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Enquête  Tendances  :     analyse  2014  des  données   de  2012-­‐2013     Claire Debout, février 2014

Résultats  globaux   Les adhérents participant à l’enquête Tendances en 2012-2013 sont de plus en plus intéressés par cette enquête si j'en crois l'augmentation notable du nombre de parcours effectués cette année 2012-2013 : 155, soit une augmentation de 16,5 % par rapport à l'année précédente. Ils seront encore plus nombreux pour l'enquête 2013-2014 puisque, d'ores et déjà, 31 nouveaux parcours ont été enregistrés. J’ai analysé les fiches, après saisie par Vottana Tep sur le logiciel TRIM, et vous présente les résultats statistiques et l'interprétation des tendances évolutives des espèces les plus communes de l'avifaune normande. Cette analyse, diffusée sur le site du GONm, actualise l’analyse parue l’année dernière.

Remarques  générales    sur  la  méthode   Les 155 parcours réalisés six fois dans l’année 2012-2013 ont permis d'exploiter les données (contacts d'oiseaux) de 930 sessions recueillies par 64 observateurs. Pour analyser depuis 1996 le nombre de données pour chaque espèce commune, nous avons retenu, cette année, les espèces qui dépassent le seuil moyen de 75 contacts par session sur l'ensemble des parcours, c'est-à-dire celles contactées au minimum une fois sur deux. Il est remarquable que, toutes sessions confondues, 41,6 % des espèces sont contactées dès la première tranche de cinq minutes mais avec un écart-type de 33 % traduisant proba-


blement l'hétérogénéité de la nature des parcours (que nous ne connaissons pas) ; en effet, pour un échantillon de parcours connus en plaine c'est 90 % des espèces contactées en cinq minutes sans apport nouveau dans les 25 minutes restantes. Pour tous les autres parcours, les six sessions paraissent donc réellement indispensables pour obtenir le nombre maximal d'espèces en 30 minutes. Mais aussi, plus le temps s'écoule, plus il devient aléatoire d'obtenir un nouveau contact, ce qui se voit avec l'augmentation progressive de l'écart-type (Figure 1) 120,00%   100,00%   80,00%   Moyenne  

60,00%  

écart-­‐type   40,00%   20,00%   0,00%   5  min  

10  min   15  min   20  min     25  min     30  min    

Figure 1 : Variations des pourcentages d'espèces contactées en fonction temps (6 tranches de 5 minutes dans chaque parcours de 30 minutes)

du

De même, nous pouvons remarquer que pour les 18 années d'enquête la richesse de la biodiversité normande est équivalente en période de reproduction (de février à juillet) qu'en période internuptiale (d'août à janvier), soit 179 et 175 espèces différentes contactées respectivement.  

 

 

 


Évolution  des  espèces  communes   Août-Septembre

Nbre de contacts Octobre-Novembre

Pigeon ramier Corneille noire Pinson des arbres Merle noir Rouge-gorge Mésange bleue Mésange charbon. Troglodyte mignon Pouillot véloce Trlle turque

117 106 99 98 98 90 89 84 82 75

10 espèces >75 Etourneau Fvtte TN Hironde chem Accenteur

66 61 60 52

Rouge-gorge Merle noir Pinson des arbres Corneille noire Troglodyte mignon Mésange bleue Pigeon ramier Mésange charbon. Etourneau sansonnet Pie Geai 11 espèces >75 Accenteur Grive musicienne Trlle turque

Nbre de contacts Décembre-Janvier 127 126 122 120 110 103 101 100 86 76 76 69 52 46

Nbre de contacts

Merle noir Corneille noire Pinson des arbres Pigeon ramier Mésange bleue Mésange charbon. Rouge-gorge Troglodyte mignon Etourneau sansonnet

124 123 117 108 106 104 103 98 81

9 espèces >75 Pie Geai Moineau Accenteur Trlle turque Grive musicienne

70 70 67 61 61 53

Tableau 1a : Résultats pour l’enquête 2012-2013 : période internuptiale. Nombre de contacts par session, pour chaque espèce (en rouge les espèces communes aux six sessions ; en gras, les migrateurs partiels).

