura reur des Grecs. peccatum frangit , virtutem destruU peint et omne malignum undae. ignis, defluctibus eripit 106. 1 Voy. ce qui a été dit plus haut, p. ;

V

^

Cicer.,

De Divinat.,

logie, p. 561.

II,

Rœmische Mytho41, 85. Cf. Preller, vt

iro

Oper., t. Vi, p. ibJ. Raban. Maur., De Magorumprœstigiis, de des saints, dans les Mémoires Voy Dubesnel, Sur les Sorts XIX, p. 28;, et inscript, et belles-leltres, t. l'ancienne Acad. des Mémoires de la Société des antiquaires Nicias Gaillard, dans les 3

Geschichteder HcxenS9 et suiv. Cf. So\df,n, procédé de divination se raliacha.ent processe, p. 84. Au même vers d HoVirgiUanœ, ou divination par les les sortes Homericx et était l'avenir consultation de mère et de Virgile. Ce mode de appelaient Bat/i-koL un reste de celui que les Hébreux {Hist. eccles., V, 14.} * Voy. ce que dit Grégoire de Tours.

de l'Ouest,

1. 1, p.


tombeau du

saint

la réponse*.

;

que

peu de temps après,

le saint

donnait

marmottait des patenôtres sur

On

blessures k guérir effets

157

AU MOYEN AGE.

l' ASTROLOGIE

LA MAGIE ET

2,

aux reliques tous les rapportait aux charmes et aux

on

l'antiquité

les

attribuait

talismans'.

aux Cette substitution des pratiques chrétiennes fois que ceux-ci rites païens s'accomplissait toutes les surtout étaient de nature à être sanctifiés. Elle avait la Grande-Bi clieu dans les pays tels que la Gaule, les faits cachés L'usage de jurer sur les reliques pour découvrir critique des praiiétait aussi fort général. (P. Lebrun, Histoire qiies sîiperstitieuses, S^édit., 1

t.

Il,

Ul

p.

Jadis, au puits de Sainte-Tègle,

et suiv.)

mahommes un

au pays de Galles,

lades qui venaient consulter la sainte offraient, les

les

femmes une poule; celle volaille était placée dans un panier et promenée autour du puits puis portée dans le cimetière. Le malade entrait alors dans l'église et se mettait sous il reposait là la table de communion, une Bible sur la tête; coq et

les

,

jusqu'au jour; puis, ayant fait une offrande de six pence, il retournait chez lui, laissant l'oiseau dans l'église. Celui-ci venait-il à

mourir,

il

était censé avoir pris la

tant, et la cure était regardée

5« série, 2

t. I,

p.

comme

maladie du consul-

opérée. {Rev. Britanniq.,

364.)

L'Église défendit cependant ces pratiques.

Rome

sous Grégoire

II,

Le concile de

en 721, interdit l'usage des phylactères;

les Pater de sang, ou chapelets ayant la vertu d'arrêter les hémorragies furent également condamnés par les théologiens.

Voy. P. Lebrun, Histoire critique des pratiques superstitieuses, 2e édit., 3

Voy.

t.

I,

p.

594.

comme exemple

ce que Grégoire de Tours rapporte de

Gondovald [Hist. Francor., VII, la foi que les Hellènes ont dans l'usage tout idolâtrique qu'ils t.

VI, p. 159.)

31), ce

que

dit

Pouqueville de

les reliques (à-j-ta Xetil^ava), et de en font. {Voyage enGrèce, 2« édit.,


158

CHAPITRE Vr

tagne,

la

Germoniot et

contrées septentrionales, où

les

l'Evangile ne fut prêché qu'^of^z tard,

oiî les

croyances

païennes se montraient plus vivaces et plus rebelles. L'Eglise elle-même avait engagé ses apôtres à ce

promis avec

superstition populaire

la

* -,

aussi

com-

en trou-

vons-nous encore aujourd'hui des traces nombreuses dans nos campagnes. Le denier de Caron se dépose en

bouche du mort^, la statue du plongée comme celle de Cybèle dans le bain

certains lieux dans la saint est

nom

d'un

de S. Grégoire le Grand, Epist. 76,

lib. II.

sacré*, la fontaine continue à recevoir au

1

Voy.

Cf. S.

les paroles

August., Epist. CLV, ad PublicoL; Bed. Venerab., Hist.

aumoyenâge, p. 17. Dans plusieurs communes du Jura, il y a quelques années encore, les gens de la campagne plaçaient sous la têle des morts une croix de bois à laquelle était attachée une petite pièce de eccl. Angl.,l, 50, et ce

que ie

dis àans les Fées

*

monnaie.

Monnier,3/œM/s

usages singuliers du Jura, p. 22.) Dans le Morvan, les paysans continuent à placer une pièce de (D.

monnaie dans le Morvan, i. 3

la

et

main du défunt avant de

l'enterrer. (Baudiau,

1, p. 53.)

Grégoire de Tours {Hist. Francor., IV, 49; De Glor. conmentionne au pays des Gabali un lac situé près du

fess., 2),

mont Hélanus, où

les

habitants venaient tous les ans jeter des

offrandes; cet usage a persisté dans

Saint-Andéol, près

le

mont d'Aubrac.

monuments antiques de

la Lozère, dans les

d'agriculture de la ville de

Conformément

à

la

Mende

un ancien usage,

baignaient solennellement dans

même

contrée au lac

(Voy. Ignon, Notices sur les

Mémoires de

ann. 1859-1840,

,

les habitants

la Société

161.)

p.

de Perpignan

Têt, en vue d'obtenir de la pluie, les reliques de S. Galderic et de divers autres saints.

(Henry,

le

Guide en Roussi l Ion

,

le

p.

122. Perpignan, 1842.

Allemagne, on plongeait jadis dans l'eau bain et de S. Paul

,

heureuses. Voy., sur

dans

la

la lotio

les

images de

pensée que cela rendait Matris

Deûm,

S.

)

En Ur-

les fêtes

Ovid., Fast., IV,


TA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE.

159

comme

à une

saint les offrandes qu'on lui offrait jadis divinité*,

même

les oracles

façon que

se

prennent à peu près de

le faisaient

n'est pas jusqu'au culte

nos ancêtres païens^, et

du phallus qui

sous une forme détournée

tiiié

136, sq.

;

n'ait été sanc-

Prudent., in Martyr. Roman., V, 158, sq., et

existe

11

il

^.

Histoire des religions de la Grèce antique, >

la

t. III,

mon.

p. 101.

un grand nombre de ces fontaines sacrées en Bre-

tagne. A celle de Sainte-Eugénie, on jetait pour offrande des épingles. (Habasque, Notions historiques sur les Côtes-du-Nord, t.

m,

p. 7.)

A

la

fontaine de Saint-Elian, dans le comté de Den-

bigh, se tenait jadis sorceler autrui allait

une sorte de la

sibylle

;

nom de

un

la

fontaine, et l'opération était

tenue pour assurée. {Revue britannique , 5* série,

m, 3

1. 1,

Observations on popular Antiquities

,

publish. by Ellis,

190 et suiv.

p.

On

,

p. ô6S.)

moyen âge,

Voy., sur les procédés de divination usités au

Brand t.

gardé à cet

livre

l'individu sur lequel on prétendait jeter le sort;

on lançait une épingle dans

2

en-

trouver et lui donnait une petite rétri-

bution; la sibylle enregistrait alors dans effet le

celui qui voulait

a

signalé en divers lieux des vestiges

du culte du phallus,

culle qui s'est conservé en Orient chez les Ismaélites. (Ferd. Ter-

gouvernement de Méhémet-Ali,

rier, la Syrie et le

263.) Voyez

p.

ce que M. Uhrich rapporte d'un phallus conservé à la chapelle

de Saint-Vit ou de Saint-Fix , près de Schwilzerhoff. Le saint est invoqué par les femmes pour devenir fécondes et contre plusieurs maladies. (Mémoires de l'Académie de Metz,

1851,

dans

204

p.

année 1850-

et suiv.) Cf. ce qui est dit de la pierre des épousées,

les Alpes. (D.

Monnier, Traditions populaires,

p.

792.)

A

l'é-

glise de Moutier, en Bresse, une pierre reste d'un ancien phallus, et

qu'on

ayant Gcogr. auesi

la

nomme

la

pierre de S. Vit, est encore regardée

comme

vertu de donner delà force aux enfants. (D. Monnier,

hist.

de

la

Séquanie.)

Les

statues de S. Vit furent

substituées aux idoles et aux hermès que les anciens

étaient dans l'usage de placer à la Jonction des chemins

[viae).


160

CHAPITRE

VII.

Toutefois l'Eglise dut souvent lutter contre

un

re-

tour trop prononcé à ces superstitions dangereuses, et si elle les

accueillait sous le couvert d'un saint, elle les

condamnait aussi \ quand elles tendaient à faire dégénérer le culte en cérémonies licencieuses ou ridicules ^. C'est ce qui arriva .

et de Tâne ^ ,

pour

la fête des fous, des innocents

pou r quelques pieuses orgies locales comme

Les fêles des calendes de janvier furent

1

dues par

les

nommément

défen-

Pères et divers synodes. Voy. A. Beugnot, Histoire

de la destruction du paganisme en Occident,

La preuve de l'horreur qu'avait, dès

t. II, p,

le

321 et

siiiv.

principe, l'Église

pour ces solennités licencieuses se trouve dans un des Ser-

mones dominicales publiés par nova Collectio dit

«

:

e

le

cardinal Mai {Scriptor, veîerum

Vaticanis codicibus, in-4°,

Hœc enim opéra non christianorum

t. III,

p. 158).

sunt, sed

Il

y est

paganorum;

«

pagani enim, qui et genliles vocantur, deorum suorum, id est

«

Jovis, Saturni, Minervae et Veneris, festivitatem colentes, post

«

immensam

cibi et

potus voracitatem turpesque commessatio-

«

nés, ad theatrum, quod et lupanar vocatur, foras civitatem

«

conveniebanl... ad banc igitur turpitudinis immunditiam, ut

«

Orosius Paulus narrât, idem diabolus,

«

provocabat, ut cui solvebant sacriûcium de viciimis anima-

«

lutum... Diabolus enim poUius et

«

immundum

M

est, fratres,

«

die. » (Serm. II, 2

quem

immundus

colebant, illos

est, pollutuni et

sacrificium sibi requirit.., Propler hoc

ab hac

et

cessandum

ab omni mala consuetudine prsesenti

In Quadragesima.)

Les images licencieuses s'étaient singulièrement multipliées,

tant dans les bas-reliefs des porches et des chapiteaux des églises

que sur

les stalles

des chœurs. Ces représentations furent dé~

fendues par divers papes, notamment par Urbain VIII, dans sa bulle Sacrosancli, et par

le

concile de Trente. Voy, Die Biblische

Warheil in Gegensxtze zu den P^erirrungen der Malerei. Augsbourg. 1858. 3

toire

Consultez à ce sujet

Du

Tillot

,

Mémoire pour servir à

de la fêle des fous (Lausanne, 1741), in-4°;

l'his-

et d'Artigny,


161

LA MAGIE ET l'aSTBGLOGIE AU MOYEN AGE. la diablerie

de Chaumont.

En

plaçant d'ailleurs tous les

divertissements populaires sous le patronage des saints, le peuple légitimait des désordres et retournait à l'idée

antique qui personnifiait en autant de divinités nos vices et nos

mauvais penchants*.

été poussée à

On sait jusqu'oui avait

Rome et en Italie la divinisation des moin-

dres actions humaines,

quel incroyable cortège de

dieux accompagnait l'homme depuis sa conception jusqu'à sa mort. Bon nombre de ces divinités inférieures

,

énumérées par TertuUien ^, Arnobe

Nouveaux Mémoires d'histoire, de

et saint

critique et de littérature,

t.

IV,

Bourquelot, V Office de la fête des fous (Sens, 1836); A. de Martonne, les Fêtes du moyen âge (Paris, 1852). Beleth, qui vivait à la fin du douzième siècle [De Divin. Offic^ p,

278

et suiv.;

Lxxii et cxx), rapporte qu'il y avait certaines églises où les prélats jouaient aux dés, à la boule, et dansaient et sautaient avec

c.

leur clergé. (De Martonne, o.

c,

p. 25.)

Des restes de ces fêtes

païennes associées aux cérémonies de l'Église subsistèrent longtemps en Espagne dans les autos sacramentarios que l'on repré,

sentait à Noël et à

la

Fête-Dieu, sortes de farces dont

le

grand

dragon appelé Tarasca était l'accompagnement indispensable, et pour lesquelles Lope deVéga a exercé son inépuisable verve. (Voy. la note de Pellicer à son édition de Don Quixote, t. IV, p. 105, 106, et Ticknor, History of spanish literature,

t.

II, p.

212.)

Toutes ces fêtes semi-chrétiennes et semi-païennes ont persisté

dans l'Amérique du Sud. 1

moyen âge

Ainsi, par suite des repas qui se célébraient au

en l'honneur des fêtes de S. Nicolas, de S. Urbain, de S. Martin, ces saints finirent par être regardés

comme

les

patrons de la

bonne chère, et on célébrait dans des chansons la protection qu'on leur attribuait sur

les

amis des

plaisirs

de

la table.

Voy.

Éd. du Méril, Poésies populaires latines du moyen âge, p. 198. * Voyez ma note sur la religion des Latins dans Guigniaui, Religions de l'antiquité,

t. II,

part. 3, p. 126 et suiv.

11


CHAPlïUE

1G2

VII.

Augustin, se perpétuaient sous des tirés

du calendrier

tique religieuse

noms nouveaux

pénétrer dans la pra-

et faisaient

nombre d'observances

puériles

ou

obscènes.

Tout ce qui

se passait

dans

les

temples ou dans les

cérémonies publiques pouvait, grâce au contrôle de l'Église, être assujetti à une certaine discipline ; mais les

occupations domestiques, les

vieilles superstitions se

perpétuaient en toute liberté

dans

ne

et

privée

la vie

,

que s'enraciner davantage. que se sont conservés jusqu'à nos jours di-

faisaient

C'est ainsi

vers usages païens. Je ne parle ni desétrennes* ,ni du carnaval^, dont tout le monde connaît la provenance anti-

Voy., sur l'usage de s'envoyer des présents à l'époque des Chrysostome saturnales, M\. Spartian., Uadrian., 17. S. Jean 1

cérémonies païennes qu'on continuait à célé[fn Kalencl., Oper. brer de son temps aux calendes de janvier, s'élève contre les

t.l,p. 698.) Cf.Tillemonl, «'

Mém. sur

l'hist. eccles,, 1. 111,

p.21

i.

partie des usages observés par les Romains aux luperpassé dans les amusements du carnaval. Ces fêtes se

Une

cales ont

même époque, au mois de février. (Voy. Plularcb., Rom., 68; Serv., Ad JEn., VIII, 343. Ovid., Fns/., Il,

célébraient à

Quœst.

la

xxu

Cf. Prelier,

Rœmische

; 267, sq.; Censorin., 7-)e Die natal., mentionne un ancien Mythologie, p. 518, 347, sq.) D'Arligny et qui paraît se rapporter usage existant à Vienne, en Dauphiné, littérature et de lupercales. [Nouv. Mémoires d'histoire, de

c.

aux

Brand, Observations on poEllis, t. I, p. 44.) Les lupercales pular Aniiquitics, publish. by habitants de l'Italie effet une des fêles auxquelles les critique

,

t.

IV, p.

510

et suiv. Cf. J.

furent en

attachés, et qui résistèrent le plus à la se montrèrent le plus

dont se voyaient frapper les cérémonies païennes. Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en

proscrii)tion

Voy. A. occident,

t.

1,

p.

273

et suiv.


163

LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE. que,inais d'autres pratiques

moins publiques qui ont été

moins signalées. L'habitude de soubaiter la bénédiction deDieu à unepersonne qui éternue est un reste de superstition romaine. Tibère exigeait même qu'en voiture on ne manquât pas de saluer l'éternueur*. Le tintement d'oreilles était pour les anciens, comme il le fut longtemps parmi nous, un signe que l'on parlait de celui qui l'avait éprouvé^. L'emploi des charmes pour faciliter les

accouchements persista longtemps en Europe

notamment en Écosse^ On recourait

et

pour écarter

tains signes particuliers

mauvais œil

et

bûche de Noël

de

la fascination*.

aussi à cerles effets

du

La consécration delà

se rattache à l'idée

consignée dans

la

mythologie antique, que le bonheur des individus peut être attaché à

un

cérémo-

tison ^ Et presque toutes les

germaniques

nies qui, dans les contrées

Scandi-

et

naves, se célébraient à l'époque de cette fête, encore

désignée par son

nom

païen

XXVIH,

^,

tirent leur origine

1

Plin., Hist. nat.,

*

Fronton, et M. Aurel., Episiol.^ éd. Mai, Mb.

*

Voy. à ce sujet

la

v.

Graham

J.

de

Dalyell,

II, v.

The darker Superstitions

of Scoiland, p. 448. Cet auteur a noté la similitude de ces charmes avec ceux qui étaient pratiqués dans l'antiquité. (Cf. Pausan., IX,

H,§2;

Anton. Liber., Metam., 29.)

S.Martin. Arelat. DeSuperst., § 28; S. Augustin., De Docirina christiana, § 30; Gratian., Décret., 26; Quœst., 2. Voy. *

ce qui a été dit plus haut,

Metam., « C'est

IX,

^

;

le tréfoir

p.

49, de la fascination. (Cf. Ovid.,

Plin, Hist. nat.,

ce que montre

jadis appelée iions

292-501

ou

la

XXVHI,

xvii.

légende d'Althée. Cette bûche était

Brand, Observa-

tison de Noël. Voy. J.

on popùlar Antiquities, publish. by

loule, lole, loel ou Geôle. (Bed.,

Ellis,

t.

I,

De Tempor.

Sh. Turner, History of Anglo-Saxons, append.,

1. 1,

p.

255.

ration. p. 223.)

Cf.

De


164 fête

CHAPITRE

du

VII.

solstice d'hiver et de la

se montraient à cette

croyance que

les

dieux

De même

époque aux mortels

Saint-Jean se rattachent à l'ancienne fête du solstice d'été ^ qui persista sous cette forme feux de

les

même

les

la

Slovaques ont transporté à

la

Pentecôte

fête de leur dieu Tyr, Turici. (Schafarik, Slavische t.

58. Cf.

I, p.

mon ouvrage

intitulé

:

les

le

nom

de

la

Alterthûmer,

moyen

Fées du

âge,

Guillaume Hermann qu'en GrandeBretagne, les fêtes de la nuit de Noël étaient celles de Modreniesl, ou la nuit la plus longue, laquelle datait de l'époque païenne,

On

p. 56.)

voit par le trouvère

(Delarue, Essai hisloriq. sur vères,

t.

II, p.

272.)

let,

bardes, les jongleurs et les trou-

En Finlande,

la fête

du louluesi

aussi de-

de Noël. (Léouzon Leduc, la Finlande, introduct., paysans croient encore que les diables p. cxix.) A Guernesey, les surveille deNoël, se montrent de préférence à la Saint-Jean et à la souvenir évident du culte des dieux en ces jours-là. (Redstone,

venue

celle

Guernsey and Jersey Guide, 2^ édit., p. 101.) 1 Dans toute la Germanie, on célébrait une fête à l'époque des plus longs jours; cette fête, après l'introduction nisme, fut tour à tour identifiée à la Saint-Jean et à ,

Vindiculus superstUionum,

c.

la

mentionné dans

xv. La fête des longs jours {Osler-

le jeuer, Easter) fut aussi assimilée à Pâques, d'où

à ce jour chez

le

Pentecôte.

en frottant l'un contre

y allumait le nothfeuer ou nodfyr l'autre deux morceaux de bois. Le nodfyr est

On

du christia-

nom imposé

populations germaniques. (Voy.

J. Reislie,

Untersuchung des bei den alien Teulschen Nodfyr, Leipzig, 1696; Brand, Observations on popular Antiquities, publish. by Ellis, t. I, p.

Athanase nous dit en effet que les païens célébraient l'époque de Pâques par des festins. {Epislola

90 et

{ethnici)

suiv.). S.

/ëstoto,XIX,§ 2, ap. Mai, Nov. Bibliothec. Patriim, «

Les feux de

la

Saint-Jean étaient

si

t.

VI, p. 134.)

universels en France, qu'il

(Voy. est à peine besoin d'en citer ici des exemples.

mon

ouvrage

Les Fées, p. 56.) Cet usage paraît dériver de ce qui s'obser\ait auxPalilies ou fêtes de Palès, dans lesquelles les bergers allumaient des feux de

joie.

Tibull., il, 5, V. 88, sq.;

(Diouys. Halic, Ant. Rom., I, 88; Propert., IV, 4, v. 75, sq.;

Schol.


LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE.

comme une

foule d'autres fêtes naturalistes, celle de

végétation ou de la plantation des

la

iG5

mais^ Enfin

SOS. Cf. Preller, ad Pers. Satyr., I, 71 ; Ovid., Fast., IV, 79S, la Saint-Jean Rœmische Mythologie, p. 567.) En Irlande, la fête de culte en Ecosse, Beltin; elle se rattache au s'appelle Baal-tinne,

popular Antichez les Celtes. (Brand, Observations on et suiv.) En Sardaigne, les quities, publish. by EUis, t. I, p. 167 pratiques qui remon^ feux de la Saint-Jean sont accompagnés de Voyage en Sardaigne, tent aux fêtes d'Adonis. (Voy. La Marmora, ces mêmes 2= édit., t. I, p. 264-265.) Dans toute l'Allemagne, deutschen Mythologie feux sont en usage. (Panzer, Beitrag zur La fêle de l'Epiphanie, où l'on allumait aussi

du

soleil

p.

215 et suiv.)

solaire (Guilielm. episc. des feux de joie, se rattachait à une fête fut transporté à la comParis., De Legib., c. xxvi), dont le nom la date mémoration de l'adoration des mages, bien que, d'après

de

lieu à pades Innocents, cet événement n'ait pu avoir mettre en époque. Les feux de la Saint-Jean passaient pour Vhieraciuvioxi et jour-là, démons, qui apparaissaient ce

la féie

reille

fuite les

soleil, et qui figurait épervière, plante auparavant consacrée au pour ce mol\î herbe rites alors pratiqués, fut appelée

dans

les

c'était une des nombreuses de la Saint-Jean ou fuga daemonum; dans leurs enchanteplantes employées jadis par les druides

(Martin. ments, d'où l'expression des herbes de la Saint- Jean. Tyrol, on croit encore que Arelat!, De Superst., §§ 8, 9.) Au les feux de qui trouve un trèfle à quatre feuilles pendant celui la

Zingerle, Saint-Jeau, peut opérer des enchantements. (I, V. Zeitschrift fur deutsche Myles superstitions du Tyrol, dans

Sur

thologie, publié par J.

W.

Wolf, 1833,

t. I,

p. 236.)

de la Voy., sur les restes de la fêle de Maia dans le centre sur archéolog. et histor. France, Pierquin de Gembloux, Notice 1

Bourges,

p.

U7

;

et sur la féie de la

Histoire de Provence, p. 103. Cf.

Monnier

t.

II, p.

Maye, en Provence, Bouche,

566; Noyon, Statistique du Vor,

et Vingtrinier, Traditions populaires

com-

la

503. Des usages analogues existaient en Angleterre à mai. CBrand, o. c, t. 1, fête du Hobby-day, plantation du

p.

123 et suiv.)

parées

,

p.


CHAPITRE

KU) il

n'est pas jusqu'à Tusiige

la dépouille

VII.

de clouer sur les portes

des animaux sauvages

au renversement de

la salière

un

et d'attribuer

'

effet funeste qui

ne

date des temps païens^.

Le catholicisme s'appropria donc de gré ou de force une grande partie des idées et des cérémonies empruntées aux religions polythéistes qui l'avaient précédé. Tout ce qu'il repoussa énergiquement comme trop décidément païen

comme impur

,

comme

contraire à ses dogmes,

et impie, se réfugia

dans

la

magie,

la

démons, qu'on n'adorait plus au pied des autels furent donc encore invoqués

sorcellerie et l'astrologie. Les

quand

il

s'agissait

de découvrir l'avenir, d'opérer quel-

que maléfice. Ces démons eux-mêmes on leur attribuait la figure que les anciens avaient prêtée à leurs divinités infernales, car THadès et le Tartare des ,

Grecs avaient fourni aux chrétiens les traits sous lesquels leur imagination se peignait le séjour de Satan.

Déjà plusieurs Pères de l'Église s'étaient appuyés des récits des anciens pour établir la réahté de l'en 1er.

Clément d'Alexandrie cite les mythes racontés par Platon'^ Eusèbe en fait autant et reconnaît dans la description de l'Hadès donnée par

philosophe celle

un rostrum lupi à porte des maisons de campagne, comme un moyen de conjurer

1

la

Ou

le

Plin., Hist. nat., XXVIII, 44.

clouait

les maléfices. •i

Voy. à ce sujet

J.

Grimm, Deutsche

Myl/iologie

,

2« édit.,

p. 107!2. 3

atromat., V,

p.

tend retrouver dans

de

575; le

l'enfer des chrétiens.

t.

Il, p.

700, éd. Potier, Clément pré-

tableau tracé par Plalon.tous les détails


167

LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE.

du

hommes

séjour de la perdition'. Cependant les

sont avertis par les écrits des sages et les oracles de

la

un fleuve de feu et un marais ardent préparé aux méchants pour un supplice éternel, écrit poésie qu'il y a

et le docteur chrétien ajoute

Minutius Félix

ces

:

choses ont été sues et par les réponses des démons, et

par celles des prophètes.

Ces rapprochements entre l'Hadès des Grecs, et le Schéol, la Géhenne des Juifs, étaient d'autant plus naturels

que

beaucoup

les traditions

eux-mêmes lesquels

ils

récits

de l'Orient, et

se figuraient la vie future.

les

avaient

les Juifs

pris à l'Egypte et à l'Assyrie

lation opérée, les

méchants

des poètes helléniques rappelaient

les fables

^

les traits

Une fois

l'assimi-

néophytes appliquèrent au séjour des

noms

païens de Tartare et d'Enfer"*. Les

de l'antiquité passèrent alors forcément dans

Prœp. evang.y XI,

Octav. 4. Les païens faisaient habiter leurs mécliants

()4a>coJa'u.&vE;)

3

dans

séjour ténébreux de l'enfer où

morts. (Voy. Varron., Fragm., éd. Bip.

On ne trouve chez

idées vagues sur les

le

p.

le

Schéol. (V. Obry,

tèrentdelaChaldéeladoctrine de

1,^3.

rebusque futuris,

t.

Cf. F.

la

et par

le siège

p.

litury.

les prières

Aleman.,

de

t. I,

312.) captivité

,

que des

del'dine chez

479.) Les Juifs rappor-

métempsycose.

(Josepii.,/l««.

Bœttcher, De Inferis post

applicjué

de Paris

(///si.,

o. c. p.

mortem

311). Les

à l'enfer par

Abbon, dans I Aug.,p.^-0

l'Eglise. (Voy.

p.

515

j

V,5).

(Cf. Bolland., Act.

Honorius d'Autun (De Imagin. mundi,

que dans

démous

eflrayaient

aux Egyptiens bon nombre de leurs idées

Ce nom de Tartams

poëme sur

ils

De r Immort,

sur l'autre vie. Voy. ce qu'écrit Tacite

son

la

Dresde, 1816. Nicolas,

1.

Juifs avaient aussi pris

*

p.

avant

les Israélites,

Héb reux, Acad. de la Somme, 1859,

Jud., XVIII,

les

369, éd. Viger.

1

2

les

sous

Gorbert

Mabilloû..

37), se trouve jus-

1,

De

,

Monument,

reter.

Liturg. gallican.,


468

CHAPITRE

VII.

légendes chrétiennes. La poésie sacrée demanda de

même

à celle des Grecs et des Romains

On y

de l'Enfer Styx^,

le

la

p. 21 4, 299.)

les descriptions

replaça le Phlégéthon, le Cocyte et

barque de Caron^ et

les

monstres depuis

Les Grecs chrétiens adoptèrent de

même le nom païen

d'Hadès, k^tç. (Theophylact. Bulgar. episcop, , In Luc. 16, ,

^

Dans

les épiiaphes

en vers, on remarque

l'emploi des images de l'enfer

empruntées

Voy. notamment l'épitaphe de Sobon

dixième

siècle.

la France, 2

t.

,

.)

chrétiens

à l'antiquité païenne.

évêque de Vienne au

[Mémoires de la Société archéologique du midi de

H,

229.)

p.

Honorius d'Autun [De Imagin. mundi,

Phlégéthon et

cliez les

p. i 61

I,

37) n'oublie pas le

Styx dans sa description de l'enfer, puisée en

le

Raban Maur, dans une de ses hymnes, parle du CocyteetdesCharybdes qu'on trouve au Tartare,

grande partie chez les anciens.

où Satan est enchaîné avec sa troupe rebelle {Oper., t. V, p. 787). S. Chrysostome [Adv. Oppugnaior. vitx monastic. H, 10) repousse toutefois cette assimilation de l'enfer païen à l'enfer chrétien. les

On peut

faits et

poëme de Nicolas de Bray sur de Louis VIII, et par un passage du Roman

juger par

gestes

de la Rose (v. 19990,

t.

le

III,

p.

248, éd. Méon) combien les

descriptions que les anciens avaient données des enfers étaient

devenues populaires en France, grâce au crédit qu'elles y rencontraient.

Le souvenir de la barque de Caron se montre manifestement dans la vision de l'ermite Jean au sujet du roi Dagobert, 3

vision qui est représentée à l'abbaye de Saint-Denis sur son

tom-

beau, et que nous racontent les Grandes Chroniques de Saint-Denis (liv.

1,

c.

XIX,

t.

I,

p.

581 et suiv., éd. P. Paris). La nef où

diables conduisent l'âme du roi n'est

de l'infernal nocher. Dante

Michel-Ange

l'a

la

les

barque

transportée dans son Enfer, et peinte dans sa fresque du Jugement dernier. Elle l'a

se retrouve à Orviette dans le

de Luca Signorelli (

évidemment que

,

et figure

même

sujet exécuté par le pinceau

au tombeau de Dalmacius à Sémur.

Laborde, Monum. de la France,

t. II,

pl. 161.)


l' ASTROLOGIE

LA MAGIE ET

longtemps inventés par

la

169

AU MOYEN AGE.

peur'. Les représentations

des enfers que les artistes anciens exécutaient sur les portiques^, sur les vases ^ sur les monuments funéraires

^

furent confondues par les chrétiens avec celles

du séjour des anges rebelles. Elles impressionnaient vivement les imaginations auxquelles elles se retraçaient ensuite dans des visions et des rêves regardés

comme autant de révélations ^ et ces visions ne faisaient Les chrétiens ont placé dans leur enfer le dragon de Proserpine (Nonn., Dionys., VI, A, sq.), les centaures, les scyllas, les »

hydres,

comme

Virgile et Stace l'avaient fait pour le leur, et dont,

au dire de Démosthène

(

Adv. Aristogit.,

I,

p. 786), les peintres

Jadis, méchants tourmentés. dans la procession des Folies de Dunkerque, Proserpine était figurée avec les diables (madame Clément, Histoire des fêtes du département du Nord, p. 73); à Reims, Cerbère était représenté

montraient dans l'Hadès

les

près de Satan et de Lucifer. (Leberthais et Paris, Toiles peintes de la ville de Reims, 2

1. 1,

p. 289.)

Telle était la peinture de l'Hadès,

due à Polygnote, qui se

voyait au Lesché de Delphes (Pausan., X, c.xxviii), et celles

l'empereur Adrien avait

fait

exécuter à Rome. (Spartian.,

que

Ha-

drian, xxv.) ^ On peut voir de ces représentations sur le célèbre vase de Canosa {Annal, de l'Instit. archéol. de Rome, 1837, t. IX, tav.

d'agg.

i),

sur celui de

la collection

Pacileo, à Naples [Ârchxolo-

gisch. Zeitung, 1844, n" 14, pl. 13), sur

un autre de

la collection

Jalta {[bld., pl. 15). *

Ces scènes infernales se rencontrent sur les urnes et dans

les peintures

étrusques; on y voit figurer une partie des mons-

que Virgile

tres

et

Stace placent aux enfers. Plante (Captiv.^

V, 4, 1) fait allusion à Italie s

:

Vidi ergo

Tels sont la vision

S. Cyrille de celles

la

fréquence de ces représentations en

multa sœpe picta. d'Eusèbe de Crémone, rapportée par

Jérusalem {Oper., éd. Touttée, p. 57S et

suiv.),

de S, Eucher, évêque d'Orléans, de Bernold (Frodoard., 10


470

CHAPITRE

que

VII.

croyance à tout ce cortège d'horreurs et de tourments jugés indispensable pour épouvanter les fortifier la

méchants. Les bouches des volcans et

breux qui étaient pour continuèrent

l'antiquité des portes

de l'enfer

naturellement d'être regardés

donnant accès à

*

comme

Le Yésuve, l'Etna, au moyen âge pour de

l'infernal séjour.

étaient encore pris

l'Hécla

les antres téné-

Rhem.fWl, c. 3), ae sainte Christine. (Bolland.,i4c^.,n JuL, p. eSl.jVoy., pour l'histoire des visions du même ordre, Th. Wright (S. Patrick's Purgatory, p. 104 et suiv.). Certains au-

Hist.

teurs ont soutenu que Dieu envoyait de temps à autre ces visions infernales, pour inspirer aux

Achmet., Oneirocrit.,

hommes une

Artemid., Oneirocr., éd. Rig.

9, a[>.

Cette opinion toute païenne (voy.

*

la Grèce antique,

t. II,

492)

p.

crainte salutaire. Voy.

est

mon

JJist.

des religions de

adoptée par Tertuliien [De

Pœnitent., 12)et S. Grégoire leGrand (iVora/., IV, 35j. S.Pionius., selon l'acte de son martyre disait

p. 1-42),

que

les

f

Ruinarl, Act. pt im. martyr, sincer.,

volcans et les sources sulfureuses sont

des soupiraux de l'enfer. Voy. ce que rapporte Cédrénus

comp.f

p.

(

Hist.

242) des flammes qui sortaient du mont Besbius, au

temps de Vespasien, et que certains chrétiens savants déclarèrent être envoyées par les diables. le Vésuve est donné comme l'entrée Damien rapporte que Pandolfe, prince de Capoue, subissait au fond de son cratère les supplices de la damnation, récit reproduit sur le compte d'autres personnages. (Cf. Radulph. Glaber., Chron., II, 7.) Suivant une légende racontéo. par César d'Heislerbach {Miracul., XII, 13), Berthokl duc do

Dans quelques légendes,

*

de

l'enfer. Pierre

,

Za^hringen, fut brûlé par les diables, après sa mort, dans

le fesi

de l'Etna, supplice inllige à plusieurs après lui. G. Peucer assui

que

l'on

entend de temps en temps près de l'Hécla

les

f

gémisso

ments des damnés. (Cf. Saxo-Grammaticus, éd. P. Er. Muiloi, praef., p. 16, 17.) Rusca {De Inferno, 1, 59, p. 95) s'appuio sur tous ces témoignages

,

pour faire des volcans des entrées de


LA MAGIE ET

l' ASTROLOGIE

171

AU MOYEN AGE.

véritables soupiraux de l'enfer. Certàins théologiens

prêtèrent foi à ces superstitions et les accréJitèrent

par leurs écrits trice,

en Irlande

païenne

-,

de

est

même

d'origine

Egypte, l'impression profonde

tretenue sur peintures de

On

les l'

saint

Pa-

purement

une métamorphose du vieil enfer druimoines ont fait le purgatoire chrétien'^.

c'est

dique dont les

En

Le célèbre purgatoire de

si

longtemps en-

nombreuses

imaginations par les

Amenti

^

ne s'étaient pas non plus

effa-

aux divinités malfaisantes qui tourmentaient l'àme du mort et la forçaient à l'aveu de ses fautes* on mêlait une foule de traditions cées.

continuait de croire

;

l'enfer.

Typhon, que

anciens plaçaient sous l'Etna (Pindar.,

les

Pijth., V, 2o), était

devenu le diable, et les forges de Vulcain où se fourbissaient les armes de la justice divine. La preuve en est dans le curieux traité de Rusca sur l'enfer

celles 1

[De Jnferno 1621

.in ^o).

et

Statu dsemonum ante miindi exitium,

Ce théologien, dans la description

libri

r, Milan,

en donne, s'autémoignages de Virgile, d'Ovide, d'Apollonius de Rhodes et d'autres poêles. Le recueil des lieux communs des moines Maxime et Antoine, qui fut jadis trèsrépandu, et où se trouve confondu tout ce qui avait été dit des deux qu'il

torise à tout instant des

en-

fers, a

dù puissamment contribuer

à

perpétuer

païennes. (Voy. Antonin. et Maxim., Sermones, éd. 1609.) *

Ce purgatoire

était

1

les ,

croyances

46, p "

un véritable nécyomantéion , au temple de Jupiter Typhon

252 *

comme

celui qui existait en Épire

, par lequel l'on descendait aux enfers pour consulter les sorts. (Luc. Ampel., Miracul. mundi, 8.) Voy. Th. Wright, S.

Pairick's Pur-

galory, London, 1844.

Les peintures de l'Amenti ou enfer égyptien étaient placées sur les cercueils, dans les rituels funéraires qu'on y déposait' elles passaient ainsi sans cesse sous les yeux du peuple. * Dans l'Amenti, des génies armés de couteaux gardaient les 8


CHAPITRE

172 tirées

de

la religion

pharaonique à

et des solitaires, histoire

acteur

VII.

dont

le

l'histoire des saints

démon

est le principal

*.

du palais d'Osiris, le roi des morts. (Leemans, monuments égyptiens du musée de Leyde, p. 246.)

vingt et une portes lettre sur les

Les supplices les plus variés et

les plus affreux y étaient infligés

Leaux méchants. (ChampoUion, Lettres sur V Egypte, p. 233; Plusieurs normant, Musée des monum. égyptiens, pl. 12, n° 8.) assimilés par les de ces génies de l'enfer furent naturellement les Égypchrétiens aux démons. Fidèles à ces antiques croyances, dans l'enfer l'âme tiens après leur conversion, s'imaginèrent que est interrogée par les

tième

et le

démons sur

quarantième jour qui

sa conduite passée. suit la

mort,

ils

Le tren-

célébrèrent

errants, et des messes pour les morts qu'ils supposaient encore sortes de différentes qui devaient, selon eux, passer par quarante démons, avant d'être admis à genoux au tribunal du Christ.

(Vansleb, Histoire de l'Église d'Alexandrie, ch. xxxvi et XL, la 140.) Cette opinion était visiblement empruntée à p. Osiris, croyance égyptienne que l'âme, avant d'arriver devant

m,

contre des qu'elle adorait à genoux, avait successivement à lutter

sur monstres ou génies infernaux (voy. E. de Rougé, Études

le

1860, p. 79) rituel funéraire des Égyptiens, Rev. archéologique, assesseurs d'Osiris et à redouter le châtiment des quarante-deux

debout, la qu'on voit peints ou sculptés sur les sarcophages, plume de la justice sur la tête et le glaive à la main. (Voy. E. de 2^ édit., Rougé, Notice des monuments égyptiens du Louvre, 116.) L'usage de l'Église

p.

copte rappelle l'opinion adoptée

l'âme erre près par certains rabbins, que, pendant douze mois, invisible demeure. des tombeaux, sans pouvoir entrer dans son fol. 182.) Berachoth, Tract. {Mischmat-CJiaym, II, 22, p. 81 ;

Les révélations de S. Pacôme dont de curieux fragments ont été traduits du copte par M. Ed. Dulaurier (Paris, 1835), nous présentent des restes nombreux des vieilles croyances de 1

,

l'Egypte. Les anges y ont seulement pris la place et le rôle que les les dieux jouent dans les mythes funéraires consignés dans textes égyptiens (voy. p. 16, 17).

Une autre compositionapocryphe


LA MAGIE ET

l' ASTROLOGIE

AU MOYEN AGE.

La transmission des croyances ne pouvait qu'avoir pour

effet

173

relatives à l'enfer

de perpétuer l'emploi

démoniaques qui s'y des conjurations, des évocations devins, rattachaient étroitement. Les astrologues, les pratiquer sorciers, continuèrent dans l'ombre à

les

mystère dont ils s'environnaient de les imagiplus en plus ne fit qu'agir davantage sur leur art

,

et le

nations.

Vainement

l'Église leur disait qu'ils perdaient leur

par ce commerce avec les démons ; vainement menaces terelle accompagnait ces avertissements de ses ribles que le législateur séculier sanctionnait par

âme

décrets

:

la superstition résistait

à tout. La curiosité

uns, chez les autres le désir de se venger d'un chez un rival ou d'un ennemi, sans être découvert-, grand nombre, celui de s'enrichir, de prospérer sans

chez

les

travail et sans effort, d'assouvir ses convoitises: tout

cela était plus fort

que

les défenses

canoniques et les

menaces de la loi. Une foule de témoignages prouvent que les pratiques magiques et divinatoires se sont continuées jusqu'à une époque oii le polythéisme semblait avoir totalement disparu. L'entêtement pour des rites

païens transformés en opérations magiques s'ob-

servait surtout

dans le fait

même

en Occident.

idiome, la Vie de Joseph de Nazareth

(

ibid., p. -2o),

des décans égyptiens des démons, des monstres aux formes

variées, qui s'efforcent d'emporter l'âme de Joseph. C'est

mythe antique; on

pour mot le graphie apocryphe du

même

le

mol

retrouve dans une autre bio-

personnage. (Voy. Thilo, Historia

Joscphi fabri lignarii, arabice, codex apocryph. Novi Tcstam-f t. I,

p. i et sq.) 10,


CHAPITRE

»

En

VII.

Orient, quoique les empereurs sévissent parfois

Tancienne rigueur, cette pénalité terrible n'empêchait pas des malheureux de s'obstiner aux superscavec

titions

magiques*.

Il

n'est pas jusqu'aux pratiques

de l'aruspicine qui n'aient été remises aussi en usage par la créduHté populaire ^ En 717, peu de temps après l'avènement au trône de Léon l'Isaurien, les habitants de Pergame, assiégés par les Sarrasins, ouvrirent le ventre d'une

femme

enceinte et se livrèrent sur elle et sur son enfant à des actes dictés par la superstition la plus aveugle ^

Un

fait

rapporté par Léon

montre que Grèce, sous

la foi

aux augures

Grammairien

le

*

nous

encore générale en règne de Constantin Porphyrogénète.

le

était

Les monstres continuèrent, durant tout le Bas-Empire^ d'être pris, de même que dans l'ancienne Rome,

pour des présages funestes qu'on ne pouvait écarter qu'en leur donnant la mort. Une anecdote rapportée à

1

lib.

Voy. Evagr., Hist. eccles., Il,

Bekker,

c. XI, XII t. I, p.

lib.

V,

c.

Theophan., Chron.,

;

m

;

p.

Theophyl. Simocatt.,

213; Cedrenus, éd.

594.

Nicétas Choniales, qui vivait en 1206, dit que de son temps, en Asie Mineure, on devinait l'avenir par l'inspection des os séparés de la chair. {Thesaur. orthod. fidei, lib. IV, c. xlu, append. 2

2.)

L'usage de consulter

la

direction de la

fumée d'encens

existe en

Géorgie. Voy. Brosset, Additions et éclaircissements à VMstoïre de Géorgie, notice sur les saints Pères syriens sousPharasman V, p. 128. 8

* »

Nicephor., Breviar. hislor., cap. IX, § 4, Léon. Grammat., Ckronogr., éd. Bekker,

Theophyl. Simocatt.,

Grammat., éd. Bekker,

p.

lib.

326.

VI, c.

i,

p. 34. p.

513.

§ 3, c. 11

,

§ 1; Léon.


175

LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE.

propos d'un de ces monstres par Théophylacte Simo-

Egypte toute idée de

catta*, indique qu'en

sation «

du Nil

n'était point

la divini-

encore totalement effacée.

Sous l'empereur Maurice, écrit cet historien^,

il

pa-

un monstre tout à fait étrange. Menas, gouverneur d'Egypte, s'était rendu dans le Delta, pour une affaire qui touchait aux devoirs de sa charge. Marchant un matin sur le bord du fleuve, il vit s'érut sur ce fleuve

lever au - dessus des

grandeur

eaux

comme un homme

d'une

qui avait un visage de géant,

eff'rayante,

des yeux affreux, des cheveux blonds

entremêlés

de blanc, un visage dont l'ampleur rappelait le visage énergique d'un athlète, des reins de rameur, une poitrine large, des épaules de héros, des bras ner-

veux.

Il

ne se montrait que jusqu'à

la

ceinture-, le

du corps étant caché dans l'eau, comme s'il eût la même pudeur que les personnes honnêtes, qui ne montrent jamais leurs organes génitaux. Le gouverneur conjura le monstre, s'il était un démon, de s'évareste

nouir, sans troubler et sans inquiéter personne

;

et

s'il

un ouvrage extraordinaire de la nature, de ne se retirer qu'après que la curiosité aurait été entièrement satisfaite. Quelques-uns assuraient que c'était le dieu du Nil, que les fables ont rendu si célèbre. » était

La dernière phrase de ce passage de Simocatta montre qu'à la lin du sixième siècle, des gens croyaient encore à l'existence d'un dieu Nil, qu'on admettait, comme par le passé, qu'il apparaissait de temps en

1

Theophyl. Simocalt.,

-

Photius, Biblioth.,

lib. VII, c.

cocl.

525,

p.

xvi.

242.


CHAPITRE

176

VII.

forme d'un monstre; l'un des derniers même philosophes d'Athènes, Isidore de Gaza assurait

temps SOUS

la

vu de

l'avoir

ses yeux.

aux dieux, mais on consultait direction de la fumée les entrailles des victimes et la païennes de l'encens-, on inscrivait les noms des déités On ne talismans qui passaient pour les attirer.

On ne sacrifiait

plus

sur des

on conticroyait plus aux divinités de l'Olympe, mais prairies et nuait de révérer celles des fontaines, des d'être des bocages^ Hécate ou Diane n'avait pas cessé sorciers^; regardée comme la divinité ou le démon des

cérémonies consacrées jadis dans son culte étaient les devenues de simples enchantements*. C'était dans

les

s. Augustin.,

1

De

XXI, 6.

Civit. Deif

moyen âge, p. 19, Voy. mes ouvrages intitulés Les Fées du l'ancienne France, introd. (Paris, et les Forêts de la Gaule et de Vingtrinier, Traditions popu1857, in-40). Cf. D. Monnier et A. Traditions populaires comparées, p. 716 etsuiv.; Richard, 8

:

laires

139. de l'ancienne Lorraine, 2« édit., p. airs en compa3 Les sorciers croyaient chevaucher dans les ecclésiastiques qualifiaient de gnie de Diane, que les écrivains 1, 29; S. Maxim.Taur., démon. (Burchard, Décrétai., Pair., t. IX, p. 401; Serm., XXXII, ap. Galland., Bibl. vet. t. II, CapituL, II, p. 36S. Cf. Lobeck, Aglaopham., Baluz., p.

1091, et

**

J.

Grimm, Deutsche Mythologie,

C'est ainsi

que

le sacrifice

du

en l'honneur des Lares, le jour de ou de Od. xxm, 2; II Sat., V, 14),

offrait

m,

gardé

comme une

Bell. Gothic, la

I,

p.

260

et suiv.)

porc (y«p&acpa^[a),

opération magique,

la

que

l'on

nouvelle lune (Horat.,

la fête

d'Hécate, fut re-

x.oipo[i.avTE[a.

(Procop., De

sacrifices de chiens faits à Hécate, 9, p. 165) Les l'aboiement de ces la déesse s'annonçait par

croyance que

au moyen âge que animaux, expliquent pourquoi on s'imaginait figure d'un chien noir. (Bolland., le diable prenai*, souvent la


AGE. LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN

177

qu'elle faisait de carrefours que les anciens croyaient * opinion fit adpréférence ses apparitions et cette moyen âge que c'était à la croisée des che-

mettre au

le mins qu'on courait surtout risque de rencontrer dans les malin esprit ^ Des lémuries se perpétuaient

lieux où

Ton supposait que revenaient des fantômes ^

Les Sabasies avaient été l'origine des contes sur

le

pour sabbat, dans lequel l'imagination concentrait évoainsi dire tous les souvenirs des rites païens*. Les maii, p. 436.) On disait Act. Sanctor., vi sept., p. 724; xxiv le notamment qu'il suivait sous cette forme le pape Gerbert; Cornélius Agrippa, chien appelé Monsieur, qui accompagnait pour lequel Hécate passait pour être le diable. Déjà Porphyre,

un mauvais démon, donne les chiens comme des symboles de méchants esprits. Voy. Euseb., Prxp. evang., IV, 23. 1 La déesse recevait pour ce motif les surnoms de Tpto(î'tTiî Trivia. Cf. J. Grimm, Deutsche Mythologie, p. 902. est

2

foule de contes populaires prouvent cette croyance.

Une

C'était dans les carrefours et au croisement des

appelait le diable. Voy.

derbrakel, dans

J.

W.

notamment

chemins que

l'on

légende du diable de Ne-

la

mederlandische Sagen, p. 551,

"WolfF,

n° 454.

Voy., sur des usages de la Montagne Noire se rattachant aux lémuries, France littéraire, 1839, p. 357, article de M. du 3

Chesnel. Les anciens s'imaginaient que les magiciens pouvaient

évoquer *

les

Que

le

lémures. (Horat.,

bouc

intitulé

Epist.

ii,

208, 209.)

sabbat dérive des Sabasies, qui étaient devenues des

cérémonies licencieuses où le

Il,

l'on adorait

Bacchus Sabasius, auquel

était consacré, c'est ce qui résulte d'un passage :

Josephi Hypomnesticum

,

c.

du

livre

cxLiv, cxlv, ap. Fabric.,

Cod., pseudep. Veter. Testam., t. H. Le diable, dans ces cérémonies, se montrait à ses suppôts sous la figure d'un bouc. Voy. Vit. S.

Radegundx, Bolland.,

sur l'origine des sabasies,

Act. Sanctor., xui august., p. 81. Cf.,

mon

Histoire_ des religions de la Grèce

12


'

o

CHAPITRE

cations faites au

nom du

VII.

diable, auquel les

noms d'une

foule de dieux païens avaient été transportés, s'accomplissaient suivant le même formulaire que les lliéurgistes et les

mages avaient

autrefois adopté*. Enfin des

sorciers continuaient de faire métier d'évoquer les tempêtes et de produire à leur gré la pluie Des devins et

des pythonisses trouvaient encore de crédules pratiques qui les interrogeaient tout en sachant que ,

condamnait leur coupable curiosité ^ a souvent cité l'énumération qui fut faite de

l'Eglise

On

ces pratiques, sous le titre d'Indiculus superstitionum

paganiarum, au concile tenu, dans le huitième siècle, à Leptines, dans le Hainaut. Ce curieux monument nous montre que tout le paganisme subsistait et

bien en réalité sous lerie.

Ceux qui

s'y

nom

de magie et de sorceladonnaient se rendaient dans des le

maisons retirées

(casw/<s),

sacrés

(fana)',

ils

antique,

t. III,

Sagarum

p.

103 et suiv.;

et sur le

Natiira et Potestate, Masburgi

Voy. à ce sujet

1

dans des endroits jadis cony faisaient des sacrifices à Ju-

J.

Graham

Dalyell,

sabbat, Scribonius, ,

i

De

588.

The darker Superstitions

of Scotland, p. S 26 et suiv. *

Ces sorciers, appelés tempestarii (S. Agobard., De Gran-

dine et Tonitru, V, i, 12, ap.Biblioth. veier. p.

270; Capitular. Karoli Magni,

I,

Pair.,

64, éd. Baluze,

1143), étaient en grand crédit chez

les

Goths

t.

t,

I,

XIV, col.

[Lex Visi-

goth, VI, 3) et existaient encore au seizième siècle. Voy. Sprenger, Maliens maleficarum , XI, 9, 2, p. 431, et J.

Grinim ' Deutsche Mythologie, 2» édit., p. 1041 et suiv. 3 Voy. ce que Grégoire de Tours rapporte d'une pythonisse qui exerçait exactement l'industrie de nos modernes somnambules. [Hist. eccl. Francor., V, U.)


179

LA MAGIE ET l'aSTKOLOGIE AU MOYEN AGE.

Mercure ou à quelque autre dieu ; ils pretiraient les sorts, évoquaient les naient les augures âmes, façonnaient avec des linges ou de la farine de piter, à

promenaient ensuite dans

petites idoles qu'ils

pagne, absolument

que

porta

les

les

mêmes

aux fontaines

Sulpice Sévère nous dit

gens des campagnes à l'arrivée de

le faisaient les

saint Martin dans

comme

Gaules

défenses;

^. il

aux arbres,

et

cam-

la

Le pape Grégoire

III

interdit les sacrifices

l'emploi

la divination,

des maléfices les rites magiques, en l'honneur de Jupiter,

de Bélus et de Janus, secundum paganam consue-

tudinem;

il

gradue

les peines et les pénitences selon la

gravité de ces pratiques coupables, et anathématise

ceux qui recourent à ces procédés réputés diaboliques et qui

adorent de

tulaires

la

sorte les

deCharlemagne

et

démons ^ Enfin

les

Capi-

de ses successeurs armaient

bras séculier contre tous ces restes d'idolâtrie

le

Les Francs,

1

même

après leur conversion au christianisme,

continuaient de prendre les auspices. (Gregor. Turon., Hist. eccles,, VII, 29.) 2

Sulpic. Sever.,

De

Vit.

B. Martini

,

c. ix.

En Allemagne,

l'usage de promener le vaisseau (navigium) d'isis se conservait

encore à Aix-la-Chapelle en

M 33.

(Rudolph., Chronic. abbatix

TrudoniSy \\, ap. Achery. Spicilegium,

S.

Lersch,

Isis,

freunden

in

dans

t.

II,

p. 70S. Cf.

Jahrbûcher des Sereins von AUerthumRheinlande, t. IX, p. H5; J. Grimm Deutsche les

,

Mythologie, p. 2i3.) La fête du Champ-Golol, dans les Vosges,

où on lance un

petit vaisseau, paraît aussi

remonter à

celle

d'isis.

Concil.y éd. Labbe, t. VI, col. 1476, 1482. Voy. l'analyse qui en est donnée par M. le comte A. Beugnol, Histoire de la destruction du paganisme en Occident, t. II, p. 552 8 *

et »uiv.


CHAPITRE

180

VII.

A peu près à la même époque où cela

se passait dans

maintenotre patrie, de semblables superstitions se l'abbé naient en Écosse, ainsi que nous l'apprend

Cuméanus

le

Sage

,

dans son

tentiarumK Quatre

traité

De Mensura pœni-

plus tard

siècles

Burchard de

,

les recueillant les défenses portées contre

Worms^

pratiques païennes par les conciles et les souverains

une

pontifes, dressa

liste

non moins complète que toute la science magique

YIndiculus, où reparaît de l'antiquité. En la parcourant, et croirait

lire

la

Horace

nous

don-

nent des opérations d'une magicienne.

On y

trouve

description

mentionnés

que

Théocrite

et

l'astrologie, les sortilèges, les présages,

l'offrande faite les oracles. Il

aux Parques,

y est plusieurs

les rites

observés dans sous le

fois question,

nom

de carmina diabolica, de prières adressées aux dieux, expression qu'on doit traduire par charmes diaboliques; car ces vers, ces hymnes {carmina), n'étaient plus,

pour ceux qui

les répétaient

les élans religieux

,

de simples formules magiques. frappé du caractère antique de toutes

la poésie, c'étaient

de

Burchard

est si

ces superstitions, qu'il s'écrie : in errore paganorum revolvitur.

A

recta fide deviat, et

Les empereurs chrétiens avaient été impitoyables envers les magiciens. Plus tard, les

mœurs

s'

étant

adoucies ou la crainte qu'inspiraient les maléfices »

Ap. La Bigne,

Maxim,

Cumeanus Scoto-Hibernus

veter. ,

Patrum

Collect.,

cognomine Sapiens

,

t.

XII, p.

46

;

auteur du sep-

tiènie siècle 2

Voy.

le

Mythologie,

passage de Burchard cité par édit., p. 23.

J.

Grimm, Deutsche


LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE. s'étant atténuée, rité;

on

se relâcha

181

de cette extrême sévé-

on se contenta de lancer Tanathème contre

les

païens endurcis, ou de leur imposer des années de pénitence, de les mettre, pendant

un

certain temps,

au

pain et à l'eau.

Qu'on ne croie pas, du

reste,

que ces superstitions

que chez de grossiers paysans, chez des ou des vilains qui croupissaient dans une incu-

n'existassent serfs,

rable ignorance

-,

elles

régnaient aussi chez

les

hautes

classes et parfois jusque

dans le clergé. Grégoire 111, dans son édit, s'adresse aux clercs comme aux laïcs,

Cuméanus, dans le traité déjà cité, élève les peines selon que les coupables de magie sont des laïcs, des et

sous- diacres, des diacres ou des prêtres. L'emploi des sortilèges et de la divination se rattachait d'ailleurs à tout les

un ensemble de croyances dont déposent

chroniqueurs et

les historiens,

Grégoire de Tours. Les comètes

encore au

moyen

presque par tout

1

âge. le

comme

\

II,

commencer par

les éclipses

^

étaient

dans l'antiquité, tenues

monde pour

Voy. Plin., Rist, nat.,

à

des présages de cala-

19. Cf. Theodot., Exccrpt.,

70,

ap.

Cleiii.

Ad

Scapul. de persecut., § o. « Cometis sunt stellae flammis repente nascentes, regni mutaiiones, aut pestilentiam,

Alex., Oper., éd. Potier,

t.

II,

p.

986; Tertullian.]

crinitae,

aut bella, vel ventos œstusve portendenies.» (Bed, Venerab,, De Ncuur. rerum, c. xxiv.) Voyez ce que disent dans sa Chronique Raoul Glaber (III, 3) et l'Astronome dans sa ^ie de Louis le Débonnaire. Cette croyance à la nature prophétique des comètes existait déjà chez les Juifs (Joseph., De Bell. Judaic. VI. V, 3). 2

Tertuliien

(Ad Scapul., 3) donne

les

éclipses

comme

présages sinistres. 11

des


182

CHAPITRE

VII.

niilés

ou de grandes révolutions, opinion qui

celle

de plusieurs Pères de

On

l'Église.

météores pour des signes de

fut aussi

prenait les

colère divine*.

la

On

armées célestes, les voir venir prêter aux hommes un appui miraculeux ^ On continuait de tenir les ouragans et les tempêtes pour l'ouvrage des esprits mauvais dont la

s'imaginait apercevoir dans

l'air

rage se déchaînait contre

la

d'Aquin,

le

les

grand théologien du treizième

cepte cette opinion, tout

comme

il

Thomas

Suint

terre.

siècle, ac-

admet

la

réalité

des sortilèges. La croyance aux revenants, c'est-à-dire à la possihiHté pour les âmes de sertir de leur séjour invisible, et de se

dans

montrer autour des tombeaux

les lieux inhabités, était aussi générale.

de l'antiquité païenne les plus

avec

le

éclairés, tout

dogme

Augustin

1

que

On

hommes

par les

était accepté

legs

en contradiction que cela fût

chrétien. Évode, dans sa lettre à saint

assure qu'on a vu des morts aller et venir

voit par S.

les

^

Ce

et

Maxime de Turin [Hom'U.,

y.

703,

éd. 1018)

c.

chrétiens admettaient de son temps qu'il était néces-

saire de faire

du bruit pendant

magiciens de nuire à l'astre

,

les

éclipses, pour eui|)êcber les

superstition toute païenne. (Cf. T.

XXXVl, 5 Juvenal., Sut. VI, 445 Tacit., Annal., l, 24.) 2 Voy notamment ce qui est dit au livre V des Grandes Chroniques de St-Denis; ce que rapportent les chroniqueurs Higord

Liv.,

;

;

pour l'année 1191, et Frodoard (années 955,954). Cf., pour

la

même

11

croyance dans l'antiquité, Plin.,

tilst,

nat.,

11,

XLix;

Mac/iab., V, 2. '

Voy., sur cette croyance presque générale chez les anciens,

Sueion., Caiig.,S9; Sallust., De Dits

In Homn. Scip., *

I,

et

MundOyC. xix

ix; Propert., IV, Eley.

;

Macrob.,

VU.

Ap. S, Augustin., Epiai. LVlll; ap. Oper.,

t.

IV, p. 449.


LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE. dans

maisons

les

et se réunir

dans

les églises

183

pour y

prier. Certains Pères

de l'Église n'avaient pas repoussé

cette superstition, et

Origène notamment paraît

cepter

^ Je pourrais rapprocher

auteurs païens et chrétiens

pour montrer

,

les récits

l'ac-

de bien des

à propos des revenants,

l'étroite filiation des idées

;

je

me

bor-

un seul exemple. On rapporte, dans la légende de saint Germain d'Auxerre, que le pieux évêque pénétra un jour dans une masure en ruine oii la rumeur nerai à

publique disait qu'il revenait un spectre. Saint Germain ne s'était point laissé effrayer par ces bruits 5

mais à peine devant cria

lui.

«

fut-il

entré que

Au nom

Saint-Germain.

le

fantôme se présenta

de Jésus-Christ, qui es-tu

? lui

Je suis, répondit le revenant, l'âme d'un mort qui n'a pas reçu de sépulture. » Et, sur la

preuve,

le

demande du

prélat qu'il

lui

en donnât

spectre le conduisit près d'un

la

amas de dé-

combres sous lesquels gisaient des ossements. Saint Germain se hâta de les faire rendre à la terre, et le spectre ne reparut plus^.

En

lisant cette

anecdote, ne croirait-on pas avoir sous les yeux une variante de l'histoire du philosophe Athé»

Adv. Cels.,Y\\,

c. IV, p.

697, éd. Delarue. Cf. S. Augustin.,.

De Cura gerend. pro inortuis, 10, ap. Oper., I, 6, ce que dit J. G. Mayer, Historia Diaboli, p. S39. 2

Bolland., Act. Sancior., xxxi jul., p.

2H

.

col.

523, et

Rapprochez

cetj.e

légende de ce qui est raconté du spectre que S. Élie Spéléote et S. Arsène chassèrent d'une tour en ruine (Bolland., Act.

Sam-

tor., XI sept., p. 806).

ntitulée

:

Il

faut consulier à ce sujet

la

dissertation

Le Retour des imrts, ou traité pieux qui prouve par

plusieurs histoires authentiques qtte les âmes des trépassés re viennent quelquefois par la permission de ùleu, sur timprimé à


184

CHAPITRE

nodore, rapportée par Pline

le

VII.

Jeune

* ,

ou une aventure

que Lucien consigne dans son Amateur de pour nous amuser ?

Tous

les

contes débités au

moyen âge

ou revenants avaient été apportés de l'Italie

fables,

sur les hans

la

Grèce, de

ou des contrées germaniques. Les

verw'ôlfe

des Allemands^, les loups-garous de notre pays, dont

nom

le

n'est

Normands*,

lubins des

les

nom germanique ^,

qu'une altération du les

vampires^ ou vou-

kodlaks des pays slaves^, fournissaient matière à mille

légendes tées

que

-,

elles étaient d'autant plus

aux démons permet-

les prestiges attribués

taient de croire

que

les

du diable, revêtir toutes

hommes;

et nouvelles

magiciens peuvent, par l'aide les

formes en vue d'abuser

et sur ces superstitions

Tolose en 1694, à la suite

sur

les

facilement accep-

du Recueil de

venaient se greffer dissertations anciennes

apparitions, les visions et les songes

l'abbé Lenglet-Dufresnoy,

t.

II

les

,

par

(1752).

»

Epistol. VIT, 37.

*

Voy. R. Leubuscher, Ueber die Wehrwœlfe und Thiefver-

wandlungen im Mitlelalter 8

(Berlin, 1840).

Voy. F. Bourquelot, Recherches sur la lycanthropie, dans les

Mémoires de la Société des antiquaires de France, nouv. série, t. IX, p. 192 et suiv. Cf. J. Grlmm, Deutsche Mythologie, 2* éd., p. 1048. *

Nydault, De la Lycanthropie. Paris, 1599, in-8.

Pluquet, Contes populaires de l'arrondissement de Bayeux,

2« édit., p. 14, 15. s

Voy. D. Calmet, Dissertation sur

nants

et

les

apparitions et les reve-

vampires de Bohême, de Moravie et de

Silésie. Paris,

1751, 2 vol. in-12. «

Ou

,

en tchèque

,

wlkodlah. Ce sont les Broucolacas des

Grecs. Voy. Pouqueville, Voyage de la Grèce p. 3'/5.

f

2® édit.,

t.

V,


LA MAGIE ET

l' ASTROLOGIE

animaux ont

toutes les fables dont les

i85

AU MOYEN AGE. été l'objet

aux

temps d'ignorance*.

On

verra d'ailleurs, dans la seconde partie de cet

men-

ouvrage, que des hallucinations et des maladies tales

contribuaient à accréditer ces contes, et

en étaient souvent

le

même

point de départ. Les histoires

de revenants se sont transmises jusqu'à nos jours. L'idée que la magie est

une œuvre diabolique

générale que les sorciers avaient

mêmes

les

démons dans

enchantements; mais cela

ils

les

fini

fut

si

par voir eux-

dieux évoqués par leurs

n'en demeuraient pas pour

moins confiants en leur

protection-,

ils

s'enga-

geaient à eux par des pactes^, et s'imaginaient aller

en leur compagnie au sabbat.

En

cela encore,

ils

ne

donnée antique, car les Romains croyaient aussi que l'emploi des tahsmans, des charmes, vouait ceux contre lesquels ils étaient employés aux puissances infernales. Maleficia guis creditur animas numinibus infernis sacrari^ écrit s'écartaient pas tout

à fait de la

Tacite ^

1

Voy.

G. Th. Grasse, Beitrage zur Literatur

J.

Mittelalters, part. *

La croyance aux pactes avec

au quinzième

und Sage

des

III.

le

diable se répandit surtout

au seizième siècle, mais elle était déjà accréditée au douzième et au treizième. Voy. Soldan, Geschichie dcr et

Hexenprcesse,

âme pour

p. 142. Le sorcier vendait au malin esprit son de l'argent, idée répondant à l'expression grecque

niv (fux^v àvTaXXâçaç toù xpuaîcu

marquait ses enfants, baptême. Voy.

comme

(Pollux, Onom. m, H2). Satan Dieu marquait les siens par le

G. Dalyell, Tlie Darker Superst. of Scotland p. 576. Soldan, p. 201. 3

Annal.,

II,

J.

lxix.

,


,

^86

CHAPITRE

Voilà

comment

se

VII.

forma une magie nouvelle, magie

purement diabolique, où les dieux du paganisme étaient remplacés par ce que nous appelons aujourd'hui les démons. L'enchanteur, loin de se croire un

homme

inspiré et divin, consentait, pourvu

cueillît toujours le bénéfice

à n'être plus

que

le

qu'il re-

de ses pratiques magiques,

jouet de Satan.

Ainsi, peu à peu, les antiques divinités de l'Orient et

de

la

Grèce furent, en

réalité, réduites

à

la

condition

de génies déchus et malfaisants, d'esprits surnaturels encore, mais d'un ordre inférieur, et dont la puissance était limitée

aux maléfices

et

aux enchantements. Ces

dieux, qui se montraient jadis à leurs dévots adorateurs

sous les traits d'un génie protecteur, ne s'offraient plus aux sorciers

du moyen âge que sous

la figure

de

démons*. Sulpice-Sévère dans la Vie de saint Martin, en parlant des apparitions qui leurraient nos crédules ancêtres alors païens, nous dit que le diable se faisait voir à eux, parfois sous les traits de Jupiter, souvent sous ceux de Mercure, plus fréquem,

ment sous ceux de Minerve

et

de Vénus ^.

Aux yeux

de l'historien ecclésiastique, ces divinités jadis

si

révérées, et dans les attributs desquelles on aperçoit le

Le diable, cet immortel vaincu du christianisme, résume dans sa large individualité toutes les traditions impures que le '

moyen âge

a

trouvées éparses dans

la

cendre du monde ancien.

C'est le représentant bizarre des vieilles religions évanouies de-

vant les clartés de étude historique, p ^

Nam

interdum

la

bonne nouvelle (Ant. de Latour, Lulher,

129). in Jovis

personam

,

plerumque Mercurii

persœpe etiam se Veneris ac Minervae transfiguratum vullibus ofiferebat.

De

Vit.

B. Martini

y

c.

xxiv.


LA MAGTE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE. reflet effacé

du

187

ne sont plus que des appa-

vrai Dieu,

rences démoniaques.

On

peut donc

le dire

moitié païenne au

hardiment, l'Europe était à

moyen âge

perstitions avaient pris

;

toutes les vieilles su-

un déguisement nouveau, mais

leurs traits n'avaient pas changé.

Gaule, de la Germanie, de

la

pays Scandinaves

la

et slaves

,

Les religions de

la

Grande-Bretagne, des mythologie de la Grèce

de Rome, vivaient d'ailleurs dans une foule de légendes populaires que Vérudition recueille aujouret

d'hui avec curiosité. Ces légendes, nombreuses surtout

dans

les

contrées germaniques, quoique

pénétrées

d'idées chrétiennes, sont presque toutes brodées sur

un fond païen. En Grèce, on rattache aux Pagania le

souvenir des rites polythéistes

monstres à tête d'àne représentait

comme

et

on appelle ainsi des à queue de singe que l'on

adorant

la

;

lune dans les carre-

fours, se nourrissant de reptiles, et dans lesquels quel-

ques-uns croyaient voir des juifs chercbant le Messie*. Les paysans de la Morée, de l'Épire et de la Thesadmettent encore l'existence des Esprits des fontaines, des Naïades, des Dryades et des Néréides ^. En salie

Crète, les pêcheurs prétendent avoir Vu quelquefois sur le rivage ces champêtres divinités ^ La foi

aux

Moipai

ou Mires

(les

Fala

latines) est générale chez lès

Léon. Allât. De Quorumd. Grxcor. Opinât., Jejunat., In PœnUenlial. , p. 88; Mmocanon '

,

c. xi

;

Joliari.

ed. Cotelier '

n°» '29\, 297, 417. 2

Léon. Allât.,

c.

xx, sq., ap., ejusdem, De remplis Grœ-

corumrecentiorib., p. 162, sq. (Colon. Agripp., 16-i5). » Robert Pashley, Travels in Crète, t. II, p. 215, sq.


••oo

CHAPITRE

Hellènes

^

on

les

invoque

sance des enfants

chansons 2,

et

VII.

on

et à l'union

les

conjure, à la nais-

des époux*. Dans leurs

Klephtes redisent mille fables dont l'origine est toute païenne. En Valachie, dans la contrée les

qui occupe l'emplacement de la Mœsie et de la Dacie Trajane, Diane n'a pas cessé d'être une déesse, et les fêtes jadis célébrées

en son honneur ne sont point ou-

bliées'.

En

France,

Faia ou Fatales de

les fées, les

l'anti-

quité*, confondues avec les druidesses, dont le souvenir ne s'était pas totalement effacé, les génies ou

Lares familiers, devenus des luitons ou des esprits servants

follets,

\

lutins, des

anciens druides et

les

bardes transformés en enchanteurs ^ remplissent

les

les

>

Pouqueville, Voyage de la Grèce, 2^ édit.,

*

Voy. Fauriel, Chants populaires de la Grèce moderne (Paris,

t.

Vi, p. 148, sq.

1824).

