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De la cage à la tour, les multiples facettes Du logement Dense à

Hong Kong.

Une analyse des réponses architecturales face à une carence d’habitations constante.

cHow Gaston | 2014-2015


De la cage à la tour, les multiples facettes Du logement Dense à

Hong Kong.

Une analyse des réponses architecturales face à une carence d’habitations constante.

cHow Gaston | 2014-2015 Directrice de mémoire: foucHer-Dufoix Valérie


Avant-propos

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1. Micro logement

Voici peut-être l’une des premières photographies qui m’a guidé à travailler sur ce sujet de mémoire. Une vue de dessus sur l’intérieur d’un logement qui montre une famille en train de manger. L’espace, contraignant, suggère que de très nombreuses activités ont lieu dans la même pièce. La vue de cette image ainsi que de nombreuses autres a suscité en moi de nombreux questionnements: - comment se fait-il de que de tels logements existent dans une ville si développée? - comment les habitants arrivent-ils à vivre dans des espaces si réduits? - comment s’articulent les différents types de logements à Hong-Kong? Ce mémoire est donc tout d’abord, motivé par une interpellation vis à vis du logement dense hongkongais. Il s’agit également d’une manière d’approfondir des connaissances sur une ville qui m’est familière. En effet, ce travail de recherches est une occasion pour moi d’apprendre davantage sur la ville natale de mes parents, un lieu où j’ai passé de nombreux étés, étudié pendant un an et travaillé pendant deux mois. Enfin, je tenais à travers ces pages, à vous faire partager des aspects d’une ville pas forcément vue sous cet angle.

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Je tiens à remercier mes parents et ma famille pour m’avoir fait découvrir Hong-Kong tout au long des années. Sans eux, je n’aurai sûrement pas développé le même intérêt pour cette ville et ce mémoire n’aurait pas eu lieu d’être.


introDuction

« Il semble, tellement l’immensité déployée sous ses yeux frémit, ondoie, bouge et palpite, que rien n’y est fixe, stable ou permanent et que, prodigieux instrument d’une navigation sans but ni terme, les côtes, les cités, les bras de mer, les îlots et la grande île elle-même avec ses monuments, ses villages et ses arbres vont lever l’ancre et glisser tous ensemble, remorqués par les navires et les jonques vers un horizon toujours radieux et toujours reculé. » 1 Dans les années 1950, Joseph Kessel perçoit déjà la colonie britannique d’antan comme un territoire dynamique, vraisemblablement sujet à des développements toujours plus intenses. En 2015, cette image s’avère confirmée. La région a été soumise à des changements constants ayant eu de fortes répercussions sur le paysage urbain et la population. En l’espace de soixante-cinq ans, les squats jonchant le sol hongkongais ont été remplacés progressivement par diverses tours et centre commerciaux. Une conversion en partie possible grâce à la création du logement social en 1954. Aujourd’hui, la proportion de logements disponibles à Hong Kong est la suivante: 46,5% de logements sociaux et 53.5% de logements privés. Ainsi, près de la moitié des 7,24 millions d’habitants hongkongais vivent dans des logements sociaux.2 Cela paraît être un rapport très satisfaisant en termes d’approvisionnement par le gouvernement. Seule Singapour rivalise avec celle-ci en termes de production de logements avec un taux supérieur à 80%. Pourtant, en parallèle, se développe des logements précaires éparpillés dans la ville. Pas moins de 280 000 personnes vivent actuellement dans ces formes d’habitats informels selon une étude de la Platform Concerning Subdivided Flats and Relevant Issues of Hong Kong en 2012.3 Certes, cela ne représente que 4% 1 Kessel Joseph, Hong Kong et Macau, France, éd. Gallimard, 1957. p. 32 2 information services Department, Hong Kong: the Facts, http://www.gov.hk/en/about/abouthk/factsheets/docs/population.pdf, 19/02/15 3 platform of concerning subDiviDeD flats anD issue in Hong Kong,. Subdivided Flat Study Summary,2012 in Dwan Daniel | Sawicki Meghan | Wong Jeffery, Subdivided Housing Issues of Hong Kong: Causes and Solutions. 16/07/15. p. 22

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de la population totale mais cette minorité témoigne tout de même d’inégalités qu’il ne faut pas négliger, en particulier, pour une ville aussi développée que Hong-Kong. La coupe urbaine rend compte de la densité de bâti et du développement actuel de notre terrain d’étude. Des irrégularités fortes s’observent sur les hauteurs de bâti. En outre, elle met en valeur l’importance des poldérisations réalisées en rouge foncé. Celles-ci ont d’une part rapproché au cours des années, les deux côtés de la baie et de l’autre, permis de construire toujours davantage. Cette densité de bâti s’accompagne d’une concentration de population tout aussi forte. Sur les 1104km2 de terrain disponible, la densité de population moyenne est estimée à 6 357 hab/km2. De façon plus ciblée, il est possible de noter un pic de 116 000 hab/km2 dans le quartier de Mong Kok.4 Hong Kong représente l’une des villes les plus denses au monde. L’intensité de ces deux densités sur le territoire hongkongais nous amène à reconsidérer ce concept dans le cadre de notre sujet autour de l’habitat. Les phénomènes constatés sur logement hongkongais semble être en étroite relation avec la densification du territoire.

4 HensHilwooD Elzette, “Promoting a compact urban form”, Urban Patterns for a Green Economy: Leveraging Density, UN-Habitat, 2012. p31 in Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities. p.10


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2. Coupe urbaine sur Hong Kong


Problématique Aux vues des premières observations faites sur le contraste existant entre les différents types de logements, et sur l’ampleur que prend la densité à Hong Kong, nous émettons l’hypothèse suivante. Le développement d’habitations informelles tend à révéler un manque de terrains constructibles et en conséquence, un manque de logements. Cette affirmation peut paraître contradictoire face au chiffre de 46% de logements sociaux, ce qui suscite d’autant plus notre interrogation. De quelle carence est-il question et quelles en sont les causes? L’idée consiste alors à appréhender la situation actuelle à travers les propositions architecturales majeures qui ont contribuées au changement du logement hongkongais. Nous cherchons ainsi à identifier les tentatives de réponses face à la croissance constante de la population. Nous entendons par réponses, des solutions au problème à un moment donné. Il semble essentiel de resituer chaque décision dans son contexte. Une solution peut être pertinente pour un temps particulier et se révéler obsolète par la suite. Il ne s’agit donc pas de déclarer que telle proposition constitue une réponse définitive et immuable au problème. Aborder la question de manière historique nous permet de faire émerger des liens éventuels avec l’état présent. Au delà de productions architecturales, nous portons aussi un regard sociologique sur la question. Le jeu d’acteurs qui a conduit aux réponses successives nous intéresse. Il convient d’identifier les rôles tenus par les différents intervenants dans le secteur de l’habitat et leur importance dans les décisions. Associé à la définition de cette carence, nous cherchons également à étudier les logements informels produits aujourd’hui. Les conditions de vie y sont souvent difficile. Néanmoins, ces structures trouvent tout de même leur population. Est-il alors possible de parler d’alternatives au logement légal? Face à cette situation complexe, l’architecte a-t-il un rôle à jouer dans la proposition de solutions? Explorer les propositions informelles nous paraît important car elles sont le témoin de plusieurs choses. Il s’agit d’une façon de mettre en avant les capacités de l’habitant à penser l’espace. Celui-ci n’est pas seulement un acteur passif du projet. Le travail autour de ce thème est aussi la prise en considération d’une minorité existante et souvent négligé. Pour l’architecte, une meilleure compréhension de ces typologies est peut-être le début d’une piste pour une solution pérénne. Le développement de concepts à partir de pratiques habitantes mérite notre attention.


État des savoirs Le logement à Hong Kong a fait le sujet de bon nombre d’ouvrages et d’essais. Ce thème a été abordé sous différents angles en fonction du domaine d’expertise des auteurs : sociologue, anthropologiste, urbaniste ou encore architecte. Dans le cadre de ce travail, nous tentons de croiser les disciplines de l’architecture et de la sociologie. Plusieurs sources nourrissent notre travail en amont: - Le travail de Barrie shelton, urbaniste et son équipe propose une relecture synthétique de Hong Kong à travers ses typologies de bâtiments résidentiels et ses transports. Cette étude souligne notamment l’influence des formes de bâti par les règles d’urbanisme instaurées.5 - La thèse de l’anthropologiste Alan Smart complète notre regard sur le logement grâce à son étude sur les incendies de squats. Elle met en relation à la fois le formel et l’informel. L’approche critique que l’auteur a sur les décisions du gouvernement nous paraît particulièrement intéressante.6 - En faisant un saut d’échelle, Nuala Rooney nous éclaire sur l’aménagement des intérieurs en logements sociaux. Cette thèse en architecture d’intérieure nous apporte des éléments d’informations sur les appropriations des habitants dans un espace restreint.7 - L’ouvrage proposé par Hilary FRench et Yanki Lee, architectes, traite d’un thème similaire mais suggère une approche plus méthodique en présentant des plans et relevés habités à l’échelle. Leur travail nous font prendre conscience du rôle de l’habitant dans son habitat.8 - Quant à Stefan canham et Rufina Wu, ils illustrent de différentes manières les aménagements entrepris dans des logements informels en toiture. Une série de portraits d’habitants et de leurs logements présentent les conditions de vie de cette communauté.9 5 SHelton Barrie | KaraKiewicz Justyna | Kyan Thomas, The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric, New York, éd. Routledge, 2010. 6 Smart Alan, Shek Kip Mei Myth, éd. Hong Kong University Press, Hong Kong, 2006 7 rooney Nuala, At Home with Density, Hong Kong, éd. Har/Cdr, 2003 8 FrencH Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, éd. New Talents Press, 2013 9 CanHam Stefan | Wu Rufina, Portraits from Above: Hong Kong’s Informal Rooftop Communities, Hong Kong, éd. Peperoni Books, 2009

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Méthodologie Parmi les ouvrages mentionnés et nous servant de corpus, peu établissent un lien entre le formel et l’informel. Le sujet est très ciblé et nous apportent des informations précises sur le thème traité. Ce mémoire prend un parti pris différent en ne cherchant pas à nous focaliser sur une seule typologie de bâtiment. L’idée est plutôt de saisir d’une façon plus globale la complexité et la richesse des programmes de logements dans cette ville particulièrement dense qu’est Hong Kong. À travers l’intervention de différents acteurs tels que le gouvernement, les promoteurs ou l’habitant, nous tentons d’analyser les réponses possibles au logement en haute densité. La lecture croisée entre le formel et l’informel nous semble indispensable pour comprendre l’ensemble d’un système et les rapports sociaux que cela implique. La démarche entreprise se résume essentiellement à l’analyse de projets architecturaux en plan. Il s’agira de se réapproprier des plans réalisés afin de pouvoir mener des comparaisons et avoir une vision cohérente. Le redessin implique des choix de représentation et soulève parfois de nouvelles questions. Ce travail se présentera de manière chronologique dans l’objectif de retracer une certaine évolution. Les sources étudiées sont pour la plupart des sources secondaires en raison des difficultés à entreprendre des visites dans l’ensemble des opérations abordées. En ce qui concerne l’étude des logements informels, nous combinons des sources de première et de seconde main. Plusieurs relevés habités viennent illustrer notre propos sur un type d’habitat informel plus accessible. En revanche, pour les cas les plus atypiques, nous nous réferons à des documents réalisés par des spécialistes sur la question. La synthèse de ces diverses sources contribue à donner une vision globale sur ces typologies. Enfin, dans le but de resituer l’architecte par rapport au problème de manque de logements, plusieurs projets touchant à cette question sont analysés. Il y a en outre, une volonté d’élargir à d’autres villes denses asiatiques pour montrer un panel de solutions plus larges. L’entretien avec un architecte local nous éclaire sur la pratique à Hong Kong et ses difficultés.


Plan Dans l'optique de mieux cerner la complexité du logement hongkongais, il convient de revenir dans un premier temps sur le concept de densité appliqué à cette ancienne colonie britannique. Divers facteurs ont leur rôle à jouer dans la perception de cette notion. Après avoir saisi le décor dans lequel se déroule notre étude, nous suggérerons d'aborder le sujet selon deux temps. Nous reviendrons tout d’abord sur les productions de logements entreprises par le gouvernement et les grands promoteurs. Puis, nous examinerons ce que d’autres acteurs tentent d'apporter après avoir défini l’origine du déficit de logement. Il sera notamment question du rôle de l’habitant ou encore d’architecte à leur compte. Nous tenterons enfin, d'élargir cette problématique à d'autres pays asiatiques par l’intermédiaire de deux exemples pour montrer que ce sujet n’est pas exclusif à Hong Kong.

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sommaire

Avant-propos

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Introduction

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I. Hong Kong et sa densité

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Concept de densité a | Définition b | Densité physique et densité perçue c | La densification en France Contexte historique et géopolitique a | Origines b | Situation géopolitique complexe Contexte culturel a | Typologie traditionnelle des villages b | Typologie traditionnelle des villes d’Asie du sud-est

II. Logement privé et social: des solutions limitées 1

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Programme social et évoltion des typologies a | Origine et première réception b | Évolution des typologies c | Appropriations des logements Promotion privée et ses particularités a | Règles d’urbanisme et forme architecturales b | Tour podium : le cas de Mei Foo Sun Chuen Limites des solutions légales a | Développement des terrains b | Inaccessibilité du marché immobilier c | Complexité des démarches dans le secteur social

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34 34 39 46 50 54 58 61 65


III. Alternatives possibles à la pénurie de logements 1 2

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Concept d’informel et contextualisation a | Définition et son application à Hong Kong b | Contrôle du logement informel Étude des appropriations de logements a | Relevé nº1 b | Relevé nº2 c | Relevé nº3 Réponses éventuelles de l’architecte à la situation a | Le logement flexible b | Le logement de transition c | Autres expérimentations dans des villes denses asiatiques

70 70 78 83 86 88 92 98 102

Conclusion

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Plan de repérage

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Bibliographie

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Iconographie

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i. Hong Kong et sa Densité

Avant d'aborder notre sujet principal, à savoir le logement dense à Hong-Kong et le rapport à la carence actuelle, il nous semble important de resituer le lecteur dans le contexte particulier de cette région. L'un des concepts indissociables de cette ville est la densité qui comme nous l’avons introduite, prend des proportions considérables sur ce territoire. Il s'avère alors judicieux de définir dans un premier temps, ce terme à la fois commun mais dont le sens diverge parfois d'une personne à l'autre.

1| Concept de densité a| Définition De façon générale, la densité correspond à un rapport entre un indicateur statistique (population, emploi, logements) et une surface. La notion de densité de construction est également très utilisée et correspond au COS (coefficient d'occupation au sol) en m2 construits.10 Il s'agit du rapport de surface constructible par rapport à la taille du terrain. À Hong Kong, cette donnée connue sous le nom de plot ratio se révèle essentielle pour comprendre l'évolution formelle de l'architecture résidentielle.

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3. Exemple de COS: à gauche, COS = 0,5 ; à droite, COS = 2 10 merlin Pierre | cHoay Françoise, Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement, Paris, éd. Presses universitaires de France, 1988. pp251-254


La pertinence d'une densité dépend alors de la surface par rapport à laquelle nous nous réferons. Selon que l'on se situe à l'échelle de la ville, du quartier ou encore de la parcelle, la densité peut avoir un sens et une symbolique différente. Plus l'échelle est grande et moins la donnée à de sens puisque bien souvent, un territoire n’est pas homogène. C'est notamment le cas de notre terrain d'étude : Hong Kong. La comparaison de celle-ci à deux autres villes asiatiques nous révèle de façon concrète ce manque de précision. Densité

Population

Superficie

Hong Kong

6 357 hab/km2

7,24 millions hab

1104 km2

Singapour

7 440 hab/km2

5,4 millions hab

716.3 km2

Macau

21 146 hab/km2

640 700 hab

30,3 km2

4.. Comparatif de densités entre 3 villes

Singapour et Macau présentent des densités plus importantes que Hong Kong mais dans des conditions différentes. Les topographies des deux autres villes sont de part leurs reliefs, moins contraignantes. Les répartitions de personnes et de bâti y sont vraisemblablement moins concentrées. D'autre part, il peut y avoir contradiction entre des données prennant pour référence la ville et d'autres en référence d'un bâtiment. En effet, comme le mentionne Vincent FouchieR, on peut affirmer ces deux choses : « One can indeed also say : -in Hong Kong, densities increase -in Hong Kong, densities decrease Both statements are true, but in the first case, we consider external densities at the level of the territory whereas in the second case we speak about densities, in homes. »11 (Sachant que les foyers hongkongais sont devenus plus spacieux au cours des années.) Dans notre cas, ce sont essentiellement les densités nettes à l'échelle de la parcelle ou du logement qui nous intéresse. Il faut noter que même en ayant fixé l'échelle d'étude, le concept de densité suscite des ambiguités. La densité peut avoir un impact très variable selon la forme qu'elle prend. Il s'agit d'une donnée qui ne se saisit pas seulement en plan mais également en volume.

11 FoucHier Vincent | merlin Pierre, High Urban Densities: A solution for our cities ?, éd. Consulat général de France à Hong Kong, Hong Kong, 1994. p.10

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5. Trois exemples de configuration d’un COS = 1.

Nous saisissons clairement à travers cette illustration, trois situations où les manières de vivre sont totalement différentes alors que la densité est pourtant la même. Cela remet en question le fait que la densification soit un facteur implicite du sentiment d’encombrement. b | Densité physique et densité perçue Il convient donc de distinguer deux types de densité pour une étude plus en détail. La première est celle que nous avons définie précédemment et que nous nommerons densité physique. Celle-ci est quantifiable grâce à un rapport de personnes pour une surface donnée. Elle est souvent utilisée comme un outil de comparaison entre différents territoires, mise en avant pour son aspect objectif. Cependant, comme nous venons de le démontrer, pour une même densité de construction, la perception peut être très différente. Ainsi, nous associerons à la première notion, une seconde qui est beaucoup plus subjective. Nous parlerons ici de densité perçue, une donnée plus liée à l’échelle humaine. En réalité, lorsque l'on parle d'un environnement trop dense, c'est à cette dernière que nous nous réfèrons. Cette perception se révèle personnelle et dépend en partie de références culturelles. Pour un sujet occidental, un territoire dense ne l'est peut-être pas pour un sujet asiatique. C'est en se basant sur ce constat que la méthode comparative de densités entre les villes se montre superficielle. La densité perçue est un concept d'autant plus complexe qui mérite notre attention. À partir de quel moment, percevons-nous la surpopulation ? Si l'augmentation du nombre de personnes dans un espace requis tend vers la saturation de ce dernier, ce phénomène est plus ou moins accepté selon les cas. Par exemple, la situation n'est pas la même quand on se retrouve parmi un important groupe d'amis et un autre d'étrangers. La perception peut changer simplement en fonction de l'intimité partagée avec les individus environnants. Il est donc difficile


d'établir un seuil normalisé. Différentes théories existent concernant la tolérance de l’encombrement, de la densité humaine. Jonathan Freedman12, professeur de psychologie émet en 1975, une théorie intéressante sur la surpopulation. Selon lui, il n'y a pas forcément un impact négatif sur le comportement ou encore sur le moral des gens. Son idée de densitéintensité énonce trois réactions face à la surpopulation : - si les circonstances sont plaisantes, l'individu réagit positivement - s'il n'aime pas son entourage, il réagit négativement - s'il est indifférent vis à vis de la foule, cela n'aura pas d'influence sur lui. En se basant sur ce comportement, il est possible d’émettre certaines hypothèses. La densité humaine devient plus acceptable au sein d’une communauté connue même si celle-ci est très importante. Dans le cas contraire, il suffit d’une faible agglomération de personnes indésirables pour développer un sentiment d’oppression. Robert C. Schmitt distingue l'idée de densité interne et externe.13 La densité interne représentant le nombre de personnes dans un logement et la densité externe, le nombre de personnes présentes par unité de surface dans une zone plus large. Il démontre alors une certaine hiérarchie dans l'acceptation de la densité perçue. Celle-ci est mieux vécue au sein d'un appartement car elle est plus contrôlable. Nous pouvons plus facilement casser des cloisons et réaménager les espaces. De façon plus radicale, un logement apparaissant désordonné pour un visiteur étranger peut tout de même refléter une logique d’appropriation pour l’habitant. En revanche, il s'avère impossible de gérer l'encombrement dans les rues si ce n'est y échapper, l’espace ne nous appartient pas. L'absence de contrôle dans un environnement peut être une source d'un sentiment de congestion. Le sentiment de congestion n'est donc pas la résultante directe d'une forte densité. Cela peut être lié à d'autres raisons plus personelles. L’intimité entretenue avec les personnes environnantes peut être une explication. L’absence de maîtrise sur son espace de vie en est une autre. Dans le cadre de Hong Kong, il est important de comprendre les principaux facteurs d'une si forte tolérance de la densité perçue. La planification urbaine et architecturale y sont abordées d'une manière différente. Dans les pays occidentaux, cette tendance à la densification a longtemps fait le sujet de débats à propos des conséquences que cela a pu entraîner.

