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Publication du secteur culturel de la

N° 115. janvier-février-mars 2018. 5 €

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Fédération de la Gironde du PCF

LA PRESSE EN MACRONIE !

ès le début de son mandat, le président Macron a imposé une distance à la presse, se préservant ainsi de ce quatrième pouvoir, un pouvoir que l’on dit être un des piliers de notre démocratie. Il n’en fallait pas moins pour décomplexer industriels et financiers, lancés dans des procédures en diffamation à l’encontre des journalistes ayant osé révéler quelques scandales ou pratiques douteuses. Ces « procédures-baillons » visent ni plus ni moins à limiter la liberté de la presse, comme a tenté de le faire Bolloré envers France 2 suite à la diffusion d’un reportage de «  Complément d’enquête ». Il réclamait 50 millions d’euros de dédommagement à la chaîne publique, s’estimant calomnié lors d’un sujet mettant en lumière ses affaires « africaines ». Et son travail de démolition continu a poussé, fin janvier, une cinquantaine de journalistes, juristes, responsables d’associations à lancer un appel 1 dont le sénateur communiste Pierre Laurent s’est fait le relais auprès de Madame la ministre de la Culture, Françoise Nyssen 2. Il y a fort à parier que la justice va suivre son cours, que Bolloré et consorts vont continuer à assigner en justice tous les impétrants qui osent les critiquer. Que le gouvernement se fendra d’une mesurette, loin du besoin exprimé par des journalistes pour leur liberté d’enquête et de diffusion telle que la définissent la Loi de 1881 et la charte de Munich de 1971 sur la déontologie de la presse. De même, quand il s’agit du strict service public, celui de l’audio-visuel en l’occurrence, –––––––– 1. Aux côtés de Médiapart, de Bastamag et de Reporterre, de l’Humanité et de Télérama, on trouve parmi les signataires BFM et RMC, c’est dire si l’heure est grave ! [http://www.acrimed.org/ Face-aux-poursuites-baillons-de-Bollore-nous-ne] 2. Question écrite n° 03114. [https://senateurscrce. fr/activite-des-senateurs/les-questions-augouvernement/les-questions-ecrites/article/ pour-la-sauvegarde-de-la-liberte-de-la-presse] 3. « Ruedevalois papers… », ou le bradage du ministère de la Culture. [http://www.pcf.fr/103101] 4. « Je crois que c’est moi qui ai enterré le corps de Maurice Audin. » Jacques Jubier a la voix un peu tremblante. […] Comme près de deux millions d’appelés, il avait préféré oublier, se taire « pour protéger (sa) famille ». L’Humanité, 14 février, article de Maud Vergnol. [https://www.humanite.fr/ temoignage-une-saloperie-de-communiste-il-faut-lefaire-disparaitre-650503]

la politique mené à son encontre n’est guère plus réjouissante. L’État, par la voix de son ministre de la Culture, propose ouvertement le départ du PDG Gallet, pesant lourdement sur le choix d’un CSA invité à trancher sur le sort du patron de Radio France. Une attitude perçue comme inquiétante par les personnels de l’entreprise au moment où, au Parlement, la loi de finance 2018 prévoit que l’audiovisuel public subira dès cette année une coupe budgétaire de l’ordre de 50 millions d’euros et y perdra plusieurs centaines d’emplois.

Dégager des synergies ? Le minis-

tère de la Culture argue, dans ce cas, qu’il faut dégager des synergies compensant la perte d’effectifs soit, comme le disait sur France-Inter la réactive Charline Vanhoenacker : « Un gouvernement qui veut dégager des synergies, c’est qu’il veut dégager des personnels…  ». Le PCF s’est longuement prononcé sur cette situation désastreuse, sur tous ces projets de désengagement de l’action publique au profit du privé 3, au sein d’établissements relevant de la tutelle de l’État. Françoise Nyssen entend elle-aussi réformer l’audiovisuel français. Ce qui inquiète les médias concernés tels que France Télévision, en raison d’une possible fermeture des bureaux régionaux de France 2. Et si les

propositions étaient sur la table, « rien n’avait encore été décidé » a déclaré la ministre. Les arbitrages jupitériens pour cette importante réforme annoncée devraient tomber – du ciel – fin mars, avec comme mesure phare une présidence commune à l’avenir pour France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (France 24, RFI…). La ministre envisagerait même d’étendre cette direction unique à l’Institut national de l’audiovisuel (INA), toujours avec le souci de dégager des synergies et… des économies. Heureusement qu’une presse libre et non faussée continue à porter des combats d’aujourd’hui, à enrayer les mécanismes de fabrication de l’oubli, comme « l’affaire » du mathématicien Maurice Audin, communiste assassiné en Algérie. L’exigence d’une reconnaissance de ce crime d’État contre la liberté des peuples et des idées pourrait bientôt aboutir, espère l’Humanité  4 dans son édition du 14 février, faisant parler un nouveau témoin. C’est cette presse qu’il nous faut défendre, contre intérêts financiers et raison –  supérieure  – de la nation. Résistance, comme à l’Ormée, dont l’écho modeste mais sincère se vit et se lit grâce à vous. On en reparle, vous nous aidez, on se bat ensemble pour l’Esprit et la Lettre. Emmanuel Fargeaut

Ernest Pignon-Ernest – ALGER 2003 – PARCOURS MAURICE AUDIN.

Dans sa singularité tragique, Maurice Audin incarne une exigence de vérité. Martyrisé, disparu, victime d’un crime toujours non reconnu, non avoué, il nous dit que l’on n’en a toujours pas fini avec « ça ». Extrait de l’interview d’Ernest Pignon-Ernest accordé à Mina Kaci, l’Humanité, 19 mai 2003.


hommage

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Au dernier trimestre 2017, outre la grande anthropologue Françoise Héritier, disparaissaient trois grandes figures du théâtre et de la culture : notre camarade Jack Ralite, Jacques Lassalle et, fin décembre, notre voisin, Pierre DEBAUCHE. Fondateur, entre autres, du Théâtre des Amandiers de Nanterre, Pierre Debauche a sillonné la France pour y propager son idée du théâtre, jouant un rôle majeur dans le spectacle vivant, alliant une terrible discrétion à une passion et une conviction sans cesse agissantes et rayonnantes. Nous avons choisi de le faire connaître et de le retrouver en rappelant trois temps forts, d’inégale importance et d’inégale durée, liés aux dernières années de sa vie et à notre région.

