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LE MAGAZINE QUI PREND SOIN DE VOUS

NUMÉRO

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SIDA BIENTÔT LA GUÉRISON ?

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PUBLI COMMUNIQUÉ

ANTIBES / JUAN LES PINS

GARDEN BEACH HOTEL LE

UN CADRE UNIQUE

I

déalement située entre mer et montagne, Antibes Juanles-Pins est une cité à vocation touristique où se mêlent traditions et plaisirs nautiques, histoire et patrimoine, festivals et vie nocturne.

L’hôtel propose 175 chambres dont 17 suites.

Au bord des eaux turquoise de la Méditerranée, détendez vous sur les transats de notre plage de sable blanc ou offrez vous une journée ludique et sportive grâce aux nombreuses activités nautiques proposées depuis notre ponton. « Le Fitness » : Profitez de moments de détente, stimulez votre corps et savourez de précieux instants. Relaxer vous en profitant des soins esthétiques ou de massage balinais, californiens,… Aménagé dans un cadre raffiné, propice à la sérénité, cet oasis de tranquilité propose de nombreux équipements : piscine intérieure chauffée, jacuzzi, sauna, hammam, salle de fitness, powerplate ainsi que des cours d’aquagym et de remise en forme. À côté de l’hôtel, l’Eden Casino propose son espace jeux : machines à sous, roulette anglaise, black jack, stud poker, texas hold’em poker, boule 2000 et son restaurant des jeux panoramique Le Grill.

2 restaurants : « La Frégate » avec sa terrasse « le New Orléans » : subtile alliance de saveurs et de convivialité, le restaurant vous invite à apprécier une cuisine raffinée et une vue imprenable sur la mer et les îles de Lérins, et le restaurant de « la Plage » ouvert d’avril à octobre. Parking privé.

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© DR

ÉDITORIAL

Il faut sauver le soldat Sécu

Pour la 5e année consécutive, le nombre de décès dus au sida dans le monde a légèrement baissé ainsi que le nombre de contaminations. Des chiffres qui portent l’espoir de voir se réaliser les objectifs fi xés par l’OMS à l’horizon 2025, zéro décès, zéro contamination, zéro discrimination, mais qui ne doivent pas masquer une situation qui demeure préoccupante. Dans le monde, 6,8 millions de personnes attendent toujours un traitement. En France, plus de 6 000 personnes ont découvert cette année leur séropositivité, tandis que 30 000 ignorent qu’elles sont porteuses du virus. Bien sûr, dans notre pays, l’urgence n’est plus sanitaire (tous ceux qui en ont besoin ont accès au traitement), néanmoins il existe une urgence sociale. La journée mondiale de lutte contre le sida qui s’est tenue le 1er décembre est l’occasion de réfléchir à la prise en charge des maladies chroniques. Si les frais médicaux en rapport avec la pathologie principale sont remboursés à 100 %, il n’en est pas de même pour les pathologies associées et les soins courants qui, eux, ne sont remboursés qu’à hauteur de 55 %. Pour toutes les catégories de patients, mais plus particulièrement pour ceux qui souffrent d’une affection de longue durée, les déremboursements, franchises et le forfait hospitalier ont considérablement augmenté le reste à charge.

Tous les experts s’accordent à dire que ces sommes laissées à la charge des patients sont aujourd’hui le vrai problème dans un contexte où les maladies chroniques explosent (près de 15 millions de Français sont concernés). Défi cit de laSécurité sociale oblige, on assiste ces dernières années à un transfert de remboursement vers les organismes complémentaires avec, pour conséquence, un accroissement des inégalités de santé. S’il est vrai que 94 % des Français bénéficient d’une complémentaire, cette protection supplémentaire est de plus en plus chère. Dans notre pays, décrit comme celui qui possède « le meilleur système de santé au monde », le renoncement à certaines catégories de soins essentiels (dentaires, optiques et médecins spécialistes) est de plus en plus fréquent. Depuis quelques semaines, le monde de la santé est en révolution. Les polémiques ne cessent d’enfler et les débats de s’enflammer autour des dépassements d’honoraires, de la liberté de consulter, des réseaux de soins. En se figeant dans un combat corporatiste, chaque métier, communauté ou organisme défend en réalité l’immobilisme. Lors d’un récent colloque, Didier Tabuteau (responsable de la chaire santé à Sciences Po et artisan de la loi sur le droit des malades du 4 mars 2002), Martin Hirsch (ancien haut commissaire aux solidarités actives contre

la pauvreté et créateur du RSA) et Étienne Caniard (président de la Mutualité Française) ont formulé des propositions. Revenir à une couverture universelle à hauteur de 80 % pour tous les soins, réfléchir à la création d’une assurance maladie complémentaire obligatoire sur le modèle des retraites.Mettre en place un bouclier sanitaire limitant le reste à charge. Créer un fond de mutualisation pour faciliter l’accès aux assurances complémentaires. Autant de pistes de réflexion qui méritent d’être débattues si nous voulons maintenir un système de soins qui permette à tous de bénéficier d’une couverture maladie solidaire entre malades et bien portants. Le temps presse et le scénario catastrophe existe. En Hongrie, pour réduire les défi cits publics, les diabétiques qui ne respectent pas un régime alimentaire strict n’auront plus accès aux médicaments les plus efficaces. Qui seront les mauvais citoyens de demain ? Les fumeurs ? Les amateurs de viande rouge ? Les buveurs de soda ? Conditionner la prise en charge sanitaire à nos comportements est une menace qui nous guette. En plus d’être moralisatrice, cette solution serait une dérive stupide et contre-productive pour la santé publique.

Directeur des publications Lucien Bennatan.

Direction artistique Julien Imbert.

Directrice des rédactions Fabienne Attali.

Maquette et iconographie Virginie Bazot.

Assistante Cindy Doorgah.

Directrice de la publicité Nadia Riou. Tél. : 01 55 20 93 72. Port. : 06 64 09 42 46. e-mail : nadia.riou@pausesante.fr

Pause Santé est édité par la société Com’Access 78, boulevard de la République 92100 Boulogne-Billancourt. Tél. : 01 55 20 93 72. Site internet : www.pausesante.fr e-mail : redaction@pausesante.fr

Ont collaboré à ce numéro : Ghislaine Andréani, Monique Atlan, Roger-Pol Droit, Martine Duron-Alirol, Marie-Christine Clément, Catherine Holué, Michèle Lajoux, Romain Loury, Aline Périault, Pascal Turbil. Agora : Paul-Laurent Assoun, Roger-Pol Droit, Jean-Philippe Klein. Secrétariat de rédaction et révision Laurence Roch.

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Suivi de fabrication Rivages. Impression Imprimerie Roularta Printing.

FABIENNE ATTALI DIRECTRICE DE LA RÉDACTION

ISSN : 1968-93-30. Dépôts légaux à parution. Illustrations Couverture et pages 30 à 35 Bertrand Dubois. Page 8 Marianne Maury-Kaufmann.

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> grand jeu sur www.pausesante.fr

sommaire 6. 8. 12.

Livres : la sélection de Monique Atlan et de Roger-Pol Droit. Richard, Pascal et Clémentine se sont inscrits sur des sites de rencontre, ils témoignent. Coup de projecteur sur la luminothérapie.

14. 16. 18.

Les produits laitiers sont-ils nos amis ? Indispensable pour la santé : la vitamine D. Cuisinez les mauvaises herbes.

20.

20 millions de Français sont concernés par la maladie veineuse. Comment échapper aux bobos de l’hiver ? De nouveaux traitements dans le cancer colorectal. Dossier sida : objectif zéro. Des études récentes confirment l’efficacité des vaccins contre les papillomavirus. Électrosensibilité : les associations et les experts ne sont pas sur la même longueur d’onde.

nutrition & saveurs

GaGnez un week-end de détente à juan-les-pins

prévention & santé 24. 28. 30. 36. 38.

vivre ensemble 42.

En Afrique de l’Ouest, l’association Équilibres et Populations aide et informe les jeunes filles laissées pour compte.

Sida : le guide + En kiosque jusqu’au 20 décembre, le supplément Têtu + est offert avec le mensuel. Ce guide est destiné à toutes les personnes vivant avec le VIH ou avec une hépatite ainsi qu’à leurs proches. Il renseigne sur les traitements et la nutrition, informe sur les droits et présente le travail des associations de patients en France et dans le monde.

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pour aller plus loin dans la réflexion santé.

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POuR alleR PluS lOiN daNS la RÉFleXiON SaNTÉ

[ DÉVELOPPEMENT D U RABLE ] : Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs besoins. Rapport Bruntland - 1987

COMITÉ DE DÉONTOLOGIE

Pause Santé

Composé de médecins, de politiques, d’enseignants, de juristes et d’une psychanalyste, r o g r èpour s éc notre comité se Ppassionne leso n o m i q u e débats liés à la santé. Il pose un regard indépendant et constructif sur le contenu de ce magazine.

SOMMAIRE

développement

durable

- P r o g r è s s o c i a l - P r o t e c t i o n d e l’ e n v i r o n n e m e n t

Pour jouer connectez-vous sur

www.pausesante.fr Séjour pour 2 personnes incluant l’accueil VIP avec champagne en chambre, le dîner (3 plats hors boissons le jour de l’arrivée au restaurant du casino), l’hébergement en chambre double ou twin Deluxe (vue mer) au Garden Beach****, le petit déjeuner buffet le lendemain, le déjeuner (un plat et un dessert ou une entrée et un plat, un verre de vin ou une demi-bouteille d’eau minérale et café compris au restaurant de l’hôtel), 1 soin par personne (massage de 30 minutes), et l’accès libre à l’espace Fitness. Offre valable 6 mois selon disponibilités hors vacances scolaires et jours fériés. Valeur du lot : 879 €

CHRISTIAN BYK

Sciences Entretien avec Marie Curie .................................................................................................... II par Jean-Philippe Klein Psychanalyse Pourquoi les enfants demandent pourquoi ? ......................................................................VI par Paul-Laurent Assoun Philosophie Le bon côté de l’ignorance ................................................................................................... XII par Roger-Pol Droit

ALAIN-MICHEL CERETTI

GENEVIÈVE DELAISI DE PARSEVAL

WILLIAM DAB

VERS L’ÂGE DE 3 ANS, LES ENFANTS QUESTIONNENT INLASSABLEMENT LEUR PARENTS. Toutes les familles sont familières de ce petit événement poignant. Vers l’âge de 3 ans généralement, l’enfant, récemment installé dans le langage – et alors qu’il cherche encore largement ses mots – se met à adresser à son entourage familial la question « Pourquoi ? ». Paul dessinant, 1923, huile sur toile. Pablo Picasso, musée Picasso, Paris.

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/ PA u s e s A n t é /

SUITE EN PAGE VI

OLIVIER MARIOTTE

PHILIPPE MINIGHETTI

VALÉRIE SEBAG

dossier : La rénovation de l’habitat est nécessaire pour lutter contre la précarité énergétique, pour améliorer le confort et protéger l’environnement.

Jeu gratuit et sans obligation d’achat avec tirage au sort organisé par le magazine Pause Santé (société Com’Access, RCS Nanterre 507 525 764, 78 bd de la République 92 100 Boulogne-Billancourt), du 13 décembre 2012 au 31 janvier 2013 inclus. Un seul participant par famille (même nom, même adresse). Le tirage au sort est effectué sous contrôle d’un huissier de justice. Règlement déposé en l’étude de la SCP Vittu & Pommier, huissiers de justice à Boulogne-Billancourt. Règlement complet sur le site www.pausesante.fr.


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Un laboratoire nouveau pour une nouvelle santé

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L

a santé est votre préoccupation première. Pour beaucoup, quand la santé va, tout va. Et on a raison : notre système de santé permet de vivre aujourd’hui beaucoup mieux, plus longtemps. En conservant une vitalité fantastique, inimaginable pour les générations qui nous ont précédés. Mais de nouvelles exigences sont apparues pour plus de clarté, plus de simplicité, plus d’humanité. Vous voulez que ceux qui vous soignent et ceux qui mettent au point vos médicaments agissent en toute transparence. Le Groupe Teva, un des laboratoires pionniers des médicaments génériques, fondé en 1901 est aujourd’hui leader mondial du secteur. En France, Teva Laboratoires se positionne comme un partenaire majeur de cette nouvelle santé. En réunissant les médicaments génériques de Teva Santé (avec 2 marques Teva et ratiopharm) et les médicaments innovants de Teva Pharma, Cephalon et Théramex. Parce que les exigences de la santé imposent un laboratoire nouveau. www.teva-laboratoires.com

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pause livres

d’un trait de silhouette

Monique Atlan produit et présente l’émission littéraire Dans quelle éta-gère (France 2). Écrivain, Roger-Pol Droit est agrégé de philosophie, et chroniqueur au Monde, au Point et aux Échos.

À l’origine, il s’agissait d’un homme : Monsieur de Silhouette, fugace ministre des Finances de Louis XV, qui s’amusait en réunion à griffonner des profils découpés sur l’ombre portée. Par la suite, les dessinateurs s’emparèrent de son nom pour désigner une simple ébauche, un trait rapide, une « silhouette ». C’était en ce temps où notre âme concentrait encore sur elle les attentions les plus nobles, reléguant le corps éphémère au rôle de simple enveloppe charnelle. Trois siècles plus tard, la substitution est achevée ; notre silhouette a définitivement conquis son statut. Dans un ouvrage remarquablement illustré, l’historien Georges Vigarello poursuit son exploration des métamorphoses du corps et de leurs significations à travers les siècles, métamorphoses qui, selon lui, se jouent en parallèle de l’évolution du graphisme, de la photo, de l’art du portrait qui forgent une véritable « culture du regard ».

S’attardant sur cette obsession envahissante, inlassablement répétée, qui impose à chacun, au quotidien, gym, régimes et autres ascèses pour obtenir des contours conformes au monde de l’image, de la vitesse, de la fluidité et de la fonctionnalité. Au risque de voir nos silhouettes contemporaines devenir les miroirs aux alouettes d’une société qui pratique à tout va le déni de l’usure des corps, avec pour résultat l’échec inéluctable d’un idéal collectif de maîtrise, conquérant et tragique. Monique Atlan

La silhouette. Naissance d’un défi , du XVIIIe siècle à nos jours, de Georges Vigarello, aux éditions du Seuil.

Roger-Pol Droit et Monique Atlan nous invitent à une

pause lecture deux ans dans la vie de Sartre

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de ses choix. Décembre 1946. Sartre décrit avec talent les bars de New York, les néons et le jazz, le whisky et les danses. Car il possède une extraordinaire plume de journaliste, soulignant les arêtes des choses comme des idées. Au cours de ces deux années 1944-1946, il accumule les reportages aux États-Unis, pour Combat et Le Figaro, fustige la bourgeoisie, les capitalistes, les collabos et fonde Les Temps modernes. Ces textes de circonstances, rassemblés sous le titre Situations, sont devenus des classiques. Cette nouvelle édition, revue et augmentée, les présente

par ordre chronologique. On les redécouvre comme un disque de Boris Vian ou une chanson de Gréco, à la fois datés et actuels, bornés et intelligents, griffonnés et de grand style. Si, par chance, vous ne connaissez pas encore ce Sartre-là, n’hésitez pas…. Roger-Pol Droit Situations, II septembre 1944 – décembre 1946. Nouvelle édition revue et augmentée par Arlette Elkaïm-Sartre, éditions Gallimard.

© Philippe Matsas/Flammarion

Septembre 1944. La France sort à peine des horreurs de la guerre. Le philosophe ose écrire : « Nous n’avons jamais été plus libres que sous l’Occupation allemande. » La phrase est restée célèbre, parce qu’elle sonnait comme une provocation. Le philosophe ne faisait évidemment pas l’éloge de l’invasion nazie, mais développait ce paradoxe : quand tout est verrouillé, surveillé et contraint, chaque geste, chaque phrase, chaque pensée, devient le signe d’une décision personnelle, engage la volonté de l’individu et manifeste donc plus clairement que jamais que l’on est responsable WWW. PAUS ES AN T E.FR

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Après plusieurs mois

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Je me pose toujours des questions * sur mon traitement Bénédicte L, 57 ans

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*78% des patients âgés de plus de 55 ans et sous traitement AVK déclarent que les principaux inconvénients de leur traitement sont liés à la compléxité, la contrainte et aux risques iatrogènes de celui-ci. Etude Groupe PHR/Boehringer Ingelheim - Avril 2010 AP pause santé 200x270 DEF.indd 1

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les nouvelles rencontres amoureuses

internet

que reste-t-il de ces amours ? Les nouveaux couples se forment sur la toile, un monde où les échanges ont lieu par mails ou SMS. Un éloignement qui rassure, un écran qui protège. Michèle Lajoux a rencontré de fervents adeptes. PAR M IC H È LE L A JO UX ILLUSTR ATION MARIAN N E MAU RY- K AU FMAN N

« Homme, sérieux et motivé, libre 364 jours sur 365, généreux, cherche l’âme sœur. »

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atherine, enseignante à la retraite, inscrite par jeu, a été contactée par Richard son actuel compagnon. Union improbable de deux êtres à l’approche de leur septième décennie, un scientifique, une littéraire, des centres d’intérêt opposés, une vision du couple différente, mais la même volonté de ne pas aborder seuls la dernière 8

phase de leur existence. « J’ai tout de suite voulu le voir. Conquise immédiatement, je restais cependant prudente. Il m’a convaincue : à notre âge nous n’avions pas le temps de tergiverser. Il a vendu son appartement parisien pour s’installer dans ma petite maison du midi. Depuis 2 ans, ma vie est belle. À 70 ans, je ne pensais plus rencontrer l’amour. » ☛

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les nouvelles rencontres amoureuses

Pascal, 30 ans, s’est lancé dans la jungle des sites de rencontres. Seul après des années centrées sur sa femme, son travail, la télé, il vient à Paris vivre en joyeux célibataire. « Je me suis vite senti trop vieux, ridicule à gesticuler sur des pistes de danse. J’ai tenté Internet. J’avais la possibilité de choisir parmi une centaine de filles célibataires. » Trois années d’errements et il rencontre Sophie. « Nous avons longtemps parlé, tous deux aspirions à une vie sereine. J’habite la campagne. Quand je me promène avec ma fille de deux ans, je lui apprends la nature. Je suis heureux. »

UNIONS RAISONNABLES ENTRE DES HOMMES ET DES FEMMES MÛRS QUI CHERCHENT UN COMPAGNON POUR FAIRE ENSEMBLE UN MORCEAU DE LA ROUTE ? Mais toutes les histoires ne se concluent pas par une idylle. Céline a vécu le grand amour avec Olivier. Chaque jour de longs mails, des discussions interminables en vidéo, des confidences mutuelles. Une amitié amoureuse telle qu’elle aurait pu naître avec des lettres apportées par le facteur et des conversations téléphoniques. « J’avais très peur que notre rencontre réelle ne tienne pas les promesses de nos échanges virtuels. Miracle ! Ce fut comme si l’acteur que j’adulais sur la toile était sorti de l’écran. J’ai connu le coup de foudre et trois mois d’une passion dévastatrice. L’inévitable est arrivé. Internet qui nous avait réunis nous a séparés. Il a continué à Si vous êtes parisien, vous avez forcément chasser sur le Net, remarqué ces cadenas dorés, gravés de a harponné une serments qui se veulent éternels. Accrochés autre fille. C’est une sur le grillage du pont des Arts et celui de drogue, un penchant l’Archevêché, ils sont autant de déclarations dont il ne pourra romantiques et passionnées. Si le cœur vous jamais guérir. » en dit, vous pouvez désormais commander en Pris par l’addiction ligne de jolis cadenas design et colorés, un kit aux rencontres complet avec des stickers à coller et un marker faciles, Olivier pour personnaliser votre message. Le site est est de ceux qui ne participatif, n’oubliez pas d’y témoigner votre quittent jamais ces flamme et surtout de jeter la clé dans la Seine. sites spécialisés. www.boutique.locksigns.com Parfois, les usagers rapportent aussi des anecdotes cocasses. Cyrille se souvient de cette jolie fille qui avoue avant le rendez-vous qu’elle n’est pas celle de la photo. Clémentine a été harcelée par des pervers. « J’étais à peine inscrite que des obsédés se sont précipités tels des loups affamés. J’ai été contactée par des timides qui voulaient

