Issuu on Google+

Frères Bien

N° 9

Aimés

25 novembre 2002 _________________________________________________________________________

Thème de la réunion: « En quoi notre initiation nous a-t-elle permis de nous transformer ? »

D'abord, me suis-je transformé ? Comme pour les FM "ce sont mes FF qui me reconnaissent comme tel", ce sont donc les autres qui savent si je me suis transformé. J'ai reçu une initiation, une mise sur le chemin, ce sont des FF qui m'ont initié. Est-ce que la mise sur le chemin suffit ? Mon initiation s'est-elle arrêtée le jour où j'ai été initié, s'est-elle cantonnée à ce rituel que j'ai vécu et que je revis à chaque initiation à laquelle j'assiste ? En quoi ai-je pu me transformer? Me suis-je transformé ou ai-je simplement évolué ? Là encore il est difficile d'y répondre soi-même; ce sont plus les autres autour de moi qui peuvent le dire. (petite anecdote) Lorsque je suis entré dans le monde du travail, je me suis syndiqué à la CGT. Je voulais tout casser; c'était en 1966, les prémisses de la "révolution". Je faisais partie du bureau syndical de Gironde et mon agressivité me faisait rabrouer par nos partenaires sociaux. Cela a duré quelques années. Et puis un jour, je suis entré en FM. Trois ans après, je me suis retrouvé au bureau national des Formateurs de Sécurité. Ce choix fait par mes collègues: " tu sais discuter et t'arrives à faire valoir notre point de vue "… Avais-je déjà évolué ? Plus tard, je fus chargé par mes collègues des discussions et de la mise en place de la RTT sur Arcachon, qui servit ensuite de modèle un peu dans tous les autres bureaux de Gironde. Face à moi, le responsable R.H. me fit remarquer: "vous travaillez trop votre argumentation, L…, vous me coupez l'herbe sous les pieds…vous m'écoutez et démontez ce que je présente…vous vous êtes sûrement fait aider par des juristes !" C'est là que j'ai compris les deux ans de silence d'apprenti où certains MMm'avaient dit: " Apprends à entendre, à comprendre et à décortiquer ".

Est-ce que nous savons parce que nous avons appris à utiliser les outils ? Nous sommes toujours placés entre équerre et compas dans l'Athanor, cet athanor que les alchimistes représentaient par le croisement de l'équerre et du compas, et entre lesquels on trouve le Maçon.


Ce sont les rayons conjoints du Soleil et de la Lune qui seuls allument le feu de l'athanor. On retrouve le geste du forgeron, qui de deux souffles les réunit en un pour activer la flamme de son foyer. Tubalcain, celui qui le premier ait travaillé le métal selon la légende… Je me suis longtemps demandé pourquoi l'on n'avait pas utilisé le nom d'un ancien architecte ou tailleur de pierre, pour le mot de passe de l'Apprenti. Lorsqu'un jour, lors d'une discussion avec G…, je me suis rendu compte dans son explication que sur le plan universel, c'était le forgeron qui était le sorcier, l'intermédiaire entre l'homme et le dieu. Celui qui a le pouvoir de transformer le minéral, fruit de la Terre, en métal, par l'action du Feu qui calcine, de l'Air qui nourrit le Feu et de l'Eau qui trempe le métal. Il est l'intermédiaire entre les quatre éléments, il est le pont. Le métal naît de la réunion des quatre éléments. L'acacia m'est connu, mais est-ce que je connais l'Arbre de Vie ? J'ai reçu la lumière, mais suis-je pour autant un " fils de la lumière "? On dit au Compagnon d'aller de par le monde, faire son pèlerinage pour s'enrichir, pour questionner, remettre en question le quotidien, pour devenir. Non pas pour parvenir. Quant au Maître, il est censé détenir toute la connaissance nécessaire pour bâtir son propre temple et celui de l'humanité. Quel chemin pour y arriver ? Quels pas, quelles marches, quels voyages ? Peut-être sommes-nous passés à côté de beaucoup de choses depuis notre initiation, notre mise sur le chemin ? Mais l'important, c'est le chemin, pas le but. Notre but : aller vers la lumière! Mais quelle lumière ? Celle d'Hiram n'est plus, la lumière extérieure qui nous montrait et nous expliquait le chemin n'est plus là. L'étoile flamboyante est notre seul guide dans notre errance de Compagnons accomplis. A nous de nous lever, de nous dresser pierre après pierre et de devenir le nouveau M, disciple d'Hiram. Ainsi continuera à éclairer cette lumière qui ne s'est pas éteinte et qui brille dans nos cœurs. Nous avançons lentement vers ce qui est voilé, mais savons-nous vraiment ce que nous cherchons ? Qu'est-ce que la recherche de la vérité, sinon la mise au clair de ce qui est embrouillé ? Pourquoi rassembler ce qui est épars ? Cette question me fait penser au Livre des Morts de anciens égyptiens: " Je suis Thot qui fait triompher Osiris de ses ennemis pendant que dans le grand sanctuaire d'Héliopolis sont pesées les Paroles. Au jour de l'habillement de la momie royale d'Osiris Je me trouve au côté d'Horus et je fais jaillir des sources d'eau pour purifier " L' Etre divin au cœur arrêté " Un Osiris pétrifié, contraint dans ses bandelettes, soumis aux lois de la nature et privé de liberté. Osiris symbole du monde entier, du monde déchu.


