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Publication du secteur culturel de la

Fédération de la Gironde du PCF N° 101 - FÉVRIER 2014 - 5 €

BORDEAUX POUR TOUS Par Vincent MAURIN et Natalie VICTOR-RETALI,

ANS UN CONTEXTE D’AUSTÉRITÉ généralisée, la culture, n’est pas, et de loin, le secteur qui se porte le mieux. Le budget de son ministère, qui aurait dû être sanctuarisé, enregistre au contraire un recul sans précédent depuis sa création. Ce constat est d’autant plus affligeant que c’est un gouvernement avançant sous un masque de « gauche » qui inflige ces coupes claires aux acteurs culturels et à leurs publics. Le statut français des intermittents déplaît « souverainement » à l’Europe libérale et à son patronat ; les artistes sont réduits à devenir des mendiants ou des courtisans et surtout, surtout, aucune politique véritablement de gauche ne peut se bâtir sans la volonté d’une culture véritablement partagée, dans un projet d’émancipation citoyenne et d’accès de tous à la symbolique du monde. Or, cela coûte de l’argent, des moyens humains et une forte volonté politique. On dit que cela peut aussi rapporter (le fameux « un euro investi dans la culture en rapporte cinq en termes de retombées économiques »). Certes, mais laissons là ce type d’argument car il peut conduire à se contenter de peu en terme de partage véritable des actions culturelles visées. Ce que nous voulons, c’est une culture exigeante et réellement accessible à tous, qui permette aux artistes de vivre décemment de leur art sans avoir à plaire ni même à « servir à quelque chose ». En effet, il s’agit de s’appuyer sur des médiateurs sérieusement formés pour permettre à chacun de profiter des œuvres créées et de s’en nourrir, afin de s’émanciper des servitudes invisibles qui nous entourent. L’art et la culture doivent demeurer des espaces de totale liberté où chacun viendrait s’abreuver ou créer selon ses besoins ou ses envies, et non pas seulement selon ses moyens. Que le spectateur qui ne s’est jamais privé d’un spectacle pour des raisons financières, que le metteur en scène qui n’a jamais reculé, pour ces mêmes raisons, devant une adaptation trop coûteuse ou des comédiens trop nombreux, entament le débat !

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Conseillers municipaux PCF de Bordeaux.

Nous avons une jeunesse éduquée et cultivée. Mais elle est condamnée non seulement à pointer plus souvent qu’à son tour au chômage mais aussi à s’éloigner, petit à petit, des lieux de culture par manque de moyens, de temps ou d’appétence puisque l’appétit vient en mangeant, dit-on, et c’est encore plus vrai pour la culture.

ET BORDEAUX DANS TOUT ÇA ? Eh bien, la culture dans notre ville n’échappe ni aux coupes claires cumulées de l’État, de la Région et du Conseil général, ni aux tours de passe-passe de la mairie qui voudrait faire croire qu’en triplant l’aide à la création de cette seule année 2014, elle éliminera toutes les sco-

ries accumulées dans sa politique culturelle depuis si longtemps. Les artistes à Bordeaux sont traités soit en gêneurs (le sculpteur du crocodile condamné pour avoir exposé trop longtemps son œuvre dans l’espace public), soit en mendiants, juste assez nourris pour qu’ils ne mordent pas trop, soit en héros et l’on ouvre alors une souscription pour qu’un artiste, déjà connu dans le monde entier et donc très cher, veuille bien continuer d’exposer une de ses œuvres dans l’espace public bordelais 1… Les directeurs d’institutions culturelles y sont priés de faire toujours mieux avec toujours moins, ce qui les Suite page 2. conduit parfois à la


démission (Bordeaux a recruté en 2013 pas moins de quatre directeurs de musée, théâtre, école d’Art). Les usagers, eux, voient l’offre accessible à tous se réduire comme peau de chagrin au moment même où une Cité des civilisations du vin a les honneurs de l’argent public. La pratique amateur, véritable vecteur d’une culture partagée par tous, est le parent pauvre d’une politique culturelle toujours plus élitiste. Quelques concerts gratuits sur les quais ne suffiront jamais à compenser le faible maillage du territoire bordelais par des associations trop souvent exsangues. Celles-ci perdent en visibilité et sont conduites à précariser toujours plus leurs intervenants, ce qui ne facilite certainement pas la qualité ni la pérennité des interventions. La réforme des rythmes scolaires, en l’absence d’un projet territorial partagé, risque de passer à côté de l’enjeu premier à Bordeaux : garantir un égal accès à des activités péri-éducatives de qualité dans tous les quartiers. Nous proposons donc une complète refonte de la politique culturelle bordelaise, avec une véritable synergie entre la ville, ses artistes, ses institutions, ses associations et son public. Sans céder quoi que ce soit des exigences d’une culture de qualité, chaque Bordelais doit pouvoir explorer, rencontrer, pratiquer les disciplines artistiques qui l’intéressent et ne pas être obligé d’y renoncer pour des raisons matérielles. Nous voulons une politique culturelle libérée de la course au mécénat, avec un service public municipal doté des moyens de ses ambitions émancipatrices. Nous voulons des institutions culturelles ouvertes à tous, avec les médiateurs nécessaires à une véritable rencontre avec les œuvres et leurs auteurs, si éloigné qu’en soit le public. Nous voulons des associations stables et pérennes qui permettent de porter sereinement des projets artistiques et culturels, en ayant les moyens de les améliorer, de les amplifier et d’en partager l’expérience entre elles sans avoir à se concurrencer en permanence. Nous voulons une éducation à l’art et à la culture qui s’appuie sur des professionnels formés et correctement payés, n’excluant aucunement des interventions d’artistes encadrées et justement rémunérées. Nous voulons que les artistes bordelais puissent vivre et travailler à Bordeaux...aussi. Nous voulons que les bonnes volontés et les talents de chacun des habitants de la ville soient reconnus et valorisés, afin de relancer partout un élan créateur et émancipateur, en lien avec une véritable démocratie participative qui rende chaque Bordelais auteur et acteur de sa vie et de sa ville ! Suite de la première page.

–––––––– 1. La Ville de Bordeaux a mis en place une plateforme de paiement en ligne pour l’acquisition par souscription publique de Sanna, statue de Jaume Plensa, artiste catalan de « renommée internationale ».