Si par hasard,

sur l’pont des Arts

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immédiatement se marier, des hommes seuls qui cherchaient une mère pour leurs enfants. Sur un site plus branché où les filles adoptent un mec, j’ai fait la connaissance de garçons drôles et intelligents. Dans la vie ils étaient semblables à ce que j’escomptais, mais le déclic n’a pas eu lieu. J’aurais pu poursuivre une relation amicale mais pas amoureuse. » L’amour procède d’une alchimie étrange, très aléatoire. L’explosion se produit quand on s’y attend le moins et peut échouer même si tous les composants sont réunis. Clémentine s’en est vite aperçue. « Ce qui compte pour moi, ce sont les gestes, la manière de se déplacer, plein de petits détails qui n’apparaissent pas sur l’écran. » Nos parents formulaient aussi leurs désillusions à propos des annonces du Chasseur français, grand marieur des premières décennies du XXe siècle. Physique plaisant, compagnie agréable. Beaux garçons, jolies filles. Pourquoi ont-ils recours au Net ? Passé affectif chahuté, tentative de guérison d’une blessure récente, élargissement du champ de relations hors du cercle professionnel ou amical ? CLÉMENTINE TRAVAILLE EN ÉCOLE MATERNELLE DANS UN UNIVERS FÉMININ, THOMAS, INGÉNIEUR, NE CONNAÎT QUE DES SCIENTIFIQUES. Si les échanges virtuels accélèrent le temps et permettent de nombreuses rencontres, ils ne modifient pas les comportements humains. Les usagers peuvent falsifier leur photo, leur profession, leurs diplômes, ils se trahissent par leur langage, leur culture. Les tricheurs ne savent pas qu’ils rejouent Marivaux. Dans Le jeu de l’amour et du hasard, malgré les déguisements, les amoureux finissent avec ceux qui leur étaient destinés. Les pervers qui, cachés derrière l’anonymat d’un pseudo, profitent de ce terrain de chasse, viennent de la vie réelle. Landru choisissait ses victimes dans les petites annonces matrimoniales, il serait immédiatement repéré sur le Net. Pour autant, même si les échanges sont nombreux, ils sont aseptisés et ne remplacent pas le bavardage vagabond. Ils gomment la mobilité du visage, la vivacité du regard, la lumière de la peau. « Quand j’ai rencontré Sara, j’ai voulu tout reprendre à zéro, recommencer dans la vraie vie ce qui avait été un faux semblant amoureux de trois mois. Symbole de notre attachement, un cadenas porte nos deux noms sur le pont des Arts. » La flèche de Cupidon emprunte désormais les chemins neufs du Web mais les serments d’amour se concluent avec un romantisme renouvelé. ●

*Romancière, Michèle Lajoux a publié Le Guetteur du Midi et Le Crime de la Renarde aux éditions du cherche midi.

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un bain de lumière

la beauté cachée des Led Coup de blues, irritabilité, troubles du sommeil… En hiver, l’absence de lumière joue sur notre moral et peut même entraîner des dépressions, un phénomène bien connu dans les pays nordiques. Coup de projecteur. PAR PA SCAL TU RB I L

Les bienfaits de la lumière blanche Aussi appelée photothérapie, la luminothérapie est très en vogue dans les pays nordiques. Elle traite les troubles affectifs saisonniers (TAS) qui se caractérisent par un état dépressif, une fatigue persistante, un besoin d’isolement, une perte d’intérêt et de motivation. Des symptômes qui se manifestent au mois d’octobre et disparaissent dès l’arrivée des beaux jours. La luminothérapie consiste à s’exposer quotidiennement, à heure fixe, à une lumière 12

blanche de forte intensité. 30 minutes suffisent si l’on utilise une lampe d’une intensité lumineuse de 10 000 lux. On recommande généralement de pratiquer ces séances le matin. Ce sont plutôt les femmes qui sont concernées par la dépression saisonnière et la luminothérapie obtiendrait des taux de satisfaction aussi important (sinon plus) que les médicaments, sans les effets secondaires. En pénétrant dans la rétine, la lumière envoie

que vaut le lux ? UN JOUR ENSOLEILLÉ : 100 000 LUX U N E S É ANCE DE LU M INOTH ÉR APIE : 2 500 LUX UN BUREAU BIEN ÉCL AIRÉ : 400 LUX L’ É C L A I R A G E D ’ U N E M A I S O N : 50 LUX

© Peter Ginter/Science Favtion/Corbis

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our compenser l’absence de soleil et donc de lumière naturelle, il existe des techniques simples, aujourd’hui reconnues par les médecins, pour ceux qui ne peuvent partir régulièrement au soleil. Les hôpitaux s’équipent d’ailleurs de plus en plus de ces lampes qui produisent une lumière suffisamment intense pour remplacer celle du soleil. Mais il n’est pas question de se planter devant le premier spot venu. N’hésitez pas à prendre l’avis de votre médecin. Il décidera de la méthode pour remettre votre horloge interne dans le bon sens.

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un bain de lumière

B R È VE S Les Thermalies, c’est (re)parti Du 24 au 27 janvier, les spas, thalassos, balnéos et les centres thermaux font salon à Paris. Une occasion unique de choisir et de réserver un séjour de bien-être en profitant de prix spéciaux et de promotions. Certains établissements se sont mis au vert comme le spa marin de Carnac qui vient d’obtenir le label Being délivré par Ecocert GreenLife. Le Carrousel du Louvre, 99, rue de Rivoli, 75001 Paris. www.thermalies.com

Ça chauffe dans les salles

des messages dans la zone du cerveau qui régule les rythmes biologiques et la production de diverses hormones. Aujourd’hui, il existe des réveils qui diffusent dès la sonnerie un rayonnement simulant un lever de soleil qui génère énergie et bonne humeur.

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Et aussi Autre méthode, la luxopuncture qui, elle, s’apparente à l’acupuncture, sans aiguilles ni laser, mais avec un stylet. La lumière agit sur les points réflexes du corps par faisceau infrarouge, de façon indolore et non invasive. Cette technique naturelle est elle aussi sans effet secondaire ni risque médical. Le principe étant de rééquilibrer le système hormonal (endorphine et dopamine). Elle apporte, dans un premier temps, bien-être et apaisement tout en agissant sur les symptômes d’anxiété. La luxopuncture est également utilisée pour traiter le surpoids, le tabagisme, le stress et les troubles du sommeil. ● POUR EN SAVOIR PLUS > www.luxopuncture.com > www.lesampoules.fr

En Allemagne, on étudie les effets de la lumière pour lutter contre la dépression saisonnière et le décalage horaire.

C’est le dernier-né des cours Les Mills, le pape des cours préchorégraphiés. Après la série des Body (Attack, Combat), voici le temps du Grit Series. Un entraînement de 30 minutes, conçu sur la base de l’interval training (alternance d’entraînements intensifs sans temps de récupération). Ce cours, qui sollicite un maximum de muscles en un minimum de temps, permet de gagner en force, de perdre en poids et de développer l’endurance musculaire. Attention, il s’adresse aux sportifs, débutants s’abstenir.

Bien déjeuner dans ma boîte 3 chiffres clé : 35 % des salariés emportent régulièrement leur déjeuner pour leur journée de travail, les maladies cardio-vasculaires sont la 2e cause de mortalité en France et 93 % des salariés sont prêts à agir en priorité sur leur alimentation pour prévenir les facteurs de risques de ces maladies. Pour les aider, le chef Yannick Alléno, le docteur Patrick Serog et Malakoff Médéric proposent le 2e tome de Bien déjeuner dans ma boîte, paru aux éditions Glénat. Un livre de 70 recettes bonnes pour le cœur et les artères.

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bien manger

les produits laitiers sont-ils nos amis ? Longtemps considéré comme l’aliment santé par excellence, le lait est aujourd’hui décrié. Enquête.

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PAR ALI N E PÉRIAU LT

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c’est quoi une portion ? 1 verre de lait, 1 yaourt (125 g), 1 fromage blanc individuel (100 g), 2 petits suisses (60 g), 30 g de fromage.

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a consommation de lait en France n’a cessé de diminuer depuis les années 50 pour atteindre environ 40 litres par personne et par an. En parallèle, les Français mangent de plus en plus de fromage et de yaourts. Le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande de consommer 3 portions de produits laitiers par jour pour les adultes et 4 pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées. Objectif principal : faire le plein de calcium indispensable à la construction et à l’entretien du tissu osseux. Mais de nombreuses voix s’élèvent contre ces recommandations, n’hésitant pas à qualifier le lait de « poison ». Faut-il continuer à consommer des produits laitiers ou faut-il s’en méfier ? Denis Corpet, nutritionniste et chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), nous répond. POURQUOI RECOMMANDER LA CONSOMMATION DE PRODUITS LAITIERS ?

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Le lait et les produits laitiers contiennent des protéines et sont une des meilleures sources alimentaires de calcium, minéral indispensable à toutes les cellules de notre corps. Elles participent notamment à la constitution du squelette. Si l’on ne consomme pas assez de calcium, notre organisme le puisera dans les os où il est stocké. Résultat, ces derniers sont fragilisés et le risque d’ostéoporose augmente. Par ailleurs, de nombreuses études ont mis en évidence un autre bénéfice santé du calcium : il diminuerait le risque de cancer du côlon. IL EXISTE POURTANT DE NOMBREUX PAYS OÙ LA POPULATION NE CONSOMME PAS DE LAITAGES ET NE SOUFFRE PAS DAVANTAGE D’OSTÉOPOROSE…

En effet, mais le régime alimentaire de ces populations n’est pas comparable au nôtre. Généralement, elles ne consomment pas ou très peu de protéines animales. Or ces protéines ont justement pour effet d’augmenter

l’excrétion du calcium. Chez les végétariens par exemple, le calcium ingéré reste dans l’organisme. Dans un pays comme la France, où l’on consomme régulièrement des protéines animales, il faut absolument assurer un apport suffisant en calcium. Les autorités sanitaires françaises recommandent de consommer 900 à 1 200 mg de calcium par jour. Pour ma part, il me semble imprudent d’en consommer moins de 700 ou 800 mg. TOUT LE MONDE PEUT-IL CONSOMMER DES PRODUITS LAITIERS ?

Non, car si les produits laitiers sont en effet bénéfiques pour la plupart des personnes, certaines ne les digèrent pas. Si, après avoir bu un bol de lait, vous souffrez de maux de ventre ou de troubles digestifs, il est probable que vous présentiez une intolérance au lactose. Dans ce cas, arrêtez le lait au profit des fromages ou des yaourts. Si vos troubles persistent, vous devrez probablement supprimer les laitages de votre alimentation, mais dans ce cas il faut privilégier d’autres aliments riches en calcium pour éviter tout risque de carence (voir encadré). FAUT-IL RESPECTER LES 3 À 4 PORTIONS PAR JOUR RECOMMANDÉES PAR LES AUTORITÉS SANITAIRES ?

À mon avis, à ce niveau de consommation, il n’existe pas de risque pour la santé. Certes, les produits laitiers et notamment les fromages sont assez riches en graisse, mais vous pouvez choisir le lait partiellement ou totalement écrémé et limiter les fromages gras. Certaines jeunes filles se privent de laitages qu’elles jugent trop riches en matière grasse, c’est dommageable car c’est justement à leur âge que se constitue le stock de calcium osseux. Un bon apport en calcium à l’adolescence permet de diminuer le risque d’ostéoporose par la suite. ET SI ON CONSOMME MOINS DE 3 PORTIONS QUOTIDIENNES ?

Les recommandations du Programme national nutrition santé sont indicatives. Si vous vous contentez de consommer deux laitages par jour, vous n’avez aucun risque de carence en calcium, cette quantité est largement suffisante. ●

les autres sources de calcium

Les produits laitiers sont connus pour leur apport en calcium, mais de nombreux autres aliments en contiennent des quantités intéressantes. Si vous ne consommez pas de laitages, misez sur les sardines, à consommer avec les arêtes, les fruits secs comme les amandes, les légumes verts, le chou, les légumineuses, mais aussi les eaux minérales dont certaines sont particulièrement riches en calcium. WWW. PA U S ES A N T E. FR

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faut-il se supplémenter ?

faites doser votre vitamine D S La quasi-totalité de la population française en manque, pourtant elle est indispensable pour être en bonne santé. Et vous, où en êtes-vous ?

PAR ALI N E PÉRIAU LT

elon un rapport publié par l’Académie de médecine, 80 % des Français ont des carences en vitamine D. Longtemps négligée par les autorités sanitaires, elle commence à intéresser très sérieusement le corps médical. Cette vitamine, qui favorise l’absorption du calcium, est surtout connue pour son action sur les os en prévention de l’ostéoporose et du rachitisme. « Mais ses bienfaits ne s’arrêtent pas là », souligne le docteur Brigitte Houssin*. De nombreuses études lient en effet les carences en vitamine D à un risque plus élevé de cancers, de grippe, de diabète, d’infections respiratoires, de sclérose en plaque, de maladie de Parkinson, de maladies auto-immunes. « On peut dire que toutes les maladies sont plus fréquentes chez les patients carencés en vitamine D », précise la spécialiste.

De combien de vitamine D avons-nous besoin ? Il est conseillé d’avoir un taux de 30 nanogrammes par millilitre de sang (ng/mL). Pour atteindre ce seuil, les autorités françaises ont longtemps recommandé un apport de 200 UI (Unités Internationales) pour les adultes et de 400 UI pour les personnes âgées et les femmes enceintes. Insuffisant, répondent les experts de l’Académie de médecine. Ces derniers préconisent de doubler ces valeurs pour atteindre 800 UI par jour pour les adultes et jusqu’à 1 500 UI pour les personnes âgées.

Elle est plutôt rare dans nos assiettes, on la trouve principalement dans les poissons gras de type sardine, maquereau, saumon, mais à des doses ne permettant pas de couvrir les besoins quotidiens. « Pour atteindre 400 UI de vitamine D, il faudrait manger 20 sardines par jour », explique Brigitte Houssin. Si l’alimentation est une contribution non négligeable, la principale source de vitamine reste le soleil. Cette substance est en effet synthétisée par l’organisme sous l’action des rayons ultraviolets, les UVB. Mais nos modes de vie limitent nos activités en extérieur et, entre le mois de novembre et le mois de février, le rayonnement solaire est insuffisant pour entraîner la synthèse de vitamine D. 16

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Comment s’en procurer ?

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une mystérieuse épidémie En pleine révolution industrielle, une mystérieuse épidémie de rachitisme frappe la ville de Londres. Première hypothèse évoquée : cette maladie est provoquée par une carence nutritionnelle en vitamine D. Il faudra attendre 1924 pour que deux chercheurs américains montrent que la vitamine D est synthétisée grâce à l’exposition au soleil. Les chercheurs revoient alors l’explication de ces nombreux cas de rachitisme : ils auraient en fait été provoqués par un épais smog qui a recouvert la ville de Londres et fait barrage aux rayons ultraviolets, empêchant les habitants de synthétiser suffisamment de vitamine D.

© Harry Vorsteher/Corbis

Une prise de sang pour se supplémenter intelligemment Dans ce cas, comment se procurer la dose adéquate, notamment en hiver ? La solution passe par la consommation de compléments alimentaires comme le recommandent les auteurs du rapport de l’Académie de médecine. Faut-il pour autant supplémenter toute la population ? « Non, répond Brigitte Houssin, une supplémentation systématique serait néfaste aux 20 % de la population qui ne sont pas carencés car si un manque de vitamine D est mauvais pour la santé, un excès peut également avoir des conséquences négatives », souligne-t-elle. Comment savoir si vous faites partie des 80 % de Français carencés ? « Une simple prise de sang suffit à doser votre vitamine D. En fonction du résultat, vous saurez si vous avez besoin de prendre des suppléments mais aussi en quelle quantité. » L’idéal est de réaliser ce dosage au mois de novembre, date à laquelle les stocks constitués durant l’été grâce à l’exposition au soleil commencent à s’épuiser. Privilégiez la vitamine D3, la forme la plus adaptée à l’organisme car c’est celle qui est produite lors de l’exposition. Côté porte-monnaie, les compléments alimentaires reviennent à moins de 2 euros par mois en moyenne. « Un coût dérisoire en regard des bénéfices en terme de santé et de santé publique », conclut Brigitte Houssin. ●

B R È VE S Médicament, l’état d’urgence Vaccins contre la grippe H1N1, prothèses PIP, nombreux sont les événements qui ont secoué la planète santé. Deux ans après l’affaire Mediator et la réforme du système de santé qui s’est ensuivie, Christian Lajoux à la tête de l’organisation professionnelle des Entreprises du médicament nous livre sa réflexion sur ces crises sanitaires et sur les coulisses des relations entre l’industrie et les autorités de santé. Un livre dépassionné qui appelle au dialogue avec les patients, les citoyens, les soignants, les politiques, et qui dessine les enjeux et les défis qui devront être relevés par les industries de santé. Par Christian Lajoux, éditions du cherche midi.

Ecolo, solidaire et malin Depuis le 1er novembre 2011, le sac à sapin (entièrement biodégradable) est disponible dans les grandes surfaces, les jardineries et chez les fleuristes au prix de 5 €. En 2011, les 630 000 € récoltés ont permis à l’association Handicap international de financer des actions dans le domaine de la santé et de l’éducation et d’agir dans des situations d’urgence en Syrie, au Sahel et dans la corne de l’Afrique. L’intégralité de la chaîne de production et de livraison étant gérée par l’association, une vingtaine de personnes handicapées ont pu être embauchées pour les travaux de conditionnement. www.boutique-handicap-international.com

*Auteur de l’ouvrage Vitamine D, mode d’emploi, aux éditions Thierry Souccar.

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cuisinez les mauvaises De nombreux ouvrages vantent une cuisine simple à base de produits de cueillette, d’herbes ou de fruits sauvages. PAR M A R I E C H R I S TI N E- C LÉ M E NT

« Lorsque je descends pour faire une promenade, j’en profite pour cueillir les herbes qui me serviront à faire ma soupe aux herbes sauvages. Il suffit de se baisser. Ça, c’est du plantain et voilà de l’oseille sauvage, de la drouille, de l’ortie ou barbe à bouc, du pissenlit, de la doucette, un petit chardon des champs ou chonzio, une plante laiteuse, le laichuron, du millefeuilles, du chalabréi aux feuilles largement dentelées, de la tétragone ou épinard sauvage, de la langue bogne, une feuille de sauge et un brin de ciboulette. À cela j’ajoute une pointe d’ail, quelques pommes de terre ou une poignée de riz et j’obtiens une soupe onctueuse et délicieuse », raconte Émilie Carles, institutrice originaire du village de Val-les-Prés, dans les HautesAlpes. L’évocation fait rêver et nous rappelle un savoir ancestral oublié.

