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FourFourTwo France n° 8 HS Juin 2018

NUMÉRO COLLEC TOR + INTER VIEW RONALDO

V OT R E NDE

O C O U P E D U MN C E CO M M E

ICI

PELÉ • CRUYFF • RONALDO • ZIDANE • BAGGIO • SOCRATES

FourFourTwo.com FourFourTwo.fr

LES ICÔNES DE LA COUPE DU MONDE Des matchs, des buts, des interviews rares et des anecdotes incroyables


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UPFRONT

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> 2016 <

6 February 2016 FourFourTwo.com


GOOOOOOOOOOAL Aucun stade de MLS ne génère autant de bruit que celui d’Atlanta United. Les Five Stripes comptent sur le public le plus nombreux, avec un record national de plus de 72 000 spectateurs pour un seul match et une superbe ambiance.. Le stade compte en moyenne 48 200 fans par match - plus que le PSG ! C’est toute une expérience audiovisuelle au stade Mercedes-Benz. Atlanta fait également un grand usage des écrans vidéo comme ici après le but de Greg Garza contre New York City. Picture SIPA USA/PA


6 February 2016 FourFourTwo.com

Photo Ryan Pierse/Getty

On ne compte plus le nombre de contre-attaques prometteuses gâchées lors du premier tour de la Coupe du Monde . Une seule équipe apparemment a brillé dans cet exercice : le Mexique. La victime : l’Allemagne. La vague offensive verte a été accompagnée par, le grondement des supporters. Un coup de tonnerre s’est abattu sur la Mannschaft. Mettez Les mains en l’air si vous aimez le catch ! Et le Mexique !

CATCH 1 - 0 FOOTBALL

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UPFRONT > 2016 <

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NEWS


NEWS


NEWS INTERVIEW

LANDON DONOVAN

La légende américaine, âgée de 36 ans, revient sur son arrivée au Mexique et sur son retour sur les terrains après avoir pourtant annoncé sa retraite pour la deuxième fois.

Vous avez surpris tout le monde en reprenant encore une fois votre carrière. Pourquoi avoir décidé de vous engager avec les Mexicains de Leon ? Parce qu’ils m’ont tendu la main et exprimé leur intérêt. Je n’avais pas vraiment envie de revenir sur les terrains mais parfois, on a des opportunités qui ne se présentent qu’une fois dans la vie. Cela m’a fait réfléchir. J’ai suivi la ligue mexicaine pendant tant d’années et j’ai voulu y jouer à un moment donné. Alors j’ai pris quelques jours de réflexion, j’ai parlé à ma femme et aux gens au club, et j’ai décidé d’y aller.

Interview Martin Harasimowicz

Vous aviez annoncé votre retraite en 2016. Aviez-vous envisagé un retour sur les terrains avec cette offre de Leon ? Non, jamais ! J’étais très heureux à la maison avec ma famille. Mais j’ai toujours gardé l’esprit ouvert car j’ai appris qu’il ne faut jamais dire jamais. Vous vous êtes retiré des terrains une première fois à 32 ans. Etait-ce une erreur ? Non, j’avais besoin d’une pause et je ne pensais pas que que je reviendrai sur les terrains. Je voulais voyager, visiter différentes parties du monde. J’avais besoin de temps libre pour le faire et je suis heureux de l’avoir fait. La première fois que je suis revenu, les circonstances étaient complètement différentes. C’était avec le LA Galaxy, l’équipe avec qui je travaillais depuis des années. Ils étaient confrontés à de nombreuses blessures et je voulais les aider

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FAITS MARQUANTS 20 Juin 2018 FourFourTwo.fr

Naissance d’une star Il dispute la Coupe du Monde en 2002 et inscrit un but face au Mexique lors des huitièmes de finale. Il est désigné meilleur jeune du tournoi.

“ME PRÉSENTER À LA PRÉSIDENCE DE LA FÉDÉRATION ? POURQUOI PAS J’AI CONSACRÉ MA VIE À AMÉLIORER LE FOOTBALL AMÉRICAIN”

LA Galactico Il remporte la quatrième de ses six Coupes MLS en 2011, inscrivant le seul but du LA Galaxy lors d’une victoire 1-0 contre le Houston Dynamo.

Un grand jour pour les USA Il marque à la 91eme minute contre l’Algérie et sauve les États-Unis d’une élimination dès le premier tour pendant la Coupe du Monde 2010. Mieux encore, les USA prennent la première place de leur groupe.


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NEWS U PFROnT

EST-TROP TARD POUR CHANGER D’AVIS ? Yannick Carrasco, Jose Fonte et Nicolas Gaitan ont fait leurs débuts en Chine : leur équipe du Dalian Yifang a perdu 8-0 contre Shanghai SIPG.

pendant quelques mois.

Comment cela se passe avec Leon ? C’est fantastique et très agréable. Évidemment, je dois retrouver ma forme physique mais je suis confiant. C’est juste une question de temps. Mon premier match avec Leon m’a donné beaucoup d’excitation. Les fans ont réagi très positivement. Maintenant, je veux juste faire les meilleures performances possibles. Vous avez marqué quelques buts contre le Mexique avec les USA. Vous êtes-vous inquiété de votre accueil par les fans ? [Rires] Nous en avons parlé avec des fans ! Cela fait partie de l’histoire et cela arrivera encore avec d’autres joueurs. Nous avons plaisanté un peu et tout va bien, on est tous dans le même bateau. Avez-vous également l’envie de retrouver la sélection américaine ? Bien sûr. C’est mon équipe nationale et je suis toujours prêt à aider. Pas seulement sur le terrain mais sans exclure cette option. Je serais heureux et honoré de le faire.

BUT DE FOU

Encore combien de temps allez-vous jouer ? J’ai signé un contrat d’un an et nous verrons bien comment cela va se passer. Cela va dépendre de ce que je ressens et de la façon dont j’aide l’équipe. Mais je me sens capable de jouer plus longtemps que ça.

Vous avez eu un rôle de consultant pour le club anglais de Swansea. Comment était-ce ? Ce fut une expérience formidable pour moi. Ce club a déjà tout en place mais je voulais l’aider dans quelques domaines. Je dois dire que c’était angoissant de regarder les matchs et cela m’a apporté quelques moments d’anxiété. Mais j’ai aimé ça.

Texte Felipe Rocha; Illustration German Aczel

Avez-vous vraiment envisagé de vous présenter à la tête de la Fédération US après l’échec dans les éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 ? J’y ai réfléchi brièvement mais j’ai vite réalisé que je ne serais pas capable de tenir ce rôle pour le moment. À l’avenir, qui sait... J’ai consacré ma vie à améliorer le football américain et je continuerai encore à le faire.

Oscar contre la Juventus, Ligue des Champions, 2012

Oscar se souviendra toujours de sa première titularisation avec le maillot de Chelsea. Le jeune Brésilien venait de débarquer en Europe, en provenance de l’Internacional, quand Roberto Di Matteo l’a convoqué pour le match d’ouverture des Blues en Ligue des Champions contre la Juventus, à Stamford Bridge. Chelsea était alors le champion d’Europe. Oscar un milieu de terrain au visage rayonnant qui venait de fêter son 21eme anniversaire. ‘’J’étais tellement heureux quand le coach m’a fait savoir que j’étais dans le onze de départ, raconte Oscar à FFT. C’était un rêve qui devenait réalité. Une soirée de Ligue des Champions à domicile, contre l’un des plus grands clubs d’Europe... Je ne pouvais pas imaginer que les choses allaient devenir encore meilleures.” La Juventus venait d’enchaîner 42 matchs de Serie A sans défaite, avec des cadres comme Gianluigi Buffon, Andrea Pirlo, Giorgio Chiellini, Andrea Barzagli et

Leonardo Bonucci. Pas de quoi préoccuper le joueur brésilien de Chelsea. Servi par Ashley Cole dos au but à l’entrée de la surface italienne, Oscar s’est débarrassé du marquage de Bonucci grâce à un contrôle orienté exceptionnel, réalisant également un grand pont sur Pirlo. Puis il a enchaîné par une frappe en pivot enroulée dans la lucarne gauche de Buffon. “Ce n’est pas seulement l’un des plus beaux buts de ma carrière, c’est peut-être aussi l’un des plus beaux de l’histoire de Chelsea, explique-t-il en souriant, en repensant à son prix du but de la saison. Vous ne trompez pas Andrea Pirlo et Gigi Buffon tous les jours. Ces gars-là étaient mes idoles et j’ai eu la chance de réussir cet enchaînement parfait. Le dribble était intelligent et le tir imparable, même pour le meilleur gardien du monde. Cela remonte à quelques saisons maintenant mais les supporters de Chelsea viennent toujours me voir pour me remercier de ce but. Je ne l’oublierai jamais.”

FourFourTwo.fr Juin 2018 21


NEWS


COUPE DU MONDE

WORLD CUP ICOnS

Maradona, Pelé, Benckenbauer, Ronaldo, Cruyff, Socrates...ils sont tous là. Nous honorons les héros et les grands moments de la Coupe du Monde.

Texte James Eastham, Alec Fenn, Uli Hesse, Martin Mazur, Steve Morgan, Andrew Murray, Gary Parkinson, Alison Ratcliffe, Paul Simpson, Nicolas Puiravau


WORLD CUP ICOnS

V OT R E CO U P E D U MONDE CO M M E N C E

ICI


LES ICÔNES DE LA CDM

1958

LORS DU PREMIER MONDIAL SUIVI EN DIRECT, SON GÉNIE A

PELÉ

SAUTÉ AUX YEUX DU MONDE

“Pelé est encore un enfant. Il n’a pas l’esprit combatif nécessaire.” Voilà le sévère verdict du psychologue brésilien Joao Carvalhaes, consulté au sujet de cet attaquant de 17 ans qui venait de marquer un but par match lors de sa première saison complète avec Santos et qui semblait s’imposer de fait au sein de la Seleçao pour la Coupe du Monde de 1958. Des paroles qui ont ébranlé le jeune Pelé, un “petit garçon noir et maigre” selon ses propres termes. Et surtout un joueur diminué, qui appliquait conscientieusement des serviettes bouillantes sur son genou droit blessé pour faire passer la douleur. Tous ses espoirs de Mondial reposaient donc sur le sélectionneur Vicente Feola. A condition qu’il ne tienne pas compte du verdict médical... Huit ans plus tôt, Pelé avait vécu l’échec de la Coupe du Monde 1950 comme des millions de Brésiliens. Un jeune supporter de 10 ans terrassé par la défaite à domicile face à l’Uruguay. “Comme la fin d’une guerre, avec le Brésil battu et beaucoup de morts”, dira-t-il bien des années plus tard. Le seul moyen de restaurer l’honneur du pays était donc de remporter le Trophée Jules Rimet en 1958. Et pour y parvenir, au lendemain de l’élection de Joao Havelange en tant que nouveau président de la Fédération brésilienne, a été la solution de microgérer l’équipe. Une commission technique diligentée par Havelange a soumis tous les joueurs à une batterie de tests physiques et psychologiques. Avec des résultats alarmants. Presque tout le monde avait des parasites intestinaux et beaucoup souffraient de malnutrition, d’anémie ou de syphilis. Il a également fallu extraire beaucoup de dents, la plupart des joueurs n’ayant jamais consulté un dentiste. Le docteur Carvalhaes a ensuite établi le profil psychologique de l’équipe de Feola. Et Pelé n’a pas été le seul à souffrir de son analyse. Convaincu que les joueurs à la peau claire contribuaient à rendre l’équipe plus stable sur le plan émotionnel, Carvalhaes a ainsi conclu que Garrincha, un petit ailier métis issu des favelas, était mentalement incapable de représenter efficacement le Brésil. Alors que la Seleçao a

débuté sa campagne par une victoire 3-0 sur l’Autriche, Pelé et Garrincha, deux joueurs qui incarneraient pourtant l’âge d’or du football brésilien, ont pris place sur le banc de touche. Le match nul suivant contre l’Angleterre a cependant changé la donne et le Brésil était dans l’obligation de battre les favoris soviétiques pour poursuivre son tournoi. Il se dit que ce sont les joueurs, Nilton Santos et Didi en tête, qui ont exhorté leur sélectionneur à ignorer les recommandations de Carvaelhes. Et à titulariser Garrincha et Pelé. “Vous avez peut-être raison mais le truc, c’est que vous ne savez rien du football”, a lancé Feola au psychologue de l’équipe. Le match contre l’URSS a commencé avec ce que le Français Gabriel Hanot (ancien international devenu journaliste à l’Equipe notamment et à l’origine de la création de la Coupe d’Europe) a décrit comme “les trois plus grandes minutes de l’histoire du football”. Garrincha a d’abord fait exploser la défense soviétique avant de frapper sur la barre transversale, imité soixante secondes plus tard par Pelé. Puis dans la foulée, Didi s’est joué de trois adversaires pour donner le ballon à Vava qui a trompé Lev Yashin. S’il a fallu attendre 74 minutes pour voir Vava marquer à nouveau, la victoire brésilienne n’a jamais été contestée. La Seleçao avait surtout trouvé sa formule gagnante. Dans une variante du 4-2-4 de Feola, Pelé s’est positionné juste derrière l’avant-centre (Vava) tandis que Mario Zagallo était chargé au milieu d’accompagner les attaques ou de compenser défensivement. En dépit d’être le plus jeune joueur à apparaître dans une Coupe du Monde - et en offrant le deuxième but à Vava - la performance de Pelé avait été affectée par ce genou de plus en plus douloureux. Il a même quitté le dîner de célébration prématurément, promettant de faire encore mieux en quarts de finale. Dans un match serré contre le pays de Galles, le joueur de Santos a reçu un ballon dos au but, s’est retourné sur son pied droit et a frappé dans le coin de la cage galloise. “Peut-être le but le plus inoubliable de ma carrière”, avoue-t-il encore aujourd’hui. Puis en demi-finale contre la France, c’est un Pelé avec l’audace d’un écolier et l’esprit combatif d’un vétéran qui a pris les choses en main. Après que Just Fontaine ait égalisé pour la France, le numéro 10 brésilien a attrapé le ballon, a couru vers le rond central et a crié à ses coéquipiers : “Commençons.” Son hattrick en seconde période a scellé la victoire 5-2 des Brésiliens. Ce Mondial de 1958 a été le premier à être diffusé en direct à la télévision. Le génie de Pelé a donc sauté aux yeux du monde, même quand il a perdu connaissance à la 90eme minute de la finale après son deuxième but face à la Suède (nouveau succès 5-2). Il a été réanimer par ses coéquipiers et le Brésil a remporté sa première Coupe du Monde. Pelé pleurait de joie, incrédule. Sept ans auparavant, il avait volé des cacahuètes dans un entrepôt avec l’idée de les échanger contre des chaussures de football. Une autre idée du génie...

HECTOR CASTRO 1930 Lorsque l’attaquant uruguayen Peregrino Anselmo a été malade avant la première finale de la Coupe du Monde, les hôtes du tournoi ne se sont pas inquiétés plus que cela. Ils ont juste placé leur confiance dans leur attaquant Hector Castro. Surnommé El Divino Manco (le Divin Manchot) en raison de la perte de sa main droite, Castro a marqué à la 89eme

minute pour définitivement sceller la victoire de l’Uruguay face à l’Argentine (4-2). Ce fut clairement le tournoi de Castro, qui avait aussi marqué le premier but en Coupe du Monde de son pays (contre le Pérou) et qui aurait ensuite refusé un énorme pot-de-vin avant la finale. Hector Castro est donc devenu une figure légendaire en Uruguay, lui qui n’avait que 13 ans

quand il a accidentellement perdu son avant-bras en utilisant une scie électrique pour couper du bois. Coureur de jupons, gros parieur et fumeur invétéré, Castro a également remporté l’or olympique avec l’Uruguay à Amsterdam en 1928. Et il a conquis huit titres de champion avec le Nacional, en tant que joueur puis entraîneur.


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LUIS MONTI 1934 Une scène pour le moins inhabituelle. Alors que l’Argentine menait 2-1 à la mi-temps de la finale de la Coupe du Monde 1930, l’emblématique milieu de terrain Luis Monti était en larmes. “Si tu gagnes ce match, nous allons tuer ta mère et ta sœur”, lui avaient lâché deux personnages à l’air louche alors qu’il marchait vers le vestiaire. Monti a perdu pied pendant la seconde mi-temps - à cause d’une blessure à

la cuisse a priori, pas en raison des menaces de mort - et l’Uruguay en a profité pour triompher. Quatre ans plus tard, et en tant que joueur de la Juventus à qui l’on avait immédiatement accordé la nationalité italienne, Monti disputait une nouvelle finale mondiale, avec le maillot de la Squadra Azzurra et contre la Tchécoslovaquie. La victoire de l’Italie a offert à Monti une notoriété incroyable. Il est surtout

resté le seul footballeur à avoir disputé deux finales de Coupe du Monde pour deux pays différents. “Après cette victoire et sur décision d’Il Duce [Mussolini], nous étions tous autorisés à demander ce que nous voulions : voitures, maisons, argent, bijoux, femmes...” Monti aura ensuite ces paroles restées célèbres : “En Uruguay, ils m’auraient tué si nous avions gagné. Et en Italie, ils m’auraient tué si j’avais perdu.”

FourFourTwo.fr Juin 2018 27


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1966

HURST

““Personne ne pouvait imaginer que Jimmy Greaves n’allait pas jouer.” Voilà le premier souvenir de Geoff Hurst quand il repense à son coéquipier et ami, se remémorant le dilemme qui s’est présenté au sélectionneur Alf Ramsey avant la finale de la Coupe du Monde 1966. “Personne ne l’admirait plus que moi, poursuit Hurst. Mais pour être honnête, je ne le plaignais pas. Je pensais d’abord à moi et je me suis dit : Dieu merci, j’ai cette chance.” Ce qui donne au sport un caractère aussi captivant est que pour chaque perdant, il y a un gagnant. Et connait-on un autre footballeur qui a saisi sa chance avec autant d’aplomb que Hurst, dont le triplé à Wembley en finale contre l’Allemagne de l’Ouest a offert la Coupe du Monde aux Anglais ? Il venait pourtant de passer l’intégralité du premier tour sur le banc. Mais la blessure de Greaves lors du troisième match contre la France a changé la donne. Attaquant redoutable avec West Ham United et vainqueur de deux trophées majeurs les deux saisons précédentes (FA Cup et Coupe des Vainqueurs de Coupe), le joueur de 24 ans n’avait rien d’un taulier au sein de cette équipe anglaise, même après avoir marqué le seul but d’un match mal équilibré en quart de finale face à l’Argentine. Mais cela a eu le mérite de tout changer dans les rouages de la perception de Ramsey et Hurst est devenu un sérieux prétendant à une place de titulaire aux côtés de Roger Hunt. L’arrière George Cohen s’en souvient et estime que Hurst était le complément parfait pour Hunt. “Roger était un joueur formidable, merveilleux et

GIUSEPPE MEAZZA 1938 “Gagnez ou mourez !” On a rarement reçu un télégramme de motivation plus explicite. Il a été envoyé par le dictateur fasciste Benito Mussolini avant la finale de la Coupe du Monde de 1938 et était adressé à l’Italien Giuseppe Meazza, qui s’apprêtait à affronter la Hongrie. Il Duce tenait le capitaine Azzurri en haute estime. Au point de fermer les yeux

quand l’icône Inter Milan a déclaré avoir deux amours : “Ma mère et mes objectifs. Il n’y a pas de place pour une troisième personne.” Attaquant polyvalent bien connu pour sa frappe foglia morta (feuille morte) et sacré champion du Monde en 1934, Meazza a vécu un Mondial 1938 au service de Silvio Piola. Le joueur de la Lazio a marqué cinq

fois lors du tournoi en France pour assurer un deuxième titre à l’entraîneur Vittorio Pozzo. Le seul but du tournoi de Meazza n’était pas moins mémorable, l’élastique de son short se cassant alors qu’il se préparait à frapper un penalty en demi-finale contre le Brésil. Ce qui ne l’empêcha pas de tromper le gardien Walter tout en tenant son short d’une main.


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“MON BEAU-PÈRE M’A DIT QUE JE MARQUERAI terriblement courageux à une époque où les défenseurs n’étaient pas avares en coups, a-t-il expliqué. Quand Geoff est entré dans l’équipe, il a travaillé magnifiquement à ses côtés. Deux garçons forts et efficaces.” Ramsey avait alors deux options à l’heure d’affronter le Portugal d’Eusebio en demi-finale : revenir au 4-3-3 avec lequel il avait commencé le tournoi. Ou poursuivre en 4-4-2 avec Hurst et Hunt à la pointe de l’attaque, le duo Ball-Peters sur les ailes, Nobby Stiles en récupérateur et Bobby Charlton en meneur de jeu. C’est cette dernière option qui a été privilégiée et Hurst s’est encore distingué lors du succès 2-1, délivrant une passe décisive pour Charlton. Avec Greaves rétabli et en pleine santé avant la finale, Ramsey a donc dû faire un choix. “Je me souviens que je me suis demandé pendant deux ou trois jours si je serais choisi pour la finale, a écrit Hurst en 1966. Jimmy était de nouveau en forme et après avoir marqué 43 buts en 54 matchs pour l’Angleterre, il était en droit de s’attendre à être rappelé. Je pense que la plupart de mes coéquipiers pensait que j’étais le plus susceptible d’être laissé de côté.”

TROIS BUTS,J’AI JUSTE PENSÉ QUE C’ÉTAIT RIDICULE”

erreur.” Trois buts et une Coupe du Monde plus tard, il était entré dans les livres d’histoire et reste à ce jour le seul joueur à avoir inscrit trois buts dans une finale mondiale.

Le reste appartient à l’histoire. Et le beau-père de Hurst lui avait annoncé avant le match qu’il inscrirait un coup du chapeau. “J’ai pensé que c’était ridicule, a écrit l’attaquant. J’avais seulement marqué deux buts dans mes sept précédents matchs avec l’Angleterre. Un seul but aurait déjà été une réussite. Mais surtout, je voulais éviter de faire une

OBDULIO VARELA 1950 Le sacre de l’Uruguay lors de la Coupe du Monde 1950 aurait-il été possible sans le capitaine Obdulio Varela, qui a tout simplement refusé d’accepter la défaite ? Le matin de la finale – le dernier match du groupe qui s’est avéré être décisif - contre les hôtes brésiliens, Varela est descendu dans le hall de son hôtel pour se procurer un journal. “Ce sont les champions du monde”, proclamait

la première page de O Mundo, persuadé que la Seleçao ne ferait qu’une bouchée de La Celeste. Le capitaine uruguayen a acheté tous les exemplaires disponibles, les a montés à l’étage et a demandé à tous ses coéquipiers d’uriner dessus. Drôle de préparation... Et quand l’Uruguay s’est retrouvé mené 1-0 par le Brésil, c’est encore Varela qui a pris les choses en main. Revendiquant un hors-jeu

inexistant et demandant à un traducteur de faire des remontrances aux arbitres, il fit taire les 200 000 fans du Maracana alors que le match repris. “Maintenant, nous allons gagner”, lança-t-il sûr de lui. Juan Schiaffino et Alcides Ghiggia lui donnèrent raison au terme d’une finale que le football brésilien n’a jamais pu oublier. FourFourTwo.juin Juin 2018 29


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FRITZ WALTER 1954 La Hongrie, championne olympique en titre, restait sur 31 matchs sans défaite avant la finale de la Coupe du Monde 1954. Opposés à l’Allemagne de l’Ouest, les Magyars semblaient filer vers le sacre en menant rapidement 2-0. Puis un violent orage s’invita à cette finale et tout bascula. Plus il pleuvait et plus Fritz Walter, le capitaine allemand, a survolé cette rencontre. Le légendaire joueur, âgé de 33 ans,

adorait les terrains détrempés grâce à des chaussures cloutées révolutionnaires. Voilà peut-être pourquoi les Allemands parlent d’un temps de Fritz Walter dès que les conditions deviennent pluvieuses... Portée par son capitaine, l’Allemagne fit son retard et c’est Helmuth Rahn qui scella ce que l’on a appelé le Miracle de Berne, grâce à un troisième but à la 84eme minute. La présence de Fritz changea tout

et elle était déjà en soi miraculeuse. Car l’attaquant allemand avait échappé de peu au goulag lors de la libération d’un camp de prisonniers de guerre ukrainiens par les forces soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un officier, fan de football et qui l’avait reconnu, lui a permis d’éviter la déportation. La nationalité de ce soldat bienveillant ? Hongroise, évidemment...


1974

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CRUYFF & BECKENBAUER Imaginez une finale de Coupe du Monde cet été en Russie entre l’Argentine et le Portugal ! Messi face à Cristiano Ronaldo. Les deux plus grands joueurs de leur génération (et peut-être de l’histoire) opposés pour conquérir une couronne mondiale. Ce genre de scénario n’arrive presque jamais. Certains pour évoquer la finale 1998 entre Ronaldo et Zidane. Mais la seule vraie exception qui confirme la règle aura été la finale de 1974, entre le Kaiser et le Roi. Que Franz Beckenbauer et Johan Cruyff se soient affrontés en finale mondiale est d’autant plus improbable que ces deux géants du foot ne se sont affrontés qu’à quatre reprises tout au long de leur carrière respective. Un an avant cette finale de Coupe du monde, les deux capitaines avaient mené leur équipe lors d’un match aller de quart de finale de la Coupe d’Europe entre l’Ajax et le Bayern Munich (Cruyff avait raté le match retour en raison d’une blessure). Puis quelques années plus tard, en 1979 et 1980, deux affrontements en NASL ont opposé le New York Cosmos de Beckenbauer aux Los Angeles Aztecs puis aux Washington Diplomat de l’emblématique Néerlandais. La victoire de l’Allemagne de l’Ouest en 1974 a provoqué un incroyable ressentiment aux Pays-Bas. Et elle a été le point de départ de l’une des plus féroces rivalités du football mondial. Pourtant, après cette finale à Munich, Beckenbauer et Cruyff sont devenu amis. Et quand le Néerlandais est décédé en mars 2016, le Kaiser a tweeté : “Je suis sous le choc, Johan Cruyff est mort. Il était non seulement un très bon ami mais aussi un frère pour moi.” Le mot frère n’est pas si farfelu que cela quand vous comparez les trajectoires de ces deux immenses joueurs. A commencer par les trois Coupes d’Europe qu’ils ont remportées au cours de leur carrière. Absents du Mondial 1978 alors qu’ils étaient toujours en activité, ils ont tous les deux quitté l’Europe pour les Etats-Unis

FERENC PUSKAS 1954

avant de terminer leur carrière avec les plus grands rivaux de leur club formateur (Cruyff à Feyenoord et Beckenbauer à Hambourg). Et pour finir, ils ont embrassé la carrière d’entraîneur à quelques mois d’intervalle pendant la saison 1984-85. Des carrières managériales couronnées de succès mais relativement courtes avant de changer de registre. Cruyff était ainsi reconnu (et craint) pour ses commentaires publics cinglants, bien que son homologue allemand n’était pas en reste. En juin 2000, Beckenbauer se moquait ainsi ouvertement de l’équipe nationale allemande après sa dernière place en poule lors de l’Euro. Ces deux-là s’appréciaient et ils sont apparus deux fois dans la même équipe. Cruyff avait accepté de rejoindre le Cosmos en quittant Barcelone et il a disputé deux matchs amicaux aux côtés de Beckenbauer, contre les World All-Stars en août 1978 puis contre Chelsea à Stamford Bridge un mois plus tard. Le Néerlandais a finalement rejoint Los Angeles, la NASL refusant que tous les grands joueurs soient concentrés à New York. Lors du 70eme anniversaire de Beckenbauer en 2015, Cruyff avait parlé du Kaiser au magazine allemand 11Freunde. “Je ne peux pas dire exactement quand nous sommes devenus amis. Mais même quand nous jouions l’un contre l’autre, nous avions un grand respect et c’est devenu une amitié. Nous nous voyions souvent parce que je skiais toujours à Kitzbühel, où il vivait. Nous faisions du sport ensemble et le soir, nous partagions de bons moments. Au fil des ans, cette connexion est devenue de plus en plus forte.”

“MÊME QUAND ON S’AFFRONTAIT, NOUS AVIONS UN GRAND RESPECT ET C’EST DEVENU UNE AMITIÉ”

Meilleur joueur du monde en 1954, Ferenc Puskas rêvait de la consécration internationale. Il a débuté le Mondial en Suisse avec trois buts en deux matchs contre la Corée du Sud (9-0) et l’Allemagne de l’Ouest (8-3). Mais ce dernier match avait laissé des traces. Suite à un duel avec Werner Liebrich, le Majors Galopant se fracture une cheville

et il doit déclarer forfait lors du quart de finale contre le Brésil et la demi-finale contre l’Uruguay. Privée de sa pièce maîtresse, la Hongrie parvient tout de même à se qualifier et retrouve une Allemagne revancharde en finale. Loin d’être à 100%, Ferenc Puskas décide de jouer et ouvre le score après six minutes. Son équipe fait le break deux

minutes plus tard mais dans la boue bernoise, l’Allemagne inverse le score. Puskas pense égaliser en fin de match mais le juge de ligne gallois Sandy Griffiths lui refuse un but pour hors-jeu. “Je ne lui pardonnerai jamais cela”, a déclaré Puskas dans son autobiographie. Il ne sera jamais champion du monde. FourFourTwo.fr Juin 2018 31


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1978

KEMPES

Jouer une finale de Coupe du Monde à domicile est généralement un avantage. Mais pour certains joueurs, c’est un fardeau beaucoup plus lourd. Apparemment détendu et affable, Mario Kempes n’a pas donné l’impression de ressentir la pression d’être la tête d’affiche de l’Argentine en 1978. Il a d’ailleurs terminé le tournoi en tant que champion du monde et meilleur buteur. Mais comme il l’avoue, la réalité était plutôt différente. “Le problème n’était pas la pression des supporters mais celle que nous nous étions mis nous-mêmes. Nous avions senti que nous devions gagner. Après avoir perdu notre troisième match de poule face à l’Italie à l’Estadio Monumental, nous étions choqués. Nous avons dû quitter Buenos Aires pour les matchs suivants mais au final, cela s’est avéré être une très bonne chose d’aller jouer à Rosario.” Pour se détendre, Kempes admet qu’il fumait. “Pas beaucoup,

JUST FONTAINE 1958 Parfois, toutes les planètes s’alignent lors d’une Coupe du Monde. Au bon endroit, au bon moment. Just Fontaine n’a disputé qu’une seule phase finale avec les Bleus mais en 1958, l’attaquant français a inscrit treize buts en seulement six matchs. Le tout avec des chaussures empruntées à son coéquipier, Stéphane Bruey. “Mon gros avantage était que j’avais subi une opération du genou en

décembre 1957 et que je suis revenu en février, a expliqué Fontaine. Cela m’a donné beaucoup de fraîcheur à la Coupe du Monde.” Avec la blessure de René Bliard, Fontaine a eu sa chance et ne l’a pas laissé passer. Un triplé lors d’une victoire contre le Paraguay, un doublé malgré la défaite contre la Yougoslavie, un but face à l’Ecosse, un nouveau doublé en quart contre l’Irlande du Nord et encore un but lors de

la demi-finale perdue face au Brésil. Fontaine n’avait besoin que de deux buts contre l’Allemagne de l’Ouest, lors du match pour la troisième place, pour égaler le record de Sandor Kocsis (11). Après un quadruplé magique, il a placé la barre à une hauteur qu’il semble impossible d’atteindre un jour.