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POLITIQUE

Soutenir la culture en (conseil) général, et l’Iddac en particulier

« Les budgets 2014 des collectivités vont être soumis encore cette année à une pression forte et, comme l’annonce la Cour des comptes dans son dernier rapport, à de nouvelles économies substantielles… Nous tenons à l’affirmer avec conviction et sans ambigüité, les mesures d’austérité à répétition et leur impact sur les collectivités sont de nature à mettre en cause les missions même qui leur sont confiées. » L’obsessionnel désengagement financier de l’État envers les collectivités territoriales a montré quels engagements prenaient les élus lors des votes budgétaires. Au sein du Conseil général de la Gironde, les conseillers généraux communistes-Front de gauche ne se sont pas privés de dire, par la voix de Jean-Jacques Paris 1, ce qu’ils pensaient et supportaient en la matière. «  Le Conseil général n’a pas ménagé ses efforts de rationalisation de toutes ses dépenses, mais il l’a fait en réduisant la portée et l’envergure des missions publiques, que ce soit en direction de l’enfance, des personnes âgées et handicapées mais aussi dans le domaine de la culture ou de l’aide aux communes, etc.[…] Les élus du Front de gauche considèrent qu’il n’est plus possible de poursuivre dans ce sens, qu’il est temps de mettre à la disposition des conseils généraux des ressources nouvelles […] les mettant à l’abri des fluctuations des marchés immobiliers et financiers. » Dès 2012, plaidant pour un changement maintenant, Jean-Jacques Paris affirmait la « nécessaire exception des politiques culturelles » puisqu’elles « participent pleinePhoto N_VR

ment de l’Agenda 21 » girondin. Ceci grâce à la « compétence générale » permettant aux départements d’assumer les enjeux et défis de la décentralisation culturelle depuis une trentaine d’années ! Il s’appuyait alors sur les rassurantes déclarations, relatives au nécessaire partenariat État-collectivités locales, de la toute nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, « considérant que l’État culturel a[vait] été très affaibli pendant les dernières années »… celles du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Un an plus tard, en décembre 2013, l’inquiétude était toujours de mise quant aux baisses de crédits alloués. Lors du débat sur le budget primitif 2014 du département, l’élu communiste a dénoncé le désengagement financier important de la Gironde à l’égard du secteur culturel, qui fragilise gravement l’ensemble des compagnies et met en péril le rôle joué par l’Iddac en direction de tous les acteurs et opérateurs du Département. Il faut défendre l’ddac  ! Le CG33 est encore fortement impliqué en matière de culture et de soutien à près de six cents associations culturelles locales, que ce soit annuellement ou dans le cadre bien connu des « Scènes d’Été permanentes ». Dès 1991, en plus de ses subventions directes, le département a installé l’Iddac, Institut départemental de développement artistique et culturel, pour promouvoir et organiser de vraies missions. Des missions de soutien à la création, à l’éducation et à la pratique artistique, auxquelles s’ajoute une aide technique avec des prêts gracieux de


DES CHOIX POLITIQUES ! Face à un François Pouthier, son directeur, inquiet de cette évolution amorcée depuis 2008 au moins, le CG tient à rassurer les responsables de la structure avec une nouvelle convention 2014-2015 pour assurer la « co-construction d’un cadre renouvelé de l’action publique  »2 en matière culturelle. Ce qui veut dire que la culture, et ses acteurs, sont une « variable d’ajustement structurelle  » non seulement soumis aux mêmes logiques de gestion que les autres mais aussi à de plus importants efforts, puisqu’il faut « prioriser » en temps de disette  ! Et pourtant, qu’est-ce qui est en jeu dans le fond avec cet exemple, si ce n’est un vrai choix de société ? La culture est à la société une pièce essentielle qui assure un rôle de transmission des savoirs, des imaginaires, des performances créatrices. Cela tisse des liens, suscite des vocations, embellit le monde, donne du sens à une vie sociale dominée par des rapports marchands et de classes. C’est pour cela que les élus du Front de gauche-PCF demandent et défendent la sanctuarisation du budget de la culture, pour l’Iddac comme pour les autres structures. C’est de cette façon que des projets exigeants et novateurs en faveur du public verront le jour, qu’une véritable culture populaire, accessible, sera maintenue, voire développée. Les pouvoirs publics pourront s’enorgueillir de la défendre face à la sélection « culturelle » générée par l’impitoyable loi de l’argent ! Emmanuel FARGEAUT –––––––– 1.  Les citations sont extraites de l’intervention de Jean-Jacques Paris, au nom du groupe Front de Gauche-PCF du CG de la Gironde, lors du débat sur les orientations budgétaires 2014 et la programmation annuelle 2014-2016. 2. Iddac : Budget prévisionnel 2014-Cadre général, conseil d’administration du jeudi 9 janvier 2014.

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Portrait

matériel (son, lumière, scène, gradin) auprès d’associations et de communes girondines. Comme toutes les structures, cette véritable agence culturelle de la Gironde, connaît donc la crise et une baisse de ses subventions qui fragilise son fonctionnement. Son tout récent compte prévisionnel montre un budget de fonctionnement de 2, 276 M d’euros, soit une baisse de 11 % par rapport au budget réactualisé de 2013 ! Cette régression est de plus corrélée avec une baisse des recettes pour cause de réduction des activités et projets culturels départementaux. Dans ce double cadre où réforme des collectivités territoriales et tarissement des financements publics s’associent, les résultats ne se sont pas fait attendre. Malgré ses « efforts » en matière de gestion (frais de fonctionnement à niveau  «  plancher  », chômage technique, réduction temporaire du temps de travail pour les salariés « volontaires », donc une inquiétante baisse des salaires), l’Iddac n’emploie plus que trente-deux personnes contre trenteneuf il y a peu. Des antennes-relais de prêt de matériel à Pauillac comme celle des Landes de Gascogne, ont fermé. Au total, des efforts, oui, mais qui, manifestement, se sont faits au détriment des salariés !

GATHA, l’énergie de la mélancolie Gatha chante, accompagnée d’un violoncelle électrifié et, depuis peu, de quelques compagnons de scène1. Lorsqu’on lui demande pourquoi ce surnom, elle répond simplement que c’est l’inverse de son prénom (Agathe), que c’est plus dynamique, pas vraiment un diminutif. Quant à la prière bouddhiste qui porte le même nom, elle a appris son existence lors d’une conférence de presse, mais ça lui va. Elle dit faire de la « pop mélancolique en français  » car l’anglais –  qu’elle abandonne progressivement et c’est une originalité dans la musique actuelle – a de belles sonorités mais ne rend pas fidèlement les images qu’elle veut partager avec son public. Elle se veut plasticienne des mots et se laisse de plus en plus inspirer par les poètes qu’elle croise au hasard de ses lectures. Elle veut ménager un espace entre sa musique et ses textes, afin que celui qui écoute puisse créer ses propres images ; la composition musicale vient souvent en premier et les mots se posent sur les notes, mais ils étaient déjà là, en suspens. Ensuite, elle commence à tisser son texte avec sa musique afin que les deux coexistent pratiquement à égalité. Gatha a une voix de mezzo un peu particulière, avec du grain dans les graves et du cristal dans les aigus. Elle s’amuse parfois à superposer les deux, en ajoutant un chœur derrière la mélodie, dans la plus pure tradition des cours de polyphonie qu’elle affectionnait au conservatoire de Bordeaux où elle s’est formée et où

elle s’est nourrie de tout ce qui, là-bas, faisait écho en elle. Pour elle, l’engagement d’un artiste consiste à rester au plus proche de ce qu’on est vraiment, à privilégier des choix parfois difficiles s’ils correspondent mieux à ce qu’on veut vraiment dire de soi. Sa musique est lyrique et mélancolique, violente et douce, elle lui permet d’« expulser les choses en rythme » et c’est bien le rythme qui l’emporte, et ne la lâche pas jusqu’à ce que chaque morceau soit ciselé, abouti. C’est la scène qui est son véritable lieu de partage avec le public, c’est là qu’elle peut s’engager sans réserve, tisser un lien le plus vrai possible avec son public, c’est là qu’elle donne tout. Ses projets risquent de l’emmener vers Paris où les propositions sont plus fréquentes, mais elle restera en lien avec Bordeaux. Les deux pieds dans la terre et la tête dans les étoiles, elle poursuit sa route et ne lâche rien ! N.VR En concert, le 31 janvier, à l’Electric Palace de Clermont-Ferrand ; le 3 février aux Trois Baudets à Paris ; le 20 mars à l’Atabal w/Julien Doré, à Biarritz ; le 23 mai au Théâtre de Corbeil-Essonnes w/Pigalle. –––––––– 1. Julien aux machines et Pierre au son. EP en vente dès le 27 janvier (iTunes et concerts) [facebook.com/gathaofficiel] En écoute [soundcloud.com/gatha]