Renouer avec un âge d’or En France, François Couplan est la référence incontestée pour tous ceux qui s’intéressent au sujet. Depuis la publication de son Encyclopédie des plantes comestibles de l’Europe en 1984, l’ethnobotaniste multiplie publications, stages d’initiation en France et en Suisse et collaborations avec de grands chefs. Sa promesse ? Découvrir une « nourriture paysanne fortement dévalorisée » et, implicitement, si ce n’est supprimer, du moins, diminuer, « tous les aliments produits 18

par la culture ou l’élevage, donc par l’intermédiaire de technologies humaines ». On retrouve cette même méfiance envers les bienfaits de la civilisation dans le régime néolithique qui supprime céréales et laitages, sucre et sel. Ces pratiques s’inspirent de l’idée rousseauiste selon laquelle « l’homme est bon mais [que] la société le corrompt » et idéalisent le rapport avec la nature.

Elles suggèrent de renouer avec un mythique âge d’or par un régime alimentaire primitif. Face aux excès d’une société de consommation présentée comme négative, ils opposent l’image rassurante d’une nature bienveillante, d’une terre-mère protectrice et nourricière.

Une mythique harmonie avec la nature

stage de cuisine Après avoir été restauratrice dans le Tessin suisse, Meret Bissegger accueille désormais les gourmets chez elle, à Malvaglia, pour des stages de reconnaissance des plantes et des cours de cuisine. Les recettes de son ouvrage, illustrées par Hans-Peter Siffert, sont simples et fraîches. Pâquerette, violette, barbe de bouc, ail des ours, mouron des oiseaux, illuminent salades, soupes, plats de résistance ou douceurs dans une jolie évidence. Et si l’égopode podagraire ou le gaillet gratteron vous semblent encore inaccessibles, leur vue vous donnera une envie de campagne. Meret Bissegger, La cuisine des plantes sauvages, éditions Ulmer.

Mais c’est la même Émilie Carles qui rappelle la rudesse de la vie paysanne au début du XXe siècle : « La vie était si dure que l’on a tous été élevés à l’économie qui, chez certains, frisait l’avarice. On allait garder des journées entières vaches et moutons avec un œuf dur et un morceau de fromage. La vie au village n’était pas gaie, la nature souvent décevante : trop d’eau ou trop de soleil et les récoltes étaient fichues, l’herbe sèche, les bêtes dépérissaient et mouraient en grand nombre. » Quant aux herbes sauvages, les témoignages renvoient, la plupart du temps, à un usage médicinal. « Ma mère me disait les noms, en français. La reine-des-prés fleurissait au-delà du marécage, du côté de l’étang sous la haie, blanche

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Un savoir ancestral oublié

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s herbes RECETTES à côté de la salicaire rose, qu’on appelait aussi l’herbe à diarrhée parce qu’on soignait les veaux malades avec. Parfois, elle ne savait pas le nom dans aucune langue. Mais je sus de bonne heure que l’herbe aux panaris, dont on faisait des cataplasmes avec la racine cuite, c’était le sceau de Salomon », raconte Marcelle Delpastre dans son roman, Les chemins creux. Et puis, il y a ces plantes-poison dont on apprenait très jeune à se méfier. « Certaines même qui faisaient peur : l’herbe-de-la-dame, la belladone avec ses grains violets, et la ciguë appelée aussi herbe-de-la-poule. Par chance, il n’y en avait pas ici, de ces plantes si dangereuses pour les enfants qui portent à la bouche tout ce qu’ils peuvent attraper. » La nature ne semble pas toujours bienveillante.

© Matilda Lindeblad/Johnér Images/Corbis ; Hall/Photocuisine ; Roche /Photocuisine

Une éthique de la frugalité Cueillir des herbes sauvages pour se nourrir n’est pas à la portée du premier citadin venu ! Cette tendance se place dans un contexte particulier d’extrême abondance perçu, paradoxalement, comme potentiellement à risques. Elle va de pair avec le végétarisme qui s’impose comme un retour à un état primitif considéré comme vertueux, et peut aller jusqu’à prôner le jeûne. Une économie du précaire appliqué à soi-même comme une réponse à une société d’abondance contre laquelle on ne peut pas agir. Cette éthique de la frugalité prend des allures de rédemption et reflète un désir de retrouver des origines terriennes. De plus elle évoque la croyance selon laquelle Dieu se révèle dans la Nature, comme en témoigne le titre de certains ouvrages : Le jardin du Bon Dieu ou Comment manger à la table de Dieu. Disons plus simplement que la cueillette d’herbes sauvages correspond à une aspiration profonde : retrouver le goût de ce qui est donné. ●

rappel de bon sens

L’initiation à la cueillette est indispensable et la référence à des ouvrages sérieux est essentielle pour se prémunir d’une intoxication alimentaire ou d’effets secondaires indésirables. Partez à la découverte de goûts inédits avec de bons guides. « Les feuilles de plantain ont un curieux goût de champignon. Celles de la consoude, trempées dans une pâte à crêpe et frites à la poêle, rappellent étonnamment les filets de sole ! Quant à la tendre stellaire, c’est à la noisette qu’elle fait penser », relate François Couplan. À LIRE > Marcelle Delpastre, Les chemins creux, éditions Pocket. > Émilie Carles, Une soupe aux herbes sauvages, éditions Robert Laffont. > Philippe Rivault, La cuisine des plantes sauvages ou comment manger à la table de Dieu, éditions Le Courrier du Livre. > Paul Vincent, Le jardin du Bon Dieu : légumes, herbes et épices sauvages, comment les accommoder, éditions france-empire. > Gregori Lemoine & Vincent Delbecque Les plantes sauvages de la Drôme et leurs usages, éditions Savoirs de Terroirs. > François Couplan Encyclopédie des plantes comestibles de l’Europe, éditions Debard. Aux éditions Sang de la Terre : Cuisine sauvage, accommoder mille plantes oubliées. Bonnes mauvaises herbes. Salades sauvages. Dégustez les plantes sauvages.

SOUPE D’ORTIES • 250 g de pousses d’orties (les pointes non fleuries cueillies avec les quatre premières feuilles) • 2 pommes de terre à purée • 1 poireau • 1 l de bouillon de volaille • 50 cl de crème liquide • 30 g de beurre • du sel et du poivre.

Lavez à l’eau claire les jeunes pousses puis égouttez-les. Faites suer au beurre dans une casserole le poireau émincé. Ajoutez les pommes de terre coupées en dés. Mouillez avec le bouillon de volaille. Cuire pendant 20 minutes. Ajoutez les pousses d’orties. Mixez aussitôt. Ajoutez la crème. Salez, poivrez.

QUICHE AU CHÉNOPODE BLANC • 200 g de feuilles de chénopode blanc • 30 g de beurre • 25 cl de crème liquide • 3 œufs • 1 bûche de fromage de chèvre • 1 pâte brisée • de la noix de muscade, du sel et du poivre.

Rincez les feuilles de chénopode à l’eau claire. Faites les fondre dans un beurre chaud. Égouttez. Sur un fond de pâte brisée, déposez la verdure. Dans un saladier, mélangez la crème et les œufs. Assaisonnez de sel, poivre et noix de muscade. Versez dans le fond de tarte. Disposez des rondelles de fromage de chèvre. Cuire au four pendant 30 minutes (180 °C).

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maladie veineuse

jamais sans mes bas L’insuffisance veineuse toucherait en France plus de 20 millions de personnes, 57 % de femmes et 26 % d’hommes. Souvent négligée, elle est tardivement prise en charge. PAR MARTI N E DU RON -ALI ROL

vers le haut, de la surface vers la profondeur. Les muscles du mollet lors de la marche compriment les veines et, par le jeu des valvules, contraignent le sang contenu à remonter vers le cœur. Au repos, les veines reprennent leur forme cylindrique. QUAND LE RÉSEAU SE GRIPPE

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LE TERRAIN ET LES SYMPTÔMES

L’insuffisance veineuse se développe dans la majorité des cas sur un terrain héréditaire propice. L’âge, l’obésité, la sédentarité, les stations debout prolongées, de longues heures assises, une grossesse, accélèrent la fragilisation des veines, des valvules et l’instauration de l’insuffisance veineuse. Les jambes deviennent lourdes. Des douleurs, un gonflement des chevilles (œdème) ☛

© Ed Lefkowicz/Demotix/Corbis

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a circulation veineuse des membres inférieurs est assurée par deux réseaux qui communiquent entre eux : la circulation veineuse superficielle (veines saphènes et ramifications collatérales) et la circulation veineuse profonde (veines tibiales et péronières qui, en se réunissant, forment la veine poplitée, prolongée par la veine fémorale). Les veines perforantes, allant de la surface vers la profondeur, assurent la communication entre ces deux réseaux. Toutes ces veines sont pourvues de valvules, petits clapets antireflux, facilitant le retour veineux du bas

Nombre de facteurs s’ajoutent à cette anatomie complexe pour la faire fonctionner : la pression hydrostatique, les concentrations chimiques du sang, le tonus musculaire, la microcirculation… C’est donc un équilibre délicat qui préside à la remontée du sang vers le cœur. À la moindre perturbation, au moindre ralentissement du flux veineux, un phénomène d’engorgement se produit : le sang artériel arrivant en périphérie ne parvient plus à traverser les tissus, à les oxygéner. Cette accumulation de sang veineux dans les membres inférieurs entraîne une inflammation des tissus. De plus, entre les mailles du réseau veineux se trouve un système de suppléance, le système lymphatique, qui, en cas de déficience du système veineux, prend en charge l’évacuation de l’eau circulant dans les veines, mais quand le système lymphatique est saturé, l’eau s’accumule dans les tissus interstitiels, un œdème apparaît.

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maladie veineuse ☛ en fin de journée, accompagnent cette sensation désagréable. Si rien n’est entrepris, la situation s’aggrave. La maladie veineuse s’installe, les veines malades se dilatent (varices), perdent de leur élasticité, les valvules se détériorent et la maladie devient chronique. Une fois perturbés, les mécanismes assurant le bon retour sanguin le sont de façon irréversible, d’où la nécessité de traiter précocement. En l’absence de traitement, les complications surviennent. Les tissus mal perfusés, notamment la peau, prennent une coloration brunâtre et/ou blanchâtre, des ulcères peuvent apparaître, le plus souvent au niveau interne de la cheville. Ces plaies sont difficiles à guérir. Des phlébites (présence de caillots dans les veines) peuvent survenir tant dans les veines superficielles que profondes. Cette complication grave, si elle n’est pas prise en charge par un médecin, risque d’entraîner une embolie pulmonaire, c’est-à-dire une remontée d’un thrombus vers l’artère pulmonaire, responsable de nombreux décès brutaux. À noter, les femmes se soignent plus tôt que les hommes. Moins soucieux du côté inesthétique des varices (les pantalons les cachent !), leur prise en charge est très tardive, au stade de graves complications. LES TRAITEMENTS

Ils visent à stabiliser l’insuffisance veineuse et à éviter son aggravation. La thérapie idéale tend à réduire le plus possible l’état d’hyperpression veineuse pour éviter

la souff rance et la mort cellulaire qui en découlent ainsi que les graves lésions cutanées ou sous-cutanées. La chirurgie fait partie de l’arsenal thérapeutique (mini-phlébectomie ambulatoire, traitement laser endoveineux, chirurgie classique) quand les varices sont déjà bien installées, même si le risque de récidives est important. L’utilisation de médicaments, souvent à base de plantes (vigne rouge, marrons d’Inde, petit houx) phlébotoniques soulagent bien des patients, même si aucune étude n’a prouvé leur impact sur l’évolution de la maladie veineuse. Des topiques veinotopiques à base de plantes sous forme de gels, de sprays, de mousses s’appliquant en massages légers du bas vers le haut apportent un soulagement surtout quand l’insuffisance veineuse débute. Mais le traitement roi de l’insuffisance veineuse, quelque soit son stade, est la compression veineuse. Bénéfique, elle améliore le retour veineux, entraîne une régression de la gêne fonctionnelle, évite l’aggravation de la maladie et joue un rôle préventif. Elle consiste au port du matin au soir de bas, chaussettes ou collants qui exercent une pression active décroissante de la cheville à la cuisse au repos comme à l’effort. Selon le stade de l’insuffisance veineuse, on utilise la classe I (compression légère, 10 à 15 mmHg), la classe II (compression moyenne, 15 à 20 mmHg), la classe III (compression forte, 20 à 36 mmHg), classe IV (compression à plus de 40 mmHg). ●

quand l’élégance facilite l’observance Jadis, les bas étaient inesthétiques et inconfortables. Aujourd’hui, les fibres utilisées pour la compression veineuse ont évolué. Des produits agréables à porter, dotés d’une efficacité incontestable, sont à la disposition des malades, facilitant ainsi l’observance. La découverte de l’élasthanne (ou Lycra), fibre élastique issue de la synthèse chimique, stable dans le temps, a remplacé l’utilisation des gommes naturelles

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mettant un terme aux bas inesthétiques et épais de nos grands-mères. Le polyamide (nylon), autre fibre issue de la synthèse chimique, a autorisé la fabrication de textiles de haute tenue, multibrins (dites microfibres) et confortables. Les techniques de fabrication ont également évolué. Depuis les années 80, un nouveau procédé de guipage permet d’associer soie, coton à des fibres élastiques tout en améliorant le

confort. Quant au tricotage circulaire automatisé, il permet d’obtenir la compression voulue à chaque niveau de la jambe et sans couture. Un vrai coup de cœur pour les bas, collants et chaussettes de compression fabriqués par la société italienne Cizeta Medicali qui utilise toutes ces innovations techniques dans la gamme Varisan Éthéré. Non seulement ces produits répondent aux critères définis

par les Sociétés savantes sur la compression veineuse mais en plus ils sont légers et esthétiques (Italie oblige). Disponibles dans de nombreux coloris, il est également possible d’obtenir du « sur mesure » dans un délai très court. Un bonheur de pouvoir conjuguer élégance et exigence thérapeutique. À noter, cette marque propose également un enfile chaussettes de compression, très novateur et facile à utiliser.

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les bobos de l’hiver

rhume, grippe mal de gorge Pour échapper à ce cortège d’affections hivernales qui ne sont pas une fatalité, apprenez à les reconnaître.

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uand nous sommes victimes d’un virus, le grand défenseur est notre système immunitaire. Fort, il repousse l’agresseur. Affaibli, il se laisse déborder. Ses gardes du corps sont la peau, les muqueuses et les globules blancs, macrophages et lymphocytes, qui patrouillent 24 heures sur 24 dans notre sang et nos vaisseaux. Leur rôle : faire barrière aux virus en produisant des anticorps. C’est ce que l’on appelle la réponse immunitaire. En principe, ce système de défense fonctionne fort bien tout seul. Ce qui permet de traverser la mauvaise saison sans dommage. Mais un problème immunitaire, la prise de certains médicaments (anti-inflammatoires, immunodépresseurs, antibiotiques trop souvent prescrits), une grosse fatigue physique ou psychologique, une mauvaise hygiène de vie sans oublier l’âge peuvent entraîner une altération des lymphocytes et dérégler le système. Heureusement, les maladies contractées sont certes gênantes, mais le plus souvent bénignes.

Rhume : mouchez-le Cette infection virale aiguë des voies respiratoires supérieures (nez, gorge, pharynx, larynx) est fréquente. À l’origine, de nombreux virus (plus de 200, les plus 24

courants la famille des rhinovirus) et le froid. Ce dernier déshydrate la muqueuse qui ne fait plus correctement son travail de filtre. L’incubation est de courte durée. Très vite, divers symptômes s’ensuivent : yeux larmoyants, éternuements, nez qui coule, accompagnés ou non d’épisodes fiévreux. En quelques jours, tout rentre dans l’ordre si l’on se soigne dès les premières manifestations. Le traitement ? Tout d’abord débarrasser le nez des sécrétions. Se moucher, narine après narine. Les laver avec du sérum physiologique ou une solution d’eau de mer au moins trois fois par jour. Penser à utiliser des mouchoirs jetables afin d’éviter une recontamination. À un stade plus important, l’usage d’antiseptiques, d’anti-inflammatoires ou de vasoconstricteurs peut s’avérer nécessaire. En cas de fièvre, on prescrit de l’aspirine ou du paracétamol. À noter, les anti-rhumes dont on dispose permettent de mieux dégager les voies respiratoires et de guérir plus vite. Attention, si les virus d’un simple rhume prolifèrent, il peut s’ensuivre une infection microbienne. Et si les symptômes persistent, mieux vaut consulter pour éviter les complications (otite, sinusite, pharyngite ou bronchite). ☛

© Luc Latulippe/Corbis

PAR G H I S L AI N E AN D R É AN I

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ns partir de 15 a à t n e c s le o dulte et à l’ad Réservé à l’a

Ne laissez pas le rhume parler pour vous. Nez bouché, maux de tête, fièvre, Dolirhume Paracétamol et Pseudoéphédrine 500 mg / 30 mg vous libère des symptômes du rhume. Demandez conseil à votre pharmacien sur les conditions d’utilisation de ce médicament. Médicament contre les symptômes du rhume. Pas avant 15 ans. Lire attentivement la notice. Contient du paracétamol. D’autres médicaments peuvent en contenir : ne les associez pas sans avis de votre pharmacien ou de votre médecin. Contient un vasoconstricteur (pseudoéphédrine). Ne l’associez jamais à un autre vasoconstricteur (voie orale et/ou nasale). Certaines maladies (hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral, maladie grave du cœur, du foie ou des reins, convulsions, glaucome (augmentation de la pression dans l’œil), difficultés à uriner), l’allaitement ou la prise de certains médicaments peuvent contre-indiquer la prise de ce traitement. Déconseillé en cas de grossesse. Bien consulter la notice avant de prendre ce traitement. Respectez la dose quotidienne et ne pas dépasser 5 jours de traitement. Si les symptômes persistent ou s’aggravent, consultez votre médecin. Pour plus d’informations, consultez la fiche « Le rhume de l’adulte » sur www.afssaps.sante.fr. Visa GP n° 1237G11Y313

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les bobos de l’hiver

☛ Grippe : mettez la K.O. Cette maladie virale se propage sous forme d’épidémie. Le virus se modifie chaque année. Cependant, il entraîne toujours les mêmes symptômes : frissons, maux de tête, fièvre, courbatures, mal de gorge… de quoi clouer au lit. La guérison s’obtient en une semaine, mais peut engendrer des complications chez les personnes à risque (sujets âgés ou atteints de maladies chroniques, diabète insulinodépendant, insuffisance respiratoire chronique, accidents vasculaires invalidants, cardiopathie, néphropathie, affection neuromusculaire, déficits immunitaires graves) d’où l’intérêt du vaccin. Selon une enquête réalisée par le Groupe de pharmacies PHR, seul 1 français sur 3 a prévu de se faire vacciner cet hiver. Une sous-vaccination chez les personnes fragiles et chez le personnel soignant qui est préoccupante a déclaré le professeur Bruno Lina, directeur du Centre national de référence de la grippe à Lyon à l’AFP. «Le taux de vaccination des personnes à risques est très inférieur aux objectifs de santé publique», a-t-il indiqué. Si vous avez un doute, questionnez votre médecin. Il est également important de renforcer ses défenses immunitaires par une cure de vitamines, oligoéléments (cuivre, or, argent) et un grand verre à jeun chaque > L AVEZ-VOUS matin de jus RÉGULIÈREMENT d’agrumes (orange, LES MAINS citron, pampleLes microbes se transmettent mousse), de kiwis par voie aérienne et voyagent ou de carottes, par le contact d’objets contenant de la pollués d’où l’importance vitamine C. de les laver souvent et Autre parade, des plusieurs fois de suite. tisanes de thym, À défaut, prévoyez un gel ou d’eucalyptus pour des lingettes désinfectantes. décongestionner les voies respiratoires. > SOIGNEZ VOTRE Quant au traitement, ENVIRONNEMENT il combine le repos, L’air ne doit pas être trop sec. les boissons en Les atmosphères confinées abondance, les constituent un environnement médicaments contre idéal pour les virus. la fièvre et la douleur.