la tentation comme une condition indispensable*

’ai rencontré Pierre Debauche un après-midi dans son Théâtre du Jour, à Agen. Souriant et enthousiaste comme un débutant. J’avais pourtant devant moi l’une des figures les plus importantes de la décentralisation culturelle d’après-guerre. Il me fit visiter son théâtre « tout en bois », prit le temps de m’en détailler la configuration et d’évoquer l’importance de la proximité avec les spectateurs. Après quelques tours de piste, cet homme, dont le charisme n’était pas sans me rappeler celui du non moins grand Gérard Philipe, accepta immédiatement de venir parler de son expérience à l’occasion de la première édition des Rencontres pour une culture populaire, événement que je lançais alors à Bordeaux. Il me fit confiance. Le vendredi 19 février 2016, il était bel est bien présent, ravi et ému d’intervenir aux côtés de son ami de longue date Jack Ralite. Je découvrais, derrière l’homme de théâtre, le profil attendrissant et juvénile de celui sur qui je posais alors un regard nouveau, moi-même spectateur de leurs retrouvailles, déconcertantes de simplicité et d’humilité. Pierre raconta son parcours, ses débuts d’acteur à Paris, ainsi qu’un événement qui a changé sa vie : « J’ai été jusqu’à Aubervilliers en 1965 pour une pièce et j’ai vu à ce moment-

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là que l’on pouvait faire du théâtre autrement que pour les spectateurs professionnels. Une pensée, plus un projet, plus un territoire, ça devenait prodigieux, car les gens qui étaient dans la salle à ce festival n’étaient pas les mêmes que ceux qui allaient à Paris. Et ça m’a ouvert les yeux, ça m’a ouvert mon chemin. » Comme si c’était hier, Pierre raconta cette histoire en encourageant la jeunesse présente à prendre la relève. Malgré les années

metteur en scène.

* Pierre Debauche, aux Rencontres pour une culture populaire, à Bordeaux, le 16 février 2016.

De gauche à droite : Jacques Téphany, directeur de la Maison Jean Vilar, Pierre Debauche, Gabriel Garran, fondateur du Théâtre de la Commune, et Jack Ralite, à Bordeaux en 2016.

un homme de foi

’est à Agen, entre 2002 et 2005, que j’ai connu Pierre Debauche. Il était alors directeur du Théâtre du Jour et du Théâtre-École d’Aquitaine, qu’il avait créés. C’était le seul endroit en France où l’on forgeait pour devenir forgeron, c’est-à-dire où l’on jouait devant un vrai public, pas des connaisseurs ou des critiques, un théâtre fait pour lui. Nous, simples élèves, nous y avions ce privilège. Dire que tout y était parfait serait bien stupide de ma part. Plus tard, j’ai fait radicalement l’inverse et suis allé me former au TNS 1, qui est un peu le temple de l’avantgarde et de la formation feutrée à l’abri du public. Je souhaite seulement dire à quel point Pierre était, tout en étant athée, un homme de foi. Il pratiquait, en plein cœur d’Agen, une véritable politique culturelle. Cherchant à éveiller, à éduquer et à garder le contact avec une population souvent indif-

qui pouvaient nous séparer, son témoignage résonnait naturellement en tous, et je garde en mémoire les derniers mots à Bordeaux de celui qui n’avait pas d’âge : « Allez là où on ne vous attend pas, faites des choses pour des raisons essentielles ! » Damien THOMAS,

férente. Il y eut de véritables miracles, et au service d’un vrai théâtre populaire. Je me souviens d’une Mégère apprivoisée mise en scène par Alan Boon, jouée à guichet fermé. Et de tant d’autres spectacles. La politique de Jean Vilar sans esbroufe, sans cette course un peu effrénée aux formes nouvelles que se livre notre génération… Homme de foi parce que, malgré les huissiers, qui de mon temps venaient souvent, malgré l’environnement culturel souvent plus sensible aux charmes du SUA 2, Pierre semblait ne jamais douter. Cela lui donnait, ainsi qu’à ceux qui le côtoyaient, une force quasi surnaturelle. Homme de foi également parce que bâtisseur du seul théâtre élisabéthain en France (le Théâtre du Jour) avec cette particularité d’être à la française, c’est-à-dire selon les normes des salles de jeu de paume et des salles de spectacle du seizième en France. Façon aussi de dire à nos amis anglo-

saxons que « oui, nous aussi, nous avons été baroques  ». Même notre passé était digéré, ingéré et, pour tout dire, transformé par Pierre, quelquefois inversé. Ceux qui le connaissaient faisaient souvent le parallèle entre Pierre et Don Quichotte. J’ajouterai que Pierre était un Don Quichotte qui jamais n’en avait lu les cinquante dernières pages. Il laissait ce soin à ceux qui l’enterreraient, peut-être. Pierre était autant un homme de grande culture qu’un fabuleux directeur de lieux. Toutes mes pensées vont à Françoise, sa femme, qui doit le regretter profondément. Ivan Hérisson,

comédien, auteur à 17 ans de poèmes publiés par la NRF (N° 559)

–––––––– 1. Théâtre national de Strasbourg, abrite en son sein une prestigieuse École supérieure d’art dramatique. 2.  Sporting union Agen, section sportive de rugby à quinze.


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ujourd’hui nous voulons saluer ce héros discret, Pierre Debauche. Non seulement parce qu’il fut celui qui imagina ce festival si particulier, si personnel, issu de ses désirs les plus profonds, le festival des Francophonies, mais parce qu’il incarna au plus haut point le destin des artistes qui ont confondu, pour le meilleur, leur projet artistique avec la décentralisation théâtrale en marche. Et c’est en toute cohérence que Pierre Debauche a fait naître le festival des Francophonies à Limoges, dans une terre de résistance et de solidarité : il a emmené avec lui, à Limoges, cette vision d’un théâtre qu’il voulait partager avec ceux qu’il chérissait, les grands auteurs de langue française, écrivant loin de Paris, loin de la France. Était-ce son côté belge ? Il savait regarder ailleurs. Il savait que décentraliser son travail de créateur ne suffirait pas, qu’il fallait aussi, surtout, décentrer le regard du spectateur vers des horizons poétiques, politiques, moins rebattus. Vers un horizon de fraternité, dans l’art et dans le partage des moyens que la décentralisation mettait à sa disposition. Et plus que cela, il voulait que le théâtre, son théâtre, soit le foyer d’une réinvention des relations entre intellectuels, artistes et publics. Et c’est cet esprit qu’il a semé partout où il est passé, de Nanterre à Agen. Aujourd’hui nous savons que ce feu qu’il a allumé à Limoges, et que le monde du théâtre et de la littérature connaît de par le monde, et salue, et nous envie, ce feu, il nous appartient de le nourrir. Depuis 35 ans, la belle invention de Pierre Debauche continue son œuvre de fraternité et d’ouverture à un monde sans cesse mouvant. Alain Van der Malière, président Marie-Agnès Sevestre, directrice Les Francophonies en Limousin

Publié le 26 décembre 2017 dans Le Populaire du Centre

œuvriers

nous te saluons avec respect

Rencontre avec Laëtitia MARTY, coordinatrice territoriale en Gironde du projet DÉMOS, orchestre de jeunes Bordeaux-Métropole-Gironde. D’autres secteurs culturels ou éducatifs seraient bien inspirés de prendre ce train-là en marche !