A. et Alb. Schott, Walaschiche Sagen, p. 296 (Stuttgart, 1845, in-8«). 3

Censorin., De Die Nalali, s

Voy.

mon ouvrage

c. viii.

intitulé

Les Fées

du moyen

âge, recherches pour servir à la connaissance de la mythologie gauloise. Paris, 1843. 6

C'est ce qui est arrivé

Merlin,

si

:

notamment pour

barde Merddin ou célèbre par ses prophéties (voy. Th. Stephens, The

JJterature 0/ the

Kymry,

210

le

et suiv.), et qui

occupe une si grande place dans nos romans de chevalerie. La légende lui a donné un démon pour père, comme nous l'apprennent Giraud p.

de Cambrie {Itinerar. Cambriœ) et un passage de

Nuremberg, imprimée en 1493,

fol.

la

Chronique de

cxxxviii. Cf. de

marqué, Contes populaires des anciens Bretons, 2^ p. 43 et suiv.; Galfridi de Monemuta, Vita Merlini, chel et Th. Wright. Paris, 1837.

la Ville-

édit.,

t.

1,

édit. F. Mi-


189

LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN AGE.

romans de chevalerie

En

et les fabliaux

Angleterre,

génies nocturnes des anciens Celtes, ont qui est arrivé légué leur nom au diable (i)ewce)^ ce esprits des eaux dont au^ssi pour les Nikr, Nick, Mx,

les Dusii, ces

légendes ont cours chez tous les peuples du nord

les

de l'Europe'-, le

mot composé Old Nick

devenu

est

le

sobriquet du tentateur.

En

Écosse et en Irlande, ce sont les Elfs, les Brow-

héritiers nies, les Cluricaunes, et bien d'autres génies,

des anciens dieux celtes, qui, dans les traditions populaires

et

paraissent sur le premier plan.

S

dans

pays Scandinaves,

les

la

En Allemagne

troupe de ces divinités

déchues, réduites au rang de génies mahns, de nains, d'esprits familiers est innombrable. Ce sont les Trolls,

ou Trolds, dins, les

les

Kobolds^

Gnomes;

leurs espiègleries et leurs

La verveine, qui jouait un druidisme

Elbes ou Aubes,

les

(Plin., Hist. nat.^

si

XXV,

grand rôle dans ix),

les

On-

malheurs

les rites

du

est devenue chez les des-

cendants des anciens Bretons la plante des enchanteurs (llysiaurs hudol), Vaversion du diable [cas gan gylhraul).

Les épopées du moyen âge, les romans de chevalerie sont remplis d'histoires d'enchantements et de magiciens, emprun1

tées

pour

la

plupart aux traditions celtiques antérieures

christianisme. (Voy, La Villemarqué, Les

Romans de la Table

au

inonde

elles Contes des anciens Bretons,\).iA^ ets., elF. VonDobeneck,

Des deutschen Mittelalters Volksglauben p.

176 et suiv. S. Augustin., De

*

Civit. Dei,

XV,

c.

her.

von Jean Paul,

xxm.

Cf. A. Maury,/r's

,

Fées du moyen âge, p. 89. 3

Brand

EUis, p.

,

t. II,

Observations on popular Antiquities p. 297. Cf.

J.

,

publish.

Grimm, Deutsche Mythologie,

456 et suiv. *

Voy. Brand,

o.

c,

t. II,

p.

279 et suiv. 11.

by

2^ édit.,


1%

CHAPITRE

VII.

défrayent une foule de contes qui ont été recueillis par

Grimm

les frères

et par divers

amateurs des traditions

populaires*. Les Nornes ou Parques du

Nord sont

devenues des sorcières, et nombre de divinités locales ont été métamorphosées en diables, en revenants'^; le

nom même^

de diverses divinités persiste encore sous

des formes altérées dans des usages ou des légendes locales.

Ainsi, à côté des êtres dont le culte a été consacré

enseignements du christianisme, toute une mythologie de second ordre, comme les DU minores

par

les

gentium des anciens, continuait de subsister dans récits populaires et les traditions locales.

n'étaient pas, au

démons-, on en

1

a

II

Sogen

et

Harz, de

paru depuis vingt ans en Allemagne une foule de ces de ces Mœhrchen. On a recueilli ceux du Holstein du ,

Thuringe, de

la

Suède, de la 2

la

Souabe, de

Lusace, de

la

la

Norvège, des Pays-Bas, de

Pomé-

du Neckar, de

Hongrie, de

la

la

la

la Servie,

Valachie, etc.

Voy.

de M.

les

des êtres intermédiaires

ranie, de la Prusse, des contrées allemaniques,

de

Ces divinités

confondues avec

reste, toujours

faisait parfois

les

J.

la

savante mythologie allemande [Deutsche Mythologie)

Grimm

(2* et 5« édit.), etF.-L.-F. von

Detitschm Mittelallers Volksglauben),

Dobeneck (Der

von Jean Paul (Berlin,

lier,

1815, in-12); F. Panzer, Beitrag zur dmlschen Mythologie (Munich, 1848). Le sabbat que tenaient en France les sorcières, héritières des derniers adorateurs d'Hécale, fut

parties de l'Alleniagne

komm, le

comme l'assemblée

regardé en certaines desElfs. Voy. E. Will-

Sagen und Mxhrchcn aus der Ol}erlausitz,

t. 1, p.

165,

Sabbat des Elfs au Sonnenberg. '

Sur

Voy.

comme

exemjjle l'intéressant travail de M. F. W^œste, les traces d'anciennes divinités subsistant dans le comte de

Mark

[Zeitschrift fur deulsche Mythologie^

t. I, p.

584

et suiv.).


AGE. LA MAGIE ET l'aSTROLOGIE AU MOYEN

de demi -dieux, entre l'homme et les anges, des espèces comme nous, de nymphes qui vivaient, souffraient

que la nôtre mais avaient une existence plus longue surnaturelles. Tel était le et possédaient des facultés de jadis éprouvé en Grèce les divinités sort qu'avaient

l'Arcadie, de la Lydie, de la Carie, de

que

la

mythologie hellénique et que

dieux eut prévalu,

la

Crète; après

le culte

des grands

elles furent réduites à la

condition

de simples héros, de nymphes et de génies. L'Église tenta de nouveaux efforts pour effacer ces derniers vestiges du paganisme. En 1389,1a Sorbonne s'émut de l'attachement que l'on montrait pour toutes ces chimères, et renouvela contre elles les défenses et conservé ses les anathèmes. Le célèbre Gerson nous a décisions dans

un

traité

contre l'astrologie

Les pra-

tiques de sorcellerie et de divination qu'il a relatées

reproduisent l'ensemble des superstitions déjà condamnées par l'Église, quatre ou cinq siècles auparavant.

Dante plaça dans un des cercles de son Enfer les astrologues et les devins. Et, au sentiment de compassion qui s'emparait de lui en face de ces curiosités

coupables punies par un étrange renversement corps humain, le poète fait dire à son guide:

du

Chi è piu scellerato di colui Ch'al giudicio divin passion porta.

C. XX, 29, 30.

1

Tractatus an liceat christiano initia rerum observare ex cœ-

lestium sidcrumrespectu. (Ap.

J.

Gerson., Oper.,

1. 1,

col. 22, sq.)


192

CH.

VII.

— LA MAGIE ET l'aSTROL. AU MOYEN AGE.

Ces défenses et ces menaces ne furent qu'à moitié efficaces,

et

nous verrons plus

loin

que

le

retour

ramena des esprits même éclairés à des croyances qu'on aurait pu croire, en Occident, définitivement effacées de la conscience huvers l'étude de l'antiquité

maine. L'Eglise cherchait d'ailleurs la magie partout. Dès

que des

esprits

indépendants se faisaient à eux-mêmes

leur foi rehgieuse,

avec les

le

démon.

ils

se voyaient accusés

C'est ce qui arriva pour les Albigeois,

Vaudois, les Cathares,

les

Templiers, dont les con-

ciliabules, les assemblées étaient assimilés

La

de pacte

au sabbat'.

science, l'art, d'un autre côté, étaient soupçonnés

de magie. Virgile fut transformé en enchanteur ^ le

pape Gerbert

même

et

ne put échapper à de pareilles

un cathohque fanatique du seizième siècle, Thomas Slapleton, s'écriait-il Crescii cum magia hœi'esis, cum hcereai magia^. accusations^. Aussi

:

*

Voy. Soldai!, Geschichte der Hexenprocesse,

®

Voy.

J.

Mitielalters, part.

magie, 2« édit., 3

p. 152,

G. Th. Gracsse, Beilrœge zur Literatur iii.

t. I,

p.

442.

und Sage

des

Tb. Wright, Narratives of sorcery and

99 et suiv.

Vincent. Bellovac, Specul. histor. XXIV, xcviii. Vincent de

Beauvais, dont

le livre

une confiance absolue Voy. Soldai!, o.

c.

résume

la

science de son temps, ajoute

à rinfernaic puissance de la uiayie. p, 304.


CHAPITRE

VIII

LA MAGIE ORIENTALE.

Le dant

qui se passait dans

fait

moyen âge

le

mêmes

le

monde

chrétien pen-

se reproduisait presque avec les

caractères en Asie et dans

tous les pays

mu-

sulmans. L'héritage des anciennes religions était accepté par les nouvelles, et devenait îa base d'une magie et d'une astrologie découlant

à laquelle nous

de celte source antique

sommes remonté dans

les

précédents

chapitres.

Les

juifs,

une

fois qu'ils

eurent abandonné

la loi

mosaïque pour suivre les prescriptions multipliées et puériles de la Mischna^ tombèrent dans un monde de superstitions qui laissa rentrer librement les pratiques

La doctrine des anges et des démons reçut des rabbins de nouveaux développements, et ces esprits inférieurs finirent par constituer un vaste panthéon démonologique qui encombra le culte d'une païennes.

foule d'observances ridicules et la tradition d'un

bre incroyable de légendes fantastiques

mons ne

furent en réalité,

personnifications

comme

des agents

de

partie de l'univers fut mise sous le

*

Voy.

les

nom-

Les dé-

anges, que des nature.

Chaque gouvernement d'un la

Wilh. Wiener, Sippurim, eine Sammlung jiidischer , u. s. f. Prague, 1848.

Volkssarjcn, Mijthen, Lcgcmlcn

13


194

CHAPITRE

VIII.

esprit céleste, ce qui conduisit à en multiplier singuliè-

rement le nombre. On arriva jusqu'à en compter deux mille cent qui président, selon les rabbins, aux herbes dont

couverte*, et leur

la terre est

à neuf cent mille

pour toutes

et

chaque

nombre

y en eut pour tous les phénomènes actions de la vie-, chaque planète,

; il

les

chaque météore obtint

étoile,

total s'éleva

le sien.

Les doc-

teurs affirmèrent que la dilïerence des sexes existe chez les

anges, lesquels ont chacun des la

conjurations. Les

démons

l'eau et

trois sortes

de

les

:

l'air

en distinguent de premiers ressemblent aux anges, les la terre

les autres sont

;

les juifs

les troisièmes

aux bêtes

comme les anges pourvus

connaissent l'avenir. Aussi Samaël

et

commande-

l'ange de la mort, qui a pris la place

seconds aux hommes,

uns et

placés sous le

sont créés les uns du feu, les autres de

de Satan

ou de

particuliers^,

composition des charmes et des

qui entrent dans

ment de Samaël,

noms

a-t-il

-,

les

d'ailes

sous ses or-

dres les magiciens et les enchanteurs*. Les démons, disent les rabbins, sont mâles et femelles, et engen-

drent

comme nous

impurs^,

ils

Habitant les lieux déserts

ou

affectionnent les fumiers, les cloaques, les

lieux obscurs. C'est

là,

on le

voit, la

même

doctrine que

Voy. P. Beer, Gcschichte ^ Lehren nnd Meînungen aller reUgiœsen Sekten der Juden, t. I, p. 9S, HO. '

2

J.

Bartolocc.

Rome, 1675,

t. I,

c,

de Celleno p.

227

,

Bibliotheca

magna

^

Beer,

*

Bartoloccio de Celleno, Biblioth.y

t. I,

p. 323.

'

Bartoloccio de Celleno, Biblioth.,

t. I,

p.

^

Voy.

o.

le

t. I,

rabbinica.

et sq.

p. 110.

Jalkuth Rubeni.

207 et sq.


195

LA MAGIE ORIENTALE. professaient les premiers chrétiens.

démon incube, Lilith\ moins vivace chez

Pour chasser

les

et

les juifs

démons,

il

aux incantations

La croyance

à

un

aux sorcières n'était pas que chez les chrétiens. faut recourir, selon

les

aux prières; mais les magiciens, qui se sont liés à eux par un commerce aborabbins,

et

minable, les évoquent à l'aide de certaines formules*.

Tout ce que

les chrétiens

ont rapporté de

la

magie se

trouve, en général, répété parles juifs*; et l'astrologie prit place à la suite

de ces superstitions. Le Talm,ud

en a consacré les principes*. Cetteastrologie rabbinique découle en partie de l'ancienne astrologie chaldéenne^.

Les musulmans, qui doivent tant d'idées aux juifs, leur ont aussi pris les superstitions magiques. Il existe, en arabe, de nombreux traités de magie et d'astrologie. L'un des plus célèbres est celui qui a pour titre Ghaïat-el-hâkim {scopus sapientium), et dont l'auteur est astrologue maure, nommé Maslema, qui vivait à la fin

du

Tous

modes de divination pratiqués en Occident sont connus des Orientaux augures, miroirs, cercles et nombres tracés sur le sable, jets de grains ou de cailloux, etc. Les djinns ou X* siècle^.

les

,

1

2

VanDale, De Origine ac Progr. idolatrix, p. IH, sq. 1696. Voy. M.Glycas, Annal., P. III, éd. Bekker, p. olS. Chwolsohn,

Die Ssabier,

t. II, p. 139. A. Maccaul., The Old Paths, p. 232. Voy. ce qui est dit des magiciens dans Bar-Helirœus, Nomo. canon, ap. Ang. Mai., Scripior. veter. Vatican. Collect.. t. IX. 8

*

Cf. 8

«

Mocd Katon, Comment,

in

Chwolsoim,

fol.

28, col. 1; Schabbath,

Sepher Jetzirah,

fol.

fol.

156, col. 1.

98, col. 1.

c; A. Maccanl., The Old Paths,p. 241 et suiv. Voy. Prolégomènes d'ibn Khaldoun , Notices et Extraits des

Manuscrits,

t.

l.

XIX, p. 217,


196

CHAPITRE

VIII.

génies qui sont mentionnés dans le Coran et que redoutent fort les disciples de Mahomet, prennent chez

eux les

la place

mêmes

des démons

histoires

que

on en rapporte à peu près

^

les rabbins débitent sur le

Ces démons apparaissent sous des formes de monstres et d'animaux^. Les sectateurs de Mahomet distinguent deux espèces de magie la magie divine et la magie diabohque. La première

compte des mauvais anges

:

opère par la vertu des mots sacrés, à l'aide d'anneaux ou de talismans sur lesquels sont gravés les noms de Dieu, des anges, de Salomon et des prophètes-, la seconde, par des invocations aux djinns et des formules

une foule de talismans, sur lesquels sont ordinairement écrits des passages du Coran^ Les musulmans les tiennent pour une sauvegarde inenchantées.

ïl

existe

failhble contre les

charmes

et les sortilèges, se

fondant

Le Prophète, disent-ils, avait été Tobjet d'un enchantement de la part d'un juif nommé Lobaïd. Il était tombé dans un affreux état d'accablement. On ignorait quels étaient les charmes à

sur l'exemple de Mahomet.

Coran, ch. lxxii. Voyez, sur les djinns, A. Timoni, Des Anges, des Démons, des Esprits d'après les musulmans {Journal asiatique, 5« série, t. VII, p. 159); E. W. Lane, An Account o( 1

the manners et suiv.;

and customs of

t. Il, p.

276

the

modem

Egtjptians

,

t.

I, p.

285

et suiv.

Les musulmans admettaient, comme les chrétiens au moyen âge, que le diable peut prendre la forme d'un chien noir. Voy. 2

de Sacy, Extrait de Tabari. {Acad. des inscript,

Silv.

lettres, t. 3

Voy.

XLVIU, les

et belles-

p. 67b.)

savants et intéressants détails donnés par M. Rei-

naud, Description des monuments musulmans du cabinet niacas, l.

U,

p,

523

et suiv.


1'^'

LA MAGIE ORIENTALE. l'aide desquels le

magicien avait enlevé au Prophète

santé

les forces et la

mais Dieu envoya à Mahomet

-,

deux anges qui l'instruisirent de

tout, lui révélèrent

étaient cachés les objets diaboliques, et lui apportèrent deux sourates ou versets qui eurent la vertu de faire

cesser les enchantements*. Les aussi des coupes et des miroirs

musulmans possèdent

magiques^

d'autres de

;

leurs miroirs représentent les planètes, des

thèmes gé-

néthliaques^ et se rapportent à l'astrologie*, car cette science chimérique demeure en honneur chez les Arabes et tous les peuples islamistes. Quoique défendue par le Coran les sultans ne manquent jamais d'y re,

Un mélange

courir dans les grandes occasions ^

de

croyances païennes et d'idées musulmanes en constitue le

fond

^

Perse, où l'islamisme est encore pénétré d'idées

En

mazdéennes', '

Reinaud,

» Ibid., p.

o.

les

c,

Ibid., p. 405.

*

E.

p.

t, I,

\

66. V. les

t.

Voy.

eigenen

'

oncnights, translated in cn-

de Hamrner, Veber die Talismanender Mos-

,

IV, p. 155.

t.

Tableau général de Vempire ottO"

I, p. 109. Cf. Reschid-Eddin, Histoire des Mongols,

Irad. Quatremère,

t. I,

J.

Mines de l'Orient,

Voy. ce que dit d'Ohsson

many 6

326.

W. Lane, The Thousand and

limen, dans *

t. II, p.

337, 401.

8

glish,

mêmes superstitions reparaissent. Le

J.

t.

I,

p.

17

de Hanimer, Ueber die Sternbilder der Araber und ihrcr

Namen fur

einzelne Sterne, dans les Mines de l'Orient

p. 1 et suiv.

La doctrine des cinq imans

est

empruntée à

schaspands (Reinaud, Cabinet Blacas,

t. II,

celle des

p. 183).

Am-

Les schyiles

ont de plus adopté une angélologie qui rappelle beaucoup celle

de VAvesta. Voy. Journal asiatique, 5^ série,

t.

VII, p. 151.


,

1^<5

CHAPITRE

VIII.

Coran ne triompha pas d'un coup de la religion nationale, et jusqu'au dixième siècle il resta debout de

nombreux

autels

dOrmuzd^ comme

YAvesfa persistèrent

héroïques, ainsi qu'en

Les vieux mythes de légendes

et

traditions

Schah-Nameh ^ Les

fait foi le

rêveries astrologiques, associées à ces

mythes ^

se

transmirent avec eux, particulièrement chez quelques sectes''. On continua de croire à la possibilité d'enchaîner le diable par des talismans"* et d'opérer des prodiges par certaines formules ou certaines herbes. Vers 960,

*

11

y avait encore debout en Perse un grand

nom-

bre de pyrées. (Voy. Chwolsohn, Dla Ssabier und Ssnbi.imus le passage deMassoudi cité par .1. de Hammer dans p. 285 Mines de l'Orienf ^ t. I, p. A.) Le mazdéisme s'était répandu

t. 1,

les

;

d'ailleurs assez avant dans les régions sista

longtemps. Voy. Masudi, transi,

du Caucase, où il sul»by Sprenger, t. I, p. 456

et suiv. 2

la

Voy. à ce sujet R. Roth, Die Sage von Dachemschidy dans Zeif.ichrift der Devtschen Morgenlxndisch. Gesellschaff

ann. 1850, p. 422 et suiv. 8 Suivant une légende qui rappelle beaucoup l'histoire des mages de l'Évangile de S. Matthieu, et que nous rapporte Mirkhond, Ardeschir, prince de la dynastie des Sassanides, étant devenu

maître de l'empire perse,

de Sassan, son aïeul, tous des princes de prédit que

la

fit

les

mettre à

mort, sur

descendants de l'un

le

et l'autre sexe

dynastie précédente, des astrologues

couronne

conseil

lui

ayant

ôtee et passerait à un descendant d'Aschek. Voy. Bist. des Sassanides, trad. Silv. de Sacy, la

lui serait

p. 282. *

La secte des Sipasiens, par exemple, professe une doctrine

presqueexclusivement fondée sur l'astrologie. [Dabistan, transi, by Troyer, ^

t.

I,

C'est ainsi

p, 10.)

que Thahmouras enchaîna

Livre des Rois, trad. Mohl,

t.

I, p. 43.)

le diable.

(Firdousi,


199

LA MAGIE ORIENTALE.

Les Dévas des Aryas avaient été transformés par les sectateurs du mazdéisme en des esprits malfaisants et

mazdéennes devinrent à leur tour pour les schyites des démons*. Les dew^s ou divs n'en subsistèrent pas moins, mais ils ne furent plus pervers

;

divinités

les

dans l'imagination populaire que des géants, des dé-

mons d'un ordre

inférieur ayant à leur tête

Ifrit"^.

En

général, les vestiges des religions de l'Assyrie, de la Syrie, de la Perse subsistèrent dans la magie, recueillis par des sectes telles

que

les

ou furent

Druses,

saïrites, les Yezidis', les Motasilites*, les

les

No-

Ansayriens*,

qui en réalité ne procèdent point du Coran, et ne doi-

vent être regardées que

comme

des formes nouvelles

Près des ruines de Ctésiphon se trouve un tumulus où exis-

'

tait

sans doute un pyrée, et qui porte

c'est-à-dire le

démons

laire,

chaque nuit

de

flamme qui s'échappe de

la

nom

le

Temple des Guèbres. Suivant les

s'y

la

de Gabri bena, tradition

terre. (G. Keppel^

Personal Nar-

rative of travels in Babylonia, Assyria, etc., 5« édit., 8

Voy. A. Timoni, Des Anges

et

popu-

rassemblent et dansent autour

des

t.

Démons d'après

série, t. VII, mans. {Journ. asiatique, ' Layard, Niniveh nnd Us remnins, t. 1,

I,p. 126.) les

musul-

p. 161.) p.

297. London, 1849.

Les Yezidis reconnaissent une hiérarchie angélologique ou dé-

monologique qui est empruntée au mazdéisme et au christianisme (Layard, t. I, p. 298), et, comme nos sorciers du moyen âge,

ils

ont accepté l'idée qui leur a été imposée par

la foi

nou-

que leur dieu n'est qu'un des mauvais anges (Melek Taous); ils s'efforcent toutefois de le réhabiliter. Cf. Chesney, The Expéditions for the survey of the rivers Euphrates and Tigris, t. 1, velle,

p.

113. *

Asch-Scharistani, Religionspartheien

Haarbrticker, " t.

t. I,

F. Walpole,

II, p.

225

,

ubers, von Theod.

p. i\ et suiv.

The Ansayrii and the Assassins. London, 1851, 342 et suiv.

et suiv., p.


200

CHAPITRE

VIII.

De

qu'ont prise les vieux polythéismes asiatiques*.

même

les diverses sectes gnostiques,

que

mani-

le

chéisme, issu du mazdéisme^, avaient accueilli des pratiques et des talismans

christianisme repoussait

le

un héritage trop visible de la magie antique, les sectes musulmanes se prêtèrent plus aisément, à raison de leur origine, à l'introduction de la magie.

L'Inde eut dès sa magie.

Dans

le principe sa les

Vêdas^

il

démonologie

est

comme

question d'esprits

malfaisants, toujours en lutte avec les divinités, tou-

jours hostiles à

l'homme

et le chantre

;

Arya invoque

sans cesse Indra contre les Rakchasas, qui prennent mille formes

humaines ou

sous

de chiens, de loups, de chats-huants ou

la figure

de vautours

^.

Outre ces êtres impurs, Asouras les

véritables

il

démons,

y a tout les

le

cortège des

Détyas^ les Dasyous^

Sanacas^ personnifications de l'obscurité, à

desquels est placé Vritra

1

bestiales, qui apparaissent

la tête

^

Voy. Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druses,

Introd.,

t.

1,

p.

26 et suiv.; Ph. Wolff, Die Druzen und ihre

Vorlœufer, p. 24 et suiv. Leipzig, 1845. 2

Quis dabit retribulionem

servili

sectse

manichaeorum, qui

inliabitanles sedentin tenebris instar viperarum et basiliscorutn, et serviunt asirologise ac magicis artibus seclae

Chaldaeorum erro-

ribus Babylonicae terr3e(S. Jacob. Nisib.> Serîn. ///,§6,p. 52,55). 8

Voy. noiaimment Rig.-Véda, sect. V, livre vu, hymn. ii,irad.

Langlois, 4

t. III,

p. 181.

Voy. A. Maury, Croyances et Lé/jendes de l'antiquité,

p.

97

et suiv.

Les dasyous, qui sont devenus des démons, des enchanteurs, des magiciens , étaient à l'origine des populations aborigènes 5


201

LA MAGIE ORIENTALE.

La croyance à ces esprits malfaisants ou pervers fut portée en Europe parles populations sœurs des Aryas. M. Adolphe Pictet* a, dans un savant ouvrage, montré

que

les

mots des divers idiomes indo-européens

qui servent à désigner les êtres surnaturels, ont des

communes qui plongent, pour ainsi dire dans l'Aryavartta. S'aidantdes recherches deMM. J. Grimm racines

,

Ad. Kuhn,

et

l'habile orientaliste genevois établit la

filiation directe

entre les esprits ou génies des tradi-

tions populaires de l'Allemagne et de la Scandinavie, et celles

de l'Hindoustan^. Ce sont ces esprits qu'évo-

quaient les prêtres, sorciers des tribus qui peuplaient les forêts de la Germanie et les solitudes glacées de la

Scanie

,

d'abord

du Danemark

comme

et

de

Pologne. Regardés

la

des savants et des sages {Visinda^

madr, Weiser Mann, en vieux norvégien-, Wieszczka,

homme

en polonais, c'est-à-dire

sage, savant^),

ils

n'ont plus été, après la conversion de ces peuplades

au christianisme, que des enchanteurs {Zauber)^ des hommes en commerce avec l'enfer. Et, en effet, ces esprits familiers, la foi nouvelle les assimilait aux dé-

mons

;

toutefois la dévotion qu'on avait eue

pour eux se

trahit par des contes qui rapportaient leurs bienfaits

De même, Odin et le dieu du tonnerre furent confondus avec l'esprit mauet leurs innocentes espiègleries.

vais, *

l'Ennemi,

comme on

le

Les Origines indo-européennes ou

de paléontologie linguistique, t.

Grimm, Deutsche Mythologie, c,

634

II, p.

désignait au les

640

et suiv.

2

Pictet, 0,

Yoy. J. Grimm, Deutsche Mythologie, Grimm, o. c, p. 965, 966.

*

primitifs, essai

et suiv. (1865.) C. J.

2« éd., p. 984, art. Zauber.

3

p.

Aryas

moyen

p.

986.


202

CHAPITRE

Chez

âge.

Russes,

les

le

VIII.

nom donné

à la Divinité à

l'époque païenne, Koudd, dérivé du sanscrit qadâta^

dans

et consacré par le christianisme

mand*,

n'est plus

le

Gott alle-

maintenant que celui du diable.

Mais ce ne sont pas seulement les esprits, c'est encore la magie qui, chez les divers rejetons delà souche

indo-européenne, est exprimée en général par un mot

quia

le

sens de faire (sanscrit kar^ grec "EpSeiv, alleensorceler, fattura^ en italien sorti-

mand anthun^ lège,

etc.

)^

d'oii

il

que l'opération magique

suit

comme La même idée

s'offrait à

l'imagination de cette race

suprême,

l'acte

raît la

par excellence.

l'acte

repa-

dans un autre mot sanscrit également appliqué à

magie, siddhi^ dérivé du radical sidh^ en

fîcere.

De

cette siddhi est sorti le seidr^

latin

per-

ou magie

Scandinave, réduite aujourd'hui à n'être plus que l'évocation

comme ploi,

la

du démon. Le seidr est la science des lotes, magie est celle des Asouras. Par son em-

on s'imaginait pouvoir changer de forme,

tra-

verser les airs, faire apparaître mille figures, opérer toutes sortes de maléfices*. et des Perses, le

Comme

la

magie des Aryas

seidr était tour à tour l'arme des

dieux et des démons. Ainsi

la

magie du nord de

l'Europe prenait en grande partie sa source dans les superstitions apportées de l'Asie celles-ci, je

complète par cela

des croyances magiques du

1

et

Voy. ce que je dis sur ce

l'homme, 2* édit., *

p.

,

et

même

moyen

en exposant ce que j'ai dit ,

âge.

nom dans mon ouvrage

:

La Terre

479, 480.

Voy. F.-G. Bergmann, Poèmes islandais tirés de l'Edda de

Sxmmd,

p.

159

et suiv.


2UJ

LA MAGIE ORIENTALK.

Pour éloigner recours

chez

,

les

influences malfaisantes, on avait

Hindous

les

aux incantations

,

et

aux exorcismes. On prononçait pendant le sacrifice des formules magiques^ on lançait des imprécations contre les auteurs des maléfices ; on adressait des bénédictions à ceux qui, par leur mérite, assuraient ficacité des oflrandes.

L'ensemble de ces incanta-

atharvângiras ; aux brahmanes

tions s'appelait

originairement dévolu

de

soin

le

les

tard, ces formules furent réunies dans cial

qui

prit

l'ef-

rang après

Brahman-Vêda

les

trois

était

réciter. Plus

un

livre spé-

Vêdas

sous

,

le

Vêda dont la connaissance est nécessaire au brahmane, nom auquel se substitua dans la suite celui A' Atharva-Vcda. Ce livre est composé en partie de fragments empruntés au Riy-Véda^ en partie d'incantations et de recettes titre

de

magiques ayant pour treprises,

de guérir

vais présages.

^

c'est-à-dire

effet d'assurer la réussite

les

maladies et d'écarter

Un commentaire

spécial, le

Brâhmana, a pour but d'expliquer

et

des en-

les

mau-

GopaLha-

d'éclaircir

le

mérite des formules et des paroles sacramentelles. A des prêtres particuliers, aux Goplrù ou Angiras^ fut

dévolue

la

mission spéciale d'écarter du sacntice les

influences malignes, de réciter les prières de VAthar-

va-Véda^

et

de

là le

nom

d'Angirasa, donné aussi à

ce livre de riade, soumises ensuite par les Aryas. Voy. à ce sujet Vivien de Saint-Martin, Étude sur la gdotjraphie et les populations du nord-ouest de l'Inde, p. 98 et suiv. 1

p.

Voy. Max Mùller, A Hisiory oj ancient sanskrit iUerature, et suiv. London, 1859.

445


204

CHAPITRE

VIII.

Ainsi consacrées par le culte, les cérémonies magi-

ques ne firent que prendre chez les Hindous un plus grand développement, et toute leur littérature est pleine des merveilles de la Mâyâ ou magie. Ce mot

exprime proprement en sanscrit l'intelligence envisagée dans sa puissance d'action, mais il s'entend surtout

de

possession des forces et des

la

moyens

La Mâyâ, qu'on a fini par identifier à l'illusion, appartient aux Dévas, aussi bien qu'aux mauvais Génies. Les œuvres magiques de ceux-ci sont surnaturels.

détruites par celles d'Indra, le plus puissant des

chanteurs,

le

possesseur

des

artifices

mâyâviny. Les Hindous avaient donc de idée toute semblable à celle

en-

invincibles

magie une des chrétiens. Les mirala

magie de Dieu, l'emportant toujours prestiges des démons. Les Hindous admirent

cles, c'est-à-dire la

sur les aussi

comme

de dominer

les

les

Égyptiens, la possibilité pour l'homme

dieux à

l'aide

tation. Toutefois, à leurs

de formules d'incan-

yeux, ce n'est pas tant par

des enchantements que par des actes méritoires, des austérités, qu'on

y

réussit.

Le lapas ou

la mortifi-

cation poussée jusqu'au complet mépris de sa per-

sonnahté assure, avec sur toutes choses'^.

va plus loin

^

il

la

Une

est dit

félicité

secte, celle des Jangams,

dans un de ses livres sacrés,

Basava Pourana^ qu'un

la

Voy. F. Nève, Essai sur

2

Bochinger,

La

f^ie

chez les Hindous, p. 60.

le

du nom de Nambi par faire de Çiva un

saint

avait fini, à force d'austérités,

1

suprême, fempire

mythe des Ribhavas,

p. 282.

contemplative y ascétique et monastique


205

LA MAGIE ORIENTALE. véritable esclave qui obéissait à ses

Par

moindres désirs

vertu des mantras ou invocations, les magi-

la

ciens de l'Hindoustan prétendent accomplir

de prodiges, puissance

;

et

on

les voit

souvent lutter

composent des charmes,

ils

maléfices suivant le

même

une foule entre eux de

ils

ordre d'idées

mêmes procédés qu'employaient nos moyen âge^

opèrent des ,

et par les

au

sorciers

du Gange, des révolutions religieuses analogues aux nôtres ont donné naissance aux Ainsi, sur les bords

mêmes

superstitions et conduit les esprits

aux mêmes

chimères.

Le

crédit de la

magie dans l'Inde

que

tient à ce

les

jongleurs y ont, comme les harvis en Egypte, poussé fort loin l'art d'en imposer aux yeux, qu'ils sont en possession de nombreuses recettes pour opérer d'apparentes merveilles ^ les relations de voyages sont remplies

du

récit

de leurs prestiges.

L'astrologie est également pratiquée chez les

dous^ ils

ils

Hin-

l'ont appropriée à leurs idées sur les astres, et

attribuent à ceux-ci des influences diverses

^ Sans

doute qu'ils ont emprunté cet art chimérique à la Grèce et aux Arabes, dont ils ont reçu l'astronomie.

Le bouddhisme, en héritant des superstitions du Çivaïsme chez 1

C. R.

les sectateurs

duquel

il

recruta surtout

Brown, Essay on the creed, cusioms and literature

the Jangams, dans le

Madras Journal of literature,

t.

oj

XI, p, 164

(1840, l«r semestre). 2

Dubois, Mœurs, Institutions et Cérémonies des peuples de

l'Jnde, 3

t. II,

Dubois,

p. 0.

62 et suiv.

c,

p.

50 et suiv. 12


206

CHAPITRE

VIII.

ses partisans, accueillit les superstitions

magiques dont

peuples dravidiens étaient infatués.

les

Les

traités

nom

de taniras nous offrent ces superstitions associées aux idées bouddhiques'. Les disci-

connus sous

le

Çakya-mouni puisèrent leur démonologie dans brahmanisme * ^ ils transformèrent en démons les

ples de le

anciens dieux ^ et pour eux

ments étaient un

effet

la

magie de

et les enchante-

de leur puissance*. Cette magie

bouddhique présente avec

magie

la

la

plus grande

ressemblance

en

l'antiquité grecque. Si l'on

ce qui se raconte à Ceylan

^,

croit

dieux du Çivaïsme, de-

les

venus des démons, se conduisent à peu près

comme

nos diables. Enfin l'islamisme, en pénétrant dans l'Hindoustan, y *

Voy. E. Burnouf, Introduction à

t. 1,

522

p.

t' histoire

du bouddhisme^

et suiv.

and Doctrine of budhism, p. 130. Les bouddhistes reconnaissent huit classes de démons. * A Ceylan, Maha-Déva, le grand dieu du Çivaïsme, est de^

E. Uphain, History

venu Maha-Sohou, le plus puissant des dénions. Çiva, qui n'est autre que Maha-Déva, passe pour pere de lihoulesa, le prince des démons. Voy. J. Callaway, Yakkun Nattunnawa, p. 58, 65; Stevenson, Ante-Brahmnntcal Religion of Ihe Hindus, dans les Transactions of the royal Asiatic Society, * J.

Callaway,

c,

o.

t.

Vlll, p. 538.

p. 2S.

du Yakkun Nattan~ nawa, p. 60. On voit par cet ouvrage que le grand diable MahaSohou, comme le diable chrétien, se montre surtout aux sorciers «

Voy.

dans

le

Kolan Nattannawa , à

les carrefours

,

la suite

c'est là qu'il se tient

victimes, ce qui fait voir que c'était à

que

les

Hindous

sacrifiaient

dans

le

pour boire

la

le

sang des

croisée des chemins

principe à Çiva

,

comme

les

Grecs le faisaient à Hécate. L'astrologie est de plus très-populaire

chez les bouddhistes de Ceylan. (Upham,

o.

c,

p. 127.)


207

LA MAGIE ORIENTALE.

apporta sa démonologie et sa magie, qui s'y compli-

quèrent d'une foule de superstitions découlant des croyances du pays.

On peut

dans

lire

le

curieux ou-

vrage d'un naturel du Dekkan, Djaffour Schourrif tout l'exposé de cette

monies

magie

pour

et des sortilèges

vie, surtout

pour

pour découvrir

orientale.

les différentes

les

Il

y a des céré-

les divers actes

de

la

périodes de l'enfance,

choses cachées

;

il

existe des procé-

dés compliqués pour faire les charmes (piil if a) et

com-

poser les amulettes [tawiz)^ pour prendre l'horoscope

des malades, des exorcismes pour chasser les démons et des formules

pour commander aux

ces pratiques suivies par les magiciens

esprits.

Toutes

musulmans de

ou moins mêlées de rites découdu Çivaïsme ou du brahmanisme. Les mahomé-

l'Inde sont aussi plus lant

tans hindous peuplent de djinns la partie basse

du

firmament, et ces djinns ne sont en réalité que les Dévas. Ce qui était arrivé en Occident pour le mot

démon

s'est

Bhoiita;

il

reproduit chez eux pour

signifiait

lamisme, mais

il

mot

sanscrit

dieu avant Tintroduclion de

l'is-

s'applique actuellement à des esprits

malins et errants. Ces Bhovias topiques ou locales dont lation des

le

campagnes,

le

et

él

aient les divinités

culte subsiste chez la

que

les

popuprédicateurs de la foi

comme des démons, imitant en cela les apôtres de l'Évangile, qui, la croix et le goupillon à la main, s'imaginaient chasser les dénouvelle ont chassées, exorcisées

mons cachés selon eux sous les noms des faux 1

dieux.

Qnnoon-e-idam , or the customs ofthe moosulmans of Tndia by G. A. Herklots (London, i832, in-8«).

iransl,


CHAPITRE

208 Dans

Sonde

l'archipel de la

bouddhisme

et

VIII.

et les

Moluques, où

le

l'islamisme ont successivement pé-

nétré, les dieux d'abord vainqueurs ont été asservis

par de nouveaux venus ; chaque génération de démons correspond à une génération de dieux antérieurs. Dans le Sunda, à l'ouest de Java, pays dont la population est aujourd'hui presqu'en

majorité musulmane,

si

quelque individu a eu vainement recours à la formule sacramentelle // ny a de Dieu que Dieu; s'il n'a pu :

vœux fussent

obtenir avec les paroles du Coran que ses

exaucés,

évoque

aux démons, paiapaan nuit dans

il

la

a recours

,

et ces

démons,

il

les

c'est-à-dire les an-

ciens sanctuaires des divinités locales-,

il

s'imagine

alors les voir apparaître sous mille formes \ mais ce n'est

qu'à force d'incantations qu'il parvient à les soumettre

à ses exorcismes^

En Chine,

la

magie

et la divination sont pratiquées

sous diverses formes, depuis

Les chin, esprits dont primitive de l'empire

la

plus haute antiquité

^

le culte constituait la religion

et auxquels

on continue

d'a-

dresser des offrandes à certaines époques, prennent parfois le

caractère

d'esprits

Chinois, plusieurs d'entre

1

eux répandent

Mémoires concernant

trait a été

et suiv. 3

p.

les

les

maladies

Journal Qfthe indian archipelago^ ann. 18S0, p. 121, article

de M. Jon. Rigg. 2 Voy. le mémoire du P. Cibot sur les

méchants. Selon

les

Chinois,

donné par Klaprolh

la t.

magie des Chinois, dans XIV et XV, dont un ex-

{Asiatisches

Magazin,

t. II, p.

224

Weimar, 1802).

Stronach, dans le Journal ofthe indian archipelago, 1848,

ôoO.


209

LA MAGIE ORIENTALE.

des démons à un pied infestent les montagnes*. Les Chinois attribuent à ces êtres pervers les formes les plus bizarres et les plus repoussantes, et

pestilentielles

celui qui les

;

évoque ne

le fait

conséquemment que

par de détestables intentions. Les Tao-ssé asso-

cièrent à la doctrine de

Bouddha une grande

partie

des superstitions de l'ancienne religion chinoise ; ils reconnaissent des Tchong-sié, ou esprits malfaisants et tentateurs qui ne s'éloignent que des gens vertueux^. Ils

condamnent

toutefois l'emploi fait des sortilèges

en

vue de donner à autrui le cauchemar ou de lui nuire. Le bouddhisme, en Chine comme dans l'Inde, trouva

une magie fondée sur

comme

la théologie locale

l'œuvre des mauvais démons

\

il

-,

il

la

repoussa

anathématisa

ceux qui présidaient aux passions criminelles-, mais il accepta les bons esprits, tels que celui du foyer et les trois

Chi qui habitent notre corps.

Partout

le

même

fait s'est

donc passé;

les

dieux

détrônés, ainsi que les Titans de la fable grecque, an-

ciennes personnifications des forces

adorées d'abord

dans

l'enfer.

consigné

la

comme des divinités,

de

ont été précipités

Benjamin Constant en avait

remarque^,

nature

la

et la vérité qu'il a

le

premier

découverte a

reçu, par des recherches plus complètes et plus pro-

fondes que les siennes, une éclatante confirmation. Voy. Bazin, Notice d'une cosmographie fabuleuse attribuée

*

au grand Yu, dans

le

Journal asiatique, 3« série,

t.

VIII, p. 346,

349. 2

Voy.

la

traduction

du Livre des récompenses

et

des peines^

par M. Stan. Julien, p. 124, b\'2. *

Stan. Julien, o.

c,

p. 545.

Î2

v


CHAPITRE IX LA MAGIE ET l'ASTROLOGIE DEPUIS LA RENAISSANCE jusqu'à nos jours.

Je n'entreprendrai pas de retracer la triste histoire

de

la

magie etde Tastrologie dans

de raconter

les fureurs

de

les

temps modernes,

la superstition et les

tables poursuites dirigées contre les

lamen-

dupes de spécu-

lations chimériques. Je n'aurais qu'à répéter ce qui a

déjà été tant de fois écrit. Tartarotti composait

un

Au

livre

siècle dernier,

Gérolamo

curieux* où se trouvent

consignés, avec plus de science que de critique, une foule de faits relatifs à la sorcellerie mais que ,

l'auteur n'a pas l'esprit assez libre pour juger. Garinet,

dans son Histoire de

la

magie en France

donna

le

premier un aperçu de ces déplorables erreurs. Alexandre Bertrand, dans ses ouvrages sur le somnambulisme et le magnétisme animal

^ ,

analysa les cas les

plus célèbres de magie et de sorcellerie qui avaient

épouvanté notre pays,

et entreprit d'en éclairer l'his-

toire, à l'aide d'expériences poursuivies par lui

ardeur et bonne

avec

Depuis, le docteur Calmeil dans son savant ouvrage sur la folie*, a porté le flambeau foi.

*

Del Congresso notturno délie lamie,

*

Histoire de la magie en France, 1818, in-S».

3

Traité

mal *

du .somnambulisme, 1822,

libri tre.

in-8*»; le

Roveredo,

1

749,

Magnétisme ani-

en France, 1826, in-8°.

De

la Folie considérée sous le point de vue pathologique, phir


de

la

^1 LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS JOURS. la pathologie mentale dans les ténèbres que

crédulité et la peur avaient obscurcies.

Récemment

merveilleux M. Louis Figuier, dans son Histoire du dans les temps modernes \ a su donner de la nouqu'il a veauté à ces épisodes de l'humaine superstition, le faire jugés en homme raisonnable et comme on doit

moins explicites nous même ont appris divers événements empruntés au à notre époque. D'autres ouvrages

ordre d'aberrations.

En

Ecosse,

J.

Graham

Dalyell,

son en recueillant curieusement les superstitions de pays, a consacré plusieurs chapitres de son précieux ouvrage^àl'hisfoire moderne de la sorcellerie.

Wal ter

la sorcelScott, dans ses Lettres sur la dêmonologie et lerie^, avait déjà traité pour l'Écosse le même sujet

avec autant d'esprit que de raison.

Un

des érudits les

plus intelligents de la Grande-Bretagne,

M. Thomas

depuis paraître sur la magie et la sorcelqui comlerie'' deux volumes pleins de recherches, et plètent l'histoire des superstitions d'origine païenne

Wright, a

fait

en ce pays, histoire dont

il

nous avait donné un excel-

losophfque, historique et judiciaire, depuis la renaissance des sciences en Europe jusqu'au dix-neuvième siècle. Paris, 1845,

2 vol. in-S». 1

Paris, 1859, 2 vol. in-12.

«

Ihe Darker Superstitions of Scotland.Gl&sgovf, 1855, in 8»,

livre plein 8

de recherches et de

Letters on Demonology

LocMart.

faits curieux.

and Witchcraft, addressed

to C. G.

Paris, 1831.

Narrative of sorcery and magie from ihe most authentic sources, 2^ édit. London, 1851, 2 vol. Cet ouvrage est assuré*

ment un des meilleurs qui aient été publiés sur cellerie.

les

procès de sor-


CHAPITRE

2l5i

IX.

lent spécimen dans son livre sur le Purgatoire de

L'Allemagne a aussi consacré à

saint Patrice

la

ma-

aux croyances qui s'y rattachent plusieurs ouvrages, où l'on ne trouve malheureusement pas tougie et

jours toute la critique désirable. Sans parler des écrits

d'Eckhartshausen, qui sont moins des exposés historiques que des recherches théoriques, le curieux

ouvrage de G.-C. Horst doit être signalé comme un des recueils où se trouve le mieux déroulée la chaîne

de ces sombres superstitions % dont il a réuni tous les témoignages dans un répertoire spécial ^ On rencontrera des faits d'un haut intérêt dans l'ouvrage de c'est J. Gœrres, intitulé la Mystique chrétienne*-^ mais

une composition dictée par un

crédule qu'inteUigent

siaste, plus

sagace.

Le

livre

est dicté par

esprit plus

un

de Soldan

^

,

plus érudit que

sur les procès des sorciers

esprit plus critique, et offre

fort savant et fort étudié des saturnales 1

s. Patrick's

enthou-

de

un tableau

la raison et

Purgatory, an Essai on the legends ofpurgatoryy

and paradise. London, 1844. Dxmono7nagie oder Geschichte des Glaubens an Zaubereiund dxmonischerWunder mit besonderer Berucksichiigung des Hexenhell 2

Francfort, processes seit den Zeiten Jnnocentius der Achtens.

1818, 2 vol. in-8". 3 La Bibliothèque magique {Zauberbibliothek). M. Graesse en a donné la table détaillée, ainsi que celle de l'ouvrage publié sous le

même

titre

par Hauber.

Die ChristicJie Mystik, ouv. trad. en français par Ch. Stemystique diabolique. Foi (Paris, 185S). Le 5« vol. est consacré à la Bexenprocesse aus den Quellen 8 "W. G. Soldan, Geschichte der consulter G. dargestellt. Stuttgard, 1843, in-8°. 11 faut aussi *

Trummer, VortrBege ûber Tortur, UexenverJ'olgungen^ Vehmgerichte. Hamburg, 1845, in-8°.


JOURS. LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS

Enfin V Histoire de la magie d'EnnemoserS Texposé chronobien qu'il ait le mérite de renfermer les pratiques liées à logique de toutes les opinions et

de

la foi.

le lien étroit qui la°magie. n'a cependant pas saisi superstitions dont les unit le polythéisme antique aux

parlements conciles, les officiaHtés et les

ou

les tri-

bunaux n'ont pas cessé de poursuivre avec acharnement les derniers restes. Quoi qu'il en soit de la valeur de plusieurs de ces derouvrages, leur lecture suffira pour connaître la serait nière phase de la magie et de l'astrologie, et ce

entreprendre un travail inutile que de refaire l'exposé de ces procédures, dont la célébrité a défrayé jusqu'à la littérature légère.

Ce

qu'il

me

reste à rechercher avec plus d'attention,

dépendance étroite où la magie est demeurée, jusque dans les temps modernes, des superstitions antiques. La renaissance avait réveillé le goût des anciens, qui s'était comme évanoui dans le vide fait par la scolastique. En Italie, en France, en Allemagne, en c'est la

Angleterre, on courut s'abreuver à la lecture des phi-

losophes païens, et la beauté du langage d'Homère, de Virgile, de Platon, de Cicéron et de Plutarque, ra-

Geschichte der Magie. Leipzig, 1844, in-8». On devra conpublié par sulter, pour la bibliographie de la magie, le catalogue 1

J.-G.-Th. Grsesse, sous le titre de : Bibliotheca mayica et pneuqui matica, 1843, in-8°, qui forme le répertoire le plus complet Tableau son dans ait jamais été composé, M. Ferdinand Denis, historique, analytique et critique des sciences occultes (Paris, in-18), a donné aussi une bibliographie fort intéressante

1830,

de

la

matière.


-1*

CHAPITRE IX»

mena naturellement pour un penchant qui, un d'Iiérésie.

On

opinions que

leurs opinions religieuses

auparavant, aurait été traité se plut à retrouver chez ces auteurs les

le

siècle

christianisme avait consacrées, et, sous

de l'admiration, on se laissa aller sur la pente du paganisme. Aussi vit-on plusieurs érudits de ce le prestige

temps revenir aux théories philosophiques condamnées par l'Église, et, à lahri du commentaire, reprendre et développer

les doctrines

de

la philosophie

poLorenzo Valla, mort en 1457, Poggio Bracmort deux ans après*, Janozzi Manetti, de

lythéiste. ciolini,

Florence, enlevé aux lettres gio,

même

année que PogHermolao Barharo de Venise, Angelo Poliziano, la

Marsilio Ficino surtout, remirent en lionnenr les doctrines de la philosophie platonicienne et stoïcienne, et

laissèrent percer pour elle

pas sans hardiesse. lie,

comme

Une

le cardinal

une préférence qui

n'était

foule d'amis des lettres en Ita-

Bemho, ne

dissimulaient pas leur faible pour l'antiquité, et préféraient ouvertement les beautés des auteurs païens à tous les traits d'élo-

quence des docteurs de l'Église. Ce retour vers les anciens, s'il eut l'avantage d'épurer le goût, d'ennoblir Tcsprit, de donner à la pensée plus d'indépendance et d'originalité, avait aussi ses dangers. Les eaux auxquelles on s'abreuvait étaient plus savoureuses que pures, et la philosophie, en rentrant dans les écoles dégagée des entraves de la scolastique, y ramenait les spéculations du platonisme. La

m

Voy., sur Laurent Valla et Le Pogge et leurs opinions, Ch. Nisard, les Gladiateurs de la république des lettres, t. I, 1

p.

et suiv.,

200 et suiv.

117


LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS JOURS. théorie des influences démonologiques,

magie, trouvèrent de

la

un accueil que leur

la sorte,

les

amis des

l'astrologie,

nom de

la science,

refusait la religion, et les rêveries

de l'antiquité furent étudiées par

au

2io

et remises

en circulation

La nature n'était pas d'ailleurs connue dans ses lois pour qu'on

lettres.

à cette époque assez

ne s'imaginât point qu'il y intervient des forces surnaturelles et des agents merveilleux, et le physicien avait toujours alors son petit côté de magicien. Le secret dont aimait à s'entourer, le langage bizarre et technique

il

qu'il

s'était fait,

achevaient d'entretenir chez

le

vul-

gaire une créance que les expérimentateurs ne repous-

De là la réputation de sorcier Grand, Roger Bacon, Arnauld de Vil-

saient pas absolument. faite à

Albert

leneuve, Il

le

Raymond

Lulle.

s'opéra en conséquence

Toutes

les folies

de

la

un syncrétisme nouveau.

théurgie se mêlèrent à des idées

réellement chrétiennes. Déjà, au

commencement du

douzième siècle, Michel Psellus avait fait revivre, en Gièce, la démonologie néoplatonicienne*. Le vieil héritage de l'alchimie égyptienne, qui s'était trans-

mis de loin en loin chez d'obscurs adeptes,

les

pro-

cédés généthliaques qui n'avaient point cessé d'être pratiques en secret par les devins, et dont les traités n'étaient pas tous anéantis, furent repris avec fu-

reur. Paracelse^, Corneille Agrippa 1

Voy.

*

Voy.

Secrelis

De Operaliom dœmononum, les

traités

^

éd. Boissonade. 1838, in-8.

de Paracelse, intitulés

naturœ mysterm

libri

mêlaient à leurs

decem

(

:

Archidoxorum de De Secrelis

1570, in-8"),

creationis {SlT&sboarg, 1575).

Voy. Cornélius Agrippa,

De Occulta phUosophia,

lib. 111,


216

CHAPITRE

IX.

doctrines magiques et alchimiques le

que toutes

les

divinités

païennes.

nom

de pres-

Les alchimistes

croyaient la nature gouvernée par des forces fatales qu'ils assimilaient aux démons des philosophes anciens

cherchaient à se rendre maîtres. Les astroles logues, qui pressentaient l'étroite solidarité de tous phénomènes du monde et de la vie, cherchaient dans

et

dont

ils

les astres les indices

de

la destinée

damnent notre organisation trologie

fit

et

à laquelle nous con-

notre caractère. L'as-

fureur. Déjà, au quatorzième siècle

,

en

dont une des métropoles, Tolède, était un foyer de magie*, Alphonse X s'en était montré fort 2. Il fit entiché. Charles V s'en occupa avec passion Castille,

venir d'Italie, où cette science était très-cultivée, le père de la célèbre Christine de Pisan, afin de s'en mieux instruire, et c'est pour réfuter les erreurs accréditées par cette protection royale

que Gerson com-

posa, près d'un demi-siècle plus tard, son Traité sur les

Astrologues.

Le

livre n'eut pas plus d'efficacité

contre la superstition régnante que celui qui sortit, dans la suite, de la plume de Pic de la Mirandole.

Louise de Savoie, mère de François I", fort entêtée

de Corneille Agrippa son mais, peu confiant dans un art dont il n'était

d'astrologie, voulait faire

devin

-,

Agrippa divise les esprits en six classes, et adopte à peu près la hiérarchie néoplatonicienne. 1 Voy. D. Pedro de Rojas, G. de Mora, Historia de la impérial c. XVII.

ciudad de Toledo, part. H,

p.

621. La magie était

nommée, pour

ce motif, scientia Toletana. 2

Voy. ce que dit à ce sujet M. Henri Martin dans son Histoire

de France,

t.

VI.


LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS JOURS. 217 pas pourtant désabusé, le philosophe n'accepta auprès d'elle que la charge de médecin. Michel Nosiradamus trouva près de Catherine de iMédicis et de Charles IX

une confiance que

lui refusaient ses

dans son pays

n'est prophète

compatriotes

:

nul

Ses prédictions, ramas

!

de sentences énigmaliques et ridicules, en ont imposé depuis à bien des gens. Son second fils, qui voulait suivre ses traces, fut,

il

est vrai

moins heureux.

,

Un

astrologue italien, Cosimo Ruggieri, avait inspiré à la

femme d'Henri astres.

II

Cardan,

son goût pour la divination par

qui savait

pour ce qu'elle vaut Campanella

,

bien estimer

si

les

magie

la

admettait Tinflnence des astres,

écrivit sur l'astrologie et la

Estienne, dans sa jeunesse,

magie ^ Henri

est vrai, avait tiré

il

des

horoscopes. Nos rois n'étaient pas plus sages; Henri IV

moment quand Anne d'Au-

lit

venir l'aslrologue et médecin Larivière, au

de

la

naissance de Louis XIII, et,

triche

accoucha de Louis XIV, un astrologue, Morin,

se tenait caché

dans l'appartement pour

cope du futur monarque. Ce dernier

fait

tirer l'horos-

nous montre

qu'on commençait à avoir honte de sa crédulité que, depuis les

car

demi-siècle, Sixte

V

avait

c'est

rendu contre

astrologues son motu proprio^ qui eut plus d'effet

De Sensu

^

du

un

:

titre il

et

de cet ouvrage

porte

slratur

renm

:

«

fait

libri

quatuor. Le développement

connaître

la

pensée de Campanella,

Pars mirabilis occultœ philosophiœ, ubi

mundum

omnesque

Magia

illius

esse Dei vivam statuam

partes

demon-

beneque cognoscentem

paitiumque particulas sensu donatas quantus suCQcit, ipsarum

esse, alias clariori, alias obscuriori,

conservation! ac totius in quo consentiunt et fere turse

arcanorum rationes aperiuntur.

»

omnium na-

Francfort, 1620, in-4*. t3


.

218

CHAPITRE

contre les

IX.

devins que les ordonnances

édictées en

1493, 1560, 1570.

La première de ces ordonnances,

dite

Cri du prévôt

de Paris ^ avait été rendue contre les charmeurs^ devi-

damnés esprits^ négéomanciens et toutes gens usant de mauvais arts sciences et sectes prohibées et défendues par notre mère neurs, invocateurs de mauvais et

,

Eglise *

En Angleterre, les rois sévirent avec non moins de rigueur, mais autant d'impuissance. Un acte d'Henri VIII déclare que le crime de magie et de sorcellerie sera

réputé félonie, et enlève à celui qui en est accusé le

de clerc ou de prêtre. Sous peine de mort est prononcée contre les

bénéfice d'invoquer

Jacques P',

la

le titre

sorciers dont ce roi, infatué des opinions

giques^, redoutait singulièrement

En Allemagne,

la

démonolo-

puissance.

ne comptait pas moins d'adeptes. L'empereur Rodolphe II était, comme jadis Julien, vins,

l'astrologie

constamment entouré d'astrologues

de magiciens et de sorciers.

et

de de-

Il s'était fait tirer

son horoscope par Tycho-Brahé, et l'apparition de

la

comète de Halley en 1607 l'avait jeté dans un grand effroi. Képler, malgré son génie, sacrifiait à la superstition du temps. Ce qui est digne de remarque, c'est que devins

et magiciens,

pour pratiquer leur

art,

étaient presque toujours obligés de faire violence à

leur propre conscience.

'

Isambert, Ordonnances,

^

Jacques

l^r a écrit

sur

11

t,

la

dialogue (Edimbourg, 1591.)

y

avait sans doute chez

XI,

p.

eux

251.

démonologie un

livre

en forme de


LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS JOURS. 21 d'incrédulité

un fond

mais les décisions des théolo-

5

giens ne les rassuraient pas sur la légitimité de leurs pratiques, et tout en appelant à leur secours les génies

élémentaires dont

ils

peuplaient

nation par les astres,

ils

la

nature, ou la divi-

démon. Ce

crainte d'avoir affaire au

de

étaient pris parfois reste

la

de supersti-

une superstition scientifique, ne rendait, aux yeux de l'Église, que plus coupations religieuses, associé à

bles les magiciens. forte

que

La

curiosité était

les scrupules

évidemment

de conscience, mais ces scru-

pules avaient des jours de victoire. D'ailleurs, l'a fort

plus

comme

bien montré le docteur Calmeil, la déraono-

lâtrie avait fini

par constituer une véritable épidémie

mentale, par absorber en

de l'aliénation, et

la foi

elle

presque toutes

pas plus que

formes

raison ne pou-

devenue une maladie.

vait triompher d'une erreur

Ceci nous explique

la

les

comment, malgré

les lois ecclésias-

tiques et les lois civiles, les magiciens continuèrent d'exister et de trouver des dupes.

Les quinzième, seizième

et

dix-septième siècles sont

pleins de procès de sorcellerie qui ont été racontés par les historiens

que

j'ai

rappelés au

commencement de

ce chapitre. Les théologiens écrivirent de gros d'indigestes traités contre la magie, dont les

abominations sous

les

Les conciles répétèrent

couleurs

les

les

ils

et

peignaient

plus sombres*.

anathèmes déjà tant de

fois

' Le nombre des ouvrages sur la démonologie et contre la magie composés aux seizième et dix-septième siècles, est con-

sidérable.

La plupart reproduisent

les assertions

de Sprenger,

de Nider, d'Henri Institor. On peut consulter à ce sujet biiulheca mayica et pneumatica de J. G. Th. Grasse,

la

Bi


220

CHAPITRE

En 1582, ceux de Reims, de Tours, de

prononcés.

Bordeaux

IX,

et

de Bourges voient leurs décisions à cet

égard sanctionnées par Grégoire XIH. Tous les di-

manches, au prône delà messe paroissiale, prescrivirent

d'excommunier

les

évêques

les sorciers*.

L'Eglise avait encore trop de puissance dans TÉlat

pour que

la tolérance et la raison

pussent adoucir des

rigueurs qui trouvaient leurs complices dans la superstition publique.

En 1643,

le

cardinal Mazarin écrivait

à l'évêque d'Évreux, pour lui marquer sa satisfaction

du

zèle qu'il avait apporté dans

lerie^.

En 1672,

le roi

un procès de

sorcel-

ayant voulu qu'on sursît à un

procès intenté à un grand nombre de magiciens, le

parlement de Rouen adressa à ce sujet une requête à Louis XIV, réclamant la poursuite des prévenus'. Savants qui voyaient dans

la

magie un moyen d'ar-

racher aux esprits de la matière et aux agents de nature leurs secrets et leurs

condamnaient dans avec

les

laient

cet art

la

procédés, dévots qui

un commerce abominable

suppôts de l'enfer, juges fanatiques qui vou-

purger

la société

de tous

les

imposteurs et

les

impies, gens frivoles que la curiosité poussait à inter-

roger des enthousiastes ou des charlatans, croyaient

également à

la

magie. Des jurisconsultes,

comme

Jac-

ques Sprenger^, Jean Bodin et Henri Boguet, écri*

Voy. ce que dit

le

Dictionnaire des cas de conscience, à l'ar-

Sorcellerie.

ticle 2

Voy.

la lettre

^

Voy.

la

*

Son

pour

la

dans Garinet, p. 328.

requête dans Garinet,

p.

337;

Maliens malcjicarum, écrit en 1487, imprimé première fois en 1589, a eu de nombreuses éditions. livre, \e


LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS JOURS. 221 vaient des traités sur la procédure de sorcellerie

*.

Wie-

rus enregistrait toutes les réponses et les billevesées

des prévenus et donnait, d'après eux, dans son livre

De

Prœstigiis dcemonum^, le catalogue complet et la figure

des esprits infernaux. Pierre de Lancre,

non moins

non moins crédule, se faisait une grande réputation de démonographe et admettait la réalité de

fanatique et

tous les aveux arrachés par la torture à des malheu-

reux accusés de maléfices^.

hommes

Les

les

plus

sensés parlaient en conséquence de la magie avec une

mêmes

réserve mêlée de crainte "'j tous les sceptiques J.

Sprenger

était, ainsi

qu'Henri Inslitor, qui écrivit sur

sujet, juge des sorciers en

pleins de rêverie, et qui respirent

Nider puisa

le

même

un sombre fanatisme, que Jean

fond de son Formicarium de maleficiis. Voy., sur

livre de Sprenger, Parciiappe, Recherches htst. et crit.

nionologie et la sorcellerie ; le Maillet des sorcières. 1

le

Allemagne. C'est dans ces ouvrages

L'ouvrage de

J.

le

sur la dé-

Rouen, 1845.

Bodin, de la Démonomanie des sorciers, pa-

rut en 1587 et fut traduit en latin et en italien. Boguet, grand

juge de Saint-Claude, en Franche-Comté, mort en 1616, donna un Discours sur les sorciers. Lyon, 1608. 2

La première édition de l'ouvrage de

=

Le

livre

Wierus

J.

de P. de Lancre est intitulé

:

est

de 1565.

Tableau de l'incon-

stance des mauvais anges et des démons. Paris, 1612, in-i».

trouve écrit dans le

ayant pour titre

:

même

esprit

De V Imposture

un

livre

On

de l'avocat P. Massé,

Tromperie des diables, en-

et

chanteurs, noueurs d'aiguillettes et autres. Paris, 1579, in-8». * « Que penser, écrit La Bruyère, de la magie et du sortilège?

La théorie en est obscurcie, qui approchent

vagues, incertains, et y a des faits embarras-

les principes

du visionnaire; mais

il

sants, alûrmés par des

hommes

mettre tous ou

les nier

dire qu'en cela

tous paraît un égal inconvénient, et j'ose en toutes les choses extraordinaires et

comme communes

qui sortent des

graves qui les ont vus

règles,

il

;

les

ad-

y a un parti à trouver entre


222

CHAPITRE

n'osaient point en rire

^

IX.

L'astrologie judiciaire finit

par se discréditer en présence

des démonstrations

évidentes de l'astronomie. Les comètes, dont Cassini

découvrit les révolutions périodiques, perdaient leur funeste influence^, bien que quelques esprits arriérés se soient entêtés depuis à les

de

la colère céleste ^.

ploi

Mais

la

prendre pour des signes

magie qui tenait à l'em-

de pratiques fondées sur des phénomènes physio-

logiques et pathologiques, à peine alors entrevus par les

médecins, demeurait encore, pour

la

grande ma-

un objet d'inquiétude ou d'effroi. Les parlements, on vient de le voir, persistaient à sévir contre elle^. Jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, on en soutint la réalité % bien que son domaine se démembrât jorité,

âmes crédules et les esprits forts. « Legendre, dans le septième volume de son curieux Traité de l'opinion, publié en 1753, a consacré plusieurs chapitres à la magie, dont il évite de comles

hallre toutes les prétentions. •

Bayle déclare que ne croire rien ou croire tout sont des

qualités extrêmes qui ne valent rien ni l'une ni l'autre {Réponse

aux 2

questions d'un provincialy ch. xxxix.)

Jusqu'à cette époque, on persistait

à voir

dans l'apparition

des comètes de mauvais présages. 3

Au commencement du dix-huitième

piraient encore

siècle, les

comètes ins-

une grande frayeur aux matelots normands (Voy. bourgeois de Caen, p 227.) Joseph deMaisfanatisme du passé et se cramponnait à toutes

G Mancel, Journ. d'un tre,

qui avait

les vieilles

le

croyances, soutient encore que les comètes sont des

si-

gnes du courroux de Dieu et que l'astrologie n'est pas absolument ciiimérique. {Soirées de Saint-Pélershourg, 5« éd.

Les

lois

contre

terre jusqu'au »

Un

la nriagie

t.

II,

p.

317.)

demeurèrent en vigueur en Angle-

règne de George

II.

sorcier fut encore brûlé, par

un arrêt du parlement de


223

LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS JOURS.

tous les jours au profit de la physique, de la chimie ou

de

la

médecine. Ce furent

les esprits forts

mencement du dix-septième les

premiers de combattre

le

siècle qui

du com-

s'etTorcèrent

préjugé régnant, de dé-

fendre de malheureux fous ou d'indiscrets chercheurs

contre les tribunaux.

Il fallait

pour cela du courage,

car on risquait, en cherchant à sauver la tête du pré-

venu, de passer soi-même pour un

affidé

du diable, ou,

un incrédule. Les comme on les appelait

ce qui ne valait pas mieux, pour libres penseurs, les libertins, alors, n'avaient

que peu de crédit

voles dans leurs négations,

ils

;

généralement

fri-

ne mettaient au service

de leur cause qu'un bon sens vulgaire qui efTarouchait comme de l'athéisme, et qui choquait profondément les fidèles habitués à

quand

il

ne compter

le

bon sens pour

rien,

s'agissait d'orthodoxie.

Gabriel Naudé poussa plus loin la hardiesse et afficha son opinion dans un livre publié en 1625, sous le titre à' Apologie

est

Il

pour

grands hommes accusés de magie. vrai que ceux dont il prenait la défense étaient les

morts depuis longtemps

et n'avaient à craindre

que

pour leur mémoire son livre, quoique prudemment dédié a un président du parlement de Paris, porta quelque ombrage à la justice et ne put se réimprimer ^

qu'à l'étranger

^ Cyrano de Bergerac, mort en 1655,

Bordeaux, en 1718. (Voy. Garinet, o. c, p. 236.) La réalité delà magie a été soutenue par Daugy, dans son Traité sur la magie, le sortilège, les possessions, etc. (175:2, in-12),

La vanité de

magie put seulement être soutenue librement en Fcance au commencement du dix-huilième siècle. Abr. de 1

la

Saint-André, médecin de Louis XV,

fit

paraître en

1725 ses Let-


22 î

CHAPITRE

dans des

lettres qui

IX.

ne furent publiées,

il

est vrai,

qu'après sa mort et imprimées en Hollande, niait ou-

^

;

vertement l'existence des sorciers, appelait les prétendus effets de la magie la gazette des sots, le C7'edo de ceux gui ont trop de foi; il mettait en lumière toutes

où tombait la crédulité. Ces sages protestations n'eurent que peu de retentissement elles avaient le tort de devancer les lumières les folies

du temps

et les pièges

5

du

siècle.

Poursuivis, traqués par les magistrats, anathématisés

par l'Eglise,

porter la

magiciens se vengèrent en faisant responsabilité de leur crime sur deux papes les

des plus orthodoxes, Léon

Honorius IIF. Déjà Gerbert avait été accusé de magie. Ils forgèrent, sous le nom de ces pontifes, deux livres de sorcellerie,

\ Enchiridion

et le

réimprimés^

et

III et

Grimoire, qui ont été plusieurs fois

dans lesquels

se

trouvent

réunies

toutes les ridicules recettes de leur art imaginaire.

La vieille tradition rabbinique qui faisait de Salomon un enchanteur fut mise à contribution pour composer un livre analogue à ces grimoires, les Clavicula Salomonis ad filium Roboam, dont il existe trois rédactions

ires

au

quelles

sujet de la magie, des maléfices et sorciers, dans lesil

rend raison des effets

les plus

surprenants qu'on avait

jusqu'alors attribués aux démons.

Voy. ses lettres XII et XIII sur

1

t. I. *

dans ses Œuvres,

Amsterdam, 1709. L'édition originale

1825.

On

pendu

du Grimoire du pape Honorius est de le grimoire du pape Léon et

y trouve souvent joint

trois lettres latines

fut

les Sorciers,

du cordelier Nobilibus, célèbre astrologue qui

et brûlé à

Grenoble en 1609 pour crime de magie.


225 LA MAGIE DE LA RENAISSANCE A NOS JOURS. en français. De

même le nom d'Albert

le

Grand

servit

magiques qu'on de passe-port à un recueil de recettes nombreuses variantes. a souvent réimprimé avec de sorcier en Le Vinculum Spirituum, composé par un conjurations renom, passa surtout pour contenir des eut pour auxquelles nul esprit ne pouvait résister, et ce motif une vogue extrême*.

de milieu de toutes les puérilités dont ces livres des magie fourmillent, on recormaît encore la trace

Au

plus de antiques croyances dont elles étaient sorties, vingt siècles auparavant il s'y mêle des restes d'évo-,

cations néoplatoniciennes et d'adorations des divinités est question des esprits élémentaires, infernales. Il

y

de ceux de

la terre,

de

l'air et

du feu^ Le diable y

compagnie des anciens dieux déguisés

intervient en

eux-mêmes en démons^. Ainsi finirent les sciences occultes, qui avaient tant occupé nos pères*. L'héritage de leurs superstitions

Voy. les détails donnés sur ces livres dans d'Artigny, Nouveaux Mémoires d'histoire, de critique et de littérature, t. I, 1

29 et suiv. Paris, 1749, in-12. 2 Un magicien, qui fut condamné en 1609, soutenait que l'air est rempli d'esprits, lesquels sont les âmes des morts. Voy. le

p.