LES ICÔNES DE LA CDM peut-être 10-12 cigarettes par jour. Beaucoup d’entre nous fumaient. Par superstition, je partageais une cigarette avec Hector Baley [le troisième gardien de but] à l’arrière du bus sur le chemin du stade.” L’attaquant de 23 ans évoluait à l’époque à Valence et il était le seul membre de l’Albiceleste à jouer à l’étranger. Tout sauf anecdotique ! Il avait été le dernier joueur à échapper au blocage des transferts imposé par la junte militaire argentine, à la demande du sélectionneur Cesar Luis Menotti qui voulait avoir son équipe sous la main à l’approche du tournoi. Ainsi, à partir du 1er septembre 1976, les joueurs de moins de 28 ans ne pouvaient plus être transférés sans son autorisation. C’est le départ du Matador en Espagne qui avait motivé cette loi. Aux yeux du public argentin, Kempes devait donc être le sauveur, lui qui évoluait dans l’un des meilleurs championnats du monde. “J’ai commencé chaque match en pensant que j’allais briller, explique-t-il. Quand les défenseurs prenaient le dessus et que je ne marquais pas, je me disais que j’aurais l’occasion de me venger trois jours plus tard. J’ai toujours eu confiance en moi.” Impossible cependant de ne pas penser à ce contexte particulier et à la tension d’un gouvernement qui rêvait d’une victoire en Coupe du Monde pour prolonger son règne cruel. Torture, répression, meurtres : ce Mondial 78 reste un problème dès qu’il s’agit de le contextualiser. “Nous ne savions rien, nous étions enfermés et nous étions les derniers à savoir à propos des disparus”, a-t-on souvent entendu.

COMME LE MATADOR JOUAIT EN ESPAGNE, TOUS LES SUPPORTERS ARGENTINS LE CONSIDÉRAIENT COMME LE SAUVEUR remerciés. Nous étions tous excités après ça.” Après avoir battu les Pays-Bas et marqué deux buts, Kempes est retourné dans sa ville natale de Cordoue pour un peu de repos et de détente. Sa méthode ? Pêcher, bien sûr.

Une victoire suspecte 6-0 face au Pérou a permis aux Argentins d’assurer leur place pour la finale. Mais pas encore de relâcher la pression. Seul un petit groupe de joueurs a trouvé un moyen improbable de se détendre à la veille du plus grand match de leur vie. “Peu de gens le savent mais avant la finale, Hector Baley voulait aller à la pêche, raconte Kempes. Je n’aimais pas pêcher mais il m’a quand même envoyé demander la permission à Menotti. Americo Gallego est également venu avec nous. En fin de compte, c’était un bon moyen de réduire l’anxiété. Nous sommes partis au milieu de la nuit.” Le trio a trouvé un bateau abandonné sur la rivière Parana et il a pu pêcher quelques heures. “Personne ne nous a vus, se souvient Kempes. Il faisait très froid car il était 5h00 du matin et nous étions en plein hiver. Nous sommes retournés au camp d’entraînement avec une quelques poissons que nous avons donnés au cuisinier. Notre table proposait donc un menu spécial avant la finale. Les autres joueurs ne pouvaient pas le croire. Ce n’est pas quelque chose qui pourrait arriver aujourd’hui !” La tension entre les joueurs au matin de la finale était si grande que pendant sa causerie, Menotti a même évoqué la possibilté de perdre. “Ce fut le discours le plus court un jour de finale, estime Kempes. Il a dit que quoi qu’il arrivait, nous avions déjà gagné le titre à ses yeux. Nous étions tous des champions et il nous a

GARRINCHA 1962 Un jour, le jeune Manoel Francisco dos Santos est rentré de l’école en caressant un petit oiseau trouvé sur un trottoir. “Il te ressemble, a lancé la grande sœur Rosa à ce petit frère à la colonne vertébrale déformée et aux jambes arquées (à tel point que des médecins ont estimé qu’il ne pourrait jamais marcher normalement). Il vole beaucoup mais il n’est bon à rien. C’est un Garrincha [petit oiseau].” Elle

n’aurait bien sûr pas pu avoir plus tort. Garrincha est devenu la Alegria do Povo (la joie du peuple), davantage aimé encore que Pelé. C’était le génie brésilien le plus imparfait, un alcoolique qui aurait perdu sa virginité avec une chèvre. Mais avec un ballon de football dans les pieds, O Anjo de Pernas Tortas (l’ange aux jambes courbées) a fasciné tout le monde. C’est quand la Seleçao a eu le plus besoin de lui que ce joueur

magnifique a conquis les cœurs de son pays. Avec Pelé blessé lors du deuxième match de la Coupe du Monde 1962, Garrincha a porté les Auriverde vers une deuxième couronne, inscrivant quatre buts dans le tournoi. Rédacteur sportif à l’époque, Eduardo Galleano a écrit : “Dans l’histoire du football, personne ne m’a rendu plus heureux que lui.” Aussi disgracieux soit-il... FourFourTwo.fr Juin 2018 33


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1982 SOCRATES qui pense ne court pas”, aimait-il répéter. La principale raison pour laquelle il a choisi le football plutôt que la médecine a été de disputer la Coupe du monde. Pour la seule fois de sa vie, il a mis le frein sur le tabac et l’alcool, deux dépendances qui finiront par lui coûter la vie à seulement 57 ans.

Vincent van Gogh n’a vendu qu’une seule toile de son vivant. A un collectionneur belge, qui a payé 400 francs pour s’offrir la Vigne Rouge, une peinture à l’huile exécutée à Arles en 1888. Un mois plus tard, l’artiste néerlandais s’est tiré une balle dans la poitrine, laissant l’image d’un alcoolique sans le sou et avec une seule oreille. Qui aurait pu alors imaginer que ses chefs-d’œuvre impressionnistes s’arracheraient à coup de millions et qu’ils inspireraient des génies comme Picasso, Matisse et Munch ? Socrates, grand fumeur et amateur de bière, n’a jamais dépassé les huitièmes de finale d’une Coupe du monde. Avec lui en 1982, l’équipe brésilienne n’a même pas réussi à se sortir de la deuxième phase de groupes après sa défaite contre l’Italie. Et pourtant, il a toujours gardé une image immaculée. Enfant, Socrates avait trois héros. Mais aucun n’était footballeur : Che Guevara, Fidel Castro et John Lennon. Trois révolutionnaires qui voulaient changer le monde. “Je fume, je bois, je pense” n’est guère la philosophie du footballeur moyen. Mais il n’y avait rien de moyen chez Socrates, devenu un agitateur de gauche désireux d’apporter la démocratie dans un pays dirigé par une dictature militaire. Fils aîné d’un inspecteur des impôts, il n’est devenu professionnel qu’en 1974, à l’âge de 20 ans, après avoir validé un diplôme de médecine en fournissant pour ses études les mêmes efforts que sur un terrain : presque aucun. Son talent naturel a fait le reste. “Celui qui court ne pense pas et celui

Après cinq mois de préparation pour transformer sa graisse en muscle, Socrates a débarqué au rassemblement brésilien dans la peau d’un nouveau joueur. Il était plus rapide, plus fort et avait une frappe au-dessus du lot. “Qu’est-ce que tu fais là”, lui cria Zico alors que Socrates était à l’avant du groupe lors d’un footing collectif. “Il a toujours parlé de ses difficultés pour rester en forme, a expliqué Zico des années plus tard. Mais il s’était beaucoup entraîné et il a vraiment été un exemple. Pour cette Coupe du Monde, il était concentré sur sa forme et il a prouvé qu’il y avait un athlète en lui.” Socrates était aussi la première incarnation du jogo bonito, dans un système presque sans position fixe qu’il avait surnommé le chaos organisé, destiné à couper les ailes au football total néerlandais. “Tout le monde a la liberté de jouer comme il le souhaite tant qu’il remplit certaines fonctions de base, expliquait-il peu de temps avant la compétition. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela fonctionne. Je joue sur l’aile, je suis avant-centre, récupérateur, milieu de terrain... Cela dépend de la façon dont le match se déroule. Même si nous ne gagnons pas le titre, nous aurons modifié les schémas traditionnels comme le 4-2-4 et le 4-3-3. Et tout ce

EUSEBIO 1966 Rares sont les sportifs étrangers qui ont été immortalisés en cire dans le célèbre musée de Madame Tussauds à Londres. Mais en 1966, il y avait peu de footballeurs aussi célèbres en Grande-Bretagne que cet ancien petit vagabond, qui s’échappait de l’école au Mozambique pour

aller jouer au football pieds nus avec des ballons faits de chaussettes rembourrées. Eusebio avait déjà soulevé la Coupe d’Europe avec Benfica avant de débarquer en Angleterre pour la Coupe du Monde. Et ses neuf buts pendant la compétition ont confirmé que ce joueur venait d’une autre

planète. La défaite face aux Anglais en demi-finale a rendu Eusebio inconsolable. “Pour moi, il sera toujours le meilleur joueur de tous les temps”, a déclaré le grand Alfredo Di Stefano. Un hommage encore plus parlant qu’une statue de cire.


WORLD CUP ICOnS

que les Pays-Bas ont inventé.” Le Mondial n’a pourtant pas bien commencé pour la Seleçao, rapidement menée par l’URSS lors de son premier match. Jusqu’à ce ballon qui arrive dans les pieds de Socrates aux abords de la surface soviétique. “Un mur de maillots rouges prêt à verser leur sang pour m’arrêter”, se souvenait le Brésilien. Une feinte et un pivot plus tard, il avait marqué un but somptueux. “Non, pas un but, un orgasme sans fin”, s’amusait-il à répéter. Brillant face à l’Ecosse, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine, Socrates a encore marqué face à l’Italie en quart de finale. Mais le Brésil s’est incliné (3-2), foudroyé par un triplé de Paolo Rossi sur la pelouse de Barcelone. “Gagner n’est pas la chose la plus importante, a déclaré Socrates. Le football est un art et il faut faire preuve de créativité. Si Vincent van Gogh et Edgar Degas avaient su le niveau de reconnaissance qu’ils auraient des années plus tard, auraient-ils travaillé de la même manière ?” Celui qui pense ne court pas. Vous l’aurez compris, Socrates ne courait pas beaucoup...

“JE FUME, JE BOIS, JE PENSE... CELUI QUI COURT NE PENSE PAS ET CELUI QUI PENSE NE COURT PAS”

BOBBY MOORE 1966 “Pas très à l’aise dans les airs, une endurance suspecte.” Ken Jones, journaliste au Daily Mirror, ne cachait pas ses doutes quand un jeune défenseur de West Ham, âgé de 21 ans, a débarqué en équipe d’Angleterre en 1962. Quatre ans plus tard, Bobby Moore brandissait le trophée Jules Rimet en tant que capitaine des Three Lions. Si Bobby Charlton a été élu

meilleur joueur de l’Angleterre en 1966 et qu’on se souvient surtout du triplé de Geoff Hurst en finale, Bobby Moore était bien le cœur de l’équipe. “Mon capitaine, mon leader, mon bras droit, a dit le manager Alf Ramsey. Un footballeur cool et calculateur auquel je ferais confiance toute ma vie.” L’Angleterre a remporté cette Coupe du Monde grâce

notamment à sa solidité défensive, le but d’Eusebio en demi-finale étant le premier encaissé en 700 minutes de jeu. “Il devrait y avoir une loi contre Bobby Moore, a déclaré un jour Jock Stein, joueur du Celtic et de l’Ecosse. Car il peut voir ce qui va se passer 20 minutes avant tout le monde.”

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GERD MULLER 1970 “Et que suis-je censé faire avec cet haltérophile ?” Tschik Cajkovski, entraîneur du Bayern Munich, n’a pas fait semblant lors de la présentation de sa nouvelle recrue en 1964. Il faut dire que Gerd Muller (19 ans) ne ressemblait pas vraiment au footballeur classique. Petit, trapu et avec deux troncs d’arbre à la

place des cuisses, il n’avait pas non plus d’aptitudes physiques particulières. En revanche, Muller était doué pour une chose sur un terrain de football : marquer des buts ! Il a ainsi trouvé les filets à 564 reprises pour le Bayern et 68 fois (en 62 matchs) pour l’Allemagne de l’Ouest. Dont ses dix buts à la Coupe du Monde de

1970, faisant de lui le Soulier d’Or du tournoi. Seul le Danois Poul Nielsen (52 buts en 38 matches entre 1910 et 1925) affiche un meilleur ratio international que Gerd Muller (1,10 par match). Toujours au bon endroit et au bon moment. Der Bomber a fait exploser toutes les défenses...


1986

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pas. L’attaquant, qui avait provoqué une émeute dans son pays natal en 1985 en passant de Boca Juniors à River Plate, a inscrit un but crucial face au Pérou, offrant la qualification à son pays. Ironie du sort, Gareca est maintenant le manager du Pérou et le mènera cet été à sa première phase finale de Coupe du Monde depuis cette défaite dramatique à Buenos Aires.

MARADONA

En Argentine, “Maradona” n’est plus un nom de famille. C’est un adjectif. Mieux encore, une qualité. “Maradoner” est également devenu un verbe. Sur le terrain, cela signifie dribbler tous ses adversaires. Et plus largement, avoir un talent pour esquiver tous les obstacles qui se dressent sur votre chemin. Naturellement, tous ces néologismes ont vu le jour après la Coupe du Monde au Mexique en 1986. Car avant ce tournoi, tous ces termes n’auraient pas eu beaucoup de sens pour Diego. Il avait fait ses débuts avec Argentinos Juniors en octobre 1976, presque dix ans plus tôt. Mais c’est bien ce Mondial mexicain qui a fait de Maradona l’une des plus grandes icônes du football. Sa réputation l’avait longtemps précédé mais pendant la première décennie de sa carrière professionnelle, Maradona n’a remporté qu’un seul titre de champion : avec Boca Juniors en 1981. En Espagne, sous les couleurs de Barcelone, il n’avait pu célébrer qu’une coupe nationale. Trop peu pour un joueur de sa qualité, qui avait certes remporté la Coupe du Monde U20 en 1979 au Japon mais qui avait surtout manqué le Mondial 1978 avant de traverser celui de 1982 sans briller. Un doublé contre la Hongrie, un rouge face au Brésil et un parcours bien terne pour celui qui serait consacré quatre ans plus tard.

Durant ces éliminatoires, Diego a seulement marqué face au Venezuela. A tel point que son nom n’était pas une évidence le mois précédent l’annonce des joueurs retenus pour la Coupe du Monde. “Il peut être encore meilleur que Platini, Rummenigge ou Zico”, a souvent répété Bilardo, défendant son capitaine alors que les médias internationaux continuaient de l’ignorer. Quand le Mondial a commencé, Maradona a utilisé les critiques et le manque de confiance pour en faire un mélange détonnant de rage et d’énergie positive. Il y avait évidemment encore quelques questions persistantes au sujet de son poids mais à l’été 1986, Bilardo l’encourageait activement. “Je voulais qu’ils soient en surpoids de deux ou trois kilos car à chaque match à midi au Mexique, il perdait au moins trois kilos.” A tel point que les Argentins ont été acheter de nouveaux maillots avant leur quart de finale contre l’Angleterre. “Après les matchs, chaque maillot pesait environ un kilo à cause de la sueur, a révélé Bilardo quelque temps plus tard. Nous avions besoin de faire quelque chose, d’un tissu plus léger et d’un col en V.” Les nouveaux maillots, dénichés dans un magasin de sport de Mexico, ont été brodés avec le blason de la Fédération argentine grâce à des bénévoles du Club America. Puis le flocage a été fait en utilisant des numéros destinés à des maillots de football américain. “Ces chiffres étaient trop grands mais j’aimais bien ces maillots et je savais qu’on allait battre les Anglais.” Maradona ne s’était pas trompé.

Lorsque Carlos Bilardo a été nommé sélectionneur de l’Argentine en 1983, l’une de ses premières décisions a été de faire de Maradona son capitaine. Les critiques n’ont pas tardé, beaucoup estimant que Diego serait incapable de gérer la pression liée au brassard, contrairement à son prédécesseur Daniel Passarella. Et la campagne de qualification aurait pu leur donner raison puisque c’est Ricardo Gareca qui a sorti l’Argentine d’un bien mauvais

DIEGO A UTILISÉ LES CRITIQUES ET LE MANQUE DE CONFIANCE POUR EN FAIRE UN MÉLANGE DÉTONNANT DE RAGE ET D’ÉNERGIE POSITIVE

GRZEGORZ LATO 1974 Peu de gens disent non à Pelé. Mais quand le Brésilien a insisté pour que Grzegorz Lato rejoigne son équipe du New York Cosmos en 1982, le Polonais a décliné et a préféré s’engager avec les Mexicains du CF Atlante. Ailier rapide avec des vraies qualités de buteur, Lato a marqué sept fois pendant le tournoi de 1974, décrochant le Soulier d’Or

devant le Néerlandais Johan Neeskens et son compatriote Andrzej Szarmach. Seul un terrain à la limite du praticable en demi-finale face à l’Allemagne de l’Ouest - avec un coup d’envoi retardé et de l’eau stagnante - a empêché l’effrayante accélération de ce joueur de 24 ans. Son match contre le Brésil, pour la troisième place du

Mondial, a été l’exemple parfaite des talents de Lato. Héritant du ballon dans son propore camp, l’ailier a défié Alfredo puis a glissé le ballon sous le gardien Leao. Sur la même pelouse où deux ans plus tôt, en finale des Jeux Olympiques de Munich face à la Hongrie, il n’avait pas quitté le banc...

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1990

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GAZZA La carrière professionnelle de Paul Gascoigne a duré vingt ans (1985-2005). Mais on se souvient surtout de lui pendant ce mois d’Italia 90. Il avait déjà 23 ans mais n’avait pas encore disputé la moindre compétition internationale. Joueur irrégulier au positionnement parfois suspect, Gazza ne pouvait pourtant pas être ignoré par le sélectionneur Bobby Robson. “Pendant ce Mondial, il a joué avec une grande confiance et vraiment par amour du jeu”, dira quelques années plus tard Gary Lineker. De l’amour mais aussi une touche de folie. Contre les Néerlandais, vainqueurs de l’Euro deux ans plus tôt, Gazza s’amuse ainsi à tirer sur les dreadlocks de Ruud Gullit. Mais ce qu’on attendait surtout de lui, c’était cette créativité pour débloquer des matchs dans l’impasse. Passeur décisif contre l’Egypte puis la Belgique en huitième de finale, Gascoigne a illuminé le quart contre le Cameroun, slalomant au milieu de terrain avant de lancer idéalement Lineker. Tout ne pouvait évidemment pas toujours bien se passer et personne n’a oublié cette scène d’un Gascoigne en larmes après avoir reçu un avertissement lors de la demi-finale face à l’Allemagne. Un carton jaune qui le privait d’une éventuelle finale. Les larmes ont coulé sur la pelouse du Stadio Delle Alpi de Turin, malgré les chants de fans anglais presque chez eux. “Pleurez”, a écrit Salman Rushdie au sujet de l’incident. Et le monde pleurera avec vous.” Réconforté par Bobby Robson certains cadres avant la séance de tirs au but, Gazza n’a pas eu la force d’aller frapper.

TEOFILO CUBILLAS 1978 Les Sud-Américains aiment briller pendant la Coupe du Monde. Mais peu de joueurs ont autant illuminé une phase finale que le Péruvien Teofilo Cubillas, auteur de cinq buts lors du tournoi en Argentine - à seulement une longueur du meilleur buteur du tournoi Mario Kempes. Lors d’une victoire 3-1

contre l’Ecosse, Cubillas a été frappé par la grâce en transformant un coup-franc à l’entrée de la surface. Tout le monde attendait une frappe enroulée sur la gauche du gardien mais le joueur péruvien a opté pour un tir de l’extérieur, dans la lucarne droite du pauvre Alan Rough. Un but qui a brisé le

cœur des supporters écossais. Mais qui a permis au joueur de 29 ans de rentrer dans la grande histoire de la Coupe du Monde.


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Il a vu son ami Chris Waddle rater sa tentative et l’Angleterre se faire éliminer du tournoi. Gascoigne ne le savait évidemment pas à cet instant mais il s’agissait déjà du dernier match de Coupe du Monde d’une carrière rythmée par des soucis personnels : violences domestiques, alcoolisme, dépression, guerre ouverte contre les tabloïdes... Si sa présence à l’Euro 96 avait été globalement une réussite, Gazza ne sera pas appelé par Glen Hoddle pour le Mondial en France deux ans plus tard. Gascoigne reste pourtant une icône. Un jeune joueur figé malgré un potentiel infini. Une sorte de Hendrix, Joplin, Cobain ou Winehouse du ballon rond. Qui n’aura finalement jamais été là où il aurait pu aller. Lors de cette Coupe du Monde 90, certains voyaient en lui le Maradona de 1986. Un joueur capable d’emmener tout un pays dans son sillage. Grâce à un flair, une technique et une sophistication tactique rarement égalée par un joueur anglais depuis la guerre. Dans une époque où de nombreux fans considèrent les footballeurs comme des robots sans âme, Stuart Pearce estimait que “le jeu moderne est tellement aseptisé et exposé aux médias qu’il supprime presque la personnalité”. Cela ne pouvait évidemment pas arriver à l’irrépressible Gascoigne, un homme du peuple. Bien que les tabloïds l’aient harcelé, ils n’ont jamais pu détruire sa popularité. Gazza, le prince clown. Au volant d’un bus londonien. Débarquant avec une autruche à l’entraînement. Adressant un carton jaune à un arbitre... L’adrénaline intérieure de Gascoigne lui promettait un après-football douloureux. Et il l’a été. Ceux qui réussissent le mieux à se remettre de leurs addictions s’accordent avec la vie. Ils trouvent un contentement de niveau inférieur mais en adéquation avec le cours normal de la vie. Il faut souhaiter que Gazza y arrivera lui aussi. Il reste cet homme imparfait, comme nous d’ailleurs, et conserve cette adoration contagieuse du jeu. Les souvenirs d’Italia 90 lui survivront. Philip Larkin a écrit que ce qui survivra de nous, c’est l’amour.

Gascoigne aimait le football. Et les fans de football adorent Gascoigne.

GAZZA, LE PRINCE CLOWN DÉBARQUANT AVEC UNE AUTRUCHE À L’ENTRAÎNEMENT

PAOL0 ROSSI 1982 Les médias italiens étaient furieux lorsque Paolo Rossi a été sélectionné dans l’équipe italienne de la Coupe du Monde 1982. Il sortait d’une suspension de deux ans en raison de son implication dans un scandale de paris. Les trois premiers matchs de l’attaquant dans le tournoi ont donné raison à ses

détracteurs mais tout a soudainement changé quand l’Italie a affronté le Brésil. L’attaquant de la Juventus a signé un triplé, scellant une victoire 3-2 sur la pelouse de Barcelone. Rossi ne s’est plus arrêté, marquant deux fois lors de la demi-finale contre la Pologne. Ne restait plus qu’à

parachever son œuvre, ce qu’il a fait en ouvrant le score en finale contre l’Allemagne de l’Ouest. L’Italie s’est imposée 3-1, Rossi a été sacré meilleur buteur... et les médias italiens ont tout pardonné.

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1994

tranquille chez lui, dans la destination touristique toscane de Forte dei Marmi, avec ses régiments de parasols. Assiégé par les fans aux bains thermaux, au restaurant et sous ses fenêtres, le joueur a finalement embarquer toute la famille dans sa Mercedes bleue et il a filé au sud de la Maremme, où les riches traditionnellement de la tranquillité des vignes et des pâturages. Mais alors que l’Italie se réveillait chaque matin avec cette déception mondiale, chaque conversation tournait invariablement sur Baggio. “C’est comme si nous étions encore en pleine Coupe du Monde”, lançait-il en septembre, surpris qu’un pays capable de méditer plusieurs jours sur un incident de Serie A soit encore préoccupé par cette séance de tirs au but.

BAGGIO Trois semaines après son échec lors de la séance de tirs au but en finale du Mondial 94, Roberto Baggio a remis certaines pendules à l’heure. Surtout quand un journaliste lui a demandé si son raté avait été le moment le plus cruel de la compétition. “Non, c’est le meurtre du joueur colombien qui a été la chose la plus bouleversante, a-t-il expliqué en repensant à l’assassinat d’Andres Escobar. Un incident incroyable et terrifiant, qui marquera malheureusement cette Coupe du Monde pour toujours. Et tout ça pour un but ! C’est choquant de mourir comme ça.” Cela n’a pas empêché Baggio de se retrouver au plein cœur des brouhaha post-finale. Désireux de s’adonner à sa passion pour la chasse, le joueur italien s’est rendu dans son nouveau ranch de 900 acres à La Pampa, l’une des provinces les moins peuplées d’Argentine, au cœur des vastes prairies désertes du pays. Mais le ranch La Chiquita a été assailli de caméras et de projecteurs, obligeant Baggio à rentrer chez lui par une porte de service, deux heures après son père et ses amis, afin d’esquiver la presse. On a ensuite vu débarquer une classe d’enfants d’école primaire, dont l’enseignant pensait qu’un voyage à la résidence de Baggio serait éducatif. Puis il y eu les jésuites, les activistes des droits des animaux... Un magazine catholique italien a lui insisté pour que Baggio soit excommunié pour avoir accepté de se tourner vers le bouddhisme pendant qu’une association anti-chasse s’interrogeait sur les vertus de ce bouddhiste qui tirait sur des canards. Qui sait pourquoi Baggio pensait qu’il serait plus

GARY LINEKER 1986 L’Angleterre a connu une élimination frustrante en quart de finale de la Coupe du Monde 1986, victime du génie et de la ruse de Diego Maradona. Mais c’est un tournoi que Gary Lineker a apprécié et surtout achevé comme meilleur buteur avec ses six réalisations. Son triplé lors d’une victoire 3-0 en

C’est à cette période que Baggio a connu ses premières blessures. Presque psychosomatiques. En septembre 1994, le quotidien italien La Repubblica a écrit ces lignes terribles : “Autour de Roberto Baggio, on entend ce bruit de l’éclatement du cristal. Il y a encore quelque chose de cassé en lui. Peut-être ce rêve de gagner une Coupe du Monde ou le frisson d’un pénalty raté. Ce n’est peut-être que musculaire et des faiblesses qui reviennent. Les limites physiques et psychologiques d’un jeune homme que l’on voyait comme un talisman, un champion dont on a trop attendu. Chaque remède désormais semble être un simple palliatif, une aspirine donnée à un mourant.” Dans son autobiographie, l’attaquant a décrit sa bataille pour surmonter l’apitoiement sur soi-même. Il souligne que Franco Baresi et Daniele Massaro ont eu aussi raté leur tentative, si bien que le Brésil aurait quand même gagné cette Coupe du Monde si Baggio avait converti le sien. “Il a fallu choisir une image et c’est mon erreur qui a été le symbole de cette défaite.” Un moment difficile et toujours douloureux, plus de vingt ans après. “C’est le même sentiment d’amertume qu’en 1994, nous a-t-il expliqué l’année dernière. Il n’a pas diminué et je ne pense pas qu’il disparaîtra un jour.”

“C’EST LE MÊME SENTIMENT D’AMERTUME QU’EN 1994, E T JE NE PENSE PAS QU’IL DISPAR AÏTRA UN JOUR”

phase de groupes contre la Pologne a assuré la qualification des Three Lions pour la phase finale de la compétition, en terminant deuxième derrière le Maroc. Le Paraguay s’est alors dressé devant les Anglais en huitièmes de finale et les SudAméricains n’ont pas résisté à Lineker, auteur d’un doublé

pour envoyer l’équipe de Bobby Robson en quarts de finale. Malgré la défaite, l’attaquant a inscrit son sixième but du Mondial. Insuffisant face à Maradona, buteur de la main avant d’offrir un moment de grâce pour sceller la partie.


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TOTO SCHILLACI 1990 C’est une tradition italienne. S’en prendre aux attaquants de la Squadra avant même le début de la Coupe du Monde. Toto Schillaci n’y a pas échappé, sifflé par 3 000 supporters en débarquant au camp d’entraînement des Azzurri avant le Mondial en Italie. Mais ce n’était pas la faute de l’attaquant de la Juventus. Il était simplement au mauvais endroit au mauvais moment quand une émeute a

éclaté après la décision controversée de Roberto Baggio de quitter la Fiorentina pour rejoindre la Juventus. Heureusement, Toto en est sorti indemne et il n’a montré aucune pitié pour les défenses adverses. A 25 ans, cette compétition était son premier coup d’éclat dans le football international. Il était seulement remplaçant dans les deux premiers matches de l’Italie

mais a gagné sa place en inscrivant cinq buts, aidant son équipe à atteindre les demi-finales où elle a été battue aux tirs au but par l’Argentine. Schillaci n’est cependant pas reparti les mains vides. Un penalty contre l’Angleterre lors du match pour la troisième place lui a en effet permis de remporter le Soulier d’Or. FourFourTwo.fr Juin 2018 41


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1998 ZIDANE 12 juillet 1998. Un million de personnes se retrouvent sur les Champs-Elysées à Paris. La plus célèbre avenue du monde est noyée par les drapeaux tricolores, les klaxons de voiture et les acclamations de supporters. Puis l’image de Zinédine Zidane apparait sur l’Arc de Triomphe, accompagnée de ces deux mots : Merci Zizou ! Une clameur monte dans le ciel et Zidane devient officiellement l’icône de toute une génération.