Les membres arrachés de son corps divin furent éparpillés dans tous les coins de l'Egypte, c'est-à-dire de l'Univers, tels les luminaires initialement conjoints à la Terre, puis scindés de celle-ci et séparés entre eux, tels les planètes et tous les êtres de la nature. Ainsi, l'objectif de l'initié est de rassembler ce qui est épars, de devenir l'Osiris initial, reconstitué. Tendre vers l'or spirituel des alchimistes, qui activaient le feu, versaient de l'eau, amenaient de l'air vers la Pierre Philosophale pour aboutir au mariage alchimique de l'or et de l'argent, c'est-à-dire du Soleil et de la Lune, recréant ainsi la synarchie cosmique et la réintégration de l'être dans l'UN. Et si les fondateurs des rituels avaient voulu transmettre une clé destinée à mieux comprendre leurs intentions ? Ils auraient utilisé des termes à double sens, des symboles telle la langue des oiseaux chère aux alchimistes. C'est le Compagnon qui meurt : Trois pas (trépas) et deux pas. Libère tes deux pas, Sage! C'est le Maître qui naît en passant de la surface au volume. Il entre dans une autre dimension. Mon âme- oiseau monte vers l'œil d'Horus, " œil de lumière ", cette flamme céleste seule capable de purifier mon âme. Cette âme, principe divin qui m'anime, seule part impérissable de mon Etre, est mue par le désir de fusionner et de s'unir à la lumière créatrice. " Voici que je monte au Ciel de l'Univers mystérieux, pareil à l'œuf Cosmique entouré de ses rayons. Puissé-je partager le sort de ceux Qui se trouvent au sommet de l'Escalier Céleste. Je suis arrivé ici au gré de mon cœur, J'ai traversé le Lac de Feu, Et ma présence a éteint les flammes. " ( Livre des Morts des anciens Egyptiens ) La mort et la renaissance sont les parties symboliques marquantes relevant de la gestuelle quasi-anecdotique de la légende d'Hiram. Mais le mythe fondamental est pour moi beaucoup plus profond que cette vision superficielle. Il porte sur la parole et tout ce qui s'y rattache, la connaissance, le contact et la reconnaissance, le savoir et sa transmission, la liaison entre la vision de l'esprit et la création. C'est par la parole que l'on crée, que l'on montre et démontre, que l'on exprime le ressenti, les sentiments ou les sensations. "Au commencement est la parole. Tout est créé par elle. Rien ne se crée sans elle, en elle est la vie." La vie, prise de conscience de l'existence. Vivre, point de départ de l'aventure de l'esprit, possibilité de participer à l'épanouissement en symbiose avec la nature, épanouissement qui nous est tout à fait personnel; chacun peut connaître et activer le sien et seulement le sien, jamais celui de son F.