Mercure français pour 1609, 3

Lors de

la

rent la ligure

réforme,

du pape

et

les

p. 347.

plus fanatiques protestants associè-

des ministres de l'Église catholique aux

dans leurs rêves. Les autorités de l'Église se voyaient donc à leur tour réduites à la condition de mauvais génies, et étaient menacées du même sort que les dieux qu'elles

démons

qu'ils voyaient

avaient vaincus.

Cependant, en plein dix-neuvième siècle (1803, 181S), l'abbé Fiard, dans ses Lettres magiques, ses Instructions sur les sor*

13.


CHAP.

LA MAGIE PE LA RENAISS. A NOS JOURS.

IX.

fut dissipé par les progrès

de

la raison,

mais

la crédulité

une maladie incurable de l'esprit humain, quelque vigoureuse que semble notre constitution

paraît êJre et

mentale,

elle est

exposée à des

maux

passagers, à des

défaillances dont je crois saisir autour de

mants symptômes. Les

nous d'alar-

magie ne se sont pas totalement évanouies, et pour le comprendre il faut, comme je vais le faire dans la seconde partie de cet ouvrage, étudier

mènes qui

les

illusions

les

de

la

circonstances et les phéno-

ont entretenues et propagées.

ciers et ses Lettres philosophiques sur la

l'existence actuelle d'un grand

En 1821, Berbiguier

magie

^

soutint encore

nombre de suppôts de

l'enfer.

publia un livre pour établir que l'univers

est rempli de farfadets. Ces opinions ont été reprises et défen-

dues depuis dans des ouvrages encore récents.


SECONDE PARTIE

NOTICE PRÉLIMINAIRE

Si la et le

magie eût exclusivement reposé sur

mensonge, son règne n'aurait pas

la crédulité

été de

si

longue

eût mis certainedurée, et l'avénement des sciences y ment fin. Mais cet art prenait son origine dans des phé-

nomènes

singuliers,

propres à certaines affections

certains troubles nerveux

dant

le

sommeil.

Les

ou qui

enchanteurs et les sorciers

s'attachaient à les faire naître,

des procédés effets

;

ils

pour

se manifestent pen-

ils

avaient découvert

en accroître et en étendre

s'entouraient de tous les

d'agir sur le

moral

les

moyens capables

et sur le physique.

Ce furent ces

phénomènes, inconnus d'abord dans leur principe, qui enracinèrent la foi à la magie et abusèrent souvent des esprits éclairés. Les enchanteurs et les

magiciens étaient

parvenus, à l'aide de pratiques diverses, à provoquer

chez autrui un ordre déterminé de rêves, à engendrer des hallucinations de toute sorte, à amener des accès

1


228

NOTICE PRÉLIMINAIRE.

d'hypnotisme, de somnambulisme, de catalepsie, de manie, dans lesquels on s'imaginait toucher

entendre,

converser avec

surnaturels,

êtres

les

voir,

eux,

éprouver leur influence, assister aux prodiges dont

magie

disait

posséder

et sorciers étaient

compte des

Public, enchanleurs

le secret.

également dupes. Nul ne se rendait

illusions

et des

impressions décevantes

qu'appelait l'emploi de procédés regardés

charmes, des

la

maladie ou

autres affirmaient de

dans un

monde

comme

bonne

le rêve.

Les uns

foi avoir été

des

magiques,

des opérations

sortilèges,

ou que produisait

la

et les

transportés

surnaturel, avoir pris part à des actes

chimériques et mensongers. L'antiquité, en

nous léguant par

la

magie

ses vieilles

superstitions, nous transmit aussi les pratiques aux-

quelles cet art avait recours. Les pratiques fièrent

Et

quant aux accessoires,

l'on retrouve

encore

là les

croyances signalées dans Il

la

le

se

modi-

fond ne changea pas.

mêmes transformations de

première partie de ce livre.

nous reste maintenant à étudier ces procédés, à en

rechercher

les destinées

depuis les temps anciens jus-

qu'à nos jours. Peu nombreux, bien que très-variés dans leurs effets,

ils

peuvent être rattachés à quatre sources.

loLes songes qui se produisent, soit l'état 2**

à la suite

soit

d'eux-mêmes,

d'une préparation convenable, dans

de sommeil complet ou incomplet.

Les hallucinations et

le

délire engendrés par les

affections mentales et nerveuses.

3» L'influence de la volonté et de l'imagination sur


229

NOTICE PRÉLIMINAIRE.

notre économie, celle de la contemplation prolongée sur le système nerveux, chez des personnes d'une organisation faible

ou

4° Enfin les états

excitable.

d'hypnotisme

,

de catalepsie

,

de

somnambulisme déterminés par l'emploi des narcotiques, des anesthésiques, ou par une surexcitation de l'influx

du moral sur le physique.

Ces quatre sources suffisent à expliquer ce

y a de réel dans

la

qu'il

magie. On y pourrait joindre

phénomènes purement physiques dont

les

philosophie

la

naturelle nous a ré\élé les lois et permis de reproduire à volonté les curieux effets. Mais, par la

étaient jadis

ils

dans

la

manière dont

mis en usage, ces procédés rentrent

catégorie des artifices et des fraudes qui ont

occupé une

si

grande place dans

la

magie, et ne sau-

raient par conséquent être compris dans ce qui peut être appelé le merveilleux réel. Les causes naturelles

avaient été découvertes, seulement les enchanteurs les tenaient cachées au public.

L'ouvrage d'Eusèbe Salve rte sur

les sciences occultes

renferme d'ailleurs un aperçu de cette magie dont secrets,

une fois divulgués par

la

physique et

digitateurs, ont abouti à ce qu'on a appelé la che^

les

les presti-

magie blan-

par opposition à celle qui continuait de s'adresser

aux prétendues communications démoniaques. Je n'ai donc pas à m'occuper de la magie physique, telle que l'entendent Porta, Hildebrand, Garamuel, le P. Kircher

»

On peut consulter sur

cette

magie physique

le

curieux ou-


230

NOTICE PRÉLIMINAIRE,

et qu'exercent aujourd'hui avec

une prodigieuse adresse

un Robert Houdin ou un M. de Gaston.

Elle a

pour but

de nous amuser ou de nous instruire, non de nous faire

admettre une psychologie chimérique qui remplit notre esprit de vaines et dangereuses spéculations, et peut

nous conduire à

la folie.

La magie pathologique, car

est le

tel

nom que

l'on

pourrait donner à celle dont je vais suivre le dévelop-

pement par

lancé dans un spiritualisme

l'histoire, a

Iranscendental et arbitraire des

hommes

imaginations brillantes et fécondes

des visionnaires qui,

le

;

elle

distingués, des

a été l'aliment

diable une fois mis hors de

cause, ont cherché dans les hallucinations et les extases, les

songes et

les crises nerveuses,

de

la réalité

des chimères poursuivies par eux

la

découverte d'un

monde

des preuves à l'appui

surnaturel. Cette

comme

magie

est

tout ce qui subsiste encore de merveilleux dans notre siècle

de science positive

et expérimentale.

bien comprendre les illusions, qu'elle appartient,

comme

le

il

suffît

Pour en

de constater

merveilleux purement

physique, aux superstitions d'un autre âge, et que,

malgré ses allures philosophiques ou religieuses, aboutit à ces les religions

vrage intitulé

mêmes égarements

elle

qu'avaient consacrés

de l'antiquité.

:

Briefe ûber die naturliche Magie an sir

W.

von Dav. Brewster, ubersetzt von F. Wolff (Berlin, 1835).

Scottf


CHAPITRE PREMIER APERÇU SUR l'emploi DES SONGES COMME MOYEN DE DIVINATION DANS l'antiquité ET AU MOYEN AGE.

Le rêve est un phénomène qui, tout ordinaire qu'il soit, a constamment étonné les hommes de tout temps ;

s'y sont rattachées des

croyances superstitieuses et des

craintes puériles. Dans l'antiquité grecque,

il

existait

des devins qui faisaient, pour de l'argent, métier d'in-

La divination par

terpréter les songes.

les

songes

était

dans

pratiquée en Egypte, en Assyrie, en Judée.

J'ai,

un de mes ouvrages

formes de

mode

ce

,

résumé

les principales

d'interroger l'avenir*. Les interprétations,

d'une nature ordinairement arbitraire ou fantastique, reposaient cependant en partie sur des observations

exactes et des coïncidences qui ne sont pas purement

chimériques. Les images bizarres qui s'offrent à nous

pendant

le

sommeil sont fréquemment

le

reflet

des

sensations internes que nous éprouvons, et se trouvent

conséquemment dans un rapport ou

la

maladie

étroit

avec

la

santé

Aussi les médecins ont-il pu quelque-

'

Histoire des religions de la Grèce antique,t.

2

Les personnes soumises à

rêvent de repas délicieux;

les

la

dièle

ou

Il, p.

447

souffrant de

et suiv. la

faim

personnes qui observent une conti-

nence forcée, d'embrassements amoureux. Voy. A. de Haller, Ele-

menta physiologie corporis humant,

lib.

XVII, sect. 3,

t.

V, p. 623.


232

CHAPITRE PREMIER. trouver dans

l'ois

les

songes un précieux

moyen de

diagnostic*. Hippocrate^, Aristote', Galien*, et

grand nombre de praticiens

de physiologistes

et

dernes^ ont reconnu qu'il n'est pas sans

un

mo-

utilité d'in-

terroger les rêves du malade. Non-seulement les songes

sont un véritable miroir de l'état physiologique ou

pathologique,

ils

du dormeur

prit

trahissent de plus la disposition d'esils

j

préoccupé durant

décèlent les pensées qui l'ont

de son esprit

s'est effacée

même

la veille, celles -,

ils

dont

la trace

font surgir des idées qui

se trouvaient pour ainsi dire en nous à l'état latent, et

1

«

Nam

centes

medici, ex quibusdam rébus et advenientes et cres-

morbos

inlelligunt, nonnullse etiam valeludinis signiflca-

lionem, ut hoc ipsum pleni enectine simus, ex

quodam génère

somniorum

,

inlelligi

posse dicuntur.

69). Arnauld de Villeneuve rêva,

II,

au pied, et

le

jour suivant

il

(Cicer.

»

une nuit,

De

Divinal,,

qu'il était

se développa à cet endroit

mordu

un ulcère

cancéreux. Conrad Gesner crut en rêve être mordu au sein gauche, d'où

profonde

il

;

conclut qu'il devait avoir en celte région une lésion

et,

en

effet,

auquel succomba

le

peu de jours après,

2

Hepi tvuTTvîwv, c. XIII.

8

IlEpî ÈvuTtvîwv,

*

Galien a écrit un court traité sur

ap.

Parva Naturalia

songes. Voy. Opéra, éd. Kuhn, ^

déclara

un anthrax

t.

VI,

et

p.

Problem., XXX, le

p.

471.

diagnostic par les

855.

De Vaticiniis xgrotorum, Halle, 1724, in-4'*; Nouveaux Éléments de la science de rhomme, 2^ édit., liS et suiv.; Virey, De la Physiologie dans ses rapports

Voy. Alberti,

Barthez, t.

s'y

célèbre naturaliste.

II, p.

avec la philosophie, méiologiques sur cine,

t.

XXVII,

trad. Jourdan,

Rêve, dans

p. t.

les

p.

129 V,

195 et suiv.; Double, Considérations sé-

songes, dans le Journal général de

p.

médeBurdach, Traité de physiologie, suiv.; Moreau (de la Sarthe), art.

et suiv.;

203 et

le Dictionnaire des sciences médicales.


^oô

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

que certaines personnes ont en rêve composé des vers, des discours, de la musiqueS et même

c'est ainsi

fait

des découvertes scientifiques

pas distraite pendant

le

^.

L'attention n'étant

sommeil par une foule de per-

ceptions extérieures, la faculté de la

mémoire acquiert

une très-grande puissance, ou, pour

parler plus exac-

tement,

la

réminiscence s'opère avec un degré de vi-

vacité qu'on n'observe

guère durant

la

En

veille.

ou des choses que nous croyions avoir oubliées ou dont nous n'avions plus même la notion, s'offrent tout à coup à notre esprit, quand nous

sorte

que des

faits

dormons, avec

le

caractère d'une inspiration.

De

là l'o-

ou surnaturelle qu'on a prêtée aux rêves; le caractère prophétique que toute l'antiquité leur

rigine divine

de

supposait^.

Une autre

circonstance a contribué à répandre cette

fausse opinion.

Dans

le

songe, notre personnalité se

dédouble, pour ainsi dire Descartes, l'âme

'

2

est

-,

car, ainsi

que

l'a

remarqué

dans l'impossibilité de réagir

Longet, Traité de physiologie, t. I, pari, ii, p. 418. Les anciens attribuaient surtout ce caractère aux songes

lucides (èvaoyj;) (Platon., Cn/o, §2), appelés par les Latins,

somnia (Cicer., De Divinat., décrits par l'auteur

du

1,

ciam

27). Ces rêves sont parfaitement

traité l)e

Myatenis jEgrjpliorum

p. 60, éd. Gai.), et par^Elius Aristide.

Quelques auteurs

(lll, 2, les

ont

appelés psychiques (voy. Macario, dans les Annales médico-psy-

chologiques du système nerveux,

t.

VI 11, p.

184

et suiv.), parce

que ce sont en effet ceux où les facultés de l'âme, abandonnées à une sorte d'automatisme, reproduisent avec le plus de suite l'enchaînement des souvenirs et des idées latentes, et leur association, s'effcctuant ainsi logi(iuemenl, peut conduire à saisir des

vérités, à faire de réelles découvertes.


234

CHAPITRE PREMIRU.

contre les impressions que les sens font sur qui nous rend

sommes

elle,

état

comme

étrangers à nous-mêmes*. Nous donc entraînés à attribuer à autrui, à des

personnes imaginaires, les paroles mentales que nous prononçons, les idées qui nous préoccupent ou nous agitent. Sous l'empire d'une crainte religieuse, de la croyance à des esprits célestes, nous les voyons en rêve

nous leurs prêtons des discours et des actes en harmonie avec nos propres convictions, avec nos appréhensions ou nos espérances. ;

C'est ce qui explique ces pressentiments qu'on

enregistrés dans l'histoire avec

une

curiosité

a

mêlée

de superstition*. L'inquiétude ou le désir, qui n'étaient pas bien prononcés durant la veille, prennent en songe

une vivacité plus grande

et se traduisent par

sions qui se sont trouvées parfois en la

des vi-

conformité avec

réahté naturellement pressentie.

Les anciens devins avaient reconnu tous ces faits, sans en découvrir la cause naturelle l'origine pure,

ment physiologique.

recherchaient les moyens les plus propres à donner aux rêves le caractère de luciIls

dité et d'inspiration qui

étonne ou effraye notre esprit, et à provoquer durant le sommeil par le heu, les sensations

quelles

communiquées, les circonstances dans lesil a commencé, ces visions, ces songes clairs

et ces intuitions qui avaient à leurs

yeux une origine

surnaturelle. Je viens de rappeler l'influence qu'exer-

1

«

Voy. Descartes, Œuvres, éd. Cousin, t. X, p. 157, Lettres. Voy. Deleuze, Mémoire sur la faculté de prévision, publié

par Mialle (Paris, 1836, in-S»).


^oD

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

rôve les faits qui, pendant la veille, ont vivement impressionné Timagination ; il y faut joindre celle qu'ont les substances ingérées dans l'estomac,

cent sur

le

de

l'inspiration

même

l'onction de certaines

aux oracles

prêtres attachés

narcotiques ou

vapeurs

certaines

pommades*. Aussi les où les réponses étaient

données en songe, recouraient-ils à tous ces procédés; faisaient choix de grottes ténébreuses

ils

de Trophonius*, ou de

localités

comme l'antre

d'où s'exhalent des

vapeurs sulfureuses, d'acide carbonique, et auxquelles leur aspect efirayant avait valu le nom de portes de

On

ï enfer ^ de charonivm^ de plutonium

Grèce

et

trouvait en

en Asie Mineure plusieurs de ces antres du

fond desquels s'échappaient des sources thermales. A Hiérapolis, dans la Phrygie pacatienne, existait, près

A du temple de Cybèle, une caverne de ce nom fm du cinquième siècle de notre ère, alors que temple de

la

le

déesse avait été complètement aban-

donné, par suite de l'interdiction du paganisme, philosophe

la

demeuré

Damascius,

fidèle

aux

le

vieilles"

croyances de sa patrie, descendit avec un de ses com-

pagnons dans

le

charonium^ malgré

1

Je reviendrai sur l'emploi de ce procédé

2

Maxim. Tyr., Dissert., XIV,

gions de la Grèce antique, '

Galen.,

De usu partium,

Lucret., VI, 7, 62

Rapt. Proserpin.,

;

Voy.

II,

p.

c. XVII.). Cf.

Ammian.

iv.

489. S; PVm., Hist. nat.,îl, 93,93;

568; Claudian., De I, 36.

Voy.

mon

489, 492.

Voy. ce qu'en disent Pline [Hist. nat..

Mundo,

y

Histoire des reli-

330; Cicer., De Dïvinat., t. II,

qu'il

au chapitre

mon

Virgil., ^/?e?rf., VII,

Histoire des religions, *

t. II, p.

2.

danger

le

Il,

95) et Apulée [De

Marcellin., XXIII, vi.


236

CHAPITRE PREMIER.

avait, (lisait-on, à

y pénétrer.

Il

en

sortit sain et sauf,

selon ce qu'il rapporte, mais à peine fut-il de retour

chez

lui qu'il

eut un rêve dans lequel

être Atys, le dieu phrygien, sister

aux

il

semblait

lui

amant de Cybèle,

et as-

en son hon-

hilaries, fête qui se célébrait

neur

Nul doute que ce songe n'eût été provoqué chez Damascius par le gaz qu'il avait respiré. Entré dans le charonium,

l'esprit tout

et plein

de

foi

rempli de

en son culte,

résulta de l'action

la

il

pensée de

la

déesse

dut, dans le rêve qui

du gaz, évoquer l'époque regrettée

où Cybèle recevait encore de pieuses adorations rêve fut

le reflet

son

\

de ses pensées. Les galles ou prêtres

de Cybèle, qui avaient eu seuls jadis trer dans l'antre, se

donnaient de

le droit

même

de péné-

à volonté, en

respirant le gaz, des accès de fureur enthousiaste, dans lesquels

on

Ce qui les

les croyait inspirés

par la déesse^.

en Phrygie se reproduisait dans autres charonium. Strabon ^ nous apprend qu'à se passait

celui d'Acharaca, situé entre Tralles et

Nyssa

,

les

malades trouvaient dans ses eaux thermales un soulagement à leurs maux, et que les dieux leur révé-

moyen de

ou leur appor-

laient

en songe

taient

au moins quelque adoucissement à leurs dou-

le

se guérir,

leurs.

Ailleurs les exhalaisons déterminaient simplement

des accès de délire, des hallucinations, qui étaient *

Damasc,

Hekker,

p.

Vit. Isidor., ap.

Phot., Biblioth., cod. 242, édit.

344, 345.

^

Voy. ce que dit Dion Cassius, LXVIII, xxvii,

8

XIV,

p.

650.

p.

1142.


^ol

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

pour des communications Léc'est ce qui se passait à Delphes et à dans ces grottes où se cachaient, disait-on,

prises tout naturellement

divines

* ;

badée^ et les nymphes. Aussi ces déesses

étaient-elles regardées

comme ayant produit le délire qui siteurs ^ Les prêtres provoquaient

s'emparait des vi-

encore, chez ceux

qui consultaient les oracles, les songes, les visions,

par un jeûne prolongé préalable

%

par des breuvages

le Oribase parle d'une fontaine de l'Ethiopie qui donnait Rufus Voy. délire à ceux qui éianchaient la soif à ses eaux. 1

Ephesius, éd. Matthœi, p. 192. -

Arislot.,

3

De

De Mundo,

§ A.

vuaœoXwroi, lymphaii, qui leur était donné. Histoire des religions de la Grèce antique, t. II, p. 475.

là le

nom de

Voy.

mon

et oe

qui est dit au chapitre suivant.

54; Philostrat., Vit. Apollon. Tyan., I, 8. Afin de provoquer chez la pythie de Delphes des hallucinations et des rêves qui étaient pris pour des révélations, on la soumet*

Pausan., I,

c.

ceux qui venaient consulter l'oracle d'Amphiaraiis et ceux qui se rendaient au charonium de Nyssa devaient également jeûner. (Voy. le mémoire de Hardion, dans les Mé-

tait aussi à

un jeûne

;

moires de l'ancienne Académie des inscriptions et belles-lettres, Prsed., t. III, p. 179 sq.) Galien {Comment, in lib. I Hippocrat. ap.

Oper.,

éd.

Kuhn,

qu'on rêve à jeun,

les

aussi Tertullien

«

:

525), remarque que lorssonges sont plus clairs. Ce que nous dit t.

XVI,

p.

Jejuniis autem, nescio an ego solus, plu-

somnium, ut me somniasse non seniiam; nihilergo sobrietas, inquis, ad hanc partem. Imo tanto magis ad hanc quantum et ad omnem , si et ad superstitionem, mulio amplius ad religionem. « [De Anima, 27.) Les Indiens Schawnis

rimum

ita

jeûnaient pour se donner des songes prophétiques. J.

Tanner, trad. Blosseville,

vaines,

t.

Il, p.

(

il/em.

de

547.) Jadis, dans les neu-

se manifestaient tant devisions et d'apparitions,

on

prescrivait le jeûne. Voy. le curieux exemple de vision déterminée


238

CHAPITRE PREMIER.

narcotiques ou des potions stupéfiantes administraient.

On comprend donc longtemps les oracles pelait Vincubation.

aisément oii

le crédit

se pratiquait ce

*

qu'ils leurs

dont jouirent

que

Les visions qu'avaient

l'on ap-

les

mala-

des, et dans lesquelles leur apparaissaient les divinités

médicales, semblaient des preuves évidentes de l'origine surnaturelle et divine de ces oracles. Les guéri-

sons miraculeuses qui s'y opéraient confirmaient celte croyance, et de véritables pèlerinages avaient lieu aux

temples d'Esculape, nités qui passaient

d'Isis,

de Sérapis^ toutes divi-

pour se communiquer en songe à

leurs adorateurs.

Ceux qui venaient interroger Sérapis dans son temple de Canope, y dormaient la nuit pour que le dieu se révélât à eux pendant leur sommeil ^ C'est ainsi qu'en agirent les amis d'Alexandre, à l'occa-

sion de la maladie dont

consulter en songe

il

mourut*. « Ceux qui vont

déesse Isis , écrit Diodore de Sicile*, recouvrent la santé contre toute attente. Plula

sieurs dont la guérison était regardée par les

comme

désespérée, à cause de

à la suite d'un long jeûne chez

la difficulté

médecins

du

traite-

un individu dont Desgenettes

décrit la maladie dans la Décade philosophique an. X, y

a

tri-

mestre, p. 517 et suiv. *

Voy. ce que je dis plus loin à ce sujet.

2

Voy., sur

le

culte de Sérapis, le

mémoire de

Preller,

dans

les

Berichle ûber die Verhandlungen der KœnigL. Sachsisch. Geseltschaft der Wissenschaften zu Leipziy, ISUi, p. 196 et suiv. 3

Strabon (XVII,

p. 801) dit qu'il s'opérait

au temple du dieu

de nombreuses guérisons. *

Arrian.,

1,25.

De Exped. Alex., VU,

7, §

8: Strabon,

i,

c,


APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

ioVI

ont été sauvés de la sorte, et la d'autres qui étaient privés tout à fait de l'usage de vue ou de quelque autre partie du corps, en se réfu-

ment de

]

!

la maladie,

giant, pour ainsi dire, dans les bras de la déesse, furent rendus à la jouissance de leurs facultés. » Des inscrip-

du temps font foi de ces guérisons *. L'incubation se pratiquait de même pour Isis en Egypte et en Grèce, la déesse se montrait en songe aux malades qui venaient l'implorer dans son sacellum, près du temple lions

:

d'Esculape Arcbagète, à soixante-dix stades de Tithorée^.

A

Lébédos en Lydie,

les

malades allaient

temple des dieux Sotères, qui leur apparaissaient durant leur sommeil 5 c'est vraisemblablement avec la même espérance, que certaines gens

dormir dans

le

venaient se livrer au sommeil dans un temple de Sar-

daigne mentionné par un écrit attribué à Aristote'. Pausanias nous apprend qu'il existait en Laconie, sur le

chemin d OEtyle àThalames, un temple dédié à Ino,

où ceux qui s'endormaient avaient aussi des révélations de la déesse*. Dans la Chersonèse, la déesse Hémithée opérait les

mêmes

miracles qu'Isis

;

elle se

montrait

en songe aux infirmes, leur indiquait clairement

remèdes à employer

*

On

^

et plusieurs

malades attaqués de

a découvert des inscriptions grecques qui consacrent de

pareilles guérisons

dues à Esculape

et à Sérapis.

tion grecque rapportée

;

archéolog., nouv. série, (1860),

Pausan., X,

*

Tertullian.,

*

IH,

c.

c.

32,

§ 9.

De Animât

XXVI, §

1.

Voy. Boeckh,

t. 111, n* 5980 Egger, Sur une inscripdu Sérapéum de Mempliis, dans la lit cne

Corp. inscript. Grsecor.^

2

les

27,

t.

I,

p.

113 et suiv.


240

CHAPITRE PREMIER.

maux

désespérés

,

vraient ainsi la santé.

Sicile

recou-

*,

Au charonitim de Nyssa,

eux-mêmes

les prêtres

Diodore de

écrit

c'étaient

qui allaient consulter la divi-

en songe et qui faisaient connaître les remèdes aux malades Dans le temple^d'Esculape, près de Tinité

thorée,

quée

un

lit

était disposé

comme

pour l'incubation

dans presque tous

prati-

^,

du

les sanctuaires

*.

dieu

On

sait quelle influence l'imagination

exerce sur

marche de certaines maladies, surtout sur maladies nerveuses.

celle

la

des

Une impression profonde, sou-

daine, détermine souvent

une révolution qui peut avoir

heureux comme les plus funestes effets, et il est incontestable que sous l'empire d'une foi vive aux dieux comme aux saints, desguérisons pour lesquelles la médecine était impuissante ont été obtenues. Ces les plus

cures réputées miraculeuses s'opéraient surtout dans les

temples

tion

o\i

avait lieu l'incubation, grâce à la convic-

profonde du malade

du remède une bonne

qu'il

qu'il avait rêvé.

La

partie de l'efficacité

d'iElius Aristide nous

guérirait par la vertu foi

devait être en effet

du remède. Les

en fournissent

la

écrits

preuve^ Ce

rhéteur, dont la fervente dévotion pour les divinités

«

V, 58.

2

Eusiath., Schol, in Dionys. Perieget, v.

p.

813, édit.

Benih.

|).

»

Pausan., X,

^

Voy.

462 ^

mon

c.

32, § 1.

Histoire des religions de la Grèce antique,

t. Il,

et suiv.

L'incubation se pratiquait encore dans

à Epidaure,

au temps de saint Jérôme

(fin

le

temple d'Esculape,

du quatrième

siècle)

:

f

^


241

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

médicales a rempli presque toute la vie, obtenait, en les consultant

incessamment, des remèdes à ses maux^

en porte lui-même

il

que tif

les

de

témoignage.

le

sait d'ailleurs

malades ont souvent un sentiment instinc-

la

médication qui leur est nécessaire, et ce sen-

timent se révélait dans tées

On

aux

les

songes par

les

paroles prê-

que leur imagination y

divinités

faisait in-

tervenir.

Le christianisme ne pouvait déraciner facilement

un genre de

divination qui apportait avec lui tant de

bienfaits, et

dont

la réalité

semblait établie par de

surprenantes guérisons*. Faute d'y réussir,

gea

les

malades

noms, les

et des

saints vinrent

il

si

chan-

annoncer aux

remèdes que leur révélaient auparavant

les dieux.

L'empereur Constantin avait consacré à l'archange Michel deux églises dans les environs de Byzance

;

nommé

l'une se trouvait au lieu

Anaplous ( 'AvdcTrXouç ) sur la rive gauche du Bosphore, en allant de la Propontide au Pont-Euxin^ l'autre était située presque ;

en face, sur

la rive

opposée, au promontoire

nommé

originairement Proocthœ (Ilp6o70ot) et plus tard corruption, «

Brochœ

(

Epopt

,

par

).

In delubris idolorum dormiens

(écrit-il), ubi straiis pel-

libus hosliarum incubare soliti erant, ut somniis futura cognos-

cerent.

Quod

in fano ^Esculapii

usque hodie error célébrât ethni-

corum.

» {In Isaiœ, cap. lv, p. 482, ap. Oper., t. II, éd. Mart.) Voy. M\. Aristid., Orat. in JEsculap., ap. Oper., éd. Jebb, I, p. 88, sq.; Sacr. Serm. I; ibid., p. 273, sq., Sem. IV,

1

t.

p. 321, sq. «

De

Procop.,

De yEdiJiciis,

l,

8, éd. G. Dindorf, p. 197; G. Codin.,

édifie. ConstanUnop., p. 115, éd. Bekker. 14 \


242

CHAPITRE PREMIER.

La seconde de ces églises avait remplacé un temple que la tradition donnait comme ayant été consacré par les Argonautes ^ Voici ce que nous dit à ce sujet G. Cédrénus, dont tres «

le

témoio;nage est confirmé par d'au-

chronographes, Jean Malalas etNicéphore

Les Argonautes au nombre desquels étaient

Thessalien Jason, Pollux, Hylas,

le détroit

Télamon

le

et plusieurs

pour se rendre en Colchide, passer

autres, voulant,

par

Calliste.

qui conduit au Pont-Euxin, tuèrent dans

un combat naval Cyzicus, qui régnait sur

bords de

les

l'Hellespont et voulait s'opposer à leur passage.

s'emparèrent de Cyzique, rages

;

principale de ces pa-

ville

mais ayant appris ensuite que Cyzicus

même

la

race qu'eux,

les

Ils

de

était

Argonautes, afin d'expier

le

meurtre du prince, élevèrent en ces lieux un temple magnifique; existait

divinité

pondit

:

envoyèrent

ils

aux Thermes, ils

devaient

afin le

consulter

servir à la gloire

de savoir d'Apollon à quelle

consacrer. L'oracle leur ré-

;

je

vous ordonne de révérer un dieu

unique qui règne au haut des cieux, incorruptible (Xà-^oç

comme un

a(£OiToç)

dont

s'incarnera dans

La source de

nom

le

est

Marie

soit

Biblioi/i.,

II, I,

p. :209,

con-

Argonau-

490, sq.; Orph., Argon., 9, § 18).

G. Cedren., Hist. comp., p. 119, 120> éd. Bekker,

210.

sein

t>

cette tradition se trouve dans les

Rhod., Argon. y

o70, sq. Cf. Apollodor., *

verbe

»

sacré à cette vierge, dont le

tiques (Apollon.

le

Ce dieu traverse l'univers enflammé et lui rendant la vie, il le

ignorée.

trait

et

donne en présent à son père. Que ce temple

*

qui

tout ce qui peut allumer le courage et

« Faites

d'une vierge

l'oracle

t.

1,


APERÇU SUR l'emploi DES SONGES. 11

est à peine nécessaire d'ajouter

graphe chrétien met

ici

dans

que

24)3

le clirono-

bouche d'Apollon

la

un de ces oracles apocryphes que, sous

nom

le

des

néophytes avaient forgés pour prêter aux païens eux-mêmes l'aveu de la divinité de Jésus*. Ces prétendues réponses des dieux, souvent citées sibylles, les

par

les

Pères de l'Église, trouvaient chez

une créance presque universelle; écrivait au milieu

du onzième

témoignages de toutes dates a visiblement

demandé

la

et

les

Grecs

Cédrénus, qui

siècle et compilait des

de toutes mains, leur réponse que la tradition et

païenne devait présenter dans des termes fort différents. Car ce que le chronographe ajoute prouve

que

la

soi-disant Marie n'était autre que la déesse

Rhéa. «

Les argonautes, continue en

crivirent

cet oracle en

effet

caractères

Cédrénus, ins-

d'airain

sur un

marbre au-dessus delà porte du temple qu'ils consacrèrent à Rhéa. Sous le règne de Zénon ce temple fut converti en une église placée sous l'invocation de ,

Mère de Dieu. De Cyzique,

la

dans

les

argonautes passèrent

Propontide, mais Amycus, à la tête d'une troupe, s'opposa à leur marche. Les vaisseaux des la

aventuriers allèrent alors chercher un abri au fond d'une anse solitaire dont les bords étaient tout couverts de forêts. En ce heu, les argonautes furent témoins Voy. à ce sujet Fexcellente édition qu'a donnée des Oracula sibyllma M. C. Alexandre. L'cpilhète d'àcpûircç, appliquée au verbe dans la réponse que cite Cédrénus, est fréquemment 1

donnée à Dieu par ces VllI, 50.

oracles. Voy.

II,

219, V, 297, 357, 496 ' '


CHAPITRE PREMIER. d'un

prodige.

Ils

virent paraître dans le

ciel

un

personnage d'une grandeur démesurée, ayant les ailes d'un aigle, et, prenant ce prodige pour un augure qui leur indiquait d'aller combattre contre Amycus, ils suivirent l'avertissement, tuèrent ce chef et élevèrent après la victoire un temple au lieu oii le personnage ailé leur était

apparu. Le temple reçut d'eux le nom de Sosthènion, en mémoire de la manière dont ils avaient été sauvés du danger. C'est ce même temple que dans la suite Constantin, sur un avertissement qui

donné en songe, consacra à l'archange Michel, après avoir fait élever un autel à l'orient. » lui fut

Jean Malala ajoute à ce sujet quelques détails : «Constantin, écrit-il, s'étant rendu au Sosthénion et ayant jeté les

yeux sur la statue placée dans ce temple, reconnut que c'était l'image d'un ange vêtu du costume de moine chrétien*. Saisi d'admiration pour ce lieu et son édifice prières,

de

,

il

demanda à Dieu

,

dans ses

connaître quelle était la puissance céleste qui s'y trouvait représentée; puis, s'étant couché

au

même

turne du

lui faire

endroit,

nom

il

de l'ange,

éveillé incontinent, l'orient,

Michel

il fit

fut instruit par

il

une vision noc-

qu'il voulait savoir. S'étant

se leva, et, se tournant vers

sa prière. Il consacra ensuite à l'archange

le lieu

il

avait prié

^.

»

Nicéphore CaUiste^, qui vivait au commencement

Constantin prit vraisemblablement pour celle d'un ange figure du personnage ailé qui était apparu aux argonautes. ^

2

Joh. Malal.

3

Histor. eccles., VII, SO,

Chronog., IV,

p. 79, éd. Dindorf.

t. I,

p. 5^20, éd.

Duc.

la


245

APERÇU SUR l'eJIPLOI DES SONGES.

du quatorzième

siècle,

donne un

tancié. Je transcris ici ses paroles « L'illustre Constantin, affaire

dans

le

pays

récit plus circons-

:

ayant été appelé par une

oii était

ce temple, vit la statue

qu'avaient élevée les argonautes. Ayant conçu une

grande admiration pour ce pays, il y resta quelque temps et raconta à ceux qui l'accompagnaient le fait suivant, qui lui était arrivé à l'occasion de la statue.

Au moment où

il

image semblable à apparue. «Je suis,

au sommeil, une statue du Sosthénion lui était

allait se livrer

la

lui dit-elle,

Michel, le général des

puissances célestes, soumises au dieu Sabaoth, le gardien de la foi chrétienne, qui t'ai secouru contre les tyrans impies, à cause de ta piété et de ta foi en

lui.

»

A

son réveil, Constantin s'empressa de donner des ordres pour la décoration du lieu où il avait eu cette vision ;

élever avec une extrême magnificence et à grands frais un autel cà l'orient, ce qui a attiré depuis longil fit

temps dans cet endroit un grand nombre d'habitants de Constantinople et d'étrangers. L'archange y fit de fréquentes apparitions. Tous ceux qui étaient menacés de quelque événement fâcheux, de quelque danger imminent, qui se voyaient atteints d'un mal inconnu, d'une maladie incurable, obtenaient là, en implorant Dieu, une miraculeuse protection. Suivant une croyance

qui repose sur

un témoignage

certain, le divin ar-

change Michel se rend visible en ce Heu et lui donne ainsi une vertu salutaire. Voilà pourquoi cet endroit

a

reçu, depuis une époque fort ancienne, le Michaelion. »

Cette éghse de Saint-Michel d'Asie fut

nom

comme 14.

de

celle


CHAPITRE PREMIER.

de Saint-Michel d'Europe, située de l'autre côté du Bosphore, restaurée par les ordres de Juslinien*. On voit par le récit précédent

que l'empereur Constantin

avait pratiqué dans le temple

qu

il

du dieu païen inconnu,

croyait être saint Michel, l'usage antique de l'in-

cubation, lequel se continua longtemps après

lui.

Or,

Polybe nous apprend qu'en l'emplacement de ces deux églises de Saint-Michel, souvent confondues depuis, à raison de leur

commune

dédicace, à l'archange, s'éle-

vaient les temples de

deux

comment

l'historien

s'exjjrime

du Pont-Euxin

est appelée

divinités médicales. Voici

grec

:

«

La bouche

Bosphore de Thrace,

et

a cent vingt stades de long; sa largeur n'est pas par-

même. La houche par où pontide commence au détroit qui tout la

l'on sort

de

la

Pro-

s'étend entre Chal-

cédoine et Byzance, et dont l'ouverture est de quatorze stades. Celle par

qu'on

oh l'on

sort

du Pont s'appelle Hiéron

;

que Jason, revenant de la Colchide, sacrifia la première fois aux douze dieux. Cet endroit, quoique situé en Asie, n'est distant de l'Europe que c'est là

dit

de douze stades, au bout desquels, vis-à-vis, on trouve le temple de Sérapis dans la Thrace ^. » haut que Sérapis était invoqué par malades qui venaient chercher ses consultations en

J'ai déjà dit plus

les

dormant dans son sanctuaire. Quant à Jason, il se confondait avec Apollon Jasonius ou Cyzicien divinité médicale présidant aux sources thermales qui existaient ,

*

Procop., De^dïftc.t 1,8, p. 199, éd. Dindorf; DucseMichael.

Nepot., Histor. Byzant.y p. 242, 243, éd. Bekker. •

Polyb., Histor., IV, xxxix, p. 98-99, éd. Schweigliseuser.


247

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

Apollon que, suivant le récit en cet endroit ^ C'est cet envoyèrent consulter. de Cédrénus, les argonautes nom de Pœan, ou guérisseur, lui donnait aussi le

On

divinité se Artémidore^ nous apprend que cette malades pour annoncer montrait souvent en songe aux a donc point de doute que le retour à la santé. Il n'y d'Anaplous n'eussent été le Soslhénion et le temple et

dans et

le

médicales, principe consacrés à deux divinités

que Tusage de l'incubation

leur

s'y soit

lonius de

Rhodes 3 ajoute

élevé par les

scoliaste d'Apol-

Le

dédicace à saint Michel.

continué après

d'ailleurs

que

le

hiéron

argonautes avait été dédié à Apollon

Jasonius.

habituel Les deux Michaelions devinrent le théâtre que nous dit des apparitions de l'archange. Voici ce

Sozomène.

l'historien ecclésiastique

fréquentée, tant « L'église la plus célèbre et la plus est celle par les gens du pays que par les étrangers, qui est bâtie à l'endroit

maintenant Michaelion

nommé -,

Hesliœ*

elle est

:

on

l'appelle

à droite de ceux qui

divinités de la santé Jason se confondait avec Jaso, une des Arisioph., Plut., 70i ; chez les Grecs. (Pausanias, I, 24, § 2; Panoflca, adh.l. M\. Arislid., In Asclep., 1. 1, p. 46.) Voy. »

Schol.

mon Histoire des reDie Heilgœtter der Griechen, p. 260, sq., et ligion de la Grèce antique, t. I, p. 307, 450. -2

3

Oneirocrit.,

Il, p.

214, éd. Reiff.

Schol. ad Apollon. Rhod.

\rgon.,

I,

967. L'auteur des

Ar-

d'Echasios, ou progonautiques donne à cet Apollon le surnom avait protégé le dieu tecteur des débarquements, parce que le

débarquement des aruonaules. *

Èari*',,

(G. Codin,

c'est-à-dire les foyers. Hesliae était près d'Anaplous.

De

Originib. Constantinop.^ éd. Bekker, p. 8.)


248 vont à

CHAPITRE PREMIER. la ville

par

le

Pont-Euxin

cinq stades par mer, mais

il

y en

dix par terre, quand on côtoie

nommée

^

il

n'y a que trente-

a plus de soixanteElle est ainsi

le golfe.

parce que Ton croit que l'archange Michel

y est apparu. Je puis rendre témoignage des bienfaits que j'ai reçus par son intercession, et la vérité de ce

que j'en assure sera confirmée par l'expérience de plusieurs personnes qui, ayant eu recours à Dieu dans

du soulagevoulais rapporter en

leurs maladies et leurs disgrâces, ont senti

ment. Je serais trop long

si

je

mais

détail ces guérisons miraculeuses,

omettre

je

ne puis

avec qui je

celle d'Aquilin, célèbre avocat,

au barreau*. Je dirai donc ce que ce que j'en ai appris de lui-même. Ayant

suis tous les jours

j'en ai

vu

et

été attaqué d'une

fièvre

l'excès de la bile,

prit

il

il

violente qui procédait de

une médecine.

prise qu'il la rejeta, et l'effort qu'il

missement répandit de

A

peine l'eut-

dans ce vo-

fit

telle sorte sa bile,

que sa peau

ne gardait plus depuis lors de nourriture, et les médecins désespéraient de sa guérison. Étant comme à demi mort, il ordonna à ses en demeura toute teinte

domestiques de

le

5

il

porter à l'église, dans l'espérance

ou d'y guérir ou d'y mourir. Quand apparut durant

la nuit et lui

un breuvage composé de

il

y

fut.

Dieu

lui

commanda de prendre

miel, de vin et de poivre.

Il

en fut guéri, bien que les médecins jugeassent cette potion trop chaude pour une maladie procédant de la

1

Celte anecdote a été recueillie par plusieurs hagiograpbes.

Elle est

notamment rapportée dans

de Voragine, c. cxv,

la

Légende dorée de Jacques

p. 646, sq., éd. Grasse.


-54^

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

que Probien, médecin de la cour, fut une vision extraordiaussi guéri au Michaelion, par aux pieds. Il s'était naire, des douleurs qu'il éprouvait les maximes de notre fait chrétien et approuvait toutes

bile. J'ai appris

religion,

hormis

qu'il U'ouvait

étrange que les

Lorsque ce doute

eussent été sauvés par la croix. agitait

son esprit,

il

hommes

eut une vision dans laquelle lui

placée sur l'autel de l'église, et où il avait été lui fut déclaré que depuis que cet instrument

apparut

la croix

consacré par les souffrances du Sauveur, il ne se ferait plus rien sans elle, par le ministère des anges ou des

hommes, çour

soit

pour

le

bien

l'utilité particulière

commun de

de chaque

l'Église, soit

fidèle.

N'ayant pu

raconter tous les miracles opérés dans cette église,

j'ai

choisi ceux-ci entre les autres*. »

L'historien ecclésiastique nous montre

donc que

le

culte des divinités médicales avait été transporté à saint Michel, regardé

comme

le

génie de

cine*. Les apparitions qui venaient frapper

la

méde-

en songe

l'imagination des consultants, les remèdes qui leur étaient révélés, furent successivement attribués à

Apollon ou à Sérapis et à l'archange. Le fait qui se passa aux Michaelions du Bosphore n'est pas le seul que nous offre l'histoire de cette époque. Nous trouvons également dans le culte de saint

Corne et de saint Damien un exemple de la transformation chrétienne des mêmes pratiques et des mêmes 1

Sozomen.,

Il, 3.

Suivant quelques auteurs, c'était à un autre archange, à Raphaël, qu'appartenait le soin de présider à la médecine. (Ori2

gen., De Princip., I, 8, i.)


2^0

CHAPITRE PREMIER.

superstitions. Suivant la légende

avaient souffert à

Eges en

le

martyre sous

Damien

et

règne de Dioclétien,

Or, cette ville était célèbre par

Cilicie.

On

culte d'Esculape.

Soier

le

Côme

honorait sous

l'y

ou sauveur,

le

le

surnom de

et â'Iafros ('Ia-p6ç)

ou médecin. L'incubation se pratiquait dans son sanctuaire ^ La dévotion à saint Côme et à saint Damien (2(i)-if)p)

répandue dans

s'étant

la

pour cela leur histoire, tant

une

Grèce, sans qu'on conmit ainsi qu'il

d'autres confesseurs, les

est arrivé

deux martyrs eurent

Byzance au quartier de Blachernes. Une apparurent en songe à l'empereur Justinien

église à

nuit,

ils

qui était atteint d'une maladie grave, et

On

voit là

que

pour

le

guérirent*.

un souvenir des apparitions miraculeuses

faisaient

Damien, dans

vraisemblablement en l'église élevée

Côme

Cilicie

en leur honneur à

la

et

place

du temple d'Esculape. Justinien, en reconnaissance de leur assistance, fit remplacer par un temple magnifique le modeste sanctuaire que le patriarche Proclus leur

avait construit au

Théodose

La nouvelle de

II

reur s'étant répandue, saints

ne

fit

Zevgma^ sous

la

la

guérison de l'empe-

dévotion à l'égard des deux

que devenir plus fervente; on

désormais contre

les

maladies sous

1

BoUand., Act. Sanctor.^ xxvii sept.,

2

Philostrat., Vit. Apollon. Tyan.,

Constant., sus,

que

III,

66.

Il

règne de

le

I,

p.

le

les

invoqua

surnom des

423, sq.

10, 11

;

Euseb., De Vit.

un oracle de Moppar l'incubation. (Plularch., De Oracul.

y avait aussi en Cilicie

l'on consultait

Defect., 45; Origen., Adv. Cds., VII, 35.)

De y^dific, p. 193, éd. Dlndorf. De ^Edifie. Constant., p, 93, éd. Bekker.

^

Procop.,

*

G. Codin.,


251

APERÇU SLR l'emploi DES SONGES, sainis anargyres

tance

fit

(

Cette circons-

dcvap-^upoi )*.

0£oi

Côme

naturellement croire que

Damien

et

savaient la médecine, et plus tard, dans les légendes

dont

ils

furent

le

Ibème^ on

exercé de leur vivant

médecins

la

les

donna comme ayant

profession médicale. Bientôt

et chirurgiens les prirent

pour patrons. Une

foule de guérisons furent dues à leur intercession, à

l'attouchement de leurs prétendues reliques ^ Dès lors les deux martyrs apparurent souvent en songe

remèdes à suivre^; les mêmes miracles furent aussi rapportés en grand nombre de saint Cyr et de saint Jean S qui avaient

aux malades, pour leur révéler

pris

en Egypte

la

les

On en

place de Sérapis.

raconta

des cures avec des circonstances presque identiques à

dans

celles qui avaient été opérées

La chaîne de

ces superstitions, bienfaisantes à cer-

ne

tains égards,

temple du dieu.

le

s'était

MalaL, Chronogr., XI,

donc pas brisée

à elles se

301, éd. Dindorf.

*

J.

*

Id., ibid.; Bolland., Act, Sanctor., xxvii sept., p. 423, sq.

*

Bolland., o.

édit., *

«

t.

c,

VI, p. 361

,

p.

p.

456. Cf. Baillet, Vies des Saints, nouv.

sq.

Referunt etiam plerique, apparere eos per visum langueii(Gregor. Turon., De Gloria

libus et quid faciant indicere. »

martyr., *

1,

98.)

Voy. Ang. Mai, Spicilegiiim

Romanum,

t.

III, p.

325, 417,

652, 661. 6

Voy. ce qui a été dit plus baut du puits de Sainle-Tègle, au

pays de Galles,

remarquer que

p. 157. Cf. SS. le culte

Cyri

et Jolian.

Miracula.

Il

est à

des saints Cyr et Jean était en grande

dévotion à Alexandrie et à Canope, villes d'Égypie, où l'on consultait Sérapis par rincubalion.

(Voy.

SS. Cyr

^

et Joàan., Spicil.

Roman.

t.

Sophron.

III, p. 45,

Laudes

,

46

;

in

Miracula,


CHAPITRE PREMIER.

252

songes, pratiquée près rattachait la divination par les d y ' reprochait déjà aux Juifs

des tombeaux. Isaïe

prophétiques, dormir en vue d'obtenir des rêves avoir aussi existe usage qu'Hérodote nous apprend tombeaux Nasamons^ et qui se pratiquait aux

aller

chez

les

de Calchas, lesquels delettre de 1 emvinrent de la sorte des oracles \ Une superstitition anapereur Juhen nous apprend qu'une d'Amphiaraûs,

d' Amphilochus,

clairement que leurLa légende de ces saints montre dieu égyptien (o. c, p. 74 culte s'était substitué à celui du miracles, un sous-diacre, du et sq.). Suivant le recueil de leurs au Tétrapyle, nom de Théodore, s'étant rendu dans Alexandrie mais (Sérapis), un dragon et s'y étant endormi, vit en songe apparurent, chassèrent le bientôt après les saints Cyr et Jean lui de la goutte, démon et lui indiquèrent un remède qui le guérit substiétrangement. {MiracuL, 36, p. 408.) La

p. 408.)

dont

souffrait

il

se montre ici clairetution de l'idée chrétienne à l'idée païenne des maux pour ment. On raconta que les saints guérissaient

d'Esculape) était lesquels la magie (le culte de Sérapis et

c, p. LXV, IV.

puissante

(o.

im-

556).

1

Is.,

2

Herodot., IV, 175. De

votion pour saint Cyr et

vogue que prit en Libye la^désaint Jean. [Spicileg. Rom., t. III, p. 580, là la

rapporté par Héraclide et Nymnous apprend, phodore. (Tertullian., De Anima, 53.) TertuUien les Celtes passaient d'après Nicandre, que, dans le même but, été consumés les corps des la nuit près des bûchers où avaient

518, 482.) Le

même

fait était

Strabon.,VI, Herodot., VIII, 154; Pausan., I, 54, § 5; LXXII, 18, p. 469, éd. Sturz; Plutarch., p. 284; Dion. Cass., Reiske; Virgil., ^neid., VI, 59; Vit. Aristid.. § 19, p. 525, éd. Histoire des religions, Plaut., CnrcuL, I se, i, 2, 61. Voy. mon retrouve encore cbez les Tcherkesses t. II, p. 459. Cet usage se 3

(Klaproth, Tableau

du Caucase,

p. 99).


APERÇU SUR l'emploi DES SONGES. prince reprend logue régnait chez les Égyptiens. Ce sur la pointe d'un les alexandrins d'aller dormir propliéobélisque renversé, afin d'avoir des songes tiques

au moyen âge près des tomavoir beaux et des châsses des saints ne paraissent pas aux Ascléd'autre origine. Elles rappellent les visites Les neuvaines

faites

On allait dormir dans les églises, afin de recevoir

pions.

de ses des grâces particulières et d'obtenir la guérison maux 2. En certains lieux, comme à l'abbaye de SaintArdennes, des formes toutes païennes prose conservaient encore au dix-septième siècle et voquaient les plaintes de quelques théologiens ^ Diverses chroniques et notamment celle de Frodoard*, Hubert, dans

les

témoignent de

la persistance

de ces dévotions antiques

et de la créduhté qui les entretenait.

absolument rejeté la divination par les rêves elle l'admettait encore, pourvu que ceux-ci eussent le caractère d'une inspiration divine. Il est question dans la vie des saints d'une D'ailleurs l'Église n'avait pas 5

foule de rêves donnés pour miraculeux. 1

Un évêque

Julian., Epist., 58, p. 110, éd. Heyler; Muratori, Anecdot.

V, p. 327. Cf. la note de Neander à ce sujet, Allgemeine Geschichte der christlichen Religion und Kirche, 2« «dit.,

Greec,

t.

t. 111, p,

2

79, 80.

Voy. ce que rapporte Grégoire de Tours de

la

basilique

Saint-Martin {Histor. Francor., VIII, 16).

Voy. l'examen des guérisons opérées par l'élole de saint Hubert, dans le P. Lebrun, Histoire des pratiques superstitieuses^ 8

2^ édit * t.

,

t. Il,

p. 1, sq.

Chronic, ann. 933, ap. D. Bouquet, Historiens de France

VIII, p. 1800.

15


254

CHAPITRE PREMIER.

chrétien, Synésius', l'esprit imbu, trines alexandrines, avait, au

est vrai, des

il

cinquième

posé un Traité sur la divination par

les

une nuit dans une sorte de rêve

écrivit

envoya à

célèbre Hypatie^. Albert

la

siècle,

le

doc-

com-

songes^ qu'il

vigil, et qu'il

Grand croyait

aussi à ce genre de divination^, tout en reconnaissant

que

plupart des songes sont de vaines apparences.

la

Et l'on pourrait citer jusqu'à nos jours bien des chré-

même

tiens,

au sens prophétique

sensés, qui ont cru

de certains songes*. Il est une classe de rêves qui prenaient surtout en ces temps d'ignorance un caractère merveilleux. Ce sont les images fugitives et presque toujours bizarres, 1

p.

Voy. H. Druon, Étude sur la vie et

248 et suiv. 2

les

œuvres de Synésius,

(Paris, 1859).

Déjà, chez les Juifs, les Thérapeutes cherchaient dans les

songes des communications divines. Philon, De Vila contempl.,

Ce mode de divination fut plus tard condamné par l'Église, bien qu'elle admit que certains rêves peuvent avoir un caractère prophétique; mais à ses jeux éd. Mangey, p. 473.

l'homme ne

doit pas les

Pierre d'Ailly,

dans son

(OEuvres de

Gerson,

J.

demander par

;

voie de la divination.

De Falsis Prophetis

548), dislingue, entre un grand

1, col.

t.

la

intitulé

traité

nombre de songes de

diverse origine, ceux qu'envoient les bons et les

mauvais

cite

esprits

;

il

comme

gonge célèbre de Simonide,

bon ange, tandis que

le

qu'il

le

suppose

lui

songe où Cassius

paraît avoir été envoyé par

qu'Albert

appartenant à cette catégorie

le

le

avoir été envoyé par son

vit

son mauvais génie

lui

diable. Pierre d'Ailly, au reste, ainsi

Grand, reconnaît que

le

caractère prophétique de certains

songes, en matière de maladie, tient au sentiment inconscient que

nous éprouvons d'un mal encore à sa période d'incubation. 3

De Somno

et Vigilia, ap. Oper.,

Des Songes, par tique,

t.

11, p.

331

le C'a

t.

V, p. 107.

de Ségur, dan» sa Galerie morale et poli-

et suiv. M'n«

de Geniis, Mémoires,

1.

111, p.

68.


255

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES. parfois clos J'ai

même

eÉfrayantes, qui se présentent à nos

yeux

ou à demi fermés, lorsque le sommeil nous gagne. traité de ces visions, qui constituent de véritables

un

hallucinations, dans le lecteur*. Il

pareilles

me

images

travail spécial. J'y

renvoie

de rappeler ici combien de devaient impressionner des gens suffit

crédules ou peu éclairés. Les diables

les

,

esprits,

anges y jouaient naturellement un rôle considérable, la tête de ces personnes étant toute remplie les

de leurs images ^ et c'est par un pareil phénomène qu'il faut expliquer nombre des apparitions dont abondent leshagiographes et

les livres

de magie. Les chroniques

et les livres mystiques relatent aussi des faits qui se

rapportent manifestement au

même

genre devisions^.

Dans ce qu'Ibn-Khaldoun nous dil^ des songes particuliers aux prophètes, alors qu'étant encore dans l'état d'extase, ils rentrent graduellement dans le domaine des sensations corporelles, on reconnaît des phéno-

mènes du même ordre que

les

hallucinations hypnago-

giques. Selon cet auteur, les perceptions ressemblent,

dans ce cas, tout à

pendant

le

les

mon ouvrage

1

Voy.

2

Ou

5

Prolégomènes,

rêves qui miroitent encore de-

intitulé

:

Le Sommeil

consulter à ce sujet la Vie

des manuscrits, *

éprouve

sommeil-, mais c'est un sommeil inférieur.

Les cauchemarsS

peut

à celles que l'on

fait

1.

tract,

XIX,

et les Rêves, p. 41.

du

des Pères

par de Slane, dans

les

Désert.

Notices et Extraits

p. 2 12.

Le cauchemar, ou rêve avec anxiété et oppression,

était

un démon nommé Éphïaltès (ÈcpiacXT/,;) les |)euples de race germanique y voyaient l'elTet des embrassemenls d'un esprit nocturne qu'ils api)elaient mxre ou mar, nom attribué par les Grecs à

d'où sont dérivés l'anglais

;

«^^//i^»la^•<i

et le français

superstitieux, rêveur croyait êlre chevauché par

cauchemar. Le

le

démon [eau-

'


,

256

CHAPITRE PREMIER.

vant à

la

les

yeux au moment du

réveil, fournissaient aussi

un puissant aliment. Le dorlutine par un esprit, oppressé

crédulité populaire

meur

s'imaginait être

par les impurs embrassements d'un

ou succube*. Cette croyance à

démon incube un commerce charnel

avec les démons régna dans toute l'antiquité, et les chrétiens en héritèrent*.

proie à

un de

ginait,

en

L'homme

qui avait été en

ces rêves fatigants et lubriques s'ima-

s' éveillant,

voir s'enfuir le diable qui l'avait

tourmenté pendant son sommeil*. Revenu à lui-

même,

il

les lieux

supposait s'être réellement transporté dans

que

lui retraçait

son imagination, avoir con-

versé avec les anges ou les démons, et toutes les anti-

ques superstitions dont

enseignements nouveaux auraient dû l'avoir désabusé revenaient alors à son che-mar de calcare,

le

les

witch-riding du peuple anglais)

;

mœhre

jument. Voy. Keysler, Antiquitates selectx Septentrionales, p. 497, sq.; J. Grimm , Deutsche Mythologie, 2« édit., p. 433; J. Brand, o. c, t. III, p. iM, et surtout Soldan, Gessignifie

chichte der Hexenprocesse, p. ISO et suiv. L'origine de cette croyance s'explique par

'

le fait

sation voluptueuse en rêve est presque toujours

qu'une sen-

accompagnée

d'un sentiment désagréable. (Voy. Boeth., Scot. Hist., VIO, p. 149 ; Dalyell, The Darker Superstitions of Scotland, p. 600.) le nom de succube au diable qui s'unissait charnellel'homme, celui d'incube au cauchemar dans lequel le dément à

On donnait

mon

semblait vous étouffer du poids de son corps. Voy., sur les incubes, F. Leuret, Fragments psychologiques sur la folie,

257

p.

et suiv.; L.

F. Szafkowski, Recherches sur les halluci-

nations, p. 104 et suiv.

Voy., à ce sujet, Soldan, Geschichte der Eexenprocesse 117.

2

p.

3

Voy. ce que rapporte dans sa Chronique, ^aovlI Glaber,II, 11.


2ùl

APERÇU SUR l'emploi DES SONGES.

comme

esprit

ces souvenirs d'enfance,

ces frayeurs

du premier âge, qui s'emparent de nous vent pendant

le

et se ravi-

sommeil. Lorsque nous dormons,

la

volonté étant absente, tous les sentiments instinctifs, les penchants naturels se donnent libre carrière; nous

ne nous dominons pas, nous nous laissons aller à toutes les impressions qui naissent du mouvement automatique et en quelque sorte spasmodique de l'encéphale

;

et les idées

que ces impressions font

naître, les

actes imaginaires qu'elles déterminent, sont précisé-

ment ceux que nous accomplirions par la seule impulsion des sens, du caractère, des habitudes innées ou acquises,

si la

réflexion et mille considérations qui nous

échappent en songe ne nous retenaient.

L'homme

qui rêve est donc placé sous la dépen-

dance immédiate de lement

la nature,

les influences.

et fantastique

De

du songe;

il

en

réfléchit plus fidè-

là le caractère à la fois intuitif

le

dormeur

vit

dans

l'illusion,

mais ses illusions sont la représentation exacte des modifications qui s'opèrent dans son cerveau et son éco-

nomie.

On comprend donc que

plusieurs d'entre elles

puissent se rattacher à des états maladifs, à des perversions des sens; elles rentrent par conséquent dans la classe

des hallucinations proprement dites, dont

sera question aux chapitres suivants.

17

il


CHAPITRE

ORIGINE DÉMONIAQUE ATTRIBUÉE AUX MALADIES NERVEUSES ET MENTALES.

Les anciens n'avaient pas plus

saisi le

caractère na-

turel et l'origine physique des maladies qu'ils n'avaient

reconnu

La

la

constance des phénomènes de l'univers.

même idée

lesquelles

il

qui leur faisait substituer, aux forces par

est régi, des esprits personnels et des in-

dividualités

divines,

des démons ou des dieux,

les

conduisit à attribuer les maladies et le trépas à l'action surnaturelle de divinités ou de génies irrités. La présentait-elle avec

un caractère tant

soit

mort se

peu étrange,

entourée de circonstances qui sortaient de l'ordinaire, ils

s'imaginaient que l'individu frappé avait reçu d'un

être invisible le

coup

fatal.

Les maladies, et surtout

les

épidémies et

les affec-

tions nerveuses, étaient plus particulièrement réputées

surnaturelles

5

les

rition inopinée,

premières , à cause de leur appa-

de leurs

contagieux et meurtriers ; les secondes, à raison de leur origine mystérieuse, des troubles profonds qu'elles apportent dans efîets

mouvements musculaires

l'intelligence, les

et la sen-

sibilité.

Une épidémie qu'un dieu

on supposait envoyée par vengeance ou par un

venait-elle à éclater,

l'avait


juste courroux.

POSSESSION DÉMONIAQUE.

259

On s'empressait alors de chercher

quel

motif avait pu provoquer sa colère^ on s'efforçait de l'apaiser par des sacrifices, de conjurer les effets du mal par des cérémonies, des purifications ou desexorcismes.

La légende

racontait qu'on avait vu le dieu

parcourir les airs, répandant au loin la désolation et la mort. Dans les combats mêmes, l'emploi de tant de

moyens meurtriers, inventés de bonne heure par

hommes ne ,

quer

le

suffisait

les

pas à l'imagination pour expli-

carnage, et l'on voulait encore que des divi-

nités sanguinaires semassent au milieu

de

la bataille

les blessures et le trépas

La

folie, l'épilepsie, la

rage, la catalepsie, l'hystérie,

et toutes les affections qui s'y rattachent

,

furent et

demeurèrent longtemps un sujet d'étonnement

une

et

cause de terreur superstitieuse. L'agitation furieuse

du malade

les hallucinations

,

auxquelles

il

est

en

proie, les cris qu'il pousse, l'aspect sinistre et effrayant

que prennent ses traits, le désordre qui règne dans ses mouvements, les paroles étranges qu'il prononce, tout cela semblait la preuve qu'un esprit malfaisant, irrité, s'était

emparé de

sa

personne

5

et ce qui

con-

firmait cette fausse opinion, c'était la perte visible était alors le

malade de sa liberté

et

de sa raison. Car le

fou attribue presque toujours ses actes, ses discours, à d'autres qu'à lui, à des êtres, à des personnes invisibles

qui le poursuivent et l'obsèdent. Quoi de plus propre à faire naître la croyance à des introduits dans nos organes

*

Voy.

mon

démons qui

que

Histoire des religions,

se seraient

cette sensation ner-

t, I, p.

284 etsuiv.


260

CHAPITRE

II.

veuse particulière éprouvée dans l'hystérie, et d'après sa nature désignée par les

médecins sous

le

nom

de

Le malade sent monter de l'hypogastre au cou comme un globe qui aurait pénétré, on ne sait comment, dans son économie. Ces constrictions, ces étranglements, ces mouvements invoboule hystérique

*

?

,

lontaires accusent chez les personnes atteintes de ladies nerveuses

domine

les

comme une

ma-

puissance étrangère qui

subjugue. Les violents accès de

et les

colère auxquels une irritabilité excessive entraîne l'épileptique, l'ahéné

,

l'hystérique

^,

que

le

retour pé-

riodique des crises détermine chez le malheureux infecté

de virus rabique, cette écume de

de frapper de

l'autre, cette

l'un, ce besoin

envie de mordre de l'hy-

ces incitations au meurtre dont sont sai-

drophobe

sies certaines

jeunes

filles,

à l'apparition des règles,

semblaient autant de preuves incontestables de la pré-

sence d'un esprit malfaisant dans

De

là l'idée qu'il était

le

corps du malade.

possédé, idée que l'opinion gé-

nérale lui faisait partager. C'est ainsi qu'il s'expliquait

à lui-même les fausses sensations de piqûre, de four-

millement, d'oppression, de pesanteur sous 1

la

peau

et

Voy., à ce sujet, Landouzy, Traité complet de rhystérie^

Le P. Brognoli (Alexicacon, 1668, 2epart., p. 129, col. 1} parle de celte boule que sentait une jeune fille hystérique, comme d'un effet de la possession démoniaque. p. 53.

'

Ainsi que

Physiologie des

l'a

remarqué

hommes

le

livrés

docteur Réveillé-Parise, dans la

aux travaux de V esprit,

système nerveux est excité, plus blit, ^

0.

plus

il

il

s'affaiblit

;

et plus

il

plus le s'affai-

est disposé à l'excitation.

Voy., sur ces divers symptômes de l'hystérie, Landouzy,

c,

p.

83.


POSSESSION DÉMONIAQUE

dans

les viscères,

si

-^Ol

.

fréquentes dans l'hypocondrie et

l'aliénation mentale*.

Comme on

ignorait que l'imagination et la pensée

peuvent, en certains cas, agir automatiquement, ce également qui, comme je l'ai dit plus haut, se produit rêve; que les muscles et les nerfs sont sujets, en vertu de leur constitution, à des battements, à des convulsions soudaines, on supposait qu'un esprit sub-

dans

le

volonté à la nôtre et produisait ces entraînements délirants, ces idées irrésistibles, ces spasmes et ces tremblements, symptômes de la folie et des

stituait sa

affections nerveuses.

Cette fausse notion de

phénomènes purement pa-

thologiques appartient à tous les peuples placés dans les mêmes conditions de superstition et d'ignorance.

La croyance à la possession n'a pas été moins générale que la foi à la magie, et les prétendues merveilles opérées par celle-ci trouvaient tion dans les effets singuliers

comme

mis sur

leur vérificale

compte des

démons. Pour s'en convaincre, il suffit de passer en revue les idées que se sont faites des affections nerveuses toutes les nations de l'antiquité ou les populations barbares.

Les Grecs des premiers âges regardaient en général les maladies comme envoyées par les dieux, et ayant

reconnu que les changements atmosphériques, l'ardeur extrême du soleil, sont des causes fréquentes

1

Voy., sur ces sensations, J.-J. Virey,

De

la Physiologie

ses rapports avec la philosophie, p. 198. 15.

dans


-'^^

CHAPITRE

II.

d'épidémies, c'était surtout à Apollon ou à Artémis ou Diane, sa sœur, qu'ils attribuaient ces fléaux. Suivant eux, les deux enfants de Latone perçaient

de

leurs flèches les

par

malheureux qui tombaient

atteints

mal

VOdyssée^ parlant d'un homme en proie à une maladie violente, dit qu'un démon cruel le tourle

mente ^ idée liée à quand il représente

celle

5

comme une

les

folie ( ^vt\

gore pensait que

qu'exprime

ailleurs

Homère,

mauvaises actions des hommes ) envoyée par les dieux. Pytha-

maladies qui attaquent l'homme et les animaux sont dues à des démons répandus dans les

Aristophane appelle cacodémonie {y,.(xY.olai\}sWia.) plus haut degré de fureur*. Le verbe grec démo-

l'air'.

le

niser

s'employait dans le sens de délirer, extravaguer, parler en insensé, parce qu'on supposait ( Sat[xov(C£tv )

qu'un démon s'exprimait alors par

bouche du disétait-il saisi tout à coup de folie, on disait qu'une divinité s'était emparée de lui pour le punir de quelque impiété, de quelque blasphème. La folie d'Ajax^ celle des filles de Prœtus qui s'imagicoureur*.

la

Un homme

naient avoir été changées en vaches, nous montrent

que cette croyance remonte aux temps héroïques. Démarate et son frère Alopécos furent pris de manie t

p.

Voy.

mon

Histoire des rclvjions de la Grèce antique,

t.

I,

127, 291. Cf. Egger, dans la Revue arcfiéolog., 1860, p. 2 2TU-]fept)ç cî É'xpae ^«.'mm^ [Odyss.y V, 296). ^ Diogen. Laert., VIII, 1, § 32, *

Plulus,

"

Hesychius,

V,

501. p.

875, éd. Albert.

Sophocl., Ajax, 42, 277, 852; Pindar., A'm., VIF, 25; Ovid Metam., XIII, 1-395. «

'


POSSESSION DÉMONIAQUE. furieuse

(

^apa^pov^.av

d'Artémis Orlhosia déesse

^ La

folie

;

après avoir trouvé la statue de la et on vit là une action Fulvius fut attaqué Quintus )

,

dont

comme une

nous est représentée

punition envoyée

avait dépouillé à Locres par Junon Lacinienne, dont il marbre qui en formaient la le temple des tuiles de

couverture

nombre des phiSuivant la doctrine du plus grand pour guide un démon losophes grecs, chaque homme a personnifié son individuaparticulier, dans lequel était que admit alors tout naturellement lité

morale»: on

insensés, les fous, les furieux, les

doivent

le

dehre qui

conducteurs, tandis que les homPlaton, qu'un Pythagore, un Socrate, un redevables de leur sagesse a l ex-

les agite à ces esprits

mes sages tels un Diogène, étaient

cellente nature de leur

démon

familier*.

Une

halluci-

obéissait à un géme nation faisait croire à Socrate qu'il dont il écoutait les intérieur dont il entendait la voix, hallucination évidemment née de la doctrine

conseils

,

reçurent donc le accréditée de son temps ^ Les fous

de démoniaques Dieu (eeiXYjTîXoi) dans (SaitxoviéXr.TUTot) de possédés de les inspirait, qu'un l'idée qu'un souffle de la Divinité

nom

(['énergumènes

(

èvep^oùt^evoi)

,

,

»

Pausan.,

2

Valer. Maxim.,

3

Voy.

ma

part. 5, p.

16, § 6.

111,

2, 5.

noie dans Guigniaut, Religions de l'antiquité,

873

1. 111,

et suiv.

*

Maxim. Tyr.,

8

Voy. Léiut,

in-12.)

I,

Dissert.

XV,

Du Démon

p. 263, éd. Reiske.

de Socrate, 2« édit. (Paris, 18o6,


CHAPITRE dieu agissait en eux

II.

Platon, dans son Phèdre, sou-

que le plus souvent un dieu est le principe, l'unique auteur du désordre intellectuel 2. Plutarque' tient

dit

que

démons demandent quelquefois qu'on

les

hommes pour

livre le corps des

quand

ils

les villes

les

leur

tourmenter, et

ne peuvent l'obtenir, de fureur, ils frappent de contagion et les champs de stérilité. Sui-

aux persécutions desquelles on croyait les aliénés en butte, ceux-ci recevaient des noms différents. « Si le malade imitait le bouc, écrit vant

les

divinités

Hippocrate*,

s'il

grinçait des dents, et

droit fût en convulsion, la

dée

comme

la

que son côté

Mère des dieux

cause de la maladie

5

s'il

était

regar-

parlait

d'un

ton dur et plus fort qu'à l'ordinaire, on le comparait à un cheval, et on attribuait son mal à Poséidon

ne retenait point

ses excréments,

était, assurait-on, la

aigre et vif

cause

comme les

;

;

s'il

Hécate Enodia en

lorsqu'il parlait

d'un ton

oiseaux, le mal était produit par

Apollon Nomios; écumait-il ou frappait-il du pied, Ares

était réputé l'auteur

qu'une personne

pendant

de

la

maladie. Toutes les fois

était saisie

de frayeur et de crainte

la nuit, qu'elle était

hors d'elle-même, qu'elle

sautait à bas

du

lit,

pour courir hors de sa chambre,

c'étaient des pièges qui lui étaient tendus : Hécate et les

héros prenaient possession d'elle.

