Le silence est d'or

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LE SILENCE 2001: ODISSEA EST D’OR NELLO SPAZIO GIULIO D’AMICONE ROBERTO LASAGNA

di

STANLEY KUBRICK DE RENÉ CLAIR

« Ho ça paura, » « Vous aimez quand finit David bien, Mademoiselle ?»



LES MEILLEURS FILMS DE NOTRE VIE Collection dirigée par Enrico GiacovElli


LE SILENCE EST D’OR de

RENÉ CLAIR

GIULIO D’AMICONE


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LE SILENCE EST D’OR DE RENÉ CLAIR

Nom

Chomette

Prénom

René

Nom de scène Né le À

11 novembre 1898

Paris (France)

Mort le À De

René Clair

15 marzo 1981

Neuilly-sur-Seine infarctus

Enterré à

Cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine


LA CARTE D’IDENTITÉ DU RÉALISATEUR

Filmographie en France : Muets : Entr’acte, 1924 Paris qui dort, 1924 Le Fantôme du Moulin-Rouge, 1925 Le Voyage imaginaire, 1926 La Proie du vent, 1927 Un chapeau de paille d’Italie, 1927 Les Deux Timides, 1929 La Tour, 1928 sonores : Sous les toits de Paris, 1930 Le Million, 1931 A nous la liberté, 1931 Quatorze juillet, 1933 Le Dernier Milliardaire, 1934 EN GRANDE-BRETAGNE : Fantôme à vendre (The Ghost Goes West, 1935) Fausses nouvelles (Break the News, 1938) aux etats-unis : La Belle Ensorceleuse (The Flame of New Orleans, 1941) Ma femme est une sorcière (I Married a Witch, 1942) Et la vie recommence (Forever and a Day, 1943), ep. «1897» C’est arrivé demain (It Happened Tomorrow, 1944) Les Dix Petits Indiens (And Then There Were None, 1945) en France : Le Silence est d’or, 1947 La Beauté du diable, 1950 Les Belles de nuit, 1952 Les Grandes Manœuvres, 1955 Porte des lilas, 1957 La Française et l’amour, 1960, ép. « Le mariage » Tout l’or du monde, 1961 Les Quatre Vérités, 1962, ép. « Les deux pigeons » Les Fêtes galantes, 1965

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LE SILENCE EST D’OR DE RENÉ CLAIR

LE SILENCE EST D’OR (Le Silence est d’or, 1947)

réalisation : René Clair ; SUJET ET SCÉNARIO : René Clair ; PHOTOGRAPHIE : Armand Thirard (noir et blanc) ; OPÉRATEUR : Alain Douarinou ; MUSIQUE : Georges Van Parys (chanson leitmotiv : Pour les amants, c’est tous les jours dimanche) ; SON : Antoine Archimbaud ; MONTAGE : Louisette Hautecœur, Henri Taverna ; DÉCOR : Léon Barsacq, Guy de Gastyne ; COSTUMES : Christian Dior, René Decrais ; ASSISTANT-RÉALISATEUR : Pierre Blondy. interprètes et personnages : Maurice Chevalier (Emile Clément, le réalisateur), François Périer (Jacques Francet), Marcelle Derrien (Madeleine Célestin), Roland Armontel (Célestin, son père), Dany Robin (Lucette), Paul Ollivier (le comptable), Raymond Cordy (Le Frisé, assistant de bureau), Gaston Modot (Gustave, l’opérateur), Max Dalban (Cricri, machiniste), Jean Daurand (Alfred, machiniste), Albert Michel (Zanzi, machiniste), Albert Broquin (machiniste), Frédéric Mariotti (machiniste), Cécile Didier (la costumière), Jane Pierson (Rose, la femme de chambre d’Emile), Robert Pizani (l’associé Duperrier), Bernard Lajarrige (Paulo), Paul Demange (le sultan de Socotra), Pierre Duncan (le Grand Vizir), Georges Bever (le ministre), Christiane Sertilange (Marinette, la fiancée de Célestin), Léon Pauléon (danseur), Ribour (danseuse), Zélie Yzelle (la fleuriste), Raymond Destac (l’associé entrepreneur), Paul Faivre (le cocher), Maud Lamy (la dame dans le bus), Marcel Charvey (le contrôleur), Philippe Olive (policier), Sylvain (un passant), Harry-Max (un spectateur), Danielle Godet (une spectatrice).


