Page 7

« La Corse est peut-être le premier endroit, et Dieu sait si j’en ai fréquenté, où j’ai eu envie de me poser. [...] C’est à mon avis une des plus belles îles du monde. Il y a, ça va de soi, des îles qui peuvent rivaliser avec elle, dans le Pacifique notamment, mais aucune ne cumule autant de beautés, autant de différences. » Nicolas Hulot. La Corse hérissée de plus de 120 sommets dépassant les 2000m est souvent appelé l’île de Beauté et le GR20 est souvent qualifié de sentier le plus difficile d’Europe. C’est 180km de montagne et plus de 12 000m de dénivelé positif et Emilie Lecomte vient de battre le record féminin sur ce parcours dans un temps de 41h22’ (ancien record détenu par Stéphanie Samper : 50h52’) Avant d’atttaquer l’Ultra-Trail du Mont-Blanc fin août puis le Grand Raid de la Réunion en octobre (qu’elle a déjà gagné en 2009), retour avec Emilie sur ce record du GR20, sur ses motivations… sur sa vision du Trail ! Génération-Trail : Raconte-nous un peu tes débuts. Qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer il y a 4 ans seulement dans le sport et le trail ? Emilie : J’ai commencé le trail en 2009. Le Raid de la Réunion était mon premier ultra. J’ai découvert le sport grâce à mon conjoint. Avant 2007 je faisais un peu de vélo. Quand j’ai commencé le vélo il y a 12 ans je me suis très vite épris pour les efforts de longue durée et pour le mode aventure. Et en 2007, je découvre le Raid Multisports et cette dimension de dépassement de soi. Cela a été une révélation de découvrir un sens à la vie. J’ai découvert un univers beaucoup plus riche que celui qui nous fait nourrir. J’ai une activité commerciale et c’est un peu les mêmes notions que dans le sport de compétition. Il faut beaucoup bosser pour arriver très haut. Aujourd’hui je trouve plus de valeurs dans le sport que dans le monde du travail – des valeurs simples comme partager des émotions et des exploits. Génération-Trail : Tu as couru ton premier ultra en 2009, Le Grand Raid de la Réunion, que tu as gagné seulement 2 ans après tes débuts. Comment as-tu géré cette course ? Emilie : Je peux le comparer à ce que je viens de vivre sur la Corse. Le Raid de la Réunion est une course qui me faisait rêver – le dépaysement,

l’île… Je me suis projetée dans cette course 2 ans avant de prendre le départ. J’imaginais que c’était ce pourquoi je me suis mise au trail. Il s’est trouvé que le jour de la course tout s’est bien déroulé, aussi bien sur le plan physique que sur le plan de la gestion de la course – j’ai eu beaucoup de plaisir à faire cette course. Et tous ces éléments positifs m’ont emmené vers cette victoire. C’est exactement ce qui s’est passé sur la Corse. Je connaissais le tracé du GR20 – c’est quelque chose que j’avais en tête depuis longtemps et tout s’est bien emboîté. J’ai éprouvé beaucoup de plaisir de début à la fin ! Génération-Trail : Pourquoi ce défi du GR20 ? Emilie : C’est une longue histoire. Il y a 12 ans je ne faisais pas de sport. J’ai découvert le GR20 en mode randonnée. Je me sentais bien là-bas. J’ai trouvé cela magnifique. Le fait d’être un peu sur une autre planète était comme un retour aux sources. Aussi parce que c’est un parcours authentique, c’est le plus dur en Europe. J’y suis retournée le faire en 5 jours et ça m’a paru comme une évidence de le faire en non-stop. Ce que je suis venue chercher, c’était le défi sportif contre moi-même – une envie perso de se défier – là je me battais contre un chrono. Est-ce que j’étais capable d’enchaîner 180km avec 12 000m D+ ? Ce qui le différencie avec une course classique, c’est aussi la notion de partage avec toute une équipe qui m’a suivi pour me permettre de décrocher ce record. C’est des milliards d’émotions en accéléré. Je ne suis pas venue chercher une récompense. Je voulais une petite équipe familiale très proche et qu’on puisse vivre à 100 à l’heure et s’en souvenir pendant un long moment. Génération-Trail : Comment t’es-tu préparée au record du GR20 ? Emilie : Une préparation classique pour une course de montagne. Ce qui compte sur ce genre de course, c’est surtout la gestion de la course. Il faut une bonne mixture de préparation physique et gestion de la course pour réussir. Génération-Trail : Sur le parcours, tu courais avec Sébastien Talotti, quel a été le rôle «du lièvre» ou «meneur d’allure» ? Emilie : Les suiveurs n’ont pas toujours été des lièvres, voire quasiment pas, vu qu’ils étaient derrière moi. Sébastien était comme un ange


Millions discover their favorite reads on issuu every month.

Give your content the digital home it deserves. Get it to any device in seconds.