L'inconnu de la hunelle (Extrait)

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L'inconnu de la hunellle (Extrait) Vendarion d'OrĂŠpĂŠe


L’Inconnu de la Hunelle Vendarion d’Orépée Avant-propos Le personnage principal de ce récit apparaît dans « La Dame Écarlate », une nouvelle incluse dans l’Anthologie Blietzkrieg et dans le roman Les Portes de l’Agartha, à paraître aux Éditions Kelach. Le personnage de « Crazy Bert » a été librement inspiré par le lieutenant-colonel Jack Churchill. Les autres personnages sont totalement fictifs.

***** Entre le sorcier et moi, il y a près d’un siècle de querelles, de haine, de poursuites et finalement de mort. Le sorcier, c’est Évangelisto Barbo, un Italien proche du plus célèbre occultiste d’Angleterre, Aleister Crowley, adorateur affiché des forces démoniaques. Je sais qu’aujourd’hui Barbo serait considéré comme fou, mais lorsque je l’ai rencontré pour la première fois en 1944, c’était tout juste un excentrique, et notre Reichsführer-SS avait pour lui une grande admiration. Tellement grande qu’il lui a confié la première expédition vers l’Agartha, un monde mystérieux où, selon les


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légendes nordiques, vivent des créatures dotées de puissants pouvoirs magiques. Et naturellement, ces êtres de pure ascendance aryenne devaient nous permettre de gagner la guerre. Les choses ne se sont pas passées comme prévu. J’aimerais pouvoir me vanter d’avoir joué un rôle dans l’échec de cette mission, mais en y réfléchissant bien, ce fiasco était inévitable. Bien que l’Agartha soit habitée par de nombreux peuples étranges, parmi lesquels des magiciens aux pouvoirs extraordinaires, aucun ne s’est révélé proche de ces fameux cousins de race aryenne. Je m’en réjouis, car, au cours de mon odyssée, j’ai eu l’occasion de réfléchir sur les tenants et aboutissants de cette guerre aussi absurde que monstrueuse, et c’est dans un temple des colonies bretonnes de l’Agartha que j’ai enfin découvert ce que j’étais vraiment. Ce que je suis vraiment. Je suis Kurguth Tylaksson, chevalier saint, assistant du chronomancien et homme d’honneur. J’ai définitivement renié le nom que je portais auparavant. Je dois ma renaissance en partie aux chevaliers du Graal, mais également à un puissant magicien qui a décelé en moi quelque chose de bien plus essentiel que tout ce que j’avais été : tueur d’orques, chasseur de phoques, morceau de viande congelé sous la banquise et caporal de la Kriegsmarine. J’ai été tout cela, dans l’ordre antéchronologique.


La chronologie a son importance dans mon histoire, car pour le magicien qui m’a pris à son service, le temps lui-même n’est qu’un fluide qu’il peut modeler selon sa volonté, à l’aide d’une mystérieuse « machine » que lui seul peut utiliser. C’est pourquoi les rares

héros

qu’il

prend

à

son

service

l’appellent

« le

chronomancien ». Nous sommes parvenus à éliminer le sorcier, mais son âme maléfique n’a pas été détruite. Elle occupe une épée magique et, de là, son pouvoir néfaste peut encore s’exercer sur les imprudents qui s’en approchent. Une dernière mission s’impose : revenir dans mon univers d’origine et dans le passé pour me débarrasser de ce qui reste du sorcier : une âme sombre enfermée dans une épée maudite. Une simple formalité... ***** — Tu ferais mieux de laisser tomber, Parzifal ! Klingsor viendra me chercher, et s’il te trouve en même temps, je ne donne pas cher de ta peau. — Klingsor est mort, imbécile ! Je devrais me taire… Le chronomancien m’a bien mis en garde à ce sujet : « Si tu lui réponds, tu ouvres vers ton esprit une porte qu’il peut franchir pour lire tes pensées. Même mort, et même avec son âme emprisonnée, Barbo reste un adversaire dangereux. ».


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J’interromps ma marche et j’essaie de me situer. Autour de moi, il n’y a que des champs à perte de vue, et parfois quelques habitations ou un hameau trop petit pour figurer sur une carte. J’avoue que la suggestion de Barbo est tentante. Déposer simplement l’épée sur le sol et rentrer à la maison. Mais je me souviens qu’avant de n’être qu’une trace de magie enfermée, Barbo était un être de chair et de sang, un individu redoutable et rusé qu’il pourrait bien redevenir si j’ai la faiblesse de le laisser entre les mains du premier venu. — Klingsor est vivant, Parzifal. Je sens sa présence et il sent la mienne… Il nous cherche. Il peut toujours causer, je serai bientôt débarrassé de lui ! Je resserre le paquetage dans lequel j’ai emballé l’arme afin de l’empêcher d’exercer son pouvoir sur les autochtones qu’on pourrait croiser, et je reprends mon chemin. La route que je suis depuis une heure aboutit enfin à un pont de pierres qui enjambe une petite rivière et auquel un gros arbre noueux est accolé. Cette rivière est la Hunelle, c’est le point de repère que je cherchais. Je n’ai plus qu’à remonter le courant sur cinq cents mètres pour balancer l’épée dans la flotte et ensuite rentrer à la maison, juste pour l’heure du thé. Le chronomancien a eu tort de s’inquiéter. Dans quatre ans, en 1968, un troufion de la base américaine de Chièvres tombera dessus par hasard, ses supérieurs l’enverront


discrètement dans un musée de New York où, à la fin des années 80, son aura magique sera détectée et confondue avec une forme inconnue de radioactivité. Encore choqués par la catastrophe de Tchernobyl, les Américains ne se poseront pas de questions et couleront l’épée sous une chape de béton où elle sera oubliée au moins jusqu’à la guerre atomique de 2183… Ce qui se passera ensuite n’intéresse pas le chronomancien, et par conséquent moi non plus. La seule chose qui compte pour nous, c’est que l’épée et le sorcier soient éloignées d’Agartha assez longtemps pour que leurs pouvoirs magiques soient neutralisés. Après tout, l’Agartha est mon univers d’adoption et je ne veux pas qu’il soit victime de sa folie. — Au fait, Parzifal, pourquoi portes-tu encore l’uniforme de la Wehrmacht sous ta veste ? Surtout, ne pas lui répondre… Je porte cet uniforme parce que je n’ai pas eu le temps de me changer après mon dernier déplacement temporel. La « machine » était chaude, le chronomancien ne voulait pas l’éteindre et la remettre en route pour une mission qui devrait durer une demi-heure grand maximum… Si quelqu’un le remarque, j’expliquerai que je joue dans une pièce de théâtre, ça passera mieux que la soirée costumée. Le paysage qui défile sous mes yeux est d’une étonnante monotonie… Plaines à perte de vue, villages exhibant fièrement leurs clochers. Le dernier que j’aperçois sur ma gauche doit être


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celui de Huissignies ou de Vaudignies, je ne sais plus. Les noms de lieu sont aussi répétitifs que le paysage. Si ça se trouve, j’ai peut-être pris un mauvais repère et je suis en train de m’éloigner de mon but. Heureusement, j’aperçois deux chasseurs qui se dirigent vers moi. Il me suffit de leur demander mon chemin pour me remettre sur la bonne route. — Messieurs, s’il vous plaît… — Mains en l’air, le boche ! s’exclame l’un d’entre eux. (...) La suite, dans l'Anthologie

Frantastique en pays de Chièvres


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ISBN 978-2-490647-06-4

Editions Kelach editions-kelach.e-monsite.com Collection Nouvelles Graines

Juin 2019