Mais c'est en vivant au milieu des autres, en recevant, en apprenant à recevoir, que l'on apprend à donner et que l'on donne. Générosité et tolérance d'un esprit libre de toute attache face à l'ignorance, l'hypocrisie, l'envie, la haine issues du matérialisme égoïste. L'être humain, comme tous les êtres vivants, est constitué d'un corps, siège de réactions chimiques productrices de vie et de conscience; dès que les fonctions organiques sont suspendues, et en particulier dès que le cerveau cesse d'être irrigué, la conscience disparaît inéluctablement avec toute vie. Le cerveau est-il producteur de la pensée ? Pour le savant traditionaliste, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Il suffit de voir qu'à telle ou telle lésion de l'appareil cérébral correspond telle ou telle altération de la conscience ou de la mémoire. Le cerveau détruit, il n'y a plus de pensée possible. Et rien ne peut signaler l'existence d'une pensée en dehors de l'organe qui la manifeste. Pensée, oui ! Energie peut-être pas ! Il est difficile dans l'état actuel des recherches physico-physiologiques d'être affirmatif, mais de se douter de la présence d'une énergie électromagnétique du corps indépendante du cerveau. Cette énergie que l'on pourrait considérer comme l'énergie vitale du corps humain, pourrait relier le microcosme au macrocosme par le biais de l'énergie cosmique. La matière est faite d'énergie et l'énergie ne peut pas mourir. Nous sommes faits d'énergie, alors mourons-nous ? Changeons-nous d'état ? Aux biologistes, physiciens et autres scientifiques de répondre. Quant à moi, ai-je évolué, me suis-je transformé ? J.F.L. « En quoi notre initiation nous a t'elle permis de nous transformer ? » L'aspiration à rentrer dans notre vénérable Société, relève pour chacun d'un parcours certes différent au niveau des questionnements, des perspectives, du mode opératoire, que sais-je encore. Tous, nous nous posons une foule d'interrogations dont la particularité est de ne trouver une esquisse de réponse, que dans l'accomplissement de l'interrogation elle-même, sauf à avoir été instruit préalablement, ce qui ne peut qu'altérer l'intensité de la démarche. Ce paradoxe, qui n'est pas le seul, présente cette particularité de perdurer après l'initiation, tant est grande la surprise d'avoir pu passer si longtemps à coté de l'essentiel. Quand je me retourne vers le passé, et que je repense à ce qui a pu m'animer dans ma quête, il faut bien reconnaître que la motivation était personnelle, subjective, peut-être égoïste. L'aspiration généreuse était bien là, mais il n'est pas impossible que la durée de l'attente ait quelque peu modifié certaines perspectives.


L'événement en lui-même fut prodigieux, mais bien moins que « l'après », la force de l'émotion en moins, mais l'intensité et la profondeur en plus. Pour faire lapidaire, je dirai que les trois phases successives pourraient se résumer par : dispersion pour « l'avant » densification pour le « pendant » diversification et ouverture pour « l'après » En fait, il faut l'opportunité de la question de ce jour, que je me recentre sur l'enchaînement des étapes pour prendre intimement conscience de ce que j'ai vécu. Pour reprendre les trois étapes évoquées, au delà des symboles qui nous sont coutumiers, c'est l'image de l'œuvre de Jérôme Bosch, dont le titre exact m'est inconnu, représentant le tunnel reliant le vivant à la mort. Bien qu'il nous soit souvent dit, « après », que l'homme nouveau est le fruit de l'initiation, il m'apparaît que ce n'est que par l'œuvre du temps que s'opère la prise de conscience, par l'assiduité au travail, par les échanges contradictoires, par l'analyse de la pensée à l'épreuve du quotidien. L'initiation n'est assurément pas une fin en soi. C'est un tremplin, une orbite de départ vers le vrai grand voyage. L'initiation n'est pas le temps partagé dans le Temple pour célébrer le passage, n'est pas le point sur la ligne. L'initiation est, au moins pour moi aujourd'hui, le regard différent que je porte sur la vie, avec mes forces et mes faiblesses, intimement persuadé que le message qui nous est communiqué à cette occasion initialise une dynamique qui, une fois lancée, nourrit la vie, laquelle renforce l'initiation. Initiation et vie Maçonnique sont consubstantielles, chacune puisant sa force dans l'autre, dans une incessante réciprocité régénératrice. Il n'est cependant pas question ici, d'idéaliser la nature humaine. Si l'idée Maçonnique est, et demeure Grande, le maçon est capable de bassesses et de vilenies. Je suis homme et maçon, je ne me mets donc pas en retrait du schéma précédent. Cependant, la grandeur de l'idée, si elle est bien perçue et assimilée, constitue un aiguillon permanent, une seconde nature qui force à s'interroger sur le fond de chaque chose. Si l'étude d'une philosophie, d'un principe, d'une doctrine, révèle pour chacun de nous un intérêt subjectif, la grande œuvre de l'initiation Maçonnique est de m'amener à ne rien considérer acquis, à maintenir perpétuellement en éveil le questionnement. S'il est juste pour moi, de considérer que tous nous cherchons NOTRE vérité, chacun constitue un chaînon en même temps qu'un temple réceptacle d'une parcelle du GADLU. Mais en tout état de cause, pour apporter la touche ultime mais non définitive à ce propos, ce qu'à mon sens les FM ne devraient jamais oublier grâce à l'initiation, est que nous tendons vers la vérité, et que serions donc très avisés d'être prudents en la matière, pour nous amener à plus de tolérance et d'écoute de l'autre.