12 ibid. p.12 13 ibid. p.9

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c | La densification en France En France, le concept de densité prend tout son sens à la suite de la seconde guerre mondiale. Au moment de la reconstruction, le gouvernement opte pour une politique d'intervention radicale en lançant la construction de grands ensembles afin de répondre à une demande importante. Il est question à l'époque d'innovation avec ces opérations de 500 logements minimum suggérant une nouvelle manière d'habiter, collective. Une rupture avec les anciennes formes architecturales est faite pour laisser place à une industrialisation de la construction. Dans un premier temps, fortement développé à travers diverses villes, le modèle montre ses faiblesses au bout d'une vingtaine d'années. Le fait de regrouper des classes sociales spécifiques dans un milieu dense engendre des exclusions et amène parfois au développement de quartiers difficiles. La détérioration architecturale des cités et l'absence d'entretien accentuent d'autant plus cette tendance. Depuis les années 1970, ce type d'opérations est arrêté, remplacé par les systèmes de ZACs (zones d'aménagement concertés). En somme, la densification appliquée au programme résidentiel évoque une certaine méfiance dans l'hexagone. En termes de normes dans le secteur social, les dimensions minimales fixées à Hong Kong ne sont pas comparables avec celles en France. Tout d’abord, il n’y a pas de notions de types, seule un minimum de surface habitable par personne est défini. Selon les moyens des locataires, deux standards sont proposés: 5,5m2/hab ou 7m2 /hab.14 En France, pour une famille de quatre personnes, la surface habitable se doit d’être de 14m2/hab sachant qu’un minimum de 10m2 est à allouer pour chaque personne supplémentaire.15 Nous constatons que les normes françaises correspondent au double de celles à Hong Kong. La définition du confort dans l’habitat est très différente et conditionne peut être par la même occasion une idée de la densité physique tolérée. Il est difficile de comparer la situation du logement entre les deux territoires en raison de lois et normes différentes. La densification dans le domaine de l’habitat a été une solution adoptée face à une situation critique dans les années 1950 sur le sol français. Diverses critiques et un retour d’une certaine stabilité ont conduit à l’abandon d’une densité forte. Dans le cadre de Paris, il y a une éventuel retour de la densification observable dans quelques propositions du Grand Paris faites par les agences MVRDV, Jean Nouvel, Roland Castro. Néanmoins, il ne s’agit que d’un ensemble d’images conceptuelles. 14 legislative council secreteriat, Housing Standards of Domestic Buildings in Hong Kong, http://www. legco.gov.hk/yr99-00/english/sec/library/990in3.pdf, 21/07/15 15 Code de la Construction et de l’Habitation Article R*111-2, http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=5A01A8CB2B856D422C43EF6D50DCEDCE.tpdila09v_1?idArticle=LEGIARTI000006896335&cidTexte=LEGITEXT000006074096&dateTexte=20110519, 21/07/15


À Hong Kong, nous constatons que les normes actuelles dans l’habitat traduisent toujours une forte compacité. Dès les débuts du développement de la colonie britannique, un besoin de densité se ressentait déjà et celui-ci n’a fait que s’accentuer avec le temps. Après avoir présenté les subtilités du concept de densité au lecteur, il convient de comprendre plus en détails son application sur la région hongkongaise. Nous cherchons à expliciter les raisons de cette dépendance à la densité.

2 | Contexte historique et géopolitique a | Origines cHine

Nouveaux Territoires Kowloon Nouveaux Territoires

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Hong Kong

Mer de Chine méridionale 6. Situation de Hong Kong par rapport à la Chine

1

20

10 km

Afin d’appréhender la relation de Hong Kong à la densité, il est nécessaire de faire un point sur la formation et le développement de ce lieu. Cela permet de déterminer les origines de cette densité. « Hong-Kong veut dire, en chinois, Havre embaumé. Le nom vient des temps où, vierge et quasi déserte, cette île de la baie de Canton servait seulement d’abri à quelques huttes de pêcheurs, quelques jonques de pirates et aux nids des oiseaux sauvages. Les brises des mers, alors, dispersaient au loin sur les flots de l’archipel innombrable les aromes de la jungle fleurie qui poussait le long de ses flancs abrupts. »16 16 Kessel Joseph, Hong Kong et Macau, France, éd. Gallimard, 1957. p. 29


Aujourd'hui, la ville que nous connaissons sous le nom de Hong Kong est constituée de trois parties annexées progressivement par les Britanniques, il y a une centaine d'années : 1. L’île de Hong Kong Il s’agit de la première zone cédée par la Chine aux Britanniques par l’intermédiaire du traité de Nankin suite à défaite de la première guerre de l’Opium. L’île est confiée en 1841 pour une durée indéterminée. 0

5

10 km

7. Acquisition de l’île de Hong Kong

La situation de Hong Kong lorsque les britanniques prennent possession de l’île est décrite par Lord Palmerston, secrétaire de la Britannique étrangère comme : a barren rock with hardly a house upon it.17 Cela s’explique par la topographie du terrain occupée par pas moins de neuf sommets rocheux variant de 430m à 552m. La surface totale est alors estimée à 70km2 et le nombre d’habitants est de 5,650.18 Le site, contraignant, est pris entre les montagnes et la mer. Cependant, il constitue aussi un lieu avantageux par sa proximité avec la Chine pour effectuer des échanges. Le port constitue la principale source de revenu à l’époque et explique en partie un développement linéaire le long de la côte. Une ségrégation s’installe entre les colons qui occupent des villas en mi-niveaux (mid-levels) et les chinois qui sont confinés dans des quartiers délimités en bas de la pente. Très tôt pendant la formation de la colonie, des formes d’occupations denses existent déjà. Les habitants doivent se contenter de saturer la zone assignée pour vivre. 2. La péninsule de Kowloon En 1860, après la perte de la seconde guerre de l’opium, la Chine se voit obligée de céder indéfiniment une autre partie de ses terres avec la première convention de Pékin. 0

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10 km

8. Acquisition de la péninsule au nord de l’île.

17 SHelton Barrie | KaraKiewicz Justyna | Kyan Thomas, The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric, New York, éd. Routledge, 2010. 18 ibid.


Le territoire est approximativement de 9km2 et correspond à un 1/10ème de l’île. En 1966, seule 3 000 personnes peuplent les terres. Le développement de cette partie se fait plus lentement, il faut attendre l’achèvement du chemin de fer en 1901 pour une véritable démultiplication de la population. La nouvelle partie acquise présente moins de contraintes avec une topographie plus régulière, mais demeure très restreinte par sa taille. Les constructions se font ainsi davantage en hauteur. (entre trois et quatre étages) Néanmoins, l’acquisition de cette « faible » surface apporte un grand intérêt aux Britanniques qui gèrent à présent les deux côtés de la baie, facilitant d’autant plus les échanges. 3. Les nouveaux territoires Une dernière partie du territoire chinois est annexée en 1898 à travers la signature de la seconde convention de Pékin. Contrairement aux deux autres cessions, il est question cette fois-ci d’un bail de 99 ans. 0

5

10 km

9. Extension vers les nouveaux territoires

Les colons réclament ces terres afin de pouvoir exercer un contrôle militaire efficace de l’île. À l’époque de l’acquisition, la population présente est estimée à 100 000. Ceux-ci sont éparpillés dans les 423 villages alentour. La plupart d’entre eux sont enclavés dans des enceintes. Les terres acquises sont essentiellement exploitées pour l’agriculture. Elles sont précieuses pour le gouvernement car le statut de colonie de Hong Kong, implique une autonomie des ressources vis à vis de la Chine. La formation de Hong Kong s’est faite par une acquisition de territoires chinois en plusieurs temps. Cela a eu un impact important sur la planification de la région. Le gouvernement britannique devait faire face à une limite de terrains exploitables avant de parvenir à négocier de l’espace supplémentaire. La densification du bâti s’imposait alors comme une solution inévitable pour une meilleure rentabilité. Si la cession de terrains supplémentaires semble à première vue, résoudre le problème de manque d’espace, il n’en est pas réellement le cas. Kowloon se révèle très réduite en surface tandis que les nouveaux territoires sont peu accessibles à cause d’un absence d’infrastructures.

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DĂŠveloppement urbain de Hong Kong

0

5 km

10. En 1887

5 km

0

5 km

0

5 km

11. En 1924

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5 km

12. En 1945

13. En 1967

0

14. En 1994

0

5 km

15. En 2011


Une occupation concentrée le long des côtes est observable en raison des contraintes imposées par le relief. Le choix du gouvernement en ces temps est de s’étendre sur la mer en effectuant des poldérisations. Entre 1851 et 1880, une succession de terres pleins sont construits. De 1887 à 2006, les terres gagnées sur la mer représentent pas moins de 6% du territoire soit 67km2. La décentralisation au nord et vers l’est des nouveaux territoires n’intervient que plus tardivement, dans les années 1970. Cela est notamment dû à l’amélioration des moyens de transports. En ce qui concerne la population, celle-ci est dans un premier temps très faible et rurale. Cependant, la ville assiste à une urbanisation rapide au cours des années. L’évolution du territoire s’explique par le statut particulier de Hong Kong qui en fait un lieu de forte attractivité. b | Situation géopolitique complexe De nos jours, Hong Kong est reconnue comme étant une région administrative de la Chine (R.A.S.) car à l'issue de la déclaration commune sinobritannique de 1984, le Royaume-Uni et la Chine se sont mis d'accord sur la rétrocession de l'ensemble des terres le 1 Juillet 1997. L'ancienne colonie bénéficie d'un statut particulier R.A.S qui l’autorise à bénéficier d’un gouvernement différent de la Chine pour cinquante ans. Cette identité singulière que le territoire a toujours eu sous différentes formes (colonie britannique ou RAS), joue implicitement un rôle important sur la densité de Hong Kong. Il est intéressant de voir l'impact de différents événements historiques sur la densité de Hong Kong à travers l'association de deux frises : l'une chronologique, l'autre de flux de population. Cette double frise nous informe en différents points sur la population hongkongaise. Celle-ci est majoritairement constituée d'immigrants chinois qui se sont établis à différentes périodes. Les flux d'immigration sont très importants entraînant une croissance démographique extrêmement rapide comme nous le montre les chiffres. L’une des seules chutes de population notables a lieu pendant la guerre sino-japonaise mais un retour de réfugiés vient très vite compenser le déficit. Par ailleurs, on remarque une certaine correspondance entre les mouvements de population et des événements majeurs chinois. Ceux-ci rythment les vagues d’immigration entre les années 1950 et 1980.

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16. Frise chronologique et dĂŠmographique


L'attractivité de la colonie britannique se justifie par plusieurs raisons. Le développement du port était synonyme de prosperité et de nécessité de main d'œuvre. Ainsi, cela a suscité une forte immigration de chinois cherchant de nouvelles opportunités à l'époque. Cette tendance s'accentue d'autant plus pendant les années 1960 avec la montée de l'industrialisation à Hong Kong. La politique du « laissez-faire » économique incite d'autant plus les entrepreneurs à venir s'installer sur le territoire alors que le communisme en Chine leur impose des restrictions. La seconde raison motivant d'autant plus les chinois à se rapprocher de la côte est dûe à la stabilité politique que confère la colonie. En effet, Hong Kong s'est révélée être un territoire sûr pour les immigrés chinois lorsque la situation en Chine était devenue incertaine. Une partie de la population cherche à fuir les conditions difficiles imposées par le parti communiste. Le statut particulier de Hong Kong l'excluait des lois instaurées sur le continent. Cette tendance à l'immigration est de plus encouragée par l'accord signé entre la Chine et la Grande-Bretagne lors du bail des nouveaux territoires. Le texte stipule que c'est le gouvernement chinois qui détient l'autorité concernant l'immigration. Ce dernier agit de manière plutôt passive en termes de contrôle des passages impliquant d'importants flux clandestins. Il faut noter qu'un véritable système de contrôle des mobilités ne voit le jour que dans les années 1950, à travers des permis de passage simple ou aller-retour. Puis, dans un second temps, une limitation plus concrète en 1983 avec une instauration de quota journalier. Au départ, une limite d’immigration de 75 personnes par jour est mise en place mais au fil des années, ce seuil est doublé dans l'objectif de limiter les vagues de clandestins. Nous notons alors un paradoxe dans les décisions du gouvernement dont l'idée première était de limiter les flux quelqu'ils soient.19 La densification n’est donc pas seulement optée en raison d’un manque d’espace pour bâtir. Elle est également alimentée par la présence d’une population toujours plus importante. Des facteurs économiques et politiques participent de façon indirecte à la densité de Hong Kong. Aujourd’hui, depuis la rétrocession de 1997, le rapprochement avec la Chine est d’autant plus fort. Cela se traduit par les flux de population mais aussi par une spéculation intense dans le secteur immobilier.

19 Jacquet Raphaël, “Nouveaux immigrants, nouveaux problèmes”, Perspectives chinoises, nº44, 1997. pp.23-24

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3 | Contexte culturel a | Typologie traditionnelle des villages L'étude de typologies traditionnelles présentes sur ce qui sera appelés plus tard les nouveaux territoires nous suggérent l’adoption très précoce de la densité comme mode de composition. Au Xviième siècle, une population de Hakka immigre à Hong Kong forcée par les Manchu. L'organisation spatiale planifiée par cette minorité vise à se protéger des populations indigènes et des pirates. Les villages Hakka des nouveaux territoires conservent cette idée de l'intériorité en érigeant des murs de protection périphériques mais ne se développent plus en hauteur. 17. Axonométrie de Tsang Tai Uk

Le concept des villages murés dérive de la typologie du tulou. Cette dernière est un ensemble d'habitations circulaire/rectangulaire dans le lequel le rez de chaussée est dédié aux activités et le stockage tandis que les étages sont réservés au logement. Des modifications sont faites au moment où les Hakka immigrent. La composition n’est plus monocentrique mais plus hiérarchisée avec la présence de plusieurs cours. Par ailleurs, il y a plutôt une tendance à inverser les espaces de vie. L’étage devient un emplacement de stockage alors que le rez de chausée représente le lieu d’activités. Cependant, en dépît de certaines adaptations, il y a tout de même la conservation d'une idée de communauté dictée par le confucianisme. Selon cette philosophie de vie chinoise, une hiérarchie d’importance est transmise. La famille tient une position capitale et c'est celle-ci qui est consultée en premier en cas de besoins divers (financier, logement, ressources...). Dans un second temps, le village ainsi que la communauté qu'elle forme intervient éventuellement en aide. Ce n'est qu'en dernier recours que le gouvernement est consulté.20 Le renfermement des villages sur eux-mêmes peut être vu comme une retranscription architecturale de la solidarité entre les habitants. Comme nous pouvons l’observer avec l’exemple Yung Betty, Hong Kong’s housing policy – A case study in social justice, Hong Kong, éd. Hong Kong University Press, 2008. p. 44-45 20


de ce village, les accès sont restreints depuis l’extérieur par trois portails. L’entrée se limite soit à l’unique descendance soit à plusieurs d’entre elles mais elle n’est jamais ouverte à tous. Aux quatres coins, des tours permettent la surveillance des environs. Le Tsang Tai Uk qui signifie littéralement “la grande maison des Tsang” a été bâtie dans les années 1860. Ce village adopte un plan symétrique, l’axe central donne sur le hall ancestral. Celui-ci est associé à des rangées de logements sur trois des côtés, intercalé par du vide. Ces cours permettent d’intégrer de la lumière, de recréer des espaces communs et servent également de distribution.

Hall ancestral + autres lcaux

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Logements

18. Répartition programmatique

Distribution

Services

Sanitaires / Cuisine

Pièce à vivre

19. Plan et coupe de Tsang Tai Uk au 1/500è


En ce qui concerne les logements, ceux-ci sont organisés en deux parties. Une cour couverte intègre la cuisine ainsi que les sanitaires. Elle joue en outre le rôle d’un espace tampon avant d’arriver dans le salon. La pièce à vivre est quant à elle redivisée par des partionnements pour séparer le lieu de vie commune et les chambres. L’agencement des espaces se révèle rudimentaire. Compte tenu des familles et descendances nombreuses à l’époque, il est probable que la population amenée à vivre ensemble au sein du village soit dense. De façon générale, si nous nous intéressons aux habitations individuelles, nous pouvons remarquer une composition en plan compacte. La plupart des logements ne possèdent qu'une seule façade avec des percements pour éclairer les chambres. La relation entretenue avec l'extérieur est donc relativement faible. On développe une forme d'intériorité grâce à la présence de cours, sources principales de lumière et de ventilation. Les logements sont mitoyens pour gagner de l’espace et économiser en matériaux. Il y a une volonté de rapprochement pour des raisons de sécurité et d'esprit de communauté. L'appartenance au clan est une valeur importante à défendre.

20. Plan et coupe d’un ensemble de 5 logements à Fan Tin Tsuen, San Tin au 1/500è

À travers cette typologie traditionnelle, il est possible de percevoir une symbolique derrière le choix de la densification. Le rassemblement entre clans évoque l’idée de la solidarité et du respect. Il y a là une importance accordée aux ancêtres par le fait de maintenir l’union au sein descendances. Un ancrage culturel existe vis à vis du concept de la densité dans les zones rurales. Qu’en est-il dans la partie urbanisée? b | Typologie traditionnelle des villes d'Asie du Sud-Est Le début d'urbanisation de Hong Kong se caractérise par la récurrence d'une typologie de logement. Cette dernière, appelée shophouse ou « compartiment chinois » en français se retrouve dans de nombreuses villes d'Asie du Sud-Est. Elle désigne un bâtiment de deux étages avec un commerce en rez de chaussée et des logements au premier. Le terme apparaît pour la première fois en Malaisie, à Penang en 1884 mais existait déjà au Xiiième siècle. À Hong Kong, ces constructions voient le jour vers la fin du Xixème, début Xxème siècle.21 21 SHelton Barrie | KaraKiewicz Justyna | Kyan Thomas, The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric, New York, éd. Routledge, 2010.


Des références singapouriennes se retrouvent dans la forme mais dû à la forte croissance de population, des changements se sont imposés. Il y a alors une dérivation des usages. À l'origine, un compartiment s'adresse à une famille, le repas se faisait au rez de chaussée et l’étage servait de chambres. En raison d'un manque d'espace à Hong Kong, une mezzanine s'est développée au rez de chaussée puis, des redivisions à l'étage. Les compartiments sont construits dans les quartiers autorisés aux chinois et doivent s’adapter à un terrain contraignant en pente. Ils sont en mitoyenneté lateralement et à l’arrière afin d’exploiter un maximum l’espace disponible.

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21. Vue sur les compartiments de Tai Ping Shan, sur l’île de Hong Kong en 1880.

Le plan ci-dessus rend compte des conditions de vie difficiles dans les habitations avec un total de 20 adultes et 10 enfants vivant seulement au rez-de chaussée. La hauteur sous plafond est exploitée pour loger 4 personnes en mezzannine. Les partionnements se font de différentes manières, soit avec des cloisons en bois soit avec des grilles métalliques. La notion d’intimité est très faible et il en va de même pour l’hygiène. La profondeur du bâtiment limite fortement la luminosité et la ventilation. À l’époque, un bon nombre d’immigrés chinois ont un statut illégal. Ils ne sont donc pas en mesure de négocier de meilleures conditions de vie avec le gouvernement. Par ailleurs, il faut rappeler que le confucianisme fait intervenir en cas de besoins d’aide, l’état en dernier recours. x1 x2

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22. Plan de rez de chaussée d’un logement encombré au 1/200è en 1903

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Le compartiment chinois compte une série de cellules à l’étage louées à plusieurs familles. Une platforme supplémentaire accessible par une échelle permet de créer davantage de surface. La pièce située à l’arrière du bâtiment fait office de cuisine.

23. Plan (1er étage) et coupe d’un compartiment chinois au 1/200ème.

À Hong Kong, la restriction des terrains agit comme un catalyseur de cette forme architecturale. Elle pousse l'usage des espaces à l'extrême. Les premières mesures de contrôle imposées par le gouvernement colonial encouragent davantage cette direction en réduisant les logements pour des questions d'hygiène. Nous reviendrons plus en détails sur ces mesures ultérieurement. Il est alors possible d'observer en ces temps, les prémices des logements informels aujourd'hui. Les habitants commencent à imaginer des extensions afin de conquérir plus d'espaces. « Everywhere in this great city, in a limitless range of circumstances, the community has a limitless capacity for life and livelihood, and encroachment as well, wherever it finds security and opportunity. »22 Au delà des contraintes spatiales pour bâtir, la mentalité des immigrants chinois joue également un rôle important. Ceux-ci n'ont plus rien à perdre après avoir quitter leur campagne pour la plupart. La notion de confort passe en arrière plan pour ne laisser place qu’à la survie dans un milieu à priori prospère.

22 Leeming Frank, Street studies in Hong Kong : Localities in a chinese city, éd. Oxford University Press, Oxford, 1977. p.55 in The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric.


Synthèse Cette partie introductive nous a permis de mieux appréhender le concept de densité. Celui-ci implique des subtilités en fonction de l'échelle de travail et peut induire des contradictions de sens. Par ailleurs, ce concept est intimement liée à la forme spatiale et ne se lit pas qu'en plan. Il s'agit enfin d'un thème qui suscite des perceptions très diverses selon les expériences personnelles que nous avons et il convient de préciser qu'une forte densité n'implique par forcément l’encombrement. L’introduction du contexte de Hong Kong explique les raisons pour lesquelles la densification prend des proportions si importantes. Dès la formation de la colonie, nous notons déjà une forte acceptation de la densité, imposée par divers facteurs liés à la topographie et au statut de la colonie. Une autre explication de cette acceptation de la densité est à caractère culturel. Les typologies architecturales traditionnelles intégrent dejà la mixité de programmes et l'aspect compact des logements. La forte densité existe tantôt par choix dans les différents clans tantôt par necessité en zones urbaines. Il y a définitivement très tôt, une familiarité des hongkongais avec le concept de densité. Sur l’île, les premiers signes de réponses face au manque de terrains s’observent. À partir de sa colonisation, la densification de Hong Kong ne cesse de s'intensifier avec les vagues d'immigrations que le territoire connaît au fil des années. De nouvelles solutions sont à trouver pour faire face à des demandes de logements toujours plus fortes.

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ii. logement privé et social :

Des solutions légales limitées.

À Hong Kong, la densification du logement semble être une solution inévitable pour répondre à un contexte complexe. D'autre part, ce phénomène comme nous l'avons souligné précédemment, participe à un héritage culturel. L'idée est de voir à travers cette seconde partie comment l'architecture résidentielle a évolué vis à vis d'une densification toujours plus intense depuis le milieu du xviiiè siècle. Le concept de densité dans le logement a été introduit très tôt sur le territoire hongkongais mais suggère encore en 2015, un manque de maîtrise traduit par une forte carence. Une étude des logements dans les secteurs social et privé tente d'expliquer ce phénomène.