Février-Mars

Nbre de contacts

Pinson des arbres Merle noir Corneille noire Mésange charbon. Mésange bleue Rouge-gorge Pigeon ramier Troglodyte mignon Etourneau sansonAccenteur netmouchet Grive musicienne Moineau

123 122 121 114 108 106 106 97 94 89 79 77

12 espèces > 75 Trlle turque

70

Avril-Mai Merle noir Pinson des arbres Pigeon ramier Pouillot véloce Troglodyte Corneille noire Fvette à tête noire Rouge-gorge Mésange charbon. Mésange bleue Grive musicienne Accenteur mouchet Moineau Hirond chem Etourneau sansonnet Trlle turque 16 espèces > 75 Pie Geai

Nbre de contacts 139 137 132 130 129 126 118 111 106 106 98 87 82 79 76 75 65 62

Juin-Juillet

Nbre de contacts

Pigeon ramier Pinson des arbres Merle noir Troglodyte Fauvette tête Corneille noirenoire Pouillot véloce Grive musicienne Rouge-gorge Mésange bleue Moineau Mésange charbon. Trlle turque Accenteur Pie

140 141 138 127 123 123 115 101 98 88 86 82 78 77 75

15 espèces > 75 Hirond chemin Etourneau Martinet

74 69 66

Tableau 1b : Résultats pour l’enquête 2012-2013 : période de reproduction. Nombre de contacts par session ; pour chaque espèce (en rouge les espèces communes aux six sessions; en gras, les migrateurs partiels).

Les deux tableaux 1a et b présentent le nombre de contacts par session pour les espèces les plus communes c'est-à-dire satisfaisant au critère de 75 contacts minimum par session.


Pour comparer avec les tableaux de l'an passé, j'ai noté les espèces communes comprises entre les seuils de 65 et 75. La cohorte des espèces les plus communes reste la même que les années précédentes avec le pinson des arbres et le merle noir en tête. Le pinson des arbres qui avait un classement relativement fluctuant l'année dernière est remarquablement stabilisé en 2ème position sauf en février - mars où il prend la tête. Ceci corrobore l'augmentation toujours manifeste du nombre de contacts de cette espèce qui n'a pas l'air d'avoir beaucoup souffert du mauvais temps printanier. Si l'étourneau est bien parmi les oiseaux les plus communs à toutes les sessions on peut noter cependant qu'il est sous le seuil de 75 contacts de juin à septembre. Entre 9 et 15 espèces dépassent le seuil de 75 contacts, seules huit sont présentes à toutes les sessions et représentent de façon invariable le socle des oiseaux communs de l’avifaune normande. D'août à mars, ces huit espèces occupent les huit premières places, la fauvette à tête noire et le pouillot véloce s'intercalent d'avril à juillet. Bien que présentes encore en août-septembre ces deux espèces migratrices partielles deviennent moins faciles à contacter. En période internuptiale, la grive musicienne et l'accenteur mouchet sont deux espèces peu contactables (plus ou moins 60 contacts), elles passent au-dessus du seuil de 75 en période de reproduction mais la grive disparaît complètement en août-septembre, en raison de sa discrétion à cette période. Le moineau domestique, totalement absent d'août à novembre, apparait en décembre et passe au-dessus du seuil de 75 en période de reproduction. Les migrateurs partiels sont bien visibles d'avril-mai jusqu'en septembre : d'avril à septembre le pouillot véloce a des scores > 100 contacts, la fauvette à tête noire de même mais seulement jusqu'en juillet. Encore présente en août-septembre, ses manifestations sont moindres. L'hirondelle rustique, le migrateur au long cours le plus contacté, est présente sur la même période avec 60 à 70 contacts. Cette année encore, aucun autre vrai migrateur transsaharien ne réussit à être suffisamment abondant pour apparaître dans ces listes, ce qui confirme leur relative rareté par rapport aux espèces sédentaires. En observant les espèces communes sous le seuil de 75, on peut remarquer que la tourterelle turque en fait partie d'octobre à mars (< 65 d'octobre à janvier), elle qu'on considère comme abondante, même si ses variations à tendance positive ne sont jamais statistiquement significatives. Une autre espèce très citadine, la pie bavarde, franchit le seuil de 75 en juinjuillet et aussi en décembre-janvier. Le geai, curieusement, suit la même évolution mais sans doute pour une autre raison.