Il m'apparaît que La Vérité est une certitude qui dépasse le faible niveau de conscience de l'humanité, et qu'au mieux nous pouvons, avec tout notre cœur, défendre seulement, mais c'est déjà beaucoup, ce qui relève de la conviction sincère. C'est assurément tout cela que l'initiation a permis d'éveiller, et par là, de me transformer. D.M.

En quoi notre initiation nous a-t-elle permis de nous transformer?

Peut-être me faudrait-il expliquer ce que signifie pour moi l'initiation; peut-être aussi me souvenir de ce qu'en représentait pour moi l'importance il y a maintenant plus de vingt ans; peut-être encore de faire revivre celui que j'étais pour le comparer avec celui qui tente de se souvenir aujourd'hui de ce qu'il était. Les souvenirs ont tendance à s'effacer, comme des traces de pas sur la plage lorsque la marée vient les recouvrir; ce n'est qu'en les recherchant ensemble que ceux que l'on croyait disparus vous adressent un signe, un message, comme une branche d'acacia plantée sur un tertre qui attendrait qu'on la retrouve. Moment indicible où l'espérance semble se matérialiser, prend forme et couleur, et se relie à vous, vous envahissant de chaleur, d'énergie, jusqu'à ce que vous ressentiez une présence, que vous ne saviez imaginer auparavant, une invisible présence qui va s'établir en vous, s'enraciner au plus profond de vous, vous faisant découvrir une dimension intérieure que vous ne soupçonniez pas jusqu'alors, vous faisant prendre conscience de l'univers caché dans vos ténèbres, de sa réalité en dépit des apparences. Nouvel Adam, vous découvrez que l'Arbre de la Connaissance n'est pas celui "du Bien et du Mal", mais bien celui de la lumière et de la ténèbre, pour parler plus clairement celui de la conscience et celui de ce qui est encore non conscient. Cet arbre est l'Homme lui-même, avec ses deux pôles respectifs mâle et femelle. Ce que l'hébreu nomme : accompli et non encore accompli. Qu'allaient donc chercher les Compagnons à Saint Jacques de Compostelle, bien avant que le pèlerinage religieux du IXème siècle ait monopolisé le Chemin des Etoiles ? Tout en allant de ville en bourg, de hameau en village, ils apprenaient leur métier, progressivement, pas à pas. Chaque étape de leur parcours était validée par un