Une déclaration d’ignorant pour quiconque connait un tant soit peu l’histoire de cette équipe. Demi-finalistes de la Coupe du Monde 1958, Raymond Kopa (fils d’immigrants polonais) et Just Fontaine (né à Marrakech d’une mère espagnole) n’était évidemment pas des Français pure souche. Tout comme la légende des années 1980, Michel Platini, qui avait un père italien. Le défenseur Marius Tresor est originaire de la Guadeloupe. Quant à Jean Tigana et Luis Fernandez, ils sont nés respectivement au Mali et en Espagne.

Quelques heures plus tôt, le meneur de jeu de la Juventus (26 ans) avait inscrit les deux premiers buts de la victoire 3-0 contre le Brésil. Un succès synonyme de premier sacré mondial pour les Bleus. Et la fin d’un Mondial contrasté pour Zidane. Expulsé en poule face à l’Arabie Saoudite, il avait manqué deux rencontres (dont le huitième face au Paraguay) et n’a même pas été élu meilleur joueur de l’équipe, Lilian Thuram lui étant préféré. Mais cette finale de rêve face au Brésil a changé la perception des fans. Et l’image de ZZ a soudainement franchi les barrières du football. Il s’agissait désormais d’’identité culturelle, de race, d’ethnicité et d’immigration. Deux ans plus tôt, Jean-Marie Le Pen avait suscité l’indignation en critiquant la nature multiraciale des Bleus, décrivant la France comme une équipe d’étrangers.

Figure puissante de la politique française, Le Pen a ouvert un débat sur ce que signifiait être français à la fin du XXe siècle. L’équipe de 1998 comprenait plusieurs joueurs nés en dehors de la France métropolitaine (Bernard Lama, Christian Karembeu). D’autres, comme Zidane, Youri Djorkaeff et Marcel Desailly, étaient les enfants de parents qui avaient émigré en France. On a alors parlé de cette France Black-Blanc-Beur et la victoire mondiale est devenue la riposte parfaite à Le Pen. Au centre de tout cela se trouvait Zidane, footballeur fantastique mais également personnalité extrêmement

HRISTO STOICHKOV 1994 À l’approche de la Coupe du Monde de 1994 aux Etats-Unis, la Bulgarie n’avait jamais remporté de match dans l’histoire de la compétition. Mais tout était sur le point de changer, en grande partie grâce à l’éclat de Hristo Stoichkov. Après un match d’ouverture cauchemardesque face au Nigeria, la Bulgarie a rebondi

avec une victoire écrasante contre la Grèce. Stoichkov était l’architecte du succès, convertissant deux pénaltys, et il a offert un nouveau tour de magie au match suivant en faisant tomber l’Argentine de Diego Maradona. Les Bulgares étaient lancés et le Mexique est également tombé aux tirs au but, la star de Barcelone ayant

inscrit le but du match. Stoichkov n’avait pas terminé de briller, marquant sur coup-franc lors d’un quart de finale contre l’Allemagne. C’est finalement l’Italie de Roberto Baggio qui a mis un terme à cet improbable parcours. Stoichkov, lui, est rentré à la maison avec le titre de meilleur buteur, à égalité avec le Russe Oleg Salenko.


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populaire. Né dans une famille ouvrière de Marseille de parents installés dans le sud de la France après avoir quitté l’Algérie, Zizou est devenu le symbole de tout ce Le Pen critiquait. Mais sans jamais en parler. Il a presque toujours évité les questions sur l’identité et l’immigration et avec lui, le vieil adage de laisser parler son football n’a jamais été aussi approprié. Une figure de proue silencieuse. Les cyniques affirment qu’il y avait quelque chose de calculé dans ce silence de Zidane. Etre désengagé par rapport à des sujets importants lui aurait permis de séduire de nombreux publicitaires. De la même manière que David Beckham, son futur co-équipier au Real Madrid, Zidane était le seul joueur que les marques s’arrachaient. Mais la vérité est peut-être beaucoup plus simple. Zidane aurait compris très vite que parler de sujets plus larges était dangereux et que l’impact positif de cette victoire en Coupe du Monde de 1998 serait éphémère, voire même illusoire. Les hésitations de Zidane se sont avérées fondées. Pendant plusieurs années, on parla de l’unification du pays autour de cette génération mais la vie a repris son cours. En 2011, Laurent Blanc aurait pu être balayé par le scandale des joueurs bi-nationaux. Six ans plus tard, Marine Le Pen récoltait 34% des voix lors du second tour de l’élection présidentielle. Pour les Français, Zidane et ses coéquipiers de 98 seront toujours beaucoup plus que des joueurs de football. Vingt ans plus tard, on sait que le football peut refléter la société. Mais pas la changer autant que nous le voudrions.

AVEC ZIDANE, IL S’AGISSAIT DÉSORMAIS D’IDENTITÉ CULTURELLE, DE RACE, D’E THNICITÉ E T D’IMMIGRATION

DAVOR SUKER 1998 Quoi de mieux qu’une équipe d’outsiders pour venir troubler l’ordre établi d’une Coupe du Monde ? C’est exactement ce qu’on fait la Croatie et Davor Suker lors du Mondial en France. L’attaquant a inscrit six buts pour remporter le Soulier d’Or alors que ce jeune pays a atteint les demi-finales à la surprise

générale. Suker n’était évidemment pas un inconnu après avoir marqué dix buts en Liga avec le Real Madrid. En ouvrant le score face à la France en première période, l’attaquant croate a donné des sueurs froides aux joueurs d’Aimé Jacquet. La belle histoire de Suker et de ses partenaires s’est

arrêtée sur un doublé de Lilian Thuram. Mais les supporters croates ne l’oublieront sans doute jamais.

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2006 CANNAVARO

OLIVER KHAN 2002 Il n’est pas si fréquent qu’un gardien de but vole la vedette à tous les autres joueurs lors d’une Coupe du Monde. Mais c’est exactement ce qu’a fait Oliver Kahn en 2002 lors du tournoi organisé en Corée du Sud et au Japon. On se souvient évidemment que Ronaldo, Ronaldinho et Rivaldo ont illuminé l’attaque des

vainqueurs brésiliens. Mais les performances du joueur du Bayern Munich dans le but allemand ont fait de lui le premier gardien à remporter le prix de meilleur oueur de la compétition. Alors âgé de 33 ans, Kahn n’a concédé qu’un seul but jusqu’à la finale à Yokohama (une frappe de Robbie Keane pour la République d’Irlande). Le

quadruple vainqueur de la Bundesliga a ensuite enchaîné les victoires 1-0 contre le Paraguay, les États-Unis et la Corée du Sud. Mais il a dû s’incliner à deux reprises face à Ronaldo en finale, laissant surtout filer la perspective du sacre mondial.


LES ICÔNES DE LA CDM Des journalistes entassés dans l’amphithéâtre de Coverciano, le centre d’entraînement de l’Italie. Et l’envie furieuse d’entendre Fabio Cannavaro venir s’expliquer. A quinze jours du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2006, la presse transalpine n’avait que faire de la compétition. Elle venait en effet de prendre connaissance de l’influence néfaste du directeur général de la Juventus, Luciano Moggi, et de ses 400 appels téléphoniques quotidiens pour avoir la mainmise sur la Serie A. Au cœur de cette tempête placée sous le signe de la corruption, Fabio Cannavaro a eu des mots malheureux. “Ces méthodes exposées par les coups de téléphone concernent tout le monde, l’ensemble du football [italien], a-t-il affirmé. Mais seul le téléphone de Moggi était sous surveillance.” La réponse classique du coupable pris en flagrant délit ? Toujours est-il que le capitaine italien n’a pas réussi à condamner Moggi et a même fait quelques commentaires vaguement favorables sur son patron. La police financière italienne avait fouillé la maison de Cannavaro au début du mois de mai. Elle est repartie bredouille. La Fédération, de son côté, a déployé ses tuyaux pour éteindre l’incendie. Au lendemain de cette conférence de presse désastreuse, les joueurs de la Squadra se prêtaient au jeu de la photo officielle de la Coupe du Monde, dans leurs beaux costumes bleus de chez Dolce & Gabbana. Et le défenseur de la Juventus a été poussé une nouvelle fois devant les médias. Cette fois pour y faire profil bas. Les 23 sélectionnés évoluant tous en Italie, l’atmosphère était évidemment pesante. Voire même toxique, comme pour un Gianluigi Buffon dont le nom a circulé dans une affaire de paris sportifs illégaux. Après un court répit et un ultime match de préparation contre l’Ukraine à Lausanne, Cannavaro s’est rendu à Rome pour être interrogé en tant que témoin dans l’affaire Moggi. Puis le 7 juin, il a débarqué en Allemagne avec le reste de l’équipe, prenant leurs quartiers dans un magnifique hôtel au bord du lac à Duisbourg. En évitant soigneusement les fans venus les accueillir.

Pessotto étant même dans les tribunes lors du dernier match de poules face à la République tchèque. Alessandro Del Piero et Gianluca Zambrotta se sont rendus à son chevet à l’hôpital de Turin tandis que Buffon écrivait ces quelques lignes dans son blog le lendemain : “Il est difficile, presque impossible, de parler football, de matchs et des émotions d’une Coupe du Monde.” Deux jours plus tard, il a gardé sa cage inviolée face à l’Ukraine, Zambrotta a marqué le premier des trois buts italiens et tout le contingent de la Juve a adressé un message de soutien à eur dirigeant, qui s’est finalement complètement remis de ses blessures. Le procureur de la Fédération italienne, Stefano Palazzi, a-t-il estimé que les Azzurri jouaient bien mieux après chaque mauvaise nouvelle ? Voilà peut-être pourquoi il a dévoilé les sanctions requises contre les clubs concernés par Calciopoli le jour de la demi-finale de l’Italie contre l’Allemagne... Il a ainsi demandé la relégation de la Juventus, du Milan, de la Fiorentina et de la Lazio (seule la Juve le sera). Mais également la perte des titres de 2005 et 2006 pour la Vieille Dame, les deux seuls de Cannavaro. Le défenseur italien a toujours refusé l’idée d’une Italie championne du Monde grâce à ce scandale, préférant s’attarder sur le projet de jeu de Lippi. “A peine un mois après la finale, les médias ont cessé de parler de cette victoire historique”, s’est plaint Cannavaro. Mais lui n’a pas été oublié. Il s’est vu décerner le Ballon d’Or 2006 et le titre de Joueur Mondial de la FIFA. Le service postal italien lui a même dédié un timbre. Un hommage comme un autre au cœur de l’un des plus grands scandales de ces 50 dernières années.

Marcello Lippi ne referait pas deux fois la même erreur. “Le programme officiel exigeait que deux de nos joueurs assistent à une conférence de presse tous les jours, écrira-t-il plus tard. Avant de se présenter dans la salle de presse devant les caméras de télévision et les ordinateurs portables, tous les joueurs me demandaient s’ils devaient vraiment y aller. Oui, il fallait y aller. Pour montrer que nous n’avions rien à cacher, ni de honte à ressentir.” Mais au milieu d’une conférence de presse au lendemain de la victoire contre l’Australie en huitième de finale, un journaliste presse a annoncé à Cannavaro que Gianluca Pessotto, le nouveau directeur sportif de la Juve, était tombé d’une fenêtre du quatrième étage. Une tentative apparente de suicide, même s’il n’était pas impliqué dans le Calciopoli. C’est un Cannavaro secoué qui s’est excusé et qui a rapidement quitté la pièce. Ils avaient joué ensemble pour l’Italie et la Juve,

EN PLEIN COEUR DU CALCIOPOLI, ON LUI ANNONCE QUE LE DIREC TEUR SPORTIF DE LA JUVENTUS É TAIT TOMBÉ DU QUATRIÈME É TAGE

MIROSLAV KLOSE 2006 Jusqu‘à sa retraite en 2016, il y avait peu de choses d’aussi évidentes qu’un but en Coupe du Monde de Miroslav Klose. L’ancien attaquant allemand est le plus grand buteur du Mondial, avec ses seize réalisations en quatre tournois. L’attaquant du Werder Brême a notamment porté son équipe en

2006 avec ses cinq buts, qui ont permis aux Allemands d’atteindre les demi-finales. Deux buts face au Costa, deux autres contre le Costa Rica et un dernier face à l’Argentine en quart de finale avec une qualification aux penaltys. L’aventure a pris fin en demifinale contre des Italiens qui ont

trouvé la faille en prolongation. Si les hommes de Jurgen Klinsmann ne sont pas allés au bout de leur Mondial, Miroslav Klose s’est consolé avec le Soulier d’Or.

FourFourTwo.fr Juin 2018 45


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2010 XAVI & INIESTA

LUIS SUAREZ 2010 Tapez ‘Coupe du Monde Luis Suarez 2010’ dans Google et vous tomberez sur environ 750 000 articles concernant sa main face au Ghana, qui a privé les joueurs africains d’une possible demi-finale historique. Mais avant cette polémique, l’attaquant uruguayen avait énormément aidé La Celeste.

Suarez a d’abord trouvé le chemin des filets lors de la victoire 1-0 contre le Mexique. Mais c’est dans la phase à élimination directe qu’il s’est vraiment illustré. Ses deux buts ont d’abord assuré une victoire sur la Corée du Sud. Puis il a endossé le costume du méchant avec cette claquette sur une tête

de Dominic Adiyiah à la fin du temps additionnel. L’attaquant a vu rouge mais il n’a pas pu contenir sa joie quand Asamoah Gyan a frappé son penalty sur la barre. L’Uruguay a fini par se qualifier à l’issue des tirs au but mais a dû s’incliner en demi face aux Pays-Bas.


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Ni Xavi, ni Andres Iniesta n’ont fermé l’œil la nuit du 16 juin 2010. La faute à une improbable défaite du favori espagnol face à la Suisse pour son premier match de la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Un an plus tôt, Iniesta avait joué blessé en finale de la Ligue des Champions contre Manchester United, s’appliquant à ne pas frapper au but pour ne pas aggraver la lésion à sa cuisse droite. Il avait ensuite passé la plus grande partie de sa saison 2009-10 à récupérer physiquement, à tel point que Vicente del Bosque avait attendu le dernier moment pour valider sa sélection pour le Mondial. Pour rendre cette année encore plus pénible, Iniesta avait dû gérer la mort de son ami Dani Jarque, le capitaine de l’Espanyol perdant la vie lors de l’été 2009. “C’était comme si rien n’était juste”, explique Iniesta dans son autobiographie. Et le Mondial a débuté sur le même ton. Après 77 minutes de jeu face à la Suisse, sa cuisse était en effet de nouveau au centre de toutes les préoccupations. Le joueur du Barça était encore blessé et les physios espagnols ont tenté de le consoler une fois de retour au centre d’entraînement, lui mentant sur le pronostic en lui affirmant qu’il serait opérationnel pour le prochain match de La Roja contre le Honduras. De l’autre côté du complexe de Potchefstroom, à environ une heure du centre-ville de Johannesburg, Xavi était lui assis dans sa chambre. “J’ai regardé le match en boucle cette nuit-là, se souvient le vice-capitaine de l’époque en accueillant FourFourTwo. Je ne pouvais pas dormir. Nous avions très bien joué. Sérieusement. Les Suisses voulaient un match nul et ils ont décroché le jackpot.” A l’aube, Xavi, le capitaine Iker Casillas et le directeur sportif Fernando Hierro se sont retrouvés dans la chambre de Del Bosque. “Il m’a regardé et m’a dit qu’il avait regardé le match plusieurs fois et qu’il ne pensait pas qu’il fallait changer quelque chose, raconte Xavi. J’étais très heureux parce que je pensais la même chose. Chaque match à venir était comme une finale mais nous avons continué sur la même route, tout en sachant que nous serions critiqués.” Del Bosque a non seulement fait confiance à son système mais aussi à ses deux joueurs les plus symboliques : la machine Xavi et le cerveau Iniesta.

PHILIPP LAHM 2014

Cela faisait dix ans que ces deux-là avaient partagé le même terrain pour la première fois. Une séance d’entraînement avec l’équipe première de Barcelone. Iniesta était si nerveux qu’il s’était perdu en route et c’est Luis Enrique qui avait été le chercher. Les choses se sont mieux passées pour lui lors de ce Mondial 2010. De nouveau sur pied, il a débuté le match contre le Chili en tant que milieu gauche, inscrivant le but d’un succès 2-1. La confiance était de retour. L’optimisme aussi. L’Espagne a filé jusqu’en finale, écartant l’Allemagne en demi-finale grâce à un but de Carles Puyol. “Dani Jarque, siempre con nosotros”, a-t-on pu lire sur le t-shirt d’Iniesta après son but en prolongation face aux PaysBas. Xavi était parmi les premiers à féliciter son coéquipier de longue date. “Ils ont une relation spéciale, ils l’ont toujours eue, a déclaré Giovanni van Bronckhorst, un ancien coéquipier du Barça et capitaine néerlandais ce soir-là. Ils semblent toujours savoir où se trouve l’autre. Ils ont absolument tout : la technique, la capacité de marquer des buts et de faire la passe décisive. Et ils ne perdent jamais le ballon.” En fin de compte, la paire adorait juste jouer au football. “Si je n’avais pas d’entraînement, j’irais jouer à cinq avec mes potes jour et nuit, confiait Xavi à FFT. Je suis un footballeur romantique. Je ne suis pas rapide ou fort. Tout ce que j’ai, c’est cette qualité de passe.” Une doctrine simple, adoptée par son illustre partenaire. Iniesta a récemment dépassé Xavi en tant que joueur le plus décoré de l’histoire du football espagnol.

“ILS SEMBLENT TOUJOURS SAVOIR OÙ SE TROUVE L’AUTRE. ET ILS NE PERDENT JAMAIS LE BALLON”

Peu de joueurs ont eu la chance de mettre un terme à leur carrière internationale comme a pu le faire Philipp Lahm. Le capitaine allemand a débuté le tournoi en 2014 au poste de milieu de terrain axial, après avoir tenu ce rôle toute la saison sous la direction de Pep Guardiola au Bayern Munich. Lahm a été décisif lors des victoires en phase de groupes

contre le Portugal et les ÉtatsUnis. Mais également face à l’Algérie dans un huitième de finale compliqué. La capacité de Lahm à passer du milieu de terrain à la défense pendant cette phase à élimination directe a donné une autre dimension à l’équipe de Joachim Löw. Le joueur du Bayern a retrouvé son poste de latéral face à la France, donnant plus de solidité à

l’Allemagne. Une tête de Mats Hummels a suffi pour sortir les Bleus avant que le Brésil ne soit démoli en demi-finale. L’Argentine a également fini par céder. Et à 30 ans, Lahm a brandi la Coupe du Monde en tant que capitaine avant de prendre sa retraite internationale. Qui dit mieux ?

FourFourTwo.fr Juin2018 47


CONFESSIONS

O N M ’A D I T

Interview Ulisses Neto Illustration Adam Forster

QUE JE NE

R E M A R C H E R A I S PA S E T J ’A I

MARQUÉ

EN FINALE

DE LA COUPE DU MONDE Un malaise a empêché Ronaldo de remporter la Coupe du Monde 98. Puis une série de blessures ont menacé sa carrière. Il s’en est suivi une lutte contre son corps et une incroyable rédemption. FourFourTwo.fr Juin 2018 49


Portrait Denis Doyle

J

e me souviens très bien m’être réveillé dans ma chambre d’hôtel et avoir réalisé que j’étais entouré de nombreux joueurs, ainsi que de notre médecin Lidio Toledo. Ils ne voulaient pas me dire ce qu’il se passait et pourquoi ils étaient là. Je leur ai demandé d’aller discuter ailleurs. Je voulais juste me rendormir. Au lieu de cela, on m’a emmené faire une promenade dans les jardins de l’hôtel. On m’a dit que j’avais été inconscient deux minutes et que, pour cette raison, je ne participerais pas à la finale de la Coupe du Monde contre la France ce soir-là. Je ne pouvais l’accepter. J’avais un devoir envers ma nation et je ne voulais laisser tomber personne. Je pensais que je pouvais encore aider l’équipe alors je n’ai pas donné d’option à l’entraîneur. Je devais jouer ce match.

50 Juin 2018 FourFourTwo.fr

Dix-huit ans plus tard, je ne peux plus regarder le match aller de Coupe d’Italie contre la Lazio. Chaque fois que je sais que les images du match vont être diffusées à la télévision, je zappe. Quand je vois ces images, c’est comme si la douleur me traversait de nouveau. Assez curieusement, ce moment a probablement façonné mon caractère et fait de moi un homme meilleur. Toutes les épreuves traversées pour revenir sur le terrain étaient un test et je savais que je devais me battre pour réussir. C’était mon premier match après avoir passé six mois à me remettre d’une opération et la dernière chose à laquelle je m’attendais, c’était de me blesser de nouveau, si tôt. En avril 2000, j’ai dû subir une intervention chirurgicale plus compliquée et le processus de guérison a été beaucoup plus long. A ce moment-là, j’avais l’impression que mon monde était en train de s’écrouler. Je n’arrivais pas à y croire. La Coupe du Monde en Corée du Sud et au Japon se rapprochait. Soudain, j’ai commencé à avoir l’impression que mes chances d’être en forme pour le tournoi s’amenuisaient. Il n’y avait aucune garantie que mon rétablissement serait couronné de succès, et encore moins rapidement. Il n’y avait pas eu de cas semblable dans le passé alors nous ne savions pas dans quelle mesure ou à quelle vitesse cela guérirait. Je n’étais donc pas rassuré.


CONFESSIONS

LA S E U LE CH OSE QU I M’A FA IT AVA N CE R E ST M O N AM O U R IMMSE N SE P O U R LE FO OTBAL L. CE T T E B LE S S U RE M’A T R A N S FO R MÉ

Ci-dessus Le numéro 9 du Brésil se fait renverser par Fabien Barthez pendant la finale de la Coupe du Monde 98 – seulement quelques heures après ses convulsions En haut Ronaldo se blesse de nouveau au genou en 2000 avec l’Inter et craint de ne plus jamais rejouer au football

Je faisais face à une blessure dont personne dans le football n’avait souffert auparavant. Pour être honnête, cela signifiait simplement que nous devions être patients. Il n’y avait pas d’échéancier établi et pas d’urgence. Nous devions respecter le fait que le processus de guérison prendrait du temps et qu’il pourrait prendre un bon moment. Nous avons donc commencé les exercices physiques. Je me souviens que huit mois après le début de la convalescence, je n’arrivais toujours pas à plier mon genou à 90 degrés. C’était un énorme obstacle pour les exercices physiques. C’était la période la plus difficile. de ma vie. Nous étions à mi-chemin du processus de récupération et je ne pouvais même pas le plier complètement. Il n’y avait pas de flexion dans mon genou. J’étais déprimé. La seule option que j’avais était de continuer à travailler, même si je n’avais aucune idée des résultats. Pourtant, je n’ai jamais pensé à abandonner. A ce stade, la seule chose dont j’étais sûr était que si je ne donnais pas tout pour me remettre en forme, je ne jouerais plus jamais au football. C’était la seule garantie. Si j’échouais, je devais prendre ma retraite. Même si la douleur était parfois extrême, l’idée de ne plus pouvoir jouer au football me faisait encore plus mal. Alors j’ai essayé de ne pas y penser. J’ai eu une vision étroite. Je ne voyais que mes séances quotidiennes de récupération, mon horaire de traitement, la physiothérapie, les exercices à répétition - tous les éléments de ce plan pour sauver ma carrière. Huit mois après la première blessure, j’ai décidé qu’il était logique d’entendre des opinions différentes de la part de médecins du monde entier. Pouvaient-ils expliquer pourquoi mon genou se pliait si peu ? J’ai voyagé aux États-Unis et un spécialiste bien connu a dit qu’il n’y avait pas d’autre cas dans le passé. Il n’était

pas question que je rejoue au football. Le mieux qu’il pouvait recommander était d’essayer une nouvelle opération qui débloquerait mon genou et me permettrait éventuellement de le plier complètement. Je n’ai jamais remis en question mon désir de me remettre en forme le plus tôt possible. Je n’ai jamais douté de pouvoir faire le nécessaire pour revenir. Pas un seul instant. Ce dont je doutais, c’était la science. Je n’étais pas sûr qu’il y ait des traitements disponibles qui pourraient m’aider à jouer à nouveau. Je ne suis pas médecin. Je ne suis pas physiothérapeute. Je n’ai étudié aucune de ces choses compliquées. J’ai donc beaucoup appris de toutes mes blessures. La réalité était que ce genre de cicatrices avec tant de vis et de points de suture - ne correspondait pas vraiment à l’image que l’ont se fait d’un footballeur. D’une certaine manière, mon retour est un miracle. C’était peut-être une récompense pour mon dur labeur. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur moi à cette époque. Les gens me jugeaient et cela me mettait toujours en colère. Surtout quand il y avait des idées fausses qui n’étaient fondées sur aucune information médicale ou scientifique. J’ai dû écouter tant de médecins au Brésil et dans le monde entier me dire que je ne pourrais plus jouer. On m’a même dit qu’il y avait une possibilité que je ne puisse plus marcher. J’étais toujours de mauvaise humeur parce que je n’étais pas capable de jouer au football. Je ne pouvais pas penser à autre chose qu’à me remettre en forme. Ce fut une longue, très longue période de sacrifices. J’ai fini par voir des progrès lents. Je commençais à voir la Coupe du Monde arriver au coin de la rue mais je n’arrivais toujours pas à m’imaginer tenir le trophée. J’étais encore envahi par la peur et le doute. Mon rétablissement avait pris tellement de temps que j’étais incertain sur ce qui allait se passer. J’ai failli me sentir hanté par cette blessure. J’ai toujours aimé la Coupe du Monde parce que c’est non seulement l’événement sportif le plus important au monde, mais c’est aussi un festival unique de différentes cultures. Tous ceux qui ont gagné la Coupe du Monde pour le Brésil sont mes héros : Pelé et tous ceux qui étaient en Suède en 1958, puis Garrincha et l’équipe de 62, Rivelino, Gerson et Tostao en 1970, Romario, Bebeto et les autres en 1994, puis Rivaldo, Ronaldinho et mes coéquipiers en 2002. Heureusement, au fur et à mesure que le tournoi se rapprochait, l’état de mon genou s’est amélioré progressivement. Lentement, j’ai pu commencer des exercices physiques et FourFourTwo.fr Juin 2018 51


Dans le sens des aiguilles d’une montre Big Phil a soutenu Ronaldo malgré un faible temps de jeu en 2002 ; La rédemption de Ronaldo est totale grâce à son doublé en finale ; Il savoure la cinquième étoile du Brésil avec Gilberto Silva et (au-dessus) avec Rivaldo, qui avait marqué contre la Turquie en demi-finale

musculaires. Mon avenir était encore très incertain et je ne me voyais toujours pas jouer la Coupe du Monde. Après tout, il était très improbable que l’entraîneur Luiz Felipe Scolari appelle un joueur qui avait si peu joué au cours des deux dernières saisons. Mais finalement, après presque deux ans de lutte, je me sentais de nouveau en forme. J’ai rejoué lentement et régulièrement à l’Inter. Puis en mars 2002, Big Phil m’a appelé dans l’équipe pour un match amical à domicile contre la Yougoslavie à Fortaleza. Je n’ai joué que 45 minutes - ma première titularisation au Brésil en près de trois ans - mais c’était suffisant pour me qualifier pour la Coupe du Monde. C’était un moment historique pour moi parce qu’en repensant à l’époque où j’ai été blessé pour la première fois, j’avais l’impression qu’il n’y avait aucun espoir que j’aille à ce tournoi. La seule chose qui m’a permis de continuer, c’est l’immense amour que je ressens pour le football. C’est ce qui m’a aidé à surmonter les difficultés que j’avais rencontrées. Cela m’a transformé en tant que personne. Je suis si reconnaissant de la confiance que Big Phil m’a témoignée. L’option facile aurait été d’appeler un autre attaquant qui avait joué régulièrement au cours de la saison et un joueur en meilleure forme physique. Mais il m’a fait confiance. Je lui ai dit à l’époque que je ferais tout ce qu’il fallait pour faire partie de son équipe. Tout ce qui était nécessaire pour me remettre en forme et le rembourser pendant la Coupe du Monde. Cela m’a rendu encore plus motivé qu’avant. Notre premier match du tournoi, contre la Turquie, a été particulièrement important pour moi afin de retrouver une partie de la confiance que j’avais perdue. Les choses ne s’annonçaient pas particulièrement bien quand, à la toute dernière minute de la première mi-temps, la Turquie a pris l’avantage. Il y avait une grande tension. Puis cinq minutes après le début de la seconde mi-temps, Rivaldo a reçu le ballon sur l’aile gauche et a centré rapidement vers la surface de réparation. Je savais que la seule chance que j’avais de

62 May 2018 FourFourTwo.com


CONFESSIONS marquer, c’était en me jetant sur le ballon. C’est ce que j’ai fait. Je me suis jeté sur cette balle, j’ai eu le contact crucial avec le bout de mon pied droit et j’ai égalisé. Ce n’était pas le plus beau but de ma carrière mais cela n’avait pas d’importance. C’était un but pour mon pays lors de la Coupe du Monde. Pendant ce match, je n’ai pas ressenti de douleur et j’ai pu jouer presque tout le match. Mais le lendemain, c’était l’agonie. J’avais tellement mal. Je n’avais pas joué un match complet depuis si longtemps. Mais je me sentais à nouveau confiant, surtout parce que la Turquie était une équipe physique et agressive. Ils avaient été assez durs avec moi tout au long du match mais je m’en sortais. J’ai également marqué contre la Chine, le Costa Rica et la Belgique. Une fois de plus, nous avons commencé lentement . En fait, nous ne jouions pas bien du tout. J’avais une petite blessure musculaire à la cuisse droite et c’est probablement la raison pour laquelle j’ai marqué ce but de la victoire du pointu. J’avais mal et j’ai pensé que mes muscles ne pourraient pas supporter le fait de frapper fort la balle avec l’intérieur du pied. Je pouvais épargner un peu ma cuisse en frappant le ballon de cette façon. Ce type de technique est utilisé dans le futsal, j’y ai beaucoup joué pendant mon enfance. En fait, j’ai pris pas mal d’astuces de cette époque dans ma carrière professionnelle mais celle-ci était certainement la plus célèbre. Après tout, c’était une demi-finale de la Coupe du Monde. Dans les instants qui ont suivi le coup de sifflet final, alors que nous avions assuré notre place en finale, j’ai ressenti un mélange de joie et

J’A I CO M M EN C É À P L E U RE R E N DIS A N T: ‘NOUS L’AV O N S FAI T. C ’É TAI T SI DU R MAIS NO U S L’AVON S GAGN É E. J’AI FA LLI M’EF F O ND R ER, E N VAH I PAR L’É MOTION

de soulagement. Mais très vite, j’ai été frappé par un sentiment d’insécurité, à cause de tout ce qui s’était passé dans les heures qui ont précédé les quatre dernières années. Soudain, tout ce qui s’est passé à l’hôtel en France m’est revenu à l’esprit. Pour cet événement, j’avais décidé de me reposer après le déjeuner de l’équipe. La dernière chose dont je me souviens, c’est d’être allé au lit. C’est à ce moment-là que j’ai souffert des convulsions qui ont fini par affecter à peu près tous les membres de l’équipe avant le match contre la France. On m’a dit que je ne pouvais pas jouer. Je suis allé parler aux médecins et à notre entraîneur, Mario Zagallo. J’ai parlé à tout le monde parce que je voulais entendre une autre réponse. Je voulais qu’on me dise que je pouvais jouer. Je savais que je méritais de participer à cette finale. J’ai convaincu l’équipe médicale que nous devions faire des tests de condition physique pour garantir mon bienêtre. J’ai fait les tests et aucun d’entre eux n’a montré quoi que ce soit d’anormal. C’était comme si rien ne s’était passé. Pourtant, alors que nous nous préparions à nous rendre au stade, le message de Zagallo était clair et fort - je ne jouerai pas. Je tenais les résultats de tous ces tests dans ma main. Le docteur Toledo m’avait donné le feu vert. Je me suis donc approché de Zagallo et lui ai dit : “Je vais bien. Voici les résultats des tests et ils montrent que je vais bien. Je veux jouer.” J’ai joué, mais peut-être que tout ce qu’il s’était passé a affecté toute l’équipe, parce que ces convulsions ont dû être une chose très effrayante à voir. Ce n’est pas quelque chose que l’on voit tous les jours et l’expérience a été traumatisante pour toutes les personnes impliquées. Cette fois, à cause de ces mauvais souvenirs, j’avais peur de m’endormir après le déjeuner de l’équipe le jour de la finale. Je l’ai volontairement évité et je ne me suis pas reposé du tout. J’ai essayé de trouver des coéquipiers à qui parler mais tout le monde avait l’habitude de dormir après le déjeuner, surtout avant un match aussi important. J’ai fini par découvrir que notre gardien de but remplaçant, Dida, était réveillé et nous avons bavardé pendant une heure ou deux. Il a été très gentil avec moi. Il m’a distrait parce qu’il savait qu’à chaque fois que je repenserais à la finale de 1998, je me souviendrais des convulsions. L’idée que cela se reproduise était ma plus grande crainte. Lorsque nous sommes montés dans l’autocar pour nous rendre au stade, j’ai enfin pu me concentrer sur le match. J’ai laissé toutes ces choses derrière moi et j’ai pu jouer la finale en toute liberté. Et quelle belle finale pour nous ! Nous avons fait face à une équipe allemande très forte mais heureusement, j’ai réussi à marquer deux fois pour décrocher le titre et enterrer une fois pour toutes les traumatismes des quatre années précédentes. Tout ce que j’avais subi me traversait l’esprit avant même le coup de sifflet final. J’ai été remplacé environ cinq minutes avant la fin et quand je suis revenu sur le banc, j’ai serré dans mes bras Rodrigo Paiva, l’attaché de presse brésilien qui avait toujours été à mes côtés pendant ce long come-back J’ai commencé à pleurer et j’ai commencé à dire : “Nous l’avons fait. C’était si dur mais nous l’avons gagnée.” J’ai failli m’effondrer, envhahi par l’émotion. J’étais l’homme le plus heureux sur terre. Nous jouions si bien que l’arbitre aurait pu ajouter 100 minutes de temps additionnel, l’Allemagne n’aurait pas pu nous arrêter. Je regardais attentivement ces dernières minutes avec les larmes aux yeux, voyant le Brésil remporter un nouveau titre et pensant à ma victoire personnelle. Je n’avais pas seulement gagné la Coupe du Monde, j’avais aussi gagné une bataille avec mon corps qui a duré plus de deux ans. Ce fut la plus grande victoire de ma carrière et de ma vie. Maintenant, si je reste immobile, je ne ressens plus de douleur. Je pense que mon corps demandait désespérément le repos après tant d’années de football alors j’ai dû lui donner ce repos. Aujourd’hui, j’ai la chance de pratiquer d’autres sports, comme le tennis.