Le nom de

(xavia

1

Voy. Egger, dans

2

Voy.

3

De Oracul.

*

De Morb.

mon

la

donné par

»

les

Grecs à

la folie

Rev. archéolog., 1860, p. 115.

Histoire des religions,

t. II,

p.

468

et suiv.

Defect., 14 et sq.

sacr., ap. Oper.,éd,

Kuhn,

1. 1, p.

592.


265

POSSESSION DÉMONIAQUE.

du

furieuse était dérivé

man^ men

signifiant

des morts, lequel se retrouve sous la forme vianes

âme dans

que

radical

langue latine

la

;

en

effet les

Latins pensaient

furieux était agité par les mânes, par la déesse

le

Mania,

mère des

la

lares et des

tions des fous étaient prises

lémures qui

les poursuivaient.

mânes. Les hallucinapour des spectres, des

A Rome

,

on

appelait

en conséquence l'insensé larvarum plenuSy larvatus *, c'est-à-dire celui que troublent les larves ou fantômes: parfois

on

le qualifiait

de cerritus

^,

parce qu'on

supposait en butte à la vengeance de Cérès,

de

la terre, celle qui

morts

pour

On

^.

les Hellènes,

chassait les

déesse

âmes des Romains comme

garde dans son sein

L'épilepsie, était pour les

la

le

une maladie sacrée,

les

lues deifica.

démons du corps de l'homme par

des purifications, des sacrifices et certaines formules sacramentelles.

Une

loi

de Zaleucus prescrit à celui

méchant démon de se réfudes dieux, et de s'adresser aux hommes

qui s'est approché d'un gier à l'autel

vertueux pour être purifié de tout mauvais penchant^. 1

Horat.,

II,

croyaient de

hommes

même

m,

273; De Arte poetica, 43S. Les Grecs que les démons venaient se montrer aux

Satir,,

sous des formes hideuses. Voy. l'histoire du

démon de

Témesse (Pausan., Yl, 6). ^ Plaut., Amphytr., act. Il, se. n. 3 On croyait que les âmes des morts, en revenant sur terre, produisaient des maladies et troublaient les esprits. Voy.

Lu-

cian., Philops., 16; Pauly, Encyclop. de l'antiquité, art. Magie, p.

1412. *

Voy. Sallier, Remarques sur

superstition

,

dans

les

le traité de Plutarque sur la Mémoires de l'ancienne Académie des in-

scriptions et belles-lettres,

t.

V, p. 163.


266

CHAPITRE H.

Celui qui avait été troublé par quelque hallucination

devait aller trouver les personnes chargées de purifier,

appelées par les Grecs

de

irices^-^

de

là les

TceptaYvi'i^eiv

,

àxoiJLàxptai et

expressions

x£pt/.aOa(p£iv

Mékimpus

rapportait que

,

si

par

les

Latins pia-

usitées chez les auteurs

La

zepti^.dc'UTeaOat.

avait guéri par

tradition

Temploi des

purifications les filles de Prœtus, guérison dont d'autres faisaient les

honneur à Esculape*. Sur Tordre des devins,

malades, après avoir été délivrés de la maladie sacrée

ou de

poursuite des démons, consacraient une of-

la

frande aux dieux

^.

Ces purifications étaient accompagnées d'aspersions, d'une sorte de baptême^. Après avoir conjuré la divinité malfaisante

d'abandonner sa victime

celle-ci des fautes qui avaient

corps et

Tâme devaient être

fumigations 1

Strabon

,

(ôufjuai^Laxa)

la

on

lavait

maladie;

le

purifiés par l'eau et par des

qui avaient sans doute pour

346; Pausan.,

VIII, p.

amené

^,

VIII, 18, §

3; Ovid., Meta-

morph., XV, 515; Schol. ad Pindar. Pyth., 111, 96. * Hippocrat. nspi Trapesvîwv. Voy. Œuv. d'Hippocrate, trad. , Lillré, 3

t.

VIII, p. 4G8.

Hippocrat.,

De Morbo sacro,

p.

S91, éd. Kuhn; Servius,

Ad

/Eneid., VIII, 55. *

Voy.

mon

Histoire des religions.,

t. II,

p. 138.

Clem. Alex., Slromat.yWl, p. 713. « Haec uni versa commixta atque succensa odore suo morbis lam hominum quam animalium resistunt et daeniones fugant, grandines prohibere et aerem de»

fa^care dicunlur.

»

(Veget., Mulomed., I, xx, p. 251, cd. Bip.)

que des plantes odoriférantes suspendues à la porlc de la demeure des malades en éloignaient les démons. {Bionis Borysthen. Vit., ap. Diogen. Laert., IV, 7.) Od disait que le De

là l'idée

laurier avait la vertu de chasser les p. 792.)

Ces

mêmes

démons. {Geopon.

,

XI, n,

procédés thérapeutiques sout encore eni-


POSSESSION DÉMONIAQU effet d'agir sur le

267

.

cerveau et les nerfs; car c'étaient

généralement de plantes narcotiques et odoriférantes que l'on faisait usage pour ces fumigations mais la ;

vertu principale des purifications, des expiations, résidait dans rimpression produite par leur emploi sur l'imagination de l'aliéné-, elles amenaient de la sorte

des

moments

lucides, des périodes de rémission

que

pour une preuve du départ du démon. De ces rites purificatoires les gens sensés en tenaient, il est vrai, quelques-uns pour ridicules et im-

l'on prenait

,

purs*, mais

il

yen

avait d'autres

que

la religion

consa-

crait, et le caractère plus saintqui leur était attribué

en

fortifiait la

bienfaisante influence. Suivant Arétée de

Cappadoce

lorsque le dieu se retire du malade atteint

de

la folie

appelée divine, celui-ci redevient gai et

tranquille. L'expulsion des

démons n'était donc en réa-

qu'un retour momentanédel'aliénéà la raison. C'est ce qui se passait notamment dans les exorcismes d'Apollonius de Tyane. Philostrate ^ nous rapporte qu'un lité

jeune

homme était un

jour contraint par un

faire mille extravagances, « Apollonius le

ment;

alors le

ployés en Asie.

démon se mit

En

démon de

regarda

fixe-

à parler d'une voix crain-

voyageur Pallas nous rapporte (Foj/fl^c, IV, p. 103), que les Samoyèdeset les Os-

effet, le

irad. G. de la Peyronie,

t.

liaks, lorsqu'ils veulent guérir les

maniaques, allument un

petit

morceau de peau de renne ou quelques poils de cet animal, et en fumée à l'insensé. Celui-ci tombe alors dans un assoupissement et un état de prostration qui durent ordinairement vingt-quatre heures et amènent un grand soulagement.

font respirer

la

1

Pluiarch., De Superstition., 12.

2

De Caus.

'

Vit.

et Sign.

chron. morbor,,

Apollon. Tyan., IV, 20.

I,

G.


268

CHAPITRE

tive, se

II.

plaignant d'être tourmenté par la présence du

théosophe

,

et

promettant de sortir de sa victime et de

ne plus entrer dans

le

corps d'autrui. Apollonius

lui

répondit avec indignation, du ton dont un maître parle à quelque rusé ou impudent esclave;

il

commanda

lui

malheureux et de donner au départ une preuve de sa fuite. Le démon annonça qu'il abattrait une des statues placées sous un portique voisin aussitôt la statue chancela et tomba en éclats. Alors le de quitter

le

;

jeune

homme

d'un sommeil profond soleil,

yeux comme

se frotta les -,

il

s'il

fût sorti

tourna son visage du côté du

honteux de ce que toute l'assemblée

Sa pétulance avait disparu gard il était revenu à lui,

;

le

regardait.

son œil n'était plus ha-

comme si un remède

;

guéri d'une cruelle maladie.

l'eût

»

Tous ceux qui ont eu occasion d'observer

les aliénés

de constater l'influence qu'exerce souvent sur eux menace du médecin ou d'une personne qu'ils re-

et la

doutent reconnaîtront

une peinture frappante de

vérité. J'ai dit

plus haut que l'aliéné se croit généralement

aux persécutions d'un être invisible c'est ce que les Grecs avaient déjà remarqué ^ Les paroles du malade correspondent à cette préoccupation il parle et rapporte tour à tour son discours à lui-même

livré

;

;

ou à des personnes étrangères^. Sous l'empire de 1

Tivè; xal Sa.l^osa.t

Xafy.êàvcuaiv.

àm

-^oyiteïwv

twv iy^bçm

ÎTrnyJioii

(De Melanchol., ap. Galen., Oper.,

t.

la

âuToTç ùtto-

XIX,

p.

702,

éd. Kuhn.) 2

Le docteur Allen rapporte

se parlait à

soi-même comme

l'histoire détaillée si

c'était

d'un fou qui

une autre personne.


-OJ

POSSESSION DÉMONIAQUE.

conviction qu'un

démon le

guéri par Apollonius de mon. Quand il renversa

possédait, le jeune

homme

Tyane parlait au nom du délui-môme la statue, on sup-

Puis le posa que c'était l'esprit malin qui le quittait. l'ascencalme étant rentré dans l'esprit du malade, par se crut dant que le théosophe avait su prendre sur lui, il délivré.

Que de

fois

ne rencontre-t-on pas dans

les asi-

des maniaques occupés à soutenir avec eux-mêmes la de véritables conversations ! ils font la demande et réponse comme l'homme qui rêve , et croient qu'un les

dialogue s'établit réellement entre eux et le personnage imaginaire qui les accompagne ou les persécute. L'influence qu'exerçait jadis en Grèce, sur la nature du délire des aliénés, l'opinion régnante, apparaît en-

core de nos jours chez ceux qui partagent la même opinion. Quelques fous, l'esprit frappé par l'idée de la damnation et de l'enfer*, se croient en butte aux poursuites du diable

,

et agissent

comme

si le

démon

ils

s'imaginent être contraints

d'accomplir les actes de

maUce ou d'impiété dont on

s'était

fait

emparé d'eux

-,

remonter l'origine à Satan

^.

C'est la

même

aber-

ration qui fait que certains aliénés, croyant être rois,

(Laycock,

A

Treatise on the nervous deseases

ofwomen,

p.

521

544.

Voy. Leuret, Fragments psychologiques sur la folie, p. 397 et suiv.; Esquirol, Des Maladies mentales, De la Démonomanie, *

t. I, '

*

p.

482

et suiv.

Voy. à ce sujet

le

t. I, p. 4o4 et suiv.). Ces possédés prenborborygmes pour la voix du démon. Une observée par ce médecin supposait que le diable lui inspirait

médico-psychologiques,

nent souvent leurs folle

curieux article de M. Macario {Annales


270

CHAPITRE

généraux police

,

II.

millionnaires, se supposant traqués par la

ou coupables de conspiration, agissent en con-

formité avec leurs convictions délirantes.

11

n'est pas

jusqu'à ceux qui se disent anthropophages ou lycan-

thropes qui ne cherchent par leurs actes à justifier ces bizarres et tristes imaginations

*.

Hippocrate, dont l'intelligence supérieure avait net-

tement

saisi la

véritable origine de ces maladies, dé-

montra leur cause à tort à l'épilepsie

naturelle'^. Il

nom

le

fit

voir qu'on donnait

de mal sacré^ et qu'on

la

rap-

un démon. Arétée de Cappadoce' comprit également la cause purement pathologique de portait follement à

cette affection nerveuse, et en général celle des trou-

bles intellectuels qui s'y rattachent. «

quelque part

le

père de

la

Pour moi,

dit

médecine'* je pense que

la

maladie des Scythes n'a pas un caractère surnaturel et de mauvais desseins et saints.

Une autre

auquel

elle s'était

Dieu,

la Vierj^e et les

avoir signé un pacte avec le démon, vendue pour mille francs; elle implorait sans

folle croyait

cesse le don de celte

ment,

l'excitait à renier

somme,

disait-elle, elle errerait

afin qu'elle

pût se racheter

deux cent mille ans sur

serait privée de sépulture et irait en enfer.

:

autre-

terre, elle

Un grand nombre de

cas d'aliénation cités par ce médecin présentent des circonstances

analogues.

Dans le Traité de la mélancolie, attribué tour à tour à Galien, à Rufus et à Marcellus, il est question de fous qui sortent la nuil, pendant le mois de février, pour ouvrir les tombeaux (Galen., ap. Oper., éd. Kuhn, t. XIX, p. 719). 2 Hept Upr; voa&u, De Morbo sacro. *

^

fin

De Causis et Signis chron. morbor., I, A. Arétée écrivait à la du premier ou au commencement du second siècle de notre

ère.

De Aer.

tr

et

Loc, 21,

22.


271

POSSESSION DÉMONIAQUE. qu'elle vient delà Divinité

comme

toutes les maladies;

qu'aucune n'est plus divine ni plus humaine que l'ausont tre, mais que toutes sont semblables et que toutes divines. Chaque maladie a, comme celle-là, une cause naturelle, et sans cause naturelle,

aucune ne

se

pro-

»

duit.

Quant à Cœlius Aurelianus, qui prenait pour guide un médecin d'Ephèse de la fin du premier siècle, Soranus, il nous donne un exposé si remarquable et un traité

judicieux des maladies mentales, qu'on ne

si

saurait croire qu'il ait admis leur origine surnaturelle. Malheureusement les lumières en possession desquelles

était

médecine restaient

la

d'un petit nombre, et ter foi

à

la

le

patrimoine

majorité continua à ajou-

démoniaque des maladies ner-

l'origine

veuses. L'école de Platon, qui associait! à de sublimes

spéculations sur le

entachées de

le

la

l'homme bien des idées

du temps,

persistait à faire

signe de l'inspiration divine. Platon

dans son Timee

donné

et

la superstition

de ces affections dit

monde

divination à

*

:

«

Une preuve que Dieu

n'a

l'homme que pour suppléer à son

défaut d'intelligence, c'est qu'aucun individu ayant l'usage de la raison n'atteint jamais à

une divination

inspirée et véritable, mais bien celui dont la faculté

de penser se trouve entravée par le sommeil, et égarée par la maladie ou par quelque fureur divine. »

grand philosophe de en cela il ne faisait que ré-

Les fous étaient donc pour véritables prophètes, et

le

péter ce qu'enseignait la religion hellénique.

>

rim., § 71.

La pythie


-^'^

CHAPITRE

II.

de Delphes, sans cesse consultée arbitre des destinées de la Grèce,

comme comme

le

suprême

le

juge des

prescriptions auxquelles le culte devait se conformer*, n'était autre, à en juger par ce que nous dit Plutarque,

qu'une hystérique dont l'enthousiasme divin.

les accès passaient

Un

«

pour de

jour, écrit le philosophe

de Chéronée, des étrangers étant venus pour consulter l'oracle , la victime aux premières libations ne fit aucun mouvement et parut insensible. Les prêtres ,

,

cependant continuèrent à l'envi à force de l'inonder d'eau, ils la

uns des autres, et firent, quoique avec peine, entrer en convulsions. Alors la prêtresse descendit dans le sanctuaire contre son gré et avec répugnance. Dès les premières paroles qu'elle prononça, on les

reconnut à l'âpretéde sa voix, qui sortait avec impétuosité,

que

dieu n'agissait point sur elle et qu'elle était saisie d'un esprit muet et malin. Enfin , n'étant plus maîtresse d'elle-même, elle s'élanca hors du sancle

en poussant des terre, en sorte que tout tuaire,

cris horribles et se roulant le

monde

prit la fuite et

à

qu'on

l'emporta sans connaissance hors du temple '^. »

Porphyre qu'il croit

^

attribue à l'introduction des

répandus dans

l'air les cris inarticulés, les

sanglots, la difficulté de respiration

d'estomac, et

il

démons

,

les

pesanteurs

engage à recourir, dans ce cas, aux

purifications.

Voy. ce que je dis à ce sujet, Histoire des religions de la Grèce antique, t. II, p. 527 et suiv. *

^ *

De Oracul.

defect., 51.

Ap. Euseb., Prœp, evang., IV, 23.


POSSESSION DÉMONIAQUE.

«^'«J

Cependant le néoplatonisme, tout infatué qu'il fût physid'une démonologie qui substituait aux forces ques des agents animés,

n'allait

pas toujours jusqu'à

transformer les affections morbides en possessions dé-

moniaques,

et Plutarque, tout

tion prophétique des fous,

enfants, les vieilles

en admettant

nous

femmes

dit qu'il

et les

l'inspira-

n'y a que les

gens d'esprit faible

qui croyent qu'on peut être obsédé par

un méchant

démon en possession de notions plus justes sur la physique que beaucoup de sages de son temps, comprit tout ce qu'il y avait de chimérique dans l'idée de la possession, et l'un des chapitres de ses Ennéades, Piotin,

dirigé contre les gnostiques, a pour but de la réfuter.

de rappeler

n'est pas inutile

ici ses

Il

paroles, elles achè-

veront de mettre en lumière la manière dont les anciens se représentaient l'introduction des démons

dans

le

corps de l'homme.

«

écrit le philosophe néoplatonicien, ladies. Si c'était par la

réglée,

comme

ils

de chasser

les

ma-

tempérance, par une vie bien

les sages, ils

raisonnable, mais

glorifient encore,

Us se

auraient une prétention

affirment que les maladies sont

des démons, qu'ils peuvent les chasser par leurs paroles, et

ils

s'en vantent, afin de passer pour des

mes vénérables auprès du admirer

la

vulgaire, toujours porté à

puissance de la magie.

persuader à des

hommes

Jls

ne sauraient

raisonnables que nos mala-

dies n'ont pas des causes appréciables,

comme

tigue, la plénitude, la vacuité, la corruption

1

Plutarch., Dion.

,

§

hom-

2.

18

,

la fa-

en un


,

274

CHAPITRE

II.

mot, une altération qui a un principe intérieur ou extérieur. On le voit par la nature même des remèdes.

Souvent on chasse la maladie en dégageant les intestins ou en donnant une potion souvent aussi on a recours à la diète et à une saignée. Est-ce parce que le démon a faim ou que la potion le fait dépérir ? Quand une personne est guérie immédiatement, le ;

démon

ou sort

reste

^

n'empêche-t-elle pas

que

s'il

la

reste,

comment

guérison

pourquoi?

? S'il sort,

lui est-il arrivé ? est-ce qu'il était

maladie

sa présence

nourri par

la

En

ce cas la maladie était autre chose que le démon. S'il entre sans qu'il y ait de cause de maladie

?

pourquoi celui dans

,

pas toujours malade ?

n'est-il

quand

le

il

corps duquel S'il

il

pénètre

entre dans un corps

y a déjà une cause naturelle de maladie, en

quoi contribue-t-il à cette maladie.? Cette cause suffit pour produire la fièvre. Il est ridicule d'admettre que la

maladie il

y

une cause,

ait

et que, dès

que cette cause

un démon tout prêt à venir

ait

la

seconder

agit,

»

L'état d'exaltation dans lequel entraient les galles

ou prêtres de Cybèle, braient dans

la

les

campagne

hacchants, lorsqu'ils célé-

les fêtes

de Dionysos, se pro-

pageait épidémiquement^ et déterminait des accès d'é-

de

pilepsie et

tions

du dieu

folie qui étaient pris

et entretenaient la fausse opinion sur

l'origine surnaturelle

»

Plotin.,

pour des inspira-

Ennead.y

du trouble mental. Dans

11, liv.

ix, p. 296, trad.

la tra-

Douillet.

Cf.

A. Kirchhoff, Plotini de yirtutibus et adversus Gnoslicos, p. 59, 49 (Berolini, 1847). *

p.

Voy.

202,

mon

t. III,

Histoire des religions de la Grèce antique, p. 86.

l. 11


275

POSSESSION DÉMONIAQUE.

Hippolyie

gédie dre

0 jeune

«

:

ou Hécate, ou

mot

lv6eoç,

visionnaire'^.

le

fille!

chœur

s'écrie,

un dieu

en parlant à Phè-

te possède, c'est

ou Pan,

vénérables corybantes, ou Cybèle

les

qui t'agite*; » le

^

et le

scholiaste explique à ce

sujet

dont se sert Euripide, par halluciné^ Arétée nous dit dans son Traité des

maladies chroniques

,

que

le

corybantiasme est une

maladie d'imagination, et que l'on guérit par la musique ceux qui en sont atteints^. Pylhagore avait prescrit le

que

même remède

dans

les

maladies mentales* et ce

Cœlius Aurelianus des règles à observer pour

dit

leur traitement montre que c'était

usage général ^ Origène

un remède d'un

Martianus Capella' y font allusion. David l'employa pour calmer la farouche mé^

et

lancoHe de Saûl. Dans des temps moins anciens, ce fut aussi à la

musique

et à la

danse que l'on recourut pour

maladie nerveuse attribuée à la morsure de

la

rentule

On

la ta-

^.

le voit, la

doctrine de la possession reposait,

*

Euripid., Hippolyt., 141 et sq.

2

SchoL, ad v. 141, ap. Euripid., Oper., éd. Barnes, p. 225. De Siyn. chron. morbor., I, 6. Voy. ma dissertation Sur le

8

Corybanllasme, dans

tème nerveux, *

Eunap

8

De Causis

,

t.

X,

p.

les

Annales médico-psychologiques du sys-

55 et suiv.

VU. Philos.,

359, 67; Pseudo-Longin., 67, et Sign. chron. morb., 1, 6 ; De Acut. Morb., I, 9.. p.

3, 11, 15. «

Adv. Cels.,

111,

10.

De

ISupt. PhdoLog. et Mercur., IX, § 923, p. 719, 8 Voy. Calmeil, la Folie, t. Il, p. 159 et suiv. Cf., sur l'emploi

musique pour calmer les maladies nerveuses, J. Braid, Neurypnology or the rational ofthe nervous sleep, p. 36. de

la

18


276 chez

CHAPITRE

les Grecs, sur l'origine surnaturelle attribuée

maladies. était

II.

Nous

allons voir

aux

que cette opinion ne leur

pas particulière.

La doctrine de

la

c'est ce qui ressort

possession avait cours en Égypte-,

de quelques textes hiéroglyphiques.

Elle s'y présentait à

peu près sous

les

mêmes formes

qu'en Grèce.

Une

stèle

égyptienne appartenant à

Bibliothè-

la

que impériale de Paris, et dont l'inscription a été traduite par deux habiles égyptologues, M. Birch * et M. de Rougé^, fait mention, sous la vingtième dynastie pharaonique, c'est-à-dire vers la fin du treizième siècle avant J.-C., ou tout au commencement du douzième, d'une princesse d'Asie qui fut guérie de possession par l'opération du dieu égyptien Khons.

la

Le Pharaon Rhamsès Meri-Amoun s'était transporté jusque dans la Mésopotamie pour recevoir les tributs des princes soumis à son empire. Parmi eux se trouvait le chef de Bakhtan celui-ci profita de la circons-,

tance pour présenter sa attira les

au Pharaon. Sa beauté regards du monarque, qui la choisit pour fille

ramena en Égypte, où elle reçut le nom de Neferou-Ra, c'est-à-dire beauté du soleil. Cette princesse avait une jeune sœur, Bint-Reschit qui était épouse et

la

,

atteinte d'un

mal

terrible.

Le chef de Bakhtan envoya

consulter sur l'état de la pauvre enfant ces médecins

égyptiens, dont l'antiquité a vanté la science profonde.

1

Transact. of the Roy. Soc. ofliter, vol.

*

E. de Rougé

,

Étude sur une

IV^ new

stèle égyptienne

séries.

appartenant à

la Bibliothèque impériale de Paris. Paris, 1858, in-8°.

'


277

POSSESSION DÉMONIAQUE.

Le Pharaon, auquel le prince d'Asie avait adressé un messager, choisit un membre du collège sacré, qui consentit à aller au pays de Bakhtan. C'était Thoth-

Em-Hevi il trouva Bint-Reschit obsédée par un esprit. Le déUre était si persistant que ses efforts furent vains pour expulser le démon. Le chef de Bakhtan eut :

de recourir à quelque divinité.

alors la pensée

Il

dépêcha un nouveau message à son royal gendre,

pour connaître le

surnommé

dieu Khons,

fection

; il le

dieu à implorer.

le

pût guérir

Sans doute

môme

grand dieu qui chasse

communiquer

belles, afin de lui qu'il

dieu tranquille dans sa per-

supplia de tourner sa face vers Khons, le

conseiller de Thèbes, le

pour

Rhamsès consulta

la fille

qu'il est ici

les re-

sa vertu divine, et

du prince de Bakhtan. question d'une image du

Khons adoré à Thèbes sous un attribut particulier, et qui, invoqué comme un pur esprit recevait le surnom de tranquille dans sa perfection. Car, la prière du Pharaon ayant été exaucée, le texte égyptien nous dit que Khons communiqua par quatre fois dieu

,

,

sa vertu divine à l'idole révérée de Thèbes, laquelle fut

envoyée en grande pompe au pays de Bakhtan,

et

placée dans une de ces chapelles portatives usitées en

Egypte, et que

les

Grecs appelaient naos^ suivie de

barques sacrées portatives ou

ôam, et d'une nombreuse

Le chef de Bakhtan

se prosterna respectueu-

escorte.

sement à

l'arrivée

portée à

la

de

l'idole,

en l'invoquant

demeure de Bint-Reschit, qui

aussitôt guérie

;

et

par reconnaissance

,

5

elle fut

se trouva

son père

fit

célébrer en l'honneur du dieu de Thèbes une fête solennelle, sur le conseil

même

de

l'esprit

dont 16

la prin-


,

278

CHAPITRE

cesse était possédée, car le

On

vaincu. l'esprit,

fit,

pour

11.

démon

s'avoua lui-même

une riche offrande à

l'apaiser,

sur l'ordre du prophète qu'inspirait le dieu.

Khons ordonna au démon de

il

voudrait. Saisi d'une vive dévotion pour une divinité

si

puissante

années

le

,

chef de Bakhtan retint près de quatre

l'idole bienfaisante.

dans lequel la figure

il

partir et d'aller

Mais sur

Khons

avait vu

sortir

l'avis

de son naos sous

d'un épervier d'or, et s'élever au

direction de l'Égypte,

il

d'un songe

dans

ciel

la

consentit qu'on la ramenât

dans sa patrie. La précieuse idole fut renvoyée à Thèhes dans son temple, avec une nombreuse escorte et

accompagnée de riches présents. On le voit le dieu Khons passait aux bords du Nil pour avoir la vertu de chasser les esprits rebelles, et ,

ces esprits devaient, à leur départ, être apaisés

des divinités puissantes. Cette opinion se autre dont

il

a été

fait

mention dans

de cet ouvrage, à savoir que

les

la

comme

liait

à une

première partie

dieux exercent leur

influence sur les diverses parties du corps, et peuvent

pour

ainsi dire s'y loger.

autre inscription

C'est ce qui résulte d'une

dont un

égyptologue distingué

M. Chabas, a donné l'interprétation *. Elle renferme un ensemble d'invocations adressées à certaines diviou génies, ayant pour objet d'obtenir que le défunt soit préservé de toute attaque de la part des esnités

prits

*

maudits qui peuvent maîtriser ses membres,

qu'il

Voy. Bulletin archéologique de VAthenœum français (juin

1856,

p. 43). Cf.

Cels.,

III, 6.

ce que dit Origène du dieu d'Anlinopolis. Ado.


POSSESSION DÉMONIAQUE.

en

soit

279

ame d'un mort ou d'une morte.

pas pénétré pari

Les Egyptiens admettaient donc comme les Grecs que les morts peuvent se transporter partout à leur gré et se revêtir de formes diverses, d'où il suit que les

bons

comme

mauvais esprits pouvaient entrer dans corps humain. Pour les chasser, on prononçait des paroles sacramentelles, on aspergeait la maison avec les

le

suc de certaines plantes le texte de M. Chabas. le

Plus tard,

c'est ce

-,

que nous apprend

dieux de TÉgypte ayant été assimilés par les Grecs à des démons, la distinction des bons et des mauvais esprits n'eut plus la même importance, et les

possédés devinrent tous indifféremment des démoniaques. les

Nous ne savons chez

les

rien de la doctrine de la possession

Assyriens, mais l'anecdote du

prince de

Bakhtan nous montre qu'en Mésopotamie avaient cours les mêmes idées qu'en Egypte. Les Perses admettaient que les Dews, ou mauvais esprits, cherchent à distraire

corps

l'homme de *,

et

ils les

ses devoirs et à s'insinuer dans son

chassaient par des prières.

Les Aryas attribuaient

ou mauvais démons^

maladies aux Rakchasas,

les

dans un des hymnes du Rig-Véda que « Agni, uni au sacrifice, tue le cruel Rakchasa, qui, sous le funeste nom de flux de sang, siège dans ton ventre pour nuire à ton fruit, le RaIl

est dit

kchasa, qui profite de ton sommeil ou des ténèbres

'

Anquetil du Perron

,

Précis

roaslre, dans le Zend-Avesta, «

Zend-Avesta,

t. I,

part,

du système théologique de Zo-

t. II,

ii,

p.

p.

599.

563, 566.


280

CHAPITRE H.

pour troubler

ta raison et veut détruire ton fruit doit

périr parmi nous*. »

Les Hindous professent encore

les

mêmes

idées et

recourent sans cesse à des sortilèges, à des incanta-

pour écarter les esprits, guérir les maladies et expulser les démons. Le nombre de ceux qui exercent tions,

chez eux

la profession d'exorciste est considérable

on reconnaît en eux

les héritiers

-,

des sorciers des tribus

dravidiennes, qu'on retrouve encore chez les restes dispersés de plusieurs d'entre elles.

time pas à moins de

ou Gouni, dans

tel est le

le district

Un

auteur^ n'es-

trois mille cinq cents ces

nom

Ojhas

qu'on leur donne, existant

de Pouraniya.

Au Dekkan, on

continue

à tenir les fous pour des possédés, ainsi que tous ceux qui souffrent de maladies nerveuses-, l'effet

de

la possession

on

voit

même

dans un simple accès de fièvre.

Le traitement consiste dans la récitation des mantras^ dont la vertu magique triomphe presque toujours, assure-t-on, delà résistance du démon possesseur. La révolution d'idées religieuses que j'ai indiquées dans

la

quoi ce

première partie de cet ouvrage explique pour-

démon

est

confondu avec Vêtal, un des an-

du pays. A-t-on réussi à l'expulser du corps du malade, en lui sacrifie en expiation un coq^. ciens dieux

1

Rig-Véday Hymnes pour

les

femmes

enceintes, sect. VIII,

hym. 20, traduction Langlois, t. IV, p. 458. Montgomery Martin, The History ^ Antiquities^ Topography^

lect. VII, *

of Eastern India, t. III, p. 143. ' Voy. J. Stevenson, On the ante-brahmanical Worship ofthe Hindus, dans le Journal ofthe royal Asiatic Society of Great Britain, vol. V, p. 195.


^ol

POSSESSION DÉMONIAQUE.

Chaque maladie, chaque accident même, chaque infortune,

comme

sont regardés

démon

l'œuvre d'un

particulier.

sont y a de mauvais esprits pour les enfants, ce gens et les Mogani; il y en a d'autres pour les jeunes pour les vieillards. Ces démons peuvent revêtir toutes Il

formes et tromper l'homme par mille illusions. Dès qu'une personne tombe malade l'Hindou deles

,

meure convaincu et

il

lui

couvre

qu'elle est

en butte à leur obsession,

corps de charmes

le

*.

Les bouddhistes ont absolument les mêmes idées. A leurs yeux, les démons engendrent les maladies, mais

peuvent aussi

ils

Oddy

les

guérir ^

A

Ceyian,

le

démon

passe pour avoir une vertu très-puissante contre

une foule de maux ritions.

En

,

bien qu'on redoute fort ses appa-

général, toutes les hallucinations dans les-

quelles l'Hindou s'imagine voir ces terribles esprits

sont prises pour autant de communications diabo-

hques^.

Au Thibet, l'emploi des exorcismes est très-fréquent. Lhassa, à une certaine époque de l'année, on chasse

A

les

démons

qui passent pour désoler le pays et en-

Roberts, Oriental Illustrations of the sacred Scripturest collecled from the customs of the Hindoos, p. 171. Les boud1

J.

dhistes s'appliquent, à Ceyian, sur la partie figure

du démon,

qui est regardé

croient ainsi en amener 2

E.

Upham, The

la

du corps malade,

comme engendrant

le

la

mal, et

guérison.

History and Doctrine of btidhism, p. 126 et

suiv. (London, 1829.) 3

Yakkiin nattannawa, a cingalese Poem^ transi, by J. Calla-

way (London,

1829), p. 111 et suiv. 16.


282

CHAPITRE

voyer

II,

maladies. La conjuration se fait au son des trompettes, des tambours, des cloches et des conques marines. Comme nos moines au moyen âge, les lamas les

se plaignent des tentations des

démons, des tours au-

dacieux qu'ils leur jouent et des troubles qu'ils s'efforcent d'apporter dans leurs pieux exercices *. J'ai

noise

déjà parlé plus haut

;

^

de

la

démonologie chi-

elle se lie tout

la possession.

naturellement à la doctrine de Les Tao-Ssé^ prétendent avoir le don de

chasser les Tchong-Ssé du corps des personnes obsédées. Il

y a peu de peuples, écrivent

les missionnaires*,

qui soient plus crédules que les Chinois en matière de revenants et d'exorcismes. La moindre altération de la santé,

comme

plus simple mal de tête, sont regardés un effet de Tinfluence démoniaque. le

Cette doctrine peut avoir été apportée dans l'empire du Milieu par le bouddhisme mais

elle pro; cède aussi du naturalisme démonologique, qui se rencontre chez toutes les races tchoudes ou mongoles. Les chamans et les lamas exorcisent à peu près de la même manière. Tous ces peuples attribuent aux ma-

une origine surnaturelle. Selon les Mongols, Tchutgour ou le chef des malins esprits qui pro-

ladies c'est

duit les maladies, et celui qui souffre va trouver les

Hue, Souvenirs d'un voyage au Thibet,

2

Voy. p. 207.

t. Il, p.

140.

Voy. Stanislas Julien, Le Livre des récompenses et des peines, 125; Blanche et Bleue, ou les Deux Couleurs fées, roman chi-

3

p.

nois traduit par Stan. Julien, p. 90. *

Annales de la propagation de la

foi,

t.

X, n" 2,

p.

273.


283

POSSESSION DÉMONIAQUE.

lamas pour se

faire exorciser

L'abysse des Kalmouks

prétend aussi chasser les esprits par ses conjurations^. L'exorcisme s'opère d'ordinaire au son du tambounn

on adresse aussi des offrandes au démoti pour

:

le cal-

mer. Les chamans qui croient avoir, par des mots

magiques

,

la faculté

eux-mêmes dans de

d'évoquer les esprits, tombent véritables accès d'épilepsie

manie, durant lesquels

gambades

ils

prophétisent, en faisant force

d'horribles contorsions

et

ou de

^ Les Bachkirs

ont leurs Schaitan-kouriazi ou chasseurs de diables, qui se chargÇint, par l'administration de certains re-

mèdes, de

traiter les

malades regardés

comme

autant

de possédés, idée universellement répandue chez peuples finnois*. Ce Schaïtan dont prunté, depuis

le

nom

a été

em-

contact des Bachkirs avec les Busses,

au Satan des chrétiens

mouks pour

le

les

est

,

tenu aussi chez

les

Kal-

l'auteur par excellence de toutes nos souf-

frances corporelles. Veulent-ils l'expulser,

ils

ont non-

seulement recours aux conjurations, mais encore à

la

ruse. L'abysse fait placer devant les malades des of-

frandes esprit

comme

,

;

il

si

elles étaient destinées

suppose que

,

tenté par leur

au malin

nombre ou

leur richesse, l'esprit, afin de se précipiter sur cette

nouvelle proie, quittera

1

corps qu'il obsède

Hue, Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie,

Chine, 2« édit., 2

le

P.

t. 1, p.

le

^ Selon

Thibet et la

121.

de Tchihatchef, Voyage scientifique dans l'Altaï oriental,

p. 45, 46. .

3

C. d'Ohsson, Histoire des Mongols, liv.

*

A. Castren, Vorlesungenûber die ftnnische Myl/iologie,^. 173. Tchihatchef, l. c.

"

1,

chao.

i, 1. 1,

p. 17.


.

CHAPITRE

284

II.

âmes des morts viennent inils perquiéter les vivants, et pour les en empêcher, concent la plante des pieds et le cœur des morts, n'en vaincus que, cloués ainsi dans leur tombe, ils pourront sortir». Les Samoyèdes sont sujets à deux Tchérémisses

les

,

les

maladies mentales fort singulières, dont Tune tient à c'est une sorte d'hysl'idée fixe de la possession :

accompagnée d'un hoquet continuel. Les voyageurs l'ont décrite sous le nom de diable au corps^. L'autre consiste en accès passagers de fureur dans penlesquels les malades se sentent poussés par un térie,

chant irrésistible à l'imitation

:

c'est ce

qu'on appelle

Vimérachismp^. caractère mélancolique des Samoyèdes les prédispose, plus que tout autre peuple, aux épidémies

Le

mentales, qui prennent fort souvent chez les tribus de cette contala Sibérie un caractère particulier*, et

gion de la démonomanie et de la chorée mêlée d'hysl'idée que térie a singulièrement enraciné chez elles leur des puissances surnaturelles peuvent s'emparer de corps.

Les Kirghises s'adressent de *

même

à leurs sorciers

de la Aug. de Haxthausen, Études sur la situation intérieure

t. I, p. 419. Cochrane, Narrative of a pedestrian Journey through Russia and Sibirian Tartary (London, 1824). 8 Voy. Brierre de Boismont, Influence de la civilisation sur la légale^ dans les Annales d'hygiène publique et de médecine

Russie, s

folie, t.

XXI, 2

p. 278, Voy. H. Bonnet, dans les Annales médico-psychologiques ;

Soldan, Hexenprocesse, p. 117. 8

Voy. ce que rapporte dans sa Chronique^MuX Glaber,

II, 1

1


285

POSSESSION DÉMONIAQUE.

OU haksy, pour chasser

les

et guérir ainsi les

démons

par eux. Pour cela, maladies qu'on suppose produites jusqu'au sang et lui crachent ils fouettent le malade leurs yeux un être au visage. Toute affection est à

personnel*. accréditée chez les Celte idée est pareillement si oubli des Tchouvaches, qu'ils assurent que le moindre

envoie Tchédevoirs est puni par une maladie que leur

men, démon dont

le

nom

une forme altérée de

est

retrouve à peu près la même opinion sauvages chez les Tchouktchas ou Tckouktchis; ces aux plus biont recours, pour délivrer les malades, Schaitan^.

On

zarres conjurations-, leurs

chamans sont

des crises nerveuses dont

ils

par une exaltation factice ^

aussi sujets à

provoquent l'apparition

En

sont également tenues pour le

Circassie, les maladies

fait

des démons-, on les

chasse par des incantations et des cris*.

Les tribus indiennes de l'Amérique du Nord sont populations de alliées, comme on sait, d'assez près aux l'Asie elles,

septentrionale

-,

aussi voit-on reparaître chez

mêmes

sur les maladies nerveuses, les

tions qui se perpétuent encore au Japon

1

^ Leurs prê-

hordes et des steppes des Al. de Levchine, Description des

Kirghiz-Kazaks, irad. par Ferry de Pigny,

p.

supersti-

p.

2

Nouvelles Annales des voyages, 5« série,

»

Voy. de Wrangell,

le

Nord de la

356, 3S8. t.

IV, p. 191.

Sibérie, trad. Galitzin,

1. 1,

265, 266. *

Ed. Spencer, Travels in Circassia,

t.

II, p.

356, 360,

chap. xxviii. *

Cf.

Thunberg, Voyage au Japon, trad. Langlès, t. II, p. 160. Skinner, Voyage au Pérou, trad. franç., t. I, p. 160.


286 très

CHAPITRE

magiciens rappellent

c'est

II.

pour trait les chamans^ aussi au son du tambourin de la crécelle ou de trait

,

l'instrument appelé chichiîwué, que les Piaches des Assiniboins et des Piedsnoirs chassent du corps de

l'homme

leur

démon Ouakan ChidjaK Les Caraïbes

avaient leurs Payés ou magiciens qui prétendaient délivrer les femmes des démons qui les obsédaient 2.

Dans l'Amérique du Sud, mêmes superstitions. Les Indiens de la Pampa del Sacramento attribuaienttoutes leurs maladies aux enchantements. Aussi consultaientalors leurs

Moharis, leurs Agoreros pour qu'ils détruisissent l'effet du sortilège'. Chez les Indiens du

ils

,

Chili,

quelqu'un venait-il à mourir de maladie ou par

autre accident, on supposait qu'il avait été victime d'une puissance malfaisante , et l'on recourait au

Machi pour l'exorciser*. Chez les Indiens Coroados du Brésil, les Pagès ou Payés, très-versés dans la connaissance des simples, se chargent de traiter les malades par des conjurations démoniaques ; ils font usage,

dans leurs exorcismes, de fumigations de plantes dont vertu est loin d'être imaginaire, et ils entretiennent par leurs récits et leurs contorsions, chez les malheula

reux remis entre leurs mains, la croyance à la possession*. Les Patagons croient que chaque sorcier tient à ses ordres

esprit familier qu'il peut

corps d'autrui

le 1

2

J.

un

ils

redoutent particulièrement

les

Ch. Bodmer, Voyage duPr. de Wied-Neuwied, 1. 1, p. 79, 81. Rochefort, Hist. natur. et morale des Antilles, 2« éd., p. 473.

3

Skinner, Voyage

*

Dumont

au Pérou, trad. par Henry, l. I, p. 158 160. Voyage au pôle sud, t. III, p. 270; Chile and la Plata, t. III, p. 466.

d'Urville,

Miers, Travels in "

5

envoyer dans

Spix et Martius, Reise in Brasilien,

t.

I, p.

379.


281

POSSESSION DÉMONIAQUE.

/

Valitchou ou âmes des sorciers morts, véritables lémures qui obsèdent les vivants. L'exorcisme se fait

également chez

Patagons au son du tambourin et

les

avec des cérémonies fort analogues à celles qui sont usitées chez les chamans, ce qui est peut-être un indice d'origine asiatique

pour

elle accroît

encore

qu'engendre

nerveuses

maladies

fréquence des

la

extrême, et

les sorciers est

ce peuple

^ La frayeur de

l'emploi des pratiques adoptées par ses sorciers.

L'Océanie nous fournit

presque toutes

les îles

de

la

le

même

mer du Sud,

les

un indigène

,

mortel, on disait que

son corps pour

élait-il

consumer^.

le

Nou-

la

atteint d'un

mal

était entré

dans

Grand-Esprit

le

maladies

A

étaient tenues pour des punitions divines'^.

velle-Zélande

Dans

spectacle.

Aux

Sandv^rich,

îles

l'exorcisme était universellement pratiqué^.

En

Australie, les sorciers prétendaient guérir les

maladies par des conjurations

de

on

che et

pour *

que

les délivrer

les

à mille jongleries^.

Moerenhout, Voyage aux

3

Earle, Résidence in

* J. Jarvis,

îles

Caro-

îles

t.

H,

162 et suiv.

du grand Océan,

New Zealand,

History ofthe

p.

Hawaian

p.

t. 1,

p. 432.

211 (1827).

Islands, p. 42.

E, J. Eyre, Journal of expéditions of discovery into central

Australia,

t.

II, p.

Voy. à ce

Océan, le

Aux

Narrative of the surveying Voyages of Adventure and Beagle,

*

8

plusieurs îles

Dieux parlaient par leur boutourmentaient leurs membres; on recourait disait

belween theyears 1826 anrf 1836,

8

En

Polynésie, les fous étaient appelés enchan-

la

tés;

^.

t. II,

nom de

360, 362.

sujet Moerenhout,

p. 480,

Jianlousi

481, Chez il

les

Voyage aux Manliras,

les

du grand démons porleni îles

y a uu haniou pour cliaque uialudie


CHAPITRE

288

II.

gens prétendent jouir de la faveur les îlots. d'être visités par Hanno, l'esprit qui règne sur les voiSi le démon devient trop incommode pour certaines

lines,

on court sur le possédé, armé de bâtons, et on le épuisé tient pour délivré quand le malheureux tombe des de coups'. Les Malais ne se distinguent pas emAustraliens à cet égard. On voit leurs Poyangs

sins,

des ployer contre les hantous^ ou esprits producteurs des maladies, les mêmes pratiques que les magiciens le autres pays*. C'est aussi au son d'un instrument, gilondang, que les Poyangs des Binouas du royaume de Djohore opèrent leurs exorcismes^ Les Dayaks, les Battaks observent pareilles pratiques elles se retrouvent chez les populations primitives de l'Himalaya, les proet les DhimaP leurs ojha, ou prêtres sorciers -,

Bodo

:

cèdent à peu près de la

même

façon

^

ils

offrent suc-

cessivement des sacrifices à toutes les divinités, en vue malade. de découvrir quelle est celle qui tourmente le

Chez

les

façon

-,

Kocchs,

il fait

l'

ojha s'y prend d'une singulière

osciller

un anneau suspendu à son pouce

décembre 1847, suppl., Voj. Journal of the indian Archipelago, p. 307. »

LnlU, Voyage autour du monde,

t. III,

p. 189.

Les Ansayriens

pendant qu'ils guérissent aussi les possédés en les bâtonnant, The Ansayriif récitent les formules d'exorcisme. Vo^. F. Walpole, t.

m, 2

p.

p. 120.

Journal of the indian Archipelago, 1847, p. 276. Cf. 1849,

115. 3

Ibid.,

novembre 1847,

p.

27S, 280.

de M. Hodgson, On the Origin, Location, Numdans le Journal of bers of the Kocch, Bodo and Dhimal people, 729. the Asiatic Society of Bengal, july 1849, p. 722, *

Voy.

l'article


289

POSSESSION DÉMONIAQUE.

devant des

feuilles sur lesquelles

sont placés des grains

qui représentent pour lui les diverses divinités

de

riz,

la

feuille

vers laquelle le pendule dirige sa trajec-

indique la divinité cherchée, celle qui obsède le alors on l'interroge en vue de savoir quel sapatient toire

;

crifice elle

exige pour consentir à se retirer

Chez tous du Soudan

peuples noirs, ceux de l'Ethiopie,

les

de

,

*.

Guinée, du Congo, chez les Cafres

la

mêmes superstitions sont en vigueur. Les épileptiques comme les fous, les hystériques comme les hallucinés, sont pris pour des possédés En Ahyssinie, on force le malade à respirer la et les Hottentots, les

vapeur de certaines plantes dont l'odeur exerce sans doute quelque influence sur son système nerveux'. Les Kalichas chassent

le

Les nè-

diable à coups de fouet

gres du Soudan croient que le malin esprit

,

après

avoir épuisé les forces de l'épileptique, dévore les parties intérieures de son corps et

Selon

consume

Amazoulous, ce sont les morts qui maladies aux vivants®. En résumé, les

les Cafres

envoient

les

exorcismes de toutes Hodgson,

les

peuplades sauvages nous ra-

*

c, jul. 1849, p. 728. Voy. Combes et Tamisier, Voyage en

'

Lefebvre, État social des Abyssins, dans

»

sa vie*.

1.

nales des voyages, nouv. série,

t.

I, p.

Abyssinie, les

p.

279.

Nouvelles

An-

t. I,

317. Les Abyssins exé-

cutent aussi une musique bruyante pour chasser

le

malin

esprit.

(Ferret et Galinier, Voyage en Ahyssinie, p. 93.) *

W.

"

Voy. Rich et

Corn. Harris, Tliehighlands of jEthiopia,i, III, p. 50,51. J. Lander, Journal d'une expédition au Niger,

irad. Beiloc,

t. II,

p.

249, et

J.

Leighton Wilsou, Western Africat

388.

p. *

Delegorgue, Voyage dans V Afrique australe,

t. II, p.

17

246.


290

CHAPITRE H.

mènent toujours au même

tissu

de rêveries et d'extra-

vagances associé à quelques moyens réellement thérapeutiques dont elles avaient constaté les salutaires effets,

sans s'apercevoir de la cause à laquelle

vent leur

En

ils

doi-

efficacité.

face d'une croyance

pour ainsi dire, inhérente à Tenfance des sociétés, on ne s'étonnera pas que les Juifs n'y aient pas non plus si

universelle, et,

échappé. La

folie

portée par

Bible* à la présence, dans le corps de ce

la

mélancolique du roi Saûl est rap-

prince, d'un rouach raha^ ou malin esprit, que Dieu

envoyé pour le punir. Dans le Livre de Tobie^ la maladie dont était atteinte Sara, fille de Raguel, est attribuée à un démon, Asmodée. L'historien Josèphe, lui avait

imbu des

superstitions

de son temps, dit que

les

mauvais esprits qui s'emparent de rintelligence des hommes pour les tourmenter sont les âmes des méchants ^ Dans le Talmud, la rage est donnée comme due à la présence d'un esprit malin. A cette question :

Qu'est-ce qui produit

la

rage du chien? Schemuel

répond qu'un mauvais esprit reste sur prescrit

dans

le

même

livre

à

celui

mordu par un chien enragé de ne

lui ^.

qui

Il

a

est

été

boire de l'eau

durant douze mois que dans un pot de bronze, de peur que les esprits mauvais ne lui apparaissent; d'où

»

I Reg.y XVI, 14. Cf. xvi, 23; xvui, 10.

*

Tob.,

feu de

la

m,

8; XII, 4. Ce démon {Asch-Medaî, c'est-à-dire le Médie) paraît êlre un des esprits lumineux du maz-

déisme, dont 3

les Juifs avaient fait

Ant, Jud., VI,

vm; De

un démon.

Bell. Jud., Vil, vi, §§ 2, 11.


291

POSSESSION DÉMONIAQUE.

hydrophobie étaient pris chez les Juifs pour la marque de l'invasion des démons*. Les fous furieux qui se réfugiaient dans les cimetières étaient également tenus pour des victimes du diable. « Qu'appelle-t-on insensé? dit le traité Chagiga^; celui il

suit

que

les accès d'

qui passe la nuit près des

tombeaux

\

on

dit

de

lui

qu'un esprit impur habite dans son corps. » Encore aujourd'hui, en Abyssinie, les Juifs Fa/acAas attribuent convulsions aux démons*.

les

Lucien, dans son Amateur de fables^ se ^

moque des

habitants de la Syrie et de la Palestine, qui prétendent chasser les maladies à l'aide de formules d'exorcisme,

s'imaginent que ce n'est pas le malade qui leur ré-

pond en grec

et

en

latin

,

mais

le diable

qui s'est logé

dans son corps et qui s'échappe sous l'apparence de

fumée ^ Les

Juifs,

plus la

dans

mort que

ne se représentaient pas maladie comme due à une cause

le principe, la

naturelle. Substituant les anges, c'est-à-dire des per-

sonnes animées aux agents physiques, à l'un de ces esprits célestes vie-, ils

avaient

divin, qui, tel

un

un ange de

la

le soin

ils

de mettre

Yoma,

2

Fol. ô, col. 2.

fol.

glaive à la main, donnait le

83, col.

coup morl'ut

ap-

1

'

Annales des voyages, nouv. série,

*

Philopseud., § 16, p. 255, éd. Lehmann. Cette croyance a persisté chez les chrétiens,

foi certaines

lin à la

mort, sorte de messager

à celui que Dieu avait désigné. Cet ange

*

*

attribuaient

t. III, p.

91.

comme

en font

formules d'exorcisme, aut apparentis instar fumi.

(Fabricius, Biblioth. Grasc, VIII, p. 98.)


CHAPITRE

II.

pelé depuis l'ange exterminateur. Avait-il touché de

son arme mystérieuse l'homme dont l'arrêt était prononcé, il tirait du corps d'une manière douce ou vio-

lente, selon la conduite passée le souffle qui allait se

du mourant, l'âme ou

rendre dans

meure souterraine des âmes Mïer Juda

les

2,

qui avaient

le schéol

premiers-nés de l'Égypte

murmu^é^

et les soldats

Onan,

et

^

,

la fils

dede

les Israélites

de Sennachérib^

reçurent ainsi la mort, au dire des livres saints. Cette idée de l'ange exterminateur avait été naturellement suggérée aux Hébreux par ces morts violentes et

imprévues dont

la

cause leur échappait et l'origine

semblait surnaturelle. Les Étrusques reconnaissaient de même des génies léthiféres, génies ailés qui rappellent les anges et qu'on voit sur les bas-reliefs funéraires, armés du glaive, et répandant le trépas

au micombats^ Ce peuple admettait aussi l'existence d'une sorte d'exécuteur des hautes œuvres divines, personnage d'un aspect sinistre, que les antiquaires ont désigné sous le nom de Charon étrusque \ Il est lieu des

Voy. Obry, De l'Immortalité de l'âme chez les Hébreux, dans les Mémoires de l'Académie du département de la Somme\ ann. 1839, p. SOS. Cf. Bible de Vence, nouv. édit., t. VIII, p. 261 *

et suiv. *

Gènes., XXVIII, vu, 10.

'

Exod., XII, XXIII, 29.

*

Judith, VIII, 25,

*

Isaie,

«

Micali,

XXXVII, ZQ; IV Reg., xix, 35.

Monum.

inédit., tav. 49, flg. 2; Storia degli antichi popoli italiani, atlas, tav. S9. ' Voy. Ambrosch, De Charonte Etrusco (Vraiislav., 1847, in-40); Gerhard, Die Gottheiten der Etrusker, p. 56.


293

POSSESSION DÉMONIAQUE.

représenté, sur les urnes sépulcrales,

armé d'un mar-

*. teau et en frappe celui dont l'heure fatale a sonné Le souvenir de ce génie de la mort subsista long-

conservé encore en Grèce; et lorsque quelque contagion éclate, on raconte qu'il a été rencontré monté sur un cheval funèbre et répandant au

temps^

loin

et s'est

désolation

la

même

^.

Les

Israélites

épidémies à leur ange exterminateur. La

les

peste qui ravagea leur pays, à la fin fut regardée

comme

pait, disait-on, tous

Dans

croyance,

lorsqu'il

du règne de David,

produite par cet ange, qui frap-

ceux qui succombaient au mal

Livre de Job,

le

attribuaient de

dit

il

que

*.

est fait

allusion à cette

la vie

de l'homme est

aux exterminateurs^, que ceux qui servent Dieu achèveront leurs jours heureusement et leurs années dans la joie; mais que ceux qui ne l'écoutent livrée

Ce Charon paraît avoir été le dieu étrusque Mantus, représenté armé d'un marteau {malleus). (Tertullian., Ad Nation., 1

J,

X.) 2

Ce Charon, véritable ange de

mésis

(à77£Xoç<5"î)cyiî,

et frappe (Boeckh, Corp. Inscript.

Palat., éd. Jacobs,

la justice divine,

Platon., Cra^yZ., p. 407), le

111,

Grxc,

comme Né-

démon

qui enlève

n° 710, p. 508; Anthol.

ui, 7, 760), était souvent sculpté à l'en-

trée des tombeaux, et son image a pu en perpétuer

le

souvenir.

Saint Grégoire le Grand (/n Jerem., xxin) donne encore

teau pour emblème du diable. Cf. t.

VllI, p. 3

784

Fauriel

,

le

mar-

ma dissertation. Revue archéoL,

et suiv.

Chants populaires de la Grèce moderne

p.

228. Voy. ce que

p.

673.

je dis à ce sujet,

*

// Reg., XXIV, 16.

»

/o6,xxvii,U, 12;xxxiii,22.

Cf.

,

Revue archéolog.,

t. t.

II

II,

Ps.LXfl, \i;LXXVII, 62.


294

CHAPITRE

pas, passeront par

le glaive et

pas avoir été sages

K Job répond à

II.

expireront pour ne

consolateurs qui calomnient sa vie glaive, car la colère de

ses prétendus «

:

Craignez

Dieu vous punira par

pour que vous appreniez

le glaive,

y a une justice

qu'il

le

L'auteur du Zzz;ré; des Proverbes ditaussi dansle ,

^.

»

même

méchant cherche les querelles, mais que l'ange cruel sera envoyé contre lui « Dieu réserve à

sens,

que

le

celui qui passe de la justice au

péché

le

tranchant de

l'épée, Wi-ow àdiUsY Ecclésiaste^ » Quelquefois, .

au lieu

d'un glaive, l'imagination plaçait des flèches entre les mains de l'ange de la mort ^ Les rabbins ont désigné ce messager terrible sous le

nom

de

Douma

dire silence, parce que, suivant eux,

cieusement sur

ceux qui

Un

lui

le

il

c'est-à-

^

inscrit silen-

tableau des destinées le

nom

de

sont livrés^

passage du Livre de Judith''

^

d'une rédaction

vraisemblablement fort moderne, nous montre que l'intervention de l'ange exterminateur ne s'entendait

généralement que dans

les cas

de mort subite.

«

Pour

ceux qui n'ont point reçu ces épreuves dans la crainte du Seigneur, qui ont témoigné leur impatience ou Voy.

*

Livre de Job, trad. par E. Renan, p. 82, Job, XIX, 29.

8

Proverb., xvii, 11.

*

Ecoles., XXVI,

"

«

1

le

144.

^27.

Multis agrotantes angelum destructorem viderunt,

quidem cum Mile, cap. vi,

gladio, alii vero

cum

alii

arcu et sagittis. » (Jechiel

De Amore.)

^

Barth. de Celleno, Biblioth. Rabbinic,

'

Judith, VII, 24, 25. Rapprochez ce passage de celui de

l'Ecclésiastique, xxxix, 3S, 56.

t.

I,

p. 301.


POSSESSION DÉMONIAQUE.

ou leurs murmures l'ange exterminateur et ont ils ont été frappés par » péri par la morsure des serpents. que cet exécuteur des arrêts Il ne faudrait pas croire de Jéhova fût un personnage purement métaphorique,

l'ont irrité par leurs reproches

une création tout allégorique.

Il

en est parlé dans des

termes qui indiquent sa très-réelle existence. On lit, au second livre des Rois : « L'ange du Seigneur étendait déjà sa main sur Jérusalem pour la ravager, lorsque

Dieu eut compassion de tant de exterminateur

:

maux

C'est assez, retire ta

lange main. L'ange du et dit à

Seigneur était alors près de laired'Aréuna, Jébuséen*. » Sans doute qu'à l'origine, cet ange pouvait avoir

une simple conception poétique 5 mais dans les croyances religieuses la métaphore devient bien vite une réalité le langage allégorique finit par être enété

,

5

tendu dans

sens littéral et c'est ainsi que le

le

mythe

prend naissance. Plusieurs fois les livres saints^ se servent, en parlant de la mort, de la comparaison des

filets.

L'homme

est représenté

comme

pris à

l'hameçon par sa destinée ^ Et plus tard, les rabbins avancèrent que l'ange de la mort a un filet à la

main*. C'est de

même

1

// Re?., XXIY, 16.

2

Ps.

3

XVIIy 6

Ecoles.

y

;

la

Prov., xxi, 6

;

comparaison de

l'arc

^

et

Eccles., vu, 27.

IX, 12. Voy. les réflexions d'HercIer à ce sujet,

Sxmmtliche Werke, Schœnen Literatur tmd Kunsty

t.

IX, p. 487.

Tubingue, 1809. *

Voy. Apophlhegm. Aquib., ap. Orelli, Opuscul, greec, veter.

sent, et moral., »

Ps,

VU

y

t. II,

p.

12, 13, 14.

462.


CHAPITRE des flèches de la mort qui a

II.

donner

fait

cette

arme à

faisait

qu'exé-

l'ange exterminateur.

En nous apportant le trépas, l'ange ne cuter la volonté de Dieu, dont

il

était le serviteur et

comme une

sorte de manifestation. Selon la conception primitive des Juifs, Jéhova était l'auteur de nos

maux de

la

-,

il

nous

envoyait

comme une juste

désobéissance envers sa

dépeint dans

Eois^ le

les

les

le

Pentaieuque

Psaumes

mal sont

la

Livre des Juges

^

les

Le bien comme immédiat de sa volonté. Non-

seulement Jéhova frappe chapitres de

le

et les Proverbes.

le résultat

pour éprouver

C'est ainsi qu'il est

loi. ,

punition

le

coupable, mais

sa fidélité et sa vertu.

Genèse,

représenté

comme un

YExode^

Jéhova

le serpent,

il

Aux

le

tente

premiers

qui est simplement

des animaux que l'Éternel a créés, séduit Ève et par suite Adam. Au livre de dit

lui-même à Moïse

:

«

J'endur-

cœur de Pharaon, » et l'écrivain sacré ajoute « Alors le cœur de Pharaon s'endurcit et il n'écouta pas Moïse et Aaron selon que le Seigneur l'avait cirai le

:

,

ordonné.

»

Sans doute,

quelquefois

l'homme de

le

dieu

l'effet

pensées, mais d'autres fois,

il

d'Israël

de

ses

préserve

mauvaises

provoque lui-même

dont l'homme se rend coupable. «Le courroux du Seigneur s'alluma contre Israël lit-on dans l'action

,

second livre des Bois^^

le

que l'on compta Sans cesse l'auteur sacré représente Seigneur comme ayant levé sa main pour frapper

les Israélites. le

1

Exod., VII,

'

XXIV,

1.

»

3.

il

s'ensuivit


-^«i

POSSESSION DÉMONIAQUE.

OU exterminer des volontés du vie plus

hommes. La

les ciel

longues

de son iniquité ^ Ainsi l'ange de

piété et l'observation

assurent à celui qui les pratique une tandis que l'impie périra à cause

la

mort

n'était point originairement

qui perun de ces esprits malfaisants, de ces démons notre husonnifient les maux et les souffrances de

maine condition. C'est Vange du Seigneur qui châtie Les paroles que le coupable et qui protège le juste 3. * Livre des Juges met dans la bouche de Dieu nous le

remonter jusqu'à lui les divin terribles exécutions dont est chargé le messager C'est pour cette raison que je n'ai point voulu aussi

montrent que

celui-ci fait

:

((

exterminer ces peuples devant vous, dit l'Eternel. » Dans la Genèse, un des anges qui annoncent à

Abraham dit

la

destruction de

comme

à ce patriarche,

par sa bouche

«

:

prière que vous

Sodome si c'était

et

de Gomorrlie

Dieu qui parlait

J'accorde encore cette grâce à la

me

de ne point détruire la ville parlez ^. Et ces anges frappent

faites

pour laquelle vous me d'aveuglement ceux qui assiégeaient

la

porte de Loth.

Debbora, dans son cantique, rappelle les menaces de

Ps. X/, 5; CXI, i-5. Cf. Exod.y xx, 12 ; Ecclesiast., ni. 1. Voy. l'objection de Job à cette doctrine {le Livre de Job, ira*

Ouet. Renan, p. 130. 2

// Reg., xxiii, 6; Ps.

XXXIU,

22;

CXXXIX,

12; Ecoles.,

viii, 13. 3

Voy., pour de plus amples détails, ce que je dis Sur le per-

sonnage de la Mort {Revue archéolog., »

Judic,

II,

1

et sq.

Gènes., xiv, il, 21,

t.

VII, p. 520).


CHAPITRE

II.

l'ange exterminateur contre ceux qui habitent la terre

de Meroz*. L'épée dont est armé l'ange de briller

également entre

la

mort, on la voit

mains de l'ange du Seigneur qui apparaît à Josué*, et qui effraye l'âne de Balaam les

Le souvenir de l'ange exterminateur se conserva longtemps chez les Juifs, même après que la conception qui s'y rattachait eût disparu. Et

porter la célèbre vision qu'eut en alors qu'il vit

un ange remettant

593 1

il

y faut rap-

saint Grégoire,

epée dans

le

fou-

comme signe de la cessation de la peste qui affligeait Rome vision que nous rappellent le nom de reau,

,

château Saint-Ange donné au mausolée d'Adrien la statue

du Flamand Wenschofeld qui

le

,

et

surmonte

aujourd'hui.

Les idées des Juifs se modifièrent peu à peu et l'ange de la mort, à raison du juste effroi qu'il inspi,

rait, finit

par prendre

mon. Les Proverbes*

le

caractère d'un véritable dé-

Vange sans mi-

l'appellent déjà

séricorde (aYY£>voç àvzXtit\).m) Plus lard, .

pervers (xovYîpbç

Bois^

a-^-^ehoq).

Dans

le

il

devient Van^e

troisième livre des

dans celui de Job^, cet ange semble ne respirer que le mal toutefois, il continue à faire partie des et

:

serviteurs de Dieu

5

*

Judic.y V, 23.

'

Josue, V, 15.

^

Numer.y

*

Proverb., xvii,

^

II f Reg., XXII, 21.

«

11, 1.

xxii, 31.

U.

il

se tient encore

en sa présence,


POSSESSION

DÉMONIAQUE.

courque l'instrument maudit de son la société ne saurait se roux, que le bourreau dont pas moins une légitime passer, mais qui n'en inspire la que l'on voit apparaître pour

mais

n'est plus

il

horreur. C'est alors

première

fois le

de Satan\ signifiant adversaire, que dans les Psaumes^ n'a encore

nom

ennemi, et qui,

générique d'accusateur.

le sens

du Livre de L'opposition existant entre le Satan les cents d une Job et celui qu'on rencontre dans date plus tique.

c(

aucun moderne n'a échappé à presque écrit llerder

Le Satan des Chaldéens,

cri,

est

d'Ormuzd, tandis cause primitive du mal et l'opposé pourrait pas même que le Satan du Livre de Job ne Égyptiens et à ce que les être comparé au Typhon des de l'homme car anciens appelaient le mauvais génie de Dieu qui l'envoie poL. il n'est que l'ange justicier la

-,

,

punir et découvrir

le

mal. «

Satan a cessé pour Israël dVtre au contraire un serviteur soumis de Dieu il en est indiscipliné*. Le le rival, ou au moins l'esclave Seigneur répriprophète Zacharie^ nous montre le

Après

la captivité,

-,

Voy. E. Renan, Étude sur

«

2

XXXV H ly

PS.

SM.

inuUer,

21. Cf. PS.

in Veter. Test.,

le

poëme de

Job, p. xxx'.x.

LXXly 13; CIX, ad Ps. CXIX, vi,

29. Voy. Rosent. 111,

part, iv,

p. 2428. 3

De

la Poésie des

p. 102. la

*

p.

que

baronne de Carlowitz,

dil

Hébreux après

Wenrich, De Poeseos hcbiaicx atgue

Origine, p. 19. Lips., Ib59.

Voy. Michel Nicolas, Des Doctrines religieuses des Juifs,

248 et suiv. ^

la

Cf. sur la conceplion aiigélologique des

caplivilé, ce

arabkœ

Hébreux, irad. par

Zachar.,

ii,

It 2.


300

CHAPITRE

II.

mant son insolence, et dans V Ecclésiastique^ Satan est le type du méchant'. L'ange de la mort revêt donc un tout autre caractère

5

devient véritablement ce que

il

les Juifs hellénistes et les chrétiens

ont appelé

dia-

le

ble ( 'b\i6okoç, , c'est-à-dire l'accusateur^ le calomnia) teur^-, ce mot grec n'est au fond que la traduction

de l'hébreu Satan, Dieu paraît alors avoir abandonné à l'ange pervers l'empire du monde-, il le laisse tour-

menter

humains, entraîner

les

trie et le

péché

livre

il

-,

même à

Israël

dans

sa fureur

l'idolâ-

ceux de

ses

commandements. Un passage des Paralipomènes ou chroniques^ met clairement enfants qui ont enfreint ses

en évidence l'opposition de l'ancienne et de la nouvelle manière d'envisager le mal par rapport à son auteur :

Cependant, y est-il dit, Satan s'éleva contre Israël et il excita David à faire le dénombrement du peuple. » «

du monarque juif qui dans le deuxième livre des i?ow^ est donnée comme un effet direct de la mauvaise pensée que Dieu lui a suggérée, deAinsi l'action coupable

,

vient, dans les chroniques, d'une rédaction postérieure

à la captivité^,

L'ange de

la

le résultat

mort

finit

d'une incitation de Satan. par se transformer en un dé-

mon on en compta bientôt \

lins esprits.

autant qu'il y a de ces

Suivant une tradition consignée dans

paraphrase de Ben Ouziel sur '

le

Deuléronome^

Voy. à ce sujet Berlholdt, Christologia Judeeorum,

3

/ Paralip., xxi, // Reg., XXIV, Voy., sur

.sY/cms Ve(er. *

^

la

Dieu

Ecclesiast., xxi, 30.

2

^

ma-

Ad

p. 182.

1.

I.

la claie

Fœder.,

Deuleioii.j ix,

de ce p.

livre, J.

280,

19.

§ oO.

Jabn, Introductio in libros


DÉMONIAQUE.

POSSESSION

envova cinq anges destructeurs pour châtier les IsraéliA dates de s'être laissés aller à l'idolâtrie du veau d'or. ter de cette époque, la mort et la maladie sont données conséquence naturelle de punition du péché. Tout mal

pour l'œuvre de Satan qui en faisait la

l'idée

;

donc à la fois comme un châtiment céleste' et une œuvre démoniaque, et rien ne fut alors plus naturel que d'attribuer les affections nerveuses à l'invasion

s'offrit

d'un

démon dans l'organisme.

De même que

les rêveries astrologiques et

magiques

des Juifs, des Assyriens et des Perses ont été adoptées par les musulmans, tout leur bizarre système de pathologie surnaturelle a également passé à ceux-ci.

La

folie et les

en Orient,

maladies nerveuses continuent d'être

comme

par le passé

,

rapportées à une ac-

ou démoniaque. La tradition des antiques superstitions n'a pas été interrompue à cet égard tion divine

comme

à tant d'autres. Tant que l'aliéné

offensif, tions,

qu'il

in-

n'éprouve que de simples hallucina-

qu'un délire mental, loin d'en faire une victime

pour un favori d'Allah, comme pour un inspiré. Ibn Khaldoun, dans ses Prolé-

de Satan, on l'idiot

demeure

le tient

La maladie compliquée de délire dont mourut Antiochus Épiphane lut représentée comme une punition que Dieu lui avait 1

le

temple de Jérusalem (// Macchub.,

folie

qui prit Tliéotecne passa pour une

envoxée pour avoir profané IX, V. 28).

De même,

la

punition de ce qu'il était retourné à l'idolâtrie (Pliilostorg., Hist. eccles., VII, xin). Pliilon {De Exsecrat., p. 452, édit.

Mangey) dit

que les maladies sont envoyées par Dieu aux méchants pour les punir.

On retrouve chez

logue. Voy. ce

les

anciens une manière de voir ana-

que raconte Pausanias de

(L\, c. vu, § 5).

la

mort de Cassandre


302

CHAPITRE

II.

(jomènes historiques^ parle de possédés qui prononcent des paroles inintelligibles prises pour une inspiration des êtres invisibles

5

mais dès que l'aliéné devient fu-

rieux, on s'imagine, en Orient, qu'il est tourmenté

par

qu'un mauvais génie l'obsède^. Qu'un

les djinns,

musulman perde dans un accès de

tout à coup l'usage de la parole, que

demeure sans vêtements, qu'il se sente dégoûté du travail, on le déclare possédé du démon. Chez les premiers Arabes, l'inspiration

ne

fièvre

fut bien

il

s'élance de sa

souvent qu'un de ces enthou-

siasmesextravagants 011 l'exaltation imprime au discours

une certaine éloquence, un accent de conviction^. Non-seulement, en Orient, pathies sont tenues pour

mais

les

un

la folie

effet

moindres troubles nerveux,

de

névro-

et les

la possession,

le

bâillement, le

vomissement, l'éternument, sont rapportés à

la

même démon

cause ^. Chaque maladie est personnifiée par un

ou un spectre d'une figure bizarre*. Les pbrases du

Coran ont pris

la place

des formules auxquelles recou-

raient jadis les magiciens de l'Egypte et de la Perse^

Chez

1

les

Hindous qui ont embrassé l'islamisme

Ibn-Khaldoun, trad. par Mac-Guckin de Slane, Notic.

des manusc.

t.