MUSIQUES EN ACTES

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e concert donné le 2 juillet 2017 dans les jardins du Conservatoire pour l’inauguration de la LGV à Bordeaux avait attiré beaucoup de monde. Après leurs aînés de l’ONBA et les chefs prestigieux que sont Marc Minkowski et Paul Daniel, j’avais eu la surprise de voir arriver sur la vaste scène de nombreux jeunes qui allaient se produire sous la direction de Julien Vanhoutte. Applaudissements enthousiastes, rappels… Mission remplie pour les musiciens en herbe et leurs animateurs. Initié en 2010 par la Philharmonie de Paris, Démos concerne à présent trente orchestres en France, dont trois en Nouvelle Aquitaine. Il a le soutien de l’État, des collectivités locales partenaires (notamment en Gironde, le Conseil départemental, Bordeaux Métropole et Ville de Bordeaux), et du mécénat. Avec Isabelle Ducom chef de projet, l’Opéra national de Bordeaux en est, depuis octobre 2016, l’opérateur local pour les trois années suivantes. Huit groupes d’enfants en bénéficient : trois à Bordeaux (avec l’ACAQB 1), trois sur la Métropole (Gradignan, Bouliac et Floirac) et deux autres dans le département (MDSI 2 de Coutras et de Langon). Cent vingt enfants, entre 7 et 12 ans, qui constituent l’orchestre de jeunes Démos de Bordeaux Métropole Gironde.

Alors, c’est quoi Démos ? Un dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale «  fondé sur la pratique instrumentale en orchestre et destiné à des enfants vivant sur des territoires connaissant des difficultés sociales, économiques et environnementales. » Cette présentation un peu sèche masque quelque peu toute la richesse des rapports humains à l’œuvre dans cette structure rassemblant ici cent vingt enfants de 7 à 12 ans, vingt-quatre artistes formateurs, douze référents sociaux… et un chef ! Une connivence sans laquelle ce projet de découverte et de rayonnement de la musique ne pourrait aboutir. C’est Laëtitia Marty, coordinatrice territoriale du projet à Bordeaux, qui m’en a fait découvrir les ressorts : ambition du projet, rigueur de l’organisation… L’idée est de lever tous les obstacles qui éloignent les enfants de la pratique musicale. Qu’ils soient d’ordre financier, culturel, géographique… Au départ, une fois les territoires définis, ce sont les travailleurs sociaux qui sont en rapport avec les familles, emportent leur adhésion et assurent le suivi. Tout est pris en charge. Les instruments

sont prêtés aux enfants par la Philharmonie, adaptés s’il le faut à leur croissance : cordes à Bordeaux, Floirac et Gradignan, cuivres à Bouliac, bois à Coutras et Langon. C’est une formation pratique qui ne doit rebuter personne : la formation musicale n’est introduite que progressivement, en deuxième année. Chaque groupe est encadré par deux intervenants artistiques et un référent social. La structure dispose en outre d’un pôle danse et de deux chefs de chœur  : Marie-Anne Mazeau et Frédéric Serrano.

Persévérance indispensable. Deux fois par semaine, les enfants répètent avec les intervenants, toutes les six semaines en tutti d’orchestre. Ils sont en stage de deux jours deux fois par saison. Et, en point d’orgue de chaque saison, donnent un concert final à l’Auditorium ! Le 16 juin cette année, avec le final de la 9e de Beethoven et les percussions corporelles d’une danse traditionnelle indonésienne… Ouf ! Mais quel bonheur partagé quand on est certain de conquérir le public ! Piloter tout ce dispositif demande beaucoup de temps et d’investissement. Laëtitia Marty n’est là que depuis quelques mois. Pour autant c’est pour elle une continuité. Ayant une solide formation artistique et s’occupant de gestion culturelle, elle travaillait déjà pour le Département sur les projets de développement social et culturel (PDSC) à destination des MDSI. C’est dire si elle connaît les populations concernées par Démos. Elle intervient où elle se sait utile et cherche à donner du sens à l’action culturelle. Ce projet lui convient donc à merveille. Elle se félicite du nombre très restreint de décrochages et aborde l’évaluation du projet avec optimisme. Elle sait qu’au niveau national environ 50 % des enfants poursuivent la pratique instrumentale à l’issue des trois ans. Et dans ce cas, l’élève conservera son instrument de prédilection. Il lui sera offert ! En formation d’orchestre, Démos devrait intervenir aussi au Domaine de Certes le 30 juin, dans le cadre des Escapades musicales. La veille, les cordes de Bordeaux auront participé à l’inauguration de la nouvelle salle des fêtes du Grand Parc à Bordeaux. À vos calepins ! Jean-Jacques CRESPO –––––––– 1. ACAQB, Association des centres d’animation de quartiers de Bordeaux ; sont concernés les quartiers Bordeaux-Sud (Saint-Michel et Carl Vernet), Les Aubiers/ Bordeaux-Maritime et Le Grand-Parc. 2. MDSI, Maison départementale de la solidarité et de l’insertion.

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œuvriers

Pour qu’il y ait concerts, il faut des équipements mais aussi des artistes. Guillaume Mangier, responsable de la Pépinière au Krakatoa de Mérignac, est un bon connaisseur des musiques actuelles, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas musique classique et contemporaine.

Du dynamisme sur la scène des musiques actuelles Propos recueillis par Christelle Danglot

Quels sont, pour vous, les signes de dynamisme de la scène musicale locale ?