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ENTRETIEN

Catherine MARNAS

« Ne pas faire de différence entre démocratisation culturelle et acte de création »

Catherine Marnas s’est formée à la mise en scène auprès d’un grand nom du théâtre contemporain, Antoine Vitez (1983-1984), puis de Georges Lavaudant (1987-1994). Elle fonde la compagnie dramatique Parnas, tournée presque exclusivement vers le répertoire contemporain. Elle est artiste associée de 1994 à 2012 à La Passerelle, scène nationale de Gap et des Alpes du Sud, et, de 2005 à 2012, aux Salins, scène nationale de Martigues. Marseille lui confie la direction artistique du futur pôle théâtre de la Friche Belle de Mai à compter de 2013. Professeur d’interprétation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris de 1998 à 2001, elle enseignait récemment à l’École régionale d’acteurs de Cannes. Elle devient directrice du TnBA-Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine et de l’Estba-Ecole supérieure de théâtre de Bordeaux en Aquitaine au 1er janvier 2014. Elle succède à Dominique Pitoiset.

L’expérience a été pour moi très marquée par Antoine Vitez. Je l’ai voulu, en plus. Ma rencontre avec Vitez n’est pas du tout un hasard. J’ai mené en parallèle deux formations : le théâtre et l’université. Mon milieu familial impliquait que je sois bonne à l’école. Toute ma famille avait mis un très grand espoir dans l’ascenseur social, qui marchait encore à l’époque. Pour les gens très simples de mon milieu, l’idée de la culture était une idée forte : je suis vraiment la fille de la chanson de Jean Ferrat, La Montagne. Mes parents venaient de la petite paysannerie pauvre ardéchoise. Quand ils se sont mariés, ils sont allés en ville « pour s’en aller gagner leur vie loin de la terre où ils sont nés ». Je suis issue de ça, avec un grand oncle qui m’a appris à lire à l’âge de quatre ans ! J’ai un parcours universitaire chargé de toute cette histoire familiale, avec des tas d’espoirs sur les épaules [elle rit]. J’ai rencontré le théâtre par un hasard lié à cette école de la République qui m’a beaucoup donné : un prof de français, que j’aimais beaucoup, m’a fait croire à une inspection, et c’était une audition. J’ai découvert le théâtre par « le plateau » à douze ans, en sixième ; ensuite, j’ai mené parallèlement le désir de ma famille, qui me voyait professeur d’université, et mon désir de théâtre, en vraie schizophrène : je ne parlais pas à l’université de ce que je faisais en dehors, ni l’inverse. Ces milieux (cela va un peu mieux) se fréquentent difficilement. Antoine Vitez a été pour moi la réconciliation. J’ai fait ma thèse

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sur lui : ça passait par lui. Il avait une démarche d’analyse sur sa propre pratique : il aimait ça, il théorisait beaucoup, c’est peut-être le dernier metteur en scène qui a beaucoup théorisé sur sa pratique. On est très paresseux – je dis ça parce que je m’implique – je ne trouve

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Bonjour, Catherine Marnas, L’Ormée vous adresse tous ses vœux pour votre arrivée à Bordeaux, pour vos actions et vos projets au TnBA et à L’Estba en 2014, et les années suivantes. Vous avez une expérience artistique aussi riche que variée. Sur quelles rencontres et quels chantiers vous aimeriez insister ?

pas le temps, mais lui a laissé des écrits précieux. Antoine allait m’apprendre mon métier de metteur en scène et il me permettait de rejoindre la fac et le plateau. Ce n’était pas un hasard, j’ai… harcelé Antoine Vitez, j’ai fait harceler mon directeur de thèse Michel Corvin, j’ai fait intervenir Anne Ubersfeld, la terre entière ! J’étais décidée à dormir sur son palier, du haut de mes vingt ans et avec mon air de bébé ! Je pense qu’il en avait marre, il a fini par m’accepter : il a vu une vraie motivation, une vraie détermination. Comme ça s’est très bien passé pour le stage sur Le Prince travesti, il m’a ensuite prise comme assistante. Je me souviens être sortie de Chaillot après avoir vu sa mise en scène de l’intégralité du Hamlet avec cette sensation –  tellement fantastique quand le spectacle produit cette magie – que le monde avait changé : le ciel ni la vie n’étaient plus les mêmes.


Photo Alain Neddam

Vous êtes, depuis le premier janvier, directrice d’une institution bordelaise majeure, le TnBA, et d’une école de théâtre maintenant reconnue, l’Estba. Vous reconnaissez-vous dans l’affirmation d’un certain… Antoine Vitez, qui déclarait en 1982 pour L’Humanité à Jean-Pierre Léonardini : « la fonction d’un théâtre national est celle d’une académie libertaire » ?

[Rires] C’est un beau programme. [Deux fois] La grande salle du TnBA s’appelle Antoine Vitez, c’est un très joli signe. J’ai postulé ici parce que j’étais intervenue à l’Estba. Depuis toujours l’école me passionne, Antoine m’a beaucoup transmis cette passion. Le côté libertaire d’Antoine lui venait de sa maman anarchiste, une dame incroyable, que j’ai connue, qui fumait des gauloises, une espèce de Dame Tartine très très drôle. Antoine luimême s’était ouvertement déclaré PC puis il s’en est séparé. C’était vraiment pour lui un engagement important, ouvert, déclaré. J’ai trouvé chez Antoine une intelligence d’analyse de chaque moment ; pas une vision froide mais une vision politique, au sens humaniste. Il remettait toujours tout en question  : ça c’est… marxiste. On a plutôt tendance à dire « c’est comme ça… », Antoine, jamais. Qu’est-ce que les notions de «  bon goût petit-bourgeois », comme il disait souvent ? On est plein de présupposés esthétiques  ; dans la formation, on le voit bien. Les jeunes acteurs, par fragilité, arrivent avec des idées toutes faites… Qu’est-ce qu’un jeu naturaliste ? Qu’est-ce que ça raconte comme regard sur le monde  ? Qu’est-ce qu’on défend avec une esthétique théâtrale ? C’est passionnant et libertaire  : j’ai monté des gens comme Dubillard, un libertaire… On fout en l’air le haut et le bas, la droite, la gauche et même les lois de la gravité, dans tous les sens du terme.