savoir-faire nouveau, et plus ils approchaient de Compostelle, plus leur savoir était grand. Lorsque parfois exténués, ils atteignaient le Finisterre, là où la terre se finit, il n'y avait rien d'autre à voir que l'océan bleu se confondant parfois avec l'azur du ciel, rien d'autre à entendre que le ressac des déferlantes sur la grève, rien d'autre à sentir que l'iode, rien d'autre à goûter que la saveur du sel sur les lèvres mouillées par les embruns, rien d'autre à toucher que ce bâton enrubanné avec lequel ils avaient allégé leur fardeau tout au long de la route. Etait-ce pour ces "riens" qu'ils avaient fait ce long chemin ? Etait-ce pour apprendre simplement leur métier qu'ils avaient fait tous ces efforts ? Etait-ce en vain, où refaisaient-ils un chemin initiatique, celui sur lequel on s'engage sans savoir ce qui nous attend au terme de l'épreuve ? Mes premières questions concernèrent certainement la perception des choses: Toucher une rose, en palper la forme…"les formes". Pour voir sa couleur…"ses couleurs". Puis en respire sa suavité, si complexe… Et de cette complexité trinitaire, en extraire un concept. Puis je subis des épreuves, accomplis de nombreux voyages, mourus à moi-même, et vis la lumière. Cette lumière qui m'a été donnée lors des épreuves initiatiques, qu'en ai-je fait ? Qu'y a t-il de changé dans ma vie quotidienne depuis ma première mise sur le chemin ? Suis-je à même de répondre aujourd'hui aux questions que je me posais alors ? " Ici, tout est symbole… Rien ici qui n'ait un sens, qui ne comporte un enseignement, qui ne soit animé d'une force intrinsèque, dont la connaissance nous élève vers un plan supérieur ". Dégrossir la pierre brute, s'enfoncer dans l'obscurité, le froid, l'humidité, parce que c'est là, et là seulement, que germent le grains de blé, dans un espace clos, limité, dans une durée interminable, indéterminable, dans le silence, l'attente, l'observance. S'enfoncer dans cette forêt profonde, où chaque arbre cache le lumière, mais où tout, pour celui qui sait voir, qui sait se taire pour mieux entendre les mille bruits, le moindre bruissement de feuille, où tout révèle une force, insoupçonnée, qui se révèle à son heure, pas à celle que l'on choisit, mais qui débouche brutalement de la sente, comme un gibier que le chasseur attend, sachant qu'inéluctablement ce moment arrivera…


Est-ce encore pour moi une difficulté que de pré-voir l'instant futur, comme ce chasseur, un peu comme hors du temps, joignant en un présent tendu le passé et l'avenir ? Dans mon rapport aux autres, suis- je devenu différent? Ma fonction de formateur s'est muée progressivement en celle de "transformateur". J'ai parfois l'impression, en regardant mes interlocuteurs, de lire dans un immense livre dont ils seraient les mots, et ce que je recherche, à travers mon discours, ce n'est pas simplement qu'ils saisissent soudainement le sens des mots que je prononce, des mots qui dansent déjà dans leurs têtes, des mots comme "pouvoir, savoir", ou encore "liberté, justice, amour…", et auxquels nous nous heurtons quotidiennement parce que nous leur avons attribué une petite place immuable dans notre système de pensée: dans l'ombre pour les plus flous, bien en vue pour ceux qui ont des airs de slogan. Non, ce que je recherche, c'est qu'ils appréhendent petit à petit la signification globale de ma pensée, pas à pas, oserai-je dire, moi, les guidant dans le labyrinthe de mon système de pensée, si cohérent pour moi, mais aussi différent de ceux auxquels ils sont habitués. Je sais que lorsque chacun d'entre eux entend les mots que je prononce, il leur attribue le sens qui destructure le moins son système de pensée. Il va les ranger là ils devraient être, selon lui, là où ils ne seront pas dérangeants. Pourtant je voudrais les aider à prendre mieux conscience de ces concepts, un peu en en faisant le tour, pour leur permettre de mieux discriminer la signification que je leur attribue… ou plutôt, de mettre en évidence les significations qu'on ne saurait leur attribuer. Concepts qu'ils voient se transformer au fil de la spirale de ma pensée, non pas que ma pensée soit fluctuante, mais qu'après avoir introduit la destructuration dans leur esprit, il m'appartient de me faire le reconstructeur de leurs bribes d'idées éparses, les reliant entre elles, les intégrant avec cohérence dans un système qui n'est pas nécessairement le leur, et dont ils découvrent peu à peu qu'il n'est pas régi par un rationalisme, mais qu'il est mû par une rationalité générée et générante. C'est à la naissance d'une pensée collective que je les fais participer, et non pas au spectacle de la mienne propre. Un individu ne peut apprendre que dans une situation de déséquilibre, et si je m'avisais de m'adapter à leur non-savoir, répondant à leurs manques en leur transmettant mon savoir, je les placerais dans une situation d'équilibre, rassurante, confortable, où ils n'auraient plus à créer eux-mêmes de nouveaux savoirs, puisqu'ils n'auraient plus qu'à mémoriser le mien, et à le reproduire.