QUI VEUT DEVENIR Kane peut-il envoyer l’Angleterre vers la gloire ? Neymar redonnera t-il de la fierté au Brésil ? Messi sortira t-il de l’ombre de Messi ? Ronaldo fera t-il le doublé après l’Euro 2016 ? Ces stars ont rendez-vous avec leur destin pour devenir des icônes. Artiste David Diehl

UNE LÉGENDE DE LA COUPE DE DU MONDE ? FourFourTwo.com June 2018 35


HARRY KANE

LUMIERE

CAMERA.

L’attaquant vedette de l’Angleterre a hâte de participer à sa première Coupe du Monde. Et qui peut s’en étonner ? Maintenant qu’il s’est révélé en Ligue des champions, Kane souhaite apporter à l’Angleterre le titre qu’elle attend depuis 52

ACTIOn. Texte James Maw Photographie Jon Enoch

36 June 2018 FourFourTwo.com


HARRY KANE

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FourFourTwo.com June 2018 37


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’il a allumé sa télévision le 12 mars dernier, Harry Kane a sans doute ressenti un air de déjà-vu. La chaîne Sky Sports News était alors passée en mode alerte rouge, donnant des nouvelles régulières et pessimistes sur l’état de la cheville de l’attaquant des Spurs. Et surtout beaucoup d’hypothèses quant à la durée de son indisponibilité. “Sa saison est-elle d’ores et déjà terminée ? Va-t-il manquer la Coupe du Monde ?” La veille, le joueur vedette de Tottenham avait endommagé sa cheville dans un choc avec le gardien de Bournemouth, Asmir Begovic. Après avoir vainement essayé de rester sur le terrain, l’attaquant de 24 ans a finalement cédé sa place, boitillant vers le tunnel sous le regard anxieux de son coach Mauricio Pochettino. L’entraîneur argentin avait déjà vu son joueur dans un état similaire. C’était en effet le troisième problème de la cheville de Kane en 18 mois, les deux précédents l’ayant écarté pendant sept semaines en 2016 et cinq en 2017. Le gonflement autour de l’articulation de l’attaquait anglais n’avait pas encore diminué que les meilleurs spécialistes médicaux offraient déjà leurs pronostics. “Kane va passer des examens après une blessure à la cheville qui pourrait le priver de la Coupe du Monde”, a dégainé The Guardian. “La Coupe du Monde inquiète pour Harry Kane et pourquoi il a besoin d’Uri Geller”, paniquait The Sun. Mais il ne fallait pas s’inquiéter, et encore moins faire appel à cet animateur de télévision israélien ayant prétendu pendant plusieurs années avoir la faculté de psychokinésie et de télépathie mais considéré comme un charlatan. Kane était en effet de retour dans l’équipe de Tottenham dès le match suivant de Premier League, une victoire 3-1 à Chelsea, la première à Stamford Bridge en 28 ans. Alors quel était le problème ? “Je n’ai jamais été si inquiet”, explique Kane à FFT de manière décontractée, alors que nous nous installons dans un studio photo caché derrière une rangée de maisons dans un coin tranquille du nord de Londres. “Quand c’est arrivé, je savais que c’était une blessure similaire à celles que j’avais eues dans le passé. Je savais à peu près combien de temps cela allait prendre pour me remettre. Heureusement, cela a été encore plus rapide. Le gonflement a vite disparu et tout s’est remis assez rapidement.” “Je suis toujours resté très calme, même si c’était un peu étrange d’être au milieu de ce genre de tempête médiatique”, avoue l’attaquant anglais, riant au souvenir de cette quinzaine pendant laquelle un pays entier s’est renseigné sur Google pour connaitre les temps de récupération suite à des problèmes de ligaments de la cheville. Un peu à l’image de cette bousculade nationale seize ans plus tôt pour en apprendre davantage sur les métatarses. “Je me souviens de tout le tapage quand David Beckham s’était blessé peu de temps avant la Coupe du Monde 2002. Alors c’était un peu bizarre d’être de l’autre côté.” La fureur Beckham à laquelle Kane fait référence s’est produite en avril 2002. Le capitaine de l’Angleterre (à droite) souffrait d’une fracture au pied gauche après un combat âpre lors d’un match de Ligue des Champions face au Deportivo La Corogne, mettant en péril ses espoirs de participer au Mondial en Corée du Sud et au Japon l’été suivant. Ayant à lui seul qualifié les Three Lions en phase finale après sa performance héroïque dans un match décisif contre la Grèce, Beckham était un héros national. L’Angleterre se rendant à la 58 Juin 2018 FourFourTwo.fr

Coupe du Monde sans lui était inimaginable. L’orteil cassé est donc devenu une obsession dans tout le pays. Un tabloïd a même publié en Une la photo du pied fracturé de la star de Manchester United, encourageant ses lecteurs à poser la main dessus précisément à midi et à prier à l’unisson pour le prompt rétablissement du milieu de terrain. La cheville de Kane n’a pas connu les mêmes honneurs dans les tabloïds. Mais il y a eu une brève inquiétude quant à l’absence du nouveau talisman de l’Angleterre de sa première phase finale de Coupe du Monde. Heureusement, comme Becks il y a seize ans, Kane a récupéré à temps. “Son penalty contre l’Argentine est sans doute mon premier souvenir de l’Angleterre pendant un Mondial, sourit le joueur de Tottenham. Mon manager ne serait pas très content mais je m’en souviens très bien.” Pochettino, bien sûr, était le défenseur fautif qui avait commis la faute sur Michael Owen dans la surface de réparation. “Compte tenu de tout ce que Beckham avait vécu après 1998, c’était un grand moment, dit Harry Kane. Il était un grand modèle pour moi. La Coupe du Monde 2002 est la première dont je me souviens vraiment bien. Nous avions une super équipe et je pensais que nous avions une chance de gagner. Je garde des souvenirs d’avoir regardé le match contre le Brésil. L’Angleterre menait 1-0 mais ensuite, Rivaldo a égalisé et Ronaldinho a marqué son fameux coup-franc pour nous assommer. Je n’avais que huit ans et le match se déroulait tôt le matin. Nous l’avons tous regardé à l’école dans la salle de réunion. Ce fut certainement une longue et dure journée à l’école après ça.” Aujourd’hui, c’est à Kane de s’assurer qu’un pays ne sanglote pas. Et il est prêt et impatient de remettre l’Angleterre sur la carte en partant à l’assaut de sa première Coupe du Monde

En haut Rivaldo égalise pour le Brésil lors du quart de finale du Mondial 2002 face à l’Angleterre – un match que Kane a regardé dans la salle de réunion de son école Au-dessus Kane a fêté sa première sélection en marquant après seulement 79 secondes à Wembley


HARRY KANE

“ NOUS ESPÉRONS MARQUER BEAUCOUP DE BUTS ET J’ESPÈRE EN INSCRIRE QUELQUES-UNS. QUAND ON EST AT TAQUANT, ON PENSE TOUJOURS AU SOULIER D’OR”

FourFourTwo.com April 2018 39


HARRY K ANE

40 June 2018 FourFourTwo.com


HARRY KANE

L’ANGLETERRE. MÊME A 4 OU 5

en temps voulu alors nous verrons bien, confesse calmement Harry Kane. Je fais mon travail, que je porte ou non le brassard, mais c’est évidemment quelque chose dont je serais extrêmement fier.”

ANS, C’EST QUELQUE CHOSE QUE

“J’AI SUIVI LA DERNIERE COUPE DU MONDE PENDANT MES VACANCES A DUBAI”

“J’AI TOUJOURS RÊVÉ JOUER POUR

J’IMAGINAIS DÉJA FAIRE. CELA M’A TOUJOURS MOTIVÉ”

Il y a seulement quatre ans, Kane était pourtant bien loin de toutes ces considérations. Après avoir honoré sa première titularisation en Premier League sous les ordres de Tim Sherwood, lors d’une victoire 5-1 de Tottenham sur Sunderland le 7 avril 2014, il avait répondu avec son premier but. Avant de

récidiver lors de sa deuxième titularisation face à West Brom puis de signer un 3/3 à domicile contre Fulham la semaine suivante.

LA ROUTE DE LA REDEMPTION APRES L’EURO 2016

Si Harry Kane a dû attendre son heure avant de pouvoir se faire une place dans l’équipe première de Tottenham, il ne lui a fallu que 79 secondes, trois touches de balle et une tête pour faire sensation au niveau international. Ayant marqué 29 buts lors des 43 premiers matchs de sa saison avec les Spurs en 2014-15, tous les journalistes, experts et fans exigeaient que Kane reçoive une convocation rapide avec l’Angleterre. Le manager Roy Hodgson n’a pas eu le choix et le jeune homme de 21 ans a effectué ses grands débuts à domicile face à la Lituanie, en mars 2015, lors d’un match qualificatif pour l’Euro en France. Lancé après 72 minutes, il a presque immédiatement repris un centre de Raheem Sterling pour inscrire le quatrième but de l’Angleterre. “Je suis juste fier, a admis Kane par la suite. C’est un rêve devenu réalité. Une nuit spéciale et certainement une que je n’oublierai pas. Je suis un peu hébété mais j’apprécie chaque minute.”

Cette série de buts a constitué un bon départ dans une fin de saison difficile pour les Spurs, au cours de laquelle les recrutements de Paulinho et Roberto Soldado n’ont pas tenu leurs promesses. Kane a lui prouvé qu’il pouvait marquer en Premier League. Mais pas encore bouleverser la hiérarchie et prendre la place de Wayne Rooney, Daniel Sturridge, Danny Welbeck ou Rickie Lambert dans la file d’attente de l’Angleterre. “J’ai suivi la dernière Coupe du Monde pendant mes vacances, se souvient-il. J’étais à Dubaï avec Tom Carroll et

A gauche Harry est prêt pour mener les Three Lions en Russie Ci-dessous En action avec les U19 en 2011 (maillot blanc) ; une association explosive avec Dele Alli chez les Spurs a propulsé Kane au sommet ; il a porté le brassard de capitaine pour la première fois lors d’un match face à l’Ecosse

Si l’Euro 2016 n’est pas un grand souvenir pour Kane et l’Angleterre, le Mondial en Russie sera l’occasion de prouver les progrès de ces derniers mois. “Cela fait un an et demi que nous travaillions avec Gareth Southgate. Il a mis en place son style de jeu et nous avons tous adhéré. Maintenant, il va falloir le démontrer en Russie. Nous avons une excellente relation tous les deux. Je le connais depuis les U21 et j’avais une bonne idée de sa manière de bosser et de ses idées de jeu.” Devenir une référence internationale signifie beaucoup pour ce jeune Londonien. Sur le terrain, Kane donne toujours le sentiment d’être presque imperméable à son environnement et il joue de la même manière, indépendamment de l’opposition, du score ou du scenario du match. Mais cela ne veut pas dire qu’il est à l’abri des critiques. Et il a reçu pas mal de coups à l’Euro 2016. Mais pas assez pour l’empêcher de réaliser son rêve, peutêtre même son destin. “J’ai toujours rêvé de jouer pour l’Angleterre, avoue-t-il. Je joue au football depuis l’âge de quatre ou cinq ans. Et même à cette époque, c’était quelque chose que je m’imaginais faire. Cela m’a toujours motivé.” “Quand j’avais 15-16 ans, je ne vivais pas en Angleterre. Je suis arrivé à l’âge de 17 ou 18 ans. Ma carrière était plutôt mouvementée à ce stade et je suis parti en prêt juste pour jouer au football.” Après quatre saisons incroyables avec les Spurs, les choses ont évidemment changé et il se sent comme l’homme fort de son pays. Et peut-être le prochain capitaine à part entière de l’Angleterre après avoir porté le brassard à trois reprises. Pour l’instant, Southgate n’est cependant pas pressé à nommer son capitaine définitif, optant pour un brassard tournant depuis sa prise de fonctions. “Il a dit qu’il prendrait sa décision FourFourTwo.com June 2018 41


HARRY KANE

nos copines. Nous avons regardé beaucoup de matchs ensemble. J’avais connu une bonne fin de saison et j’avais eu mon premier aperçu de la Premier League. Évidemment, je ne m’attendais pas à être sélectionné avec l’Angleterre pour ce Mondial au Brésil. Mais même à l’époque, c’était un objectif pour le futur.” L’attaquant a toujours cru en ses capacités. Une foi inébranlable qui l’a aidé à garder son sang-froid pour battre des records, même l’été dernier quand toute la presse ne parlait que de sa mauvaise période et de son manque de buts. Ou comme au lendemain de l’Euro 2016 en ne pensant qu’au Mondial deux ans plus tard. “J’ai hâte d’y aller et de ressentir ce bourdonnement”, s’enthousiasme-t-il comme un enfant qui ouvre son paquet d’autocollants de la Coupe du Monde. “Je collectionnais moi aussi ces albums et les posters, confesse-t-il avec un large sourire. J’adorais regarder jouer l’Angleterre mais je voulais voir tous les matchs du tournoi. Je faisais toujours attention aux attaquants, comme Ronaldo, pour voir ce qu’ils pourraient faire.” Désormais, c’est au tour de Kane de faire rêver les gamins. Avec l’Angleterre, il débutera la Coupe du Monde par un match contre la Tunisie à Volgograd le 18 juin avant de se rendre à Nizhny Novgorod pour affronter le Panama le 24 juin. Un tirage “favorable” qui ne manque pas de pièges.

En haut à droite “Si tu marques de nombreux buts, tu seras définitivement mon capitaine” Ci-dessous Un doublé contre la France a permis à Kane de marquer sept buts en six apparitions avec l’Angleterre en 2017

“Je n’ai pas encore vu grand-chose de ces équipes mais à l’approche de la Coupe du Monde, nous commencerons à analyser leurs matchs pour avoir une meilleure idée, avoue Kane. Le Panama a éliminé les États-Unis en qualifications et nous savons qu’ils sont bons et solides. Évidemment, nous ferons en sorte de les connaitre le plus possible au moment de les affronter. Cela peut parfois être difficile quand vous ne savez pas autant de choses sur vos adversaires qu’eux sur vous. Mais nous ne nous en préoccupons pas vraiment. Je pense que nous sommes à un stade où nous pouvons battre la plupart des équipes si nous jouons notre meilleur football.”

42 June 2018 FourFourTwo.com

Le dernier match du Groupe G de l’Angleterre ne sera en revanche pas un voyage dans l’inconnu. Les partenaires de Kane affronteront la Belgique d’Eden Hazard (Chelsea), Kevin De Bruyne (Manchester City) et Romelu Lukaku (Manchester United). Et de quelques autres joueurs que l’attaquant des Spurs connaît encore mieux. “A Tottenham, nous avons [Jan] Vertonghen, Toby [Alderweireld] et [Mousa] Dembélé. Et il y a aussi beaucoup d’autres joueurs belges en Premier League. Ils ont une équipe brillante et ce sera un match très difficile. Nous essaierons de gagner nos deux premiers matchs car si ce n’est pas le cas, nous devrons battre la Belgique pour nous qualifier. Mais nous serons confiants dans notre capacité à le faire.” “Évidemment, je sais beaucoup de choses sur la façon dont Toby et Jan défendent. Mais eux aussi connaissent bien mon jeu.” Pas de quoi effrayer un Kane qui a atteint de nouveaux sommets cette

saison. Il est ainsi devenu le premier joueur à marquer neuf fois lors de ses neuf premiers matchs en Ligue des Champions. Et il a atteint la barre des 100 buts en Premier League plus rapidement que Thierry Henry ou Sergio Aguero. Avec un Raheem Sterling qui réalise sa meilleure saison avec Manchester City, Marcus Rashford et Jesse Lingard qui s’épanouissent à United, Jamie Vardy qui retrouve sa forme de la saison 2015-16 avec Leicester et son partenaire à Tottenham Dele Alli, Kane et l’Angleterre possèdent un arsenal offensif impressionnant. Les défenses adverses doivent-elles avoir peur des hommes de Southgate en Russie ? “Si nous gardons tous notre forme pendant la Coupe du Monde, nous devrions marquer beaucoup de buts, estime Kane. Nous avons de bons


HARRY KANE et finir le tournoi comme meilleur buteur ? “Oui, pourquoi pas”, s’enthousiasme-t-il. Nous avons une excellente équipe, très offensive. J’espère que nous pourrons marquer beaucoup de buts et en mettre personnellement quelques-uns. Évidemment, l’accent est mis sur le collectif. Mais en tant qu’attaquant, vous avez toujours envie de remporter le Soulier d’Or.”

joueurs et je suis sûr que toutes les équipes que nous affronterons ne s’attendront pas à un match facile.” D’autant que Kane, qui a ajouté cette saison Liverpool, Arsenal, la Juventus ou encore le Borussia Dortmund à son tableau de chasse, est dans la forme de sa vie. “Je suis toujours à la recherche de nouvelles façons de m’améliorer. Je regarde beaucoup des gars comme Cristiano Ronaldo. Le voir à son âge faire ce qu’il fait, les buts qu’il marque, les records qu’il bat... C’est ce que je veux réaliser. Regardez sa condition physique ! C’est un modèle. J’ai travaillé dur sur des choses comme la nutrition et la récupération pour m’assurer d’avoir le bon comportement et d’être le plus frais possible pour le prochain match.” Cela fonctionne, évidemment. Kane améliore ses stats chaque saison. Et sa brève coupure après sa blessure pourrait être une bénédiction pour l’Angleterre. Lorsqu’il est revenu d’un coup similaire au printemps 2017, il a immédiatement affolé les compteurs, inscrivant quatorze buts en onze matchs en club et en sélection.

“C’EST DIFFICILE DE NE PAS PENSER A LA COUPE DU MONDE ET AU BONHEUR

La compétition sera féroce. “Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Neymar, Gonzalo Higuain, Robert Lewandowski... Il y a plein de grands attaquants qui vont disputer ce Mondial. Je dois juste me concentrer sur moi-même et sur l’Angleterre. L’objectif principal pour nous est de n’avoir aucun regret. Même si nous perdons, les fans pourront voir que nous sommes allés en Russie pour essayer de gagner. C’est important de rétablir ce lien entre les supporters et l’équipe d’Angleterre. Gagnant ou perdant, il faut qu’ils soient avec nous. Je veux rendre les gens fiers de l’Angleterre à nouveau.”

QUE CELA DOIT ETRE DE LA REMPORTER.

Rétablir la fierté d’une sélection qui a fait face à de nombreuses critiques au cours de la dernière décennie sera un objectif noble. Mais cela ne signifie pas que Kane ne rêve pas d’aller plus loin et de devenir un héros pour les fans de Three Lions. “C’est difficile de ne pas penser à la Coupe du Monde et au bonheur que cela doit être de la remporter, dit-il. Cela apporterait beaucoup de joie dans le pays. Ce serait incroyable. J’ai un bon contact avec les fans de Spurs. Mais avoir ce même rapport avec tout le pays serait un sentiment spécial.” Faudra-t-il l’appeler Sir Harry en cas de sacre mondial ? “Si nous gagnons, qui sait ?” Rendez-vous dans un mois alors...

CELA APPORTERAIT BEAUCOUP DE JOIE

“Cela peut certainement m’aider, avoue Kane. Quand je me suis blessé, j’ai essayé d’en tirer le positif. Ce petit repos forcé peut donner une chance à son corps de se reposer. Je suis parti pendant quelques jours au soleil et avoir un peu de repos mental, ce que l’on n’obtient pas souvent en pleine saison. J’espère que ça me permettra d’avoir un surplus de fraîcheur.” “A chaque nouvelle compétition, j’espère marquer des buts et atteindre un certain niveau. Je l’ai fait en Champions League cette saison et je veux maintenant le faire en Coupe du Monde.”

DANS LE PAYS”

“JE VEUX QUE LES GENS SOIENT FIERS”

Kane se rendra en Russie avec un nouveau statut. Son visage sur des panneaux d’affichage et dans des publicités à la télévision. Son autocollant Panini convoité dans les cours d’écoles à travers le monde. De Madrid à Moscou, de Rio à Reykjavik... “C’est excitant, avoue-t-il. Certains joueurs pourraient ressentir de la pression mais je vois tout cela comme quelque chose de positif. Les gens qui parlent de vous, cela signifie que vous devez faire quelque chose de bien. Alors je préfère que l’on parle de moi ! Ce n’est pas à moi de dire si nos adversaires doivent avoir peur mais si je me sens à 100%, je sais que je pourrais marquer contre n’importe qui.” Après avoir remporté deux fois le titre meilleur buteur de Premier League, Kane s’imagine-t-il imiter Gary Lineker (en 1986) FourFourTwo.com June 2018 43


LA COUPE DU MONDE EST COMME UN REVOLER POINTE SUR LA TETE DE MESSI

48 June 2018 FourFourTwo.com


LiOnEL MESSi

Words Martin Mazur

Sa collection de trophées avec Barcelone est interminable. Mais une grande victoire avec l’Argentine échappe toujours à Lionel Messi. A l’heure de disputer ce qui pourrait être sa dernière Coupe du Monde, la tension est donc

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n une seule phrase, le sélectionneur argentin Jorge Sampaoli a tout résumé. “La Coupe du Monde est comme un révolver pointé sur la tête de Lionel Messi, prêt à tirer s’il ne la gagne pas.” Le quintuple Ballon d’Or n’a que 30 ans. Mais ce Mondial en Russie, sa quatrième phase finale, sera sans doute son dernier. A ce jour, Diego Maradona est le seul joueur argentin à avoir disputé quatre Coupes du Monde, disputant 21 matchs entre l’Espagne 82 et les USA 94. Messi égalera ses deux records s’il mène son équipe en demi-finale cet été. Mais c’est évidemment loin d’être assuré. Car contrairement à Maradona, la carrière internationale de Messi a été largement dominée par la frustration plutôt que par la gloire. Le poids sur les épaules de Messi est lourd. Très lourd. Et il n’a fait qu’augmenter au gré des défaites. L’attaquant de Barcelone a déjà perdu quatre finales avec son pays : en Copa America à trois reprises (2007, 2015 et 2016) et en Coupe du Monde (2014). Le dernier trophée pour ce grand pays de football ? Une Copa America en 1993. Cette sombre période a déjà vu une génération talentueuse - Roberto Ayala, Juan Sebastian Veron, Juan Roman Riquelme et Javier Zanetti – se casser les dents. Celle de Sergio Aguero, Javier Mascherano, Angel Di Maria et Lionel Messi va essayer d’éviter un sort similaire. “Si nous ne gagnons pas, nous devrons tous quitter l’équipe nationale”, a avoué Messi en décembre dernier. Quatre mois plus tard, il a réitéré son point de vue : “C’est ce que le groupe pense et ce que les gens nous ont fait ressentir. Avoir atteint FourFourTwo.com June 2018 49


MESSI

ces finales ne veut visiblement rien dire. Nous avons été si fortement critiqués que si nous ne gagnons pas la prochaine Coupe du Monde, des choses encore plus fortes seront dites. Et nous n’aurons d’autre choix que de partir.” Ce n’est pas la première fois que Messi menace de quitter la sélection argentine. Mais la crainte de le voir tirer un trait sur sa carrière internationale n’a jamais été aussi forte. Il faut dire qu’entre La Pulga et son pays, l’histoire d’amour a souvent été orageuse. Parti vivre à Barcelone quand il n’avait que 13 ans, Messi s’est même vu reprocher à une époque de ne pas bien connaitre les paroles de l’hymne national. Pendant longtemps, il y avait ce sentiment qu’on ne voyait pas le même Messi en sélection et au Camp Nou. Sentiment renforcé par ses deux seuls buts inscrits en 17 matchs entre 2009 et 2010. Cette période incluait la Coupe du Monde, où le manque de réussite de Messi n’était pas seulement une énorme surprise mais surtout très dommageable pour son équipe. Dans le même temps, il avait marqué 74 buts avec le Barça... Puis en 2011, après un nul face à la Colombie, il a été sifflé par une partie de ses supporters. Ce n’était en aucun cas une manifestation massive mais cela a frappé Messi, d’autant que la critique des médias a rapidement suivi. “Leo vit une période très difficile, a alors expliqué son père Jorge à une station de radio argentine. Ce qui fait le plus mal, c’est ce que disent les médias. Ils jettent de l’huile sur le feu.” Ce n’était pas la première fois que l’échec de l’équipe nationale l’avait dévasté. “Je n’oublierai jamais les larmes de Messi dans le vestiaire après le match contre l’Allemagne, a déclaré Maradona, alors sélectionneur argentin, après la défaite 4-0 en quarts de finale de la Coupe du Monde 2010. Pour tous ces crétins qui disent qu’il ne ressent pas d’amour pour ce maillot, c’est lui qui pleurait le plus.” Deux ans plus tard, Messi a connu sa meilleure saison à ce jour, inscrivant 91 buts avec le Barça et l’Argentine. C’est aussi la seule année où il a marqué plus d’un but par match pour l’Albiceleste (12 en 9 matchs). Les larmes ont encore coulé lors du Mondial 2014. Malgré ses quatre buts et son trophée de meilleur joueur du tournoi, il n’a pas pu empêcher la défaite de l’Argentine en finale contre l’Allemagne. “Cette nuit-là au Maracana, quand nous l’avons retrouvé en train de pleurer comme un enfant, nos âmes ont été brisées” a déclaré Pablo Zabaleta, qui a fait ses débuts internationaux dans le même match que Messi en 2005. Il souffrait beaucoup. Nous savons tous les sacrifices qu’il a fait pour gagner avec l’Argentine. Alors quand vous entendez que les gens nous qualifient de perdants sans passion, ça fait mal.” Cela ne s’est évidemment pas arrangé après la Copa America 2015, perdue à la surprise générale contre le Chili. L’année suivante, la Copa America du Centenaire s’est disputée aux Etats-Unis. L’Argentine a alors battu le Chili dans son groupe, s’est qualifiée pour la finale en marquant 18 buts en cinq matchs... puis a de nouveau chuté en finale contre le Chili lors d’une séance de tirs au but. Abattu comme jamais, Messi a annoncé sa retraite internationale avant de revenir sur sa décision deux mois plus tard afin d’aider l’Argentine à se qualifier pour la Coupe du Monde en Russie, en grande partie grâce à son triplé lors du dernier match en Équateur.

