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<< INTRODUCTION

p3

I < CONTEXTES

p7

1_ HISTOIRE

p8

PLAN DU MEMOIRE / QUELLE ETAIT VERTE MA VALLEE !

. LA PREMIERE UTILISATION DES EAUX DU GIER : L’AQUEDUC ROMAIN . DES EAUX PREDISPOSEES A L’INDUSTRIE TEXTILE . A PARTIR DU XIII° SIECLE, LES PREMICES . LE TOURNANT, LA FIN DU XVIII° SIECLE . DEVELOPPEMENT ET APOGEE . LE DECLIN . BILAN

2_ GEOGRAPHIE / TOPOGRAPHIE

p16

. RELIEF ET TOPOGRAPHIE . CLIMAT

II < DIAGNOSTIC TERRITORIAL

p50

1_ LES ACTEURS DU TERRITOIRE

p51

I I I < L E PA R C D E S DELAISSES

p60

. LA VALLEE DU GIER . DE GRANDS AXES DE COMMUNICATION, UNE GEOGRAPHIE CONTRAIGNANTE

3_ SITUATION ECONOMIQUE ET SOCIALE

p22

. LE RESEAU PATRIMOINE / PATRIMOINE INDUSTRIEL DE SAINT-ETIENNE ET SES QUATRE VALLEES

. UNE INDUSTRIE DE SOUS-TRAITANCE, UN MANQUE D’ATTRACTIVITE

. LA DIRECTION DEPARTEMENTALE DE L’EQUIPEMENT DE LA LOIRE (DDE)

. IMAGE ET ATTRACTIVITE DE LA VALLEE DU GIER : UN DEFI POUR L’AGGLOMERATION STEPHANOISE

. L’ETABLISSEMENT PUBLIC FONCIER DE L’OUEST RHONE-ALPES (EPORA)

. VERS UNE DISPARITE SOCIALE ET SPATIALE GRANDISSANTE DECROISSANCE URBAINE EN FOND DE VALLEE ET EXPANSION PAVILLONAIRE SUR LES COTEAUX . LA NON-ATTRACTIVITE RESIDENTIELLE MOTEUR DU DECLIN DEMOGRAPHIQUE

4_ ORGANISATION UNIDIRECTIONELLE EST-OUEST HISTORIQUE ET STRUCTURANTE p27 . UNE PENETRANTE VERS LE MASSIF CENTRAL / LIGNE DE PARTAGE DES EAUX . DE LA VOIE ROMAINE A L’AUTOROUTE A47, UNE RICHE HISTOIRE DES RESEAUX ET INFRASTRUCTURES

. SAINT-ETIENNE METROPOLE

01_ PAYSAGE INTERTITIEL / GENESE ET POTENTIEL p69 DES DELAISSES

2_ LA DIRECTIVE TERRITORIALE D’AMENAGEMENT (DTA) DE L’AIRE METROPOLITAINE LYONNAISE p54

02_ ITINERAIRES IMPROMPTUS / GENIE DU LIEU ET POETIQUE DE LA FRICHE p72

3_ LE SCHEMA DE COHERENCE TERRITORIALE (SCOT) SUD-LOIRE / ENJEUX DE L’ETAT p55

03_ LE PARC DES DELAISSES : UNE STRATEGIE DE RECONQUETE DE LA VALLEE p83

4_ POLITIQUES ET ORIENTATIONS DE SAINT-ETIENNE p57 METROPOLE

04_ REFERENCES / INSPIRATIONS

p90

CONCLUSION >>

p92

BIBLIOGRAPHIE

p94

. QUATRE RESEAUX LONGITUDINAUX STRUCTURANTS .

LA

MORPHOLOGIE

D’UN

CONTINUUM

URBAIN

/

UN

MANQUE

DE

TRANSVERSALITE

5_ UN PAYSAGE POST-INDUSTRIEL ET CONTRASTE p43 . LES ENTITES PAYSAGERES . UN PAYSAGE POST INDUSTRIEL . RAPPORTS D’ECHELLES, CONTRASTE, SYMBOLES . LES COTEAUX, EXPANSION PAVILLONAIRE

6_ HERITAGE / IDENTITE / CULTURE . MEMOIRE COLLECTIVE

. TRANSMISSION

. ASPECT IDENTITAIRE

. HERITAGE

p48

00_ UN TERRITOIRE EN LANIERES GENERATEUR DE DELAISSES URBAINS p61

SYNTHESE / DIAGNOSTIC : FORCES (+), FAIBLESSES (-), ENJEUX (>) p59


QUELLE VERTE

INTRODUCTION



ETAIT MA VALLEE !


Une approche trop longtemps morcelée et à court terme de la vallée, entre urgence économique et intérêts locaux particuliers, l’absence de vision politique sur l’aménagement du territoire et la logique « négationniste » des grandes infrastructures font aujourd’hui de ce territoire un lieu traversé, ignoré, une sorte de « jungle urbaine », chaotique et brutale. Mais aussi un monde fertile, un monde de possibles, empreint de mémoire, de poésie, de patrimoine, un monde propice à l’expérimentation et au rêve…

Entre Lyon et Saint-Étienne, il se trouve une vieille vallée

industrielle « endormie » et oubliée, la vallée du Gier, que ni la violence physique d’une autoroute saturée ni une importante voie de chemin de fer qui la lacèrent ne semblent pouvoir réveiller… Haut lieu de l’industrie triomphante et des grandes luttes sociales jusque dans les années 60/70, la vallée, qui a depuis perdu sa fonction de grande usine, semble entrée en déshérence. La désindustrialisation progressive de la vallée a totalement remis en cause son organisation spatiale autour de la logique productive qui apparaît aujourd’hui comme totalement obsolète. De puissant territoire de production pendant 150 ans à territoire au destin probable de « vallée dortoir », la chute est dure et cruelle… et longue… Mais si l’industrie s’est peu à peu enfuie, l’image de « pays noir » est restée, tenace.

 I N T R O D U C T I O N

Depuis trente ans, rien ne semble en effet en mesure d’endiguer la décroissance de la vallée qui continue d’encaisser fermetures d’usines et reconversions douloureuses. Le phénomène perdure, marqué par une forte baisse démographique et une très faible attractivité résidentielle du continuum urbain de fond de vallée qui se dépeuple au profit des coteaux verdoyants terre d’accueil du fantasme pavillonnaire. Le territoire souffre d’un déficit d’image, il est peu lisible et manque de qualités urbaines et paysagères. La vallée, qui forme une unité paysagère, géographique et historique très marquée, est orientée d’Ouest en Est. Elle est une des principales pénétrantes du Massif Central, de tous temps les hommes l’ont traversée, innovant sans cesse avec de nouveaux modes de transports qui ont conduit à en faire un territoire saturé d’infrastructures incontournable entre les deux métropoles voisines de Saint-Étienne et Lyon.

Tout n’est effectivement pas aussi négatif et le tableau mérite d’être nuancé, car la vallée du Gier recèle des potentialités certes mal exploitées mais porteuses d’espoir. La vallée est desservie par d’importantes infrastructures (autoroutières et ferroviaires), sa situation entre deux grandes agglomérations régionales est sans conteste un atout de poids, elle est une porte d’entrée privilégiée vers des espaces naturels importants (Monts du Lyonnais et Parc Naturel Régional Pilat), elle est riche d’un héritage humain, technique et culturel (culture industrielle et patrimoine) porteur d’une identité forte. Quelle mutation possible pour un territoire marqué par des décennies d’industrialisation forcenée, qui a perdu tout ou partie de sa fonction et qui s’appauvrit de plus en plus ? Quel devenir et dessein imaginer pour ce paysage postindustriel ? Quel retournement d’image envisager pour la vallée ? Quelles intentions programmatiques avoir sur un territoire en décroissance ? Comment rendre aux habitants l’autoestime de leur vallée et l’envie d’y vivre ensemble ? Quelles nouvelles formes d’habiter inventer pour le fond de vallée ? Quels modes de transports autres que le tout-voiture ? Afin de répondre à ces problématiques, notre travail s’est organisé en trois temps qui correspondent aux trois parties du travail que nous vous présentons ici : une première partie pose les différents contextes nécessaires à une vision d’ensemble de la vallée du Gier, une seconde partie vise à établir un diagnostic précis des forces et faiblesses de la vallée et des grands enjeux du territoire à travers une étude des politiques actuelles menées dans la vallée, enfin une troisième partie explique notre vision sur le territoire et la stratégie territoriale que nous adoptons en réponse aux problématiques soulevées.


CADRAGE D’ETUDE

Avant d’entrer dans l’analyse des contextes de la vallée du Gier, il nous semble nécessaire d’expliquer notre cadrage d’étude qui concerne une partie seulement du territoire, un territoire dans le territoire. La vallée du Gier commence dans le département de la Loire au niveau de la commune de Saint-Chamond et se termine à Givors dans le département du Rhône lorsque le Gier se jette dans le Rhône. On peut identifier trois séquences distinctes au sein de la vallée :

 I N T R O D U C T I O N

-

Conurbation : de Saint-Chamond à Rive-deGier, la vallée prend la forme d’un continuum urbain fortement marqué, les communes de Saint-Chamond, L’Horme, Grand-Croix, Lorette et Rive-de-Gier sont contiguës et le fond de vallée densément urbanisé et industriel contraste avec les coteaux verdoyants et pavillonnaires.

-

« La bande des 10 km » : située entre Rivede-Gier et Givors, il s’agit d’une séquence peu urbanisée, remarquable par son étroitesse (quelquefois moins de 300 mètres) qui par conséquent concentre et resserre les réseaux. Cette portion a un caractère beaucoup plus « sauvage », uniquement animée par les flux qui la traversent.

-

Givors : la ville rhodanienne marque l’ouverture vers la vallée du Rhône ainsi que la fin de la vallée du Gier qui se jette dans le rhône. La vallée est ici plus ouverte qu’en amont, le relief est moins marqué. Cette séquence commence avec la zone commerciale située en bord d’A47, succession d’enseignes criardes et de « hangars » bariolés pour mieux capter l’attention des automobilistes…

Nous avons choisi de travailler sur la première séquence, le continuum urbain entre Saint-Chamond et Rive-deGier, sorte de grande ville linéaire de 80000 habitants sur environ 14 kilomètres de long. Outre sa morphologie urbaine singulière, cette séquence s’implante dans la seule réalité administrative du département de la Loire et forme une entité géographique, historique et paysagère très identifiable.


GIVORS /

BANDE DES 10KM TACHE URBAINE

LIMITES DEPARTEMENTALES

 I N T R O D U C T I O N

LIMITE DU PARC NATUREL REGIONAL DU PILAT RESEAU AUTOROUTIER

RESEAU FERRE

FLEUVES ET RIVIERES

CONTINUUM URBAIN


QUELLE VERTE



C O N T E X T E S

CONTEXTES

ETAIT MA VALLEE !


1_ HISTOIRE INDUSTRIELLE DE LA VALLEE

L’histoire de la Vallée du Gier c’est avant tout l’histoire

d’une relation étroite entre l’homme, l’eau et l’industrie. En effet ici plus qu’ailleurs, les hommes ont vécu, ont travaillé avec l’eau – verrerie / canal / teinturerie, ils se sont organisés autour de l’eau – implantation en bord de Gier, parfois même, il se sont enrichit avec l’eau. « Ses eaux coulaient comme un fleuve d’argent d’une blancheur éblouissante, et rejaillissaient en partie sous la forme d’une poussière humide que les rayons du soleil coloraient de toutes les teintes de l’arc-en-ciel. »

Ainsi parlait E. Mulsant du Gier, en 1870, dans ses « Souvenirs du Mont Pilat et de ses environs ». Ainsi devait être le Gier, il y a bien longtemps, descendant de sa montagne, coulant et roulant pierres et rochers au milieu de la verte vallée, avant d’offrir ses eaux limpides au grand fleuve de légende, le Rhône. C’est justement pour ses eaux limpides, que les hommes se sont installés sur les rives du Gier, attirés par une onde pure. LA PREMIERE UTILISATION DES EAUX DU GIER : L’AQUEDUC ROMAIN



C O N T E X T E S

A l’époque gallo-romaine, la ville de Lugdunum, future « Lyon », était déjà très prospère, et ses habitants trouvaient difficilement de l’eau potable. L’administration romaine décida alors de rechercher un cours d’eau qui pourrait alimenter la ville en eau, une eau de bonne qualité, et ceci en permanence. Leurs recherches aboutiront... au Gier. Ainsi fut construit le quatrième et le plus important des aqueducs qui alimentèrent la ville. Le point de captage choisi se trouvait sur l’actuel quartier de la Martinière, à Izieux (Saint-Chamond). De là, les romains construisirent un ouvrage qui constituait une véritable prouesse technique : cet aqueduc devait suivre précisément les courbes de niveau dans cette vallée sinueuse, pour avoir une pente régulière, entre 1 et 2 mm par mètres... et ceci sur 75 km de long, vu les nombreux lacets qu’il décrit. Le captage aboutissait à un bassin circulaire, dont les bases ont été réutilisées par la construction d’un réservoir moderne alimentant SaintChamond (se trouve en bas de la montée qui conduit à la piscine).


Ensuite il contournait la vallée vers l’Ouest, revenait sur Chagnon, de là contournait la vallée de la Durèze puis celle du Bozançon, où il en reste des vestiges. Il passait ensuite à Mornant et Chaponost avant de rejoindre la colline de Fourvière à Lyon. La date de la construction est située au premier siècle de notre ère. DES EAUX PREDISPOSEES A L’INDUSTRIE TEXTILE « Le Gier et le Janon, moins fleuves que ruisseaux, prêtent à tous les arts secours de leurs eaux. Ici sont les moulins où la soie est tordue. A côté c’est du fer dont la barre est fendue. Partout, on fait des clous, des outils, des rubans ». Abbé Combry, 1793.

Le Pilat est une montagne « cristalline », c’est à dire composée de roches non calcaires (granit, schistes, gneiss). De ce fait, les eaux qui en coulent ne sont pas ou très faiblement chargées de carbonate de chaux, forme dissoute du calcaire. Cette qualité d’eau convient parfaitement aux industries textiles, lesquelles recherchent des eaux cristallines pour laver les fils qui seront tissés ou pour les teindre. Ainsi les eaux du Gier seront réputées pour le décreusage des soies (nettoyage), de meilleure qualité que celles de Lyon. Elles se prêtent également très bien à l’utilisation des teintures les plus délicates. On voit alors s’installer le long du Gier et de ses affluents une multitude de petites industries textiles, pour le décreusage puis le moulinage de la soie, sa teinture, ou encore son tissage sous forme de rubans, tresses et lacets.



C O N T E X T E S

Le moulinage : au XIVème siècle, un italien dénommé Gayotti vient s’établir à Luzernod, au-dessus de la Vallaen-Gier. Il apporte avec lui le savoir-faire italien du travail de la soie, introduite en France depuis deux siècles déjà. Il construit alors le premier moulin « à devuydez la soye » de la région. Il ira par la suite s’installer à Saint-Chamond, au confluent du Janon et du Gier. Avec lui se développe la plus ancienne industrie de la vallée, le moulinage. Cela consiste à tordre ensemble plusieurs fils, pour en faire un seul suffisamment solide pour le tisser. Mais avant cette opération, le moulinier doit préparer les écheveaux qu’il reçoit du sériciculteur, les dévider, les nettoyer (opération de décreusage), et enfin assortir les grosseurs de fil. Au XVIème siècle, Saint-Chamond devient la capitale du moulinage de la soie, Lyon étant la capitale du tissage. En 1634 on comptait à Saint-Chamond 35 maîtres fileurs et mouliniers, et 11 maîtres passementiers (fabricants de

rubans). L’ancienne Grande Rue était presque entièrement occupée par des moulinages. Les premiers moulinages furent actionnés à la main, puis rapidement par la traction animale, un cheval faisant tourner une roue selon un système de manège. Ce n’est qu’en 1689 que l’on commence à utiliser la force motrice de l’eau pour faire tourner les moulinages. Ainsi les mouliniers viennent s’installer sur les bords du Gier et du Dorlay, assez souvent en transformant les moulins à moudre en moulinages. Passementerie, tresses et lacets : au début du XVIème siècle se développe à Izieux la passementerie, ou fabrication de rubans. Cette activité va s’étendre à la région de SaintChamond et culminer en 1830, avec la fabrication du ruban « marabout » (ruban de gaze solide, dont le fil est tourné à 16 tors au centimètre). A cette époque tous les moulinages fabriquaient du fil de soie pour le marabout. Puis, la mode passant, le Jarez va devenir la capitale d’une autre industrie au XIXème siècle, celle de la tresse et du lacet. Les teintures de Saint-Chamond et la pollution du Gier : avec le moulinage de la soie, et toujours grâce à la qualité spéciale des eaux du Gier, vont se développer à SaintChamond les teintureries. On en compte 2 en 1640, et en 1726 est fondée la confrérie des teinturiers. En 1889, plus de 1000 ouvriers travaillent dans les teintureries. Chacune d’elle est spécialisée, la plupart dans la soie, d’autres dans le coton ou la laine. Différentes teintes sont obtenues à partir du goudron extrait des mines de charbon. On utilise également des acides métalliques. Toutes ces teintureries utilisent une très grande quantité d’eau, qu’elles rejettent directement à la rivière, avec les produits de teinture. C’est une source de pollution très importante. Selon les jours, les eaux du Gier deviennent jaunes, rouges ou bleues. Dès le XVIIIème siècle, les paysans accusent les teinturiers, ne pouvant plus arroser leurs cultures du fait de la souillure des eaux.

SAINT-Chamond / LE Gier DANS LES ENVIRONS d’Izieux Dessin de Boissieu, 1793

BORD DU GIER - VERS 1900

A PARTIR DU XIII° SIECLE, LES PREMICES Dans l’ensemble du Jarez, la population s’accroît depuis la fin du Moyen Age. Cette croissance est due au développement des activités agricoles (sur le versant du Pilat, élevage et culture) et préindustrielles (en bas dans la vallée). SAINT-CHAMOND / TEINTURERIE GILLET - VERS 1900


CARTE DU BASSIN HOUILLER DE LA LOIRE PAR GRUNER 1882

C O N T E X T E S


Les premières activités hydrauliques, scierie et moulins se multiplient. Le long du Gier, ces scieries furent nombreuses. En attestent aujourd’hui, sur nos cartes IGN, les lieux-dits « la Scie » ou la « Scierie ». On citera ici « la Scie du Bost », ainsi que d’autres plus bas, le long de la route qui descend vers l’actuel barrage du Pinay. Il s’agissait de moulins à farine pour la plupart, mais aussi moulins à huile, moulins pour battre l’écorce de chêne ou le chanvre servant de teinture, « molières », meules pour l’aiguisage des lames et outils. La plupart de ces moulins furent abandonnés au début du siècle et pendant l’entre-deux guerres, avec le déclin de l’agriculture de montagne et le développement industriel de la vallée. Dès le XIIIème siècle, des mines de charbon sont exploitées à Rive-de-Gier, plus tard à Saint Genis Terrenoire (Génilac) et Saint-Chamond. Sous Henri IV, la ville de Lyon s’approvisionne en charbon provenant de la vallée du Gier, aussi bien pour son industrie textile que pour le chauffage domestique. Jusqu’au XVIIIème siècle, l’extraction du charbon se fait à ciel ouvert, ou par des puits de faible profondeur et diamètre (1 mètre). Ces mines sont appelées « péreires » (de pierre) et les mineurs des « péreiroux ». Ce sont des paysans, propriétaires de ces terrains.