Je ne suis plus le formateur qui fait une synthèse…mais le transformateur: celui qui ne peut comprendre que ce qu'il transforme, sans cesse à la recherche de sa propre pensée qui n'existe que par la transformation de la pensée d'autrui. C'est là qu'il importe d'être vigilant, de savoir refuser le pouvoir que d'aucuns vous délégueraient par souci de confort. C'est parce que je perçois les limites de l'arbitraire que je me pose des questions sur le pouvoir. Le pouvoir que je vois autour de moi n'est que l'expression d'une volonté de domination…Je suis plus fort que toi, je suis plus gradé que toi, je suis le maître et tu es l'élève…tu dois obéir… Prendre un pouvoir, c'est, à partir de ces réactions d'insatisfaction par rapport à cette situation, prendre conscience de ces limites et de ce qu'elles puissent être contestées, parce que d'autres chemins sont possibles, mais surtout parce que ces rapports de force qui caractérisent le pouvoir ne permettent pas aux individus d'apprendre, de créer de nouveaux savoirs. Il n'y a plus dans le monde de l'initié de vulgaires rapports de forces, du genre : " je suis plus fort que toi, donc, considère-toi comme moins fort que moi ! Obéis-moi ! ". Il y a tes compétences, et mes compétences, Il y a mes responsabilités et tes responsabilités Il y a mes aptitudes et tes aptitudes qui sont complémentaires, et que nous aurons besoin d'exploiter entièrement pour en tirer la meilleure résultante possible. Deux forces, oui, qui tirent parfois dans des directions divergentes, mais qui sont à la recherche du meilleur équilibre entre elles. Il me faut donc prendre la mesure de mon Temple intérieur, pour mieux participer à la construction du temple aux pierres vivantes. Chaque initié devient une pierre, cubique, faite non pas de matière inerte mais de vie spirituelle. Il faut la représenter, dans un premier temps, sous sa forme géométrique, avec tout ce qu'elle comporte de rectitude, de facettes visibles et cachées, de poli de son grain qui en laisse augurer le cœur, matérialisation de l'esprit. Tel je dois apparaître à ceux qui sont hors du Temple. Mais il est un secret que nous partageons ici tout en ne pouvant le communiquer, une vérité intransmissible, incommunicable, indicible même à nous-mêmes, une vérité, hors de ce volume cubique, et pourtant intégrée, ne pouvant être comprise qu'à l'aide du tracé, de la pierre brute que j'ai dû dégrossir, non pas jour après jour –conception profane du temps-, mais à chaque instant de ma vie inséré dans le temps global de mon existence. Je façonne ma vie en l'adaptant au sol sur lequel je me trouve, à cette terre mère, poussière impalpable