malheureusement pas fini, c’est soûlant – avec un afflux d’informations qui nous rendait de moins en moins informés, avec une vision obscure des choses. Donc je voyais des malheurs qui venaient de ce sentiment d’impuissance-là, de réelles souffrances et je me suis proposé de revenir à une analyse très simple, j’ai annoncé vouloir faire une comédie musicale marxiste ! Sainte Jeanne analyse la crise de 1929 a posteriori. Brecht avait un ami courtier en grains et s’est dit : « Je vais l’interroger. Je ne comprends pas cette crise, donc il va m’aider. » Matérialiste, il veut comprendre. Il a écrit Sainte Jeanne avec des personnages comme Mauler (roi de la viande et magnat de la conserve), pervers polymorphe, qui joue avec les questions de pouvoir. On y trouve la très belle métaphore centrale de la balançoire : pour qu’un tout petit nombre puisse être en haut, un grand nombre doit faire contrepoids en bas. Métaphore pas si simple : pour qu’un grand nombre fasse contrepoids en bas, il faut que ceux du bas veuillent tous monter. Cela pouvait aider les jeunes à se poser des questions sur le monde d’aujourd’hui – j’ai fait ça avant la crise, une sorte de nez, juste avant ! – Et il y a dans Sainte Jeanne des chœurs d’ouvriers… Je travaillais depuis longtemps, comme artiste associée, dans cette idée d’émancipation en lien constant avec des publics interlocuteurs et pas des clients consommateurs. Avec la ville de Gap, je me suis dit : « Tiens, on pousse ça plus loin, avec le public. Qui veut partager cette aventure de Sainte Jeanne avec nous ? Qui veut partager le plateau ? » J’ai ouvert à quarante amateurs, ce n’était pas de la figuration. Ils ont partagé avec nous des questions dramaturgiques ; ils ont participé au « travail à la table » [lecture partagée du texte]. De vrais ouvriers sur le plateau, cela apportait quelques réponses aux questions qu’on se posait sur le monde ouvrier. Leur regard n’était pas le nôtre, ça a donné la création d’une partition chantée et jouée, reprise dans chaque ville. Je suis venue à Bordeaux sans les ouvriers de Gap, mais on a retravaillé dans la durée, en amont, au-delà du plateau, pendant les week-ends, avec une ouverture sur « la société civile ».

Parallèlement, j’ai fait un travail avec la première promotion de l’Estba sur Brecht. Puis j’ai postulé ici… On boucle la boucle. Je voulais évoquer un événement marquant, mais relativement peu connu, du passage de votre prédécesseur à Bordeaux. Le 30 Janvier 2009, Nicolas Sarkozy se décrétait président du Conseil artistique. Ce nouvel « objet » visait entre autres à donner un label d’utilité aux productions artistiques. Dominique Pitoiset, quelque temps plus tard, dans un entretien au Monde, affirmait son refus d’une aide financière de ce Conseil, avec des exigences et des contraintes. Qu’en pensez-vous ?

C’est une position très courageuse effectivement, et le Syndéac, le syndicat, s’était prononcé de façon très très claire. Dominique [Pitoiset] ou moi [ma compagnie], on est au Syndéac. Dieu merci, cette initiative sarkozienne a fini par capoter complètement. Mais tout se récupère très facilement ! Ils arrivaient à récupérer une initiative que je trouve magnifique ; le chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel forme les gamins de la rue à la musique savante : un prodige qui fait faire des prodiges ! L’organisme créé par Sarko essayait de faire la même chose avec des gamins des banlieues, mais au mépris de tout le travail de fond qui se faisait depuis longtemps. On arrive et on met des paillettes. Bon ! Dieu merci, ça n’existe plus ! Le budget de la culture, au nom de la crise, est en baisse; les collectivités territoriales sont sur la défensive et reculent dans leur soutien à la culture. Dynamisme et bonne volonté doiventils, selon vous, compenser?

Les nouveaux nommés à la tête des CDN 1 sont conscients des difficultés. Ils les ont prises en compte et accepté des tâches lucidement ; en tant que citoyen on a des droits, on a aussi des devoirs. Mais je ne vous cache pas que je n’attendais sûrement pas d’un gouvernement socialiste qu’il ne fasse pas de la culture une priorité. C’est une très grosse déception, absolument pas corporatiste, je le dis simplement et tristement. Quelle est notre responsabilité  ? Pas seulement pour la France, pour

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J’ai travaillé à l’École [l’Estba] sur Brecht. J’ai monté auparavant Sainte Jeanne des Abattoirs : on est tout à fait dans les interrogations de Vitez. Chez les jeunes, à l’école et ailleurs, je sentais un très grand désarroi, l’impression de ne pas du tout comprendre le monde, de trouver qu’il se complexifiait beaucoup. Des discours économiques se développaient – c’est

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En décembre 2007, on a eu l’occasion de vous connaître à Bordeaux : vous y avez donné Sainte Jeanne des Abattoirs de Brecht, que vous aviez créé l’année d’avant.

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l’Humanité ! Je travaille beaucoup à l’étranger ; avec Le Pen au deuxième tour des présidentielles en 2002, j’ai vu les acteurs mexicains avec lesquels j’étais éclater en larmes et dire : « Pas vous, vous n’avez pas le droit ! » Responsabilité magnifique ! Les acteurs étrangers disent : « On voit en France des gens qui lisent encore beaucoup, on entend une radio –  FranceCulture  – magnifique. » On se dit qu’on est sous le regard du monde. Et voilà… Cette tristesse est doublée d’incompréhension. Franchement, ce n’est pas ce que ça coûte ! Je sais qu’il faut faire des efforts, mais mettons tout à plat, qu’on se dise : « Allez, il faut remonter les manches et réfléchissons tous ensemble à comment être plus efficaces. » Moi, je veux bien, il va bien falloir trouver des solutions localement ; mais, encore une fois, regardons la diminution. Dominique Pitoiset l’a beaucoup dit : les subventions n’ont pas bougé depuis huit ans, c’est énorme. Or les spectacles, les prix des transports, la masse salariale augmentent (sans embauche supplémentaire) ; il faut faire attention, réfléchir tous ensemble pour que ces maisons aient encore une raison d’être, sinon… Si elles fonctionnent et qu’on ne peut plus y créer… Le désir est quand même qu’il y ait davantage de créations. Suite de la page 5.

Justement, vous définissez la représentation théâtrale comme « un acte de la pensée et une source de plaisir. » Pourriez-vous préciser ?

C’est aussi très « vitézien », l’intelligence chez Antoine, c’est joyeux ! Il était très drôle, et en tout cas tellement stimulant de discuter avec lui… Je ne l’ai jamais entendu dire une chose banale ou inintéressante… C’était… waoufff, waoufff… ! Avec la création, tout est lié, compliqué à démêler, cela revient à la jolie idée des rhizomes chez Deleuze et Guattari. La pensée des jeunes gens, jeunes filles, des comédiens, se développe, mais ce sont des êtres humains qu’on forme avant tout. Le lien avec le public, avec les enseignants, avec l’université, sont comme des cercles concentriques ; la création est quelque chose d’important. Quand on a un spectacle qui passe, aussi beau et aussi passionnant soit-il, il est difficile de faire événement dans une ville. Cela

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concerne les passionnés ; Dieu merci, ils sont là et on en a besoin, mais pour faire événement, permettre l’accession au théâtre à des publics qui ne sont pas immédiatement concernés, il y a besoin de temps, de dialogue, que ces spectacles s’installent sur la durée, se vivent là, se respirent là, qu’on puisse croiser les gens à la boulangerie, au bar. C’est une priorité. Il faut donc prendre le risque financier, d’image, que les salles ne soient pas forcément pleines au début. Je l’affirme, cela n’est jamais bien qu’une salle ne soit pas pleine. On remplit une salle sur deux représentations  ; sur dix c’est plus difficile, mais alors le bouche à oreille peut se faire. C’est un chantier. Un CDN est un gros bateau, on ne fait pas cap à droite d’un coup comme avec une goélette, il faut y aller progressivement; on ne va pas demander aux « relations publiques » de faire d’un coup trente représentations, sinon elles se désespèrent ; il faut y aller en douceur, mais de façon affirmée. Comment envisagez-vous les rapports avec les structures existantes, les petites salles, les compagnies, etc. ?