Les  variations  statistiquement  significatives     Sur les 52 espèces qui satisfont au critère de seuil minimal de 75 contacts/session pour l'année 2012-2013 (Tableau 2), 30 ont des variations statistiquement significatives soit à la hausse soit à la baisse, les 22 autres ne présentant pas de variation significative. Parmi ces 30 espèces, six n'avaient pas de variations statistiquement significatives en 2011-2012 : le pic vert qui présente une hausse significative des contacts en avril-mai et cinq espèces qui, elles, présentent des baisses significatives : le pipit des arbres, la bergeronnette grise, l'accenteur mouchet, la grive mauvis et le bruant zizi. Une espèce quitte cette liste d'espèces à variations significatives, le verdier. En effet, il perd du terrain cette année : l'an dernier, il présentait des augmentations statistiquement significatives à deux sessions ce qui n'est plus le cas ; sa situation s'est même aggravée au point de présenter deux sessions négatives supplémentaires, (mais non statistiquement significatives) d'avril à juillet.


Trois espèces voient leur tendance à la hausse, déjà notée l'an passé, nettement confirmée : le grimpereau des jardins, le pinson des arbres ainsi que le choucas des tours. Huit autres espèces voient leur tendance à la baisse confirmée : le pouillot véloce, les mésanges nonnette et huppée, le bouvreuil pivoine, l'étourneau avec une tendance plus forte que l'an passé, le bruant jaune et la linotte mélodieuse avec une tendance toujours négative et le bruant zizi pour lequel cette tendance à la baisse statistiquement   significative est une nouveauté de cette année. Pour ces trente espèces nous constatons un équilibre apparent pour les variations positives ou négatives pour la saison internuptiale (12 sessions variant positivement versus 11 sessions variant négativement) alors qu'en période de reproduction les variations statistiquement négatives sont une fois et demi plus nombreuses que les variations positives (26 versus 18). En ce qui concerne la biodiversité, ce sont, toutes sessions confondues, 11 espèces qui ont une tendance à la hausse bien affirmée contre 18 espèces qui semblent décliner de façon significative, avec un cas particulier le chardonneret (voir plus loin). Variation 1996-2013 Pigeon ramier Tourterelle des bois Pic vert Pic épeiche Alouette des champs Pipit des arbres Pipit farlouse Bergeronnette grise Accenteur mouchet Grive litorne Grive mauvis Grive musicienne Fauvette des jardins Fauvette à tête noire Fauvette grisette Pouillot fitis Pouillot véloce Mésange nonnette Mésange huppée Grimpereau jardins Bruant jaune Bruant zizi Pinson des arbres Chardonneret élégant Linotte mélodieuse Bouvreuil pivoine Moineau domestique Etourneau sansonnet Geai des chênes Choucas des tours

Août-Sept +*

Oct-Nov +*

Dec-Janv +*

Fev-Mars

-*

-*

+*

Avr-Mai +* -* +* +*

Juin-Juil +* -*

-* -* -* -* +* -* +* -* +*

+* +*

-* -* -* +* -* +* -* -* -* +* +*

-* +*

+* +*

-* +* -* -* +* +* -*

-* +* -*

+* -* -* -* -* -*

+* -* -* -*

+* -* -* -*

-*

-* +* +*

+*

Tableau 2 : Liste des 30 espèces avec des variations d’indices significativement (*) positives (+) ou négatives (-) depuis 1996, pour chacune des sessions.    