matérialisée depuis un temps incommensurable, symbolisée par un carré depuis que l'homme sait mesurer. Il y avait un temps pour rire et un temps pour pleurer, un temps pour vivre et un temps pour mourir, mais l'initié apprend à vivre et à mourir. Le temps de l'initié est un temps où tout se mêle, joie et tristesse, tristesse et joie. Pas une batterie de deuil sans une d'allégresse. Tout se mêle, comme le jour et la nuit, au début des temps, ne faisaient qu'un: Lumières et ténèbres qui furent séparées ensuite. Le temps et l'espace du temple ne sont pas identiques au temps et à l'espace profane. Le temps n'y est plus maîtrisable, mesurable. L'espace y est mesuré, orienté. Un temps commun partagé, un espace commun partagé par l'apprenti, le compagnon et le maître, car c'est la même action qui se déroule pour chacun d'eux. Simplement les angles de vue sont différents et complémentaires. L'apprenti siège au nord, lieu du froid, de l'humide, de l'obscurité et du silence. La parole s'y gèle. La première pierre qu'il représente se situe aux confins du froid et de la chaleur, de l'obscurité et de la lumière, du silence et de la parole. Quel peut être ce froid, sinon celui de l'immobilisme qui mène insensiblement, mais inexorablement à la mort, le froid de l'indifférence, le froid de l'égoïsme. Quelle peut être cette obscurité, sinon celle de l'esprit qui ne cherche pas à s'élever, qui se contente de digérer des informations, voire un savoir, qui ne se pose pas de question. Quel peut être ce silence, sinon celui de l'homme prisonnier de sa peur, qui n'ose pas dénoncer l'injustice parce qu'il se sent faible et seul, qui n'ose pas crier "présent" lorsqu'on le sollicite pour une tâche commune. Nous ne pouvons nous défaire totalement de ce froid, de cette obscurité, de ce silence qui nous imprègnent tous, apprentis, compagnons ou maîtres, et nous rappellent sans cesse qu'un fil ténu sépare le profane de l'initié. Cette chaleur à laquelle nous aspirons, pour laquelle nous sommes prêts à donner notre vie, s'appelle fraternité. Cette lumière qui se lève à l'Orient, et vers laquelle nous tournons nos regards, c'est celle de la Connaissance, celle qui nous pousse à tout remettre en question à la lumière de notre initiation. Cette parole que nous recherchons sans cesse ne saurait être un ramassis de mots vulgaires, inutiles. Elle est l'aboutissement ultime de notre initiation, cachée au plus profond de notre être, et point n'est besoin de parcourir le monde pour la trouver.


Et c'est parce que chaque homme est porteur de cette chaleur, de cette lumière et de cette parole, qu'il convient d'aller à sa rencontre comme s'il était un symbole vivant, comme si l'on ressentait par ailleurs qu'il est une autre facette de soi-même. Au retour de Compostelle, le Compagnon approfondissait ses savoir-faire, à la recherche incessante de la beauté et de la perfection de l'ouvrage. Il avait sur la route rencontré d'autres hommes en quête comme lui de réponses sur la finalité de la vie, mais il revenait sans certitude, sachant seulement que ne compte que le chemin qui mène de l'accompli au non-accompli. Chaque pas ne vaut donc que si l'on cherche à rendre conscient ce qui est encore du domaine de l'inconscient et représente l'immense potentiel dont est constitué tout être humain dans ses profondeurs. Ce potentiel est appelé la Adamah en hébreu. Elle est le pôle femelle de tout être humain, la mère des profondeurs. Adam est créé mâle et femelle. Il est mâle lorsqu'il "se souvient" (c'est le même mot hébreu), et lorsque Dieu lui montre le côté (et non la côte) non accompli de lui, il lui fait découvrir cette partie "femelle" de lui, avec laquelle il était jusque là totalement confondu, pour qu'il l'épouse. Faire émerger de soi, faire émerger des autres ce qui reste non accompli, en une œuvre sans cesse en création, c'est là notre rôle de co-créateurs de l'humanité. En quoi mon initiation m'a-t-elle permis de me transformer? "Le visible se connaît à partir de l'invisible et l'invisible à partir des symboles que sont les choses visibles". Mieux connaître le visible, le faire connaître aux autres, aider ceux-ci à se transformer afin que je puisse me transformer avec eux.

G.H.

Notre prochaine réunion aura lieu le jeudi 19 décembre chez Alain. Pour ceux qui ne connaissent pas l'adresse, rendez-vous chez Gérard vers 19h.30. (ou téléphoner au 05 56 66 07 48) Le thème de la soirée sera : " le bandeau "


FBA 9 En quoi notre initiation nous a-t-elle permis de nous transformer