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CLASSIQUE

ON SORT

DE FIN D’ANNÉE EN FINS DU MONDE

En ces fêtes de fin d’année, l’ensemble Contrechamps fait scintiller les circuits imprimés avec une série de concerts électroniques dans laquelle trois magnétophones se conjugeront à un hautbois pour former les sept trompettes de l’Apocalypse de Cardiophonie. Une œuvre signée Heinz Holliger qui s’emballe aux rythmes des pulsations cardiaques jusqu’à la destruction. Le compositeur Luigi Nono emportera son auditoire dans une plongée synesthétique au grè de vibrations, de transpositions sonores et de bribes de chants grégoriens avec Guai ai gelidi mostri. Quant à Francesco Filidei, il fera résonner De l’âme pour l’âme, sa nouvelle œuvre pour harmonica solo. Présentations. Par MABROUK HOSNI IBN ALEYA

GUAI AI GELIDI MOSTRI

Première impression, l’onirisme dégagé par l’écoute de Guai ai gelidi mostri évoque de prime abord une promenade mystique dans une rame de métro. Aux vagues de vibrations passagères initiées par les cuivres et les cordes, répondent des crissements électroniques dans lesquels émergent puis disparaissent des bribes de chants grégoriens. Introspective, l’œuvre convie le passager à un langoureux trajet de nuit dans les multiples stations de l’âme. Composé en 1983 par Luigi Nono, Guai ai gelidi mostri se dévoile pourtant, à la lueur de ses écrits publiés dans livret des concerts de l’IRCAM, comme une déshérence morbide dans lequel « les dieux ne meurent pas, ils sont « discontinus », inconstants ; ils aiment la différence, le discontinu ; ils suivent d'inextricables méandres ; ils s'enfoncent parfois dans de longs cheminements souterrains et en ressortent transformés. C'est le monstre froid de l'Etat, de l'EtreEtat, qui simplement décrète sa mort, qui voudrait la mort « parfaite ». Mais là où cesse l'Etat, où cesse l'idolâtrie, cesse également ce décret de la mort. Et l'air se recrée, plein de discontinuous gods, de dieux inconstants. Et nous pouvons abandonner la peur. »

Ensemble Contrechamps ©Regis Golay CARDIOPHONIE

Un hautbois en panique pris de convulsions, haletant, hululant, pris en trenail par des battements cardiaques impitoyables, de plus en plus oppressants. Avec la vigueur d’une clef de bras, Cardiophone extirpe l’âme de celui qui l’écoute au pied de biche, tout en prenant préalablement soin de nerveusement la retourner dans ses tripes. Une œuvre génialement destructrice qui, dans la panique, laisse tout la place au génie technique de Heinz Holliger d’éclater dans les nuances de ce cri cathartique, qu’il qualifie, au passage de « réaction délibérément destructrice à l’esthétique stérile de l’école de Boulez (son professeur) ». Composée en 1970, l’œuvre place le pouls comme une cellule rythmique fondamentale, qui, muant au gré du déchainement du hautboïste, finit fatalement par l’emporter. Go Out! magazine

Contrechamps Gelidi Mostri Le 12 décembre 2017 à 20h Studio Ernest-Ansermet Passage de la Radio 2, 1205 Genève www.contrechamps.ch

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Go Out n°57 Décembre-Janvier  

Pour ce dernier numéro, on file tête première découvrir l’effervescence qui anime le PAV (la zone comprenant Praille - Acacias – Vernets et...

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