Pinson   des  a  -­‐rbres    -­‐    juin-­‐  2j013   uillet  2013   Troglodyte   mignon      juin-­‐juillet  

Analyses  spécifiques     Quelques exemples vont illustrer les variations d'indices de présence des oiseaux communs en Normandie en fonction des conditions climatiques particulières de cette enquête 2012-2013 à savoir un automne 2012 très pluvieux, un hiver 2012-2013 pluvieux et froid (épisodes neigeux) et un printemps 2013 encore longuement pluvieux jusqu'en juin. Espèces  ne  semblant  pas  ou  peu  souffrir  des  conditions  météorologiques  

Le pinson des arbres qui présentait une tendance positive hautement significative en 2011-2012 voit cette tendance encore renforcée et avec même une augmentation de l'indice en période de reproduction (Figure 2). La climatologie mauvaise ne semble pas avoir affecté cette espèce. Pinson des arbres - S2

indice annuel de variation

2 1,5 1 0,5 0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 2: le pinson des arbres en juin-juillet 2013

 

Sur ce graphe, la distance entre les deux lignes pointillées (correspondant à l'écart-type) est très réduite ce qui montre la fiabilité des comptages pour cet oiseau (très facile à contacter). Il en est de même pour le merle noir ou le troglodyte qui ont une tendance remarquablement fiable mais aussi remarquablement stable (Figure 3). Là encore, la météo ne semble pas avoir perturbé ces oiseaux.

Figure 3: le troglodyte mignon en juin-juillet 2013


La mésange à longue queue est une autre espèce qui se porte bien, elle suit le même type d'évolution que le pinson des arbres sans toutefois présenter de tendance statistiquement significative.

indice annuel de variation

Mésange à longue queue - mai-juin 2013 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 4 : la mésange à longue queue en juin-juillet 2013

Pour certaines espèces, cette tendance positive s'altère de façon discrète depuis l'an passé et un peu plus cette année, c'est le cas du verdier. En effet, même si en période de reproduction la tendance n'est pas très différente, l'analyse statistique montre une tendance1 moins positive entre avril et juillet et qui n'est plus significative (Figure 5). Les trois sessions de la période internuptiale, légèrement positives en 2011-2012, deviennent légèrement négatives cette année. C'est donc une espèce qui se porte encore bien avec probablement un bon succès de reproduction mais qui néanmoins a subi une certaine mortalité lors de l'automne 2012 et l'hiver 2012-2013. Verdier d'Europe - juin-juillet 2013

indice annuel de variation

2 1,5 1 0,5 0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

année

Figure 5 : le verdier en juin-juillet 2013                                                                                                                         1

 La  tendance  correspond  à  la  pente  calculée  sur  l'ensemble  des  années  depuis  1996  

2012


On constate l'influence "à retardement " de la mauvaise saison sur les nicheurs, puisque la fauvette à tête noire (migrateur partiel) et la grisette (migrateur transsaharien), justement absents2 de la Normandie lors de la mauvaise saison, sont en forte hausse cette année : la fauvette à tête noire poursuit son évolution positive avec cette année une hausse statistiquement significative (p<0,01) de avril à juillet (figure 6). Fauvette à tête noire - juin-juillet 2013

indice annuel de variation

2 1,5 1 0,5 0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 6: la fauvette à tête noire en juin-juillet 2013

Le statut de la fauvette grisette, migrateur transsaharien, est préoccupant à partir d'août (importante baisse de la tendance) : plus discret à cette période cet oiseau est probablement moins contactable ? ou bien cela traduit-il une mauvaise reproduction ou encore un départ précoce ? (figure 7a) Fauvette grisette - août-septembre 2012

indice annuel de variation

3

2

1

0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 7a: la fauvette grisette en août-septembre 2012

Par contre, la grisette suit l’exemple de la fauvette à tête noire au printemps puisqu'en avril-mai elle augmente elle aussi de façon statistiquement significative (figure 7b) ; ce qui tendrait à montrer que le déclin observé en août n’a pas de conséquences sur el niveau de po                                                                                                                         2

 La  fauvette  à  tête  noire  qui  hiverne  en  Normandie  n'est  pas  la  même  que  celle  qui  niche  chez  nous  


pulation le printemps suivant (le baguage estival de cette espèce nous aiderait à mieux comprendre la situation). Fauvette grisette - avril-mai 2013

indice annuel de variation

3

2

1

0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 7b: la fauvette grisette en avril-mai 2013 Espèces  migratrices  dont  la  tendance  négative  perdure  :    