XIX, p. 2 8. CC. 1

.T.

Moreau

les

,

et ext?-.

(de Tours), sur les Aliénés

en Orient, dans les Annales médico-psychologiques,

I,

t..

p.

1

IS et

suiv.L. Bertlierand, Médecine et Hygiène des Arabes, p. 48 et suiv. 2

Voy. Caussin de Perceval. Essai sur l'Histoire des Arabes

avant l'islamisme,

t. 111,

p. 509,

511. Ibn-Khaldoun, Prolégo-

mènes, trad. de Slane, p. 185 et suiv. 3

Pend-Nameh,

trad. S. de Sacy, ch. lxiii, p. 2i5.

Voy. Reinaud, Descript. du cabinet Blacas, *

t. II,

p. 551.

Voy. ce que dit le docteur Perron dans sa traduction du

Voyage au Darfour, de Mohammed-el-Tounsy,

p. 445.

En Egypte,


i

àVio

POSSESSION DÉMONIAQUE.

encore en anciens charmes ou jjouliias demeurent, avec usage, mais ils sont employés concurremment de Dieu*. is7n, ou invocations des différents noms les

C'est au

nom du

Tout-Puissant que Ton chasse main-

tenant les démons, interpellés naguère avec le respect qu'inspirait la qualité de dieu qui leur était attribuée.

La

mêmes

prière et la conjuration produisaient les

eft'ets

qu'ont eus depuis

les sortilèges.

Les pratiques dont les possédés sont l'objet reproduisent d'une manière frappante celles auxquelles font allusion les auteurs de l'antiquité.

Dès que

l'aliéné est

de son accès de fureur, de sa vive agitation dès que quelque apparence de raison commence à entrer dans ses paroles, l'exorciste l'interroge en vue de con-

sorti

-,

naître (juel

démon

malin

il

d'oii

le

vient,

possède

s'il

est lié,

5

il

demande à

quand

ce qu'il veut faire, ainsi logé dans

le

l'esprit

compte partir, corps du démo-

il

niaque. Le possédé répond-il à ces questions

,

on en

un augure tavorable, on y voit un indice que le démon est disposé à capituler'^. Et, en effet, dès que

tire

l'aliéné devient assez

maître de lui-même pour pou-

voir parler à Texorciste tation a succédé celle

,

dès qu'à

p.

le

délire dans

démon s'exprime par

sa

une sentence du Coran sur un papier ou sur un cas, il suspend le papier au dos ou à la

vase. Dans le premier tête du malade; dans

dont

période d'agi-

du simple déhre, du

lequel l'aliéné croit qu'un

l'exorciseur écrit

la

le

second,

il

fait

boire à celui-ci l'eau

vase a été rempli.

1

Jaffur Shureef, Qanoon-e-islam, p. 318, 332.

2

Voy.

les

332, 335,

curieux détails donnés dans Qanoon-e-islam

^


304

CHAPITRE

II.

bouche, on peut en conclure que s'opérera bientôt

un retour passager à

Sa fureur calmée, son délire aigu dissipé, l'aliéné se sent dans un état étrange; il lui semble être devenu une personne nouraison.

la

ou plutôt son ancien état ne s'offre plus à ses yeux que comme un songe dans lequel il ne jouissait ni de sa liberté d'action, ni de sa volonté-, aussi en velle,

conclut -il agissait

en

tout lui.

naturellement qu'alors un

démon

C'est ainsi que, sous l'empire des idées

démonologiques, toutes les aliénations mentales revêtent un caractère de démonomanie, qui ne se maau contraire qu'accidentellement lorsque d'autres idées préoccupent les esprits; le délire du malade prend alors un cours différent et des formes nifeste plus

nouvelles.

En

Orient, le goût du merveilleux, l'absence de toute saine notion des lois physiques font constamment

chercher aux phénomènes surnaturelle.

les

plus simples une cause

Le moindre dérangement dans

l'ordre

habituel des choses ou de leurs idées est pris par les

sulmans pour un

démons \

effet

de

la

magie

,

mu-

une influence des

et le crédule adorateur d'Allah de recourir

aussitôt à des incantations, à des fumigations, de se

aux mains d'un exorciste qui puisse morigéner menacer au besoin le démon ^

livrer

et

1

comme

Voy.

preuve

la

curieuse anecdote rapportée par

M. J.-J. Rifaud [Tableau del'Égijpte et de la Nubie, p. 96, 97). 2 Les Orientaux brûlent sous le nez de l'aliéné des bois odoriférants, procède en usage chez divers peuples barbares, comme

on

l'a

vu

p.

quefois on

265, et qui est mentionné dans le Livre de Tobie. Quelmet une perruque sur la tête du possédé, et quand


30?)

POSSESSION DÉMONIAQUE.

Cette conception surnaturelle de l'aliénation mendéjà tale et des maladies nerveuses en Orient apparaît

Les rédacteurs de ces livres saints partageaient naturellement les opinions erronées de leur temps, et il ne faut pas leur demander des lumières dans

les évangiles.

qui étaient alors le privilège de quelques médecins.

de s'apercevoir que

est aisé

possédés dont

les

il

Il

est

parlé dans le Nouveau Testament ne sont en réalité

que des épileptiques, des lypémaniaques ou mélancoliques, des maniaques ou des déments. Dans ces possédés qu'on

dont

amena

à Jésus au pays des Géraséniens ' , et

la fureur était telle

chemin sur lequel

que nul n'osait passer par

on reconnaît de à des accès de fureur dont sont

ils

s'étaient établis,

ces aliénés

sujets

remplis nos

asiles. Il est dit

Marc

«

:

Et un

homme

parole, dit à Jésus

le

:

«

dans l'Évangile selon saint

d'entre le peuple, prenant la

Maître, je vous ai

amené mon fils

« qui est possédé d'un esprit muet, et, en quelque

de lui,

((

lieu qu'il se saisisse

«

et l'enfant

«

sec. J'ai prié vos disciples

« l'ont

il

le jette

écume, grince des dents

pu...»

— Ceux-ci

de

le lui

le

contre terre,

et devient tout

chasser

,

amenèrent,

n'eut pas plutôt vu Jésus que l'esprit

mais

ils

ne

et l'enfant

commença

à

tomber dans son accès de fureur, ce qui est pris pour un indice du départ du démon, on arrache une poignée de cheveux de la perruque, que l'on introduit au plus vite dans une

celui-ci vient à

{bouteille, laquelle est ensuite bien /ainsi pris. Cette

sage

le

diable se trouve

croyance du diable en bouteille, à laquelle Ledans son Diable boïleux, avait aussi cours au

a fait allusion

moyen '

bouchée,

âge.

Malth.y

VIII, 8.

20


306

CHAPITRE

l'agiter avec violence, et

11.

tomba à terre, où il se roulait en écumant. Jésus demanda au père de l'enfant: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ?

— Dès son enfance,

tantôt dans le feu,

il

repartit le père, et l'esprit

l'a

joté

tantôt dans l'eau pour le faire

périr. Et alors cet esprit, ayant poussé

un grand

cri et

ayant agité l'enfant par de violentes convulsions, sortit, et

l'enfant

demeura comme mort, en

que

sorte

plusieurs disaient qu'il l'était réellement. Mais Jésus l'ayant pris par la

main

et le soulevant,

lorsque Jésus fut entré dans lui

dirent en particulier

pu chasser ce démon sortes de

que par

?

:

se leva, et

maison, ses disciples d'où vient que nous n'avons la

— Jésus

démons ne peuvent la

il

leur répondit

se chasser

:

Ces

autrement

prière et par le jeûne*. » Ici toutes les

circonstances s'accordent pour nous montrer dans ce

jeune possédé un épileptique. L'épilepsie est caractérisée par la contraction des muscles de la face, ce qui

détermine de hideuses grimaces

:

les

mâchoires cla-

malade grince des dents, il agite sa langue convulsivement en écumant^ une sueur abondante se quent,

le

répand sur tout son corps ^ lant de la

même

maladie

« L'attaque, dit

en par-

médecin Georget^, commence ordinairement par un grand cri que jette l'épileptique; lors,

il

coups

'

-

^

il

le

tombe subitement comme une masse

:

dès

est étranger à toute impression sensoriale^ les les plus

Marc,

douloureux,

les

contusions, les plaies

IX, 16, sq.

Voy. J.-E. Chevalier, Essai sur Vépilepsie, p. 3, Physiologie du système nerveux, l. II, p. 581.


POSSESSION DÉMONIAQUE. qu'il se fait les plus

souvent, les brûlures les plus étendues

» profondes, ne Taffeclent aucunement.

Ici l'épilepsie était

au mutisme, et cette maOrientaux pour un effet de

jointe

ladie passait aussi chez les la

et

présence des démons*. la bouche Les paroles placées par l'Évangile dans indiquent, non une guérison véritable, mais

du Christ alors une de ces périodes de rémission toujours prises pour le signe du départ du malin esprit, et la recommandation faite par Jésus, qui semble repousser les proauxquels cédés d'exorcisme employés de son temps et vainement recours, rappelle la remarque d'un célèbre médecin deranliquité, Celse^

ses disciples avaient eu

«

Pour

lades,

agitent les

ma-

faut les mettre au pain et à l'eau et leur

don-

faire

il

évacuer

les

ner des coups de bâton.

démons qui »

Notez

ici

cette dernière

prescription, qui justifie la flagellation ou les coups pratiqués en pareille circonstance par les sorciers de

par la continence, la diète et

de même que c'était un régime sévère, que

l'on se préservait des attaques

du démon ^

divers

1

pays^ Porphyre

assurait

Suivant les Perses, le mutisme et

ladies envoyées par les dews. (Anquetil t. I,

part.

II,

p.

m,

c.

la cécité étaient

des

ma-

du Perron, Zend-Avesta,

HO, H2.) xvm.

2

Lib.

8

Voy. ce qui a été dit plus haut,

p.

287. Jusqu'au siècle der-

on administra des coups de fouet aux aliénés. CuUen recommande encore d'user envers eux du fouet et autres châti-

nier,

ments corporels. Voy. Institutions de médecine pratique, trad. Pinel, t. 11, p. 307. Dans l'antiquité, Caelius Aurelianus s'était déjà élevé contre ce traitement inhumain [DeChron. Morb., 1,6.) *

De Abstinent.^

II, p.

293, 417, 418.


308

CHAPITRE

II.

a été question tout à l'heure de possédés errant

Il

dans

les

champs de repos; ce genre de

folie paraît

avoir été fréquent en Judée. Les possédés du pays des

Géraséniens se tenaient de

même

près des tombeaux.

Le possédé que tourmentait un esprit impur qu'il appelait Légion était sorti du milieu des sépulcres oii il habitait, criant et se meurtrissant lui-même avec dq^ on voit les pierres*. Encore aujourd'hui, en Orient ,

aliénés fréquenter les cimetières^ et la prédilection qu'ils manifestaient

pour ces lieux dut certainement

contribuer à accréditer l'opinion qu'ils étaient possédés par les âmes des morts*. Avicenne dit que cette

espèce de mélancolie se déclare surtout au mois de février; celui qui en est atteint évite, ajoute-t-il, la société des vivants, se plaît au milieu des

se cache autant par

amour pour

tombeaux,

la solitude

et

que par

haine pour ses semblables*.

En

chassant les démons, Jésus se conformait aux

pratiques alors usitées par les exorcistes, à celles qu'on vient de voir être encore en vigueur chez les musul-

t.

»

Marc,

®

Saint Chrysostome {EomiL, xxvin, in Math., iv, ap. Oper.^

V, 2.

VII j parle de

fait, (les 3

malgré

les

démoniaques qui, malgré chaînes dont on

les

les

menaces qu'on leur

charge, se refusent à sortir

cimetières.

Celle opinion est partagée par saint Justin (Apolog.,

I,

18,

au p. S5) et Tatien {Orat. ad Grœc, commencement du douzième siècle, par Euthymius Zigahenus {Comment, in Matth., 12, ap. Biblioth. Patrum, éd. La Bigne, 16). Elle fut combattue,

t.

IX, p. 516). *

p.

De Morbis mentis tractatus,

155. Parisiis, 1659.

interpret. P. Valterio, c. xiii,


POSSESSION

mans ;

il

DÉMONIAQUE.

demandait interrogeait le malin esprit et lui

ordonnait de quitter le corps du maautre lieu. L'un de lade et de se rendre dans quelque

son

nom

5

il

lui

au démon, lui calmé à la vue du

ces insensés, qui attribuait ses paroles

répondit qu'il s'appelait Légion, et, les exChrist, il rentra dans son bon sens. Ce sont

de l'évangéliste ; elles indiquent le posvéritable sens qu'il faut appliquer ici au mot opéré le session. L'ascendant moral du Sauveur avait

pressions

mêmes

miracle.

On

sait quelle est la

certains médecins

;

on l'observe tous les jours dans nos

Une menace

asiles.

puissance de cet ascendant chez

faite

d'un ton résolu arrête

le fu-

en entrant en apparence dans l'ordre d'idées de l'aliéné, on réussit à détourner son imagination des extravagances qui l'occupent en feignant d'enrieux

5

\

lever l'infirmité ou le mal chimérique dont il souffre, on interrompt son délire-, a-t-on l'air de se rendre à sa

conviction délirante tion

il

est

tombé.

on donne

,

Est-il

le

change à

l'aberra-

en butte à l'obsession de

personnages imaginaires, on feint de les contraindre à s'éloigner; on lui assure qu'on les a écartés et confondus, et tous ces stratagèmes ramènent pour un temps le calme dans l'esprit du fou , tempèrent ses

appréhensions et adoucissent ses misères. C'est là tout le secret de l'exorcisme, et l'expli-

cation naturelle des faits relatifs aux possédés que nous

fournissent à chaque page les livres saints.

La doctrine de

la possession,

à bien des égards avec tua jusqu'au

moyen

le

âge.

quoique peu d'accord

principe de Il

la

grâce, se perpé-

est sans cesse question

de


310

CHAPITRE

démoniaques chez

les

II.

premiers auteurs chrétiens. Le

portrait qui en est tracé achève de mettre en évidence

leur complète identité avec les fous et les individus atteints d'affections nerveuses.

Lorsque

«

démon

le

s'empare de quelqu'un, écrit saint Cyrille de Jérusa-

lem

^, il

fait

de son corps ce que bon

renverse le possédé à terre, langue, de remuer

bouche.

^)

Dans

saisit

de Cassien

un

la possession est

a L'esprit

des parties du corps

oii

il

5

amène l'écume dans

les conférences

du corps:

faiblesse

semble

contraint d'agiter la

le

les lèvres,

Serenus observe que

lui

impur,

^,

effet

sa

l'abbé

de la

ajoute-t-il, se

toute la vigueur de l'âme

réside, les accable d'un poids insupportable, et offus-

que par une humeur noire tellectuelles. »

et obscure les facultés in-

Minutius Félix' dit que

troublent la vie et tourmentent les glissent dans les corps déliés

-,

qu'z'/*

comme

forment des

« les

hommes

;

démons qu'ils se

des esprits subtils et

m.alad.ies

,

épouvantent

membres, pour nous contraindre à adorer... Ces furieux que vous voyez ainsi courir

l'âme, tordent les les

par les rues sont agités par ces condamnables esprits, aussi bien que vos prophètes lorsqu'ils s'agitent et se Puis, parlant de leur guérison ou du moins de l'ascendant moral dont usaient les chrétiens roulent...

»

pour calmer

les fous furieux

,

l'écrivain sacré ajoute

:

« Car, lorsqu'on les conjure par le Dieu vivant, ces esprits misérables frémissent

dans

les corps, et s'ils

»

Cateches., XVI, xvi, p. 2S2, éd. Touttée,

2

Confer.,

3

OctaviuSf xxi-xxiii.

VU,

xii.

ne


311

POSSESSION DÉMOîSIAQUK. sortent pas incontinent,

peu à peu selon

se retirent

ils

du patient

la foi

pour

le

et la science

moins

du mé-

La dernière phrase de ce passage de VOcfavius importante à noter, car elle établit clairement que

decin. » est

guérison ou la cessation de l'accès était loin d'être

la

toujours spontanée, que

médical venait aussi en

l'art

aide aux chrétiens pour délivrer les possédés. Ceux-ci,

bien qu'attribuant la folie à une cause imaginaire, n'en avaient pas moins reconnu que c'était une véritable

maladie^ Saint Jean Chrysostome range

les

démonia-

ques et ceux qui sont en proie au délire dans catégorie

comme mais

il

Origène

^.

la

même

reconnaît que la possession a

^

moment de

d'autres maladies, des

rémission

observe avec raison que ces intervalles lucides

sont de courte durée.

Un démoniaque nommé Cy-

est fait

mention dans

l'histoire

racles de saint

Cyr

de saint Jean

^,

sion desquels

il

riaque, dont

il

l'hagiographe

et

véritable traitement.

vin dans lequel

par l'interces-

obtint sa guérison, avait, nous dit

sur le conseil des saints, un

suivi,

,

des mi-

frotté le corps avec

Il s'était

on avait

fait

du

dissoudre la cendre de

certaines viandes préalablement brûlées. Je ne saurais dire

^

ce remède était réellement efficace, ou

si

Dans

les

formules d'exorcisme,

malade {xgrolus). Voy. Wartène lit).

'

III, c. IX, col.

TgÙî

Roman

Cyr. t. lil,

et

p.

De

la

possédé est qualifié de

Antiquis Ecclesix Ritibus,

983.

5^at(ioovwvTaç xat

rp

(Axvîa

de incompreh. Dei natur., § 4, » Adv. Cels., VIll, p. 421. SS.

,

le

si

irovep^ xarixoj'.ivcuç [Orat.

p. 53-i).

Joh. Miracul.j 36, ap.

566.

IV

Ang. Mail, Spicileg.


'^^^

CHAPITRE

II.

confiance qu'y avait Cyriaque en faisait la vertu tou; jours est-il que le malheureux possédé qui, comme tant d'aliénés de nos asiles, passait la nuit sans dormir, en proie à une agitation furieuse , finit par re-

couvrer

comme le

la

raison

les autres

( b

lo-^iai^àq ) et

pense?'

(

çpovav )

hommes.

Les chrétiens voyaient donc que le cerveau comme corps était malade, mais à leurs yeux la maladie

était produite

par

démons, poussés par un désir immodéré d'habiter dans le corps des hommes. Ces démons étant regardés comme répandus dans l'atmosphère, à la façon des animaux microscopiques, les

pouvaient pénétrer dans nos organes par la nourriture et le breuvage. C'est ce que disent, en effet, ils

certains

auteurs des

premiers siècles du

nisme ^ Aussi, pour chasser

l'esprit

christia-

malin,

lui

or-

donnait-on de sortir de toutes les parties de notre corps. « Retire-toi, disent les formules d'exorcisme,

delà

tête, des

cheveux, de

la

langue, de dessous la

langue, des bras, des narines, de la poitrine, des yeux, des veines, du gros intestin et de l'intestin

On énumère longuement, minutieusement de la sorte toutes les parties du corps ^ et l'on somme le démon de vider les heux ^.

grêle. »

*

Clem., Recognît.y IV, 15, éd. Cotelier.

in potu,

non

in locis publicis resideas,» dit

(Marlène, De Antiquis Ecclesix Rilibus, 2

lib. III, c. ix, col.

Marlène, De Antiquis Ecclesix Rilibus,

et sq. Cf. M. Gerbert.,

Monument,

d33 (1779). La formule d'exorcisme

Non in esca, non au démon l'exorciste, «

974.)

985 Alemanic,

lib. III, c. ix, col.

veteris liturgix

t. II, p. 8

dit

:

«

Exi, anathemate! non rema-


Il

est curieux

313

DÉMONIAQUE.

POSSESSION

de trouver, chez

les

Hindous, des

maladie d'évacuer toutes les parties du corps ^ Les mêmes superstitions ont engendré les mêmes pratiques. La force prodigieuse que déploient certains aliénés, a été aussi notée dans la description faite au moyen formules analogues employées pour contraindre la

âge des possédés

^

;

elle était prise

du démon. Cet

résistance

la

l'effet

esprit fortifié dans

corps ne cédait pas facilement

proclamant

pour

-,

de

la

leur

les chrétiens, tout

en

puissance qu'ils avaient de chasser le

diable, avouaient cependant quelquefois l'inefficacité

de leurs exorcismes. Ainsi Bède Vie de saint Cuthbert

malheureuses qu'avait

le

Vénérable, dans sa

raconte une de ces tentatives faite

un

saint prêtre

pour

déli-

vrer un jeune démoniaque. Saint Cyrille de Jérusalem*

formellement qu'on éprouve parfois beaucoup de peine à chasser les démons, et saint Grégoire le Grand dit

neatis nec abscondamini in ulla

compagine membrorum, aut nec in ullo angulo domus ejus, neque per ullum augmentum aut calliditatem, te celare praesumas, neque quae sunt ejus contingas aut obsideas, non vestimenta illius, non pecora, non jumenta, sed catenatus et refraenatus per J. C. exul effugias. » flalu ejus,

(Martène, col. 985.j Dans certaines formules d'exorcisme, on adjure le démon de sortir, soit qu'il prenne la figure de dragon,

de bêle, soit d'un quadrupède, soit d'un oiseau, soit d'un poisson. (Fabricius, Bibliolh. Grœca, VIII, p. 98 et sq.) 1 Voy. Rig-Véda, trad. Langlois, t. IV, p. 459. soit celle

2

Voy. Bolland., Âct. Sanctor., xi, octob.,

p.

3

Ap. Bed,, Oper.,é(\. Giles,

y est dit

«Quiquumsolilus spiritus, buic

t.

IV, p. 340.

Il

fuisset perexorcismi gratiam

tamen obsesso prodisse

556.

du prêtre

:

immundos fugare

nihil prorsus valebat. »

Catech.f XVI, xix, p. 254. 18


CHAPITRE

314

remarque que les

l'esprit

II.

impur

rentrait

souvent dans

Quand l'exorcisme on accusait le manque de

corps dont on l'avait expulsé ^

ne donnait pas de

résultat,

de l'exorciste ou du possédé on supposait que celui qui prétendait au don de chasser le démon n'avait pas toute la sainteté nécessaire, car ce don, de foi

,

même

que celui de prophétie,

différemment chez

les

n'était pas

répandu in-

apôtres de l'Évangile ^ Quoique

Constitutions apostoliques nous disent, d'autre part, que tous ceux qui prophétisent ne sont pas tou-

jours justes et que tous ceux qui chassent les démons du corps des hommes ne sont pas toujours saints ^

Un fin

passage de Minutius Félix

de contraindre

déclarer qu'il

nous montre qu'a-

démon, c'est-à-dire le malade, à sortir, on recourait aux coups, à

le

allait

qui explique à

la fois

l'apparent succès de certains exorcistes et la

bonne

l'emploi de

grâce que

moyens

le diable

cruels-, ce

mettait à répondre

aux conjura-

tions.

Les amulettes constituaient aussi de véritables moyens d'exorcisme, agissant d'eux-mêmes, sans l'intervention de l'exorciste et par la seule vertu de leur consécration ou des formules qui s'y trouvaient inscrites. Aussi ces talismans portent-ils

souvent des

conjurations analogues à celles qu'on prononçait en xvi,

III,

xxxiii.

»

Dialog.,

2

Voy. S. Paul., / Epist. ad Corinth., xii, 9, 10.

II,

Voy. The A postoUcal Constitutions or Canons of the apostles in coptic, translated by H. Tattam, p. 108. Cf. P. Vansleb, Histoire de l'église d'Alexandrie, p. 2-43. * Octav., c. 29. Ost ce que confirment saint Cyprien (Ad Z)e'


démons du corps des possédés',

^vue de chasser les

barbares auxquels les magi-

mêmes mots

parfois les

OlÔ

DÉMONIAQUE.

POSSESSION

que

ciens de l'antiquité avaient eu recours^. C'est ainsi

médecine des charmes, pratiquée chez les anciens rentrait, par les idées de possession, dans le courant la

des croyances qui

les avait

condamnées

Les signes auxquels on voulait reconnaître

le

départ

esprit étaient naturellement fort variables.

du malin

Les légendes pieuses font souvent mention de démons qu'on avait vus

sortir

poussant de grands

de

cris.

bouche des possédés en Ces démons on s'imaginait la

,

,

reconnaître dans des mouches ou des insectes qui

les

animaux qui apparaisnotamment plusieurs fois parlé

voltigeaient près du possédé, des saient près d'eux.

Il

est

de diables qui se sont montrés sous

de corbeaux à la

,

de mouches

croyance que

pour l'homme

^.

récits qui se rattachent

démons peuvent s'introduire dans

les

corps des animaux,

le

tourrhenter

les

critica,

t. III, p.

*

Kopp, Palaeographia

2

Id., ibid., p.

3

Th.

J.

oj

ils le

font

Il,

xv). Cf. Kopp., Pa-

90.

critica,

t.

III, p.

73.

110 et suiv.

Pelligrew,

and practice

comme

Aussi n'oubliait-on pas de les exor-

metrian., p. 501) et Lactance {Inst. div.^

lœographia

forme de serpents,

la

On

Superstition connected ivith the history

médecine and surgery, p. 47 et suiv.

* Voy. notamment ce que rapporte Paul Diacre (De Gestis Longobardorum, VI, m). Cf. les autres exemples cités parJ.-G. Daiyell The Darker Superstitions of Scotland, p. 563) et Kopp (

(Palasogr. critica, «

dans p.

t.

111, p.

Voy. l'histoire de la

76).

la

90).

génisse possédée du

démon, rapportée

Vie de saint Maurille (Bolland., Act. Sanct., xiii sept.,

Les formules d'exorcisme somment

le

démon de ne

pas


316

CHAPITRE

ciser, et l'on a

conservé plusieurs des formules à cet

Non-seulement

usage

II.

démon

le

malheu-

agitait le

reux possédé, mais en conduisant son bras

,

chait, disait-on, à satisfaire ses propres haines. la nécessité

non sans âge

*

et

,

d'enchaîner les démoniaques

progrès de

les

maintenant exclue des stérile,

dus à

moyen

Une femme

^.

était-elle

son fruit venait-il à avorter par des accidents

de sa constitution

la faiblesse

démon

médecine mentale ont

la

asiles

De

précaution

qui s'est pratiquée jusqu'au

utilité

que

,

cher-

il

avait étranglé l'enfant

l'histoire

5

,

c'est ce

d'une certaine Théotecne

biographe de saint Siméon

on croyait que

,

dont

le

ait foi

racontée par

le

stylite *.

s'introduire dans le corps des bestiaux. Voy. ce qui a été dit plus

haut, *

p. 103.

Voy. ce qui est rapporté ap. Wilhelm., abb. S. Theodoric.

Rhemens,, VU. S. Bernard, I, 11, et les témoignages rassemblés dans le curieux mémoire de M. L. Ménabréa, De l'Origine des jugements contre 2

Dans

les

les

animaux,

p.

52 et suiv.

légendes et les chroniques,

tion de possédés

que

il

est souvent

l'on retenait avec des chaînes.

S. Liudger.,c. xvii, ap. Pertz,

Monument. German.

ques-

Voy. Fit.

Histor.,

t. II,

422; Richer., Chronic.,\, 25. Orderic Vital {Histor., III, Robert de Thérouanne, p. 139, éd. Leprevost) nous rapporte que ayant été pris soudainement d'un accès de fureur que lui avait

p.

envoyé

le

démon,

près de laquelle

il

fut conduit enchaîné à la châsse de saint Josse,

retrouva

la raison.

Voy., sur les progrès apportés dans les soins donnés aux aliénés depuis le siècle dernier, Th. Archanibault, introduction 3

du Traité

d'aliénation mentale de

et l'excellent opuscule de

M.

le

W.

C. EUis, p. cxix et suiv.,

docteur Trélat, Recherches hiS"

toriques sur la Jolie, p. 73 et suiv. Paris, 1859.

BoUand., Act. Sanctor., 24 mai,

p.

553, 354.


317

POSSESSION DÉMONIAQUE.

Les guérisons des maladies que les premiers chrétiens opéraient en si grand nombre n'étaient donc pas seulement prises pour un miracle de la grâce divine , c'était

encore à leurs yeux un signe de la victoire

remportée par le Christ sur

que des chaînes de

fer

Souvent le démon

ne peuvent retenir

,

écrit saint

dompté par la force de la vertu du Saint-Esprit ^» Eusèbe, réfutant

Cyrille de Jérusalem

prière et la

l'enfer. «

,

est

l'ouvrage dans lequel Hiéroclès avait prétendu placer

Apollonius de Tyane au-dessus de Jésus-Christ

son ami, que ce livre avait ébranlé pas

:

« Je

dit à

,

ne relèverai

non plus la preuve de la divine puissance, si sensible

encore de nos jours, qu'en prononçant seulement son saint nom nous contraignons les démons impurs à sortir des corps et des

âmes de ceux

qu'ils possèdent.

La plupart des maladies nerveuses

»

se produisent

d'ordinaire sous l'empire d'une émotion violente, d'une

passion vive

des accès de colère

:

,

des

mouvements

d'aversion profonde, des haines irréfléchies

quemment tuel

;

dans

,

sont fré-

prodromes d'un dérangement intellecdoctrine des premiers âges du christia-

les

la

nisme ces commotions morales étaient rapportées à l'excitation des démons, et dès lors on était tout natu,

rellement conduit à faire remonter à ces esprits impurs l'origine

dont

de tout trouble intellectuel. Les hallucinations

même l'épilepsie regardées comme des

la folie et parfois

pagnées

^

étaient

sont accomartifices

1

Catech., XVI, xix, p. 254. Cf. Origen., Adv. Ce/5.,

'

Voy. Annales médico-psychologiques

Magendie, Leçons sur

les

fondions

^

et les

du

111, iv.

t. 111, p. 177, 180; maladies du système

18.


318

CHAPITRE

II.

démon, le père du mensonge K Bien des légendes nous en fournissent la preuve, citons-en une Constantius, :

magistrat romain, ordonne le supplice d'un chrétien,

Zénon. L'impression que produit sur son esprit déjà la fermeté couraprédisposé à la maladie mentale ,

,

geuse du martyr achève de porter le trouble dans son cerveau un accès de manie aiguë se déclare ; Cons:

tantius se ronge les poignets. C'est là

un de

ces faits

pathologiques dont l'observation médicale nous offre tous les jours la reproduction. Les néophytes y voient

un miracle,

yeux un impie

et Constantius est à leurs

dont l'âme a été la proie du démon

:

Subito Constantius y

arreptus a dœmonio^ écrit l'hagiographe, cœpit alie-

manus suas comedere ^. Imbus de telles idées les chrétiens devaient voir des démons partout et comme ces Hindous qui se nari

et

,

,

,

en avalant involontairecouvrent la bouche ment quelque insecte, de donner la mort à une créature, ils étaient sans cesse préoccupés de se garantir contre de crainte,

l'invasion

du démon

leurs rêves

,

,

de l'absorber ou de

le

boire

;

leurs hallucinations leur en offraient à

tout instant la hideuse image. Tous les désirs, toutes les convoitises qu'ils regardaient

moindres révoltes de la chair,

nerveux,

t.

II, p.

et les cris

coupables, les

de l'organisme

515. L'apparition des hallucinations annonce

d'ordinaire l'approche de l'accès. c'était le

comme

démon qui commençait

On

croyait naturellement que

à entrer dans

le

corps de l'é-

pileptique. ^

Octo ^

C'est ce qui résulte clairement des paroles de saint Nil [De Vitiis, c. viii).

BoUand., ^ct. Sanctor., n

sept., p. 365.


319

POSSESSION DÉMONIAQUE. *

épuisé

par les excès de l'ascétisme, se traduisaient

dans leur imagination en tentations démoniaques. Les Vies des Pères du déseri fourmillent de ces aberrations de l'esprit religieux ^. Au quatrième siècle on vit la ,

secte des messaliens', qui eut Sabàs pour chef, se croire

sans cesse assiégée par les démons-, et ces malheureux se mouchaient , crachaient sans cesse , faisaient d'horribles contorsions

môme

pour

,

repousser

les

et tiraient

,

quelquefois des flèches sur ces êtres invisibles

Ces attaques de démonomanie ont été plusieurs fois l'effet des excès de l'ascétisme. On en a notamment une preuve dans ce que rapporte Grégoire de Tours d'Anatole de Bordeaux [Uist. 1

Francor., VIII, xxxiv). 2

Marin,

les Vies

des Pères

du

désert d'Orient,

t.

I ,

p.

23

et

passim. Cf. l'examen médical des hallucinations de saint Antoine, donné par M. le docteur Tii. ArchambauU dans l'introduction de l'ouvrage d'EUis, intitulé

:

Traité de Valiénation menlale. Paris,

1840. 3

Voy. également ce qui est raconté des nombreuses appari-

tions

démoniaques qui troublaient

les

moines de

d'Iona.

l'île

(Bolland., Act. Sunct., Vit. S. Colunib., ix jun,, p. 229, col. 1.)

Raoul Glaber (V, sait

i)

rapporte que, de son temps,

diable apparais-

le

souvent aux moines, leur suggérant des doutes sur la résurrec-

tion et des objections contre l'excellence de leur discipline. C'était

déjà ce qui se passait dans les déserts de

au quatrième et au cinquième

siècle.

la

Syrie et de l'Egypte

Les dénions venaient pro-

poser aux solitaires toutes sortes de difficultés théologiques.

Voy. notamment ce qui est dit du diacre Evagrius (ap. Pallad., Hisior.

taires

Laustac,

hindous

p,

S54

;

Meursius, Oper.,

se croyaient aussi en butte

t.

Vlll).

Les

aux attaques

et

soli-

aux

tentations des Rakchasas ou méchants génies, qui s'efforçaient

d'empêcher leurs p. 67). Cf. *

Il

sacrifices.

Voy. Sacountala, Irad. Chézy, acte

ce qui est dit plus haut,

est certain

que

la

p.

seule vue

II,

280.

du désert

portait l'esprit


320

CHAPITRE

II.

L'exorcisme prit ainsi une place considérable dans liturgie il se mêla aux plus augustes cérémonies-,

la

-,

devint l'accompagnement

il

obligé d'une foule

de

Le chrétien fut longtemps encore plus occupé du démon que de Dieu et il rappelait ces habitants

rites.

,

de Madagascar, interrogés sur les motifs qui leur font exclusivement adresser leurs offrandes aux dieux mauvais.

«

C'est, disaient-ils, que nous n'avons

redouter les bons

,

pointa

tandis qu'il nous faut surtout apai-

ser les méchants. »

Le démon étant supposé répandu en tout lieu, on dut préalablement exorciser chaque localité, avant d'y célébrer aucune cérémonie de la rehgion. Sous le pontificat de Sixte V,

égyptien apporté à place qu'il décore

on exorcisa encore

Rome avant On n'exorcisait ,

l'obélisque

de l'ériger sur

la

pas seulement par

des formules, mais encore par l'imposition des mains, le signe de la croix ^. Ce signe mettait en la récitation

«

aux hallucinations. On connaît la fréquence de du ragle, qui a été décrite par M. d'Escayrac de Lauiure.

solitaires

j1es

celle

In Africae solitudinibus,

hominum

species obvise (écrit Pline),

subinde fiunt momentoque evanescunt. Haec atque talia ex hominum génère ludibria sibi nobis miracula ingenioso fecit natura. » {Hist. nat., VII,

{De

ii.)

Douze

siècles plus tard, J.

Distinction, verar. vision., Oper.,

réflexion analogue

:

«

Qui autem

t.

solitarii

tem immanissimum diabolum dimicaturi nuntur.

S.

I,

Gerson

col.

50) fait une degunt, contra giganet fraudibus.... expo-

»

De

1

Casai.,

2

Voy. Marlène, De-Antiq. Ecoles. Rmb.,t. Cyrill.

XX, H, m.

Profan. et Sacr. Ritib.y

Hieros.

,

Catech.,

IV,

xm;

c.

m,

XVI,

p. I9. II,

passim. Cf.

xvm; XIX,

iv;


o^l

POSSESSION DÉMONIAQUE.

démon. Outre l'énergumène, le païen regardé comme mentalement possédé par le mauvais esprit de-

fuite le

dans

vait, avant d'entrer

soumis à l'exorcisme.

être les

morts pour chasser

emparer que par

communauté chrétienne,

la

les

On

jetait del'eau bénite

démons qui pouvaient

sur

s'en

On exorcisait par l'eau et par le sel aussi bien de la prière ^ Cette intervention continuelle

* .

l'exorcisme nous est d'ailleurs attestée par le grand nombre de conjurations adoptées dans la liturgie^ C'étaient de véritables litanies d'anathèmes contre Satan.

de machinateur perfide, de voleur, de serpent, de feu, de bête féroce, de dragon d'enfer, d'homicide, de Bélial, etc. et afin de n'être pas tou-

On

l'y qualifiait

5

jours obligé de répéter cette longue liste d'injures, on les faisait graver sur des amulettes qui acquéraient ainsi

mauvais esprit^ Jadis les néoplagnostiques dans leurs formules d'exor-

la vertu d'éloigner le

toniciens et les

cisme accumulaient un assemblage de noms étranges et d'épithètes bizarres auquel ils prêtaient une plus grande vertu que n'en avait le simple énoncé du nom de Dieu. à ces superstitieuses nomenclatures était si vive que l'Église dut les conserver, tout en y introduisant des noms nouveaux. Aussi bon nombre d'exorcismes

La

foi

commencent-ils par les

le

nom

de Dieu répété sous toutes

formes. Tantôt on invoque le Dieu d'Abraham

'

Voy. Durand., national, de divin,

2

Voy. Marlène,

8

Voy.

les

,

le

offic., part. VII.

0. c.

formules d'exorcisme données par Kopp, Palœogra-

phia critica, § 82. Cf. Fabricius, Biblioth. Grœca, t. VIII, p. 98. * Voy. Millin, Voyage dans le Milanais, l. I, p. 360; Kopp,

Palxographia critica,

I. c.

21


•^-^

CHAPITRE

Dieu d'Isaac

II.

Dieu de Jacob , le Dieu de Moïse et d'Aaron le Dieu de Tobie et d'Élie ^ tantôt le Dieu des anges, le Dieu des archanges , le Dieu des Proj^iètes, le Dieu des apôtres, le Dieu des martyrs, le Dieu des confesseurs, le Dieu des le

,

,

vierges

Le recours aux exorcismes

était

dans

^

le

etc.

principe de

commun, mais plus tard on en réserva le privilège aux seuls ministres \ Parfois ces cérémonies singudroit

lières étaient

accompagnées comme les exorcismes des peuples barbares, d'une musique bruyante, ainsi qu'on par la vie de saint Patrice *. On y raconte que des nuées de chauves-souris qui avaient le voit

été prises

pour

des troupes de démons, et que le pieux apôtre n'avait pu chasser par ses formules d'exorcisme, s'enfuirent

au bruit d'une cymbale qu'il le nom de Dieu.

Malgré

la généralité

fit

en invoquant

du préjugé qui voyait dans

maladies mentales et nerveuses

démoniaques,

retentir

les effets

les

d'obsessions

médecins, observateurs plus attentifs avaient cependant constaté, bien des fois depuis Hippocrate, la cause toute physique de les

,

la

Auiv« la

siècle, le

médecin Posidonius

niait la réalité

possession, et disait qu'il n'y a pas de

tourmentent sont

1

2 '

possession

de

démons qui

hommes, mais que les démoniaques simplement des malades \ Grégoire de Tours les

Martène, De Antiq. Eccles. Ritib., Id., ibid., col. 978. Id., ibid. y col.

t. II,

col. 987.

971.

Colgan., Vit. septim. S. Patrie., p. 138. ' C'est ce que nous apprend Philostorge {Hist. eccles., VIII x) Cf., sur l'opinion de Posidonius, Aetius (VI, xu). Eznig, au'teur *


323

POSSESSION DÉMONIAQUE. parlant d'un malheureux qu'agitait un tique

démon luna-

S car on continuait d'appliquer aux possédés ce

mot, fondé sur l'antique croyance que

la

déesse de la

lune ou Hécate peut nous priver de la raison, rapporte

qu'après avoir eu un vomissement de sang

sédé était tombé sans

connaissance.

,

le

Les médecins

habiles, ajoute l'historien des Francs, appellent ce épilepsie^ et les

pareils les

gens de

vomissements sont plusieurs

fois

hagiographes et les chroniqueurs', terminaison de

la

campagne mal caduc

la

pos-

mal

De

donnés, chez

comme ayant été

la possession. Aussi, tout

en faisant

usage des exorcismes, recourait-on souvent aux conseils

de

pour délivrer

l'art

de Timothée

il

est agitée par le

s'exprime

le

est prescrit

passage

,

empruntant

le texte,

,

de

au mari dont

malin esprit, par

respondant à l'hébreu rouach séparer

possédé. Dans les canons

la faire

,

ici

la

femme

le TCveuj^.a, ainsi

que

une expression cor

et qui

ne veut pas s'en

soigner par un médecin. Dans ce

la possession est

appelée en propre terme

folie {^œiia).

arménien du cinquième siècle, nous dit que de son temps les médecins niaient qu'il y eût des maladies produites par le dé-

mon. ^

«

{Réfut. des dtffér. hérés., tr. Levaillant deFlorival, p. 121.) Graviter a lunatici daemonii infestatione vexabatur, » dit

Grégoire. *

De Miracul.

S. Martini,

I,

xviii.

Voy. l'histoire d'un démoniaque guéri par saint Daniel Stylite, après avoir vomi un sang noir et épais. (Surius, Vit. *

Sanctor.y xi décemb.,

la

t.

VI, p. 223).

Canon. Timoth., ap. Mai, Spicileg. Roman., t. VII, p. 469. Si folie était réputée incurable, le mari pouvait répudier sa

compagne.


324

CHAPITRE

II.

Tant que le possédé n'avait pas été délivré, nonseulement il ne pouvait entrer dans les ordres sacrés*, mais

il

lui était interdit

même

d'allumer les lampes

des

églises'*

s'il

n'en était pas exclu^. D'ailleurs, dans sa persuasion

que

il

5

démon

le

nairement à

se voyait réduit à balayer le sanctuaire,

habitait en lui, le fou se refusait ordi-

assister

cices religieux.

au service divin

-,

même

L'on voit de

il

fuyait les exer-

certains aliénés,

poursuivis de l'idée qu'ils sont déshonorés ou ruinés,

donner tous les signes de la honte vouloir ne porter que des haillons, ne manger que dans des écuelles de ,

Comme

bois et marcher pieds nus*.

marqué,

la

je

préoccupation constante du

tretenue par

les

l'ai

déjà re-

démon, en-

anciens rites de l'Église, contri-

buait singulièrement à répandre la possession. Les

dans lesquelles

aliénés, à raison des idées

élevés, s'imaginaient et se

être victimes

tous

ils

étaient

du diable,

montraient dès lors disposés à se faire exorciser.

L'exorcisme recevait ainsi de cette conviction du ma-

une force dont il aurait été sans cela dépourvu. Une fois que l'aliéné s'imaginait être débarrassé de

lade,

l'esprit

*

malin,

il

Constit. apostol.,

* Concil. Elvir., 3

cessait naturellement d'agir conformé-

LXXXV,

76.

can. 37.

Constit. apostol., Vill, 7, p.

398, éd. Cotol. Plus tard,

énergumènes furent admis aux

offices divins,

et

les

lorsqu'ils

étaient calmes, on leur administrait les sacrements, pour aider à

leur guérison. (Canon, pxnitential. 1. 1, p.

*

,

ap. d'Achéry, Spicilegium,

546.

C'est ce qu'a judicieusement

ritation et de la Folle, 2« édit.,

remarqué Broussais. [De V Ir-

t. II, p.

372.)


32

DÉMONIAQUE.

POSSESSION

ment à l'idée de possession Un phénomène analogue est .

très-fréqueiit chez des fous infatués d'autres

croyances

chimériques. «Les idées du fou, écrit Broussais*, sont

incessamment modifiées par son élat pathologique. Ainsi un fou rendu impuissant par la masturbation

femme, et veut en prenle costume. » De là une variété dans les possession que notre époque n'offre plus.

se figure être transformé en

dre

ton et

le

formes de

On

la

sait

que certains

doux avant leur maladie,

aliénés, d'un caractère trèsse livrent

comme malgré

eux,

dans leurs accès, à des actes de violence et de rage auxquels

ils

se sentent contraints, poussés, par

force inconnue

:

comme

âge, regardée

démon. Les fois

il

cette force fut, durant tout le

marque de

la

une

moyen

l'obsession

du

paroles que l'aliéné articule, et dont par-

désapprouve et

comme

la

forme

et le

fond

,

s'offraient

du malin esprit surtout ces expressions lubriques et ces mots obscènes que, dans certains cas d'hystérie ou de monomanie erotique, les toujours

celles

5

malades prononcent contre leur gré et qu'on voit parfois sortir de bouches auparavant

très-pudiques.

Cette circonstance qu'on trouve notée chez les hagio-

graphes^,

Ouv.

^

faisait croire

cit.,

t.

II, p.

que

la vie

dere,

»

de saint Gall

liistor.,

t.

II,

la

(lib. II, c.

p. 26):

dit l'hagicgraphe.

eeite possédée sous la

possédé

docteur Cheyne {Esfait

un

du démon.

Voy. notamment l'histoire de

German.

le

était

curieuses réponses que lui

aliéné qui se croyait possédé

dans

malade

Ô7C. Cf. ce que

says, p. 65) rapporte des

*

le

«

jeune possédée rapportée

xxiv, ap. Pertz, Monum.

Spurcissima verba cœpit effun-

Le démon

sortit enfin

forme d'une chenille.

de

la

bouche de


326

CHAPITRE

par un

démon impur ^ On

sait

II.

que

les aliénés arrivés

au dernier degré du délire et de abrutissement mangent leurs propres excréments: en face d'un si hideux I

spectacle, les chrétiens croyaient reconnaître

de

l'esprit

le

signe

immonde 2. Les

légendes parlent fréquemment des cris épouvantables que poussaient les démo-

niaques^crisdontn'ontpascesséde retentir nos On ne s'expliquait jadis ce phénomène que par lence de l'obsession

5

on se représentait

menté par des légions

le

qu'ils fussent est parlé

seul

d'esprits malfaisantsS et

11

dans

dans

sortir,

ou plusieurs'. Une particularité

vie de saint Apollinaire d'un décelait sa présence dans le corps d'un possédé, « '

vio-

la

possédé tour-

formule d'exorcisme, on leurcommandait de

la

asiles

la

démon

qui

non soium perturbatione membrorum, verum etiam binnilu, mugiiu vel balatu pecorum.» (Bolland., Act. Sanclor., xvoct., p. 51.)

Voy.

comme

preuve ce qui est rapporté d'un démoniaque qui mangeait ses excréments et buvait son urine, dans les lettres «

de saint Macaire(éd. Floss,

malheureux

231). L'auteur sacré dit

p.

possédé d'un

était

démon polyphage

que ce

(ô J^stiVwv tt,;

Lisez à ce sujet les judicieuses remarques de Fischer, Der Somnanxbidismus t. Il, p. ô73. «

,

* Sainte Marie Magdeleine était possédée par sept démons. Un possédé que guérit saint Forlunat l'était par six mille six cent soixante-dix. (Jacq. de Voragine, Légende dorée, trad. G. Bru-

net,

1. 1, p.

93.) Esquirol a cité l'exemple d'un fou qui s'imagi-

nait avoir tout

un régiment dans

le corps.

[Des Maladies inen-

p. 2U.) Les possédés enlretenaicni celle croyance à la mukiplicilé des démons possesseurs, car c'est vraisemblablement sur leurs déclarations que la présence de pareilles légions

tales,

1. 1,

de diables dans leur corps «

«

Exile,

immundi

plures w (Martène, !

/.

étail

spirilus,

admise.

quicumque

eslis, aut unus, aut c.,passim; Gerbert., J/o/îwm., t. II, p. 151 .)


327

POSSESSION DÉMONIAQUE.

confirmait le vulgaire dans cette opinion. Les intonations que prend la voix du maniaque sont aussi va-

que

riées

les

sensations qui

le

dominent; ces diverses

intonations étaient prises pour les voix de différents.

La voix de

naturel,

on admettait

que

démons

les

ainsi

l'aliéné reprenait-elle son timbre qu'il parlait alors

de lui-même et

Eginhard* s'exprime

s'étaient tus.

au sujet d'une démoniaque

:

« C'était

un spec-

pour nous autres qui étions

tacle bien extraordinaire là présents,

démons

devoir ce méchant esprit s'exprimer diffé-

remment par la bouche de cette pauvre femme, tendre tantôt

le

son d'une voix màle, tantôt

d'une voix féminine, mais

si

et d'enle

son

distinctes l'une de l'au-

que l'on ne pouvait croire que cette femme parlât seule, et qu'on s'imaginait entendre deux personnes tre

disputer vivement et s'accabler réciproquement

se

d'injures. Et,

avait

en

effet,

deux volontés

y avait deux personnes,

il

différentes

qui voulait briser le corps dont

de

et

l'autre, la

femme

:

d'un côté, il

était

le

il

y

démon

en possession,

qui désirait se voir délivrée de

l'ennemi qui l'obsédait.

»

Les aliénés font souvent entendre des sons bizarres

dépourvus de sens, des phrases dans lesquelles

ils

mêlent des mots latins, grecs ou de quelque autre langue que leur mémoire fortement ravivée suggère à leur esprit surexcité.

Ils

mots des sens imaginaires quoiqu'ils '

p.

prêtent quelquefois à ces

et

semblent se comprendre,

cessent d'être intelligibles

Hist. transi, reliq.

^.

Ces paroles

SS. Marcellin.et Petri^éd. Teulet,

t.

II,

369. *

Voy. Leuret, Fragments psychologiques sur la

;blie, p.

502.


CHAPITRE

II.

passaient pour appartenir à des langues dont le don leur était communiqué. Ce même Éginhard nous dit, à

propos d'une jeune démoniaque du pays de Niedgau, qu'interrogée par l'exorciste, elle se servit dans ses réponses, non de la langue vulgaire, mais de celle des

Romains

*.

môme

latin, et

en

Les ursulines de Loudun répondaient de

Cyrano de Bergerac

raille leurs

bar-

barismes et leurs solécismes, faisant remarquer que les diables sont évidemment mal instruits de la grammaire.

En

Ecosse, à Dunse, une possédée, ayant été interrogée par un prêtre et le démon ne répondant pas, le ministre impatienté le

somma de s'exprimer en

prononça alors quelques mots tirés des formules latines de prières qu'elle avait jadis entenlatin

;

la folle

dues, ce qui convainquit tous les assistants que le diable parlait réellement par sa bouche ^ Alexandre

Bertrand et Leuret^ ont montré

le véritable caractère

Le docteur Moreau (de Tours), qui a visité l'Orient, s'est assuré par lui-même que les langues inconnues dont on attribue la connaissance aux démoniaques et aux inspirés ne sont que des mots inintelligibles, qu'on

suppose appartenir au langage des anges.

[Annales médico-psychologiques, *

Œuv.

il8.)

d: Éginhard, éd. Teulet,

liq.S. Marcell. il

t. I, p.

t. II, p. 285; Hist. transi, reÉginhard rapporte qu'après l'expulsion du démon,

ne fut plus possible à cette jeune

fille

de parler

latin.

Cer-

tains fous s'imaginent entendre des voix qui s'adressent à eux en

plusieurs langues. (Esquirol, Des Maladies mentales, 2

Voy.

le récit

de ce

fait

t. \, p.

161.)

dans DilyeW, The Darker Superstitions

of Scotland, p. 605. Le prêtre était assisté du duc de Lauderdale et de sir James Forbes. ^

Du Magnétisme

ra vivement de la

vives exaltations

en France, p. 445; Leuret, o. c, p. 297.

Ce

mémoire des mots s'observe souvent dans les du cerveau. Les maniaques parlent avec une


329

POSSESSION DÉMONIAQUE.

du don prétendu des langues pris tour à tour pour un signe de possession ou une marque de l'inspiration divine

^

Les hallucinations continuèrent, dans tout le cours du moyen âge, comme aux premiers siècles du christianisme, d'être prises pour des mystifications

mon ^

quand

et

magie furent deverapporta aussi aux prestiges de

les illusions

nues manifestes, on

les

du dé-

de

la

l'enfer.

graflde volubilité, font facilement des vers et des calembours.

vu des aliénés mystiques, appartenant à une classe tout à fait illettrée, débiter des sentences de la Bible, des textes liturgiques, parler assez couramment des langues dont ils n'a-

On

a

vaient qu'une faible teinture, se rappeler

même

des sentences

prononcées dans des idiomes qu'ils ne savaient pas. Voy. ce

que

j'ai dit

à ce sujet

dans

mon

article Sui' le

l'Hypnotisme (Revue des Deux-Mondes,

et

Parcliappe, lu folie,

Du Développement

dans

les

par

le

la

Annales médico-psychologiques, 18S0,

femme d'un

célèbre médecin

1860), et

des facultés et de la mémoire dans

Pomponat (De Jncanlationibus; temps,

Somnambulisme

l^r février

tailleur

p. 46, 47.

Bâie, 1520) rapporte'que, de son

nommé

Magretli, qui fut guérie

Galgeraudus, parlait,

dans ses accès de

délire, des langues qu'elle n'avait pas apprises.

Le don des langues s'entendait, chez les premiers chrétiens, de l'habitude de prononcer des paroles, des mots incompré1

hensibles, que celui qui les proférait devait interpréter. C'est ce qui résulte d'un passage de saint Paul [Epist.

ad Corinth.,

XIV, 4, 6, 13). L'apôtre s'élève contre la manie qu'avaient les néophytes de se croire inspirés, quand de pareils mots barbares leur venaient à l'esprit. -

Jean de Salisbury voit dans

le délire

des sens et les halluci-

nations des fous, aussi bien que dans les récits sorciers, de pures illusions produites par le curialiiim,

II,

xvm).

Cf. ce qui est dit,

du sabbat des

démon {De Nugis

même

traité,

I,

xu.


330

CHAPITRE

Quand, ou

la folie

II.

que cela s'observe souvent,

ainsi

l'épilepsie

venait à se transmettre par imitation, par

une sorte de contagion morale, on supposait que

mon

malheureux

le

dé-

du corps des possédés dans celui des nou-

passait

veaux malades'. C'est de rir

le

la sorte

Charles

roi

qu'on tenta de gué-

"VI

tenu aussi pour

,

possédé. Juvénal des Ursins nous apprend qu'un prêtre

nommé Yves Gilemme et trois autres personnes accomplirent de vains efforts

pour

faire passer le

démon

monarque, dans le corps de douze hommes qui leur avaient été amenés enchaînés. N'ayant pu y réussir, les exorcistes alléguèrent pour dont

était

tourmenté

excuse que ces la croix.

chacun

hommes

D'autres

sait

le

s'étaient couverts

moyens n'eurent pas

du signe de

plus d'effet, et

qu'on en fut réduit à user pour Charles VI

d'un remède moins chrétien, celui d'Odette de divers.

Tout

le

monde

du

croyait l'esprit

roi

Champdérangé

par quelque sortilège, et l'on alla jusqu'à accuser

le

célèbre cordelier Jean Petit, l'avocat du duc de Bour-

gogne dans

l'affaire

du meurtre du duc d'Orléans, de

l'avoir ensorcelé.

On

a eu fort récemment dans un village de la Haute-

Thonon), un contagion de démono-

Savoie, Morzines (arrondissement de

exemple bien curieux de cette manie. Au mois de mars 1857, deux petites filles d'une constitution maladive, mais jouissant cependant en apparence d'une santé régulière

,

furent prises de

On trouve dans la vie de saint Siméon Stylite l'histoire d'un démon qui sortit ainsi du corps d'un possédé, et entra dans 1

celui d'un individu placé près

XXIV mai, p. 393.)

de

lui.

(BoUand., Act. Sanctor.,

-


POSSESSION DÉMONIAQUE. crises convulsives qui

3.31

ne tardèrent pas à être accom-

pagnées de l'élrange cortège de phénomènes que tout le

monde

prenait jadis pour le signe de

Les gens de Morzines croyances du

moyen

âge, tinrent les pauvres enfants

une surexcitation de mémoire facilité le français,

choient en

le

elles présentaient

singulière, parlaient

qu'auparavant elles écor-^

même juscomme les pos-

môlant à leur patois^ on va

qu'à assurer qu'elles parlaient latin

sédées de

possession.

qui en étaient restés aux

,

pour des possédés. Dans leurs accès, avec

la

Loudun

5

,

sans doute que leur

mémoire

leur

rappelait quelques phrases latines entendues par elles

à l'église, car ces jeunes

Leur force musculaire

filles

étaient fort pieuses.

était incroyable;

grim-

elles

cime des arbres, et leurs paroles, qui trahissaient le désordre de leur intelligence, indiquaient

paient à

la

une excitation des passions où

l'on s'imaginait

recon-

présence du diable. Le mal devint contagieux; vingt-sept personnes en furent effets

naître les

atteintes.

On

les

de

la

exorcisa; dix-sept furent guéries.

village se croyait envahi par l'enfer;

exorciser les atteints

de

Le

on en vint à

animaux qu'on regardait aussi comme démonomanie. La maladie n'en sévit

A la fin

de l'année 1860, il y avait à Morzines cent dix prétendus possédés. Le ministre de l'intérieur, informé de ce qui se passait, enqu'avec plus d'intensité.

voya dans ce village

le

docteur Constans, inspecteur

général du service des aliénés. L'habile praticien n'eut pas de peine à reconnaître l'existence d'une épidémie

du genre de

celles qui se

quatre ou cinq siècles.

montrèrent

En

vain

il

si

souvent,

il

y a

voulut user des


332

CHAPITRE

moyens médicaux, son

démon ne

ir.

incrédulité à la présence

du

démoniaques, qui, la hypocondriaques s'excitaient

faisait qu'irriter les

plupart hystériques

mutuellement

,

,

par un usage

et entretenaient,

immo-

déré du café noir, un mal qu'ils s'entêtaient à mettre sur le compte de l'enfer. L'épidémie ne céda qu'à l'intimidation et

aux gendarmes^

et le diahle s'en alla,

comme

il

le

curé fut changé,

était

venu, par

la

crainte dont les esprits étaient frappés ^

On

le voit, le D"^

Constans a dû recourir aux

procédés d'intimidation dont usaient alors qu'ils menaçaient le

sédé.

Ce qui

s'est

démon,

mêmes

les exorcistes,

c'est-à-dire le pos-

passé dans un village de

la

Haute-

Savoie, s'était produit antérieurement dans plusieurs

du midi de la France oii les superstitions démonomaniaques sont très-enracinées. Un petit journal

villes

quasi clandestin, publié à Avignon en 1842et 1 843, sous le titre

à'Eclaireur du Midi, et qui prit ensuite

A' Apostolique,

On

le titre

entretenait ces déplorables croyances.

exorcisait également dans des maisons d'aliénés

tenues par des religieux, et

si

l'autorité n'avait veillé,

nous aurions pu voir s'étendre l'épidémie dont Morzines nous a

offert

depuis un

si

étrange spécimen.

La croyance ayant prévalu depuis longtemps, chez les chrétiens,

que certains saints ont

des maladies particulières

*

tion 2

Mal

2,

Voy. pour plus de détails sur ce

il

la

y eut aussi des saints

fait

curieux, Constans, Rela-

survne épidémie d' hystéro-déjnonopal lue

De

le

nom imposé au moyen

tige

(Paris, 18C2, in-8").

à quelques maladies,

Mal de saint Éloi, Mal de saint Fiacre, Mal nomade, Mal de saint Guy. Voy. Des Vingt-trois Ma'

de saint Jean,

de saint

vertu de guérir


ooô

POSSESSION DÉMONIAQUE. la possession.

pour guérir de

Maur

Le pèlerinage de Saint-

près Paris fut institué dans ce but'.

On

attribuait

de délivrer les au saint suaire de Besançon la vertu démoniaques. Près de Nancy, à Bonnet, les possédés faire une neuvaine allaient, pour obtenir leur guérison, D'autres fois, ainsi que cela se pratiqua pour le fils de Phili ppe- Auguste ^ on recourait à

dans

l'église

^

des processions*.

Ces pèlerinages étaient accompagnés d'un véritable traitement. On soumettait les malades au jeûne ^ à des purgations

musique

mérés de

^ -,

on calmait

les crises

d'église'. C'était aussi àla

vilains, p. iô. Paris, 1835.

par l'emploi delà

musique que l'on ré-

En Bretagne,

saint

Colum-

ban passait pour avoir la vertu spéciale de guérir les furieux et 37S. les idiots. Voy. Cayot-Delandre, le Morbihan, p. de Saintpèlerinage le sur 1 Voy. les curieux détails donnés Maur par l'abbé Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, t. V, p. 129 et suiv. 2

Du

Haldat, Notice dans les Mémoires de la Société des anti-

quaires de France, 8

Voy.

t.

V, p. 135.

que donne Guillaume

le récit

le Breton,

dans sa Vie de

Philippe- Auguste. *

tion

11

est probable

que

les exercices religieux et

momentanée du possédé d'avec

que

la

sépara-

les siens, avaient sur

son

moral une influence bienfaisante. 5 Voy., sur le jeûne imposé aux démoniaques, Martène, De ylntiquis Eccles. Ritihus, III, ix, col. 993. A Bonnet, les aliénés qui venaient faire 6 ''

la

Voy. ce que

neuvaine étaient soumis à une diète prolongée. dit

M. Macario, article cité,

Je cite à ce sujet le

p.

479.

curieux passage du i\^<ional de Durand

Des Antiennes), en empruntant le naïf lang^ige de son « Pour ce dient aucuns que les instruments vieux traducteur qui sont en passion démoniacle, car se malades réconfortent les

(part. V,

:

19.


334

CHAPITRE

courait pour traiter de

pour

le

la

chorée, dont saint Guy passait

La rage

grand médecin

similée à

II.

étant également as-

une maladie démoniaque'^

se traitait par

l'attouchement de Télole de saint Hubert; on cautérisait

en

ainsi

même

obtenu

fièvre

temps

était attribué

chaude

regardées

,

mordue,

la partie

et le

effet

Les accès de

au saint

parfois

aussi

bon

comme

des

possessions*, se guérissaient par des immersions dans

les esperis la

ouyent

les

louen^e de Dieu,

instruments,

si

comme

ilz

David

cuydent que on

le face à

le faisoit, qui ainsi les

chassoit dont s'enfnyoiont, mais ores quant on

le fait

en

pour ac-

corder à chans luxurieux et à danses, ilz acqueurent, se aggregent et assemi)lent, et font

les

gens

comme

forcenez et enragez

dancer au senestre, pic devant pour aler en enfer, car à ceulx qui seront à la senestre partie on dira au jugement: //e, molcdicli, m igncm œtcrnum. » Voy. ce que rapporte Hecker sur l'emploi de la musique dans saillir et

1

cette maladie {Annales ô' hygiène publique et de médecine légale, véritable t. XII, part. p. 554), qui finit par constituer une 1,

épidémie analogue au coyyl,antiasme de l'antiquité la choréomnnie. Loin de calmer la maladie, l'emploi de la danse et de la musique propageait le mal par imitation. (Calmeil, la Folie, ,

t.

II, p.

159 et suiv.)

Les hallucinations qui se manifestent parfois dans la maladie accréditaient cette idée. Voy. Michéa, Du Délire des sen2

sations, p. ôO-i.

Cette cautérisation s'opérait avec ce que l'on appelait la clef de saint Hubert, et l'empreinte de la cautérisation, appelée 3

stigmate de saint Hubert, était regardée

miraculeuse de

la

comme une marque

guérison due à l'intercession du pieux évêque.

Raynaud, De Sligmatismo sacro, c. x, p. 185. Cf., sur le pèlerinage de saint Hubert, Lebrun, Histoire critique des prati-

Voy.

ques supers! iiieuses, inédit., *

t. 11,

p.

i

et suiv.

Les accès d'une de ces fièvres sont appelés par Grégoire de


335

POSSESSION DÉMONIAQUE.

de Veau froide', opérées sous l'invocation

tel

ou

tel

saint.

Ainsi, lape,

la

comme

cela était arrivé

médecine

s'introduisait

pour

dans

le culle

le

d Escu-

traitement des

pèlerinage fimaladies sous l'égide de la religion. Le visite aux bomnies nissait par n'êlre en réalité qu'une traitement. A l'él'art et la neuvaine devenait un

de

oii de Sainle-Dympbna, à Gheel en Belgique, délivrés du étaient amenés jadis les possédés pour être

glise

maintenant un hôpital qui reçoit les médecin est aliénés qu'on continue d'y conduire, et le aujourd'hui chargé du traitement qui s'opérait, il y. quelques centaines d'années, par les exorcismes^

démon,

s élève

vulgaire Toutefois, jusque dans le siècle dernier, le aveuglément attaché à la doctrine de la posses-

restait

qui prévaut encore de nos jours dans les pays où les lumières de la science n'ont pas pénétré. L'abbé sion

^

Péguès

\

dans son Histoire de Vile de Saniorin, rap-

33) V effet d'un démon du Midi lui-même reconnaît que {dxmonii vieridioni). Le pieux Mabillon diable. noire histoire avait pris la fièvre pour le

Tours

le

{Flistor.

Francor., Vlll

,

père de

employées pour la guérison Ce3 douches d'eau froide étaient Ualdat, notice citée). On delà folie à Bonnet, près de Nancy (Du malades. Le moine Richer, dans sa Chroy saignait aussi les parle des immersions employées de son temps 1

nique {\,\\\\\)

dans

les églises

pour guérir

les

démoniaques.

II, p. 712 et suiv.; Voy. Esquirol, Des Maladies menlales, t. janvier 1847, légale, Annales d'fnjgiène publique et de médecine

«

p.

G3

et suiv.

au dix-septième Cette doctrine était générale en Allemagne II, t. SomnambuUsmus, p. 372. siècle. Voy. Fischer, Uer * Histoire des phénomènes volcaniques de Sanlorint p. S89. »


336

CHAPITRE

II.

porte que l'on persiste à exorciser en Grèce les fem-

mes atteintes d'affections nerveuses. Au commencement du dix-huitième siècle, le P. Labat trouvait en Italie et en Espagne l'emploi de l'exorcisme universellement usité pour la folie et l'hystérie', et plus tard

royaume de rencontrait à Sorino des troupes de femmes

voyageur anglais Swinburne, visitant

le

Naples'^,

le

atteintes de maladies nerveuses, et se croyant possé-

demander leur guérison à

la

con-

templation du portrait de saint Dominique.

A

Goz-

dées, qui allaient

Hàié, à six heures Est de Tripoli

de Maronites

aux premiers temps

est

un couvent

encore, tout

exorcise

l'on

oii

,

de l'Église,

les

possédés du

Volney nous a donné à ce sujet des

diable.

comme détails

curieux C'est à S. Antoine

que l'on s'adresse d'ordinaire^

en Syrie, pour guérir

les

prétendus possédés, sans

doute en souvenir des hallucinations dont

il

était

tourmenté.

En

présence du

carac.jre

gique de la possession truits

tiens

,

,

les

visiblement patholo-

démoniaque

,

les

plus

ins-

plus éclairés d'entre les docteurs chré-

malgré

la

1

Voyage en Espagne

2

Voyage dans

les

superstition

populaire

avaient

et en Italie, t. IV, p. 104.

Deux-Siciles, trad. franç.,

Swinburne assure que

,

les

t.

I,

p.

338.

malades se présentaient parfois au

nombre d'environ quinze cents;

il

décrit les tours et les ruses

auxquels plusieurs de ces possédés avaient recours pour abuser les exorcistes.

Volney, Voyage en Égypte et en Syrie, la Syrie,

ch. 3.

t.

1,

État politique de


oôl

POSSESSION DÉMONIAQUE.

cherché une exphcation qui pût accorder l'observation médicale et l'orthodoxie. Saint Augustin^ et divers autres Pères de l'Église^ considéraient les possédés

des malades, des individus tourmentés par la orgabile ou les humeurs, et que la faiblesse de leur nisme livrait plus facilement aux attaques de l'esprit

comme

malin. Cette opinion fut adoptée par saint d'Aquin. « Tout ce qui peut être fait par le

Thomas démon,

écrit-iP, ne s'opère que par la vertu de quelque cause naturelle m

-,

théorie à laquelle

une foule de théolo-

giens s'empressèrent de se rattacher * et qu'acceptèrent même les médecins et les physiciens qui respectaient l'autorité ecclésiastique. Cornélius dit,

entre autres, que les

Agrippa nous

humeurs des personnes mé-

un appât pour les démons, qui s'en servent pour produire les phénomènes de la possesWierus, l'auteur du traité des Prestiges des désion lancoliques sont

mons^^ qui trahit tant de crédulité, tout en reconnaissant le rôle du diable fait cependant la part plus large à la maladie. Delrio, dans ses Disquisitiones

ma-

que les sorciers sont dupes d'illusions (phaniasice) mais il soutient que le démon les

gicœ''^ convient

;

»

De

*

Voy. ce qui est dit ci-dessus,

"

Summa

*

Elle fut

Civit. Dei, XVIII, xviii,

theologica,

I,

310.

qusest. 110, art. 4,

notamment soutenue par Alphonse Testât, évêque

d'Avila (Parad. senig., pars *

p.

De OccuU.

I,

cap.

i,

art. \

,

p. 2S9).

philosoph., c. lx, p. 92. Cardan (De

rietate, XV, 80, 95) partage à peu près

la

même

Rerum Va-

opinion.

6

Voy. ce qui a été dit plus haut de cet ouvrage, p. 219.

'

Lib.

II,

quaest. 28.

22


338

CHAPITRE

provoque en haine de Dieu

II.

façon de tout accorder,

:

qui a été adoptée par un grand

nombre de médecins

de son temps. Paul Zacchins

médecin de pape Innocent X, enseigna notamment que les possédés étaient des mélancoliques dont la maladie attirait servait

comme

d'instrument.

le

démon, Il

et

auquel

elle

convint cependant

qu'on tenait pour possédés bien des gens extravagants, des femmes mal réglées, qui n'avaient communication aucune avec l'esprit malin.

Cette opinion intermédiaire a longtemp^s régné, elle

a été adoptée au dix-septième siècle par Sennert^et a trouvé ensuite dans le célèbre médecin allemand Fré-

Hoffmann^ un défenseur convaincu. Hoffmann continua d'attribuer une origine diabolique à cerdéric

mal étudiées de son temps. docteur Heinroth a cru encore aux dé-

taines maladies nerveuses

De nos jours,

le

moniaques.

Li notion ne

s'établit

plus saine et plus exacte de la possession

donc pas sans une vive

résistance.

En 1440,

Ant. Guainerius de Pavie s'élevait contre l'opinion admise alors en matière de possession^. Plus tard, Pom-

ponat concluait de ce que des purgations ou un autre

1

Qiiœst. medic. leg.y vol.

I,

Hb.

ii ; t.

1,

9, 18, n° 5. Cf. J.-B.

Friedreich, Veisuch einer Lilerargeschichte der Pathologie Thérapie der pxychischen Kranklieiten, p. 127 et suiv.

und

Voy., sur l'opinion du célèbre médecin Sennert, au sujet des malndies démoniaques, Trélat, Recherches historiques sur la *

Jolie, p. 81. *

De Potentia

*

Friedreich, o.

diaboli in corporUt ap. Opéra,

c,

p. 103.

t.