66 Juin 2018 FourFourTwo.fr

Au-dessus, dans le sens des aiguilles d’une montre En 2014, l’Allemagne a fait pleurer Messi (encore) ; une seule de ces légendes est vraiment aimée en Argentine : la barbe ne trompe personne ; le sacre international sera peut-être pour 2018

Le numéro 10 actuel de l’Argentine est évidemment très différent de celui qui a fait ses débuts contre la Hongrie en 2005. “J’ai entraîné Messi aux JO de 2008 puis avec l’équipe senior en 2010 et 2011, raconte l’ancien patron argentin Sergio Batista. La plus grande différence que je vois entre ces deux époques, c’est qu’il semble être beaucoup plus important et écouté dans le vestiaire aujourd’hui. C’est normal : il est plus expérimenté et plus mature. Mais à l’époque, il était très timide, presque silencieux.” Batista faisait partie de l’équipe victorieuse de la Coupe du Monde 1986, construite autour de Maradona. Il n’est donc pas surpris que l’étoile actuelle de l’Albiceleste soit constamment comparée au Pibe de Oro. “En 1986, nous avions le meilleur joueur du monde et nous avons gagné. Aujourd’hui, nous avons le meilleur joueur du monde mais nous ne gagnons pas. Donc la critique est naturelle. En Argentine, nous sommes nés dans cette culture où seule la victoire semble avoir de l’importance.” Voilà aussi peut-être pourquoi les médias se plaignent de l’influence de Messi depuis 2012, alors qu’il aurait son mot à dire dans le choix des joueurs et la tactique de jeu. De telles allégations n’ont jamais été confirmées mais cela n’a pas suffi à effacer l’étiquette “amis de Messi” qui a collé à la peau d’éléments comme Ezequiel Lavezzi et Ever Banega. C’est Sampaoli qui a brisé le mythe, écartant un ami de Messi (Javier Mascherano) pour la première fois en dix ans. Le pays attendait des changements avec impatience et c’est en attaque qu’ils sont arrivés, avec les renforts de Paulo Dybala (à gauche) et de Mauro Icardi. Mais il n’a fallu que deux matchs de qualification et une rencontre amicale pour réaliser que Messi conservait le vrai pouvoir. “Avec son club, Dybala est devenu l’un des meilleurs joueurs au monde mais peut-être que ça lui prendra


MESSi

“Les gens ont beaucoup critiqué Messi mais quand il n’est pas là, vous pouvez voir que l’Argentine est une équipe complètement différente, a souligné Diego Costa dans la zone mixte après la rencontre. Les Argentins doivent être reconnaissants de ce qu’il fait pour eux. Ce qui s’est passé contre nous est la preuve que Messi doit être valorisé.”

LE SÉLEC TIONNEUR ARGENTIN JORGE SAMPAOLI A DÉ JÀ FAIT DE MESSI LE CENTRE DE SON UNIVERS. IL DOIT MAINTENANT ALIGNER TOUTES LES AUTRES PLANÈ TES trop de temps pour s’adapter à nos idées, a estimé Sampaoli. Il est très bon mais il doit s’aligner avec le reste des joueurs. C’est la même chose avec Icardi. Nous l’avons choisi mais il n’y a que très peu de temps pour qu’un joueur s’installe dans l’équipe. Nous avons donc opté pour un joueur différent [Dario Benedetto de Boca Juniors] car il existe des différences notables entre eux. En ce moment, peut-être que nous devons donner la priorité aux relations sur le terrain avec Messi. Nous essayons de voir qui sont les joueurs qui peuvent s’adapter pour jouer avec Messi. L’équipe finira par être son équipe, pas la mienne.”

En évoquant le départ de plusieurs cadres cet été en cas d’échec, Messi a d’une certaine manière décidé de jouer à la roulette russe avec sa carrière internationale. Même s’il reste positif : “J’ai vu partout dans le monde que de nombreux supporters me souhaitaient un bon Mondial et qu’ils espéraient me voir enfin lever ce trophée. C’est impressionnant. J’essaie de ne pas trop y penser mais je sais que c’est là.” Au cours des quatre dernières années, Messi a tout fait pour marcher dans les pas de Maradona. En luttant contre la presse, en modifiant son apparence, en se laissant pousser la barbe, en annonçant sa retraite puis en reconsidérant sa position. Rien de tout cela ne l’aidera cependant à égaler le succès de Maradona en 1986, ni à être autant aimé que son illustre prédécesseur. Seule certitude en revanche : un nouvel échec mondial ne lui serait pas pardonné. C’est aussi le prix à payer pour l’un des meilleurs joueurs de l’histoire.

Ayant déjà fait de Messi le centre de son univers, l’objectif de Sampaoli est désormais d’aligner toutes les autres planètes. A moins qu’il renforce un jour sa conviction qu’il faut changer Messi pour que l’Argentine puisse remporter la Coupe du Monde. Depuis la désastreuse performance face à l’Espagne en mars dernier (défaite 6-1, le troisième plus mauvais résultat de l’histoire du pays), l’idée d’une équipe argentine sans Messi a vraiment fait peur à tous les supporters. Cela n’était peut-être qu’un match amical mais c’est un résultat qui a rappelé qu’une Argentine sans sa star ne pouvait pas rivaliser avec cette Espagne-là, et encore moins la battre. FourFourTwo.fr Juin 2018 67


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AU 7-1 44 June 2018 FourFourTwo.com


NEYMAR

Words Felipe Rocha

Difficile pour les Brésiliens d’oublier l’humiliation subie il y a quatre ans face à l’Allemagne. Mais Neymar est déterminé à ouvrir une page plus heureuse en Russie. Le Seleçao peut-elle enfin passer à autre chose ? Avec son capitaine surmotivé et parfaitement cadré par Tite, tout semble possible.

S FourFourTwo.com June 2018 45


NEYMAR

J

amais un absent n’avait occupé autant de place à quelques minutes du coup d’envoi d’une demi-finale de Coupe du Monde. A l’heure d’entrer sur le terrain pour affronter l’Allemagne, les joueurs brésiliens avaient tous l’esprit tourné vers un coéquipier qui ne jouait pas. De manière solennelle, les onze Auriverde titulaires ont foulé la pelouse du stade Mineirao de Belo Horizonte en portant le fameux maillot jaune, avec le nom de Neymar Jr et son emblématique numéro 10. Et cette volonté de lui offrir une finale de Mondial. Plutôt ironique compte tenu de ce qui a suivi... Au même instant, Neymar se trouvait à 650 kms de là. L’attaquant auriverde, alors âgé de 22 ans, était dans sa maison à Guaruja, dans l’Etat de Sao Paulo, terrassé par sa terrible blessure au dos subie quatre jours plus tôt face à la Colombie. Le message de ses coéquipiers était clair : un vrai signe de solidarité envers leur talisman et ami, exclu du tournoi en raison d’une vertèbre fracturée lors d’un choc avec Juan Zuniga. Ce maillot vide a finalement flotté sur chaque minute de cette demi-finale. Comme un rappel symbolique de l’importance de Neymar au sein d’une Seleçao orpheline. Le Brésil pouvait-il s’imposer sans lui ? Quatre-vingt-dix minutes humiliantes plus tard, la réponse avait été apportée par des Allemands chirurgicaux. Non, la Seleçao n’était pas prête, psychologiquement et tactiquement, à partir au combat sans son meilleur joueur. Sa tête d’affiche. Et finalement son seul joueur de classe mondiale. Sans lui, il était inconcevable que le Brésil puisse réussir là où il avait si douloureusement échoué contre l’Uruguay en 1950. Et remporter enfin une Coupe du Monde à domicile. Quatre ans plus tard, les blessures guérissent lentement. La forme étincelante du Brésil sous la direction d’Adenor Leonardo Bacchi, plus connu sous le nom de Tite, a redonné de la confiance, encore plus après une victoire en amicale extrêmement symbolique en Allemagne (encore sans Neymar). Beaucoup de choses ont changé depuis 2014. Mais il ne fait aucun doute que Neymar est toujours le joyau de la couronne brésilienne et la principale source d’optimisme avant le Mondial de cet été.

NEYMAR N’EST PLUS LE SEUL CAPITAINE DE LA SELECAO MAIS IL N’A JAMAIS SEMBLE S’EN OFFUSQUER

En perdant son prodige pour cette demi-finale historique, le Brésil avait fait un vrai pas dans l’inconnu. Neymar était en effet le seul joueur à avoir participé aux 27 premiers matchs de l’ère Luiz Felipe Scolari, disputant même 92% du temps de jeu total jusqu’à cette fameuse défaite 7-1. En Russie cependant, il semble que cette Seleçao sera mieux préparée. Depuis que Tite a remplacé Dunga en juin 2016, le Brésil a disputé six de ses 19 matchs sans son meilleur joueur. Avec cinq victoires à la clé (contre le Venezuela, la Colombie, l’Australie, la Russie et l’Allemagne). Seule l’Argentine a battu ce Brésil privé de Neymar, la seule défaite sous Tite à ce jour. “Le coach a une connaissance impressionnante du jeu et c’est un excellent leader, affirme Miranda, devenu un habitué des lieux ces quatre dernières années. Il a construit une structure tactique très solide et il sait comment tirer le meilleur de chaque joueur.” “C’est également un homme charismatique, poursuit le défenseur de l’Inter Milan. Parfois, un entraîneur n’a que onze amis dans l’équipe. Les onze joueurs titulaires. Mais même ceux qui ne jouent pas ou moins adorent Tite.” Il faut dire que la trajectoire ascendante du Brésil coïncide avec l’arrivée de l’ancien coach des Corinthians. Quand il a été embauché, la Seleçao végétait à la sixième place des éliminatoires de la zone AMSUD. Au point d’envisager un retentissant échec et de voir le Brésil manquer la première Coupe du Monde de son histoire. Mais Tite n’a pas mis 70 Juin 2018 FourFourTwo.fr

longtemps pour révolutionner l’équipe nationale. En mars 2017, le Brésil est ainsi devenu la première nation qualifiée pour la fête mondiale, bouclant sa campagne avec dix points d’avance sur le deuxième. Miranda a raison de souligner le charisme de Tite. En plus de ses excellentes compétences managériales, l’homme de 56 ans est la diplomatie personnifiée. Une caractéristique primordiale pour la réorganisation de la Seleçao en temps de crise. S’il a rapidement mis les joueurs dans sa poche, il a également séduit tout le pays, un exploit rare pour n’importe quel entraîneur du Brésil. L’une des premières choses qu’il a faites a été de retirer le brassard à Neymar, qui avait été nommé par Dunga juste après la Coupe du Monde 2014. Une décision risquée et un possible ego meurtri. Mais Neymar l’a acceptée sans aucune plainte. Depuis, Tite a utilisé quinze capitaines différents dans ses dix-neuf matchs en tant que sélectionneur. Avec succès. “Tout le monde a des caractéristiques de leadership et je veux que tous mes joueurs se comportent comme un capitaine, a expliqué Tite à FFT. Neymar respecte ses partenaires et est respecté par ses coéquipiers. Il aime jouer pour le Brésil et nous sommes heureux de l’avoir avec nous.” À 26 ans, Neymar se dirige vers sa deuxième Coupe du Monde, non plus comme la star du tournoi mais comme le joueur le plus cher du monde. Depuis sa blessure à Fortaleza il y a quatre ans, sa carrière n’a pas manqué de rebondissements, avec ce transfert de 222 millions au PSG après ses contributions cruciales dans le triplé de Barcelone en 2015 et l’or olympique du Brésil à Rio un an plus tard. Et pourtant, Neymar a été incapable de mettre un terme à la méfiance des experts et des supporters dans son pays natal, bien qu’ils apprécient tous unanimement son talent chatoyant et ses dribbles éblouissants. Certains se demandent même s’il possède la maturité pour surmonter des circonstances défavorables ou les provocations. En France, Neymar a déjà ressenti la sensation bizarre d’être hué par les supporters de son propre club lors d’un match contre Dijon, dans lequel il avait marqué quatre buts et délivré deux passes décisives...

RONALDO COMPARE LA PRESSION SUR NEYMAR EN 2014 A CELLE QU’IL AVAIT EN FRANCE EN 1998 A L’AGE DE 21 ANS

L’ancien attaquant de la Seleçao et expert de la chaîne brésilienne Globo, Walter Casagrande, a récemment critiqué Neymar pour des décisions égoïstes pendant ses matchs. Après la défaite 3-1 du PSG contre le Real Madrid au Bernabeu en huitième aller de la Ligue des Champions, Casagrande a notamment déclaré que Neymar était un enfant gâté et qu’il mettait son équipe en danger. Quelques heures plus tard, le père du joueur a riposté sur les réseaux sociaux, accusant le consultant

Dans le sens des aiguilles d’une montre depuis le bas La saison de Neymar à Paris a connu des hauts et des bas ; la blessure qui a désespéré une nation ; l’Angleterre ne devrait pas rencontrer le Brésil, éventuellemnt en finale ; l’or olympique en 2016 a fait entrer Neymar dans le coeur des Brésiliens, le numéro 10 dela Seleçao est déterminé à rebondir après la tourmente de 2014.


nEYMAR

la pression de tout un pays pour sa première Coupe du Monde, Neymar a lui aussi vu ses rêves se terminer cruellement. Marcherat-il encore dans les pays de son illustre prédécesseur, sacré en 2002 lors d’un Mondial placé sous le signe de la rédemption ? “Neymar sera plus affamé que jamais, estime Tite. Imaginez à quel point cette blessure en 2014 a été frustrante pour lui. Et il l’a surmontée. Les meilleurs joueurs ont constamment de grands défis face à eux. La page de 2014 appartient au passé. Mais peutêtre que cela pourrait lui fournir une motivation supplémentaire.”“

LA RENAISSANCE DE RONALDO EN 2002 VA PEUT-ÊTRE INSPIRER NEYMAR APRÈS UNE COUPE DU MONDE 2014 QUI S’EST TERMINÉE DANS LES LARMES d’avoir un comportement de vautour et promettant que son fils renaîtrait comme un phénix. Neymar doit-il évoluer ? Changer son jeu ? Mûrir sur le terrain ? Tout le monde ne partage pas ce point de vue, surtout au Brésil. “Il est beaucoup plus mature aujourd’hui qu’en 2014, explique ainsi le milieu de terrain de Manchester City Fernandinho, qui sera à ses côtés cet été. N’oubliez pas qu’au moment de la Coupe du Monde il y a quatre ans, il disputait seulement sa première saison en Europe. Il est désormais l’un des meilleurs joueurs du continent. Il y avait une pression exagérée sur lui en 2014 mais il a quand même réussi à bien se comporter. Maintenant, c’est un joueur encore meilleur et un homme plus expérimenté. Cela ne peut être que des bonnes nouvelles pour la Seleçao.” Il y a quatre ans, la légende brésilienne Ronaldo avait comparé la pression exercée sur Neymar à celle qui pesait sur ses propres épaules il y a 20 ans. Ronaldo était arrivé pour la Coupe du Monde en France comme une superstar de 21 ans, six mois plus jeune que Neymar en 2014. Ni l’un ni l’autre n’ont terminé le tournoi comme ils l’avaient rêvé, Ronaldo étant victime d’une convulsion inquiétante le jour de la finale. Et il n’était que l’ombre de lui-même lors de la cinglante défaite 3-0 des Auriverde. Seize ans plus tard, et bien qu’il se soit comporté en leader malgré

VOIR NEYMAR DEFENDRE N’EST PLUS AUSSI RARE QU’AVANT

S’il a tout fait pour placer le collectif au centre des préoccupations, Tite a également eu le mérite de convaincre le numéro 10 brésilien de son importance tactique sur le côté. Au point que Neymar est désormais déterminé à faire sa part, même lorsque la Seleçao n’a pas la possession du ballon. Voir la star du PSG presser les défenseurs adverses n’est plus une surprise et les observateurs de la carrière de Tite ne sont pas surpris. Le coach brésilien a toujours mis en avant les mêmes percepts de jeu. Une défense solide, un esprit d’équipe et un pressing des attaquants sont les maîtres-mots de ses équipes.

La Seleçao a récemment pratiqué un beau football mais ne vous y trompez pas : Tite reste un manager pragmatique et conservateur. Son équipe doit être compacte et il n’est pas le plus grand ambassadeur du jogo bonito. “Je ne doute pas que Neymar est désormais plus concentré par le pressing, déclare Zinho, vainqueur de la Coupe du Monde avec le Brésil en 1994. C’est l’une des meilleures choses que Tite a faite pour cette équipe. Si chaque joueur collabore tactiquement, cela ne peut que profiter aux individus spéciaux tels que Neymar.” Alors que le Brésil a conservé son souffle collectif ces derniers mois, la peur de voir Neymar manquer la Coupe du Monde en raison de sa blessure avec le PSG s’est vite dissipée. Heureusement pour cette nation toujours hantée par les souvenirs de la défaite 7-1, le numéro 10 brésilien devrait être en pleine forme pour le match d’ouverture de la Seleçao contre la Suisse, le 17 juin. Même s’ils ont trouvé un style de jeu pragmatique, les Brésiliens savent qu’ils auront besoin d’un grand Neymar pour soulever le trophée. Et lui permettre ainsi de marcher définitivement dans les pas de Ronaldo.


RONALDO

ON REMET

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RONALDO

CRISTIANO Texte Simon Curtis

RONALDO ?

Cristiano Ronaldo se rend en Russie cet été avec une seule mission : prouver une fois pour toutes qu’il est le meilleur joueur de tous les temps. Et quoi de mieux pour cela que remporter une Coupe du Monde deux ans après l’Euro ?

t Cristiano Ronaldo arrêta le temps ! A la réception d’un centre de Dani Carvajal lors du quart de finale Et aller de Ligue des Champions face à la Juventus début avril, le géant de Madrid et capitaine portugais a pris son envol, inscrivant un but exceptionnel d’une bicyclette d’extra-terrestre. Le plus beau de sa carrière estimera plus tard CR7. C’était un moment magique, qui résume parfaitement Ronaldo en tant que joueur et homme. Une combinaison d’audace, de technique et de physique pur. Mais plus que cela encore, ce fut un moment où le football sembla se plier à la volonté du Portugais, son génie éclipsant ses coéquipiers, ses adversaires et cette affiche de C1.

sa vie. Il veut dominer la scène. Et il n’y a pas de plus grand stade qu’une Coupe du Monde.

Paradoxalement, Cristiano Ronaldo n’a encore jamais connu cela avec sa sélection. Le Portugal s’était loupé face à la Grèce lors de la finale de l’Euro 2004, son premier tournoi majeur. Et après douze ans de frustration, le joueur du Real Madrid a vécu la finale de l’Euro 2016 depuis la ligne de touche, se blessant rapidement face à la France. Vivre comme un spectateur la victoire de son pays n’a pas eu la même saveur pour ce joueur qui a travaillé de façon obsessionnelle toute

Quelques semaines auparavant, le président de la FIFA, Sepp Blatter, avait suggéré qu’il préférait Lionel Messi (le gendre idéal) à Ronaldo (l’adepte du coiffeur). Une plaisanterie mal perçue par le Portugais, désireux de remettre les pendules à l‘heure. Un doublé pour le Suédois, un triplé pour le Portugais. La bataille des égos a tourné court et Ronaldo a même provoqué les applaudissements respectueux du vaincu. “Je

E

Il faut remonter à novembre 2013 pour voir CR7 porter son pays. Après avoir terminé deuxième de son groupe de qualification à la Coupe du Monde 2014, le Portugal a été contraint de passer par un barrage face à la Suède. Après une victoire 1-0 à Lisbonne, Ronaldo et ses partenaires se sont rendus à la Friends Arena de Stockholm en sachant que tout manque de concentration serait sanctionné. En face, Ibrahimovic n’attendait que cela et cet affrontement a souvent été résumé à cette bataille d’égo entre Cristiano et Zlatan.

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RONALDO

“JE SUIS LE MEILLEUR JOUEUR DE L’HISTOIRE. J’AI TOUJOURS PENSÉ QU’AUCUN AUTRE FOOTBALLEUR NE POUVAIT FAIRE LES CHOSES QUE MOI. En-dessous La bataille des égos a tourné court avec trois buts de Cristiano Ronaldo

savais que le Portugal avait besoin de moi dans ces matchs et j’ai montré qui j’étais”, a déclaré Ronaldo à la télévision portugaise au coup de sifflet final. Il portait alors sa nation sur ses épaules comme jamais. Et les déclarations maladroites de Blatter dans les jours précédents n’avaient fait qu’ajouter de l’énergie à un feu furieusement brûlant. Pour comprendre où ce joueur hors-norme puise sa motivation,

il est important d’en apprendre un peu plus sur le personnage complexe qui se cache derrière ce garçon banal devenu une superstar mondiale. Elevé dans un environnement difficile par sa mère - une femme de ménage – davantage que par son père jardinier municipal, le jeune Cristiano avait peu de confort pendant ses premières années. Comme pour son compatriote Nani et beaucoup d’autres joueurs de cette génération, deux thèmes centraux ont rythmé sa jeunesse : la faim et le dévouement.

Cette enfance a toujours conduit Ronaldo à exiger le meilleur de ses coéquipiers. Mais à mesure qu’il a mûri, il s’est rendu compte que la meilleure façon d’atteindre ses objectifs personnels n’était pas de laisser ses partenaires derrière lui mais de les emmener à ses côtés. En 2016, cette leçon lui a été très utile. On soupçonne pourtant que les intentions de Cristiano Ronaldo étaient simples : marquer le but décisif en finale, être au centre de l’attention et admirer ses photos avec le trophée pendant le reste de l’été. Un tel dénouement semblait pourtant improbable. Accroché par l’Islande, le Portugal a ensuite fait match nul

contre l’Autriche, Ronaldo ratant même un penalty en fin de match (un quatrième raté en cinq tentatives pour son club et son pays). La zone mixte du Parc des Princes offrait alors un instantané révélateur de la pression sur le capitaine. A tel point que quand le défenseur autrichien Martin Hinteregger s’est présenté à la presse, le journaliste d’un tabloïd anglais l’a harcelé de questions sur... Ronaldo. Une scène surréaliste qui résumait parfaitement le poids de la pression sur le capitaine portugais. Ce qui ne l’a pas empêché de répondre présent face à la Hongrie, inscrivant au passage l’un des buts de l’Euro d’une géniale talonnade. Enfin lancé dans ce tournoi, Ronaldo a ensuite presque tout fait, écartant la Croatie, la Pologne puis le pays de Galles. Qui sait comment cette finale face aux Bleus se serait passée sans la blessure du capitaine portugais ? Mais il a vécu sa soirée le long de la ligne de touche, criant et conseillant ses coéquipiers comme s’il était devenu le sélectionneur. L’acte ultime de leadership de Ronaldo. Tout le monde n’a pourtant pas apprécié. Et certains observateurs ont même suggéré que Ronaldo avait agi là encore de manière égoïste. L’ancien ailier gauche du Benfica, Antonio Simoes, auteur d’un but contre le Brésil lors de la Coupe du Monde en 1966, a laissé entendre que CR7 avait sapé le travail de son sélectionneur. “Il ne s’agit pas de savoir si le résultat était bon ou mauvais mais de regarder et de dire ce qui ne devrait pas arriver, a fulminé le joueur de 72 ans. Croyez-vous que le Portugal a gagné grâce à lui ? Si les gens pensent cela... Je suis dans le football depuis 50 ans et je n’ai jamais rien vu de tel. Aucun grand joueur n’aurait fait ça. Je connaissais de grands leaders : Pelé, Eusebio, Johan Cruyff, Diego Maradona... Même avec sa personnalité, Maradona n’a


RONALDO

jamais rien fait de tel. Je crois que Ronaldo a laissé ses nerfs prendre le dessus car il voulait gagner et montrer qu’il était un leader. Mais faire cela ne fait pas de vous un leader.” Santos, le manager actuel du Portugal, a lui rapidement félicité son capitaine pour sa place impromptue dans le domaine technique. “Ronaldo souffrait plus que tout autre Portugais et tout ce qu’il m’a dit était : “Nous allons gagner, nous allons gagner”. Et il y a quelque chose de mauvais là-dedans ? Cela rend l’entraîneur plus faible ? Il est un excellent capitaine et le meilleur joueur du monde.” Ronaldo sera évidemment de retour sur le terrain en Russie cet été et ses objectifs seront plus ou moins les mêmes. Après un lent début de saison 2017-18, il est revenu à son meilleur niveau depuis le début de l’année, marquant 27 buts pendant ses 18 premiers matchs de 2018 et entraînant le Real Madrid en finale de la Ligue des Champions. Il est clair que le joueur de 33 ans n’a pas perdu sa confiance en soi. “Je suis le meilleur joueur de l’histoire, dans les bons et les mauvais moments”, a-t-il modestement

déclaré à France Football plus tôt cette saison. “Je respecte les préférences de chacun mais je n’ai jamais vu quelqu’un meilleur que moi. J’ai toujours pensé ça. Aucun footballeur ne peut faire ce que je fais. Et il n’y a pas de joueur plus complet que moi. Je joue bien avec les deux pieds, je suis rapide, puissant et bon de la tête. Je marque des buts, je fais des passes... Il y a des gars qui préfèrent Neymar ou [Lionel] Messi mais je vous le dis : il n’y a personne de plus complet que moi.” Guider le Portugal à la gloire pendant la Coupe du Monde en Russie sera évidemment le défi le plus difficile de la carrière de Ronaldo. Mais s’il y parvient, il pourrait mettre un terme au débat et prouver qu’il est bien le meilleur joueur de l’histoire.

En haut CR7 et Santos dirigent le Portugal vers la victoire en finale de l’Euro 2016. Au-dessus Ronaldo a continué sur sa lancéer en 2018 A Gauche Russie nous voilà ! Cristiano a marqué 15 buts dans les qualifications pour la Coupe du monde

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MARIO GOTZE

MAIS QU’EST-IL ARRIVÉ À

MARIO GOTZE ? Il y a quatre ans, il inscrivait le but vainqueur en finale de la Coupe du Monde, répondant parfaitement aux attentes de Joachim Löw qui l’incitait à démontrer qu’il était encore meilleur que Messi. Depuis, l’ancien golden boy de la Mannschaft est en chute libre et il lutte désormais pour relancer sa carrière. Texte Uli Hesse Picture Paul Ripke


MARIO GOTZE

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MARIO GOTZE

O

n joue les dernières minutes entre le Borussia Dortmund et l’Atalanta Bergame. Les deux équipes sont dos à dos (2-2) dans ce match aller d’Europa League et les joueurs allemands font le forcing pour arracher la victoire. A la réception d’un long centre, un défenseur italien repousse le ballon, qui arrive directement dans les pieds de Mario Gotze à quelques mètres de la surface de réparation. Le temps presse et l’international allemand n’a qu’une fraction de seconde pour décider ce qu’il va faire. Première option : tenter sa chance en espérant que sa frappe éviterait la forêt de jambes entre lui et la cage. Deuxième option : contrôler le ballon et chercher une passe impossible face à une défense ultra-regroupée. Alors Gotze a opté... pour une troisième solution, servant Michy Batshuayi sans contrôle. Une inspiration géniale et techniquement impeccable. Réussir ce genre de passe n’est pas donné à tout le monde. Avoir l’idée de la tenter témoigne d’une présence d’esprit rare et d’une vision exceptionnelle. Le geste d’un joueur annoncé il y a quelque temps encore comme le meilleur talent en Allemagne - et peut-être même en Europe. La preuve également que le Gotze, dont le délicieux enchaînement a permis à la Mannschaft de remporter la Coupe du Monde en 2014, n’avait pas perdu tout son talent. Et l’occasion de se souvenir de son entrée en jeu à la 88eme minute de la finale sur la pelouse du Maracana de Rio, quand le manager Joachim Löw lui a murmuré à l’oreille : “Vas-y et prouve à tout le monde que tu es plus fort que Messi.” Quarante-cinq minutes plus tard, Gotze fêtait le sacre mondial de l’Allemagne pendant que la star argentine était en larmes. Mais on ne revivra pas de scène similaire cette année en Russie. Depuis l’Euro 2016, le joueur allemand n’a fait qu’une seule apparition en équipe nationale (en tant que remplaçant). Et après avoir raté les deux matches amicaux de mars contre l’Espagne et le Brésil, il n’a pas été retenu dans la liste élargie pour la Coupe du Monde de cet été. “Il a un potentiel incroyable, s’est justifié Löw. Mais pour le moment, il n’est pas dans la forme que nous aimerions le voir.” La veille, Dortmund s’était effondré en Europa League face à Salzbourg et Gotze, sorti à la pause, avait subi de sévères critiques de la part de son entraîneur, Peter Stoger. “J’ai sorti Mario parce qu’il n’a appliqué aucune des consignes qu’on lui avait demandées.” Gotze serait-il le dernier joueur d’une longue lignée de starlettes surcotées incapables de faire face aux pièges de la célébrité précoce et de ses nombreuses tentations ? Il est tentant de le croire. Mais la réalité est beaucoup plus complexe. Discret et peu bavard, Gotze est un garçon intelligent et issu d’une bonne famille. Il a quitté la Bavière pour Dortmund à l’âge de cinq ans, son père (professeur de traitement de données) s’étant vu offrir un poste à responsabilités à l’Institut de technologie de la ville. Elevé dans un environnement catholique, Gotze apprécie particulièrement la pudeur et la modestie. En décembre dernier, il a publié un livre pour enfants qui parle de respect, de tolérance et d’ouverture d’esprit. Mais alors, comment sa carrière a-t-elle pu à ce point déraper ? Avec le recul, les difficultés du héros du Maracana ont débuté un an avant cette finale face à l’Argentine. A l’instant même où il a quitté le Borussia pour s’engager avec le Bayern Munich à l’été 2013... Il l’a reconnu lors de son retour au Westfalenstadion en 2016. “Trois ans plus tard, je ne prendrais probablement pas la même 78 Juin 2018 FourFourTwo.fr

UN TROUBLE GÉNÉ TIQUE RARE, LA MYOPATHIE MÉ TABOLIQUE, A É TÉ AVANCÉ POUR LES BLESSURES MUSCULAIRES RÉCURRENTES DE GOTZE, AINSI QUE SA LUT TE CONTRE LE SURPOIDS

décision mais c’était mon choix. Je n’essaie pas de me cacher. Je voulais prendre ce risque.” Quand Gotze a posté une vidéo de 80 secondes sur sa page Facebook quatre mois plus tard, retraçant les moments les plus forts de son année, il a complié des images avec l’équipe nationale et le BVB. Mais aucune avec le maillot rouge du Bayern, malgré le doublé coupe-championnat. Ce transfert vers la Bavière semblait pourtant idyllique. Pendant de nombreuses années, celui qui a remporté la médaille Fritz Walter (le prix le plus prestigieux de football junior en Allemagne) en 2009 et 2010 était présenté comme le Lionel Messi allemand. Son transfert au Bayern n’avait donc surpris personne, d’autant que Pep Guardiola (à gauche) débarquait aussi à l’Allianz Arena, apparemment ravi de retrouver un joueur adapté à son style complexe et qui pourrait tenir le rôle de faux neuf. Mais le coach catalan a finalement changé d’avis, recrutant un vrai avant-centre en 2014 avec Robert Lewandowski.