LA CARTE D’IDENTITÉ DU FILM

origine : France / Etats-Unis. production : René Clair, Robert Pirosh et Adrien Remaugé pour Pathé Cinéma et RKO. tournage : Studios Pathé, Paris. distribution : Pathé Consortium Cinéma. présentation en avant-première pour la presse : 14 mai 1947 (Paris, salle Victor Hugo). première projection publique : 21 mai 1947 (Paris, cinémas Marignan et Marivaux). première projection italienne : 5 mai 1949. durée cinematographique : 94 minutes. Format : 1.37:1 (35mm).

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LE SILENCE EST D’OR DE RENÉ CLAIR

Maurice Chevalier – Emile Clément

Marcelle Derrien – Madeleine Célestin

François Périer – Jacques Francet


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LA CARTE D’IDENTITÉ DU FILM

Dany Robin – Lucette

Roland Armontel – Célestin

Gaston Modot – Gustave

Raymond Cordy – Le Frisé


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LE SILENCE EST D’OR DE RENÉ CLAIR

synopsis Une bonne intrigue doit pouvoir être racontée en quelques phrases.

RENÉ CLAIR, 1950

Un carnaval parisien pluvieux en 1906 : des visiteurs frigorifiés errent dans une fête foraine. À l’intérieur d’un baraquement qui affiche l’inscription THEATRE CINEMATOGRAPHIQUE, on projette un film muet accompagné d’un excellent orateur et d’un pianiste, mais une fissure dans la bâche laisse entrer la pluie. Le réalisateur Emile Clément (MAURICE CHEVALIER), qui n’est plus très jeune, propose de protéger une dame avec son parapluie, mais face au regard de son mari, il préfère abandonner et sort. Il rencontre une femme seule et lui propose de l’accompagner pour voir le défilé de chars. Précédée de soldats à cheval, la parade du carnaval est filmée par un opérateur (Gaston MODOT) en compagnie du jeune Jacques (FRANÇOIS PERIER). Ce dernier aperçoit son amie, Lucette (DANY ROBIN), parmi les masques sur un char et échange quelques boutades avec elle. L’enseigne des ATELIERS DU CINEMATOGRAPHE FORTUNA que nous voyons tout de suite après, est aussitôt brisée par un charretier, précisément à la hauteur du mot « Fortuna ». À l’intérieur du studio, Jacques présente Lucette au réalisateur. On tourne : Lucette a eu le rôle d’un ange. Le célèbre producteur - dont Lucette deviendra bientôt la maîtresse, abandonnant le jeune Jacques -, suit le tournage. Emile décide alors de donner une leçon au jeune homme éploré, et à bord d’un omnibus, il lui montre comment séduire une dame avec délicatesse, puis il l’accompagne au théâtre, où ils rencontrent le fantaisiste Célestin (ROLAND ARMONTEL), un acteur de troisième ordre qui leur apprend la mort de sa femme : la nouvelle attriste Emile, qui avoue au jeune homme avoir autrefois aimé la victime. Nous verrons en effet qu’il conservera chez lui une photo d’elle. Jacques part pour le service militaire pendant environ un mois. Le soir de son départ, la jeune Madeleine (MARCELLE DERRIEN), fille de Célestin et de l’ancien amour d’Emile, attend ce dernier devant sa maison et après quelques objections, obtient l’hospitalité pour la nuit. Bien que son père lui ait envoyé un télégramme l’exhortant à le rejoindre, Madeleine refuse : elle veut devenir actrice comme sa mère, qui autrefois a joué aux côtés d’Emile. Plus tard, alors que la jeune fille et le directeur sont assis à une table de café en terrasse, un imprésario peu fiable lui offre un emploi, mais Emile l’encourage à refuser. Le lendemain, il la présente à la troupe et recommande à tous les membres de la respecter : c’est le début de la carrière de Madeleine. Jacques revient du service militaire et est immédiatement réengagé par Emile. Quittant le studio, il monte dans le bus, rencontre Madeleine sans savoir qui elle est et lui fait la cour, en prononçant les mots que son maître