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C O N T E X T E S

Mais les gisements superficiels s’épuisent, si bien qu’il faille creuser plus profondément. Être mineur devient un vrai métier. Alors apparaissent des « extracteurs » spécialisés, qui passent contrat avec les propriétaires. Utilisant ce charbon, les forgerons itinérants se maintiennent jusqu’au début du XIXème siècle. L’extraction du charbon dans les galeries profondes n’était pas sans danger. Il y avait assez souvent des accidents : éboulements, inondations provoquées par les crues du Gier ou de ses affluents, enfin parfois des incendies. Au nord de Rive-de-Gier, on appelle une colline « Mont du Feu » depuis qu’un incendie souterrain s’est déclaré dans toutes les galeries. De nombreux puits furent fermés à cause de ces problèmes.

LE TOURNANT, LA FIN DU XVIII° SIECLE Avec l’utilisation du charbon de bois, la fabrication du verre nécessitait autrefois de grandes quantités de bois, et les verreries s’implantaient le plus souvent à proximité des

forêts. Au milieu du XVIIIème siècle, elles consommaient tellement de bois qu’on s’inquiéta de la destruction des forêts. Les verriers durent donc trouver un autre combustible. On s’intéressa alors au charbon « de terre ». En 1754, il y a alors 53 puits de mine à Rive-de-Gier. A partir de 1759, l’exploitation des mines est soumise à des droits, ainsi se créent des compagnies qui obtiennent les droits de concession. Les propriétaires des mines vont s’insurger massivement contre cette nouvelle réglementation, mais la fin du XVIII° et le XIX° siècles verront se généraliser cette organisation, avec des compagnies de mines et des concessions, des administrateurs, des « gouverneurs » et les mineurs. En 1789, c’est l’arrivée des premières pompes à vapeur anglaises qui permettent de puiser l’eau des mines.

SAINT-Chamond / dessin lavoirs municipaux / 1885

La population continue de s’accroître. Dans la vallée, en 1806, Saint-Chamond compte 5800 habitants, Rive-de-Gier 5300 et Givors 2825. Rive-de-Gier est alors une ville très prospère, qui a vu sa population multipliée par quatre en soixante ans (1287 habitants en 1717). La petite métallurgie utilise les eaux du Gier et du Janon pour faire fonctionner ses fenderies et martinets (marteau à bascule mis en mouvement par une roue à cames et qui sert à battre les métaux). A la fin de ce siècle, il existe 3 pôles métallurgiques : un premier sur le haut du Gier et le Ban, un second à Terrenoire et un troisième entre Lorette et Rive-de-Gier. L’ensemble comprend 18 martinets et 7 fenderies.

SAINT-Chamond / gravure DE LA manufacture DE tresses ET laceTS sOriol Alamagny / 1850

En 1749, les verriers Esnards et Robichon (venus de Franche-Comté) construisent une verrerie « royale » à Givors, autorisée par un arrêt du roi paru la même année. Le choix de Givors est stratégique pour trois raisons : la proximité du charbon de Rive-de-Gier, la présence sur place de sable du Rhône et enfin la possibilité d’expédier le verre par le fleuve vers le sud de la France. La verrerie fabrique des bouteilles et des verres à vitre. Rive-de-Gier va devenir également un haut lieu de la verrerie avec la construction de deux verreries en 1785 (rendue possible par la création du canal qui relie Givors à Rive-de-Gier et permet l’acheminement du sable).

SAINT-Chamond / proto-industriE hydraulique / 1915


L’activité textile est aussi présente dans la vallée (depuis le XVI° siècle) et Saint-Chamond est au XVIII° une véritable capitale de la soie, avec ses moulinages et ses fabriques de rubans (passementerie). Il existe jusqu’en 1780 deux manières d’assurer le transport des marchandises, soit par des chariots tirés par des bœufs, soit à dos de mulet (pour acheminer le charbon extrait jusqu’au port de Givors). Le transport des voyageurs se fait par voiture tirée par des chevaux. Une route « royale », réalisée en 1702 sous le règne de Louis XIV, permet d’améliorer les conditions de roulage des voitures. Cette route relie alors Lyon à Toulouse en passant par Rive-de-Gier, Saint-Chamond et Saint-Étienne. Une révolution dans le domaine des transports se produit en 1781 : le canal du Gier (ou canal de Givors), dont la construction a commencé à partir de 1761, ouvre à la navigation entre Rive-de-Gier et Givors. Il résout le problème de la navigation sur le Gier. Le canal est composé de 29 écluses, 25 ponts et d’un tunnel de 108 mètres de long. Le succès est immense, plus de 3000 bateaux l’empruntent régulièrement entre 1815 et 1860.

DEVELOPPEMENT ET APOGEE

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C O N T E X T E S

Entre 1781 et 1850, la vallée du Gier (avec Saint-Étienne) est devenue une vallée industrielle très importante et prospère. Elle forme l’une des premières régions industrielles française, avec le Nord. C’est une région de grande innovation technologique, avec notamment la construction de la première ligne de chemin de fer, entre Saint-Étienne et Lyon. Mais le progrès a ses revers. Si les industriels créent de nombreux emplois, la condition ouvrière est très difficile : des journées de travail de 14 heures, des enfants de huit ans travaillant dans des mines, les logements sont insalubres, l’hygiène inexistante et les maladies sont très répandues. L’espérance de vie du mineur n’excède alors pas 40 ans. La population s’est considérablement accrue, passant dans la vallée de 43000 habitants à près de 69000. C’est

surtout en bas de la vallée, sur le Gier, que la croissance est la plus forte. L’industrie fait appel à la main d’œuvre étrangère, environ 600 à 700 étrangers s’installent chaque année à Saint-Chamond, Rive-de-Gier et Givors dont la population est passée de 2825 à 8758 habitants en soixante ans. Rive-de-Gier est alors la seconde ville du département de la Loire avec environ 12000 habitants. Cette période marque l’essor des industries sidérurgiques. Les petits ateliers régressent ou disparaissent au profit des hauts fourneaux (pour la fabrication de la fonte), des forges et des aciéries. En 1830, on dénombrait dans la vallée six hauts fourneaux et huit aciéries dites « à l’anglaise ». On assiste alors au développement d’un véritable couloir industriel le long du Gier.

RIVE DE GIER / PORT DU CANAL / VERS 1920

En 1853, les frères Marrel créent à Rive-de-Gier les Forges des Etaings, et l’année suivante, M.M Pétain, Godet et Jackson (un industriel anglais) s’associent pour créer à Saint-Chamond la Compagnie des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de la Marine et des chemins de fer, qui deviendra l’établissement métallurgique le plus important de la région de Saint-Étienne. Se développant d’année en année, ces usines atteignent des dimensions importantes, avec des équipements gigantesques destinés à produire d’énormes pièces de fonte de métal. La cheminée de la forge des Etaings sera la plus haute d’Europe, culminant à 108 mètres. A Rive-de-Gier, depuis ses débuts en 1785, l’industrie du verre est devenue la plus importante de France, avec 15 verreries à bouteille, 12 à vitre et 3 à verroterie et gobeleterie.

RIVE DE GIER / QUAI DE LA GARE / VERS 1915

La force hydraulique est une formidable ressource pour les industries textiles et agricoles. On pouvait recenser en 1851 sur le Gier, 28 moulins à farine et à huile, 21 scieries et 64 usines textiles (moulinages, rubans, tresses et lacets, teintureries). Au fur et à mesure de l’ouverture de nouvelles mines, l’exploitation du charbon s’organise de plus en plus. Les compagnies minières se multiplient entre Saint-Chamond et Rive-de-Gier, avant de fusionner entre elles. En 1845, elles ne forment plus qu’une seule compagnie, la Société des mines de Saint-Étienne. Le nombre de mineurs explose, passant de 400 en 1780 à plus de 2400 en 1840. L’Horme / QUARTIER DE LA Maladière


Vers 1830, la production de houille dans la vallée du Gier représente 24% de la production française, c’est l’âge d’or de son histoire minière. Après l’ouverture du canal en 1781, un évènement d’une aussi grande ampleur se produit en 1830 : l’ouverture de la première ligne de chemin de fer française entre Lyon et Saint-Étienne, empruntant la vallée du Gier. Le train sert aussi bien pour le transport des marchandises (en premier desquelles le charbon) que pour celui des voyageurs. En 1831, 10000 trajets seront effectués en train, et 478000 en 1844. Ce nouveau moyen de transport représente une rude concurrence pour le canal, qui décline et cesse d’être exploité vers 1880, vaincu par le chemin de fer. La route « royale » n’est plus entretenue, elle se dégrade dans l’indifférence.

LE DECLIN La fin du XIX° siècle et le début du XX° siècle ont été une période de grave crise économique pour la vallée. Les causes sont diverses : concurrence nationale (bassins du Nord) et étrangère, débouchés moins importants, épuisement du minerai de fer de la Loire. De nombreuses usines et mines ferment, la plupart des hauts fourneaux s’arrêtent. Les ouvriers se trouvent confrontés au chômage et beaucoup d’entre eux quittent la région. Les grèves se multiplient et prennent de l’ampleur (voir chapitre sur organisation du travail et organisation revendicative à la fin du XIX° siècle) : en 1936, 4500 ouvriers sont en grève à Saint-Chamond.

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C O N T E X T E S

La population, en augmentation continue dans tout le bassin du Gier jusque dans les années 1870/80, diminue sensiblement dans les zones de montagne. Les villages du Pilat se vident de plus en plus, au profit des communes urbaines qui continuent à s’accroître, malgré la crise économique. Après la guerre de 1914/18, de nombreuses terres cultivées sont abandonnées et les effectifs paysans diminuent. Les habitants du Pilat ont quitté leur montagne pour s’installer en bas dans la vallée. Il ne reste en 1936 plus qu’un seul haut fourneau dans la vallée, celui de l’usine Prénat à Givors. Seules les grandes aciéries et forges ont réussi à se maintenir : on en compte encore 6 entre Terrenoire et Givors, ainsi que 5 autres

usines de petite métallurgie. En plus de la construction d’armement pour la marine et de matériel ferroviaire (locomotives), les Forges et aciéries de Saint-Chamond se diversifient dans la fabrication d’aciers spéciaux et la construction de châssis automobiles. Elles emploient encore 4000 ouvriers. Depuis les années 20, les usines moins importantes se sont spécialisées dans la construction mécanique et électrique, le cycle et certaines dans l’automobile et les moteurs d’avion. Saint-Étienne est devenue une capitale du cycle et des armes. Les verreries, après avoir connu une grave crise à la fin du XIX° siècle, se sont regroupées. Il en reste trois dans la vallée, à Givors, Rive-de-Gier et Lorette.

RIVE DE GIER / LES ETAINGS / VERS 1930

Au début du XX° siècle, l’âge d’or du charbon est terminé depuis vingt ans environ. Après de nombreuses grèves entre 1869 et le début du siècle suivant, les mineurs ont obtenu des conditions de travail un peu meilleures. En 1899, la production de houille de la vallée représente moins de 10% de la production française (contre 24% vers 1830). La concurrence des bassins houillers du Nord et des bassins étrangers a réduit les débouchés. Depuis la fin de la Première guerre mondiale, les fermetures de mines s’enchaînent. En 1936, il reste alors une dizaine de puits en activité. Les dernières mines fermeront définitivement en 1950. Depuis l’invention de la soie artificielle au début du XX° siècle, le moulinage de la soie a très fortement régressé. Les fabriques de lacets autour de Saint-Chamond sont également en important recul. La passementerie a alors disparu et seules les teintureries se maintiennent.

SAINt-Chamond / Izieux / PREMIERS logements POUR LE personnel DES Aciéries de la Marine / 1920

La chute de l’activité agricole en montagne et la forte baisse de population dans les villages et hameaux du Pilat, font que les moulins sont progressivement abandonnés, de même que les scieries. Ils disparaissent complètement dans les années 1950.

SAINt-Chamond / ENTREE DES ACIERIES DE LA MARINE / 1907


EVOLUTION HISTORIQUE / ETAPES PRINCIPALES

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BILAN La crise économique de la vallée s’est accentuée jusque dans les années 1970. Elle s’est traduite par la fermeture massive des usines sidérurgiques et textiles, laissant de nombreuses friches industrielles. La reconversion industrielle de la vallée reste difficile, mais de nouvelles activités voient le jour depuis les années 80. Après la guerre de 39/45 et surtout dans les années 50/60, de nombreux immigrants sont venus s’installer dans la région, et ont été logés surtout à la périphérie des villes. Cette vague de population a nécessité la construction de nouveaux quartiers à habitat collectif, les ZUP, autour de Saint-Chamond, Rive-de-Gier et Givors. Ainsi la population de ces trois villes a sensiblement augmenté jusqu’en 1968/75. Mais depuis, les communes urbaines de la vallée, de Saint-Chamond à Rive-de-Gier, ont vu leur population diminuer de plusieurs milliers d’habitants (c’est le cas aussi du département de la Loire). Sur les versants, l’évolution s’est faite en sens inverse (développement du pavillonnaire). Depuis les années 70, la population est en nette progression. Entre 1936 et 1990, la population du bassin du Gier est passée de 88803 à 115369 habitants.

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Depuis les années 70, les industries de la vallée se sont diversifiées. La construction métallurgique s’est maintenue, l’électromécanique et la chaudronnerie sont les secteurs les plus développés. La construction automobile est également présente. L’industrie traditionnelle de la soie a disparu, remplacée par la fabrication de tissus synthétiques. De nouvelles activités ont vu le jour, et les entreprises de services sont devenues les plus nombreuses (73% de l’ensemble des entreprises). Depuis l’ouverture en 1970 de l’autoroute A 47 qui relie la vallée du Rhône à Saint-Étienne, le trafic routier a été multiplié par quatre. Depuis les années 1990, celle-ci arrive à saturation, la construction d’une nouvelle autoroute directe entre Lyon et Saint-Étienne est en projet. Le transport des voyageurs et surtout des marchandises par chemin de fer a régressé de moitié en cinquante ans. Source / Réseau Patrimoine.


2_ GEOGRAPHIE

RELIEF ET TOPOGRAPHIE SITUATION DE LA VALLEE

Dans la région Rhône-Alpes, le département de la Loire

42 (3 arrondissements, 40 cantons, 327 communes) rassemble 746 000 habitants sur 4780 km². Ce département se présente comme un amphithéâtre de moyenne montagnes délimitant deux vastes bassins sédimentaires intramontagnards et une dépression houillère. - A l’Ouest, la dorsale Monts du Forez -Bois Noirs - Monts de la Madeleine offre un relief marqué, compartimenté et localement élevé. Cette montagne, traditionnellement agricole est aujourd’hui assez forestière. - A l’Est, les Monts du Lyonnais et du Beaujolais offrent une succession de plateaux aux altitudes plus modestes mais très compartimentés et présentant des potentialités diverses agro-pastorales au Sud, forestières au Nord. - Au Nord, séparées par le Seuil de Neulise, les plaines du Forez et du Roannais ont des destins différents. Le Forez est un large bassin intramontagnard, doté de nombreux étangs dans sa partie centrale, principalement voué a l’élevage (Montbrison et Feurs).

RELIEF

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- Au Sud-est, le Massif du Pilat, Parc Naturel Régional en position périurbaine, dispose d’une remarquable diversité de paysages : plateaux sylvo-pastoraux, et reliefs plus escarpés à chirats (amas de roches métamorphiques transformées par le gel à l’ère glaciaire) dans la vallée et sur les coteaux rhodaniens. - Enfin au Sud, le sillon houiller de l’Ondaine et du Gier a généré le développement de la région industrielles stéphanoise et de la première agglomération de la Loire. Le département comporte ainsi une grande diversité topographique du Sud au Nord et d’Ouest en Est, ce qui engendre tout une palette de nuances climatiques selon des microrégions.


RELIEF / TOPOGRAPHIE

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CLIMAT Si nous abordons le département par le sud, le massif du Pilat sépare deux régions très contrastées. D’un coté les versants Sud s’abaissent jusque dans la vallée du Rhône et offrent des coteaux bien ensoleillés et chauds où s’étalent vignobles et arbres fruitiers. De l’autre, les versants Nord, plus froids et souvent enneigés en hiver. Là, se développent au sein du Parc Naturel Régional un domaine de ski de fond et un tourisme vert avec de nombreux parcours de randonnée ou de VTT. Au pied de ce massif, dans un site collinaire, la ville de Saint Etienne se retrouve au point de rencontre des vallées de l’Ondaine et du Gier. Urbanisée jusqu’à 700m, les hivers y sont rigoureux.

LES GRANDS PAYSAGES DU DEPARTEMENT

Boisement homogène de grande étendue Boisement diffus dense Vergers et vignes Zone urbaine dense Zone urbaine diffuse Culture dominante Etangs, rivières, fleuves

La vallée du Gier est donc bloquée entre les monts du lyonnais et le massif du Pilat ce qui rend le climat particulièrement froid : _ un « effet d’ombre » est produit par le Pilat qui arrête les rayons du soleil pendant une grande partie de la journée, surtout en hiver, quand le soleil est bas _ un « effet couvercle » tient lui du fait que le soleil réchauffe l’air en altitude et l’air froid reste bloqué en fond de la vallée. Ainsi l’uniformité climatique n’existe pas dans la Loire comme pour de nombreuses régions françaises où règne la diversité et l’instabilité climatique.

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Au cours de nos repérages sur site, nous avons souvent été confronté à cette instabilité et cette diversité. C’est un aspect important pour la compréhension du territoire notamment en terme de perception du paysage, qui suivant les aléas du temps offre un visage complètement différent. On passe aisément et rapidement d’un extrême à l’autre. Cette donnée devra rentrer en compte lors de l’élaboration du projet de territoire en particulier pour le choix des végétaux (dépollution des sols, aménagement berges du Gier). LA VALLEE DU GIER La vallée du Gier est une vallée orientée d’Est en Ouest qui se situe à cheval sur le département de la Loire et du Rhône. Elle est la porte d’entrée du département de la Loire. Elle débute à Saint-Chamond avec le Gier (la rivière prend

sa source au lieu dit « la Jasserie » (1291 m), dans les hauteurs du Parc Naturel Régional du Pilat- Loire), et se termine à Givors (Rhône) ou elle rencontre la vallée du Rhône (orienté Nord/Sud). Grande d’environ 30 kilomètres, elle est l’axe majeur de communication entre Lyon et Saint Etienne (distantes de 65 Km). Façonnée et érodé par les cours d’eau, cette vallée étroite est coincée entre les contreforts des Monts du lyonnais au Nord et à l’Ouest avec les plateaux de Montrond et de Barberet (point culminant – 934m) et le Massif du Pilat au Sud avec les plateaux de Cras et du Drevet (point culminant – 1434m). C’est un territoire bien défini géographiquement avec un fond de vallée urbanisé et des coteaux agricoles et forestiers. Le parcours du Gier débute un peu en dessous du Crêt de la Perdrix (1431 m), le plus haut point du Pilat. A partir de là, la rivière descend rapidement, c’est le grand « saut du Gier » puisque il dévale 900 mètres de dénivelé en seulement 12 kilomètres. Il rejoint le Rhône au niveau de Givors. Le Gier a alors traversé 32 communes. Son ancien nom « Gierest » est vraisemblablement à l’origine de l’appellation « pays du Jarez » (pays du Gier).