1 | Programme social et évolutions des typologies a | Origine et première réception Le logement social est incontournable lorsqu'il s'agit d'aborder le sujet de l'habitat à Hong Kong. En effet, ce secteur contribue pratiquement à 50% de l'approvisionnement d'appartements aujourd'hui. Néanmoins, des lacunes subsistent en présence de cette forte politique d'intervention du gouvernement : « About 50% of Hong Kong's population lives in public housing, receiving government housing subsidies in the form of subsidized rent or discount sales price. Yet despite this figure, a housing problem still exists at the beginning of the 21st Century. In spite of half a century of governmental intervention into the housing market of Hong Kong, there are still people living in inadequate housing: people who are homeless, and those living in bedspace apartments, board-partitioned rooms and non-self-contained housing. Judging from this scenario, one might argue that social injustices exist in the housing sector of Hong Kong. Is the government subsidizing the “wrong" people, while neglecting those inadequately housed? »1 23 23 Yung Betty, Hong Kong’s Housing policy: A case study in social justice, éd. Hong Kong University Press, Hong Kong, 2008 p.99


Afin de comprendre les « failles » du système de logement social hongkongais, il est d'abord nécessaire d’introduire son origine. Communément, l'élément déclencheur d'une première large intervention du gouvernement est daté à 1953. Suite à l'incendie des squats de Shek Kip Mei, un quariter situé du côté de la péninsule de Kowloon, la nuit du 24 décembre, 50 000 personnes se retrouvent sans domicile. En 1954, le gouvernement lance alors très rapidement un plan de relogement massif connu sous le nom de « Resettlement Estate » dirigé par Resettlement Department.

24. État des squats avant et après l’incendie

Ce projet présente alors le gouvernement en « héros », faisant preuve d'humanité en relogeant l'ensemble des victimes à faible coût soit de 10 HKD par mois Les nouveaux foyers sont présentés comme étant plus hygièniques avec des sanitaires communs. L'accès à l'eau courante se fait par ailleurs à chaque étage. Le gouvernement semble donc offrir des conditions de vies meilleures aux anciens squatteurs. Il faut cependant nuancer les propos concernant l'action entreprise par le gouvernement. Ce choix prend en compte de nombreuses autres facteurs en considération : - facteur économique Les victimes de l'incendie, sans domicile, bénéficiaient d'une aide journalière de la part du gouvernement. Cela représentait en termes de dépenses, 50 000 HKD par jour. Le financement d'un projet paraissait à termes plus rentable. La construction de logements à faibles loyers permet en outre de maintenir une main d'œuvre relativement peu chère. - facteur géographique Par ailleurs, les squats occupent des terrains de valeurs que le gouvernement cherche à récupérer pour des constructions futures. Il y a une stratégie dans le choix d'évacuation des terrains squattés. Le relogement semble être un bon compromis à la destruction des squats.

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- facteur politique Les colons se voient dans l'obligation de trouver une solution rapide afin d'éviter l'incident diplomatique avec la Chine. De plus, l'image donnée par des immeubles denses paraît plus acceptable que les cabanes éparpillées sur des terrains. Le sens de l'humanité du gouvernement ne semble donc être qu'un prétexte à l'action et est au service d'autres fins. David DRaKaKis-smith, urbaniste, réfute d'ailleurs l'argument concernant l'amélioration des conditions de vies. Il affirme que parmi les un million d'habitants relogés à la date de 1971, vivent dans l'équivalent de 34% de leurs anciennes abris.24 De plus, les relocalisations se font dans des lieux plus excentrés par rapport aux anciens squats rendant leur déplacement moins pratique. Il faut ajouter qu'en cette situation d'urgence, le gouvernement fait le choix de réduire l'espace habitable requis par personne. On passe de 35 ft2 (3,25 m2)) à 24 ft2 (2,2m2). De nombreux compromis sont faits au détriment de la qualité des logements. Alan Smart énonce un point de vue encore plus radical en introduisant l'idée du mythe de Shek Kip Mei.25 Pour cet anthropologiste, le lancement d'un programme de relogement ne constitue qu'un concours de circonstances. Il ne s'agit donc pas d'un geste du gouvernement apportant des solutions à tous les problèmes. En effet, une succession d'incendies avaient déjà eu lieu précédemment dont certains d'envergures comparables comme celui de Shek Kip Mei. Le gouvernement réfléchissait déjà par ailleurs, à des logements collectifs pour les ouvriers mais sans réelle concrétisation. Il est alors peut-être plus juste de parler d'une opportunité pour experimenter une nouvelle forme architecturale. Les premiers logements collectifs hongkongais naissent suite à des circonstances compliquées et ne semblent pas exclusivement pensés pour les habitants. Cependant, il est intéressant de voir comment ces logements sont accueillis à l'époque par les usagers. Les premiers logements nommés « Mark I » sont réalisés en 1954 sous la direction du Hong Kong Housing Authority (HKHA). Ceux-ci se composent de six étages comprenant chacun 60 compartiments de 11m2. Il faut savoir que chaque logement est conçu pour une capacité de 5 adultes sachant qu'un adulte occupe 2,2m2 et qu'un enfant en occupe la moitié soit 1,1m2. Si une famille se compose de moins de 5 adultes, elle se voit alors obligée de partager son logement avec une autre. L'espace restreint conduit à délocaliser la « cuisine » sur la coursive.

24 DraKaKis-smitH David, High Society in Shek Kip Mei Myth, p 12 25 Smart Alan, Shek Kip Mei Myth, éd. Hong Kong University Press, Hong Kong, 2006


25. Plan du Mark I au 1/500è Distribution

Cuisine

Sanitaires

Pièces à vivre

Le plan montre une forte radicalité en optant une symétrie parfaite sans prise en compte des orientations du site. Pour des raisons d'économie et de réalisation, il n'y a qu'un seul type de logement. L’unité en elle-même est très peu ouverte sur l’extérieur à cause de la coursive. Seule une fenêtre haute est installée et assure l’aération. L’autre option consiste à la porte ouverte. Les points d'eau sont concentrées à l'articulation du « H ». Il s'agit en somme d'une typologie très rudimentaire ayant une capacité d'accueil d'environ 1200 personnes. D'après l'analyse architecturale du Mark I, nous pouvons nous attendre à une mauvaise réception de ces logements. Cependant, il faut remettre dans le contexte de l'époque. Pour les victimes, il s'agit d'une aubaine de pouvoir passer d'un habitat précaire dans les squats à un logement loué à un prix avantageux. L'accès à l'eau courante est commun mais les déplacements à faire sont moindre comparés à ceux effectués dans les squats. Du fait des faibles surfaces habitables et du manque de ventilation, une forte relation à l’extérieur se développe. Il y a un certain encouragement à sortir et à se réunir dans les espaces en commun. La retranscription du témoignage de M. Wu, à la tête d’une famille de neuf personnes décrit bien cet aspect. “They slept on street in the past; they had a residential unit then. Though it was better, the unit space could not accommodate the whole family. They would sleep on canvas beds at the doors, corners around corridors in summer. They would sleep on grass mats on the roof florr in good weather.”26 26 Témoignage de Wu Waiming, habitant au 7è étage du Block V, exposition permanente de Mei Ho House.

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Par ailleurs, le gouvernement n'ayant pas eu assez de temps pour définir un règlement clair, les droits des habitants sont relativement flous. Cela les amène à de nombreuses appropriations aussi bien l’extérieur qu’à l’intérieur. Certains aménagent une petite mezzanine (cockloft) pour gagner de la surface tandis que d'autres développent des activités commerciales. “... cockloft was divided into two sides, brothers slept on the outside, sisters on the inside. To go up to the cockloft, without a ladder, we had to climp up to a 3ft high cylindrical iron bucket. The bucket stored the quilt and clothing of our family; we sat on it to do the homework and took the cockloft as our desk.”

26. Vue d’un intérieur

L’association de ce témoignage et de ce dessin est une démonstration des capacités des habitants à penser leur espace.

Il est ainsi possible de déceler des logiques d’agencements propres à sa famille. Celui-ci mentionne une répartition claire de l’espace enfant en mezzanine avec un côté garçon et fille. Il insiste en outre sur l’aspect multifonctionnel du cylindre métallique servant de rangement, d’appui pour atteindre la plateforme supérieure et d’assise. La reconstitution de l’appartement met en évidence le sous-espace sous la mezzanine, définissant astucieusement l’espace des parents. L’utilisation d’un lit d’appoint amène à gagner de l’espace en journée. Il en va de même à l’extérieur du logement. Le fait d’être contraint à cuisiner sur la coursive amène les habitants à installer divers dispositifs pour faciliter les usages. Des tiges de bambous sont suspendues le long du plafond pour pouvoir accrocher des ustensiles et autres torchons. Des 27. Coupe perspective vélum sont installés pour se protéger du soleil. sur la coursive


D’autre part, un rez de chaussée composé de commerces et locaux d'activités permet d'activer l'espace public alentour. Le toit constitue quant à lui, un second niveau de référence pouvant servir de support pour accueillir une école. L’absence de programmation a conduit à un développement plus libre et peut-être plus adapté aux besoins des habitants. La densité au sein de ces bâtiments est plutôt bien acceptée contrairement à ce que nous pourrions penser. Elle contribue à apporter une dynamique à la vie collective. Cela est renforcé par la présence d'une mixité de programmes. Le docteur Danny K.L. Ho parle même d'un sens de la communauté en lien avec ce mode de vie. Ayant vécu des situations similaires, les habitants se comprennent plus facilement et s'entre-aident.27 Cela rejoint également la théorie de Jonathan Freedman sur le rapport densité-intensité. Ici, la densité est plus facilement acceptée grâce à des bonnes relations de voisinage. Le fait que le logement soit prolongé vers l’extérieur multiplient la possibilité d’interactions. Il est intéressant de voir dans cette typologie plutôt influencée par le mouvement moderne, un certain héritage culturel qui transparaît. Le Mark I suit la logique programmatique du compartiment chinois mais à une échelle différente. Au niveau de la stratégie de conception, il privilégie la quantité au détriment de la qualité pour palier à la carence. Ce choix radical se révèle pourtant efficace dans le contexte de l’époque pour résoudre bon nombre de problèmes. Cependant, il faut noter que la proportion de squats reste conséquente pour diverses raisons dans les années 1960. Nous détaillerons plus loin les causes exactes. b | Évolution des typologies L'idée n'est pas d'effectuer une analyse exhaustive de chacune des typologies bâties mais plutôt d'en sélectionner quelques unes illustrant des changements importants au niveau de la conception. Ainsi, nous choisissons de nous attarder sur cinq typologies pour comprendre les choix réalisés dans le but de fournir toujours plus de logements. Progressivement, nous observons un basculement dans les priorités accordées. Ces cinq formes architecturales seront présentées brièvement en les resituant dans leur contexte de création, avant d'être étudié et comparé à travers leur plan. Des schémas accompagne chaque typologie afin d’avoir une lecture plus synthétique. L’ensemble des opérations est supervisé par le HKHA, chargé du logement social à Hong Kong qui emploie ses propres architectes. 27 Ho Danny K. L., « Public housing and community consciousness » in Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities. pp. 188-196

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Mark V Cette typologie fait partie d'une des dernières évolutions des « resettlement estates » et date des années 1960. Le plan en « H » est délaissé au profît d'un plan en « I » moins imposant en termes d'occupation au sol. Le nombre de logments par étage est reduit mais compensé en hauteur. En effet, l'introduction de l'ascenseur à partir du Mark IV permet aux bâtiments de monter jusqu'à 16 étages. Distribution

Surface : 1275m2 4 types de logements - A=11,4m2 - B= 15m2 - C= 22m2 - D= 23,4m2 (16-1) x 56 = 840 logements

A

Cuisine Sanitaires Pièces à vivre Balcon

B

C

Distribution : 23%

D

Services : Int. | Ext

28. Plan du Mark V au 1/500è

Des changements conséquents sont observés depuis le Mark I. Les distributions ne se font plus par coursives mais par l'intermédiaire d'un long couloir. Cela permet un prolongement des logements sur l'extérieur et une privatisation des balcons. Ceux-ci reprennent la fonction de cuisine des coursives. La réduction des circulations entraîne un meilleur rendement en termes d’espaces utilisés. Les appartements sont dorénavants déclinés en quatre types permettant une meilleure adaptation selon les foyers. La notion de mixité de programmes disparaît avec une mise en œuvre de règles plus strictes.


Double H Le double « H » s'inscrit dans le cadre du programme du « Ten-Year Housing Plan » lancé en 1972 par le gouverneur Sir Murray McLehose dans l'objectif de résoudre les problèmes liés aux squats et à la situation compliquée dans les immeubles de relogement. L'idée est de reloger 1,8 millions de personnes dans des conditions acceptables. Cette typologie de 22 étages est construite jusqu'en 1982.

C A

B

Surface : 1500m2 3 types de logements - A= 29m2 - B= 36m2 - C= 39m2 (22-1) x 30 = 630 logements

40 41

Distribution : 22%

Services : Int. | Ext

29. Plan du Double H au 1/500è

Les logements composant le double « H » sont de trois types. Pour la première fois, il y a l’introduction d’une typologie en angle bénéficiant d’une vue supplémentaire. En outre, la cuisine est délimitée dans une pièce interne et laisse alors le balcon devenir un espace en plus. La taille des logements augmentent considérablement. Cette typologie synthétise les caractéristiques du Mark I et V en combinant des coursives mais aussi des balcons privatisés. Néanmoins, les cours extérieures formées par la forme du bâtiment sont d'une autre nature. Du fait de la hauteur de l'ensemble, elles perdent de la qualilté d'espace public observé dans le Mark I.


Twin Towers En 1977, une autre typologie adoptant des principes similaires est introduite. Elle s'inscrit de même dans le cadre du « Ten-Year Housing Plan ». Le bâtiment conserve le même nombre d’étage que le « double H » et se compose d'un logement type identique. Il s’agit toujours d’un assemblage de deux ensembles en quinconce avec des modulations aux angles. Nous notons tout de même quatre appartements sont gagnés par étage. Surface : 1740m2 3 types de logements - A= 34m2 - B= 38m2 - C= 40m2 (22-1) x 34 = 714 logements

C

A

B

Distribution : 22%

Services : Int. | Ext

30. Plan du Twin towers au 1/500è

Il se développe avec cette typologie, une certaine centralité autour de deux puits de lumière servant également d’espace commun en rez de chaussée. Nous pouvons toutefois questionner l'efficacité de ce dispositif sur une hauteur de 22 étages. Une rupture s'effectue avec les typologies précédentes où l'on se déploit depuis un centre, le long d'une ligne. Il est intéressant de noter que malgré la multiplication des distributions, une proportion entre logement/circulation est conservée.


Trident Le « trident » est la première typologie de logements collectifs à se présenter sous la forme d'une tour. Elle apparaît déjà en 1955 puis en 1963 pour l'opération de logement de So Uk à Kowloon. Il faut atteindre 1985 pour une réadaptation de cette typologie. Des modifications sont notamment effectuées au niveau de la façade, en redents. La distribution plus généreuse (29%) qui s’explique peut-être par l’ancienneté de la typologie n’a pas été modifiée. Surface : 1300m2 2 types de logements - A= 30m2 - B= 41m2 (35-1) x 24 = 816 logements

B

42 43

A

Distribution : 29%

Services : Int. | Ext

31. Plan du Trident au 1/500è

Il y a un retour à l’intériorité déjà développée avec le Mark V, le système de distribution se fait uniquement par trois longs couloirs. L’ensemble des services est à présent introduit dans le logement. Les redents en façade permettent de créer davantage de vues comparé à la limitation à une seule vue par le balcon. Il y a une plus grande efficacité avec la restriction à deux types. Le plan du trident se veut plus compact mais est compensé par ses 35 étages.


Concord Le « concord » est une typologie relativement tardive. Elle apparaît pour la première fois en 1998. Celle-ci reprend les principes introduit par les « Trident » et « Harmony », c'est à dire la tour à noyaux de distributions centraux. Il y a une préservation de l'occupation au sol, la densité s'opère en hauteur, atteignant 40 étages. Surface : 610m2 2 types de logements - A= 40m2 - B= 52m2 (40-1) x 8 = 312 logements

B

Distribution : 21%

A

Services : Int. | Ext

32. Plan du Concord au 1/500è

Il est possible de noter une meilleure définition des espaces internes, les chambres sont pré-divisées contrairement aux logements antérieurs. La relation avec l'extérieur se fait de plus en plus faible avec la disparition du balcon. La façade est pensée en fonction des pièces internes quitte à aboutir à de nombreuses irrégularités. Le choix est de réduire à 8 logements par étage pour une forme très élancée. Les logements perdus sont vraisemblablement récupérés par la possibilité de plus de tours sur le même terrain.


Les logements sociaux à Hong Kong ont été le fruit de nombreuses expérimentations plus ou moins pertinentes. Jusqu’au “trident”, la stratégie est de densifier le bâti tout en désaturant l’intérieur des logements. Cette tendance change avec le “concord” où l’idée est plutôt de diminuer la densité de la tour pour la récupérer à une échelle plus large du quartier. Dans les deux cas, l’objectif recherché est la productivité. Diverses configurations permettent aussi aux logements de gagner en confort et en qualité. L’aboutissement au “concord” témoigne de nettes améliorations mais traduit aussi le manque de diversité. Les plans s’adressent idéalement à des familles avec 1 ou 2 enfants. Les célibataires, couples ou familles nombreuses ne sont pas ciblés. Le concept de l’espace flexible a-t-il alors une meilleure place à jouer? Une étude de l’usage des habitats semble utile pour nous éclairer sur cette question.

44 45

Mark I 1954

Double H 1972

Mark V 1960 33. Chronologie des typologies de logements

Trident (1963) 1982

Twin Towers 1977

Concord 1998


c | Appropriations des logements L'étude des relevés habités présents dans les recueils de Nuala Rooney28 et Hilary FRench29 nous permettent de souligner plusieurs points caractéristiques sur l'usage de ces logements sociaux. Cela met également en valeur les capacités habitantes à s'approprier leurs espaces. Les systèmes conçus par les usagers bien qu’ingénieux, traduisent un manque dans la configueration basique des appartments. La mise en avant de l'espace indéterminé. Pendant longtemps, la stratégie adoptée par le HKHA a été de fournir des appartements très simples avec seulement une distinction des espaces de services : salle de bain/toilettes et cuisine. La pièce servie demeurait quant à elle, indéterminée et libre à partitionner. Cela était dû à des raisons économiques et à l'incertitude du nombre de personnes destinées à habiter les lieux. L'espace indéterminé offre alors une certaine flexibilité d'agencement. Si cette composition est motivée par de bonnes intentions au départ, celle-ci se révèle rapidement obsolète par la suite pour diverses raisons. La rupture avec ce mode de composition n'intervient qu'avec les typologies issues du Home Ownership Scheme. Ce programme lancé en 1976 par le gouvernement encourage à l'achat dans le secteur social. De nouvelles typologies sont alors conçues avec des intérieurs plus spacieux et plus lumineux. Notion d'intimité Le plan intégrant la pièce indéterminée montre ses limites notamment par rapport au nombre de personnes à loger et à la gestion de l'intimité des habitants. Le partionnement des chambres se révèle complexe à cause de la configuration de base : position de la porte d'entrée et éclairement de la pièce principale en second jour. L'espace à première vue flexible ne permet pas de nombreux agencements. Nous observons que pour organiser la disposition des lits et éventuellement des partitions, de nombreux compromis sont faits. Il y a souvent un manque ou une absence de lumière naturelle. L'aspect intime est difficilement pris en compte avec des lits simplement installés dans la pièce de vie. Néanmoins, les habitants tentent tant bien que mal de rémédier à cela par des moyens simples. Ceux-ci optent par exemple pour des systèmes de cloisons mobiles qu'on l'on vient refermer seulement le soir. D'autres optimisent l'espace grâce aux 28 rooney Nuala, At Home with Density, Hong Kong, éd. Har/Cdr, 2003 29 FrencH Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, éd. par New Talents Press, 2013


lits mezzanine permettant d'exploiter la partie inférieure en bureau et rangement. Un seuil est alors recrée par rapport au « séjour ». Dans ce cas, la « chambre » est réduite à la périphérie définie par le lit. Il y a cette idée de compacter l'espace privé et personnel à l'intérieur du logement.