Ce sont surtout des grands migrateurs pour lesquels cette situation perdure et parfois même s'accentue. Nous prendrons quatre exemples : la tourterelle des bois, le pipit des arbres et la fauvette des jardins pour les nicheurs et la grive mauvis pour les hivernants. La tourterelle des bois est discrète au moment de son arrivée et donc détectée de façon variable par les observateurs. Cependant, sa situation semble très préoccupante car en juinjuillet 2013 la diminution est telle que nous avons moitié moins de contacts que ce que nous avions en 1996 au début de l'enquête (figure 8). Il faut remarquer que cette baisse est déjà notable en août-septembre 2012, conséquence d'une reproduction faible en 2012. Tourterelle des bois - juin-juillet 2013

indice annuel de variation

2 1,5 1 0,5 0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 8: la tourterelle des bois en juin-juillet 2013

Le cas du pipit des arbres est difficile à appréhender car les contacts, peu nombreux, n'intéressent que les périodes avril-mai et juin-juillet. Une augmentation est relative à la pre-


Linotte  mélodieuse  -­‐    août-­‐septembre  2012  

mière (correspondant au passage de migrateurs) alors que juin-juillet se traduit par une diminution du nombre de contacts qui concerne nos nicheurs. La fauvette des jardins montre une chute significative des contacts en août-septembre 2012, consécutive sans doute au printemps 2012 déjà froid et pluvieux. Un nombre plus faible de migrateurs a dû arriver en Normandie au printemps 2013 ce qui entraine un déclin sensible d'avril à juillet. La grive mauvis, présente seulement d'octobre à mars montre une tendance à la baisse qui s'affirme de façon significative à la fin de l'hiver (février-mars) alors que son statut est assez stable pendant l'hivernage. Elle a donc certainement subi en fin d'hiver le contrecoup du froid et de la pluie (figure 9). Grive mauvis - février-mars 2013

indice annuel de variation

2 1,5 1 0,5 0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 9: la grive mauvis en février-mars 2013   Espèces  sédentaires  dont  la  tendance  négative  est  pérenne  

Deux exemples notoires : la linotte mélodieuse et le chardonneret élégant. La linotte décline à toutes les périodes ; de plus, en août-septembre 2012, ce déclin est statistiquement significatif (figure 10) : autrement dit, elle a subi une forte mortalité postnuptiale et probablement aussi une forte mortalité hivernale lors de l'hiver désastreux qui a suivi ; on peut penser qu'elle a probablement eu du mal à se reproduire puisque cette chute se poursuit jusqu'à la fin de la période de reproduction 2013.

Figure 10: la linotte mélodieuse en août-septembre 2012


Le cas du chardonneret est intéressant : en période internuptiale (automne 2012 et hiver 2012-2013) il décline sensiblement, mais la fin de l'hiver voit sa tendance s'inverser grâce à un afflux d'hivernants ( ?) en décembre-janvier qui se poursuit en février-mars 2013 (hausse statistiquement significative des contacts, figure 11). Mais, contrairement à ce qui pouvait être attendu, la tendance s'inverse à nouveau à partir d'avril (figure 12) avec des variations à la baisse statistiquement significative jusqu'en juillet, traduisant probablement la mauvaise reproduction de nos nicheurs locaux. Ce qui pourrait indiquer que les populations hivernantes et les nicheurs ne sont pas les mêmes. Chardonneret élégant - février-mars 2013

indice annuel de variation

3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 1996

1998

2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

année

Figure 11: le chardonneret élégant en février-mars 2013

*  

120   100   80   60   40   20   0   -­‐20   -­‐40   -­‐60  

août-­‐sept  

oct-­‐nov  

dec-­‐janv  

fev-­‐mars  

avr-­‐mai  

*  

juin-­‐juil  

*  

Figure 12 : variations des indices du chardonneret élégant en 2012-2013 (* : Variations statistiquement significatives)

Le grimpereau des jardins et la mésange huppée sont deux autres exemples d'oiseaux sédentaires dont les variations d'indice sont amplement confirmées par d'autres enquêtes. En effet, il est intéressant de voir que, dans une étude sur la forêt de Cerisy/50 réalisée par B. Mille et A. Chartier, le grimpereau des jardins montre, en période de reproduction, un indice


2 fois plus fort en 2013 que pour la période 2007 à 2012. La mésange huppée, elle, montre un indice 7 fois plus faible. Ceci corrobore les résultats de l'enquête Tendances puisque cette année la tendance positive du grimpereau est largement confirmée comme l'est aussi la tendance négative de la mésange huppée3.