MARIO GOTZE

déchiré un muscle de la cuisse lors d’une demi-finale de Dortmund contre le Real Madrid. Une semaine seulement après l’annonce de son départ au Bayern par un tabloïd... Pour Lothar Matthaus, pas de doute : il s’agissait d’une blessure psychosomatique liée au stress alors que le jeune meneur de jeu s’était soudain retrouvé au centre d’une frénésie médiatique et de la colère des fans. En octobre 2015, neuf mois avant d’annoncer son retour à Dortmund, Gotze s’était livré face à un journaliste lors d’un rassemblement avec l’Allemagne : “J’aimerais devenir l’un des visages importants du Bayern. Je me sens vraiment bien dans ce club et je suis heureux d’être là.” Aligné le lendemain dans un rôle de faux neuf contre la République d’Irlande à Dublin, il a été taclé par James McCarthy et s’est déchiré un muscle de l’aine. Bilan : 116 jours d’indisponibilité. Fin de l’aventure Bayern Munich et retour à la case départ à l’été 2016 quand Dortmund lui a tendu la main. C’est en février 2017 que le BVB a publié un communiqué de presse particulièrement inhabituel. Le club y expliquait que la source des blessures musculaires récurrentes de Gotze avait été enfin trouvée. Un trouble du métabolisme, non seulement très rare mais aussi difficile à détecter. Des articles de presse ont mentionné une maladie appelée myopathie métabolique, affirmant au passage que Gotze devait lutter contre un surpoids et travailler davantage que la plupart de ses coéquipiers.

Et tout à coup, Pep ne semblait plus savoir quoi faire avec le jeune Allemand. Avant même l’arrivée de Gotze à Munich, le président du club a d’ailleurs révélé que ce transfert était l’idée du club, pas du nouveau coach. “Guardiola souhaitait plutôt acheter un jeune brésilien, a expliqué Hoeness lors d’une table ronde publique, se référant à Neymar. Mais dans le passé, nous n’avons jamais fait de telles offres. Comme Pep voulait un joueur dans le même profil, nous sommes allés chercher Gotze.” Hanté par les souvenirs de quelques flops coûteux au début des années 90, la politique du Bayern a changé et l’ogre allemand ne recrute que des Brésiliens qui ont déjà fait leurs preuves en Bundesliga. Malgré cela, l’entraîneur catalan n’a eu aucun souci à l’idée de travailler avec le jeune Allemand plutôt que Neymar.” Il n’y avait aucun joueur auquel il consacrait plus de temps, a expliqué Marti Perarnau, le biographe de Guardiola. Et Gotze a fait beaucoup mieux au Bayern qu’on ne le dit.” Il y a en effet une certaine vérité dans ces propos. Quand il était en forme, l’ancien du BVB a souvent eu du temps de jeu au Bayern. Lors de sa première saison, il n’a manqué que sept matchs de Bundesliga et un seul de Ligue des Champions. Tout sauf un flop pour un jeune en plein adaptation dans le plus grand club du pays. Mais quand il est retourné à Dortmund, Guardiola n’a pas fait de mystère : “Ce n’était pas facile pour Mario. Nous avions sept attaquants et ce n’était pas facile pour moi non plus. D’autant que quand les choses allaient bien pour lui, il s’est blessé.” Voilà effectivement l’une des raisons de la chute de Gotze en quelques saisons seulement. Il a subi sa première blessure longue durée à seulement 19 ans, avec trois mois sur la touche en raison d’une inflammation du bassin. Un an plus tard, il s’est

En haut Le héros de la finale de 2014 va regarder la Coupe du Monde russe à la maison En bas Gotze a rejoint le BVB en 2016 mais il n’a pas encore retrouvé sa meilleure forme

“Les problèmes de santé de Mario expliquent logiquement les soucis qu’il a rencontrés ces dernières années, a alors déclaré Jurgen Klopp (ancien entraîneur de Dortmund) lors d’une interview pour Sky Sports Allemagne. Je suis content que cela ait été découvert. Et beaucoup de gens devront, espérons-le, s’excuser auprès de lui.” Six semaines plus tard, Gotze n’avait pas été retenu contre le match de Ligue des Champions face à Monaco quand le bus de l’équipe a été victime d’une attaque terroriste... “Je peux faire du sport de compétition sans problème, même si j’ai besoin de médicaments en ce moment, a révélé Gotze à son retour en équipe première en août dernier. Je ne peux pas revenir de cinq mois de reprise et être à 100% tout de suite. Cela prendra du temps.” Il n’en a finalement pas eu beaucoup et a vite été relancé au sein d’une équipe désordonnée. Difficile dans ces conditions d’affirmer s’il a retrouvé sa forme passée. D’autant que le nouveau Gotze a changé. Il n’est plus ce dribbleur explosif aligné sur son aile et qui rentrait dans l’axe pour mettre le feu aux défenses adverses. L’été dernier, il a reconnu qu’il se sentait plus utile dans l’axe du terrain, affirmant même s’identifier de plus en plus au jeu d’Andres Iniesta. Cela n’a pas joué en sa faveur dans l’optique de la Coupe du Monde, Löw le considérant toujours comme un attaquant de couloir. “Ce que j’attends de lui, c’est d’enchainer des courses vers la surface en partant du milieu de terrain, a expliqué le sélectionneur allemand. Il doit tirer au but, se placer derrière la défense et devenir une menace pour les adversaires. Mais il n’en fait pas assez pour le moment.” Mario Gotze a-t-il perdu ce petit truc indéfinissable qui fait la différence entre un bon joueur et une vraie superstar ? A seulement 25 ans, peut-il retrouver le niveau de son début de carrière ? “Gotze sera-t-il toujours le même ?” s’est même demandé Sport Bild en mars dernier. Après les galères de ces quatre dernières années, on peut légitimement se demander s’il en a seulement envie...

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LA COUPE DES COUPES DU MONDE Texte : Andrew Murray, Paul Simpson,

Nick Moore, Chris Flanagan, James Maw et Arnaud Grangier

C’est le débat qui va être bouillant autour de la machine à café quelle a été la meilleure Coupe du Monde de tous les temps ? FFT a maintenant la réponse !


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1930 Pays hôte : Uruguay Matchs 18 Buts : 70 (3.89 par match) Expulsion : 1 Stades : 3 Vainqueur : Uruguay Meilleur buteur : Guillermo Stabile, Argentine (8 buts)

La première édition de la Coupe du Monde a connu des débuts mitigés, malgré l’offre de l’Uruguay de payer le voyage et l’hébergement à tous les participants. Toutes les équipes affiliées à la FIFA sont conviées mais seulements treize nations acceptent l’invitation. L’Espagne, l’Italie et les Pays-Bas refusent de partir pour l’Uruguay compte tenu du contexte économique quelques mois après le krach boursier et la durée du voyage en bateau. Jules Rimet (en haut à gauche), président de la FIFA, a harangué les Français pour qu’ils participent dans l’espoir de remporter le trophée portant son nom. Idem pour la Belgique, qui a suspendu son attaquant vedette Raymond Braine parce qu’il a ouvert un café. L’Egypte, quant à elle, s’est retirée à la dernière minute parce que son bateau a été ralenti par une tempête en mer. Plus de 18 matchs ont lieu cependant. Les États-Unis, la Yougoslavie, le Pérou, le Paraguay, la Belgique, la Bolivie, le Brésil et d’autres nations ont changé le football pour toujours.

STARS

●●●●●●●●●● Les meilleurs joueurs étaient présents. Le duo argentin Guillermo Stabile et Luis Monti a joué en Italie après le tournoi, le premier ayant fini meilleur buteur de la Coupe du Monde. Le défenseur Jose Nasazzi, surnomé “le grand maréchal”, est probablement le meilleur joueur de l’histoire de l’Uruguay, et son compatriote Jose Andrade, dont on dit qu’il était gigolo, est considéré comme le premier grand joueur noir de l’histoire du football.

BUTS

●●●●●●●●●● En finale contre l’Argentine, le but de Santos Iriarte, à la 68ème minute, était d’une puissance sauvage. Surtout avec une balle plus lourde qu’un tuyau de plomb.

PROBLÈMES

●●●● ●●●●●● Principalement hors du terrain. A la mi-temps, des menaces de mort ont été proférées contre les stars argentines si elles remportaient le trophée.

SUSPENSE

●●●●●● ●●●● Les deux demi-finales se sont soldées par un score de 6-1, mais c’est la défaite du Mexique (à droite) contre l’Argentine (6-3) qui a fait les gros titres. Le capitaine de l’Albiceleste, Manuel Ferreira, a manqué le match parce qu’il passait un examen de Droit à Buenos Aires.

FINALE

●●●●●●●●●● Exceptionnelle. Un match à rebondissements pendant lequel l’Argentine menait 2-1 à la mi-temps. Les hôtes sont revenus en force après la pause pour s’imposer 4-2. Chaque période a été jouée avec un ballon différent, un argentin d’abord, puis uruguayen ensuite - parce qu’aucune des deux équipes n’a pu se mettre d’accord sur le choix du ballon. Après le match, les navires sonnaient des cornes, tandis que des supporters argentins mécontents ont saccagé l’Ambassade d’Uruguay à Buenos Aires.

43/60

Contre vents et marées, des stades ont été en partie construits et le vol transatlantique n’en est encore qu’à ses débuts. 1930 offre un aperçu palpitant de l’avenir. Les images granuleuses de la télévision ont inspiré le monde entier. Le football est devenu mondial.

82 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

Les Roumains, Français, Belges, Jules Rimet (en haut à gauche) et trois arbitres ont voyagé sur le même bateau depuis l’Europe, prenant le Brésil au passage dans un voyage de 15 jours. La Yougoslavie a elle dû prendre un autre bateau .


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1934 Pays hôte : Italie Matchs : 17 Buts : 70 (4.12 par match) Expulsion: 1 Lieux : 8 Vainqueur : Italie Meilleur buteur : Oldrich Nejedly, Tchécoslovaque (5 buts)

La Coupe du Monde 1934 s’est déroulée avec une propagande fasciste omniprésente. Benito Mussolini a voulu accueillir et remporter la finale pour proclamer le dynamisme de l’Italie fasciste. Il a même commandé une série spéciale de médailles d’or pour ses joueurs. L’entraîneur charismatique Vittorio Pozzo a fait ce à quoi Mussolini s’attendait, aidant les Azzurri en demi-finale contre l’équipe autrichienne (en bas), leurs adversaires les plus redoutables - et la Tchécoslovaquie en finale à Rome. Les arbitres, soit sur les ordres de Mussolini, soit parce qu’ils savaient ce que l’on attendait d’eux, ont toujours favorisé l’Italie. A partir de là, aucune Coupe du Monde ne sera exempte de machinations, de théories, de conspirations et de magouilles politiques.

STARS

●●●●●●●●●● Le génie autrichien Matthias Sindelar (à gauche) a été salué comme le tout premier meneur de jeu du football, un faux neuf révolutionnaire. Giuseppe Meazza, la première superstar du football italien, a marqué deux buts et donné deux passes décisives.

BUTS

LE SAVIEZ-VOUS?

Les Uruguayens ont refusé de venir en Italie car ils n’avaient pas apprécié que des pays européens refusent de prendre part à la Coupe du Monde chez eux. L’Uruguay reste le seul champion à n’avoir pas défendu son titre.

●●●●●●●●●● L’égalisation en fin de match de Raimundo Orsi, en finale, est restée un classique. Il a réalisé une feinte avec son pied gauche puis a frappé en force avec le pied droit, ne laissant aucune chance à Frantisek Planicka. Orsi a ensuite essayé le même tir 20 fois pour les photographes mais n’a jamais retrouvé les filets.

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● L’Italie a remporté un quart de finale accroché après un match nul 1-1 au cours duquel sept Espagnols, dont le gardien Ricardo Zamora, ont été blessés, ainsi que le milieu de terrain italien Mario Pizziolo qui s’est cassé la jambe. Le match est rejoué le lendemain, l’Italie marque et gagne 1-0 pendant que trois joueurs espagnols se faisaient soigner au bord du terrain.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● La victoire 4-2 de la Hongrie sur l’Egypte au premier tour a été passionnante. Les Hongrois ont pris les devants (2-0) avant que l’ailier Abdulrahman Fawzi n’inscrive deux buts en neuf minutes.. A la recherche d’un triplé, Fawzi s’est frayé un chemin à travers la défense hongroise pour marquer un but que l’arbitre italien, Rinaldo Barlassina, a mystérieusement signalé hors jeu.

FINALE

●●●●●●●●●● Tous les plans de Mussolini ont failli s’écrouler dans un spectacle saisissant. Antonin Puc a donné l’avantage à la Tchécoslovaquie à la 71ème minute. Jiri Sobotka n’a pas profité du désarroi italien et a gâché un but tout fait, puis Frantisek Svoboda a frappé sur le poteau. Mais lorsque Orsi égalise à la 81ème minute, l’endurance italienne se révèle décisive. Pendant les prolongations, l’attaquant Angelo Schiavio délivre l’Italie (2-1) et permet aux Azzurri de remporter la Coupe du Monde pour Il Duce.

49/60

Le goût de la première Coupe du Monde de l’Europe s’est avéré particulièrement agréable malgré un nouveau boycott des Britanniques . Les médias ont répondu présent avec une retransmission à la radio des matchs dans treize pays.

FourFourTwo.fr Juin 2018 83


LA COUPE DES XXXXX COUPES XXXXXX DU XXXXX MONDE XXXXXX

1938 Pays hôte : France Matchs : 18 Buts : 84 (4.67 par match) Expulsions : 4 Lieux :10 Vainqueur : Italie Meilleur buteur : Leonidas, Brésilien (7 buts)

Rarement une Coupe du Monde n’a été aussi politiquement chargée qu’en 1938, l’épée de Damoclès du fascisme étant suspendue au-dessus de l’Europe. Personne n’a utilisé le football à des fins politiques comme Benito Mussolini, qui avait fait des incursions dans d’autres pays à la recherche des meilleurs joueurs du monde et voulait que la nation s’unisse derrière le Calcio. L’Allemagne nazie, quant à elle, a concouru en équipe combinée après l’Anschluss (annexion de l’Autriche). Mais elle l’a fait sans leur attaquant Matthias Sindelar, la star de la Wunderteam autrichienne des années 1930. Der Papierene (l’homme de papier) a refusé de jouer pour l’Allemagne de Sepp Herberger, prétextant la vieillesse et les blessures. Six mois après, Sindelar était retrouvé mort à l’âge de 35 ans. Officiellement, il s’est suicidé mais d’autres versions ( assassinat, empoisonnement par appareil de chauffage défectueux) ont été évoquées.

STARS

●●●●●●●●●● L’attaquant brésilien Leonidas était le joueur le plus habile de la planète, tandis que la Tchécoslovaquie, vice-championne du monde en 1934, avait toujours le légendaire gardien Frantisek Planicka et son redoutable buteur Oldrich Nejedly.

BUTS

●●●●●●●●●● En quart de finale contre la Tchécoslovaquie (le Brésil a remporté le match retour 2-1), Leonidas s’est avéré décisif. En finale à Colombes, le collectif italien a été meilleur que les individualités hongroises, Silvio Piola marquant finalement pour faire le break (4-2).

PROBLÈMES

●●●● ●●●●●● Les manifestations antifascistes françaises ont accompagné les Italiens à chaque match et à chaque coin de rue. En quart de finale contre la France, les Azzurri ont choisi de porter un maillot noir en référence aux milices du parti fasciste. Mussolini a insisté sur le fait qu’ils devaient porter les armoiries de l’idéologie au lieu de l’écusson de la fédération. Subtil.

SUSPENSE

●●●●●● ●●●● Dans un tournoi à élimination directe, trois matchs à égalité après prolongations ont été rejoués. Le meilleur d’entre eux fut le match nul 3-3 entre Cuba et la Roumanie, finalement remporté 2-1 par les Cubains. Mais rien n’a surpassé le Brésil-Pologne (6-5) à Strasbourg, un match fou dans lequel Ernst Wilimowski a marqué quatre buts, en vain.

FINALE

●●●●●●●●●● Après la corruption en 1934, Mussolini cherchait une victoire azzurri sans contestation. Il Duce envoya un télégramme disant : “Gagner ou mourir” au capitaine Giuseppe Meazza. Cela a fonctionné. Antal Szabo, le gardien de but hongrois, dira : “En acceptant d’être battu, j’ai sauvé la vie à onze hommes.”

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Les Indes orientales néerlandaises (aujourd’hui l’Indonésie) sont devenues le premier représentant de l’Asie en Coupe du Monde, bien qu’elles n’aient pas eu à se qualifier suite aux forfaits du Japon et des Etats-Unis. Avec une mascotte aux yeux larges et obsédants, elles n’ont disputé qu’un seul match, battues à Reims 6- 0 par les futurs finalistes hongrois.

36/60

Il est impossible de séparer 1938 de l’histoire du monde. Deux ans après avoir perdu contre les maillots noirs italiens, la France tombera aux mains d’Hitler. C’est aussi historique puisque l’Italie conserve son titre, comme le Brésil en 62.

84 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

Les Brésiliens étaient tellement confiants contre l’Italie championne en titre qu’ils avaient réservé toutes les places sur le vol Marseille-Paris du lendemain. L’entraîneur, Adhemar Pimenta, a également laissé au repos sa star Leonidas avant la finale. Et le Brésil a perdu 2-1. Ne jamais vendre la peau...


LA COUPE DES XXXXX COUPES XXXXXX DU MONDE

1950 Pays hôte : Brésil Matchs : 22 Buts : 88 (4 par match) Expulsion : 0 Lieux : 6 Vainqueur : Uruguay Meilleur buteur : Ademir, Brésil (8 buts)

LE SAVIEZVOUS?

L’Ecosse s’est qualifiée mais a choisi de ne pas participer à cette Coupe du Monde. La Fédération écossaise avait annoncé qu’ils iraient au Brésil s’ils gagnaient leur groupe de qualification. Mais ils ont terminé deuxième derrière

Treize pays se sont qualifiés pour la troisième Coupe du Monde - un nombre malchanceux pour les hôtes brésiliens, favoris et finalistes. Sans parler de l’Angleterre, qui a été battue 1-0 par une équipe semiprofessionnelle des Etats-Unis. Les quatre vainqueurs de groupe - le Brésil, l’Espagne, la Suède et l’Uruguay - s’affrontent dans une mini-ligue pour déterminer le meilleur de la planète. Dans un match décisif, le Brésil avait besoin d’un match nul tandis que l’Uruguay, qui devait gagner, a triomphé 2-1. Le résultat a hanté le gardien brésilien Barbosa qui, 13 ans plus tard, a organisé un barbecue pour brûler les poteaux utilisés pendant le match.

STARS

●●●●●●●●●● Le trio d’attaquants brésiliens - Ademir (vainqueur du Soulier d’or avec huit buts), Jair et Zizinho - a été dominé par trois grands joueurs uruguayens : l’attaquant Juan Schiaffino, l’ailier Alcides Ghiggia et le milieu de terrain Obdulio Varela (à gauche).

BUTS

●●●●●●●●●● L’avant-centre américain Joe Gaetjens a réalisé contre l’Angleterre une tête plongeante de toute beauté. Connu pour son audace aérienne, il détourna de la tête le faible tir croisé de Walter Bahr et trompa le gardien anglais Bert Williams (1-0), créant une énorme surprise.

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● L’Inde s’est qualifiée pour le tournoi mais ne s’est pas présentée. Son absence a été justifiée par le refus de la FIFA de la laisser jouer sans chaussure. Autre raison : le coût du voyage trop élevé pour la fédération indienne.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● La défaite 1-0 des Trois Lions face à une équipe américaine (à l’extrême gauche) qui comprenait un facteur, un plongeur et un croque mort a été une telle surprise que certains journaux pensaient que c’était une erreur de frappe et que l’Angleterre avait gagné 10-1.

FINALE

●●●●●●●●●● Face à l’Uruguay, devant 200 000 spectateurs en délire au Maracana (en haut), le Brésil était tellement favori que Jules Rimet avait écrit son discours avant le coup d’envoi. Après avoir été dominé pendant 47 minutes - et mené au score 1-0 (en dessous) - l’Uruguay a créé la plus grande surprise de toutes les finales de Coupe du Monde. Alors que le Brésil s’était replié, espérant contrer ses adversaires, le capitaine Varela a poussé son équipe à jouer vers l’avant. Les buts de Schiaffino (deuxième à partir du bas) et de Ghiggia ont fait taire la foule.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Traumatisés par la défaite, les Brésiliens ont blâmé leur maillot blanc, dont le journal Correio da Manha affirmait qu’il souffrait d’un “manque de symbolisme psychologique et moral.” Ironiquement, un illustrateur uruguayen a remporté un concours pour la conception d’une bande dessinée. La mise en scène des tradionnels maillots jaunes iconiques avec des chaussettes vertes et des shorts bleus était une blague.

47/60

Le premier tournoi de l’après-guerre avait un format expérimental, mais il a enseigné au monde une leçon précieuse. : ne sous-estimez jamais votre adversaire, même si l’un de ses joueurs fait la vaisselle pour gagner sa vie. FourFourTwo.com March 2018 71

FourFourTwo.fr Juin 2018 85


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1954 Pays hôte : Suisse Matchs : 26 Buts : 140 (5.38 par match) Expulsions : 3 Lieux : 6 Vainqueur : Allemagne de l’Ouest Meilleur buteur : Sandor Kocsis (11 buts)

Aucune nation n’a été plus favorite que la Hongrie en 1954. Invaincus en 31 matchs, champions olympiques, les Hongrois avaient battu l’Angleterre à deux reprises avant la Coupe du Monde, dont un fameux 6-3 à Wembley. L’équipe de Gusztav Sebes était si forte qu’on avait l’impression qu’elle pratiquait un autre sport. L’attaquant Nandor Hidegkuti était redoutable, les milieux Ferenc Puskas et Sandor Kocsis étaient également “des tueurs” devant le but. Jozsef Bozsik, un milieu de terrain relayeur, complétait parfaitement ce trio. Ils ont battu la Corée du Sud 9-0 (record actuel en Coupe du Monde) lors de leur premier match puis l’Allemagne de l’Ouest (8-3). Qui pouvait empêcher les Magical Magyars de remporter le titre ?

STARS

●●●●●●●●●● Loin des Hongrois, le duo brésilien Nilton et Djalma Santos réinventait le football, tout comme le capitaine de l’Allemagne de l’Ouest Fritz Walter, un génie par temps pluvieux. L’Anglais Billy Wright était à son apogée, Stanley Matthews et Tom Finney (en haut) des stars vieillissantes anglaises.

BUTS

●●●●●●●●●● La reprise de volée du Turc Lefter Kucukandonyadis à l’entrée de la surface de réparation contre la Corée du Sud a été sans doute le plus beau but du tournoi. L’ailier brésilien Julinho s’est fait remarquer également avec un tir croisé tonitruant contre le Mexique.

PROBLÈMES

● ● ●●●●●●●● La brutalité de la “bataille de Berne” entre le Brésil et la Hongrie (en haut à droite) s’est terminée par 42 fautes de plus en plus violentes, quatre avertissements et trois expulsions. Puskas et ses coéquipiers ont ensuite participé à une bagarre générale et fait irruption dans la loge brésilienne, ouvrant le front de Pinheiro avec une bouteille.

SUSPENSE

● ● ● ● ● ● ●●●● En 20 minutes, la Suisse a perdu 7-5 contre l’Autriche en quarts de finale, son défenseur central Roger Bocquet jouant “dans une sorte de transe”. Il s’est avéré que le capitaine avait besoin d’une opération pour enlever une tumeur. Il s’agit du match de Coupe du Monde le plus prolifique en buts.

FINALE

●●●●●●●●● Le capitaine Puskas, pas remis d’une blessure contre l’Allemagne au premier tour, a exigé de jouer contre les Allemands de l’Ouest, que la Hongrie avait battus 8-3. Magré deux buts concédés en huit minutes, l’Allemagne de l’Ouest a su rebondir sans baisser les bras, à l’image de Fritz Walter (à droite). Le but d’Helmut Rahn en fin de match a permis aux Allemands de gagner, et cette finale sera qualifiée de “Miracle de Berne”.

HÉRITAGE

● ● ● ● ● ● ●●● Des films ont été réalisés sur le “ Miracle de Berne “ et la renaissance de l’Allemagne de l’Ouest après-guerre. C’était la première finale montrée en direct, et la défaite improbable de la Hongrie a semé les graines du soulèvement hongrois deux ans plus tard.

53/60

Certains buts changent une carrière. Parfois, ils changent une vie. La finale, cependant, a changé la face des deux pays. L’Allemagne de l’Ouest est devenue une Nation du football. La Hongrie, d’un point de vue politique et footballistique, s’est écroulée. La puissance du sport cristallisée.

86 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

L’entraîneur écossais Andy Beattie, furieux que seuls 13 de ses 22 hommes aient pu se rendre en Suisse suite à l’intervention de la SFA (Fédération écossaise) - a démissionné avant le deuxième match contre l’Uruguay. Sans leur entraîneur, les Ecossais ont


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1958

Pays hôte : Suède Matchs : 35 Buts : 126 (3.6 par match) Expulsions : 3 Lieux : 12 Vainqueur : Brésil Meilleur buteur : Just Fontaine (13 buteurs)

En 1958, l’entraîneur brésilien Vicente Feola décide d’aligner deux jeunes joueurs jugés non fiables par le psychologue de l’équipe - l’attaquant Pelé, 17 ans, et l’ailier Garrincha - pour le dernier match de poule contre l’Union soviétique. Le Seleçao a triomphé 2-0 grâce à la ruse de Garrincha qui a envoûté ses adversaires, ses supporters et ses coéquipiers. Pelé (à gauche) a ensuite marqué six buts en trois matchs et le Brésil a remporté sa première Coupe du Monde avec style, battant la France et la Suède 5-2. C’est la première et unique fois que toutes les équipes du Royaume-Uni sont présentes, mais seuls le pays de Galles et l’Irlande du Nord ont atteint les huitièmes de finale.

STARS

●●●●●●●●●● Pelé, Didi, Garrincha, Mario Zagallo et Uwe Seeler étaient parmi les talents émergents qui impressionnaient. Mais Pelé a été devancé par l’attaquant français Just Fontaine. Il a inscrit 13 buts (record qui tient toujours), profitant d’une entente “télépathique” avec le meneur de jeu français - et vainqueur du Ballon d’Or 1958 - Raymond Kopa.

BUTS

●●●●●●●●●● L’égalisation d’Ivor Allchurch pour le pays de Galles, lors du match de barrage contre la Hongrie, a été spectaculaire et mystérieux. Une passe instinctive de John Charles a trouvé Allchurch qui a repris le ballon de volée à l’entrée de la surface de réparation.

PROBLÈMES

LE SAVIEZ-VOUS?

Lors de la victoire 2-1 de l’Irlande du Nord contre la Tchécoslovaquie en phase de groupes, le gardien Norman Uprichard a continué à jouer avec des ligaments déchirés au genou et à la cheville, en plus d’une main cassée. Iron Norman !

●●●●●●●●●● L’Allemagne de l’Ouest a menacé de se retirer de sa demi-finale contre la Suède, à moins de trouver des places pour ses supporters. Le différend a été réglé, mais l’animosité s’est répandue sur le terrain. Les hôtes se sont imposés 3-1, égalisant après un coup-franc de Nils Liedholm. Le défenseur allemand Erich Juskowiak a été expulsé après un coup donné à Kurt Hamrin, alors que le Suédois Sigge Parling est resté sur le terrain après avoir brutalement découpé Fritz Walter.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● La France a débuté la compétition en trombe contre le Paraguay (7-3) grâce à Fontaine (à gauche), Kopa et Roger Piantoni. Malgré un jeu flamboyant, elle perd finalement 5-2 contre le Brésil en demi-finales, mais surclasse la RFA (6-3) pour la troisième place avec quatre buts de Fontaine.

FINALE

●●●●●●●●●● Le Brésil gagne 5-2 contre la Suède. Malgré un but de Liedholm à la quatrième minute, la Seleçao a joué avec une telle ingéniosité que même les supporters locaux l’a encouragée. Garrincha est intenable, Vava s’offre un doublé ainsi que Pelé, dont le premier but est sublime : amorti de la poitrine, coup du sombrero et reprise de volée.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Le Brésil a d’abord joué dans une formation offensive, en 4-2-4, mais après le match nul (0-0) contre l’Angleterre et l’inefficacité de Didi, Feola a changé de tactique. En 1962, cela s’est transformé en un 4-3-3 qui deviendra un modèle pour l’Ajax, les Pays-Bas et Barcelone.

49/60

La Coupe du Monde 58 marque la première victoire du Brésil, la seule édition manquée par l’Italie avec 2018, l’émergeance du roi du football et un record de buts (13) qui est toujours d’actualité.

FourFourTwo.fr Juin 2018 87


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1962 Pays hôte : Chili Matchs : 32 Buts : 89 (2.78 par match) Expulsions : 6 Lieux : 4 Vainqueur : Brésil Meilleur buteur : Garrincha, Vava, Leonel Sanchez, Florian Albert, Valentin Ivanov, Drazan Jerkovic (4 buts)

La Coupe du Monde 1962 n’est pas celle des records - le nombre de buts par match est même tombé à 2,78. Mais il y a eu beaucoup de drames. La fameuse “Bataille de Santiago” entre le Chili et l’Italie a été le théâtre d’une brutalité ayant poussé la FIFA à menacer d’expulser les deux équipes. Le jeu du Brésil a été un régal, même si Pelé a été mis à l’écart à la suite d’une blessure. Le meneur de jeu tchécoslovaque Josef Masopust, l’élégant attaquant hongrois Florian Albert, le jeune ailier Bobby Moore et le buteur soviétique Valentin Ivanov ont brillé.

STARS

●●●●●●●●●● Même sans Pelé, le Brésil s’enorgueillit de Garrincha, Vava et Amarildo dans une ligne d’attaque dévastatrice. A 24 ans, Amarildo (à droite) a inscrit les deux buts lors d’une victoire 2-1 face à l’Espagne en phase de groupes et a fait basculer le Brésil en finale.