Toux : sachez l’écouter Véritable défense des voies respiratoires, la toux est un symptôme utile qui permet de chasser vers l’extérieur les agresseurs, aussi bien virus et bactéries qu’allergènes. Avant de se précipiter sur n’importe quel sirop vendu sans ordonnance, la prudence est de rigueur. Une toux sèche due à une rhyno-pharyngite, trachéite, rhume ou grippe est non productive. C’est généralement une toux d’irritation qui survient par quintes notamment la nuit. Elle s’apaise par des calmants (gargarisme ou collutoire antiseptiques) et un antitussif. A contrario, une toux grasse productive, souvent due aux affections virales bactériennes ou aux polluants comme le tabac, est une « bonne toux » car elle sert à dégager les bronches de sécrétions infectées. L’antitussif est donc déconseillé. En revanche, un produit qui fluidifie le mucus (à base de carbocystéine ou d’acétylcystéine) est recommandé pour faciliter l’expectoration. Une toux grasse n’a pas lieu d’inquiéter sauf si elle perdure. Elle peut être le signe d’infections bronchopulmonaires. ●

parades anti virus

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> SURVEILLEZ VOTRE ALIMENTATION Forcez sur les protéines (viande, poisson, œuf, produits laitiers), le zinc, le cuivre (huîtres, abats, foie, pain complet, poisson et chou), le magnésium (cacao, cacahuètes, amandes, noix, haricots blancs, maïs). Utiles aussi les vitamines A (lait, œuf, fromage, poisson,

coquillages, légumes et fruits). B (légumes secs, céréales, pain, germes de blé). C (kiwis, cassis, agrumes, chou, poivron, poireau). D (huile de poisson, œuf, lait) et E (fruits secs, huile végétale, légumes verts). > PLONGEZ DANS UN BAIN ANTI- GRIPPE Mélangez dans 2 cuillères à soupe de lait en poudre, 5 gouttes de chacune des huiles essentielles suivantes : niaouli, ravensare, eucalyptus radiata et géranium rosat. Diluez le tout dans un bain chaud. «Marinez» 10 minutes.

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Pensez à aérer toutes les pièces de votre appartement. Évitez le chauffage excessif et installez des humidificateurs sur les radiateurs.

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5 ans t à partir de 1 n e c s le o d l’a dulte et à Réservé à l’a

Ne laissez pas le rhume parler pour vous. Nez bouché, maux de tête, fièvre, Dolirhume Paracétamol et Pseudoéphédrine 500 mg / 30 mg vous libère des symptômes du rhume. Demandez conseil à votre pharmacien sur les conditions d’utilisation de ce médicament. Médicament contre les symptômes du rhume. Pas avant 15 ans. Lire attentivement la notice. Contient du paracétamol. D’autres médicaments peuvent en contenir : ne les associez pas sans avis de votre pharmacien ou de votre médecin. Contient un vasoconstricteur (pseudoéphédrine). Ne l’associez jamais à un autre vasoconstricteur (voie orale et/ou nasale). Certaines maladies (hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral, maladie grave du cœur, du foie ou des reins, convulsions, glaucome (augmentation de la pression dans l’œil), difficultés à uriner), l’allaitement ou la prise de certains médicaments peuvent contre-indiquer la prise de ce traitement. Déconseillé en cas de grossesse. Bien consulter la notice avant de prendre ce traitement. Respectez la dose quotidienne et ne pas dépasser 5 jours de traitement. Si les symptômes persistent ou s’aggravent, consultez votre médecin. Pour plus d’informations, consultez la fiche « Le rhume de l’adulte » sur www.afssaps.sante.fr. Visa GP n° 1239G11Y313

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innovation thérapeutique

cancer colorectal dépister tôt, traiter mieux Après 50 ans, une mauvaise hygiène de vie peut se solder par un cancer colorectal, le deuxième cancer le plus mortel en France. Dépistage et thérapies ciblées portent l’espoir. PAr Ro mai n Lo u Ry

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iagnostiqué chez 40 500 personnes en France en 2011, ce cancer est le 2e plus fréquent chez les femmes, derrière celui du sein, le 3e chez l’homme, derrière ceux de la prostate et du poumon. Signe d’espoir, selon les dernières tendances, le nombre de nouveaux cas pourrait diminuer. Quant à la mortalité, elle décroît indéniablement, grâce aux progrès de la médecine. Le cancer colorectal n’en reste pas moins une maladie de pronostic intermédiaire. 56 % des patients sont encore en vie 5 ans après le diagnostic. Comme pour tout cancer, les chances de survie varient selon le stade, elles atteignent même 90 % si le cancer est découvert au stade 1, le plus précoce. Raison pour laquelle les autorités sanitaires ont lancé un dépistage généralisé, afin de diagnostiquer la maladie au plus tôt. Expérimenté dès 2002 dans quelques régions, le dispositif couvre toute la France depuis fin 2009. Sa cible : la population âgée de 50 à 74 ans. Par courrier, ces personnes se voient proposer tous

Les chances de survie atteignent 90 % si le cancer est découvert au stade 1.

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les 2 ans de se rendre chez leur généraliste. Celui-ci jugera du risque individuel de cancer colorectal, en orientant vers la coloscopie s’il s’avère élevé (antécédent personnel ou familial), voire vers une consultation d’oncogénétique s’il est très élevé (soupçon de forte prédisposition familiale). Quant aux personnes jugées à risque moyen, soit 80 % de la population, le médecin leur remet directement un test à effectuer à domicile.

Participer au dépistage Dénommé Hemoccult, ce test se présente sous forme d’un carton imprégné de gaïac, une substance végétale. La personne doit y déposer 6 échantillons de selles (2 par jour pendant 3 jours), puis l’envoyer par voie postale à un centre de lecture. Celui-ci recherche la présence de sang dans les selles, signature potentielle d’un cancer colorectal. Les 2 à 3 % de personnes testées positives se voient prescrire une coloscopie, examen confirmant la présence éventuelle d’un cancer ou de lésions précancéreuses. L’efficacité d’un tel dépistage organisé ne fait aucun doute. Si 50 % de la population ciblée y participait, on estime que la mortalité baisserait de 15 à 20 % pour ce cancer en France. L’objectif fixé par le ministère, celui d’une couverture de 45 %, reste cependant loin d’être atteint. Pour la période 2010-2011, 32 % de la population ciblée seulement a répondu à l’invitation.


« Un chiffre stable, encourageant mais insuffisant », reconnaît le docteur Jérôme Viguier, en charge du dossier dépistage à l’Institut national du cancer (Inca). « C’est une campagne  jeune, il faut s’inscrire dans la durée », tempère-t-il. D’autant « qu’il semble tout à fait possible d’y faire adhérer la population » comme en témoigne la participation relativement élevée en Bourgogne (47,5 %) et en Alsace (42,4 %), loin devant l’Île-de-France (25,5 %) et la Corse (8,3 %). Principal moteur de la participation au dépistage, la mobilisation des généralistes, estime Jérôme Viguier. « Lorsque le médecin donne le test à son patient, celui-ci   l’effectue dans 90 % des cas, quand il est adressé par voie  postale [par un courrier de relance, ndlr], la participation  tombe à 25/30 % », observe le professeur Jean Faivre, du service de gastro-entérologie du CHU de Dijon. Et pour cause, selon une étude menée en 2010 par l’Union régionale des médecins libéraux (URML) d’Île-de-France, le principal frein au test réside dans le peu de motivation des personnes à s’y prêter. En raison de sa localisation et de ses causes, « le cancer colorectal   a l’image d’un mauvais cancer », constate Jérôme Viguier. Quant à l’Hemoccult et à ses 6 prélèvements fécaux sur 3 jours, « ils peuvent être considérés comme gênants,  rédhibitoires, compliqués », regrette-t-il.

Des tests de 2e génération D’où l’idée de recourir aux tests immunologiques. D’utilisation plus facile, ils ne requièrent qu’un seul prélèvement, effectué en piquant les selles avec une seringue et en introduisant l’échantillon dans un tube que l’on envoie au laboratoire. Tout semble plaider en leur faveur. Une étude hollandaise a montré que le public ciblé était plus prompt à les utiliser que l’Hemoccult. Leur efficacité est aussi supérieure. Ils permettent de détecter 2 à 2,5 fois plus de cancers que le test au gaïac. Et ce à des stades précoces, encore plus faciles à traiter. Autant de raisons pour lesquelles les cancérologues demandent depuis plusieurs années à l’État de se tourner vers ces tests de 2e génération. Lors de la dernière campagne « Mars bleu », lancée chaque année afin de sensibiliser au dépistage, Nora Berra, alors ministre en charge de la Santé, en a fait la promesse pour 2013. Plus facile à dire qu’à faire. Pour être utilisés en dépistage généralisé, ces tests doivent au préalable faire l’objet d’un appel d’offres européen. La procédure est en cours de préparation. Une fois lancée, il faudra compter environ 6 mois pour obtenir les résultats. Autre écueil : mettre en place un dispositif d’acheminement

des échantillons vers les laboratoires, pour éviter leur dégradation en cours de route. « L’échéance 2013  paraît difficile à tenir », conclut Jérôme Viguier.

Les nouveaux traitements Côté traitement, tout dépend du stade auquel le cancer a été diagnostiqué. Tant que le cancer est local, l’ablation par chirurgie, éventuellement suivie de chimiothérapie et de radiothérapie si la tumeur est plus avancée, peut permettre de guérir plus de 60 % des patients. Les chances chutent fortement si le cancer a déjà engendré des métastases dans l’organisme, environ 5 % de survivants à cinq ans. Le pronostic reste très sombre pour ces patients métastasés, mais la recherche a permis de nouveaux espoirs au cours des années 2000, avec l’arrivée des thérapies ciblées. Alors que 3 d’entre elles sont déjà homologuées dans l’indication cancer colorectal, 2 autres sont sur le point d’obtenir leur autorisation de mise  sur le marché (AMM) au niveau européen : l’aflibercept (Sanofi/ Le regorafenib Regeneron) et le regorafenib (Bayer). est disponible depuis Ce dernier est déjà disponible le mois d’octobre dans depuis fin octobre dans le cadre le cadre d’une autorisation d’une autorisation temporaire  d’utilisation (ATU). Une procédure temporaire d’utilisation propre à la France, qui permet dans l’attente de son aux médecins de prescrire un autorisation de mise médicament face aux cas les plus sur le marché. urgents, sans attendre l’AMM européenne. Le regorafenib, qui agit en inhibant diverses enzymes de type tyrosine-kinase, cible plusieurs processus cancéreux. Lors des essais cliniques, cet agent est devenu la première « petite molécule », c’est-à-dire non issue des biotechnologies, à entraîner un allongement de la survie chez des patients en impasse thérapeutique, en échec avec tous les traitements existants : 6,4 mois de survie globale, contre 5 mois sous placebo. Des résultats positifs, mais « très modestes », reconnaît le professeur Julien Taieb, chez du service de gastro-entérologie à l’hôpital européen GeorgesPompidou (Paris). « C’est le paradoxe de la cancérologie,   les progrès sont réguliers, mais modestes, ajoute-t-il. Les patients ont gagné en 25 ans, de 10 mois à 25-30 mois   de survie ». Leurs chances pourraient encore s’améliorer en trouvant des marqueurs génétiques de réponse à chacune de ces thérapies ciblées. Une médecine « personnalisée » considérée comme l’avenir de la prise en charge du cancer, colorectal ou autre. ●

thérapie ciblée

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sida objectif zéro Zéro nouvelle infection, zéro discrimination, zéro décès. C’est le thème retenu par l’OMS pour les journées mondiales organisées chaque 1er décembre de 2011 à 2015. DOS SIER R É ALIS É PAR RO MAI N LO U RY AVEC ALI N E PÉRIAU LT E T PA SCAL TU RB I L ILLUSTR ATIONS B ERTR AN D DU BOI S

l’espoir de la guérison Timothy Ray Brown est le premier malade à avoir guéri du sida. Une victoire qui résonne comme un symbole fort et qui donne à la recherche un nouvel élan. 30

«J

e suis l’homme qui un jour a eu le VIH. » C’est ainsi que se présente celui que les médecins surnomment « le patient de Berlin ». Jusqu’en 2006, cet Américain de 46 ans, originaire de Seattle (États-Unis), connaît le parcours de beaucoup d’autres malades. Contaminé lors d’un rapport homosexuel au début des années 1990, il est soigné avec l’AZT, le seul médicament disponible à l’époque, avant d’être sauvé par l’arrivée des trithérapies en 1995. Ce traitement lourd, qui réduit le virus au silence, ne guérit pourtant pas de la maladie. Dès qu’on l’interrompt, le VIH ronge de nouveau le système immunitaire. Pour Timothy Ray Brown, un nouveau tournant a lieu en 2006, quand il s’installe

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à Berlin. D’abord sous les traits d’une mauvaise nouvelle. Son virus est certes bien contrôlé par la trithérapie, mais il est désormais atteint d’une leucémie. Après une première chimiothérapie très mal tolérée, les médecins envisagent une greffe de moelle osseuse. Gero Hütter, médecin à l’hôpital de la Charité à Berlin, a l’idée de chercher un donneur compatible, génétiquement résistant au VIH. Ces personnes, qui ne constituent que 1 % de la population d’origine européenne, sont porteuses d’une mutation dans le récepteur CCR5, qui empêche le VIH de pénétrer dans ses cellules cibles, les lymphocytes. Les chances faibles de trouver un donneur compatible et porteur de la mutation dans chacun des deux gènes CCR5 sont faibles. Mais Gero Hütter trouve l’épingle dans la botte de foin. Sur les 270 donneurs compatibles, un seul présente cette mutation. La première greffe est réalisée en février 2007 mais n’empêche pas une rechute de la leucémie. Une seconde greffe est programmée en mars 2008, avec le même donneur. Soigné de sa leucémie, Timothy Ray Brown est aussi le premier séropositif, le seul à ce jour, à être déclaré guéri du VIH. Son virus n’a pu s’attaquer au nouveau système immunitaire créé par la greffe. Il est même redevenu séronégatif, ses anticorps anti-VIH ont disparu. « La greffe a probablement remonté l’horloge de Timothy à l’heure où elle se trouvait avant sa contamination », résume Gero Hütter. Enfin presque puisque quelques rares particules de virus ont récemment été détectées dans le sang de Timothy, probablement des résidus infectieux sans conséquence clinique. Depuis sa greffe, Timothy ne reçoit plus de trithérapie. « Je me sens plutôt bien, je dors bien la nuit, je me suis remusclé en faisant de la gym. En fait, la leucémie a été une chance pour moi », ironise-t-il, interrogé lors du dernier congrès Isheid*, qui s’est déroulé début juin à Marseille. Ses dix années de traitement ont cependant laissé des séquelles : une neuropathie, un manque de sensibilité au niveau des extrémités, lui rend la marche difficile. « Ma vie n’est pas simple, mais c’est ma vie », soupire Timothy Ray Brown. Vivant désormais dans un petit appartement à San Francisco, il va de congrès en congrès, espérant « apporter un peu d’optimisme à tous les patients séropositifs ». Le cas du patient de Berlin constitue aujourd’hui « une preuve de concept ». Celle qu’il est possible de nettoyer l’organisme du VIH, et donc de guérir. Même si le cas de Timothy n’est pas généralisable à l’ensemble des 34 millions de séropositifs vivant dans le monde (la greffe de moelle est lourde et réservée aux patients atteints de leucémie), son principal mérite a été de relancer la recherche sur les réservoirs du virus, principaux obstacles à une véritable guérison.

bientôt des autotests ? Depuis octobre, tout Américain peut se dépister seul à domicile, grâce au feu vert accordé cet été par la Food and Drug Administration (FDA), agence américaine du médicament, à la vente libre d’un test rapide du VIH. Son principe : frotter l’appareil sur les gencives afin d’y récupérer le liquide créviculaire qui les enduit, puis attendre 20 minutes que soit révélée, ou non, la présence d’anticorps spécifiques. Si tout résultat positif doit être confirmé par un test standard, il s’agit incontestablement d’une nouvelle étape vers la « démédicalisation » du dépistage. En France, certains la jugent inéluctable, voire souhaitable, y voyant un nouvel outil pour les 29 000 personnes séropositives qui ignorent leur statut. Quant aux opposants, ils rappellent la faible spécificité du test salivaire : 93 % (1 personne séropositive sur 12 obtiendrait un faux résultat négatif). Autre crainte, celle de découvrir son infection seul chez soi, ce qui pourrait conduire à un geste désespéré. Menée chez des homosexuels, l’étude française Webtest se montre rassurante à ce sujet, les rares personnes ayant acheté des autotests sur Internet n’auraient pas de tendances suicidaires. Après s’y être longtemps montrés défavorables, le Conseil national du sida (CNS) et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui planchent sur un nouvel avis pour la fin de l’année, pourraient peut-être revoir leur position. ÉRADIQUER LE VIRUS Le VIH existe dans l’organisme sous deux formes : des particules de virus libres auxquelles s’attaquent les trithérapies et des réservoirs cellulaires, ADN du virus enfoui dans celui du patient. Ce sont ces stocks viraux (contre lesquels les anti-VIH ne peuvent rien) qui produisent les particules libres. Bien qu’efficace, la trithérapie revient à écoper une barque dont le fond serait troué. D’où l’idée qu’il faut « sortir » le virus de ces réservoirs tout en continuant la trithérapie afin d’éliminer les particules de virus libérées, explique le professeur Christine Katlama, du service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Des médicaments sont déjà à l’essai, à un stade très précoce. Parmi eux, le vorinostat, un anticancéreux, a donné des résultats intéressants, mais modestes, en réduisant les réservoirs. « Il existe plusieurs mécanismes qui maintiennent le virus à l’état quiescent [sous forme de réservoirs, ndlr], il faudra donc peut-être plusieurs molécules pour l’activer, comme il aura fallu plusieurs médicaments dans la trithérapie », prévoit Christine Katlama. ☛ WWW. PA U S ES A N T E. FR

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vivre avec

☛ Autre piste de recherche, la thérapie génique, avec introduction directe de la mutation dans les gènes CCR5 du patient. Les trithérapies semblent avoir leur place dans cette recherche. En traitant les patients au plus tôt après leur contamination, il semble possible de freiner la formation des réservoirs. C’est ce qui ressort de l’étude française Visconti, présentée en juillet dernier à Washington, lors de la Conférence internationale sur le sida. Selon ses résultats, 10 % des patients traités en primo-infection (« phase aiguë »), à savoir dans les premières semaines qui suivent la contamination, atteindraient un état de « rémission fonctionnelle », leur permettant ensuite de se passer de traitement. De quoi susciter l’espoir d’un contrôle précoce de la maladie. La prochaine étape consistera à arrêter si possible la trithérapie chez les patients présentant de faibles réservoirs bien que traités plus tard, en « phase chronique », phase plus tardive que la primo-infection. Selon Christine Katlama, ces patients constitueraient « 10 % à 20 % » des séropositifs. U N E R EC H E R C H E À LO N G T E R M E Qu’il s’agisse de médicaments visant les réservoirs, de thérapie génique ou de trithérapie en primo-infection, la recherche en vue d’une guérison du VIH se trouve fortement relancée par le cas Timothy Ray Brown. Lors de la conférence de Washington, la Société internationale de lutte contre le sida (International AIDS Society, IAS) a ainsi lancé une grande initiative, « Towards an HIV Cure », afin de coordonner la recherche sur ce sujet. Premier constat, il faudra du temps. Selon Françoise Barré-Sinoussi, présidente de l’IAS et prix Nobel de médecine 2008 pour avoir découvert le VIH en 1983, il est d’ailleurs préférable de ne pas évoquer d’échéance. « Nous sommes bien trop en amont, nous n’allons pas faire les mêmes erreurs qu’avec le vaccin, avancer des dates qui n’ont jamais été respectées. » Un rappel des années 80, où les chercheurs ont vite déchanté face aux difficultés à trouver un vaccin. Au-delà de la volonté de guérir les malades, il s’agit de mieux répondre à l’épidémie mondiale. Car si le nombre annuel de nouveaux cas a chuté de 21 % entre 1997 et 2010, la lutte n’est toujours pas à armes égales. Pour deux personnes qui s’infectent dans le monde, on en compte une mise sous traitement. Or la crise économique fait craindre une baisse de l’aide des pays du Nord à ceux du Sud. Ce qui compromettrait l’accès aux soins, déjà précaire, des séropositifs des pays pauvres. ● *International Symposium on HIV & Emerging Infectious Diseases (Isheid).