Guillaume Mangier. Je dirais : d’abord la

diversité. En comparaison à d’autres régions, il y a ici une grande pluralité des esthétiques musicales, allant du black métal au reggae, en passant par la chanson française et l’électronique. Le deuxième signe, c’est le nombre de salles de concerts en activité, et on peut même étendre ça au nombre d’acteurs professionnels. Dans l’agglomération bordelaise, il y a une bonne demi-douzaine de labels importants en activité depuis longtemps, plusieurs dizaines de collectifs, et de petits labels actifs. Il y a des producteurs, gros et petits, des producteurs en mesure d’investir dans des festivals, par exemple. C’est aussi un bon signe qu’il y ait quatre scènes de musiques actuelles 1 à Bordeaux, c’est la seule ville qui en compte autant. À côté, il y a un certain nombre d’acteurs qui relève du champ privé, comme l’IBoat. Tout cela fait qu’il est très facile ici d’aller voir des concerts, professionnels en tout cas. Par contre, les lieux alternatifs sont plutôt en voie de disparition. Cela s’explique par un phénomène triple. Premièrement, on est sur un secteur qui s’est beaucoup professionnalisé. Les lieux très underground, à partir du moment où ils ne pouvaient pas salarier les gens qui s’en occupaient, se sont essoufflés. Le deuxième élément est un ensemble législatif qui s’est extrêmement alourdi ces dernières années, que ce soit les normes sonores, les licences d’entrepreneurs du spectacle ou une meilleure réglementation et le respect du Code du travail. Et ça, c’est plutôt une bonne chose. Enfin, il y a la mutation de l’agglomération bordelaise, avec un hypercentre qui devient un lieu de tourisme, de business et d’habitations, avec une population qui n’a pas forcément envie qu’il y ait des concerts dans une cave jusque trois heures du matin. Tout cela entraîne une disparition de lieux de diffusion qui étaient l’occasion de premiers concerts pour les projets. C’est forcément regrettable, mais je suis arrivé à Bordeaux ––––––––

Depuis 2012, la Pépinière du Krakatoa est devenue un dispositif avec des critères de sélection, d’évaluation et un corpus d’activités à 360° autour du projet artistique. À la formation artistique, répétitions, résidences de création, travail scénique, s’ajoutent l’accompagnement juridique, administratif et promotionnel des projets, dans un secteur professionnel qui se complexifie.

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il y a vingt-et-un ans, je me souviens des conditions de sécurité dans certains lieux, des conditions d’accueil du public, il est bien aussi d’arrêter de faire n’importe quoi. Pour compenser, il y a quand même un gros réseau associatif qui permet aux projets artistiques de naître, de faire leurs débuts, que ce soit dans des lieux institutionnalisés ou les nombreux festivals que compte notre département. Et puis les pratiques ont changé. On n’écoute pas de l’électronique comme on écoute du rock, ça ne s’écoute pas dans les mêmes lieux, avec les mêmes pratiques, aux mêmes horaires. Les publics sont aujourd’hui très mobiles, d’un genre musical à l’autre, ils vont aller dans des lieux ou des soirées plus spécialisés, labellisés, etc. Au CIAM 2 de Bordeaux, arrivent, depuis deux ou trois ans, les premières générations de jeunes qu’on appelle des musiciens de chambre, producteurs d’électronique ou de rap. Ils ont toujours fait de la musique dans leur chambre, sur leur ordinateur, n’ont aucune approche du concert, ne souhaitent pas devenir musiciens interprètes. Ils veulent composer, diffuser sur le Net et que leur production soit écoutée 10 000, 20 000, 100 000 fois sur les chaînes vidéo. C’est une vraie révolution culturelle. Ce ne sont pas du tout les mêmes approches de socialisation. L’échange existe, mais il n’est plus seulement local. Le rayonnement est aussi à mettre au compte du dynamisme local. Il y en a toujours eu mais, depuis plusieurs années, plusieurs artistes de Bordeaux mènent une carrière nationale, européenne, internationale. La création se porte bien en Gironde ?

G.M. Dans le champ des musiques actuelles,

centres universitaires se trouvent dans les grandes villes. Quand on met 40 000 jeunes dans la même ville, un dynamisme se crée immédiatement. De plus, il me semble qu’en Gironde la population est particulièrement concentrée dans la métropole. C’est aussi une question d’aménagement des zones rurales, il faut des conservatoires, des lieux de répétition, des lieux incubateurs pour les projets, mais il manquera toujours l’effet de masse et la multiplication des rencontres artistiques qu’il permet. L’ouverture de l’Arena, c’est une bonne nouvelle ou c’est une concurrence pour un lieu comme le Krakatoa ?

G.M. La jauge de cet équipement ne risque

pas trop de faire appel à des artistes que nous défendons. Il y a toujours des contreexemples, mais on tombe sur une logique de production qui n’est pas la nôtre. L’Arena, c’est un équipement qui va être loué par un producteur pour faire la date de son artiste et l’argent qui va avec. Mais en terme d’aménagement du territoire, j’ai toujours défendu l’idée que Bordeaux avait besoin d’une grande salle. Les seules salles disponibles, bien plus petites d’ailleurs (3 000 places pour la Médoquine et 5 000 pour la Patinoire), avaient des conditions acoustiques catastrophiques. On verra ce que ça donne à l’Arena, mais logiquement c’est fait pour ça. Ça va faire passer à Bordeaux des artistes qui n’y passaient pas et y amener un public qui ne venait pas y écouter de concerts, c’est un effet positif. On peut peut-être espérer des retombées économiques pour le monde de la musique localement, par exemple que des producteurs locaux puissent y produire des dates et ainsi développer leurs activités. Même si, à mon avis, il faut un sérieux bas de laine pour pouvoir produire une date là-bas. Par contre, une chose est sûre, dans l’effet pervers, c’est que les gens qui auront dépensé 60 euros pour aller voir un artiste à l’Arena ne feront peut-être pas les 2 ou 3 concerts par mois qu’ils font habituellement dans d’autres salles. Même si n’on a pas les mêmes jauges ni les mêmes propositions esthétiques, le porte-monnaie des gens n’est pas extensible. –––––––– 1. SMAC : scènes labellisées par le ministère de la Culture. 2. École de musiques actuelles.

relativement bien en effet. Il manque cependant encore de lieux de répétition face à une vraie demande des pratiquants. Il y a sans doute encore beaucoup de choses à faire aussi sur le plan de l’éducation, de projets à développer avec l’Éducation nationale, avec les conservatoires, de manière transdisciplinaire. Par ailleurs, la création est très concentrée dans la métropole. Il y a un effet contre lequel on ne peut pas lutter : à l’âge où on monte ces groupes, on part faire ses études et les gros Ernest Pignon-Ernest – ALGER 2003 – PARCOURS MAURICE AUDIN.