BUTS

●●●●●●●●●● Le deuxième but de Garrincha contre l’Angleterre en quarts de finale a été d’une grande beauté. Récupérant le ballon au niveau des 18 mètres, “la joie du peuple” frappa entre un trio de défenseurs anglais et le gardien de but Ron Springett.

PROBLÈMES

●●●● ●●●●●● “On fait appel à la police ou à l’armée ?” Le commentateur de la BBC David Coleman a eu du mal à suivre le chaos (ci-dessous) dans un match surnomé la “bataille de Santiago” où le Chili a battu l’Italie 2-0. Les Italiens Giorgio Ferrini et Mario David ont été expulsés pour des bagarres, la police devant escorter Ferrini hors du terrain. En revanche, le milieu de terrain chilien Leonel Sanchez n’a même pas été expulsé après avoir frappé David puis cassé le nez de Humberto Maschio avec un crochet du gauche.

SUSPENSE

●●●●●● ●●●● En phase de groupes, la Colombie encaisse trois buts en 11 minutes et perd 4-1 à la 56ème contre l’URSS de Yashin, mais égalise à 4-4 à la 86ème.

FINALE

●●●●●●●●●● Le Brésil a conservé le trophée après une finale marquée par le génie d’Amarildo et Masopust, et le gardien Viliam Schrojf pas vraiment inspiré. Masopust a donné à la Tchécoslovaquie une avance inattendue, mais Amarildo a vite égalisé, en trompant Schrojf dans un angle fermé avant d’offrir à Zito le second but. Neuf minutes plus tard, Vava profitait d’une toile du malheureux gardien tchécoslovaque sur un centre aérien (3-1).

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Le départ de l’entraîneur anglais Walter Winterbottom, qui insistait pour que son successeur choisisse sa propre équipe - sans l’interférence d’un comité de sélection - a ouvert la voie au succès de l’Angleterre en 1966.

46/60

Pas de Pelé, pas de problème. Grâce entre autres à Amarildo et Garrincha, le Brésil n’a pas eu besoin du meilleur joueur du monde pour gagner la Coupe du Monde. Le Chili a offert un grand spectacle malgré un pays appauvri, et a même emprisonné un fonctionnaire pour avoir donné des billets de match. Un succès total !

88 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

Le Chili a tenu à goûter à la cuisine nationale de ses adversaires avant chaque match de Coupe du Monde : fromage (avant d’affronter la Suisse), spaghettis (Italie) et vodka (Union soviétique). En demi-finale, malgré la consommation de café brésilien, les Chiliens ont perdu 4-2.


LA COUPE DES XXXXX COUPES XXXXXX DU MONDE

1966 Pays hôte : Angleterre Matchs: 32 Buts : 89 (2.78 par match) Expulsions : 5 Lieux : 8 Vainqueur : Angleterre Meilleur buteur : Eusebio, Portugal (9 buts)

La Coupe du monde de 1966 a commencé de façon farfelue - avec le trophée Jules Rimet volé puis retrouvé dans un parc londonien par un chien appelé Pickles - et s’est terminée de façon controversée, le “ but “ de Geoff Hurst n’ayant peut-être pas franchi la ligne. Entre ces deux événements, un beau football a été pratiqué (en particulier par la Hongrie et le Portugal), des joueurs se sont révélés (en particulier Eusebio, qui a marqué neuf buts), une grande nation du football a été humiliée (la Corée du Nord a éliminé l’Italie 1-0 dans l’un des plus grands exploits de la Coupe du Monde), avant que Bobby Moore ne soulève le trophée.

STARS

●●●●●●●●●● Alors que l’Europe domine les demi-finales, les stars les plus en vue sont Gordon Banks, les Bobbies (Moore et Charlton), Franz Beckenbauer et Uwe Seeler (Allemagne de l’Ouest), Eusebio (en bas à gauche) et Mario Coluna (Portugal). Caporal dans l’armée nord-coréenne, Pak Doo-ik est devenu brièvement le joueur le plus célèbre du monde après avoir marqué le but vainqueur qui élimina l’Italie.

BUTS

●●●●●●●●●● Hurst s’est offert un triplé historique dans les dernières secondes de la finale. Sur une passe de Moore (à gauche), l’attaquant de West Ham s’est précipité vers le but et a trompé Hans Tilkowski pour faire le break (4-2) et laisser “moins de regrets” aux Allemands.

PROBLÈMES

LE SAVIEZ-VOUS?

La guerre froide pourrait être liée à la décision du juge de touche azerbaïdjanais Tofiq Bahramov en finale, entre l’Angleterre et l’Allemagne de l’Ouest. Un ami de Bahramov aurait raconté que sur son lit de mort, à la question : “comment sais-tu que le ballon a franchi la ligne ?” , il aurait répondu en un seul mot : “Stalingrad”.

●●●●●●●●●● 16 nations africaines ont boycotté la compétition suite au nouveau réglement de la FIFA stipulant que la vainqueur de la zone africaine devait ensuite jouer contre le vainqueur de la zone Asie ou Océanie pour participer à la Coupe du Monde. L’Uruguay, l’Argentine et le Brésil ont attribué leur élimination à des arbitres incompétents ou corrompus. Le refus du capitaine argentin Antonio Rattin de se faire expulser en huitièmes de finale contre l’Angleterre est l’expression de ce mécontentement.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● Il y avait un jeu qui convenait à tout le monde. Les puristes ont fait l’éloge de la victoire 3-1 de la Hongrie contre le Brésil. Les romantiques ont été ravis de la victoire de la Corée du Nord sur l’Italie en phase de groupes puis de leur défaite 5-3 en quart de finale contre le Portugal, après avoir mené 3-0. Les Anglais ont lutté pour battre les Argentins en quarts (1-0) puis le Portugal d’Eusebio (2-1) en demi-finale avant de vaincre la RFA dans la finale la plus controversée jamais jouée.

FINALE

●●●●●●●●●● Wolfgabg Weber envoie pour la première fois deux équipes en prolongations lors d’une finale de Coupe du Monde à la dernière minute du temps réglementaire (2-2). Après le match, la presse germanique s’en prendra à l’arbitre de touche soviétique, l’accusant de s’être vengé de l’élimination de l’URSS en demi-finale contre les Allemands.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Après de nombreux gestes violents , la FIFA a demandé aux arbitres de protéger les joueurs techniques. L’évolution du football, avec moins de brutalité en phases finales de Coupe du Monde, a commencé ici.

52/60

La qualité de l’arbitrage a été au coeur de cette Coupe du Monde, favorisant clairement les nations européennes. Le premier tour a également été marqué par des agressions à répétition sur Pelé sans l’intervention de l’homme en noir.

FourFourTwo.fr Juin 2018 89


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1970

Pays hôte : Mexique Matchs : 32 Buts : 95 (2.97 par match) Exclusion : 0 Lieux : 5 Vainqueur : Brésil Meilleur buteur : Gerd Muller (10 buts)

La photo emblématique de Pelé et Bobby Moore en train d’échanger leurs maillots après la victoire 1-0 du Brésil sur l’Angleterre (ci-dessous) résume ce qui, pour beaucoup, est la plus belle Coupe du Monde jamais disputée. Le Brésil a remporté l’épreuve dans un style flamboyant, à l’image de la première Coupe du Monde diffusée en Technicolor. Un record de cinq buts a été établi en prolongations et l’Italie a battu l’Allemagne de l’Ouest 4-3 dans une demi-finale époustouflante.

STARS

●●●●●●●●●● Est-ce qu’une équipe nationale a déjà possédé autant de génies que le Brésil en 1970 ? Pelé, Jairzinho, Rivelino, Gerson, Tostao et Carlos Alberto ont tous été exceptionnels au Mexique. Quatre footballeurs européens se sont distingués : Franz Beckenbauer, Bobby Charlton, Gianni Rivera et Gerd Muller.

BUTS

●●●●●●●●●● Le quatrième et dernier but du Brésil du capitaine Carlos Alberto en finale contre l’Italie achève de façon magistrale la victoire brésilienne. Tostao récupère le ballon. Clodoaldo dribble ensuite quatre joueurs italiens et transmet le ballon à Rivelino, qui trouve Jairzinho. Celui-ci sur l’aile gauche revient vers le centre, élimine deux adversaires et donné le ballon à Pelé. Le Roi conserve le ballon pour le transmettre idéalement à Carlos Alberto lancé qui, d’une frappe puissante et croisée, ne laisse aucune chance à Albertosi.

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● Un match de qualification entre Le Salvador et le Honduras crée de vives tensions autour de la circulation des personnes qui traversent leurs frontières. Cela conduit à un conflit de cent heures causant au moins 2 000 morts. Ce conflit est resté connu sous le nom de guerre du football.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● L’Allemagne de l’Ouest s’est illustrée à deux reprises, en battant d’abord l’Angleterre 3-2 en quart de finale (en haut), puis en s’inclinant 4-3 contre l’Italie en demi-finale.

FINALE

●●●●●●●●●● L’erreur du Brésilien Clodoaldo, qui a permis à Roberto Boninsegna d’égaliser, aurait pu changer l’histoire du football. Pelé a reconnu que le Brésil avait craint que les Azzurri attaquent comme ils l’avaient fait contre l’Allemagne de l’Ouest. Mais l’entraîneur italien Ferruccio Valcareggi a joué la sécurité face à l’attaque brésilienne. A la 66ème minute, lorsque Gerson marque (2-1), les Azzurri se sont effondrés physiquement et psychologiquement. Deux autres buts de Jairzinho et Carlos Alberto ont scellé l’affaire.

HÉRITAGE

●●●●●●● ●●● La première Coupe du Monde avec des cartons rouges et jaunes, des remplaçants (seulement deux par équipe), et un ballon du match conçu par Adidas.

56/60

La première Coupe du Monde en couleur, et pas seulement grâce aux progrès technologiques. Le Brésil de Pelé était largement au-dessus de tout le monde, même si les Italiens étaient émoussés après leur demi-finale. Une référence pour l’éternité.

90 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

Le milieu de terrain brésilien Gerson avait pour habitude de fumer 60 cigarettes par jour. Quand il sortait du terrain, un membre du staff lui tendait souvent une cigarette allumée.


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1974 Pays hôte : Allemagne de l’Ouest Matchs : 38 Buts : 97 (2.55 par match) Expulsions : 5 Lieux : 9 Vainqueur : Allemagne de l’Ouest Meilleur buteur : Grzegorz Lato (7 buts)

LE SAVIEZVOUS? C’était l’apparition du trophée actuel - le chef-d’œuvre de Silvio Gazzaniga - puisque le Brésil a conservé le trophée Jules Rimet après sa troisième victoire en 70.

Le “football moderne” a commencé à voir le jour en 1974. Il y a eu des querelles à propos des primes de match (Allemagne de l’Ouest, Pays-Bas), des histoires à propos du sponsoring (Johan Cruyff, Ecosse) et des joueurs harcelés par les médias. Cependant, pour les puristes du jeu, c’était le nirvana, avec tant de choses à apprécier esthétiquement : les tenants du titre brésiliens à la recherche d’un quatrième titre (trois victoires sur les quatre dernières Coupes du Monde), une Pologne offensive et surtout l’Allemagne de l’Ouest et les Pays-Bas. La réputation des artistes néerlandais invincibles étaient peut-être un peu exagérée (les Allemands avaient gagné l’Euro 72 avec une réelle efficacité). Mais il s’agissait de deux équipes exceptionnelles qui allaient ébranler le monde du football.

STARS

●●●●●●●●●● Les Brésiliens Jairzinho et Rivelino ; les Iitaliens Gigi Riva et Gianni Rivera ; le buteur polonais Grzegorz Lato ; Gerd Muller et Franz Beckenbauer pour les Allemands ; Johan Neeskens et - surtout - Johan Cruyff pour les Pays-Bas.

BUTS

●●●●●●●●●● Le rebelle allemand Paul Breitner a envoyé deux missiles longue portée contre le Chili et la Yougoslavie, mais le clou du spectacle appartient à Cruyff. Son sens du but et sa ruse face aux gardiens ont sauté aux yeux, comme sa volée contre le Brésil (2-0) ou sa feinte sur le premier but contre l’Argentine (4-0).

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● L’Allemagne de l’Est contre l’Allemagne de l’Ouest en phase de groupes : la mini guerre froide opposait les amateurs communistes aux pros capitalistes - et l’Est l’emporta grâce à une frappe de Jurgen Sparwasser à la 77e minute. Cette humiliation a donné lieu à une refonte tactique de la RFA qui lui a finalement permis de remporter le titre.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● Dusan Bajevic a réussi un hat-trick dans un match où la Yougoslavie a battu le Zaïre (extrême gauche) 9-0, l’une des plus larges victoires en Coupe du Monde. Grâce à un but d’Emmanuel Sanon, Haïti a pris l’avantage en deuxième période sur l’Italie, mais les Azzurri l’ont finalement emporté 3-1.

FINALE

●●●●●●●●●● Un match sous haute tension (en haut) à l’Olympiastadion de Munich. Cruyff en solo a permis aux Pays-Bas d’obtenir et de marquer un penalty avant que l’Allemagne de l’Ouest n’ait touché le ballon. Mais la Mannschaft a riposté sur penalty par Breitner puis par l’inévitable Muller. Le réalisme allemand a parlé. Encore une fois. La frustration néerlandaise est énorme.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● C’était la première fois que la plupart des observateurs voyait le Football Total. Le système néerlandais, qui reposait sur des joueurs changeant de position à volonté, allait résonner dans le monde du management pour les décennies à venir.

51/60

Et si la légende néerlandaise n’avait pas passé la moitié de la nuit avant la finale, au téléphone, avec sa femme Dany pour démentir les tabloïds allemands au sujet d’une soirée arrosée avec des filles au bord de la piscine d’un hôtel ? Un détail ? Pas sûr...

FourFourTwo.fr Juin 2018 91


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1978

Pays hôte : Argentine Matchs : 38 Buts : 102 (2.68 par match) Expulsions : 3 Lieux : 6 Vainqueur : Argentine Meilleur buteur : Mario Kempes (6 buts)

Il est difficile d’ignorer le contexte politique en évoquant la Coupe du Monde 1978. Beaucoup de nouveaux pays africains et asiatiques font leur apparition suite au processus de décolonisation dans les années 70. Mais surtout, l’Argentine organise son Mondial en pleine dictature. Au-delà des contestations, les matchs de groupes ont été truffés de surprises : la Pologne de Grzegorz Lato a devancé l’Allemagne de l’Ouest à la première place ; le Pérou a poussé les Pays-Bas vers la deuxième place ; l’Autriche a terminé première devant le Brésil.

STARS

●●●●●●●●●● Zico, Dirceu et le bien-nommé Roberto Dinamite ont excellé pour les Brésiliens qui n’ont pas perdu un match (ce qui les a amenés à affirmer qu’ils étaient des “champions moraux”). Paolo Rossi et Michel Platini se sont imposés respectivement pour l’Italie et la France, tandis que Teofilo Cubillas a été parfait pour le Pérou. Mais l’habileté et l’instinct de Daniel Passarella (en bas), Ossie Ardiles (en haut) et Mario Kempes ont fait briller l’Argentine.

BUTS

●●●●●●●●●● C’était trop peu, trop tard, mais la percée d’Archie Gemmill pour l’Ecosse dans la défense des Pays-Bas a été un tel moment d’extase qu’elle a été diffusée dans une scène de sexe dans le film Trainspotting. Un sacré succès.

PROBLÈMES

●●● ●●●●●●● La finale a été très tendue : les Néerlandais ont accusé les Argentins d’avoir retardé le coup d’envoi pour faire monter l’atmosphère hostile de l’Estadio Monumental (à droite). Les hôtes ont répondu en mettant en doute la légalité du plâtre à la main droite de René van de Kerkhof. Les finalistes grincheux ne se sont pas présentés à la cérémonie d’après-match.

SUSPENSE

●●●●●● ●●●● Le miracle - ou la honte - de Cordoue, selon que vous êtes autrichien ou allemand. Les observateurs se demandaient si l’Allemagne de l’Ouest atteindrait la finale ; pour l’Autriche, c’était cuit d’avance contre un ennemi qu’ils n’avaient pas battu depuis 47 ans. Hans Krankl a réussi un doublé qui a permis aux outsiders de triompher 3-2. Le commentateur autrichien Edi Finger a crié des mots que tout Autrichien connaît par cœur : “Tor ! Tor ! Tor ! I werd’ narrisch ! (Je deviens fou)”.

FINALE

●●●●●●●●●● Mario Kempes a ouvert le score à la 37ème minute, Dick Nanninga a égalisé en fin de match et Rob Rensenbrink a failli donner la victoire aux Néerlandais dans les arrêts de jeu. Kempes et Daniel Bertoni ont ensuite marqué pour l’Argentine en prolongations. Une fois de plus, le Football Total a été déjoué par le pays hôte.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● La séance de tirs au but est introduite pour décider du sort des matchs après 120 minutes... mais pas un seul match n’en a eu recours. La Tunisie est le premier pays africain a remporté un match (3-1) contre le Mexique. Elle repartira la tête haute en faisant 0-0 contre la RFA.

43/60

Entre les soupçons de corruption, le discours d’avant-match du sélectionneur argentin Menotti est un rayon de soleil. “Nous sommes le peuple, nous sommes les victimes et représentons la seule chose légitime dans ce pays : le football.”

78 Juin 92 June2018 2018FourFourTwo.fr FourFourTwo.com

LE SAVIEZ-VOUS?

La France et la Hongrie se sont retrouvées pour jouer un match à Mar del Plata avec chacune des maillots blancs. Les Bleus ont dû porter des maillots blancs rayés de vert prêtés par le club local , l’Atlético Kimberley. Le match a commencé avec 30 minutes de retard.


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1982 Pays hôte : Espagne Matchs : 52 Buts :146 (2.81 par match) Expulsions : 5 Lieux : 17 Vainqueur : Italie Meilleur buteur : Paolo Rossi (6 buts)

La Coupe du Monde en Espagne a été un superbe tournoi. Pourtant elle avait mal commencé. Le tirage au sort - supervisé par Sepp Blatter - a dû être refait : le Pérou et le Chili manquaient à l’appel, la roue de hamster contenant les boules s’est même coincée, et l’une des boules est tombée sur le sol. Le nouveau ballon de match Adidas Tango s’est déchiré très (trop) facilement et a éclaté. Mundiespana, la société organisatrice, a gonflé les prix des billets, des vols et des hôtels, puis il y a eu la grève à l’aéroport de Séville qui a paralysé l’Allemagne de l’Ouest jusqu’à 4 heures du matin après la demi-finale contre la France.

STARS

LE SAVIEZ-VOUS?

Pour la première fois, des représentants des cinq continents participent à la Coupe du Monde.

●●●●●●●●●● Le Brésil avait Zico, Socrates et Falcao, l’Allemagne de l’Ouest avait Paul Breitner, Karl-Heinz Rummenigge et Bernd Schuster, et les tenants du titre argentins avaient Ossie Ardiles, Daniel Passarella et le jeune Diego Maradona. Plus Boniek, Blokhin, Platini, Dalglish, Robson et Rossi.

BUTS

●●●●●●●●●● A la 99ème minute contre la RFA, Rocheteau remonte le terrain et passe le ballon à Platini qui renverse vers Six sur le coté gauche de la surface. L’attaquant français temporise et sert Giresse. Sa frappe de l’extérieur du pied touche le poteau avant de rentrer dans le but allemand. 3-1 pour la France qui à l’image de Giresse, ivre de bonheur, pense s’ouvrir les portes de la finale.

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● Personne n’oubliera l’injustice de ne pas avoir vu Harald Schumacher, le gardien de l’Allemagne de l’Ouest, se faire expulser. Ni les dents de devant manquantes, les côtes cassées et les vertèbres endommagées de Patrick Battiston (en haut à gauche). Au premier tour contre le Koweit, le Cheikh descend sur le terrain et fait annuler un but d’Alain Giresse. L’arbitre Miroslav Stupar sera radié à vie par la FIFA.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● Le Brésil, pourtant favori, s’est effondré avec le triplé de Paolo Rossi (3-2). A l’exception de l’agression de Schumacher en demi-finale entre la France et l’Allemagne de l’Ouest, cette rencontre est peut-être le plus grand match de l’histoire. Les Bleus inscrivent deux buts en prolongations avant de se faire rattraper (3-3) puis s’incliner aux tirs au but. Suspense, injustice, haine, joie, désillusion... Ce match rassemble tous les sentiments. À bout de souffle.

FINALE

●●●●●●●●●● ““GOAL ! GOAL ! GOAL” a crié Marco Tardelli, en extase après avoir marqué le deuxième but de l’Italie lors de la victoire 3-1 contre l’Allemagne de l’Ouest. “Je devenais fou “, se souviendra-t-il plus tard.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● L’Allemagne de l’Ouest savait qu’une victoire assurerait sa qualification aux dépens de l’Algérie. L’Autriche pouvait perdre 1-0 et être qualifiée. Devinez le score ? Un scandale ! Le journal local El Comercio a publié le compterendu du match dans sa section crime. A partir de 1986, tous les derniers matchs de poules se dérouleront en même temps.

52/60

L”un des meilleurs matchs de tous les temps a été controversé suite à un geste d’une rare violence qui n’a pas été sanctionné. Et que dire de la mascotte ? Naranjito (en haut à gauche), à jamais la plus grosse et la plus fruitée.

FourFourTwo.fr Juin 2018 93


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1986 Pays hôte : Mexique Matchs : 52 Buts : 132 (2.54 par match) Expulsions : 8 Lieux :12 Vainqueur : Argentine Meilleur buteur : Gary Lineker (6 buts)

1982

Imaginer la Coupe du Monde au Mexique, c’est voir la chaleur et la ferveur du stade Guadalajara ou du stade Azteca comprenant une myriade de joueurs brillants à leur apogée. Et à y regarder de plus près, trois décennies plus tard, les souvenirs ne semblent pas exagérés ou romantiques. C’était un tournoi d’un haut niveau et compétitif, plein de controverses et d’incidents, mais surtout caractérisé par des joueurs techniques, imaginatifs et des équipes offensives.

STARS

●●●●●●●●●● Zico, Socrates, Josimar, Junior et Careca pour le Brésil ; Michel Platini pourtant blessé pour la France ; Michael Laudrup pour le Danemark ; Rudi Voller, Lothar Matthaus et Karl-Heinz Rummenigge pour Allemagne de l’Ouest ; Gary Lineker pour l’Angleterre, JM Pfaff pour la Belgique et surtout Diego.

BUT

●●●●●●●●●●● Il y a eu la “main de Dieu” (en haut), géniale et scandaleuse, que tout le monde a vu sauf l’arbitre du match Monsieur Ali Bennaceur. Et puis Diego Maradona a offert au monde “le but du siècle”. Parti du milieu du terrain, l’Argentin efface quatre Anglais puis le gardien Shilton et marque dans le but vide. Cet exploit de Maradona hante encore aujourd’hui les Anglais.

PROBLÈMES

●●●● ●●●●●● Le match entre l’Angleterre et l’Argentine intervient seulement quatre ans après la guerre des Malouines (“ ils ont tué beaucoup de garçons argentins comme des petits oiseaux “, a dit Maradona). Une tension particulière flottait donc sur cette rencontre.

SUSPENSE

●●●●●● ●●●● A Guadalajara, dans un stade entièrement jaune et vert, le quart de finale entre la France et le Brésil aura rarement atteint un tel niveau et une telle intensité. Une génération dorée brésilienne contre la France championne d’Europe en 84. Pas de temps mort, un suspense asphyxiant, 1-1 après le temps réglementaire et un penalty repoussé par Bats. Platini rate son penalty dans la séance de tirs au buts mais Luis Fernandez qualifie les Bleus.

FINALE

●●●●●●●●●● C’est sans doute la dernière belle finale, avec 114 600 spectateurs au stade Azteca. Le défenseur Jose Luis Brown ouvre le score pour l’Argentine. Jorge Valdano double la mise, mais l’Allemagne de l’Ouest répond par des buts de Rummenigge et Voller. A la 83ème minute, Diego lance d’une superbe passe Jorge Burruchaga pour prendre défintivement l’avantage.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● La Coupe du Monde en tant que “vitrine” a peut-être commencé ici. Les Argentins ont inondé la Serie A après la finale, tandis que Gary Lineker (à droite), vainqueur du Soulier d’Or, s’est assuré un transfert à Barcelone.

53/60

Aucun joueur, si ce n’est Pelé en 1958, n’a autant marqué de son emprunte une Coupe du Monde comme l’a fait Maradona au Mexique en 1986. Sans Diego, l’Argentine ne serait pas sortie de son groupe. Une performance exceptionnelle de la grande rock star du football.

94 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

La fameuse Ola (vague) est apparue dans les stades pendant la Coupe du Monde au Mexique. Ce phénomène mondial a débuté dès le premier match entre l’Italie et la Bulgarie (1-1).


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1990 Pays hôte : Italie Matchs : 52 Buts : 115 (2.21 par match) Expulsions : 16 Lieux : 12 Vainqueur : Allemagne de l’Ouest Meilleur buteur : Salvatore Schillaci (6 buts)

Il y avait beaucoup de choses à ne pas aimer : Italie 90 a connu un nombre record de faibles buts par match, un record de 16 cartons rouges et tant de matchs dominés par les défenses qu’elle a contribué à déclencher la règle de la victoire à trois points. Pourtant, c’est un été qui a produit plus de moments mémorables que tout autre : l’émergence du Cameroun, incarné par le vieux lion Roger Milla, un Toto Schillaci aux yeux sauvages, un match plein de haine entre l’Allemagne de l’Ouest et les Pays-Bas, Diego Maradona éliminant l’Italie sur son propre terrain à Naples, et les larmes de Paul Gascoigne après son penalty raté à Turin qui a redonné des couleurs au football anglais.

STARS

●●●●●●●●●● Lothar Matthaus, Jurgen Klinsmann et Rudi Voller pour l’Allemagne de l’Ouest ; la sainte trinité Marco van Basten, Ruud Gullit et Frank Rijkaard pour les Pays-Bas ; Roberto Baggio et Schillaci pour l’Italie ; Gazza et Gary Lineker pour l’Angleterre.

BUTS

●●●●●●●●●● Le contrôle de Dragan Stojkovic et son enchaînement avec la Yougoslavie contre l’Espagne, les coups d’éclat de Milla (en bas à gauche) et Matthäus, et une belle combinaison entre Maradona et Claudio Cannigia contre le Brésil.

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● Les rancunes entre l’Allemagne de l’Ouest et les Pays-Bas ont donné un match chaud bouillant à San Siro, cette fois avec les Néerlandais dans le rôle des méchants. Rijkaard a craché sur Völler (en haut) et les deux hommes ont été “bizarrement” expulsés - puis l’Allemagne l’a emporté 2-1.

SUSPENSE

LE SAVIEZ-VOUS ?

L’’équipe des Emirats Arabes Unis a marqué deux fois durant la Coupe du Monde 1990. Les deux buteurs ont chacun reçu une Rolls Royce en cadeau.

●●●●●●●●●● Les quarts de finale, les demi-finales et la finale n’étaient pas passionnants à l’exception du choc entre les Trois Lions et les Lions Indomptables. L’Angleterre a pris l’avantage grâce à la volée de David Platt, avant que le Cameroun ne revienne en force en cinq minutes par Emmanuel Kunde et Eugene Ekekeke. Mais deux penaltys de Lineker ont anéanti les espoirs des Camerounais.

FINALE

●●●●●●●●●● Le match a été fermé, ennuyeux et engagé (Pedro Monzon et Gustavo Dezotti ont tous les deux été expulsés). L’Allemagne de l’Ouest a finalement pris l’avantage et gagné grâce à un penalty litigieux obtenu par Rudi Völler et transformé par le gaucher Andreas Brehme, du pied droit, en seconde mi-temps.. La RFA prend sa revanche sur l’Argentine après la finale perdue en 1986. Pour le spectacle, on repassera.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● A deux ans de la création de la Premier League, Italie 90 a été le catalyseur de l’évolution du football anglais, qui est passé de la honte nationale à un poids lourd sur le plan sportif et financier. John Barnes et Gazza ont contribué à faire en sorte que les Anglais reviennent au stade... en famille

47/60

Cette Coupe du Monde fade a été pimentée par les Lions Indomptables camerounais et un joueur italien qui n’est qu’un joker au début du tournoi : Salvatore Schillaci. Toto marquera lors de six rencontres sur sept. Une drôle d’histoire !

FourFourTwo.fr Juin 2018 95


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1994 Pays hote : USA Matchs : 52 Buts : 141 (2.71 par match) Expulsions :15 Lieux : 9 Vainqueur : Brésil Meilleur buteur : Oleg Salenko, Hristo Stoichkov (6 buts chacun)

Le sort de Roberto Baggio a été scellé dès que Diana Ross est apparue lors de la cérémonie d’ouverture pour tirer un penalty. Le tir a été manqué mais le but s’est brisé en deux, détruit par le pouvoir de la frappe suprême de Diana. La finale s’est achevée aux tirs au but, exactement le genre de programme que les chaînes de télévision américaines adorent pour mettre de la pub.

STARS

●●●●●●●●●● Romario, symbole d’un Brésil sur le toit du monde vingt-quatre ans après Pelé en 70, Baggio le héros malheureux, Stoichkov pour la Bulgarie, Hagi pour la surprenante Roumanie et Diego Maradona qui a fait plus parler de lui face caméra et hors du terrain que pour ses performances sportives.

BUTS

●●●●●●●●●● Le slalom de Saeed Al-Owairan en partant de la ligne médiane lors de la victoire 1-0 de l’Arabie Saoudite face à la Belgique en phase de groupes est historique. L’Arabie Saoudite se qualifie pour les 1/8ème de finale après avoir également battu le Maroc (2-1).

PROBLÈMES

●●●● ●●●●●● Un John Aldridge survolté disant à un officiel “f**k off, you t**t, you d**khead” (en haut à droite) parce que l’entrée en jeu de l’Irlandais a été retardée (défaite 2-1contre le Mexique). Pas de vaine John ! Le Brésilien Leonardo a été suspendu quatre matchs pour avoir donné un coup de coude à l’Américain Tab Ramos en huitièmes de finale. L’Italien Mauro Tassotti a fait mieux : huit matchs de suspension pour le même geste mais en ayant cassé le nez de Luis Enrique en quarts de finale.

SUPENSE

●●●●●●●● ●● La victoire 3-2 du Brésil sur les Pays-Bas avec la célébration de Bebeto pour la naissance de son fils (qui joue maintenant pour le Sporting). Et des surprises : Ray Houghton qui permet à l’Irlande de battre l’Italie (1-0), la Roumanie qui surprend l’Argentine et Yordan Letchkov, 27 ans seulement, qui marque de la tête le but vainqueur contre l’Allemagne.