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VIH au féminin Conserver sa féminité, être mère, mieux vivre sa ménopause, pour les femmes séropositives, les défis à relever sont nombreux. Florence Brunel, infectiologue à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon, répond à leurs questions.

Pause santé : Quelle est l’efficacité du traitement prescrit aux femmes enceintes pour prévenir la transmission à leur enfant ? Florence Brunel : Aujourd’hui, on peut rassurer les femmes séropositives. Leurs enfants seront indemnes. Le risque de contamination est égal à zéro, contre 25 % de transmission en l’absence de traitement. C’est un beau message d’espoir pour ces femmes. Seuls une vingtaine d’enfants naissent chaque année infectés, généralement de femmes africaines arrivant en France près du terme, qui n’ont été prises en charge que durant les dernières semaines. Quant aux contaminations postnatales,

elles sont rares. Liées à l’allaitement, elles surviennent plutôt chez des Africaines, pour lesquelles cette pratique est particulièrement importante. L’allaitement est complètement contre-indiqué chez les femmes séropositives. Seule exception, l’Afrique, où l’on peut conseiller l’allaitement chez les femmes dont la charge virale est rendue indétectable par le traitement. Le risque d’infection est alors moindre que celui de dysenterie ou de diarrhée mortelle, lorsque les femmes ne disposent pas d’eau assez propre pour préparer le lait maternisé. Comment se déroule le traitement préventif pendant la grossesse ? Chez les femmes qui n’ont pas encore besoin d’une trithérapie, on commence à traiter à partir du deuxième trimestre de grossesse. Il s’agit plutôt d’une précaution. Il faut être certain que la charge virale sera indétectable

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au troisième trimestre, où le risque de transmission est beaucoup plus élevé. Quant aux femmes déjà sous trithérapie, on les traite pendant toute la grossesse, mais il faut très vite adapter le traitement, certains pouvant entraîner des malformations. En termes de sécurité, il faut mettre un petit bémol sur la classe des antiprotéases, qui pourraient accroître le risque de prématurité et de petit poids de naissance. En règle générale, nous ne sommes pas toujours très à l’aise avec les nouvelles molécules, sur lesquelles nous disposons de peu de recul. Des essais intéressants sont actuellement en cours pour alléger le traitement, avec des monothérapies au lieu de trithérapies. On peut, par exemple, citer l’essai français Primeva, dans lequel il n’y a eu aucune contamination chez des femmes ayant reçu un seul médicament, Kaletra.

Cela permet de ne pas exposer l’enfant à des molécules que l’on connaît mal. Bien moins connus, les liens entre ménopause et le VIH. Quels sont les risques particuliers ? Le VIH accélérant le vieillissement, la ménopause arrive de manière plus précoce. Les séropositives ont donc plus tôt de l’ostéoporose, mais aussi des problèmes d’assèchement muqueux, qui favorisent d’autres infections sexuellement transmissibles. Il faut bien les suivre, ne pas avoir peur de leur donner des THS [traitements hormonaux substitutifs, ndlr] et leur proposer des traitements locaux pour lutter contre les rapports sexuels douloureux. ●

Transversal, le sida sous tous ses angles Tiré à 9 000 exemplaires, ce magazine bimestriel créé en 2001 est édité par Sidaction. Rédigé par des journalistes professionnels, destiné aux professionnels de santé et aux chercheurs comme aux patients et à leurs proches, il dresse un point approfondi sur les dernières actualités dans le domaine du VIH, qu’elles soient médicales, sociales, liées à la recherche, à la politique ou aux droits des patients. Il est téléchargeable sur www.sidaction.org.

SHE, pour et par les séropositives Originalité du programme européen SHE (Strong, HIV Positive, Empowered Women), des groupes de partage d’expérience entre femmes séropositives. Ce soutien entre paires crée un « environnement favorable pour que les femmes se sentent plus autonomes et contrôlent leur vie », explique le laboratoire Bristol-Myers Squibb qui le finance. Outre la question des traitements et de l’accès aux soins, cette entraide permet de traiter de problèmes quotidiens rarement abordés avec les soignants, tels que le bien-être, la sexualité ou les droits des femmes.

Plus d’infos sur www.sheprogramme.fr.

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adapter son alimentation Les patients séropositifs sont plus susceptibles de présenter des troubles métaboliques qui se traduisent par une augmentation du risque cardiovasculaire. Comment les limiter ?

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des triglycérides et de la glycémie », souligne-t-elle. Ces facteurs réunis sont à l’origine de ce que l’on appelle le syndrome métabolique. Principale conséquence : une augmentation du risque cardiovasculaire. Certaines études ont en effet montré que les patients séropositifs présentaient un risque cardiovasculaire augmenté d’environ 30 % par rapport à la population générale.

avec une diététicienne qui fait des miracles », explique le médecin. La fée diététicienne, c’est Talie Soulez. Et pour faire des miracles, elle n’a pas de recette : « la clé, c’est une prise en charge personnalisée qui dépend du patient et de son métabolisme. » Objectif général : rééquilibrer l’alimentation. « Si le patient consomme trop de lipides, nous essayons de diminuer cet apport en graisse, mais je suis avant tout attentive à la qualité des lipides », explique la diététicienne. Elle conseille une augmentation de l’apport en oméga-3. « Je demande à mes patients de consommer 3 cuillères à soupe d’huile végétale crue par jour en mélangeant olive, colza, noix ou noisette par exemple et de manger du poisson gras 4 fois par semaine. » En parallèle certains doivent diminuer leur apport en graisses saturées, « notamment

es traitements et la maladie ellemême sont à l’origine de troubles métaboliques importants. Les plus caractéristiques ont longtemps été la modification de la répartition des graisses corporelles ou lipodystrophie. Certaines ATTENTION AUX SUCRES parties du corps subissent une fonte graisseuse Pour limiter ce risque, il existe une solution : ou lipoatrophie : visages, fesses, bras et l’alimentation. « Je travaille main dans la main jambes. D’autres au contraire sont le siège d’une lipohypertrophie : les graisses s’accumulent au niveau du ventre, des seins, du cou ou de la nuque. « Pendant des > Graisses saturées années j’ai reçu des patients dont leur consommation. On les retrouve dans le le corps était déformé, explique Ces aliments ont généralebeurre, le fromage, le lait, le docteur Myriam Kirstetter* ment un goût sucré. la viande, mais aussi dans qui suit de nombreux patients certaines huiles végétales séropositifs depuis les débuts de > Glucides complexes comme l’huile de palme. l’épidémie, mais désormais Longtemps appelés ces lipodystrophies sont beaucoup « sucres lents », ces > Glucides simples moins fréquentes avec les molécules de grande taille Baptisés autrefois « sucres sont présentes dans traitements les plus récents. » rapides », ce sont des Des médicaments qui pour les produits céréaliers de molécules de petite taille autant ne sont pas dépourvus types pain, pâtes, riz. qui ont la propriété d’augd’effets secondaires. « Chez de menter rapidement le taux > Oméga-3 nombreux patients, ils provoquent de sucre sanguin après une augmentation du cholestérol, Ces graisses possèdent

Lexique

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une structure chimique particulière qui leur confère des propriétés bénéfiques pour la santé. Elles sont dites essentielles car notre organisme ne sait pas les fabriquer. Les besoins doivent donc être couverts par l’alimentation. Les poissons gras (maquereau, hareng, sardine, saumon, thon) mais aussi certaines huiles végétales (colza et noix) en sont riches.

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en limitant les plats industriels ou en apprenant à les choisir ». La diététicienne est également très attentive aux glucides consommés par les patients. Pourquoi ? « Parce que s’ils sont apportés en trop grande quantité ou de façon déséquilibrée, ils ont la possibilité de se transformer en lipides », explique Talie Soulez. Or, pour conserver une glycémie stable, il ne suffit pas de surveiller la quantité

des glucides, il faut aussi être attentif à leur qualité. « Nous allons par exemple contrôler la prise de glucides simples qui entrainent une élévation rapide de la glycémie et privilégier les glucides complexes. » Pour stabiliser la glycémie, la diététicienne surveille également les associations d’aliments : « Je leur déconseille de consommer des glucides isolément, donc il vaut mieux

éviter de manger un fruit seul en cours de journée par exemple. » Si cette prise en charge individuelle met l’accent sur l’équilibre alimentaire, la fée diététicienne n’oublie pas la notion de plaisir. « Manger est un des premiers plaisirs de la vie, il doit le rester. » ● * Médecin de ville, elle est attachée à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

le sport, c’est bon pour le moral et le physique Il est également bon pour la santé des personnes séropositives. Médecins et coachs sportifs en rappellent le principe.

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ncore une idée reçue battue en brèche. Le sport, que l’on a découvert capital chez tous les malades, y compris les opérés du cœur, l’est tout autant pour les séropositifs. « Il s’agit de remettre ces patients à la vie », insiste Myriam Kirstetter. « Avec le sida, nous sommes passés d’une maladie mortelle à une maladie chronique, il convient aujourd’hui de la traiter comme telle ! »

Les associations sur le net > Sida Info Service sida-info-service.org > Aides aides.org > Sol en si solensi.org > Ikambere ikambere.com > Dessine-moi un mouton dessinemoiun mouton.org > Arcat arcat-sante.org > Les Petits Bonheurs associationlespetits bonheurs.org

FAIRE FACE À UNE FRAGILITÉ ACCRUE

Pour le docteur Kirstetter, cette « remise à la vie » via l’activité physique intervient à deux niveaux : « Premièrement, s’occuper de son corps. Lui apporter des soins, de l’attention. Et puis, comme pour toute personne, considérer le sport comme un allié. Avec la prise en compte d’une certaine fragilisation, notamment au plan cardiovasculaire du fait de la maladie chronique. » Une fragilité souvent accentuée par le tabac, car ces malades sont aussi souvent des fumeurs : « Dans ce cas l’activité physique est d’autant plus importante. Les malades qui souff rent de fatigue ont tendance à repousser l’idée de l’effort. Au contraire, il faut sculpter son corps pour activer les endorphines et les neuromédiateurs. » AVEC DES BOUTEILLES D’EAU, CONSERVES OU UN SLIP

L’activité physique du malade séropositif s’apparente à celle de toute personne qui reprend le sport.

Mêmes règles de progression et de bon sens, pour les mêmes bénéfices (cardiovasculaires, osseux, musculaires). Cela peut passer par la marche, la natation ou le renforcement musculaire. C’est ce qu’explique, y compris en images sur son blog, le coach sportif Éric Calmels, qui participait le 27 septembre dernier à la rencontre « Paroles ouvertes sur le VIH » consacrée à la santé au quotidien des personnes séropositives. Il évoque, lui aussi, la (re) conquête de son corps et propose un travail que chacun peut réaliser à son rythme. Des exercices simples, complets, efficaces et particulièrement futés, à faire chez soi sans investir dans un quelconque matériel. Avec une chaise (en appui pour les étirements), des boîtes de conserve ou des bouteilles d’eau (comme poids et haltères) et même un slip tirebouchonné transformé en élastique de résistance. Des objets du quotidien détournés en appareils de gym, qui se révèlent particulièrement efficaces. ● Mode d’emploi sur www.ecalmels.com.

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du nouveau dans la vaccination anti-HPV

papillomavirus un vaccin sûr et efficace

Transmissibles principalement par contact sexuel, ils sont responsables d’environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus et de 1 000 décès par an en France.

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n 2011, dans le tourbillon de l’affaire Mediator, une polémique a entouré le vaccin contre les papillomavirus (HPV), accusé d’être à l’origine de quelques cas de maladies auto-immunes. « Cette campagne de dénigrement infondée a fait chuter de presque 50 % les prescriptions de vaccins, au détriment de la santé publique », déplore le docteur Joseph Monsonego, gynécologue et chef du service colposcopie à l’Institut du col Alfred-Fournier à Paris. Très répandus, les papillomavirus humains (HPV) sont responsables de pathologies génitales, de précancers et des cancers du col de l’utérus, du vagin, de la vulve et de l’anus. L’élaboration d’un vaccin protégeant les jeunes filles contre les types de virus les plus dangereux (16 et 18) et sa mise sur le marché à partir de 2006, aujourd’hui

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disponible dans plus de 120 pays, constituent donc « un espoir très important ». « En France, deux jeunes filles de 14/15 ans sur trois (65 %) avaient débuté en 2010 la vaccination anti-HPV, qui comporte trois injections », indique le spécialiste. SÉCURITÉ ET EFFICACITÉ

De nouveaux résultats de recherches communiqués en juillet dernier lors du congrès européen Eurogin soulignent l’intérêt de cette vaccination. Une étude réalisée en Suède et au Danemark confirme tout d’abord l’absence d’augmentation du risque de maladie auto-immune, d’accident neurologique ou thromboembolique chez les femmes vaccinées. Par ailleurs, l’impact de la vaccination sur la santé publique

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PAR C ATH E RI N E HOLU É

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vaccination et dépistage commence à être démontré. Des études menées en Australie et en Europe concluent à une réduction importante du nombre de cas de verrues génitales chez les jeunes femmes, après vaccination par Gardasil. « Les verrues génitales sont les maladies liées à l’HPV les plus rapides à se manifester après l’infection. L’effet de la vaccination sur la diminution des lésions pré-cancéreuses s’observera dans les années à venir, et dans une quinzaine d’années sur la diminution des cancers du col », précise le docteur Monsonego. CERTAINS PARENTS RÉTICENTS

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À Strasbourg, le pédiatre Arnault Pfersdorff sensibilise les familles dès que leurs filles atteignent 12 ans, la vaccination ayant lieu deux ans plus tard. « Je dirais que 7 à 8 de mes patientes sur 10 en bénéficient, mais c’est loin d’être le cas chez tous mes confrères. Il est souvent difficile d’obtenir l’adhésion des parents », remarque-t-il. Le prix du vaccin – chaque injection de Gardasil coûte 123,66 euros, remboursés à 65 % par la Sécurité sociale – peut constituer un obstacle pour les familles modestes. Mais le frein est surtout d’ordre psychologique. « Les parents ne sont pas prêts à envisager l’activité sexuelle de leur fille, lorsqu’elle a 14 ans. En France, 3 % des jeunes filles ont des rapports avant 15 ans, 9 % avant 16 ans », explique le docteur Pfersdorff. Ce pédiatre préconise ainsi d’avancer l’âge de la vaccination à 12 ans, comme en Grande-Bretagne ou en Italie : « En la dissociant vraiment de l’âge du premier rapport sexuel, elle sera mieux acceptée. » ●

POUR EN SAVOIR PLUS > Rapport INCa. Le cancer du col de l’utérus en France, état des lieux 2010, juillet 2010. www.e-cancer.fr. > Rapport HAS. État des lieux et recommandations pour le dépistage du cancer du col de l’utérus, juillet 2010. www.has-sante.fr. > BEH du 22/03/2011. Calendrier des vaccinations et recommandations. www.invs.sante.fr/beh. > Centre national de référence pour les papillomavirus humains (CNR-HPV), www.pasteur.fr/ip/easysite/pasteur/fr/sante/info-hpv. > Association 1 000 femmes, 1 000 vies, www.1000femmes1000vies.org.

> Deux vaccins disponibles en France, Gardasil et Cervarix, sont dirigés contre les HPV 16 et 18. Gardasil protège également des HPV 6 et 11. 3 injections en 6 mois sont nécessaires. > La vaccination est recommandée pour toutes les jeunes filles de 14 ans afin de les immuniser avant leur exposition au risque. Elle est également proposée aux jeunes femmes de 15 à 23 ans qui n’ont pas eu de rapports sexuels, ou dans l’année suivant le premier rapport. > À partir de 25 ans, toutes les femmes vaccinées ou non doivent bénéficier du dépistage par le frottis cervico-utérin. La Haute autorité de santé recommande de le pratiquer tous les 3 ans après 2 frottis normaux espacés d’un an.

un cancer évitable > Les papillomavirus humains de types 16 et 18 sont responsables de la majorité des cancers du col de l’utérus, les types 6 et 11 provoquent des verrues génitales (condylomes). > Ces infections sont plus fréquentes entre 15 et 24 ans, et ces cancers touchent des femmes jeunes (1er pic vers 45 ans). > 70 à 80 % des personnes sexuellement actives seront exposées au cours de leur vie. 90 % des femmes infectées élimineront le virus naturellement en moins d’un an. > Dans 10 % des cas, l’infection persiste et favorise le développement de lésions génitales qui peuvent évoluer vers le cancer en 10 à 15 ans. > Grâce au dépistage et à la vaccination, ce cancer est devenu évitable.

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électrosensibilité véritable maladie ou symptôme psychosomatique ? Même si les associations et les experts ne sont pas sur la même longueur d’onde, tous s’accordent sur la réalité de symptômes très invalidants.