Notre fil rouge Ernest Pignon-Ernest – ALGER 2003 – PARCOURS MAURICE AUDIN. « À l’origine, j’ai été invité à participer à une exposition ayant pour thème l’Algérie. [Il] m’est apparu évident que je n’étais pas en situation d’évoquer les drames qui traversent l’Algérie aujourd’hui. Nous sommes mal placés pour donner des leçons. Je devais faire quelque chose, bien sur lié à l’Algérie, mais qui pose question à la France d’abord. Si, comme je le souhaite, nous voulons renouer avec le peuple algérien, apaiser nos relations, les enrichir, cela ne pourra pas se faire sur le silence ou le mensonge. Il faudra obtenir que la vérité soit dite sur ce qu’a été réellement cette guerre. » Extrait de l’interview d’Ernest Pignon-Ernest accordé à Mina Kaci, l’Humanité, 19 mai 2003 [https://www.humanite.fr/node/285072].

Vision du monde

Dans La Question, Henri Alleg relate un dialogue avec ses bourreaux auxquels il dit, épuisé par la torture  : « On saura comment je suis mort. » Le tortionnaire lui réplique : « Non, personne n’en saura rien. » « Si, répondit Henri Alleg, tout se sait toujours… »

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Fin 2017 et dans les premiers jours de 2018, l’Humanité a publié chaque jour des extraits des auditions de la Commission des activités anti-américaines 1. Dix réalisateurs, producteurs, scénaristes sont accusés d’appartenir au Parti communiste américain et d’infiltrer Hollywood. La chasse aux sorcières est telle qu’ils n’ont d’autre solution que de se réfugier derrière le Premier amendement de la Constitution américaine pour refuser de répondre à l’inquisition. Ils vont tout de même être emprisonnés et interdits de travail pendant des années ! Alvah Bessie, scénariste de Du sang sur la neige de Raoul Walsh et de La Caravane des évadés de Lewis R. Foster, trouve une faille lors de son interrogatoire et parvient à lire le début et la fin d’une déclaration qu’il avait rédigée. La voici, avec toute sa force d’émotion, toute sa puissance politique et morale.

Contre les ravages de l’anti-communisme L’A.B.C. d’Alvah Bessie : l’Espagne au cœur

e crois comprendre que le Premier amendement à notre Constitution interdit expressément au Congrès d’adopter une loi qui compromet la liberté de parole ou d’opinion. Et je crois comprendre que les commissions du Congrès sont constituées par le Congrès dans le but exprès d’enquêter sur une question qui pourrait conduire à un processus législatif au Congrès. Maintenant, soit la Constitution et sa déclaration des droits signifient ce qu’elles disent, soit elles ne signifient pas ce qu’elles disent. Soit le Premier amendement lie le Congrès et tous les corps législatifs de notre gouvernement, soit il ne veut rien dire du tout… Je ne peux pas suivre cette prétendue Commission dans sa croyance implicite selon laquelle la Déclaration des droits signifie ce que cet organe choisit de lui faire dire, ou n’est applicable qu’à ceux dont les opinions s’accordent avec celles de cette Commission. Ce sont les deux premiers paragraphes. Maintenant, les deux derniers paragraphes. En venant me chercher chez moi, cet organe espère aussi raviver les braises de la guerre qui s’est déroulée en Espagne de

1938 à 1939. Cet organe, dans toutes ses manifestations précédentes, a déclaré qu’il jugeait le soutien à la République espagnole subversif, anti-américain et d’inspiration communiste. Ce mensonge a été engendré à l’origine par Hitler et Franco, et la majorité du peuple américain – en fait la majorité des gens du monde  – ne l’a jamais cru. Et je tiens, à ce stade, à ce qu’il soit inscrit ceci au procès-verbal : non seulement j’ai soutenu la République espagnole, mais combattre dans les rangs des Brigades internationales tout au long de l’année 1938 fut pour moi un privilège et le plus grand honneur qui m’ait été donné. Je continuerai à soutenir la République espagnole jusqu’à ce que les Espagnols, dans leur grandeur et leur force, destituent Francisco Franco et tous ses partisans et rétablissent le gouvernement légal que Franco et son armée de nazis et de fascistes italiens ont renversé. La compréhension qui m’a conduit à combattre en Espagne pour cette République, et mon expérience de cette guerre m’apprennent que cette Commission est engagée dans des activités exactement identiques à celles engagées par des com-

missions anti-espagnoles, des commissions anti-allemandes et des commissions antiitaliennes l’ayant précédé dans tous les pays qui ont finalement succombé au fascisme. Jamais je n’aiderai ni n’encouragerai une telle commission dans sa tentative patente de favoriser ce genre d’intimidation et de terreur, qui est le précurseur inévitable d’un régime fasciste. Et je réitère donc ma conviction que cet organe n’a aucune autorité légale pour fouiller l’esprit ou les activités d’un Américain qui croit, comme je le fais, dans la Constitution, et qui est prêt à tout moment à se battre pour la préserver, comme je me suis battu pour la préserver en Espagne. »

L’Humanité du jeudi 28 décembre 2017 page 20, traduction de Rosa Moussaoui

–––––––– 1. House Un-American Activities Committee (HUAC).

Ses audiences concernant l’industrie cinématographique se sont tenues du 20 octobre au 20 novembre 1947. The Hollywood Ten, groupe de scénaristes, producteurs et réalisateurs (Alvah Bessie, Herbert Biberman, Lester Cole, Edward Dmytryk, Téléphone Lardner cadet, John Howard Larson, Albert Maltz, Samuel Ornitz, Adrian Scott et Dalton Trumbo) ont refusé de coopérer avec l’enquête et ont utilisé leurs auditions devant l’HUAC pour en dénoncer la tactique.

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de créateur

paro le

De Sirènes du Caire en Fougères bleues… Tous les jeudis, de 13 h 30 à 14 h, la voix de Jean-Pierre Brègevin porte loin : aux limites du 33. Cette plage horaire lui est réservée sur RIG, la radio associative et citoyenne basée à Blanquefort 1.

FEUILLETON RADIO, LE RETOUR !