HYDROGRAPHIE DU DEPARTEMENT

Altitude: 300 à 450m Altitude: 450 à 800m Altitude: 800m et + (max. 1643m) Rivières et étangs

On compte deux barrages sur la rivière, celui du Pinay (1954) et, plus bas, celui de Soulage (1972). Dans ce dernier vient se déverser le barrage de la Rive (1874) situé un peu plus haut et alimenté par un affluent du Gier. Quatre autres rivières, le Dorlay, le Ban, l’Egarande et le Couzon, descendent du Pilat pour rejoindre le Gier dans la vallée.  Le Pilat est un véritable château d’eau pour les agglomérations voisines. Dix lacs d’au moins onze millions de mètres cube chacun alimente aujourd’hui en eau potable, Annonay, la vallée du Gier et l’agglomération stéphanoise. La ressource en eau du Pilat a joué un rôle essentiel dans le développement économique de la région notamment avec l’utilisation de sa force motrice dans l’industrie : le Furan à Saint Etienne et le Gier dans la vallée. Ravagée par plusieurs siècles d’industrialisation forcenée, couverte sur plusieurs tronçons (sur 4.5 km à Rive-deGier et Saint-Chamond), la rivière, malgré deux stations de traitement (à Tartaras et Saint-Chamond), peine à retrouver dans la vallée une qualité et une flore initiales. Elle ressemble plus à une « friche » qu’à la rivière aux eaux limpides d’il y a deux siècles…


HYDROGRAPHIE

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RELIEF DU DEPARTEMENT

DE GRANDS AXES DE COMMUNICATION, GEOGRAPHIE CONTRAIGNANTE

UNE

La configuration géographique particulière - il s’agit d’une vallée étroite, accentuant ainsi le sentiment d’encaissement- fait de ce territoire le passage obligé entre Saint-Étienne et Lyon. De plus, la vallée du Gier est l’une des principales pénétrantes vers le Massif Central depuis la vallée du Rhône, ce qui de tous temps en a fait une vallée de passage pour les hommes et les marchandises.

RESEAU ROUTIER DU DEPARTEMENT

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C’est la raison pour laquelle se concentrent en fond de vallée trois grands réseaux que sont l’A47, la RD 88 et la voie de chemin de fer. La vallée est bordée du côté Nord par l’autoroute A 47 qui relie Saint-Étienne à Lyon et du coté Sud par la voie de chemin de fer où circule le TER mais aussi le TGV au départ de Saint-Étienne. L’autoroute est saturée, plus de 50000 véhicules par jour l’empruntent, la liaison TER est une des plus fréquentée de France. Ces 3 grandes infrastructures passent toutes trois en grande partie au travers du tissu urbain. Si à l’Ouest la largeur de la vallée est de plusieurs kilomètres permettant ainsi le développement de ville plus importante comme Saint-Chamond, plus on va vers l’Est, plus la vallée se ressert pour parfois n’avoir qu’une centaine de mètres de large comme à Chateauneuf. Cette physionomie très étroite a dicté au cours de l’histoire une organisation unidirectionnelle de la vallée. C’est un aspect fondamental à la réflexion que nous avons menée sur le territoire.


DD’

AA’

COUPES TRANSVERSALES SUR LA VALLEE

C O N T E X T E S

CC’

BB’

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3_ SITUATION ECONOMIQUE ET SOCIALE

UNE INDUSTRIE DE SOUS-TRAITANCE, UNE RECONVERSION DIFFICILE

La vallée du Gier fait partie des bassins qui ont vu

naître l’industrie en France et ont longtemps connu une forte croissance. Dès la fin du XVIIIe siècle, le pays du Gier et l’Est stéphanois entrent dans l’ère industrielle par l’exploitation des mines de charbon, par la sidérurgie, la métallurgie, la verrerie et le textile. Traditionnellement, la vie économique de la vallée était fondée sur quelques gros donneurs d’ordres industriels qui alimentaient un tissu extrêmement dense de PME sous-traitante, lesquelles ne ressentaient pas la nécessité de développer une démarche commerciale propre. Lorsque les grands sites industriels – et notamment CreusotLoire (4170 salariés dans la vallée du Gier en 1980 peu de temps avant le dépôt de bilan en 1983) – ont disparu dans les années 80/90, les restructurations qui ont suivi ont eu des impacts sur toute la vie de la vallée. Outre les milliers d’emplois perdus, c’est tout un système économique qui s’est effondré, un système en souffrance depuis le début de la crise économique dans les années 70. Au rythme effréné des plans de sauvetage et des restructurations successives, la vallée subit de plein fouet depuis plus de trente ans la décroissance industrielle qui continue de la saigner comme récemment avec la fermeture du site Giat à Saint-Chamond où 734 emplois ont été supprimés.

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C O N T E X T E S

Le tissu économique du territoire reste aujourd’hui dominé par l’industrie. Inscrites dans le prolongement de l’histoire industrielle de la vallée, les principales branches d’activités sont le travail des métaux, l’industrie textile, la construction mécanique et automobile et la verrerie. Parallèlement, les pays du Gier et de l’Est stéphanois ont su développer de nouveaux secteurs performants tels que la construction électrique et électronique, la plasturgie, l’optique et la mécanique de précision. L’existence de savoir-faire reconnus conduit les entreprises locales à travailler pour des secteurs de pointe : automobile, aéronautique, médical, armement, haute couture… Mais l’activité de sous-traitance est majoritaire dans de nombreux secteurs comme le textile, la mécanique et la métallurgie. Il en résulte une forte dépendance aux stratégies de grands groupes ainsi qu’une sensibilité exacerbée


aux fluctuations de conjecture. Certains secteurs restent donc convalescents, à la merci du moindre soubresaut du monde économique (usine Setforge à l’Horme ou UsinorIndusteel à Rive-de-Gier par exemple). Malgré les efforts et sacrifices consentis par les pouvoirs publics depuis vingt ans pour sauvegarder les emplois dans la vallée, les créations d’emplois, notamment dans les secteurs des services et de la construction, sont très loin de compenser les emplois antérieurement supprimés. Les créations d’entreprises restent rares et les entreprises industrielles qui ont été restructurées et qui ont survécu demeurent très fragiles. De plus, le secteur tertiaire dans la vallée reste faible, le territoire n’arrive pas à attirer des activités économiques à forte plus-value, et son tissu économique peine à se renouveler. En effet l’image de « pays noir », même si elle peut aujourd’hui paraître sévère au vu des changements entrepris, reste tenace et freine fortement la reconversion économique de la vallée.

IMAGE ET ATTRACTIVITE DE LA VALLEE DU GIER : UN DEFI POUR L’AGGLOMERATION STEPHANOISE « La vallée du Gier est loin d’être une bonne vitrine pour notre agglomération. Il faut des décennies pour casser une image négative. Il est vrai que dans l’inconscient collectif, la vallée du Gier et l’agglomération stéphanoise dans son ensemble est encore associée aux crassiers, aux cheminées qui polluent… »

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Gérard Ducarre, maire de Saint-Chamond et 1er viceprésident de Saint-Étienne Métropole. (Extrait d’un entretient accordé au Centre Ressources Prospectives du Grand Lyon, février 2006). Depuis une trentaine d’années, l’image de la vallée décline. La grande épopée industrielle a fortement marqué le paysage et le développement urbain de la vallée dont elle fut le déclencheur. La vallée du Gier ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans cette longue histoire industrielle. La commune de l’Horme par exemple est née de la révolution industrielle, en 1905 à l’instigation des Fonderies et Forges de l’Horme et Buire via une pétition signée par les habitants du fond de vallée demandant l’érection de leur territoire en entité indépendante. Ici l’usine est à l’origine même du premier noyau urbain du bourg. Longtemps en effet, jusqu’au milieu du XXe siècle, le territoire a été

organisé pour et autour de la production industrielle, sans souci aucun pour l’environnement, le paysage et le cadre de vie. Mais la forte désindustrialisation de la seconde moitié du XXe siècle qui connaîtra une brutale accélération à partir du milieu des années 70 est venue frapper la vallée de front, violemment, générant des friches urbaines et industrielles qui ont du mal à se résorber. En effet, outre les friches urbaines de l’habitat liées à l’exode du fond de vallée, les mutations économiques des trente dernières années ponctuées de crises successives ont laissé de grands tènements industriels très partiellement occupés ou bien ont libéré des friches industrielles assez rapidement reconquises dans l’urgence par de plus petites activités, sans souci de qualité environnementale et sans vision plus large de lisibilité urbaine.

L’HORME / HALLES PASTEUR

De plus, la concentration des infrastructures sur un espace réduit confronté aux mutations incontrôlées du tissu urbain a produit de nombreux espaces interstitiels peu exploitables et donc en déshérence. L’organisation du territoire autour de l’activité industrielle a vécu, elle est maintenant frappée d’obsolescence, mais les cicatrices demeurent, la violence des infrastructures et la brutalité de ce paysage post-industriel. L’image dépréciée et négative de la vallée reste ancrée dans l’inconscient collectif, que ce soit vis-à-vis d’une population de transit via les réseaux de communication principaux que sont l’A47 et la voie ferrée ou vis-à-vis des habitants de la vallée euxmêmes.

rIVE DE GIER - CHATEAUNEUF / ENTREE DU DEPARTEMENT ET LES ETAINGS

Le défi est de taille, non seulement pour la vallée du Gier mais aussi pour l’agglomération stéphanoise et le département de la Loire dont la vallée est la principale porte d’entrée (depuis la vallée du Rhône) et un passage obligé. En effet, le déficit d’image dont souffre la vallée et son manque d’attractivité rejaillit sur tout le département de la Loire. Et l’auto-estime des habitants ne doit-elle pas être une ambition préalable à toutes les autres ? La politique du tout-image entrepris par Saint-Étienne pour casser à travers le design et ses grands projets son passé « trop besogneux et sale » ne peut occulter ce territoire et sa nécessaire mutation, sous peine d’échouer dans sa tentative de renversement d’image.

GRAND-CROIX / BORDS DE VOIE FERREE


VERS UNE DISPARITE SOCIALE ET SPATIALE GRANDISSANTE DECROISSANCE URBAINE EN FOND DE VALLEE ET EXPANSION PAVILLONAIRE SUR LES COTEAUX L’industrie et les activités commerciales sont fortement présentes le long de l’A47 et le long de la voie ferrée. Ces deux axes constituent les voies de développement économique de la vallée. Le fond de vallée est ainsi densément urbanisé et industrialisé alors que les coteaux du Jarez et ceux du Pilat sont des espaces à dominante rurale en profond bouleversement, tendant à évoluer vers des fonctions résidentielles en raison de leur attractivité environnementale, ceci au dépens des communes de fond de vallée par une migration de ses populations. L’observation du taux de chômage montre que sur la vallée du Gier en 1999, il atteint 17% dans le fond de vallée alors qu’il est inférieur à 8% sur les coteaux.

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C O N T E X T E S

L’étude des documents extraits des Cahiers du recensement d’EPURES (agence d’urbanisme de l’agglomération stéphanoise) met en évidence deux phénomènes préoccupants : d’une part l’augmentation des revenus d’une population déjà largement solvable sur les coteaux et la poursuite de la paupérisation en fond de vallée (le revenu moyen des ménages a baissé de 4,5% entre 1990 et 1999), d’autre part une fuite de population du fond de vallée qui contraste avec la hausse de population sur les coteaux (on assiste sur les coteaux à un « mitage pavillonnaire » du paysage, causé entre autres par l’absence de régulation du marché foncier). Ce marquage social est accentué par deux facteurs : le départ des ménages solvables du fond de vallée vers les coteaux et l’arrivée sur le versant nord-ouest des coteaux de ménages provenant de l’aire métropolitaine lyonnaise (ménages qui bénéficient de la proximité de Lyon et d’une offre foncière moins coûteuse). On assiste à une spatialisation des difficultés économiques des populations du couloir industriel. Ces difficultés influent sur l’habitat et, par les effets conjugués de la vacance et de la paupérisation, conduisent à une dégradation du bâti et à la constitution de friches urbaines. La population restante en fond de vallée est bien souvent une population captive (faible niveau de revenus, chômage important,…).

REVENU DES MENAGES

De plus, l’étalement urbain associé à une faible densité entraîne d’une part un mitage des coteaux et un développement des voieries et réseaux coûteux pour les collectivités et d’autre part un affaiblissement des centres bourgs. En outre, la forte consommation de foncier sur les coteaux se fait au détriment des espaces agricoles et naturels. LA NON-ATTRACTIVITE RESIDENTIELLE MOTEUR DU DECLIN DEMOGRAPHIQUE La fuite de population du fond de vallée vers les coteaux soulève plusieurs questions liées au logement. Tout d’abord la vétusté et le manque d’attractivité résidentielle du parc immobilier en fond de vallée. Le fond de vallée industriel concentre en effet des réseaux à forte nuisances (notamment l’autoroute A47) et un habitat ancien dégradé avec de véritables friches urbaines. Les communes du fond de vallée sont confrontées à un phénomène de vacance important qui concerne 7.4% du parc de logement (soit 2155 logements sur un parc total de 28132 logements), avec des taux très importants compris entre 12 et 15% pour les logements antérieurs à 1948. Les chiffres du dernier recensement de l’Insee de 1999 montrent que 76% des logements vacants sont antérieurs à 1967 et que seulement 6.4% des logements ont été construits après 1990 mettant en évidence le très faible renouvellement du parc immobilier de la vallée. De plus, les études menées sur l’immobilier dans la vallée du Gier montrent la grande faiblesse du marché de logement privé. Ensuite, la part du parc HLM dans les résidences principales est très importante dans les zones d’urbanisations anciennes que sont les vallées du Gier et de l’Ondaine, soit 37% du parc total pour la vallée du Gier. A titre de comparaison, la part du parc HLM sur les coteaux du Gier et le Pilat n’est que de 5%. Le parc HLM est donc principalement concentré en fond de vallée. Parmi les programmes importants construits dans les années 60/70, on peut relever le quartier Fonsala à Saint-Chamond (1714 logements) et le quartier du Grand Pont à Rive de Gier (755 logements).

EVOLUTION DE LA POPULATION / EVOLUTION DES REVENUS

DENSITE DE POPULATION


EVOLUTION DU PHENOMENE DE PERIURBANISATION 1990

1998

Cette non attractivité résidentielle du fond de vallée est le principal moteur du déclin démographique qui affecte les communes de fond de vallée. La population des cinq communes de fond de vallée, Saint-Chamond, l’Horme, la Grand Croix, Lorette et Rive de Gier, est passée de 72661 habitants en 1975 à 66214 habitants en 1999 soit une baisse de population de 9% environ en 25 ans. Les taux annuels de variation de population, calculés d’après les recensements depuis 1982, montrent l’ampleur de cette « décroissance » qui va en s’accroissant : -0.33%/an entre 1982 et 1990, -0.49%/an entre 1990 et 1999, presque 0.70%/an depuis 1999 ! Un solde migratoire catastrophique explique l’ampleur du phénomène, pour les communes du fond de vallée il est en effet compris entre -0.26%/an pour Grand-Croix et -1.33%/an pour Rive de Gier. Parmi les migrations depuis le fond de vallée, 24% se font en direction des coteaux, 16% vers Saint-Étienne et 5% vers Lyon.

EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE 90-99

SOLDE MIGRATOIRE 90-99

Les communes de fond de vallée se retrouvent dont confrontées à une décroissance urbaine spectaculaire, initiée par la crise industrielle, attisée par les difficultés encore actuelles de reconversion économique de la vallée et une très faible attractivité résidentielle. C’est un véritable exode qui touche le fond de vallée et le bassin stéphanois en général (Saint-Étienne et la vallée de l’Ondaine sont aussi en forte déprise démographique).