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aux de tête, étourdissements, fatigue, troubles du sommeil, nausées, palpitations, sensations de brûlure… « Personne ne peut contester aujourd’hui la réalité du vécu des personnes qui attribuent leurs symptômes à l’exposition aux radiofréquences. Mais aucune preuve scientifique d’une relation de causalité entre l’exposition aux radiofréquences et l’hypersensibilité électromagnétique n’a pu être apportée jusqu’à présent », constatait l’Anses en 2009. Près de quatre ans plus tard, le constat reste inchangé : les symptômes demeurent, mais aucune étude ne prouve qu’ils sont liés à l’exposition aux ondes.

Phobie ou réalité ? Les personnes touchées, qui constitueraient entre 1 et 5 % de la population, assurent ressentir ces symptômes au contact des ondes (émanant de téléphones portables, d’ordinateurs, d’antennes relais), au point de devoir

d’un agent à produire des effets indésirables dès qu’il est présenté comme nocif, même s’il ne l’est pas. Cette interprétation psychologique, les associations d’électrosensibles la combattent farouchement. Selon elles, la science n’a pas dit son dernier mot. L’échec des études, du moins celles qui ne sont pas entachées de conflits d’intérêt, s’expliquerait pour une part par l’incapacité des appareils à mesurer l’exposition réelle, notamment à capter un bruit de fond que ces patients seraient assez sensibles pour ressentir. Autres raisons des résultats négatifs : l’exclusion de ces études des personnes les plus atteintes, ce qui en fausserait les résultats, ou le fait que certains signes ne seraient pas immédiats. « Le problème de notre maladie, c’est qu’on ne sait ni la mesurer, ni l’objectiver», se défend un membre du Collectif des électrosensibles. Face à cette maladie sans solution, certaines personnes doivent supprimer de leur environnement tous les appareils utilisant les ondes électromagnétiques, certaines sont même contraintes de vivre à l’écart, loin d’une source d’exposition.

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La recherche et la prise en charge

Bernadette Touloumond et Anne Caudain préparent leur repas dans la grotte de Saint-Julienen-Bauchêne où elles vivent afin d’échapper aux ondes des téléphones portables et d’Internet.

les éviter. Or plusieurs études de « provocation », qui consistent à exposer les patients aux ondes, ne confirment pas ce phénomène. Les symptômes apparaissent aussi bien lorsque l’exposition est réelle que lorsqu’elle est simulée. Conclusion des chercheurs : il s’agit d’un trouble psychosomatique, peut-être lié à une phobie irraisonnée, qui provoque un malaise dès que la personne se sait, ou se croit, exposée. Ce que l’on appelle « l’effet nocebo », à savoir la capacité

En marge de ce débat, les recherches se poursuivent afin de trouver une explication à ce syndrome, qu’il soit réellement lié ou non aux ondes électromagnétiques. Parmi les hypothèses, celle d’un hyperfonctionnement du système sensitif, ancré dans le cerveau. C’est celle que va tester Jean-Pierre Marc-Vergnes, chercheur à l’Inserm et neurologue. Intitulée HSEMsensi, son étude portera sur 30 électrosensibles, 30 patients souff rant d’un syndrome d’intolérance aux odeurs chimiques (SIOC, un trouble apparenté) et 30 personnes témoins, qui se verront appliquer un faible courant électrique sur la peau. Objectif : visualiser par imagerie cérébrale d’éventuelles différences dans les zones du cerveau impliquées dans le ressenti de la douleur. Face au vide thérapeutique, un protocole de prise en charge élaboré à l’hôpital Cochin (Paris) est à l’étude dans 24 grands hôpitaux français afin de recueillir un descriptif des symptômes. Les participants seront ensuite dotés d’un dosimètre afin de mesurer leur exposition aux ondes sur une semaine. Le tout assorti d’un accompagnement psychothérapique, ce qui n’est pas du goût des associations qui n’approuvent pas cet a priori psychosomatique. ☛ WWW. PA U S ES A N T E. FR

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électrosensibilité : mythe ou réalité ? Et la téléphonie mobile ?

Un abri anti-ondes dans la Drôme. À l’entrée de cette zone, les téléphones même éteints sont interdits.

Si le lien entre ondes et électrosensibilité n’est pas clairement démontré, les dangers du portable restent encore inconnus. En mai 2011, le Centre international pour la recherche sur le cancer (Circ, bras armé anti-cancer de l’Organisation mondiale de la santé) a jugé prudent de classer les ondes de téléphonie mobile dans le groupe 2B, celui des cancérogènes possibles pour l’homme. L’étude internationale Interphone a ainsi suggéré une hausse de 40 % du risque

de gliome (un cancer du cerveau) chez les gros utilisateurs. Des résultats « limités », mais qui ont incité fin octobre la cour de cassation de Brescia en Italie à reconnaître comme maladie professionnelle une tumeur cérébrale survenue chez un cadre supérieur. Depuis 12 ans, cet homme utilisait son portable à raison de 30 heures par semaine ! Un lien qui semble assuré d’une « certitude raisonnable », selon la justice italienne. Du côté français, les autorités appellent à des conseils de bon sens : éviter les conversations trop longues ou inutiles, privilégier les zones de bonne réception, éventuellement recourir à un kit « mains libres ». ●

> Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail - www.anses.fr. > www.radiofrequences.gouv.fr.

Ivan, en vigilance permanente

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que l’on n’a pas de solution de repli. » Incapable d’utiliser trop longtemps un téléphone fixe, Ivan a dû peu à peu procéder à l’isolement de son appartement, grâce à des matériaux spécialement conçus pour les électrosensibles.

Âgé de 43 ans, Ivan a vu apparaître avec son premier téléphone portable des brûlures aux oreilles et des maux de tête. Parmi les derniers épisodes en date, un nouveau voisin installe Internet. Sans même le savoir, Ivan fait une crise

de tachycardie en rentrant chez lui le soir. S’il a désormais un peu de répit, c’est selon lui grâce à un mélange d’antihistaminiques, d’antioxydants et de vitamines*. Ce traitement, uniquement palliatif, permet de mieux supporter le quotidien même si, à la fin de la journée, il est épuisé. Son entourage se montre « compréhensif » lorsqu’il s’agit de le protéger, même s’il ne le comprend pas vraiment. « Quand je dis que les ondes sont dangereuses pour la santé, je suscite une réaction de peur. Les gens n’ont pas envie d’être amputés de leur portable, ils ne sont pas prêts à entendre ce message », remarque-t-il. Son espoir : quitter Paris pour la province même s’il n’est pas certain d’y être moins exposé. * Ce traitement est celui délivré par le professeur Dominique Belpomme, président de l’Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (Artac). Ce médecin au caractère bien trempé est connu pour ses positions tranchées sur les sujets santé/environnement, dont l’électrosensibilité et les pesticides. Ce qui vaut à ce « lanceur d’alertes » le soutien des militants écologistes, mais le scepticisme de la communauté scientifique.

© AFP/PHILIPPE MERLE

Disons-le d’emblée, que l’on croie ou non à l’électrosensibilité, Ivan n’a rien d’un simulateur ou d’un « douillet ». Âgé de 43 ans, ce professeur de sport a vu ses brûlures d’oreilles et ses maux de tête apparaître avec son premier téléphone portable, acheté il y a une quinzaine d’années. « Il m’arrivait de devenir irascible, sans comprendre d’où cela venait », se souvient-il. Bon an mal an, et après un scanner qui n’a rien révélé, Ivan est arrivé à « gérer » sa fatigue, en évitant de s’exposer. Mais le véritable tournant a eu lieu à Douala (Cameroun), où il a vécu 3,5 ans. En cause, selon lui, les relais WiMAX qui l’entouraient au bureau comme à son domicile, et qui l’auraient davantage sensibilisé aux ondes. De retour à Paris en septembre 2011, Ivan a été pris de violents maux de tête, de saignements de nez, de difficultés d’élocution et même de tendinites, particulièrement handicapantes dans sa profession. De quoi l’obliger à changer de place dès que quelqu’un utilise son portable. « Le plus difficile à accepter, précise-t-il, c’est de savoir

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vivre ensemble

changer le destin des jeunes filles africaines, c’est possible

Dans les capitales et localités rurales d’Afrique de l’Ouest au Bénin, au Burkina et au Niger, l’association Équilibres & Populations travaille à rendre visibles les jeunes filles laissées pour compte en les aidant à élaborer un projet de vie qui soit accepté par leur entourage.

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précoces et non désirées, qui sont leur première cause de mortalité. Elles ont également huit fois plus de risque de contracter le sida que les garçons du même âge. LES ACTIONS PILOTES DE DÉFI JEUNES

Chantal, Fati, Mariam ou Awa ne sont pas des cas isolés. Dans le monde, aujourd’hui, 600 millions de filles connaissent des situations de grande vulnérabilité. Elles sont invisibles aux responsables politiques qui pourraient les aider, alors qu’améliorer leur sort serait un facteur majeur de développement. Pour que cette situation change, l’association Équilibres & Populations et ses partenaires locaux ont mis en œuvre au Bénin, au Burkina et au Niger, un programme baptisé « Défi Jeunes ». Identifier ces jeunes filles mariées précocement ou isolées socialement, les aider à exprimer leurs difficultés et leurs besoins, mais aussi comprendre le regard que porte sur elles leur entourage, a été une première étape essentielle. Les résultats de cette mission ont ensuite été partagés avec les familles, le personnel de santé, les employeurs. Un moyen de leur faire prendre conscience de leur responsabilité et du rôle qu’ils ont à jouer pour améliorer le statut et le respect des droits des filles. Aujourd’hui, sur chacun des six sites du projet, une vingtaine de jeunes filles se retrouvent une fois par semaine pour s’informer sur leur santé et sur leurs droits. Elles apprennent par exemple à franchir sans crainte la porte de centres de santé. Des journées de familiarisation qui permettent aussi de responsabiliser le personnel soignant. Dans l’avenir, un programme d’alphabétisation et de gestion sera mis en place pour les aider à acquérir une autonomie économique.

© Équilibres & Populations ; Imagéo.

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hantal, de Zogbodomey, est mariée comme troisième épouse ; à 15 ans, elle est enceinte pour la deuxième fois. Fati, de Saaba, tente, à 14 ans, d’aider sa famille en vendant des fruits sur les marchés. Mariam est arrivée à Ouagadougou à 10 ans ; depuis deux ans, elle travaille comme domestique chez son logeur. Awa, de Loga, 13 ans, a été déscolarisée et attend d’être mariée… Toutes ces jeunes filles vivent des situations diverses, mais elles ont plusieurs points en commun : aucune ne va à l’école et toutes ont un statut matrimonial ou des activités qui ne sont pas celles d’enfants ou d’adolescentes. Parce qu’elles sont nées filles, parce qu’elles vivent dans des régions à l’économie précaire, elles ont quitté l’école pour être mariées et envoyées en ville comme domestique ou vendeuse. Peu ou pas éduquées, sans ressources suffisantes, brutalement éloignées d’un réseau social ou familial sécurisant, elles subissent l’emprise des adultes, notamment des hommes. Dans l’incapacité de faire valoir leurs droits, sans accès à l’information, aux services de prévention et de soins, elles sont victimes de viols. On leur accole une image de filles faciles, qui justifie qu’on abuse d’elles ou qu’on les marie. Elles sont ainsi très concernées par les grossesses

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© Équilibres & Populations ; Imagéo.

TRANSFORMER LES NORMES SOCIALES

Pour que les jeunes filles soient autorisées à participer à ces activités, la médiation avec l’entourage, indispensable d’emblée, est permanente mais elle reste insuffisante. Elle doit s’accompagner d’une modification des regards et des comportements vis-à-vis des femmes en général et des filles en particulier. C’est la raison pour laquelle un travail avec les garçons et les hommes a été amorcé. Concrètement, au Burkina, un réseau de « mères éducatrices » accompagne le parcours des filles domestiques et petites vendeuses. Au Niger, les autorités se mobilisent pour promouvoir la scolarisation des filles et la prévention des déscolarisations précoces. Au Bénin où, traditionnellement, les primipares accouchent à la maison, les adolescentes mariées qui ont bénéficié du programme mettent désormais au monde leur enfant dans une maternité, auprès d’un personnel qualifié. Un travail sur la déconstruction des stéréotypes est également en cours. Ces actions de développement ne se pilotent pas seulement depuis les pays riches ; elles exigent également un travail inlassable conduit par et pour les communautés locales.

La situation de ces jeunes filles jusque-là invisibles était totalement inconnue des décideurs politiques en France pourtant pays bailleur de fonds. L’autre mission d’Équilibres & Populations est de les sensibiliser et d’obtenir des ressources financières supplémentaires pour lancer ces programmes à grande échelle. ●

vous voulez les aider ? Depuis 20 ans, l’association Équilibres & Populations se consacre, sur le terrain à améliorer les conditions de vie des femmes et des filles. Pour les soutenir et contribuer à mettre la question des jeunes filles au cœur du développement, envoyez vos dons par chèque à : Équilibres & Populations 75, rue des Saints-Pères 75006 PARIS www.equipop.org

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© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Jacques Faujour

© The Gallery Collection/Corbis

Paul dessinant, 1923, huile sur toile. Pablo Picasso, musée Picasso, Paris.


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Composé de médecins, de politiques, d’enseignants, de juristes et d’une psychanalyste, notre comité se passionne pour les débats liés à la santé. Il pose un regard indépendant et constructif sur le contenu de ce magazine.

POUR ALLER PLUS LOIN DANS LA RÉFLEXION SANTÉ

SOMMAIRE Sciences Entretien avec Marie Curie .................................................................................................... II par Jean-Philippe Klein Psychanalyse Pourquoi les enfants demandent pourquoi ? ......................................................................VI par Paul-Laurent Assoun

© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Jacques Faujour ; © ADAGP, Paris, 2012.

© The Gallery Collection/Corbis

Philosophie Le bon côté de l’ignorance ................................................................................................... XII par Roger-Pol Droit

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COMITÉ DE DÉONTOLOGIE

VERS L’ÂGE DE 3 ANS, LES ENFANTS QUESTIONNENT INLASSABLEMENT LEUR PARENTS. Toutes les familles sont familières de ce petit événement poignant. Vers l’âge de 3 ans généralement, l’enfant, récemment installé dans le langage – et alors qu’il cherche encore largement ses mots – se met à adresser à son entourage familial la question « Pourquoi ? ».

Magistrat et spécialiste du droit international, CHRISTIAN BYK a rencontré la bioéthique « par hasard ». Depuis plus de 20 ans, il contribue à la géopolitique de la bioéthique à travers l’Association internationale droit, éthique et science (www.iales.org).

ALAIN-MICHEL CERETTI a créé l’association Le Lien, qui lutte contre les infections nosocomiales. Il est aujourd’hui conseiller santé auprès du médiateur de la République.

GENEVIÈVE DELAISI DE PARSEVAL est psychanalyste, enseignante et essayiste. Elle est membre associé des principaux centres d’éthique biomédicale dans le monde. Ancien directeur général de la Santé, WILLIAM DAB est médecin, docteur ès sciences et professeur titulaire de la chaire Hygiène et Sécurité du CNAM. Il est l’auteur de 4 livres, dont un « Que sais-je ? » intitulé Santé et environnement, et d’une centaine de publications scientifiques.

OLIVIER MARIOTTE est médecin. Après avoir exercé des fonctions marketing dans des entreprises du médicament, il a pris la direction des affaires économiques et publiques du laboratoire Schering-Plough. Il a créé « nile », une agence conseil dédiée aux acteurs de santé. Pharmacien, PHILIPPE MINIGHETTI a suivi des cursus en nutrition, orthopédie, oncologie, et a travaillé sur la prise en charge des patients stomisés. Enseignant, il participe à de nombreux congrès.

VALÉRIE SEBAG est juriste et maître de conférences en droit privé. Spécialiste de l’encadrement de la biomédecine, elle a rédigé de nombreux articles sur le statut de l’embryon et la gestation pour autrui.

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LAST INTERVIEW

PAR JEAN- PHILIPPE KLEIN EN PARTENARIAT AVEC ATTYPIQUE.COM

Entretien avec… Née Marya Sklodowska (1867-1934), Marie Curie arrive en France étrangère et pauvre. Aujourd’hui, elle appartient à l’histoire des génies bienfaiteurs de l’humanité. Jean-Philippe Klein a imaginé sa dernière interview.

Cet entretien posthume a été rédigé à partir de différentes sources : correspondances, archives, interviews, conférences, extrait de livres, témoignages et notes authentifiés par des biographes, des historiens et des experts. Toutes les réponses proviennent de ces sources sans aucune modification.

N

ée le 7 novembre 1867 en Pologne, à Varsovie, alors occupée par les Russes, orpheline à 11 ans, Marie Curie rejoint l’université polonaise clandestine (dite université volante) où elle est une étudiante brillante. Elle devient la première femme docteur ès sciences, la première professeure en Sorbonne, la première à recevoir un prix Nobel.

« NOTRE SOCIÉTÉ, OÙ RÈGNE UN DÉSIR ÂPRE DE LUXE ET RICHESSE, NE COMPREND PAS LA VALEUR DE LA SCIENCE. » Parfaitement polyglotte, Marie Curie s’exprimait et écrivait en polonais (sa langue maternelle), en français, en anglais et en russe. Privée de tout, elle ignore la résignation et n’a peur de rien. Elle veut et va gouverner sa vie et se tracer un destin. Elle épouse en 1895 Pierre Curie à la mairie de Sceaux, un autre génie tout aussi discret et tenace. Il possède une intelligence théorique mais aussi pratique qui lui permet de concevoir des appareils tels que la balance de Curie, indispensable pour établir les lois fondamentales du magnétisme, ou bien encore le fameux électromètre piézo-électrique

pouvant mesurer de très faibles charges. Les Curie partagent l’obstination dans l’effort et la rigueur. Les décorations (Pierre les donnait à ses enfants pour qu’ils s’amusent, Marie voulait les faire fondre au moment de la guerre de 14-18), les honneurs, l’argent, leur importent peu. Le désintéressement constitue le fondement de leur éthique scientifique. Osons l’écrire, les Curie étaient purs. Marie meurt le 4 juillet 1934 au sanatorium de Sancellemoz. Ses obsèques furent à son image, discrètes. Son acte de décès relève « une anémie pernicieuse à marche

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© Musée Curie (Collection ACJC)

Journaliste et auteur de plusieurs ouvrages, il enseigne et collabore à plusieurs revues. Il est le créateur du blog attypique.com, spécialisé dans les interviews posthumes (Einstein, Freud, Mozart) et contemporaines.

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JEAN-PHILIPPE KLEIN


LAST INTERVIEW

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© Musée Curie (Collection ACJC)

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1. Marie Curie dans son laboratoire en 1921. 2. Femme de sciences, Marie Curie a obtenu avec Pierre Curie un prix Nobel de physique en 1903 pour ses travaux sur le radium et le polonium et un second prix Nobel de chimie en 1911. 3. Une coupelle contenant du bromure de radium photographiée dans l’obscurité, 1922. 4. Radiographie d’un porte-monnaie réalisée par Marie Curie en 1898.