V.


oÔ\f

POSSESSION DÉMONIAQUR.

cesser la possession traitement médical peuvent faire démon, et que ce on ne saurait y voir une action du

simplement une maladie ^ Levinus Lemnius, hardimédecin à Zirickzée, en Zélande^ déclara aussi ment que les démons n'engendrent aucune maladie

'doit être

,

les sens. Amtout en admettant qu'ils peuvent abuser il s'était broise Paré n était pas plus avancé ^ mais

les aperçu que les sorciers et les magiciens, comme démon l'effet de 'aliénés, prenaient pour l'influence du

propre imagination.

ileur

Ces opinions passaient alors presque pour téméraiseizième siècle des hommes ires, car on voyait encore au Thomas Erasinstruits, tels que George Pictorius*, Scribonius ^ tenir les sorciers pour dignes de tout supplice, et ne pas mettre en doute leur commerce avec le diable. Aussi un célèbre médecin italien,

tius

^A

.

Durastante de Macerata, tout en déniant au démon la puissance d'engendrer des maladies, admet-il la

1

*

De rncantatione,

De MiracuUs

p. i5o. Basil., 1S56.

occultis naturœ, lib.

II, c.

n. Antuerpiae, 1559,

1564, io'i. Cet ouvrage a eu depuis un grand tions ; il a été traduit en allemand et en italien.

XXV,

nombre

d'édi-

xxv. Voy. G. Pictorius, De Illorum Dxmonum, qui sub lunari collimilio versantur, ortu, nommibus, ojfictis, illusionibus, poles»

OEuvres,

liv.

c.

*

tale, valiciniis^ miraculis et

quïbusmcdiis infugamcompellantur

Isagoge. Basiliae, i5G3. 8

Disputado de lamiis

«

A. Scribonius,

sive striglbus. Basil., 1572.

De Sagarum Natura

et Poteslate.

Helmstadt,

1584. L'auteur veut qu'on recoure à l'épreuve de l'eau froide pour s'assurer de la culpabilité des femmes accusées de sorcellerie.


340

CHAPITRE

II.

Le bon sens français se montra moins réservé. Le judicieux Montaigne éleva des doutes sur la réalité des possessions plus tard Charron y croyait moins encore. Cyrano de Bergerac, qui, sous une forme frivole laisse percer une raison solide, vertu des conjurations K

-,

,

suivit leurs traces, et

il

écrivait

trop célèbre aventure de

concerne qu'il se

Loudun-

la possession, je

sée avec la

même

peu de temps après :

«

la

Quant à ce qui

vous en dirai aussi

ma

pen-

franchise. Je trouve en premier lieu

rencontre dix mille femmes pour un

homme

^

diable serait-il un ribaud. de chercher avec tant

le

d'ardeur l'accouplement des femmes; » et

de ce ton, en faisant voir

le ridicule

il

continue

des exorcismes

^.

Imprimant dans une république protestante son traité de médecine en 4684, Bonef* put parler plus librement,

et

montra par

l'étude des faits qu'un état patho-

logique est le secret de la magie et de la possession. C'est l'étude exégétique

de l'Écriture sainte qui

pénétrer à cet égard dans la critique historique

données médicales. Au milieu du

les

siècle dernier, les re-

rapprochement des témoides observations contemporaines

cherches bibliques et

gnages anciens et

fit

le

manifestèrent enfin à tous les esprits clairvoyants 1

J.

s'mt et

Math. Durastantis, philosophi, Problemata an

an morborum

sint causa,

le

dœmoms

theologorum, philosophorum et

medicorian sententns. Venetiis, iri67, in-S". 2

Voy., sur ce jirocès, A. Bertrand,

France, p.

p.

336

Du Magnétisme animal

et suiv.; L. Figuier, Histoire

du merveilleux^

en

t.I,

81 et suiv. 3

Œuvres,

*

Voy. l'exposé de ses idées dans Trélat, Recherch. historiq.

sur la

t. I,

p. 65.

folie, p. 91, 92.


«Hl

POSSESSION DÉMONIAQUE.

proclamé depuis plus naturalisme des possessions d'un siècle par le médecin Riolan, à l'occasion de l'o,

dieux procès d'Urbain Grandier. J.-Salomon Semler

pour démontrer composa une dissertation spéciale que les possédés dont parle l'Écriture n'étaient que des gens atteints de maladies nerveuses. La même année, Gruner appuyait cette opinion par des citations multipliées tirées de divers auteurs^. Teller et

Farmer

'

défendaient dans le

terre cette saine

même

temps en Angle-

manière de voir, que l'on retrouve

Horœ Biblicce

déjà au dix-septième siècle, dans les

Lighfoof, et cha à

c'est

la réfuter*. J.-S.

Lindinger, dans un traité ,

dogme de

de

vainement que Wortbington cher-

Médecine des Hébreux^ porta

la

Hugh

la possession.

le

stir

coup de grâce au

Enfin Daub', plus hardi, ne

voir que de la mythologie là oii l'on avait jusqu'a-

fit

La démonstration parut théologiens eux-mêmes durent

lors cherché la réalité.

dente que les

si

évi-

se ré-

soudre à l'accepter en partie*.

*

Commentatio de Dœmoniacis quorum

in

Novo Testamento

fit

mentio. Halec, 1770-1779, in-4". ^

Commentatio de Dœmoniacis a Christo sospitatore percuratis.

Jense, 1775, in-8°. ^

An

Essaij on the Demoniaci of the

New

Testament. London,

1775, in-S». *

Jean Lighfoot, né en 160i2, mort en 1675.

*

/xtters to the rev. Worthington in

answer ,

etc.

London

1778, in-40. "

De f^eterum Hebrœorum Arte medica, de Dœmone, de Dœ-

moniacis, 1773 et 177-4.

Theotogumena Heidelberg, 1806, p. 333. L'abbé Bergier, dans son Dictionnaire de théologie^ au mot .

8

22


342

CHAPITRE

POSSESSION DÉMONIAQUE.

II.

Ainsi fut enlevé à la magie et à la sorcellerie l'arsenal d'oii Ton avait tour à tour tiré des armes pour

Tanathémaliser ou

la

défendre. Ce qui avait

si

long-

temps paru la preuve d'une intervention des démons et de la possibilité pour l'homme d'entrer en com-

merce avec eux rentrait de la sorte dans la catégorie des phénomènes naturels. Il n'y eut plus que symptômes plus ou moins curieux d'un mal à constater, et la pitié et la charité

l'on brûlait

entourèrent

auparavant

comme

malheureux que plus dangereux cri-

les

les

minels, ou auxquels on ne donnait des soins qu'après les avoir traités comme des êtres impurs et maudits. Esprit, convient que

le

nom

à'esprit

mauvais

a

été donné dans

l'Écriture à des maladies simplement inconnues et regardées comme incurahles. Un trappiste, le P. Debreyne,

médecin, dans

son Essai sur la théologie morale, ch. iv, p. 556, tout en faisant ses réserves sur les possessions rapportées dans le Nouveau Testament, qu'il déclare être de/oi, admet que les autres possédés

ne sont que des malades ou des charlatans.


CHAPITRE INFLUKNCE DE

l'iM AGIN ATION

III

DANS LA PRODUCTION

LES MYSTIQUES DES PHÉNOMÈNES DE LA MAGIE. SORCIERS. RAPPROCHES DES

L'imngination subit l'influence des sens et réagit à son tour sur eux. Les sens nous présentent alors comme ,

venant d'objets extérieurs ce qu'a créé notre esprit. Tel visions, appariest le caractère de ce qu'on a appelé tions; ce ne sont que des rêves que nous faisons éveilcurieux passage de saint Basile qui vivait dans un temps 011 ces visions était habituelles chez ses coreligionnaires nous le montre clairement « Que sera-ce lés.

Un

donc,

écrit-il,

que

la

voix du Seigneur

?

Faut-il enten-

dre aussi par là une percussion imprimée à l'air par des organes vocaux, un ébranlement de l'atmosphère qui vient apporter le type des idées jusqu'à l'oreille de celui à qui la parole s'adresse ? N'est-il pas au contraire

bien plus vraisemble que ce n'est ni l'un ni l'autre, et que la voix de Dieu est quelque chose de tout particulier,

un je ne

sais

et sensible qui

quoi une image vive, une vision claire ,

s'imprime dans

l'esprit

des

hommes

auxquels Dieu veut communiquer sa pensée ; une vision qui doit présenter quelque analogie avec celles qui s'impriment dans notre imagination lorsque nous

avons un songe endormant? Personne n'ignore en effet qu'il n'y a réellement aucune percussion , aucun


344

CHAPITRE

ébranlement de

l'air

III.

lorsqu'en

,

rAve nous croyons

entendre certains bruits, certaines paroles qui ne sont assurément pas apportées d'une manière pbysique à notre oreille et que nous percevons seulement dans notre espril, près de la

oij elles

même

voix de Dieu se phètes

\

viennent s'imprimer. C'est à peu

manière

qu'il faut

admettre que

la

entendre dans l'âme des pro-

fait

yy

On ne saurait

êire plus clair et

du phénomène. Dans

mieux rendre compte

la vision, l'esprit assiste

comme

un témoin muet au spectacle que lui donne son imagination il voit, par exemple, les démons faisant une conjuration, comme Benvenuto Cellini^, ou comme S. Walthen, d'Ecosse^, la sœur Anne-Catherine Em-,

merich,

les

scènes de

la

passion^, dont son esprit est

depuis longtemps tourmenté et rempli. Charron^ a écrit à ce sujet

:

«L'imagination est une puissante chose... ses sont merveilleux et estranges... elle

cognoissance,

'la

le

jugement,

fait

fait

perdre

devenir

effets

le sens,

fol et in-

sensé... fait deviner les choses secrètes et à venir, et

cause les enthousiasmes, les prédictions et merveilleuses intentions et ravit en extase, réellement tue et

p,

XXVIII, § 3,

H 7.

»

Jlomil. in Ps.,

^

Voy. Mémoires de Benv. Cell'mi, publiés par Gœlhe,

p.

t.

IV,

186 et suiv., édil. 1850.

m august., p.

3

Voy. Bolland., Act. Sanctor.,

*

Voy. la Douloureuse Passion de N.-S. J.-C, d'après

tations d' Anne-Catherine

Emmerich,

Paris, 1836. *

De

la Sagesse, I, xviii.

264. les

médi-

trad. de l'allem., 2^ édil.


04

SORCIERS. LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES

)

la plupart mourir. Bref, c'est d'elle que viennent miracles, visions, des choses que le vulgaire appelle comme enchantements. Ce n'est pasle diable nil'esprit,

fait

ou de pense, mais c'est l'effect de l'imagination ou du patient et celle de l'agent qui fait telles choses, il

le

pas. » spectateur, qui peut voir ce qu'il ne voit

Ibn-Kbaldoun, qui un nous a laissé, dans ses Prolégomènes historiques, musulprécieux monument de ce que la science des mans offre de plus élevé, y a décrit, dans un chapitre

Un

écrivain arabe

du

d'un puissant intérêt, l'extatique

et

xiv« siècle,

le

procédé par lequel l'illuminé

arrivent à

se

donner des

visions. 11

maladie note rélat d'oppression, de soulfrance et de tombe passagère où se trouve le visionnaire, quand il Ibndans l'hallucination qu'il a lui-même provoquée.

Khaldoun indique comment l'âme se dégageant de l'imagination la l'action régulière de l'organisme, maîtrise, conduite par les objets qu'elle laisse agir sur les sens Prolégomènes, irad. deSlane, Notices et Extraits des maraismême les deux sortes crits, p. 204 et suiv. Ibn-Khaldoun noie de 1

d'hallucinations qu'un éminenl aliénisle, le

sement distinguées sous rielles. le

Dans

le

de psychiques et de psycho-senso-

nom

le

Bailiarger, a judicieu-

D-"

premier cas, l'halluciné, qui

est

pour l'auteur arabe

qu'il interprète prophète, n'entend qu'un bourdonnement confus,

à sa guise et dont cas,

il

raît.

voit,

On

il

sait

il

lire ce

que son esprit

entend réellement

que

:

les aliénés sont

lui

suggère. Dans

un ange, un

le

second

esprit céleste lui appa-

d'abord fort émus de leurs halluci-

arrivent à se familianations, mais qu'ils s'y habituent peu à peu et riser avec ce qui les avait d'abord surpris et troublés. fait celle

observation pour les prophètes de l'Islamisme.

a reçu des révélations plusieurs nienl

le

Ibn-Khaldoun a

contact

du monde

foii>,

spirituel. »

écril-il,

«

Quand on

on supporte plus

(acile-


CHAPITRE

346

III.

les effets Les expériences de M. J.-P. Philips sur d'un objet de la contemplation vive et continue dans le chapitre brillant, dont il sera question

suivant, nous permettent également

de suivre

le

fatigué de l'imagination chez un organisme passif, le sysou épuisé. Devenu en quelque sorte impressions tème nerveux obéit aveuglément aux

rôle

contre-coup s'en fait sentir Craid a appelé la dans toute l'économie. Ce que J. ce soit la lecsuggestion n'a pas d'autre origine. Que la vue d'une image ture des ouvrages de dévotion,

faites sur l'esprit, et le

une émotion vive, pieuse, la parole d'un confesseur, bornes ou une crainte inattendue, une confiance sans irrésistible, le

moral, ou

si

phénomène

est toujours le

même,

et le

maître l'on veut le cerveau, devient le tout entier, halluciné les sens et

absolu de l'organisme *. modifie les fonctions

sur le moral a L'influence exercée par le physique médecins que l'injusqu'ici plus étudiée par les

été

généralement peu

psychologistes, fluence inverse. Les eu le tort de n'observer versés en physiologie, ont

eux-mêmes, phénomènes de l'intelUgence qu'en

les

actes intellectuels avec les sans suivre la liaison des sont l'accompagnement et actions biologiques qui en la

conséquence nécessaires. Cette étude,

si elle

avait été poursuivie avec plus de

expériences sans cesse reprosoin ei établie sur des amené à reconnaître la duites et contrôlées, aurait parfois du moral réaction considérable qui s'exerce la à étendre la puissance attribuée à

au physique, 1

Voy.

'

mon ouvrage

inli- ilé

:

le

Sommeil

et les Rêves, p.

389.


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

volonté ou à

la

347

conviction sur l'organisme. Les modi-

fications des fonctions

déterminées par l'influx moral,

peuvent arriver jusqu'à an^iCner dans l'économie des changements que la médecine serait impuissante à opérer ou qu'elle n'opérerait que beaucoup plus lentement. Teile est l'explication de ces guérisons dites miraculeuses, de ces singuliers effets, produits par l'emploi de cliarmes et de talismans,

phes du dernier siècle ont eu qu'ils

dont

méconnaissaient dans elle est

que

tort

le

la foi

les philoso-

de nier, parce

l'action puissante

réellement douée.

J'ai connu des personnes qui avaient ainsi obtenu du soulagement de l'emploi de remèdes auxquels la confiance qu'elles

avaient en eux donnait

même phénomène

toute

leur vertu. C'est le

qui faisait éprouver aux démonia-

ques, convaincus avec leur temps que le diable peut se loger dans notre corps, et dont j'ai parlé plus haut, les sensations

l'indice

de

données par

les

théologiens

comme

présence d'un suppôt de Satan. Quelques observations à la portée de tous suffisent pour

démontrer

la

chez l'homme, de la production de certaines maladies, et en particulier de la possibilité,

certaines affections nerveuses

,

par

tion qu'elles vont éclater, souvent

la

seule convic-

même

par

la

peur

seule d'en être atteint. Les médecins qui traversent

impunément

les

particulières.

Par suite d'une concentration continue

contagions et demeurent sans cesse au chevet des malades, sans que le mal se communique à eux, sans que leur santé même en souffre, nous en fournissent un exemple journalier. Mais c'est là une influence générale a y aussi des influences spéciales


CHAPITRE m.

348

pensée sur l'organe qu'on suppose malade, et qui ne l'est point encore, on y amène le sang, et bienà tôt on détermine une maladie souvent analogue

de

la

qu'on redoutait. Chacun a pu constater la relation étroite existant entre les battements du cœur,

celle

et par suite le

et les impressions

rhythme du pouls,

qui traversent notre esprit.

sonnes réussir, à

l'aide

On

a

même

d'un exercice de

vu des perla

volonté,

ou à diminuer la circulation*, exercice analogue à celui qui nous permet d'accomplir, avec nos membres et nos muscles, des mouvements et des à accélérer

tours de force dont nous étions de prime abord incapables^.

Cette faculté de provoquer, en le voulant, certaines modifications dans le jeu de nos organes, est surtout

frappante pour ce qui touche aux sensations extérieu-

»

Colquhoun rapporte

vait à volonté

l'histoire

suspendre en

ments de son cœur

et se

lui

d'un colonel anglais qui pou-

tout acte vital, arrêter les batte-

donner toutes

les

apparences de

la réalité avait fait

la

mort,

place à la

un jour que Franklin a cité uu plaisanterie. Le célèbre et malheureux amiral de la volonté et du autre trait non moins curieux de la puissance éprouva un si vif désir. Un Esquimau, ayant perdu sa femme, le pouvoir allaiter son enfant privé de sa nourrice, que

à ce point qu'on crut

désir de lait

se

forma dans

ses

mamelles

et

qu'il

put nourrir quelque

t. XVI, jeune créature. {Revue Britannique, 4« série, Voy. les faits d'inQuence de la volonté sur p. 52, ann. 1858.) A Treatise on the Nerl'organisme rapportés par Th. Laycock, 1840. vous deseases of women, p. 110. Loudon, De la * Consultez à ce sujet le mémoire de Kant, intitulé

temps

la

:

maîtriser ses senPuissance de l'esprit par la seule volonté de française se trouve dans la timents malades, dont la traduction Revue de la Côte-d'Or, 1856, t. Il, p. 537.


"

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

349

aux impressions nerveuses, aux images que l'imagination évoque devant nos yeux. C'est ainsi que nous res,

parvenons à maîtriser forte application

de

il

douleur, à détourner par une

l'esprit la

réel, à faire naître ces

nagogiques dont

la

conscience d'un mal

rêves ou ces hallucinations hyp-

a été question plus haut, et qui

déroulent devant notre pensée une série d'images tour à tour spontanées ou appelées par nos actions antérieures.

Et ce n'est pas seulement la volonté consciente d'elle-même qui accomplit ces miracles, c'est aussi un sentiment

instinctif,

une forte préoccupation indépen-

dante de nous jusqu'à un certain point.

De même

qu'il existe

des

mouvements

dits réflexes

physiologie*, en vertu desquels nous agissons conten formément à un besoin, à une idée, sans

P

de ce mouvement

mune,

et

par

soit

le seul

que la notion transmise au sensorium com-

jeu des nerfs spinaux,

actes réflexes qui se produisent

comme

y a des automatiqueil

ment sans que l'homme s'aperçoive qu'il les commande ou les dirige. C'est notamment ce qui se passe ,

dans

le

rêve

l'imagination y agit sous l'empire de certaines idées, mais sans avoir la conscience de leur :

production et de leur enchaînement. De

somnambule naturel exécuter des

le

même on voit

actes raisonnés et

P

raisonnables, dont au réveil tout souvenir s'est effacé, (dont la notion objective n'existe plus par conséquent

pour

1

lui.

Et, chose remarquable,

Voy., sur les

siologie,

t. II,

il

peut reprendre

mouvements réOexes, Longet, Traité de phy-

p. 101 et suiv.

20


^

CHAPITRE

350

III.

dans un nouvel accès Tordre d'idées et tes que la veille avait interrompus*.

Le songeur pense,

et

il

la suite

des ac-

exprime ses pensées par des

phrases mentales ou articulées qu'il se renvoie parfois Il à lui-même, sans reconnaître qu'elles sont siennes. dialogue avec sa propre imagination. Ce qui a lieu dans une plus grande le rêve s'accomplit également, mais sur échelle, dans l'hallucination. Les sens sont

même que

dupes de

du cerveau vient ferait un objet exis-

l'esprit, et l'image partie

frapper le sens externe

comme

le

tant réellement en dehors de lui.

est l'explication

de bien des

égaré d'excellents esprits.

faits

qui ont étonné,

Ce phénomène, qui de-

meura longtemps imparfaitement étudié, est encore ignoré du plus grand nombre; il se reproduit journellement dans l'aliénation mentale comme on l'a vu au ,

chapitre précédent. Le somnambule, en lisant le dis-

cours qu'il a écrit durant son sommeil, l'objet qu'il a été chercher dans ses promenades nocturnes, s'imagine à son réveil qu'une main autre que

la

sienne a

de son écriture, apporté l'objet qu'il trouve à ses côtés. Il attribue de très-bonne foi à autrui ce qui est

écrit

pourtant

le résultat

Un vif désir, une

de son propre acte. crainte irréfléchie,

une disposition

à l'enthousiasme, une émotion forte, suffisent pour nous faire agir ainsi à notre insu, pour provoquer en

nous des mouvements qui nous semblent produits sous une influence étrangère et nous nous prenons d'au,

*

Voy. l'observation

MM. Mesnei juillet

1860.

el

faite sur

une somnaml^ule naturelle par

Arcbambaull, Annales médico- psychologiques


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

351

mieux dans notre propre piège, que les réponses que notre imagination nous donne répondent à nos tant

nos émotions ou à nos craintes'. L'esprit rempli du souvenir d'êtres qui leur étaient chers et qu'ils évoquaient par la pensée, certaines personnes les ont vues clairement en imagination, ont cru s'entretenir avec eux. Sainte Catherine de Gênes apparut ainsi, après sa mort, à plusieurs des religieuses de son couvent. La célèbre visionnaire Jeanne Leade, chef désirs, à

de

la

secte des philadelphiens

ses coreligionnaires, quelque

,

fut

vue de

même

par

temps après qu'elle avait

cessé de vivre.

Dans tous ces cas, il se passe ce que Hmdous appellent dhyana, phénomène qui fait

les

apparaître devant leurs yeux hallucinés l'objet de leur

adoralion^ Toutefois,

comme

remarqué Descartes 3, ces hallucinations n'ont généralement pas toute la vivacité et toute la clarté des images réelles. Elles ne sont qu'un '

l'a

Telle paraît avoir été l'origine des hallucinations de Luther

d'Alhert Durer, et de beaucoup de pieux personnages. Voy L -f' Szafkowski, Recherches sur les hallucinafions , p. 234 et suiv ' Michéa, Du Délire des sensaliom, •

p.

*

J

200

et suiv.

Voy. Vishnu-Puram, transi, by Wilson, «

lame

Il

reste

ici

à

remarquer que toutes

p.

les

546.

mêmes

choses que

aperçoit par l'entremise des nerfs lui peuvent aussi être représentées par le concours fortuit des esprits sans qu'il y ait autre différence, sinon que les impressions qui viennent da^s le cerveau par les nerfs ont coutume d'être plus vives et plus expresses que celles que les esprits excitent, ce qui m'a fait dire y en 1 art. 21 que celles-ci sont comme l ombre ou la peinture des autres. Il faut aussi remarquer qu'il arrive quelquefois que cette peinture est si semblable à la chose qu'elle représente, qu'on


CHAPITRE

352

lU.

comme ou moins effacé de la réalité; c'est ou de l'image l'ombre et non la figure de la personne évoquée ^ sorciers, conNul doute que les magiciens et les reflet plus

chimériques dans lesvaincus de la réalité des idées soient parvenus , en quelles ils se complaisaient, ne d' autrui à profrappant leur imagination ou celle ,

dans lequel on duire un véritable état hallucinatoire démons, on s'entretenait avec eux, on opévoyait les rait les

secret.

le prodiges dont leur art prétendait posséder aveux prêtés à saint Cyprien le Magicien,

Les

martyre à Nicomédie en l'an 304, nous long enchaînefournissent le curieux tableau de ce qui soufTrit

le

qui se rapportent peut y êlre trompé touchant les perceptions qui se rapporaux objets qui sont hors de nous ou bien celles mais qu'on ne peut pas tent à quelque partie de notre corps, passions d'autant qu'elles l'être en même façon touchant les âme qu'il est impossible sont si proches et si intérieures à notre véritablement telles qu'elle qu'elle les sente sans qu'elles soient l'on dort, et même quelquefois les sent. Ainsi souvent, lorsque certaines choses qu'on étant éveillé , on imagine si fortement en son corps, bien qu'elles pense les voir devant soi ou les sentir encore qu'on soit endormi ou n'y soient aucunement ; mais triste ou ému de quelque qu'on rêve, on ne saurait se sentir que l'àme a en soi cette autre passion, qu'il ne soit très-vrai Passions de l'âme, art. 26, p. 60; passion. D (Descaries, Des ,

Œuvres,

édii. Cousin,

t.

IV.)

qui se précependant quelques exemples de visions la clarté des objets réels. Le sentèrent avec toute la vivacité et Mauperluis lui apparaître savant allemand Gleditsch vit, à Baie, c'eût été réellement lui, après sa mort, aussi nettement que si 1

On

cite

apparition qu'il reconnut être

l'effet

tané des organes. Voy. Litiré, dans

d'un dérangement la

momen-

Revue des Deux-Mondes,


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

ment

d'illusions et d'hallucinations

3o3

de toute sorte dont

se composait la magie*. Il

de

me

faits

serait facile

de réunir un très-grand nombre

qui en fourniraient la preuve.

Les procès de sorcellerie pourraient être mis pour cela à contribution aussi bien cloîtres.

Mais

que

les

annales des

déjà accumulé dans ce livre bien des

j'ai

citations, et je préfère, par

mystique, donner

comme

un la

seul épisode de la vie

génération de tout le

phénomène. Quoiqu'il ne s'agisse

que de phénomènes psychologiques d'exemples de la puissance de l'attention qu'on n'oublie pas que nous sommes sur les confins ici

,

de

l'aliénation mentale, et

en ce

lieu,

il

pour ce que je ne

dis pas

faut recourir au chapitre précédent.

tension continue d'un esprit déjà ébranlé

,

La

com-

le

merce incessant avec des images fantastiques ou des sensations mensongères, finissent par constituer une véritable maladie une sorte d'affection nerveuse; en ,

sorte que les magiciens et les mystiques,

que

range

je

dans la classe des hallucinés volontaires, rentrent bien souvent dans celle des possédés, dont j'ai déjà ici

tracé l'histoire.

De

toutes les figures religieuses que nous rencon-

1856, t. I, p. 866. On comprend donc que certains auteurs, tels que Pline le Jeune [Epist., VII, 27) se soient demandé si les phantasmata sont de l'imagination ou l'elTet de quelque divinité.

Voy. Bolland., Act. Sanctor., xxvi sept., p. 222 et sq. boluni ipsum vidi (écrit le martyr), amplexus sum illum 1

«

Dia-

et col-

locutus. » 20.


,

CHAPITRE trons pendant le

moyen

âge,

III.

il

n'en est guère qui pro-

sente un cachet plus prononcé que celle de saint Fran-

Ce remarquable personnage est le type accompli du moine chrétien, et, par conséquent, du çois d'Assise.

mysticisme, qui est l'âme et l'aliment de la vie cale.

Ce

n'est point seulement

mona-

un simple fondateur

d'ordre qui s'élève par ses vertus au premier rang,

un réformateur un véritable théosophe. Dans l'antiquité, il fût devenu un dieu; dans l'Orient, il eût été regardé comme un prophète. L'Europe catholique c'est

,

ne pouvait

le placer

orthodoxie, mais

occupe

le faîte

si

elle

de

haut sans porter atteinte à son

en a

fait

la hiérarchie

un

un

saint,

saint qui

des bienheureux. Sa

canonisation a été entourée de tout l'éclat d'une apothéose; ses disciples ont poussé l'admiration jusqu'à le tenir

pour

Vierge

paru entre

,

l'être le plus parfait qui

les créatures.

eût, après la

Renchérissant in-

cessamment sur leur culte d'amour et d'admiration ils sont arrivés au point de le comparera Jésus-Christ, et s'il eût été possible de reconnaître une trinité en quatre personnes, les ordres mendiants y eussent certainement introduit leur fondateur comme une hypostase divine.

On

connaît l'ouvrage singulier du père

Barthélémy de Pise, intitulé Liber aureus inscriplus : Liber conformitatum vifœ beati ac seraphici patris :

Francisci ad vitam Jesu Christi, Domini nostri

On y fut

*

lit

que

la

annoncée par

Voy.

p. 26.

mon

venue au monde du saint docteur

les prophètes-, qu'il eut

Essai sur

les

légendes pieuses

douze

disci-

du moyen âge,


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS. pies-,

que l'un d'eux,

jeté par lui fut tenté .

comme

par

le

nommé

Judas

Jecan

de Capella, fut re-

l'avait été

démon, dont

3i)5

par Jésus; qu'il

les efforts

demeurèrent

impuissants; qu'il se transfigura à l'instar de son divin maître, et qu'il opéra des miracles absolument semblables à

ceux de l'Évangile. On trouve encore, dans

ce bizarre traité, avancc'e

la

proposition suivante

saint François avait mérité le

rex

Judœorum,

nom

:

Que

de Jésus Nazarenus

à raison de la conformité de sa vie

avec celle de Jésus de Nazareth. L'origine de ces étranges opinions, qui obtenaient un grand succès chez les ordres mendiants, ne tenait

pas seulement au soin qu'avait pris le saint de régler sa vie sur celle de son Sauveur; elle provenait encore d'un fait extraordinaire qui se passa dans les dernières

années de son existence, en 1224, et la marqua en quelque sorte du sceau d'une élection spéciale de la grâce. Saint François avait éprouvé les douleurs du crucifiement et reproduit sur son propre corps crifice sanglant de la passion. était arrivé

le sa-

de sa carrière après avoir vu réussir tous ses projets il avait obtenu du pape Honorius lil la confirmation de l'ordre fondé par lui pour Il

à

la fin

:

les

deux sexes;

il

qui était regardée

avait inauguré

comme

qu'on eût jamais eue de d'une tâche si glorieuse,

la

une règle nouvelle,

conception

la vie

la

plus parfaite

monasiique. Satisfait

s'était démis du généralat entre les mains de Pierre de Catane, pour ne plus songer qu'à son salut. Il se retira, en il

conséquence, dans une solitude de l'Apennin, entre l'Arno et le Tibre, non loin de Camaldoli et de Vallombrosa, et


CHAPITRE

356

HT.

une montagne appelée l'Alverne, abandonnée le propriétaire, un seigneur

fixa sa retraite sur

que

lui avait

Orlando Cataneo. Là, dégagé de tous la vie devoirs et de toutes les préoccupations de de se livrait sans mesure aux rigueurs

nommé

du pays les

pratique,

il

l'ascétisme le plus sévère et méditait

incessamment

temps à autre en Dieu. Des extases s'emparaient de en plus indifde son esprit et le rendaient de plus aux objets de la terre. Les macérations , les férent

abstinences se

succédaient chez lui

sans

relâche.

carêmes surérogatoires qu'il s'était imposés, qui séparent la fête de se trouvaient les quarante jours par le l'Assomption de celle de saint Michel. Exténué

Parmi

les

jeûne et la plus

s'

abîmant une

dans

les élans

de

la prière

crut entendre Dieu qui lui ordonnait l'Évangile, afin que ses yeux pussent y lire ce

ardente,

d'ouvrir

fois

il

Créateur. Frappé de qui serait le plus agréable à son François remercia Dieu cet avertissement divin , saint dépassait encore en ferdans une nouvelle prière, qui depuis le commenveur celles auxquelles il se livrait « Ouvre-moi le livre sacré, » cement de ce carême. retraite. au frère Léon, qui lavait suivi dans sa

dit-il

et trois fois le volume Trois fois cette épreuve fut faite, -Christ. Le saint crut res'ouvrit à la Passion de Jésus son imitation de la connaître là un ordre de pousser qu'il ne l'avait encore fait. vie du Sauveur plus loin la chair par la il avait imposé silence à ,

Sans doute

ses désirs, mais mortification et crucifié son esprit et soumis son corps au supplice de il n'avait point encore supplice que Dieu lui prescrila passion , et c'était ce l'Évangile, lui montrant du doigt le récit de vait

en


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIKRS.

Après cette épreuve, pensée

:

n'eut plus qu'une

crucifiement de son divin maître.

le

et repassa

le solitaire

en esprit

il

qu'il

en passa

Il

douloureuses phases, exaltant

les

davantage son imagination à chaque oraison.

temps

En même

exténuait son corps par un jeûne prolongé,

travailla à

Sauveur sur

évoquer en la croix.

ment absorbé par qu'il perdait

la

lui le

Dans

tableau

ses visions,

émouvant du il

était telle-

contemplation du Dieu souffrant,

conscience de

transporté dans

lui-même

et se trouvait

un monde surhumain. Le jour de

l'Exaltation de la croix, se livrant plus encore

coutume, en raison de

la

templations extatiques,

il

que de

une de ces conun séraphin ayant

solennité, à

crut voir

six ailes ardentes et lumineuses

de

357

descendre rapidement

voùle des cieux et s'approcher de lui l'esprit angélique soutenait entre ses ailes la figure d'un la

homme,

:

mains attachés à une croix. Lorsque le saint assistait à ce spectacle miraculeux avec une émotion et un étonnement profonds, la vision les pieds et les

s'évanouit tout à coup. Mais le pieux anachorète en

un contre-coup étrange, et toute son économie était demeurée profondément troublée. Il éprouva surtout aux pieds et aux mains des sensaavait ressenti

tions douloureuses qui firent bientôt place à des ulcérations, à des espèces de plaies qu'il considéra comme les

stigmates de la passion du Christ.

Ce miracle eut un immense retentissement. Rien n'était plus fait pour frapper des imaginations avides de merveilleux

et fortifier la

vénération profonde que ce saint personnage excitait par ses travaux et ses vertus.

Le pape proclama

les

stigmates de saint François


358

CHAPITRE

un don miraculeux de

III.

la grâce, et les

chrétiens tinrent

prodige pour une démonstration péremptoire du mystère de la Rédemption, à raison surtout de cette circonstance que les stigmates avaient été imprimés le

au saint

le

jour de l'Exaltation de

la croix.

L'allégresse que causa le miracle fut surtout grande

chez

les

C

franciscains.

était

ordre. Ce prodige donnait

l'amour

infini

le

triomphe de leur

une preuve éclatante de

de Jésus -Christ pour leur fondateur,

pour

une image visible de sa divinité. Il y eut donc désormais pour les religieux mendiants deux passions celle de Jésuspuisqu'il l'avait choisi

offrir

sur

la terre

:

Christ et celle de saint François. cordeliers de

Reims,

vit

un gardien des

P. Lanfranc, faire inscrire au

le

fronton de son couvent cisco, utrique crucifix o

On

;

:

«

Deo homim

A

François, tous deux crucifiés.

et beaio

l'Homme-Dieu «

Fran-

et à saint

Les franciscains affec-

tèrent tellement de confondre les deux crucifiements,

que plusieurs d'entre eux avancèrent que leur fondateur étaient

que

la

si

les plaies

de

semblables à celles du Christ,

Vierge elle-même s'y était méprise. De

même

qu'on voit dans l'antiquité des dieux secondaires pla-

mode, au-dessus du dieu François, pour bon nombre de ceux

cés, par une dévotion de principal, saint

qui suivaient sa règle, devint égal et Jésus-Christ.

En i486, un

certain

même supérieur à cordelier, nommé

Jean Marchand, dépassant encore ce qui avait été

dit

des miracles du saint etdescirconstancesquiavaientac-

compagné

sa stigmatisation, soutintà

positions suivantes

:

Besançon

les pro-

Saint François avait pris la place

laissée vacante par Lucifer depuis sa chute-, car le chef


LES MYSTIQUES KAPPROCHÉS DES SORCIERS.

359

des légions rebelles ayant été précipité du ciel en châtiment de son orgueil, la créature qui avait poussé le plus loin l'humiiité devait naturellement hériter de sa royauté-, saint François était semblable à Jésus-Christ

de quarante manières c'était un second Christ et un second Fils de Dieu-, sa conception avait été j

prédite

par un ange à sa mère, et, de

même que

le

Sauveur,

avait vu le jour dans

une étable, entre un bœuf et un Les douleurs que la stigmatisation avait fait éprouver au saint égalaient celles que Jésus avait resil

âne.

senties sur la croix. Étendant singulièrement le court instant où le solitaire avait été en communion de souffrances avec son divin maître, Jean Marchand avança

que

supplice du fondateur de son ordre avait duré tout un jour, et qu'il s'était terminé à l'heure même où le

l'Homme-Dieu

avait rendu l'esprit. Jésus s'était chargé d'imprimer en personne à son serviteur les cinq plaies, et, au dire du cordelier, cette seconde

passion avait

accompagnée des mêmes prodiges que la première. La pierre s'était fendue au moment où le saint été

avait reçu la blessure de son côté, et, second JésusChrist, il était descendu aux enfers,

ou, pour parier plus exactement, au purgatoire, afin d'aller délivrer ceux qui s'y trouvaient avec les habits de son ordre, visite qu'il renouvelle, tous les ans, à l'anniversaire de sa fête.

La Faculté de théologie de Paris censura ces énormites-, mais saint François n'en demeura pas moins chez les frères mendiants une véritable divinité, et le miracle de sa stigmatisation l'inellable témoignage de la protection que Dieu accordait à leur ordre. 23


CHAPITRE

360

III.

Cette faveur insigne tourna la tête à une foule de franciscains, qui pensèrent que puisque Jésus-Christ avait

pu reproduire chez

le

docteur d'Assise le

fait

de sa

pouvaient, eux, obtenir de leur fondateur une part de la grâce des douleurs méritoires qui lui avaient été communiquées. Des images représentant passion,

ils

miraculeuse sur le

la stigmatisation

circulèrent dans tous les couvents, et

mont Alvcrne l'on commença

à parler d'autres exemples d'un prodige absolument inconnu avant saint François. Arrivèrent les théoloqui écrivirent des traités sur la matière, et prétendirent que le don des stigmates était, après tout, giens

%

un de

ces

nombreux

bienfaits

de

la

grâce divine

,

qui

se manifeste de temps à autre chez les fidèles. Saint Paul avait dit dans son ÉpUre aux Galaies (vi, 17) «qu'il portait sur son corps les stygmates

On

imagina que

le

grand apôtre avait,

François, reçu

saint

l'empreinte

du Seigneur.» de même que

|

des cinq plaies.

allusions à l'usage ré-^

y avait dans la Bible plusieurs pandu dans l'Orient de porter sur le bras droit un signe indicatif de la divinité au service de laquelle on que se rapportent s'était voué, et c'est à cette habitude Il

vraisemblablement les paroles de saint Paul. On préstigmatisations, et tendit expliquer tout cela par des l'on

composa de

la

sorte

une généalogie de

stig-

matisés.

Le

fait est

que cette grande famille n'est pas à beau-

les stigmates Le plus célèbre des traités Ihéologiques sur De StigmaReynaud intitulé est celui du jésuite Théophile Tractatio. Usmo sacro et projano, divino, humano, dxmoniaco, 1

,

:


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

coup près

3(51

d'aussi ancienne date qu'on le prétendait,

et qu'il est impossible de lui trouver d'autre ancêtre

que saint François.

Hommes

et

femmes

livrés à la vie

mystique bri-

guèrent, au sein des ordres mineurs, la faveur accordée à leur fondateur. Quelques vies d'extases et de contemplation obtinrent le les

couronnement de leurs

annales de ces ordres ont conservé

sieurs

âmes

les

désirs, et

noms de

plu-

pieuses, qui partagèrent dans leurs ravisse-

ments célestes

les

souffrances de la

passion.

Tels

furent Philippe d'Acqueria, Benoît de Reggio, capucin de Bologne, qui vivait dans les premières années

du dix-septième

siècle, Charles

Sazia. simple frère

Ini,

en 1648; un autre frère

qui fut lai,

du

de Saeta ou plutôt de

marqué des stigmates

nom

de Dodo, de

l'or-

dre des prémontrés, Angèle del Paz, moine de Perpi-

gnan

et le frère Nicolas

de Ravenne, dont

les plaies

ne

furent découvertes qu'après sa mort.

Les stigmates du saint séwphique excitèrent vive-

ment

la jalousie

des dominicains.

sément au moment

Ils

arrivaient préci-

oiî la rivalité était la

plus prononcée

entre les mendiants et les frères prêcbeurs. Ces derniers voyaient surtout d'un œil d'envie la hauteur à laquelle

un

pareil miracle élevait le patron de" leurs

ennemis. L'organisation des moines de Saint-Domini-

que présentait une certaine analogie avec et ceux-ci

franciscains, l'ordre des

celle des

accusaient le fondateur de

moines prêcheurs d'avoir puisé dans

règle de Saint-François l'idée et le

modèle de son

la

tiers '

ordre, tandis que les dominicains s'efforçaient de jeter le plagiat

sur

le

compte de

saint François. L'insigne 21


362

CHAPITRE

grâce des stigmates ruinait et

afin

,

ils

de parer à

la

les

III.

prétentions des jacobins,

force miraculeuse de l'objection,

prétendirent avoir aussi leur stigmatisé.

On

voulut

opposer miracle à miracle, et pour rendre l'opposition plus sensible, les dominicains choisirent une

une religieuse de ce

tiers

femme,

ordre de Saint-Dominique

si

jaloux du tiers ordre de Saint-François. C'était sainte Catherine, dont les visions avaient servi déjà de contrepartie effet,

aux révélations de sainte Biigitte. On sait, en que tandis que Dieu révélait à cette sainte, au

grand triomphe des

scottistes, le fait

de l'immaculée

conceplion de Marie, sainte Catherine apprenait du ciel

que

la

Vierge avait été conçue dans

que criaient bien haut sentant les

la

les thomistes.

On y

dominicains.

le

péché

,

ce

Des images repré-

nouvelle stigmatisée circulèrent bientôt chez voyait

Jésus-Christ lui-même la

par

le

la

sainte recevant de

marque de

ses divines plaies

moyen de rayons ensanglantés

qui s'en échap-

paient, et afin de renchérir sur saint François, qui s'était

trouvé suffisamment martyrisé par l'impression

des saints stigmates aux pieds, aux bras et au côté,

on traça sur

le

front de la pieuse vierge les traces de la

couronne d'épines. Rien ne manquait donc plus à Catherine, rien,

si

la

passion de sainte

ce n'est la réalité. Tout n'était pas

cependant controuvé dans ce miracle à ,

les

La sainte,

livrée

la

contemplation, de l'ascétisme visions et

duquel

bouche à leurs adveraux exercices continus de la

dominicains fermaient

saires.

l'aide

le

plus dur, sujette aux

aux extases, avait, sans doute sous l'empire

du désir jaloux de son ordre, aspiré à ces stigmates


363

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS. qu'avait reçus saint François, et, dans lires

mystiques

elle s'était

imaginé

un de

ses dé-

les recevoir. Elle

avait ressenti les douleurs des cinq plaies et crut

un

instant en distinguer les marques. Mais ces glorieuses cicatrices avait disparu

yeux des

,

et rien n'avait accusé

aux

,

autres, l'insigne faveur qu'elle avait méritée.

Aussi, en i483, vit-on les franciscains réclamer avec force contre la fraude de leurs rivaux et les images

menteuses

accueillit la plainte et tefois,

il

Le souverain pontife condamna la contrefaçon. Tou-

qu'ils distribuaient.

eut soin plus tard d'adoucir la rigueur de sa

bulle à l'égard des dominicains, assez mortifiés.

Malgré ces discussions,

les

stigmates de saint Fran-

ceux moins authentiques de sainte Catherine de Sienne produisirent les mêmes résultats. Ils devinçois et

rent

le

but que se proposèrent religieux et religieuses

de ces deux ordres,

ment dans

et c'est

en

effet

presque constam-

leurs rangs que nous rencontrons,

aux

xvi",

XVII* et xvni* siècles, les stigmatisés.

La plupart des personnes, hommes ou femmes, qui embrassaient

Dominique

,

la règle

de Saint-François ou de Saint-

se proposaient

de leur ordre 5

les

pour modèles

les

patrons

images de saint François ou de sainte

Catherine étaient sans cesse placées sous leurs yeux.

Les regards

fixés sur ces représentations pieuses

ditant la passion

élans de

la

du Sauveur

et appelant

prière la plus fervente le

,

de tous

méles

don des stigmates,

ces mystiques furent quelquefois assez heureux pour

déterminer

le

même

miracle. Cette imitation du cruci-

fiement allégorique du docteur d'Assise et de la sainte de Sienne est tellement évidente , que chez la plupart


364 on

CHAPITRE

III.

voit se reproduire les circonstances

que

la

légende

deux personnages. La stigmatisation s'opérait chez eux absolument de la même façon qu'elle était représentée dans les images. Madeleine de Pazzi,Hieronyma Caruaglio, reçurent sur leur prêtait à la vision de ces

corps

les

empreintes de cinq rayons de sang mêlé de

du

feu qui s'échappaient

maginait déjà porter sur invisible, étant à prier

jour de lui

,

Ursule Aguir

ciel.

la tête

en 1592, dans une église

apparaître, un crucifix à

perçaient les

qui s'i-

une couronne d'épines

de saint Benoît,

la fête

,

vit sainte

,

lo

Catherine

main; les clous qui membres de l'image du Sauveur se détala

chèrent et allèrent se fixer à ses mains et à ses pieds. Ursule tomba sans connaissance, puis, revenant à elle pria le

Seigneur

,

comme on

dit

que

elle,

l'avait fait

sainte Catherine, de ne point rendre ses stigmates visi-

Ce

bles, ce qui lui fut accordé.

même

sainte Catherine

vivait à la fin

du xv®

fut à la prière

de

la

que sainte Lucie de Narni, qui

siècle

,

On

obtint les stigmates.

raconte dans la biographie de

Augustine-

la religieuse

Anne-Catherine Emmerich, morte en 1624, qu'elle vit un jour une lumière s'abaissant vers elle et qu'elle y distingua la forme resplendissante du Sauveur crucifié. Les blessures dont ses membres étaient atteints rayonnaient

cune de

comme

cinq foyers lumineux

,

et

de cha-

ses cinq plaies partirent de triples rayons d'un

rouge de sang

,

lesquels se terminaient en

flèche et vinrent lui

imprimer

les stigmates. C'est

méditant devant un crucifix que d'Oosten ressentit

les

forme de

sainte

en

Gertrude

douleurs des cinq plaies, qui ne

tardèrent pas à devenir visibles.

On

retrouve les

mê-


365

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

mes rayons de

feu

s'

échappant

des profondeurs célestes, dans

soit

,

du

crucifix, soit

la stignatisation

d'Anne

de Vergas, retirée au couvent de Sainte-Catherine, à

en Espagne

Valladolid, sani

,

5

dans

de Colombe Roca-

celle

de Jeanne de Verceil, de Stephana Quinzani, de

Soncino, de Marie de Lisbonne

etc.

,

L'influence de l'exemple est donc

méditation de

la stigmatisation

manifeste.

La

de sainte Catherine a

réagi sur l'imagination des femmes, qui l'avaient pour

patronne ou qui se rarement, le

même

le

la

proposaient pour modèle. Plus

martyre allégorique de saint François eut

elTet sur les esprits féminins.

Nous en avons

cependant quelques exemples. C'est en jetant les yeux, dans une chapelle de Saint-François

,

sur l'image de

sa stigmatisation, qu'Angela délia Pace crut entendre le saint lui

parler et répondre à la

Ce ne sont pas des

faisait. «

demande

plaies

que

qu'elle lui

tu vois

,

mon

enfant, dit-il à Angela, qui n'avait alors que neuf ans,

ce sont des joyaux.

vœu

»

Et

comme

la petite

exprimait

d'en recevoir de semblables, elle vit soudain s'ou-

vrir la voûte de la chapelle et en descendre le

sous

le

Sauveur

figure d'un enfant crucifié, tout environné de

la

lumière, et qui

lui

imprima

les

miraculeuses plaies.

Angela tomba sans connaissance en poussant un douleur. decins

mêmes

,

On

accourut à son secours

5

cri

de

on amena des mé-

qui trouvèrent imprimés sur ses

membres

les

stigmates que représentait l'image devant la-

quelle elle était prosternée.

Nous ne rencontrons que

quelques dominicains impressionnés par

le

miracle

grande sainte de leur ordre. De ce nombre est un religieux de Mantoue , du nom de Matheo Caropéré sur

la


366

CHAPITRE

III.

un autre dominicain, Walter, de Strasbourg, nous fournit dans sa vie un fait du même genre. Il songeait, une fois, dans une des contemplations mysreri-,

tiques qui lui étaient habituelles,

aux douleurs que

Vierge Marie avait dû éprouver au pied de la croix, en y voyant suspendu son divin fils. Soudain il se la

sentit le

cœur percé d'une épée

,

c'est-à-dire qu'il se

représenta précisément l'image adoptée depuis longtemps par les iconographes catholiques pour figurer la

Mater dolorosa. Dans tous ces miracles,

l'influence exercée par les

images du Christ souffrant, les martyres delà mère de Dieu ou des saints est manifeste. La vue de ces représentations émouvantes réagissait puissamment sur Ja sensibilité des mystiques. Nous apprenons, par

hagiographes

que

vue seule de ces représentations pieuses, opéra souvent la conversion d'un pécheur à la vie dévote ou monastique. Ainsi, c'est la les

,

vue inopinée d'un

la

tableau du Sauveur

couvert de

qui acheva de déterminer sainte Thérèse à prendre le voile. Elle fut dès lors poursuivie par plaies,

l'image du Sauveur-, elle l'accompagna tour à tour, en pensée, au jardin des Ohviers, à la colonne contre laquelle

il

avait été flagellé

,

et

au Calvaire.

L'annonce des stigmatisations nouvelles dont les cloîtres devenaient chaque jour le théâtre multiplia, à partir du quinzième siècle, les apparitions de cet étrange phénomène. Chaque fois les visionnaires ajoutaient des circonstances qui rendaient leur

martyre

plus semblable à celui de Jésus. Déjà sainte Catherine

de Sienne avait reçu

,

disait-on, la

couronne d'épines.


367

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS. Sainte Catherine de Raconisio sentit sur

le

front l'em-

preinte d'une double couronne, qui se retrouve aussi

chez Jeanne de Jesu-Maria de Burgos. Les horreurs

de ce supplice,

infligé

également à Jeanne-Marie de

la

Croix, religieuse Clarisse de Roveredo, à Marie Villana, à Vincentia Ferrera, de Valence, se joignirent

du calice d'amertume qui avait été présenté au Sauveur par un ange dans le jardin des Oliviers; elle en avait bu pluchez Véronique Giuliani à

sieurs fois le fiel, et ce

la réception

même

venu s'ap-

calice était

procher des lèvres de sainte Catherine de Raconisio

une image

alors qu'elle contemplait avec ravissement

de saint Pierre crucifié, sur laquelle on

Ma fille salut.

^

prends

et bois le

sang qui a éié

mots versé pour ion

lisait

ces

La bienheureuse Archangela Tardera,

Lutgarde,

:

sainte

bienheureuse Catherine Ricci, de Florence, éprouvèrent les douleurs de la flagellation du la

Christ et en conservèrent les marques. Stephana Quinzani

de

,

déjà mentionnée, joignait ces

la flagellation

mêmes

stigmates

à l'empreinte de la couronne d'é-

pines.

Ainsi se complétaient graduellement dans la per-

sonne des extatiques

les

Ce drame douloureux

était l'objet

circonstances de

la passion.

de leurs méditations

constantes et excitait vivement leur compassion.

Il

est

vraiment curieux de voir à quel point certains mystiques étaient arrivés à prendre part aux soulï'runces

du Sauveur, ou, suivant leur langage, à porter sa croix. On rencontre, par exemple, une Marguerite Ebnerin qui avait un tel degré de sensibilité, que, sur la vue seule d'un crucifix, elle fondait en larmes et


^

«'"O

CHAPITRE

III.

pleurait jusqu'à l'épuisement de ses forces. Toutes ces

femmes devenaient sujettes nomanie mélancolique, qui

à

un véritable

état de

mo-

rappelle celui de certains

aliénés toujours en pleurs, et

donnant à chaque instant les signes du plus violent désespoir. Les extatiques arrivaient, par degrés, à suivre toutes les phases de la passion, à s'identifier avec les souffrances

du Sauveur, de façon à assister en esprit aux diverses scènes qui avaient marqué sa mort. On raconte dans la vie de plusieurs des stigmatisés qu'il leur était donné de voir en extase tous les actes de la passion. Agnès de Jésus, en assistant mentalement à ces tableaux

émouvants partageait ,

si

vivement

les

douleurs phy-

siques et morales dont elle était témoin, qu'elle les |ressentait successivement. C'est aussi ce qui est rap-

de Jeanne de Jesu-Maria de Burcos depuis le ^mercredi jusqu'au vendredi soir, elle tombait dans une jporté

:

.extase durant laquelle passait devant ses ll'histoire

des souffrances du Christ, qu'il

de partager,

yeux toute lui était donné

pendant vingt ans, ces extases conitemplatives se reproduisirent chaque semaine. Cette et,

en gestes et en esprit l'exercice de dévotion connu sous le nom de Chemin de la Croix

|extati(iue répétait

et prenait, les

unes après

du Christ indiquées dans

les autres, les diverses

les stations.

poses

Marie de Mœrll,

une des stigmatisées du Tyrol, qui méditait sans cesse sur la passion, en était absorbée pendant ses extases-, 1

et assistait avec

ravissement à ces représentations

imaginaires. Mais les plus célèbres des visions de ce

genre sont celles d'Anne-Catherine Kmmerich-, elles forment un véritable supplément à l'Évangile et ont


369

SORCIERS. LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES été recueillies dans

livre qui

un

tions et est encore lu

a eu plusieurs édi-

avidement par bien des catho-

rédacteur a prêté son style à la mais il n'est point religieuse augustine de Dulmen-, d'une façon impossible qu'elle ait elle-même décrit, pittoresque, les tableaux aussi circonstanciée et aussi n'étaient que le reflet qu'elle avait sous les yeux et qui était remplie. des images et des lectures dont sa tête affecl'empire de l'extase, comme dans quelques liques.

Sans doute,

le

Sous

tions nerveuses,

on observe un ravivement de

la

mé-

qui moire et une exaltation des facultés Imaginatives communiquent aux malades une certaine éloquence foule de choses et et rendent présents à l'esprit une faits qu'il avait

de

noté ce naturel

en apparence

oubliés-,

j'ai

déjà

phénomène pour le rêve, le somnambulisme et la folie. Le fait observé chez Catherine Em-

merich avait apparu déjà avant celui des stigmates, puisqu'un pieux Écossais, du nom de Walthen, mort en ISU, et qui a eu les honneurs de la canonisation, assistait

de

la

passion

:

dans ses extases à

Eaplus

la représentation

in spiriiu, vidit vir sancius

seriatim dominicain passionem reprœseniari coram oculis suis, disent les Actes conservés par les Bollandisles*.

Les voyages en pensée mentionnés dans la vie d'autres extatiques sont de même les effets d'une contemplation vive d'images et de tableaux de la nature que

mémoire surexcitée déroule à

lu

l'esprit

cas pour sainte Lidwine, qui, bien

*

Acta Sanctor.,

m,

Aug.,

p.

:

tel

a été

le

que gardant une

261. Si.


370

CHAPITRE

III.

complète immobilité, croyait se rendre en terre sainte sous

la

conduite de son ange gardien. Marie d'Agreda,

désirant la conversion des habitants du Mexique, et

dupe de

la

même

mentalement

illusion, se transporta

en ce lointain pays.

Dans

les

exemples rapportés

ce sont toujours les

femmes

ici, il

est à noter

qui dominent. Le

que

nombre

des stigmatisées connues est presque décuple du chiffre

hommes qui reçurent cette faveur. On cite cependant le nom de quelques hommes auxquels toutes les des

grâces de la stigmatisation furent accordées en grande

abondance. Ainsi, Benoît de Reggio, capucin de Bologne, vers 1602, tandis qu'il méditait sur les souffrances de la passion, sentit les épines de la couronne (lu

Christ lui percer le crâne; les blessures s'ouvri-

rent, et alors

il

éprouva à un

ments de l'amour

tel

tiques, fut pris, ^

lai,

embrase-

la

sueur. Charles de

auteur de divers ouvrages mys-

durant

la

messe, au

ation, d'un accès d'extase.

Lie

les

divin, qu'on dut couvrir de linges

mouillés son corps, inondé par Sazia, simple frère

degré

Il

vit

une flèche de feu qui imprima

moment

de Télé-

s'échapper de Phosles stigmates sur

corps, à la manière d'un fer chaud, et

lui fit

son

ressentir

toutes les horreurs des souffrances que Jésus-Christ avait successivement éprouvées. Ces souffrances ac-

compagnèrent aussi durant sa vie un frère mineur de Perpignan, AngèlePelza,dontlecœurfut trouvé après sa mort, au dire de l'acte de canonisation, atteint de la

même

blessure miraculeuse qui

fit

expirer Jésus sur

cœur de ditranspercé. M. J. Gœrres a

croix, et l'on alla jusqu'à raconter que le vers stigmatisés était tout

la


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

3~1

sérieusement des exemples de ce miracle. On le trouve notamment relaté dans la vie d'Angèledel Paz,

cité

de Perpignan. Son cœur,

de canonisation,

dit l'acte

percé d'une blessure miraculeuse. La Clarisse Cécile de Nobili, qui vivait à Nuceria, en Ombrie, vers était

1655, éprouvait, depuis son enfance les palpitations les plus violentes et des constrictions de cœur qui finirent par l'enlever dans sa vingt-cinquième année. Le ,

Nécrologede Saint-François rapporte qu'on trouvadans sa poitrine, au voisinage du cœur, l'empreinte d'un coup de lance. Une légende analogue court sur Martine d'Arilla.

un sécommuniqua le

Chez Marie de Sarmiento, ce

raphin qui lui ouvrit

le côté et lui

fut

mystérieux stigmate du vulnus divinum^ comme disent les théologiens. Ce fut en face d'une image de saint Laurent, étendu sur son

Pace

gril,

que

la

sœur Angela

délia

même

stig-

sentit son côté s'ouvrir et reçut le

mate. Enfin, suivant les légendaires, la Clarisse Marguerite Colonna, Mariana Villana, Claire de Bugny,

du

tiers

ordre de Saint-Dominique, portaient aussi au

côté la plaie sanglante. Rappelons

ici

ce que nous

avons dit plus haut, que, si l'on en croit le biographe de sainte Claire de Montefalco , on voyait gravés sur son cœur

ments de Outre

de

la

la figure

de

la sainte Trinité et les instru-

la passion.

les stigmates

passion

,

commémoratifs des souffrances

plusieurs extatiques présentaient, sur

d'autres parties du corps, des empreintes dans lesquelles l'imagination prétendait distinguer des figures

svmboli(|ues de croix, des images du Sauveur.

mort de Jean îepès,

dit

Jean de

la Croix,

A

la

on crut voir


372

CHAPITRE

III.

sur son propre corps, exposé dans un monastère de

Sêgovie,

du Sauveur, de la Vierge, des anges et des saints. Celte merveille fut proclamée à Rome le miracle des miracles. Cependant elle n'existait

les figures

pas pour tout

le

monde,

beaucoup d'yeux ten-

et

tèrent en vain de jouir de la vision. Mais, sans chercher si loin et sans s'appuyer sur des faits douteux, une

stigmatisée contemporaine,

croze, dans

madame

Miollis,

de Ville-

département du Var, présenta à la fois les stigmates des cinq plaies, la couronne d'épines et une croix de sang sur la poitrine. le

L'accroissement graduel du nombre des stigmatisés, l'apparition de ce miracle dans les couvents oiî la vie des saints mystiques forme

la lecture habituelle

,

sont

une preuve évidente de l'influence de l'exemple. La stigmatisation, de même que l'extase, de même que les hallucinations religieuses,

devenait une sorte de

contagion. C'est ce qu'on avait observé pour certaines aberrations de la vie ascétique et mystique chez les

Pères du désert de l'Égyple, chez

les flcigellants,

treizième siècle, et chez les trembleurs de

de

au

la vieille et

nouvelle Angleterre. Les convulsionnaires de Saint-Médard avaient commencé par être huit ou dix, la

au bout de deux ans, on en comptait plus de huit cents. Au Tyrol où le souvenir de Jeanne-Marie de et

,

Roveredo

s'était

conservé,

la

stigmatisation prit

un

plus grand développement qu'ailleurs, et, depuis cinquante ans, on en a vu paraître trois qui ont fait l'édilication des

âmes pieuses

:

Crescentia Nieklutsch,

do Tclicrms^ Maria de Mœrll, de Kallern,

Domenica

L;'zzari.

de Capriana.

et

Maria


373

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

Les stigmates de saint François n'avaient pas tardé devenir l'objet d'un culte spécial, qui contribuait à

propager chez

les

fervents catholiques des phéno-

mènes mystiques de la même nature que ceux qui avaient accompagné leur première apparition. Les cinq plaies du Sauveur étaient devenues le sujet d'une dévotion particulière, mise en vogue par sainte Gertrude.

En 1594, un

chirurgien de

Rome, nommé

Pizzi,

fonda une confrérie en l'honneur des stigmates de saint François. Les débuts en furent assez modestes-,

mais

popularité du miracle, dont retentissaient tous

la

prendre bientôt à

les cloîtres

,

extension

considérable.

fit

clergé, les prélats, les milles, tinrent à

la

congrégation une

Les hauts

membres des

honneur d'en

dignitaires

du

plus nobles fa-

faire partie*. L'archi-

confrérie des stigmates de saint François se procura,

on ne

sait

comment, des

gouttes du sang précieux

qu'avaient répandu les plaies du grand docteur, plus

de

trois cent

cinquante ans auparavant, et, à

la

pro-

cession solennelle qui avait lieu le jour de la Saint-

Mallhieu, on portait ce sang dans une reille solennité était

fiole.

Une pa-

bien de nature à entrelenir une

aux stigmates, surtout dans un pays où les croyances agissent moins par leur caractère moral et

foi

vive

leur valeur dogmatique,

que par

la

pompe dont

elles

s'entourent et l'éclat qu'elles jettent aux yeux.

Sans doute, ce lut à saint

^

i\

fut l'efiét

d'une grâce divine qui va-

François l'insigne honneur des plaies du

llelvoi, Histoire des ordres inoiiastifjaeSy

t.

Vil, p. 3G5,


374

CHAPITRE

Sauveur. Mais

épreuve

puisque

,

en

c'était les

III.

même temps une

cruelle

stigmates sont achetés au prix

de grandes souffrances. Quel acte de repentir et d'expiation peut être plus efficace que celui où l'on répète sur soi-même

la passion

de Jésus? Lors donc qu'on

pouvait ne pas espérer être assez distingué de Dieu pour obtenir la faveur des stigmates, on devait du

moins

s'efforcer d'attirer sur soi les douleurs

cifiement

,

puisque

c'était l'acte

du cru-

le plus solennel

de

pénitence. Cette idée, qui avait déjà

des âmes pieuses avant fit

le

dû se présenter à miracle du mont Alverne,

des progrès, surtout dans les pays où

la tendance au mysticisme est plus prononcée, en Espagne et en Italie. La vie de divers mystiques nous fournit des

exemples de ces pénitences

terribles,

dans lesquelles

lui-même le supplice du crucifiement. Agnès de Jésus vit un jour lui apparaître un ange qui lui ordonna de se préparer à souffrir des l'extatique figure sur

douleurs plus grandes que jamais n'en avait éprouvées aucune créature, et le soir du même jour, lorsqu'elle était

couchée,

le

Dieu crucifié

sang. Soudain, elle

apparut inondé de fut dominée d'une forte déterminalui

tion de reproduire sur elle-même le supplice qu'elle

voyait infligé à son Dieu. Elle étendit ses bras, plaça ses pieds comme si elle avait été mise en croix-, puis,

s'imaginant sans doute ressentir la douleur du coup de lance, elle poussa un cri violent qui fit accourir les autres religieuses dans sa cellule. Celles-ci la trouvé-' rent en proie à cette extase douloureuse : « 0 mes'

chères sœurs! s'écria Agnès, priez pour moi, car mes souffrances dépassent mes forces. » On alla en toute


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS. hâte quérir son confesseur pleuré voir la

,

communion. Une

enfance

,

du

religieuse

Jeanne de Carniola

,

beaucoup

et, après avoir

à elle-même et fut en état de rece-

elle revint

Saint-Dominique

,

375

ordre de

tiers ,

qui

,

dès son

avait manifesté des dispositions extraordi-

naires pour la piété et

une tendance toute

particulière

un jour de vendredi saint à méditer sur les souffrances du Sauveur, prit tout à coup la pose du Christ en croix, et demeura ainsi

vers le mysticisme, étant

,

quelque temps dans un état de roideur cataleptique. Cette religieuse d'Orviète ressentait

avec celui dont

éprouvant mentalement

Un la

les

,

mêmes

la tête

célébrée,

la fête était

jour de Saint-Pierre, ses sœurs

pose d'un crucifié

vivement, en

que chaque jour

esprit, les souffrances des martyrs, elle s'identifiait

si

angoisses que

trouvèrent dans

la

en bas

lui.

,

comme

le saint

apôtre dans son martyre. Aujourd'hui encore, en Italie, il

n'est pas rare

de rencontrer, dans

les chapelles des cloîtres, des

les

éghses et

femmes qui prennent en

priant la position du Christ sur la croix

:

elles éten-

dent

les bras, inclinent la tête et se

faire

éprouver à leurs membres les douleurs du perce-

ment des

clous.

frappent de façon à

Ainsi immobiles, elles finissent par

tomber dans une extase cataleptique. M. Th. Gautier rapporte, dans son Voyage en Espagne qu'il trouva ^

une extatique de ce genre à l'église Sainf-Jean-deDieu de Grenade elle avait les bras étendus et en :

croix, roides

comme

des pieux

;

sa tête était renversée

en arrière, ses yeux retournés ne laissaient voir que le

blanc; ses lèvres étaient bridées sur

face était luisante et

les

dents; sa

plombée. M. Aug. de Saint-Hi-


376

CHAPITRE

III.

laire raconte,

dans son Voyage au disfrici des diaviants, au Brésil, qu'une extatique qu'il vit dans la Sierra da Piedade et du nom de sœur Germaine, ,

prenait tous les vendredis lattitude du Christ en croix. Ses membres se roidissaient , ses bras se croisaient:

demeurait souvent quarante-huit heures dans cet état de rigidité cataleptique. Les médecins ont noté elle

plusieurs cas de catalepsie extatique dans lesquels les

malades,

sous

l'empire d'une

préoccupation

reli-

gieuse, affectaient la pose du Christ crucifié. Telle était,

par exemple, une jeune

de treize ans, qu'observa au milieu du siècle dernier, dans les environs d'Alais, le docteur Privât. Dans ses crises, elle étenfille

en croix, d'une minute à l'autre, et s'éen patois: «Jésus! Jésus! ouvrez-moi les por-

dait les bras criait

tes

du paradis!

Un

cordonnier de Venise, nommé Matthieu Lovât, tomba, au commencement de ce siècle, dans un accès de frénésie religieuse, et alla jusqu'à se )>

crucifier réellement

avaient changé^ le

un

fou.

On

par mourir

le

avec des clous. Mais les temps pauvre extatique fut reconnu pour

guérit de ses blessures; toutefois

il

finit

Plusieurs convulsionnaires prenaient aussi dans leurs accès la posture du crucifix et d'étisie.

simulaient les douleurs de lire avai|^ été

la passion.

Ce genre de dé-

également provoqué par

les

pénitences absurdes qu'infligeaient certains prêtres à ceux dontils dirigeaient la conscience. Au siècle dernier, Bonjour, curé de Fareins, crucifia une fille, en présence de

quinze à seize personnes

,

et cette

malheureuse dut se

rendre à Porl-Royal, pieds nus, avec des clous dans les talons.


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

377

apparences d'une résignation profonde aux un volontés de Dieu, il y avait chez tous ces extatiques sentiment d'orgueil. Répétant sur eux le supplice de

Sous

la

les

passion,

ils

s'offraient

de nouveau en victimes ex-

péchés des autres, et croyaient ainsi atteindre aux mérites du Christ. Ce titre de victime expiatoire, non-seulement assurait leur salut, mais les piatoires

pour

les

proposait encore à l'admiration de tous comme des trésors de grâce et des vases d'élection. L'idée de de-

venir une victime d'expiation troubla le cerveau de plusieurs mystiques. On la retrouve dans les visions

d'un assez grand nombre de dévotes du seizième et du dix-septième siècle. Marie de l'Incarnation se voyait parfois plongée dans des flots de sang, qu'elle reconnaissait elle, à

pour être celui de Jésus-Christ, versé,

disait-

cause des péchés qu'elle avait commis; et alors,

pour être immolée en sacrifice à la place de son Sauveur. Catherine de Bar, qui pril le nom de mère Mochlilde, et qui élait née à Saint-Dié, en Lor-

elle s'offrait

raine, en 1619, fonda à Rambervillers

,

quarante ans

après, en 1659, un nouvel ordre monastique sous la règle de Saint-Benoît modiliée, avec le titre de Reli-

gieuses adoratrices perpétuelles du très-saint Sacre-

ment de était

Le caractère propre de ces religieuses donner comme des victimes en réparation

l'autel.

de se

des outrages

faits à

Jésus -Christ dans l'eucharistie,

répélilion journalière de la passion.

L'influence que

cet ordre singulier exerça sur quelque esprit faible est très-remarquable.

femmes d'un

Les victimes s'im-

posaient des rigueurs, des pénitences extraordinaires, et affectionnaient les actes ascétiques qui figuraient les


CHAPITRE horreurs de

III.

la passion. Plusieurs

une grande vertu à

la

dévots attachèrent

répétition de ce sacrifice, offert

en expiation de nos crimes.

Un certain DesmaretsSaint-Sorlin, soutenu par les jésuites, proposa sérieusement une armée de cent quarante mille victimes pour combattre les jansénistes de Port-Royal et renverser toutes les citadelles

du diable

*

!

L'enthousiasme qui faisait croire aux franciscains à un second avènement de Jésus-Christ, dans la personne de leur fondateur, et les meltait ainsi sur la pente d'une nouvelle religion différente du christianisme, se

reproduisit, vers 1732, à propos des victimes. Des rê-

veurs avancèrent que

second retour de Jésus-Christ serait précédé de l'immolation de victimes, dont le sang mêlé à celui du Sauveur apaiserait la colère le

La plus célèbre des femmes qui donnèrent dans ces extravagances, est mademoiselle Brohon, morte à Paris en 1778. Cette visionnaire avait, comme divine.

sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse et d'autres

mystiques connues, un mérite de style. Elle n'entra point dans l'ordre qu'avait fondé Catherine de Bar, mais ayant vécu en Lorraine, où les bénédictines du Saint- Sacrement étaient alors fort nombreuses, elle subit l'influence de ses idées. Elle parvint à exercer un véritable empire sur des gens distingués,

occupa de ses hallucinations et de ses prétendues prophéties une foule de membres du clergé et et elle

des personnes de

*

la

haute société. Ses visions avaient

Grégoire, Histoire des sectes religieuses, nouv. édit.,

p. 51 et suiv.

i.

u


^

la

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

379

plus grande analogie avec celles des stigmatisés.