Discussion   Influence du statut trophique

Le régime alimentaire des espèces permet d'analyser une répartition en fonction du statut trophique des espèces : en individualisant les mangeurs de végétaux/graines (G), les insectivores (I) et les omnivores (O) et en séparant la période de nidification (de février à juillet) de la période internuptiale (août à janvier), nous obtenons la répartition suivante (tableau 3). Catégorie trophique

Période de reproduction Espèces à variation significative4 A en progression B en régression 2 4

Période internuptiale Espèces à variation significative5 C en progression D en régression 2 4

Granivores G (15espèces) Insectivores I 3 5 2 (25 espèces) Omnivores O 2 1 4 (12 espèces) Total 7 10 8 Tableau 3 : Répartition des espèces en fonction de leurs variations selon les grandes périodes de l’année et de leur régime alimentaire.

4 0 8 deux

Nous avions conclu pour 2011-2012 que, tant en nidification que pendant le reste de l’année, les granivores qui progressaient consommaient des grosses graines. La période internuptiale est caractérisée en 2012-2013 par une certaine aggravation sensible du statut des insectivores : nous passons de 2 à 4 espèces qui régressent et de 1 à 2 espèces qui progressent. Les omnivores sont plus nombreux en progression avec 4 espèces En nidification, en 2011-2012, tous les granivores consommateurs de grosses graines progressaient. En 2012-2013, dans cette catégorie, le verdier ne fait plus partie des espèces à indice positif significatif. Pour les espèces qui déclinaient l’an dernier en nidification et qui déclinent toujours cette année, aucun changement n'est évident : bien sûr, la disponibilité en                                                                                                                         3

 Ceci  est  un  exemple  fort  intéressant  de  l'utilisation  des  différentes  enquêtes  ou  études  effectuées  par  le   GONm  et  permettant  d'affiner  les  analyses.   4  Espèces  nicheuses  :  espèces  présentant  la  même  variation  aux  sessions  de  la  période  de  reproduction,  dont   au  moins  une  variation  significative  :   Catégorie  A/  7  espèces  à  variation  positive  :  ramier,  fauvette  à  tête  noire,  fauvette  grisette,  grimpereau  des   jardins,  pinson,  geai,    choucas  ;   Catégorie  B/  10  espèces  à  variation  négative  :  alouette  des  champs,  pipit  farlouse,  pouillot  fitis,  pouillot  véloce,   mésange  nonnette,  mésange  huppée,  bruant  jaune,  linotte,  bouvreuil,  étourneau.     5  Espèces  en  période  internuptiale  :  nous  considérons  les  espèces  qui  présentent  la  même  variation  aux  ses-­‐ sions  de  la  période  internuptiale,  dont  au  moins  une  variation  significative  :   Catégorie  C/  6  espèces  à  variation  positive  en  période  internuptiale  :  ramier,  pic  épeiche,  grive  litorne,  pinson,   geai,  choucas  ;   Catégorie  D/  6  espèces  à  variation  négative  en  période  internuptiale  :  tourterelle  des  bois,  alouette  des   champs,  fauvette  des  jardins,  mésange  huppée,  bruant  jaune,  bouvreuil.  Pour  la  tourterelle  et  la  fauvette,  cette   diminution  pourrait  n’être  qu’apparente  et  s’interpréter  par  un  départ  plus  précoce  de  ces  migrateurs.    


petites graines issues des « mauvaises herbes » ou de fleurs « insignifiantes » pour la survie de ces espèces reste primordiale. Remarquons aussi l'apparition d'une espèce omnivore dans la colonne B, l'étourneau sansonnet dont la régression devient significative.

