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c’est chez un privé, soit dans nos camions qui sont équipés d’une cuisine professionnelle, si l’événement est en extérieur, par exemple.» Spoon est donc un service traiteur qui peut officier dans n’importe quel lieu et pour tout type d’événement. «Au milieu des vignes, dans une forêt, même sur un catamaran: l’originalité du concept réside aussi dans le fait que nous sommes ultra-mobiles.» Basée dans la région de Morges, la société de Christophe Vagnières est active dans toute la Suisse romande, principalement autour du bassin lémanique. «Durant les premières années d’activité, 80% de ma clientèle était constituée de privés et, au fil des ans, grâce au réseau B2B et à la collaboration avec le spécialiste en vins suisses Swiss Wine Selection, la tendance s’est inversée: juste avant le début de la crise, environ 70% de mes clients étaient des entreprises.» Nouvelle donne, nouvelle offre Puis, la crise est passée par là et il a fallu se réinventer, car Spoon ne peut plus compter sur les événements. «En mars dernier, comme pour tous les traiteurs et les restaurateurs, ce modèle d’affaires a été réduit à néant. J’ai tout de suite compris que plusieurs secteurs allaient être fortement impactés, à commencer par le nôtre. Alors nous avons adapté notre offre, tout en conservant nos valeurs, notre engagement et la qualité des produits.» C’est ainsi que Christophe Vagnières a imaginé un service de livraison de plats et menu du jour à domicile, ainsi qu’une gamme de mets sous vide à réchauffer, lancés en mai 2020. «Nous avons investi dans de la vaisselle réutilisable de qualité et écoresponsable, mis en place notre propre service de livraison et digitalisé toute notre offre.» Afin d’assurer la qualité de la livraison et de maîtriser tous les coûts, la zone desservie est limitée à une vingtaine de communes entre Aubonne et St-Sulpice. Pour tenter de fidéliser sa clientèle, un système de crédit est proposé, comme une sorte d’abonnement. Par exemple, en achetant pour 300 francs de crédits, le client se verra offrir un menu complet d’une valeur de 25 francs. Continuer à exister «Est-ce qu’on va se plaindre ou est-ce qu’on va se débrouiller pour survivre?» L’entrepreneur est convaincu que, même si chacun fait comme il peut, il s’agit d’avoir un état d’esprit réaliste et positif, tant au niveau professionnel que privé. Le bilan, après plus de huit mois de repas livrés à domicile? «Disons que nous survivons», répond Christophe Va-

GastroJournal No  1/2/3 | 14 janvier 2021

Christophe Vagnières pose devant son assortiment de pintxos.

vices dit investir dans le marketing. Selon Christophe Vagnières, il y aurait là une piste de réflexion pour notre économie. «Plutôt que de distribuer des aides à fonds perdu, pourquoi ne pas financer des entreprises en payant des services qui leur permettraient de s’adapter et de se réinventer? Pour prendre mon cas en exemple, on donnerait de l’argent à une société de communication qui contribuerait à faire connaître mon service de livraison, ce qui ferait circuler l’argent et relancerait tous les maillons de la chaîne.» En attendant, ce que Spoon a mis en Pistes de réflexion pour la suite place est pérenne et même le jour où la Maintenant que la livraison de repas est reprise aura lieu, les repas à domicile en place, il s’agit de faire connaître ce pourront toujours être livrés. «Ce nouservice. «Mon public cible a changé: il veau segment continuera, en parallèle à est passé de l’entreprise qui disposait mes activités de traiteur», prévoit-il. Et d’un certain budget pour organiser un la vision de Christophe Vagnières est à événement avec un service traiteur à la long terme: «Les clients qui découvrent personne lambda – appartenant sou- aujourd’hui ma cuisine à travers les vent à une catégorie plus âgée de la po- plats du jour livrés à domicile feront pulation qui n’ose pas sortir de chez elle peut-être appel à mon service traiteur le –, et qui ne faisait pas appel à Spoon jour où ils voudront organiser un événewww.spoonetc.ch jusqu’ici.» Qui dit promouvoir ses ser- ment.» gnières. «Si financièrement, ce n’est pas la panacée, cela nous permet de continuer à exister, à être visibles. Entre se plaindre et chercher des idées pour m’en sortir, j’ai choisi mon camp. La créativité, c’est mon moteur.» Malgré deux ans de pertes sèches, le cuisinier se dit serein. «Je me suis organisé pour ne dépendre de personne et je sais que je vais m’en sortir. Ce n’est pas facile, et ce qui est décevant, c’est que notre pays n’était pas du tout préparé à affronter cette crise. Comment est-ce possible qu’un plan pandémie n’avait pas été élaboré?»

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GastroJournal 1/2/3 2021  

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