FINALE

●●●●●●●●●● Il vaut mieux oublier les 120 minutes de football de cette finale, on retiendra la détresse de Bobby Baggio sur le Rose Bowl (à droite), après son penalty manqué. Le ballon doit aujourd’hui encore gravité dans l’espace, non loin de Saturne.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● La renaissance du “soccer “ aux États-Unis. La MLS a commencé deux ans plus tard : elle s’en est plutôt mieux tirée que la malheureuse North American Soccer League, qui a pris fin en 1984.

41/60

Les mauvaises langues ont dit que ça ne marcherait pas. Ils avaient tort. USA 94 a été un tournoi réussi qui n’a été sapé que par une terrible finale et l’assassinat tragique du défenseur central colombien Andres Escobar pour avoir marqué un but contre son camp.

96 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

Le manager irlandais, Jack Charlton, a fait en sorte qu’une cargaison de Guinness soit envoyée à l’hôtel de l’équipe, deux jours avant qu’elle ne batte l’Italie.


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

1998

Pays hôte : France Matchs : 64 Buts : 171 (2.67 par match) Exclusions : 22 Lieux : 10 Vainqueur : France Meilleur buteur : Davor Suker ( 6 buts)

LE SAVIEZVOUS?

En marquant le troisième but de la finale face au Brésil (3-0), Emmanuel Petit est entré dans l’histoire de l’équipe de France en inscrivant le 1000ème but pour les Bleus.

C’était un spectacle haut en couleurs, avec des buts magnifiques et des joueurs emblématiques. Le Brésil était une nouvelle fois favori et son attaquant vedette Ronaldo, considéré comme le meilleur joueur du monde avant le tournoi, semblait destiné à propulser son pays vers une cinquième couronne mondiale. Mais El Fenomeno a subi des convulsions à l’hôtel de l’équipe et les médecins lui ont dit qu’il ne pourrait pas jouer la finale contre la France. Ronaldo a insisté pour jouer et la feuille de match a été changée à la dernière minute. Finalement, Zinedine Zidane a saisi l’occasion d’entrer dans l’histoire en inscrivant deux buts, les Bleus devenant champions du monde pour la première fois.

STARS

●●●●●●●●●● Ronaldo, Zinedine Zidane, Alessandro Del Piero, Dennis Bergkamp, David Beckham et Gabriel Batistuta, tous à leur apogée, ou du moins pour certains, sur le chemin pour y arriver.

BUTS

●●●●●●●●●● L’accélaration et le but d’Owen contre l’Argentine ont marqué les esprits, mais l’enchainement de Bergkamp contre la même équipe en quart de finale est un bijou. Une énorme ouverture de Franck De Boer puis un contrôle en extension, un crochet intérieur dans la foulée et une frappe croisée. L’élégance à l’état pur, superbe. Le commentateur néerlandais Jack van Gelder s’est enflammé : “DENNIS BERGKAMP ! DENNIS BERGKAMP ! DENNIS BERGKAMP !”

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● Le match de poules entre les Etats-Unis et l’Iran était la rencontre de deux nations qui ne s’étaient pas rencontrées depuis la révolution iranienne qui avait évincé le Shah pro-américain au début de l’année 1979 : le “match le plus politiquement chargé de l’histoire”. Le Guide suprême Ali Khamenei avait même exigé que les Iraniens ne saluent pas les Américains. Les deux équipes ont posé pour une photo qui fera le tour du monde. L’Iran a gagné 2-1 le premier match de son histoire en Coupe du Monde.

SUSPENSE

●●●●●●●●●● La confrontation entre l’Angleterre et l’Argentine est un classique en Coupe du Monde. Des buts superbes, une controverse, de la tension, des injustices, et une séance de tirs au but. David Beckham se fait expulser et David Batty rate son penalty face à Roa pour couronner ce match d’anthologie.

FINALE

●●●●●●●●●● Le Brésil ébranlé par l’état de santé de Ronaldo a été balayé par une défense de fer et un Zidane impérial qui inscrit deux buts de la tête. Et 1, et 2, et 3-0. Plus impressionnant que palpitant.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Les succès sur et hors terrain en Italie en 90 et aux Etats-Unis 94 ont encouragé la FIFA à étendre la compétition au format actuel de 32 équipes. Le but en or a été inauguré par Laurent Blanc contre le Paraguay, et disparaitra en 2004.

50/60

La Coupe du Monde en France a été une réussite. On le doit en partie à Fernand Sastre, président de la FFF de 1972 à 1984 et coprésident de l’organisation de France 98 depuis 1992. Malheureusement il décèdera au début du tournoi et ne pourra voir la compétition pour laquelle il s’est battu pendant de nombreuses années.

FourFourTwofr Juin 2018 97


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

2002 Pays hôte : Corée du Sud & Japon Matchs : 64 Buts: 161 (2.52 par match) Expulsions : 17 Lieux : 20 Vainqueur : Brésil Meilleur buteur : Ronaldo (8 buts)

La première Coupe du Monde à être partagée entre deux pays hôtes a également été la première Coupe du Monde en Asie. C’était un tournoi plein de surprises : la Corée du Sud et la Turquie se sont qualifiées pour les demi-finales et le Sénégal a atteint les quarts de finale après une première victoire contre la France, championne en titre, qui est éliminée dès le premier tour sans avoir marqué un seul but. Sacrés Bleus ! L’Arabie Saoudite a fait pire, ouvrant la voie à Miroslav Klose vers le chemin des meilleurs buteurs en Coupe du Monde grâce à un coup du chapeau lors de ses débuts en tournoi, l’Allemagne l’emportant 8-0.

STARS

●●●●●●●●●● L’équipe type de la phase finale était surréaliste - Alpay, Claudio Reyna, El-Hadji Diouf et, bien sûr, Yoo Sang-chul, le capitaine de la Corée du Sud. Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho ont répondu présent. En revanche beaucoup d’autres grands noms de l’époque ont eu du mal à s’imposer.

BUTS

●●●●●●●●●● La volée de Dario Rodriguez pour l’Uruguay contre le Danemark et Salif Diao pour le Sénégal, également contre le Danemark. Merci donc aux Danois pour ces beaux souvenirs.

PROBLÈMES

●●●● ●●●●●● La France championne du monde et d’Europe en titre compte dans ses rangs les meilleurs buteurs du championnat italien (Trezeguet), anglais (Henry) et français (Cissé) mais ne marquera aucun but. Manque de fraicheur physique, clans, mauvaise préparation, égos surdimensionnés, la désillusion est énorme et les Bleus sortent par la petite porte.

SUSPENSE

●●●●●● ●●●● Les hôtes sud-coréens éliminent l’Italie. Christian Vieri a manqué mille occasions, toute l’Italie a blâmé l’arbitre équatorien et le président de Pérouse s’en est pris au vainqueur du match, Ahn Jung-hwan, qui jouait pour le club de Serie A à l’époque et dont le contrat a été annulé.

FINALE

●●●●●●●●●● Oliver Kahn (en haut à droite) a conduit une équipe d’Allemagne en demiteinte jusqu’à la finale de Yokomama, mais il n’a rien pu faire face à la forme retrouvée du vainqueur du Ballon d’Or. Ronaldo (en haut à gauche) a profité de l’erreur du gardien allemand et le Brésil a remporté un match à sens unique 2-0.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Le président de la FIFA, Sepp Blatter, a juré de ne plus jamais avoir deux pays hôtes, qualifiant la co-organisation de “cauchemar”. Que penser alors de la candidature du trio Etats-Unis - Mexique - Canada pour la Coupe du Monde 2026 ?

39/60

Cette Coupe du Monde était “originale” avec un parcours extraordinaire et énergisant de la Corée du Sud. La rédemption de Ronaldo était aussi réconfortante que sa coupe de cheveux déconcertante.

98 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

Cafu est devenu le premier (et le seul) joueur à participer à trois finales successives, sortant du banc des remplaçants lors du triomphe du Brésil en 1994, titulaire en 1998 et soulevant le trophée en tant que capitaine à Yokohama. Impressionnant.


2006

LA COUPE DES COUPES DU MONDE

Pays hôte : Alemagne Matchs : 64 Buts : 147 (2.3 par match) Expulsions : 27 Lieux : 12 Vainqueur : Italie Meilleur buteur : Miroslav Klose (5 buts)

LE SAVIEZ-VOUS?

L’arbitre anglais Graham Poll a donné trois cartons jaunes à Josip Simunic lors du match contre l’Australie (2-2) et est devenu la risée du Mondial. Il a annoncé ensuite qu’il n’arbitrerait plus de rencontres internationales.

Bière, racisme et WAGs. Il était difficile de trouver ce qui a été le plus choquant. Dans la ville thermale bavaroise de Baden-Baden, les épouses et compagnes des joueurs anglais ont dépensé 80.000 euros en moins d’une heure dans les boutiques de luxe. Les supporters espagnols ont accueilli les joueurs noirs français à leur hôtel par des cris de singe , la Marseillaise a été sifflée et les médias espagnols ont annoncé que leur équipe allait envoyer Zidane à la retraite. Le trophée de l’homme du match était parainné par Budweiser et logiquement l’attaquant de l’Arabie Saoudite Al-Jaber a refusé d’aller chercher son prix. La Suisse a affronté l’Ukraine en huitièmes de finale (0-0 et un match d’un ennui...). Les Suisses ont même manqué tous leurs tirs au but. Le Togo, quant à lui, a failli refuser de jouer suite à une affaire de primes de match. A part ça, c’était une belle Coupe du Monde sur le terrain.

STARS

●●●●●●●●●● Lionel Messi et Cristiano Ronaldo (en bas à droite) pointent le bout de leur nez, la génération dorée de l’Angleterre, Ronaldinho et Kaka à leur apogée, Raul, Zlatan Ibrahimovic, Andriy Shevchenko, Juan Riquelme, Luis Figo, Michael Ballack, Fabio Cannavaro (en haut), Didier Drogba et Zinedine Zidane au sommet de son art contre le Brésil. Sans oublier le Trinidadien Chris Birchall.

BUTS

●●●●●●●●●● Les buts des Allemands Philipp Lahm et Torsten Frings contre le Costa Rica ont donné le ton. Esteban Cambiasso a terminé un mouvement de 25 passes consécutives et l’humiliation de l’Argentine face à la Serbie (6-0). Maxi Rodriguez pour l’Albiceleste a mis tout le monde d’accord contre le Mexique : transversale de 30 mètres, contrôle poitrine, reprise et lucarne.

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● Le match entre le Portugal et les Pays-Bas a été marqué par un record de quatre cartons rouges et seize jaunes plus un coup de tête impuni de Luis Figo. “Jésus-Christ est peut-être capable de tendre l’autre joue mais Luis Figo n’est pas Jésus-Christ”, a déclaré l’entraîneur portugais Luis Felipe Scolari. C’est une façon de voir les choses. Il y a eu aussi un coup de tête en finale mais vous étiez sans doute déjà au courant !

SUSPENSE

●●●●●●●●●● Zidane a survolé le match face à l’Espagne (3-1), tandis que les Italiens Fabio Grosso et Alessandro Del Piero (en bas à gauche) ont éliminé l’Allemagne en demi-finale.

FINALE

●●●●●●●●●● La Panenka de Zizou étaitaussi irréelle que de le voir se diriger vers le tunnel (à gauche) après son coup de tête dans la poitrine de Marco Materazzi. Après le Calciopoli (matchs truqués), tout se termine bien pour l’Italie qui prend sa revanche sur la France après la finale de l’Euro 2000 perdue.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● C’était la première Coupe du Monde en HD et également la première Coupe du Monde avec l’assistance vidéo (à tord ou à raison) puisque les arbitres se sont aidés de la télévision pour expulser Zidane en finale.

48/60

Des histoires, des buts magnifiques et une finale vraiment captivante, avec un dernier acte shakespearien. Même le jeune prometteur portugais (à gauche) n’a pas pu bouder son plaisir. Un des meilleurs tournois des 20 dernières années, sur le terrain.

FourFourTwo.fr Juin 2018 99


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

2010

Pays hôte : Afrique du Sud Matchs : 64 Buts : 145 (2.27 par match) Expulsions : 17 Lieux : 10 Vainqueur : Espagne Meilleurs buteurs : Diego Forlan (à droite), Thomas Muller, Wesley Sneijder, David Villa (5 buts chacun)

Jabulani ! Shakira ! C’est l’heure de l’Afrique ! Nelson Mandela s’agitant joyeusement et le son de la vuvuzela apaisant les nerfs de tous ceux qui se trouvent dans les tribunes. La première Coupe du Monde dans le berceau continental de l’humanité n’a pas déçu. Il n’y avait qu’à deviner qui gagnerait, même si l’Espagne était la grandissime favortire. Il y a eu des Uruguayens aventureux, des Hollandais courageux et des Allemands flamboyants. Et la France ? On essaie d’oublier encore aujourd’hui...

STARS

●●●●●●●●●● Bien sûr, il y a eu quelques gros bonnets qui n’ont besoin que d’un nom de famille pour être reconnus : Ronaldo, Suarez, Tevez, Robinho, Muller, Schweinsteiger, Lahm, Sneijder (et, bien sûr, Maradona, à droite). Mais la vraie star était un groupe : une machine espagnole bien huilée avec : Casillas, Ramos, Puyol, Iniesta, Xavi et Villa, entre autres.

BUTS

●●●●●●●●●● L’impossible effort de Maicon pour le Brésil face à la Corée du Nord et le but de Luis Suarez face à la Corée du Sud ont fait bonne impression. Mais le capitaine néerlandais Giovanni van Bronckhorst est arrivé en tête des suffrages avec un missile de plus de 30 mètres, excentré sur la gauche, et qui a fini en pleine lucarne contre l’Uruguay.

PROBLÈMES

●●●● ●●●●●● Honteux ! La France, déjà qualifiée sur un but qui a créé la polémique contre la République d’Irlande en barrage, a implosé. Nicolas Anelka a été renvoyé chez lui pour avoir insulté et remis en cause la tactique de Raymond Domenech, l’équipe s’est mise en grève en refusant de s’entraîner, Domenech a dû lire une lettre devant la presse, Ribéry s’est excusé lamentablement sur TF1. Et sur le terrain ? Les Bleus ont été nuls.

SUSPENSE

●●●●●● ●● ●● La Slovaquie a éliminé les Italiens tenant du titre (3-2) dans un groupe que les Azzurri pensaient pouvoir gagner facilement. Le match Brésil- Corée du Nord (2-1) a été un vrai plaisir, ainsi que la victoire des Néerlandais en quart de finale contre le Brésil (2-1). Le parcours de l’Uruguay a été passionnant, avec beaucoup de volonté pour s’achever en demi-finale contre les Pays-Bas (3-2).

FINALE

●●●●●●●● ●● Sans but après 90 minutes, la finale de Coupe du Monde la plus “engagée” de l’histoire n’en a pas moins été agréable. Howard Webb a distribué 14 jaunes (neuf aux Pays-Bas), John Heitinga a vu rouge, et Nigel de Jong est resté sur le gazon de Soccer City malgré un geste à la Jackie Chan sur Xabi Alonso. Face à un jeu ultra physique, l’Espagne de Vicente del Bosque s’en est bien sortie. L’homme du match, Andres Iniesta, a donné à l’Espagne son premier titre mondial.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Le football de possession et de passes n’était pas nouveau mais 2010 a été poussé à l’extrême. Le but refusé de Frank Lampard contre l’Allemagne (ci-dessus) a donné le coup d’envoi du débat sur la VAR (assistance vidéo).

44/60

C’était une compétition de comebacks. Et Iniesta, qui s’est battu avec des blessures tout au long de la saison, en est le symbole. D’ailleurs, l’Espagnol a donné le coup de grâce.

86 June 2018 FourFourTwo.com 100 Juin 2018 FourFourTwo.fr

LE SAVIEZ-VOUS?

La Nouvelle-Zélande est la seule équipe invaincue dans ce Mondial, l’Espagne ayant perdu son premier match contre la Suisse. Mais trois matchs nuls contre la Slovaquie, l’Italie et le Paraguay n’ont pas suffi pour que les malchanceux All Whites se qualifient.


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

2014

Pays d’hôte : Brésil Matchs : 64 Buts : 171 (2.67 par match) Expulsions : 10 Lieux : 12 Vainqueur : Allemagne Meilleur buteur : James Rodriguez (6 buts)

2010

Cette Coupe du Monde n’a pas été très amusante pour le pays hôte - en fait, c’était un enfer économique et footballistique - mais pour tous les autres, c’était une alchimie formidable. Le Brésil a fourni la mer, le soleil et la samba, de la fête hors et sur le terrain, avec en conclusion une finale fascinante. On a assisté à beaucoup de qualités offensives : un Chili brûlant, un Costa Rica survivant, un Groupe de la mort, des Pays-Bas dynamiques et une Colombie en pleine renaissance. En fin de compte, il s’agissait de la disparition d’une grande nation européenne, l’Espagne, et du renouveau d’une autre, l’Allemagne.

STARS

●●●●●●●●●● Les latino-américains : James Rodriguez, Luis Suarez, Edinson Cavani, Alexis Sanchez - sans oublier le dos blessé de Neymar et Lionel Messi meilleur joueur du tournoi. Paul Pogba a fait des débuts très prometteurs tandis que les Allemands Neuer, Ozil, Kroos, Muller, Gotze, Schweinsteiger et autres ont brillé comme de véritables champions, en équipe.

BUTS

●●●●●●●●●● Mention élogieuse pour la volée de James avec la Colombie contre l’Uruguay, le but à la 91ème minute de Messi contre l’Iran et la fusée de Tim Cahill pour l’Australie contre les Pays-Bas. Mais Robin van Persie a volé la vedette contre l’Espagne avec une tête de Superman défiant la gravité (à gauche).

PROBLÈMES

●●●●●●●●●● Il s’agissait de l’un des tournois les plus fair-play jusqu’à ce que Luis Suarez (ci-dessous) décide d’avoir les crocs sur l’Italien Giorgio Chiellini. Avec en prime une excuse bidon : “J’ai perdu mon équilibre et mon visage a frappé le joueur, ce qui m’a fait mal aux dents.” Mais l’Uruguayen n’en était pas à son coup d’essai et il a écopé d’une suspension de neuf matchs.

SUSPENSE

LE SAVIEZVOUS?

L’Espagne a concédé sept buts au Brésil, après avoir seulement encaissé six buts en remportant l’Euro 2008, la Coupe du Monde 2010 et l’Euro 2012.

●●●●●●●●●● Sans doute le résultat le plus étonnant de l’histoire de la Coupe du Monde de la FIFA, l’humiliation 7-1 de la Selecao face à l’Allemagne qui restera à jamais un cauchemar pour les Brésiliens. Sans Neymar blessé et Thiago Sivla suspendu, et face à une défense en carton, la Mannschaft a été impitoyable. Pire encore, Mats Hummels a admis avoir levé le pied en fin de match.

FINALE

●●●●●●●●●● Après avoir gaché la fête des hôtes, on s’attendait à ce que la finale soit très offensive avec une équipe d’Argentine mettant en vedette le plus grand joueur du monde. Mais cela n’a pas été le cas, Messi restant muet au Maracana et l’Allemagne n’étant pas très inspirée. Mais le seul but du match valait la peine d’attendre les prolongations : un contrôle de la poitrine et une superbe volée de Mario Gotze.

HÉRITAGE

●●●●●●●●●● Des critiques et un jeu à recontruire pour une Espagne vieillissante, une équipe brésilienne qui a mal géré la pression populaire et qui devait faire beaucoup mieux. Ces deux nations n’auront pas ces problèmes en Russie.

49/60

Une Coupe du Monde au Brésil est magique, le pays vit pour le football. Malgré toutes les craintes d’agitation, on n’a pas été déçu. Une tragédie digne d’un opéra, le Mineiraço (choc du Maracana) sera peut être “un peu oublié” si le Brésil ramène la Coupe du Monde de Russie.

FourFourTwo.fr Juin 2018 101


LA COUPE DES COUPES DU MONDE

ET LE VAINQUEUR EST... Nous avons étudié les chiffres (à l’aide d’une calculatrice) et, après une longue et compliquée procédure de tirage au sort, FourFourTwo est fier de présenter le classement final de la Coupe des Coupes du Monde !

1934 1990

1950 1934

1990

1998

1978

1954

1998

1998

1954

1930 1954

1982

2014 2014

1954 1970

1938 2002

1962 1974

1986

1986 1994

1958

VAINQUEUR

1966

102 Juin 2018 FourFourTwo.fr

1974

1970

1986

La Coupe du Monde, comme vous venez de le lire, a eu de nombreux formats différents - celui qui ne prévoyait pas de finale en 1950 à l’incompréhensible phase de groupes secondaires à trois en1982. Pour simplifier les choses, la Coupe des Coupes du Monde de FFT est un tournoi à élimination directe, regroupant les 12 tournois ayant le meilleur ratio buts par match. Et quelle compétition tendue ! C’est finalement la Coupe du Monde au Mexique en 1970 qui l’emporte. Des équipes incroyables, des joueurs incroyables, des matchs incroyables et une

2006 1974

1986

1966

2010

1998

1970

1970 finale incroyable. En tant que première Coupe du Monde à être diffusée en couleur - - nous possédons une grande richesse d’images associées au tournoi de 1970. C’est aussi la première fois qu’un pays comme le Mexique a le droit d’accueillir le tournoi réservé jusqu’à alors aux puissances traditionnelles de

l’Europe et de l’Amérique du Sud. C’était également la première fois que l’Afrique avait la garantie d’avoir une équipe dans l’événement - deux grandes étapes donc dans le développement du football. Mexico 70 a été la première des trois Coupes du Monde où l’Angleterre a été éliminée par les Allemands. Quant à France 98, et malgré la place que se tournoi occupe dans le coeur des Français, il

1970

s’incline logiquement face à la Coupe du Monde de 1970. La plus belle de tous les temps.

Ê TES-VOUS D’ACCORD? Ou plus probablement, en désaccord avec notre Coupe du Monde des Coupes du Monde ? Faites-le nous savoir sur Twitter !

@fourfourtwofr


PERFORMANCE

MASTERCLASS

Le milieu de terrain de Manchester City nous explique son quotidien avec Pep Guardiola et tout ce que l’entraîneur espagnol lui a apporté. Qui étaient les milieux de terrain que vous admiriez plus jeune ? Enfant, j’ai joué pour un club appelé PSTC (Parana Soccer Technical Center) dans la ville de Londrina. Et à cette époque, nous n’avions pas d’équipe professionnelle, juste une équipe de jeunes. L’objectif principal était donc de former des joueurs talentueux. Kleberson était l’un d’eux. Il a remporté la Coupe du Monde 2002 et a joué pour Manchester United. Il est devenu un exemple pour tous les jeunes du club. C’est le gars qui m’a inspiré et la principale raison pour laquelle j’ai décidé de devenir milieu de terrain axial. J’ai aussi eu la chance de jouer dans la même équipe que lui, à l’Atlético Paranaense. Avez-vous toujours évolué comme milieu défensif ? Pas toujours. J’ai occupé des positions plus offensives au début de ma carrière. J’ai notamment passé un peu de temps en tant que deuxième attaquant et même en tant qu’ailier. J’étais plus jeune et plus rapide. Au fil du temps, j’ai commencé à redescendre sur le terrain, surtout quand je suis parti en Ukraine pour jouer avec le Shakhtar Donetsk. Le coach m’a aligné comme deuxième milieu de terrain, comme on dit au Brésil, dans un rôle boxto-box. Quand j’ai rejoint Manchester City, j’ai joué encore plus bas, très près des défenseurs centraux. Tous ces changements de poste ont commencé longtemps avant que je ne devienne professionnel pour être honnête. La seule position que je ne connais, c’est gardien de but ! Faut-il un altruisme extrême pour briller à votre poste ? Je le pense, oui. C’est génial de marquer un but ou de faire une passe décisive mais ma fonction principale dans l’équipe est de fournir un équilibre entre l’attaque et la défense. Quand j’ai commencé à jouer au football, mes entraîneurs m’ont toujours dit que les milieux de terrain étaient le cœur et les poumons de l’équipe. J’ai besoin d’aider les autres joueurs sur le terrain. C’est quelque chose que j’ai toujours fait naturellement.

Q u e l l e e s t l ’i m p o r t a n c e d u positionnement dans votre rôle ? C’est une part énorme. Ma fonction de base est de me rapprocher de nos adversaires et de réduire l’espace. Mais de nos jours, le football est beaucoup plus compact. C’est très différent par rapport à mes débuts au Brésil. Dans le jeu moderne, les milieux défensifs sont beaucoup plus près de leurs attaquants. On est tous dans un espace de vingt mètres Vos responsabilités avec Pep Guardiola (ci-dessous) sont-elles différentes qu’avec vos anciens entraîneurs ? Avec lui, j’ai appris des choses

“Beaucoup de gens pensent que Pep demande des choses extraordinaires aux joueurs. Mais ce n’est pas le cas. Il veut juste un jeu simple et rapide” exceptionnelles sur ma position. Comment faire vivre le ballon, l’importance de respecter l’espace avec mes coéquipiers... La plupart du temps, l’équipe adverse s’appuie sur trois joueurs offensifs. Cela signifie que je dois trouver le bon moment et le bon espace pour récupérer la balle et la d o n n e r ra p i dement. Évidemment, vous analysez l’adversaire avant le match mais les choses p e u v e n t changer très rapidement une fois que vous êtes sur le t e r r a i n .

Guardiola enseigne à ses joueurs la manière de s’adapter instantanément. Est-ce compliqué de comprendre ses attentes ? Non, pas du tout. Quand ils voient comment ses équipes ont joué à Barcelone, au Bayern Munich et maintenant à City, beaucoup de gens pensent que Guardiola demandent des choses extraordinaires à ses joueurs. Mais ce n’est pas le cas. Il veut juste un jeu simple et rapide. Notre jeu est basé sur deux touches de balle. Tout ce que vous devez comprendre, c’est qu’il ne veut pas que ses joueurs courent sur quinze ou vingt mètres. Il veut des mouvements de trois ou quatre mètres. Il faut ouvrir un espace, trouver une ligne de passe et accélérer le jeu. Au Brésil et dans d’autres pays européens, les joueurs finissent par toucher le ballon plusieurs fois avant de faire leur passe. Mais à City, nous essayons de le toucher le moins possible pour que le jeu soit le plus rapide possible. Vous avez également évolué plusieurs fois en défense centrale avec Guardiola. Quelles sont ses consignes à ce poste ? Être défenseur dans une équipe de Guardiola est l’une des choses les plus difficiles dans le football. Vous devez être en mesure de voir les ouvertures, avoir une excellente capacité de passe et agir rapidement. Il y a un espace énorme derrière vous qui permet à l’autre équipe de marquer si vous faites une erreur. Ça a été très cool cette saison de voir nos défenseurs participer offensivement, de créer des occasions et de lancer des attaques depuis notre surface de réparation. Mais il est très important que nous nous souvenions tous de nos tâches défensives. C’est d i f f i c i l e d ’ê t re u n défenseur sous Guardiola donc ils méritent d’être félicités.

Le joueur brésilien de City nous livre quelques secrets...

Mauvaise habitude Trop souvent sur le téléphone portable Film favori Gladiator Héros d’enfance Ayrton Senna (top) Invité idéal pour dîner Denzel Washington Sports favoris F1, volleyball, basketball and American football Groupe préféré Revelacao Fonds d’écran du téléphone Moi avec ma femme et mes enfants Si vous aviez un super pouvoir… Mettre un terme à la fin dans le monde Programme Tv préféré Les infos Plat favori Les lasagnes

FourFourTwo.fr Juin105

Interview Ulisses Neto

FERNANDINHO

POUR EN SAVOIR PLUS


MON XI DE RÊVE

MIDO

L’ancien attaquant égyptien a composé son équipe de rêve en piochant parmi ses ex-partenaires rencontrés dans sept championnats différents.

G

FRANCESCO TOTTI ““Pendant mon passage à Rome, Francesco Totti m’a appris que le leadership ne consistait pas seulement à crier sur ses coéquipiers sur le terrain et dans le vestiaire. C’était un gars très calme mais qui gardait une pleine maîtrise de tout le groupe. Totti m’a aussi appris la valeur de la loyauté envers un club et comment représenter son équipe de la bonne façon. Il s’est assuré que tout le monde à la Roma suive ce code à tout moment.”

FABIEN BARTHEZ

DD

DC

DC

DG

HATEM TRABELSI

CRISTIAN CHIVU

LEDLEY KING

MAXWELL

MD

MD

EDGAR DAVIDS

DANIELE DE ROSSI

MO

DIDIER DROGBA “J’ai joué aux côtés de Didier pendant une saison à Marseille et il était déjà un attaquant de haut niveau. L’un des plus grands avant-centres de ces dernières années. C’est certainement l’un des meilleurs attaquants avec lesquels j’ai joué pendant ma carrière. Il était capable de marquer de différentes manières. En tant que coéquipier, ce qui me plaisait le plus, c’est que non seulement il travaillait pour lui-même pendant les matchs mais aussi pour toute l’équipe. Un vrai leader.”

Interview Marwan Saeed

FRANCESCO TOTTI

AD

AC

AG

ROBBIE KEANE

DIDIER DROGBA

ZLATAN IBRAHIMOVIC

ZLATAN IBRAHIMOVIC “J’ai joué avec Zlatan pendant deux ans à l’Ajax. Il m’a appris à avoir confiance en moi et c’est quelque chose qui m’a toujours aidé à chaque fois que je suis arrivé dans un nouveau club et que j’ai dû faire mes preuves. Zlatan a fait la même chose. Chaque fois qu’il a rejoint une nouvelle équipe, il l’a marquée par sa propre personnalité et son style de jeu. Y compris le LA Galaxy cette saison. Il donne toujours le ton.”

L’ E N T R A Î N E U R

LES REMPLAÇANTS

LUCIANO SPALLETTI “Un grand tacticien avec une forte personnalité. J’ai tellement appris de lui à la Roma. C’est un fervent partisan de la gestion humaine et il travaille en étroitecollaboration avec ses joueurs.”

01

MICHAEL CARRICK

02

RAFAEL VAN DER VAART

03

ANTONIO CASSANO

FourFourTwo HS n°8 / Juin  

Le numéro Collector de FourFourTwo France est enfin disponible. Ces légendes du football vous ont fait rêver, elles sont toutes dans ce numé...

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