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C O N T E X T E S

1999

PHASE 01 Les catégories socioprofessionnelles moyenne profitent des opportunités immobilières sur les coteaux (habitat existant) Ces communes souffrent d’une offre foncière relativement faible Prise de conscience des acteurs locaux, volonté d’endiguer la baisse de population et la fermeture des commerces PHASE 02 Ouverture de zones urbanisables L’essor très rapide de constructions neuves (pavillon individuel) entraîne une consommation de l’espace Développement des équipements et des services PHASE 03 Densité de population suffisante / viabilité des équipements Le blocage des zones urbanisables entraîne l’inflation des prix L’arrivée des populations plus aisés repousse les autres plus loin

LOGEMENT


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C O N T E X T E S


4_ UNE ORGANISATION UNIDIRECTIONNELLE EST-OUEST HISTORIQUE ET STRUCTURANTE

UNE PENETRANTE VERS LE MASSIF CENTRAL / LIGNE DE PARTAGE DES EAUX

T

out d’abord, il est nécessaire de rappeler que le « bassin industriel stéphanois », constitué de Saint-Étienne (et sa rivière le Furan) et de son corridor industriel composé des vallées du Gier à l’est et de l’Ondaine à l’Ouest est situé sur la ligne de partage des eaux. A l’est, avec la vallée du Gier, nous donnons sur le bassin du Rhône du côté de la Méditerranée, à l’ouest avec la vallée de l’Ondaine, nous donnons sur le bassin de la Loire du côté de l’Atlantique. La vallée du Gier est ainsi l’une des principales pénétrantes vers le Massif Central depuis la vallée du Rhône, de tous temps sa configuration géographique particulière a fait de ce territoire un lieu de passage privilégié pour les hommes. DE LA VOIE ROMAINE A L’AUTOROUTE A47, UNE RICHE HISTOIRE DES RESEAUX ET INFRASTRUCTURES

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C O N T E X T E S

Dès l’époque romaine, vers -40 avant JC, une voie militaire partant de Vienne (vallée du Rhône) emprunte la vallée du Gier via les actuels Rive de Gier, Egarande et SaintChamond pour rejoindre la Voie bolène, route reliant Lyon (Lugdunum) alors capitale des Gaules à Bordeaux (Burdigala) capitale de la Gaule aquitaine. Les historiens estiment que cette voie a pu contribuer à fixer des populations, à commencer par des colons romains, des vétérans des légions locales. Autre élément important de l’activité romaine au sein de la vallée, le viaduc du Gier qui transportait l’eau du Gier de Saint-Chamond jusqu’à Lyon sur 85 km. C’est ensuite la naissance de la vocation industrielle de la vallée au XVIIIe siècle autour des eaux du Gier et de l’exploitation du charbon associée à cette configuration géographique particulière qui va entraîner les créations successives d’axes de communications longitudinaux en bordure de Gier. Petite chronologie de ces axes / Dates clés : . -40 av. JC : voie militaire de Vienne à la Voie bolène . 1702 : route royale de Lyon à Toulouse (premier vecteur important d’urbanisation)


RESEAUX

28 LE GIER

VOIES FERREES

C O N T E X T E S

VILLE RUE D 88

A 47

RESEAUX SECONDAIRES


TYPES HABITAT

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C O N T E X T E S

habitat ancien

Habitat collectif

habitat pavillonnaire


EQUIPEMENTS

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C O N T E X T E S

EQUIPEMENTS PUBLICS/SANTE/SCOLAIRE

EQUIPEMENTS sportifs


EMPRISES INDUSTRIELLES

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C O N T E X T E S

cheminĂŠes

anciennes industries

nouvelles industries


STRIP INDUSTRIEL ET COMMERCIAL

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C O N T E X T E S

zone industrielle et commerciale

marches

centres commerciaux


EXPANSION PAVILLONAIRE ET MITAGE DES COTEAUX

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C O N T E X T E S

expansion pavillonnaire

forets

terres agricoles


FOND DE VALLEE DENSEMENT URBANISE ET COTEAUX AGRICOLES ET FORESTIERS

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C O N T E X T E S

forets

terres agricoles


. 1781 : canal du Gier (ou canal de Givors) . 1830 : voie ferrée entre Saint-Étienne et Lyon . 1882 : tramway en fond de vallée . 1962 : autoroute A47 entre Saint-Étienne et Lyon (derniers tronçons achevés en 1970) . 1991 : contournement de Saint-Chamond De tous ces réseaux, les plus anciens ont aujourd’hui disparu. Le canal du Gier par exemple dont seuls subsistent quelques vestiges (l’autoroute A47 reprend partiellement son tracé), le tramway en fond de vallée, l’ancienne voie royale dont la départementale D88 (ville-rue à urbanisation linéaire) emprunte aujourd’hui le tracé. Tous ces réseaux ont été, en leurs temps respectifs des vecteurs d’urbanisation et d’industrialisation de la vallée du Gier, ils ont été les moteurs de son développement économique et humain, ils ont marqué voire symbolisé les grandes étapes de l’histoire de la vallée. Aujourd’hui, quatre réseaux longitudinaux structurent la vallée du Gier : le Gier, l’autoroute A47, la voie de chemin de fer et la route départementale D88.

d’un contrat de rivière signé en 1994 et qui s’est poursuivi jusqu’en 2000. Les objectifs étaient alors ambitieux, redonner au Gier un espace de vie où l’on puisse renouer avec des activités comme la promenade ou la pêche, améliorer la qualité des eaux et lutter contre les pollutions industrielles, pour les plus marquants. Mais même si la rivière a vu son état s’améliorer, notamment grâce aux stations de traitement des eaux (celle de Saint-Chamond, la dernière née est à la pointe de la technologie pour le traitement des boues), force est de constater qu’en de nombreux endroits le Gier présente plus l’aspect d’une friche que d’un « mignon » petit cours d’eau propice à la pêche… Dans le cadre de l’Emscher Park en Allemagne par exemple, la reconstruction de la rivière a été placée au centre de l’action, considérant qu’un nouveau paysage n’avait de sens qu’à condition que la rivière Emscher retrouve son état naturel. Il a fallu réinventer tout un système de gestion de l’eau dans la vallée de l’Emscher, pour recueillir les eaux usées, collecter les eaux de pluie, traiter et épurer les eaux de la vallée. La construction de cette « nouvelle Emscher » constitue selon le directeur de l’IBA Emscher Park Karl Ganser « un chantier et un investissement pour deux générations ».

CHEMIN DE FER DE LYON A SAINT-ETIENNE / GRAVURE XIXème

QUATRE RESEAUX LONGITUDINAUX STRUCTURANTS _ La rivière Gier

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C O N T E X T E S

Le Gier est le premier élément structurant de la vallée. Il est le « trait » fondateur de la vallée, le point de départ et de son développement humain, économique et industriel. Les premiers habitants se sont installés en son bord pour ses eaux cristallines descendant du Pilat, idem pour les premiers métiers artisanaux et industriels (voir les chapitres Histoire et Géographie). Le Gier est surtout le symbole de la violence avec laquelle les hommes et l’industrie ont malmené le paysage de la vallée du Gier à leur guise au service de la production et des transports. Longtemps égout à ciel ouvert, rejeté et caché, recouvert à Saint-Chamond et Rive de Gier, détourné et modifié pour la construction de l’autoroute dans les années 60, le Gier a longtemps été considéré comme un délaissé sans importance malléable à souhait. Les temps ont heureusement changé, le Gier a ainsi été le premier cours d’eau du bassin stéphanois à bénéficier

Toutes proportions gardées, il est important aussi dans le cas du Gier de tenir compte du facteur temps dans la « reconstruction » de la rivière et de son écosystème. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui doit être poursuivi et qui nécessitera peut-être une ou plusieurs décennies pour obtenir un résultat satisfaisant. Le Gier reste aujourd’hui un cours d’eau pollué dont les eaux sont classées en catégorie de qualité moyenne ou mauvaise, avec des taux élevés en nitrates (fortement préjudiciables pour le département piscicole), en matières azotées (ammoniaque entre autres) et en matières phosphorées. Le plus alarmant est que les prélèvements n’indiquent pas forcément une amélioration de la situation ces dernières années.

SAINT-CHAMOND / AUTOROUTE EN CONSTRUCTION AU PIED DE SAINT-ENNEMOND / DEBUT ANNEES 60

_ L’autoroute A47 et le projet A45 La réalisation de l’autoroute A47 fut longue compte tenu des terrains accidentés qu’elle doit traverser, mais aussi de son absence de péage. Les travaux entamés en 1952, il faudra attendre 18 ans pour l’ouverture des deux derniers tronçons. La première inauguration date de 1962 pour la section Saint-Étienne / Saint-Chamond (devenue depuis N88).

SAINt-Chamond / INAUGURATION TRAMWAY ELECTRIQUE / 1906


4 RESEAUX STRUCTURANTS LONGITUDINAUX

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LE GIER

C O N T E X T E S

VOIES FERREES

VILLE RUE D 88

A 47


FRANCHISSEMENTS A47 ET VOIE FERREE

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C O N T E X T E S

ville rue

FRANCHISSEMENTS

A 47


TRACE FUTURE A45

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C O N T E X T E S

A 47

BANDE DES 300m

FUTURS ECHANGEURS


D’une longueur totale de 30,4 km, l’autoroute A47 relie aujourd’hui la bifurcation A7/A46 (dans le Rhône) à l’ouest de Saint-Chamond. Sa mise en service initiale (hors tronçon Saint-Étienne / Saint-Chamond) s’est effectuée en deux temps : 1964 pour le premier tronçon long de 8,65 km allant de Saint-Chamond à Rive-de-Gier et 1970 pour la traversée de Givors (5,5 km)et pour la section entre Rive-de-Gier et Givors-ouest (8,75 km). L’A47 est de ce fait une des plus anciennes autoroutes de France et ses dysfonctionnements sont nombreux, notamment dans la première portion mise en service. Un quatrième tronçon, long de 7,5 km, a été inauguré plus tardivement, fin 1991, et permet le contournement de Saint-Chamond. L’A47 est une autoroute non concédée. L’autoroute A47 est aujourd’hui une voie rapide dangereuse aux caractéristiques inadaptées pour faire face au fort trafic qu’elle supporte (plus de 70 000 véhicules/jour sur certains tronçons). De plus, compte tenu des budgets modestes disponibles, aucune rénovation poussée n’a été menée à l’est de Saint-Chamond depuis l’ouverture de l’autoroute. Aujourd’hui l’autoroute A47 apparaît comme une infrastructure vieillissante et dangereuse. De plus, elle s’est imposée sans ménagement aux communes de fond de vallée, créant une véritable coupure dans les territoires urbains de la vallée.

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C O N T E X T E S

Elle ne répond plus aux besoins du territoire, comme frappée d’obsolescence dont les raisons sont les suivantes : vétusté d’une infrastructure qui n’est plus aux normes de sécurité, difficulté topographique et difficulté de traversée d’un contexte en partie urbain qui a induit un tracé sinueux et accidenté, coupure urbaine et accès inadaptés, augmentation du trafic routier et saturation, difficulté technique d’élargissement. Face à ce diagnostic sévère, la DDE de la Loire a entamé une requalification technique de l’infrastructure, des travaux ont été menés visant à une amélioration des conditions de circulation par une mise aux normes de sécurité : bande d’arrêt d’urgence, rectifications ponctuelles du profil et du tracé (virage de Corbeyre à Lorette par exemple), …

deux études parallèles pour le désengorgement de la vallée du Gier, une première sur la capacité d’élargissement de l’actuelle A47 et une seconde sur la création d’une nouvelle infrastructure. La seconde hypothèse a été retenue. Cette future infrastructure est l’objet d’un débat virulent entre ses défenseurs (notamment les investisseurs économiques, les chambres de commerce et d’industrie de Lyon et Saint-Étienne, le conseil général de la Loire et Saint-Étienne Métropole pour ne citer qu’eux) et ses adversaires (les écologistes, les riverains, …). Mais quoi qu’il en soit, si l’Etat continue de porter le projet, la nouvelle autoroute devrait voir le jour. L’étude sur l’A45 est très avancée, le dossier Avant Projet Sommaire (dossier technique) est presque achevé. Le ministre des Transports, de l’Equipement du Tourisme et de la Mer M.Perben a approuvé le 6 juillet 2006 les études d’APS. Une enquête publique doit être menée fin 2006 avant que le conseil d’Etat en statue sur l’utilité publique de l’opération vers 2008. Les phases suivantes concerneront alors le choix d’un concessionnaire, la réalisation par ce dernier de l’avant-projet autoroutier, des acquisitions foncières puis des travaux, prévus pour une durée de 4 à 5 ans. Une mise en service de l’autoroute en 2015 est envisagée. Son tracé, choisi parmi seize scenarii envisagés, traverse les coteaux du Lyonnais au nord de la vallée du Gier (tel que défini par le fuseau des 300 mètres) et s’appuie sur le principe de contournement des villages. Longue de 52 km, l’A45 sera réalisée à 2x2 voies (extensible en 2x3 voies), les raccordements aux extrémités se feront avec l’A72 et le contournement ouest de Saint-Étienne sur la commune de la Fouillouse et avec l’actuelle A450 à Brignais (un éventuel embranchement avec le futur contournement ouest de Lyon est à l’étude). Cinq points d’accès sont prévus qui sont, outre les deux extrémités précédemment citées, à l’Est de Saint-Étienne dans la vallée de l’Onzon avec la RD3, à hauteur de Saint-Chamond avec l’A47et à hauteur de Rive de Gier avec l’A47 par la RD42.

GIVORS / ZONE COMMERCIALE EN BORDURE DE L’A47

RIVE DE GIER / LOGEMENTS ET BALCONS DONNANT SUR L’AUTOROUTE

_ La voie ferrée de Saint-Étienne à Lyon Mais le fait essentiel concernant l’infrastructure autoroutière est le projet de création d’une nouvelle autoroute ente SaintÉtienne et Lyon, l’A45 qui devrait voir le jour à l’horizon 2015. Il s’agit d’un dossier né en 1994 et qui menait alors

La ligne ferroviaire entre Saint-Étienne et Lyon, l’une des premières lignes commerciales de France datant de 1830, est aujourd’hui la première ligne TER de France,

RIVE DE GIER / LE VIADUC AU-DESSUS DE LA VILLE


avec environ 14000 passagers par jour. En progression constante, sa fréquentation a augmenté de 23% de puis 1996.

bourgs et faubourgs anciens du XIXe, est souvent vétuste et délabré. Elle n’est plus le lieu privilégié des implantations commerciales. On l’affuble du surnom de « rue sans joie ».

En 2003, la circulation journalière de TER (deux sens) est de 39 liaisons entre Saint-Étienne et Lyon Part Dieu et de 47 entre Saint-Étienne et Lyon Perrache. Le matin vers Lyon, en période de pointe, on dispose pratiquement d’un train toute les 10mn dans la vallée du Gier. Le temps moyen d’un trajet entre Saint-Étienne et Lyon Part Dieu est d’environ 50mn.

Sa fréquentation automobile est en revanche en constante augmentation, due notamment au développement pavillonnaire sur les coteaux qui entraîne l’apparition de nœuds au contact des départementales provenant des coteaux. En effet, à cause d’un manque évident de transversalités de coteaux à coteaux, la départementale D88 reste la voie incontournable du fond de vallée, elle permet entre autres l’accès à l’autoroute A47.

La voie ferrée est implantée à flan des coteaux du Pilat, au sud de la vallée. Elle reprend en grande partie le tracé original de 1830. Elle longe nombre des grandes emprises industrielles du fond de vallée, par exemple le site d’Assailly à Lorette ou les Etaings à Rive de Gier / Chateauneuf. La progression de la fréquentation devrait se poursuivre, elle bénéficiera d’améliorations techniques réduisant et fiabilisant la durée du trajet, du prolongement de TER jusqu’à Firminy. _ La route départementale D88 / « Ville rue »

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C O N T E X T E S

La D88 est la colonne vertébrale du fond de vallée. Elle reprend le tracé de l’ancienne route royale de Lyon à Toulouse. Cette route est le premier vecteur important d’urbanisation dès le XVIIIe siècle, en relation avec le Gier dont la pureté des eaux étaient recherchée par les armuriers notamment. Les premiers noyaux importants d’urbanisation de la vallée se sont développés le long de cette route royale, c’est le cas notamment des communes de Saint-Chamond et Rive de Gier. Au fur et à mesure du développement de la vallée du Gier entre Saint-Chamond et Rive de Gier, la route royale qui deviendra plus tard la départementale D88 conservera ce rôle d’axe structurant majeur du fond de vallée, c’est son tracé notamment qu’empruntera le tramway à la fin du XIXe siècle. Elle relie entre elles les communes du fond de vallée par leurs centres bourgs, elle est une artère commerçante qui articule les espaces publics importants des communes de la vallée. Aujourd’hui, la route départementale D88 est avant tout un axe de communication très fréquenté, notamment entre Saint-Chamond et Rive de Gier où plus de 12000 véhicules circulent par jour. Le bâti qui la borde, composé des

LA MORPHOLOGIE D’UN CONTINUUM URBAIN / UN MANQUE DE TRANSVERSALITE

lorette / VOIE FERRE LE LONG DE LA HALLE MAVILOR

La vallée du Gier présente la morphologie d’un continuum urbain de Saint-Chamond à Rive de Gier, un long faisceau urbanisé en fond de vallée concentrant les réseaux de communication et les activités humaines. Au cœur de cette conurbation, la consommation de l’espace par les réseaux et par l’activité industrielle a généré de nombreux interstices et délaissés urbains. L’étroitesse du fond de vallée et l’imbrication chaotique de l’habitat, des industries et des réseaux avec les nuisances que cela comporte font de ce fond de vallée un lieu déprisé au profit des coteaux à l’environnement bucolique terre d’accueil idéale du fantasme pavillonnaire. Comme montré précédemment, on peut observer deux phénomènes liés (voir chapitre Vers une disparité sociale et spatiale grandissante) : d’une part la décroissance du fond de vallée industriel densément urbanisé et d’autre part l’expansion pavillonnaire sur les coteaux. Le développement de la vallée se fait désormais en direction des coteaux, sans logique aucune (quelle soit urbaine ou paysagère) et au risque d’affaiblir encore plus le fond de vallée et les centres bourgs qui concentrent pourtant les services et les équipements majeurs.

RD 88 AU NIVEAU DE LA ZONE COMMERCIALE DE LA MALADIERE

RD 88 A L’HORME


HETEROGENEITE DU BATI DE FOND DE VALLEE

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C O N T E X T E S

HABITAT

CENTRES COMMERCIAUX

ANCIENNES INDUSTRIES

MARCHES

NOUVELLES INDUSTRIES

EQUIPEMENTS SPORTIFS

EQUIPEMENTS PUBLICS/SANTE/SCOLAIRE


Le développement urbain de ces vingt dernières années en direction des coteaux met aussi en évidence le problème de transversalité qui touche la vallée. Comme expliqué dans le chapitre précédent (Quatre réseaux longitudinaux structurants), la concentration des réseaux en un fond de vallée étroit alliée à la difficulté de franchissement de l’autoroute et de la voie ferrée (qui agissent comme des coupures urbaines) et au développement des coteaux entraîne la création de points d’impacts du trafic depuis ces mêmes coteaux sur la départementale D88, engendrant nuisances et difficultés de circulations. Ce manque de liens transversaux de coteaux à coteaux ne concerne pas uniquement la circulation automobile mais aussi les circulations douces (chemins et pistes cyclables) qui sont confrontées aux mêmes difficultés. Dans ce territoire en lanières est-ouest, ce faisceau de réseaux longitudinaux, il apparaît aujourd’hui nécessaire de voir ces voies autrement que dans leur longueur, de les considérer dans leur épaisseur, dans les transversale possibles.

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C O N T E X T E S


5_ UN PAYSAGE POST-INDUSTRIEL ET CONTRASTE « Le voyage de Lyon à Saint-Étienne, en été, est un voyage que doit faire tout amateur de beaux points de vue, des sites animés par le travail et l’industrie de l’homme. Le pays qu’on parcourt a, du reste, une physionomie particulière : les milliers de fourneaux, d’usines, de mines, répandues sur la surface du sol, forment un spectacle curieux ; le sol est couvert d’une poussière noirâtre ; hommes, femmes, enfants, habitations ont cette teinte. On dirait un voyage aux enfers ». Extrait du Guide des voyageurs en France, Richard, 1835

LES ENTITES PAYSAGERES

Dans un premier temps notons la morphologie de la

vallée qui est la suivante : une urbanisation dense en fond de vallée(continuum urbain)- où sont implantées le long du Gier les industries et le long de la D88(ville-rue) l’habitat- et un « mitage » pavillonnaire sur les coteaux Nord et Sud. Même si la limite entre ces deux entités tend à disparaître, le contraste reste encore très fort : un fond de vallée dense et presque illisible s’oppose à des coteaux verdoyants et une urbanisation clairsemé.

