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Une œuvre au cœur de l’œuvre. Une œuvre qui les contient toutes. Son créateur, le sculpteur Marc Petit, en ignorait tout. Il lui fallait arriver au mitan de la vie pour qu’il puisse la découvrir et s’en emparer. La sculpter. C’est son métier. Il est vrai qu’auparavant, il eut à la vivre, cette œuvre, étape après étape, mois après mois, mois éparpillés ici et là dans le flot continu des années, mois porteurs de chocs, joies ou douleurs. Ce livre raconte Le Testament. Muriel Mingau a fait sienne l’histoire de cette œuvre. Elle n’existait pas encore. S’y enracinait déjà toute la création de Marc Petit.

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Les Ardents éditeurs


Marc Petit

dans le secret d’une œuvre Textes de Muriel Mingau

Les Ardents éditeurs


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Un  jour…

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L’Abbaye d’Auberive, centre d’art contemporain situé aux confins de la Bourgogne et de la Champagne, présenta dans ses salles et dans son parc plus de trois cents sculptures et une centaine de dessins de Marc Petit, fruits de trente-cinq années de travail. Cette rétrospective inspira une nouvelle œuvre au sculpteur. Pour cet homme qui venait d’avoir cinquante ans, elle fut une impulsion qui l’amena à se tourner vers son passé, opérer un repli sur lui-même, revisiter les expériences fondatrices de son existence, de celles qui firent de lui un artiste, toujours prêt à se colleter avec sa vie intérieure en même temps que la matière. Ces expériences, Marc Petit les nomme « anecdotes ». Il ne veut rien en dire, conscient que chacun possède son lot d’heures brûlantes. En revanche, ce créateur ne cessait de songer à ce nouvel ensemble Le Testament. Déjà il les voyait ces douze hauts-reliefs représentant les mois de l’année. Le sculpteur allait y transposer chacune des « anecdotes » survenue dans le mois en question. Déjà il les rêvait, en imaginait formes et matériau. Il sentait bien que ces hauts-reliefs allaient constituer une réalisation monumentale mais ignorait encore ce que, dans sa recherche, Le Testament aurait de paradoxal. Pour créer une sculpture, il est rare que Marc Petit parte d’un fait réel. Premier paradoxe. Le cercle est loin d’être la forme préférée des sculpteurs pour qui volumes et arêtes sont de bien meilleurs alliés. Second paradoxe. Les douze hauts-reliefs sont en bronze, matière si emblématique de l’œuvre de Marc Petit. Elle convient à sa façon de travailler. Elle est aussi gage de postérité, promesse que sa création survivra après lui. Or au départ, le sculpteur voulait que les douze roues de son Testament soient en terre cuite, matériau qu’il n’a jamais utilisé. Il était prêt à prendre le risque de la fragilité et, de ce fait, accepter le caractère éphémère de cette pièce et, à travers elle, de la vie. Pour une fois… Troisième paradoxe. Ce souhait ne s’est pas réalisé pour des raisons techniques. Le sculpteur n’a pas trouvé de briquetier susceptible de cuire de si grands cercles. « Peut-être même m’a-t-on pris pour un fou », sourit-il. Mais Le Testament était là. Il fallait le rédiger ou plutôt le sculpter pour parler le langage de l’artiste. « Un testament n’a jamais fait mourir personne ! », aime-t-il à souligner. Puis l’heure est venue de raconter, trouver les mots pour confier, questionner, tenter d’approcher un sens, même incertain, fugace, à peine effleuré, qui a la grâce de ne jamais s’imposer. Bref, il fallait que Le Testament finisse par s’écrire. Comment ne pas répondre à une telle demande, à ce désir de texte, de voix, d’échos qui accompagnerait le silence de ces douze hauts-reliefs qu’un homme a pétri de sa vie ? Comment ne pas se laisser emporter par leur mouvement ? Comment ne pas y reconnaître ses propres « anecdotes » ? Car Marc Petit ne parle que de Vous.