BON  :  indice  intégrateur  de  la  biodiversité  ornithologique  normande   Grâce au recul acquis après 18 années d’enquête, nous sommes en mesure désormais d'observer l'évolution de l’indice BON, régional intégrateur mesurant la biodiversité ornithologique. Statut et nombre d’espèces

Nombre de sessions Nombre de sessions R = A/B R = A/B à variation > 0 (A) à variation < 0 (B) 96-2013 96-2010 96-2013 96-2013 35 sédentaires 99 104 0,95 1,47 4 migratrices partielles 8 9 0,89 0,9 10 grandes migratrices estivantes 8 15 0,53 0,65 3 grandes migratrices hivernantes 5 4 1.25 3,5 Tableau 4 : Rapport R (= A/B) sur la période 1996 -2013 et comparaison avec le R 1996-2010.

Le tableau 4 montre que, quelle que soit la catégorie phrénologique, R est plus faible pour la période 1996-2013 que pour 1996-2010. Les oiseaux sédentaires montrent un indice R légèrement inférieur à 1 alors qu'il était encore légèrement positif pour la période 1996-2012. Le statut des espèces migratrices décline par rapport à la période 1996-2010, et de façon notable pour les grands migrateurs. Calculé en prenant les variations des nombres de contacts enregistrés pour les 52 espèces les plus communes, variations autant positives que négatives, on obtient cette année un indice6 BON = 0,91 pour la période 1996-2013. Rappelons que : -

Pour la période 1996-2010, BON = 1,63 Pour la période 1996-2012, BON = 1,15

-

Si on calcule cet indice BON uniquement sur la période de reproduction, il est légèrement supérieur (0,93) ce qui tendrait à dire que malgré les apparences, ce n'est pas le printemps 2013 déplorable qui est la cause principal du déclin de l'indice BON mais sans doute plutôt la saison internuptiale 2012-2013. Cette année supplémentaire d’études montre que la baisse de cet indice se poursuit reflétant une chute de la biodiversité : concrètement lors d'une sortie de 30 minutes n'importe où en Normandie, les espèces, même les plus communes, deviennent moins faciles à contacter. On notera aussi que, cette année, 15 espèces ont une tendance négative à chacune des sessions contre 12 l'an dernier. Claire Debout claire.debout@gmail.com Remerciements   Merci aux adhérents qui ont participé et qui sont en train de poursuivre cette année du 15 août 2013 au 15 juillet 2014 et merci aussi pour les nouveaux participants et pour les nouveaux parcours. Merci à Vottana Tep qui saisit toutes les fiches des observateurs et qui compile les données sur le logiciel de statistiques. Les clichés sont de Gérard Debout                                                                                                                         6

 BON  est  la  moyenne  des  R  des  4  catégories  d’espèces  


Annexe 1 : liste des observateurs 2012-2013 Akermann Sophie Faucheux Catherine Alamargot Jacques Feather Penny Aupoix Alain Frican Pascal Barrier Alain Gachet Philippe Baglin Jean-Baptiste Gallien Fabrice Basley Daniel Gérard Christian Beaufils Matthieu Girard Christophe Benoist Dominique Helluin Gilles Béteille Guy Jacob Yannick Bonfils Muriel Jarry Jean-Claude Branswyck Frédéric Josse Stéphanie Burban Catherine Lambert Etienne Charlon-Robin Gilles Lasquellec Andrée Chartier Alain Lebouteiller Claude Chevalier Bruno Lecocq Stéphane Collette Jean Le Marchand Raymond Dauguet Franck Le Maréchal Denis Debout Claire Lenormand Bernard Debout Gérard Leroux Xavier Démarest Thierry Letessier Madeleine Desmares Jocelyn Loison Luc Dumoncel Robert

Marie Roger Meissonnier JL Mille Bernard Mottin Brigitte Noel Françoise Pesquet Elisabette Pigeon Christelle Poirier Vincent Prevel Dominique Provost Sébastien Purenne Régis Radola Virginie Ramon Evelyne Renault Nicole Richter Jean-Paul Robbe Eric Rundle Robin Sebire Frédéric Vassault Jacques Wessberge Eric Wilkins Charles


Enquête Tendances 2012 2013