2 lits mezzanine + 1 chambre

2 chambres cloisonnées

34. Dispositifs informels pour recréer une chambre 1/200è

Ainsi, nous notons une adaptation relativement lente des plans par rapport à l'amélioration des modes de vies. La typologie du «trident » plus récente, construite jusqu'en 2000, se pliait toujours à ce type de plan basique, sans chambres. L’idée du gouvernement était de privilégier la quantité au détriment de la qualité. Il y a une certaine négligeance de l’aspect évolutif d'un foyer. Les attentes d'enfants en bas âge et ceux d'adolescents ne sont pas les mêmes. Cette adaptation repose uniquement de l'habitant. Les murs séparatifs sont structurels et empêchent une éventuelle reconfiguration. Il semble y avoir un équilibre à trouver dans la flexibilité ou alors une proposition de types plus diversifiés. Le rôle du balcon Le balcon dans les logements sociaux de Hong Kong apparaît avec le Mark III dans le milieu des années 1960. Il naît du prolongement des logements en coursives. Chaque appartement bénéficie dès lors d'un espace extérieur privé. Contrairement aux usages qui lui sont en occident : se protéger du soleil, profiter de l'extérieur ou encore cultiver des plantes ; le balcon a dans un premier temps, la fonction d'assurer une certaine hygiène dans le logement. En effet, la cuisine et les sanitaires occupent le balcon dans les typologies Mark pour des questions de ventilation. Les toilettes demeurent à l'extérieur dans plusieurs typologies ultérieures. Nous observons que lorsque la cuisine acquiert son véritable espace, le balcon ne devient tout de même pas un espace privilégié. Il est soit exploité en tant qu'espace de stockage ou pour sécher du linge. De façon plus radicale, certains foyers choissisent de prolonger de manière informelle leur logement en transformant

46 47


leur balcon en loggia afin de gagner de l'espace. Cette entreprise pourtant illégale est implicitement tolérée par le gouvernement. Extension du salon

Redivision en chambre

35. Appropriation du balcon 1/200è

L'évolution des typologies de logements vers la tour voit le balcon perdre de son importance au sein de l'appartement. Comme nous l'avons vu précedemment, à partir du « trident », le prolongement extérieur devient un simple espace de service annexé à la cuisine ou à la salle de bain. Ce rétricissement du balcon dissuade le convertissement en espace intérieur et marque aussi une amélioration de la ventilation. L'ouverture sur un large prolongement extérieur n'est plus indispensable pour aérer l'espace. La façade crénelée permet des ouvetures plus nombreuses. Mark V 2,2m

2

2m

2

Twin Towers 5,8m

2

5,7m2

Double H 1,9m2

3m2

7,6m2

Trident

Concord

1,7m2

ø

36. Taille et fonction du balcon dans les différentes typologies 1/200è

L'absence de rangements intégrés Les logements sociaux sont livrés sans rangements. Cela laisse une liberté de composition mais entraîne rapidement l'encombrement en cas de non-maîtrise. L'insuffisance de stockage est vue comme quelque chose avec laquelle il faut vivre. Nous notons alors différentes stratégies qui se mettent en place. Il y a tout d'abord un développement en hauteur avec l'installation de meubles suspendus ou étagères. Puis, le mobilier devient multi-fontionnel : un lit superposé permet l'accrochage de cintre pour les vêtements, le dessus d'un meuble peut devenir un autel pour commémorer un défunt. Les grilles métalliques des fênetres ou encore les lames de verre peuvent devenir des supports.30 30 rooney Nuala, At Home with Density, Hong Kong, éd. Har/Cdr, 2003.


37. Dispositifs de rangement informels

« High-density space is never static. Respondents clearly expressed the need to have a bigger living space, as opposed to bigger bedrooms, to create a multi-functional space, which could be re-arranged to suit different activities over the course of the day. It is likely that they rarely noticed how much they are engaged creating their own dynamic within the space or how family members create their own domains through their own routine. Some might be doing their homework, others watching TV and others engaged in domestic chores. People occupy space, they move around and are continually having to negociate their way in the space with ither movable objects – their family members. »31 La routine des habitants et leurs pratiques des espaces permettent de comprendre que la vie dans de petits logements est parfois difficile. Chacun n'a pas forcément les même rythmes de vies. Certaines activités ont besoin de silence ou de place au détriment d'autres : dormir, faire ses devoirs. Cependant, en absence de meilleures solutions, il faut faire avec. Un sentiment de fatalité se développe vis à vis de la densité et du manque d'espace. Les habitants acceptent en quelque sorte leur sort mais font preuve de créativité pour améliorer leur conditions. Les typologies plus récentes tentent de remédier à ces questions par une meilleure définition des espaces. Le logement social hongkongais a été pendant une longue période, une machine à habiter purement fonctionnelle. Il faut attendre les années 1980 avant de voir une amélioration des conditions de vie et une plus grande importance accordée au confort. Néanmoins, les habitants face à leur logements denses ont toujours accepté cette fatalité et chercher à la compenser par des systèmes ingénieux. Nous allons voir à présent quelle est la situation concernant le secteur privé, représentant l'autre moitié de la production de logements.

31 ibid. p.134

48 49


2 | Promotion privée et ses particularités a | Règles d'urbanisme et formes architecturales Il est possible d’identifier trois grandes phases dans le développement de programmes résidentiels à Hong Kong. Les constructions dans la ville sont soumis à un plan d’urbanisme connu sous le nom de Building Ordinance. Ce texte est introduit en 1903 et dérive des règles pratiques d’hygiène appliquées au compartiment chinois. L’hygiène avant tout. Les deux premiers Building Ordinance s’attache à améliorer l’aspect sanitaire dans les quartiers constitués de compartiments chinois. Le texte de 1903 correspond à une réaction suite à la peste bubonique de 1894. Il y a un redimensionnement des bâtiments. Des contraintes sont fixées sur la hauteur, la profondeur des bâtis pour un meilleur apport de lumière dans les rues et les intérieurs. Dans le but d’éviter la surpopulation, une densité de 4,65m2/hab est fixée par compartiment. 32

es Voi nda eco (s ire

h = R+3 max.

s) ice erv 1,8m

Ae = 1/2 ( Av + As)

Rue

Av = Espace de vie

11m max.

As = Services Ae = Espace extérieur

L ≥ 1,5xh

38. Compartiment chinois en 1903 au 1/500è 32 SHelton Barrie | KaraKiewicz Justyna | Kyan Thomas, The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric, New York, éd. Routledge, 2010.


En 1935, face à une population avoisinant le million33, de faibles changements sont faits dans le but d’accomoder plus d’habitants. Les bâtiments peuvent s’étendre jusqu’à cinq étages s’ils sont resistants au feu; dans le cas contraire, ceux-ci ne peuvent dépasser trois étages. La profondeur du bâti diminue une nouvelle fois dans le but de limiter le nombre de partionnements en cellules et donc le manque de lumière et de ventilation. Le raccourcissement du compartiment permet d’intégrer une vérandah en façade et introduit un rapport à la rue différent en créant des trottoirs couverts. La relation avec l’extérieur est renforcée par la mise à distance des services grâce à une passerelle.

nd eco es Voi

h = R+4 max. si matériaux pare-feu

es) rvic (se aire

50 1,8m

Ae = 1/2 ( Av + As) Rue

10,3m max. 3m L ≥ 1,5xh

39. Compartiment chinois en 1935 au 1/500è

Pour le gouvernement colonial, la priorité est dans un premier temps d’assurer une meilleure hygiène dans les compartiments chinois afin d’éviter une nouvelle épidémie. Le contrôle s’effectue grâce à une série de mesures limitant fortement la forme architecturale. Une focalisation se fait à l’échelle du bâtiment et sur les rapports pleins/vides. La création d’espace extérieurs tels que des balcons et cours constitue la principale solution pour assurer l’assainissment. En revanche, peu d’initiatives sont prises pour répondre à la croissance importante de la population sur le territoire. Les habitants sont seuls dans la recherche d’une éventuelle solution. Il se développe alors des extensions informelles sur les toits et les vérandahs pour combler ce manque d’espace. 33 foucHier Vincent, Hong Kong: Comment gérer les fortes densités?, Perspectives chinoises nº13-14, 1993. p57.

51


Le débridage des règles. Il faut attendre le Building Ordinance de 1956 pour observer de véritables changements dans les typologies de logements hongkongais. Le nouveau texte repousse la limite des hauteurs à 48m soit pratiquement le double. La notion de plot ratio c’est à dire de COS remplace les contraintes de dimensionnement appliquées au compartiment chinois. Il est alors possible d’atteindre jusqu’à un COS de 20. Cela a pour effet d’inciter à la création de nouvelles typologies. La plupart d’entre elles répondent de manière simple à la demande. L’efficacité des logements est privilégiée au détriment de la dimension exploratoire observable dans le secteur social. Des mesures simples sont prises pour assurer une suffisance de lumière au niveau de la rue : retrait de façade en derniers étages. Les redents et puits de lumière sont utilisés pour apporter suffisamment de lumière et d'aération. L’une des typologies qui marque la rupture est l’apparition du bloc massif. Cette forme architecturale répond de façon plus pertinente à la demande de logements. Les promoteurs privés peuvent à présent concevoir des formes compactes desservant de nombreux logements sur une surface limitée. L’exemple de Man Cheong Building réalisé en 1970, illustre un certain degré de compacité. Chaque étage du bâtiment dessert huit appartement de 40-50m2 sur 19 étages. Les espaces extérieurs disparaissent au profît d’interieurs plus spacieux, intégrant les services. Cette réforme de 1956 répond à la demande massive de logements en raison de l'immigration massive de chinois à Hong Kong. Cependant, face aux excès des nouvelles typologies impliquant une densité trop forte, le gouvernement décide de réinstaurer un COS de 8 en 1960. Il devient alors construire soit en masse ou en hauteur mais pas les deux à la fois. Cela a conduit à la typologie des tours podiums sur laquelle nous reviendrons en détails dans la partie suivante. Décentralisation Par la suite, une stratégie de décentralisation appelé Metroplan s'est mise en place afin d'améliorer les conditions de vie. L’objectif est de redévelopper les quartiers trop surpeuplé et de redistribuer les populations en périphérie. De façon plus officieuse, cette décision est aussi prise pour des raisons politiques. Suite aux émeutes de 1967 où les citoyens reprochent au gouvernement l'inaction face à l'instabilité de la société, ce dernier décentralise les populations pour affaiblir l'engouement. Le programme de décentralisation est concrétisée par le développement urbain dans les nouveaux territoires.


52 53

Rue

24m

Rue

40. Man Cheong Building au 1/500è


Le gouvernement exerce un poids important sur le logement privé et a eu un impact direct sur les formes architecturales. Le Building Ordinance imposé jusqu’en 1956 est en partie responsable du manque de logements et d’une difficulté à innover. Par conséquence, des alternatives informelles apparaissent. Il faut attendre les années 1960 pour qu’une plus grande liberté soit laissée aux promoteurs pour répondre aux fortes immigrations. Une période d’adaptation s’observe durant laquelle de nouvelles typologies émergent. Tout au long du développement du secteur privé, les priorités changent. b | Tour podium : le cas de Mei Foo Sun Chuen La tour-podium est une typologie qui s’est essentiellement développée à Hong Kong. Cette forme architecturale est le résultat issu d’un réajustement du Building Ordinance. Elle propose une quantité importante de logements tout en assurant une densité de bâti raisonnable. Les qualités du compartiment chinois et du bloc massif sont regroupés ensemble. Sa conceptualisation obéit à une optimisation de la rentabilité comme le souligne MVRDV.34

1. Pour un terrain quelconque 2. Saturer le COS à Hong Kong. autorisé.

3. Respecter la hauteur et la couverture d’un programme résidentiel. ( h ≤ 61m, 40% du terrain )

4. Minimaliser les distributions: quatre tours sont plus rentables.

5 & 6. Optimiser le plan: plus de petits appartements et plus de redents en façade pour plus de vues.

7. Obtenir un plan idéal avec le COS max.

8 Revenir à la hauteur max. autorisée et ajouter une tour pour récupérer le COS max.

41. Schémas sur l’optimisation des tours de logements

34 maas Winy | van rijs Jacob | KoeK Richard, Farmax – Excursions on density, Rotterdam, éd. 010 Publishers, 1998


Le podium se compose d'une superposition de programmes: parking, centre commercial, transport... Sa toiture terrasse du podium fait office d'espace public pour les habitants. Pour des questions de luminosité et de ventilation, la surface de logement occupé au sol est fortement limitée ce qui explique le choix de la tour. Cette typologie opère une forte rupture avec les bâtiments résidentiels précédents au niveau de la forme. Cependant, il est possible d’établir une continuité en ce qui concerne les programme, rappelant le shophouse. La mixité entre les logements et les commerces est toujours présente. Elle est d’ailleurs amplifiée par l’échelle des nouvelles opérations et l’intégration de la distribution dans les podia. La première opération de logements collectifs privés est développée par Mei Foo Investments Limited sur des terres plein appartenant à l’entreprise Mobil. L'agence d'architecture en charge de la conception est Wong Tung & Partners Limited. Il est ici, question d'un programme de logements de grande envergure construit en huit phases de 1965 et 1978. Au total, 99 tours de 20 étages sont réalisées pendant ces treize années pour un total de 13,110 unités. La population habitant cette opération est estimée entre 70,000 et 80,000.35

Tours analysées Tours

54

Podia

55

42. Plan masse de Mei Foo Sun Chuen, au 1/2000è 35 cHan Johnnie Casire C.K, Community development and management of private sector housing estates in Hong Kong, Hong Kong, éd. HKU Press, 1995.


La lecture du plan permet de comprendre un désir d’optimisation des surfaces, les tours sont mitoyennes selon les cas. Il n’y a pas de trames ou d’axes majeurs guidant la composition. L’emplacement de celles-ci semblent être uniquement régi par des questions de prospect et de surface au sol. Des déformations de la tours en croix sont notables à différents endroits. Certaines parties sont entièrement situées sur podium tandis que d’autres le sont plus partiellement. Le phasage de l’opération montre une fragmentation et suggère une planification progressive. L’accent est moins porté sur la rigueur de composition en plan. Il est plutôt question d’un processus empirique où l’adaptation est privilégiée. L'ensemble de Mei Foo Sun Chuen fonctionne comme une « mini-ville » avec des équipements et des transport à proximité.

36

« It has its own shopping and recreation areas, its own schools, a community centre post office, police post and fresh produce stalls. It is served by bus and Mass Transit Railway (équivalent du métro) services especially sited to its needs. There are parking facility for some 5,000 cars. »33

V VI

VII IV I

II III

VIII 43. Phases de l’opération au 1/4000è

Les tours en elle-mêmes comptent selon les cas 6 ou 8 logements par étage. L’espace est optimisé grâce à une distribution centrale desservant tous les logements. Les plans d’appartements demeurent relativement simple avec une distribution commandée par le salon. Le vis à vis de deux appartements dans un angle rentrant est réglé par des pièces de service comme la cuisine. La forme des bâtiments est commandée par les espaces intérieurs c'est à dire que selon les types variant de deux à trois chambres pour les plans étudiés, le plan type de la tour est amener à changer. Il est intéressant de noter que malgré la variation du nombre de chambres, l’espace n’est pas forcément plus grand. C’est le cas par exemple pour les logements A et C de la tour situé phase I. Le logement B en phase VII est aussi grand que le A en phase V alors qu’il possède une chambre en moins. Il y a une absence de cohérence entre le nombre d’habitants et la taille du logement. 36 cHan Johnnie Casire C.K, Community development and management of private sector housing estates in Hong Kong, Hong Kong, éd. HKU Press, 1995.


A A B

B

C

Surface : 575m2 3 types de logements - A = 64m2 - B = 57m2 - C = 56m2

C

Phase I 1-3 Broadway Street 1/500è

Phase III 6-8 Glee Path 1/500è

Surface : 625m2 3 types de logements - A = 70m2 - B = 61m2 - C = 492

56 57

C B A

E

B

Surface : 590m2 3 types de logements - A = 44m2 - B = 61m2

D

A

Phase V 1-3 Humbert Street 1/500è

Distribution

Cuisine

Chambres

Balcon

Surface : 615m2 3 types de logements - A = 65m2 - B = 47m2 - C = 74m2 - D = 55m2 - E = 58m2 Sanitaires

Phase VII 1-3 Mt Sterling Mall 1/500è

Pièces à vivre 44. Analyse des tours au 1/500è


En termes de qualités architecturales, les logements reflètent avant tout une grande efficacité. Le plan en croix assure une vue depuis chaque pièce et permet aux appartements d’avoir plusieurs orientations. Cette organisation est conservée tout au long des huit phases, il n’y a pas de grands changements notables. Les espaces ont pour la plupart des formes régulières qui supposent une facilité d’appropriation. Les balcons sont situés en extension des chambres et apporte nt un confort supplémentaire. Leur rôle diffère des logements sociaux. Les plans et la logique de développement du projet évoquent un certain pragmatisme mais n’altèrent pas sur la qualité de l’opération. Dans les années 1970, la priorité reste la production rapide et en masse de logements décents, l’aspect esthétique passe en second plan. En outre, la réussite de Mei Foo Sun Chuen réside dans sa capacité à unifier un grand ensemble de logements grâce une mixité de programme. Cette opération annonce le début d’un série de « community housings » basée sur ce modèle de tours podium associées ensemble. Ceux-ci se développent aussi bien sur l’île de Hong Kong, à Kowloon que dans les nouveaux territoires.

3 | Limites des solutions légales Le gouvernement et les promoteurs sont très actifs dans la production de logements à partir des années 1950. Des typologies expérimentales et en rupture avec le passé voit le jour. Cependant, différents rapports et la multiplication de logements informels soulignent toujours un manque. Il convient alors de se demander quels sont les facteurs d'une pénurie de logements persistante à Hong Kong. Cette partie recense trois raisons majeures de cette carence. a | Développement des terrains À Hong Kong, deux opinions majeures sont recensés par rapport au manque de logements. Il y a tout d'abord, comme nous l'avons vu concernant les logements sociaux, une vision fataliste des habitants affirmant qu'il s'agit d'un problème inévitable. Ceux-ci semblent accepter leur sort et tente de trouver des solutions par eux-mêmes pour vivre dans leur logement dense. L’idée étant la suivante : il y a trop peu de terres pour une population trop importante. Une seconde catégorie rejette la faute sur le gouvernement et son incapacité à fournir des terres développables. En effet, les terres hongkongaises appartiennent au gouvernement ce qui en fait un acteur décisif dans le domaine de l'immobilier. Les négociations de terrains se font directement entre ce dernier et les promoteurs. « Virtually all land in HK is Crown Land. Land ownership puts government in a relatively


strong position in influencing the built form and densities through lease and planning control. »37 Il s'agit ici de deux visions des faits différentes. Néanmoins, toutes deux s'entendent sur le fait qu'il faut créer et fournir plus de terrains en vue de projets résidentiels. Une étude menée par Local Research Community38 démontre que cette démarche de production de nouveaux terrains n'est pas a seule issue. Il semble important de rappeler les proportions de terrains utilisés à nos jours (chiffres de 2014) pour mieux saisir la situation:

Espaces verts (dont 46% de réserves et parcs) 66%

Hong Kong Surface totale: 1100km2

Terrains développés 23,8%

Terrains agricoles Friches Étendues 6,2% 0,7% d’eau 2,6% 45. Répartition des terrains à Hong Kong

Ainsi, la part des terres développpées ne représente que le quart des terrains disponibles. Parmi le reste des terrains, il y a 46% dédié à des usages spécifiques tels que des parcs ou autres réserves. Concernant les 23,8% déjà exploités, des redéveloppements constants de vieux quartiers s’opérent dans l’optique d’une densification. Au sens strict du terme, il est donc incorrect de parler d'un manque de terrain. Sur décision du gouvernement, il semble tout à fait possible d’étendre des développements sur les (66-46=)20% restants et de doubler les zones urbaines existantes. Au delà des grandes opérations de planification urbaine, d’autres solutions plus ciblées peuvent engendrer de nouveaux terrains: Une conversion possible de terres agricoles Des chiffres issus du départment de l’agriculture montrent une forte baisse 37 wong Wing-Tak, Can high density provide quality housing in Hong Kong?: a case study of Amoy Garden, Richland Garden and Telford Garden, Hong Kong, éd. HKU Press, 2004. p. 38 local researcH community, 不是土地供應, 香港土地問題的迷思考與真象, Hong Kong, éd. 基道, 2013 ( Recueil chinois sur les mythes et réalités liés à la disponibilité des terres à Hong Kong)

58 59


des terres destinées à l'agriculture au cours des années. De 1967 à 2008, la proportion de terres agricoles passent de 136km2 à 60km2.39 Cela s'explique par des conversions progressives en terrains exploitables par le gouvernement. Dans les années 1970, les projets de villes nouvelles « New Towns » visant à répartir les densités de population sur l'ensemble du territoire sont issus de ce procédé de conversion. Cependant, l'acquistion des terres s'avère complexe car si les terres hongkongaises sont officiellement privées, les terres agricoles appartiennent pour la plupart aux natifs d'après un accord signé avec le gouvernement en 1899. La conversion de terrains est donc le fruit de négociations complexes avec les natifs hongkongais dans le but de racheter leur bien. Les terrains agricoles sont d’autant plus une source intéressante à exploiter du fait de la baisse des activités agricoles à Hong Kong. De nombreuses cultures ont été progresssivement relocalisées en Chine. En conséquence, la quantité de terrains vagues a augmenté au cours des années et atteint 419km2 en 2008. Les quatre principaux promoteurs hongkongais (Sun Hung Kai, Henderson Land, New World Development et Cheung Kong Property) detiennent à eux seuls 25% des ces terrains.40 Ces réserves foncières demeurent cependant non exploitées pour des enjeux économiques. Les promoteurs attendent une baisse de la valeur des terres pour lancer des opérations. Une identification d’autres terrains potentiels Mis à part les terrains agricoles, sur les 23,8% de surfaces déjà exploitées, il existe des espaces abandonnés représentant 29km2 de terrains. D'autres terrrains ayant servi à des usages militaires peuvent selon les textes du gouvernement être reconvertis pour le développement d'autres programmes. Enfin, de nombreuses friches industrielles non utilisées existent et représentent pas moins de 80km2. Contrairement aux terres agricoles, le redéveloppement de ces terres ne nécessite pas de negociations et semble d’autant plus simple à exploiter. Néanmoins, il n’y a pas d’initiatives prises de la part du gouvernement. Un rééquilibrage des typologies D'après les statistiques sur la répartition des types d'habitats, il est possible de constater un déséquilibre entre les surfaces allouées aux logements ruraux et urbains. Dans les nouveaux territoires, ces logements de faible densité (R+2 ou 3) occupent plus du double de la surface des logements sociaux et logent pourtant une population beaucoup moins importante. Face à une demande de terrains importants, il y a ici un manque d’ajustement. 39 ibid. 40 ibid.