C

BORdEAUX po & cie

’est une voix grave et claire, au débit régulier, avec une couleur particulière liée sans doute à ses origines méridionales ; confirmation au quotidien, même si on ne peut parler d’accent. Quant au sérieux du propos, il est toujours corrigé par une pointe d’amusement. Semaine après semaine, depuis six ans, Jean-Pierre Brégevin occupe l’antenne pour une émission qu’on pourrait croire destinée aux nostalgiques de Pierre Dac et de Francis Blanche : un feuilleton radiophonique. Il conteste fermement le terme de désuet qu’on voudrait lui accoler : les séries télé ne fonctionnent-elles pas sur ce principe, sinon que leur chute est attendue alors qu’elle est différée à la radio ? On assure de la sorte le suspense et la fidélité des auditeurs. Le feuilleton en cours porte un joli nom, Les Fougères bleues, sauf qu’il renvoie à la couleur associée à une catastrophe nucléaire… avec un emprunt involontaire à Françoise Sagan. À chaque saison, de septembre à juillet, correspond une série. Si la science-fiction l’inspire pour celle-ci, Jean-Pierre s’est servi pour ses débuts d’un genre populaire,

l’espionnage (Sirènes du Caire), et comme il ne s’interdit rien, il plongera dans un passé chargé d’histoire pour la prochaine ! Imaginaire et inspiration nourrissent le récit et tout s’agence dans sa tête, situations et paroles, sans forcément savoir ce qui fera dénouement. Bien attendu, ses héros et leurs aventures ne peuvent que ressembler fortuitement à des personnes et événements actuels ! Jean-Pierre a tout de l’artisan. Dès le début de saison, il a tout écrit ou presque : de l’ordre de 100 000 mots, nous révèle-t-il. Il fait défiler sur son ordi portable le texte qu’il lira le jeudi suivant, son story-board en somme, sur lequel il a repéré en couleurs différentes les plages musicales qui scandent son intervention. Toutes les 40 à 50 lignes, il intercalera une interruption d’une minute environ : des pauses qu’il choisit en fonction d’une atmosphère qu’il cherche à créer ou d’un contraste qu’il veut marquer. Ainsi, non seulement, il écrit tous les épisodes, mais il commande, à la seconde près pour ainsi dire, les enchaînements. Une performance, car aucun technicien ne l’assiste ! Précisons que cette radio ne fonctionne qu’avec très peu de salariés et les compétences acquises des bénévoles.

Le mascaret de la Gironde

En vous écoulant au pied de cette falaise, Tournante Garonne, et toi Dordogne écumeuse Qui d’un cours semblable te rends en toute hâte Dans la houle de la mer, il est un endroit Où peu à peu vous mêlez vos flots réfrénés. Ici la mer, la force de son flux contraire, Refoule et chasse les eaux que roulent les fleuves. Mais la Garonne elle-même, par pleine lune, De ses ondes qui bouillonnent forme une barre, D’un flot impétueux reflue en toute hâte, Et semble non monter mais descendre à sa source. Alors, la Dordogne reçoit, bien que moins large, Le reflux de sa propre sœur plus remuante, Et grossissant elle-même par l’océan, De ses côtes à lui fait ses rives à elle. Entre ces fleuves mais bien plus proche de l’un, Une colline occupe l’espace : elle aura, – Avec à son sommet un remarquable fort – Des héros bien plus grands et un sénat à elle. Un jour le chef de ce peuple, Paulin Ponte, Étendant encore son pouvoir sur son pays, Le ceindra de hauts remparts ; des tours élevées Laisseront place aux vents, et leur sommet sera Tout autant protection que parure splendide. Ces murs-là, ni les machines ni le bélier Ni des amas de terre ou remblai élevé Ni les blocs sifflants que lance la catapulte Ni la tortue, le mantelet, la roue mobile, – Les échelles pas plus, pourtant en position – N’auront un jour la force de les ébranler.

6 _ L’Ormée 115

Ces contraintes expliquent pourquoi JeanPierre ne laisse pas grand-chose au hasard. Il prépare chaque émission en y consacrant plus de cinq heures le jeudi matin, entre première lecture, notamment pour tester les musiques, et une deuxième à voix haute, plus cadencée, où chaque écueil vocal est retravaillé tout comme pour une générale de spectacle. Il avoue que le direct qu’il pratique maintenant lui demande encore plus de rigueur. Son parcours de théâtreux, au sein de la troupe amateur Expression, l’a certainement aidé à trouver le bon cadencement des phrases. Il précise toutefois que celui de la radio est spécifique, plus neutre, moins lié aux émotions. De surprise en rebondissement, on devient accro au bleu des fougères. Écoutez RIG, particulièrement le jeudi… en repoussant la sieste. Vous y trouverez de la fiction propre à vous réjouir et, à coup sûr, un grand bol d’humanité. J.-J. C. –––––––– 1. Rig est une station de radio locale généraliste, basée à Blanquefort. Elle émet depuis 1985, des Portes du Médoc jusqu’à l’entrée de Blaye Rive droite, en passant par la métropole bordelaise, sur la fréquence 90.7 FM, et en streaming sur son site web [http://www.rigfm.fr]

Dans cette modeste rubrique, nous nous proposons de publier un court texte poétique sur Bordeaux ou la Gironde. Vous avez des propositions ? N’hésitez pas à les envoyer à la rédaction.

SIDOINE APOLLINAIRE Épître XIX, vers 101 à 125. Faussement modeste, il affirme que ses « rares » œuvres sont des « bouts de papier » bons « à envelopper le poivre et les maquereaux »... Mais il a tout de même écrit 147 lettres en vers et 80 poèmes d’apparat de toute sorte. Poète latin, il est né dans la ville-capitale romaine de Lyon en 431 (ou 432). Descendant de préfets du prétoire (chefs de la garde prétorienne), il épouse la fille d’un empereur dont il fait l’éloge au point de se voir élever une statue sur le forum de Trajan. Son beau-père une fois déchu, il se concilie les faveurs des empereurs qui lui succèdent. Mais il résiste aux Wisigoths, se fait emprisonner, puis, libéré, il fait l’éloge du prince des Wisigoths, Euric... Ce n’est ni ses principes ni ses positions de classe qui lui valent cette place dans L’Ormée ! S’il n’est pas, loin de là, l’égal de son homonyme du XXe Guillaume Apollinaire, il n’en reste pas moins un poète marquant du Ve siècle et, surtout, il est l’auteur, dans la longue épître XIX, d’un passage étrange et expressif sur un phénomène cher aux Girondins. Historiens, géographes, poètes, à vos hypothèses... Traduction en alexandrins non rimés, V.T.


les amis d e l’ o r m é e

CABARET « AUX CHANTS D’ELLES »

