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Aboubacry Ba Journaliste à la Radio-Télévision Sénégalaise

Ce match est resté le regret le plus tenace dans la mémoire collective des Sénégalais ! La CAN 1986 est la première coupe d’Afrique retransmise à la télévision. Depuis ’68, le Sénégal ne s’était plus qualifié. En ’86 pourtant, il y a eu une génération fantastique de footballeurs sénégalais : Jules Bocande, meilleur butteur au championnat de France, Oumar Gueye Sène… Tout le public sénégalais se disait : « cette fois, c’est la bonne ! Nous avons la meilleure équipe d’Afrique, nous allons remporter la coupe. » D’entrée de jeu, premier match, on joue contre l’Egypte et, depuis 20 ans, aucune équipe n’a battu l’Egypte au Caire… et cette formidable équipe dont je parlais bat l’Egypte 1–O. Les espoirs étaient légitimes. Et puis il y a eu ce fameux match entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Ce penalty raté par Jules Bocande. C’était la première douche froide. « Qu’est ce qui se passe ? La manière dont il a tiré le pénalty… c’était pas dans ses habitudes… Il y a eu un 2ème penalty raté ! C’était pas supportable mais enfin, il fallait vivre ça. C’était le signe annonciateur de la fin.

Pourquoi la CAN 86 (Coupe d’Afrique des Nations 1986) est-elle restée inscrite si vivement dans la mémoire des Sénégalais ?

Et après, il y a eu toute une polémique autour du match. Les rumeurs : Bocande aurait raté le match parce qu’il sortait avec une chanteuse ivoirienne, grande diva qui était vraiment au top de la chanson africaine. La veille du match, Bocande aurait été aperçu avec la chanteuse dans une boîte branchée du Caire. Les joueurs auraient mal joué parce qu’on ne leur avait pas payé les primes conséquemment !

Je m’informe : La CAN 86 est la première compétition internationale diffusée sur les antennes de la télévision sénégalaise. Elle a donc une immense répercussion médiatique dans tout le pays. A cette époque, le Sénégal compte les meilleurs joueurs africains, notamment Jules Bocande,

C’est vrai, il y a eu l’opération Caire ‘86 ! Dans les villages les plus reculés du Sénégal, dans les écoles, dans tous les bâtiments publics, il y avait des caisses pour collecter des fonds « Opération CAN ‘86 » Les petits écoliers, les paysans, tous les sénégalais étaient invités à donner au moins 10 , 100 CFA. Il y en a qui ont donné des millions ! Ça a été un élan de solidarité collective extraordinaire. Tout le monde y croyait !

meilleur buteur du championnat de France. L’espoir de remporter la coupe est immense

Journaliste au quotidien Le Soleil C’est un des jours les plus dramatiques qu’on ait vécu ici au Sénégal ! Le but, c’était une action de jeu avec Youssouf Fofana qui déborde le milieu de terrain puis le latéral pour centrer et Traore qui place sa tête. Ah oui, sur le coup, tous les sénégalais étaient vraiment KO. C’était terrible ! Une heure après la fin du match, une rumeur fait courir le bruit que le Sénégal était malgré tout qualifié grâce à une astuce que personne n’a comprise… mais il fallait à tout prix contrôler le débordement de la foule. Sans ça, je crois que nous risquions l’émeute. Moi, je ne connais pas un seul Sénégalais qui ne suivait pas ce match contre la Côte d’Ivoire. Cette compétition était un grand événement pour le Sénégal ! Ça faisait 18 ans que le Sénégal ne s’était plus qualifié ! Tout le monde, même les vendeurs de pistaches dans l’arrière-pays, avait cotisé pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions d’entraînement. Ils avaient réuni une somme de plusieurs millions de CFA. L’émotion était trop forte ! Bon ! On avait perdu, c’était le KO ! Je n’avais plus d’inspiration ! Les filles pleuraient avec les mamans. Moi, c’est pas la défaite, mais la manière. Ils n’ont pas tenu leurs engagements !

Journal Le Matin

Je crois que le football est dans le sang des Sénégalais. Il faut voir ça, aller au stade, voir des matchs de championnat et autres. Il y a des gens qui se déplacent, qui font 10, 20 kilomètres à pied, parfois plus, d’une ville à l’autre pour suivre une rencontre de foot. Tu vois, chez nous, c’est normal. Quand je me rends en famille, il m’arrive souvent de revoir certains matchs qui datent de 1970 ou 1974 sur K7 vidéo. Il y avait des légendes vivantes du football mondial. Je pouvais revoir le style des Maradona, Platini à partir des K7 vidéo. J’analysais leurs manières de se déplacer, de pivoter, leurs affaires de balle. Maintenant, c’est plus la même chose. Le football d’antan comportait moins de technologie. Avant, on gagnait les matchs à partir d’un tableau noir.

Le soir du match contre l’Egypte, j’étais en ville, tout le monde était devant la télé. C’était le désert dans les rues de Dakar. Après la victoire contre l’Egypte, ouh la la !!! C’était extraordinaire ! Les klaxons dans les bas-quartiers, l’explosion partout ! Mais après la défaite contre la Côte d’Ivoire, la déception était immense !

au Sénégal. Je rencontre quelques amateurs qui se souviennent :

Kalifa Ndiaye

Tidjane Dem

’ CAN86 Arrivée à

Dakar

- Alors comment va la vie au Sénégal, Souleyman ?