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C O N T E X T E S

Dans une seconde approche du territoire, on remarque trois composantes récurrentes du paysage: . les grands éléments de paysage comme le Parc du Pilat ou les terres agricoles des Monts du Lyonnais. Ils offrent un horizon végétal, ou la nature domine avec de grands espaces consacrés à la sylviculture, à l’agriculture ou encore au tourisme vert. . les éléments de continuités que sont les infrastructures (A47, voie ferrée, ville-rue ou le Gier) qui offrent quant à eux un lien puissant au territoire. Ces quatre filaments qui serpentent la vallée, sont une fois en belvédère pour être quelques instants plus tard imbriqués en fond de vallée. Cette impression de longs rubans est d’autant plus fort, notamment pour la ville rue, qui est dès le départ le support privilégié à l’implantation de l’habitat de la vallée. On retrouve cette logique aussi avec le Gier qui se voit bordé d’industries. . les éléments ponctuels comme les friches industrielles, les surfaces commerciales… sont avant tout remarquables par leur emprise sur le tissu urbain de la vallée. Ces trois éléments de l’environnement sont la structure du paysage de la vallée. Le parc du Pilat et les coteaux du Jarez apparaissent comme un écrin de verdure qui vient enrober la vallée. Les grandes infrastructures qui elles filent


en fond de vallée sont comme une colonne vertébrale sur laquelle viennent se fixer des éléments ponctuels notables du paysage. Ainsi on note que ces éléments de structure du paysage ne dépendent pas de la même entité territoriale. En effet, les coteaux jouissent de l’image des Monts du Lyonnais et du Parc Naturel Régional, tandis que le fond de vallée, à l’image un peu noire, a lui été de tous temps support aux échanges entre Lyon et Saint Etienne et à une industrialisation importante. UN PAYSAGE POST INDUSTRIEL Le fond de vallée, longue conurbation, ressemble beaucoup à celle du début de l’âge d’or industriel où les villes sont uniquement concentrées le long du Gier et du Canal maintenant presque totalement recouvert Les grandes emprises industrielles s’entremêlent avec l’habitat. Quand on compare les plans anciens, on retrouve les grands sites industriels, comme l’usine Marrel des Etaings à l’Est, les halles Pasteurs de L’Horme ou encore le Site Assailly-Mavilor à Lorette. La ville-rue présente un habitat souvent dégradé aux façades non ravalées, avec des friches causées par la vacance et la paupérisation de la population. De plus le niveau très bas des loyers ne permet pas aux propriétaires privés de réaliser des rénovations.

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C O N T E X T E S

La perception que l’on a de la ville-rue, ou même du fond de vallée en général est encore très empreint de ce passé industriel, les usines, les cheminées, les halles en sont autant de témoins. Ces énormes usines affirment leur présence au milieu d’un habitat délabré, inadapté aux besoins actuels des habitants. L’approche visuelle de ce territoire se fait essentiellement selon trois axes majeurs : par l’A47 le long des coteaux du Jarez et des monts du lyonnais, par le rail le long des coteaux du Pilat et par la RD 88 traversant les centres des communes du fond de vallée. Une étude menée par une équipe d’urbanistes et de paysagistes en 1999 (Vers un schéma de restructuration paysagère de la vallée, Atelier du rempart) révélait qu’au travers de trois approches différentes (RD88, autoroute et voie ferrée) les constats étaient les mêmes, à savoir :

. des espaces urbains confus . des friches industrielles bâties ou non bâties . des unités industrielles en déclin (sites sous-utilisés, mal ou pas entretenus) . des friches urbaines : bâtiments d’habitation abandonnés . des rues et des bâtiments d’habitations délabrés . des sites de décharge, de dépôt, de délaissés . des implantations sans règle d’activités diverses : notamment des surfaces commerciales L’image de la vallée du Gier, ancien grand corridor industriel, n’est pas loin mais il manque aujourd’hui au tableau la fumée des usines qui mêlait chaque endroit de la vallée. Aujourd’hui la fumée s’est dissipée et laisse apparaître un tissu urbain très confus. Avant reconnu par l’ampleur des structures industrielles qui traduisait une certaine puissance au niveau national, ces volumes sont aujourd’hui écrasants, étouffants.

ENTREE DU DEPARTEMENT DE LA LOIRE ET CHEMINEE DES ETAINGS

RAPPORTS D’ECHELLES, CONTRASTE, SYMBOLES Que l’on aborde la vallée par l’autoroute, par la départementale ou par la voie ferrée, on ne peut être qu’interpellé par l’ampleur et la puissance physique des sites industriels qui s’offrent à notre regard et par l’extrême complexité du territoire que l’on traverse, au tissu hétérogène et éclaté producteur d’imbrications singulières entre habitat, activités et flux. Dès l’entrée du département, par la commune de Chateauneuf, le site des Etaings et sa cheminée de 108m de haut, s’imposent à nous comme un premier signe, un symbole fort de l’héritage industriel de la vallée. Ce qui est remarquable, c’est que la cheminée des Etaings a son pendant à Saint-Chamond sur le site Giat, marquant l’entrée de la vallée depuis Saint-Étienne. La vallée du Gier ligérienne (de la Loire) est donc un fin ruban tendu entre ces deux évènements verticaux, ces deux permanences rappelant que ce territoire fut autrefois puissant et riche d’hommes et de machines.

L’HORME / IMBRICATION DE MAISONS DE VILLE ET D’USINES

Le site des Etaings mérite une attention particulière. Avec Giat, il est en superficie le plus important de la vallée. Sa situation en proue de Rive de Gier quand on arrive de Lyon et sa configuration en plateforme (comme une île entre Gier et voie ferrée) constituent en général la première image que VUE DE LA VALLEE DEPUIS ASSAILLY VERS RIVE DE GIER


l’on a de la vallée (partie ligérienne) et du département de la Loire. Cette première image peut faire l’effet d’un choc et rester tenace, d’imposantes carcasses recouvertes de tôle, de la fumée et du bruit, des tas d’immondices et de résidus, l’entrée en matière est délicate. Sans souci aucun des abords du site et de la vue qu’il offre aux voyageurs et aux habitants, le mastodonte peut effrayer...

ECHELLES / SITE GIAT A SAINT-CHAMOND

Les rapports d’échelles qu’offre ce tissu urbain complexe qui mêle habitat et activités sont symboliques de l’histoire finalement assez récente de l’urbanisation de la vallée qui s’est faite autour de la fulgurance de l’ère industrielle et de ses développements, contrainte par un relief particulier avec un fond de vallée étroit et des réseaux de communication concentrés. En résultent des imbrications étonnantes où des maisons de ville côtoient (voire partagent) via leur jardin des emprises industrielles imposantes, où un ensemble d’immeubles de logement des années 60/70 surplombe des usines, où une autoroute a un jour traversé une villes en son presque centre (Saint-Chamond)… A cette imbrication déjà délicate d’habitat et d’usines tenue par un fragile équilibre sont venues se rajouter ensuite les surfaces commerciales et leurs enseignes et le pavillonnaire de masse, dernière phase d’urbanisation et entrée dans l’ère du « sans règle » précise d’implantation et de logique urbaine… LES COTEAUX, EXPANSION PAVILLONAIRE

ECHELLES / HALLES DE COUZON A RIVE DE GIER

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C O N T E X T E S

L’HORME / VUE PANORAMIQUE AVEC LOTISSEMENT RECENT AU PREMIER PLAN

La phase nouvelle qui est apparue depuis une vingtaine d’années, c’est le développement de l’urbanisation de la vallée sur les coteaux. On peut facilement relever ce phénomène d’étalement urbain sur les coteaux nonobstant le caractère urbain de la vallée, marqué par une importante consommation foncière de terrains anciennement agricoles des coteaux par de l’habitat clairsemé. Avec un développement en pleine croissance et sans règle générale d’implantation, les coteaux sont pris d’assaut par les catégories socioprofessionnelles moyennes et supérieures qui dès qu’elles le peuvent «se paient» un petit pavillon et un bout de terrain. Cette tendance s’est vraiment accentuée ces dernières années, à un point tel que même si la population du fond de vallée est en chute, la population globale de la vallée elle reste en hausse.


paysage / vue panoramique sur lES COMMUNES DE LORETTE ET RIVE DE GIER DEPUIS LE MONT DU FEU

paysage / vue panoramique sur le debut de la vallee du gier a saint-CHAMOND

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C O N T E X T E S


paysage / vue panoramique sur la commune de l’HORME ET LES COTEAUX DU PIALT DEPUIS LE LIEU-DIT LES COTES

paysage / vue panoramique sur l’ENTREE DU DEPARTEMENT DE LA LOIRE AU NIVEAU DE CHATEAUNEUF / RIVE DE GIER

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6_ MEMOIRE, IDENTITE, HERITAGE

MEMOIRE COLLECTIVE « Si, entre les maisons, les rues, et les groupes de leurs habitants, il n’y avait qu’une relation toute accidentelle et de courte durée, les hommes pourraient détruire leurs maisons, leur quartier, leur ville, en reconstruire, sur le même emplacement, une autre, suivant un plan différent ; mais si les pierres se laissent transporter, il n’est pas aussi facile de modifier les rapports qui se sont établis entre les pierres et les hommes. Lorsqu’un groupe humain vit longtemps en un emplacement adapté à ses habitudes, non seulement ses mouvements, mais ses pensées aussi se règlent sur la succession des images matérielles qui lui représentent les objets extérieurs. Supprimez, maintenant, supprimez partiellement ou modifiez dans leur direction, leur orientation, leur forme, leur aspect, ces maisons, ces rues, ces passages, ou changez seulement la place qu’ils occupent l’un par rapport à l’autre. Les pierres et les matériaux ne vous résisteront pas. Mais les groupes résisteront et, en eux, c’est à la résistance même sinon des pierres, du moins de meurs arrangements anciens que vous vous heurterez ». « Il faut renoncer à l’idée que le passé se conserve tel quel dans les mémoires individuelles, comme s’il en avait été tiré autant d’épreuves distinctes qu’il y a d’individus. Les hommes vivant en société usent de mots dont ils comprennent le sens : c’est la condition de la pensée collective. Or, chaque mot (compris) s’accompagne de souvenirs et il n’y a pas de souvenirs auxquels nous ne puissions faire correspondre des mots. Nous parlons nos souvenirs avant de les évoquer ; c’est le langage et c’est tout le système des conventions sociales qui en sont solidaires, qui nous permettent à chaque instant de reconstruire notre passé ».

Les pierres de la cité. Maurice Halbwachs (La Mémoire collective, PUF, 1968)

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Les études de Maurice Halbwachs sur la mémoire collective posent la question du rôle de l’espace dans la vie du groupe. La mémoire individuelle dépend d’une communauté affective. L’oubli, indissociable pendant de la mémoire, provient plus d’un détachement à l’égard du groupe que du phénomène d’usure d’un individu. Halbwachs opère le même type de raisonnement pour la mémoire collective, « courant de pensée continue qui ne retient du passé que ce qu’elle est capable de vivre et qui est encore vivant ». Pour lui, la mémoire est une reconstruction, « reconstruction du passé qui adapte l’image des faits anciens aux croyances et besoins spirituels du moment ». Cette reconstruction peut prendre soit la forme d’un morcellement (plusieurs lieux correspondent à un souvenir), soit une concentration (un seul lieu rassemble plusieurs souvenirs). Dans chaque cas, elle contribue à renforcer l’identité du groupe.


ASPECT IDENTITAIRE La fonction et la place du concept d’identité dans la constitution du patrimoine comptent pour beaucoup dans son intégration aux biens collectifs. Le concept d’identité culturelle est ambigu : il implique deux notions contradictoires, ouverture ou repli. Le besoin d’identité est ainsi ambivalent, car il entraîne pour un groupe soit l’envie de connaître « l’autre », soit à l’opposé le repli sur soi donc par extension le refus du même « autre ». L’identité renferme deux sens qui sont en tension : d’une part l’identité par identification à l’autre, et d’autre part l’identité comme caractère de l’unicité. Un équilibre doit s’établir entre les deux, entre ce qui me rend semblable à l’autre et ce qui me rend unique. L’identité n’est pas un concept figé, elle n’est pas donnée une fois pour toute, elle se construit, elle se transforme. Elle s’inscrit dans un mouvement perpétuel, à la fois selon des dimensions spatiales mais aussi temporelles, ancré toutefois sur des valeurs communes et partagées. En d’autres termes, l’identité ne va pas sans l’altérité. La notion d’héritage (nous employons le terme héritage plutôt que patrimoine qui nous semble trop «figé »)  , dans sa double dimension de transmission et de projet, peut être un instrument puissant de « cette construction d’une identité et d’un imaginaire communs  TRANSMISSION

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La mémoire collective se construit, se transmet, notamment sur la base de choses matérielles. L’image et la symbolique du monument rappellent une appartenance à quelque chose de commun de connu et de reconnu, d’une allégorie qui fait lien. Patrimoine et transmission vont de pair. Pierre Nora définit la transmission comme étant « le terme régulateur et ordonnateur en raison d’une triple portée, matérielle, diachronique et politique ». Matérielle, car il s’agit d’un changement d’appartenance, de la transmission d’un bien d’une génération à une autre. Diachronique, elle se rapporte à des temps différents, associe le passé au présent et au futur dans une lignée continue et évolutive, sorte de lien entre les morts et les vivants. Politique, elle se lit comme un projet à long terme, donc transmissible pour son accomplissement, garantie de la survie d’une identité collective donc élément de stabilité pour un groupe.

« Les sociétés se maintiennent parce qu’elles sont capables de transmettre d’une génération à une autre leurs principes et leurs valeurs. A partir du moment où elles se sentent incapables de rien transmettre, ou ne savent plus quoi transmettre et se reposent sur les générations qui suivent, elles sont malades ».

Claude Lévi-Strauss. HERITAGE Deux siècles d’histoire industrielle ont façonné le paysage de la vallée, marqué par les survivances matérielles d’une activité autrefois foisonnante. En résultent aujourd’hui des sites industriels (dont certains sont encore dévolus à l’activité industrielle) d’une grande richesse et variété. Ils sont les témoins physiques mais « muets » de l’histoire de la vallée, des points de repère dans le paysage (notamment les cheminées).

rive de gier / joutes sur le bassin du canal / 1908

Ces permanences physiques, ces points reliés entre eux par une riche histoire commune, peuvent devenir le support d’une réflexion nouvelle sur la vallée et son territoire. S’interroger sur l’héritage industriel de la vallée du Gier, c’est s’interroger sur le territoire et son devenir, c’est imaginer des pistes de recherche pour son développement, c’est aussi émettre l’hypothèse que le « passé » (pas au sens d’un passé figé, sans vie, mais plutôt comme source de potentialité) peut être le terreau fertile d’un projet d’avenir, une base symbolique d’interrogation sur l’identité de la vallée. L’héritage industriel s’inscrit dans l’histoire, dans la durée, et relie le passé au présent pour préparer le futur. Il intègre un ancrage culturel important, notion d’héritage collectif, qui sous-entend l’aspect identitaire de la question, et en corrélation avec le facteur temps l’idée de transmission. Comment avoir en effet un avenir sans passé ? Prendre conscience du passé (sans tomber pour autant dans une nostalgie douteuse), c’est permettre la construction de l’individu et de son identité.

SAINt-Chamond / femmes travaillant dans une usine pyrotechnique / 1900

rive de gier / artisans verriers : verrerie des vernes / VERS 1900


QUELLE VERTE

ETAIT MA VALLEE !

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D I A G N O S T I C + E N J E U X

DIAGNOSTIC + ENJEUX


1_ LES ACTEURS DU TERRITOIRE

Afin

de comprendre les politiques engagées sur le territoire de la vallée du Gier, une rapide présentation des acteurs du territoire s’impose. En effet, de nombreuses réflexions sont menées sur le territoire de la vallée du Gier, que ce soit au niveau des grandes politiques territoriales (infrastructures, aménagement du territoire), du développement économique ou de l’héritage industriel, et il est nécessaire de connaître le rôle des différents acteurs et les synergies existantes. LE RESEAU PATRIMOINE / PATRIMOINE INDUSTRIEL DE SAINT-ETIENNE ET SES QUATRE VALLEES

Le Réseau Patrimoine a été créé il y a un an environ à l’initiative de 4 institutions : EPURES (agence d’urbanisme de la région stéphanoise), la DDE Loire, EPORA (établissement public foncier de l’Ouest Rhône-Alpes) et du Musée de la mine (dont le conservateur est Philippe Peyre), en association avec l’école d’architecture de SaintÉtienne (EASE).

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D I A G N O S T I C + E N J E U X

A l’origine de la création du Réseau Patrimoine, un texte fondateur, le « manifeste des 5 directeurs », cosigné par les directeurs des cinq établissements cités ci-dessus en faveur d’une démarche « Art, Paysage et Territoire » dans la région stéphanoise. Ce « manifeste » a pour objectif de «poser les bases de référence de nos démarches diverses et variées, visant à articuler les questions du patrimoine industriel, du paysage, et de l’implication de la création contemporaine dans ces territoires exceptionnels […] démarche ouverte, et démarche qui construira son sens dans la confrontation avec le réel, et ses contraintes objectives, et intérêts parfois divergents en présence […]Les cinq signataires de cet appel sont prêts à s’impliquer et à impliquer leurs équipes dans la construction de cette démarche, qui vise le passage à l’acte et qui nécessitera une mobilisation d’autres acteurs et la validation des instances décisionnelles […] Le partage de cette démarche par les élus et par les populations sera une condition indispensable pour sa concrétisation» (extrait du « manifeste des 5 directeurs »). A la base, il s’agit d’un site internet interactif, avec forum de discussion où les internautes peuvent soumettre des articles sur le patrimoine industriel aux membres du réseau. C’est un site d’échange d’informations, de connaissance.


Pour le moment, le Réseau Patrimoine sert surtout à collecter l’information, la connaissance, notamment autour de « l’inventaire des 100 sites » réalisé par le Musée de la mine avec le concours d’étudiants de l’école d’architecture de Saint-Étienne (EASE). Ensuite, une association a été créée, appelée PISE4V (voir le chapitre consacré aux statuts de l’association), patrimoine industriel de Saint-Étienne et ses quatre vallées (Ondaine, Furan, Gier, Semaine). La première assemblée générale s’est tenue en janvier 2005. Il s’agit d’agir comme un groupe d’influence vis-à-vis de la scène politique locale peu concernée à vrai dire par le patrimoine industriel, en somme de faire du lobbying auprès des décideurs, de faire comprendre aux élus et collectivités que le patrimoine industriel de leurs villes peut être porteur de développement local. LA DIRECTION DEPARTEMENTALE DE L’EQUIPEMENT DE LA LOIRE (DDE)

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D I A G N O S T I C + E N J E U X

Au départ, la DDE de la Loire est gestionnaire de l’autoroute A47 (Saint-Étienne / Lyon via la vallée du Gier) et du projet de requalification lancé il y a trois ans, au moment de l’arrivée d’un nouveau directeur à la tête de la DDE Loire, Olivier Frérot. Autour de ce projet de requalification, la réflexion des équipes de la DDE s’est étendue à la dimension territoriale de la vallée du Gier, lieu marqué par une riche histoire des réseaux de transport (chemin de fer, canal, autoroute) et de la gestion de l’eau (activité industrielle autour du Gier). Le champ d’investigation s’est donc élargit à l’histoire industrielle de la vallée. L’idée pour la DDE est d’engager une réflexion à l’échelle de la vallée sur la requalification de l’A47, en lien avec cette riche histoire industrielle, autour de trois thèmes, « Art, Paysage, Patrimoine ». C’est la raison de l’intérêt de la DDE sur la question de l’héritage industriel du bassin stéphanois et donc de son implication au sein du Réseau Patrimoine (voir chapitre Réseau Patrimoine). Outre le projet de requalification de l’autoroute A47, la DDE de la Loire est évidemment un acteur important des études et de la concertation menées dans le cadre de la future A45.