Secteur privé

Secteur social

Habitat rural

Total

2.,3 %

1.4 %

3.1 %

6,8 %

Surface occupée (km2)

25

16

35

76

Programme résidentiel à Hong Kong (%)

33%

21%

46%

100

Terrains à Hong Kong (%)

46. Statistiques sur la répartition des programmes résidentiels

Cette dominance d'habitats ruraux s’explique par la mise en place d’une politique spécifique aux villages appelée « New Territories Small House Policy » en 1972. Face à la difficulté de construire davantage dans les villages et à l’impossibilité de construire sur les terres du gouvernement sans permission, ce texte revalorise une pratique traditionnelle des villages indigènes. Il assure à chaque descendant indigène masculin, le droit de construire une habitation peu dense (R+3, environ 65m2) dans les environs du village.41 Aujourd'hui, cette règle persiste et les demandes d’application demeurent importantes. Ce privilège accordé aux villageois paraît trop déséquilibré par rapport au peu de logements produits. À termes, cela entraînerait éventuellement un étalement urbain, particulièrement problématique à Hong Kong. En somme, s’il est vrai que la topographie à Hong Kong est contraignante, elle ne constitue pas l’unique facteur du manque de logements constatable à Hong Kong. L’étude menée par Local Research Community apporte des éléments de réponses supplémentaires. Le gouvernement tient une place essentielle dans la gestion des terrains à Hong Kong mais demeure relativement passif dans la recherche de solutions autre que les poldérisations et grands développements tels que les « New Towns ». Quant aux promoteurs, ceux-ci sont dans un soucis d’optimiser leur bénéfice et préservent de nombreux terrains en suspens. b | Inaccessibilité du marché immobilier À Hong Kong, l'investissement dans un logement est rendu difficile pour diverses raisons. Encore une fois, les acteurs principaux de ce problème sont les promoteurs et le gouvernement.

41 HopKinson Lisa | lao Man Lei Mandy, Rethinking the Small House Policy, 8/08/15.

60 61


Spéculation immobilière et implications La situation économique de Hong Kong constitue un facteur favorisant particulièrement la spéculation sur le logement. Le dollar hongkongais étant au change fixe avec le dollar américain depuis 1983, cela implique des taux d'intérêts nominaux faibles. D'autre part, il y a une inflation importée à Hong Kong dû la hausse continue du Renminbi et au fait que la plupart des biens vendus sont issus de la Chine. Cela entraîne alors des taux d'intérêts faibles encourageant à spéculer. De plus, de nombreux fonds provenant de la Chine sont mobilisés sur le marché immobilier.42 Le phénomène de spéculation entraîne des conséquences sur les prix des appartements qui deviennent disproportionnels à leur taille. Des chiffres récents témoignent de l’actualité et de l’intensité du phénomène: Types de logements

≥ 40m2 acheté

≥ 40m2 loué (par mois)

HK

KLN

NT

HK

KLN

NT

Juin 2014

14 797

12 132

10 555

45

38

29

Septembre 2014

15 712

12 469

11 118

46

38

30

Décembre 2014

16 254

13 249

11 886

47

38

32

Mars 2015

17 514

13 240

12 327

48

38

30

Juin 2015 (chiffre provisoire)

17 041

14 113

13 328

50

39

33

prix en €/m2 pour un taux de 1€ = 8,5HKD HK: Hong Kong, KLN: Kowloon, NT: Nouveaux Territoires 47. Prix moyen de logements ≥ 40m2 dans le secteur privé

Le prix des logements à Hong Kong est comparable à celui en région parisienne pour un niveau de vie pourtant plus faible. Le relevé effectué ici avec un espacements de trois mois montre une hausse rapide de la valeur foncière. Les biens situés dans les nouveaux territoires sont plus accesibles mais aussi plus éloignés des quartiers actifs. La difficulté à posséder un bien immobilier touche ainsi une partie importante de la population et non seulement les plus démunis. Beaucoup se replie sur la location d’appartements où les prix demeurent plus constants. L'accessibilité est d'autant plus réduite à cause des logements vacants achetés par les spéculateurs. Si le gouvernement estime leur nombre à 46,000, d'autres sources utilisant des méthodes de recensement différents, parle d’un chiffre s'élevant à 42 Leung Charles K. Y. | Tang Edward C. H., Availability, Affordability and Volatility: the case of Hong Kong Housing Market, 19/02/2015


250,000. Il s'agit dans tous les cas, d'un problème que le gouvernement peine à traiter.43 Monopolisation du marché par les 4 grands promoteurs Une seconde raison de la difficulté à se loger s'explique par la dominance de quelques promoteurs dans le secteurs privés. L'étude menée par Charles Leung et Edward Tang prouvent par ailleurs une relation d'interdépendance entre le prix du logement et les actions en bourse de ces promotions privées selon des tests statistiques. Les quatre principaux promoteurs misent ainsi sur des logements à prix élevés pour maximiliser les profîts. Les appartements deviennent en conséquence peu abordables pour les classes moyennes. De plus, les plans sont également influencés par cette volonté de faire toujours plus de bénéfices. Parmi les types observés, les grands appartements dominent pour des questions de prix au m2. Ainsi en 2008, les logements de luxe (supérieur à 100m2) représentaient 10% de la part du marché privé mais ce chiffre passe à 33% en 2009.44 En somme, les principaux promoteurs semblent peu concernés par la question sociale du logement. Ces derniers tendent même à agir à l'encontre de cette cause en renforçant l'aspect élitiste des nouvelles opérations et créant des communautés artificielles. Le phénomène observé est le suivant, la notion de communauté est devenue un outil de « marketing » pour les promoteurs. Il est question d’une communauté différente des logements sociaux des années 1950. En effet, ce n’est plus l’interaction entre les habitants qui est mise en avant grâce à l’agencement d’une série d’espaces extérieurs. Il y a dans les nouvelles résidences, le renforcement de l’intériorité avec davantage d’inclusion. C’est une manière d’exercer un contrôle et de mettre en valeur une certaine sécurité. Les services proposés sont conçus pour vivre indépendamment de la ville extérieure. Ils sont comparables à ceux de certains hôtels et renforcent le statut particulier de l’habitant. D’un autre point de vue, il s’agit également d’une façon pour le promoteur de faire davantage de profît. Les promoteurs s’appuient sur le culte du monde occidental. Les concepts architecturaux font place à des stratégies de communication basée sur l’image. « In the arena of private housing speculation, architecture is no longer the art of designing buildings, but rather a means of expressing an exclusive concept or a collective fantasy. Advertisement brochures and showrooms certainly gather more attention than the products they sell. »45 43 local researcH community, 供不得其所: 香港長遠房屋策略新視野, Hong Kong, éd. 基道, 2015 ( Recueil chinois sur de nouvelles stratégies de logements à Hong Kong ) p.87-88 44 local researcH community, 供不得其所: 香港長遠房屋策略新視野 Hong Kong, éd. 基道, 2015 p.103 45 gutierrez Laurent | manzini Ezio | portefaix Valérie, HK Lab, Hong Kong, éd. par Map Book Publishers, Hong Kong, 2002. p. 146

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On insiste sur le thème associé à une résidence, très souvent d’origine occidentale. Politique de laissez-faire Les aspects vus ci-dessus concernant l'inaccessibilité du marché immobilier sont en partie dûs aux faibles interventions menée par le gouvernement. En effet, suite aux échecs successifs du Ten Year Housing Plan en 1973 et du Home Ownership Scheme en 1976, le gouvernement choisit de confier l'essentiel de la production de logements au secteur privé en 2002. Les stratégies citées avaient pour objectif de loger 1,8 millions de personnes en planifiant la construction de 400 000 nouveaux logementssur 10 ans et d’encourager à l’achat.46 Elles ont échoué à cause de crise économiques imprévisibles ralentissant la production de logements. Le basculement des tâches vers la promotion privée contribuait alors à stabiliser le marché immobilier. Aujourd'hui, le contrôle exercé sur le secteur privé se concentre essentiellement sur la limitation des spéculations étrangères au moyen de diverses taxes. Le Special Stamp Duty consiste à faire payer 15% du prix du bien immobilier pour des transactions effectuées sur une courte période (6 mois). Le Buyer Stamp Duty s’adresse aux acheteurs non locaux et le Double Stamp Duty est applicable à des logements supérieurs à 235 000€ à l’exception du premier achat par des résidents locaux. « The government has responded by imposing different versions of transaction tax, including the Buyer Stamp Duty (15%), Special Stamp Duty, and Double Stamp Duty, enforcing a “Hong Kong land for Hong Kong people” policy and restricting the mortgage ratio to 60% or below. Banks are not allowed to approve a mortgage contract if the monthly payment to income ratio exceeds 50%. With these measures, the Secretary for Development, Mr. Paul Chan Mo-Po, said that the housing market has stabilized and only 2% of home purchases are by non-locals. »47 De nombreux autres points contribuant à des deséquilibres du secteur privé demeurent non résolus telles que la vacance des logements, la faible mixité des opérations résidentielles ou encore la tendance à la gentrification dans les quartiers redéveloppés. En 2013, le représentant du gouvernement hongkongais C.Y. Leung propose de stabiliser le marché du logement parce une augmentation de la production sociale (100,000 unités en 5 ans à partir de 2018), des développements de zones importantes en bordures de la Chine, de nouveaux terres pleins... Il est alors intéressant de se demander si une stratégie basée sur la production suffit 46 Yung Betty, Hong Kong’s housing policy – A case study in social justice, Hong Kong, éd. Hong Kong University Press, 2008. p. 114-115 47 Leung Charles K. Y. | Tang Edward C. H., Availability, Affordability and Volatility: the case of Hong Kong Housing Market, 19/02/2015. p.16


pour résoudre le problème de l’accessibilité du logement. Un approfondissement des connaissances concernant le secteur social nous suggère que la production importante de logements sociaux n’est peut-être pas suffisante pour satisfaire la demande et stabiliser le marché. D’autres mesures supplémentaires semblent être nécessaires. c | Complexité des démarches dans le secteur social Aujourd'hui, le logement social à Hong Kong représente une part importante de la production de logements, approximativement une proportion de 50%. Ce nombre laisse penser dans un premier temps à une bonne insertion des habitants mais une lecture plus approfondie du fonctionnement des organismes révèle des ambiguités. Du squat jusqu’aux immeubles de relogements Face au problème des squats des années 1960, la solution choisie a été la production massive d'habitats à faible coûts. Néanmoins, la création de grands ensembles a conduit à des effets pervers. Le plan de relogement s'appliquant aux squatteurs, certains font le choix de squatter pour espérer obtenir une place dans les nouveaux logements plutôt que vivre dans des appartements privés mais plus chers. Les prix dans les squats augmentent en conséquence car les “squatteurs propriétaires” prennent conscience de la précarité des locataires. Dans le cas où ceux-ci se trouveraient soudain déloger. Il ne recevrait plus de loyer. La possibilité d'accéder au logement social par le relogement depuis les squats attire même les classes plus aisées à s'installer. Le government low-cost housing supposé aider les plus démunis soulève des ambiguités. Son public est relativement large et non réservé exclusivement à la classe mentionnée. Des classes plutôt aisées ont pu bénéficier de ces logements car la procédure d'enregistrement n'était pas claire. Le salaire des personnes à charge n’était compté qu’à moitié dans le revenu d’un foyer. Ainsi, 47% des demandeurs avaient un salaire supérieur aux 500HKD par mois nécessaire et un cinquième d’entre eux travaillent dans les bureaux.48 Il existe certes des aides et des projets destinés aux plus pauvres mais le manque de définition des conditions d'application amène à des inégalités et des abus. Le gouvernement peine à limiter les squats à cette période malgré l'intervention conséquente dans le secteur immobilier: 48 Yung Betty, Hong Kong’s housing policy – A case study in social justice, Hong Kong, éd. Hong Kong University Press, 2008. p. 113

64 65


Années

1950

1953

1955

1956

1957

1958

1959

1961

1963

1964

Nombre de squats (en milliers)

250

300

320

265

335

280

520

650

580

603

48. Nombre de squats de 1950 à 1964

Durant cette période, le squat est vu comme une étape intermédiaire conduisant éventuellement à un logement plus décent. Les quartiers informels se développent car en parallèle à l’habitat social, les conditions de vie dans le secteur privé sont aussi très dures comme il a été décrit précédemment.49 Parfois, le squat est synonyme d’alternative et permet d’avoir plus d’espaces pour un loyer équivalent. Logique du HOS et la campagne de l'achat En 1976, l'implication du gouvernement se fait d'autant plus active vis à vis du logement. En effet, celui-ci lance la campagne du Home Ownership Scheme qui encourage les classes ouvrières et moyennes à acheter du logement social plutôt qu'à le louer. Cette stratégie avait pour but initial de libérer des appartements pour soulager la demande. Les logements sont vendus par un système double appelé fiche verte et fiche blanche. Fiche blanche

Fiche verte Nombre de demandes

Personnes louant un logement social

Personnes habitant dans un logement privé Conditions d’admission en fonction du revenu par famille

Sans conditions Quota

49. Fonctionnement des fiches blanche et verte 49 Cf. II 2) a.


Le fonctionnement de ce système paraît deséquilibré. La population habitant déjà dans les logements sociaux est privilégiée. Les démarches d’application sont plus simples et le quota est doublé pour une même proportion de demandes. L’idée consiste à rediriger les habitants plus aisés vers de nouveaux appartements afin de libérer les anciens pour des populations plus pauvres. Cependant, les mesures prises désavantagent fortement les appliquants du secteur privé. Cela implique que les habitants issu de logements précaires privés se retrouvent livrés à eux-mêmes. Un paradoxe se crée car le gouvernement encourage l'achat aux moyens de différents alors que les plus pauvres ne bénificient que de faibles subventions. Le choix de créer des logements en libérant des appartements existants est questionnable. La construction directe de logements pour les plus démunis n'aurait-elle pas était plus appropriable ? Cette campagne se montre réduite en efficacité par certains abus dans les logements sociaux. Un système d'hérédité du droit de propriété existe pour ces logements sociaux. Si cette règle permet à la base d'assurer un habitat pour la descendance, elle est aussi sujet à l’exploitation. De nombreuses familles persistent à louer des logements sociaux alors qu'ils ont les moyens financiers pour acheter. Ainsi, il est difficile de parler du HOS comme étant un véritable plan pour fournir plus de logements étant donné les complications qu'il implique. Betty Yung parle plutôt d'une tendance que le gouvernement vise à encourager sans pour autant être une réelle solution à la carence de logements. Tentatives de résolutions Aujourd'hui, des ajustements sont faits concernant la répartition des logements et les droits de propriété liée à l'hérédité. L'application aussi bien pour les fiches vertes que pour les fiches blanches est contrôlé au niveau de la capacité financière des postulants. Il y a un rééquilibre du quota des différentes fiches. Les abus liés aux droits d'hérédité sont également minimisés grâce à la mise en place de taxes. Instauré en 1988, cette règle impose aux foyers dépassant le seuil limite de revenu, de devoir payer un loyer double. Cette consigne est plus tard revue à la baisse pour un ratio de 1,5. Il s'agit d'une manière pour le gouvernement de dissuader de façon indirecte les habitants aisés à rester et de rendre plus juste le rapport entre différentes classes sociales. En 1998, la fin du HOS implique une conversion de nombreux logements restants destinés à l'achat en logements sociaux. Cela a pour conséquence de réduire fortement la durée d'attente des logements sociaux. En 2002, le gouvernement estime à trois ans, le délai avant d’accéder à un appartement. Il s'agit de la durée

66 67


moyenne jugée acceptable.50 Cependant, les organismes sociaux tels que le HKHA et le HKHS peinent à maintenir ce rythme face à la croissance constante de la population et de multiples autres facteurs. Des chiffres récents traduisent à nouveau des écarts flagrants entre la production et la demande. Logements produits

Foyers en attente

40000 35000

175000

165300

30000 25000

200000

189500

145000

150000

125300

125000

111600

20000

100000 19050

15000 10000

13726

20400 15389

13672

11186 13100

14100

15300 12700

50000 25000

5000 0

75000

2008 2009 2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

0

Année 50. Rapport entre la production et la demande de logements

Au fil des années, l’écart se creuse de nouveau entre les demandes et la production de logements. Les chiffres calculés en prévision jusqu’à 2017 au cours d’une étude51 montre que la simple production ne semble pas être une solution viable pour améliorer la situation.

50 Yung Betty, Hong Kong’s housing policy – A case study in social justice, Hong Kong, éd. Hong Kong University Press, 2008. p.129 51 Dwan Daniel | Sawicki Meghan | Wong Jeffery, Subdivided Housing Issues of Hong Kong: Causes and Solutions. 16/07/15


Synthèse Le logement social a joué un rôle essentiel dans l'histoire du logement à Hong Kong de part l'envergure des interventions. Les appartements réalisés demeurent dans un premier temps très rudimentaires mais ne sont pas pour autant mal reçu par les habitants. Ceux-ci font preuve d'inventivité pour investir leurs espaces et les rendre plus pratiques. Progressivement, il est possible d’observer un basculement des priorités et une plus grande importance accordée au confort et à l’intimité. Ce phénomène peut également être constaté dans le secteur privé où les règles d'urbanisme évolue du soucis d’hygiène vers l’approvisionnement massif de logements. Des formes architecturales plus ou moins empiriques répondent à la demande de logements. Le retour sur les opérations résidentielles dans les secteurs social et privé montrent que le logement constitue une part non négligeable de la production architecturale. Pour comprendre la carence de logements toujours effective, d'autres facteurs interviennent au delà de la construction. Le jeu d'acteurs entre les développeurs, le gouvernement et les habitants représente un point crucial dans le bon fonctionnement du marché immobilier. L’évocation des tendances au luxe dans le secteur privé, de la passivité du gouvernement face au problème sont des éléments de réponse partielle au déficit actuel observé. Des motifs personnels de la part des trois acteurs et un manque voire une absence de coordination entre eux entraînent des limites aux solutions légales. Le logement informel est le fruit issu de cette situation incertaine.

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iii. alternatives possibles à la pénurie De logements

En parallèle aux réalisations sociales et privées, le logement informel a toujours occupé une place dans l’habitat hongkongais. Cela s’explique en partie par l’incapacité des contructions légales à subvenir à la demande pour les multiples raisons abordées dans la partie précédente. Nous allons voir dans un premier temps en quoi consiste le logement informel et quel est son application à Hong Kong. Puis, l’idée est d’apporter des éléments de réponse vis à vis de cette problématique du logement en haute densité.

1 | Concept d’informel et contextualisation a | Définition et application à Hong Kong Il convient dans un premier temps de revenir sur la définition d’ « informel » et de quartier informel. Pour Roger Brunet, géographe français, la définition du terme est la suivante : Anglicisme signifiant: irrégulier, qui ne respecte pas les formes, ou mieux encore les formalités. S’oppose à formel, c’est à dire à la fois à une certaine rigidité protocolaire et à des règles contraignantes. Dans le “secteur informel”, la législation du travail et les normes de la comptabilité sont ignorés. Comme d’ailleurs les droits acquis et les principes de sécurité et d’hygiène. Dans tous les ces cas, l’informalité n’est pas l’anarchie; les réunions informelles font souvent avancer les dossiers plus que les rituels des réunions formelles; le secteur officiel, les grandes firmes ayant souvent recours à un réseau de plus ou moins de clandestins, qui pratiquent le travail “au noir” et prennent des libertés avec les horaires et les heures supplémentaires, ce qui est bien commode, de leur point de vue, pour tenir les délais de livraison ou distribuer les produits de façon efficace et souple. S’il est donc “formellement” interdit de recourir à leurs services, bien des dirigeants ont compris que cette interdiction n’est en fait que “formelle”, donc de pure “forme”.52 52 brunet Roger | ferras Robert | tHéry Hervé, Les Mots de la géographie, dictionnaire critique, Paris, éd. La Documentation Française, 1992.


À partir de cette explication, deux points clés émergent concernant la notion d’informel. Tout d’abord, il est question d’un affranchissement des règles constituant à la fois des avantages et des inconvénients. En effet, si le gain en liberté conduit à une plus grande flexibilité, il peut aussi facilement basculer dans des abus, en absence d’encadrement. La deuxième idée dégagée se rapporte au statut ambigu de l’informel qui est illégal mais souvent toléré ou employé pour les points positifs qu’il présente. En somme, quelque chose d’informel présente un caractère instable et précaire pouvant basculer à tout moment, pour le meilleur ou pour le pire. De façon générale, appliqué à l’architecture et l’urbanisme, sans parler d’un terrain spécifique, un quartier informel se résume en tant que : Zone d’illégalité urbaine. Il s’agit soit de terrains privatifs officiellement acquis auprès de leurs propriétaires mais utilisé en contravention avec les règlements d’urbanisme (par exemple, des terres légalement réservées à l’usage agricole). On qualifie ces occupations illégales de squat. Les occupants courent le risque d’être expulsés. L’attitude de l’administration est liée à l’état de la spéculation foncière sur ces terrains, et au rapport de force conjoncturel occupants/pouvoir. La tolérance est souvent acquise sur les terrains publics de faible valeur foncière. Mais l’éradication est de règle sur les terrains privés. […] Depuis une quinzaine d’année, la tendance générale est à la régularisation foncière de ces quartiers, car ils pallient aux carences des politiques publiques de logement. Pour informels qu’ils soient, ces quartiers sont généralement bâtis en dur, et ne doivent pas tous être assimilés avec des bidonvilles.53 Selon la définition, un quartier est qualifié d’informel notamment pour les détournements d’usages qui y sont pratiqués. Encore une fois, le statut incertain des occupations est rappelé. Des actions sont entreprises en fonction de l’intérêt d’exploitation des terrains. Il y a de nouveau, un aspect ambigu qui se présente. Enfin, la possibilité de conversion de ces quartiers en pratiques légales est possible. À Hong Kong, de nombreux quartiers informels ont existé telles que les diverses zones squattées éparpillées sur la péninsule de Kowloon. Nous reviendrons brièvement sur ce cas plus loin, au sujet des réponses du le gouvernement face à ces phénomènes. Le sujet de notre étude concerne le logement informel à une échelle plus réduite et morcellée. Il est question de types de logements plus intériorisés qu’il est par exemple difficile de distinguer depuis la rue. Ceux-ci se devinent éventuellement si une attention particulière est prêtée à l’abondance des climatiseurs en façades. Dans certains cas, il ne s’agit pas vraiment de détournements mais plutôt de surexploitation d’un logement.