Q

h u m e u r politique/poétique

uand on saura que l’idée avait germé juste après les spectacles de 2016, on ne pourra nous taxer d’opportunisme ! Il se trouve que le thème retenu, lumineux, entre en résonance avec des préoccupations et des indignations bien actuelles  : les atteintes de tous ordres portées depuis toujours à la dignité des femmes. Coïncidence  ? Non, les fondamentaux des Amis de L’Ormée intègrent le féminisme en tant que porteur d’émancipation dans une solidarité affirmée des un·e·s et des autres.  La remarque, judicieuse, des pupitres féminins avait alors interpellé tout le groupe : le programme présenté, centré sur les chants de labeur, ne concernait pratiquement que les hommes au travail, qu’il s’agisse du Bouvier, des Canuts, des sidérurgistes des Mains d’or, pour ne citer que les plus emblématiques. Décision avait été prise alors de consacrer un Cabaret aux luttes et droits des femmes, où on chanterait celles-ci dans tous les registres de la vie, sociale, professionnelle, personnelle, familiale… Dont acte ! La chorale est au travail depuis quelques mois et sera au top fin avril : une montée en puissance sous la conduite de Anila Abazi dont on a déjà apprécié la direction le 21 octobre à Bacalan dans les Chants de Résistance. Ceux que la chorale présentera pour ce Cabaret ont été choisis collectivement. Il y aura des noms célèbres et des mélodies connues : Angela, symbole du combat contre la ségrégation aux USA, l’Hymne des femmes,

qui a servi de drapeau au mouvement féminin de Mai 68, Lily, magnifique chanson antiraciste de Pierre Perret. On y trouvera des chansons d’Anne Sylvestre, de Barbara… Les anonymes ne seront pas oubliées ! On se permettra même une fresque musicale qui fait remonter loin le féminisme ! Cette séquence Femmes en chansons occupera le premier tiers temps du Cabaret. À la suite, le groupe féminin Eguski lore, dirigé par Christine Latapie, proposera un voyage en terre basque autour de chants festifs, joyeux, tendres ou mélancoliques, sur les thèmes de l’amour, de la nature… Ces choristes ont emprunté leur nom à la fleur de soleil, la carline royale (eguski lorea), qui s’épanouit en moyenne montagne, mais elles sauront aussi exprimer la diversité d’Euskal Herria qui, de part et d’autre des Pyrénées, est baigné de rives océanes. Pour clore ce Cabaret, la troisième partie sera dédiée à la musique des Balkans. Interviendront en duo R. Rogaci au piano et notre ami Niko Nisi à la guitare, au bouzouki et au chant. Ils excellent notamment dans le jazz

TOUCHE PAS À MON POSTE !

L

es relations entre l’audiovisuel public et le pouvoir politique n’ont jamais été simples, il est vrai, en France. Le pouvoir a souvent été tenté d’utiliser à son profit cet important outil de diffusion. À peine arrivé, Macron soulève déjà des inquiétudes. Le nouveau monarque et sa cour n’aiment guère les journalistes trop curieux et indisciplinés. On préfère « communiquer » plutôt qu’informer. Les communicants ont pour rôle de présenter du pouvoir de belles images et de propager de bonnes nouvelles… et le Président aime bien ça ! Mais il y a plus inquiétant que ces rodomontades narcissiques. Lorsque le Président déclare que le service public de l’audiovisuel « est une honte », il provoque la juste colère des personnels. Certes, tout n’y est pas parfait mais l’ensemble des prestations est d’un contenu bien supérieur à ce qu’offrent des radios et télés privées, et ce service public soutient la comparaison avec ce

qui se fait de mieux à l’étranger. En réalité, la « honte » éprouvée par Macron est le sentiment d’un financier qui pense que le service public marcherait mieux s’il était privatisé. Déjà, une campagne dans ce sens est en cours, relayée par Le Figaro, organe quasi officiel de la finance. Les grandes fortunes, après avoir acquis une partie de la presse écrite, rêvent de s’offrir l’audiovisuel, tel le richissime Bolloré. Triste exemple que ce grand patron qui achète Canal+ et aussitôt impose sa « ligne éditoriale » et un journaliste très contesté, Morandini, provoquant le départ d’une grande partie de la rédaction. L’exemple de TF1, privatisé il y a trente ans, est révélateur de l’évolution d’une chaîne jadis populaire vers la démagogie et le racolage. Mais sans doute Monsieur Macron, qui juge qu’une partie de la population est composée d’«  illettrés  », de «  fainéants  » et autres «  gens de rien  », estime-t-il qu’un tel public ne mérite qu’un audiovisuel médiocre. Pourtant le Président s’inquiète des flots nauséeux portés par nombre de réseaux sociaux. Ouvrez le Web et vous aurez droit aux « fake news » (en français : bobards), à de

balkan, cette musique très rythmique, aux influences multiples, à l’image des peuples de cette péninsule plurielle. Selon une formule qui a fait ses preuves, le Cabaret 2018 fera la part belle à la convivialité et au partage : accueil avec un apéritif offert puis restauration entre les moments musicaux, plats salés et sucrés à petits prix. Organisé conjointement par les associations Les amis de l’Ormée et Vie et travail, ce Cabaret « aux Chants d’Elles » est une sorte de retour aux sources dans ce quartier populaire où la chorale est intervenue à plusieurs reprises depuis sa fondation par Michelle Cerentola. Ce partenariat témoigne d’un engagement commun pour faire des pratiques culturelles une dimension essentielle du « vivre ensemble ». Nous vous attendons nombreuses et nombreux. J.-J. C. Cabaret 2018, vendredi 27 et samedi 28 avril Salle Pierre Tachou à Bacalan tram B, arrêt Brandenburg - Accueil à 19 h 30. Spectacle à 20 h. Participation aux frais 12 € (gratuit pour les moins de 12 ans)

Réservation obligatoire au 05 56 12 09 27

grossiers mensonges concernant des faits historiques ou scientifiques, à la banalisation de la violence et du racisme. Monsieur le Président s’indigne de ces torrents de boue qui affectent le sens critique et le discernement de nombre de gens, à commencer par les jeunes. Mais le bon moyen pour combattre ces ignominies serait de défendre et de rendre plus attractif un grand service public de l’audiovisuel, un service indépendant des pressions du pouvoir et de la finance, avec un Conseil supérieur de l’audiovisuel libéré de l’influence des puissants dénoncés plus haut. Un service public où des journalistes sérieux fourniraient des informations fiables dans le respect du pluralisme, un service public où les producteurs proposeraient des variétés de qualité avec des ambitions culturelles pour le grand public. C’était, au fond, ce que souhaitaient les grévistes de l’ORTF lors de leur lutte historique de Mai 68. Aujourd’hui, les salari·e·s de l’audiovisuel public sont prêt·e·s à entrer en lutte, à l’exemple des grèves récentes sur les radios FIP. Nous serons beaucoup à les rejoindre le moment venu. Le slogan lancé il y a un demisiècle, « Continuons le combat », est toujours d’actualité ! Christian POURTY, auditeur et téléspectateur de base. L’Ormée 115 _ 7


rencontres espaces-marx la machine à lire

Salle de La Machine à Musique 13/15 rue du Parlement-Sainte-Catherine, Bordeaux

jeudi 15 mars à 18 h 30

Autour du livre Le manuscrit de 1908, Jean Jaurès introduit et présenté par Roland FOISSAC