Daouar Gueye Joueur, écrivain Ah, pour moi, la CAN ’86, c’est le souvenir de l’après-défaite contre la Côte d’Ivoire ! L’anecdote, c’est que, quelques heures après la fin du match, il y a eu une rumeur ici pour dire que le Sénégal était qualifié. Les gens se sont mis dehors avec un regain d’espoir, des klaxons, etc. Mais fin d’après-midi, il y a eu un nouveau message : « Non, le Sénégal est bel et bien éliminé. C’était un canular. » Bon moi, j’étais en France à Metz ! Vers 23 h , mon beau-frère m’appelle : « - Allo, alors vous êtes éliminés ! - Non ! Par qui ? - Bocande a raté un penalty ! » Bon, quand c’est une information qui tombe comme ça à chaud… j’y croyais pas trop. J’ai appelé Dakar. On m’ a dit « Oui ! » Quand les joueurs sont rentrés en Belgique, en France, Jules (Bocande) et Tony m’ont expliqué comment ça s’est passé concrètement, comment ça a merdé en tout cas ! C’était le bordel, mais c’est resté dans la mémoire ici comme le plus grand échec que nous ayons connu ! Les gens disaient « Oui, il a ramené une nana là-bas. Il devait pas. » Quand je lui en parle, Jules me dit « Oui, mais tu sais bien, la nana était là avec Tony, mais moi j’avais d’autres ambitions. » Après, il s’est battu avec des étudiants sénégalais qui voulaient le lyncher parce qu’ils étaient déçus. Bon, les gens voulaient des explications. Les joueurs ont dû s’expliquer à la télévision. Encore aujourd’hui, cet événement est relaté dans la presse.

C’est bon! On est qualifié pour la coupe du monde ! Ca marche pour nous ! On va beaucoup parler du Sénégal dans le monde ! Vous savez, les Diouf, Sisse, ce sont nos meilleurs ambassadeurs ! Nous, on suit les matchs de tous vos championnats à la télé. On connaît toutes les équipes par cœur ! Ici, jouer à l’étranger c’est le rêve de milliers de gosses ! Ah oui, ça les motive ! En Europe on ne connaît rien du championnat africain !

- Comment ça se passe chez vous ? Avez-vous en mémoire quelques souvenirs qui ont marqués les sénégalais ? Ah oui, la CAN 86 !

- Et toi, Alpha ? La Can 86 !

- Et Cheihk, Kalidou … ? La CAN 86 !

Ces récits nous encouragent à rechercher les images de cette compétition. Direction la Radio-Télévision Sénégalaise ! Après quelques visites à la RTS , la découverte des maigres moyens de conservation des archives vidéo (chaleur, poussière, vétusté des locaux ) et plusieurs semaines de négociation, nous constatons l’embarras du service des archives de la RTS qui avoue avoir enregistré d’autres émissions sur les K7 de la CAN ‘86. Plus de traces vidéo de cet événement au Sénégal. En fin de compte, nous découvrons une photo noir et blanc en tête du journal

Cette opération a permis de constater que les gens étaient capables de se mobiliser pour quelque chose, tandis que pour le reste les gens ne cotisent pas ! C’est à cause des sous qu’on a perdu, même à l’époque ! Les joueurs ont fait de la surenchère.

Le Soleil dans un état de lisibilité minimum. De nouvelles recherches par l’intermédiaire d’amis sénégalais nous permettent

Les locaux, c’est-à-dire ceux qui ne jouent pas en France, avaient des idées plus financières que sportives. Ils étaient sélectionnés, donc il fallait qu’ils reviennent avec beaucoup de sous comme les autres. Et donc la veille du match, les gars discutaient de primes jusqu’à deux heures du matin ! Ici, au Sénégal, on a souvent eu un problème d’encadrement par rapport au foot.

de découvrir sur un marché de Dakar un petit commerçant, collectionneur

Actuellement, je fais un travail sur la mémoire du football au Sénégal mais je suis le seul à fouiller dans les universités, à l’IFAN ! Les journaux, je peux les retrouver relativement bien conservés mais les illustrations… rien ! Dans les pays européens, il y a des gens, des photographes par exemple, qui sont des professionnels depuis un bail. Ils ont un autre rapport avec l’image. Ici, il existe des photographes amateurs qui font des photos, mais qui n’ont pas conscience de la valeur que cela représente. La fédération ne s’est pas structurée pour archiver, les pouvoirs n’ont pas fait grand-chose pour les archives…

fameux goal qui avait suscité tant d’espoir au Sénégal.

qui s’est constitué une vidéothèque personnelle. Parmi ses trésors une copie brouillée du match Egypte – Sénégal et le

J’ai joué avec Jules Bocande en Belgique. Nous avions été acheté pour jouer à l’Union de Tournai. Nous sommes arrivés à l’époque des élections françaises. Nous avions un faible pour Mitterand mais la dame de notre hôtel ne le supportait pas.. Tournai est une ville bourgeoise. Nous avons connu l’arnaque… des managers un peu véreux . Mais bon, c’était le début d’une fabuleuse aventure ! Propos recueillis par Jacques Faton et Sébastien Pirotte à Dakar en 2002 Une production Pontos / Khiasma avec l'aide la DGCD-coopération belge au développement - 01/09/05 Image extraite d'une K7 vidéo retrouvée sur un marché de Dakar.

Can'86  

Propos recueillis par Jacques Faton et Sébastien Pirotte à Dakar en 2002. Une production Pontos / Khiasma avec l'aide la DGCD-coopération be...

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