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On sort classique

Texte // Fabien Bergerat Djabar

Un Mahler n'arrive jamais seul Pour sa première escapade genevoise, le London Symphony Orchestra (LSO) aspire à séduire avec un programme audacieux. Mahler, Mendelssohn, mais surtout une création mondiale de l’anglozurichois Edward Rushton dont l’ambition est de rendre justice au véritable Mahler. La gracieuse Janine Jansen maniera l’archet et le brillant Daniel Harding la baguette, le 30 mai au Victoria Hall, dans le cadre de la série des concerts Migros Classics. Cortège de talents Daniel Harding, prodige quasi-quadragénaire propulsé par Simon Rattle et Claudio Abbado, a roulé sa bosse au sein des Berliner Philharmoniker et des plus prestigieuses salles d’Europe, avant de prendre la direction du Mahler Chamber Orchestra puis d’intégrer l’illustre formation londonienne. Humble, il prétend n’avoir jamais suivi de cours, ce que ne peut affirmer l’éclatante Janine Jansen, qui doit sa virtuosité à une inépuisable assiduité. Ensemble, ils illustreront leur brio le 30 mai prochain: Concerto pour violon de Mendelssohn, 5 ème Symphonie de Mahler, puis création Made in Switzerland.

un puissant hommage à ce triptyque résolument contrasté. Enfin, c’est en trompettes que s’ouvrira la seconde moitié de la soirée, avec l’authentique 5ème de Mahler. Les cinéphiles oublieront le répertoire lourdeau de Vladimir Cosma pour se replonger dans l’atmosphère dramatique du Mort à Venise de l’aristocratique réalisateur Visconti, avec le célébrissime adagietto, sublimé par la vue d’un Lido aussi élégant que décadent. Pierre angulaire de son œuvre, Mahler l’aurait composé à l’attention de sa bien-aimée, probablement pour sécher les larmes que les percussions lui avaient causées. Ce poème d’amour tant attendu puis le bouquet final qui le suivra sauront mettre tout le monde d’accord.

Cloches, violons et trompettes Edward Rushton présente I nearly went, there comme une réinterprétation de la fameuse symphonie du compositeur autrichien. La légende veut qu’Alma Mahler fut irritée par le tapement des percussions auxquelles son illustre époux avait fait la part belle dans sa 5 ème Symphonie, et qu’elle le fit chanter par les pleurs afin qu’il les gommât de la partition. Ému par l’anecdote, Rushton tente de restituer la «véritable Cinquième» en y réintégrant les cloches, comme dans son rêve où «les femmes ne se mêlent pas des travaux de leurs maris» [sic]. C’est donc plus en tambours qu’en trompettes que sa pièce ouvrira les festivités.

Plagiat musical? Mendelssohn, Mahler: deux juifs germaniques respectivement exécré et inspiré par Wagner. Leur conversion au catholicisme ne les sauvera pas de la censure nazie et leur heure de gloire dût attendre l’après-guerre. Le premier représente un romantisme virtuose encore très empreint de classicisme alors que le second, est définitivement post-romantique. Leurs parcours les ont tous deux conduits sur le podium des compositeurs les plus joués, voire même les plus plagiés, la première victime étant Mendelssohn –Mahler ayant puisé les premiers coups de trompette de sa célébrissime 5 ème à une romance sans paroles! «Personne ne l’a comprise. J’aurais souhaité diriger cette première performance cinquante ans après ma mort» déclarait Mahler suite à sa création. Quant à Rushton, souhaitons-lui d’être compris de son vivant!

Elle sera suivie du Concerto pour violon de Mendelssohn, véritable loup blanc du répertoire violonistique, sur lequel Janine Jansen a déjà fait ses preuves par une interprétation sobre et nuancée, dont le louvoiement entre songe et passion rend

Go Out! n° 31 mai 2015

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