L’ETABLISSEMENT PUBLIC RHONE-ALPES (EPORA)

FONCIER

DE

L’OUEST

L’EPORA est un établissement public foncier créé en 1998 par décret d’Etat, qui rassemble environ 25 personnes. Il est basé à Saint-Étienne. Il a pour mission le recyclage du foncier et une large part de son activité est consacrée aux friches industrielles. Il a pour partenaires habituels les collectivités territoriales (conventions) et l’agence d’urbanisme de l’agglomération stéphanoise EPURES. _ Fonctions / Attributions EPORA est un opérateur foncier, qui agit, mandaté par une commune ou un syndicat intercommunal. Il opère de la façon suivante : 1. achat de foncier dégradé 2. requalification du site 3. revente (à 40% du prix de revient) . soit à la commune . soit à un opérateur privé avec l’accord de la commune _ Cadre d’intervention EPORA agit principalement comme maître d’ouvrage. Mais il peut aussi être mandaté pour des études de cadrage pour opérations foncières et fait de la prospective. _ Objectif Préparer, reconvertir des sites dans l’objectif de réaliser des projets. EPORA initie des réflexions sur l’urbanisme, le développement, l’aménagement. _ Financement . Etat : FNADT (fonds nationaux d’aménagement et de développement du territoire), FRED (fonds de restructuration de la défense), … . Région Rhône-Alpes . Europe (jusqu’en 2006, type FEDER, Fonds Européens pour le Développement Economique Régional) . Fonds propres . Levée d’impôts (taxe spéciale d’équipement prise dans les taxes locales) . Emprunts (permettent de gagner du temps pour mener des opérations)

La prise en compte d’EPORA sur la question de l’héritage industriel est récente. Longtemps, ils ont été taxés de « démolisseurs » car ils rasaient les friches de manière systématique dans leurs opérations (à la demande des municipalités faut-il préciser). Mais depuis trois ans et la nomination d’un nouveau directeur, Stephan Musika, EPORA a entrepris une démarche plus raisonnée sur ces vestiges de l’ère industrielle. Ils sont ainsi très impliqués au sein du Réseau Patrimoine. Actuellement, EPORA mène plusieurs projets et études sur d’anciens sites industriels de la vallée du Gier : . site GIAT à Saint-Chamond, 70 hectares dont le projet a été confié à Latz and Partners (connu notamment pour leur intervention dans la Ruhr, Landschaft Park) . site Pasteur à l’Horme, 10 hectares . site Adèle Bourdon à Lorette, comprenant la halle Mavilor . site VMC (anciennement verrerie BSN) à Givors, 10 hectares En parallèle, des études prospectives sont menées sur des sites en mutation : . la verrerie à Rive-de-Gier (la verrerie Bormioli, longtemps menacée, vient d’être reprise, les emplois sont donc momentanément saufs, mais l’emprise reste démesurée par rapport à l’activité restante) . le quartier Couzon à Rive-de-Gier . l’usine Marrel en centre ville de Rive-de-Gier La méthode employée par EPORA sur ces sites est de travailler sur l’offre plutôt que sur la demande (renverser la problématique). Un peu à l’instar de ce qui a été mené dans la Ruhr avec l’IBA Emscher Park (toutes proportions gardées), il faut préparer d’abord le territoire. Il faut intéresser les partenaires publics (région…) et privés par des actions plutôt que par des discours. Sans projet, pas de subventions. SAINT-ETIENNE METROPOLE A l’origine communauté de commune à sa création en 1995 avec 22 communes adhérentes, Saint-Étienne Métropole est devenue communauté d’agglomération le 1er janvier 2001.


La communauté d’agglomération de Saint-Étienne Métropole se compose aujourd’hui de 43 communes (dont les communes de la vallée du Gier) pour une population totale d’environ 390 000 habitants. Elle constitue la 2e agglomération de Rhône-Alpes, la 6e communauté d’agglomération de France. Se rassembler pour mener à bien des actions qu’une commune seule ne pouvait réaliser, tel est l’enjeu de SaintÉtienne Métropole. Ses missions sont les suivantes (source : site internet de la communauté d’agglomération) :     . Aménagement du territoire et déplacements : une stratégie de développement du territoire qui s’appuie sur une politique de l’habitat ambitieuse, un développement des grandes infrastructures, une reconquête des paysages. . . Environnement et cadre de vie : des actions pour la protection de l’environnement (air, rivières, déchets,…) intégrant la dimension « développement durable ».

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D I A G N O S T I C + E N J E U X

. Enseignement supérieur et éducation : la mise en cohérence de l’enseignement supérieur avec les milieux industriels et la recherche, la création de nouvelles formations. . Développement économique : la mise en place d’une politique volontariste d’aide aux entreprises et d’acceuil afin de renforcer l’attractivité du territoire. . Equipements sportifs et culturels : prise en charge des équipements d’intérêt communautaire (stade Geoffroy Guichard et Musée d’Art Moderne), gestion de projets d’envergure comme le Centre International du Design à Saint-Étienne ou le patrimoine Le Corbusier à Firminy. Dans le cadre de ces missions, Saint-Étienne Métropole est en particulier en charge du Plan de Déplacements Urbains (PDU) et du Plan Local d’Habitat (voir chapitre 4_Politiques et orientations de Saint-Étienne Métropole). La communauté d’agglomération finance ses projets en partie grâce à une dotation globale de fonctionnement (DGF) versée par l’Etat de 56 950 000 euros, une taxe professionnelle unique (TPU) de 90 940 000 euros et

diverses autres recettes dont celles des transports urbains et le versement transport. Son budget global est d’environ 330 millions d’euros, dont 110 millions d’euros attribués à l’investissement (les 220 millions restant servent au fonctionnement). Mais si la communauté d’agglomération prend une place de plus en plus importante et présente un poids démographique conséquent, il est nécessaire d’indiquer que Saint-Étienne Métropole reste un acteur « jeune » du territoire, un outil encore trop peu structuré (compétences limitées) et avec des moyens relativement faibles (voir budget ci-dessus). Ainsi, elle ne pourrait jouer, dans l’hypothèse d’un projet de territoire sur la vallée du Gier, qu’un rôle d’accompagnement. Sa capacité d’investissement et structurelle est en effet trop limitée pour assumer la maîtrise d’ouvrage générale d’un grand projet de territoire. De plus, les lourds investissements déjà consentis et à venir notamment sur les grands projets de Saint-Étienne, à savoir le Zénith et le Centre International du Design, ont lourdement endetté la structure.


2_ LA DIRECTIVE TERRITORIALE D’AMENAGEMENT (DTA) DE L’AIRE METROPOLITAINE LYONNAISE

CROISSANCE URBAINE DE L’AIRE METROPOLITAINE LYONNAISE DEPUIS 50 ANS

I

l s’agit d’un document de planification sous maîtrise d’ouvrage de l’Etat et qui couvre l’aire métropolitaine lyonnaise, composée de cinq entités : la Communauté Urbaine de Lyon (Grand Lyon) qui compte 55 communes, la communauté d’agglomération de Saint-Étienne Métropole qui comprend 43 communes englobant les vallées du Gier et de l’Ondaine, le Syndicat d’Agglomération de l’Isle d’Abeau, la communauté d’agglomération du Pays Viennois et la communauté de communes de l’agglomération de Villefranche. Il s’agit d’un territoire présentant une organisation institutionnelle complexe, à cheval sur quatre départements (Loire, Rhône, Ain et Isère) dont « les limites constituent des frontières administratives et politiques vivaces, de part et d’autre desquelles les coopérations ne vont pas de soi, alors que les pratiques quotidiennes des habitants et des entreprises les transcendent depuis longtemps » (extrait du projet de DTA, septembre 2004). La DTA est actuellement en phase finale d’approbation (elle devrait intervenir fin 2006).

+

Le périmètre de la DTA délimite ainsi un territoire de près de 450 000 hectares, regroupant 382 communes de quatre départements. Il concerne environ un million d’emplois et 2.3 millions d’habitants, soit 40% de la population totale de la région Rhône-Alpes installée sur 10% du territoire (soit une densité moyenne de 500 habitants / km²). L’aire métropolitaine lyonnaise est un territoire urbain, 80% de sa population vit dans des unités urbaines de plus de 10000 habitants. La DTA définit 7 objectifs prioritaires pour l’aire métropolitaine lyonnaise : . Soutenir les fonctions de commandement et de rayonnement de la métropole lyonnaise . Développer la plateforme multimodale de SaintExupéry . Reconquérir les territoires en perte d’attractivité . Améliorer le cadre de vie et lutter contre l’étalement urbain . Favoriser les transports en commun . Conserver et valoriser les espaces naturels et agricoles

E N J E U X

Cette directive territoriale d’aménagement est un pas important pour le développement du Sud Loire. L’inscription du Sud Loire dans l’aire métropolitaine lyonnaise apparaît en effet comme un signe fort de l’engagement de l’Etat, dont les enjeux pour le Sud Loire sont développés au sein du SCOT Sud Loire.

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D I A G N O S T I C

1955

1990

1975

1999


3_ LE SCHEMA DE COHERENCE TERRITORIALE (SCOT) SUD-LOIRE / ENJEUX DE L’ETAT

Le SCOT Sud Loire est un document de planification sous

maîtrise d’ouvrage des collectivités locales, via le syndicat mixte du Scot Sud Loire créé en mai 2004. il couvre 117 communes dont les communautés d’agglomération de Saint-Étienne Métropole, Loire Forez, la communauté de communes du pays de Saint-Galmier, le secteur du Haut Pilat, la commune de Chazelles sur Lyon et le secteur du Montbrisonnais. Le projet doit être arrêté fin 2007.

SCOT SUD LOIRE / SCHEMA DE LOCALISATION

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D I A G N O S T I C + E N J E U X

Les travaux d’élaboration de la DTA de l’aire métropolitaine lyonnaise ont montré que pour prétendre se placer au niveau mondial et européen, la métropole lyonnaise se devait : . d’acquérir une taille critique suffisante, notamment en développant ses fonctions métropolitaines et en améliorant l’organisation de son aire d’influence, à la dimension d’une aire urbaine élargie de 2.3 millions d’habitants. . de concrétiser des stratégies d’alliance dans le cadre de « réseaux de ville » de nature et d’échelle diverses (régionale, interrégionale, …). Dans cette perspective l’apport de l’agglomération stéphanoise et plus généralement du Sud Loire apparaît indispensable compte tenu : . de son poids démographique et de son bassin de consommation, avec un apport de 500 000 habitants. . des complémentarités économiques qu’elle développe avec des spécialités à la notoriété grandissante : pôle optique-vision, technologies médicales, expertises liées à la mécanique de pointe et à l’automobile, … . des espaces d’accueil de qualité qu’elle offre à proximité d’une agglomération densément peuplée (Parc naturel régional du Pilat, gorges de la Loire,…) mais aussi des capacités futures d’accueil résidentiel (selon la DTA, plus de 300 000 nouveaux logements sont attendus à l’échéance des 25 prochaines années au sein de l’aire métropolitaine lyonnaise). . des spécialités de pointe développées en matière de services de santé notamment par le CHU de Saint-Étienne et le Centre Hospitalier Privé de la Loire (premier hôpital privé de la région Rhône-Alpes).


INSCRIRE LE LYONNAISE

SUD-LOIRE

DANS

LA

METROPOLE

Avec le SCOT il s’agit de mettre en place les conditions de l’organisation spatiale du projet de développement urbain du Sud-Loire dans le projet global d’organisation de l’aire métropolitaine lyonnaise. Dans la hiérarchie des documents de planification, le SCOT doit être compatible avec la DTA, les PLU doivent être compatibles avec le SCOT. AMELIORER L’ACCESSIBILITE REGIONALE DU SUDLOIRE _ A45 : la future infrastructure doit être une autoroute de transit et non une desserte périurbaine _ régulation et reclassement de l’A47 _ amélioration de la ligne TER _ éviter l’étalement urbain ENJEUX ECONOMIQUES ET SOCIAUX

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D I A G N O S T I C + E N J E U X

_ carence en recherche appliquée et fondamentale _ insister sur les secteurs à fort potentiel innovant _ la tertiarisation de l’économie doit s’appuyer sur une logique d’externalisation de fonctions par les entreprises industrielles : . mettre en place une offre de bureaux . GIAT = opportunité pour le développement de pôles tertiaires en cœur urbain ETALEMENT URBAIN ET SES CONSEQUENCES _ Marquage social de l’espace : dépeuplement, paupérisation des centres anciens + risque d’affaiblissement de la cohésion sociale et des fonctions assurées par la ville-centre _ Impacts écologiques et paysagers de plus en plus forts : banalisation des paysages par la faible qualité des constructions périurbaines, agriculture en régression… _ Protéger l’économie agricole _ Enjeux de structuration de pôles secondaires comme relais de développement : conforter le rôle de Saint-Chamond (GIAT devient stratégique), Rive de Gier est plus tourné vers les dynamiques lyonnaises

ENJEUX DES POLITIQUES DE DEPLACEMENT _ Privilégier le développement de l’urbanisation le long des axes de transports collectifs urbains ou à proximité des gares : opportunités de mutation des quartiers situés autour des gares _ Hypothèse du Tram Train pour la vallée du Gier en relation avec la réflexion du PDU ENJEUX DU RENOUVELLEMENT URBAIN Nécessité d’une reconquête urbaine d’ampleur pour stopper l’hémorragie démographique due à un solde migratoire très déficitaire, crise urbaine doublée d’une crise sociale. Cette situation est renforcée par le manque de réflexion sur les services urbains structurant à l’échelle du Sud-Loire, d’où l’importance de mettre en place les grands axes d’une politique permettant : _ une solidarité de gestion des grands équipements centraux, afin de consolider les offres de service en milieu urbain, en favorisant leur rayonnement sur les territoires périphériques _ le développement de nouveaux équipements _ la définition d’une armature commerciale adaptée ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX ET CADRE DE VIE Organiser sur le long terme la préservation des ressources naturelles et agricoles et les paysages en fonction des choix de développement économique et urbain. La DTA préconise la mise en relation des infrastructures naturelles et la lutte contre l’étalement urbain.


4_ POLITIQUES ET ORIENTATIONS DE SAINT-ETIENNE METROPOLE LE CONTRAT DE DEVELOPPEMENT RHONE-ALPES (CDRA) DE SAINT-ETIENNE METROPOLE Le CDRA est un document de programmation contractuelle entre la région Rhône-Alpes et Saint-Étienne Métropole. Signé en 2004, son échéance est fixée en 2008. Les orientations de ce document sont principalement le soutien au développement économique. Le projet s’organise autour de trois axes : . axe 1 : réussir le repositionnement économique du territoire et renforcer sa compétitivité . axe 2 : reconquérir la ville et donner une attractivité nouvelle à l’agglomération . axe 3 : agir pour un développement solidaire, équilibré et durable

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Une action sur les sites stratégiques est inscrite, quatre ont été retenus, principalement à vocation économique. Il s’agit de Métrotech (parc technologique à Saint-JeanBonnefonds), Giat Saint-Étienne (avec notamment le futur Centre International du Design), Giat Saint-Chamond, Châteaucreux (autour de la gare de Saint-Étienne, un pôle d’échanges avec entre autres la future ligne de tramway et le siège social de Casino). LE PLAN DE DEPLACEMENTS URBAINS

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Le plan de déplacement urbain approuvé au printemps 2004 aborde les déplacements de manière globale : articulation urbanisme/transports, transports en commun, réseau de voirie, stationnement, modes doux et de proximité,… Le PDU fait l’objet d’une déclinaison pour chacun des secteurs de l’agglomération, le Plan de Déplacement de Secteur du Gier est validé. Le PDU définit cinq axes d’action prioritaires : . articuler urbanisme et transports : le PDU recommande de structurer le territoire autour des infrastructures et des réseaux de transport existants ou projetés. . hiérarchiser le réseau de voirie : c’est le cas par exemple de la D288 à l’Horme (ex A47) qui doit être requalifiée . développer les transports en commun . organiser le stationnement


. développer les modes doux : favoriser les cheminements piétons et les pistes cyclables en fond de vallée notamment (en milieu urbain dense) LE PLAN LOCAL D’HABITAT Il s’agit d’un document cadre approuvé en décembre 2002 et qui définit les priorités de Saint-Étienne Métropole en matière d’habitat autour de trois axes : . politique foncière en faveur du renouvellement urbain . politique de soutien aux réhabilitations requalifiantes . politique d’aide à l’ingénierie, l’innovation et la qualité de l’habitat SAINT-ETIENNE / PROJET DE CENTRE INTERNATIONAL DU DESIGN ARCH : FINN GEIPEL

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LES SITES STRATEGIQUES, EN COLLABORATION AVEC EPORA SAINT-ETIENNE / PROJET DE ZENITH ARCH : N.FOSTER

D I A G N O S T I C

Au titre de l’aménagement du territoire, Saint-Étienne Métropole et EPORA ont établi une liste de 7 sites stratégiques sur lesquels dans les années à venir doit d’effectuer un travail de recomposition urbaine et paysagère. Ce sont des sites considérés comme à forts enjeux métropolitains. Ce sont des sites soit industriels soit d’entrée de territoire. Ce sont des sites mutables à court ou moyen terme. Parmi ces sites, quatre sont situés dans la vallée du Gier : . site Pasteur à l’Horme . site Adèle Bourdon / Assailly à Lorette . l’entrée Est de l’agglomération, Rive de Gier / Chateauneuf . site Giat à Saint-Chamond

+ E N J E U X

Pour le secteur du Gier, le PLH a identifié les enjeux suivants : . développer l’attractivité résidentielle dans le fond de vallée afin de limiter l’érosion démographique . poursuivre le renouvellement urbain du tissu ancien en traitant les secteurs les plus dégradés . adapter l’offre de logements sociaux dans les grands quartiers d’habitat social (Fonsala, Grand-Pont,…) . maîtriser l’étalement urbain sur les coteaux

SAINT-ETIENNE / CENTRE D’AFFAIRES CHATEAUCREUX ARCH : M.GAUTRAND

L’objectif autour de ces sites stratégiques : « Revaloriser l’image et optimiser le foncier » selon Sylvain Liaume, directeur adjoint Aménagement du Territoire de SaintÉtienne Métropole.