Vous me voyez avec un emploi du temps très surbooké, entre autres pour les voir. J’ai enseigné à l’école de Cannes-Marseille, au conservatoire de Paris. Beaucoup d’anciens élèves sont aussi des directeurs de structures et de compagnies. J’ai vu un film des Chiens de Navarre, Jean-Christophe Meurisse est un ancien élève, Vincent Macaigne aussi… Je suivais déjà les jeunes et très jeunes compagnies, mais aussi les compagnies indépendantes en région PACA. Ici, je ne les connais pas puisque je débarque, mais je connais les promotions précédentes [de l’Estba], le collectif OSO 2 par exemple. Bien sûr, le CDN ne peut pas répondre à tous les désirs et à toutes les frustrations. Ce n’est ni possible, ni souhaitable pour certains, dont la place n’est pas forcément là ; je crois beaucoup à un système de dialogue et d’articulation. Chacun a sa raison d’être, son endroit. Je consacre beaucoup de temps à écouter les gens pour entendre où ils en sont, ce qu’ils font. Mission de création, formation, transmission semblent être les tâches du TnBA, dont vous avez la direction. Vous pouvez développer ?

Les CDN ont un rôle de locomotive, cela irrigue tout le territoire ; ce territoire-là a une histoire, il y a un retard sur l’équipement, le spectacle vivant. Le CDN de Bordeaux, par rapport à l’importance de la ville, est très très jeune : je suis seulement la troisième à sa direction. Il a été créé à une époque où, dans le maillage du territoire, on en était aux coins plus reculés, et ce retard existe, au niveau de la Drac3 par exemple. Je ne parle pas des tutelles, mais dans l’enveloppe de la Drac d’Aquitaine, les subventions pour les compagnies indépendantes n’ont rien à voir avec celles du type de ma compagnie en PACA. Du coup, le rôle de ce CDN-ci, rôle de moteur et de locomotive, est d’autant plus important avec ce retard sur les artistes à découvrir. Il a donc une mission un peu spécifique qui devient, avec les problèmes financiers, un petit peu plus compliquée qu’avant, et une mission de scène nationale. Je résume les différences. CDN  : création / Scène nationale : diffusion. Montrer des artistes en danse, en cirque contemporain, c’est le rôle d’une scène nationale, pas d’un CDN. En même temps, ce serait quand même bête que les gens n’aient pas eu l’occasion de voir pour la première fois Pina Bausch4, œuvre majeure, essentielle, dans le spectacle vivant du 20e siècle. Tout cela pour expliquer les missions d’ordre général et le contexte particulier. Dans le contexte de crise et de vaches maigres, on tient le point de tension sans renoncer, en complicité avec les moyens de l’Opéra de Bordeaux pour Pina Bausch. Le Cyrano de Dominique Pitoiset – il ne l’a pas caché – n’a pu être une création TnBA. Il a dû faire produire par Rennes. Voici un exemple de point de tension difficile à tenir. Vous êtes une femme de théâtre tournée résolument vers les œuvres contemporaines. Vous reconnaissezvous dans l’expression, extrêmement courante maintenant, de «  spectacle vivant  », dans ce qu’elle recèle de diversités et de contradictions ?

Le mélange des genres ? Je suis quelqu’un pour qui le corps est important. Dans mes spectacles je crois que c’est assez remarquable, parce que je n’ai pas de crainte de « mauvais goût » sur l’émotion, pour revenir à Antoine. Le corps est un vecteur indiscutable de cela. Mais, puisque nous sommes des êtres complexes, pour moi – pour moi ! –, il n’y a pas de théâtre sans texte. Ecouter les mots d’aujourd’hui, comme l’a fait Patrice Chéreau avec Bernard-Marie Koltès, me paraît nécessaire. Nous sommes des êtres parlants, le théâtre demande  : Comment s’interroger ensemble sur notre condition d’humains  ? C’est angoissant parfois, mais fondamen–––––––– 1. CDN, Centre dramatique national. 2. Collectif créé en 2011 par cinq comédiens issus de L’Estba (École supérieure de théâtre de Bordeaux en Aquitaine). 3. Direction régionale des affaires culturelles. 4. Deux spectacles (chorégraphie et conception de Pina Bausch) ont été donnés pour la première fois à l’opéra de Bordeaux, du 10 au 13 octobre 2013 : Café Müller et Le Sacre du printemps.


talement réconfortant, et cela passe par les mots, les mots des auteurs, leur parole, leurs inquiétudes, leur consolation. Cela n’exclut pas le reste mais, si je suis plus polémique que consensuelle comme jusqu’à présent : « Nouveau cirque, tout ça… Ok, une fois de temps en temps, mais ça ne me nourrit pas!  » J’ai besoin des mots ! Cela peut être très joli, très intéressant, mais j’ai besoin des mots, du corps qui porte des mots, qui prolonge des émotions appelées par les mots. J’ai monté une adaptation d’un roman de Nancy Huston, Ligne de faille, remplie de mots : vous voyez !

lotis, alors qu’il y a légitimement de la place pour beaucoup de gens – pas forcément tout le monde –, nous ne sommes pas dans la génération L’Oréal « parce que je le vaux bien », non, mais néanmoins… Les artistes ont un rôle magnifique, donc une responsabilité énorme. Des gens travaillent en usine pour qu’on ait le luxe de penser ou de rêver un autre monde, de réfléchir à notre condition d’humains. Si on nous oblige à être des businessmen, autant supprimer. Si tout le monde va dans le même sens, ce n’est pas forcément la peine.

Pour terminer, une question : Que souhaitez vous ajouter ?

Faire sortir les productions artistiques des murs institutionnels, avez-vous cette ambition ?

La grosse déception de la crise. Dans ma très grande naïveté, quand j’ai entendu parler de la crise, je me suis dit :« C’est formidable». Il arrive à tout le monde de se tromper (je suis magnanime !). J’ai pensé : « On a misé sur ce côté boursier, cela mène dans le mur, on va pouvoir se tourner vers de vraies valeurs… » No comment ! C’est un peu la même chose pour l’espérance de solidarité, on ne peut pas être généreux quand on n’est pas serein. La réussite machiavélique de la crise est de faire très très peur ; les gens ont très très peur –  et à juste titre  –, beaucoup ont été exclus du système d’indemnisation, beaucoup de troupes ont été victimes d’un écrémage grandissant. L’espèce de paradis des années Lang a disparu. L’a remplacé cette idée du trop, de la nécessité de couper des têtes, etc. Même les nantis ont peur ! Du coup, au lieu de rendre généreux, la panique globale pousse à accumuler, à bétonner, à aller trop vite. On prend pour ennemis ceux qu’on prend pour mieux

L’identité de ma compagnie telle qu’elle était en Provence-Alpes-Côte-d’Azur est de ne pas faire de différence entre la démocratisation culturelle et l’acte de création. Je n’ai pas mis des amateurs sur le plateau de Sainte Jeanne pour remplir une case « amateurs ». Je monte un texte, Sainte Jeanne des Abattoirs, qui interroge le monde ouvrier : « Avec qui et comment ? Je vous invite à l’interroger avec moi. » Cela fait partie de l’acte de création. Entretien réalisé par Vincent TACONET >  Tnba, Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine Direction Catherine Marnas 05 56 33 36 60 www.tnba.org info@tnba.org >  Estba, École supérieure de théâtre de Bordeaux en Aquitaine Directrice, Catherine Marnas Responsable pédagogique, Gérard Laurent

LE CHOIX DE L’ORMÉE

Livre

OSER LA CULTURE Sous la direction de Patrice Cohen-Séat et de Alain Hayot.