Alors, à Vous…

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Janvier

Février

Mars

Avril

Genèse II

Allez

Ronçaille

L’homme est femme

p 23

p 26

p 31

p 34

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Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

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Décembre


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Genèse II Je le sais Aucun temps Jamais Ne me sera rendu C’est d’elle que je tiens, sais Rien Jamais Ne me sera rendu Elle a fait un signe Pour dire… Les mots n’ont pas pris forme dans sa bouche Elle a fait un signe, un mouvement, de bras, de main De fatigue, d’éprouvement éprouvement de toute une vie Puis elle a renoncé S’est affaissée Voilà C’est comme ça D’elle je tiens la noire essence des choses Bien serrée au creux de ma main Je la malaxe, modèle Lui donne figure Immense D’elle je tiens le sang irriguant qui court par les veines D’elle je tiens la poitrine qui se soulève et s’abaisse Le souffle frais, humide et clair par temps de printemps Le souffle d’été qui accable Le souffle froid de l’hiver qui brûle narines, gorge, œsophage D’elle, je tiens la lumineuse essence des choses Elle est la première de mes Immenses Elle est la déesse mère Elle a ce pouvoir de se réinventer, se démultiplier, se recréer Partout autour En Immenses Elle est Monde infini Mort ou vif

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Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre


Allez Allez… Qui osera dire : l’enfance, ce n’est pas ça… Qui osera dire : l’enfance n’est pas vie jetée là Dans le vaste de l’absence Néant ? Appelons cela néant Puisqu’il faut nommer Même l’inconnu Le mystère, l’absolu Et rire un peu, parfois, Rire, chanter, Et fumer et boire Avec compagnes et compagnons Qu’il est mignon ! T’as perdu ta langue ? Tu boudes ? Ne sais comme il faut se tenir, ne sais ce qu’il faut dire N’ai rien à dire Si je pouvais, tiens, je pleurerais Ou alors je pourrais dire : ta gueule ! Tu ne vois pas que je suis occupé à grandir ? Que ça me prend tout ! Toute mon énergie, toute ma substance, ce lot dont je ne sais que faire, car déjà je cogite, déjà la vie me donne ses leçons de vie. J’apprends, t’en fais pas, t’inquiète, j’apprends, pas forcément ce que tu 26

voudrais que je sache toi le grand, l’adulte, et les maths, et la grammaire, et l’anglais et le russe, le chinois, l’économie, bref, toutes ces armes pour entrer bien armé dans la vie. La vie, j’y suis déjà. J’y apprends mes leçons de vie en ravalant ma salive cuisante. Déjà je suis perdu, déjà je sais qu’aucun temps jamais ne me sera rendu Souvent les petits comme moi, on les protège, au mieux, comme on peut, on les accompagne dans leur mouvement grandissant. Cela s’appelle l’amour, refuge, encorbellement doux, soyeux. Mais On a beau vous apprêter, vous pomponner, vous mettre dès l’expulsion de l’antre des petits habits douillets, jolis, qui font plaisir à voir, à toucher Qui vous font tout beau pour le monde Où vous lancer On a beau… Allez vas-y maintenant il faut grandir Il faut Téter, gazouiller, mettre à la bouche, aimer, détester, cracher, jeter, entendre : Non pas ça c’est sale ! Touche pas ! Jette ça ! J’te dis ! Il faut entendre ces hurlements de cinglés Il faut Rire, colérer, pleurer, se faire les dents, souffrir des dents, souf-


frir à hurler, baver, attraper otites, rhumes, supporter le parc et ses barreaux, supporter ce truc hallucinant le mouche-bébé qui m’aspire tout ensemble la cervelle les tripes et l’âme, attraper la varicelle, pas les oreillons, on est vacciné, enfin, pas partout, pas tout le monde, mais dans l’ensemble, se mettre debout, étourdi grisé, se mettre à marcher, joie totale, tout le monde autour extasié, ou pas, selon. Se mettre à courir, filer, vas-y attrape-moi toi le grand. Tu fatigues ? Moi pas. Et courir Pour ne plus jamais s’arrêter. Allez zou va jouer dehors Même par temps de cochon Allez zou va jouer La partie va être longue La partie entre toi et toi La partie entre l’absence et toi Allez… Je trouverai bien le moyen De relever cette tête Habiller cette nudité Que ne parviennent pas à camoufler les plus beaux des petits habits Je trouverai bien le moyen De m’habiller de vie décente

De vie qui fait sens D’une vie qui me va bien En blanc bleu de travail Taché de terre argile plâtre poussière Jusque dans les cheveux les sourcils Pour traverser une vie Où pas une minute ne me sera rendue Où pas une minute ne sera perdue 27


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Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre


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Ronçaille S’aimer Se rejeter Se retrouver Dans la ronçaille Il a fallu se retrouver dans la ronçaille à rire à pleurer à ne pas y croire Tout estourbis Cœurs et corps lacérés Cœurs et corps en fête Après l’avoir échappé si belle Suite à une soirée de fête Une soirée de belle échappée Nous nous sommes retrouvés Après avoir pris le risque Beau risque de la liberté Risque idiot De se perdre à jamais