53 Dorier-apprill Élisabeth, Vocabulaire de la ville, notions et références, Paris, éd. par éditions du Temps, 2001.

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Les typologies informelles hongkongaises sont assimilables à des parasites. Le terme « parasite » nous paraît approprié en raison de l’origine de ces habitats. Contrairement aux quartiers anciens informels où les constructions étaient faites ex nihilo, les logements en question dépendent impérativement d’un bâtiment résidentiel déjà existant. De plus, le développement de ces typologies tirent profît des services existants tels que l’eau ou l’électricité. Trois différentes manières de concevoir l’habitat sont présentées ici. Elles reflétent à la fois les conditions de vie difficiles mais aussi les capacités habitantes à exploiter l’espace disponible. Logement en cages Le logement en cage se développe dans les années 1950 avec l’arrivée des immigrants chinois à la recherche d’opportunité de travail à Hong Kong dans les usines. L’absence de logements pour les travailleurs et la non autorisation à postuler pour le logement social a conduit au développement d’une typologie spécifique à cette population. Les bailleurs saisissent l’occasion de maximaliser le profît en proposant des espaces de couchages sous forme de cages. Il s’agit en somme d’une forme de dortoirs où chacun possède une cellule de 1m par 1,8m. Les pièces de services (cuisine et salle de bains) sont partagées.54 Ces espaces de vie très rudimentaires ont pu être développés à cause du statut particulier des occupants. Les habitants sont des hommes arrivés seuls avec peu de possessions dont le seul but est de gagner leur vie. Leur tolérance de la densité est alors particulièrement forte. Le fait de travailler à l’usine signifie de longues journées de travail et en conséquence, très peu de temps passé dans les cages. La configuration en cages reposent sur l’exploitation. Elle présente de nombreux inconvénients aussi bien au niveau de l’hygiène, de l’intimité ou de la sécurité. Cela limite fortement la diversité de population vivant dans ces lieux. Par ailleurs, la taille de la cage restreint les possibilités d’appropriations pour améliorer les conditions sont minimes. De nos jours, les logements en cages se font plus rares, environ une centaine subsiste.55 La population habitant dans ces cellules reste masculine mais la moyenne d’âge a fortement augmenté. La majorité des habitants sont des personnes agées. Des structures dérivées se sont pourtant développées à partir de ce type de logement. Elles sont surnommées “chambres-cercueils” pour leur taille réduite et leur opacité. L’intimité est améliorée mais l’espace devient claustrophaubique. 54 society for community organization, 2008 Artwalk - Cagehome Exhibition, http://www.soco.org.hk/ cagehome2008/cageb_ kg.htm#intro, 03/2015. 55 ibid.


Lit du bas

Lit du haut et rangements 51. Géométraux de logements en cage au 1/50è

52. “Chambre-cercueil”

Les logements en cages s’organisent tels que des lits superposés. L’espace situé au dessus du deuxième lit sert de rangements. Les grilles des cages font office de support pour les vêtements et autres objets. 72 73


Logement en toiture. Les logements en toiture trouvent leur origine avec les compartiments chinois de Kowloon bâti pour la plupart avec des toits plats. Selon Barrie Shelton56, cette typologie est une conséquence de la réforme des règles d’urbanisme de 1935 réduisant l’espace habitable interne comme nous l’avons mentionné précédemment. La toiture terrasse devient alors une sorte de second niveau de référence. Face aux contraintes internes, l’habitat développe une relation vers l’extérieur. Il s’agit de structures diverses construites sur les toits sans l’approuvement formel du gouvernement. Elles sont bâties à usages personnels, pour la location ou encore pour la vente. Contrairement aux logements en cages, il est plutôt question ici d’habitats individuels; les contraintes d’espace sont moins importantes. Les structures sont faites de béton et de briques alors que d’autres sont seulement composées en bois, tôle métallique et autre matériaux bon marché. La plupart des structures se situent dans des vieux quartiers de Hong Kong tels que Sham Shui Po, Kwun Tong et Tai Kwok Tsui. Dans ces zones, le bâti plus ancien datant de 1960-70 facilite l’appropriation en raison des hauteurs plus faibles et du peu de contrôle.57 Aujourd’hui, la population vivant dans ces habitats se constitue essentiellement de nouveaux immigrants chinois ou issus d’Asie du Sud-Est. Il s’agit d’une population en marge ayant du mal à s’intégrer et dont les revenus ne permettent de louer un appartement formel. Il faut savoir que le logement social se limite aux personnes ayant résidé plus de sept ans à Hong Kong. D’après un recensement effectué en 2006 par le gouvernement, il y a environ 1 500 structures abritant un peu moins de 4 000 personnes.58 Dans ces habitats, les conditions de vies sont très variables selon les matériaux de constructions utilisés. Les structures les plus précaires doivent faire face à des problèmes similaires aux logements en cage: hygiène, chaleur, insécurité. Étant situé sur les toits, l’accès sans ascenseurs se révèle également compliqué. Cependant, le fait d’être en hauteur présente aussi des avantages. Les problèmes de ventilation et de luminosité deviennent minimes. Le toit devient en outre un espace commun, une extension du logement. 56 SHelton Barrie | KaraKiewicz Justyna | Kyan Thomas, The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric, New York, éd. Routledge, 2010. 57 CanHam Stefan | Wu Rufina, Portraits from Above: Hong Kong’s Informal Rooftop Communities, Hong Kong, éd. Peperoni Books, 2009. p.246 58 ibid.


Cuisine

Sanitaires

Chambres

Pièces à vivre

53. Plans de logements sur les toits au 1/200è

Les structures construites sont très variables, certaines se développent en hauteur sur un étage. D’autres distinguent le servant et le servi au moyen d’un passage couvert extérieur. “They have to make their daily living in the limited physical and social space available in these small, congested rooftop sructures. However, many of these rooftop dwellers have been creative, making good use of their limited physical space and ingeniously creating their own “living space”.”56 54. Vue aérienne sur les toits. 59

59 ibid. p.258

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Logement redivisé Le logement redivisé présente des ressemblances avec les cellules de vie des compartiments chinois. Il est question ici, de rediviser un logement unique en plusieurs pièces destinées à accueillir chacune une famille ou une personne. Des espaces de services sont rajoutés dans chaque nouveau logement. Les cas observés sont plus ou moins extrêmes concernant ce type de logements. Certaines partitions peuvent se retrouver avec très peu de lumière naturelle voire sans fenêtres. Le logement redivisé constitue une alternative sujet à débat. Plus il est redivisé et plus le nombre d’unités produites est important. Il s’agit également d’une manière pour le bailleur de multiplier son profît. Cette typologie répond directement au problème de la carence de logement. Cependant, en contrepartie, les espaces de vie deviennent plus contraignants et dangereux en raison des normes largement dépassés. La question réside peut être de savoir quelle est la limite de redivisions d’un appartement d’une taille donnée pour conserver une certaine viabilité. La population qui y réside est beaucoup plus variée et importante ce qui relève d’enjeux plus complexes. Le nombre de structures est estimée à environ 280 000 selon une étude de 2012.60 Cette typologie présente certes des dangers liés à la surcharge du bâtiment mais s’avère plus efficace que les deux autres typologies présentées précédemment. Elle permet d’accommoder un plus grand nombre de personnes dans un espace restreint tout en préservant l’intimité entre “voisins”. Le logement redivisé a aussi un statut moins précaire par rapport aux autres formes. L’espace privé est matérialisé par des cloisons contrairement aux cages. D’autre part, le fait qu’il s’agisse de réorganisation interne rend l’identification de ces logements plus complexe que sur les toits. Nous nous intéressons particulièrement à cette typologie car elle représente la majeure partie des logements informels à Hong Kong. Auparavant, un retour en sur le contrôle du logements informel à Hong Kong permet de comprendre le statut ambigu de ces typologies.

60 Dwan Daniel | Sawicki Meghan | Wong Jeffery, Subdivided Housing Issues of Hong Kong: Causes and Solutions. 16/07/15. p. 22


Logement 1 14m2

Logement 2 20m2

Logement 1 71m2

Logement 3 20m2

Logement 4 20m2 76

55. Plan type d’un logement redivisé au 1/200

è

Distribution

Cuisine

77

Sanitaires

Pièces à vivre

Balcon

Ce plan type montre que la modification interne entraîne diverses complications. En cas d’incendie, les risques sont plus importants car les cloisons ne sont pas coupe feu. De plus, la seconde issue de secours étant bloquée, l’évacuation devient plus difficile à travers le couloir étroit depuis le logement 1. L’un des logements se retrouve sans ouverture sur l’extérieur posant des problèmes d’aération tandis qu’un autre se situe sur le balcon. Le prolongement extérieur subit alors des charges supplémentaires non prévues.


b | Contrôle du logement informel Dès les années 1950, le logement informel constitue une problématique complexe que le gouvernement doit faire résoudre. Face à la saturation des habitants dans les compartements chinois, les habitants développent peu à peu des quartiers informels autour de la zone urbaine. Au fur et à mesure de la propagation des structures, celles-ci gagnent d’autant plus en stabilité. Tentative de régularisation, à l’origine des quartiers informels Le 13 Juillet 1948, la décision prononcée par le conseil exécutif est indirectement responsable de l’origine des squats selon des textes rapportés plus tard. La décision prise était d’évincer toute personne vivant dans des squats en zones urbaines à savoir dans/sur des terrains abandonnés, toits, rues, bâtiments en ruines... Il s’agit d’une action menée pour des questions d’hygiène et de maintien d’ordre dans la ville. L’opération est un succès et 43,000 personnes sont chassées de ces logements précaires.61 Pour le gouvernement, il s’agissait d’une manière d’inciter les réfugiés à retourner en Chine après la seconde guerre mondiale. L’objectif était de dédensifier la population sur le territoire. Cependant, un événement imprévu survient et bouscule la situation. La proclamation de la République populaire de Chine dissuade de nombreux réfugiés de repartir et voit au contraire, une arrivée massive d’immigrants. « [instead] of squatters scattered throughout the urban area there are now dense squatter colonies hemming in the north-western, northern and north-eastern approaches to Kowloon; two considerable pockets also still exist in Hung Hom and Homuntin; scattered but thickly populated clusters lie along the foot-hills from Happy Valley to Shaukiwan [on Hong Kong Island]; and there are a few less important pockets in Aberdeen and Aplichau. »62 Le développement de squats à Hong Kong s’explique par une augmentation soudaine d’une population de sans abris chassé du centre urbain ou encore nouvellement immigrée. La tolérance du gouvernement au début de la formation des squats a entraîné à la construction d’habitat spontané par les habitants. Peu à peu, les quartiers ont gagné en ampleur et sont devenus difficile à réduire. Les squats ont joué alors un rôle important face au manque de logements. Pour répondre aux tentatives de démolitions par le gouvernement, certains constructeurs proposent une garantie de reconstruire jusqu’à ce que l’acheteur puisse s’y loger. En outre, les squats sont devenus non seulement l’alternative pour les plus pauvres, le déficit de logement est tel que le loyer dans les squats peut 61 Smart Alan, Shek Kip Mei Myth, éd. Hong Kong University Press, Hong Kong, 2006. p.53 62 ibid. p.53


s’avérer équivalent à celui des compartiments chinois mais avec plus d’espace et la possibilité d’accéder à des logements sociaux en cas de redéveloppement de la zone concernée. Des cas de corruption s’observent également. Théorie et applications de stratégies contre les squats De véritables actions sont entreprises contre les squats avec le rapport de Wakefield en 1952. Le secrétaire des afffaires chinoises Todd suggère des mesures radicales afin de dissuader les réfugiés et autres nouveaux immigrants de rester. Celui-ci propose de limiter fortement les territoires squattables. Trois tactiques sont par la suite envisagées pour rendre les conditions de vie difficiles et inciter les squatteurs à partir. La densification, l’interdiction d’établir des commerces et usines ainsi que l’absence d’électricité. Cette démarche de dissuasion vise dans un premier temps à ralentir la propagation des squats. Le choix d’intervenir de manière indirecte plutôt que de démolir les structures permet d’éviter la révolte de la population. De plus, cela permet de rebuter de nouveaux réfugiés à s’installer sur ces terrains. Ce plan fut nuancé par la suite et seulement appliqué en partie, jugé sujet à révolte. L’idée de forcer les gens à partir en leur imposant des contraintes de confort est difficilement justifiable même s’il s’agit d’occupations non désirables.63 78

En 1954, la démarche est de démolir toute les nouvelles structures dans les zones non autorisées. Ces mesures restent en fin de compte limitées face au développement de nouvelles structures. Les consignes consistent à détruire toutes structures illégales inhabitées mais de ne pas toucher aux structures nouvelles si le propriétaire est parvenu à s’installer dans sa construction avant les patrouilles. Il s’agit de la première fois que l’on émet une distinction entre le nouveau et l’ancien. Cette pratique se prolonge jusqu’en 1970. Une ambiguité se ressent dans les décisions du gouvernement. Il faut réduire les squats tout en maintenant une certain altruisme vis à vis des squatteurs. En un sens, cette attitude amène à l’installation d’une légitimité sociale des squats. W. Fogwill alors président du conseil urbain parle de futilité à démolir une structure en sachant que ses habitants n’ont pas d’autre choix que de reconstruire ailleurs. Ainsi, l’une des principales difficultés concernant le contrôle et la réduction des quartiers informels consistait à de parvenir à un équilibre entre l’aspect social et l’aspect illégal des logements. La destruction seule des structures n’est pas viable car les habitants par faute de moyens finissent par s’installer ailleurs. Cela n’a cessé de se complexifier avec l’arrivée de la population locale dans les quartiers à cause de projets de redéveloppement d’anciens compartiments chinois. 63 ibid. p.86

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Échec et changement En 1963, le parti travailleur conclut à l’échec de la politique de 1954 à contenir et décourager les squats. En 1963, le bilan du plan de relogement est de 535 959 squatteurs déplacés mais en parallèle, le nombre de squats s’est élevé à 580000, nombre jamais atteint auparavant. La même année, une motion est passée et stipule qu’aucune démolition de structures ne devraient plus être faite si les occupants parviennent à justifier une résidence de plus d’un an. En 1964, un changement crucial s’opère car les squatteurs non tolérés peuvent se relocaliser dans des secteurs spécifiques. Ces derniers pouvant à terme, être convertis en secteur de logement temporaire. Dans les années 1950, les quartiers informels ont posé de nombreux problèmes au gouvernement à propos de leur démantelement. Cela est dû au fait qu’ils représentaient de véritables alternatives au manque de logement en dépît des conditions de vie non communes. La politique hygiéniste limitait fortement le développement du secteur privé et la proposition de nouvelles solutions. L’étalement devenait alors continu et la destruction de structures ne signifiait qu’une reconstruction future à un autre endroit. La situation semble ne connaître qu’une nette amélioration avec l’introduction de zones de squats temporaires avant une redirection vers d’autres logements. Situation de nos jours Aujourd’hui, le logement informel a pris une logique de développement différente. Il est question d’un retour de l’habitat spontané dans le milieu urbain mais par l’intermédiaire de parasites ponctuels. Ce nombre est certes moins important qu’il y a 65 ans mais les problèmes posés ne sont pas négligeables. Face aux problèmes que posent les logements informels (incendie, hygiène, surcharge, surconsommation...), le gouvernement mène une approche spécifique en fonction du type de logement informel. En ce qui concerne les logements en toiture, la situation est plutôt ambiguë. Les structures sont officiellement reconnues comme étant illégales et sanctionnées. « In accordance wih the Buildings Ordinance, any additional structures or alterations made to the original building structure approved by the Buildings Department are regarded as illegal and must be demolished, and the individuals who constructed the illegal structures would be prosecuted. »64 64 CanHam Stefan | Wu Rufina, Portraits from Above: Hong Kong’s Informal Rooftop Communities, Hong Kong, éd. Peperoni Books, 2009 p.253


Cependant, l’application concrète des règles est moins radicale. Des priorités sont données pour les démolitions. Les structures démantelées sont en premier lieu, celles situées sur les toits de bâtiments avec une seule distribution verticale. Les démolitions sont justifiées par l’évacuation difficile en cas d’incendies. D’autres abris sont détruits suite à des plaintes effectuées par le voisinage.65 Des inégalités s’observent vis à vis du traitement des structures. Les craintes reposent avant tout sur les risques d’incendies et non sur un souci des conditions de vie des habitants. Le gouvernement se montre d’autant plus contradictoire car les habitants sur les toits sont autorisés à avoir accès à une ligne téléphonique fixe, à l’électricité et au gas. Les résidents payent également des taxes au gouvernement. Enfin, ils bénéficient du service postal et de l’eau courante qui sont des services assurés par le gouvernement. Il y a une tendance à la légitimité des ces logements pourtant le statut des structures demeurent illégal. Du côté des logements redivisés, des incertitudes se ressentent de même. S’il est clair que le repartionnement des logements est source de problème comme l’annonce le chef du gouvernement hongkongais en 2013, les politiques restent encore peu efficaces sur le sujet. La principale mesure entreprise reste la production de logements sociaux (100 000 unités en cinq ans à partir de 2018).66 L’annonce de la construction de nouveaux logements sociaux relève d’une solution non pertinente au vue des attentes innombrables et des démarches complexes d’appplication comme nous l’avons constaté précédemment. De plus, cela exclut une partie de la population n’étant pas résident permanent (plus de 7 ans à Hong Kong). L’une des alternatives envisagées pour palier à la problématiques des logements redivisés consiste à revoir les conditions de sécurité des logements de cette typologie. Dans un rapport émis en 2013, le gouvernement émet le point de vue suivant sur les logements redivisés : « such flats have an existence value as they could provide affordable accomodation to low-income groups who are not eligible or are waitlisted for PRH but wish to live in the urban area close to their place of work and/or to their children’s place of study ».67 Cela marque un tournant dans les stratégies du gouvernement. Une forme d’acceptation de l’informel se reflète. Un travail de recensement est mené et 65 ibid. p.254 66 Leung Charles K. Y. | Tang Edward C. H., Availability, Affordability and Volatility: the case of Hong Kong Housing Market, 19/02/2015 p.2 67 fung Wing-Ki, To study the causes and implications of subdivision of housing units to the community of Hong Kong, éd. HKU Press, 2014. http://hdl.handle.net/10722/207602

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identifie 67 000 logements redivisés logeant approximativement 171 000 habitants. Le bureau aboutit alors à un proposition d’enregistrement des propriétaires de logements redivisés. De cette manière, il serait alors possible d’identifier les appartements non en règle et de procéder à des travaux de mis à jour. Cette initiative de conversion des logements redivisés est pensée dans le but de ne pas expulser une population déjà dans la précarité. Cependant, l’une des conséquences de cette remise en règle serait une très probable augmentation des loyers ou encore la suspension des locations par le propriétaire à cause de rénovations trop coûteuses. Cela entraînerait à termes, à des pertes de logements et à une augmentation de personnes sans abris. Cette option finit donc par être rejetée. En somme, les logements informels sont moins importants aujourd’hui mais la gestion du manque de logements n’est pas pour autant plus simple que dans les années 1960. La situation semble améliorée mais il n’est question que d’une intériorisation de l’informel. Au contraire, la réduction de terrains vacants pouvant servir à loger les habitants de façon temporaire rend l’évacuation des logements informels difficiles; entre 1950 et aujourd’hui, la ville a connu de nombreux développements. Étant une nouvelle fois face au fait de devoir expulser les habitants pour remettre de l’ordre, le gouvernement prefère agir de façon passive. En absence de solutions concrètes à l’exception de production de logements sociaux, la tendance est de laisser faire les choses. Cela annonce peut-être un danger d’autant plus grand que dans le passé dans la mesure où le développement est moins visible que dans les squats auparavant. La limite entre le légal et l’illégal est encore plus floue. Face à des solutions limitées, il est intéressant de voir comment les habitants s’approprient le problème et tente de le résoudre à leur façon. Contraints à vivre dans des espaces restreints, les locataires tentent tant bien que mal de s’adapter à la situation grâce à divers dispositifs.

2 | Étude des appropriations de logements Afin de rendre compte des conditions de vie dans les logements redivisés, l’idée était de visiter plusieurs appartements et de procéder à un relevé habité de chacun. La recherche de ce type d’habitat ne s’est pas révéler facile, ainsi les trois appartements étudiés ne se trouvent pas dans une proximité directe. Néanmoins, ceux-ci restent regroupés dans la partie Ouest de la péninsule de Kowloon. Les relevés s’accompagnent de courts extraits d’entretien ainsi que d’informations de base sur les logements.


Suite à ce travail, il s’avère impossible d’émetre des généralités à partir de ces trois relevés seuls mais ceux-ci nous permettent d’avoir un aperçu sur la situation des logements informels à Hong Kong. Les différents foyers optent pour des organisations de meubles plus ou moins ingénieux afin de mieux optimiser leur espace. Certains points communs sont constatables comme le recours au lit superposé ou du rideau. Le manque d’espace fait aussi appel de manière récurrente à des rangements modulaires plus facile à placer. Nous remarquons que les conditions de satisfaction d’un logement sont très subjectives et dépendent surtout du mode de vie de l’habitant. Pour les cas observés, un avis plutôt positif peut-être en raison du faible nombre d’habitants et de la situation du logement par rapport à l’extérieur. En effet, dans deux des trois appartements, les usagers résident toujours seul. Pour les trois habitats, il y a relation à l’extérieur assurant une certaine luminosité naturelle. Il est regrettable de ne avoir pu visiter des logements redivisés occupés par des familles de façon plus durable ou ne bénéficiant pas de fenêtres. Cela aurait pu permettre d’établir un contraste entre les deux situations et éventuellement d’avoir un point de vue plus global. L’architecture de l’habitant pour l’habitant est un moyen de générer de nouveaux logements mais rencontrent des limites. Cela est dû à l’aspect illégal mais peutêtre aussi au manque de moyens, de connaissances. Dans certains cas, cela relève de l’exploitation. Face à cette situation, nous avons vu que le gouvernement entreprend des mesures relativement passives et garde une mauvaise expérience de ces actions dans le passé ayant engendré de nombreux squats. Dans la conception du logement qui relève du domaine de l’architecte, celui-ci peut-il contribuer à des solutions alternatives?


