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on sort

Classique

Petit coup de fil à une grande dame Interprète des plus grands rôles, habituée des plus prestigieuses scènes et des metteurs en scène les plus ambitieux (David McVicar, Laurent Pelly, Robert Carsen), accompagnée des plus brillants virtuoses et des phalanges les plus habiles, Natalie Dessay cache sous ses airs discrets une voix parmi les plus éclatantes de sa génération. Entre classique et populaire, la désormais soprano léger laisse un souvenir inoubliable en tant que Reine de la Nuit à l’opéra Garnier (dir. William Christie) autant qu’avec Perlimpinpin de Barbara pour veiller sur les victimes des attentats de Paris. La très, très grande chanteuse, mais également épatante actrice, figure en tête d’affiche du second concert-gala de la Fondation Crescendo con la Musica et sera de passage au Bâtiment des Forces Motrices, avec le pianiste Philippe Cassard et les danseurs Aurélie Dupont et Hervé Moreau, le 13 juin prochain à 19h30. Un événement caritatif en faveur de l’éducation artistique d’enfants défavorisés du Mexique et de Suisse. Sans langue de bois, la diva revient sur sa carrière et sur ses perspectives. Entretien. interview

Fabien Bergerat Djabar

Vous êtes célèbre pour votre jeu de scène prenant et impressionnant. Trouvez-vous que les jeunes interprètes le sous-estiment au profit de la seule technique? Non, je sais simplement qu’ils n’ont pas de formation à ce niveau là s’ils ne vont pas suivre de cours de théâtre de leur propre initiative. Dans l’art lyrique, on ne leur apprend quasiment pas à jouer! C’est tout de même curieux que certains veuillent devenir chanteurs d’opéra sans étudier du théâtre.

être sur les réseaux sociaux, toujours dire ce que l’on fait, où l’on est, avec qui et pourquoi. Malgré tout, je comprends que des jeunes à leurs débuts en éprouvent le besoin et n’aient d’autre choix que de recourir à ces outils. Mais j’estime que ce n’est pas ma mission que de m’auto-promouvoir. Plusieurs critiques musicaux soulignent la tendance à l’uniformatisation des interprètes à travers le monde. Etes-vous d’accord avec eux? Oui, c’est possible, mais il y a des gens qui arrivent à s’en sortir. Je m’intéresse davantage au théâtre qu’au concert. Aujourd’hui, il est très difficile pour un jeune chanteur de se faire une place et d’arriver à se faire engager sans être connu. Les gens veulent des noms! Il y a de moins en moins d’argent et de moins en moins de travail.

Le pianiste argentin Nelson Goerner critique dans une interview récente la place toujours plus grande du marketing dans la musique classique. Partagez-vous son avis? Oui, mais je pense que cela ne concerne pas uniquement la musique classique. Aujourd’hui, le «faire savoir» devient plus important que le «savoirfaire». C’est ennuyeux, mais c’est notre époque. Il faut Go Out! Magazine

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Go Out! n°41 mai 2016  

« […] au cœur de la nuit comme un veilleur, il découvre que la nuit montre l’homme : ces appels, ces lumières, cette inquiétude. » Saint-Ex...

Go Out! n°41 mai 2016  

« […] au cœur de la nuit comme un veilleur, il découvre que la nuit montre l’homme : ces appels, ces lumières, cette inquiétude. » Saint-Ex...

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