Un

elle voyait Jésus-Christ lui

jour

son côté, en nuptial.

lui

:

Ne me cherche

cette place-, je

le calice

« "Voilà

»

Une

:

je t'ai

de lit

cédé

mes victimes le Jésus lui communibu sur le Calvaire.

sacrifié,

autre fois,

d'amertume

la plaie

ton tombeau, ton

plus sur la croix

ne serai plus

seront pour moi.

qua

disant

montrer

qu'il a

Mademoiselle Brohon représente

le

métaphysique des idées dont, vers

côté allégorique et

la

même époque ou

un demi-siècle plus tard, Colombe Schanolt, morte à Bamberg en 1787, Madeleine Lorger, morte à Hadamar, en 1806, Anne-Catherine Emmerich, à Dul-

men, quinze ans après, présentaient le côté physique. Dans le midi de la France, la propagation des mêmes idées fit apparaître dans la Provence une stigmatisée, celle

de Villecroze,

madame

Miollis, et l'histoire

de

Rose Tamisier ne semble pas étrangère à ces influences. Quant à fltalie et à l'Espagne, le mysticisme y avait toujours régné, et nous ne nous étonnerons pas de rencontrer encore au siècle, àOzieri,

commencement de

ce

en Sardaigne, une stigmatisée, Rose

Cerra, religieuse capucine.

Les exemples de stigmatisation sont donc assez fréquents dans

l'histoire

du mysticisme.

mène surprenant, mais pays

si

difficile

nombreux, de

le

à de

C'est

un phéno-

qui s'est reproduit dans des si

courts intervalles, qu'il est

révoquer en doute.

A

la

mort de

saint

François, plus de cinquante religieux purent toucher

de leurs mains, sur

le

cadavre du grand docteur, l'em-

preinte mystérieuse des cinq plaies;

le

pape Alexan-

dre IV et plusieurs cardinaux déposèrent de ce miracle


CHAPITRE

'^iiO

comme

III,

témoins oculaires, Le célèbre Pic de

la

Miran-

dole vit lui-même l'empreinte de

la couronne d'épines que portait sur son crâne sainte Catherine de Raconisio, et il nous en a laissé une description. C'était

une sorte de

sillon qui faisait le tour

profondeur

de

la tête et

dont

grande pour que le doigt d'un enfant pùt y entrer. Les bords étaient relevés en un bourrelet charnu qui répandait du sang et causait à la la

était assez

sainte les plus vives douleurs. Pierre de Dacie

donne de

nous

couronne d'épines empreinte sur le front de Christine de Stumbelen une description analogue

On

la

pourrait douter de l'exactitude de ces témoignages,

qui datent d'une époque de crédulité; mais au

mencement de ce

siècle,

en 1813,

le

com-

célèbre comte de

Stolberg visita Anne-Catherine Emmerich, et nous a laissé une description de ses stigmates, description qui est d'ailleurs

confirmée par

la relation

qu'un médecin

a publiée, dans un journal de Salzbourg, des phéno-

mènes observés chez

cette extatique. Voici

maintenant

ce qu'un voyageur prussien, éclairé et non prévenu,

M. E. de Hartwig, nous rapporte dans

ses

LeUres

su?-

Tyrot^ publiées à Berlin, en 1846, dès deux stigmatisées de cette contrée « Marie de Mœrll, religieuse le

:

du

ordre de Saint-François, a été marquée des stigmates au commencement de l'année 1834. Le sang tiers

coule quelquefois de ses plaies tout pendant

la

semaine sainte

le

vendredi, mais sur-

et le jour

de

la fête

des

Stigmates de saint François. Ces plaies ont pu être vues de tout le monde car les étrangers ont été long-,

i

Bolland., Act, Sanctor.^ 22 jun.,

p.

456, 450.


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

àHl

^

Vadtemps admis, sans aucune difficulté, à la visiter. » porte dolorata de Capriana, Maria Domenica Lazzari, aux pieds et les stigmates non-seulement aux mains, au côté, mais

encore sur

elle offre

le

front l'empreinte

couronne d'épines. Un ecclésiastique distingué, Enfin, M. Vabbé de Cazalès, a vu et touché ses plaies. l'existence plusieurs contemporains ont aussi attesté Crescenzia des stigmates de l'extatique de Tcherms,

de

la

et Niekiutsch, dont la stigmatisation s'opéra en 1835, qui présentait aux quatre membres, au front et au

côté, des taches sanguinolentes.

On

a,

du reste, publié sur

les stigmatisées

contem-

poraines divers écrits, entre lesquels nous citerons

ceux de M. L. Boré de se

les

procurer

;

et

de l'abbé F. Nicolas.

et

si

le

11

est facile

caractère respectable des

auteurs de ces écrits permettait de mettre en doute leur véracité, on ne pourrait supposer qu'ils se fussent

exposés à recevoir un démenti

Nous devons cependant

facile.

faire

remarquer que

la cré-

dulité des personnes pieuses qui ont visité les extati-

ques du Tyrol ou d'autres, que l'imagination des biographes ont pu exagérer le miracle des stigmates. Ce que

nous savons de

la

stigmatisation de saint François nous

preuve. C'étaient desimpies ulcérations-, mais bientôt, afin de rendre la merveille plus grande,

en est bien

la

on avança que

les têtes

des clous se voyaient bien mar-

quées aux extrémités, au dedans des mains et au-dessus des pieds, et que les pointes, repliées de l'autre côté, étaient enfoncées dans la chair. clins

Des esprits en-

au merveilleux se hâtaient de crier au miracle,

et trouvaient à

de simples boutons, à des furoncles ou


382

CHAPITRE

III.

à des excroissances naturelles, une analogie avec les

du Sauveur. Ne vit-on pas à Ségovie le corps du bienheureux Jean de la Croix devenir, en 1591, plaies

l'objet

de pareilles illusions? Les

fidèles s'imaginaient

voir apparaître sur son cadavre des figures miraculeuses de crucifix, d'anges, de vierges, de colombes,

images que de plus clairvoyants déclaraient ne pas apercevoir du tout ce qui n'empêcha pas à Rome de 5

proclamer ce

fait le

miracle des miracles. La ruse et

la

fraude eurent aussi leur bonne part dans toutes ces merveilles.

Entre plusieurs de ces extatiques qui ont excité la dévotion des fidèles, à

manes religieux qui sont aujourd'hui maisons de santé,

il

bien petite distance à franchir. froid la relation qui

fort

une époque d'igno-

rance et d'universelle crédulité, et certains

asiles et les

si

n'y

a,

traités

mono-

dans

les

en vérité, qu'une

Quand on

nous a été donnée des

lit

de sang-

visions, des

phénomènes bizarres dont ces personnages étaient incessamment assaillis, il est impossible de n'y pas reconnaître une véritable maladie sensations étranges, des

mentale, développée à

la

suite

d'extases répétées,

d'abstinences prolongées, de rigueurs et de pénitences

au corps sans modération, de façon à déranger toute l'économie; de méditations obstinées sur les faits infligées

surnaturels, qui finissent par tourner en idées fixes.

Sainte Gertrude

,

sainte

Royer, dite sœur de

mais

la folie est

Rose de Lima, Jeanne

la Nativité,

le

sont dans ce cas;

encore bien plus manifeste chez une

des plus célèbres stigmatisées

Stumbelen, morte en 1312,

,

sainte

et qui reçut

Christine de

à

la fois les


383

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS. Stigmates de

la

croix et ceux de la couronne d'épines

Cette visionnaire croyait éprouver, toutes les nuits, les

comme, plus tard, jeune Anne-Catherine Emmerich se croire

peines du purgatoire, absolument

on

vit la

en commerce avec séjour.

Il

âmes qui habitaient ce

les

semblait à Christine qu'on

clous aigus dans le corps

mons

l'enchaînaient et

lui entrait

des

que

dé-

elle s'imaginait

^

la

triste

plongeaient dans

les la

poix

bouillante; elle entendait leurs éclats de rire infer-

naux et

se sentait martelée par

eux;

elle voyait

des ca-

davres d'où s'échappaient des vers, et des serpents, des

crapauds, que des diables, disait-elle, plaçaient sous ses yeux. Ces

animaux impurs venaient

lui

mordre

nez, les oreilles, les lèvres, et jusqu'à ces parties

corps qu'ils dévorent sur

les bas-reliefs

le

du

de l'abbaye de

Moissac. Elle sentait ces hideux reptiles pénétrer en sifflant

dans ses parties

les plus secrètes, et était in-

fectée par l'odeur elîroyable

que

les

démons répan-

daient autour d'elle. Il

ici

est impossible

de s'y méprendre,

en proie aux accès

les

et d'aliénation mentale. elle cette

la sainte était

moins équivoques d'hystérie

Nous retrouvons

aussi chez

succession de sentiments opposés, ces accès

d'amour violent, ces sécheresses fonds dont se plaignent

la

et ces

plupart des

dégoûts pro-

femmes mysti-

ques, et qui, dans ce sexe, sont un des caractères, un

des symptômes des désordres nerveux. Anne-Cathe-

vif

^

Emmerich, qui

généralement remplie d'un sentiment de charité pour tous les hommes et con-

rine

était

Bolland., Act., xxii jun., p, 43:2 el suiv.


^^'^

CHAPITRE m.

sacrait sa vie à expier leurs péchés, se trouvait parfois saisie d'aversions

insurmontables et non motivées et ce qui achève de prouver la perturbation mentale, ;

c'est qu'elle accusait,

comme

certains fous,

une per-

sonne invisible d'être toujours présente devant elle, remplie à son égard de toutes sortes de mauvaises dispositions, cpuoiqu'elle n'eût jamais entretenu avec cet inconnu des rapports d'aucune sorte. De pareilles visions, accompagnées dhalUicinations des sens, se

rencontrent à peu près chez toutes leur état fut

pour des

si

maladif, qu'on

les stigmatisées, et

les prit plus

d'une

fois

qu'en conséquence on les exorcisa. La bulle de canonisation de sainte Marguerite de Cor-

tone,

folles, et

émanée du pape Benoît Xlil, déclare que

cette sainte, rendue participante des douleurs de JésusChrist, conformément à ses ardents désirs, était quel-

quefois aliénée de ses sens, et tombait dans un état pareil à celui de la mort. Dans une de ses extases,

on

vit celte fille

comme

grincer des dents, se rouler et se replier un ver, au milieu de l'église même, en pré-

sence d'un grand concours de peuple, tint

si bien qu'on la pour une possédée. Durant cet accès d'épilepsie,

Marguerite

assistait

en pensée à

scène de la passion. Saint Jérôme, dans une de ses lettres où il nous décrit la

voyage de sainte Paule en Palestine,

le

cite des

con-

vulsionnaires pareils qu'on rencontrait au tombeau des prophètes et des patriarches. Maria de Mœrll*, l'exta-

Voy.

les

Stigmatisées du Tyrol

, ou l'Extatique de Kaldern de Capriana, relations traduites de l'italien, de l'anglais et de l'allemand, par Léon Boré; 1845, in-18.

»

et la patiente


385

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

d'une tique de Kaltern, était attaquée depuis sa jeunesse maladie nerveuse et d'accès hystériques. En 1833, elle présentait les

phénomènes

les plus bizarres et les

des clous, des aiguilles, des morceaux de verre, qu'elle avalait dans des accès de délire et à son insu, lui sortaient ensuite par diverses parties du plus maladifs

:

,

On

corps.

l'exorcisa, et elle fut, dit-on, délivrée de

ces apparitions démoniaques. N'y avait-il pas de plus,

quelque fraude? Quant à moi, j'incline à le penser. On découvre bien souvent chez ces extatiques, et tel était le cas pour les convulsiondans ce dernier

fait,

naires, des supercheries auxquelles elles ont recours,

dans

le

but d'augmenter l'élonnement du public et

d'accroître ainsi leur réputation de sainteté. fois.les

confesseurs de ces

comme

jongleries, tout

quemment de

leurs

filles

les

Que de

ont été dupes de leurs

magnétiseurs

le

sont fré-

somnambules! On pourrait

citer

bien des exemples de ces mystifications pieuses faites

aux personnes

les plus graves.

Nous rappellerons à

ce sujet la fameuse demoiselle Rose, dont l'histoire

nous

est

racontée par Saint-Simon. Cette béate

à

extases et à visions en avait imposé à beaucoup de

gens et des plus distingués; opéré des miracles, et choses

il

elle

passait

circulait sur son

pour avoir

compte

les

les plus merveilleuses-, l'ascétisme qu'elle af-

fichait était incroyable,

et à ces démonstrations de

vertus austères elle joignait une parole empreinte

d'une certaine éloquence. Le cardinal de Noailles, instruit

de ses intrigues,

finit

par la chasser du dio-

cèse de Paris. Plus anciennement, dans le traité

célèbre Gerson,

Sur

les

Vérités nécessaires

au 22

du

salut^


386 il

CHAPITRE

femme de Savoie dont

le

procès

Bourg en Bresse. Cette friponne

s'était

est question

fut instruit à

III.

d'une

jouée pendant longtemps de

de

la simplicité et

la

dé-

votion du clergé de son pays; elle avait des visions-, elle

tombait dans de fréquentes extases, durant les-

quelles elle entrait, rich

A

comme Anne-Catherine Emme-

en commerce avec

,

les

âmes du purgatoire.

force de prières, elle obtenait tous les jours la

délivrance de quelques-unes de ces âmes.

bons qu'elle déposait sur son pied les

douleurs vives qu'ils

les fois la

Deux char-

l'avertissaient, par

lui faisaient

éprouver, toutes

qu'une âme se rendait en enfer. De

plupart des extatiques, cette

une abstinence extraordinaire, stancié qu'on

fit

d'elle

une maladie nerveuse

fille s'était

et

même

que

soumise à

l'examen circon-

prouva qu'elle

était

en proie à

et attaquée d'épilepsie. Aussi le

chancelier de l'Université de Paris, qui avait reconnu,

par sa propre expérience, que beaucoup de ces visionnaires et de ces extatiques n'étaient autres que de

rusées

monomanes ou

des intrigantes sujettes aux va-

peurs, écrivit-il un traité Su?- la Distinction des vraies et des fausses visions. Il

y propose une théorie

,

fort

temps, des hallucinations, et y fait des réflexions judicieuses sur les effets du jeûne, de l'absavante pour

le

stinence, de la maladie et des nerfs dans la production

des visions. L'idée de simuler sur son corps ces plaies

que

le

mêmes

Christ reçut au Calvaire était déjà venue

à un imposteur, deux ans avant le miracle du

mont

En 1222, au concile d'Oxford, on avait condamné, comme faussaire, un personnage qui portait

Alverne.

empreints aux pieds, aux mains et au côté,

les stig-


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

mates de Jésus-Christ. Personne n'a oublié

la

387

fameuse

de Rose Tamisier, qui occupa un tribunal du Vaucluse au mois de septembre 1851. Rose était conaffaire

nue depuis longtemps par sa vie mystique,

et sa

phy-

sionomie rappelle d'une manière frappante ce qui nous est dit des extatiques stigmatisées. Elle portait sur la

poitrine des stigmates qui rendaient

maient sur

du sang, impri-

qu'on y appliquait des images mystérieuses, et, au dire même du curé de Saignon, le linge

y dessinèrent un jour une les

figure de la Vierge. Toutes

circonstances de cette affaire curieuse ont dénoté

en Rose Tamisier ce mélange de dévotion, de ruse, d'intrigue et d'exaltation, qu'on retrouve chez d'autres mystiques bien célèbres

coque,

madame Guyon, Marie

:

Ala-

madame

de Krudner, sans compter mademoiRrohon, dont il a déjà été question, et cette

selle

fameuse voyante de Prevorst, Frédérique Hauffe, qui avait persuadé à Rerner qu'elle parlait la langue du temps des patriarches mystifia Mayer, Eschenmeyer ,

et J.

Gœrres. C'est

espagnol 11

dans

Medio de

cas d'appliquer le proverbe

le

y medio de picaro. faut donc accorder une certaine part à :

le fait

de

la

loco

la

fraude

stigmatisation. Entre les extatiques

qui viennent d'être citées, peut-être s'en trouvait-il aussi qui s'étaient fait elles-mêmes, sans le savoir,

dans des accès de délire,

les

taient; et, en agissant ainsi

semblablement exécuter

la

jouets d'une hallucination

mates par

,

,

stigmates qu'elles porelles s'imaginaient vrai-

volonté de Dieu, ou être

même,

marquées de ces

l'action des rayons célestes.

Il

stig-

n'est pas rare

de voir des aliénés, en proie à des monomanies

reli-


,

388

CHAPITRE

III.

gieuses, supposer que les objets qu'ils ont entre les mains leur ont ét»^ remis par des personnages surnaturels,

ou

en ont reçu des blessures, des coups, des empreintes qui ne sont dues qu'à la maladie ou à qu'ils

leurs propres

égratignures.

C'est

déjà

ce qu'avait

signalé dans l'antiquité Arétée de Cappadoce.

Cer-

«

médecin grec, se font des blessures, croyant, dans leur pieux délire que les dieux exigent tains fous, dit ce

,

d'eux ce sacrifice.

»

La

supposition que les stigmates

ont été souvent l'œuvre des stigmatisés eux-mêmes, trompés par une hallucination, est d'autant plus admissible, que nous venons de voir constatés chez

eux

symptômes de l'hypocondrie, de l'hystérie, des maladies nerveuses les mieux caractérisées et jusqu'à de la foHe. M. E. de Hartwig, lorsqu'il vit l'extatique les

de Kaltern plète. Ses

,

la

trouva dans un état de catalepsie

yeux

com-

étaient fixes et sans mouvement-, ses

mains étaient croisées sur

la

poitrine, suivant la

ma-

nière de prier du Tyrol-, ses doigts très-serrés les uns contre les autres, et son corps demeurait incliné en

avant, dans

la

posture

commode. Après

la

moins naturelle

et la plus in-

un quart d'heure le voyageur allemand remarqua en elle des mouvements convulsifs qui furent suivis d'une sorte de râle dont rintensité

l'avoir considérée

s'augmentant. Marie de Mœrll restait presque constamment dans cet état de crise allait

dont prétendait cependant pouvoir seur, le P. Capistran^ c'était

la tirer

son confes-

un moine qui

offrait les

dehors d'un véritable ascète de l'Orient, et qui exerçait sur elle, depuis 1833, un empire absolu très-analogue à celui que les magnétiseurs prétendent avoir


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS. sur leurs somnambules.

389

Quand l'extatique cessait d'être

plongée dans cette demi-insensibilité, elle ne parlait à personne hormis au P. Capistran, et son intelligence semblait être tombée dans un état voisin de l'eniance ,

r,

car elle n'avait d'autre occupation, pendant ses retours

à la vie externe, que de jouer avec des tourterelles.

La stigmatisation

est

donc

l'effet

d'une maladie,

d'un trouble général de l'économie. C'est la conséquence d'un dérangement mental dû à une surexcitation dé la contemplation religieuse

,

aux abus de

l'ab-

stinence et de l'ascétisme chez des constitutions déjà

prédisposées aux désordres de l'innervation. Or, dans toutes les aliénations mentales

,

le

moral exerçant une

action puissante sur le physique, les idées, l'ai fait

observer au

commencement de

comme je

ce chapitre,

réagissent sur les organes et y portent, pour ainsi dire,' la perturbation à laquelle elles sont en proie. Les per-

sonnes à imagination vive, à constitution nerveuse,

beaucoup plus aptes à présenter ces réactions du moral sur le physique. On a vu bien souvent des maladies contractées ou guéries sous l'empire d'é-

délicate, sont

molions profondes, d'espoirs ardents ou de craintes terribles. Les cures nombreuses qui se sont opérées et s'opèrent encore dans les pèlerinages près des reliques celles

-,

qu'on obtient quelquefois par l'attouchement d'a-

mulettes ou la récitation de certaines paroles ; cellesdont les

anciens furent redevables à leurs oracles, tout comme

celles qu'obtinrent des charlatans

Greatrakes

,

du nom de Yalentin

Gassner et Cagliostro sont de cet ordre.

Ces guérisons ont été opérées depuis par des charlatans

du

même

caractère, et quelques-uns de ceux qui 22.


CHAPITRE

III.

ont éprouvées, disent avoir ressenti une commotion subite, au moment où le mal a disparu. Les philosophes me semblent donc avoir révoqué indûment en les

doute

miracles de cette nature opérés aux tombeaux des saints. Ce sont surtout les afifections nerveuses qui sont susceptibles de pareilles guérisons soudaines.

Mais

les

mêmes ont pu aussi les La commotion physique due à l'émotion les estropiés

peut avoir eu

les

mêmes

effets

que

les

obtenir.

morale

pratiques de

certains rebouteurs, qui

parviennent quelquefois à faire ce que des chirurgiens exercés déclarent impos-

Dans

sible.

cette catégorie

de cures miraculeuses

se placent les guérisons opérées par l'attouchement

de

la Sainte

1

Voy. Lélut,

Épine prises par les jansénistes pour une preuve irréfragable que Dieu approuvait leur doctrine'. On ne manque pas en général d'exemples'» de

«

V

Amulette de Pascal, note xxii, p. 347 etsuiv. Marsile Ficin rapporte que certains malades furent guéris

en touchant des ossements d'animaux qu'on supposait être des reliques Pierre Pomponace {De Incantationibus, p. 56, 57) relève des faits analogues. Déjà dans Grégoire de Tours ;

{Hist.

Franc,

JX, vu) on trouve racontée l'histoire d'un certain Didier, de Tours imposteur qui guérissait les paralytiques et les

perclus. prodiges et les miracles du nécromant sur le compte du diable. On pourrait réunir un grand nombre de faits ,

L'Iiislorion

met

les

propres à démontrer les elTets thérapeutiques des émotions vives et de l'imagination. On en voit un curieux exemple dans \q%

moires de

madame

de Genlis,

t.

de non moins frappants dans

la

IV

,

p.

242.

On en trouve

Mé-

cités

Neurypnology de J. Braid, dans l'ouvrage de Petligrew, intitulé On Superstition connccted with the history and practice of médecine and surgery (London, 844). C'est à une cause analogue qu'il faut rapporter, comme l'a mon1

tré ce dernier, le

fameux don de guérir des écrouelles, dont


391

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

nature à démontrer

puissance thérapeutique 'des

la

émotions vives et de l'imagination sur

me

le

corps

K Je

borne à emprunter celui-ci au physiologiste F. Bonucci

lien

:

Une jeune

«

environs de Milan, conçut un

fille

tel

ita-

de dix ans, des

chagrin de se voir

séparée de sa mère qui était entrée à l'hôpital de Milan pour s'y faire traiter, qu'étant elle

tomba sans connaissance

un jour à

et fut prise

l'église,

de délire, puis

de paraplégie. La dernière affection se montra rebelle à tout traitement. L'enfant demandait avec instance à voir sa mère. Cédant à ses prières, le tit

médecin consen-

du lit de celle-ci. La paralypas plutôt amenée dans l'hôpital de

à la faire porter près

tique ne

fut

Milan, en présence de qu'elle

lui

la

sauta au cou,

baisers, et tous

personne qu'elle la

chérissait,

couvrit de caresses et de

symptômes de paraplégie dispa-

les

rurent'. » C'est à cette classe de tion

du moral sur

tisation.

On

le

phénomènes produits par l'ac-

physique qu'appartient la stigma-

a vu des individus s'imaginer en rêve

recevoir des blessures, des coups, être atteints de ladie, et le

lendemain, à leur

réveil,

ma-

ou quelques jours

après, sous l'empire de cette persuasion, des ulcérations ou des traces d'inflammation se manifestaient sur

étaient en possession les roistle France et d'Anglelerre. Cf. Choulanl, Die

Heiiung der Scrojeln durch Kœnigshand, Dresde, 1855,

in- 40. 1

Voy. ce que je dis à ce sujet dans

meil et les Rêves, 2

sur

le

Som-

p. 504..

F'mologia e patologia delV anima

(Florence, 1852).

mon ouvrage umana

,

t. II

,

p. 4S,

46


392

CHAPITRE m.

de leur corps qu'ils supposaient avoir été

les parties

attaquées. Les solitaires de la Thébaïde et quelques

sur leur peau les marques

visionnaires montraient

rougeâtres

laissées

par

démon ou de

fouet du

le

l'ange qui les avait châtiés. Sous l'influence de l'imagination, par

un

à l'endroit où

le

effet

de l'attention,

le

sang se portait

M. He-

visionnaire s'était cru frappé.

chorée, nous

cker, dans son

curieux travail sur

apprend que

prétendues cicatrices laissées par

les

morsures supposées de

la tarentule,

la

les

changeaient de

couleur lors des accès nerveux*. Le célèbre physiologiste

Burdach note que

bleue sur

le

corps d'un

l'on vit

homme

une contusion en

avait reçu

un jour une tache

venant de rêver

cet endroit.

qu'il

De même,

ceux qui s'imaginaient avoir été lutinés pendant leur sommeil par un démon succube, donnaient, comme preuve de la présence de cet incommode camarade de ht, des taches violacées dues à l'afflux du sang, et que les auteurs qui

gnées sous

le

ont écrit sur

nom

la

démonologie ont dési-

de sugillationes. Lorsque

les

con-

tombeau du diacre Paris, la pose du Christ en croix, on voyait souvent leurs extrémités devenir rouges, la paume de leurs mains s'enflammer, une sorte de stigmate passager accom-

vulsionnaires prenaient, au

pagner cette mauvaise parodie de suffi

que

les extatiques fixassent

la Passion.

Il

a

habituellement leur

pensée sur ces plaies tant désirées, pour que le sang y affluât. C'est ce qu'avait déjà supposé, au seizième ^siècle, Pierre

»

Pomponnée,

Annales d'hygiène publique,

lorsqu'il admettait

t.

XII, p. 360.

que

les


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

393

l'ardeur stigmates de saint François étaient un effet de laquelle de son imagination.. Et telle est l'explication à

un des plus savants théologiens de l'Allemagne, M.A.Tholuck, dans un traité spécial sur les mirasuffit cles de ce genres J'ai remarqué plus haut qu'il souvent de concentrer son attention sur une partie de s'est arrêté

son corps, avec l'idée qu'on en souffre, pour y faire naître une véritable douleur, et cela a d'autant plus facilement lieu, qu'on est plus disposé à l'hypochondrie

ou qu'on

est sujet

aux rhumatismes

et à la névralgie.

Certaines personnes parviennent à déterminer des fourmillements dans les doigts ou d'autres parties de leur corps, en y fixant leur pensée. Un médecin anglais distingué, le docteur Elliotson, a recueilli un assez

grand nombre de faits de ce genre*. Que ce soit de la même façon que les stigmates se produisent, c'est ce qui résulte du témoignage même des stigmatisés. Ces derniers nous apprennent que c'est par une concentration puissante de leur peusée sur les stigmates, par

une application réitérée de la contemplation des plaies du Sauveur à leur propre corps, qu'ils sont parvenus à en être marqués. Chez les femmes, le phénomène se conçoit encore plus faciloment, et c'est ce qui explique pourquoi elles

nous en offrent de beaucoup plus nombreux exemples. 1

TJeber die

Wunder der

misc/ite Sc/iriften,

comme on

l. 1,

le faii ici, la

el d'Ânne-Callierine 2

\oy.

women,

Tli.

106

et suiv.

M. Tholuck

a expliqué,

sligmalisaiion de saint François d'Assise

Emmerich.

Laycock,

ch. x, p.

p.

katholischen Kirche, dans ses Ver-

HO.

A

Treatise

on the nervoiis deseases of


«J^-*

CHAPITRE m.

C'est surtout chçz elles

que l'on a remarqué cette faculté de vivre des mois, des années sans prendre aucune nourriture, faculté signalée dans la vie de divers extatiques. Sainte Euphrasie, après avoir été tentée par

le

Ce qui

démon ^ demeura

sept jours sans

manger.

est rapporté

de saint Albert et de Nicolas de Flue se retrouve dans la biographie de plusieurs des femmes dont il sera question plus loin. Déjà, au siècle dernier, Lardillon avait

communiqué à

l'Acadé-

mie des sciences* de curieuses observations

faites sur Christine Michelot, qui, durant trois années, vécut sans prendre d'aliments, ne buvant que de l'eau,

et

qui fut guérie de ses infirmités, quand ses mois eurent repris leur cours.

Des anomalies

tomac se

dans

pareilles

les fonctions

de

l'es-

lient d'ordinaire à

une perturbation générale, continue ou rémittente, de l'économie dont les symptômes varient pour chaque malade. Il est à noter en effet que presque toutes les extatiques ont été dans un état de désordre physique qui ne permettait pas aux fonctions réguHères de s'accomplir; les sécréde sang étaient supprimées et prenaient, en certains cas, le cours des stigmates. tions, les pertes périodiques

Tous

les

médecins savent que

la folie est aussi fré-

quemment déterminée par la même cause. Lorsqu'une émotion vive ou un effet physique a amené chez la femme la suppression des fonctions périodiques, toute l'économie est troublée. « Alors des organes, dit un

'

Voy. Bolland. Act. sancfor,

«

Voy,

x\i

mart., p. 270.

V Histoire de V Académie des

sciences,

pour 1756,

p, 49.


t

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

médecin auquel on doit un

travail sur ce sujet,

M. Bou-

chet, qui, dans l'étal physiologique, n'avaient liaison directe

avec

395

aucune

cerveau, lui communiquent,

le

par un rapport sympathique qui s'établit entre eux,

évidemment le cas dans la stigmatisation. Les phénomènes de l'hystérie et de l'hypochondrie, fréquemment accompagnés de leur propre inflammation. » Tel est

délire, présentent des formes

si

bizarres et

si

multi-

ples, qu'ils déroutent tous les jours les médecins.

maladies

les

Les

plus étranges sont simulées^ la puissance

de certaines facultés physiques ou morales est portée à un degré extraordinaire, et la sensibilité tellement exagérée ou pervertie, qu'on a pu croire à des sens

nouveaux, à

la vision

par l'épigastre, à

la puissance divmatoire et au don des miracles. Voilà ce qui nous explique pourquoi des facultés de ce genre sont attri-

buées aux extatiques

comme aux somnambules

leptiques. Des personnes

connaissances médicales

cata-

dépourvues de critique et de ,

avides de merveilleux et

toujours prêtes à admettre ce qui est en dehors du sens commun, se hâtent de propager ces prétendus prodiges, qui viennent grossir les Uvres, et, une fois

imprimés, prennent ragies ont précédé

,

d'un

l'autorité

fait.

chez presque tous

l'apparition des plaies.

Après que

le

Des hémor-

les stigmatisés,

miracle eut été

opéré, les pertes de sang disparurent. J'ai dit plus haut

que chez

les

hagiographes

,

il

est

parfois

d'extatiques qui répandaient du sang. Ainsi

que

question

j'ai

rappelé

Chronique de Frodoard rapporte l'histoire d'une toute jeune fille nommée Ozanne, du canton de Vela

zelay, laquelle était sujette à des visions et demeurait


CHAPITRE

396

III.

souvent sans mouvement, durant toute une semaine, suant du sang, de façon que son front et sa figure en étaient inondés. Les détails qu'ajoute le chroniqueur

rappellent d'une manière frappante ce que nous savons

de l'extatique de Kaltern. Toutefois, le désir pouvait n'être pas assez puissant

ou

le

désordre de l'économie assez complet pour que

les stigmates se produisissent à l'extérieur.

d'extatiques, parmi lesquels

il

Nombre

faut citer Ursule Aguir,

de Valence, Hieronyma Caruaglio, Madeleine de Pazzi, Mechtilde de Stanz, Columba Rocasani, éprouvèrent les

douleurs du crucifiement ou de

la

couronne d'é-

pines sans en présenter les marques. Dans leur délire, ces extatiques s'étaient imaginé endurer les tortures

que

le

mêmes

Sauveur, et, sous l'empire de cette

croyance, des douleurs analogues à celles que détermine l'hypochondrie persistèrent durant le cours de leur vie. D'autres extatiques furent plus heureux ils gardèrent la marque des plaies du Sauveur, sans :

cependant

les présenter toutes.

Les uns ne portaient

sur le front qu'une cicatrice imparfaite de la couronne d'épines.

Tel était le cas pour la sœur Catherine

1619 en Italie, et pour Amélie Bicchieri de Verceil. La religieuse augustine Ritta de Cassia ne présentait au front que quelques bouCialina, qui vivait vers

tons, bien qu'elle eût éprouvé souvent au la

pied de

croix les douleurs du crucifiement. D'autres n'a-

vaient que quelques-unes des cinq plaies. Le franciscain Jean Graio

ne reçut qu'aux pieds

des clous. Robert de Malatesta, de '

de Rimini, et qui

laissa les

la

la famille

marque princière

grandeurs pour prendre


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

397

rhabil du tiers ordre de Saint-François, n'avait été Stigmatisé qu'à la figure;

comte Arias de Lagavedra, la

Blarica

Gusman,

n'offrait qu'à

fille

du

un seul pied

divine empreinte, et les mains n'avaient point été

non plus stigmatisées chez l'extatique Catherine

,

de

l'ordre de Cîteaux.

Par contre,

si

les stigmates n'étaient pas

complets

chez certains extatiques, on les trouve plus que plets chez d'autres.

com-

Les hagiographes rapportent de

plusieurs stigmatisés qu'ils portaient sur diverses ré-

gions du corps des empreintes tenues pour merveilleuses.

ces

La patiente de Capriana

mêmes

offre aussi sur les reins

ses

mem-

du Var, madame Miollis,

portait

ulcérations dont sont

bres, et la stigmatisée

sur la poitrine, aussi bien qu'à la

marqués

paume des mains

et

au dos des pieds, des plaies sanguinolentes. Cette plaie de la poitrine, dans laquelle des gens prévenus ont cru reconnaître la forme d'une croix, s'observait également chez Anne-Catherine Emmerich, qui prétendait l'avoir reçue

de Jésus-Christ, un jour de Saint-Augustin, lorsqu'elle était ravie en extase et les bras étendus. Ce stigmate laissait couler une lore et brûlante.

Des empreintes du

signalées chez d'autres extatiques.

Il

humeur

inco-

même genre est

sont

probable que

f on avait examiné avec attention le corps de tous les stigmatisés, on aurait retrouvé bien souvent des si

ulcérations ou des pustules

toutes

semblables aux

stigmates, répandues sur diverses de ses parties et dues à leur état maladif. Mais ceux qui cherchaient le miracle n'ont tenu compte que de ce qui figurait

à

leurs

yeux

les plaies

du Sauveur. 23


CHAPITRE m.

398

Une

diapédèse établie

fois cette

périodique de

la

volonté

,

,

sous l'influence

peut-être aussi des

extérieurs aidant, et, chez les

femmes, sous

moyens celle des

pertes mensuelles, un afflux de sang revient à des

époques régulières. C'est ce qui nous explique pourquoi les plaies des stigmatisées coulent généralement le

vendredi ou à des fêtes anniversaires qui rappellent

le

supplice delà passion. Ces jours-là, la méditation

sur les souffrances

du Sauveur

est plus exaltée et la

préoccupation mystique plus complète. Nous voyons

que

les extatiques qui

enduraient

les souffrances

de

Jésus-Christ, sans en porter cependant les marques,

avaient généralement

un retour de douleur

les

ven-

dredis.

Ce sont des procédés

amené

qui doivent avoir tique dont

il

le

fille,

du

les stigmates

est question

de Loyola. Cette

45o0, par

et des causes

dans

la vie

même

genre

chez une exta-

de saint Ignace

qui avait été examinée, vers

moine dominicain Reginaud, tombait

dans des accès de catalepsie durant lesquels privée de toute sensibilité; elle demeurait

elle était

comme une

morte, bien qu'elle entendît encore quand on l'appelait, et

pût, dans ce cas, revenir à la vie. Elle portait

sur son corps les stigmates du Christ, pour lequel elle ressentait

avec

lui

,

diceres^.

un

amour, qu'elle semblait s'identifier ut in Christum ipsum amore transformatam

Sa

si

tête présentait aussi la

ronne d'épines

'

vif

,

et ses plaies,

marque de

la

cou-

au témoignage de son

Vita altéra S. Ignatii Loyolœ, ap. Bolland., Act. Sanct.f

XXXI juU,

p. 767,


399

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

père et de tous ceux qui l'entouraient, rendaient du

sang de temps à autre. La conduite ultérieure et le caractère de cette extatique n'ayant point répondu à ce que promettait un pareil miracle

,

saint Ignace de

Loyola, qui ne pouvait s'expliquer que Dieu eût choisi

pour

de sa grâce une personne

les trésors

si

indigne

compte du démon. Un religieux trappiste, qui est en même temps médecin, M. Debreyne, nous a donné dans son Essai sur mit

les

stigmates sur

la théologie et la

le

morale dans ses rapports avec la vhysiologie

médecine^

le récit

d'un

fait

analogue.

les observations

précédentes,

temps combien

ruse est venue

la

et

11

corrobore

prouve en

même

fréquemment au se-

cours du miracle. L'aumônier de l'hospice d'un de

nos départements du nord consulta, en 1840,

le

père

Debreyne sur l'état extraordinaire que présentait une jeune tille de dix-huit ans. Elle portait les stigmates au sein et aux pieds, et de ses plaies coulaient, tous les

vendredis, quelques gouttes de sang. Mais

duite peu exemplaire de cette

de

la

fraude, et

il

était

fille faisait

la

con-

soupçonner

à croire qu'elle était elle-même

l'auteur de ces plaies miraculeuses.

Dans

assurer, on appliqua sur son pied

un

serra fortement et qui fut cousu

pour mieux cons-

,

le

but de s'en

linge

que

l'on

y toucherait; on mit sous cette bande une hostie non consacrée, de façon à empêcher qu'on ne perçât le linge avec une épingle ou une aiguille. Le tater

si elle

vendredi

soir, le petit appareil fut levé, et

il

fut trouvé

parfaitement intact, mais on remarqua que avait coulé de la plaie. plaies présentaient le

Il

y

même

le

sang

deux ans que ces phénomène, et il était

avait


400

CHAPITRE m.

dès lors

de nier une stigmatisation

difficile

réelle.

prétendu miracle venaient se joindre

ce

des

A

faits

étranges, que ne pouvaient s'expliquer les personnes qui en étaient témoins. Entre autres jongleries, on voyait tout à coup dans les mains de la dévote, sans

qu'on pût savoir d'où

pommes cuites,

sucre ou des

de

la

la

fraude fût manifeste, on ne put jamais

comment

découvrir

vainement son

cette

lit

Le P. Dehreyne ne fort

qu'elle prétendait recevoir

Vierge, de l'enfant Jésus, de saint Jean-Baptiste.

Quoique sita

des morceaux de

elle les tirait,

,

fille

s'y prenait, car

on

vi-

son bonnet et ses vêtements.

fut pas

dupe de

bornée du reste d'intelligence

^

cette intrigante, il

ne

tint

aucun

compte du prodige supposé, et bientôt les stigmates disparurent. Mais il en avait assez vu pour se convaincre d'une cause naturelle, et voici ce qu'il écrivit à l'aumônier «

de

:

Les physiologistes savent très-bien

faire contracter à

qu'il est facile

l'économie animale certaines ha-

Un mé-

bitudes, soit nerveuses, soit hémorragiques.

decin célèbre a rendu une épilepsie périodique dans

but de

couper par

la

le

quinquina, et

Qu'est-ce qui empêcherait d'en faire de

une

plaie,

en

heure fixe de le

la

le

a réussi.

même

pour

rendant saignante à un jour ou à une

la

journée? Cela parait

temps nécessaire, surtout

veut que

il

le

si,

au

très-facile

moment

avec

oii l'on

sang paraisse, on exerce une compression

circulaire au-dessus de la plaie par

un hen ou simple-

ment avec les mains, pour arrêter le mouvement d'ascension du sang et le forcer à refluer et à sortir par l'endroit qui offre le

moins de résistance ,

c'est-à-dire


40l

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

par la plaie, par où d'ailleurs il a déjà l'habitude de sortir périodiquement. C'est ce que l'on voit pratiquer tous les jours par les chirurgiens pour la saignée

:

s'ils

n'appliquaient pas de ligature au-dessus du pli du bras, le sang ne reviendrait pas par l'ouverture de la \ïine.

Ainsi,

il

paraît très-facile de produire mécani-

quement une exsudation sanguine périodique K » Or, ce que la fraude peut produire, une influence physique nous semble aussi de nature déterminer. Et un phénomène analogue à celui

du moral sur à le

le

que signale le P. Debreyne se produira dans un trouble périodique de la circulation, surtout chez les femmes. Les actions physiologique et morale conspirent alors pour table

la

production du phénomène.

que

si le

Il

est incontes-

trouble de l'économie a été la princi-

pale cause à laquelle est due l'apparition des phéno-

mènes dont les stigmates ne sont en quelque sorte que le couronnement, l'état moral fut chez beaucoup comme la contre-cause du phénomène, et a pu même amener l'état morbide. Nous venons de voir, en eff'et, que l'extase avec visions se manifeste généralement à la suite de longues méditations sur les souffrances du Sauveur

et

de violents désirs de

les

éprouver j aussi

les

stigmates sont-ils d'abord précédés d'extrêmes douleurs dans les parties

du corps

oii ils

doivent se

mon-

Par exemple, Walter de Strasbourg ressentit longtemps les souffrances des stigmates, sans que pour trer.

cela ses plaies fussent visibles, et ce n'est qu'après

avoir bien longtemps contemplé en esprit et d'une

^

Essai sur la théologie morale ^ p. 390.


402

CHAPITRE

III.

manière constante les souffrances du Christ, qu'il en vit apparaître les plaies sur son propre corps.

souvent de

même pour

Il

en fut

couronne d'épines. Veronica bien des années le front percé de

Giuliani s'était senti

la

pointes et d'aiguillons avant que les petites ulcérations

dont sa tête

était

souffrances, et les

environnée vinssent dénoncer ses

mêmes

avant-coureurs accusaient

chez sainte Catherine de Raconisio l'arrivée prochaine

de cet étrange

vu

sillon

et décrit Pic

mes

,

de

dont sa tête

était cerclée, et

qu'a

Mirandole. Chez plusieurs fem-

la

de cette couronne d'épines ne se

les cicatrices

montrèrent jamais, bien qu'elles éprouvassent toutes douleurs du terrible supplice. C'est ce qui arriva,

les

comme je l'ai dit, pour la sœur Catherine Cialina, et pour Améhe Bicchieri de Verceil. Déjà sainte Gertrude, qui

mourut en 1334,

s'était

du Sauveur, embrassait amoureusement, une plaie aussi

visions, avoir reçu, qu'elle

en pressant

vermeille qu'une rose laissa

imaginé, dans une de ses

,

plaie qui

pas de trace apparente

,

le

,

côté

non-seulement ne

mais qui n'amena chez

aucune souffrance. Chez d'autres, les traces couronne d'épines ne se montrèrent qu'imparfai-

la sainte

de

la

tement

:

ainsi,

une extatique très-connue,

la

rehgieuse

augustine Ritta de Cassia, n'avait au front que quel-

ques boutons, quoiqu'elle eût éprouvé bien des

fois

au

pied de la croix les douleurs du crucifiement. Dans

vu se détacher une des couronne d'angoisse, laquelle

l'une de ses visions, elle avait

plus grosses épines de la était

venue

lui faire

une blessure profonde au milieu du

front.

Ursule Aguir, Hieronyma Caruaglio, quoique ayant


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

403

reçu dans leurs visions les cinq plaies du Sauveur, et en ressentant toutes les douleurs, n'eurent jamais ce-

pendant sur leur corps

de ces mystérieuses

les traces

souffrances.

Le phénomène qui se passa chez Catherine de Sienne, laquelle n'avait reçu

les

stigmates qu'en vision

et n'en avait jamais porté les traces, eut lieu

assez grand

nombre d'extatiques,

Lidwine, Madeleine de Pazzi Coleta, Mechtilde de Slanz, d'autres, ce qui n'empêchait

femmes d'éprouver

les

,

telles

que sainte

religieuse

la

pour un

Columba Rocasani

Clarisse et bien

cependant pas ces pieuses

mêmes douleurs que

si la

stig-

matisation avait été matérielle. Il

s'est

donc opéré, en

nomie, l'âme a agi sur tion a été plus

réalité,

un

la chair, et,

travail

dans

l'éco-

suivant que son ac-

ou moins puissante,

la

chair a gardé des

moins apparentes de l'idée. Des faits de ce genre tendent à nous faire croire <|ue l'opinion potraces plus ou

pulaire sur les envies de

femmes grosses, et sur l'inmère sur le corps de l'en-

fluence de la pensée de la

fant qu'elle porte dans son sein, mérite

un sérieux

examen. Cette action de l'esprit,

dominé par une

vision,

semble être tellement puissante, que lors

môme qu'elle n'a pas été d'abord suffisante pour déterminer la naissance de marques extérieures, elle a pu, dans la suite, sans

le

retour de nouvelles visions

,

et par la seule ac-

tion d'une pensée toujours

ramenée aux souffrances du Sauveur, produire des stigmates visibles-, c'est au moins ce que l'on raconte pour sainte Hélène de Hongrie.

Étant un jour plongée dans une profonde médi-


404

CHAPITRE

tatîon sur la passion tête, et

,

un cercle d'or

au milieu était un

leva les yeux, et vit çait le côté

:

«

0

111.

lis

blanc

lui

apparut sur

comme

neige;

un rayon ensanglanté qui

lui

la

elle

per-

seigneur! s'écria-t-elle, ne fais point

que mes blessures soient

visibles. »

Dieu accéda à sa

prière, mais, plus tard, d'elles-mêmes, les plaies se dé-

celèrent

aux yeux

,

sans que la sainte eût éprouvé de

nouvelles visions.

Chez presque tous les stigmatisés, c'est le vendredi que l'afflux du sang se manifeste avec abondance dans les plaies, ainsi

qu'à certaines occasions solennelles, à

certains anniversaires, et cette exacerbation dans les soufl'rances les Jours

de vendredi se rattache incon-

testablement à l'influence de l'imagination, plus forte-

ment frappée

ces jours-là, et plongée dans une

ditation plus profonde des souffrances

Ursule Aguir, dont

le

nom

mé-

du Sauveur.

a déjà été souvent cité

ici,

et qui n'off'rait point réellement le miracle des stig-

mates, puisqu'elle supposait simplement les avoir reçus, mais n'en pouvait produire de traces visibles, était tous les

vendredis en proie aux plus vives dou-

leurs. L'extatique

niste

mentionnée plus haut, dont

Auguste de Saint-Hilaire nous a donné

fîotice

dans son Voyage au Brésil, tombait,

la

le

bota-

curieuse

comme

il

a

été dit, tous les vendredis et les samedis, dans des exta-

ses où elle restait à méditer sur les souffrances de Jésus

et les ressentait par elle-même. Le flux des sligmates le

vendredi est un fait qui a été constaté aussi bien pour

sœur Emmerich que pour les stigmatisées duTyrol; mais il s'est montré d'une manière bien plus étonnante la

chez

madame

MioUis,

si

l'on

en croit son biographe.


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

405

Chez cette femme, les cicatrices ne sont pas permanentes, elles ne se manifestent que pendant la prière et la

contemplation, dans les extases de la charité,

mais toujours à

la fête

de

la Croix, à celle

des stigmates

de saint François d'Assise, de saint André et dredi saint. Ces

phénomènes rappellent

le

ven-

certains accès

d'hystérie et d'hypochondrie qui se produisent à heure fixe.

Sans doute,

la

puissance de l'imagination joue

plus grand rôle, et au quinzième siècle,

ici le

Pomponat,

es-

pour son temps, avait déjà raison d'attribuer aux ardeurs de l'imagination de saint François, sa mystérieuse stigmatisation toutefois, il faut avouer prit fort éclairé

;

ne connaît point encore bien aujourd'hui la part à accorder à l'esprit dans ce bizarre phénomène, et ce que l'hallucination et la fraude pieuse ont pu y ajouter. En effet, de même que dans des accès de que

l'on

manie on a vu des aliénés

se faire des blessures qu'ils

attribuaient ensuite à l'intervention

de personnages

surnaturels, plusieurs extatiques ont fort bien

pu s'im-

primer eux-mêmes, dans le paroxysme de leur extase, les marques delà passion du Sauveur. Il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui, dans l'exaltation du délire religieux, ont voulu répéter sur

de

la passion

Venise,

de

J'ai parlé

nommé

la sorte,

le

supplice

plus haut d'un cordonnier de

Matthieu Lovât, qui se crucifia un jour

persuadé que Dieu

lui

avait

ordonné de

connu un fou qui avait enpareillement de se crucifier pour imiter son

mourir sur trepris

!

eux

la croix-, j'ai

Sauveur.

Les anciens chroniqueurs sont remplis de cas d'ex23.


i06

CHAPITRE

tases avec visions,

évidemment déterminées par

III.

tendance mystique de l'éducation au moyen

femmes, naturellement plus disposées que

râjje.

les

Et

la

les

hommes

au mysticisme, plus susceptibles d'un sentiment religieux intime et profond, y figurent pour une beaucoup plus forte proportion. Je pourrais réunir facilement une trentaine d'exemples

empruntés tant aux annales des

cloîtres qu'à

ceux

des sectes protestantes ou orientales; on y trouverait constamment le même caractère. Je me bornerai à citer

un

seul fait.

y a près de trois années, un médecin de Besançon, M. Sanderet, a rencontré dans Il

Franche-Comté, au village de Voray, une extatique visionnaire à laquelle il n'a manqué, on peut le dire, que la méditation de la passion pour recevoir les la

stigmates. Cette

fille,

nommée Alexandrine

Lannois,

d'une grande mysticité d'esprit, et qui n'était âgée que de dix-sept ans, après avoir été atteinte d'accès hystériques et de convulsions,

finit

par tomber dans des

extases durant lesquelles elle devenait complètement insensible.

Dans cet

elle chantait

état,

un cantique

d'une voix pleine, vibrante, sans effort, et avec un certain sentiment musical puis elle prenait des altitudes particulières, entre lesquelles M. Sanderet re:

connut

de l'immaculée conception. Elle croyait apercevoir dans ses visions la Vierge et les saints. celle

La stigmatisation direction

se rattache précisément à cette

du mysticisme qui

abstrait

de

la

douleur

suspend en quelque sorte l'action du corps et de l'esprit. C'est dans l'Hindoustan qu'il faut aller chercher le dernier degré de cette extase mystique et


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

par laquelle

le

dévot s'eflbrce d'obtenir

le

107

çiddha,

c'est-à-dire sa réunion avec la Divinité, et c'est là

seulement qu'elle a revêtu

Sur

les

le

caractère d'une religion.

bords du Gange, nous trouvons, avec des

traits

plus prononcés et l'exagération qui est le propre de

l'imagination hindoue, les différentes faces du mysti-

cisme extatique. L'âme aspire sans cesse à se confondre avec Dieu, à obtenir son amour et sa présence, soit par les transports de l'oraison, soit par l'anéantis-

sement du corps. Dans certains de

la secte

Divinité

livres

de piété à l'usage

des jangams', on voit l'âme s'adresser à

comme une femme

amoureux qui donnaient

le

à

son époux

j

la

ces élans

change au cœur tendre

d'une religieuse, qui persuadaient à une sainte Catherine de Sienne qu'elle avait réellement épousé Jésus-

Christ en présence des saints et reçu son anneau, et à

une sainte Christine, abbesse de Saint-Benoît, qu'elle avait été charnellement unie à son céleste époux, se

reproduisent chez les dévots hindous. Ces renonce-

ments absolus à tous les plaisirs sensuels, ce mépris profond du corps que s'imposèrent quelques-uns de nos saints, sont

presqu? normal des santons,

l'état

des fakirs et de plusieurs religieux brahmanistes ou bouddhistes. Pour une Agnès de Jésus, qui défend,

1

Dans

le

Siddheswara Sacalam, écrit en idiome télinga,

quelques autres traités, l'âme dévotes'adresseà à

son époux ou

à

son amant. Les souûs de

la

la

Divinité

et

comme

Perse affectionnent

aussi ce langage. Voy. C. P.

and ture

literature of the

and

Brown, Essay on thecreed, cusioms Jangams, dans le Madras Journal of litera-

science, 1840,

tical Poetry,

même

t.

V, p. 129, et Will. Jones,

journal, 1836, p. 448.

On Mys-


'iOS

par

CHAPITRE humilité, qu'on

III.

détruise

la

vermine dont

est

inondée sa chevelure, pour une sainte Rose de Lima, qui mêle à tous ses aliments du fiel et des ordures, dans sa source

afin d'anéantir

l'attrait

de

la

gourman-

nous rencontrons en Asie des milliers de fanatiques dont la malpropreté hideuse et Talimentation

dise,

repoussante dénotent

le

sentiment

le plus

mortification. Les extatiques finissent par

un

état d'immobilité et d'insensibilité

peut plus

les

arracher

:

leurs

membres

profond de

tomber dans

dont rien ne se roidissent,

leurs muscles perdent toute souplesse et la possibilité

même

du mouvement,

ainsi

qu'on

le

rapporte de Marie

de Mœrll, et plus anciennement d'autres stigmatisées. Cette roideur presque cadavérique que l'extase im-

prime aux membres est notée par tous ceux auxquels il a été donné d'observer les ascètes hindous. Héber, évêque de Calcutta, rapporte, dans son Voyage^

qu'il

rencontra un individu de cette classe qui ne pouvait plus marcher que sur un pied et avait perdu la faculté d'abaisser les bras. Ces austérités terribles dont le

catholicisme ne nous présente que de rares exemples, qui n'aboutissent chez

lui

qu'à

la discipline et

con-

duisent tout au plus aux rigueurs d'une sainte Limbania, de Gênes, qui labourait sa chair avec d'airain, sont,

un peigne

au contraire, journalières sur

bords de Chorak-Poujah^ on voit des dévots se faire suspendre par les reins à un croc de fer

du Gange. Dans

les

la fête

dans cet horrible état pour l'expiation de leurs péchés. Ces jeûnes prolongés, ces abstinences et se balancer

tenues pour miraculeuses, qui sont notés dans la vie d'une foule d'extatiques catholiques, incroyables et


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIRRS.

409

mais qui ne constituent cependant que des exceptions, sont, en Asie, des dévotions de tous les jours, comme

on

notamment chez

le voit

les ascètes appelés

Dam-

kané-oiialIaK L'abstinence et la macération nous pré-

parent à tomber dans cet état d'insensibilité, de torpeur et d'immobilité qui appartient aux extatiques, et

que nous ont si bien décrit en particulier les visiteurs delà stigmatisée deKaltern. Dans l'Inde, cet état s'observe habituellement chez les sannyasis.

L'étude de la stigmatisation nous offre ainsi à son

summum

la réaction

des idées sur l'organisme. Mais

cet effet singulier n'est lui-même que le puissant con-

tre-coup d'une influence excessive du physique sur le

moral. Cette influence ne doit être jamais perdue de vue

Nos

idées, nos opinions,

ici.

nos croyances, notre carac-

tère sont visiblement modifiés

par

les

changements

qui s'opèrent dans l'organisme, les révolutions qui se

produisent dans notre économie. Dans un livre admirable, Cabanis a tracé à grands traits les effets de cette

subordination constante. Si on peut

lui

reprocher de

n'avoir pas assez tenu compte de l'influence inverse, faut au

il

moins reconnaître

qu'il

a

saisi

avec une rare

perspicacité les moindres détails de cet influx inces-

sant des organes sur l'esprit. Il

et

existe

une sympathie singulière entre

l'appareil

reproducteur.

montre avec plus

*

de Genève, 4^ série,

t.

les

cerveau

Aucun exemple ne

d'évidence; que le

Voy. A. -F. Lacroix, Eiir

le

le

changement de

Fêtes des Hindous (Bibliothèque

VIII, p. 108).

26


410

CHAPITRE

III.

caractère, de goûts et d'idées qui a lieu chez ceux

qu'on prive des organes de

Chez

les

la virilité

femmes hystériques

au mysticisme,

*.

et d'un esprit enclin

donc naturel que les conceptions et les idées portent l'empreinte du mal qui les tourmente. Chez les mystiques, la sensibilité nerveuse est portée à un

si

il

est

haut degré, que toutes

les

pensées qui

eux amènent, pour ainsi dire, un trouble dans l'économie, et que les moindres modifications du tempérament déterminent une réaction immédiate s'offrent à

sur l'imagination. Les extatiques, les visionnaires,

tombent sous l'empire absolu de leur constitution maladive, et les idées bizarres qui se succèdent dans leur cerveau, les sensations mensongères qui se jouent d'eux, les rêves qui se déroulent incessamment devant leurs yeux,

ne sont que

traduction intellectuelle et

la

morale des désordres dus à cette constitution même. Il faut avoir constaté préalablement ce fait pour juger à leur véritable point laissés.

La

de vue

littérature des

les écrits qu'ils

nous ont

mystiques extatiques n'est

qu'un récit d'hallucinations perpétuelles. Ce ne sont pas précisément les hallucinations du fou, qui assaillent à tout instant son intelligence ébranlée et se

lent

aux discours étranges

et incohérents qu'il débite

à tout venant, mais ce sont

grande netteté,

et

dont

les

comme

des songes d'une

diverses scènes se trouvent

enchaînées par une pensée principale.

dans

*

les élans

Voy.

le

mê-

L'extatique,

de l'amour divin, dans cet état d'oraison

curieux mémoire de Mojon, Sur

trafion dans le corps

humain, 3*

édit.

les Effets

Genève, 1813.

de la cas~


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

41

qui n'esL qu'un état de passivité rêveuse en Dieu, laisse

chevaucher au hasard son imagination, et, comme dans la rêvasserie ou l'approche du sommeil, une foule de tableaux singuliers, de figures étranges passent

rapidement devant retirée,

lui.

La volonté

s'est

à peu près

en ce sens qu'elle ne préside plus à

tion des idées, et qu'elle laisse le

l'associa-

mouvement automa-

du cerveau évoquer toute espèce d'images. L'esprit du mystique étant exclusivement occupé de

tique

Dieu et des choses saintes, s'étant depuis longtemps nourri de la Bible, des livres de piété et des sitions dévotes, tout ce qui se retrace à

n'est qu'une reproduction dans

compo-

son imagination

un ordre nouveau,

une association différente des souvenirs qu'ont laissées en lui ses méditations et ses lectures. Chez les personnes en proie à une forte surexcitation nerveuse, disposées à l'illuminisme

,

grand degré de puissance.

monomanes

la

mémoire acquiert un

J'ai

noté plus haut que des

religieux complètement illettrés, et qui

n'ont eu d'autre instruction que le prône de leur

curé ou les entretiens de quelques personnes pieuses, redisent dans leurs divagations des tiers

un

de sermons

,

style tout à fait

d'oraisons

,

morceaux en-

et arrivent à se faire

en harmonie avec leurs prétentions

de prophète ou d'inspiré. C'est précisément ce qui a lieu

chez

les

extatiques mystiques, et ce qui leur a

fourni les éléments de leurs écrits. aussi

que

la

Il

est vrai

de dire

plupart de ces écrits n'ont point été ré-

eux-mêmc?* qu'ils furent par des confesseurs ou des «.-.^ipies enthou-

digés par les extatiques recueillis siastes;

en sorte

qu'ils doivent avoir ?iibi

de

la part


412

CHAPITRE

^

III.

des rédacteurs, un travail de refonte et de correction, quand ils n'ont point été composés totalement par

eux sur des souvenirs. Tel a

été très-certainement le

cas pour les révélations d'Anne-Catherine

pour

Emmerich,

beaucoup plus anciennes, de sainte Gertrude, abbesse de l'ordre de Saint-Benoît. Mais quoi qu'il en soit des auteurs véritables des et

celles,

,

divers écrits qui nous sont restés des extatiques, le

fond émane certainement d'eux, puisque tous ces livres portent un cachet commun et reflètent, bien qu'à des de grés divers, le désordre des sens, dans une étroite

connexion avec l'excitation cérébrale. Ce qui caractérise d'abord ces ouvrages c'est le rôle principal et presque continuel qu'y jouent l'allégorie, la compa,

raison. Bossuet l'avait déjà lions sur F état d'oraison.

auteurs, Et, en

dit-il, c'est

remarqué dans ses Instruc

Un

«

des caractères de ces

de pousser à bout

les allégories. »

mystiques extatiques ne sont ni des théologiens profonds, qui nous fournissent sur les effet, les

grands mystères de

la

foi

des éclaircissements nou-

veaux, propres à les rendre moins inintelligibles, ni des métaphysiciens subtils et d'une grande puissance d'abstraction, qui s'élèvent à des conceptions plus fortes des attributs de Dieu et de la nature de l'àme. Ce

ne sont que des imaginations ardentes, ayant à leur service des sens surexcités, prodiguant les métaphores et les figures dans l'espoir de lever ainsi les obscu,

rités

de

la vérité infinie.

crée rien,

comme

elle

ne

Mais fait

comme

l'imagination ne qu'assortir les idées nées

des sensations, ces efforts sont complètement impuissants. On saisit, après une courte observation, le pro-


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES -SORCIERS.

cédé par lequel

mes; à

l'aide

les

413

mystiques se sont abusés eux-mô-

de l'analyse,

il

est facile

de discerner

les

éléments de ces révélations étranges qui transpor-

ou dans

tent tour à tour l'âme au ciel

les

enfers,

ces colloques intimes de la créature avec son Sau-

veur, où s'épanchent les élans de l'amour divin. Les

mystiques n'ont pas l'originalité qu'on leur prête.

Que

l'on

parcoure, par exemple,

sainte Brigitte, qui se et

les

réimpriment encore aujourd'hui

charment une dévotion peu éclairée

vera accumulés ces récits figurés, jadis

,

révélations de

on y retrouou, comme on disait ,

ces similitudes par lesquelles des théologiens

célèbres,

tels

que Hermias ou saint Bonaventure,

cherchaient à nous donner une idée de la vie suprasensible et de la béatitude divine. Ces comparaisons,

suggérées par

la

lecture des Pères et des scolastiques,

se mêlent à des visions qui ne sont que la reproduction

des images placées sous

représentations de la fin

yeux des fidèles, de ces du monde, de la compa-

rution de l'âme devant

tribunal céleste, du cou-

ronnement de

les

le

Vierge, du chœur des anges et des saints, dont étaient décorés les portails des églises la

ou qui étaient peintes dans

les

Bibles et les livres

d'heures.

Chez

les

femmes

de l'amour divin,

qui sont dévorées parles langueurs le

Cantique des cantiques exerce

une extrême influence. Elles

le

commentent

et le pa-

raphrasent à tout instant. Le langage demi-sensuel de ce cantique convient parfaitement à l'état de leur

cœur, car chez ces femmes

se mêle, sans qu'elles s'en

doutent, à l'aspiration vers

le

Sauveur, un sentiment


il i

CHAFMTRE

vague d'un amour terrestre reçu sa

III.

et

humain qui n'a point

Les mystiques se représentent

satisfîiction.

sans cesse Jésus sous les traits d'un beau jeune

dont

homme

charmes corporels excitent presque autant leur amour que les perfections morales. Elles le presles

sent contre leur sein; elles lui prodiguent de chastes

embrassements, où cependant

le

penchant de

la

na-

ture n'est point absolument étranger. Elles s'imagi-

nent être l'objet de ses complaisances et de ses prédilections particulières. Elles se croient non-seulement

des épouses de Dieu

,

mais des épouses préférées

et

inondées de toutes les faveurs de leur époux. Un hagiographe' rapporte que, dans ces hallucinations du

cœur, allumées par des sens imparfaitement amortis, une sainte Christine, vierge et abbesse de Saint-Benoît, alla jusqu'à croire qu'elle était reçue

comme

une véritable épouse dans la couche de son Sauveur. Ce délire d'une femme hystérique éclate à chaque page des Révélations de sainte Gertrude, qui n'offrent qu'un long épithalame de son

Ce furent

les

mêmes

hymen avec

le

Sauveur.

illusions qui se jouèrent

d'une

autre sainte célèbre, sainte Catherine de Sienne. Dans

une de ces

visions auxquelles se complaisait sans cesse

son esprit, son époux céleste

lui

arracha

le

cœur

et

en rendit quelques jours après un nouveau, teint dans le propre sang de son côté. Une autrefois, Jésuslui

Christ la

At

communia de plures

annos

sa propre

main^ enfin,

elle fut

monaslica observantia saiictissime, prudentissimeque Iransaclos, cœlesli sponso copulala est. 1

posi,

(A. Dumoustier,

in

Sacrum Gynxceum,

iv

decemb.,

p. 484.)


415

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

témoin de

la

cérémonie

qui lui montrait que

même

son Sauveur s'était réellement uni à

elle

par le sacre-

ment du mariage. A une époque moins éloignée de nous, à la fin du dix-seplième siècle Marguerite Macoque, religieuse ,

de

la Visitation

nue sous

le

nom

de Paray-le-Monial, aujourd'hui conde Marie Alacoque*, donna l'exemple

mais avec moins d'éloquence et de vertus que n'en avait sainte Catherine. Elle fonda un culte ou plutôt un genre de dévotion qui, sous le de pareilles visions

,

nom du Sacré-Cœur

de Jésus

de Marie, a pris dans

et

temps une vogue extrême. L'acte fondamental de ce culte consistait dans la donation réciproque que Jésus-Christ et la sœur Alacoque s'étaient faite de leurs deux cœurs. C'était du moins ce qu'adces derniers

mettait celle-ci.

La mère

Greffier, supérieure

vent de sœur Marie, voulut bien

veur, écrire

la

,

du cou-

pour obéir au Sau-

donation de cette dernière.

Jésus-

lui-même son contrat synallagmatique à Marguerite Alacoque, autrement dit sœur Marie, qu'elle écrivit de son sang en Christ en fut très-satisfait, et

ces termes

:

«

Je

je te

dicta

le

temps

la disciple

bien-aimée,

sir et l'holocauste

>

mon cœur

et

pour

l'éternité-,

promets que tu ne manqueras de secours que

lorsque je manquerai de puissance. jours

de

te constitue héritière

de tous ses trésors pour

et

il

de

Tu

le jouet

mon amour.

L'Amante du Sacré-Cœur, ou Vie

seras

de

pour

mon bon

touplai-

»

et Révélations

de la véné-

rable Marguerite-Marie, religieuse de la Visitation, morte en

1690, par l'abbé T. Boulangé. Le Mans, 2» édit., 1849.


-^

CHAPITRE

l^î

Tel était

III.

de Marguerite Alacoque, emprunté du reste au langage de toutes celles qui avaient, avant elle,

le

le style

prétendu à l'honneur de

cœur de

la

première place dans

Jésus-Christ. Je ne puis

m'empêcher de

citer à cette occasion ces paroles

sainte Gertrude

«

:

que Jésus adressait à Mais pour vous, pendant que vous

serez captive dans les liens de la chair mortelle, vous

ne pourrez jamais comprendre

la joie

que

ma

Divinité

a ressentie à votre occasion. Sachez pourtant

mouvement de grâce vous donne un semblable à celui dont

mon

éclat

que ce

de gloire

corps parut couvert sur

montagne du Thabor, en présence de mes

la

trois disci-

ples bien-aimés, tellement

ma

sentiments de

les

disant ces paroles laquelle

j'ai

:

que je vous puis témoigner charité et de ma joie en vous

C'est \k

mis toute

mon

ma

fille

bien-aimée, dans

affection. »

Les hallucinations de toute sorte, de la vue, de l'ouïe, de l'adorât, du toucher, viennent donner à ces visions

une sorte de confirmation sensible,

vent d'égarer

en

les extatiques. Ils se croient

comme

et

achè-

suspendus

bienheureux Joseph de Cupertino^ saint Thomas de Villanova^, sainte Thérèse^ Illusion qu'on retrouve aussi chez les religieux boudl'air

le

dhistes^, et qui s'explique par la faculté qu'ont certains

hystériques de se tenir fermes sur l'extrémité des orteils

ou des doigts, de demeurer fixes dans

les

po-

Bolland., Act. Sanctor., xviii sept., p. 1021. Cf. J. Gœrrcs, Die Chrisiliche Mystik, t. 11 , p. 540. 1

2

Bolland., ihid., p. 852.

8

Madré E. Burnouf, Introduct. à

*

Las Obras de la

S.

Teresa, la Vida, ch. xx. l'hist.

du buddhis me

indien,

t.

I,


LES anSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

417

Les démoniaques ont été, par la même cause, regardés comme jouissant de cette merveilleuse faculté*. Tantôt ce sont des anges

sitions les plus fatigantes.

éclatants de lumière qui leur apportent des messages célestes, des

personnages mystérieux qui s'entretien-

nent avec eux, et dans ainsi

que cela

a lieu

la

bouche desquels

dans

ils

placent,

rêve, leurs propres ré-

le

flexions, la réponse à leurs propres désirs. D'autres fois, ils

entendent

les sons

harmonieux des concerts

angéliques, une douce voix qui les appelle, et cette

harmonie imaginaire tase,

comme

souvent

les a

fait

tomber en ex-

cela arriva à saint François d'Assise et à

Des parfums délicieux qui s'exhalent du corps de Jésus ou des saints viennent saint Joseph de Cupertino.

ajoutera leurs ravissements. Mais, quelquefois, l'odeur fétide et

empestée des diables apporte une fâcheuse

diversion à ces délirantes sensations.

Ils

ont l'avant-

y a aussi dans leurs visions une ambroisie chrétienne, et, dans leurs communions goût de l'ambroisie, car

il

imaginaires, l'hostie est d'une ineffable saveur. Toutes ces illusions des sens, effet direct et ordinaire du

désordre nerveux^, sont

les

acteurs principaux des

drames qui

se déroulent

extatiques.

De même que dans

en pensée devant le rêve,

les

yeux des

des sensations

183, 230, 312 et suiv. Damis assure dans VHisloire d'Apol-

p.

lonius de Ttjane (Philoslrai., III, 151) avoir

marcher sans loucher 1

vu des brachnianes

la terre.

Vid. Gregor. Tur., Miracul. S. Martin.^

I,

p.

1001, éd. Uui-

narl. Cf. Epist., p. 1558. 2

c:;,

Voy. à ce sujet Michéa, 215.

Du

Délire des sensations, p.

19,


418

CHAPITRE m.

réelles et externes viennent

prendre place, en

s'

exa-

gérant, dans la fable incohérente que tisse notre imagination, les hallucinations de l'extatique fournissent à ces allégories, à ces visions, leurs traits les plus saillants.

Cette succession d'états opposés que l'on ob-

serve chez les les

femmes en

proie aux vapeurs ou chez

hommes malades d'hypochondrie

cesse dans les

d'amour pour

se trahit sans

paroles des mystiques.

A

des élans

Sauveur à des transports qui leur font goûter par avance les joies éternelles succèdent le

,

,

des

moments de dégoût, de

sécheresse, d'isolement,

qui les plongent dans le désespoir ou le décourage-

ment. Ces femmes qui

se croyaient tout à l'heure

l'objet des attentions particulières

nent ensuite être délaissées par

lui.

de Jésus s'imagiElles se repro-

chent leur manque de sensibilité, leur ingratitude;

ne peuvent s'exphquer comment, après avoir été comblées de faveurs, elles en soient maintenant si

elles

dépourvues. La dévotion cesse d'être pour

elles

une

consolation, et elles ne peuvent échapper à ces épreuves cruelles qu'en rentrant dans la vie pratique et s'ap-

pliquant à l'exercice des bonnes œuvres. Parfois, elles

accusent elles

malin esprit de tous ces

le

invoquent

le

maux

intérieurs;

Tout-Puissant, afin d'être déh-

vrées de ces poursuites. Leur charité participe donc de l'inégalité

de leur humeur, et

les

désordres périodiques

de leur santé se font jour à travers leur apparente résignation. Sainte

haut degré

,

Rose de Lima éprouvait, au plus

ces alternatives de charité brûlante et de

sécheresse déplorable que sainte Thérèse a

si

bien

analysées. Après être arrivée à une union intime et


419

LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS. constante avec Dieu, celte sainte

taquée tous

commença

d'être at-

jours, durant certains intervalles, par

les

d'horribles ténèbres^ elle perdait alors toute pensée

de son Créateur, toute idée de ses miséricordes le

regardait

jours

de

auquel

elle

elle était tou-

demeurée étrangère. Jeanne Desrochers raconte

même

qu'elle restait des

élever son

son;

comme un inconnu

5

âme

mois entiers sans pouvoir

à Dieu, sans être en état de faire orai-

elle trouvait

comme une

barrière qui l'empêchait

de se porter vers son époux mystique, alors le

démon de

lui inspirer la

et elle accusait

pensée d'abandonner

la vie ascétique.