Durant deux années consécutives, 2011 et 2012, Espaces Marx et le collectif Culture du PCF ont tenu conjointement un séminaire sur le thème « Culture, politique, émancipation  ». Au cœur de leurs travaux, on retrouve la crise majeure à laquelle est confronté le mouvement artistique et culturel  : une crise qui touche au sens même de sa production et de sa fonction sociale, en même temps qu’elle est une crise des politiques publiques en la matière, liée au choix de marchandisation du secteur. Depuis sa victoire en 2012, le pouvoir socialiste ne fait pas de l’art et de la culture une priorité, les privant ainsi de la possibilité de s’affranchir de la tutelle financière sur le plan économique et de l’ordre moral sur le plan des idées et des valeurs, qui avaient été imposés par la droite sarkozyste. La gauche et le mouvement transformateur ont-ils encore la

capacité de définir le sens, la portée, l’ambition d’un projet culturel au cœur de la recherche d’une alternative aux actuels rapports sociaux d’exploitation, de domination et d’aliénation ? C’est à cette question majeure que treize personnalités ont répondu, dans leur diversité. Ces textes constituent une référence dans le débat en cours. Contributions, entre autres, du psychanalyste Roland Gori (responsable de l’Appel des Appels), de MarieJosé Mondzain, philosophe de l’art et de l’image, de l’historien Gérard Noiriel, de l’acteur-metteur en scène Robin Renucci, des philosophes Bernard Stiegler et Bernard Vasseur, égale-

ment directeur de la maison Elsa Triolet-Aragon, de Alain Hayot qui revisite/retrace les rapports – essentiels – que le PCF a entretenu avec les artiste et le monde de la culture. Alain Hayot, socio-anthropologue, délégué national à la culture du PCF nous avait fait la gentillesse de partager ses réflexions et expériences en matière de politique culturelle populaire lors de la parution du n° 100 de L’Ormée. Par ailleurs, il a rappelé ce que «  culture  » veut dire pour les communistes : «  trésor accumulé des créations humaines » (comité central d’Argenteuil, 1966) ou bien encore «  ce qui permet à l’individu de sentir pleinement sa solidarité avec les autres hommes, dans l’espace et le temps, avec ceux de sa génération comme avec les générations qui l’ont précédé et avec celles qui le suivront… » (Paul Langevin, 1931). «  C’est [donc] un objet de réflexion et un champ d’action auxquels les communistes ont longtemps accordé une place déterminante, empruntant en France la voie singulière ouverte par les Lumières, à la fois respectueuse du passé, critique et utopiste. » Éditions Arcane 17, Paris, 2013. En vente auprès de L’Ormée.

Mandela Par Jean Métellus, poète et neurolinguiste Né le 18 juillet 1918 Dans un 20e siècle fiévreux et tumultueux Terrifiant et scandaleux Aux frontières du Natal Baigné par les eaux bleues de l’Océan Indien Au pied des montagnes déchiquetées du Drakensberg Drapé de mille chansons Dépourvu d’orgueil Son père le nomme : Rolihlala C’est-à-dire « celui qui tire le branche d’un arbre » Ou « celui qui doit poser des problèmes » À cinq ans il garde les moutons et les veaux Prend plaisir à récolter du miel sauvage Des fruits et des racines comestibles À boire le lait chaud et sucré au pis même de la vache À nager dans les ruisseaux clairs et froids À attraper les poissons à l’aide d’un fil de fer À se battre avec un bâton, à parer les coups À simuler l’attaque ici Et à frapper dans une autre direction Il vit heureux au milieu du bétail […] Souvenons-nous de ses leçons Et saluons-le dans la joie et l’allégresse Qu’on dise maintenant sa pensée courageuse et féconde Que tous les peuples d’Afrique disent maintenant Sa force et sa générosité Ceux qui ont cru en lui peuvent dire maintenant Son nom vivra au-delà des temps À l’égal de celui de Toussaint Louverture. Médecin et poète, né Haïtien, Jean Métellus, décédé le 4 janvier (1937-2014), s’est exilé en France en 1959, sous la menace des « tontons macoutes » du dictateur François Duvalier. Il est l’auteur d’une trentaine de livres. Avec Voix nègres, voix rebelles, voix fraternelles, publiées par Le Temps des cerises en 2007, Jean Métellus rend hommage à quelques figures marquantes du combat émancipateur des noirs et, au-delà, de tous les êtres humains. Le texte ci-dessus est extrait (premiers vers et la chute) de son ode à Nelson Mandela (1918-2013).

RENCONTRES ESPACES MARX

LIBRAIRIE LA MACHINE À LIRE 8, place du Parlement, 33000 BORDEAUX

Edwin Le Héron et Jean-Marie Harribey

CHANGER L’EUROPE ! (Les Liens qui Libèrent) animée par Guillaume Pastureau > Jeudi 20 février à 18 h 30 Marie-France Boireau

ARAGON, ROMANCIER DE LA GRANDE GUERRE ET PENSEUR DE L’HISTOIRE (Presses universitaires du Septentrion)

animée par Vincent Taconet > Jeudi 27 février à 18 h 30 Élie Treese, son second roman

LES ANGES À PART (Rivages) animée par Vincent Taconet > Jeudi 21 mars à 18 h 30 Éric Mesnard

ÊTRE ESCLAVE, AFRIQUE-AMÉRIQUESXV e-XIXe SIÈCLES (La Découverte) co-écrit avec Catherine Coquery-Vidrovitch

animée par Karfa Diallo > Jeudi 17 avril à 18 h 30

L’ORMÉE _ 7


LE CHOIX DE L’ORMÉE

n° 101

BURLOCO THÉÂTRE Nadine PÉREZ

Bordeaux pour tous 1 Vincent Maurin, Natalie Victor-Retali conseillers municipaux PCF de Bordeaux Politique. Soutenir la culture en (conseil) général et l’IDDAC en particulier 2 Emmanuel Fargeaut Portrait. Gatha, l’énergie de la mélancolie 3 Natalie Victor-Retali Entretien avec Catherine Marnas, directrice du TnBA et de Estba 4à7 Vincent Taconet Jean Métellus, Ode à Mandela (extraits) 7 Choix de l’Ormée 7 et 8 Photographies de Natalie Victor-Retali

[burloco.com]

Comédienne, metteur en scène, Nadine Pérez a crée le Burloco Théâtre en 1987. Elle aime le spectacle complet où corps, voix, chant, musique, jeu théâtral et parfois danse se mélangent avec un décor toujours très léger qui met en valeur le jeu du comédien. Depuis plus de dix ans, Nadine Pérez dessine un compagnonnage artistique avec Luis Sepúlveda dont elle adapte les œuvres littéraires.