LA CARTE D’IDENTITÉ DU FILM

en matière de cour et ami lui a appris. Dans la soirée, Jacques et Madeleine dînent ensemble, puis se rendent dans une salle de bal, et la leçon de séduction « façon Emile » porte rapidement ses fruits : les deux jeunes gens sont à deux doigts de passer la nuit ensemble. Le lendemain matin, Jacques rend compte de sa soirée à Emile, lequel, ignorant qui est la jeune fille, le félicite et l’encourage à aller plus loin. Peu de temps après, lors du tournage d’un film réalisé par Clément, les deux jeunes gens se reconnaissent, étonnés, sur le plateau. Plus tard, Emile, qui n’est pas au courant de la situation, accompagne Jacques à son rendez-vous avec Madeleine, jusqu’à la porte de la maison du jeune homme. Madeleine est en haut, en train de l’attendre, mais les deux jeunes gens, bien que très amoureux, se disputent, car Jacques a appris qu’Emile était également amoureux de Madeleine. Le jeune homme ne veut pas trahir son meilleur ami, mais il n›arrive pas non plus à cacher ses sentiments envers la jeune fille. Le lendemain, alors que la troupe le surprend à parler avec Madeleine, Jacques est contraint par ses collègues d’avouer la vérité à Emile, lequel réagit violemment en se blessant à une main. Madeleine quitte l’appartement du réalisateur, où elle avait séjourné jusque-là, dans une pièce séparée et sous le contrôle de la femme de service. Le producteur vient d’annoncer la visite imminente du richissime sultan de Socotora, mais Emile n’a pas l’air enthousiaste : il a d’autres soucis en tête. Il se rend au théâtre de variétés où il était déjà allé avec Madeleine, puis à la terrasse du café qu’ils fréquentaient ensemble : il y rencontre Jacques ivre et, s’apitoyant sur son sort, il décide de l’héberger pour la nuit. Célestin, sur le point de repartir en tournée, tente une nouvelle fois de confier la jeune fille à la surveillance d’Emile. Celle-ci, résignée, se dit prête à accepter et même à l'épouser. Mais Emile a désormais compris que Madeleine ne l’aimait pas et cette fois-ci il s’efface. On assiste à un défilé militaire comme au début, en l'honneur de l'arrivée du sultan dans les studios. On tourne, en sa présence, la scène finale du mélodrame Passion d’Orient, interprétée par Jacques et Madeleine. Bien entendu, le film dans le film paraphrase l’histoire du film, avec les deux jeunes gens qui s’aiment et qui sont obligés de se quitter de façon dramatique à cause de l’ancien mari de la jeune femme. Mais le sultan proteste contre cette fin tragique et Emile la modifie sur le champ : le vieil homme va permettre aux deux jeunes gens de s’unir en s’effaçant, et c’est exactement ce que fait Emile vis-à-vis de Jacques et Madeleine, en prenant conscience du fait que le temps de l’amour fou est révolu pour lui. Les grandes passions sont faites pour les jeunes. Quelque temps plus tard, la Passion d’Orient est projeté, dans la version qui se termine bien, dans la même salle de cinéma qu’au début. Emile voit près de lui une belle femme, qui n’est pas Madeleine, et, en regardant le film, il pose une main sur son épaule puis ils se sourient. « Vous aimez quand ça finit bien, mademoiselle ? ». « Oh oui, monsieur ». « Moi aussi ».

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INTRODUCTION

La première fois avec Le Silence est d’or Bien qu’étant une des rares personnes de ma génération à être parvenu à voir des classiques comme La Chevauchée fantastique ou Sueurs Froides en salles (je veux bien sûr dire en deuxième ou troisième visionnage), en ce qui concerne Le Silence est d’or, mon expérience a été exclusivement télévisée. La première fois, je fus particulièrement attiré par la beauté de la scène finale, par le ton plein de civilité avec lequel le vieil homme admet sa défaite et accepte la souffrance (l’œuvre tout entière de René Clair pourrait sans doute être qualifiée de hurlement étouffé : le chagrin d’amour est l’un de ses thèmes récurrents). Lorsque le film fut rediffusé, je m’empressai d’insérer une cassette dans mon magnétoscope : je n’eus aucune raison de le regretter, car depuis ce jour je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup de duplicatas1, et les quelques admirateurs de René Clair qui vivent en Italie attendent toujours une version originale sous-titrée en DVD ou en Blu-ray2. 1

Une version en langue originale sous-titrée a été transmise en Italie par Risat Cinema World il y a une dizaine d’années [N.d.C.] 2

Il faut toutefois dire que le doublage italien (les voix principales sont celles de Augusto Marcacci, Rosetta Calavetta et Adolfo Geri) est assez fidèle et que l’adaptation respecte à peu près le texte d’origine avec quelques petites différences (par exemple, dans la dernière scène, Emile aborda la fille dans la salle en la tutoyant alors qu’en français il la vouvoie).