3 | Réponses éventuelles de l’architecte à la situation Nous avons vu jusqu’à présent une architecture résidentielle très contrastée. Celle-ci est soit commandée par les maîtres d’ouvrage soit entièrement conçue de façon informelle. Dans les deux cas, l’interaction avec l’habitant est minime. Nous pouvons alors nous demander si le rôle de l’architecte peut venir combler ce manque d’échange ou venir proposer une alternative. a | Le logement flexible Dans le but de répondre à cette question, nous allon nous attarder sur le projet d’appartement de 32m2 conçu par Gary Chang. Cet architecte hongkongais a expérimenté au cours des années, le concept de la flexibilité au sein de son propre logement. Il travaille par ailleurs cette thématique dans d’autres projets, à des échelles différentes. Nous sommes allés le rencontrer dans son agence afin de mieux comprendre sa démarche et son opinion sur les tendances du logement à Hong Kong. L’état de l’appartement de 32m2 est issu d’une évolution successive sur une trentaine d’années. Il y a eu progressivement une adaptation de l’espace en fonction du nombre de personnes résentes. En conséquence, moins il y a eu d’habitants et plus l’habitat est devenu flexible. La plupart des meubles sont soumis à des mécanismes plus ou moins complexes les rendant mobiles. La configuration de l’espace est intégralement régie par les meubles. La dernière transformation s’intitule Domestic Transformer et date de 2007. Le concept est de mettre en avant l’espace vide à l’intérieur du logement en ayant un maximum de meubles intégrés sur deux bandes latérales. L’architecte s’est inspiré de son environnement et plus particulièrement de boutiques hongkongaises de faibles profondeur (environ 60cm). Ainsi, suite à une analyse des dimensions du mobilier nécessaire, il est parvenu à inclure l’ensemble dans deux bandes de dimensions différentes: - bande de 55cm: armoire, bureau, centre audio-visuel, lit. - bande de 90cm: toilettes, baignoire, lave-linge, cuisine. Il est question ici d’un prototype, d’une sorte de défi que Gary Chang se lance à soi-même puisqu’il cherche à apporter plus que le nécessaire dans un appartement de 32m2 destiné pour une personne. Ainsi, il est possible de noter une baignoire de 1,9m en plus de la douche, un home cinéma, l’installation d’un hammac...68 L’architecte expérimente la recherche du luxe dans un espace relativement limité. 68 Chang Gary, My 32m² apartment - a 30-year transformation, Hong Kong. Édité par MCCM Creations, 2008. p.101

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Bande 90cm

Bande 55cm

71. Perspective du logement: état replié.

Lorsque l’ensemble des meubles est rangé dans les deux bandes, l’espace perçu est unitaire et plus grand qu’il ne l’est en réalité. Cela est renforcé par la grande hauteur des baies vitrées. À l’exception de la douche et des sanitaires, il n’y a pas de cloisonnements fixes. L’ensemble de meuble-murs se déplacent sur des rails fixés au plafond. Ce système pratique mais complexe suggère une installation coûteuse, d’autant plus qu’il faut intégrer des cablâges.


Mur-meuble télévision coulissant Canapé-lit Cuisine

Meuble-mur placard

Meuble-mur rangements Baignoire

Bureau / Table à manger

Meuble-mur rangements CD 94 95

Meuble-mur placard Douche

72. Perspective du logement: état déployé.

La partition de l’espace se fait en fonction des activités que l’on pratique dans le logement. Par exemple, la cuisine se situe derrière le meuble télévision. L’optimisation de l’espace implique que certaines zones se chevauchent comme le salon/chambre et la cuisine. Leur taille varie en fonction du coulissement du meuble. Il y a un gain de place mais cela implique aussi un rangement obligatoire pour utiliser l’autre côté de l’espace.


2 chambres

hammac

Un extrait de trois scénarii permet de montrer la flexibilité du logement. Celui-ci s’adapte à la fois à des configurations de loisirs ou d’accueuil.

home cinema

73. Exemples de scenarii

Notre entretien69 permet notamment d’éclairer certains points sur les possibilités d’adapter le logement flexible pour le grand public. Gary Chang souligne plusieurs difficultés à résoudre. Tout d’abord, le fait de rendre l’espace modulable permet d’économiser sur la taille du logement mais pas forcément sur les coûts. La question de la rentabilité devient essentielle pour ce type d’appartement. « Avec le même concept, je pense qu’il y a tout d’abord un problème de budget. Il y aurait de l’espoir si la production est importante. Et, il faudrait que ce soit préfabriqué. Donc, on peut faire le calcul, ça ne peut pas être très rentable. À l’intérieur, on pourra faire ce qu’on veut mais à la base, l’appartement a déjà un certain prix. La difficulté est là. » « C’est drôle, à la fin, la difficulté c’est l’argent. En tant que projet expérimental, prototype, il n’y a pas de problème mais pour le tester sur le marché, c’est un gros challenge. Le coût pose toujours problème. Une des solutions est toujours de produire une quantité suffisamment importante. La préfabrication permet de réduire les dépenses. On peut aussi changer les matériaux, en utiliser des moins chers. Chez moi, j’utilise des matériaux très chers. Après une autre option est de se poser la question suivante, jusqu’à quelle limite peut-on réduire la taille d’un logement ? » Le fait de compacter un logement dans le cas d’une bonne flexibilité est plausible mais pose tout de même des problèmes d’intimité. Dans les scénarii d’un jeune célibataire, une personne agée ou encore un couple, cela demeure réalisable. Cependant, dans le cadre d’une famille de quatre personnes par exemple, des limites se posent. C’est d’ailleurs le résultat qui ressort de notre analyse des 69 L’intégralité de l’entretien se situe en annexes


logements informels. Les appartements les plus contraignants sont pourtant les plus recherchés sont pour des raisons d’argent. « Mais maintenant les appartements à Hong Kong, on atteint même pas 20m2. Ce sont les mieux vendus parce qu’ils sont abordables et pas parce que les gens veulent y habiter. C’est parce qu’ils sont accessibles, le prix est moins élevé. Je sais pas tu auras la chance de visiter ces appartements pour voir comment on organise l’espace. Moi, je trouve que c’est très dur. Si ton logement fait 200 pieds carrés mais n’est pas une chambre d’hôtel, comment agencer les choses ? Et puis, beaucoup de gens disent que pour une personne ça peut passer, ça va être le bordel. À partir de deux personnes, ça devient encore différent. S’il y a des enfants, c’est encore autre chose. » Nous notons ici peut-être une sous estimation des capacités habitantes à organiser l’espace. En effet, comme nous l’avons observé dans les parties précédentes, les habitants font preuve de créativité afin d’optimiser leur espace à l’aide de divers dispositifs. Tout n’est pas forcément désordonné. De plus, les rapports entretenus entre les différents membres d’une famille montrent que la tolérance du manque d’intimité peut être relativement grande. L’alternative du logement flexible pour palier à la carence est ainsi soumise à certaines contraintes. Elle ne peut peut-être pas ciblée l’ensemble de la population mais si nous nous en tenons à la production de petits logements, cela permettrait déjà de fournir des logements à ceux qui sont le plus dans le besoin. Les célibataires, jeunes couples et personnes agées étant les plus négligés par la promotion privée. Cette solution prend une tournure plutôt optimiste puisque l’architecte travaille actuellement sur des projets similaires. « Je pense qu’à la base le thème (logement compact) est très important. En fait, avec les promoteurs, on est en train de travailler avec eux dessus mais malheureusement je peux pas trop en parler pour le moment. Grosso modo, il y a un promoteur qui nous a contacté pour concevoir des logements de moins de 20m2. On est encore au début du projet. Mais même les promoteurs réfléchissent à cette question, c’est dans leur agenda maintenant. » Par ailleurs, cette tendance ne se limite pas seulement à Hong-Kong et l’agence Edge Design Institute a été invitée à participer à la conception de logements similaires en Suède. Dans le cadre de cette opération, elle assure l’aménagement intérieur tandis que Gert Wingårdh est le maître d’œuvre. « Le projet en lui-même : Tellus Tower , ça doit se trouver à Stockholm. C’est un bon exemple de la diffusion du « hongkongais » à l’étranger. [...] Ce qui est assez drôle, c’est que la tour fait 70 étages et est essentiellement composé de petits appartements. Ils disent s’adresser aux jeunes. »

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« Donc le concept de ce projet, initialiser par l’architecte, c’est un peu comme à Hong Kong, on cherche à fournir des choses. Généralement, c’est la salle de bain, la cuisine plus des armoires. Ici, on va essayer d’apporter un peu plus avec ce qu’on appelle le « creative wall ». L’idée, c’est de tout ranger dedans pour que l’on fasse ce qu’on veut avec le reste de l’espace. Mon interprétation, c’est qu’il faut résoudre les problèmes fondamentaux que ça implique. C’est à dire que quand une personne lambda emménage et pas un designer, pour lui pas de problème ; n’importe qui doit savoir s’en (creative wall) servir. Les fonctions de ce mur. Pour le moment, ce mur est sur l’un des côtés, on y stocke tout. Le reste devient un espace assez libre et appropriable. Ça, c’est le concept. » En soi, le concept de logement flexible est une solution intéressante à explorer dans le contexte de ville dense. Le prototype imaginé par Gary Chang illustre de nombreuses possibilités dans un espace restreint. Cependant, dans l’optique d’un renouvellement du logement collectif et d’une application en masse, une certaine complexité se profile et beaucoup de considérations sont à prendre en compte. Des signes de changements s’observent tout de même, l’architecte nous parle notamment de discussions en cours avec des promoteurs hongkongais. Cette expérimentation semble d’abord se réaliser à l’étranger comme avec la Tellus Tower avant de se faire à Hong Kong. b | Le logement de transition Un autre projet alternatif conçu par l’agence Affect-T mérite également notre attention. Il est question ici d’une proposition plus utopique présentée dans le cadre de la biennale de Hong-Kong/Shenzhen en 2013. L’agence menée par Dylan Baker-Rice et Damita Yu tente de répondre à la carence de logements en partant du postulat qu’il est possible de résider dans d’anciens bâtiments industriels. Le projet se base sur l’idée du logement temporaire, de transition. « Our proposal is to use the vacant industrial spaces within the city and convert them to transitional communities for those who cannot afford housing. Residents would live in these houses for six months to seven years, which is the waiting time for public housing in the city.»70 Cette notion de transition est cependant questionnable lorsque l’architecte parle d’une durée de résidence maximale de sept ans. Il y a là une volonté idéaliste de s’adresser au plus grand nombre et notamment aux nouveaux immigrés. Ceuxci ne sont pas en mesure de faire une demande de logement social avant d’être déclaré résident permanent, soit sept ans de résidence sur le territoire hongkongais. Le logement en question est destiné à abriter des types de population variés grâce 70 Dezeen, Bamboo micro homes could be slotted inside Hong Kong’s old factories, 6/05/14, http:// www.dezeen.com/2014/05/06/bamboo-micro-homes-affect-t-hong-kong-factories/, 02/2015


à une déclinaison de la typologie de base. Le choix de développer le logement type verticalement est astucieux puisque cela permet d’exploiter la grande hauteur des bâtiments industriels, tout en dégageant de la surface par étage pour intégrer plus de structures. La notion d’intimité au sein d’une famille est traitée avec une répartition des chambres sur les deux niveaux. Le matériau principal utilisé est le bambou pour ses diverses qualités : économie, resistance, perennité et plasticité. Il peut être utilisé à plusieurs fins dans le logement. « Growing at many times the rate of wood its strength to weight ratio exceeds steel and can be used to create structure, screening, and enclosure. We developed a system of joining bamboo using bolts and fasteners in addition to designing the houses ensuring quick and secure assembly. »71

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Logement type

Variation pour une famille

Variation pour un couple

Variation pour une personne handicapée 74. Variations du logement type

71 ibid.


Le logement type conçu pour une personne fait 3x3x3,5m. En prenant en considération la surface à l’étage, l’unité de base compte une aire d’environ (9+9=)18m2 sachant qu’un escalier est intégré au logement. Cela représente déjà une surface conséquente par rapport aux exemples de logements informels vu précedemment. Les variations pour un couple et pour une famille sont d’autant plus spacieux puisqu’elles bénéficient d’une extension en plan. Seul le logement adressé aux personnes handicapées est plus petit, ne bénéficiant pas d’étage supplémentaire. À travers des différentes déclinaisons, nous notons une volonté de toucher à un large public. Les logements présentés sont raisonnables en taille mais restent schématiques et ne nous permettent pas savoir si tous les espaces servants sont intégrés. Le logement pour un couple suggère un coin cuisine avec un évier et une plaque, l’équipement dans les autres déclinaisons est inconnu. L’unité type nous montre la présence de toilettes qui sont donc logiquement existantes dans les autres variations. Le plan du bâtiment industriel indique la présence d’éventuelles douches communes. À termes, comme nous le suggère les plans et le discours de l’architecte, le bâtiment industriel permettrait d’abriter une sorte de ville intérieure où de nombreux espaces deviennent communs aux habitants. L’aspect compact des structures conduirait à une extériorisation du lieu de vie tel qu’avec les premiers logements sociaux à Shek Kip Mei. Sur le plan, la zone centrale semble être un lieu de communauté où les habitants se réunissent pour manger. De part et d’autre, des tables et des chaises se trouvent à l’extérieur des structures et créent d’autres espaces de rassemblement. « Units could be grouped together to create communities of up to 50 homes in a single building, with some serving as communal facilities. Electricity and water supplies could also be grouped together to help reduce costs, as could waste disposal. »72 Néanmoins, cet aspect de communauté peut éventuellement être freiné par le manque d’intimité vu de l’extérieur. Le dispositif de filtrages en bambou semble ne pas être assez dense et rappelle l’idée de la cage. De plus, le fait d’impliquer une importante mixité de population issue d’horizons différents peut poser des questions d’insécurité. Il est peut-être question d’un problème d’échelle du bâtiment. Rediviser l’étage en plusieurs zones permettrait d’avoir un meilleur contrôle sur l’ensemble. Ce projet possède son lot de qualités et de défauts en tant que prototype mais il a tout de même le mérite de questionner un bon nombre de problématiques liés au déficit de logements. 72 ibid.


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0

2m

Espaces de communautÊ? Douches communes? 75. Plan du bâtiment industriel


c | Autres expérimentations dans des villes denses asiatiques À Tokyo, où la densité de population n’est pas non plus négligeable, d’autres typologies de logements sont observées. Il est question de densification à une autre échelle, plus ponctuelle. Le documentaire réalisé par Damien Faure73 sur les espaces intercalaires illustre notamment plusieurs exemples. Le film met en avant également une sensibilité spatiale différente influencée par une culture et des règles d’urbanisme propre au Japon. Espaces intercalaires ou encore « pet architecture » pour employer le terme utilisé par l’atelier Bow-Wow, parmi ces architectures de l’interstice se distinguent des logements atypiques. Il s’agit d’habitats individuels ou à usage mixte qui s’insèrent sur des terrains résiduels. Ceux-ci se développent en hauteur et dépendent d’une circulation verticale en raison d’espace au sol limité. La variété des réalisations dans le film semble traduire une relative liberté de construction par rapport au contexte environnant. Les architectes mentionnent néanmoins une règle récurrente liée au prospect, appelé règle de la ligne oblique du côté Nord74: 1,25

N

1

5m

Cette règle mentionne qu’à partir de 5m, une construction résidentielle se doit d’adopter une pente de 1.25 pour assurer un apport suffisant de lumière dans la rue et pour les bâtiments alentour. 76. Règle de la ligne oblique du côté Nord

Le projet Tsubomi House illustre une densification douce et permettant d’exploiter un terrain limité. L’agence Flat House réalise en 2010, un programme mixte d’un logement associé à un commerce sur un terrain de 26m2. L’architecte en charge introduit un défi supplémentaire d’installer des balcons, recréant une relation avec l’extérieur. À l’intérieur, le choix a été de se développer en hauteur et d’articuler l’ensemble des pièces de la maison le long d’un escalier.

77. Contexte de la Tsubomi House 73 Faure Damien, Espaces intercalaires, France, aaa productions, 2012 74 ibid.


Afin de gagner davantage d’espace, un jeu de demi-niveaux est adoptée. La hauteur entre deux planchers est réduite au minimum autorisée à savoir 2,2m. À l’exception de la salle de bain, il n’y a aucun mur dans le logement. La définition des espaces se fait essentiellement par changement de palier tout en préservant une continuité visuelle.

Chambre 2 Cuisine / Salle à manger

Salon Boutique Chambre 1 SDB Cellier

78. Coupes Est Ouest sur le logement au 1/200è

79. Coupes Nord Sud sur le logement au 1/200è

Cette organisation de l’espace permet d’apporter suffisament de lumière dans l’intégralité du logement. La surface habitable est multipliée par 3 (77m2) par rapport à la surface au sol. Le logement est commandé par les escaliers mais reste tout de même fonctionnel. La salle de bain représente peut-être la seule exception. Celle-ci se situe en sous-sol, sans lumière naturelle et semble éloignée si l’habitant souhaite y accéder depuis la chambre 2. En somme, ce prototype représente une des nombreuses manières dont les japonais s’approprient l’espace. Il s’agit d’une autre façon de penser le logement dans un milieu dense, très différent de Hong Kong. Le rapport au logement en hauteur s’applique ici, à l’individuel et non au collectif. Le second projet sur que lequel nous nous attarderons est situé à Séoul où des questions de forte densité se pose également. Intitulé Songpa Micro-Housing, la réalisation proposée par l’agence coréene SsD repose sur l’idée de logement minimum associé à des espaces communs. Les 14 logements conçus sont principalement pour des personnes seules, ne faisant qu’une taille de 12m2 mais selon les architectes, il est possible par la suite de réunir deux unités pour étendre l’espace de vie.

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Il est question de ville dense mais le contexte nous suggère encore une fois, une conception différente par rapport à Hong Kong ou Tokyo. ll s’agit d’une opération à petite échelle mais qui s’adapte au cadre environnant. 80. Contexte de Songpa Micro-housing

Un travail important est fait sur la proportion de pleins et de vides permettant à la fois de préserver l’intimité tout en encourageant l’interaction au niveau des espaces extérieurs. Le concept repose sur la métaphore des billes de tapioca où le noyau plus dur est enveloppée d’une pélicule plus tendre. Ainsi chaque logement est volontairement intercalé de vides pour générer des espaces communs. Il s’agit également d’une manière de créer plus d’ouvertures pour chaque “noyau”. Les “tapioca spaces”, autrement dit les vides sont pensés comme étant une continuité du logement, peut-être comme des espaces de réunion. L’interaction entre les habitants est recherchée. 81. Concept du projet

Le plan du 2è étage montre des possibilités d’appropriation des espaces privés et semi-public. En dépît de leur petite taille, les appartements présentent des dispositions plutôt efficaces d’usages. Chaque logement bénéficie d’au moins deux ouvertures. Les balcons partagés et les vides permettent d’exercer d’autres activités. Néanmoins, le plan montre ici une situation idéalisée. Le danger dans la conception des espaces communs réside dans le fait qu’il n’est jamais possible de prévoir si les usagers vont les utiliser. En se plaçant dans un scénario négatif où les habitants sont peu sociables, une grande portion d’espace devient gaspillée. En ce qui concerne l’idée de l’extension de logement, elle semble seulement théorique et difficile à mettre en application. Il paraît peu pratique d’avoir deux unités connectées par la seconde porte de la salle de bain, d’autant plus que celleci donne sur un espace extérieur. Le Songpa Housing se présente donc comme une réalisation audacieuse dépendant beaucoup sur la participation de ses habitants. Elle se veut par ailleurs être une opération mixte intégrant aussi un café et un magasin de jouets.


82. Plan du 2è étage 104

À travers ces deux exemples à Tokyo et à Séoul, nous constatons des relations à la densité très différentes de celles observées à Hong Kong. Dans ces villes asiatiques denses, les réponses au manque de terrain et de logements se fait d’une autre manière. Les deux projets développent une dimension exploratoire: l’un grâce à la superposition et l’autre par le rapport plein/vide. Ces solutions ne sont très certainement pas applicables pour diverses raisons à Hong Kong (rentabilité, COS, taille...) mais laisse tout de même des alternatives répondant à cette problématique. Les réalisations introduites rappelent en outre la complexité du concept de la densité. Son appréhension est dépendante de l’environnement immédiat et certainement d’une culture qui lui est associée. Ainsi, il est difficile d’établir des comparaisons entre ces trois villes. En revanche, nous pouvons affirmer que le problème du manque de logement en milieu dense ne se limite pas à la ville étudiée et existe aussi dans de nombreuses autres. Il s’agit avant tout d’une question d’intensité. Le cas de Hong Kong se présente comme l’un des plus critiques.

105


Synthèse Le logement informel à Hong Kong est caractérisé par son aspect parasitaire. Il se développe avant tout dans des immeubles existants datant des années 1960. Face à un certain délaissement d’une minorité de la population par le gouvernement, des nouvelles typologies se sont formées dès les années 1950. La persistance de ces logements aujourd’hui révèle des difficultés dans l’approvisionnement de logements de la part des différents secteurs. D’autre part, peu d’interventions sont faites pour limiter le développement de ce type de logement. Cela s’explique en partie par l’absence de relogement prévu et les complications que cela a engendré dans le passé, notamment avec les quartiers de squats. Une ambiguité s’installe concernant les logements informels. Si certains sont vraiment dans des conditions difficilement tolérables, d’autres se présentent comme étant des alternatives raisonnables compte tenu des prix dans le secteur privé. Les relevés habités effectués nous ont permis de voir que les habitants possèdent diverses capacités d’appropriation de leurs espaces. Pour des personnes seules, les logements redivisés s’avèrent acceptables. Cependant, il ne faut pas oublier les dangers qu’impliquent ces reconfigurations: plus vulnérables au feu, fragilisant la structure d’origine par une série de charges supplémentaires et parfois très peu aérés. Des solutions sont encore à trouver pour remédier à cela. À Hong Kong, les interventions d’architecte existent et apportent de vraies initiatives à la problématique du manque de logements en situation dense. Le logement flexible ou temporaire permettrait de créer de nouveaux logements plus petits pour soulager la demande de logements. Malheureusement, les projets lancés par les architectes ont peu d’impact dans la mesure où quelques promoteurs détiennent le monopôle dans le secteur du logement. Les questions de budjets et de quantité producte sont aussi des freins à la mise en pratique. Ce sont divers facteurs limitent la volonté de renouvellement des typologies de logements. Enfin, à l’étranger, il est important de mentionner que cette question se pose aussi. Nous constatons que selon les pays, les réponses sont très variables mais également intéressantes. Il y a définitivement un ancrage de la densité perçue dans le contexte en question.