> BILAN / DIAGNOSTIC

FORCES / FAIBLESSES / ENJEUX DU TERRITOIRE

+++ + SITUATION GEOGRAPHIQUE ENTRE LES 2 POLES IMPORTANTS : SAINT-ETIENNE ET LYON + ACCESSIBILITE / INFRASTRUCTURES : SNCF, A47, future A45. . AUTOROUTE : 30mn de LYON / 20mn de SAINTETIENNE . TRAIN : 30mn de LYON / 20mn de SAINT-ETIENNE 2h40 de PARIS (TGV via LYON) + IMPACT DEMOGRAPHIQUE : plus de 80 000 habitants

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D I A G N O S T I C + E N J E U X

+ ACCES PRIVLEGIE VERS ZONES NATURELLES : MONTS DU LYONNAIS / PARC NATUREL DU PILAT = LOISIRS, SPORT, DETENTE + CAPACITE D’ACCUEIL : LOGEMENTS ET ENTREPRISES = DE GRANDS SITES INDUSTRIELS EN MUTATION + RICHE HISTOIRE + HERITAGE INDUSTRIEL (PATRIMOINE) + SAVOIR-FAIRE, COMPETENCES DE LA MAIN D’ŒUVRE : MECANIQUE, METALLURGIE, …

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>>>

- MANQUE ATTRACTIVITE RESIDENTIELLE EN FOND DE VALLEE = SEGREGATION SPATIALE

> OFFRIR DE NOUVEAUX MODES D’HABITER EN FOND DE VALLEE POUR LUTTER CONTRE L’EXPANSION PAVILLONNAIRE SUR LES COTEAUX

- MANQUE DE QUALITES URBAINES ET PAYSAGERES DU FOND DE VALLEE

> PENSER LA VALLEE TRANSVERSALEMENT, DANS SON EPAISSEUR

- EQUILIBRE PAYSAGER MENACE : MITAGE PAVILLONNAIRE SUR LES COTEAUX

> AMELIORER L’ACCESSIBILITE EN FOND DE VALLE : AUTOUR DU TRAM-TRAIN ET DES GRANDS SITES EN MUTATION, DEFINIR DES « POCHES DE DENSITE » CAPBLE D’ACCUEILLIR HOMMES ET ACTIVITES

- DECLIN DEMOGRAPHQUE / DECROISSANCE URBAINE DU FOND DE VALLEE - SECTEUR TERITAIRE SUPERIEUR FAIBLE : MILIEU PEU ATTRACTEUR POUR ACTIVITES A FORTE VALEUR AJOUTEE - PAS D’ALTERNATIVE AU « TOUT AUTOMOBILE », PAS D’ITINERAIRE PIETON OU CYCLISTE

> RECONQUETE / REFONDATION PAYSAGERE DU FOND DE VALLEE AUTOUR DES DELAISSES URBAINS ET DES RESEAUX : IMAGINER DIFFERENTES TEMPORALITES POUR PRATIQUER LE FOND DE VALLEE > PREPARER AVANT TOUT LE TERRITOIRE, ACCEPTER UN IMPACT ECONOMIQUE DIFFERE > L’AUTO-ESTIME DES HABITANTS COMME PREALABLE A TOUT CHANGEMENT > UN RPOJET DE TERRITOIRE COMME UNE TOILE DE FOND POUR PREPARER DEMAIN > UNE VISION, UNE PHILOSOPHIE, UNE STRATEGIE


QUELLE VERTE

ETAIT MA VALLEE !

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L E P A R C D E S D E L A I S S E S

LE PARC DES DELAIS SES


00_ UN TERRITOIRE EN LANIERES GENERATEUR DE DELAISSES URBAINS La vallée présente donc la morphologie d’un territoire découpé en étroites lanières longitudinales prises entre les réseaux. Cette configuration particulière associée à l’imperméabilité relative des deux « grands » réseaux que sont l’autoroute et la voie ferrée et aux nuisances sonores et visuelles qu’ils entraînent ont généré la constitution de délaissés urbains, de franges, de marges et autres résidus et un problème de transversalité nord-sud entre coteaux via le fond de vallée (voir Contextes / Chapitre 4).

c

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L E P A R C D E S D E L A I S S E S

omme analysé précédemment (voir Contextes / 4_ Organisation unidirectionnelle est-ouest historique et structurante), la vallée est structurée par quatre réseaux longitudinaux en fond de vallée : l’autoroute A47, la voie ferrée, la route départementale D88 qui relie les centres bourgs et la rivière Gier. Les quatre réseaux forment ainsi un faisceau étroit dont les contours au nord et au sud sont déterminés par les deux réseaux les plus « extérieurs ». Il se compose de la manière suivante : au nord, à flan de coteaux du Jarez, l’autoroute A47, au sud, à flan de coteaux du Pilat, la voie ferrée, entre les deux en fond de vallée la rivière Gier et la départementale D88 qui sont les deux réseaux historiques de la vallée. Cette disposition varie par endroits, le Gier s’entrecroise ainsi avec l’autoroute à Lorette, la départementale D88 avec la voie ferrée entre Grand-Croix et Rive de Gier. Dans ce faisceau sont concentrés les grands sites industriels anciens comme Assailly-Jackson à Lorette, les Etaings à Rive de Gier / Chateauneuf, les halles Pasteur à l’Horme ou encore Giat (ex – Forges et Aciéries de la Marine) à SaintChamond qui étaient au proche contact du Gier et de la voie ferrée. Ce faisceau correspond au fond de vallée géographique et au corridor industriel historique. Il concentre ainsi encore bon nombre des grands équipements collectifs, des services et des institutions (attracteurs urbains générateurs de flux).

Une étude systématique de la composition des vides et du système viaire des lanières « entre deux réseaux » permet de mettre en évidence la disposition très resserrée des réseaux entre eux (notamment le Gier par rapport à l’autoroute), ainsi que la présence d’importantes poches non bâties et d’autres « imperméables » en fond de vallée. L’extrême finesse de certaines lanières explique la formation d’interstices et de délaissés, « restes » de la consommation d’espace par les infrastructures et l’industrie. Ces lanières sont caractéristiques du développement urbain de la vallée en relation directe aux réseaux qui ont agit successivement comme des vecteurs puissants de croissance et d’orientation spatiales et économiques, comme le montre par exemple la lanière Voie ferrée / Gier - qui constitue le fond de vallée industriel ancien (importances des emprises). Pour cette étude, nous avons considéré pour l’autoroute A47 son tracé antérieur au contournement récent de Saint-Chamond. Ce tracé emprunte donc l’actuelle départementale D288 entre l’échangeur de L’Horme et Saint-Julien puis le boulevard Waldeck-Rousseau à Saint-Chamond, un tracé en milieu urbain alors que le contournement monte à flan de coteaux du Jarez. Il est important de remarquer la composition en « couches » ou strates longitudinales de la vallée, avec des perméabilités très différentes, il va en effet de soi que les grandes infrastructures autoroutières et ferroviaires génèrent des difficultés de franchissement. Cette configuration en « villes superposées » horizontalement implique une réflexion importante à mener sur le thème de la transversalité dans la vallée, sur le passage d’une strate à une autre, sur la façon de voir ces réseaux et ces strates dans leur épaisseur et non plus seulement dans leur linéarité, sur les perméabilités possibles.


DISPOSITIFS GENERAUX

RESEAUX

BATI

FLUX + ATTRACTEURS

62 FAISCEAU DES 4 RESEAUX LONGITUDINAUX L E P A R C D E S D E L A I S S E S

FAISCEAU 4 RESEAUX + PERMEABILITES

FAISCEAU 4 RESEAUX / BATI

FAISCEAU 4 RESEAUX / VIDES


LANIERE VOIE FERREE / A 47

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LANIERE D 88 / A 47

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LANIERE GIER / A 47 GIER COUVERT

GIER COUVERT

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LANIERE D 88 / GIER GIER COUVERT

GIER COUVERT

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LANIERE VOIE FERREE / D 88

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LANIERE GIER/ VOIE FERREE GIER COUVERT

GIER COUVERT

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L E P A R C D E S D E L A I S S E S


01_ PAYSAGE INTERTITIEL / GENESE ET POTENTIEL DES DELAISSES

Les délaissés linéaires sont composés de trois sousensembles, liés à trois des réseaux structurants de la vallée. Le premier concerne les franges de l’autoroute A47 et de son ancien tracé (avant contournement de SaintChamond) entre l’échangeur de l’Horme et Saint-Julien devenu D288 (bien que déclassé, ce tronçon conserve encore aujourd’hui des caractéristiques autoroutières), le second concerne les franges ferroviaires et le troisième la rivière Gier et sa ripisylve. Que faire de ces délaissés urbains ? Faut-il tenter de les « remplir » à tout prix ? Quel valeur et quel devenir envisager pour ce paysage post-industriel ?   Les délaissés du fond de vallée peuvent devenir un espace structurant majeur de l’organisation du territoire, en les pensant en tant que paysage, au même titre que les collines et les coteaux verdoyants. Ils forment une entité paysagère à part entière, composée de friches, d’interstices, ils sont un champ d’expérimentation unique dans la vallée pour un travail sur la matière vivante et sur la mémoire, pour l’initiation d’un processus.

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L E

Les délaissés urbains du fond de vallée sont de nature

P A R C

_ INTERSTICE : petit espace vide entre les parties de quelque chose /

D E S

_ DELAISSE : à l’abandon, laissé seul, sans assistance /

D E L A I S S E S

_ FRICHE : terrain non cultivé et abandonné /

_ FRANGE : ce qui forme une bordure / _ RESIDU : matière qui subsiste après une opération physique ou chimique, un traitement industriel /

et de taille très diverses, on peut cependant les classer en deux grandes familles (étroitement liées), les délaissés « ponctuels » qui ont été générés par la désindustrialisation progressive de la vallée et les délaissés « linéaires » générés par les quatre grands réseaux longitudinaux. Concernant les délaissés ponctuels, ils comprennent les friches industrielles, les sites industriels en cours de mutation, auxquels nous avons ajouté certains sites encore en activité mais dont le process industriel s’est au fil du temps resserré et compacté autour de quelques bâtiments tout en conservant la même emprise foncière, laissant des pans entiers du site en sous activité (stockage divers, déchets…) ou en déshérence (c’est le cas notamment du site des Etaings à Rive de Gier / Chateauneuf dont la plateforme était autrefois presque entièrement bâtie).

Nous prenons le parti de considérer ces délaissés comme tels, de leur accorder une « valeur » paysagère, de les considérer comme porteurs d’une identité propre, héritage de l’intense relation que les hommes ont eu avec le territoire. Ce paysage en mouvement, où le temps fait son œuvre, entre dégradation et renaissance, enfouissement et résurgence, est pour nous le socle essentiel d’une réflexion et d’une vision du territoire qui permette de ne pas enterrer l’histoire, les hommes et leur culture. La superficie totale des délaissés et interstices que nous avons relevé est de 230 hectares répartis sur environ 14 kilomètres de long et dont 28 ha sont bâtis (soit 12%). Nous avons établi une comparaison des dimensions de cet « ensemble » des délaissés urbains de la vallée du Gier avec de grands espaces publics (parcs, avenues,…) pour situer l’échelle de notre milieu d’étude.


INTERSTICES URBAINS ET GRANDS ELEMENTS DE PAYSAGE

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L E P A R C D E S D E L A I S S E S

interstices et delaisses


DELAISSES URBAINS LINEAIRES

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L E P A R C D E S D E L A I S S E S

franges autoroutieres

delaisses du gier

franges ferroviaires


DELAISSES URBAINS PONCTUELS

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L E P A R C D E S D E L A I S S E S

site en mutation

friches industrielles


02_ ITINERAIRES IMPROMPTUS / GENIE DU LIEU ET POETIQUE DE LA FRICHE

Au cours de nos nombreux voyages dans la vallée, nous nous sommes bien souvent laissés happer par l’atmosphère singulière des itinéraires que nous nous inventions au cœur de cette portion délaissée de la vallée, cette « vallée dans la vallée », monde des possibles échappant aux règles et codifications urbaines pour mieux nous surprendre et nous séduire. Il émanait de ces promenades le sentiment jouissif d’un « être ailleurs », presque dans une temporalité autre propice à la contemplation et au rêve. Pas seulement des songeries romantiques, mais aussi des visions du devenir possible de ces lieux, intervenir avec notre regard d’architectes sans déstabiliser le délicat et fragile génie du lieu, équilibre subtil d’odeurs, de matières, de couleurs et de sons.

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+++explorer+++ Rouler, regarder, s’arrêter… marcher, sentir, observer, franchir, contempler, repartir… traverser, croiser, rêvasser, imaginer... ramper, longer, écouter, visiter, s’extasier, comparer… découvrir, se risquer, entendre, flipper, courir, abandonner… humer, distinguer, toucher, quitter… rentrer, dormir, rêver…

Il est difficile de retranscrire ce que nous ressentions dans ces moments là, nous avons donc choisi de l’exposer sous la forme d’un parcours photographique de Saint-Chamond à Chateauneuf, une promenade que nous aurions pu faire ensemble dans la vallée, comme une longue journée de randonnée où nous aurions parlé du temps et des couleurs, grignoté un morceau au bord du Gier, fait une sieste à l’ombre d’une halle centenaire…


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+++sentir+++ Brumes matinales… pâleur hivernale en avril… le soleil arrive lentement et déchire peu à peu le voile de fraîcheur… odeurs de terre humide et de chèvrefeuille mêlées de plages de silence et de vrombissements qui se succèdent le long du chemin… clapotis de l’eau qui détourne l’oreille du capharnaüm automobile, éclosion alors des autres sens… être en éveil… couleurs d’usine et de nature, matières, senteurs acres ou douces,bruissements qui font tressaillir… être ailleurs… don d’ubiquité… ici et là bas en même temps…être transporté…

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+++suivre le chemin+++ Quitter le royaume du bitume… sentir un sol imparfait, dur et meuble à la fois sous les pieds… fouler un monde en métamorphose... le chemin avance, la nature se resserre sur lui… une végétation pionnière, de combat, qui lutte pour couvrir un sol autrefois maltraité par les hommes… chiendent, bouleaux, plantes vivaces contre plages de goudron, de béton et autres mâchefers… sol puzzle… traces, restes, morceaux de… rivière en contrebas sertie d’une gangue de pierre… affaissements, image de la ruine… poétique de la friche…


03_ LE PARC DES DELAISSES : UNE STRATEGIE DE RECONQUETE DE LA VALLEE INTENTIONS, ETABLIR UNE TACTIQUE… Des interstices, des franges et des friches générés par les flux et la désindustrialisation, cultivons et permettons la prolifération de la vie, l’incertitude et l’éphémère… Des vides comme points de résurgence possible du sauvage, des vides comme lieux de suspension du temps et du process illimité de production-consommation. L’interstice a rapport à la porosité, le pore est cavité et passage, lieu propice au développement de processus qui échappent au contrôle et contaminent l’ordre statique. Confrontons nous à cette réalité brute des ces lieux…

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Osons rêver et programmer la décroissance de la vallée. Refusons un scénario basé sur un hypothétique redémarrage économique… Pas de programmation fantasmagorique à base de milliers de mètres carrés de tertiaire, pas de surenchère culturelle de type muséale, les moyens financiers et les programmes n’existent pas. Travaillons ce paysage interstitiel, avec le Gier et ses berges comme fil d’Ariane, intervenons sur ces vides qui sont « entre » les choses, ces intervalles, ces espaces de temps… Un archipel des possibles avec les friches comme terrain de jeux, investir sans transformer… Une refondation paysagère du fond de vallée. Faisons l’éloge de la lenteur… Une temporalité autre que le tout-voiture pour pratiquer la vallée. Elaborons un projet autour d’une vision de la vallée qui ne réduit pas le champ des possibles, « en mouvement », une stratégie plutôt que des plans. Intégrons l’instabilité propre à la ville contemporaine, pas un programme mais des programmes, une perpétuelle métamorphose en fonction des évolutions contextuelles, conservons la capacité de changement… Hétérogène, confus, flou, ce territoire en mutation confronté à l’étalement urbain, à l’éclatement et à la fragmentation, ce territoire corridor, succession de découpages fonctionnalistes en Z.., ZI, ZAC, ZA, comment le dire, comment le raconter ? Comment intervenir sur ce territoire schizophrène, tiraillé de rapports antagonistes, entre vitesse et lenteur, passé et présent, mobilité et immobilisme, durable et éphémère, pleins et vides… ?


Avant d’espérer attirer à nouveau, l’auto-estime des habitants sur leur vallée n’est-elle pas le préalable à toute autre ambition sur ce territoire ? Comment leur rendre la fierté d’habiter ici, le désir de vivre ensemble ? Comment révéler ce qu’ils ne voient pas ou plus, la rivière, l’identité particulière de ce paysage industriel, porteur de leur culture et leur histoire commune ? Appréhender la vallée par la vitesse est une réalité, mais quelle vision en offrir autre que depuis sa voiture ?

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DE CES DELAISSES ET DE CES INTERSTICES, FAISONS UN PARC !

PARC =STRATEGIE : UNE PHILOSOPHIE SUR LE TERRITOIRE EN QUATRE GRANDS PRINCIPES

Nous proposons de faire un parc, le « Parc des Délaissés », qui rassemble tous ces espaces résiduels nés de la logique productiviste des infrastructures et de l’industrie appliquée pendant deux siècles à la vallée du Gier. Ce parc n’est pas un parc « dessiné » au sens où l’on entend généralement ce terme, il s’agit d’une stratégie de reconquête du territoire, d’un processus « durable » de redéfinition territoriale.

Ce parc est basé sur quatre grands principes auxquels nous avons associé quatre slogans emblématiques de notre vision sur la vallée. Ces principes font écho aux problématiques soulevées lors de l’élaboration du diagnostic territorial, on peut les formuler de la manière suivante : _ Quel valeur et quel devenir pour ce paysage postindustriel ? _ Quelles pratiques et quelles temporalités pour le fond de vallée ? _ Quel projet de société, quelle vision du « vivre ensemble » ? _ Quels modes d’habiter inventer pour concurrencer les coteaux ? _ Comment programmer dans la décroissance ? _ Développement durable… ?

Imaginons un « nouveau pays » basé sur la culture (industrielle) et le paysage. Pensons de nouveaux modes d’habiter en fond de vallée, de nouvelles pratiques et usages pour ces lieux singuliers. Pour lutter contre la fuite vers les coteaux, concurrençons le produit pavillonnaire frontalement (jardins + vue + paysage). Etablissons une stratégie sur ces délaissés qui agisse comme une « plus value », qui initie un changement d’image, valorisons les potentiels de ce paysage post-industriel (patrimoine, végétation, génie du lieu).