Choix de L’Ormée

André Velter Ernest Pignon-Ernest

Les actions d’Ernest Pignon-Ernest excèdent la simple exposition en extérieur, il entend susciter ou ressusciter tout un jeu de relations complexes, enfouies, oubliées, parfois censurées. « Je ne fais pas des œuvres en situation, dit-il, j’essaie de faire œuvre des situations. » Éditions Gallimard, 2014, 360 pages, 476 ill., 50 €

COLLAGE RÉSISTANT(S) monographie de l’œuvre de Mustapha Boutadjine

La gauche à (re)construire parle-t-elle bien de construire avec le peuple, et non pas pour le peuple, un projet (pas un programme) commun d’émancipation ? Éditions Arcane 17, 2017. 100 pages, 10 €

mercredi 30 mai 2018 à 18 h 30

Marie-Laure Dufresne-Castets Un monde à gagner, La lutte des classes au tribunal avec Olivier Escots, inspecteur du travail La détermination de l’avocate en droit du travail et celle des militants qu’elle accompagne sont d’abord affaire de camaraderie et de refus de baisser les bras devant la violence de la justice de classe. Éditions Don Quichotte, 2017. 282 pages, 18,90 €

Ava - Projection-rencontre (voir l’Ormée n°113 pages 2 et 3)

vendredi 23 mars à 18 h, cinéma Utopia

« Avec une multitude de fragments arrachés, extirpés, détournés de l’incessante, obsédante, dérisoire marée visuelle qui envahit les journaux et les écrans, [Mustapha Boutadjine] compose ses portraits-mosaïques. Ses images s’imposent comme des icônes de notre époque, qui révèlent les injustices, les oppressions et les crimes, qui incitent à la révolte et à l’action plutôt qu’à la prière. » Préface de Ernest Pignon-Ernest.

sur l’adolescence), à l’initiative de la soirée.

Éditions Helvetius, 2015, format 28 x 40 cm, 320 pages, 150 reproductions, 116 auteurs. 70 €

librairie Mollat (Station Ausone) Bordeaux

Ernest Pignon-Ernest et André Velter Ceux de la poésie reçue

Les rôles s’emmêlent. Velter crayonne et trace avec sa plume, Pignon-Ernest rédige et inscrit avec sa mine de plomb. Ils sont deux pour évoquer un troisième : Genet, Blanchot, Maïakovski, Pasolini, Artaud… Mais le jeu ne se joue pas qu’à trois. Il convoque tous ceux de la poésie reçue. Éditions Actes Sud, 2017, 202 p., 35 €

en présence de la réalisatrice Léa Mysius et de Chantal Labadie, psychiatre, membre d’Arcad (Association de recherche clinique

Édito.

n° 115

La presse en Macronie, Emmanuel Fargeaut

hommage.

1

Pierre Debauche, le théâtre incarné, Damien Thomas, Ivan Hérisson, Alain Van der Malière et Marie-Agnès Sevestre 2 &3 œuvriers.

Musiques en actes, Jean-Jacques Crespo Rencontre avec Guillaume Mangier propos recueillis par Christelle Danglot

3 4

L’A.B.C. d’Alvah Bessie

5

Feuilleton radio, le retour, J.-J. C.

6

Vision du monde.

Parole de créateur. BORDEAUX PO&CIE.

Le mascaret de Gironde, Sidoine Apollinaire 6 Amis de l’Ormée.

Cabaret «Aux chants d’elles», J.-J. C. Humeur.

7

Touche pas à mon poste, Christian Pourty 7 choix de l’ormée. 8 Déposé le 14.03. 2018

Bordeaux CDIS

L’Ormée

15, rue Furtado 33800 Bordeaux Dispensé de timbrage

Ludivine Bantigny 1968. De grands soirs en petits matins Éditions du Seuil, 2018. 464 pages, 25 €

le jeudi 22 mars à 18 h

En partenariat avec Sciences Po Bordeaux

escale du livre 2018

les vendredi 6, samedi 7 et dimanche 8 avril

Quartier Sainte-Croix, Bordeaux Espaces Marx y tiendra un stand, recevant auteurs et amis des livres

samedi 19 et dimanche 20 mai

Fête de l’Humanité 33 Quartier Courrejean, Villenave-d’Ornon

Cécile Moreno Tous les arbres ont des racines

Reconstitution méticuleuse des premières années du Théâtre des Amandiers, du chapiteau de Pierre Debauche en 1965 à l’arrivée de Patrice Chéreau en 1982, qui montre que les utopies peuvent devenir réalité. Hommage au travail acharné et à l’aventure collective de Debauche et de son équipe.

Pour nous contacter

ormee33@gmail.com L’Ormée

Société d’histoire de Nanterre, 2018, 354 pages, 20 €

B. TRAVEN Le gros capitaliste et autres textes

Deux brèves fables politiques, l’une sur l’échange (« indien vaut mieux que deux tu l’or as ! »), l’autre sur le pouvoir (« il a chaud aux fesses ») par l’auteur du Trésor de la sierra Madre. Un petit bijou. Traduction d’Adèle Zwicker. Éditions Libertalia, 2018, 48 pages, 3 €

Marx, le coup de jeune Hors-série de l’Huma

Avec en cadeau le livre le plus diffusé au monde : le Manifeste du parti communiste de 1848. En vente à la Fédé de Gironde, 10 €.

Ernest Pignon-Ernest ALGER 2003 – PARCOURS MAURICE AUDIN.

Publication du secteur culturel de la Fédération de la Gironde du PCF. 15, rue Furtado - 33800 Bordeaux - 05 56 91 45 06 Directeur de la publication, Michel Dubertrand. Rédacteur en chef, Emmanuel Fargeaut. Vente au numéro, 5 euros. Abonnements - 1 an : 15 euros soutien : 25 euros, 50 euros. Tirage 3 000 exemplaires. Composition et impression Les Nouvelles de Bordeaux et du Sud-Ouest 15, rue Furtado - 33800 Bordeaux CPPAP n° 0718 P 11493

Ormée N° 115  

Ormée N° 115 - janv. fév. mars 2018

Ormée N° 115  

Ormée N° 115 - janv. fév. mars 2018

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