L’OMBRE DE CE QUE NOUS AVONS ÉTÉ

Dans un quartier de Santiago, trois hommes attendent un mystérieux révolutionnaire, « le spécialiste ». Il a convoqué ces militants de gauche, de retour d’exil trente-cinq ans après le coup d’État de Pinochet, pour participer à une action. Découverte attachante et cocasse d’hommes malmenés par l’histoire et l’exil, qui n’ont perdu ni leur humour ni leur fidélité aux rêves de jeunesse.

> Jeudi 13 et vendredi 14 février, 19 h, Glob Théâtre, BORDEAUX > Vendredi 27 mars, 20 h, Médiathèque, SAINT-LOUBÈS > Début juin, représentation à MÉRIGNAC

HISTOIRE D’UNE MOUETTE ET DU CHAT QUI LUI APPRIT À VOLER

Zorbas le chat grand noir et gros a promis à la mouette venue mourir sur son balcon de couver son dernier œuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Tous les chats du port vont se mobiliser pour l’aider à tenir ses promesses. Fable animalière, miroir de notre monde, cette aventure de mouette victime de marée noire réussit à marier l’humour et la fantaisie aux thèmes de l’environnement, du respect de la différence et de la solidarité.

Film documentaire

CAMARADES DE LA CHAMBRE HAUTE Réalisé par Laure Tarnaud.

2013, couleur, 16/9, 79 mn.

Production Emmanuelle Mougne, Laterna Magica, 18 passage de la Main d’Or, 75011 Paris. En coproduction avec TV Tours et avec le soutien de CICLIC, du CNC et de la PROCIREP-ANGOA. Image et montage Nils De Coster ; son Fabrice Naud.

Laure Tarnaud, ancienne assistante du sénateur communiste Jack Ralite, a souhaité retrouver ses anciens « camarades-patrons » et filmer leur travail de contestation parlementaire en se demandant quel en était le sens. À quoi sert un sénateur communiste aujourd’hui  ? Croit-il vraiment qu’il peut changer le monde  ? De manière générale, quel sens ont les débats parlementaires ? Le documentaire filme l’avant et l’après des élections sénatoriales de septembre 2011 qui ont vu le Sénat basculer de droite à gauche pour la première fois de son histoire. Elle a suivi les élus dans leur travail en commission, dans l’hémicycle, en discussion, passant du rôle d’éternel opposant fustigeant cette droite qui ne cesse de «  faire des cadeaux aux plus riches  » à celui de membres d’une majorité dans laquelle ils peinent parfois à se reconnaître.

ENCART « Cultures » municipales, parent riche

ou parent pauvre ? Emmanuel Fargeaut Humeur. De l’utilité d’une chronique anticommuniste sur France Culture en février 2014, Natalie Victor-Retali

Dispensé de timbrage

BORDEAUX MERIADECK

L’Ormée

15, rue Furtado 33800 Bordeaux

PRESSE DISTRIBUÉE PAR

DÉPOSÉ LE 17.02. 2014

Mardi 4 mars, 14 h, salle Évasion, AMBARÈS

LES 256 DE SOUGE

Fusillés de 1940 à 1944 Préface de Bernard Lachaise

(Professeur Université Bordeaux3) 250 pages, 25 € (prix public) Le Comité du souvenir des fusillés de Souge a pour objet social d’honorer la mémoire des 256 résistants et patriotes fusillés par les nazis au camp de Souge, en Gironde, de 1940 à 1944. Ce livre témoigne de qui étaient ces fusillés, tant du point de vue de leur état civil que de

leurs situations personnelle et professionnelle, de leurs engagements très divers, ainsi que de leurs actions de résistance, conditions d’arrestation et processus de condamnation (ou pas) et d’exécution.

SOUSCRIPTION 15 €

(port et emballage compris) jusqu’au 30 juin 2014 Chèque à l’ordre des Éditions Le Bord de l’Eau Adresser au Comité du souvenir des fusillés de Souge, Bourse du travail, 44 cours Aristide Briand, 33000 Bordeaux

POUR NOUS CONTACTER

ormee33@gmail.com L’Ormée

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À paraître (septembre 2014)

Publication du secteur culturel de la Fédération de la Gironde du PCF. 15, rue Furtado - 33800 Bordeaux - 05 56 91 45 06 Directeur de la publication, Michel Dubertrand. Rédactrice en chef, Natalie Victor-Rétali. Vente au numéro, 5 euros. Abonnements - 1 an : 15 euros soutien : 25 euros, 50 euros. Tirage 3 000 exemplaires. Composition et impression Les Nouvelles de Bordeaux et du Sud-Ouest 15, rue Furtado - 33800 Bordeaux CPPAP n° 0718 P 11493


Publication du secteur culturel de la

Fédération de la Gironde du PCF SUPPLÉMENT AU N°101

« Cultures » municipales, parent riche ou parent pauvre ?

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A SE DÉFEND BIEN SÛR, la culture, il en faut toujours un peu pour la vie en société au sein d’une commune, mais quel choix politique culturel prendre pour une municipalité ? Le projet « culture » d’une équipe, d’une ville, peut être un pilier de son programme politique ou un adjuvant associé au comité des fêtes ; la part du budget peut aller bien au-delà du 1 % culturel ou rester à des étiages qui n’inquiètent pas certains édiles ! Ceci dit, les situations ne sont pas si tranchées que cela, si claires, surtout à l’approche des élections, quand il faut donner belle allure à son programme et n’oublier personne, ni quelque secteur important pour séduire son électorat ! Les associations en général, le sport et la culture en particulier, deviennent alors des atouts électoralement «  pertinents  »  !

UN PARENT PAUVRE, PARFOIS !

C’est en tout cas ce qui apparaît à Bègles, où pour la liste Front de gauche-PCF conduite par Christine Texier, « il n’y a pas de politique culturelle pour tous…[ faute] d’une intervention citoyenne dans ce domaine ». Et, au vu de la triste fin du collectif d’artistes « la Morue noire » lâché par la mairie, il faut prestement réfléchir à la mise à disposition d’équipements, y compris de friches industrielles, accueillant une résidence d’artistes ou un équipement municipal pour répondre à la sous-dotation en salles de spectacle dans cette ville proche des trente mille habitants. Plus pauvre encore… mais plus loin aussi, la commune de Saint-Michel-de-Lapujade où la culture locale avait tendance à se limiter au seul patrimoine architectural religieux ! Certes, Dieu y reconnaîtra les siens, mais la laïcité et la culture avaient bien besoin du projet de Béatrice Scipion qui a jeté son dévolu sur une petite bibliothèque. Elle en a fait un espace vivant, réaménagé à l’intention de toutes les générations, jusqu’à être soutenu par le réseau Lecture publique de la Communauté des communes du Réolais (CDC) et par la Bibliothèque départementale de prêts de la Gironde (BDP) ! Monsieur

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le Maire n’a pu être que séduit par cette démarche de bénévoles qui ont élargi et modernisé l’horizon culturel, « pour tous », de cette toute petite commune aux marges du Lot-et-Garonne !