« Un rhizome ne commence et n’aboutit pas, il est toujours au milieu, entre les choses, inter-être, intermezzo. L’arbre est filiation, mais le rhizome est alliance, uniquement d’alliance. L’arbre impose le verbe «être», mais le rhizome a pour tissu la conjonction «et... et... et... «. Il y a dans cette conjonction assez de force pour secouer et déraciner le verbe être. (...) Entre les choses ne désigne pas une relation localisable qui va de l’une à l’autre et réciproquement, mais une direction perpendiculaire, un mouvement transversal qui les emporte l’une et l’autre, ruisseau sans début ni fin, qui ronge ses deux rives et prend de la vitesse au milieu. » Gilles Deleuze, Félix Guattari — «Mille Plateaux»

Développons l’idée de colonisation autour de ces délaissés, colonisation végétale et sociale, intégrons le temps dans le processus de transformation et de mutation de ces lieux. Des lieux qui pourraient être productifs dans leur usage (fermes urbaines, jardins collectifs, vergers) et publics dans leur nature. Des lieux du possible, riches d’échanges et d’expérimentations.

L’analogie avec le rhizome nous parait intéressante pour expliquer le caractère « colonisateur », en mouvement de ce parc. Sans début ni fin, il est un archipel de possibilités évoluant au gré des opportunités et des changements contextuels (économiques, spatiaux, infrastructurels,…), un processus basée sur le génie du lieu et ses potentialités, sur ce qui existe mais caché. D’un système de points, établissons des connexions, des passages, des porosités, un maillage de relations physiques, visuelles, symboliques entre ces points avec le végétal comme toile de fond. Le parc n’agit pas seulement comme une toile de fond pour les projets à venir, il est aussi sa propre substance. Il a la capacité de s’étendre, de se rétracter, de se densifier ou de se dédensifier en fonction des besoins et opportunités.

Les quatre principes que nous avons établis pour le « Parc des Délaissée » et qui sont nos fils conducteurs pour la conquête du fond de vallée sont les suivants : la refondation paysagère, la régénération écologique, l’économie de moyens et programmer dans la décroissance. Cette stratégie sur la vallée du Gier se veut ambitieuse et novatrice, un travail de fond et de longue haleine à mener sur la vallée. Il s’agit de préparer le territoire pour de meilleurs lendemains, d’anticiper et d’accompagner les changements à venir (nouvelle autoroute en 2015, poursuite de la désindustrialisation du fond de vallée, …) mais aussi d’infléchir des tendances qui fragilisent le territoire (lutter contre le dépeuplement du fond de vallée en relation au développement incontrôlé des coteaux). Le Parc des Délaissés n’est pas une stratégie attentiste, un concept figé, certes il accompagne des dynamiques actuelles du territoire mais il se place en rupture d’autres qui nous semblent dangereuses (perte du lien social, absence d’ambition politique,…).


LE PARC DES DELAISSES systeme de points

connexions

85 structure vegetale L E P A R C D E S D E L A I S S E S

connexions au grand paysage


Les trois parcours que nous avons déterminés sont les suivants : la ripisylve du Gier, la forêt linéaire de l’autoroute A47, la ville-rue (D88). Le parcours de la ripisylve du Gier consiste en la création d’une promenade le long des berges qui relie les fragments déjà aménagés (par exemple à l’Horme et Rive de Gier). Il s’agit d’un itinéraire de circulation douce qui se connecte aux chemins existants notamment ceux provenant des coteaux. Ce chemin s’accompagne d’un travail paysager portant sur la stabilisation des berges et la création de prairies inondables (en cas de crues) ainsi qu’un volet pédagogique sur la qualité de l’eau du Gier.

MC = identité, réseaux, temporalités du fond de vallée, chemins, pistes cyclables, connections, structure

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#1_ REFONDATION PAYSAGERE / « LA VALLEE COMME VALEUR » >> ORGANISATION LINEAIRE SELON 3 PARCOURS Il s’agit de renforcer le caractère de vallée du territoire en l’organisant selon trois parcours correspondant à trois temporalités différentes de pratique du fond de vallée avec pour slogan, « La vallée comme valeur ». Face au développement anarchique et rapide des coteaux, à l’étalement urbain et à la désertification du fond de vallée, il nous semble essentiel d’organiser la refondation paysagère de la vallée en travaillant sur sa substance même, sa linéarité et les réseaux qui la traversent.

Autour de l’autoroute A47, le second parcours vise à installer une forêt linéaire en utilisant les franges de l’infrastructure. Sur le modèle des parkways américains, ce parcours crée des perspectives, des profondeurs de champs, ménage des vues sur des éléments emblématiques du paysage (patrimoine industriel, coteaux,…). Cette forêt linéaire, cette gaine verte autour de l’autoroute est aussi un lieu de collecte des eaux de ruissellement (forêt humide), un itinéraire pour des pistes cyclables en relation aux franchissements existants (passerelles, passages souterrains). Ce parcours tient aussi compte de la réflexion menée par la DDE de la Loire autour du concept d’autoroute design, et qui concerne entre autres des installations artistiques, le mobilier autoroutier et une réflexion approfondie sur les structures anti-bruit. Le troisième parcours concerne la ville-rue (D88), l’axe historique qui relie entre eux les centres bourgs anciens des communes de la vallée. Longtemps surnommée « rue sans joie », la ville-rue constitue un passage obligé dans la pratique quotidienne de la vallée (relatif notamment aux activités, commerces), véritable colonne vertébrale. Notre action sur la ville-rue s’organise en trois points : premièrement, utiliser la ville-rue comme support de communication pour le parc des délaissés à travers une signalétique et un mobilier urbain propre, deuxièmement ouvrir la ville-rue sur le parc en trouvant des accès, des connexions, troisièmement un travail sur elle-même de renouvellement urbain (traitement des pignons, retournements de façades, espaces publics).


#2_ REGENERATION ECOLOGIQUE / « LE VEGETAL PIONNIER » >> PROCESSUS DE VALORISATION DU SOL ET DU PAYSAGE Tous les sites du Parc des Délaissés ne sont pas prêts pour accueillir des activités ou des usages nouveaux. Leur passé industriel laisse un sol bien souvent altéré et pollué. Nous proposons donc dans un premier temps d’instaurer un processus de valorisation du sol et du paysage. Le végétal joue ici un rôle pionnier pour l’urbanisation. Particulièrement approprié à la complexité du tissu industriel et aux évolutions imprévisibles de ces sites, il s’installe partout dès que possible. Par des techniques de génie végétal appropriées, nous proposons d’assainir le sol et de le reconstituer, de régénérer les boisements, d’installer des trames d’arbres.

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MC = dépollution, recyclage, jachère, préparer, réparer

Certaines de ces interventions sont pérennes et préfigurent le réseau de lieux publics à venir au sein du parc définitif, d’autres sont temporaires et précèdent une urbanisation à venir. Le système de régénération écologique est donc à deux vitesses et vise à valoriser les sites par le végétal : «  à ceux qui pensent pays noir, répondons plutôt regardez comme notre vallée est verte ! ».


#3_ ECONOMIE DE MOYENS / « INVESTIR SANS TRANSFORMER » >> LIEUX OUVERTS / LIEUX EXPERIMENTATIONS SOCIALES

PARTAGES

/

Dans un contexte de décroissance urbaine et de paupérisation du fond de vallée, notre stratégie vise à penser la colonisation par de nouveaux usages et pratiques des délaissés et des friches avec une préoccupation « durable », une implication des habitants de la vallée et une économie de moyens. Le premier angle de colonisation des ces lieux est de les ouvrir au sens littéral du terme, de permettre d’y accéder et de favoriser leur « squattage » et leur appropriation par les habitants de la vallée. Pour les rassembler autour d’une vision commune et partagée de ce nouveau parc, un second temps vise à favoriser l’organisation d’évènements en lien avec le tissu associatif (débats, concerts, spectacles, promenades urbaines, …) dans des lieux singuliers du parc (halles, prairies,…) afin d’impliquer la population locale dans l’aménagement du parc et son identité. L’objectif est à terme de les convertir en espaces de vie attractifs qui répondent à leurs besoins.

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MC = appropriation, évènements, éphémère, loisirs, ensemble, partager, réunir

Certains lieux sont investis de manière pérenne, certaines halles pour des marchés ou des salles de concert, des vergers participatifs ou des potagers collectifs, d’autre le sont uniquement pour des évènements temporaires, pour des interventions éphémères.


#4_ PROGRAMMER DANS LA DECROISSANCE / « LES TRANSVERSALES HABITEES » >> STRATEGIE DE DENSIFICATION AUTOUR DU VECTEUR TRAM-TRAIN

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Comment lutter contre le dépeuplement du fond de vallée ? En développant les transports en commun donc l’accessibilité et en inventant des modes d’habiter innovants et ambitieux.

L E P A R C D E S D E L A I S S E S

MC = habiter, travailler, traverser, connecter, se déplacer, densifier + / densifier -, attirer

Accompagnons l’émergence de ce « nouveau payspaysage » d’une offre d’activités et d’habitat répondant aux souhaits des habitants de la vallée. Il s’agit de créer en relation au parcours d’un tram-train des poches de densité et de développement, autour du concept des « transversales habitées ». Elles consistent à équiper et à habiter le parc en le considérant dans son épaisseur, dans les perpendiculaires possibles, en accord avec les autres principes de la stratégie.


04_ REFERENCES / INSPIRATIONS

VALLEY CURTAIN / COLORADO / 1970-72 / CHRISTO ET JEANNE-CLAUDE

GASWORKS PARK / SEATTLE / 1975 / HAAG

GASWORKS PARK / SEATTLE / 1975 / HAAG

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UNI METAL / CAEN / dOMINIQUE PERRAULT

R E F E R E N C E S

GASOMETER / OBERHAUSEN / 1999 / CHRISTO ET JEANNE-CLAUDE

UNI METAL / CAEN / dOMINIQUE PERRAULT

UNI METAL / CAEN / dOMINIQUE PERRAULT


LANDSCHAFTPARK / DUISBURG-MEIDERICH / 1996-2000 / PETER LATZ

REMI ZAUGG

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LANDSCHAFTPARK / DUISBURG-MEIDERICH / 1996-2000 / PETER LATZ

R E F E R E N C E S

PONT-TUNNEL / LANCY / 1979 / GEORGES DESCOMBES

LANDSCHAFTPARK / DUISBURG-MEIDERICH / 1996-2000 / PETER LATZ

KUNSTAUKTION / RICHARD SERRA


QUELLE VERTE

ETAIT MA VALLEE !

CONCLUSION

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Le paysage est régénéré et recyclé, l’héritage industriel valorisé, de nouvelles manières d’habiter sont inventées, de nouvelles pratiques de la vallée apparaissent.

Les territoires affaiblis par leur perte d’attractivité ou au pire leur déshérence ont de grandes difficultés à inverser ce processus négatif, marqué par des pertes massives d’emploi non compensées par les emplois nouveaux. La baisse d’activité économique entraîne une baisse du niveau de vie et une détérioration de fait du cadre de vie. Le territoire est alors dénigré, ce qui contribue d’autant plus à sa désaffection. Redorer l’image du territoire est souvent plus long et difficile qu’imaginé…

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C O N C L U S I O N

Le travail est double, l’action doit en effet viser à améliorer la perception du territoire des observateurs extérieurs mais aussi à rendre l’ « auto-estime » à ses habitants. Dans la vallée du Gier, il n’y a pas eu de travail prospectif sur une vision globale du territoire, pas de mise en cohérence des politiques des différentes collectivités. Longtemps, la pression du chômage a entraîné une hâte (compréhensible) des élus pour accueillir de l’activité nouvelle afin de sauvegarder les emplois de leurs communes, sans souci d’un travail de fond sur la demande sociale de cadre de vie à laquelle les coteaux répondent mieux. Les emplois perdus n’ont été que partiellement retrouvés, les villes du fond de vallée ont perdu de la population. La stratégie que nous avons imaginée avec le Parc des Délaissés se place en rupture avec les planifications territoriales établies jusqu’à présent, comme un processus d’action évolutif capable de se transformer au gré des évolutions contextuelles et des opportunités. Articulée autour de quatre grands principes directeurs, cette stratégie intègre et reconnaît l’impact différé de la transformation urbaine et paysagère à l’échelle du territoire sur l’économie et le social, sans rêver vraiment d’un résultat immédiat. En préalable, il s’agit de préparer le territoire avec des préoccupations de développement durable (urbanisme, paysage, écologie) et de retrouver l’auto-estime des habitants.

Affirmer l’appui d’un projet sur une « philosophie » lui confère une identité et une dimension de manifeste, et insuffle une énergie positive sur le territoire. C’est ce que nous avons cherché à établir en affirmant notre stratégie avec des slogans, vecteurs naturels de communication : « La vallée comme valeur », « Le végétal pionnier », « Investir sans transformer » et « Les transversales habitées ». Nous avons en effet conscience que tout changement d’image dans les mentalités collectives ne peut réussir que si le message est accepté et partagé, assumons ensemble l’identité historique du lieu où nous vivons pour engager sa transformation avec le temps comme donnée première. Le parc des délaissés n’est pas un projet fini, il n’a pas de conclusion, il doit au contraire être une renaissance, un support pour des projets à venir, il doit donner à d’autres l’envie de le continuer. Ce parc-stratégie donne des directions, des intentions, initie un processus basé sur le génie du lieu et ses potentialités. Il est l’initiateur de dynamiques nouvelles, d’un retournement d’image. L’arrivée de la future autoroute A45 entre Saint-Étienne et Lyon prévue pour 2015 constitue un tournant majeur pour le devenir la vallée du Gier. Ce nouveau tracé implique une réflexion sur l’actuelle autoroute A47, réflexion qu’il est nécessaire d’élargir à la structure même du territoire (réseaux, paysage) et à son organisation spatiale. Une politique raisonnée du territoire doit anticiper dès aujourd’hui les conséquences possibles de l’apparition de cette nouvelle infrastructure pour la vallée, initier des processus profonds de transformation. Dans un contexte de concurrence acharnée entre villes, agglomérations et territoires, il est indispensable pour la vallée d’opérer un changement radical d’image sous peine de devenir un territoire stigmatisé qui n’attire plus, un espace de ségrégation. En métamorphosant ce « pays noir » en « pays vert »?

Pour qu’un jour ses habitants puissent dire avec fierté : « Quelle est verte ma vallée… ! ».


ARCHITECTURE / PROJET URBAIN

PAYSAGE / ART

. L’Art du lieu, Architecture et paysage, permanence et mutations Christian Norberg-Schultz Editions du Moniteur, mai 1997

. Les raisons du paysage, de la chine antique aux environnements de synthèse Berque (Augustin) ed. Hazan, Paris 1995

. Analyse urbaine Philippe Panerai, Jean-Charles Depaule, Marcelle Demorgon Editions Parenthèses, Marseille, 1999 . Projet urbain Philippe Panerai, David Mangin Editions Parenthèses, Marseille, 1999 . Paris Nord-Est Dusapin & Leclercq Architectes / Agence TER Editions Jean-Michel Place / Urbanisme, Paris, 2004 . EUROPAN 6 - entre villes Collectif Europan, Paris, 2001 . EUROPAN 7 - sub-urban challenge, urban intensity and housing diversity Collectif Europan, Paris, 2004

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. EUROPAN 8 - urbanité européenne Collectif Europan, Paris, 2006 . A+T - Espacios colectivos in common I/II/III a+t ediciones, 2005-2006 . Densidad - Nueva vivienda collectiva a+t ediciones, 2004 . L’ Espai Public Metropolita 1989-1999 Mancomunitat de Municipis de l’Area Metropolitana de Barcelona, Barcelona, 1999

B I B L I O G R A P H I E

. Eastern Harbour District Amsterdam - Urbanism and Architecture NAi Publishers, Rotterdam, 2003 . L’IBA Emscher Park, un anti modèle Projet urbain N°21 Septembre 2000 Editeur / Ministère de l’Equipement, des Transports et du Logement

FONDS CARTOGRAPHIQUES . Photo aérienne: Interatlas, SEM, DDE42 . Cartes IGN Monts du Lyonnais / IGN Monts du Pilat (ech. 1/25000°)

. Etre humains sur la terre - principes d’éthiques de l’écoumène Berque (Augustin) ed. Gallimard NRF, coll. Le débat, Paris 1996 . Cinq propositions pour une théorie du paysage Berque (Augustin) ed. Champ-Vallon, Seyssel 1994

. Structuration de l’espace et dynamiques sociales : recherche sur l’exemple d’une vieille région industrielle, la vallée du Gier G. Gay Doctorat d’Etat de géographie Université Lumière, Lyon II, janvier 1992 . Sociologie de l’espace industriel Manuel Castells Editions Anthropos, 1975 . Les cadres sociaux de la mémoire Maurice Halbwachs Editions Alcan, Paris, 1952

. Comprendre un paysage, (guide pratique de recherche) Lizet (Bernadette), De Ravignan (François) ed. INRA - Institut National de la Recherche Agronomique, Paris 1987)

. La Mémoire collective Maurice Halbwachs PUF, 1968

. Le Territoire comme palimpseste et autres essais  André Corboz Les éditions de l’imprimeur, 2001

. Les grandes friches industrielles DATAR, Ministère de l’équipement, du logement, de l’aménagement du territoire et des transports La Documentation Française, Paris, 1986

. Penser la ville par l’art contemporain  Sous la direction de Ariella Masboungi Editions de la Villette Projet urbain, Saint-Denis, 2004 . Autour des friches  Les cahiers de l’école de Blois N°4 Les éditions de l’imprimeur, Paris, 2005 . Paysage, tendances  Techniques et Architecture N°456 Editions Jean-Michel Place, Paris, 2001 . Mauvaise herbe !  Jean-Paul Pigeat et Lucie Paye-Moissinac Editions du Conservatoire internationnal des parcs et jardins et du paysage, 2003

SOCIOLOGIE / PATRIMOINE / DIVERS . Les friches industrielles de l’économique à l’urbain Jean-Noël Blanc Revue de géographie de Lyon, vol.66, n°2, 1991 . Sociologie urbaine Yves Grafmeyer Editions Nathan Université, Paris, 1994 . Sociologie de la ville Yankel Fijalkov Collection Repères, éditions La Découverte, Paris, 2001

. Patrimoine industriel et développement local Patrick Dambron Editions Jean Delaville, Paris, 2004 . Le patrimoine industriel Jean-Yves Andrieux Collection Que sais-je ?, Presses Universitaires de France, Paris, mars 1992 . L’allégorie du patrimoine Françoise Choay Editions du Seuil, Paris, 1992 . Le Patrimoine : culture et lien social Patrice Béghain Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, Paris, 1998 . L’Archéologie industrielle en France Maurice Daumas Editions Robert Laffont, Paris, 1980 . Les sources du patrimoine industriel Catherine Manigand-Chaplain CILAC / Edtions du Patrimoine, juin 1999 . Le Patrimoine industriel, un nouveau territoire Louis Bergeron et Gracia Dorel-Ferre Editions Liris, 1996 1987)


REMERCIEMENTS

aux membres du jury : Jean-Pierre Pranlas Descours Nicolas Soulier Claude Tautel Olivier Frérot Philippe Villien

à: Christophe Betin (DDE LOIRE) Nicole Garnier (EPORA) Djamel Klouche Christian Hauvette

et à : Julien Damien Manon Mathieu Thierry Xu


How green was my valley!