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rapide, fébrile. La moelle osseuse n’a pas réagi parce qu’elle était altérée par une longue accumulation de rayonnements ». Le 20 avril 1995, les dépouilles de Marie Curie et de son mari sont transférées au Panthéon par décision du président de la République, François Mitterrand. Marie Curie, qu’est-ce qui vous guide dans l’exercice de votre métier ? Je suis de ceux qui pensent que

la science a une grande beauté. Si je vois autour de moi quelque chose de vital, c’est précisément cet esprit d’aventure qui me paraît indéracinable et s’apparente à la curiosité 1. Notre société, où règne un désir âpre de luxe et richesse, ne comprend pas la valeur de la science. Elle ne réalise pas que celle-ci fait partie de son patrimoine moral le plus précieux, elle ne se rend pas non plus suffisamment compte que la science est à la base de tous les progrès qui allègent la vie humaine et en diminuent la souffrance. Ni les pouvoirs publics, ni la générosité privée n’accordent actuellement à la science et aux savants l’appui et les subsides indispensables pour un travail pleinement efficace2. Ne craignez-vous pas que vos découvertes, ou celles d’autres chercheurs, soient détournées et utilisées à des fins malveillantes ? Je vous répondrai par une phrase de

Pierre qu’il a prononcé lorsque nous 3 avons reçu le Nobel : « On peut concevoir que, dans des mains criminelles, le radium puisse devenir très dangereux et l’on peut se demander si l’humanité a avantage à connaître les secrets de la nature. Je suis de ceux qui pensent que l’humanité tirera plus de 4 bien que de mal des découvertes nouvelles. » J’ajoute que nous ne pouvons pas construire un monde meilleur sans améliorer les individus. Dans ce but, chacun de nous doit travailler à son propre perfectionnement, tout acceptant dans la vie générale de l’Humanité sa part de responsabilité, notre devoir particulier étant d’aider ceux à qui nous pouvons être le plus utile. Comment vous êtes-vous formée à la science puis à la recherche ? Jeune, la littérature m’intéressait autant que la sociologie et que les sciences. Cependant, au cours de ces années de travail, en essayant peu à peu de découvrir mes préférences réelles, je me tournai finalement vers les mathématiques et la physique3. En 1886, j’écrivais à Henriette [l’une de ses sœurs ndlr] que je lisais la Physique de Daniel, la Sociologie de Spencer et les leçons d’anatomie et de physiologie de Paul Bert. ☞ AGORA | III

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faut adjoindre à l’Institut du Radium un département d’applications médicales. C’est une réussite pour Pierre et vous. Aviezvous conscience de prendre des risques en manipulant des substances radioactives ? 4 Lorsqu’on fait des études sur les substances 5 fortement radioactives, il faut prendre des précautions particulières si l’on veut continuer à faire des mesures délicates. Les divers objets employés dans 3

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☞ 1. Marie Curie au volant de sa voiture radiologique en 1917. 2. Avec ses élèves de l’École Normale Supérieure de jeunes filles de Sèvres en 1903. 3. Marie Curie avec Albert Einstein en 1925. 4. Marie Curie avec ses filles Irène et Ève sur la terrasse du laboratoire de l’Institut du radium de Paris en 1918. 5. La signature de Marya Sklodowska Curie.

Je lis plusieurs choses à la fois : l’étude suivie d’un seul sujet pourrait lasser ma précieuse cervelle, déjà fort surmenée ! Quand je me sens absolument inapte à lire utilement, je résous des problèmes d’algèbre et de trigonométrie, qui ne supportent pas de fautes d’inattention, et qui me remettent dans le droit chemin. Comment décrivez-vous votre découverte, avec Pierre Curie, de la radioactivité et plus particulièrement du radium ? Nous avons mesuré une intensité anormale de rayonnement dans des minéraux contenant une petite quantité d’uranium et de thorium. Nous nous sommes interrogés : d’où provient cette radioactivité excessive ? Une seule explication après réflexion : les minéraux doivent contenir, en petite quantité, une substance beaucoup plus fortement radioactive que l’uranium et le thorium. Nous en avons déduit qu’un corps nouveau existait.

Après avoir étudié la physique et la chimie, vous vous êtes beaucoup intéressée à la médecine ? J’ai rencontré un médecin à la mort de Pierre en 1906 qui a formulé deux observations quant à l’utilisation de l’irradiation à des fins médicales. La première, c’est que sur de jeunes cellules, l’effet des radiations pouvait les tuer. La seconde observation fait suite aux brûlures superficielles face à une exposition aux radiations, c’est l’effet des rayons alpha, puis en profondeur un second effet plus bénéfique apparaît avec la même exposition, c’est l’effet des rayons gamma. En fait deux types de radiations existent. Cet ami médecin, Claudius Regaud, invente la radiothérapie en imaginant que si l’on parvient à isoler les rayons alpha on peut faire profiter aux patients des rayons gamma. Dès 1910, le rayonnement gamma du radium est utilisé dans ce qu’on appelle la curiethérapie. Celle-ci prend une telle importance qu’il

3 LAURÉATS POUR LE PRIX MARIE-CURIE Le 5 novembre 2012, la commission européenne a récompensé les travaux de 3 jeunes chercheurs. › Claire Belcher (Royaume-Uni) dans la catégorie Communication sur les questions scientifiques, notamment sur le sujet du passé géologique de la Terre. › Sarit Sivan (Israël) dans la catégorie Innovation et esprit d’entreprise pour être à l’origine d’un traitement innovant dans les douleurs lombaires provoquées par la dégénérescence des disques de la colonne vertébrale. › Gikas Magiorkinis (Grèce) dans la catégorie Jeunes espoirs de la recherche pour ses travaux sur la propagation du virus de l’hépatite C.

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LAST INTERVIEW

le laboratoire de chimie et ceux qui servent pour les expériences de physique, ne tardent pas à être tous radioactifs. Les poussières, l’air de la pièce, les vêtements, sont radioactifs. L’air de la pièce est conducteur. Dans le laboratoire où nous travaillons, le mal est arrivé à l’état aigu, et nous ne pouvons plus avoir un appareil bien isolé. Dans une note à l’académie, Pierre a écrit : « Nous avons eu sur les mains, pendant les recherches faites avec les produits très actifs, des actions diverses. Les mains ont une tendance générale à la desquamation. L’inflammation de l’extrémité des doigts a duré une quinzaine de jours et s’est terminée par la chute de la peau, mais la sensibilité douloureuse n’a pas encore complètement disparu au bout de deux mois 4 ».

© Musée Curie (Collection ACJC)

Vous vous êtes rendue deux fois aux États-Unis, pour y récolter des fonds en faveur de vos laboratoires. La seconde fois, c’était fin 1929. Un pays entier vous a acclamée. Vous avez été reçue par deux présidents à la Maison-Blanche. Votre notoriété est-elle difficile à gérer ? Je n’aime pas me sentir un objet de curiosité quoique bienveillante. Je cherche pourtant à surmonter mon extrême répulsion pour toute mise en scène et à en concevoir le motif réel qui est de recueillir des fonds pour une œuvre à laquelle je m’intéresse. On m’a donné un chèque pour 50 000 dollars, prix actuel d’un gramme de radium5. Si l’argent vous est nécessaire pour organiser vos travaux, vous en connaissez aussi les effets pervers… Oui. J’ai par exemple été peinée de l’affaire Stavisky. Je trouve déplorable que des hommes qui ont une instruction suffisante pour comprendre se lient aussi

facilement avec des aventuriers, pourvu que ceux-ci mènent un train de vie brillant. C’est ce goût du luxe facile qui rend les gens faibles et imprudents, car beaucoup d’entre eux n’ont sans doute pas gagné grand-chose6. En accord avec Pierre, suite à notre découverte sur le radium et son exploitation, nous n’avons pris aucun brevet et nous avons publié, sans aucune réserve, tous les résultats de nos recherches, ainsi que les procédés de préparation du radium. Nous avons de plus fourni aux intéressés tous les renseignements qu’ils sollicitaient. Quelle mère pensez-vous avoir été pour vos deux filles ? À la veille de la première guerre, en août 2014, je leur écrivais « Soyez calmes et courageuses ». Je leur ai écrit souvent en leur souhaitant dans leur travail un succès dont la qualité puisse être pour elles une source de bonheur. À Ève, je lui recommandais pour son travail de ne pas se contenter de buts médiocres mais de se demander à elle-même de faire honneur à son métier afin que celui-ci lui donne une vraie satisfaction7.

SOURCES 1. En 1933, Marie Curie présida à Madrid un rassemblement de créateurs de toutes disciplines consacré à « l’Avenir de la Culture » et s’exprima lors d’un discours sur son approche de la culture et de la recherche scientifique. 2, 3, 4. Madame Curie, Ève Curie, collection folio, éditions Gallimard. 5. Lettres de Marie Curie à Ève Curie, 20 octobre 1929 et 31 octobre 1929. 6. Lettre de Marie Curie à Ève Curie, 22 janvier 1934. 7. Lettres de Marie Curie à Ève et Irène, août 1914, 3 juin 1925 et 29 décembre 1928.

POUR EN SAVOIR PLUS www.musee.curie.fr www.pasteur.fr

À LIRE > Janine Trotereau, Marie Curie, Paris, Gallimard, collection Folio biographies, éditions Gallimard. > Ève Curie, Madame Curie, collection Folio, éditions Gallimard. > Françoise Balibar, Marie Curie. Femme savante ou Sainte Vierge de la science ?, collection Découverte, éditions Gallimard. > Soraya Boudia, Marie Curie et son laboratoire. Science et industrie de la radioactivité en France, éditions des Archives contemporaines. > Henry Gidel, Marie Curie, éditions Flammarion. > Barbara Goldsmith, Marie Curie. Portrait intime d’une femme d’exception, traduit de l’américain par Évelyne Bouquet et Alain Bouquet, collection Quai des sciences, éditions Dunod. > Anna Hurwic, Pierre Curie, préface de Pierre-Gilles de Gennes, collection Figures de la Science, éditions Flammarion. > Rosalynd Pflaum, Marie Curie et sa fille Irène. Deux femmes, trois Nobel, traduit de l’américain par Francine de Martinoir, collection Biographie, éditions Belfond.

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RUBRIQUE DIRIGÉE PAR PAUL-LAURENT ASSOUN

Pourquoi les enfants demandent « pourquoi ? »

PAUL-LAURENT ASSOUN EST PSYCHANALYSTE ET PROFESSEUR À L’UNIVERSITÉ PARIS-VII.

et péniblement à un « pourquoi » qu’en surgit un autre – en sorte qu’aucune réponse ne semble capable de venir à bout de cet inlassable questionnement. Ensuite, parce que l’adulte est souvent désarçonné par le contenu même de cette série de questions sans fin, mais aussi apparemment sans objet identifiable, voire incongrue à ses yeux. D’où la tentation de se dérober par un « parce que c’est comme ça… », sauf à se sentir vaguement coupable d’avoir failli à donner une réponse probante. Mais quel est le sens de ce questionnement qui touche au rapport fondamental de l’enfant au savoir et à l’autre en sa dimension inconsciente ?

L’ÉVEIL DE LA CURIOSITÉ : LA DÉCOUVERTE DU MONDE Pourquoi donc l’enfant se met-il à demander « pourquoi ? »

On notera que c’est la spontanéité de l’enfant questionnant qui nous oblige à poser nous-même cette question. Son « pourquoi ? » comme sujet appelle un « pourquoi ? »… à son sujet ! « Pourquoi ? » est, selon la définition grammaticale, l’adverbe qui sert à interroger sur la cause ou sur la finalité d’une action ou d’un fait. C’est aussi un substantif, on dit « chercher le pourquoi des choses ». La première explication est la plus proche du sens commun. Jusque vers l’âge de 3 ans, l’enfant vit dans un monde qui va de soi. Tout y est clair comme « il fait jour » ou comme « papa est papa », « maman est maman » – ce que l’on appelle une « tautologie », soit une phrase qui ne peut être que vraie et apparaît donc comme superflue à proférer. L’éveil de sa « conscience de soi » va de pair avec une curiosité,

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outes les familles sont familières de ce petit événement poignant. Vers l’âge de 3 ans généralement, l’enfant, récemment installé dans le langage – et alors qu’il cherche encore largement ses mots – se met à adresser à son entourage familial la question « Pourquoi ? ». Question inédite pour lui, qui en vient à être réitérée régulièrement, mitrailleuse de « pourquoi ? », qui semble adressée à tout propos (ce qui ne signifie pas « à tort et à travers » !). On sait aussi la difficulté des parents, une fois passé le moment d’émerveillement de voir leur progéniture manifester cette curiosité toute neuve, à répondre à cette question démultipliée. D’abord parce que ce « pourquoi » à répétition a tôt fait de prendre une forme harcelante. À peine répondu plus ou moins laborieusement

© PUF/Virginie Pelletier

Vers l’âge de 3 ans, les enfants questionnent inlassablement leur parents. La psychanalyse identifie le sens de cette curiosité infantile et ce qu’elle révèle de l’enfant.


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L’ENFANT PAR SON « POURQUOI ? » MET L’ADULTE AU PIED DU MUR DE SON PROPRE SAVOIR. qui commence par une perplexité. Pourquoi les choses sont-elles ainsi et pas autrement ? La question « qu’est-ce que c’est, ça ? » double d’ailleurs fréquemment le « pourquoi ? ». On peut alors dire que l’enfant s’éveille au monde. Il était jusque-là dans le monde, il commence à être au monde (pour reprendre une distinction philosophique de l’existentialisme). C’est le début de sa « pensée », d’une pensée et d’une curiosité à lui. C’est proprement un réveil, alors que jusqu’à présent il était en quelque sorte « endormi » et comme distrait de sa propre existence – même s’il pouvait manifester une vie affective et motrice des plus actives. En tout cas, il y a bien désormais « quelqu’un », le petit bonhomme, la petite fille, qui interpelle avec son « pourquoi ? » et attend qu’on lui réponde. Découverte du monde, des gens et des choses et besoin pressant de trouver sa place dans cet univers. Mais du coup, ce « pourquoi ? » enfantin est voué à déranger le monde adulte dans lequel l’enfant commence à s’installer, avec ses évidences que l’adulte, lui, ne questionne plus… à moins qu’il ne soit philosophe ou scientifique, bref « chercheur ». On notera en effet que le chercheur présente l’aptitude au fond infantile à s’obstiner à s’interroger sur ce qui semble aller de soi au commun des mortels.

Le chercheur, peut-on supposer, fut un enfant curieux. Surtout, il ne cède pas sur sa curiosité une fois devenu adulte, il n’y renonce pas et reconduit sa curiosité infantile. Mais l’adulte chercheur organise sa propre recherche avec des attendus culturels, alors que l’enfant semble seul face aux énigmes qui se révèlent à lui, tandis qu’il cherche des appuis et des auxiliaires chez les autres. De plus, le chercheur cherche les causes, l’enfant est encore largement immergé dans un monde magique, régi par le « principe de plaisir ». Mais il commence alors à avoir un pied dans la réalité dont il s’étonne et s’émerveille. Le « pourquoi ? » est donc un événement important, à la fois émouvant et dérangeant pour l’adulte. C’est pour l’enfant, il faut le souligner, une activité ludique et enjouée. Il joue avec ses « pourquoi ? », comme l’indique son intonation même. Il s’interroge sur les règles qui lui sont imposées, s’informant, de façon désinvolte, avant de contester.

L’ADULTE DESTINATAIRE SUPPOSÉ SAVOIR : LA « PAROLE D’ENFANT » Cette première hypothèse est exacte, mais ne fait encore que décrire. Les parents ont raison au fond d’être eux-mêmes perplexes face à cette frénésie de questions. Ils devinent que par cette escalade de « pourquoi ? », rebondissant

l’un sur l’autre, l’enfant les arraisonne personnellement. Il questionne sans cesse au-delà de ce que l’on peut lui répondre. Le « pourquoi ? » est en effet adressé. Les parents en sont les destinataires électifs. Le « pourquoi ? » de l’enfant vient brusquement trouer le régime commun du discours adulte. Ce discours exclut les questions gênantes ou trop pertinentes. L’adulte parle, il demande, il commande, il énonce des faits, et revoilà le « pourquoi ? » de l’enfant qui vient enrayer le processus – à croire que c’est le but de l’opération ! C’est la manifestation d’une parole d’enfant authentique, dont témoignent parallèlement ce que l’on appelle les « mots d’enfants ». L’éveil de la pensée de l’enfant a lieu à l’intérieur de la famille. Qu’est-ce que l’enfant attend donc de l’adulte, dont témoignent ses « pourquoi ? » D’abord, il le suppose pouvoir répondre, donc détenir les clés de ces énigmes, en être même le propriétaire naturel. Mais il va vite expérimenter que l’adulte supposé savoir « sèche », ☞ AGORA | VII

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☞ plus souvent qu’à son tour,

LA VÉRITABLE ÉNIGME POUR L’ENFANT, AU-DELÀ DE L’INFINIE DIVERSITÉ DES ÉNIGMES DU MONDE, EST L’ÉNIGME DES PARENTS MÊMES. Freud note que celles que l’on appelle « grandes personnes » sont mystérieuses pour l’enfant – plus que les animaux familiers dont il se sent plus intimement proche (au moins tant que les phobies d’animaux ne sont pas apparues). La véritable énigme pour l’enfant, au-delà de l’infinie diversité des énigmes du monde, est l’énigme des parents mêmes. Qui sont-ils au fond, que veulent-ils ? Ainsi l’enfant veut-il, inconsciemment mais effectivement, « tester » l’autre parental par ses « pourquoi ? ». Les parents sont les géniteurs, ceux qui ont donné la vie. Ils sont deux, donc marqueurs de la différence sexuelle. Voilà l’enfant engagé dans la traque, candide mais obstinée, des grands mystères de la vie, qui culminent dans la sexualité.

L’ENJEU ŒDIPIEN DU « POURQUOI ? » : LA QUESTION PREMIÈRE Ce « pourquoi ? » est compréhensible dans un contexte œdipien dont il signe la pré-émergence. Avec la confrontation au conflit désirant, moment obligé de la « psychosexualité », le jeu des « pourquoi ? » va révéler ses enjeux plus graves. Ce geyser de « pourquoi ? » dont l’enfant s’amuse va se polariser, avec le sérieux œdipien. Le « pourquoi ? » le plus général pourrait être « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Question métaphysique qui vise

l’être même. Et en effet la pensée de l’enfant a un tour métaphysique. Mais l’enjeu est pulsionnel, c’est le sexuel comme énigme qui est l’aiguillon de la curiosité. L’énigme de la naissance renvoie fatalement à celle du couple parental. L’être des autres autant que celui des choses qui est visé. D’ailleurs le père qui est sommé de répondre (puisqu’il est censé « tout savoir ») se présente vite comme l’enjeu d’une rivalité. Il polarise ce que l’on peut appeler « père-plexité » ! Un exemple en est le petit Hans, qui a la chance d’avoir un père particulièrement attentif, soucieux de prendre en compte chacune de ses questions et de ses angoisses, et pourtant la phobie se déclenche, prenant pour objet les chevaux. La phobie chez l’enfant se déclenche quand justement il réalise qu’il y a un « trou » dans le savoir de l’autre parental. Il « fait » une phobie pour adopter une posture, à la fois douloureuse et personnelle, face à ces énigmes. Il butte alors sur une question sans réponse, face à laquelle le père lui-même est défaillant, qui se trouve référée en psychanalyse au registre de la « castration ». Freud examine en effet l’explication qu’il convient de donner aux enfants dans le domaine sexuel, mais l’éducation sexuelle a ses limites. L’enfant, au-delà des réponses qu’on lui donne, se fait lui-même sa religion et il continue d’adorer en secret ses propres mythes.