La

seule des mystiques extatiques chez laquelle on

sente que, malgré

le

trouble fréquent des sens, l'esprit

domine encore puissamment l'organisme, est sainte Thérèse. La supériorité naturelle de son intelligence l'a

sauvée des plus graves aberrations

oii

viennent se

précipiter à l'envi presque tous les autres illuminés. Elle analyse avec finesse les se passent en elle

,

phénomènes intimes qui

et dans ces visions bizarres

,

ces

images étranges qui s'offrent à ses yeux, après une méditation trop prolongée, son bon sens lui fait comprendre que tout ne saurait être divin. Elle s'aperçoit que ces dons prétendus de la grâce ne rendent pas toujours meilleurs, et que l'amour de Dieu a aussi ses séductions d'orgueil et de vanité. Voilà pourquoi elle s'efforce d'étabhr des distinctions

dans ce dédale de

visions opposées qui assaillissent l'esprit

du mystique,

de révélations contradictoires au sein de

la

intime.

Chaque extatique

croit, ce qu'il espère, et

conscience

voit ce qu'il pense, ce qu'il

Dieu est ainsi rendu solidaire


^-^

CHAPITRE

III.

de tous les délires qui se produisent dans la vie contemplative d'une âme sans instruction et pleine d'ardeur. « J'en ai connu, dit sainte Thérèse, dans le C/iâieau de l'âme^ dont l'esprit est si faible, qu'elles

s'imaginent voir tout ce qu'elles pensent, et cet état est bien dangereux. Les écrits de sainte Thérèse sont certainement les plus intéressants à étudier pour connaître les diverses faces du mysticisme chrétien.

âme ardente

Cette ler sa

maîtrise assez ce qu'on peut appepassion rehgieuse, pour s'observer, pour inter-

roger ses sentiments secrets et descendre dans les profondeurs de son âme, en commerce avec Dieu, sans être prise

pour cela de vertige. Sainte Thérèse est la métaphysicienne du mysticisme féminin et de l'illuminisme extatique. Dans ce monde de dévotion étroite qui l'entoure, elle conserve une supériorité d'intelli-

gence que n'entame jamais

le

déhre qui voudrait s'em-

La raison, l'imagination et les sens se livrent en elle un combat terrible, qui l'épuisé, la mène aux portes du tombeau, mais n'altère point la vigueur parer d'elle.

de sa pensée.

Dans ces

luttes singulières,

que nous rappelle aussi

quelquefois la vie d'autres mystiques,

de

faire la part

est la réaction

il

est difficile

de ce qui appartient à l'âme, de ce qui

du corps. Concentrée en elle-même

,

la

partie intellectuelle et immatérielle nalité peut acquérir loin

de

lui

sa merci

4'

;

un

imposer sa et

si

Demeure,

tel

de notre personempire, que l'organisme,

se mette

en quelque sorte à tout nous aimonce chez les uns que la

ch.

m.

loi,


LES MYSTIQUES RAPPROCHÉS DES SORCIERS.

maladie a pris

le

gouvernail de

la vie et fait

l'intelligence, chez d'autres, le trouble

n'est

lui-même que

le

421

sombrer

de l'économie

contre-coup de l'exaltation in-

tellectuelle.

Sain le Thérèse a été la dernière des représentantes élevées et vraiment admirables de cet ascétisme claustral qui s'éloigne

de plus en plus de nos

mœurs

et

de

nos idées. Elle

en résume cependant, sous une forme plus

épurée, toutes

les folies et toutes les misères.

elle qu'il faut lire

pour s'assurer combien

le

C'est

mysli-

cisme extatique, tout en accusant une étonnante réaction de l'esprit sur l'organisme, est loin cependant des droites voies qui conduisent à la vérité.

Le mysticisme extatique

est

un long enchaînement

d'hallucinations morales et physiques qui aboutissent,

chez les organisations citables est la

,

à

la

preuve

les plus délicates et les plus

ex-

stigmatisation et plus tard à la mort. la plus éclatante

Il

de l'influence de l'ima-

gination et des idées sur l'économie. Actes, paroles, écrits, tout réfléchit

compagne,

en

lui le

trouble corporel qui l'ac-

qu'il entretient, et

dont

il

est nourri à son

tour.

Ce qui vient

d'être dit

du mysticisme extatique

trouve son application naturelle dans la magie. Ce

que

les visionnaires croyaient voir et sentir, ce qu'ils

sentaient et voyaient réellement à la suite d'une con-

templation persévérante et tenace, les sorciers le sentaient, le voyaient sous d'autres formes. Ce n'étaient pas les stigmates de Dieu qui leur étaient imprimés,

mais ceux du diable

;

les

tableaux qui se déroulaient 24


422

CH.

m.

LES MYSTIQUES RAPPROCH. DES SORCIERS.

devant leurs yeux étaient non les joies du paradis, mais les scènes horribles ou burlesques de l'enfer, du sabbat,

cérémonies dégoûtantes ou criminelles que leur retraçait leur imagination dévergondée. Le les

phénomène psychique n'en et les lumières

était pas

moins identique,

que nous fournit l'étude des mystiques

pour placer sous leur vrai jour les visions béatiques éclairent en même temps les images hideuses et effrayantes évoquées par

V

la

magie.


CHAPITRE PHENOMENES DETERMINES PAR

IV

EMPLOI DES NARCOTIQUES

L

PERTE DE LA SENSIBILITÉ ET DE l'intelligence, L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME. CONCLUSION.

ET DES ANESTHÉSIQUES.

On santé

a vu que notre économie peut dans

comme

l'état

de

dans celui de maladie, sous l'influence

d'un trouble intellectuel spontané, ou par suite d'une tension trop prolongée de la pensée, devenir le siège

de phénomènes qui étaient pour

pour

la superstition,

la

magie,

comme

autant d'effets surnaturels. Dans

sions de ses sens, et le

l'homme

dupe des illumerveilleux s'off're de soi-même

les rêves, la folie, l'extase,

est

sans avoir besoin d'être cherché ni provoqué. Mais toujours préoccupés de multiplier les prodiges et d'aug-

menter le

ainsi leur empire, les

principe de

enchanteurs usèrent dès

moyens qui devaient reproduire à vo-

lonté et accroître les illusions.

Ils

recoururent donc à

tout ce qui pouvait engendrer le délire, faciliter les

hallucinations et

amener

les

ravissements de l'extase

ou les réactions de l'imagination sur nos organes. Ils composèrent ainsi une sorte de physique, de chimie magique; mais

n'en appréciaient pas pour cela le véritable caractère; ils la prenaient pour un moyen ils

d'établir

un commerce entre

mons, ou

les esprits invisibles.

les

hommes

et les dé-


CHAPITRE

4-24

IV.

Certaines plantes, certaines substances ont

la

pro-

priété d'affaiblir ou d'exalter le système nerveux, de dé-

terminer un délire passager, d'introduire des troubles dans l'économie, par exemple, la perte de la sensibilité,

laroideur des

membres

et

une véritable

léthargie.

Ces plantes, ces substances entraient dans la composition de breuvages qu'administaient les magiciens, et qui étaient par conséquent réputés magiques. Les philtres destinés à produire des effets funestes sur ceux qui avaient encouru la haine des enchanteurs, ou

ressentiment de ceux dont ils servaient la vengeance, étaient aussi fabriqués à l'aide de pareils inle

grédients.

La tradition populaire attache encore le nom à'herhe aux sorciers * à presque toutes les plantes qui jouissent de propriétés vireuses ou narcotiques. Pline nous a conservé le nom d'un grand nombre de ces herbes, indiquées dans des recettes absurdes, dont

même fréquemment montré ger ^ De ces recettes, vertu de guérir les

il

a lui-

l'impuissance et le dan-

unes n'avaient pas la maladies dont les enchanteurs prési

les

tendaient à leur gré pouvoir aussi délivrer l'homme, les autres jouissaient certainement de vertus médicales ou déterminaient des hallucinations auxquelles prédisposait

l'impression

produite par

mystérieuses dont était entourée Pline en donne plusieurs,

comme

les

circonstances

leur préparation.

ayant été en usage

Voy. ce qui a été dit p. 189, note. Cf. ^x\mmo&Qv,Geschiçhte der Magie, § 565, p. 855 Hœfer, Histoire de la Chimie,t, I, 1

p 232

;

2

mst,

nat., XXVIII, xxiii

;

XXIX, xxvi,

et passim.


l'hypnotisme et le somnambulisme.

4!25

chez les mages de la Perse et de la Babylonie'. On pouvait se rendre invisible en brûlant quelques-unes d'entre elles ^, se métamorphoser en des formes bizarres à l'aide d'autres^ toutes opinions qui prenaient leur point de départ dans les hallucinations qu'elles

provoquaient. la divination*,

Il

y en

avait aussi qu'on employait dans

parce que le délire passager déterminé

par l'administration des narcotiques semblait, il a été dit plus haut, un état prophétique.

comme

Ces compositions magiques étaient tantôt des stupéfiants, tantôt des onguents jouissant de propriétés narcotiques. Hésychius

*

nous rapporte que

les anciens

évoquaient parfois Hécate à l'aide de diverses préparations qui avaient certainement pour effet d'engendrer des hallucinations, où l'esprit croyait voir la déesse des nuits. Presque toutes les tribus sauvages de l'Amérique faisaient usage de breuvages et d'onguents, afin d'obtenir des visions prophétiques^, de découvrir les

XXIV, en.

*

Plin., Hist. nat.,

2

Ibid.,

^

Voy., pour plus de détails, Eusèbe Salverte, Les Sciences

XXXVIl, LX.

occultes, ch. XVII. *

Plin., Hisf. nat.,

XXIV,

yo nmiretpa, avec p.

la

ctr.

correction de Lobeck [Âglaopham.

y

223). ^

Dans

la Californie, les

sauvages administrent des breuvages les interrogent ensuite sur leurs

narcotiques aux enfants et

visions, afin de s'instruire sur le flot

compte de leurs ennemis. (Du-

de Mofras, Exploration de l'Orégon,

t.

II,

p. 567.) Les Indiens de l'Amérique du Nord faisaient usage, pour se transformer en bêtes, d'onctions avec une plante appelée pezhika-

wusk. (Schoolcraft, Historical and statistical Informations, 24.

t. III


CHAPITRE

^-^'^

objets

cachés et d'entrer en

les esprits.

Les

mêmes

On

combien l'usage du haschisch encore répandu chez les musulmans pour avoir des sait

visions réputées surnaturelles

Vieux de

le

communication avec

Les nègres recourent à leur eau fétiche V procédés sont usités en Orient depuis une

haute antiquité. est

IV.

la

Montagne

»

C'est de la sorte

que

persuadait à ses sectateurs

qu'illes faisait jouir des délices

du paradis. En Egypte, Arabes ont étudié soigneusement les propriétés

les

diverses des narcotiques, et les préparent de façon à

produire un effet déterminé sur l'intelligence distinguent-ils quatre espèces de potions

aussi

;

l'une qui a vertu de faire chanter ^ l'autre de faire parler beau-

la

:

p. 491). Les Indiens du Darien et du Choco emploient les semences du florispondio (datura sanguinea) pour provoquer chez les enfants un délire prophétique dans lequel ils révèlent le lieu où sont cachés les trésors. (H. Kellett, Narrative the

of

voyage

of Herald, publ. by B. Seeman, t. I, p. 256.) Chez les Indiens Mandroucous, on administre des potions narcotiques à ceux qui veulent découvrir les meurtriers ils les voient ; alors en songe. (G.Osculati, Esplorazione délie regioni eguatoriale longoil Napo

264.)

p.

^

R. et T. Lander, Journal d'une expédition t. II, p. 133 et suiv.

au Niger y

trad.

Belloc,

Voy.

curieux ouvrage du docteur J. Moreau, Du Haschisch mentale. Paris, 1845. Cf. sur les effets du haschisch un article de la Gazette médicale du 9 octobre 1841, et un article de M. Billod dans le numéro de novembre 1842. Il y est dit que, dans les visions provoquées par ces narcotiques, les Orientaux s'imaginent voir les djinns et les eflfries. 2

le

et de l'Aliénation

'

Voy. Eusèbe Salverte>

*

E.

modem

W.

/.

c.

Lane, An Account of the manners and customs of the

Egyptiens^

t.

II, p.

33, 34.


427

l'hypnotisme et le somnambulisme.

coup, une troisième de faire danser et une quatrième

de donner des visions surnaturelles, Les Bouddhistes paraissent avoir fait usage d'onctions pour provoquer de pareilles visions chez leurs adeptes

Tous

les

'

magiciens de l'Orient ne manquent pas

dans leurs conjurations de brûler des substances narcotiques,

comme

jusquiame, l'aconit, pavot

,

la

viches, les santons,

la

belladone, la mandragore,

une foule de solanées. Les

et

stramonium,

l'ellébore, le datura

les

le

faquirs, les der-

kalenders, les bonzes, les

sannyasis, se procurent à volonté des extases,

des

crises nerveuses, des délires réputés sacrés, mille

vi-

sions fantastiques

,

avec des pilules d'Esrar, l'opiat de

Perse, le piripiri, ou des préparations analogues

Dans tout

le

ciers recourir

cours du

moyen

aux fumigations'

^.

âge, on voit les sor-

aux onguents pour

et

obtenir les visions dans lesquelles

ils

s'imaginent aller

au sabbat ou entrer en commerce avec

le

démon

C'est ce qui résulte de plusieurs procès de sorcellerie.

Le célèbre *

cordelier italien

De Nobilibus,

Voy. ce qui est rapporté d'une jeune

fille

qui fut brûlé

à laquelle le phi-

losophe Fo-Tou-Tchhing ordonna de] se purifier. (A. [{emusat,

Nouveaux Mélanges asiatiques, t. II, p. 183.) 2 Voy. le récit du P. Ange de Saint-Joseph, dans Chardin, Voyage en Perse, nir

les

t.

IV, p. 204. Cf. Barbier, Quelques Réflexions

préparations exhilarantes des Orientaux, dans

de l'Académ. du départem. de 3

la

Somme,

les

Mém.

184.5, p. 565.

Voy., sur les fumigations employées par les magiciens,

le

de Pierre d'Aban, Heptameron seu, Elementa magica. Pa1567, in-8°.

traité ris,

" Eusèbe Salverte, quisition,

t.

III,

o.

c,

ch.

xvm;

Llorente, Histoire de l'In-

ch. xxxvii, p. 431 et suiv.


CHAPITRS

comme

IV.

magicien à Grenoble en 1608

*,

procurait aux

amoureux un commerce intime avec aimée, à

l'aide

la

personne

d'un onguent magique^. Plusieurs de

ces onguents se vendaient fort cher-,

ils

passaient, au

dire de quelques enchanteurs, pour avoir la propriété

de

faire apercevoir les esprits

la révélation

de ténèbres

et

de donner

des lieux où sont cachés des trésors

^,

Cornélius Agrippa^ nous a laissé la recette de diverses

fumigations à l'aide desquelles on peut, assure-t-il, connaître les choses futures et évoquer les démons.

Cardan

Porta indiquent également de pareilles com-

et

positions

^

Déjà, au seizième siècle, les esprits éclairés s'étaient

aperçus qu'une partie des illusions de la magie prenaient leur source dans l'emploi de ces onguents ou de ces narcotiques. C'est ce qu'observe

rac

^

c'est

Cyrano de Bergece qu'avait constaté Malebranche. Le pliilo-

Le Mercure français pour 1609, p. 346. Voy. l'histoire de Jeanne Harvilliers, qui, en se frottant de graisse, croyait avoir commerce avec un homme noir, (J. Garinet, Histoire de la magie en France, p. 132.) ^

2

Mercure français pour 1609,

3

Voy.

*

De Occultata

le

philosophia,

1

,

p.

347.

43. Agrippa affirme que les

fumigations de graine

de lin et de polygonum mêlées à des racines de violette et d'ache font connaître les choses futures; que si l'on fait brûler et fumer à la fois de la coriandre, de Tache, ou de les

la

démons. De

cigûe

les fait

jusquiame

el

de

la

cigùe, on rassemble aussitôt

racine de férule mêlée avec de l'extrait de apparaître et vous fait voir, selon lui, des figures la

extraordinaires. «

Cardan,, De SubtiUtate,

iib. 11, c.

lib.

XVllI; Porta, Magia naturalis,

XXI, p. 192. Suivant ce dernier, la

pommade employée

par les sorciers était composée d'aconit et de pavot.


429

l'hypnotisme et le somnambulisme.

lui-même l'expérience s'étant un sorfrotté d'un bol narcotique que lui avait donné songes cier, il eut un sommeil agité, stertoreux, des sophe Gassendi en

fit

:

fréquents et des cauchemars. Si,

Damascius dont

j'ai

comme

dents*, ou

parlé dans le sorcier

comme

le

philosophe

un des chapitres précé-

dont

il

tenait l'onguent,

Gassendi eût eu l'esprit rempli de rêveries mythologiques, de l'idée des démons, nul doute que ses songes n'eussent été conformes aux chimères de son imagi-

nous nous trouvons tout naturellement ramenés à l'emploi de ces moyens d'augmenter la vivacité des rêves dont il a été question précédemment. Les progrès récents de la chimie ont permis de

Et

nation.

ici,

les effets hallucinatoires

mieux étudier

analogues à celles dont

Déjà

les

des substances

magiciens faisaient usage.

célèbre chimiste H. Davy, en respirant du gaz

le

protoxyde d'azote,

s'était

trouvé plongé dans une sorte

d'extase ou de délire'^ Mais, depuis la découverte des

propriétés del'éther, du chloroforme, de l'amylène,

on

s'est

assuré que cet état hallucinatoire pouvait être

très-facilement produit. Celui qui est soumis à leur inhalation, en sensibilité

,

même

effet se

qu'il

perd plus ou moins

a des rêves et parfois

visions se rapportant

Cet

temps

même

la

de véritables

l'ordre des idées qui l'occupent.

produit sur l'homme

comme

sur les ani-

maux. Des chiens, auxquels le docteur Sandras avait fait respirer du chloroforme, poussaient des cris et

1 2

Voy. ci-dessus, p. 233. elï'els de ce gaz, Longet, Traité de physio-

Voy,, sur les

logie, t.

I,

part.

II,

p.

460.


"^30

CHAPITRE

IV.

remuaient leurs pattes, de façon qu'il devenait évident que des songes ou une sorte de délire les agi-

Le haschisch, administré à ces animaux, a produit, comme chez l'homme, une véritahlo

taient.

aussi

phantasia^.

Dans certaines dont

j'ai

des exhalaisons de gaz, parlé au chapitre V' de cette seconde partie, localités,

non-seulement provoquent des rêves pendant le sommeil de celui qui les a respirées, mais elles déterminent parfois des hallucinations toutes semblables à celles que donnent les anesthésiques*. Ainsi, tandis que, sous l'empire d'un stupéfiant ou d'un anesthésique, le sorcier ou l'individu ensorcelé ^

voyait les esprits et les

démons, l'insensibilité de son corps semblait accuser une véritable mort; on croyait que son âme s'était retirée de son enveloppe terrestre pour se rendre dans le monde surnaturel. Son insen-

*avTama, c'est-à-dire, comme disaient les 1 Grecs, la faculté d'avoir des hallucinations (cpavTaaruov). Voy. à ce sujet Galen, De Philosoph. Histor., c. xxxvi, p. 305, ap. Oper., éd. Kuhn' t*

XIX. 2

De

cette réflexion de Jean de Salisbury

:

«

Locus namque

palustris aut desertus, eminentiori aut celebriori phantasmati-

carum imaginum fecundior

est. (Polycrat., II, xv.) Voy. ce que dit à ce sujet Eusèbe Salverte, o. c, ch. xvin p. 24. Le P. Gaspard Scott, dans ses Physica curiosa (1667)' 3

signale l'insensibilité dont faisaient preuve les sorciers dans les tourments qui leur étaient infligés. Cette insensibilité

ne

faisait

qu'irriter la rage des bourreaux, et afin de réveiller la douleur chez les patients, il nous rapporte qu'on s'était

imaginé d'en nrùier quelques-uns à petit feu dans des statues de plâtre creuses. La superstition chrétienne renouvelait contre les héritiers du paganisme les supplices dont les persécuteurs impériaux


l'hypnotisme et le somnambulisme.

auxquelles

43]

soumis

sibilité,

lors des tortures

dans

procédure dirigée contre lui, était regardée

la

comme un

il

était

effet diabolique*.

Les chroniques et

les

hagiographes mentionnent

de ce genre*

plusieurs faits

Ton a

oiî

aussi

vu des ré-

surrections.

Une découverte

récente , ou plutôt la récente con-

avaient usé à leur égard.

chez

les sorciers,

comme

templation vive de

Voy. ce que

*

d'une jeune

fille

L'anesthésie se produisait aussi

cliez les martyrs,

la vision

par

l'efifet

d'une con-

qui les dominait.

Frodoard dans sa Chronique (année 920)

dit

des environs de Vouzy

;

ce que Guillaume

le

Breton, dans sa Vie de Philippe-Auguste, raconte d'un chevalier

du Vermandois. La célèbre visionnaire Jemimah Wilkinson, qui même dans une lé-

fonda une secte aux États-Unis, tomba de

thargie cataleptique, durant laquelle elle s'imagina avoir quitté

son corps

quand

;

on

la

tenait pour

elle revint tout à

morte

coup

et l'on s'apprêtait à l'enlerrfM-,

à elle et

annonça qu'elle

était

ressuscitée. (Grégoire, Histoire des sectes religieuses, nouv. édil.,

y,

t.

p.

24S.)

Une résurrection toute

gnée de visions, (Fischer,

a

partielle, aussi

accompa-

homme

d'Hinwyl.

été rapportée d'un jeune

Der Somnambulismus,

t. I, p.

504.)

Un phénomène de

ce genre peut expliquer la célèbre aventure d'Hermodore ou

Hermotime de Clazomène, dont l'âme

se séparait de son corps et

se rendait en différents lieux, puis y rentrait après avoir été

témoin d'une foule de choses que Hermotime racontait (Plutarch., Plin

,

De Genlo

Socrat., § 22; Lucian.,

Hist. nat., VII,

Klaprolh rapporte des extases

nambulisme, 2

p.

la

chacun.

Encom. Musc., 7;

De Anima. 2.) Cf. ce que qu'ont les vieilles femmes chez les

42; Tertullian.,

Tcherkesses [Tableau du Caucase, par A. Bertrand sur

à

p.

100), et les détails

donnés

célèbre bergère de Ctqsi. {Traite du

Som-

567.)

Voy., à ce sujet,

Demarquay

sur l'hypnotisme. Paris, 1860.

et

Giraud-Teulon, Recherches


CHAPITRE

432

IV.

statation scientifique d'un fait depuis longtemps ob-

servé, l'hypnotisme, nous apporte et des plus décisifs,

de

la

un dernier élément,

pour l'explication des merveilles

magie.

Si l'on place

en face des yeux d'une personne, et à

peu de distance de son visage, un objet brillant, un métal poli, ou même si l'on se borne, en la regardant fixement, à offusquer sa vue par des gestes et à frap-

per son imagination, cette personne, est-elle d'une constitution nerveuse, débile, et maintient-elle son re-

gard concentré sur l'objet qui miroite devant elle, elle tombe dans un état cataleptique analogue à celui que produit l'inhalation des anesthésiques. Ses

membres

accusent un certain état de roideur ou entrent dans

un relâchement plus ou moins complet, la sensibilité est émoussée ou même abolie, mais certains sens, tels que l'ouïe ou le tact en quelque partie du corps, acquièrent une prodigieuse vivacité. Les moindres sons sont perçus, les plus légères impressions réfléchies

5

et des songes, des hallucinations s'offrent alors

comme

à l'esprit

cela a

heu dans certains accès de

catalepsie.

Le P. Kircher * avait déjà reconnu ce singulier effet, mis à profit par les saltimbanques, sur des coqs que l'on parvenait ainsi à rendre insensibles^.

Un médecin

Le P. Kircher a décrit ce phénomène sous le nom iVactinoboUsme, dans son Ars magna; ils ont été aussi signalés par Daniel Scliwenter, dans ses Delicise physico-mathemalicse, pu1

bliées en 1056. 2

Voy. ce que

l«r février

j'ai dit

1860, p. 704.

à ce sujet,

Revue des Deux-Mondes,


4t10

l'hypnotisme et le somnambulisme.

James Braid, dans un

anglais,

livre publié

en 1843',

donné un exposé comtouteplet de ces phénomènes, dont il semble s'être Des expériences fois exagéré la puissance et la portée. et depuis dans d'autres écrits'», a

récentes faites en France» en ont mis la réalité hors

de doute.

Les

faits

fournis par l'hypnotisme se rattachent con-

hallucinations et aux affections ner-

séquemment aux

veuses provoquées par

du

soleil

par

\

la

la

contemplation trop attentive

vue d'un objet en rotation S par une

Neurypnologtj, or the rationale of nervous sleep considered

*

in relation with animal magnetism. London, 1843.

Observations on trance, 1845. Witchciajt, hypnotisjn, elec-

«

trohiology, 1852.

Ces expériences ont été faites

3

teurs Bazin,

notamment par MM.

Azam, Broca, Demarquay. Voy.

la

les doc-

note de M. Azam,

dans les Archives générales de médecine, janvier 18G0. M.

le

docteur Piorry a cité l'exemple d'une jeune

devint épileplique pour avoir regardé trop fixenient

M.

le

qui

fille

le

soleil.

docteur R. Paterson a remarqué que chacun peut déter-

miner par fixer les

le

môme

procédé une illusion en

yeux sur une glace qui

reporter ensuite dans l'obscurité

Ces expériences,

analogues

à

réfléchit le ;

soi. 11 faut

pour cela

disque solaire, et

on continuera devoir celles qu'a

faites

belge, M. Plateau, se rattachent également à un

un

fait

le

les

spectre.

pliysicien

de conges-

tion dans le cerveau. Des hallucinations véritables se sont parfois rattachées t.

III, p.

lige

pour

et suiv.,

de

la relation

Apulée (Apolog.,

c.

xlv,

que provoque souvent

ment

et l'épilepsie qui

la

p.

542, éd.

vue de

la

curieuse hallucina-

e,

p.

Ilild.)

avait noté lever-

roue du potier en mouve-

on peut résulter

des observations de M. Clievreul. Yoy.

(où

la

docteur llibbert.

tion 5

162

à ce phénomène. Voy. Annales médico-psychol.,

;

De

ce qui ressort aussi la

Baguette dïv'ma'

234 et suiv. 2&


434

CHAPITRE

IV.

concentration excessive de l'attention*, qui, comme dans l'hypnotisme, amène chèz certaines personnes

un

véritable état d'iiypérhémie

ou de pléthore céré-

brale.

M. J.-P. Philips, ajoutant aux idées de siennes propres,

misme

Braid les

J.

a réuni, dans son Électro-dyna-

en 1855, et dans son Cours théorique et pratique de Braidisme^ imprimé en 1860,

des

vital, qui parut

qui tout rattachés qu'ils soient à des hypo-

faits,

thèses fort contestables, n'en offrent pas moins une

extrême importance.

retrouve chez les personnes

Il

qui, par leur organisation, se prêtent

aux expériences

improprement électro-biologiques

dites fort

,

la réso-

lution des muscles volontaires, étendue à tout le sys-

tème, ou localisée sur une seule de ses divisions, des contractions

tétaniques

anéantissement de

,

une surexcitation ou

la sensibilité, soit

partielle, des haliucinations,

un

générale, soit

des illusions des sens],

l'énergie des facultés intellectuelles et morales sti-

mulée ou

affaiblie,

leur activité habituelle accrue

dans une mesure indéterminée et diverses fonctions

momentanément

modifiées.

Certains procédés de divination mis en pratique par les

*

magiciens de l'antiquité ou de l'Orient, rapprochés

Les observations que

j'ai faites

sur les hallucinations livp-

nagogiques m'ont aussi amené à croire que l'abondance des rêves est due à cet état de plétiiore dans les pelits vaisseaux sanguins de l'cncéi'hale qui accompagne toujours plus ou moins le

sommeil, Yoy. Darthez, JSouvcaux Éléments de la science de

Vhonune, 2^ il les [lci;cs.

cdit.,

t. 11,

p. 148, et

mon ouvrage

sur le Sommeil


f

435

l'hypnotisme et le somnambulisme.

montrent clairement que

de pareils phénomènes,

l'hypnotisme jouait un rôle considérable dans les en-

chantements. Entre nation,

principaux moyens de divi-

les

un grand nombre

pour

avait

eiïet

de déter-

miner une sorte de vertige, en agissant sur les yeux et par conséquent sur le cerveau, à peu près de la

même

façon que dans l'hypnotisme

le

font les corps

brillants. «

Comme

vue, écrit Ibn

la

le plus noble, ils (les

Khaldoun%

devins)

lui

est le sens

donnent

la

préfé-

rence; fixant leurs regards sur un objet à superficie unie,

ils le

considèrent avec attention jusqu'à ce qu'ils

y aperçoivent

la

chose qu'ils veulent annoncer. Quel-

ques personnes croient que l'image aperçue de cette

manière se dessine sur se trompent.

la

du miroir; mais

surface

Le devin regarde fixement

elles

cette surface

jusqu'à ce qu'elle disparaisse et qu'un rideau, semblable à roir.

un

mi-

brouillard, s'interpose entre lui et le

Sur ce rideau

se dessinent les formes qu'il désire

apercevoir, et cela lui permet de donner des indications soit affirmatives, soit négatives, sur ce qu'on

désire savoir.

raconte alors les perceptions

Il

Les devins, pendant

qu'il les reçoit.

qu'ils sont

telles

dans

cet état, n'aperçoivent pas ce qui se voit réellement

dans le miroir^

c'est

naît chez eux. »

catoptromancie

un autre mode de perception qui

Ce curieux passage nous explique (/,a-co7:tps[jLxvT£i'a

divination

par

modes de

divination.

*

les

miroirs

,

xaxciv'cpoi/.avTi/.Y))

un des plus

,

la

ou

célèbres

Dans Xhydromancie (uSpo-

Piolégomènci, trad. de Slane,

p.

221, 222.


436

CHAPITRE

tj.avT£Îa)

l'eau d'une fontaine, qui remplaçait l'éclat

du métal ou du

verre.

sonne à laquelle

il

sur

l'eau, c'était la surface cl*un

OU divination par

liquide,

IV.

recourait, croyait voir apparaître

ou

la surface polie

brillante la figure de la créa-

ture évoquée, celle d'un s'agissait

plutôt la per-

Le devin, ou

démon ou de

l'inconnu qu'il

de découvrir'. Joignez aussi à cela, quand

on opérait

le soir,

moment

jugé

aux

le plus favorable

évocations, les ombres qui se peignent sur la surface

des ondes, les reflets colorés dont parfois elles se tei-

gnent et qui prêtaient à

l'esprit les

éléments qui

lui

servaient à composer l'image qu'il appelait déjà par

avance à son insu sur

le cristal

des eaux-, l'imagina-

tion transformait les reflets mobiles des objets,

comme

une route, dans un cimetière, la peur transforme, la nuit, en fantômes, en voleurs, en animaux fantastiques, un arbre, une ruine, un objet que l'œil distingue mal, dont il n'aperçoit que la silhouette vacilsur

lante.

Tel est

le secret

de ces évocations magiques

si

cé-

dans l'antiquité, pour lesquelles les instruments dont on faisait usage n'étaient en réalité que des prétextes, des occasions fournies à l'esprit. L'ima-

lèbres

en proie à un rêve ou à une hallucination hypnotique, évoque quelque figure. Comme dans gination,

un sentiment inscient et mal défini manifeste à nos yeux un soupçon, une crainte, une es-^ pérance dont nous ne nous étions pas rendu compte le rêve,

1

Raban. Maur., De

p. 169.

Prsestigiis

magorum^

ap. Oiier.

,

t.

VI,


l'hypnotisme et le somnambulisme.

durant

de

'(37

dans ce qu'on peut appeler le songe hypnotique, le même sentiment, en quelque

la veille,

l'état

sorte latent, pouvait se manifester et l'image aperçue se rapporter à la réalité. Là était tout le secret de cette

divination.

L'emploi des miroirs constellés remontait à une haute antiquité. Varron* prétend qu'il était originaire la Perse,

de

ce qui ferait croire que les

mages en

avaient été les inventeurs. Didius Julianus, dont l'esprit superstitieux cherchait

dans

la

l'avenir, eut recours à ces miroirs

magie

le secret

pour découvrir

de

l'is-

sue du combat que devait livrer contre Sévère son compétiteur à l'empire, Tullius Crispinus^-, il appela,

pour regarder dans la tête

duquel

il

le

miroir fatidique

un enfant sur

avait opéré préalablement des en-

chantements. C'était, en choisissait

,

de préférence,

effet,

des enfants que l'on

nous savons aujourd'hui

et

que l'hypnotisme réussit surtout chez ceux-ci et chez les femmes. Apulée* rapporte, d'après Varron, l'histoire d'un enfant qui avait été interrogé de la sorte au sujet de

la

guerre de Mithridate.

Dans plusieurs oracles de

la

vination était aussi pratiqué*.

de

on 1

la

Grèce, ce

mode de

di-

On suspendait au-dessus

surface de l'eau un miroir soutenu par une ficelle ^

récitait

une prière, on brûlait de l'encens,

et alors

Ap. s. Augustin., De Civit. Dei, VII, 35.

*

Spartian., Did. Julian.f vu.

'

Apolog.,

c. XLi, ap.

Oper., éd. Hildeb.,

t. II,

p. 536.

Varron

rapporte aussi que Nigidius, consulté par Fabius, se servit d'enfants ensorcelés (car?n/7îe mslincloa), Voy. Apul., *

Pausan,, VII,

c. xxi.

c.


4^38

CHAPITRE

IV.

on voyait apparaître sur le miroir la figure de la personne malade, et l'on reconnaissait si elle devait périr ou non. Casaubon, dans

ses notes sur

Spartien^

un passage d'un martyrologe grec où qu'un Latin chrétien qui hantait

cite

est raconté

il

jeux du cirque, et

les

constamment vaincu aux courses de char par faction opposée à la sienne, alla trouver un moine

se voyait la

d'une grande réputation de piété,

nommé

Hilarion.

Il

demanda à quoi tenait la constance de sa mauvaise fortune. Le moine mit alors un vase plein d'eau entre lui

les

mains du Latin,

vaux

et les chars

en regardant à la surgrand étonnement les che-

et celui-ci,

face, vit apparaître à son

du cirque,

et

reconnut

que

ainsi

sa

faction était enchaînée par des sortilèges magiques.

Hilarion rendit grâce à Dieu de sa découverte, et dissipa l'enchantement par

un signe de

On appelait 5/)ecw/arn 2 ceux l'avenir à l'aide d'un miroir

j

croix.

qui interrogeaient ainsi

au moyen âge,

ils

vaient encore un grand crédit et étaient fort

trou-

nom-

breux. Les canons d'un synode tenu vers 450^ prouvent qu'il s'en rencontrait jusqu'en Irlande.

La lécanomancie

(XevtavotAavTsi'a)

ou divination à l'aide

d'un bassin, n'était qu'une variété de cie*.

Le bassin

la

catoptroman-

rempli d'eau-, on y jetait quelques lames d'or et d'argent, et l'on voyait bientôt appa-

Ad

Spartian.,

était

vu,

p. 250. Paris, 1603. Voy. Ducange, Glossar. med. et infini, latin, \° Specularii. 3 Ce concile fut tenu en 450 par saint Patrice, Auxilius et Iseminus. Voy. Labbe, ConciL, t. 1 , p. 1791. Cf. Brand, Obser1

c.

«

vations on popular Antiquitics, *

31 et suiv. Voy. ce qui en a été déjà dit plus haut, p. 57. 1. 111, p.


439

l'hypnotisme et le somnambulisme. raître les objets

même

la

ou

réponse*

,

les figures désirés-,

on entendait

rhalliicinalion de l'ouïe venant se

joindre parfois à celle de la vue.

On

substituait aussi

lame d'une épée, au miroir ou à la surface liquide. C'est ce que nous apprend Jean de Salisbury, qui nous a laissé une énumération de

une coupe, un bouclier,

la

tous ces procédés de divination encore usités de son

du PoUcraticon dé-

temps

Le passage

crit ces

pratiques empruntées au paganisme

montre qu'on

oi\

les avait

l'auteur

appropriées et

comme

nous

assorties

aux idées chrétiennes^ Quelques-uns se bornaient à 1

nat„ XXXVll, magie, VII.

Plin., Hist.

Disqiiisit. 2

Pol'jcnit.,

8

«

I, c.

x.'i,

11; Apul., Apolog.,^.

52; Delrio,

27.

Fpeculalorios vocant qui in corporibus levigatis et

ut sunt lucidi enses, pelves, cyalhi,

tersis-,

speculorumque diversa gê-

nera, divinantes curiosls inlerrogationibus salisfaciunt quain (arteiTi)

Quum

et

Joseph exercuisse aut polius simulasse descrlbitur,

fratres argueret surripuisse

scyphum

quo consueverat

in

augurari. Graiias ago Deo, qui mihi etiam in

t»iiiori

œtale ad-

versus bas maligni hoslis insidias beneplacili sui sculum oppo-

Duni enim puer, ut psalmos addiscerem, sacerdoli iraditus essem, qui forte speculariam magicani exçrcebat, contigit ut me suit.

et paulo

grandiusculum puerum,

ciis, pro

pedibus suis, sedente ad specularise sacrilegium appli-

pra}inissis

quibusdam malcfi-

caret, ut in unguibus, sacre nescio an oleo aut cbrismale delibutis, vel in exterso et levigato corpore pelvis,

nostro nianifestarelur indicio.

quœ

Quum

quod quœrebat

itaque prœdictisnominibus

ipso horrore, licet puerulus essem,

dœmonum

videbanlur et

prœmissis adjuraiionibus quas, Deo auclore, nescio, socius meus nescio quas imagines, lenuiter laraen et nubilosas videre indicasset, ego

quidem ad

illud lia

cœcus

exstiti, ut nihil

reret, nisi ungues aut pelvis, et caetera

Exinde ergo ad hujusmodi

mihi appa-

quae anle noveram,

inulilis judicatus

sum,

et quasi qui


'ï^'^

CHAPITRE

IV.

regarder sur leur ongle, dont sait le

même

que

la surface polie

produi-

Ces moines du mont Athos, qu en avait surnommés umbilicains ou omphalopsychiques, et qui croyaient voir, après avoir longeffet

le miroir.

temps contemplé leur nombril, la lumière du Tliabor, étaient dupes d'une hallucination de même sorte*. Gervais de Tilbury, dans ses Otia iînperialia^

tionne de pareils procédés

comme

,

men-

étant en usage chez

nécromants; on les retrouve chez les Hindous dans VYoga, ou moyen d'arriver à la science de Dieu les

par

la

En

contemplation mystique'. -1398, la faculté de théologie de Paris

formellement ces pratiques

sacrilegia

comme un

condamna

fait d'idolâ-

hœc impedirem, ne ad

talia accederem, condemnatus ; rem hanc exercere decreverant, ego quasi lolius divinattonis impedimentum arcebar. » {Polycr., h c.) La lécanomancie ou hydromancie est aussi décrite dans le Livre de la

et quolies

vraie histoire

d'Eustache

le

du bon roy Alexandre (ap. F. Michel, Roman Moine, p. 90) comme un des moyens employés

par renchanieur Neclanébus. 1

Fleury, Histoire ecclésiastique,

des umbilicains parut dans

la

1.

XCV,

c.

ix.

Cette secte

première moitié du seizième

siècle; le procédé de contemplation auquel elle recourait avait déjà été préconisé au onzième siècle par Siméon, abbé de Xéro-

cerque, à Constanlinople. La rondelle de métal percée d'un trou dont fait usage M. Philips dans ses expériences d'hypnotisme, rappelle la forme de l'organe sur lequel ces moines fixaient leurs

regards d'admiration.

Asseruntnegromantici in experimentis gladii, vel speculi, vel magnis aut circini solos oculos praevalere. » [OU imp., =

«

p. 897, ap. Scriptor. rer. »

les

Dochinger, Hindous,

p.

La 58.

Brunsv.,

t.

Vie contemplative

I.) ^

ascétique et morale chez

.


-441

l'hypnotisme et le somnambulisme. trie,

mais

elles

ne continuèrent pas moins d'être en

usage ^ Pic de

,

Mirandole

la

,

^

j

infatué de la vertu des

était

suffisait d'en faire miroirs constellés, et assurait qu'il favorable, et de fabriquer un sous une constellation

donner à son corps lire

dans

la

température convenable pour

le miroir le passé

,

Rimuald' nous apprend que l'auteur d'un vol,

il

présent et l'avenir^

le

l'on veut

si

faut prendre

découvrir

un miroir, une

fiole,

réfléchisse une chandelle ou un objet quelconque qui exemple, on la remla lumière. Est-ce une fiole, par un bougeoir portant plit d'eau bénite, on en approche une bougie consacrée, et on prononce ces mots: Ange blanc ange saint par ia sainteié et par ma ,

,

virginité

,

montre-moi qui a pris

telle

chose; et alors

ce on aperçoit au fond de la fiole l'image du voleur-, virginité pour qui nous montre qu'il fallait avoir sa ce qui perréussir dans ce procédé de divination et en doute mettait, quand il ne réussissait pas, de mettre ,

vertu du consultant. Jean Fernel* nous assure avoir vu paraître dans un miroir diverses figures qui exécu-

la

taient sur-le-champ tout ce qu'il leur

dont

les gestes étaient si significatifs

assistants pouvait

Simon, dans 1

t.

et

que chacun des

comprendre leur pantomime. SaintMémoires, nous parle encore d'un

Determinatio Parisiis

gicam. Ann. 2

ses

commandait,

fada per almam Facullatem

theolo-

Dom. 1398.

Voy. ce que dit à ce sujet Legendre, Traité de l'opinion,

IX, p. 139. »

Consil. in caus. graviss., 414,

*

De Abditis rerum Causis,

I,

t.

xi.

IV, p. SSi.


412

CHAPITRR

IV.

diseur de bonne aventure qui avait fait voir au duc d'Orléans, depuis régent de France, l'avenir dans un verre d'eau*. C'était encore un enfant qui servait d'intermédiaire.

Une

fille,

jeune

et

innocente,

rement tout ce qui devait arriver à

la

vit clai-

mort du grand

roi.

On

continuait alors, avec saint Augustin^, de mettre sur le compte du démon ces bizarres apparitions qu'a-

Numa, au

vait jadis produites le roi

dire de

1

evêque

d'Hippone.

En

Orient, et surtout en Egypte, ces procédés n'ont pas cessé d'être mis en pratique. M. le comte Léon de

Laborde a rapporté les expériences du magicien Achmed, dontilaété témoin avec lord PrudhoeMJn jeune Égyptien, amené par

le harvis, vit

dans l'encre épaisse

répandue sur sa main les objets éloignés, cachés, inconnus, sur lesquels on appelait son attention. Mais le savant voyageur ajoute qu'après avoir acheté le secret d'Achmed et appris la recette dont celui-ci faisait usage,

il

obtint aussi des apparitions.

Le docteur

Rossi,

du Caire, a dernièrement envoyé d'Egypte au docteur *

Chap. CLXi. Un

juif,

dont parle Leblond dans son Mémoire

sur la magie [Mém. de Vlnstilut, dait faire voir dans

un verre d'eau

classe, les

p. 198), prétenpersonnes qui étaient en t.

I,

Amérique. 2 «

Hydromanlicam facere impulsus

est (dit saint

Augustin en

parlant de Numa), ut in aqua videret imagines

deorum vel poquibus audiret quid in sacris constituere atque observare deberet. » (De CiviU Dei, VII, tius ludificationes

da^monum,

a

XXXV. 3

Commentaire géographique sur l'Exode

et suiv.

et les

Nombres,

p.

23


W3

l'hypnotisme et le somnambulisme.

Demarquay des informations qui confirment l'existence de pareils procédés chez

les

descendants des magiciens

D'ailleurs les harvis

de Pharaon

pas de l'emploi d'un objet brillant gations,

provoquent encore

ils

-,

ne se contentent à l'aide de fumi-

les hallucinations

entretiennent un déhre passager,

comme il

résulte

et

du

témoignage de iM. de Laborde. Un orientahste dis^ Les Orientaux tingué, M. Reinaud, écrit à ce sujet « ont aussi des miroirs magiques dans lesquels ils :

« s'imaginent

((

pouvoir faire apparaître

les anges, les

ce

archanges 5 en parfumant le miroir, en jeûnant pendant sept jours et en gardant la plus sévère retraite,'

((

on devient en

((

état

de voir par ses propres yeux, soit

par par ceux d'une vierge ou d'un enfant, les anges « que l'on désire évoquer il n'y aura qu'à réciter les « prières sacramentelles, l'esprit de lumière se mon«

-,

« trera «

à vous, et vous pourrez lui adresser vos de-

mandes.

»

Les musulmans de l'Inde et les Hindous font pareillement usage de miroirs magiques qu'ils nomment

unjoun ou lampe noire. Veulent- ils savoir quel démon afflige la personne malade, ils placent ïunjoun dans

la

dessiner

main d'un enfant, les

traits

et celui-ci voit bientôt s'y

hideux de

l'esprit

l'homme souffrant ^ Les sannyasis

qui

possède

et les djoguis pas-

sent pour fort habiles dans ce genre de divination

on

'

s '

distingue plusieurs sortes à'unjoun, sans

compter

Voy. Demarquay, Recherches sur Vhypnolismey p. 42. Descripl. du cabinet Blacas, t. II, p. 401, 402.

Qanoon-e-islam,

publisli.

l)y

Uerkiols, p. 578.

^


^^^^^

CHAPITRE

les àazirafs,

croit voir la le

IV.

ou flammes magiques dans lesquelles on personne évoquée. La sarwa unjoun est

mode de

divination qui se rapproche le plus du procédé égyptien. Pour s'en servir, on prend

une

poignée de dolichos lahlah que Ion réduit en poudre fine après l'avoir carbonisée et qu'on humecte d'huile de castor. On fait brûler cette préparation dans un vase d'argile fraîche

nommé

certaines formules,

on verse

paume de la

Iota, et

la

après avoir récité

composition sur

la

main d'un enfant, qui ne tarde pas à voir figure des esprits ou des personnages mystérieux. Outre

la

miroirs qui n'ont d'autre propriété que celle que possède tout corps brillant de déterminer les

le

vertige, l'hallucination sur des organisations facilement

impressionnables,

les

Hindous

et les

Chinois fabriquent

aussi des miroirs métalliques, de façon

que

la figure

qu'on veut faire apparaître soit aperçue sur une^des faces de la plaque métallique convenablement éclai-

rée, bien qu'elle se trouve gravée sur l'autre. Le secret de la composition de ces miroirs qui avait excité longtemps la sagacité des physiciens * est aujourd'hui

bien connu

appartiennent à cette magie purement physique dont je ne traite pas dans ce hvre. Je dirai seulement que leur fabrication fut aussi ils

connue

des anciens Voy.

\

et qu'il

les recherclies

y a plusieurs siècles elle se con-

de

Prinsep sur ces miroirs, dans le Journal oj the asiaiic Society of Bengal, t. I, p. 242 et suiv. « Voy. Stan. Julien, dans les Cojnptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 999, ann. 18i7. Cf. D. Brewster, Briefe ùber 1

die »

J.

nalûïVche Magie, ubers. von F. Wolff, p. 79. Berlin, i833. « Ut spéculum in loco cerlo positum nihil imaginel^ alior-


44i)

l'hypnotisme et le somnambulisme.

parle de en Occident. Cornélius Agrippa' nous aux mains pareils miroirs qui furent parfois trouvés mit en des gens accusés de magie ^5 leur possession tinuait

de plus d'un sorcier. Afin de donner à ordileur usage un caractère démonologique, c'était nairement la. figure du diable qu'on gravait au revers, de façon que l'esprit malin semblait apparaître sur la péril la vie

face polie à la suite de l'évocation

^.

L'hypnotisme nous a fourni l'explication d'un des prestiges de la magie qui ont longtemps paru le plus inexplicables. C'est encore le

même phénomène

la voie d'autres merveilles

nous met sur

qui

dont quel-

ques personnes se montrent inquiètes ou étonnées. L'état passif et somnolent où est placé l'hypnotisé est tout

semblable à celui que déterminent

gnétiseurs sur leurs

somnambules

faciat imagines.

sum translatum

»

5

les

l'esprit et le

macorps

(Aul. Gell., Noct. AttiCy

XVI, xviii.) Incert. et vanit. scientiar., c. xxvi.

1

De

2

Voy. ce qui est rapporté dans Muratori

italicar.,

I,

t.

cîœmonum,

col.

lib. 111,

,

Scriptor.

rerum

295, 545. Cf. Wierus Pseudomonarchia c. xii, § 6. En iC09, on brûla en place de ,

normand Saint-Germain, pour avoir fait, en compagnie d'une femme et d'un médecin, usage de miroirs maGrève

le

sorcier

giques. (Le Mercure français pour 1609, p. 548.) 3

Tel était

le

miroir trouvé sous l'oreiller de l'évêque de Vé-

rone, prélat que Martin délia Scala

fit

mettre à mort.

inscrit,

dans

de

les

comme celui qu'on découvrit Rienzi, le nom de Fiorone, que

avoir appliqué au diable.

que

le

apprend en

effet

d'une

(Muratori,

fleur.

la

Il

portait

maison de Colas

magiciens paraissent

La confession de saint Cyprien nous

démon

l. c.)

apparaissait parfois sous forme


CFIAPITRE IV.

subissent alors d'une manière remarquable les influences extérieures. Par une sorte de

suggestion que Braid a constatée, mais qui ne se produit que dans des cas rares, l'iiypnotisé, comme le somnambule, J.

exécute

ordres qu'on lui donne et subit dans ses sensations l'influence des attitudes qu'on lui fait prendre ^ De même que dans le rêve, notre esprit se les

livre

tout entier aux images qui nous hallucinent, dans

hypnotique ou somnambulique, nous sentons ou croyons sentir en vertu d'impressions qui nous l'état

sont

communiquées. Le phénomène non moins singulier des médiums, dont l'étude, ou plutôt la vogue, nous est venue des États-Unis 2, semble se rattacher également à tout cet ensemble de logiques.

Le médium tombe dans un

faits

patho-

état analogue à

Magendie a remarqué dans ses notes sir les Recherches physiologiques sur la vie et la mort de Bicliat, que, « dans le ^

somnambulisme,

dè plusieurs sens, et celle de l'ouïe en particulier, est conservée; le jugement du dormeur peut alors l'action

s'exercer non-seulement sur les souvenirs, mais encore sur les impressions qui lui sont transmises du dehors. Le son

d'une

du tambour, survenant au milieu de l'iiistoire qu'il rêve, la modifierait subitement. Par le même mo;yen, un interlocuteur pourra s'emparer de lui, et comme le somnambule floche, le bruit

jouit de l'usage de la voix

on verra par ses réponses qu'on di, rige à volonté ses idées et qu'on le transporte dans telle circonstance qu'il plaît; car les impressions qu'il reçoit du dehors

étant plus vives que celles qui proviennent de la mémoire, c'est aux premières qu'il obéira presque toujours. » (Bichat, éd. Ma-

gendie, p. S3, 54.) *

Voy. surtout à ce sujet le curieux livre intitulé

Spirit rap. ping in England and America, Us origin and history. London in-t2.

:


447

l'hypnotis^ie et le somnambulisme, celui

du somnambule

fois à ce point qu'il écrit qu'il l'a oublié;

parce

ce qu'il croit ne point savoir, il

dividualité de son être,

piration d'un esprit

:

perd

il

mieux

il

la

conscience de

communique par

il

l'in-

s'imagine agir sous l'ins-

ments inconscients aux objets sur lesquels

est surexcitée par-

mémoire

sa

-,

ses

mouve-

qu'il touche, qu'il tient,

appuie, ses propres pensées, ou pour

mouvements

dire les chocs, les

qui les tradui-

sent à l'oreille. C'est ainsi que ce que la table écrit

ou

à Taide de ce langage par coups (rappings^

dit,

knockings), reflète ses croyances, ses espérances, ses craintes, son style, ses fantaisies et ses erreurs.

un compte com-

saurait sans doute rendre encore

plet de

On ne

ces bizarres effets qui ont bouleversé tant

d'imaginations.

Il

pas toujours facile l'imposture,

faudrait d'ailleurs, ,

faire la part

de

ce qui n'est

la réalité et

ce qui est dû à un

distinguer

psycho-sensoriel et ce qui n'est que

l'effet

de

état

de l'adresse

des membres. Tel thaumaturge réussit, à l'aide de

son pied, dont

devenus par l'exerdoigts de la main, à faire

les orteils sont

cice aussi agiles

que

les

exécuter à une table des mouvements, par

le batte-

ment du tendon du grand péronnier externe', que

l'ont

des bruits

montré Flint qui

et Schiff,

1

Voï. à ce sujet

ouvrage

:

à faire entendre

semblent s'échapper d'un meuble,

comme la voix étouffée du d'un mur ou d'une boîte-, son souffle, sait

ainsi

le projeter

cfe

Du marjnét.et

que

dit

ventriloque paraît sortir tel

autre, en ménageant

comme un

corps lourd

M. A. -S. Morin, dans son excellent

des sciences occult.,i>. 441 et

rendus de l'Académie des sciences, 1854,

t.

s.,

XXXVllI,

elComples

p.

1063.


4-^8

CHAPITRE

sur la face ou

main du

la

IV.

voisin, qui se croit frappé

par un être invisible. Mais la réalité de quelques-uns de ces phénomènes étranges dont il a été parlé, même établie,

avec

il

restera encore à en rechercher la liaison

que

les faits

j'ai

pas assez avancés dans

pour

gie

des recherches et

La

connaissance de la biolo-

du cerveau, avant de rien affirmer.

force nerveuse est

analogies avec

la

sommes

Nous avons encore besoin de bien des observations sur le mode d'ac-

l'essayer.

tion des nerfs et

Et nous ne

rappelés.

un agent

à part

5

malgré ses

force électrique, elle ne saurait lui

la

être assimilée. Peut-être cette force est-elle,

comme

de s'accumuler, de se porter instantanément d'un point à l'autre dans l'organisme l'électricité, susceptible

et d'opérer

même que

des

espèces de

en retour. De

vu des maladies nerveuses, la paraguéries soudainement par des coups

l'on a

lysie, la cécité,

de foudre ^

il

n'est pas impossible

qu'un reflux vioforce nerveuse, en quelque partie

lent et subit de la

du corps, produise des

Quand

chocs

je dis

que

le fait n'est

prétends pas dire que

de prononcer, et

effets aussi

singuliers.

pas impossible, je ne

le fait soit. Il

ne faut pas se hâter

méthode exige que tant que l'expérience n'a pas parlé, on se tienne dans un doute prudent et sur une réserve extrême. Enfin, pour se rendre compte de ce qui paraît de plus

aux

*

inexplicable

la vraie

dans

les

tables tournantes et

Voy.

mon

Mondes, 1859,

ariicle I.

Sur

faits

qui se

aux 7nédiums,

les forces électriques.

XXIII, p. 692.

rattachent il

faut aussi

Revue des Deux


4;49

l'hypnotisme et le somnambulisme.

grandement faits se

tenir

compte du milieu dans lequel

les

L'imitation parfois arrive à con-

produisent.

une véritable épidémie. L'épilepsie, la folie, disposition au crime sous la forme pathologique, se

stituer la

communiquent par

imitation.

Quand

des esprits pré-

venus ou illuminés se réunissent pour se

livrer tout

entiers à leurs inspirations, à leurs exercices mysti-

ques, les hallucinations se multiplient, se comphquent,

ne tarde pas à se trouver dans un état particulier qui, non-seulement la rend incapble d'observations réfléchies et critiques, mais la transporte et l'assemblée

dans un état spécial, une sorte de rêve en commun, où tout devient fantasmagorie et dans lequel on ne peut plus séparer

l'acte

du vertige.

C'est ce qui se

produisit chez les néoplatoniciens des derniers temps,

ce qui avait heu autour des baquets de Mesmer, ce qui se passe chez certaines sectes religieuses

de l'Angle-

terre et des États-Unis, telles que les Jérusalémites, les

Quakers,

les

Irvingiens,

au commencement du

comme

siècle dernier

cela est

arrivé

chez

Trem-

les

bleurs des Cévennes. Cet état qui, lors des revivais

devient réellement épidémique, a

marqué

apparitions de nouvelles formes religieuses.

mon

avis,

celui qui a le plus

toutes les Il

est,

favorisé autrefois

à

en

Orient la naissance de diverses religions et la multiplication des miracles et des prophéties.

du véritable principe de ces suggestions, de ces communications de la volonté, de ces influences singulières de la pensée d'autrui sur une organisation sympathique, on doit toujours chercher Quoi

qu'il

en

soit

Texplicalion de la fascination qui inspirait

dans


450

CHAPITRE

l'antiquité

IV.

une terreur

superstitieuse. L'imagination troublée et la volonté paralysée, les membres devenaient momentanément impuissants à se mouvoir; les anciens recouraient à l'emploi de la salive pour faire

cesser le

charme;

ils

la fascination; c'est

cite le

crachaient pour arrêter

qu'en

de

l'effet

effet la salive forliQe et

ex-

système nerveux*.

Les premiers chrétiens continuèrent de croire à la fascination; ils en reportèrent la cause au démon. C'était la conséquence de leur théorie pathologique, toute influence de l'esprit sur

le

corps leur semblant

surnaturelle.

On

n'a point encore

volonté ni assigner le

pu mesurer

la puissance

de

la

mode

et la nature de l'action conviction exerce par une sympathie secrète sur l'esprit et l'organisme d'autrui, et cependant cette

que

la

puissance est manifeste par l'ascendant que certains hommes savent prendre sur leurs semblables, et on

ne saurait guère l'expliquer sans des conditions pftrlicuhères d'organisation, sans supposer des attractions plus ou moins énergiques entre le moral de personnes différentes.

Petron., SatyriCy ad calcem; Theocrit., Idijll., VI; Plaut. Asinar., II, lxxxiv; Fers., Saiyr., II, m; *

Tertulli'an.

Firçjin.

veland.,

15.

,

De

Pline (XXVIII, iv) a reconnu les effets

alexiques de la salive. Cf. Bolssonade, In Aristœnet. Epislol p. 244.

'

Voy. à ce sujet ce que rapporte saint Jérôme, dans la Vie de saint Hilarion, d'un cocher de Gaza qui fut frappé de para'

lysie

soudaine,

maladie où l'on vil l'effet de sortilèges diaboliques. (Surius, VU. Sanctor., 21 octob., p. 520.)


451

l'hypnotisme et le somnambulisme.

Mais ces phénomènes

,

à raison de leur caractère

véritable étrange et de l'ignorance où l'on est de leur par source sont d'ordinaire singulièrement exagérés ,

goût du merveilleux. La crédulité va tout de suite au delà des limites entre lesquelles peut s'exercer l'in-

le

Comme

fluence sympathique et psychologique.

un ébranlement

lorsque le système nerveux éprouve

profond

gence

,

débilitation visible

une

,

c'est

que notre

on a

se laisse maîtriser, halluciner,

fait

intelli-

de

l'état

d'extase, de catalepsie, d'hystérie, d'hypnotisme, une vie à part et comme surnaturelle dans laquelle l'àme

du monde

franchit tes bornes l'antiquité et

au moyen âge,

affections nerveuses,

ou,

terrestre.

les

femmes

comme on

Déjà

dans

,

sujettes à des

disait jadis,

aux

vapeurs, avaient été prises non-seulement pour des démoniaques, mais pour des prophétesses et des inspirées'.

On

on

les consultait sur les maladies^-,

les

une opinion qui a été partagée par un grand nombre de pliilosophes anciens que les mélancoliques peuvent 1

C'est,

au

reste,

parfois prédire l'avenir (Platon., Tim., § 71

XXX,

471

p.

;

Ciceron.,

de prévision chez

les

De

;

Aristot., Problem.,

Dïvinat., 1, xxxvii). Des exemples

malades ont été cités, au reste, par des

autorités en apparence respectables, et celte faculté a été ad-

mise en certains cas par Arétée de Cappadoce, Descartes et J.

Frank. *

Yoy. ce que

j'ai dit

plus haut

la

su;'

Grégoire de Tours [Hist. Francor., VII

,

pyllionisse dont parle

44). Cette

fille,

historien, procurait, par les réponses qu'elle donnait, profit à ses maîtres. Elle faisait connaître les lieux

chés

les

objets dérobés

et ceux qui avaient

commis

dit notre

un grand

où étaient cale vol.

Agéric,

évêque de Verdun tenta vainement de délivrer celte femme de l'esprit impur dont il la croyait possédée; mais la devineresse ,

quitta son industrie et se relira près de la reine Frédégonde.


CHAPITRE

45^2

IV,

interrogeait sur les événements futurs-,

deviner larcins

les objets

on leur

faisait

cachés, et les auteurs inconnus des

ou des crimes. Nos modernes somnambules

continuent

la

même

industrie, sans

que l'avenir

soit

jamais devenu pour cela plus pénétrable et qu'elles aient donné, en mettant pour leur

compte à profit ce don prophétique, des preuves irrécusables de prévision et de clairvoyance.

du somnambulisme

L'étude

poursuivie

naturel,

avec plus de critique dans ces derniers temps*, en réTertuUien (De Anima, 9) parle d'une extatique de la secte des montanistes qui conversait en esprit avec les anges et donnait des consultations aux malades. Divers peuples barbares ont aussi

de véritables pythonisses; chez les Tcherkesses, par exemple. Voy. l'histoire d'une jeune somnambule, fille d'un noble Nogai, rapportée par Ed. Spencer {Travels in Circassia, Celte jeune

fille,

t. II,

p. 537).

atteinte d'hystérie cataleptique, donnait des

consultations sur les maladies et passait pour inspirée.

chez

elle

une

telle

11 y avait hypéresthésie du sens olfactif, qu'elle recon-

naissait les personnes à l'odorat. les

somnambules,

Ce sens joue un grand

et l'on a souvent expliqué par

ce qui n'était qu'un effet

du discernement des

rôle sur

une intuition

objets à l'odeur.

Une somnambule célèbre, mademoiselle de Slrombeck, présentait de même une finesse prodigieuse d'odorat. Voy. A. Bertrand, Traité du somnambulisme, p. 147. Voy. à ce sujet les communications de M. Michéa et de MM. Archambault et Mesnet à la Société médico-psychologique '

[Annales médico-psycholog., avril et juillet 1860). prise d'un accès de

somnambulisme, dont

Une jeune fille donné l'ob-

Millier a

servation curieuse dans les Archives de Nasse, lisait, les yeux

fermés, dans son livre de prières; mais parfois, pour mieux distinguer, elle approchait

le livre

de sa figure ou de ses paupières.

Voy. Fischer, Der Somnambulismus

,

t. I, p.

96. L'exemple sui-

vant, rapporté dans les Actes de V Académie de Breslau pour


J^O'J

l'hypnotisme et le somnambulisme.

facullé duisant k une simple hypéresthésie des sens la qu'ont les somnambules de voir et d'agir dans l'obscunous fournit un cas des plus curieux de somnambulisme naturel qui donne la mesure de nos facultés

1725 (décemb.,

dans cet état

class. 4),

:

cordier âgé de vingt-deux ans était déjà, depuis qui le pretrois ans, sujet à des attaques de somnambulisme travail, son de milieu naient à toute heure du jour, tantôt au

Un jeune

a

soit qu'il fût assis, qu'il marcliât

ou

qu'il se tînt

debout; son

perdait alors l'usage des sens,

sommeil était subit et profond il ce qui cependant ne l'empêchait pas de continuer son ouvrage. Au moment du paroxysme de la crise, il fronçait le sourcil les ;

,

yeux s'abaissaient, les paupières se fermaient et tous les sens devenaient obtus. On pouvait alors impunément le pousser, le pincer, le piquer; l'appelait par son oreilles.

souffle

;

il

ne sentait, n'entendait rien,

nom

et si l'on

si

on

déchargeait un pistolet à ses

Sa respiration ne faisait pas entendre le plus léger il ne voyait pas, on ne pouvait lui ouvrir les paupières.

Tombait- il dans cet état en vail

même

comme

s'il

filant sa

corde,

il

eût été éveillé; marchait-il,

continuait son trail

poursuivait son

chemin, parfois un peu plus vile qu'auparavant, et toujours sans dévier. 11 alla ainsi plusieurs fois en dormant de Naumbourg à

Weimar. Un jour, passant par une rue où

il

se trouvait

du bois

sauta par-dessus, preuve qu'il apercevait les objets. Il se garait également bien des voilures et des passants. Une fois, étant à cheval, à environ deux lieues de Weimar, il fut pris par son

coupé,

accès.

un

il

11

continua néanmoins à faire trotter sa monture, traversa

petit bois

Weimar,

rivé à

il

il

y avait de l'eau et y abreuva son cheval. Arse rendit

au marché,

des passants et des étalages

comme

.se

s'il

conduisant au travers

eût été éveillé

;

puis

il

descendit de son cheval et l'attacha à un anneau qui tenait à

une boutique, monta chez un confrère où quelques mots et ajouta qu'il se rendait à quoi il

il

s'éveilla tout à

se confondit

Ce

fail

coup, et,

en excuses.

saisi

il

avait affaire, lui dit

la

chancellerie

d'étonnement

:

après

et d'effroi,

»

étrange et peu connu prouve que le somnaml)uUâuie


.

454

CHAPITRE

IV.

a prouvé qu'il n'existait pas pour

rité

l'homme de

faculté particulière de vision par des organes qui n'y

sont pas destinés. Le

somnambule ne

par répigastre et

lité

avancé,

il

la

ne perçoit pas

des sens^; seulement,

comme l'homme

nuque,

voit pas en réa-

comme on

l'avait

les objets sans l'intermédiaire il

a la faculté de distinguer,

dans une

de nyctalopie,

atteint

quasi-obscurité, de percevoir la lumière au travers

de

ses paupières

5

comme

une surexcitation de de

la

est

une

la

certains aliénés

,

il

éprouve

mémoire, qu'on a prise pour

prescience, de l'intuition^. Plus que le rêveur, sorte de catalepsie.

On

voit de

même

des personnes en-

même

dormies répondre pertinemment à nos questions, dire alors des choses qu'elles ne diraient pas éveillées, el, le

sommeil

— On

passé, sont étonnées de ce qu'on leur a rapporté d'elles. a parlé aussi d'un

de Jacques parlait assez

somnambule

anglais. Haddock, qui, au temps

prêchait en donnant, el qui, dans son sommeil,

couramment

le

grec et l'hébreu

dont

,

il

n'avait

pourtant qu'une faible teinture. Voy. Lucy Aikin, Memoirs of ihe court of James i,

t.

1, p.

29.

Cette hypéresthésie tient à ce que

^

toujours

lié à

un désordre nerveux. Et dans

veuses, on observe généralement, sique,

dans

comme

une vive excitation de certains

le

somnambulisme

le

sens.

les affections

dans

Magendie

ner-

anesthé-

(art.

Rage,

Dictionn. de médecine et de chirurgie pratiques) a cité

l'exemple d'un sourd qui, ayant été attaqué de alors très-distinctement. Cf. Morin, *

l'état

est

Lu

la

rage, entendit

Magnétisme, \). 1^1 Gi^ms

L'idée de cette prétendue vue par le front, la

nuque

et l'é-

pigastre paraît avoir été suggérée par une hallucination de certains hystériques ou hypochondriaques qui éprouvent en ces parties

du corps un excès de

sensibilité, et s'imaginent voir et

percevoir les sons par diverses parties

du corps,

remarqué Louyer-Villermay. ' On en trouve un exemple curieux

cité

dans

ainsi

le

que

l'a

Moritzsch'


455

l'hypnotisme et le somnambulisme.

somnambule naturel aie pouvoir de concentrer son attention sur ses pensées en demeurant indifférent, obtus même, pour les sensations externes autres que le

'

de son attention.

celles qui se rapportent à l'objet

Toutes

merveilles qui ont été affirmées sur le

les

compte du magnétisme animal, et que certaines gens croient expliquer par un fluide particulier^, ne sont

Magasin ici

(t.

111, part, i, p.

41), que je crois devoir transcrire

:

Un vannier deWaUIeck, ayant entendu un sermon, en

«

vivement frappé, releva en proie à

qu'il fondit

un accès de somnambulisme

discours du prédicateur. Sa

le

l'éveiller,

réveil

il

femme

lit

il

et se mil à réciter

de vains efforts pour

lors,

il

fut saisi

de temps

en temps de l'envie de prêcher sans pouvoir se retenir; et cela jour

dans

comme

se

continua ainsi jusqu'à ce qu'il eût tout dit; à son

ne se rappelait rien. Depuis

il

fut si

en larmes. La nuit suivante,

la nuit,

la solitude.

en voyage

comme au

logis,

en société

le

comme

Cet état dura plusieurs années, sans interrup-

une journée, surtout après qu'il avait bu un peu d'eau-de-vie. Au moment du paroxysme, ses yeux devenaient fixes, son langage, sa pronontion.

Son accès

prenait trois ou quatre fois en

le

une pureté qu'ils n'avaient pas auparavant, des lambeaux du sermon entendu par lui lui revenaient en

ciation acquéraient et

mémoire »

et lui servaient à

composer celui

qu'il débitait.

»

Desessarls a cité l'exemple d'un jeune Anglais qui perdait

par accès l'usage de tous les sens et résolvait pendant ses crises extatiques des problèmes de mathématiques qui ne l'avaient point occupé antérieurement. 2

L'idée de ce fluide est déjà ancienne. Apulée {Apolog.,c. XLin,

p. 557),

en citant d'après Varron des

faits

sion analogues à ceux qu'on raconte des à les expliquer par

de lucidité et de prévi-

somnambules, cherche

une théorie analogue à

gnétique. Tout

le

trouve dans les

écril!^

de l'aracclse,

du

maMesmer à cet égard se reVuu llclmont el Saulanelli.

fond dos idées de

celle

fluide


456

CHAPITRE

IV.

que de ces légendes, de ces exagérations qui ont eu cours à toutes les époques de crédulité; on les a tour k tour attribués à

la

magie

et à la

baguette divi-

on a voulu y voir l'intervention^ soit des âmes des morts transportées en des régions invisibles et soumises, dans d'autres mondes, à de

natoire'. Depuis peu,

nouvelles conditions d'existence'^,

soit

des

démons

qui nous inquiètent, nous abusent et nous égarent'.

Ces retours à une crédulité qui paraissait n'être plus

de notre

siècle,

auteurs.

Un

ont été déjà combattus par de savants

illustre chimiste,

M. Chevreul, a proposé

des merveilles des tables une explication très-naturelle*.

Un

écrivain qui avait

lui-même pratiqué

les

moyens auxquels on a recours, M. A. -S. Morin, a publié de son côté un livre excellent^ qui mérite toute l'attention des esprits sérieux et est bien fait

pour désabuser de ces chimères. Mais

les réfutations

n'ont point porté tous les fruits qu'on pouvait espérer.

Le caractère respectable de bien des adeptes du Voy. l'intéressanl mémoire de M. Biol sur

*

toire

ayant pour

litre

France pour 1808,

:

Sur

t.

le

XXXIV,

scientifiques et littéraires da 2

On

AUan