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ConClusion

Ce mémoire nous a permis d’avoir une vision plus claire sur le logement dense à Hong Kong et sur le problème de carence auquel il est associé. Un retour sur le contexte de cette région spéciale administrative a servi à éclairer le lecteur sur ce territoire non familier. À travers cette analyse de notre terrain d’étude, il a été possible de dégager une série de facteurs favorisant une plus grande tolérance à la densité humaine et bâtie. Ainsi, le phénomène de logement dense à Hong Kong n’est pas quelque chose de récent et prend racine dès la colonisation. L’idée du manque de terrains et de logements se ressent déjà dans la manière d’agencer les bâtiments et dans les actions du gouvernement colonial avec des constructions de poldérisations. L’étude des typologies architecturales tant dans le secteur social que privé révèle que les innovations n’ont pas manqué. L’histoire du logement social hongkongais nous montre une amélioration progressive des conditions de vie avec des foyers de plus en plus spacieux, au détriment peut-être de la flexibilité et de l’interaction avec l’extérieur. D’abord lancé comme étant une solution de secours et motivé par des raisons économiques, le logement social fait preuve de plus d’humanité avec le temps. En outre, lorsque les espaces apparaissent contraignants, les habitants font appel à leur créativité pour s’adapter à la situation. En ce qui concerne le secteur privé, pendant longtemps, les formes architecturales sont bridées par le plan d’urbanisme et ne se limite qu’à des compartiments chinois à étages et dimensions variables. Il faut attendre le milieu des années 1960 pour voir la naissance de la tour podium et des grandes opérations de logements appelées communities. Reposant sur une composition pragmatique, la priorité est donnée à la quantité de logements produits et moins au côté esthétique. De l’intérieur, les logements se montre tout à fait fonctionnel avec peut-être un manque de variations des types. L’analyse d’une sélection d’opération de logements dans le passé nous montre que chaque nouvelle forme architecturale est indissociable de décisions prises par des acteurs autres que l’architecte. Le rôle joué par le gouvernement et les


promoteurs est particulièrement important. La carence qui est observée n’est pas seulement une question de production architecturale et de nouveaux terrains. Cela implique aussi une gestion administrative du secteur social qui fait défaut. Dans les années 1970, différentes règles mises en place manque de définition ou présentent des inégalités envers diverses classes sociales. Aujourd’hui, le système de souscription au logement social ne semble pas adapté face à une production qui ne parvient pas à subvenir à la demande. Dans la promotion privée, le monopôle du marché par quelques grands promoteurs recherchant avant tout un profît maximal des opérations n’encouragent pas à la production de logements plus accessibles. La tendance est de construire de grands logements plus intéressants pour la spéculation. Des nombreux terrains vagues sont en réalité acquis mais attendent de meilleures conditions économiques pour être développés. Il y a un déséquilibre ressenti dans la production de logements qui ne ciblent qu’une partie limitée de la population. Cela paraît anormal sachant qu’à partir de 1998, le gouvernement laisse la production de logements au secteur privé. Il y a un manque de contrôle exercé sur le secteur privé après lui avoir confié cette responsabilité. Dans le contexte complexe de Hong Kong et face à des défauts de la part de ces deux acteurs, le logement informel s’est développé et a persisté tout au long des années sous différentes formes. Celui-ci est toujours présent car en dépît de conditions parfois difficiles, il constitue une véritable alternative de refuge pour les habitants. Notre tryptique de relevés habités de logements redivisés présente certes, une vision partielle de la situation mais montre tout de même des façons ingénieuses d’exploiter un espace réduit. Une ambiguité s’installe d’ailleurs dans les actions du gouvernement qui laisse “l’illégal” et le danger se propager faute de meilleures solutions. Au centre de cette problématique, l’architecte propose des idées innovantes via des concepts tels que le logement flexible ou transitoire mais de nombreuses contraintes à Hong Kong rendent leur concrétisation difficile. L’intervention de l’architecte se limite à des prototypes utopistes ou à usages personnels. Dans d’autres villes denses en Asie, en revanche, le contexte permet aux architectes de réfléchir à des expérimentations sur le réel. L’analyse de ces réalisations montre qu’il est possible de répondre à la question du logement dense de diverses manières. Cela rappelle en outre que la perception de la densité varit grandement d’un vironnement à un autre. Hong Kong apparaît ici comme étant un cas particulièrement sensible.

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En définitive, ce mémoire nous apprend que la présence du logement informel et le manque de logements accessibles à l’ensemble de la population ne sont pas des phénomènes seulement liés à une carence de terrains, un territoire contraignant. Les raisons qui ont conduits à ces anomalies sont bien plus complexes et ne se limitent pas seulement au domaine de l’architecture. À Hong Kong, la conception de logements est la plupart du temps régie d’une série de décisions prises en amont. Les différents acteurs tels que le gouvernement, les maîtres d’ouvrages et les habitants occupent peut-être un rôle encore plus important que l’architecte dans le cas présent. La résolution du problème s’avère nécessiter un dialogue entre ces trois principaux groupes, une interaction qui est minime à nos jours. Cette démarche inverse de partir d’une observation précise, en l’occurence du logement informel à Hong Kong, pour comprendre le phénomène plus global du manque de logement nous a permis d’introduire un ensemble de relations complexes entre les divers acteurs. Par la même occasion, il remet en question le rôle de l’architecte au sein d’un contexte peu favorable à l’expérimentation. Celui-ci est plutôt au service du gouvernement dans le secteur social et au service des promoteurs dans le secteur privé. Nous pouvons nous demander alors dans quel champ d’action, la conception pourrait mieux s’épanouir. La part de création la plus importante repose éventuellement dans les actions entreprises par l’habitant dans son logement. Il est question d’interventions simples qui peuvent pourtant faciliter la vie du quotidien. Dans ce cadre contraignant pour des expérimentations à grande échelle, des modifications plus ponctuelles au sein du lieu de vie s’avèrent peut-être plus efficace. Ce travail touche indirectement à la question du logement minimum, une piste qui semble adaptée au cas de figure de Hong Kong.


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Plan De rePérage

1. Mong Kok 2. Tsang Tai Uk, Shatin 3. Fan Tin Tsuen, Santin 4. Tai Ping Shan 5. Squats, immeubles de relogement et logement nº3, Shek Kip Mei 6. Man Cheong Building, Jordan 7. Mei Foo Sun Chuen, Mei Foo 8. Logement nº1, Tai Kok Tsui 9. Logement nº2, Cheung Sha Wan 10. Domestic Transformer, Shau Kei Wan 11. Kwun Tong 12. Sham Shui Po

1

10 km


3

2

7 9

5 12 11

81

112

6

113

4

10

83. Plan de repĂŠrage


BiBliograPhie

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iConograPhie

Les chiffres en rouge correspondent à des dessins de l’auteur ou redessinés et analysés d’après une source. Figure

PhotoraPhies & illustrations

0

p.1 | Photographie de Romain jaCquet-lagrèze extrait de la série Vertical Horizon | source: http://www.lumieresdelaville.net/2014/05/06/diaporama-vertical-horizon-regardsvertigineux-sur-hong-kong/

1

p.4 | Photographie de Benny laM pour l’ONG Hong Kong Society for Community Organization (SoCo) | source: http://www.telegraph.co.uk/finance/property/ pictures/9888398/Overhead-photos-of-cramped-apartments-in-Hong-Kong.html

3

p. 16 | Exemple de COS

5

p. 18 | Trois exemples de configuration d’un COS = 1. | d’après source: FouChier Vincent | Merlin Pierre, High Urban Densities: A solution for our cities ?, éd. Consulat général de France à Hong Kong, Hong Kong, 1994. p.8

17

p. 28 | Axonométrie de Tsang Tai Uk | d’après source: ho Puay-Peng, One Hundred Chinese Buildings in Hong Kong, Hong Kong, éd. Hong Kong: Leisure and Cultural Services Department, 2009.

21

p.31 | Vue sur les compartiments de Tai Ping Shan, sur l’île de Hong Kong en 1880 | source: Hong Kong Museum of History.

24

p. 35 | Photographies des squats de Shek Kip Mei de la collection de Ko Tim | source: SMart Alan, Shek Kip Mei Myth, éd. Hong Kong University Press, Hong Kong, 2006. plate 2; 10.

26-27

p. 38 | Appropriations à l’intérieur et l’extérieur du logement | source: Reconstitution à l’échelle 1 dans l’exposition à Mei Ho House.

33

p.45 | Chronologie des typologies de logements | d’après sources: cf. 25-29.

37

p.49 | Dispositifs de rangements informels | source: rooney Nuala, At Home with Density, Hong Kong, éd. Har/Cdr, 2003. p. 151; 152


38

p.50 | Compartiment chinois en 1903 | d’après sources: ho Puay Peng, cours d’histoire de l’architecture (CUHK): Trading Community in Urban Hong Kong: Shops, houses and temples, 09/2014 et http://densityatlas.org/understanding/Hong-Kong_housing-typology.pdf, 07/2015

39

p. 51 | Compartiment chinois en 1935 | source: ho Puay Peng, cours d’histoire de l’architecture (CUHK): Trading Community in Urban Hong Kong: Shops, houses and temples, 09/2014

40

p.53 | Man Cheong Building | d’après source: http://densityatlas.org/understanding/HongKong_housing-typology.pdf, 07/2015

41

p. 54 | Schémas sur l’optimisation des tours de logements | source: Maas Winy | van rijs Jacob | KoeK Richard, Farmax – Excursions on density, Rotterdam, éd. 010 Publishers, 1998

52

p.73 | Photographie d’une “Chambre-cercueil” par Brian Cassey extrait de la série Life in a Coffin - Hong Kong | source: http://www.briancasseyphotographer.com/wp-content/ uploads/2013/01/BCCoffin3s.jpg, 06/2015

54

p. 75 | Photographies des logements sur les toits par Stephan CanhaM | source: CanhaM Stefan | Wu Rufina, Portraits from Above: Hong Kong’s Informal Rooftop Communities, Hong Kong, éd. Peperoni Books, 2009. p. 149

56

p.82 | Immeuble situé au 993-995 Canton Road, Tai Kok Tsui, Kowloon | source: Google Maps.

61

p.86 | Immeuble situé au 136-154 Tai Po Road, Shek Kip Mei, Kowloon | source: Google Maps.

66

p.88 | Immeuble situé au 413 Castle Peak Road, Cheung Sha Wan, Kowloon | source: Google Maps.

71-72

p.94-95 | Perspective du logement: état replié | Perspective du logement: état déployé | source: Chang Gary, My 32m² apartment - a 30-year transformation, Hong Kong. Édité par MCCM Creations, 2008

74

p.99 | Variation du logement type | source: aFFeCt-t, Hong Kong Micro-housing, http://www. affect-t.com/hk-micro-housing/, 02/2015

76

p.102 | Règle de la ligne oblique du côté Nord | source: Faure Damien, Espaces intercalaires, France, aaa productions, 2012

77

p.102 | Contexte de la Tsubomi House | source: arChDaily, Tsubomi House / FLAT HOUSE, 17/12/2014, http://www.archdaily.com/578076/tsubomi-house-flat-house, 08/2015

80-81

p. 104 | Contexte de la Songpa Micro-housing | Concept du projet | source: SsD Architecture, Songpa Micro-Housing, http://www.ssdarchitecture.com/works/residential/ songpa-micro-housing/, 02/2015

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géoMétraux 2 18-20

p.9 | Coupe urbaine sur Hong Kong | source: FrenCh Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, édité par New Talents Press, 2013. p. 11. p. 29-30 | Géométraux de Tsang Tai Uk et sa répartition programmatique | Géométraux de 5 logements à Fan Tin Tsuen | d’après source: ho Puay-Peng, One Hundred Chinese Buildings in Hong Kong, Hong Kong, éd. Hong Kong: Leisure and Cultural Services Department, 2009.

22

p.31 | Plan de rez de chaussée d’un logement encombré au 1/200è en 1903 | d’après source: FrenCh Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, édité par New Talents Press, 2013. p. 12.

23

p.32 | Géométraux d’un compartiment chinois typique | d’après source: Chadwick’s Report (1882) in Faure David, A Documentary History of Hong Kong, Hong Kong, éd. Hong Kong University Press, 1997. p.34-35

25

p. 37 | Plan du Mark I | d’après source: FrenCh Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, édité par New Talents Press, 2013. p.16

28-31

p.40-43 | Plans de différentes typologies de logement social | d’après source: FrenCh Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, édité par New Talents Press, 2013. p. 17; 43; 45; 47.

32

p.44 | Plan de la typologie Concord | d’après source: http://www.housingauthority.gov. hk/common/pdf/global-elements/estate-locator/standard-block-typical-floor-plans/01Concord1.pdf

34

p.47 | Dispositifs informels pour recréer une chambre | d’après source: FrenCh Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, édité par New Talents Press, 2013. p. 68; 70.

35

p. 48 | Appropriation du balcon | d’après source: FrenCh Hilary, Lee Yanki, Patterns of Living: Hong Kong’s High-Rise Communities, Hong Kong, édité par New Talents Press, 2013. p. 72; 82.

36

p.48 | Taille et fonction des balcons dans les différentes typologies | d’après sources: cf. fig. 28-31

42

p.55 | Plan masse de Mei Foo Sun Chuen | d’après source: sin Ho-Ting, The trend of podium structure development and its future in Hong Kong: in the perspective of pedestrian circulation, Hong Kong, HKU Press, 2013. p.50

43

p.56 | Phases de l’opération | d’après source: http://www1.centadata.com/eptest. aspx?type=3&code=UDDCFRDSRR&info=fp&page=0, 07/2015

44

p.57 | Analyse des tours | d’après sources: http://www1.centadata.com/eptest. aspx?type=3&code=UDDCFRDSRR&info=fp&code2=&page=1, 07/2015


http://www1.centadata.com/eptest. aspx?type=3&code=UDDCFRDSRR&info=fp&code2=&page=28, 07/2015 http://www1.centadata.com/eptest. aspx?type=3&code=UDDCFRDSRR&info=fp&code2=&page=57, 07/2015 http://www1.centadata.com/eptest. aspx?type=3&code=UDDCFRDSRR&info=fp&code2=&page=82, 07/2015 51

p.73 | Géométraux de logements en cage | source: http://www.soco.org.hk/ cagehome2008/ cagebk_g.htm#intro, 03/2015 (pour les dimensionnements).

53

p.75 | Plans des logements sur les toits | d’après source: CanhaM Stefan | Wu Rufina, Portraits from Above: Hong Kong’s Informal Rooftop Communities, Hong Kong, éd. Peperoni Books, 2009. p.190; 198.

55

p.77 | Plan type d’un logement redivisé | d’après source: hui Polly, Hong Kong facing renewed pressure over its housings, 20/06/2011 http://www.wsj.com/articles/SB1000142405 2702303661904576452982242744572, 04/2015

57-60

p.83-85 | Géométraux du logement redivisé au 993-995 Canton Road, Tai Kok Tsui, Kowloon

62-65

p.86-88 | Géométraux du logement redivisé au 136-154 Tai Po Road, Shek Kip Mei, Kowloon

67-70

p.89-91 | Géométraux du logement redivisé au 413 Castle Peak Road, Cheung Sha Wan, Kowloon

73

p.96 | Exemples de scenarii | source: Chang Gary, My 32m² apartment - a 30-year transformation, Hong Kong. Édité par MCCM Creations, 2008 p.123

75

p.101 | Plan du bâtiment industriel | source: aFFeCt-t, Hong Kong Micro-housing, http://www. affect-t.com/hk-micro-housing/, 02/2015

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p.103 | Coupes sur le logement | source: arChDaily, Tsubomi House / FLAT HOUSE, 17/12/2014, http://www.archdaily.com/578076/tsubomi-house-flat-house, 08/2015 p.105 | Plan du 2è étage | source: SsD Architecture, Songpa Micro-Housing, http://www. ssdarchitecture.com/works/residential/songpa-micro-housing/, 02/2015 inFograPhies & statistiques

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p.17 | Comparatif de densités entre 3 villes | sources: MaCau statistiCs anD Census serviCe, http://www.gcs.gov.mo/files/factsheet/geography.php?PageL- ang=E, 19/07/2015 inForMation serviCes DePartMent, Hong Kong: the Facts, http://www.gov.hk/en/about/abouthk/ factsheets/docs/population.pdf, 19/02/15 ContaCt singaPore, Facts & Figures, http://www.contactsingapore.sg/why_singapore/about_singapore/factsa_ nd_figures/, 19/07/2015

120 121


16

p.26 | Frise chronologique et démographique | d’après sources multiples

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p.59 | Répartition des terrains à Hong Kong | traduit d’après source: loCal researCh CoMMunity, 不是土地供應, 香港土地問題的迷思考與真象, Hong Kong, éd. 基道, 2013. p.24

46

p.60 | Statistiques sur la répartition des programmes résidentiels | traduit d’après source: loCal researCh CoMMunity, 不是土地供應, 香港土地問題的迷思考與真象, Hong Kong, éd. 基道, 2013. p.25

47

p.62 | Prix moyen de logements ≥ 40m2 dans le secteur privé | source: rating anD valuation DePartMent, Hong Kong Property Review Montly Supplement, Hong Kong, 08/2015. http:// www.rvd.gov.hk/doc/en/statistics/full.pdf

48

p.66 | Nombre de squats de 1950 à 1964 | source: SMart Alan, Shek Kip Mei Myth, éd. Hong Kong University Press, Hong Kong, 2006. p.171

49

p.66 | Fonctionnement des fiches blanches et vertes | source: Yung Betty, Hong Kong’s housing policy – A case study in social justice, Hong Kong, éd. Hong Kong University Press, 2008. p.119. (description de système)

50

p.68 | Rapport entre la production et la demande de logements | d’après source: Dwan Daniel | Sawicki Meghan | Wong Jeffery, Subdivided Housing Issues of Hong Kong: Causes and Solutions, p.44 https://www.wpi.edu/Pubs/E-project/Available/E-project-022713-213142/ unrestricted/Subdivided H _ ousing_Issueso_H f_ ong_Kong_Causesa_ ndS_ olutions.pdf 16/07/15 Cartes

6

p. 20 | Situation de Hong Kong par rapport à la Chine | d’après source: FouChier Vincent, Hong Kong: Comment gérer les fortes densités? in Perspectives chinoises nº13-14, 1993. p57

7-9

p. 22-23 | Différentes acquisitions de territoires par les Britanniques | source: Shelton Barrie | KaraKiewiCz Justyna | Kyan Thomas, The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric, New York, éd. Routledge, 2010.

10-14

p.24 | Développement urbain de Hong Kong de 1887-1994 | d’après source: Shelton Barrie | KaraKiewiCz Justyna | Kyan Thomas, The Making of Hong Kong: From Vertical to Volumetric, New York, éd. Routledge, 2010.

15

p.24 | Développement urbain de Hong Kong en 2011 | d’après source: https://files.lsecities. net/files/2011/11/2011c_ hw3_ 070h_igh-density-areas-in-hong-kong.gif

83

p.112-113 | Plan de repérage | d’après sources: Google Maps; FouChier Vincent, Hong Kong: Comment gérer les fortes densités? in Perspectives chinoises nº13-14, 1993. p57


122 123


De la Cage à la tour, les MultiPles FaCettes Du logeMent Dense à

hong Kong.

Une analyse des réponses architecturales face à une carence d’habitations constante.

Ce mémoire apporte une vision plus claire sur le phénomène de manque de logements à Hong Kong. Contrairement à l’opinion générale, le fait que le territoire soit limité en surfaces développables n’est pas l’unique explication à cette anomalie. L’étude d’une sélection de typologies architecturales montre que les productions de logements n’ont pas manqué à partir des années 1950. Les secteurs social et privé sont très actifs. L’histoire du logement collectif suggère par ailleurs une progressive amélioration du confort dans les appartements. Lorsque ceux-ci apparaissent contraignants, les habitants ne manquent pas de créativité et s’adaptent à la situation grâce à divers dispositifs informels. La source du problème est plutôt liée aux acteurs donnant les décisions de construction en amont. Le gouvernement et les promoteurs privés sont respectivement responsables d’une accentuation du manque de logements. Il est question d’un manque d’initiatives et de contrôle de la part de l’un et d’un manque de diversité de la part des autres. Face à ce problème, les logements informels qui ont toujours existé prennent de plus en plus d’ampleur. Les habitants construisent ou s’approprient des logements de diverses manières. Ces structures illégales et parfois dangereuses constituent néanmoins de réelles alternatives pour une population démunie. Ce travail remet en question le rôle de l’architecte dans la proposition de solutions nouvelles à des problèmes de société. À Hong Kong, celles-ci ne sont pas inexistantes mais peu sont être mise en application réelle. Pour une plus grande efficacité, l’angle d’approche est peut-être d’abord de réfléchir sur l’intérieur du logement et de convoquer la participation de l’habitant. Le logement minimum s’avère être une piste d’étude. Mots clés: Logement | Densité | Informel.

Logement dense à Hong Kong  

Mémoire ENSAPB

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