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Pourquoi n’existe-t-il pas de censure contre l’imbécillité, tout comme il existe des lois interdisant le commerce de l’absinthe ou de la drogue ? RENÉ CLAIR, 1932 Pour moi, ce fut un tel coup de foudre, que je ne pus m’empêcher de me lancer à la recherche des autres œuvres du réalisateur (une recherche qui, pour certains titres, s’est avérée très difficile). Bien que défini par Giorgio Gosetti et Cristina Bragaglia comme « l’un des piliers de l’histoire du cinéma »3, et ayant fait l’objet d’une rétrospective complète proposée par le festival du film Bergamo Film Meeting en 2008, le réalisateur parisien attend toujours une réévaluation. Aucun de ses films n’a jamais souffert de problèmes de censure, et cet élément a peut-être joué en sa défaveur. Je veux dire par là que souvent le scandale peut s’avérer fructueux, aussi bien au présent que dans le futur (voir Buñuel ou Bertolucci). Dans tous les cas, le fait d’avoir réalisé cette recherche m’a apporté de grandes satisfactions et, d’une certaine façon, une déception partielle. Si certains films de Clair tournés hors de France ne peuvent être qualifiés de totalement réussis, Le Silence est d’or, Entr’acte et Le million comptent certainement parmi les œuvres d’art les plus importantes du XXe siècle. Pour parler brièvement de toute l’œuvre de René Clair, on peut affirmer – comme je l’ai fait dans mon étude précédente4 – que les propositions du metteur en scène sont toujours « linguistiques », même dans les cas où l’on peut et l’on doit parler de réalisme.

3

Nuovo dizionario della storia universale del cinema – II. Gli autori, Editori Riuniti, Rome 1996, vol. I, p. 260.

4

Giulio d’Amicone, René Clair, il sorriso al cinema, Falsopiano, Alessandria 2010


INTRODUCTION

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À l’exception de quelques séquences de Tout l’or du monde (1961) et de quelques autres films, il n’y a pas de véritables scènes extérieures dans son cinéma : lorsque René Clair tourne quelques scènes de rues, il y a toujours une reconstitution en studio, construite et éclairée de manière à être immédiatement reconnaissable en tant que telle. Dans Le Silence est d’or, par exemple, les scènes à la terrasse du café n’ont pas grand-chose « d’extérieur ». D’autre part, l’ironie de fond omniprésente chez le réalisateur se manifeste même dans les cas les plus sérieux, comme le meurtre qui clôt Porte des Lilas (1957). C’est un jeu continu entre réalité et représentation, presque un défi lancé au spectateur, et Le Silence est d’or représente l’exemple le plus flagrant de ce défi.


Après son exil volontaire en Amérique, René Clair revient dans son Paris bien-aimé pour y réaliser le film qui, selon certains, constitue le point culminant de son art. Dans un rappel constant à des sources littéraires, musicales et cinématographiques, Le Silence est d’or, situé au début du XXème siècle, est l’histoire à la fois tendre et cruelle d’un réalisateur, un Don Juan plus très jeune (Maurice Chevalier, qui signe ici la meilleure interprétation de sa carrière) contraint de renoncer à la jeune fille dont il est amoureux au profit d’un jeune acteur qui se trouve être aussi son meilleur ami. « Un chant mélancolique sur la vieillesse qui approche » (Sadoul), mais aussi un hommage au cinéma muet des débuts et à l’art de la comédie, qui peut nous consoler de toute mélancolie. Cet essai examine le film scène par scène (parfois plan par plan, s’agissant d’un réalisateur pour qui aucun détail n’était fortuit) et est accompagné de commentaires de René Clair sur son film et sur le cinéma en général, d’une riche anthologie d’articles et d’essais, d’époque et récents, et des images les plus importantes d’un film qui, autrefois, était considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma et qui est aujourd’hui injustement oublié.

TTC

18,00 ¤ ( . . )

GIULIO D’AMICONE, né à Bologne, a publié divers essais de cinéma (de L’uomo che uccise Liberty Valance a René Clair : il sorriso al cinéma et Vamos! Il western italiano oltre Leone). En 2013 il s’est également fait remarquer avec son roman La Musa. Uno Svelamento, auquel ont succédé Crepe nel muro et Attenti al gradino.

ISBN 978-2-36677-209-8