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face à ces « colles » qu’il lui pose, innocemment. Il le met, par son « pourquoi ? », au pied du mur de son propre savoir. Cela ne signifie d’ailleurs pas qu’il sera immédiatement cruellement déçu de ne pas recevoir de réponse éclairante. Il poursuivra son enquête, mais c’est bien le premier choc face à la croyance parentale qui prendra sa portée dans l’après-coup. L’adolescent, lui, en sa crise de croyance parentale, ne demande plus « pourquoi ? », quoiqu’il soit miné de questions en son for intérieur, il émet des doutes et profère des critiques. D’un côté, la croyance en ses parents culmine dans ses « pourquoi ? », puisque l’enfant confirme le parent, par son adresse des questions, comme autorité intellectuelle habilitée à répondre ; d’un autre côté, c’est bien lui, l’enfant, qui prend l’initiative de la question, qui littéralement « demande des explications », en sorte que le parent est en position de devoir rendre des comptes, face à son enfant qui compte obtenir une réponse. Il cesse désormais d’être l’infans, celui qui ne parle pas. C’est le locuteur d’une parole interrogative. On commence à entrevoir que le « pourquoi ? », qui en apparence vise d’abord la réalité, se trouve viser fondamentalement l’autre. Autrement dit, l’autre parental n’est pas seulement le destinataire de la question et le partenaire de la communication, c’est l’objet même de la curiosité. C’est en cette seconde explication que la psychanalyse est requise pour fournir un éclairage distinctif.


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© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Jacques Faujour ; © ADAGP, Paris, 2012.

L’ENFANT THÉORICIEN : DU « POURQUOI » AU « COMMENT » En avançant en âge, l’enfant ne se contente pas de demander, il élabore ses réponses, à la fois fantaisistes et logiques, ce que Freud désigne comme « théories sexuelles infantiles ». C’est en examinant ces théories que l’on peut progresser dans le contenu du « pourquoi ? ». Au-delà de l’indéfinie litanie de questions, émergent en effet des problèmes fondamentaux. On passe du pourquoi, interrogation sur les causes et les fins, au comment, adverbe désignant la manière dont une action ou fait se présente et, en conséquence, sur les conditions dans lesquelles un processus peut avoir lieu. Freud, pour écrire Les théories sexuelles infantiles, s’appuie sur l’observation directe des enfants, la communication des adultes en analyse ainsi que sur les enseignements de la pratique psychanalytique. Dans un premier temps, on l’a vu, les parents sont épargnés par cette enquête, l’enfant ne se tracasse pas sur le masculin et le féminin d’emblée puisque papa = homme et maman = femme. Le point de départ de la curiosité et de l’enquête de l’enfant porte sur la question : « d’où viennent les enfants ? » Question posée par l’enfant, donc visant sa propre origine, celle de ses frères et sœurs à l’occasion, mais au-delà la question de la génération.

POUR ALLER PLUS LOIN Le Métafizyx (1950), huile sur toile, Jean Dubuffet. Musée national d’Art moderne, centre Georges Pompidou, Paris.

Trois théories sont alors forgées et examinées. 1. La théorie de l’universalité phallique : « attribuer à tous les humains, y compris les êtres féminins, un pénis ». 2. La théorie cloacale de la naissance : « l’enfant doit être évacué comme un excrément, une selle ». 3. La théorie de la conception sadique du coït, l’enfant se représentant l’acte sexuel sur le modèle sadique-anal, comme une violence de l’homme (père) sur la femme (mère). Ces théories, malgré leur caractère hautement fantaisiste, possèdent

EN AVANÇANT EN ÂGE, L’ENFANT NE SE CONTENTE PAS DE DEMANDER, IL ÉLABORE SES RÉPONSES.

un puissant noyau de vérité, puisqu’issues de l’expérience pulsionnelle de l’enfant et tendent activement à la résolution du problème. En complément, Freud mentionne la théorie orale de la gestation, fréquente chez les filles, selon laquelle l’enfant naît du baiser. Or ce n’est pas un hasard si la rage du « pourquoi ? » apparaît chez l’enfant au moment où il connaît un tournant de sa vie libidinale et sociale. C’est le moment où, comme on dit, on lui demande « d’être propre », c’est-à-dire de contrôler son sphincter. C’est la fin de « l’ère des couches », qui le fait entrer dans le lien social. Il est alors directement confronté à la demande parentale, notamment maternelle, de « donner » quelque chose, le produit de ses exonérations, ☞ AGORA | IX

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pubertaires. L’anorexique se pose sans cesse la question « pourquoi manger ? ». Ce qui questionne, là encore, la demande maternelle et l’amour qui en est l’enjeu. La théorie infantile aura eu le mérite de faire passer du « pourquoi ? » au « comment ? ». L’enfant imagine en effet des scénarios mythiques précis pour expliquer ce qui se passe, ce qu’il ne peut comprendre. La « mentalité magique » de l’enfant fait qu’il vit dans un monde « animiste » où tout est animé et « finalisé ». Il est alors à la frontière d’un monde de signes et d’un univers de causes. De plus le « pourquoi ? » polarise, à bien y regarder, une incertitude précieuse. C’est la fonction du « roman familial », cette rêverie par laquelle l’enfant s’imagine que ses parents ne sont pas les siens, qu’il est issu d’une noble lignée, puis, si sa mère est « certissime », qu’il est peut-être l’enfant d’un père noble qui a séduit et abandonné sa mère. Cette « fiction » fantasmatique permet de jouer avec l’idée d’une autre filiation, ce qui lui permet de « donner du jeu » à son destin œdipien. Pouvoir douter, en fantasme, du père réel, permet paradoxalement de s’inscrire symboliquement dans sa filiation.

LE « POURQUOI ? » EXPRESSION DE LA DEMANDE Cela dégage l’espace pour un troisième niveau d’explication : le « pourquoi » de l’enfant prend

sa dimension dans la demande, en sa portée inconsciente. Jacques Lacan va donner une réponse plus complexe et subtile, qui mérite l’examen et peut être entendue plus aisément une fois que l’on a clarifié l’explication freudienne. Si l’enfant demande « pourquoi », c’est, dit-il, « pour satisfaire à ce qu’il suppose que l’Autre voudrait qu’il demande ». Ainsi le « pourquoi ? », dont on a pourtant vu qu’il était l’expression de l’autonomie de l’enfant, serait pris dans la demande de l’Autre, entendons ici l’Autre parental (Lacan l’écrivant avec une majuscule pour signifier son rôle d’instance). C’est au fond une complaisance. Cela signifie que l’enfant commence à s’éprouver capturé dans la demande qui lui est adressée. On pourrait en conclure que l’enfant demande « pourquoi » parce qu’il suppose que l’Autre parental justement voudrait qu’il demande. Cela semble infirmé par le double fait que l’enfant est bien l’initiateur et le « demandeur » et que les autres parentaux, on l’a rappelé, sont plutôt encombrés par cette demande harcelante. Mais ce que veut dire Lacan, c’est que le « pourquoi ? » fébrile de l’enfant atteste qu’il est désormais « indexé » à la parole de l’Autre. Cette prise de parole questionnante est une façon de se débattre avec cette prise dans la parole de l’Autre. C’est alors en effet que se forme le rudiment du « surmoi », cette instance interne

POUVOIR DOUTER, EN FANTASME, DU PÈRE RÉEL, PERMET PARADOXALEMENT DE S’INSCRIRE SYMBOLIQUEMENT DANS SA FILIATION. X | AGORA

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de son corps qui lui semblent intéresser la mère, soucieuse de sa « propreté ». Là peuvent s’organiser des résistances ou des « chantages » : lâcher ou pas le « cadeau ». Là aussi se décide une question adressée aux parents : « Pourquoi veux-tu que je fasse, que je te donne ça ? » Question que l’enfant ne peut évidemment pas poser clairement, mais qui se déplace en une foule d’autres. De plus des constipations par exemple viennent témoigner de la résistance ou de la perplexité de l’enfant face à cette demande maternelle. La « théorie cloacale » rejoint cette préoccupation anale. Le refus de la nourriture ou la résistance face à la nourriture vient aussi signer la question sous-jacente : « Pourquoi veux-tu que je mange ? » Le besoin biologique de manger chez l’enfant vient se compliquer par ce jeu avec la demande maternelle – ce que l’on retrouve dans les anorexies

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☞ c’est-à-dire ses excréments, produits


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ON PEUT S’ÉTONNER QU’UNE QUESTION AUSSI SIMPLE RÉVÈLE UN TEL MONDE DE COMPLEXITÉ. qui intériorise les commandements parentaux. Ce qui rend compte de sa fébrilité à demander lui-même, pour faire à la fois miroir et riposte à la demande pressante dont il est l’objet de la part des parents qui exigent beaucoup. Il s’agirait en fait, ajouterons-nous, d’un double jeu. D’une part, l’enfant interrogateur défie l’autre avec ses « pourquoi ? » intempestifs ; d’autre part, il s’inscrit avec ses mêmes « pourquoi ? » dans l’ordre de la demande. On comprendrait pourquoi l’enfant, pris dans le piège du langage et de la demande de l’Autre, ressent cette compulsion à poser des questions. C’est pourquoi… « le pourquoi ? » accompagne de près l’entrée dans le langage. Le « parlêtre », comme l’appelle Lacan – l’être de parole – est à la fois demandeur et récepteur de la demande de l’autre. Le conditionnel est néanmoins important dans la formule de Lacan. Il s’agirait de satisfaire non la demande de l’autre, mais ce que lui, l’enfant suppose que l’Autre parental « voudrait » qu’il demande. Il essaie ainsi de se conformer à l’attente, tout en se créant un espace « respirable ». L’enfant est en effet angoissé par la parole parentale qui lui est adressée, d’où sa question tacite : « qu’est-ce qu’il (elle) veut, quand il (elle) me dit ça ? » Il est éminemment soucieux de complaire aux parents – en ayant des bonnes notes à l’école, notamment. Quand il interroge,

il commence à se dégager de cette tutelle, tout en tournant lui-même dans le cercle du langage. Cela reste donc une initiative de l’enfant comme sujet, mais qui cherche à se positionner par rapport à la demande parentale dont il sent, dont il sait désormais qu’elle le vise. Le vrai sens du « pourquoi ? » serait à l’adresse des parents : « Dis-moi ce que tu veux, ce que tu voudrais que je te demande » Poussés à bout, les parents pourraient rétorquer : « Que veux-tu que je te dise ? ! » C’est un intense dialogue de sourds ! On comprend en quoi ce moment est historique dans le devenir de l’enfant. Il prend date dans son avènement comme sujet en référence à « ses autres ». On peut s’étonner qu’une question aussi simple révèle un tel monde de complexités. C’est que « l’enfant est le père de l’homme », rappelle Freud à la suite du poète anglais William Wordsworth, il détient donc les clés du monde inconscient. Quand, enfants grandis, nous nous demandons « pourquoi ? », nous réactivons ainsi à notre insu l’interrogation première de l’enfant que nous avons été. Il s’agit de l’écho de la même énigme, que l’adulte réactivera éventuellement en faisant une analyse. C’est depuis le savoir de l’inconscient que cet événement prend toute sa dimension. Là où son « pourquoi ? » d’enfant était, le sujet a, toute sa vie, à ré-advenir. •

À LIRE POUR ALLER PLUS LOIN › Sigmund Freud Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905 ; Les explications sexuelles données aux enfants, 1907 ; Les théories sexuelles infantiles, 1908 ; Le roman familial des névrosés, 1909. Voir l’analyse de ces textes dans : Dictionnaire des œuvres psychanalytiques, Paul-Laurent Assoun, éditions des Presses Universitaires de France, 2009. › Jacques Lacan, Les non dupes errent, Séminaire, séance du 9 avril 1974. › Paul-Laurent Assoun Leçons psychanalytiques sur Masculin et féminin, Economica, « Poche psychanalyse », 2005 ; Psychanalyse, éditions des Presses Universitaires de France, collection Quadrige, 2007 ; Lacan, éditions des Presses Universitaires de France, collection Que sais-je, 2009. AGORA | XI

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Le bon côté de l’ignorance Depuis toujours la connaissance est valorisée tandis que l’ignorance serait un manque. Mais cette dernière peut également être un moteur qui nous pousse à découvrir et à apprendre.

Ancien élève de l’École Normale Supérieure (Saint-Cloud), agrégé de philosophie, Roger-Pol Droit est chercheur au CNRS (histoire des doctrines de l’Antiquité), directeur de séminaire à Sciences Po et membre du Comité National Consultatif d’Éthique pour les sciences de la vie. Il est également chroniqueur au Monde, au Point, aux Échos, à Clés. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, dont plusieurs sont traduits dans le monde entier. www.rpdroit.com

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avoirs, sciences, acquis théoriques ou pratiques, voilà ce qu’on doit posséder. L’ignorance est considérée comme une privation, un défaut de savoir, une absence stérile. Elle est liée à l’impuissance, évoque une existence restreinte, aux horizons limités. Ce découpage est ancien, et même antique : les philosophes, dès qu’ils apparaissent, semblent soutenir qu’il est bon de savoir et mal d’ignorer. Dès qu’on y regarde de plus près, ce n’est pas si simple. Le terme même de « philosophie » montre que le jeu est plus compliqué. En effet, ce mot signifie bien « amour » (philô, en grec ancien, veut dire « j’aime », à peu près comme like) de la « connaissance » (sophia : le terme nomme à la fois « savoir » et « sagesse »), mais il implique aussi que l’on ne détienne pas encore ce savoir qu’on aime. On le cherche, le désire, le poursuit parce qu’en réalité… on ignore !

QUAND SOCRATE DÉCLARE : « TOUT CE QUE JE SAIS, C’EST QUE JE NE SAIS RIEN » IL EXPRIME AINSI UN DÉSIR DE TOUT SAVOIR. Socrate a vu cela clairement, l’ignorance possède deux versants. D’un côté, une ignorance qui s’ignore elle-même. Le nourrisson ne sait pas lire et ne sait même pas qu’il n’en sait rien. De l’autre côté, une ignorance qui sait qu’elle ignore : l’enfant sait qu’il ne sait pas lire et, du coup, désire apprendre. Quand Socrate déclare « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien », il exprime ainsi un désir de tout savoir, de chercher à tout comprendre. Tel est le bon côté de l’ignorance. Quand elle devient consciente d’elle-même, elle se transforme en volonté d’apprendre. Il y a de longs siècles que cela a été dit et répété, mais nous sommes aujourd’hui enclins à l’oublier.

Car nous croulons sous les connaissances, les expertises, les banques de données. Individuellement, nos savoirs demeurent inévitablement restreints, mais nous savons que d’autres savent, que les données sont disponibles à l’infini. Nous risquons donc de perdre le bon côté de l’ignorance, son pouvoir incitatif, son rôle moteur. J’ai proposé naguère de définir les philosophes comme les « gardiens de l’ignorance ». Il ne s’agit pas, cela va de soi, de les transformer en défenseurs de l’obscurantisme ni en ennemis du savoir. Mais, contre l’arrogance des experts, contre la suffisance de ceux qui croient détenir toutes les réponses, un rôle majeur des philosophes ☞

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RUBRIQUE DIRIGÉE PAR ROGER-POL DROIT

N’OUBLIONS PAS QUE PLUS S’ACCROISSENT LES SCIENCES, PLUS L’ÉTENDUE DE CE QU’ON IGNORE AUGMENTE, AU LIEU DE DIMINUER. ☞ est d’être à présent des éveilleurs

Dans son dernier ouvrage Roger-Pol Droit nous invite à réaliser des expériences insolites : débrancher le téléphone, faire silence à plusieurs, mixer des proverbes… L’étonnement n’est-il pas l’origine de la philosophie ? Petites expériences de philosophie entre amis, aux éditions Plon.

d’ignorance. Il leur appartient d’ouvrir des lacunes au lieu de les combler, de rappeler de manière incessante que nos savoirs ont des limites, et que c’est là une bonne chose. Seule cette ignorance entretenue, aiguisée, nous fait continuer à penser et à découvrir. N’oublions pas que plus s’accroissent les sciences, plus l’étendue de ce qu’on ignore augmente, au lieu de diminuer, parce qu’on comprend de mieux en mieux ce qu’on ne sait pas encore, comme ce qu’on ne saura peut-être jamais. Imagine-t-on qu’un jour on fermera tous les laboratoires, on arrêtera les recherches, parce que tout, absolument tout, sera connu ? L’ignorance vaincue, définitivement, ce serait la fin… de l’humanité. Pour mieux le comprendre, je vous propose deux petites expériences.

LE JEU DES TROIS LISTES Prenez trois feuilles de papier. Si vous voulez poursuivre plus longtemps, choisissez trois petits carnets, mais rien ne vous y oblige. Avec ce matériel, vous allez constituer trois listes. La première devra rassembler, du moins en principe, tout ce que vous savez. Depuis votre date de naissance jusqu’aux prénoms de vos amis, en passant par la conjugaison du verbe être et la recette que vous préférez.

Évidemment, vous vous rendez compte aussitôt que cette liste peut être démesurément longue. En fait, vous ne parviendrez jamais au bout. Mais vous concevez qu’il soit possible d’y arriver, car cette liste, même si elle peut être immense, n’est pas infinie. L’ensemble de tout ce que vous savez peut être décrit. La situation est beaucoup moins simple avec la deuxième liste, qui devra énumérer tout ce que vous ne savez pas. La situation se complique, parce que la totalité des choses que vous ignorez se révèle infinie et paradoxale. Pour constituer cette liste, vous devez savoir ce que vous ne savez pas… sinon l’élément ignoré ne peut même pas être identifié. Mais si vous constatez, par exemple, que vous ne savez pas le nom de la capitale du Mozambique, devez-vous le mentionner dans cette deuxième liste, ou bien dans la première, puisque vous savez, en fait, que ce nom vous manque ? La dernière liste devra mentionner uniquement ce que vous pensez que personne ne sait. Vous vous apercevrez vite qu’elle est très courte : le pourquoi de la vie, ce qui se passe après la mort, peut-être ce qui arrivera dans une heure ou dans mille ans. Méditer les questions que soulèvent ces trois listes. Leur constitution, leur comparaison, sont le point de départ possible d’un vrai voyage philosophique.

ET SI ON SAVAIT TOUT ? Pour constater encore autrement que l’ignorance possède un bon côté, essayez d’imaginer ce que serait la vie si, soudain, on savait tout. Tout, absolument tout, et dans tous les domaines : le fonctionnement des particules comme les accidents de demain, l’origine du monde et les maladies à venir de nos proches, l’enfance de nos ancêtres et l’heure de votre mort. Il ne vous faudra pas longtemps pour entrevoir que l’existence deviendrait effroyable, en tout cas si profondément différente de celle que nous « connaissons », si l’on peut dire, grâce à notre ignorance. En fait, nous avons vitalement besoin de ne pas savoir mille choses essentielles. Et, même si nous rêvons sans cesse de percer l’énigme du monde et les secrets de l’avenir, il est indispensable qu’ils nous résistent. Il ne s’agit évidemment pas de refuser de savoir, d’abandonner ce projet de connaître le plus possible qui est fondamental pour l’esprit humain. Mais, en imaginant à quel point serait invivable l’avènement d’une connaissance intégrale, il est possible de prendre conscience que le versant où nous sommes, celui où l’on ne sait ni pourquoi nous sommes là, ni ce qui arrivera demain, ou même dans l’heure suivante, est finalement bien plus habitable que le savoir absolu. •

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