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Marc Petit est né en 1961 à Saint-Céré dans le Lot. Il passe son enfance à Cahors où, dès l’âge de 14 ans, il réalise ses premières sculptures. Pendant plus de dix ans, deux sculpteurs, anciens élèves des Beaux-Arts de Paris, René Fournier et Jean Lorquin (premier Grand Prix de Rome 1949) corrigent régulièrement son travail. À 24 ans, Marc Petit présente sa première exposition personnelle à Villeneuve-sur-Lot. En 1989, la bourse qu’il obtient en tant que lauréat de la Fondation de France lui permet de financer ses premiers bronzes. En 1993, Marc Petit est lauréat de la fondation Charles Oulmont. La même année est organisée une exposition de ses œuvres au Centre national et musée Jean-Jaurès de Castres. En 2006, la Ville de Cahors et le conseil général du Lot lui consacrent une double exposition déployée au musée de Cahors Henri-Martin et au musée Rignault de Saint-Cirq-Lapopie. Le 18 octobre 2008, le Musée Marc Petit ouvre ses portes dans les murs du Lazaret Ollandini à Ajaccio. Durant l’été 2011, le centre d’art contemporain de l’Abbaye d’Auberive, en Haute-Marne, présente la première rétrospective du sculpteur. Quelques mois plus tard est inauguré l’Espace Marc Petit à la galerie Artset à Limoges. La galerie Le Clos des Cimaises à Saint-Georges-du-Bois ouvre Le Clos de sculpture Marc Petit en mars 2012 avant d’organiser l’exposition 30 ans de bronzes de mai à octobre 2013. Le 25 avril 2014, le bronze monumental L’Ange du Lazaret est inauguré place Clément-Marot à Cahors. Organisée par la Ville de Limoges et la galerie Artset de mars à septembre 2016, l’exposition Marc Petit réunissant 74 bronzes de grands formats dans les jardins de l’évêché à Limoges s’avère la 100e présentation monographique du sculpteur. Le travail de Marc Petit est régulièrement présenté dans de nombreuses galeries en France et en Europe et lors des foires d’art internationales.

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Muriel Mingau est l’auteur d’ouvrages poétiques parus aux éditions Le Bruit des Autres, La Fête est finie (2006), Paradis à perdre (2008), Parsipeu et autres poèmes-pommes (2011). Pour la jeunesse, elle a écrit Au Creux de la noisette édité chez Milan (2005), traduit au Japon et au Brésil, et La Naissance d’Uluru publié aux éditions Planète Rêvée (2011). Journaliste, elle vit à Limoges.

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sommaire

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Un  jour...

13

Janvier Genèse II

23

Février Allez

26

Mars Ronçaille

31

Avril L’homme est femme

34

Mai Froid mystère

52

Juin Genèse I

56

Juillet Petit Immense

60

Août Quatre cœurs

65

Septembre Absence

79

Octobre L’homme bon

82

Novembre Ce mois si gai, rions un peu

86

Décembre Noël

91

Intemporel

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Biographies

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Remerciements de l’auteur : à Marc et Cathy Petit pour leur confiance et la liberté qu’ils savent donner à l’autre, ainsi qu’à Jean-Marc Ferrer pour son écoute, son regard attentif et exigeant, sans oublier Sylvain Crouzillat et Gil Sanchez pour leur talent à mettre cette aventure en musique iconographique. Crédits photographiques : Toutes les photographies du présent ouvrage sont de Sylvain Crouzillat, exceptées : Gil Sanchez : Couverture et pp.68 à 73 Cathy Petit : p.5, pp.7 à 19 et pp. 39 à 41 William Mingau-Darlin : p.97 Responsable éditorial : Jean-Marc Ferrer Relecture : Gérard Arsac Conception & Composition : Gil Sanchez - SysmoGraph © Les Ardents éditeurs (Droits réservés) 31, rue Adrien-Dubouché 87000 Limoges Tél. : 09 63 25 55 79 www.lesardentsediteurs.com Achevé d’imprimer en octobre 2016 sur les presses de MERICO 12340 Bozouls Dépôt légal éditeur : novembre 2016 ISBN : 978-2-917032-79-4

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Une œuvre au cœur de l’œuvre. Une œuvre qui les contient toutes. Son créateur, le sculpteur Marc Petit, en ignorait tout. Il lui fallait arriver au mitan de la vie pour qu’il puisse la découvrir et s’en emparer. La sculpter. C’est son métier. Il est vrai qu’auparavant, il eut à la vivre, cette œuvre, étape après étape, mois après mois, mois éparpillés ici et là dans le flot continu des années, mois porteurs de chocs, joies ou douleurs. Ce livre raconte Le Testament. Muriel Mingau a fait sienne l’histoire de cette œuvre. Elle n’existait pas encore. S’y enracinait déjà toute la création de Marc Petit.

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