NI RICHE, NI PAUVRE, MAIS FAVORISÉE

Comme à Saint-Pierre d‘Aurillac, où tous les chemins de Garonne conduisent. Effectivement, la municipalité « citoyenne  » de SaintPierre d‘Aurillac, près de Saint-Macaire, s’est depuis des années appuyée sur un tissu et une dynamique associativo-culturelle remarquable. Une politique remarquée sous toutes ses facettes, « artistique, éducative, gasconne et métissée », avec ses résidences d’artistes, son festival des «  Sous-Fifres  » (presque) mondialement connu  ! Et le chantier que mène la municipalité communiste va se poursuivre puisque Stéphane Denoyelle, en tête de liste, prépare la coconstruction d’une commission municipale «  culture  ». Tout ça pour une commune de moins de mille cinq cents habitants !

Les gros budgets lèvent le doigt

Dernier exemple, celui où la culture semble être richement dotée, celui complexe et polémique, de la métropole bordelaise. Il n’avait pas échappé à Jacques Chaban-Delmas que le soutien municipal à de grandes institutions bourgeoises, comme l’ONBA, le Grand Théâtre, le musée d’Aquitaine ou le CAPCmusée d’art contemporain, était une condition essentielle pour l’épanouissement d’une culture bourgeoise partagée ! Il y en allait aussi de la renommée de la ville et de son attraction touristique. L’omniprésent et omnipotent maire, en consacrant plus de 25 % du budget municipal à « sa » culture, en avait fait un enjeu politique majeur, tant et si bien que Françoise Taliano-des Garets put parler de « chabanisme culturel » 1. Il ne lui avait pas échappé non plus qu’il fallait avoir une caution plus jeune dans une ville où, il y a plus de trente


ans, se développaient une culture rock, un Bordeaux musical et une scène « électrisée » dans les différents clubs underground de la « belle endormie » Et quand Simone Noailles lui suggéra de soutenir la salle Barbey et ce qui allait devenir la Rock-School, il n’hésita pas à appuyer le projet. Alain Juppé n’avait plus qu’à gérer l’héritage… mais, dès 1997, il l’a soldé. Et pour ne prendre que cet exemple, Sigma et Roger Lafosse en firent alors grandement les frais !

Un investissement dans l’humain

–––––––– 1. In Vingtième Siècle, revue d’histoire, 61, janv.-mars 1999, p. 44-55.

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HUMEUR

Vingt ans plus tard, la culture est encore un talon d’Achille pour le maire UMP de Bordeaux. Il a beau faire valoir « l’imprégnation de la culture dans les quartiers », et afficher sa volonté de « rapprocher la culture du citoyen », il est loin de la culture pour tous qu’appellent de leurs vœux – politiques – les candidats Front de gauche-PCF pour les municipales de mars. Quand Vincent Maurin, tête de liste, affirme « le [nécessaire] lien étroit entre le soutien à la création et l’appropriation sociale et citoyenne des œuvres et des pratiques culturelles et artistiques », il souligne que, pour une commune, la culture n’est pas un coût à réduire. Mais qu’elle est un investissement humain contre la crise, et un vrai vecteur économique en phase avec l’intérêt général. Dans le projet Juppé, celui dernièrement voté, il y a deux problèmes : à la fois un budget insuffisant, suppléé souvent par un appel au mécénat ; mais aussi des moyens à mieux répartir. Aujourd’hui les

grandes institutions culturelles bordelaises monopolisent trop l’attention et les moyens de la ville (vingt-deux millions d’euros, oui, mais vingt millions pour les « majeures »). « Pour nous, le débat n’est pas d’enlever à certains pour donner aux autres. Il faut que chacun ait les moyens de vivre ses ambitions. La municipalité doit offrir cette possibilité et défendre la création, notamment en direction des populations les plus éloignées de l’offre actuelle. » Politique que défend l’élue communiste et artiste Nathalie Victor-Retali, au conseil municipal, depuis des années. Alors, opportunisme et échéance électorale aidant, c’est à grand renfort de publicité que la commission du fonds municipal d’aide à la création vient de distribuer cinq cent mille euros auprès de quaranteneuf projets artistiques divers et éclectiques. Personne n’est dupe, on ne prête qu’aux riches, à droite, à Bordeaux, et en plus cela renforce l’image médiatique et politique du maire sortant. En fait, riche ou pauvre, rien ne sert d’instrumentaliser la culture, il faut en faire un vrai projet d’éducation partagé et populaire, pour le plus grand bien de toutes et tous. Et ça, à la mairie, on ne sait pas encore faire comme on sait le faire vivre ailleurs, sur la Garonne aussi, tiens, à Saint-Pierre d‘Aurillac par exemple ! Emmanuel FARGEAUT

«

Ayant vécu vingt-cinq ans à Bordeaux, je ne pouvais faire moins que d’en laisser quelques images parsemer notre revue culturelle. Des photos de Bordeaux, vous n’en trouverez guère dans mon blog, peu dans mes expos, j’y ai fait trop souvent autre chose que photographier ; ces photos-ci sont donc rares, les lieux qui les ont inspirées se modifient à une telle vitesse que cela laisse un goût poisseux de fête foraine au bord des lèvres ; la poésie y survivra-t-elle, rien n’est moins sûr. Alors voilà. »  N_VR [victorretali.canalblog.com]

De l’utilité d’une chronique anticommuniste sur France Culture en février 2014

Philippe Meyer est connu comme un homme de mesure, plutôt de droite ; aussi n’en ai-je pas cru mes oreilles, en cette « matutinée » du 4 février 2014, en l’entendant débuter une chronique sur… les communistes, à l’occasion de la rediffusion de Camarades 1 sur la chaîne Histoire. Intéressée, je me mis en phase avec la verve plutôt désuète et traditionaliste du chroniqueur, prête toutefois à relever quelque incohérence ou abus qui viennent souvent aux chroniqueurs en de telles (et si belles) occasions. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre, sur ma chaîne de radio préférée, une simple suite de clichés anticommunistes dignes des plus grandes heures du stalinisme. Tout y était, les millions de morts, les horreurs et la folie des grandeurs qui fort heureusement sont mortes depuis aujourd’hui plus de cinquante ans et sur lesquelles le Parti communiste français, qui les a malheureusement soutenues un temps il y a fort longtemps, a fait un travail remarquable de réflexion et de refondation, afin que son noble idéal ne conduise plus jamais à ces antithèses d’humanité que furent les stalinismes et leurs exactions. Après un instant de stupeur, j’en vins à ces conclusions : d’une part, on n’a rien d’autre à reprocher aux communistes français que des exactions commises en d’autres lieux et en d’autres temps par d’autres qu’eux ; d’autre part, notre idéal revient suffisamment sur le devant de la scène en ce moment pour qu’un chroniqueur de France Culture juge bon d’alerter la France entière contre notre « humanité et notre citoyenneté » (sic) exemplaires et «qui sembleraient faire défaut aujourd’hui ». « Auditeurs sachant auditer, …le ciel vous tienne en joie », il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun… Natalie VICTOR-RETALI –––––––– 1. Documentaire de Yves Jeulan, 180 minutes, 2004, Camarades, Il était une fois les communistes français.

Ormée N° 101  

Ormée N° 101 - février 2014

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